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Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Janvier-Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • En son nom
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Références

La vie des communautés religieuses /, 1987-01, Collections de BAnQ.

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janv.-fév.1987 Sais des communautés religieuses La vie des communautés religieuses Directeur : Laurent Boisvert, o.f.m Comité de rédaction : René Bacon, o.f.m.René Baril, o.f.m.Pierre Bisailion, o.f.m.Laurent Boisvert, o.f.m Secrétariat : Liliane Caron r.s.r.Rédaction et administration : La vie des communautés religieuses 5750 boulevard Rosemont Montréal, Canada H1T 2H2 Tél.: 259-691 1 Courrier de la deuxième classe Enregistrement n° 0828 Composition ; Graphiti Impression : L'Éclaireur Ltée La revue paraît cinq fois par an Abonnement: de surface: 1 0,00 $ (55 FF) (350 FB) par avion: 1 3,50 $ (75 FF) (475 FB) Sommaire Vol.45 —janv.-fév.1987 Armand Veilleux, o.c.s.o., Étapes de conversion 3-17 La vocation religieuse est conversion.Celle-ci toutefois ne se réduit pas au passage du péché à la vertu; elle est le changement accompagnant chaque étape de croissance, jusqu'à la perfection à laquelle chaque personne est appelée.Jésus a connu, expérimenté cette transformation et, de chacun de ses disciples, il demande une transformation personnelle radicale, ainsi que la transformation de la société en Royaume de Dieu.Paul-Émile Vachon, s.m., La place de Marie dans notre vie 18-35 Pour préciser la place que Marie devrait occuper dans le monde intérieur du chrétien, l'auteur interroge la scène du Calvaire où Jésus remet sa Mère au disciple bien-aimé.Lu en profondeur, Jn 1 9, 27 nous montre que Marie se situe parmi «les biens» que le Christ lègue aux siens pour prolonger en eux sa présence sous l'action de l'Esprit.Marie n'est pas dans le mystère chrétien un simple accessoire; elle est étroitement associée au Salut.1 Jean Galot, s.j., L'enseignement évangélique concernant le pardon 36-50 Annette Parent, o.s.c., Sainte Claire, témoin de la joie franciscaine 51-58 Jésus veut que ses disciples se distinguent par leur amour miséricordieux.Ce dernier est un aspect fondamental de la vie communautaire.C'est également une exigence de la condition de fils et filles du Père : être miséricordieux comme Lui; de même qu'une condition posée par Dieu pour accorder son pardon.Le pardon divin étant sans limite, ainsi doit être le pardon de tous les chrétiens.Après avoir rappelé brièvement la vie de Claire d'Assise, l'auteur signale les traits originaux de cette femme et explicite un aspect de son charisme : la joie.Cette joie dans la foi est offerte à tous; c'est un chemin sur lequel Claire invite tous les croyants à marcher.2 Étapes de conversion * Armand Veilleux, o.c.s.o.** La vocation religieuse est un appel à l'unité.Celle-ci ne s'atteint qu'au bout d'un long cheminement à travers des transformations successives et profondes.En d'autres mots, ce cheminement comporte un long processus de conversion.Cette conversion s'enracine dans le baptême, par lequel nous sommes introduits dans la plus radicale de toutes les conversions vécues par un être humain, la mort et la résurrection de Jésus-Christ.Aucune conversion n'a de sens sans référence directe à ce mystère pascal.Le mystère pascal émerge au cœur même de l'histoire humaine.Les deux bras de la croix couvrent toute l'étendue du temps, depuis l'aube de la création, quand Dieu déposa son souffle de vie dans l'humanité, jusqu'au retour eschatologique de tout en Dieu à la Parousie, avec, au centre, Jésus de Nazareth, remettant son esprit au Père et le recevant à nouveau, devenant ainsi le premier de notre espèce à participer pleinement à la gloire du Père.En tant que forme de participation au mystère pascal du Christ, la vocation religieuse est un élément de cette transformation globale de l'humanité et du cosmos tout entier sous l'action de l'Esprit du Christ.Même si elle est avant tout une conversion du cœur, elle reçoit son sens de l'expérience de conversion vécue par * Conférence d'ouverture de ta session annuelle de l'Académie Bénédictine Américaine de !984.Le texte original anglais fut publié dans The American Benedictine Review 37 (1986) 34-45.** Holy Spirit Monastery, 2625 Hwy 212 S.W.Conyers, Ga.30208-4044.U.S.A.3 Dieu dans le Christ, et du long cheminement de l'humanité qui a précédé celle-ci.Enfin, elle ne sera pas achevée sans notre participation active à la construction du Royaume de Dieu, qui implique une transformation ou conversion radicale de la structure même de la société.1.Dieu faisant en Jésus-Christ l'expérience de la conversion Le premier paradigme de conversion ou de transformation est certainement le passage de Dieu à notre humanité, tel que décrit dans la lettre de Paul aux Philippiens: «Lui qui est de condition divine.s'est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes.C'est pourquoi Dieu l'a souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom.» (Phil.2, 6-9).Si nous entendons simplement par conversion le passage du péché à la vertu, parler de la conversion de Jésus, ou de l'expérience de conversion faite par Dieu en Jésus, n'a évidemment pas de sens.Mais ce n'est en quelque sorte que par accident que la conversion est pour nous passage du péché à la vertu — parce que l'humanité a péché.La réalité de la conversion est toutefois, en elle-même, quelque chose de beaucoup plus profond et plus grand.Elle commence à la naissance et est une dimension de chacun de nos passages d'une étape de croissance à l'autre, jusqu'à ce que nous ayons atteint la perfection à laquelle nous sommes appelés.Et Jésus a certainement connu une telle évolution.Après le lent processus de croissance de Jésus en âge, grâce et sagesse, vint le changement radical dans sa vie au moment de son baptême.Lorsqu'il descendit dans l'eau pour être baptisé par Jean, l'Esprit vint sur lui et il entendit la voix du Père disant : «Tu es mon Fils bien-aimé.» À ce moment, il fit l'expérience, dans son psychisme humain, de son identité comme Fils de Dieu.Et cela lui 4 donna une nouvelle intuition de sa mission1.L'expérience de son identité et cette nouvelle intuition furent assumées au cours d'une longue période de solitude dans le désert, où il eut à faire face à de terribles tentations.Il se mit aussitôt non seulement à prêcher mais à réaliser le Royaume de Dieu, guérissant les malades, pardonnant aux pécheurs et annonçant la Bonne Nouvelle aux pauvres.Ce qui ne se fit pas sans soulever de l'opposition ainsi que des confrontations au cours desquelles de nouvelles intuitions concernant son identité et sa mission se développèrent.Tout le processus atteignit sa réalisation finale dans la transformation radicale réalisée par la remise de son esprit au Père, qui le ressuscita.L'expérience transformante vécue par Jésus est le sommet du lent cheminement de l'humanité vers sa fin ultime.Elle donne son sens à toute l'histoire humaine qui précède et qui suit.Lorsque nous recevons le baptême, nous sommes donc insérés dans le long cheminement de conversion qui atteint son point culminant en Jésus de Nazareth.En étant plongés dans le mystère pascal du Christ, nous sommes appelés à une transformation personnelle qui doit nous amener à une pleine intégration en Dieu.Ce que réalise pour nous le baptême n'est pas tant de nous établir dans un état, appelé l'état de grâce, que de nous lancer dans un cheminement.Et ce cheminement nous conduit bien au-delà de nous-mêmes et au-delà des limites de notre expérience individuelle.1.Dans l'Évangile de Marc, qui représente une tradition plus primitive, les mots du Père sont adressés à Jésus («Tu es mon fils bien-aimé»} et non, comme en Matthieu, aux disciples («Celui-ci est mon fi Is bien-aimé»).Dire que Jésus fit l'expérience de son identité comme fils de Dieu à ce moment n'implique pas que ce fut sa première révélation de cette identité.La plupart des théologiens modernes reconnaissent une progression dans le développement de la prise de conscience par Jésus de sa mission.Voir, par exemple, Joachim Jeremias, New Testament Theology, New York 1971, pp.49-56.5 Regarder en arrière pour contempler le cheminement parcouru nous aidera sans doute à comprendre où nous mène notre propre cheminement.Mais nous ne pouvons y trouver une carte routière ou un plan précis.La route est tout entière devant nous, non balisée.C'est le cheminement que nous nous sommes engagés à poursuivre sans cesse lorsque, au jour de notre profession, nous avons voué la conversatio morum.II.Conversion du cœur comme cheminement vers le Moi La conversion demandée par Jésus de ses disciples n'est pas une simple modification de leur conduite morale.Elle implique beaucoup plus que le remplacement d'un « ego» par un autre « ego» plus respectable ou plus conforme aux exigences ou aux attentes de la société ambiante.Elle requiert une transformation globale et radicale qui affecte toutes les dimensions de l'être humain, « esprit, âme et corps», pour utiliser les catégories de l'anthropologie paulinienne (cf.1 Thess.5,23)2.Évidemment, une telle conversion doit être avant tout une conversion du cœur, qui est la source de tout ce qu'il y a de bon ou de mauvais dans l'existence humaine.Ézéchiel a décrit en termes poétiques d'une grande beauté la conversion caractéristique du nouveau Royaume de Dieu: «Je leur donnerai un cœur loyal; je mettrai en vous un esprit neuf; je leur enlèverai du corps leur cœur de pierre et je leur donnerai un cœur de chair» (Ézéchiel 11,19).La voie de conversion est d'abord un cheminement dans les recoins cachés du cœur, à la découverte de notre vrai « moi», c'est-à-dire de la personne que nous sommes appelés par Dieu à devenir, l'image ou la parole de Dieu que nous sommes, le nom qu'il nous a donné.2.Dans cette section j'ai emprunté plus d'une intuition à Paul V.Robb, « Conversion as a Human Experience», Studies in the Spirituality of Jesuits 14 (1982), 1-50.6 Dans les profondeurs de notre être, nous aurons probablement à atteindre des endroits que nous ignorions, des espaces non familiers et troublants, où nous serons des étrangers.Nous devrons devenir nomades en notre propre univers.La première réalité que nous rencontrerons sera celle de notre «ego» avec ses limites.Nous aventurant ainsi en notre propre intérieur, il nous faut être prêts à rencontrer peur, confusion et tentation.Une telle expérience du désert se retrouve au début de tous les grands cheminements spirituels.Après son baptême, Jésus commença une nouvelle période de sa vie par un passage au désert.Telle fut aussi l'expérience du prophète Élie, passant à travers la conscience de sa propre pauvreté, de ses peurs et de sa faiblesse, dans le désert, avant de faire, sur le Mont Horeb, la rencontre de la gloire de Dieu.Telle fut aussi l'expérience de Paul qui, après sa rencontre avec le Christ sur le chemin de Damas, fit un mystérieux séjour de quelques années en Arabie.Des milliers de femmes et d'hommes, depuis les premiers temps de la vie monastique en Syrie et en Égypte, jusqu'à notre temps, sont aussi partis au désert dans le but de vivre une telle expérience.Ce cheminement et la transformation qu'il comporte peuvent être déclenchés par une expérience profonde et bouleversante, comme celle de Jésus à son baptême, de Paul sur le chemin de Damas ou d'Élie en route vers l'Horeb.Cependant la plupart d'entre nous s'y aventureront d'une façon presque imperceptible, non à la suite d'une expérience mystique radicale, mais tout simplement, graduellement, au fil des années, passant par exemple du succès à la défaite — faisant l'expérience de l'échec dans notre carrière académique, dans nos amitiés, dans notre vie morale — ou encore à travers le goût amer de la frustration croissante de nos rêves inaccomplis, lorsque nous commençons à compter le nombre de nos années par la marque qu'elles laissent en nos corps.Tout ceci peut sembler une liste de choses superficielles, mais nous savons tous qu'elles nous affectent profondément.Si nous les acceptons honnêtement, elles peuvent nous mettre en contact avec nos limites, avec notre nature pécheresse, et avec toutes les idoles auxquelles nous offrons un culte secret.C'est là le premier pas sur le chemin de la conversion du cœur.7 Lorsque les Pères du désert décrivent leurs luttes avec des bêtes féroces, des serpents hideux et des démons grimaçants (ou avec des femmes séduisantes), ils décrivent simplement les aspects variés et le contenu de leur propre cœur que l'expérience du désert leur a fait découvrir.C'est là ce que Jung a appelé notre ombre (shadow), les éléments inacceptables de notre personnalité, avec lesquels nous sommes confrontés.Une telle expérience de notre péché n'est pas une découverte que l'on fait seulement au début de notre noviciat ! Ce peut être la découverte soudaine ou la conscience persistante, après de nombreuses années de prière et de fidèle service de Dieu, que des doutes profonds et persistants jaillissent en nos cœurs au sujet de Dieu et de notre vocation ; que des passions violentes éclatent, que les vérités et les convictions s'affadissent, et que les questions abondent sans que les réponses n'apparaissent.De nouvelles formes de ténèbres et de stérilité peuvent alors nous affecter profondément.Il ne s'agit plus de ces charmantes petites ténèbres et sécheresses de nos premières années de vie spirituelle, qui en fait nous réassuraient, puisqu'elles nous convainquaient que nous progressions vers les hauteurs du progrès spirituel décrites par Jean de la Croix.Nous étions même quelque peu fiers de ces sécheresses et ténèbres.Les nouvelles sont terribles.L'amour de Dieu qui autrefois nous soutenait et nous motivait semble même nous échapper ou même être illusoire.Lorsque Jésus voulut décrire la réalité de la conversion, il utilisa des images qui n'étaient pas celles d'une transformation aisée et graduelle, mais des images reflétant les deux événements les plus traumatiques de la vie humaine : la naissance et la mort.Il savait mieux que quiconque que la plénitude de vie ne peut être atteinte sans passer à travers le fleuve de la mort.À Nicodème, il dit : « En vérité, en vérité, je te le dis : nul, s'il ne naît d'eau et d'Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu.Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'Esprit est esprit» (Jean 3, 5-6).Et plus tard il décrivit la condition requise pour une telle vie : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui 8 tombe en terre ne meurt pas, il reste seul ; si au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance« (Jean 1 2, 24-25).Si, dans nos nuits obscures, voulant comprendre ce qui nous arrive, nous allons vers le Maître pour recevoir conseils et consolations, la réponse que nous recevrons sera probablement aussi énigmatique que celle que reçut notre pauvre Nicodème.Souvent l'entrée dans la vie religieuse est considérée comme «la conversion» (ou «la seconde conversion», le baptême étant la première).Le reste de notre vie est censé être une croissance et un développement continus bien que pas toujours faciles, dans une persévérance fidèle.Notre vœu de conversatio morum est compris alors comme un engagement à ne pas nous arrêter dans cette ascension en ligne droite vers la perfection.De même, nous avons tendance aujourd'hui à privilégier les «conversions instantanées», les expériences mystiques soudaines et transformantes.Le danger consiste en ce que de telles conversions peuvent facilement n'être que des changements de conduite, le remplacement d'un «ego» par un autre « ego».De toute façon, même l'expérience de Dieu la plus extraordinaire n'est en général que le premier pas d'un long cheminement de conversion, et elle ne dispense pas une personne d'entrer dans son cœur et d'y errer peut-être des années, comme le peuple d'Israël au désert.C'est dans cet esprit que les premiers moines s'en allèrent au désert afin de prendre contact avec leur propre cœur, de rencontrer sur ce champ de bataille les forces du mal et de les défaire à l'exemple du Christ et avec sa grâce, hâtant ainsi la venue de la fin des temps.Toutes les richesses, les douloureuses richesses de telles expériences de conversion peuvent être perdues si l'on donne une importance indue aux expériences mystiques extraordinaires et à un enthousiasme charismatique non réaliste, ou encore si les pratiques ascétiques prennent la place de la plénitude de vie à laquelle nous sommes appelés.L'ascèse est nécessaire et indispensable, mais elle peut aussi être une excuse facile pour échapper 9 aux exigences douloureuses de la croissance.Ce peut être une façon pratique de nous exempter du processus pénible d'apprendre à être attentifs, à écouter, à vivre, à aimer — en d'autres mots, à atteindre graduellement la plénitude de la perfection.Dans ce contexte, un mot au sujet de la formation est peut-être nécessaire.Si notre formation religieuse se préoccupe simplement de nous transformer en bons et édifiants moines ou moniales, ou de nous préparer à remplir des fonctions communautaires, pastorales, et ne nous encourage pas à progresser dans ce cheminement solitaire à travers le désert de notre péché vers la rencontre personnelle et terrifiante avec le Dieu vivant, elle aura failli.Et toutes nos activités ne seront rien d'autre que l'expansion de notre «ego», certainement pas la construction du Royaume.Regarder hors de nous-mêmes pour trouver des modèles et nous efforcer de vivre d'après des idéaux et des attentes externes peut empêcher une authentique conversion comme celle dont nous parlons ici.Et je crains que c’est précisément ce que fait souvent notre formation monastique.Au lieu de conduire les personnes à travers une conversion douloureuse, nous les invitons à se revêtir d'un «ego» élégant par-dessus le vieil «ego».Lorsque quelqu'un s'efforce de trouver le fondement de son identité seulement dans l'accomplissement de choses et en se conformant aux attentes de la société et de la communauté, il/elle nourrit sans le vouloir un faux «ego».Des idéaux très bons en eux-mêmes, comme être un bon novice, un bon abbé, une bonne prieure, un bon professeur ou un bon pasteur peuvent devenir des obstacles à une conversion plus profonde.Nous avons souvent trop peur de nous défaire de nos propres créations et de laisser Dieu nous toucher et donner naissance à notre vrai « moi».Si nous continuons courageusement notre cheminement à travers le désert de nos coeurs, nous atteindrons un jour la racine de notre être, là où il jaillit de l'Être, là où notre propre être est un avec celui qui est la plénitude de l'Être, nous permettant de dire avec Paul : Je ne vis plus; c'est Lui qui vit en moi.10 La conversion nous conduit à une image renouvelée de nous-mêmes, de Dieu et de notre prochain.Ou plutôt, elle nous permet d'aller au-delà des images et de transcender dans cette bienheureuse simplicité (qui est la fin de la vie monastique) tout ce qui nous tient éloignés de nous-mêmes, de Dieu et de nos sœurs et frères.III.La conversion de la société en Royaume de Dieu Bien que la conversion soit tout d'abord quelque chose d'extrêmement intime et personnel — la conversion du cœur —elle ne peut être privée au point d'être solitaire.Elle doit devenir une conversion collective, par laquelle se réalise la transformation de l'Église et de la société.La conversion peut en effet être vécue par plusieurs personnes en même temps, et celles-ci peuventformer une communauté pour se soutenir mutuellement dans leur auto-transformation, et pour s'aider mutuellement dans la fidélité aux conséquences d'une telle transformation et dans l'accomplissement des promesses de leur vie nouvelle.C'est ainsi qu'est née la vie cénobitique et les autres formes de vie commune dans l'Église.Une telle conversion peut passer de générations en générations et s'étendre d'une culture à une autre3.Mais à un niveau profond, la conversion est intimement liée au Royaume de Dieu.Lorsque Jean le Baptiste invita les Juifs à la conversion, il dit: «Faites pénitence, car le Royaume de Dieu est proche»; et lorsque Jésus commença sa propre prédication, il proclama de même : « Faites pénitence, car le Royaume de Dieu est proche».3.Cet aspect a été développé par Bernard Lonergan au Congrès Théologique International de Toronto en 1967.Voir Theology of Renewal, Vol./, New York 1968, pp.44-45. L'expérience de conversion faite par Jésus lui-même à son baptême fut la découverte non seulement de son identité, mais aussi de sa mission de prêcher et d'actualiser le Royaume de Dieu, et le début de sa réalisation.Si notre conversion est authentique, si en devenant la personne que nous sommes appelés à devenir nous arrivons à être plus pleinement notre véritable « moi» [self), et donc plus pleinement identifiés à Celui qui est la plénitude du Moi [Self), nous recevrons aussi la révélation de notre mission personnelle unique dans l'édification du Royaume de Dieu.Ce fut l'expérience des Apôtres.Il leur fallut du temps avant de comprendre le message de Jésus.Au moment de sa mort, ils étaient encore loin de cette compréhension.Ils étaient un groupe de peureux qui s'enfuirent, et Pierre renia son Maître.Et cependant, dans l'expérience du pardon à travers la passion, la mort et la résurrection de Jésus, ils se perçurent eux-mêmes dans une nouvelle lumière et embrassèrent Jésus-Christ comme Seigneur.Ils furent liés à lui d'une nouvelle façon, et ainsi ils découvrirent leur propre mission dans la construction du Royaume.Notre mission, bien qu'enracinée dans notre baptême, doit être découverte, comme celle des Apôtres, dans l'expérience profonde de la communalité et de la solidarité avec tous ceux qui sont affligés par la pauvreté du péché et qui ont besoin de guérison.Le Royaume de Dieu prêché par Jésus implique une transformation radicale de toute la structure de la société ; et la conversion individuelle du coeur prend tout son sens si elle est une petite partie constitutive de cette grande et profonde transformation.Cette transformation du Royaume, tout comme la conversion individuelle, requiert à un certain point, une brisure radicale.Le Royaume n est pas le fruit d'une évolution; il éclate.Il n'est pas simplement spirituel, mais implique une révolution complète des structures du vieux monde.C'est pourquoi il est présenté comme bonne nouvelle pour les pauvres, lumière pour les aveugles, guérison pour les boiteux et les sourds, liberté pour les prisonniers, libération des opprimés, pardon des pécheurs et vie pour les morts (voir Luc 4, 18-21 ; Matt.11,3-5).Un tel Royaume n'est pas Vautre monde, mais ce monde-ci transformé et renouvelé.12 C'est là le message des Béatitudes.Nous avons tendance à interpréter celles-ci comme si Jésus promettait le bonheur seulement pour une vie après la mort, dans un distant «Ailleurs».« Heureux les pauvres — semblons-nous comprendre parfois — car après leur vie misérable sur cette terre ils recevront le Royaume des cieux; heureux ceux qui souffrent, car ils recevront la consolation des joies du ciel ; heureux les affamés, car après être morts de faim, ils seront nourris dans le ciel de mets succulents, etc.» Cela n'est certainement pas le message de Jésus.Lorsqu'il déclare les pauvres heureux, c'est parce qu'il est venu pour les délivrer de leur pauvreté; lorsqu'il déclare les affligés heureux, c'est parce qu'il leur apporte consolation ; lorsqu'il déclare les affamés heureux, c'est parce qu'il est venu pour les délivrer de leur faim.Ce que Jésus a commencé, ses disciples ont la mission de l'achever.Le Royaume de Dieu doit d'abord être réalisé ici sur terre, dans l'espace et dans le temps.S'il est réalisé ici, sur terre, il existera pour toujours, car il est divin, étant la réalisation de la dimension divine de l'être humain créé à l'image de Dieu.Sa pleine réalisation marquera la fin des temps.En conséquence, les Béatitudes ne sont pas des sédatifs spirituels dont le but serait de nous aider à endurer les difficultés de la vie présente dans l'attente d'un meilleur « Ailleurs».Elles sont un appel, ainsi qu'une mission confiée à chacun de nous; la mission de transformer, de convertir le monde.Ceci, évidemment, implique une attente eschatologique.Le Royaume de Dieu est déjà ici mais non encore pleinement réalisé.Il est urgent de l'achever.Il implique aussi une lutte constante.Les pouvoirs démoniaques que nous rencontrons en nous-mêmes dès que nous commençons notre cheminement solitaire, sont présents et actifs dans la société.Saint Paul, utilisant la terminologie des Gnostiques de son temps, les appelle «les pouvoirs et les principautés de ce monde».Le sens de notre ascèse, de notre conversatio, est de hâter la victoire finale du Royaume de la Lumière sur le royaume des ténèbres.La fin des temps ne sera pas le moment quand le monde cessera d'exister, mais le moment quand il sera 13 pleinement transformé en Royaume de Dieu.Une vie de conversion est une vie vécue dans la conscience aiguë de cette urgence: « Restez en tenue de travail et gardez vos lampes allumées.Et soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, afin de lui ouvrir dès qu'il arrivera et frappera.» (Luc 1 2, 35-36).Jésus, dans l'Évangile, exprime très clairement que la conversion est un choix entre deux maîtres.Ou bien nous servons les principautés et les pouvoirs de ce monde (personnifiées par Jésus sous le nom de Mammon) ou bien nous servons le Dieu personnel, qui reçoit aussi un nom personnel, Abba.Il n'y a pas d'entre-deux.Un choix personnel s'impose.Nous vivons notre conversion monastique dans un monde concret où l'une des grandes manifestations du pouvoir du mal est l'énorme disparité entre riches et pauvres (nations riches et pauvres aussi bien qu'individus riches et pauvres au sein de chaque nation).Les principales conséquences en sont la faim et la guerre.Pour nous qui vivons la vie religieuse comme pour tout Chrétien baptisé ayant la responsabilité de hâter la réalisation du Royaume de Dieu, le premier pas vers la conversion en ce domaine sera la prise de conscience de notre coresponsabilité face à cette situation de péché.Nous sommes tous compromis dans cette situation, ne fût-ce que par le fait que nous en profitons.Prenons un exemple simple : nous sommes tous bien nourris, vêtus et logés.Autant de choses dont des centaines de millions de personnes sont privées.Le système qui nous rend ces choses disponibles est le même système qui en prive le reste de l'humanité afin de nous privilégier.Les solutions ne sont ni faciles ni simples; mais, au moins, le fait que nous ne disposons pas de solutions toutes faites ne doit pas nous empêcher de voir les problèmes réels.La conversion de Paul fut une prise de conscience radicale de l'identification de Dieu avec les opprimés : « Pourquoi ME persécutes-tu?» lui dit Jésus.Par cette simple question, il fut secoué en tout son être : en son identité personnelle, dans l'image qu'il se faisait de Dieu, en sa compréhension des hommes.Toute compréhension 14 authentique du chapitre 25 de Matthieu4 et toute prise de conscience claire de l'identification de Dieu avec les petits de ce monde devraient opérer en nous une conversion identique.Une deuxième étape de la conversion est l'analyse de la situation.Monseigneur Oscar Romero, dans une homélie donnée peu avant son assassinat, disait : « Une vraie conversion chrétienne doit révéler le mécanisme social qui fait de l'ouvrier et du paysan des marginaux.» 5 Et, bien sûr, toute prise de conscience comporte une responsabilité d'agir.La prise de conscience du mal social est certainement plus grande aujourd'hui qu'en aucun autre moment de l'histoire.Mais il ne suffit pas d'être conscients; il ne suffit pas de signer des pétitions.Nous devons être créatifs.Et être créatifs dans notre effort de conversion, c'est trouver des moyens de nous dissocier individuellement et collectivement d'un système économique et social dans lequel les pauvres n'occupent pas la place privilégiée qui leur a été assignée par l'amour gratuit et préférentiel de Dieu pour eux.Les Pères du Désert virent le mal présent dans la société de leur temps.Ils ne s'arrêtèrent pas à condamner la société; ils reconnurent en eux-mêmes le même mal et le confrontèrent à ce niveau.Ils exprimèrent cette lutte dans leurs écrits, utilisant une forme mythologique de langage.Les mythes qu'ils élaborèrent étaient puissants et furent capables de conduire plusieurs générations successives à l'expérience de la conversion.Depuis quelques siècles, bien que nous trouvions parfois charmantes les histoires extravagantes des Pères du désert, nous avons remplacé leur mythologie par notre théologie et nos spiritualités.Mais ces systèmes ne semblent pas nous aider beaucoup.Peut-être devrons-nous réinventer un langage mythologique de notre expression religieuse.4.En particulier Matt.25, 40 et 45: «En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l'un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l'avez fait !.chaque fois que vous ne l’avez pas fait à I un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l'avez pas fait.» 5.Cité dans Le Monde, Paris, Mars 21, 1981.15 Conclusion À une époque où les groupes chrétiens primitifs étaient tentés de trouver leur sécurité psychologique et leur cohésion dans une profonde hostilité à I égard des Juifs qu'ils considéraient responsables de la mort de Jésus, l'un des aspects les plus remarquables de la conversion de Paul fut qu'il se refusa à cette simple réorientation de son agressivité — réorientation que l'on trouve parfois chez les convertis6.Non seulement harmonisa-t-il sa propre identité juive avec sa fidélité au Christ, mais il consacra trois chapitres entiers de son Épître aux Romains (9 à 11 ) à démontrer — parfois laborieusement — comment les Juifs pouvaient être sauvés en dépit de leur rejet du Christ.À travers les siècles, les Chrétiens ont souvent cédé à la tentation de resserrer leurs rangs en menant des croisades.Les grands moines du passé furent parfois embrigadés par les patriarches et les papes dans de tels mouvements.Mais rien n'est en soi plus étranger à la conversion monastique.Par leur montée des douze degrés de l'humilité, les disciples de saint Benoît tendent à la pureté du cœur ou à la bienheureuse simplicité que nous pourrions appeler en termes modernes l'« intégration finale».Ceux qui ont atteint cette intégration finale sont non seulement convertis à leur propre moi et donc à la plénitude de I Être, c est-à-dire transformés en Christ, mais ils sont aussi un avec tout être humain et avec le cosmos entier.Bien qu'appartenant à une communauté locale et vivant dans une culture concrète, ils transcendent toutes les cultures, idéologies et systèmes.Ils peuvent, par leur vie même, aider la société à se convertir à l'unité ultime, et à hâter la réunification eschatologique en Christ.En un temps où en certains milieux politiques et ecclésiastiques l'appel semble de nouveau se faire entendre à se lancer dans des guerres saintes, il vaut la peine de se rappeler cet aspect de la tradition monastique et de la conversion monastique.6.Voir André Godin Psychologie des expériences religieuses, Paris 1981, surtout pp.205-209.16 Résumons donc le processus que nous avons décrit : par notre profession nous nous engageons à vivre en plénitude notre participation au mystère pascal du Christ dans lequel nous avons été introduits par le baptême.Nous réalisons cela à travers un long cheminement de conversion qui nous conduit à notre identité personnelle dans le Christ, à travers une série de morts aux multiples couches de notre « ego».Il s'agit avant tout d'une conversion du cœur dans laquelle nous recevons l'Esprit de Jésus qui nous conduit au désert de notre péché et à l'expérience de la miséricorde et du pardon.Cette expérience développe en nous un sens de compassion et de solidarité qui nous éveille à notre mission personnelle dans la conversion du monde présent en Royaume de Dieu.Le but ultime de ce cheminement n'est pas seulement notre intégration personnelle finale, mais l'intégration finale du cosmos entier, finalement transformé en Royaume éternel de Dieu.17 La place de Marie dans notre vie Paul-Émile Vachon, s.m.* Lorsque nous voulons définir de façon un peu rigoureuse la place que Marie devrait occuper dans nos vies, nous nous rendons bientôt compte qu'il règne dans notre esprit beaucoup d'imprécision à ce sujet.Sans doute pouvons-nous dire à notre décharge que nous ne sommes pas ici dans le monde du quantifié ni même du quantifiable.Cela dit, le malaise persiste.Et sur ce point, nous ne faisons guère exception, car nous avons assisté dans l'histoire de la dévotion mariale à des oscillations significatives qui traduisent bien l'équilibre délicat qu'il faut rechercher dans ce domaine.La place de Marie, nous la disons volontiers grande et importante.Ne reconnaissons-nous pas Marie comme notre Mère?Une telle relation entraîne des conséquences d'une ampleur insoupçonnée, au point que l'esprit hésite un moment devant la torrentueuse débâcle que l'on pourrait ainsi déclencher.En effet, nous touchons là le point névralgique du mystère marial.«Marie, Mère de Dieu pour devenir Mère des hommes,» nous disent audacieusement les théologiens.Ainsi lisons-nous dans une étude récente particulièrement lumineuse et solide: «Marie est choisie par le Père et remplie de l'Esprit pour devenir Mère du Christ, mais c'est afin de devenir par ce moyen Mère de l'Église et Mère des hommes.Il apparaît donc que le privilège de "Marie, Mère de Dieu" est relatif à sa maternité ecclésiale» (Philippe Ferlay, Marie, Mère des hommes, Desclée, 1 985, p.1 67).Nous saluons la formule qui claque dans le vent mais nous n'osons guère peut-être nous livrer à la bourrasque qu'elle pourrait engendrer.* 2550 Marie-Fitzbach, Sainte-Foy, Québec.G1V2J2.18 Prudents, nous commençons par professer que Marie intercède puissamment pour nous auprès de Dieu.Beaucoup s'arrêtent là et prétendent que l'on a tout dit lorsqu'on a affirmé que Sainte Marie prie pour nous maintenant et à l'heure de notre mort.Bien loin de répudier la vieille prière du «Sub tuum», nous nous confions spontanément à l'efficace intercession de la Vierge.Nous n'hésitons pas à affirmer qu'elle est chère au cœur de Dieu, qu'elle est «la tout-aimée du Père».Nous croyons qu'elle mérite toutes les splendides appellations des Litanies de Lorette : elle est Refuge des pécheurs, Reine des anges et des hommes, et Porte du Ciel.Curieusement, et on n'y fait pas toujours assez attention, son titre de Reine à notre endroit nous fait moins problème que son titre de Mère.Le premier tire moins à conséquence que le second.Plus enrobé de poésie, plus métaphorique, plus de l'ordre des images, il ménage des zones floues et permet des replis stratégiques si le besoin s'en faisait sentir.Mais sommes-nous condamnés à l'imprécision et aux images vaporeuses lorsque nous voulons dire la place de Marie dans nos vies ?Pouvons-nous expliciter davantage l’espace qu'il est digne, juste et salutaire de consacrer à la Vierge dans notre monde intérieur essentiellement habité de l'Esprit, mais traversé aussi de la présence mariale maternelle et vivifiante?Si pour trouver une réponse à notre interrogation nous interrogeons les Écritures, un texte surtout s'imposera à notre attention parce qu'il aborde justement et de plein fouet le point névralgique auquel nous faisions allusion plus haut : la maternité de Marie à notre endroit.Il s'agit du texte de Jean, ch.19, verset 27b.Comme il constitue le lieu biblique le plus explicite concernant la question qui nous occupe, nous allons l'interroger longuement.Sans solliciter le texte ni entrer dans une exégèse technique et savantasse, nous allons essayer de voir tout ce qu'il est légitime de lire dans le court passage johannique.Il ne couvre qu'un demi-verset, mais, comme on le verra, son écriture est d'une densité remarquable et son sens est tout à fait prégnant.L'analyse de cette courte phrase occupera la première partie de notre réflexion.Elle nous amènera, dans une deuxième partie, à reconsidérer de façon globale mais comme à son sommet le mystère de notre Salut.Dans 19 un troisième temps, nous tenterons de dégager les conséquences pratiques qui peuvent en découler pour notre vie.I.Au pied de la croix le disciple se fait accueil «À partir de ce moment-là, le disciple la prit chez lui» (Jn 1 9, 27b).Voilà dans une transcription volontairement neutre ce que dit la brève notation que saint Jean nous livre dans le contexte éminemment solennel et dramatique de la crucifixion.On ne saurait évidemment comprendre le verset dans lequel la théologie catholique enracine la maternité spirituelle de Marie envers tous les hommes sans le resituer dans le contexte de la mort de Jésus que l'évangéliste théologien nous relate avec finesse et précision, choisissant chaque mot comme une pierre précieuse chargée de nous renvoyer le maximum de lumière.Le contexte immédiat Élevé en croix, Jésus vient de confier le disciple à Marie: «Femme, voici ton fils» lui a-t-il dit.De même laconiquement il remet la Mère au disciple qu'il aimait : « Voici ta mère», murmure-t-il à l'adresse de Jean.Dans l'un et l'autre membre, la formule est brève mais d'extrême densité.Elle engage l'histoire; elle engage l'éternité.On aura noté que l'évangéliste parlant de Marie en rapport avec Jésus ne l'appelle plus dans ces versets «Sa mère», mais bien «La mère», donnant à comprendre que la maternité de Marie prend désormais une dimension nouvelle, reçoit un sens nouveau.Sa maternité n'est plus comme à Bethléem ou à Nazareth polarisée autour du Fils unique qu'elle a porté dans son sein et qu'elle a éduqué mystérieusement à sa mission; mais c'est en quelque sorte la mission elle-même qui se profile au premier plan et Marie se sent invitée d'y entrer plus avant.Jean ne nous dit rien de la réaction de Marie debout au pied de la croix.Sans doute estime-t-il qu'il nous a déjà tout dit en la présentant dans la position debout au pied du Fils, servante en 20 même temps que collaboratrice.L'évangéliste ne sent pas le besoin d'expliciter ce qui éclate pour lui de toutes les manières: Marie entre dans la nouvelle maternité à l'endroit du fils pluriel, multiple et innombrable en train de naître sur la Croix glorieuse de la chair qu'elle a portée et qui lui revient, si l'on peut dire, pour une gestation ne devant s'achever que dans « la consommation définitive de tous les élus» (L.G.62).En revanche quand il s'agit de la réaction du disciple, Jean croit opportun de nous dire comment celui-ci a donné suite à la parole fondatrice que Jésus vient de lui adresser.Là en effet, on pourrait légitimement le supposer, les choses ne vont pas forcément de soi.Et en toute hypothèse, puisque le disciple se perçoit, dans ce contexte, comme le symbole de toute l'humanité à naître, il est normal qu'il consigne pour nous l'attitude et l'action que provoque en lui et en nous la nouvelle relation contractée avec Marie.L'Heure est là Dans la réaction de Jean telle que rapportée dans l'évangile, distinguons les deux segments de phrase qui condensent sa pensée: le complément de temps et le verbe d'action.Limitons d'abord notre analyse aux tout premiers mots tels que nous les avons transcrits plus haut : « À partir de ce moment-là».D'excellents exégètes nous invitent à comprendre que Jean ne parle pas ici purement et simplement d'une succession chronologique dans les événements qu'il nous relate.Il ne s'agit pas de les voir dans une juxtaposition temporelle comme s'il nous disait : « Après que Jésus eut prononcé ces paroles, le disciple pria Marie de venir demeurer chez lui.» Il faut bien saisir que la notion de temps recèle ici une signification tout à fait importante à laquelle l'évangéliste a d'ailleurs longuement préparé son lecteur.C'est, en particulier, l'intention sous-jacente au verset introductoire du long discours de la dernière cène qui éclaire de façon si saisissante le drame qui se déroulera sur le Calvaire : « Avant la fête de la pâque, Jésus sachant que son Heure était venue, l'heure de passer de ce monde à son Père, lui, qui avait aimé les siens qui sont dans le monde, les aima jusqu'à l'extrême» (Jn 13, 1).21 C'est pourquoi les exégètes, suivis en cela par la plupart des traductions en notre langue, suggèrent de traduire de la façon suivante le complément de temps qui situe la réaction du disciple : «À partir de cette heure-là».Le temps dont il est question en effet, c'est l'Heure de Jésus, l'Heure pour laquelle il est venu, l'Heure de la suprême révélation, de l'extrême réalisation du Salut.Rien de ce qui devait être fait n'a été omis.Elle sonne l'Heure de l'enfantement d'une humanité nouvelle.La Femme va entrer dans son rôle de Mère.« Jésus sachant que désormais tout est achevé» peut s'écrier dans la joie de l'Époux: «Tout est consommé.» Maintenant l'Esprit sera insufflé sur toute chair pour la filiation qui récapitule l'humanité dans la tendresse du Père.Cette Heure décisive, il faut le remarquer, n'arrive pas toutefois pour passer, météore brillant dans notre nuit; elle se tient au milieu du temps comme le lieu où tout se récapitule, où tout enfin entre dans la pleine signification de l'être.C'est l'Heure après laquelle la création tout entière soupire, «car la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu» (Rm 8, 20).En elle, est arrivé le mystérieux «déjà-là» alors que nous nous hâtons vers le «pas-encore».C'est l'espace de la foi où tout est donné et tout reste à recevoir.Marie et l'Heure décisive Remarquons encore — et c'est capital pour notre propos — que cette Heure, c'est précisément celle où Marie nous est donnée comme Mère.Au sommet du temps, au moment où les actions décisives sont posées, où l'essentiel se joue, Marie apparaît chargée de mission par Jésus qui réalise la suprême mission que lui a confiée le Père.Le lien qui unit aussi étroitement le don de la Mère au temps du Salut projette une lumière de première magnitude sur la place de Marie dans le mystère chrétien et, par voie de conséquence, dans la vie du croyant.Nous voyons en effet dans le tableau central du Calvaire comment Marie est imbriquée dans les événements salvifiques eux-mêmes.Non pas sans doute dans le sens que Marie y ajouterait une force nouvelle, une valeur autre que celle du seul Christ Sauveur, mais elle contribue — de par le 22 choix même de Jésus — à extensionner cet événement jusqu'à nous et à nous faire entrer dans la vie qui s'écoule du cœur transpercé.Nous sommes amenés par là à soupçonner combien le fait d'accueillir Marie parmi les biens spirituels légués par le Christ «au moment de quitter ce monde pour retourner vers le Père» fait partie intégrante du mystère et de l'économie de notre salut.Nous reviendrons plus longuement et plus explicitement sur ce point dans la deuxième partie de notre réflexion.Pour le moment, il nous importe de poursuivre notre lecture minutieuse du dense verset johannique.Le disciple ouvre la maison de son cœur «Le disciple la prit chez lui».Ce court membre de phrase évoque avec beaucoup de profondeur l'attitude du disciple envers la pieuse Mère.Le verbe d'abord requiert toute notre attention.Sans verser dans une savante philologie mais en profitant de ce que les philologues nous apprennent, sans multiplier les problèmes comme à plaisir, nous retiendrons quand même ce que les exégètes ont fort pertinemment mis en lumière concernant le passage qui nous intéresse.Le verbe grec employé ici par Jean a toujours dans son évangile le sens d'accueillir profondément, de laisser venir en soi lorsqu'il a comme complément une personne, le Christ lui-même par exemple, mais également les biens qui le rendent présent pour ainsi dire et qui sont comme des gages de sa personne elle-même : sa grâce, sa lumière, sa parole, son Évangile.Ce verbe dans ses usages johanniques, on le voit, traduit avec beaucoup de bonheur l'attitude profonde et vraie de tout homme devant le Salut.Cette attitude en effet parle de réceptivité active, non chiche et mesurée mais qui fait de l'hôte un nouveau maître de la maison.Devant le Salut, il s'agit justement de s'ouvrir dans un accueil plein de joyeuse soumission pour laisser venir en soi, pour laisser advenir en soi, afin que non pas notre sentiment mais ta grâce domine en nous.23 Avant de réfléchir sur les conséquences concrètes qu'une telle manière de lire notre texte nous amènerait à tirer pour notre vie, relevons encore le deuxième élément syntaxique qui compose le membre de phrase sous étude.Il ajoutera, nous le verrons, un éclairage non négligeable pour notre saisie de Jn 19, 27b.La préposition «chez» ne doit pas nous amener à croire simplement que Jean reçut Marie dans sa maison.Encore que ce sens ne soit pas à éliminer, il ne semble pas que ce soit celui sur lequel le disciple bien-aimé attire notre attention.Rien en effet ne nous y a conduits et rien par la suite ne nous y ramènera.Le vocabulaire de Jean et ses insistances tout au long de son évangile nous invitent dans une autre direction.Les exégètes suggèrent de traduire ici: «le disciple la prit parmi ses biens.» Littéralement, Jean accueille Marie au nombre de ses biens en propre.Or quels sont-ils ces biens que l'apôtre considère comme les siens en propre?On les reconnaît à la lecture de son évangile et de ses lettres.Il les indique dès le prologue pour les commenter ensuite de toutes les manières.Les biens de Jean, c'est ce qu'il a reçu de Jésus ; ils tirent des traits lumineux à travers ses écrits et en forment les arêtes vives: La Parole qui est le Verbe auprès de Dieu, la Vie éternelle qui est en Lui, la Lumière qui venant en ce monde éclaire tout homme, l'Amour « par lequel tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples».Parole, Vie, Lumière, Amour : voilà les biens que Jean accueille chez lui, les biens qu'il laisse descendre dans son cœur pour qu'ils y adviennent avec toute leur puissance.Or parmi ces biens spirituels venus de Jésus, gages de Sa présence dans la vie du disciple, se trouve en bonne place Marie, la pieuse Mère, accueillie comme un héritage précieux.Du haut de la croix, au moment suprême, Jésus la lui donne comme Mère, signifiant la relation qui s'établit entre eux à un niveau tout à fait vital.Un bilan provisoire En lisant avec ces yeux et dans cette perspective les textes de Jean, nous ne sommes pas en train de forcer les mots pour leur faire dire I impossible et même davantage.Cette lecture s'appuie sur un large consensus parmi les exégètes.Nous reconnaissons 24 simplement la grandeur du don que nous fait Jésus au moment décisif de la crucifixion lorsqu'il remet sa Mère au disciple qu'il aimait.Dans cette rencontre, Jésus lui recommande la disposition intérieure de la réceptivité la plus grande comme devant un bien spirituel de la plus haute valeur, comme devant les biens qui le rendent lui-même présent dans la vie du disciple.Le texte même de Jean dans son libellé très précis nous montre que c'est bien ainsi que l'a compris celui qui avait reposé sur la poitrine de Jésus, et c'est bien ainsi que sa tradition particulière l'a consigné pour la vie de l'Église.Parmi les valeurs donc que Jean laissait librement et activement entrer dans sa vie pour la façonner de l'intérieur, il y avait Marie, reçue au suprême moment où basculait l'Histoire pour la libre irruption de l'Esprit envoyé sur toute chair.Bien loin d'être accueillie par le disciple simplement comme une pensionnaire, Marie apparaît plutôt à Jean comme l'instrument de l'Esprit pour l'incarnation continuée, si l'on peut dire, pour l'engendrement du Corps à la fois un et pluriel, mystique et charnel, filial et fraternel.Cette perception johannique que vient appuyer le livre des Actes (1, 14), nous avons à la faire nôtre parce que Jean au pied de la croix n'est pas qu'un individu tout uniment.En lui confiant la pieuse Mère, Jésus ne fait pas que régler une affaire strictement personnelle où il tiendrait à assurer à Marie un soutien après son départ.Au-delà du rôle de soutien qu'il est appelé à jouer auprès de Marie — et sur lequel d'ailleurs les Écritures restent muettes — Jean symbolise la multitude de ceux que le sang du Christ a sauvés et que le Père appelle à constituer le peuple «des fils adoptifs par Jésus-Christ, ainsi (que) l'a voulu sa bienveillance à la louange de sa gloire et de la grâce dont il nous a comblés en son Bien-aimé.» (Ep 1, 5-6).Accueillir Marie des mains du Fils comme un bien hautement spirituel et qui en quelque sorte le rend lui-même présent dans sa vie, voilà comment le disciple bien-aimé a compris le legs du Christ en croix.C'est au nom de la multitude des frères que Jean «a pris Marie chez lui».Chaque chrétien est donc depuis la croix le dépositaire de ce bien précieux entre tous et qui nous parle de l'essentielle fraternité et de l'éternelle filiation dans l'engendrement 25 spirituel à la vie.Voilà l'affirmation doctrinale qu'une saine lecture de Jn 19, 27 nous amène à faire.Il nous resterait maintenant à éclairer quelque peu les déterminations concrètes que cette donnée scripturaire confère au cœur même du mystère de notre Salut.Ce sera l'objet de la deuxième partie de notre travail.Nous pourrons ensuite nous faire une idée plus juste de la place que Marie devrait occuper dans notre vie pour accueillir en pleine conscience et en pleine liberté la mission que le Fils lui a confiée auprès de nous.II.À partir de la Croix Marie entre dans nos vies Éclairés par les quelques réflexions que nous avons faites plus haut sur le texte de Jean (19, 27), nous pouvons maintenant essayer de préciser plus rigoureusement la place que Marie, la pieuse Mère, détient dans l'ensemble du mystère de notre salut dont le sommet se déroule dans le triptyque Mort-Résurrection-Pentecôte.Mettre en lumière le rôle de Marie dans l'Événement primordial nous amènera à comprendre quelle place la Vierge devrait occuper dans notre piété chrétienne et de quelle dévotion nous devrions entourer celle que nous appelons la Mère des hommes.Nous pressentons que ni cette place ni cette dévotion ne saurait être mesquine, marginale, ni même facultative puisque la Vierge a partie liée avec l'envoi de l'Esprit sur toute chair, puisqu'elle est encore pour notre naissance à la vie nouvelle, comme à l'Annonciation, celle qui dit OUI au nom de tous pour qu'advienne la filiation — adoptive cette fois — mais pour toute l'humanité.Marie et le Fils Il nous faut d abord remarquer que Marie fait partie des biens spirituels de tout disciple du Christ, puisque Jean, nous y avons fait allusion et c'est communément admis, se tient au pied de la croix comme le symbole, disons mieux le type, de tous ceux qui ont foi au Christ et qui sont ainsi appelés à la nouvelle naissance dans I Esprit.Si I on essaie de préciser quel est le sens que revêt ce legs de Jésus à ceux qui le suivent, il faut reconnaître que Marie est 26 donnée à tout disciple par Jésus comme une marque de son amour et en même temps comme une marque de sa confiance.Avant tout autre rôle en effet, Marie se tient devant nous comme celle qui nous parle du Fils et qui nous montre Son cœur transpercé.À ceux qu'elle porte dans la longue gestation du temps de l'Église, elle parle du Premier-né.Car Marie n'est jamais autrement qu'en fonction du fruit de ses entrailles, le Fils unique du Père.À travers elle, Jésus veut que par toutes les manières celui qui le suit sache quelle profonde intimité il partage avec Lui.Le don de Marie jette ainsi un ruissellement de lumière sur la relation du disciple avec Jésus.En effet, à partir de l'heure décisive pour laquelle il est venu en ce monde, on voit que Jésus, dans l'évangile de Jean, commence à appeler ses disciples du nom de « frères».Ils sont maintenant pour lui «mes frères».Il dira à Marie-Madeleine : «Va trouver mes frères et dis-leur : je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu» (Jn 20, 17).Celui qu'il a toujours revendiqué comme son Père en propre et que les Juifs, disait-il, ne connaissaient même pas (Jn 8, 42.55), Celui dont il avait maintes fois entretenu ses disciples mais sans jamais les inclure dans sa haute paternité, voici qu'il l’appelle maintenant « votre Père».Il montre bien qu'une relation toute nouvelle existe dorénavant entre lui et ceux qui se sont regroupés dans la foi autour de lui.Sans doute cette relation est-elle essentiellement créée par l'opération du Saint-Esprit mais qui justement continue d'engendrer des fils au Père dans le sein de la même pieuse Mère.Lorsque le disciple lève le regard sur la Femme, Mère de Dieu et Mère des hommes, présente dans sa vie à la manière d un présent dans sa vie de croyant, il saisit d'abord et avant tout la relation que l'heure décisive a établie entre Jésus et lui.Car Marie, encore une fois, parle d'abord du Premier-né.Et la présence de la même Mère évoque aussi la mystérieuse et très haute présence du même Père.Ici comme partout ailleurs dans ses interventions qu'ont retenues les Évangiles, Marie est lumière et servante, lumière parce que servante.Sa maternité spirituelle n'est nullement captatrice ; elle ne retient pas à soi ; elle dirige vers le cœur de Dieu.27 Sans doute, la piété chrétienne a accepté l'image jadis très populaire du large manteau marial englobant tous les dévots de Marie.La figure ainsi créée n'est pas sans une certaine ambiguïté, car Marie ne constitue pas de blocs à part; elle ne rassemble pas les «siens» quelle entoure de protection laissant les autres se débrouiller à leur guise.Si l'on veut rester à l'intérieur de la métaphore chère au Moyen-Âge, on pourrait dire que son manteau rappelle plutôt le filet du pêcheur qui ramène au rivage des poissons de toutes sortes (Mt 1 3, 47).Marie ne fait pas qu'encadrer et protéger ; elle éveiIle à la vie et amène au Premier-né, ce qui est tout un.Le manteau de Marie est partie prenante du réseau d amour que le Père a lancé sur notre terre, son propre Fils venu en notre chair « pour réunir tous les enfants de Dieu dispersés» (Jn 11, 52), et pour «tout récapituler en un à la gloire de Dieu» (Ep 1, 10).Sa présence de Mère évoque justement de façon concrète et actuelle cette mission qui se réalise en nos vies.Sa présence maternelle n'a d'autre but que de nous amener à dire Oui à la vie qui ne cesse de s'offrir à nous et de nous rappeler que nous naissons à la vie même du Christ.Son Oui personnel et en même temps communautaire à ce réseau d'amour provoque et soutient notre propre Oui au plan d'intimité, de tendresse et de partage que le Père, par I opération de l'Esprit, réalise en notre faveur dans le Fils.Marie et le Saint-Esprit Frère de Jésus dans le mystère de la Croix, nous accueillons Marie dans la piété filiale.Elle nous rappelle et nous fait découvrir que nous sommes, de par la volonté de Jésus qui nous remet à elle, constitués en une relation fraternelle tout à fait neuve avec le Christ.Il ne s agit pas d'une métaphore quelconque mais d'une réalité qui s'exprime ainsi en propres termes.La maternité de Marie à notre endroit cependant ne se ramène pas à la seule fonction de jeter une telle lumière dans nos esprits.Si immense que soit le service ainsi rendu, il n'épuise pas le rôle de Marie dans sa maternité universelle à l'endroit de l'humanité sauvée.En tout cas, on n'en a pas exploré tous les tréfonds ni fait ressortir toutes les conséquences.28 Accueillir Marie dans sa vie comporte en effet pour le disciple une autre dimension que les exégètes font ressortir à bon droit en tenant un compte précieux du contexte johannique dans lequel s'effectue « la remise de Marie au disciple».Il nous faut parler de la maternité «spirituelle».En employant ce qualificatif, évacuons cependant toute idée de maternité au rabais.Selon une certaine manière de voir, tout à fait erronnée d'ailleurs, on l'appellerait spirituelle parce quelle n'est pas physique et donc qu'elle reste un peu en l'air, qu'elle tient de la métaphore.Rien n'est plus éloigné de la réalité.Cette maternité de Marie est dite spirituelle parce qu'elle se réalise dans l'Esprit.Pour le bien mettre en lumière, il faut interroger les versets qui entourent l'événement de salut que nous tentons de comprendre dans sa profondeur.Dans le fait d'avoir accepté Marie comme Mère et de l'avoir accueillie parmi ses biens propres, parmi les biens qui lui rendent présent au cœur le Seigneur Jésus, le disciple bien-aimé avait pour ainsi dire consenti pleinement à la volonté ultime de Jésus.Celle-ci pouvait alors se donner libre cours et s'accomplir.L'évangéliste nous invite à comprendre sa pensée dans cet éclairage.En effet il poursuit son récit de la manière suivante: «Désormais, comme Jésus savait que DÈS LORS tout était achevé.» (v.28).Ce «dès lors» renvoie tout naturellement au verset qui précède.En clair l'évangéliste nous dit qu'après la présentation du disciple à la Mère et la remise de Marie au disciple, tout a été mis en place; les conditions sont maintenant toutes remplies, tous les préalables sont réalisés.L'accueil de Marie par le disciple au verset précédent semble bien dans cette perspective comme l'élément qui parachève ce que Jésus avait commencé.Aussi bien le texte enchaîne avec une grande rigueur de composition : « Après avoir pris le vin aigre, Jésus s'écria: tout est consommé.» Sa mission est remplie dans toutes ses prescriptions.Il peut donc en dévoiler le fin mot, si l'on peut s'exprimer ainsi.« Et inclinant la tête, il émit l'esprit» (v.30).Soulignons tout de suite un élément d'extrême importance pour notre propos.Dans la perspective que nous venons de présenter et qui ne violente les textes en aucune façon mais en démontre la solide construction, l'envoi de l'Esprit, on le constate, 29 présuppose I accueil de Marie comme Mère.L'affirmation est de taille, sans aucun doute.Faut-il en rabattre?L'événement de la Pentecôte vient plutôt consolider cette interprétation et l'imposer à notre attention.Dans l'événement de la salle haute à Jérusalem (Actes 1, 14), la présence de Marie au sein du groupe des disciples en prière précède la descente du Saint-Esprit sur l'assemblée.Sans doute il ne faut pas voir là une priorité de nature, cela va sans dire ; mais il ne faut pas le ramener non plusà une banale question de temps, encore moins à une coïncidence fortuite et insignifiante.Marie ne se trouve pas au cénacle par un singulier hasard.Il ne faut pas comprendre qu eût-elle été absente, tout se serait quand même déroulé de la même façon et avec sensiblement les mêmes résultats.Au faîte du Salut Au pied de la Croix comme à la Pentecôte (qui ne sont pas des événements à dissocier comme s’ils ne constituaient pas radicalement une même réalité), nous voyons un ordre dans le déroulement du Salut effectué dans la chair de Jésus et dans lequel l'Esprit nous fait entrer.L'incarnation précède la spiritualisation.Nous ne pensons pas ici seulement à Nazareth mais à la Croix.La naissance du Christ un et du Christ pluriel est éminemment un acte de I Esprit; mais il est précédé du Oui de la Vierge dans un cas, et du Oui avec la Vierge dans l'autre.Comme nous le signalions dès le début de cette étude, Marie est Mère de Dieu afin de devenir Mère des hommes.Explicitons la relation entre ces deux maternités.La première venue de l'Esprit sur la jeune Vierge de Nazareth était de I ordre des moyens et réalisait le Salut sous un mode d'inachèvement et d'attente encore.La seconde mission de l'Esprit se situe dans l'ordre des fins; elle est l'accomplissement de l'Alliance, sanctification efficace et plénière de l'humanité.La première maternité livrait l'humanité au Fils pour qu'il l'associe au travail purificateur et rédempteur.Dans la seconde, le Fils donne l'Esprit à I humanité pour qu'elle devienne son propre Corps, pour qu'elle se rassasie de la plénitude du Ressuscité et effectue ainsi son retour au Père.Car, il faut bien le dire, le terme du Salut n'est pas la 30 réconciliation de Dieu et de l'homme, mais la transfiguration par l'irruption de l'Esprit qui accomplit l'intégration à I amour filial.Résumons ce nœud du mystère chrétien.L'incarnation est rédemptrice.Le Fils n'est pas venu dans notre chair pour lui-même, mais pour nous sauver en allant jusqu'au bout de cette aventure dans notre pâte humaine.Mais de même que la mort en croix n'est pas le Salut sans la résurrection, de même encore la résurrection du Christ n'est pas le salut sans la Pentecôte, sans I envoi de l'Esprit sur toute chair pour la rendre filiale à la joie et à la gloire du Père.Car c'est en cela que réside vraiment le Salut que Dieu nous donne.Or Marie a partie liée avec ce déroulement; elle y est intimement imbriquée non seulement à l'origine de la grande geste salvifique dans le silence de Nazareth, mais à son point culminant dans le vent tempétueux de Pentecôte où l'incarnation de Dieu devient, pour emprunter l'audace des Pères de l'Église, divinisation de l'homme.La place de Marie au sein du mystère de notre salut est donc de prime importance de par la volonté de Dieu.Cette affirmation entraîne des conséquences qu'il nous reste à monnayer quelque peu.III.Mère-disciple, une relation impérissable Marie et le testament spirituel du Christ Partenaire de I'Esprit pour notre naissance dans le Corps mystique et pour la croissance de ce dernier «jusqu à I accomplissement de tous les élus», Marie occupe dans notre vie une place de première importance.Dans les secrets tréfonds de I être chrétien, Marie joue un rôle que le Christ lui-même lui a assigné.Dans l'événement à valeur intemporelle et universelle de la mort en croix, Jésus a donné le disciple à la Mère et la Mère au disciple.Il établissait ainsi entre eux une relation impérissable car on ne pourra jamais faire que cette Femme ne soit pour notre naissance spirituelle notre mère.Dans le don que Jésus nous a fait en croix, la relation entre la Mère et le disciple s'établit donc à une profondeur exceptionnelle, 31 nous pouvons l'affirmer en toute sécurité de doctrine.Mais au-delà de cette saisie globale tout à fait impressionnante, nous aimerions encore préciser quelques modalités dans la relation Mère-disciple.Nous pourrions ainsi mieux laisser venir en nous son dynamisme vital.A cette fin, nous devrons interroger de nouveau l'évangile de Jean et étendre notre analyse au contexte entourant la scène primordiale du crucifiement.Celle-ci en effet s'éclaire d'une lumière nouvelle si l'on considère que la Croix prolonge et rend effectif le testament spirituel initié par Jésus autour de la table de la dernière cène (chap.17).Faisons une première remarque à propos de la scène du crucifiement.Dans les paroles du Christ en croix, il faut entendre plus qu une simple déclaration qui exprimerait une intention vague, un «vœu pieux», un désir sans force interne.Au contraire, selon les exégètes les plus autorisés, dans le 4e évangile, les paroles de Jésus ne sont pas simplement déclaratives, mais elles sont «causatives».« De même que la relation de Pierre aux disciples devait être changée par cette parole: paix mes agneaux, paix mes brebis (Jn21,16), de même Marie se trouve placée dans une relation nouvelle par rapport à ceux qu'aime Jésus, par les mots tombés du haut de la croix» (John McHugh, La Mère de Jésus dans le nouveau testament, Cerf, 1977, p.417).Si nous essayons de préciser quelle sera la fonction que cette relation ainsi constituée attribuera à Marie, il nous faudra recourir au chapitre 1 7 de Jean, au long discours d'adieux puisque là Jésus commence le testament spirituel qu'il conclut et paraphe de son sang sur la croix glorieuse.Dans cette perspective, il ne paraît nullement aventureux ni exagéré — en dépit de la résonnance un peu déplaisante des mots — de considérer Marie comme à la fois le légataire et l'exécutrice testamentaire de Jésus en tant que Mère universelle, partenaire de l'Esprit et première Église.La préface pour la fête de Marie, Mère de l'Église, nous invite à voir ainsi cette réalité théologique: «En recevant au pied de la croix le testament 32 d'amour de son Fils, elle a reçu pour fils tous les hommes que la mort du Christ a fait naître à la vie divine.» Relisons donc en ses clauses essentielles le testament de Jésus dont Marie est constituée pour ainsi dire l'exécutrice auprès de chacun de nous.Connaître Dieu Dans le discours d'adieux prononcé au cours du repas pascal, relevons d'abord Tardent souhait de Jésus que les disciples accèdent à la vie éternelle.«Or la vie éternelle, c'est qu'ils Te connaissent, Toi le seul vrai Dieu et celui que Tu as envoyé, Jésus-Christ» (Jn 17,3).Marie sera donc lumière sur Dieu auprès du disciple pour que celui-ci saisisse, connaisse au sens profond de connaître d'amour, qui est le Père et qui est le Fils.Percevoir Marie comme lumière sur Dieu n'est pas une démarche arbitraire et gratuite.Nous ne braquons pas ainsi la Vierge dans une fonction peu conforme au rôle que Jésus lui-même lui confie.Au contraire, Marie nous apparaît dans l'évangile de Jean comme mise au service des biens spirituels légués au disciple, et donc au service de notre connaissance cordiale et intime du mystère de Dieu.Marie, la toute-relative, est dans notre vie comme un poids à la fois d'amour et de lumière qui incline notre cœur vers Dieu en nous le faisant pressentir dans la foi comme plus intime en nous que nous ne le sommes à nous-mêmes, plus véritablement notre Vie que celle dont nous sentons la chaleur dans nos mains.Unité et Vérité Si nous poursuivons notre lecture de Jean 17, nous voyons encore Jésus en train de prier le Père pour ses disciples.Deux grandes intentions scandent son instante prière.Il demande que le Père garde les disciples dans la joie de la Vérité et dans la plénitude de l'Unité.« Sanctifie-les dans la Vérité» (1 7, 1 7).« Que tous soient un, tout comme Toi, Père, Tu es en moi et moi en Toi, qu'eux aussi soient un en nous» (17, 21 ).Que Marie ait ainsi partie intimement liée avec la vérité, l'Église Ta toujours perçu et enseigné.N'a-t-on 33 pas dit de tout temps que sur Marie viennent se briser toutes les hérésies?Marie, I alliée naturelle de l'Esprit, la servante de Sa mission, comme Lui et de façon instrumentale «nous conduit à la vérité tout entière» (Jn 16, 13).Qu elle veille sur la plénitude de I unité peut paraître d'abord une idée paradoxale dans le contexte de l'œcuménisme contemporain.Mais compte tenu de la riche perspective que nous ouvre le rôle marial d'exécutrice testamentaire des biens de Jésus, ne serait-ce pas une voie à privilégier dans le dialogue des Églises?À partir de cette étude bien embryonnaire du chapitre 17 de Jean, nous voyons déjà comment, dans la perspective de testament spirituel commencé à la table de la dernière Cène et consommé sur I autel de la Croix, Marie, dans sa relation avec le disciple, est ordonnée à ce que se réalisent pleinement les intentions de son Fils à I endroit de ceux qu II aime.Elle épouse de plein cœur la prière de Jésus quelle prolonge et poursuit afin quelle produise tous ses fruits dans la vie de chacun de nous.Que chacun goûte la Parole de Vérité au point de parvenir à la plénitude de la joie.Que notre unité avec Jésus, notre unité les uns avec les autres et tous ensemble en Jésus avec le Père se réalise dans l'Esprit.Voilà, pouvons-nous dire avec assurance, ce qu'est l'exercice constant de la maternité spirituelle de Marie à notre endroit: Mère du Fils unique pour que le fils pluriel ne fasse plus qu'un avec Lui par I Esprit à la joie du Père.Aussi bien la prière à la Mère des hommes doit-elle aller comme de soi à l'essentiel.À celle qui est Mère, on demande la Vie.Il est affligeant de penser que parfois on demande tout à la Vierge, sauf ce que le Christ l'a mandatée très précisément de nous transmettre dans sa collaboration avec l'Esprit.Marie gère d autant mieux ces biens de la connaissance savoureuse de Dieu et de I unité dans la vérité qu'elle-même est pour chacun de ses fils une maîtresse de foi espérante et aimante qui éduque et incline notre cœur à cette seule et englobante attitude vis-à-vis de Dieu.Marie, nous pouvons l'affirmer avec une foi pleine et entière, n est pas dans le mystère chrétien un accessoire dont on peut disposer, chacun selon son sentiment.Elle n'est pas une dentelle admirable mais dentelle tout de même.Jésus l a étroitement 34 associée au Salut.Elle est partie prenante du mystère de notre salut tel qu'il s'est étalé magnifiquement dans le triptyque Mort-Résurrection-Pentecôte et tel qu'il se réalise concrètement dans l'épaisseur de nos vies.Dans notre foi espérante et aimante, Marie, la Mère universelle donnée en présent au pied de la Croix, agit comme un poids au creux de nos êtres ; un poids d'amour d'autant plus fort qu'il est plus maternel et plus virginal.Il nous entraîne vers les Trois qui réalisent en nous leur effigie salvifiante.35 L'enseignement évangélique concernant le pardon Jean Galot, S J.* I.L'importance du pardon Jésus ne s'est pas borné à reprendre à son compte le précepte de I amour du prochain et à énoncer le précepte nouveau d'un amour mutuel modelé sur son propre amour.Il a mentionné plusieurs aspects ou applications de cet amour, en montrant par là qu il ne pourrait se satisfaire d'une vague bonne volonté et qu'il réclame un comportement où l'amour se manifeste de façon concrète.Il savait que la tentation viendrait à ses disciples d'éluder les véritables exigences de la charité et de ne pas conformer leurs attitudes de vie avec ce qu'ils professeraient en parole.Parmi les instructions données par le Maître, il y a celles qui concernent le pardon.Selon le témoignage évangélique, elles sont formulées à plusieurs reprises.Cette insistance a un motif: Jésus attribue au pardon une grande importance, et il craint qu'en ce domaine beaucoup d'infractions ne se produisent.Il ne pourrait ignorer ce que l'expérience la plus banale suffit à constater.les dommages causés à I harmonie entre les personnes par les manques d indulgence et de pardon.Les trente années vécues à Nazareth lui ont permis d'observer les conflits qui s enveniment indéfiniment là où aucune des parties en cause ne consent à oublier les offenses passées.Il a dû assister, silencieux * Piazza Della Pilotta 4.00187 Roma, Italia.36 et impuissant, à de sourdes luttes entre les familles, luttes alimentées par de tenaces rancunes, impossibles à raisonner.Il a entendu parler de déprédations commises au détriment de voisins à la suite d'injures ou de torts.Il a parfois saisi sur le vif des colères qui voulaient s'assouvir sur ceux que l'on estimait coupables.Il a vu bien souvent répondre à l'injustice par d'autres injustices.L'expérience que Jésus a faite de la vie en société lui a également mis sous les yeux les manifestations moins tapageuses de la vengeance: les répliques méchantes d'une susceptibilité blessée, les paroles pleines de venin prononcées à la suite d'une querelle, les manœuvres sournoises pour déprécier celui auquel on reproche des manques d'égard.En outre, il a dû être impressionné par les encouragements que la Bible donne souvent à la vengeance : celle-ci y est présentée comme une vertu lorsqu'elle frappe les ennemis du peuple ; elle est même attribuée à Dieu, ou encore elle est ordonnée par lui avec une cruauté implacable.Jésus, qui vient révéler le Dieu authentique, a dû sentir toute la distance qui existe entre un Dieu de vengeance et le Dieu d'amour miséricordieux.Il a également discerné la justification que la vengeance humaine veut se donner à elle-même en se prévalant de la suprême vengeance divine.En entendant certains psaumes, il a reconnu à quel point la prière pouvait parfois être imprégnée de sentiments hostiles envers les ennemis, souhaiter le plus de mal possible à ceux qui font souffrir, ou à ceux que l'on juge et condamne comme pervers.Comment aurait-il pu s'approprier les dispositions de celui qui dans sa prière de louange se vante d'avoir détruit tous ses adversaires, ou qui réclame l'extermination des pécheurs?Il ne pouvait que se dissocier de cette manière de rendre hommage à Dieu, et n'a pas manqué d'éprouver profondément le besoin d'une purification de cette prière traditionnelle.Lui, qui avait une sensibilité religieuse si délicate, souffrait de trouver des dispositions si peu indulgentes ou si peu aimantes dans l'imploration des psaumes.Les inclinations à la vengeance sont si profondément enracinées dans la psychologie humaine qu'elles peuvent se mêler aux sentiments les plus élevés.37 Certes, des efforts pour limiter la vengeance apparaissent dans la loi juive, et Jésus n'a pas manqué de les enregistrer.La loi du talion .« Œil pour œil, dent pour dent» (Es 21, 24) n'avait pas pour but de favoriser la vengeance, mais plutôt de la restreindre.Néanmoins elle consacrait le principe de la vengeance, et nous savons comment, dans son enseignement sur la charité, Jésus a voulu qu on dépasse cette prescription, en remplaçant la riposte de vengeance par une riposte de plus grande générosité (Mt 5 38-42).On comprend que, vivant dans un monde où la vengeance faisait beaucoup de ravages, où elle obscurcissait l'image de Dieu et contaminait la prière, Jésus ait voulu réagir vigoureusement par des recommandations de pardon.Il a inculqué à ses disciples la nécessité de pardonner toutes les offenses, et il a prohibé toutes les formes de vengeance ou de rancune quelles qu'elles soient.S'il a désiré que ses disciples se distinguent par l'amour mutuel, il a voulu également qu'on puisse les reconnaître à leur pardon mutuel.Les prescriptions de pardon qu'il a énoncées ont une portée générale ; elles valent pour tous les chrétiens.Mais elles doivent être spécialement accueillies par les religieux et par tous les consacrés qui vivent en communauté.En effet une vie communautaire authentique n'est pas possible sans un climat de pardon mutuel.En exigeant le pardon des offenses, le Maître voulait assurer le climat de «communion» de toute son Église.La même exigence vaut pour les communautés particulières.On ne pourrait donner moindre importance à ces prescriptions dans la vie religieuse en affirmant qu'elles sont destinées à combattre un esprit de vengeance qui règne dans le monde mais ne pourrait trouver place dans une communauté de consacrés.En réalité, elles sont nécessaires à toutes les communautés, même les meilleures et les plus fraternelles, pour aider leurs membres à résister aux tentations toujours redoutables de vengeance.Jésus les a énoncées pour tous, sachant que tous en ont besoin.Même là où il n'y a pas de vengeances fracassantes, subsiste le danger de 38 subtiles rancunes.Le Maître a désiré que l'esprit de pardon anime toute la conduite de ses disciples, et les consacrés sont appelés à vivre en profondeur toutes les implications d'un pardon généreux.Il y a donc là un aspect essentiel de la vie communautaire; celle-ci ne peut se développer que si elle est pénétrée de l'Évangile du pardon.II.Le pardon divin, source du pardon humain Le pardon est comportement essentiel de l'amour parce qu'en Dieu l'amour à l'égard de l'humanité s'est essentiellement manifesté par le pardon.Lorsqu'il prescrit le pardon des offenses, Jésus invoque le modèle suprême que constitue le Père.Tout son enseignement est fondé sur le Père, un Père qu'il connaît bien et dont il admire la bonté miséricordieuse.« Faites-vous miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux» (Le 6, 35).La miséricorde du Père est le motif premier et décisif du précepte du pardon : si le Père pardonne, les hommes qui portent son image doivent, en tant que fils, s'efforcer de lui ressembler, et ne peuvent se dispenser de pardonner.Tous les raisonnements que l'intelligence humaine pourrait élaborer pour justifier la vengeance à la suite de l'outrage, pour légitimer la correction de l'offenseur, perdent leur valeur devant le fait irrécusable du pardon divin.Le Père, qui aurait eu tant de raisons de ne pas pardonner les offenses qui lui sont faites et de châtier les coupables, n'hésite pas dans son indulgence.Les revendications du cœur humain blessé par les agissements d'autrui doivent se taire devant l'ouverture du cœur divin qui, au lieu de s'enfermer dans une réaction vindicative, s'élargit dans la générosité en réponse aux offenses.La miséricorde du Père, selon la recommandation de Jésus, n'est pas seulement le motif pour lequel nous devons pardonner, mais l'exemple parfait qui doit demeurer devant nos yeux lorsque nous pardonnons.La formulation du précepte que nous trouvons dans saint Luc applique à la miséricorde l'énoncé reproduit dans 39 saint Matthieu : « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait» (6.48).La perfection du Père s'exprime dans la plénitude de sa miséricorde.Elle forme un modèle de pardon qui nous exhorte à la plus ample générosité.Dans la parabole du fils prodigue, Jésus s'est plu à décrire I amour miséricordieux du Père envers le pécheur repentant.La description est sobre mais extrêmement suggestive; elle révèle l'aspect le plus étonnant et le plus touchant de la bonté divine.On y a reconnu un sommet de la révélation évangélique.Le Père accueille le pécheur avec le plus parfait amour.Cependant il a été profondément offensé par I attitude désinvolte et ingrate de son fils qui lui a réclamé sa part d'héritage pour pouvoir le quitter et chercher son propre plaisir.Mais au lieu de remâcher cette offense, il n'a qu'un désir: retrouver son enfant.Il guette son retour, et lorsque de loin il le voit sur la route, c'est lui qui court à sa rencontre.Le face à face tant redouté par le jeune homme s'illumine de tendresse: le père se jette au cou de celui qui l'a offensé et l'embrasse longuement.Le pardon est accordé, sans aucune réserve, sans la moindre restriction posée à l'amour : loin de refroidir son affection, le Père la rend plus chaude et plus encourageante.C'est un pardon qui s abstient intentionnellement de revenir sur le passé; lorsque le fils avoue son péché, le Père ne pense qu'à l'avenir.Il veut faire disparaître instantanément toutes les traces de la faute commise, restituer à son fils tout ce qu'il possédait auparavant, avec tout I honneur de sa dignité de fils.Enfin, c'est un pardon accordé avec joie : la joie est si intense que le Père veut la partager avec tous en organisant le plus grand festin.Pour l'amour du Père, le pardon est une fête.La leçon qu on a le plus habituellement tirée de la parabole est celle de la confiance dans le pardon divin; c'est d'ailleurs le premier but poursuivi par Jésus dans son récit.Mais on ne peut oublier que dans l'intention du Maître la parabole était destinée à nous montrer l'exemple de tous les pardons.Jésus lui-même voulait expliquer sa propre attitude de pardon miséricordieux en la 40 justifiant par celle du Père : la parabole est une réponse à ceux qui lui reprochaient de faire bon accueil aux pécheurs et de leur montrer sa bienveillance.Il s'est présenté comme le témoin vivant de l'indulgence du Père, et il a désiré que tous ceux qui s'attachent à lui rendent un témoignage semblable.Par là s'affirme la grandeur du pardon chrétien.Dans chaque pardon d'une offense, le chrétien porte le reflet du pardon du Père, révélé à travers le pardon du Sauveur.En prescrivant l'amour des ennemis, Jésus a attiré l'attention sur cette imitation du Père: aimer les ennemis, prier pour les persécuteurs, c'est être fils du Père «qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les pervers» (Mt 5, 44-45).Le principe fondamental du comportement chrétien est nettement énoncé: le chrétien doit agir à la manière du Père, aimer et pardonner comme le Père aime et pardonne.Dès lors, puisque le Père pardonne avec le désir de la réconciliation la plus complète, c'est avec ce désir que le chrétien est invité à pardonner, et non pas avec des répugnances mal dominées.Toutes les autres notes caractéristiques du pardon du Père, mentionnées dans la parabole du fils prodigue, doivent se retrouver en chaque geste de pardon.Il s'agit de pardonner sans réserve, avec une ouverture totale du cœur et non avec une demi-sincérité qui se ménagerait quelque occasion de réplique ou de revanche.Le pardon ne peut s'accompagner d'aucune froideur, mais chercher plutôt à renouer des relations de plus chaude sympathie.Il doit s'abstenir de tout retour sur le passé, éviter avec soin un rappel volontaire des torts commis par l'autre ou de considérations sur le mal ressenti lors de l'offense.Il n'est pleinement généreux que s'il fait table rase de tout reproche pour se tourner vers l'avenir avec de nouvelles dispositions de bienveillance.Il ne reflète la magnanimité du Père que s'il est accordé dans la joie, une joie où on s'oublie soi-même pour ne penser qu'au bonheur de l'amitié renouée.Il y a là une image très haute du pardon, avec un programme très exigeant.Une objection naîtrait spontanément: comment atteindre à cette perfection du pardon, alors qu'il n'y a pas de 41 commune mesure entre l'amour divin et le nôtre ?Ne serait-ce pas un exemple hors de portée pour les dimensions si limitées de notre cœur humain ?Dans la manière de nous assigner cet exemple, Jésus répond à l'objection.En nous exhortant à nous faire miséricordieux comme notre Père est miséricordieux, il nous fait comprendre que l'amour indulgent du Père est principe et source du nôtre, et qu'étant notre Père il ne manque pas de nous communiquer sa puissance de pardon.Nous pouvons imiter la miséricorde du Père parce que lui-même nous en rend capables.S'il y a une grandeur divine dans le pardon chrétien, cette grandeur entre en nous par le don que le Père nous fait de sa vie.Lorsque Jésus dit: «ainsi serez-vous fils de votre Père des cieux» (Mt 5, 45), il sait que par nous-mêmes nous ne pouvons nous élever à la dignité de fils du Père.Il ne compte donc pas sur nos forces humaines pour I amour voué aux ennemis, mais sur la grâce par laquelle le Père nous établit dans la qualité de fils.Le Père a désiré nous hausser à cette dignité filiale ; par là il imprime en nous une ressemblance destinée à s'exprimer dans l'ensemble du comportement.Cette qualité de fils implique nécessairement un rapport de fraternité avec les autres: étant fils du Père, tous sont frères les uns des autres.Tous reçoivent, dans leur vie de fils instaurée par le Père, la capacité de vivre en frères, de développer entre eux un amour fraternel et de le renouveler sans cesse par des gestes d indulgence compréhensive et de pardon.Le modèle qui leur a été proposé par Jésus ne reste pas un modèle utopique; il trouve un accomplissement concret dans leur conduite.III.Le pardon humain, condition du pardon divin Pour souligner la nécessité du pardon au prochain, Jésus n'a pas hésité à I exiger comme condition du pardon que nous demandons à Dieu pour nos offenses.42 Déjà dans l'Ancien Testament, une sentence de Ben Sira donnait à réfléchir, en liant la rémission des péchés au pardon des torts du prochain : «Pardonne à ton prochain ses torts; alors, à ta prière, tes péchés seront remis.Si un homme nourrit de la colère contre un autre, comment peut-il demander à Dieu la guérison?Pour un homme, son semblable, il est sans compassion, et il prierait pour ses propres fautes! Lui qui n'est que chair garde rancune; qui lui pardonnera ses péchés?» (Si 28, 2-5).Dans la tradition religieuse juive, c'était une idée nouvelle : auparavant on n'avait pas posé le pardon des offenses comme condition de la rémission des fautes.La condition est envisagée comme impliquée dans l'alliance; « Souviens-toi des commandements et ne garde pas rancune au prochain, souviens-toi de l'alliance du Très Haut et passe par-dessus l'offense» (Si 28, 7).L'alliance comportait l'engagement à observer les préceptes divins, et parmi eux celui de l'amour du prochain qui interdisait la vengeance (Lv 19, 18); elle réclamait également l'effort de l'homme pour aligner sa conduite sur celle de Dieu.Si Dieu pardonne, on ne peut rester fidèle à son alliance qu'en pardonnant de manière analogue.Refuser de pardonner en nourrissant de la colère ou de la rancune contre le prochain, c'était sortir de l'alliance avec un Dieu essentiellement miséricordieux et s'exclure soi-même du pardon divin.Vouloir se venger d'autrui, c'était en même temps s'arroger le droit d'infliger des châtiments1.Par conséquent, celui qui ne pardonne pas ne peut espérer pour lui-même le pardon qu'il ne veut pas accorder à ses semblables, pour des fautes moins graves que les offenses faites au Dieu souverain.L'obligation d'imiter l'indulgence de Dieu s'assortit de la sanction la plus logique : celui qui ne pratique pas le pardon envers autrui ne peut l'obtenir de Dieu pour ses péchés.Jésus a repris cette considération et en a montré la logique irréfutable dans la parabole du serviteur sans pitié (Mt 18, 23-35).Il y souligne le contraste entre la dette énorme de dix mille talents, qui évoque la grandeur du péché, et la dette infime de cent deniers.Il décrit surtout la compassion du roi, qui se laisse toucher par son /.«À moi la vengeance et la rétribution» (Dt 32, 35).43 débiteur et lui remet la dette sans plus rien exiger en contrepartie, puis la conduite impitoyable du serviteur qui fait mettre son compagnon en prison.Le reproche ne pourrait être contesté: «Mauvais serviteur! Je t'ai remis toute cette dette, parce que tu m as supplié; n aurais-tu pas dû avoir pitié de ton compagnon, comme j'ai bien eu, moi, pitié de toi ?(Mt 18, 32-33).Après avoir indiqué la sanction infligée au serviteur, Jésus lui-même formule la conclusion : « C'est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne à son frère du fond du cœur» (Mt 18, 35).Il replace ainsi le précepte du pardon dans le cadre des nouvelles relations fraternelles que lui-même vient instituer en élevant les hommes à la filiation divine adoptive.Le Père est d autant plus ferme dans son exigence de pardon qu'il s agit de ceux qu il regarde comme fils en son Fils bien-aimé, et qui doivent se traiter mutuellement en frères.Il réclame un pardon qui vienne du fond du cœur.Dans la parabole, la remise de dette était venue du cœur compatissant du roi.Selon la conclusion énoncée expressément par le Maître, il s'agit du cœur compatissant du Père, qui est en droit d attendre de la part de ceux qui ne sont pas seulement ses serviteurs, mais ses enfants, un cœur compatissant à son image.En mentionnant que le pardon doit venir du cœur, Jésus veut éviter qu'on se limite à un geste extérieur et superficiel du pardon.Le pardon du Père est absolument sincère ; il exprime un amour qui engage toute la profondeur du cœur divin.Pour pouvoir obtenir ce pardon, les hommes doivent eux-mêmes pardonner en engageant dans leur pardon toute leur sincérité, toute la profondeur de leur cœur.Le même principe est énoncé dans un autre contexte : « Oui, si vous pardonnez aux hommes leurs manquements, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos manquements» (Mt 6, 14-15).On pourrait s'étonner de cette condition, en ce sens que Jésus a révélé ailleurs la bonté miséricordieuse du Père, qui accorde un 44 pardon gratuit.Ne pourrait-on pas rappeler ici la parabole de l'enfant prodigue, où le pardon s'exerce avec une bienveillance qui ne pose aucune condition, une fois que le pécheur se repent de sa faute et vient demander l'indulgence paternelle ?N'y a-t-il pas une restriction à l'immensité de la bonté du Père, lorsqu'est stipulée l'exigence préalable de pardon au prochain ?En fait, le Père pardonne toujours avec une infinie bonté, mais cette bonté ne peut se manifester qu'à l'égard des pécheurs qui se convertissent.Ceux qui voudraient persévérer dans une vie coupable ne pourraient recevoir le pardon divin; un tel pardon serait d'ailleurs inutile, vu l'obstination dans le péché.Or la conversion implique, parmi les bonnes dispositions, la volonté de pardonner au prochain.Cette volonté de pardon est à ce titre condition du pardon accordé par le Père.Jésus attribue une telle importance à cette condition qu'il l'incorpore dans la prière enseignée à ses disciples : « Remets-nous nos dettes comme nous-mêmes nous avons remis à nos débiteurs» (Mt 6, 12).En nous invitant à implorer le pardon du Père, il nous demande de mentionner notre propre attitude de pardon.L'expression «comme nous-mêmes nous avons remis»2 rapportée dans l'évangile de Matthieu de préférence à «comme nous remettons», garantit que le pardon est bien acquis.Dans la version de Luc (11, 4), une nuance analogue s'exprime par un «car»: «Remets-nous nos péchés, car nous-mêmes remettons à quiconque nous doit».Selon le premier évangéliste, il y a un lien de proportion (« comme»), de telle sorte que nous pouvons attendre le pardon du Père dans la mesure où nous-mêmes nous pardonnons.Selon le second, c'est plutôt un lien de cause à effet qui est énoncé; nous espérons le pardon divin pour le motif que nous remettons à nos débiteurs.Le Maître a donc voulu que chaque récitation du Pater renouvelle notre résolution de pardonner au prochain.En d'autres circonstances il avait montré à un docteur de la loi que le second 2.Le verbe est employé au parfait, qui indique un passé bien accompli (aphèkamen).45 commandement est inséparable du premier, et qu’il est par conséquent impossible d'aimer Dieu sans aimer le prochain ; ici il en fait une application à la manière de prier.Pour plaire au Père dans notre prière et obtenir de lui des faveurs, nous devons lui offrir un cœur qui soit foncièrement en harmonie avec celui de nos frères et sœurs, par la paix et la bonne entente qu'assure le pardon.Cette condition permet de saisir la plus vaste finalité du pardon divin.Si le Père exige notre pardon au prochain, c'est qu'il veut opérer par son propre pardon à la fois notre réconciliation avec lui, et notre réconciliation avec les autres.Il désire que son pardon contribue à rassembler les hommes dans la fraternité qu'il a voulu établir entre eux en se les attachant à lui-même comme ses fils.D autre part la condition insérée dans la prière fait comprendre à quel point nous avons besoin de redire sans cesse notre volonté de pardonner.Jésus savait que nous sommes continuellement tentés de céder à des réactions de susceptibilité, de colère ou de vengeance, ou de nous laisser reprendre par des rancunes facilement renaissantes.En nous replaçant devant le Père, il nous fait exprimer chaque fois notre résolution intime de pardon.Que de fois la simple récitation du Pater a rappelé aux chrétiens une exigence de pardon qu'ils auraient négligée! Cette récitation contribue à faire pénétrer profondément dans le cœur l'indulgence qui pardonne, à l'enraciner comme une disposition habituelle, et à éveiller de plus en plus la conscience de ses exigences concrètes en toutes circonstances.IV.L'illimitation du pardon Du fait que le Père est présenté dans l'Évangile comme le suprême modèle du pardon des offenses, les disciples sont tenus à un pardon sans limites.Le pardon divin est infini, et cet infini doit se refléter dans la conduite humaine.Plusieurs aspects de cette illimitation méritent d'être soulignés.Aucune exception ne peut être admise dans l'extension universelle du pardon.Personne ne peut en être exclu, quelles que 46 soient ses dispositions d'hostilité.En ce domaine, Jésus s'est expressément opposé à la tradition juive antérieure, qui limitait le précepte d'amour à celui que l'on considérait comme «prochain», et qui autorisait la haine pour les ennemis.Il impose une rupture en ce domaine.C'est une rupture avec les nombreux encouragements que donnait l'Ancien Testament à la lutte contre les ennemis, lutte où se déchaînaient des passions de haine et de vengeance, souvent justifiées comme vertus de ceux qui voulaient abattre les ennemis de Dieu.C'est aussi une rupture avec tout un passé de l'humanité, car loin d'être propre au seul peuple juif, la haine des ennemis était un sentiment largement répandu chez tous les peuples.Elle a accompagné et inspiré les nombreuses guerres qui ont marqué l'histoire humaine, et elle continue à se manifester à l'époque contemporaine.Dans la lutte des classes prônées par le marxisme, elle a pris la forme d'une haine dirigée contre tous ceux qui appartiennent à une classe sociale regardée comme classe d'oppresseurs et d'exploiteurs.L'aversion pour les ennemis naît spontanément dans le cœur humain, et se sert de toute sorte de prétextes pour se justifier, en arguant notamment de l'injustice d'autrui mais en n'hésitant pas à commettre d'autres injustices.Jésus savait qu'il n'était pas facile de s'opposer à ce courant de violence et à toutes les revendications de l'esprit de haine et de vengeance.Il ne prescrit pas seulement le pardon, puisqu'il ordonne: «Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous maltraitent» (Le 6, 27-28).L'amour implique le pardon, et va au-delà du simple oubli de l'offense.Cet amour doit même se manifester extérieurement, dans le bien que l'on fait à ceux qui témoignent des sentiments de haine; il doit aussi prendre le fond de l'âme, par la prière en leur faveur.Cette prière signifie qu'aucun désir de revanche ne subsiste dans les dispositions les plus intimes.De ce précepte, Jésus a donné l'exemple le plus impressionnant, par la prière prononcée sur la croix: «Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font» (Le 23, 34).Il ne se borne pas 47 à pardonner; il implore pour ses ennemis le pardon du Père et il prend même leur défense en invoquant leur ignorance comme circonstance atténuante.On a parfois interprété cette parole en pensant quelle concernait les bourreaux : les soldats qui ont cloué Jésus à la croix ne savaient manifestement pas ce qu'ils faisaient.Mais la prière du crucifié ne peut être réduite à cette banalité; elle ne se limite pas à ces soldats, et vise surtout les responsables de la mort, notamment le grand prêtre et les autorités juives qui étaient les auteurs de la condamnation.Apparemment ceux qui avaient manoeuvré pour obtenir de Pilate la crucifixion de Jésus savaient ce qu ils faisaient; mais le Sauveur qui connaît les consciences leur attribue une ignorance fondamentale qui diminue leur responsabilité.Au lieu d'accabler ses adversaires comme l'avaient fait autrefois bien des psalmistes, il les excuse ; au lieu de réclamer la vengeance divine pour un tel crime, il demande le pardon du Père dans un cri filial qui n'a pas manqué d'être exaucé.Il est significatif que cette prière est absente de plusieurs manuscrits ou témoins du texte.Vraisemblablement elle a été omise par ceux qui ne se résignaient pas à une indulgence aussi surprenante, et qui auraient désiré la plus nette réprobation pour les ennemis du Christ.On comprend mieux par là la sublimité des sentiments qui s'expriment dans cette imploration.Nous savons que dès le commencement de l'Église cette attitude a été accueillie comme un modèle à imiter, puisque le premier martyr, Étienne, a repris la prière en I adressant au Christ lui-même : « Seigneur, ne leur impute pas ce péché» (Ac 7, 60).La prière du Sauveur en croix pour ses ennemis montre comment le pardon doit s'accompagner d'une interprétation bienveillante qui cherche dans la conduite hostile d'autrui des motifs de moindre culpabilité.Celui qui pardonne doit autant que possible excuser l'offense qu'il pardonne.La même prière témoigne également que le pardon doit être accordé, quels que soient les torts commis par l'autre.À ce point de vue il y a illimitation : aucune offense n'est trop grande pour ne pas être pardonnée.On a parfois noté que le péché qui a consisté 48 à mettre à mort le Fils de Dieu fait homme était le péché le plus considérable commis au cours de l'histoire humaine.Celui qui en a été la victime l'a pardonné aussitôt et a supplié le Père en faveur des coupables.Il n'y a jamais de faute qui puisse être jugée impossible à pardonner.Le chrétien a le devoir d'offrir à ses frères le pardon en toutes circonstances, sans s'arrêter à une appréciation de l'importance des torts commis.Une illimitation analogue concerne les moyens de réconciliation.Rappelons le sens de la recommandation faite par le Maître pour le cas de dispute (Mt 18, 15-18)3.La situation de querelle provient de la faute du frère, mais celui qui a été lésé et qui s'estime innocent doit faire des efforts de réconciliation.Après avoir employé en vain les moyens de réconciliation prévus par la coutume juive, l'entretien seul à seul, le recours à un ou deux médiateurs, le recours à l'assemblée locale, il pourrait penser qu'il en a fait assez et que l'état de dispute est sans solution.Mais voici qu'il est invité à poursuivre ses efforts de réconciliation, en employant les moyens que l'on utilise pour des arrangements avec les païens ou les publicains.Il n'y a pas à mettre une limite à ces efforts qui sont toujours approuvés dans le ciel, soit qu'ils suivent les voies légales, soit qu'ils se déploient plus librement en dehors de ces voies.Ici encore, on constate que le pardon ne consiste pas seulement dans la volonté d'oublier le tort commis mais dans un amour qui va plus loin.Celui qui a déjà pardonné secrètement dans son propre cœur cherche à tirer toutes les conséquences de ce pardon en opérant la réconciliation avec l'offenseur.Non moins illimité doit être le nombre de pardons.Jésus a indiqué cette illimitation dans une réponse à Pierre.Le disciple avait saisi la générosité prescrite par le Maître, mais il désirait savoir jusqu'où devait aller cette générosité.Fallait-il pardonner jusqu'à sept fois, ce qui à ses yeux constituait un maximum?L'évangéliste Matthieu, à la différence de Luc, nous rapporte le 3.Cf.J.Galot, Qu'il soit pour toi comme le païen et le publicain, « Nouvelle Revue Théologique» 96 (1974) 1009-1030.49 dialogue .«Alors Pierre, s avançant, lui dit : 'Seigneur, combien de fois devrai-je pardonner les offenses que me fera mon frère ?Irai-je jusqu à sept fois ?Jésus lui répond : 'Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois”» (18, 21-22).Cette escalade dans le pardon doit se comprendre comme réplique à une escalade dans la vengeance, mentionnée dans la Genèse (4, 24): « Sept fois Cam sera vengé, mais Lamech soixante-dix et sept fois».À la rage de se venger, qui se multiplie indéfiniment, Jésus oppose la générosité du pardon, qui elle aussi se multiplie sans fin.D après la version de Luc, qui semble avoir combiné deux déclarations de Jésus, le pardon intervient à la suite du repentir de I autre.« Si ton frère pèche contre toi sept fois le jour, et que sept fois il revienne à toi disant: Je me repens, tu lui pardonneras» (17, 4).Pour désigner l'illimitation, le pardon est ordonné « sept fois le jour», mais en n étant envisagé que comme réponse au repentir, il apparaît plus facile à accorder.On comprend que Jésus ait souligné la nécessité d un pardon illimité, en considérant l'hypothèse du repentir, habituellement admise dans les discussions des docteurs de la loi sur ce thème.Mais il a dit certainement ce que rapporte la version de Matthieu, où aucune condition de repentir n'est exigée4.Même si le frère ne se repent pas, l'offense doit être pardonnée, et si elle se répète sans aucun repentir, le pardon ne peut jamais être refusé.Quelle que soit l'obstination ou la méchanceté de l'autre, on ne peut juger son comportement tellement insupportable qu'il exclurait le pardon.Les mots «soixante-dix fois sept fois» ne permettent aucune limite.Ce n est pas par simple hasard que cette prescription de pardon illimité a été adressée à celui qui devait recevoir le pouvoir suprême dans l'Église et recevrait la charge, comme pasteur universel, de transmettre dans toute son extension la doctrine évangélique de l'amour.4.P.Gaechter pense que le texte de Matthieu suppose une demande de pardon de la part de Ioffenseur {Das Matthaus Evangelium, Innsbruck-Vienne-Munich 1963.606).Mais le texte n'en porte aucune indication, et on ne peut imposer aux déclarations de Jésus les conditions requises par les sentences rabbiniques.50 Sainte Claire, témoin de la joie franciscaine * Annette Parent, o.s.c.** J'ai à vous parler de sainte Claire comme témoin de la joie franciscaine et je le fais avec grande joie.Ma présence ici comme Clarisse voudrait rendre plus visible l'unité profonde de la famille franciscaine, dont vous faites tous partie.Qui est Claire d'Assise ?Je suppose déjà connus de vous les grands traits de la vie de Claire d'Assise.Pour faire bref, rappelons seulement qu'elle est née à Assise en 11 93, quelle appartenait par sa famille à la classe urbaine dirigeante de sa ville.Elle devait avoir seize ou dix-sept ans quand elle fut touchée par le nouveau mode de vie de l'un de ses concitoyens, fils de marchand : François d'Assise.Le soir du dimanche des Rameaux de l'année 1212, Claire quitte secrètement la maison paternelle.François, avec quelques frères, l'accueille à la petite église de la Portioncule.Il la revêt d'un pauvre habit et lui coupe les cheveux.Désormais consacrée à Dieu d'une manière nouvelle, elle se retire dans le silence, un silence habité par une Présence — celle du Seigneur — et la vie des hommes et des femmes de son temps, qu'elle porte dans sa prière.Des compagnes viennent bientôt la rejoindre, dont sa propre sœur Agnès et plus tard sa mère Ortolana.Elle meurt le 11 août * Exposé donné à Cap-Rouge, au « Partage 86» des laïcs franciscains.** 240 boulevard Providence, Lachute, Québec, J8H 3N2.51 1 253.À ce moment, on compte déjà 1 50 monastères.Actuellement, il en existe au-delà de 800, répartis dans les cinq parties du monde et comprenant environ 20,000 clarisses.Claire, une figure originale Mais qu'a-t-elle donc de singulier cette femme du XIIIe siècle, dont on a encore trop peu parlé ?Retenons d'abord que la mission ecclésiale de Claire s inscrit d'emblée dans la foulée des mouvements féminins des XIIe et XIIIe siècles.Un des aspects les plus caractéristiques de la vie religieuse à cette époque est que la femme y tient un rôle essentiel et significatif.Partout en Europe, à tous les niveaux de la société, de la poésie courtoise au monachisme, la présence de la femme — qu elle soit reine ou pauvresse — est vraiment déterminante.Ceci est d'un intérêt particulier si I on songe à tout ce qui se met en mouvement aujourd'hui autour de la situation actuelle de la femme d'ici et d'ailleurs.En tout cela, cependant, se manifeste chez Claire une originalité qui lui est propre.Je signale au passage ce qui peut éclairer notre sujet ou tout au moins lui en ouvrir la voie.Claire a été la première femme législateur, en rédigeant une Règle pour des femmes.Elle a donc créé et maintenu une nouvelle forme de vie religieuse, en lien avec l'expérience de François et dans un type de relations allant bien au-delà du juridique.— Elle a été l'une des rares figures féminines de son époque à laisser des écrits.Huit pièces nous sont actuellement connues, mais son activité littéraire est certainement plus ample.Ses écrits témoignent d'un esprit féminin vigoureux et original.— Elle a adopté pour sa communauté une forme de pauvreté jusqu alors inusitée: le refus de toute possession et de revenus stables.— Pour ce qui a trait à la vie communautaire, Claire a toujours considéré sa charge comme un service évangélique où toutes les soeurs, même les plus petites, sont appelées 52 à intervenir.À Saint-Damien, c'est une vie sans privilège, dans la coresponsabilité et la miséricorde! Un aspect du charisme de Claire Le charisme de Claire est un charisme de nouveauté et de fraîcheur.Au moment de sa canonisation, deux ans après sa mort, le pape Alexandre IV pouvait la désigner comme «une femme nouvelle, offrant une nouvelle source d'eau vive aux âmes assoiffées».Mais la grande nouveauté de Claire, n'est-ce pas son esprit de joie ?Et le cœur de tous ceux et celles qui se reconnaissent en Claire et François est largement ouvert à cette dimension.Le choix du thème de votre partage vient le confirmer.Empruntant l'expression d'Isaïe, je nommerais volontiers la famille franciscaine : « Un peuple d'allégresse, qui fait la joie de son Dieu» 1.Comment ne pas évoquer d'abord ce que j'appellerais les deux « Annonciations» de la joie de Claire?L'une a précédé de près sa naissance et l'autre son engagement à une forme de vie évangélique radicale.Il fut révélé à sa mère qu'elle enfanterait sans danger une lumière.Ainsi, dans le cœur de la future maman, la joie avait fait place à la crainte.Et François, rebâtissant la petite église de Saint-Damien, dans la joie de l'Esprit-Saint et avec le secours de ses lumières, avait prophétisé: «Il viendra ici des dames, dont la vie sainte et la renommée stimuleront les humains à glorifier notre Père des cieux dans toute sa sainte Église».Entamons maintenant cette «Litanie de Joie» qui jalonne l'expérience de Claire.Nous le ferons à la lumière de ses écrits et plus spécialement de ses lettres.Celles-ci sont particulièrement significatives à cause de la fréquence de la notion de joie quelles 1.Cf Isaïe 65, 18; 62, 5.53 recèlent — soit 16 mentions en 5 lettres relativement brèves — mais aussi en raison de la nature de cet écrit.La Règle est un écrit législatif et le Testament se veut un rappel de ses valeurs essentielles, tandis que dans ses lettres, Claire se dit davantage elle-même à travers l'expérience d'Agnès (fille du roi de Bohème) dont le propos, réalisé dans la suite, était de vivre comme Claire avec ses soeurs.La lettre à Ermentrude de Bruges — ermite pendant 1 2 ans, puis fondatrice de plusieurs monastères — est aussi à retenir.Claire avait conservé dans son cœur cette huile d'allégresse dont elle avait reçu l'onction au baptême.Sa joie est essentiellement la joie d une chercheuse de Dieu.Ce n'est pas une joie superficielle, fruit uniquement d'un tempérament heureux.Pour elle, la joie est une réalité découverte, accueillie, vécue.Devant le choix et les avancées de son amie Agnès et à l'écoute de ses confidences, Claire exprime sa tendresse et sa joie.Dès sa première lettre le ton est donné: «La renommée de votre sainte conduite et de votre vie irréprochable est parvenue jusqu'à moi, écrit-elle.Elle est d'ailleurs répandue sur toute la surface de la terre.J en suis transportée de joie et d'allégresse dans le Seigneur, comme le sont tous ceux qui servent ou désirent servir Jésus-Christ».(1 LAg 3) Toujours dans la même veine, Claire poursuit, invitant cette fois sa correspondante à la joie: «.exultez donc de joie, soyez épanouie d'un intense bonheur et d'allégresse spirituelle».(1 LAg 21 ) Elle le fait après avoir évoqué le souvenir du Seigneur glorieux, fils de Marie, quelle a choisi de suivre et qui s'est fait pauvre pour nous enrichir de sa richesse.Dans sa deuxième lettre, Claire parle de la joie au futur.En femme réaliste et expérimentée, elle sait trop bien que son amie aura à porter son lot de souffrances.Et la voilà qui l'encourage : « Si tu souffres avec le Christ, tu régneras avec lui, tu partageras sa joie; si tu meurs avec lui au milieu des tortures de la croix, tu iras prendre possession des demeures célestes dans la splendeur des saints, ton nom sera inscrit au Livre de Vie et deviendra glorieux 54 parmi les hommes; tu participeras pour toujours et dans leternité à la gloire du royaume des cieux pour avoir abandonné les biens terrestres et éphémères et tu vivras dans les siècles des siècles».(2 LAg 21.21.23.) Et Claire termine ainsi : « .n'oublie pas de nous recommander au Seigneur dans tes ferventes prières, mes soeurs et moi qui sommes si heureuses de tout le bien que le Seigneur, par sa grâce, opère en toi».(2 LAg 25) Ici, c'est toute la communauté qui manifeste sa joie.Et voilà que la joie de Claire est à son comble! «Une joie si profonde que personne ne pourrait la lui ravir».C'est ainsi que s'exprime Claire dans sa troisième lettre (cf 5) et cela à cause de la persévérance d'Agnès à tenir bon en dépit de toutes les séductions.Claire voit en Agnès une auxiliatrice de Dieu, le soutien et le réconfort des membres abattus de son Corps ineffable.Après le lui avoir rappelé, elle dit s'en réjouir, mais elle n'est pas la seule.Elle prend alors le ton exhortatif pour engager sa correspondante à faire de même et pour lui dire qu'elle est aussi la joie des anges: «Qui donc m'interdirait de me réjouir à cette pensée?Réjouis-toi donc toujours dans le Seigneur, toi aussi, sœur bien-aimée et ne permets à aucune amertume, à aucun nuage de venir assombrir ta joie, toi la joie des anges».(3 LAg 9.10.11.) La quatrième lettre de Claire marque un sommet dans sa vie spirituelle.Elle a été écrite peu de temps avant sa mort.On peut y lire une sorte d'épithalame exprimant la joie dans la contemplation, qui conduit à la plénitude de la vision dans la gloire.C'est toute la lettre qu'il nous faudrait citer.Retenons seulement ce qui en donne la tonalité: «Heureuse celle à qui est accordée cette intimité du Banquet divin ! Heureuse si elle aime de tout son cœur Celui dont la beauté fait l'admiration des anges pour l'éternité, Celui dont l'amour rend plus heureux et la contemplation plus fort, Celui qui nous comble de sa bonté, qui nous imprègne de sa douceur et dont le souvenir est si lumineux et si doux à notre âme, Celui dont le parfum fait revivre les morts et dont la vision comble de bonheur les habitants de la Jérusalem céleste, puisqu'il est la splendeur de 55 la gloire éternelle, l'éclat de la Lumière sans fin, et le miroir sans tache».(4 LAg 9-14) Ici, j aimerais signaler une note particulière de la joie de Claire.On la trouve dans son Testament, où sont évoqués les commencements et les lignes de force de sa vie selon le Saint Évangile.Il s'agit de Claire et de sa communauté ayant fait l'expérience de « la joie parfaite» et à laquelle François fera écho.Voyons plutôt ! Conscient des exigences de la vie de Claire et de ses sœurs et face aux limites de résistance de la délicatesse féminine, François devient soucieux et il se préoccupe pour l'avenir.Claire, de son côté, est une femme qui a derrière elle, à ce moment, un long passé de vie religieuse.Elle peut parler dans la sérénité d'un équilibre conquis.«Voyant, écrit-elle, que nous étions faibles et fragiles de corps, et que pourtant aucune épreuve ne nous faisait reculer, mais que nous y trouvions au contraire notre joie — François et ses frères en furent fréquemment les témoins — lui-même s'en réjouit fort et, dans son affection pour nous, il s'engagea à prendre de nous par lui-même ou par son Ordre, un soin attentif et une sollicitude spéciale pour nous comme pour ses frères.» (Test.28) Nous pourrions nous demander: La joie de Claire était-elle lisible sur son visage ?Thomas de Celano, son biographe et les sœurs qui ont vécu avec elle sont là pour l'affirmer.Dans la pénitence, Claire gardait un visage souriant et joyeux, nous dit Celano.Ce que soeur Benvenuta et sœur Philippa confirment.Celano dit encore : « De la prière, elle revenait remplie de joie».L écoute de la Parole de Dieu illuminait tout son être.«C'était pour elle un bonheur que d'entendre prêcher, un ravissement que de se remémorer en ces occasions le souvenir de Jésus», selon le témoignage de Célano.Sœur Angeluccia rapporte de son côté que Claire ayant entendu le texte de la bénédiction de I eau au temps pascal, qui évoquait pour elle celle qui sortit du côté de Jésus sur la Croix « en eut une grande joie».Et j ajoute en guise de conclusion : Dans la grande famille des Clarisses, il n'y a en vérité qu'un seul témoin véritable de la joie.C'est Claire d'Assise ! Puisqu on m'a demandé ce qu'est pour moi la joie comme Clarisse, 56 je n'ai pas d'autre réponse que celle-ci : C'est ce qu'a vécu Claire et que je viens sommairement de rappeler.C'est ce que tentent de vivre, à des degrés divers et jour après jour, dans l'humble trame du quotidien celles qui, par appel de Dieu, ont choisi de vivre l'Évangile selon son charisme.Tous conviés à la joie Mais faut-il le rappeler, cette joie dans la foi, c'est à tous qu'elle est offerte.Claire ne souhaite-t-elle pas dans son cœur que chacun puisse «accéder à l'éternel bonheur, exulter de joie, être épanoui d'un intense bonheur et allégresse spirituelle, posséder àjamaislebonheurd'uneviesansfin».C'estunevoiesurlaquelle Claire nous précède comme une Pèlerine de l'Absolu.Elle nous invite à la marche.Elle nous en donne le goût.« Ne recule jamais ; hâte-toi au contraire et cours d'un pas léger, sans achopper aux pierres du chemin, sans même soulever la poussière qui souillerait tes pieds ; va confiante, allègre et joyeuse.Avance avec précaution sur le chemin du bonheur».(2 LAg 1 2) Sa qualité de fondatrice fait d'elle une entraîneuse et les valeurs qui fondent son intuition peuvent être actualisées à chaque moment de l'histoire.Le pape Jean-Paul II pouvait affirmer à Assise : « La jeune fille, la femme contemporaine doit se retrouver dans ce splendide charisme, certainement caché, certainement dépourvu d'extériorité apparente, mais combien profond, combien féminin».Pour expliquer son rayonnement à travers les âges, on se réfère volontiers à cette parole du prophète Ezéchiel: «Nous venons à vous parce que nous savons que Dieu est avec vous» 2, et c'est Dieu qui est la source de toute joie.Ce contact avec Claire nous donnera sans doute le goût d aller plus loin, de continuer à explorer ses écrits.J'en sais parmi vous 2.Cf Ézéchiel 48, 35.57 qui le faites déjà et avec les meilleures sources qui viennent de nous être mises entre les mains.Ici «La Contemplative» telle que nous la représentent les vitraux de Chartres, peut nous servir d'inspiration : Elle prend le livre, elle l'ouvre, elle s'y plonge, elle le referme doucement, elle respire, elle médite, elle prie.À la fin une parole s esquisse sur ses lèvres: un message a été reçu qui projette sur la route, qui place sur des avenues plus «claires», plus désencombrées, qui rend plus alertes dans la marche, plus sûrs de son itinéraire.C'est une marche qui peut se faire en chantant et pourquoi pas en dansant, tout comme Jésus a dansé dans la main de son Père, dans le sein de sa mère, sur les routes de Galilée.Dansez où que vous soyez Car je suis le Seigneur de la danse.Dansez en simplicité.De l'amour suivez bien la cadence.Dansez !3 3.Tiré du chant qui a suivi l'exposé : « Invitation à la danse » 58 Les livres Leclerc, Roland, Réflexions à saveur d'Évangile, Éd.Paulines & Médiaspaul, (Regard, 3), 1983, 151 pp.Dans ces pages toutes simples, l'auteur nous fait lire les belles pages d'Évangile qui nous parlent du Père en nous parlant de nous-mêmes, de nos frères et soeurs en Jésus.Il nous fait retrouver la source secrète qui anime toujours l'Évangile.En ces gestes d'aujourd'hui, signes d'un grand amour.Roland Leclerc sait lire une espérance.Il sait attirer notre regard vers les germes neufs, en nous invitant à croire en l'avenir déjà à l'œuvre.À nous, tentés par le pessimisme et le découragement, il nous invite à ne pas démissionner, en nous parlant de promesses au cœur des déceptions, des limites de notre vie et en cultivant en nos cœurs le goût des rencontres et des élans neufs.En nous parlant de Jésus et de son cœur paternel qui veut que nous nous aimions comme des frères, il nous invite à ne jamais désespérer d'un être humain, qui, malgré ses blessures, est toujours l'image de Dieu.Le Grain, Michel, Questions autour du mariage.Permanences et mutations, Éd.Salvator, 1983, 157 pp.Vie sexuelle précoce.Cohabitation juvénile.Recherche du plaisir.Installation dans un nouveau couple après l’échec d'un premier mariage.Autant de glissements de perspectives qui provoquent bien des vagues, plus ou moins bien acceptées socialement et ecclésialement.Certaines protestations retentissent hautement: «Où va-t-on s'arrêter?» — «Ne va-t-on pas tout brader ?» Ce modeste ouvrage n'a absolument pas la prétention d'apporter des solutions claires, nettes et définitives face aux immenses questions soulevées.Alors ?L'intérêt principal de ces quelques flashes réside peut-être en ceci : des comportements autres que ceux officiellement reçus ne relèvent pas uniquement de la mode, de l'excentricité, de la perversion ou de l'aberration éthique ou théologique.59 Livres reçus CAMERON Jean, Le Chant de mes jours, un temps pour vivre, un temps pour mourir, Éditions Bellar-min, 1 986, 1 22 pp.CANONICI Luciano, Francesco D'Assisi, ItinerariFrancescani, DACA Assisi, 1 985, 256 pp.CHAGNON Roland et VIAU Marcel, Études pastorales: pratiques et communautés, Éditions Bellarmin, 1986, 288 pp.DOMERGUE Marcel, s.j.Découvrir ta Parole de Dieu, Au fil des dimanches et fêtes de l’année A, Éditions Salvator, 1986, 120 pp.DUMONT Micheline et FAHMY-EID Nadia, Les Couventines, L'éducation des filles dans les congrégations religieuses enseignantes 1840-1960, Les Éditions du Boréal Express, 1986, 315 pp.DURAND-LUTZY Nicole, TOPOUZIAN Jacqueline, Tendresse de Dieu au quotidien des jours, Iris Diffusion Inc., 1986, 48 pp.IGNACE DE LOYOLA, Exercices Spirituels, Collection Christus, Desclée de Brouwer Bellarmin, 1985, 298 pp.IGNACE DE LOYOLA, Texte autographe des Exercices Spirituels et Documents contemporains, présentés par Gueydan, s.j.en collaboration, Éditions Bellarmin, 1986, 274 pp.JETTÉ Fernand, o.m.i., Le Missionnaire Obi at de Marie Immaculée, Maison Générale, Rome, 1985, 334 pp.JETTÉ Fernand, o.m.i., Lettres aux Oblats de Marie Immaculée, Maison Générale, Rome, 1984, 220 pp.LATOURELLE René, Miracles de Jésus et théologie du miracle, Éditions Bellarmin, Cerf, 1986, 393 pp.LÉVEILLÉ Maurice, Mythes du monde moderne, Éditions Bellarmin, 1 986, 1 31 pp.LOZANO John M., C.M.F., Anthony Claret, A Life at the Service of the Gospel, Claretian Publications, 1985, 486 pp.PAGÉ Jean-Guy, Regarde et Tends l'oreille, Semences d’espérance et de dignité chrétiennes, Éditions Bellarmin, 1 986, 21 9 pp.VAN BREEMEN Pierre, Tu as du prix à mes yeux, Éditions Bellarmin, 1986, 158 pp.VERNETTE Jean, Occultisme, Magie, Envoûtements, Éditions Salvator, 1 986, 1 60 pp.Collectif, Cahiers de Spiritualité igna-tienne, Volume X, N° 3, Centre de Spiritualité Ignatienne, Québec, 1 986, 66 pp.Églises, Sociétés et Ministères : Essai d'herméneutique historique des origines du christianisme à nos jours, (Travaux et Conférences du Centre Sèvres 7), Centre Sèvres, France, 1986, 203 pp.Vivere Ri conciliât! ; as petti psi colog ici, Bologna, 1985, 144 pp.60 Retraites pour religieuses et laïcs — 1986-1987 16-19 avril 1987: Jours Saints.Mgr Paul-Émile Charbonneau 12-18 juillet 1987: Les psaumes : « Cœur de la Bible, Coeur de Dieu, Coeur de l'homme».Abbé Jean-Luc Vannay 26 juill.-1er août: «La dure et belle route vers l'Amour.».Père Claude Sumner, s.j.2-8 août 1987: Jésus dit «Femme ta foi est grande, qu'il te soit fait comme tu le veux.» Mt 1 5, 28.Père Fernand Bédard, s.j.9-15 août 1987: «Si tu savais le don de Dieu.» Père Ray.Tremblay, c.s.s.r.16-22 août 1987: Sur les chemins de l'oraison avec Sainte Thérèse d'Avila.» Père Claude Mayer, o.m.i.15-21 sept.1987 : Thème: Voir retraite 2-8 août 1987 .Père Fernand Bédard, s.j.* Les retraites débutent à 20 h 00 et se terminent à 1 6 h 00 aux dates indiquées.INSCRIPTION : 20,00 $ PENSION : 1 50,00 $ Stages de repos pour religieuses et laïcs 28 juin-11 juillet 1 987 ou 23 août-5 sept.1987 PENSION : 25,00 $ par jour.Pour renseignements : Ermitage Ste-Croix M.-Laure Courtemanche, c.s.c.(514) 626-6379 21269 ouest, boul.Gouin Pierrefonds, QC H9K 1 Cl Retraites au Buisson Ardent — Été 1987 Juillet 5 au 11: Retraite inter communautaire «Tout miser sur Dieu pour révéler l'amour du Père» Mt.5, 3.P.Léo Hébert, OFM 12 au 18: Retraite d'intériorité Mystère Pascal et la vie intérieure .P.Damien Côté, OFM et l'équipe du B.A.19 au 25 : Expérience de désert « L'Esprit conduisit Jésus au désert.» Mt- ^.S.Merzel Caissy, s.c.q.Août 2 au 8 : Retraite intercommunautaire Pour nourrir notre espérance, notre fidélité et notre prière.Méditation sur le mystère du Christ dans notre vie à partir de l'Évangile.P.René Bacon, OFM 9 au 15: Retraite-session « L'itinéraire pascal de la foi chez saint Marc.».P.Michel Hubaut, OFM 16 au 22 : Retraite-session « L'itinéraire pascal de la foi chez saint Marc.».P.Michel Hubaut, OFM Toutes les retraites commencent le dimanche à 20 h, et se terminent le samedi à 13 h.Coût total: 150$.Inscription écrite obligatoire : 20 $.N.B.Sauf la première retraite, TOUS peuvent s'inscrire.Invitation spéciale aux prêtres, religieux (ses).Sur demande un programme détaillé vous sera envoyé.Si possible, vous inscrire un mois à l'avance.Inscription et renseignements : Le Buisson Ardent — Les Franciscains 31 9, rue Queen LENNOXVILLE, QC J1 M 1 K8 Tél.:(819)566-5877 Retraites ignatiennes — 1987 Janvier 25-1 fév.Jacques Martineau s.j.La liberté du Christ Février 8-15 Alfred Ducharme s.j.Devenir libre Mars 1-8 Jacqueline Dazé s.s.a.L'alliance 8-15 Thérèse Drolet c.s.c.Marcher en présence de Dieu : prière et vigilance 15-22 Alfred Ducharme s.j.Regards sur l'eucharistie Avril 12-19 Paul Morisset s.j.«Jésus ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à l'extrême de l'amour» Jn 13, 1 15-20 Bernard Bélair s.j.RETRAITE VOCATIONNELLE 16-19 Fernand Bédard s.j.TRIDUUM PASCAL 19 PÂQUES 27-1 mai Fernand Bédard s.j.RETRAITE SACERDOTALE: «Mon Seigneur et mon Dieu» Mai 3-10 William D.Ibach s.j.«Rejoice in the Lord; Again I say Rejoice !» Phil 4, 4 10-10 juin Hervé Gaulin s.j.RETRAITE DE TRENTE JOURS 17-24 Marcel Grand'Maison s.j.L'action de Dieu Juin 1-5 Paul Morisset s.j.RETRAITE SACERDOTALE : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps» Mt.28 : 20 14-21 Paul Morisset s.j.«Tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t'aime.» Is 43, 4 28-5 juillet Jacques Martineau s.j.Je cherche le visage du Seigneur.63 Juillet 5-12 Fernand Bédard s.j.5-12 William D.Ibach s.j 5-5 août 12-19 19-27 (8 jours) 26-2 août Jean-Marie Rocheleau s.j André Gélinas s.j.Pierre Gervais s.j.Merzel Caissy s.c.q.La prière de Marie «I have come that you may have Life and have it to the full» John 13, 1 RETRAITE DE TRENTE JOURS Trouver Jésus dans saint Jean Retraite d'Évangile EXPÉRIENCE DE DÉSERT* Août 2-9 9-16 16-23 23-30 Alfred Ducharme s.j.Jacqueline Dazé s.s.a.Gilles Pelland s.j.Jacques Martineau s.j Devenir libre L'alliance Le Christ transfiguré Si tu savais le don de Dieu * Une description de l'expérience est disponible Les frais sont de 25,00 $ par jour Inscription : 1 0,00 $ pour les retraites prêchées de 6, 7 ou 8 jours 20,00 $ pour les retraites prêchées de 30 jours.Maison des Jésuites C.P.1 30 — St-Jérôme, Qc J7Z 5T8 Pour information : Marcel Charpentier, s.j.ou Jacques Dubé, s.j.ou Gisèle Ledoux, s.s.a.Tél.: (514) 438-3593 De Montréal sans frais interurbains 430-1600 64 Retraite intercommunautaire — 1987 Date: Du 21 mai au 21 juin 1987 Thème : La docilité à I Esprit par les exercices spirituels de 30 jours de Saint-Ignace.Animateur : Père Jean-Marie Rocheleau, s.j.Autre retraite : Date : Du 26 juin au 4 j u i I let 1987 Animateur : Père Lucien Pépin, o.m.i.Inscription et renseignements : S.Gertrude Lortie, A.M.J.Tél.: (418) 228-6668 Monastère des Augustines C.P.638, 18e rue St-Georges-ouest, Beauce, QC G5Y 6N1 Exemplaires disponibles Si vous désirez poursuivre individuellement ou en groupe votre réflexion sur les thèmes du présent numéro ou des numéros antérieurs, vous pouvez vous procurer un ou plusieurs exemplaires de la revue à l'adresse et aux prix suivants : 5750, boulevard Rosemont, Montréal Tél.: 259-6911 2,00 $ l'exemplaire 1,50 $ pour 10 exemplaires et plus Frais de poste en plus *> ti&mfâm WM: ’fjl&S - ^ • £» la vie des communautés religieuses 5750, boulevard Rosemont Montréal, Québec, Canada H1T 2H2
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