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Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Septembre-Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • En son nom
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Références

La vie des communautés religieuses /, 1988-09, Collections de BAnQ.

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sept.-oct.1988 .* .t ¦"v-.IBS» §tip WMmm Hflfp: ¦ ri 1 ' id -¦* religieuses La vie des communautés religieuses Directeur : Laurent Boisvert, o.f.m Comité de rédaction : René Bacon, o.f.m.René Baril, o.f.m.Pierre BisaiIIon, o.f.m.Laurent Boisvert, o.f.m Secrétariat : Liliane Caron r.s.r.Rédaction et administration : La vie des communautés religieuses 5750 boulevard Rosemont Montréal, Canada H1T 2H2 Tél.: 259-691 1 Courrier de la deuxième classe Enregistrement n° 0828 Composition: Graphiti Impression: L'Éclaireur Ltée La revue paraît cinq fois par an Abonnement: de surface: 1 1,00 $ (55 FF) (350 FB) par avion: 14,50 $ (75 FF) (475 FB) de soutien: 20,00$ Sommaire Vol.46 — sept.-oct.1988 Jacques Berthelet, c.s.v., évêque, Vœux et mission 195-212 Monique Thériault, s.n.j.m., Horizon 2000: vision et mission de la vie religieuse 213-239 L'auteur présente une conception et une pratique des vœux dans leur relation à la mission.Ces vœux sont impliqués dans une manière de suivre le Christ et une façon de témoigner du Règne.Ils demeurent toutefois moins importants que les éléments communs aux diverses formes de vie chrétienne.Une authentique participation à la mission exige, dans leur conception et leur pratique, qu'on les situeà leur vraie place dans une saine hiérarchie des valeurs.Après avoir situé le contexte culturel dans lequel évolue la vie religieuse canadienne, l'auteur présente deux défis majeurs posés à celle-ci: s'incarner dans cette culture et être créatrice.Si la vie religieuse a un avenir, tous les instituts religieux n'en ont pas nécessairement.Cela dépend, en partie du moins, de leurs choix, de leurs priorités, de leur courage évangélique, de leur conversion radicale dans la 193 façon de vivre et de servir l'Évangile.L'authenticité de leur communion au Christ et de leur service du Règne conditionne profondément leur avenir.Monique Dumais, o.s.u., La vie religieuse comme respiration 240-245 Michel Hubaut, o.f.m., Sous la Nuée lumineuse 246-247 La vie religieuse ouvre un espace et un temps pour la respiration, au cœur du monde, dans la vie de l'Église, à l'intérieur d'une communauté, dans l'actualisation des dynamismes de l'être.La vie religieuse est encore bonne pour aujourd'hui; il faut en découvrir le sens profond et les forces vitales toujours contemporaines.Prière pour l'adoration de la Présence du Christ eucharistique.194 Vœux et mission * ** Jacques Berthelet, c.s.v., évêque ** Les Instituts de vie active doivent se rappeler l'urgente nécessité qu'il y a de traduire dans des projets apostoliques circonstanciés la mission apostolique commune à chacun.Nous n'avons pas à redéfinir la mission, maisà l'incarner dans des projetsqui réactualisent dans un contexte de modernité le projet des Fondateurs.Cette mission par ailleurs ne saurait se réduire à des activités ou à des oeuvres, ni s'atomiser dans des engagements individuels, ni s'isoler de l'inspiration originelle, de ses sources spirituelles et religieuses.Dans ces pages je présente une conception et une pratique des vœux dans leur relation à la mission.La pertinence de la vie religieuse passe, il me semble, par une réappropriation des vœux dans leur relation avec la mission.Un des défis que nous rencontrons consiste à établir des liens, à retrouver des cohérences entre les éléments de notre vie qui risquent de se « paralléliser » : prière et action apostolique, vœux et apostolat, aspirations personnelles et conscience communautaire.Avant d'aborder chacun des vœux dans leur relation à la mission, il convient de situer la profession des conseils évangéliques dans un juste contexte.Or, le contexte dans lequel se comprennent, se légitiment et prennent sens les vœux, est l'Évangile, le projet évangélique, le projet du Père, assumé par son Fils, Jésus le Christ : projet de salut, de libération, d'annonce et de réalisation progressive * Ce texte a été rédigé par l'auteur, alors supérieur général, peu de temps avant l'annonce officielle de sa nomination comme évêque auxiliaire de Saint-Jean-Longueuil.** 215 rue Longueuil, Saint-Jean-sur-Richelieu.Qc.J3B 6P6.195 du Règne de Dieu.C'est la mission du Fils, prolongée, poursuivie, réactualisée par ses disciples, en Église, à travers le temps.C'est la mission de rendre toujours présent Jésus comme projet de salut pour l'homme, ici et maintenant.Voilà le contexte dans lequel les vœux prennent sens et peuvent avoir valeur de signe.Que les vœux ne se comprennent que dans leur relation à l'Évangile s'explique aussi par le fait que la vie religieuse est née d'une volonté de fidélité à l'Évangile dans sa totalité.Elle est née en effet d'une protestation face à une Église — évêques, prêtres, laïcs — qui avait pris ses distances par rapport à l'exigence radicale de l'Évangile.Chaque Institut religieux est aussi né d'une volonté de mise en relief d'un des aspects de l'Évangile tout en embrassant la totalité du projet évangélique.Il ne faut donc pas s'étonner que les Constitutions, en présentant la mission de chaque Congrégation, affirme d'abord que cette mission est d'annoncer Jésus Christ et son Évangile et qu'en présentant les vœux, elles affirment que la profession, «proclamée publiquement devant l'Église et le monde de notre temps, manifeste que nous voulons faire de l’Évangile la trame de notre vie».Les vœux y sont encore compris comme une suite de Jésus «dans un engagement total pour le Royaume» ou comme la « vocation de manifester déjà le Règne inauguré par Jésus et de signifier l'avènement du Règne définitif de Dieu sur tout être.» La mission de l'Église est d'évangéliser.Le Pape Paul VI, se fondant sur la Constitution dogmatique de Vatican II sur l'Église, a largement développé cette affirmation dans son Exhortation Evangelii nuntiandi.Il a aussi souligné comment la mission des religieux était d'évangéliser, aussi bien par le témoignage de leurs vœux que par leur action apostolique.« Ils incarnent l'Église désireuse de se livrer au radicalisme des béatitudes » (E.N.n° 69).Les vœux étant essentiels à la vie religieuse et la mission générale de la vie religieuse étant d’évangéliser, il va de soi qu'une juste compréhension des vœux les situe dans leur relation à la mission.La vie religieuse n'est pas d'abord née comme un moyen de perfection mais d'une inspiration prophétique : elle se situe davantage dans l'ordre du signe.Sans doute, le caractère prophétique de la vie 196 religieuse est-il plus évident à ses origines ou en vertu de la mission davantage prophétique de tel ou tel institut religieux.Il n'en reste pas moins qu'à travers les siècles, la vie religieuse ne se légitime que si elle demeure un signe de cette poursuite de l'idéal évangélique proposé à tous mais recherché radicalement et dans sa totalité par les religieux, ce qui est singulièrement signifié par les vœux, vécus en communauté et mis en relation avec la mission.Les vœux, nous le verrons, constituent déjà une expression de la mission qui nous est confiée.Ils prennent cependant toute leur valeur lorsqu'ils appuient et donnent corps à l'apostolat.La préoccupation qui traverse la présente réflexion est d'assurer une cohérence, une unité entre les vœux et la mission, mais aussi entre les vœux et tous les éléments fondamentaux de la vie religieuse: vie spirituelle, charisme du Fondateur, vie communautaire et le reste.Il en va en effet de la pertinence de la vie religieuse: plus nous intégrons tous les éléments de notre vie, plus notre vie est significative, lisible, et susceptible de faire avancer le Règne de Dieu.I.Obéissance : suite de la mission de Jésus La conception de l'obéissance, bien qu'elle dépende de facteurs sociaux-culturels et psychologiques, relève avant tout d'une théologie, donc d'une intelligence de la foi vécue.Or pour entrer dans l'intelligence de foi de l'obéissance, il nous faut porter notre regard sur Jésus, Fils de Dieu, Serviteur, venu en ce monde pour faire la volonté de Celui qui l'a envoyé.L'obéissance de Jésus Il existe un lien essentiel entre la mission de Jésus et son obéissance au Père : Jésus est envoyé, il est Fils de Dieu fait homme pour accomplir la volonté du Père, son projet de salut.L'être même de Jésus est obéissance au Père, recherche et accomplissement de sa volonté.Et cette volonté du Père, Jésus la recherche et la cultive dans l'écoute de la Parole, dans une prière qui est constant dialogue 197 avec son Père, de même que dans le regard qu'il porte sur ceuxqu'il est venu sauver.Son obéissance n'est donc pas faite seulement d'actes isolés, à des moments plus ou moins importants de sa vie, elle n'est pas une vertu de perfectionnement, elle est son existence même de Fils de Dieu incarné, en mission d'auprès du Père chez les hommes pour leur salut.L'obéissance chrétienne Les études bibliques et théologiques récentes nous présentent l'existence chrétienne elle-même comme obéissance, comme écoute et pratique de la Parole de Dieu, comme correspondance au projet de salut du Père.L'obéissance biblique est foi en acte, entrée dans le projet divin, participation à la mission de Jésus.C'est sur ce fond et dans cette perspective que peut se comprendre l'obéissance religieuse.Détacher l'obéissance religieuse de l'obéissance conçue comme l'existence chrétienne elle-même, c'est la priver de sa source.Elle est une forme de l'obéissance chrétienne, tout comme la vie religieuse est une forme de vie chrétienne.L'obéissance religieuse À vouloir rechercher à tout prix ce qui spécifie l'obéissance religieuse et la distingue de toute autre forme d'obéissance, nous risquerions d'en réduire la signification et la portée, de la couper de la richesse qu'elle partage avec les autres formes d'obéissance chrétienne.Car, à parler strictement et formellement, le vœu d'obéissance pourrait nous engager à n'exécuter que les décisions des supérieurs pourvu qu'elles soient en conformité avec la Règle ou les Constitutions.Notre obéissance ne serait alors engagée que dans des actes isolés, dans des circonstances occasionnelles.À la limite, un religieux n'aurait à obéir qu'en quelques circonstances au cours de sa vie.Mais, en réalité, une telle vision des choses réduit l'obéissance et ne peut être inspiratrice et significative.L'obéissance religieuse doit donc intégrer en premier lieu l'obéissance chrétienne commune à tous les chrétiens et qui correspond à l’existence chrétienne comme recherche et accomplissement de la 198 volonté du Père.La profession publique de l'obéissance religieuse affirme cette volonté d'embrasser radicalement et en totalité l'Évangile, comme expression du projet de salut de Dieu.Pour ce faire, la vie religieuse se donne des moyens : la Règle, qui est en fonction de la mission poursuivie, les supérieurs, qui sont en fonction de la Règle et de la mission.Mais avant de réfléchir sur ces moyens, il importe de souligner la dimension pneumatologique de l'obéissance.Une des acquisitions de la théologie et de la pratique ecclésiale des dernières années est en effet la redécouverte de l'Esprit comme don fait à tous les croyants.L'Esprit nous est donné pour universaliser et intérioriser la présence du Christ ressuscité et sa mission.Grâce à l'Esprit, la mission confiée au Fils se poursuit à travers l'Église, à travers la communauté des baptisés, chacun y exerçant son propre rôle.L'Esprit permet à tous de vivre l'obéissance de la foi, la recherche et l'accomplissement de la volonté du Père.Toute attitude qui remettrait aux seuls supérieurs la recherche de cette volonté, en même temps qu'elle conduit à l'infantilisme et à l'irresponsabilité, méprise le don de l'Esprit qui est en chacun de nous.Si les supérieurs, en fidélité à la Règle, ont davantage un rôle d'animation dans le discernement spirituel à opérer, s'ilsont un rôle de décision, tous ont leur part à exercer dans pareil discernement spirituel.Tous ont à se donner les moyens d'être actifs dans l'obéissance par leur écoute de la Parole de Dieu, par leur sens de l'Église, par leur vie ensemble et par l'accomplissement de la mission.Je viens d'évoquer la Règle, ce que la plupart des Instituts nomment Constitutions, Règlements généraux et particuliers.En s'engageant dans la Congrégation, chacun de nous a fait à Dieu vœu d'obéissance, selon le projet approuvé par le Saint-Siège.Les Constitutions, même précisées dans des Règlements généraux et particuliers, ne fournit que des grandes orientations, elles demeurent un guide.Une large place reste donc faite pour des recherches, des discernements, des applications et des décisions.Les Constitutions, comme point de référence de l'obéissance, engagent non seulement pour toute la vie, mais elle engage toute la vie.C'est donc dire que chaque religieux et chaque communauté sont appelés à actualiser sans cesse leur obéissance conçue comme existence religieuse.199 Dans cette entreprise, nul ne saurait être passif.Le supérieur qui ne favoriserait pas les discernements nécessaires, les mises en commun, les conditions de vie et d'accomplissement de la mission et qui ne prendrait pas les décisions requises, manquerait à l'obéissance.Le religieux qui ne collaborerait pas aux prises de décisions par sa participation au discernement, ou qui se contenterait de n'exécuter que matériellement les décisions, n'aurait pas vraiment le sens de l'obéissance.Au cours des présentes années, par exemple, les Instituts sont convoqués à une réflexion en profondeur sur l'incarnation de leur mission.C'est l'obéissance des membres qui se trouve convoquée dans pareille recherche, car il s'agit de trouver ensemble comment actualiser la volonté de Dieu sur eux, comment participer à leur manière à la mission de Jésus, aujourd'hui et dans les lieux et les circonstances qu'il leur est donné de vivre.On comprend qu'une telle réflexion engage tous les éléments de leur vie personnelle et communautaire.On comprend aussi que cette obéissance sera en situation : le projet religieux est situé dans tel pays, dans telle culture.Il ne peut être signe que s'il est incarné.L'obéissance ne saurait se réduire à une vague imitation de Jésus.Elle consiste dans la suite du Christ qui est au-devant de nous; elle consiste à continuer à réaliser dans le monde la volonté du Père, à faire ce que le Christ ferait aujourd'hui, ici et maintenant.Voilà pourquoi elle engage toute la personne au plus profond d'elle-même; voilà pourquoi elle engage tout le corps apostolique.À vrai dire, l'obéissance ne se comprend que dans la perspective de la mission conçuecomme annonce et réalisation progressive du Règne de Dieu ; c'est cette mission qui justifie et donne sens à l'obéissance et qui peut engager la totalité de la personne libre dans sa relation à Dieu et aux autres dans la communauté.J'ai souligné, au début, la nécessité qu'il y avait de retrouver de meilleures cohérences dans notre vie religieuse.J'ai insisté ici sur la relation entre obéissance et mission.Mais à travers les lignes, on aura compris que l'obéissance n'est possible que si elle est en relation avec une vie spirituelle adulte, une vie communautaire fortement développée, un sens profond de l'appartenance à l'Institut.Et nous allons le voir plus loin, l'obéissance est en lien organique avec les vœux de pauvreté et de chasteté.200 II.Pauvreté et suite de Jésus Tenir un discours sur la pauvreté qui ait quelque chance d'être entendu et de susciter de nouvelles fidélités demeure un défi.Les réflexions qui suivent tendent à répondre à des exigences d'honnêteté et de réalisme, et veulent situer la pauvreté par rapport à ce qui lui donne son véritable sens.Pour bien comprendre la pauvreté religieuse, il nous faut, comme pour l'obéissance, porter notre regard sur Jésus, Fils de Dieu, «qui s'est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes » (Ph 2, 7), lui qui est venu « pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres,.proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté.» (Le 4, 18).Ces deux citations mettent en relief deux éléments essentiels à la compréhension de la pauvreté.Jésus s'est fait pauvre: dans son être même, il est pauvre.D'autre part, il est venu combattre la pauvreté qui est un mal, inaugurer un Règne de Justice.La pauvreté qui identifie Jésus est différente de la pauvreté qui est un mal à combattre.Essayons d'y voir un peu plus clair ; nous verrons ensuite comment se situe la pauvreté religieuse, laquelle est encore différente des deux premières significations du mot pauvre ou pauvreté mais s'y rattache.Jésus identifié comme pauvre Le premier sens de la pauvreté, en Jésus, réside dans le fait qu'il s'est fait homme, qu'il a pris la condition de l'homme, la condition de l'homme pécheur.C'est dans son être même de Fils de Dieu incarné qu'il est pauvre.Or cette pauvreté de Jésus dit sa condition de dépendance par rapport à son Père de qui il attend tout, auquel il est soumis.La pauvreté de Jésus, sa condition de Serviteur, est la condition de son obéissance, le moyen par lequel il peut rechercher et accomplir la volonté de salut du Père en faveur des hommes.Jésus est pauvre dans son être même pour accomplir sa mission de libérer l'homme du mal, de la pauvreté-mal, du péché qui est à la 201 racine de toute pauvreté.C'est pour cela qu'il se fait homme, qu'il se fait pauvre, qu'il assume notre condition pécheresse sans être lui-même pécheur (2 Co 5, 21 ; Rm 8, 3).Et en cohérence avec son projet de salut, il se place du côté des pauvres, des petits, des matériellement, moralement, spirituellement pauvres.Il vient libérer de toutes les formes de pauvreté, il vient inaugurer un Règne de Justice, c'est-à-dire de fidélité à la loi de Dieu, au projet amoureux de Dieu, fidélité qui se traduit dans l'amour de Dieu et du prochain.Pauvreté et mission sont indissociables parce que incarnation et mission sont indissociables.La nature même du projet de salut implique que Jésus se fasse pauvre et qu'il privilégie les pauvres : ils sont l'objet de sa mission de libération.Les chrétiens et la pauvreté Comme pour l'obéissance, la pauvreté concerne tout chrétien.C'est tout chrétien qui est appelé à vivre la pauvreté fondamentale qui le situe en dépendance par rapport à Dieu et qui l'engage à mettresa libertéau servicedu Règne de Justice inauguré par Jésus.C'est tout chrétien qui est appelé à relativiser les biens matériels, à s'en détacher, à les partager.Une certaine tradition avait réservé aux religieux quelques textes évangéliques, en particulier ceux qui paraissaient plus radicaux comme le passage du jeune homme riche où Jésus dit que pour être parfait il faut vendre ses biens, partager avec les pauvres et se mettre à sa suite.Les études bibliques nous montrent que les destinataires de pareils textes sont tous les chrétiens.La perfection dont il s'agit est la qualité de vrai disciple de Jésus, d'authentique croyant chrétien dont la foi est agissante : n'est pas digne du nom de chrétien celui qui ferme les yeux sur son frère qui est dans le besoin (Je 2, 1 5-17 ; I Jn, 3, 17).Pour bien comprendre l'option religieuse face à la pauvreté il ne faut donc pas la détacher de l'exigence chrétienne faite à tous les croyants de relativiser les biens matériels et d'être au service des pauvres, de tous ceux que l'Évangile désigne comme pauvres : immédiatement, ceux qui n'ont pas le nécessaire vital, ceux qui sur le plan social sont opprimés, exploités, ceux enfin 202 qui, à cause de leur condition physique, psychologique, intellectuelle, sociale, morale ou spirituelle sont laissés pour compte.Toutes ces personnes ou groupes de personnes sont des pauvres, elles manquent du nécessaire pour vivre normalement leur condition humaine et leur condition d'enfants de Dieu.On aura compris que la lutte contre la pauvreté est objet de la mission de la communauté chrétienne et de chaque chrétien.Le service de la justice fait partie intégrante de l'évangélisation.Le Règne de Dieu est un Règne de Justice.La pauvreté religieuse Il n'est pas indifférent que notre vœu de pauvreté soit significatif à nos propres yeux et aux yeux du monde.Il en va de la cohérence de notre propre vie, de la crédibilité et de la pertinence de notre vie religieuse.Que nous nous situions comme personnes, comme communauté ou comme institution, il est essentiel que nous fassions la vérité, en paroles et en actes, sur notre vœu de pauvreté.On sait que la profession religieuse s'exprime dans les trois vœux de pauvreté, chasteté et obéissance.Or cette profession qui signifie l'option en faveur d'un état de vie est non seulement formelle (c'est par elle que nous devenons religieux), solennelle (c'est un acte d'une portée telle qu'il engage toute notre vie), mais elle est aussi publique, c'est-à-dire, que nous nous engageons, dans l'Église et devant le monde, à rendre compte de la responsabilité que nous assumons en optant, dans le cas qui nous occupe, pour la pauvreté religieuse.Il est donc important que cette pauvreté soit bien comprise et ait quelque signification.La pauvreté religieuse n'est pas essentiellement différente de la pauvreté chrétienne.Elle trouve sa racine dans la pauvreté fondamentale de l'être créé, sa source, dans la pauvreté de Jésus, son ressort, dans le projet du Règne de Justice qui instaure une authentique égalité et fraternité entre les hommes et permet à chacun d'avoir le nécessaire pour vivre normalement sa vie.Comme la pauvreté chrétienne, la pauvreté religieuse implique une ascèse, 203 un détachement des biens, une simplicité de vie, étant entendu que les biens matériels, qui sont bons, à cause de la fascination qu'ils exercent, sont aussi un obstacle dans notre relation aux autres et à Dieu.Essayons de voir de plus près comment ces trois dimensions de la pauvreté peuvent se traduire dans notre vie religieuse.Pauvreté fondamentale Parce que la profession religieuse est un acte public, parce qu'elle fait de nous, personnellement et collectivement, des signes dans l'Église et pour le monde, il est nécessaire que notre pauvreté fondamentale, notre condition de créatures, notre dépendance par rapport à Dieu soient manifestes.En d'autres mots, il doit être clair, dans nos personnes, nos communautés, nos structures, que notre seul absolu est Dieu, que c'est en Lui que nous mettons notre confiance, que c'est à cause de Lui et pour Lui que nous vivons, que nous œuvrons.C'est là une attitude de fond très liée à la conception de l'obéissance développée plus haut, très liée aussi à la conception du célibat religieux qui sera développée plus loin.Nos Constitutions nous rappellent que la pauvreté religieuse «exprime notre dépendance par rapport à Dieu dans le service des hommes».Elles nous disent aussi comment cette dépendance par rapport à Dieu, pour être visible, s'incarne dans une «dépendance des supérieurs et conformément à nos Règlements généraux et particuliers ».Mais ces modes concrets n'auraient pas beaucoup de senss'ils netrouvaient leur source dans uneattitudedefondqui est notre dépendance par rapport à Dieu, notre suite de Jésus.C'est encore la pauvreté fondamentale qui nous incite à développer des attitudes non de propriétaires, mais d'intendants, de gérants des biens.C'est elle qui nous dicte l'attitude à adopter vis-à-vis les personnes : non domination des autres, utilisation et encore moins oppression, maiségalité, service, fraternité.L'attitude de fond commandée par cette première dimension de la pauvreté nous interdit de faire de l'épanouissement personnel, de la réalisation ou de l'actualisation de soi une fin, un absolu, que ce soit par les biens matériels, intellectuels ou sociaux.Elle exclut toute recherche de 204 pouvoir, de prestige, de même que l'esprit de compétition, de suffisance, d'indépendance.L'oublier serait en opposition avec notre option de service de Dieu, de l'Évangile, du Règne de Dieu.Cette attitude de fond est celle qui nous fait comprendre que nous recevons tout de Dieu — «que n'as-tu que tu n'aies reçu.» (I Co 4, 7) — et nous incite à la gratuité, à l'hospitalité, à la simplicité, à la transparence et à la communion.Pauvreté ascétique et simplicité de vie À cause du caractère public de notre profession religieuse et en raison du signe que nous sommes appelés à être, notre relation aux biens matériels doit être en cohérence avec notre pauvreté fondamentale de créatures.Notre relation aux biens matériels doit donc être commandée par des moyens et un mode de vie qui signifieront où sont nos priorités comme religieux.Comme personnes, nous nous engageons à ne pas faire acte de propriété, à tout mettre en commun.Plus encore, nous nous engageons à manifester, dans notre style de vie, que nous relativisons les biens matériels, que nous les subordonnons au service de notre mission.Nos Constitutions nous disent assez clairement comment notre vœu de pauvreté nous engage.Les mêmes Constitutions nous incitent même à nous départir de nos biens patrimoniaux pour correspondre mieux encore à notre profession formelle dans la totalité de notre vie.Mais nous savons bien que tout en observant la lettre du vœu de pauvreté, nous pouvons très bien être loin de la simplicité de vie que nous propose l'Évangile et à laquelle nous conduit une nécessaire ascèse.Nous avons à ce sujet des conversions à opérer: il en va de la pertinence de la vie religieuse et de l'authenticité de notre vie.Et même lorsque nous avons personnellement fait nôtre cette pauvreté fondamentale et cette pauvreté ascétique, la communauté comme telle doit pouvoir rendre compte de son option pour la pauvreté : c'est ici que nous établissons le lien immédiat avec la mission.205 Pauvreté et mission Le principal ressort de la pauvreté religieuse demeure la mission.Comme pour Jésus, c'est la mission qui lui donne son plein sens.C'est pour sauver l'homme, c'est pour le restituer à sa bonté originelle, pour en faire une créature nouvelle que Dieu se fait pauvre en Jésus Christ (pauvreté fondamentale).Et c'est pour sauver tous les hommes que Jésus privilégie les pauvres de toutes sortes, qu'il va aux riches par les pauvres, qu'il va à tous en vivant lui-même pauvrement (ascèse-simplicité de vie).Cette pauvreté-mission, nous le devinons bien, varie à travers les siècles, doit tenir compte des circonstances de lieu, de personnes.Mais elle rejoint toujours le projet d'annoncer et de réaliser le Règne de Dieu qui est un Règne de Justice.Dès lors que notre mission nous engage à annoncer l'Évangile, nous devons savoir et comprendre, comme le rappelle le Synode de 1971 sur la justice, que « le combat pour la justice et la participation à la transformation du monde (sont une) dimension constitutive de la prédication de l'Évangile pour la rédemption de l'humanité et sa libération de toute situation oppressive».Il n'est pas demandé à tous les religieux d'aller oeuvrer au milieu des plus pauvres matériellement ou socialement, mais il faudra toujours qu'il y en ait qui soient au milieu d'eux afin d'être signes pour nous tous de notre pauvreté-mission.Notre mission particulière ne peut nous justifier de ne pas préférer les pauvres de toutes sortes et de ne pas travailler à transformer le monde actuel.Auprès des riches ou des classes moyennes, auprès des jeunes ou des adultes, des personnes et des structures, nous devons travailler à faire advenir ce Règne de Justice.Or pour y arriver et pour éviter toute justification trop facile, il nous faut nous former davantage aux questions liées à cette transformation du monde.Dans la formation initiale et permanente, par des sessions et des retraites, il nous faut mieux comprendre les mécanismes qui engendrent la pauvreté, mieux comprendre les exigences évangéliques de la justice, pour mieux collaborer, là où nous sommes, à la transformation du monde et à notre propre transformation ou conversion.206 Je ne suis pas entré dans les détails de ce que pourrait être en pratique la pauvreté religieuse comprise dans ses trois dimensions.C'est sur le terrain réel, dans les provinces, les régions, les communautés locales qu'une telle réflexion doit se faire.Ce que je crois, c'est que tout projet évangélique provincial doit inclure cette dimension essentielle de la mission qu'est notre service des pauvres et de la justice.La pauvreté religieuse, aujourd'hui, pour être pertinence, doit emprunter ce chemin.III.Le célibat en vue du Règne de Dieu Le vœu de chasteté, parmi les trois vœux, est celui qui caractérise le mieux la vie religieuse.Le célibat pour le Règne est dans la nature même de la vie religieuse, il lui donne naissance, il la constitue comme état de vie distinct.Poursuivant notre réflexion sur la relation entre les vœux et la mission, demandons-nous comment le célibat nous met en état de mission?Comment le célibat pour le Règne nous conduit-il à approfondir notre conception et notre pratique de la mission?Pour répondre à ces questions et mieux comprendre notre célibat religieux, portons d'abord notre regard sur la personne de Jésus.Le célibat de Jésus Bien que les Évangiles ne disent pas que Jésus n'est pas marié, son célibat ne fait pas de doute.C'est l'ensemble de l'Évangile qui nous donne de le croire, de croire à la totalité et à l'exclusivité de sa relation au Père et aux affaires de son Père, à sa parfaite et complète consécration au Règne de Dieu.Et pourtant le célibat a besoin d'être légitimé par Jésus du fait qu'il est contraire à toute la tradition juive.C'est un devoir pour le juif de se marier et d'avoir des enfants.La femme stérile est objet de dérision.Ainsi en est-il du célibataire.Le passage de Mathieu 19,12 qui traite des trois catégories d'eunuques, actuellement situé dans le contexte d'une discussion avec les pharisiens sur l'indissolubilité du mariage serait à replacer, suivant des exégètes sérieux, dans un contexte où Jésus est insulté et traité 207 d'eunuque, expression qui est d'ailleurs péjorative dans la bouche des pharisiens.Jésus s'explique et légitime l'option du célibat à cause du Règne de Dieu ou en vue du Règne de Dieu.D'un interdit, il fait une option, la possibilité d'un état de vie.Même en comprenant le texte sur les eunuques dans son contexte actuel, il légitime aussi le célibat.Les apôtres en effet disent à Jésus, à la suite de son enseignement, que si telle est la condition de l'homme, mieux vaut ne pas se marier.Jésus reprend en affirmant que la condition de vie de celui qui répudie sa femme et qui ne peut en épouser une autre est possible.Il donne l'exemple des eunuques, ceux qui le sont par nature, ceux qui ont été rendus tels par les hommes et ceux qui se sont rendus eunuques en vue du Règne de Dieu.Tous ne peuvent pas comprendre cela.Il faut un regard de foi pour le comprendre.C'est le Règne de Dieu, l'engagement pour ce Règne, la consécration au projet de salut du Pèrequi légitime le célibat comme choix de vie.Il faut pour faire un tel choix une intense expérience de Dieu : telle est l'expérience de Jésusqui donne toute son intensitéà sa mission d'annoncer et de faire advenir le Règne de Dieu.C'est donc par choix que Jésus n'est pas marié.Vrai homme, il avait ce choix.Ce n'est pas par dépréciation du mariage.Rien dans les paroles de Jésus ne permet de dire que le célibat serait supérieur au mariage.C’est à cause de sa relation exclusive au Père et à cause et en vue du Règne de Dieu qu'il choisit le célibat.Enfin, il apparaît clairement que le célibat pour le Règne de Dieu est essentiellement lié à la mission de Jésus.Le célibat à la suite du Christ Même si l'on parle traditionnellement du vœu de chasteté comme une des expressions de la profession religieuse, il faut nous rappeler que la chasteté, comme vertu qui régit l'usage de la sexualité, n'est pas propre au religieux.La chasteté est requise des personnes mariées et de ceux qui sont provisoirement célibataires comme elle l'est des religieux.Les religieux, eux, choisissent le célibat chaste comme état de vie et s'engagent à une totale continence.Leur engagement est public : ils ont donc à en rendre compte devant 208 l'Église et le monde.C'est donc dire que leur liberté et leur responsabilité sont essentielles dans le choix d'un état de vie.Comme l'indique saint Paul (I Co 7), le célibat pour le Règne de Dieu est un charisme, comme l'est aussi le mariage.Il est don de Dieu permettant d'entrer dans un état de vie en vue de la construction du Corps du Christ, pour faire advenir le Règne de Dieu.En aucun cas nous pouvons affirmer, en nous référant à saint Paul ou à Mathieu, que le célibat est supérieur au mariage.Il s'agit de deux types de relation à Dieu, à l'Église et au monde.Ce qui justifie le célibat et lui donne sens, c'est d'abord une relation exclusive et totalisante à Dieu et au Règne de Dieu.C'est à travers cette relation exclusive et totale à Dieu et à son Règne que le religieux est dans le monde, qu'il est au service de l'Église.Le célibat pour le Règne de Dieu ne saurait être une simple imitation du Jésus historique qui opta pour le célibat à cause du Royaume.Choisir le célibat c'est choisir le type de relation que nous avons avec Dieu et avec les autres.C'est choisir une relation à Dieu en Jésus Christ qui est exclusive.C'est trouver pleinement satisfaisante notre relation à Dieu.C'est à cette condition et à condition d'y chercher et d'y trouver le meilleur moyen de croissance affective et de développement de sa personne, le meilleur moyen pour vivre sa relation aux autres, que l'on peut opter pour le célibat consacré.Nous avons vu plus haut qu'en Jésus, le célibat est essentiellement lié à l'annonce et à la réalisation du Règne de Dieu.Il en est ainsi du célibat religieux.Non pas que le mariage empêche la relation à Dieu et le service du Règne de Dieu : ce serait déprécier le mariage que de penser ainsi.Le célibat est une autre voie qui révèle autre chose que le mariage, à savoir que l'histoire et l'histoire du salut se font aussi par la totale consécration à Dieu et aux affaires de Dieu, que la cité terrestre est aussi construite par ceux dont la vie est unifiée par leur relation à Dieu et le service de son Règne.Notre célibat bien compris vient ainsi qualifier notre mission comme religieux.209 Signification contemporaine de notre vœu de chasteté Pour que le célibat religieux soit crédible, significatif, utile, il doit contribuer à la transformation du monde en un mondeoù règne l'amour vrai, la fraternité véritable.Dans le contexte de la prétendue révolution sexuelle qui caractérise notre époque, dans un contexte de guerres, de terrorisme, d'exploitation de l'autre, de racisme, se consacrer à l'annonce et à l'établissement d'un règne d'égalité, de respect de l'autre, d'amour, de fraternité et de liberté, légitime le célibat religieux.Par notre célibat, nous pouvons contribuer à transformer dans le Christ l’ordre social dans ses dimensions interpersonnelles.La transformation du monde passe cependant par la transformation du religieux et de la communauté religieuse.Dans le discernement de la vocation religieuse, il est essentiel de bien comprendre que le célibat est don de Dieu, et que ce don doit être inscrit en quelque sorte dans la psychologie de la personne.Dans la formation initiale et permanente, on doit savoir qu'une théologie du célibat qui est négative par rapport à la sexualité et qui est répressive conduit au sous-développement affectif et rend inapte à servir le Règne de Dieu qui est un Règne d'Amour.Entre la répression et la sublimation se situe l'abstention libre, responsable, libératrice, motivée et correspondant à la personne.La grâce agit à travers une personne qui a construit progressivement son équilibre intérieur.C'est à ces conditions que le célibat religieux peut être pertinent.Quand, par la miséricorde divine, le célibat nous libère nous-même, il devient une force de libération et de transformation pour l'autre.Dans la perspective de cette réflexion, notre célibat se justifie et devient signe si Dieu et le service de son Règne nous suffisent.Notre mission peut recevoir de cette perspective une dimension renouvelée et capable de qualifier nos activités.Car dans un monde où il y a de plus en plus de solitude, où les relations sont souvent marquées par l'utilisation de l'autre, l'abus de l'autre, l'oppression et la violence, le célibat pour le Règne prend valeur de signe lorsqu'il contribue à la croissance de l'autre.210 Vivre ce célibat pour le Règne de Dieu n'est possible que par un don de Dieu.Ce don passe au travers de notre expérience humaine et spirituelle, par une vie communautaire réconfortante, par des amitiés qui nous grandissent, par le pardon de Dieu et de nos frères.Je vous invite à poursuivre cette réflexion, personnellement et en communauté, afin de développer davantage les conditions qui peuvent rendre notre célibat religieux plus libérateur et plus significatif.Conclusion J'ai voulu, dans ces pages, mettre en relief la profession religieuse et chacun des vœux, dans leur relation à la mission.Il est bien évident que cette dimension, bien qu'essentielle, n'épuise pas la compréhension des vœux.J'ose cependant croire qu'au moment où nous réfléchissons sur notre mission, ces réflexions pourront nous aider à mieux voir que notre mission est une mission de religieux dans l'Église et pour le monde.En essayant de caractériser ainsi davantage notre mission par une réflexion sur les vœux, j'ai voulu que nous nous rappelions, comme nous y invite le deuxième concile du Vatican, que la première condition de tout renouveau de la vie religieuse est la suite de Jésus Christ (Perfectae caritatis, 2a).J'ai voulu aussi souligner que ce que nous avons en commun avec tous les autres chrétiens est, en somme, plus riche, plus fondamental, que ce qui nous caractérise comme religieux.J'ai enfin tenté de faire apparaître ce qui, dans l'Église, non seulement justifie la vie religieuse, mais ce qui la rend nécessaire et bienfaisante.Je souhaite vivement que vous poursuiviez les réflexions que j'ai amorcées ici.Que l'Esprit nous conduise à reconnaître et à apprécier le don qui nous a été fait et renouvelle notre fidélité.1 7.Je vous indique quelques-uns des ouvrages que j'ai consultés.Une bibliographie un peu complète supposerait que l'on réfère à plusieurs dizaines d'auteurs.Je ne mentionne ici que les écrits qui ont été pour moi les plus dynamisants, les plus éclairants et les plus libérateurs : 211 Cette fidélité, fondée sur celle de Dieu, exige notre collaboration libre et responsable.Boisvert, Laurent, O.F.M., La pauvreté religieuse, Paris, Cerf, 1981 ; Boisvert, Laurent, O.F.M., L'obéissance religieuse, Paris, Cerf, 1985; Calvez, Jean-Yves, S.J., Foi et justice.La dimension sociale de l'évangélisation, Paris-Montréal, DDB-Bellarmin, 1985; de Carvalho Azevedo, Marcello, S.J., Les Religieux.Vocation et Mission.Une perspective actuelle et exigeante, Paris, le Centurion, 1985; Lozana, John M., C.M.F., Discipleship : Towards an Understanding of Religious Life, Chicago, Claret Center for Resources in Spirituality, 1983; Matura, Thaddée, O.F.M., Suivre Jésus.Des conseils évangéliques au radicalisme évangélique, Paris, Cerf, 1983; Schneiders, Sandra M., I.H.M., New Wineskins.Re-imagining Religious Life Today, New York/Mahwah, Pau list Press, 1986.212 Horizon 2000 Vision et mission de la vie religieuse * Monique Thériault, s.n.j.m.** Oser accepter de parler d'« un avenir à bâtir » pour la vie religieuse d'ici, en ces temps de transition difficiles pour la plupart de nos Congrégations, constitue en soi un défi considérable.Défi rendu d'autant plus difficile qu'en parcourant l'abondante littérature produite depuis presque trente ans, je pourrais facilement en conclure que tout a été dit ou écrit sur le renouveau de la vie religieuse.J'ose quand même, tout en étant consciente du risque énorme que je prends.J'accepte de mettre ma pierre dans l'édifice qui se construit laborieusement, comptant sur votre collaboration pour réagir, nuancer ou même contester mes propos car, en réalité, je porte plus de questions que de réponses.Ce que je veux vous apporter, ce n'est donc pas une réflexion purement théologique ou sociologique, même si je toucherai inévitablement à ces deux aspects.Je viens à vous comme une praticienne de la vie religieuse depuis un certain nombre d'années.Ce que je veux partager, c'est le résultat de mes observations et de mon expérience, le résultat de mes lectures de nombreux écrits sur la vie religieuse par des auteurs de différents horizons ainsi que mes questions, mes convictions et mon espérance.Après avoir situé le contexte culturel dans lequel évolue la vie religieuse canadienne, je parlerai de deux défis majeurs qui, selon moi, lui sont posés : celui de s'incarner vraiment dans cette culture et celui d'être créatrice, tout cela avec liberté et discernement.* Cet article paraîtra dans Donum Dei, n.33.* 8789 rue Berri, Montréal, Qc.H2M 1P5.213 I.La culture, terreau de la vie religieuse Comme le rappelait Jean-Paul II à l'Université Laval, lors de sa visite au Canada: «Votre culture est non seulement le reflet de ce que vous êtes, mais le creuset de ce que vous deviendrez.Vous développerez donc votre culture de façon vivante et dynamique, dans l'espérance, sans peur des questions difficiles ou des défis nouveaux, sans pourtant vous laisser abuser par l'éclat de la nouveauté et sans laisser s'installer un vide, une discontinuité entre le passé et l'avenir; autrement dit, avec discernement et prudence.» J'aimerais placer mes propos dans le contexte de ces paroles adressées au peuple canadien en 1984, dans le prolongement aussi de la dernière Assemblée générale de 1986 où sister Cathleen Flynn, c.s.j.démontrait la nécessité de mieux cerner notre identité canadienne pour y faire la théologie de la vie religieuse et où le P.Hervé Carrier, s.j.donnait des pistes d'une réévangélisation de notre culture.La culture La culture, selon Fernand Dumont, c'est tout ce qui rend l'univers significatif.Il n'est donc pas possible de parler culture sans référer au domaine des valeurs, à ce qui donne un sens à la vie, ce à travers quoi nous percevons la réalité et lui donnons une signification particulière.En ce sens et à cause de l'adoption de certaines valeurs par certains groupes donnés, nous parlons aussi aujourd'hui de sous-cultures, fragmentations d'un monde dont la base est déficiente.Ainsi nous entendons de plus en plus parler d'une culture des jeunes, des yuppies, des aînés.« Contrairement au passé, la jeunesse actuelle forme un groupe ayant ses désirs, ses critiques, ses fantaisies, ses préoccupations, ses idées, ses projets et ses valeurs.»1 Et que dire de la contre-culture, apparue dans les années '60, qui se caractérise par une critique sociale radicale du mode de vie 214 typique de la société industrielle avancée?Les valeurs qu'elle promeut sont le respect des personnes, la co-responsabilité, la coopération; elle rejette la consommation, l'hyper-urbanisation et toute forme d'autorité; elle valorise l'égalitarisme.Aujourd'hui, est-il besoin de le rappeler, la terre est devenue un grand village.Nous sommes au centre d'une révolution sociale et culturelle qui touche le monde entier, nous sommes en marche vers une nouvelle cosmologie ; une nouvelle civilisation se forme autour de nous, avec ou sans nous, un nouvel ordre mondial est en train de naître.Les observateurs sérieux s'entendent pour affirmer que nous sommes à un tournant de civilisation comme l'ont été les peuples de la fin de l'Antiquité et du Moyen-Âge, ceux que nous trouvions dans nos livres d'histoire.Mais la grande différence, c'est que nous sommes les acteurs en ces temps de changement.Ce tournant de civilisation, nous le sentons dans notre culture : les principes qui prévalaient autrefois et qui ont bâti notre passé ne sont plus acceptés et mis en pratique par la majorité, la cohésion se détériore et disparaît.Nous le sentons aussi dans nos vies quotidiennes : la révolution est au-dedans des personnes qui ré-organisent leurs priorités, leurs valeurs, qui ré-évaluent le sens donné à leur vie.En même temps, la société se ré-organise, elle recherche un nouvel ordre social, culturel, politique, économique.Et sous toutes les latitudes, les humains recherchent des croyances religieuses sous toutes sortes de formes.Selon le sociologue Drucker, nous sommes actuellement dans un âge de turbulence, du «jamais vu », un âge global, universel.La révolution est à la fois intérieure et extérieure à soi.Ce bouleversement pose de graves questions dont nous devons avoir conscience : entre autres, le contrôle universel exercé par le premier monde sur l'image de l'être humain et social.Le Pape Jean-Paul II fait, dans sa dernière encyclique, une analyse de la situation mondiale qui nous interpelle.Cette situation mondiale a une influence considérable sur notre vécu actuel, y compris celui de la vie religieuse.215 Courants culturels au Canada Je n'essayerai pas de décrire « la » culture canadienne, « une » culture canadienne car notre réalité comme Canadiennes, Canadiens, se distingue par une diversité culturelle qu'on ne rencontre peut-être en nul autre pays, diversité qui est certes source de richesse mais aussi cause de conflits.J'aimerais simplement relever certains courants, certaines mentalités, certains comportements qui fontque la culturequi est la nôtre change, culture que nous partageons avec le continent nord-américain et même avec le monde puisqu'on parle couramment de mondialisation de la culture.Il y a un genre d'éclatement de la culture.Pour le faire, je m'inspirerai largement d'un rapport récent rédigé à la suite de tables-rondes réunissant des personnes des quatre coins du pays et présenté à la Commission épiscopale de théologie de la CECC, rapport intitulé: Idéologies et mentalités au Canada.2 Mettant de côté pour le moment les traits qui accentuent nos différences, je m'attarderai plutôt aux caractéristiques les plus marquantes de notre réalité comme peuple canadien et comment nous, religieux et religieuses d'ici, nous nous situons par rapport à cette culture.Il semble que l'idéologie socio-politique dominante, aussi bien au Canada que dans le monde occidental, soit le «darwinisme social»: c est-à-dire la lutte pour la vie, la survie du plus fûté, du plus habile, du plus débrouillard.Dans une telle société, seuls ceux et celles qui sont assez forts personnellement et collectivement peuvent mener une vie convenable, avec comme conséquence un appauvrissement constant et généralisé des plus vulnérables, et parmi eux les femmes, surtout celles qui sont seules avec charge de famille, les personnes âgées nombreuses et défavorisées et les jeunes qui se retrouvent sans travail dans une société sans projet collectif.216 Dans un tel contexte, les riches deviennent plus riches, les pauvres plus pauvres avec le sentiment pour ces derniers d'être écrasés par le système et de n'avoir aucune prise sur les règles du jeu qui favorisent constamment les puissants.D'où un fatalisme inévitable : les choses sont ainsi, à quoi bon essayer de les changer ?Un autre effet du « darwinisme social » est la volonté de domination de la nature par l'être humain, d'où les problèmes de la pollution et de l'utilisation désordonnée des ressources.L'engouement pour les droits individuels est devenu également l'une des caractéristiques de notre société.En autant qu'elle incarne un souci plus grand de la dignité de chaque personne, cette insistance sur les droits individuels est des plus prometteuses.Cependant, un accent exagéré sur les droits individuels conduit à l'individualisme qui, de fait, marque profondément notre société.Aujourd'hui, il semble que les droits aient remplacé les valeurs et ces droits sont avant tout individuels.Fernand Dumont parle du déclin des grands projets collectifs, d'un émiettement de la société.On parle du «Déclin de l'empire américain».Du point de vue religieux, ce qui ressort de cet individualisme, c'est une privatisation de la foi.Les autorités et les institutions, y compris l'Église et nos Congrégations, sont mises en question, parfois de façon radicale.Une autre forme d'individualisme pourrait être dénommée « psychologisme » qui met de côté des valeurs et des normes objectives fondées sur une nature humaine plus large et plus universelle que la sienne.Révolution sexuelle, une certaine conception de son épanouissement personnel, prolifération de philosophies, techniques et moyens de toutes sortes destinés à assurer le plaisir, le bien-être corporel, la santé et l'équilibre psychique ; de même qu'une littérature abondante sur le plaisir et le bonheur en sont des signes frappants, toute la publicité canadienne en est imprégnée.Toutes sortes de raisons : incapacité d'améliorer les conditions sociales, incertitude devant l'avenir, volonté d'autonomie absolue engendrent aussi le repliement sur soi, un culte exagéré de sa propre personne.217 «Ce sont les faits qui sont maintenant définiteurs du destin humain et du sens du monde, plutôt que les valeurs et les croyances », et la mentalité technologique, dont l'impact est renforcé par les médias, nous influence pour tout vérifier et mesurer.On assiste même au passage d'une technologie qui a remplacé le travail physique à une technologie qui tente de remplacer les cerveaux par les machines, une technologie qui, en biologie par exemple, tente de contrôler la vie elle-même à la source.La technologie recule sans cesse les limites des possibilités humaines, parfois au détriment de l'humain.Enfin la course à la consommation marque profondément notre civilisation canadienne.Au pire, elle forme une mentalité matérialiste centrée sur un univers d'objets où se perdent le sens du spirituel et l'aptitude à la communion avec les êtres humains, de même qu'elle épuise certaines ressources terrestres qui, de leur nature, ne sont pas renouvelables.Si chacun de ces points affecte la pensée et la vie de la femme et de l'homme d'aujourd'hui, comment évaluer leur impact cumulatif ?Il ne peut être que considérable.Comment la personne de notre fin de XXe siècle va-t-elle sauver son humanité?Pour nous, chrétien-ne-s, cette culture permet-elle aussi de vivre des valeurs traditionnellement reconnues comme chrétiennes ?Aussi surprenant que cela puisse paraître, la réponse est « oui ».Le sondage réalisé avant l'Assemblée de '86, en souligne quelques-unes : la dignité de chaque personne humaine, l'égalité de l'homme et de la femme, le sens de la justice et du partage des biens, le souci de dépasser le fonctionnel dans les relations humaines, l'ouverture à l'interdépendance entre les peuples de la terre, la promotion de la participation de toutes et tous à la vie de groupe, la faim du spirituel qui se manifeste sous de multiples formes, autant d'accents caractéristiques de la culture actuelle.»3 Cette perception de la réalité est-elle idéaliste?Si elle ne l'est pas, nous avons alors des alliés dans la place dans un type de culture du «pick and choose» où le meilleur cohabite avec le pire.218 II.Culture et vie religieuse Je suis consciente d'avoir brossé, à trop grands traits, le portrait de ce que je pense être une partie de notre réalité.Je vous laisse le soin de compléter et de nuancer, de raffiner le portrait.Comment nous situons-nous dans ce monde tel qu'il est, face à la culture telle que je viens de la situer?Cette culture nous influence-t-elle?Du sondage préparatoire à l'Assemblée de 86 auquel avaient répondu 3000 religieuses et religieux des quatre coins du pays, je retiens deux extraits où il est question de courants culturels.4 a) «Les réponses reçues tendent à dire que les engagements apostoliques et l'expérience de vie en communauté locale sont généralement appréciés positivement, tandis que les courants culturels apparaissent d'abord comme une menace à une certaine qualité de vie.» (p.3) b) « La collaboration avec les laïcs, l'action bénévole, l'interpellation des gens du milieu et surtout des pauvres, l'attention aux événements politiques et sociaux avec un regard averti qui discerne les enjeux, la lecture quotidienne de son expérience de vie : tout cela est mentionné à l'occasion mais on ne peut pas parler d'accent.» (P- 7) Il me semble que comme religieux d'ici, nous aurons de la difficulté à passer la rampe de l'avenir si certains changements radicaux et profonds ne se produisent pas, à la fois dans la vie interne de nos Instituts et surtout dans notre relation au monde.«Les communautés d'ici sont-elles vraiment incarnées dans leur milieu sans être absorbées par les mentalités à la mode?Vivent-elles en interdépendance et en solidarité avec les autres groupes de la société et de l'Église?» La vie religieuse en question Ces dernières années, la culture a influencé notre vie religieuse sans être trop contestée par elle.Qui de nous peut nier voir, dans 219 nos communautés, un tant soit peu de darwinisme social, d'individualisme, de psychologisme, de privatisation de la foi, de vie selon la mentalité technologique et surtout une entrée de plain-pied dans la société de consommation ?Le Concile et les bouleversements culturels mentionnés plus haut ont conduit à des remises en question substantielles à l'intérieur même de nos Congrégations.Ces questionnements sont venus de certaines conceptions nouvelles de ce qui fait la réalité et même l'essence de la vie religieuse.5 Parmi elles, il y a une autre conception de l'Église qui a cours, une Église « servante et pauvre », présente au monde sans y exercer de puissance, signe de l'égalité entre des humains différents plutôt que hiérarchie pyramidale.Dans ce contexte de promotion de l'engagement de tous et de toutes, la distinction entre les préceptes et les conseils évangéliques apparaît à certains de plus en plus mince, sinon inexistante.Comme le dit J.-B.Metz, «la suite du Christ est pour tous les chrétiens.» 6 Pourcequi est des vœux, une autre approche de la sexualité, de la pauvreté et de l'obéissance a conduit à un vécu différent de celui du passé.La chasteté n'est plus vue comme simple « pureté angélique » ou comme état supérieur à l'état du mariage; les religieux ont à témoigner de l'amour.La pauvreté, pour sa part, a toujours fait problème dans l'histoire des religieux.Comment concilier le détachement individuel et la «richesse» de l'ensemble, cette dernière étant proportionnelle au plus grand détachement des individus?Comment expliquer que le renoncement personnel aux biens ou à leur usage indépendant soit pour les religieux la forme la plus assurée de « sécurité » et de pouvoir aux yeux des « vrais » pauvres ?Dans une Église qui renonce réellement à la puissance, toute autorité paraît devoir s'exercer sous la forme du service, et à toute décision, tous, y compris les plus faibles, devraient être invités à faire la vérité (Jn 3,21 ; 8, 32), car sans cette vérité, il ne peut y avoir de liberté pour les petits et les pauvres.Et donc, la vie religieuse devrait être dans notre monde un espace et un temps de liberté où 220 personne ne se fait appeler père, mère ou maître (Mt 23, 8-11) parce que tous participent à la construction de la communauté.D'où une autre conception de Y obéissance.Dans notre société d'organisations multiples, où la personne se définit avant tout par ce qu'elle fait, plusieurs religieux veulent témoigner d'un style de vie où chacune, chacun puisse, dans une communauté vraie, être reconnu-e comme unique et non interchangeable.Dans une société où tout change si vite, il semble qu'une vertu d'importance soit l'adaptabilité, la flexibilité.Les appels du monde, les besoins et les aspirations des personnes changent tellement qu'un engagement trop rigide risque de nuire plutôt que d'aider la personne qui veut être présente à ce monde.Une disponibilité continuelle semble donc plus importante qu'une fidélité trop littérale, susceptible de tuer l'Esprit (2 Co 3, 6).Situation qui, à mon avis, est une cause de la crise des vocations, parce qu'elle rend difficiles des engagements à long terme.Pour nous qui savons ce qu'ont été les Congrégations religieuses entre 1900 et 1960, tout ce qui précède constitue un bouleversement inimaginable, qu'on le qualifie positivement ou négativement.Vécu transformé Pour les Congrégations qui ont tenté de s'engager dans le renouveau, des efforts importants ont été déployés pour renouveler la vie consacrée elle-même car, selon Evangelii nuntiandr.«Le moyen privilégié d'évangélisation efficace pour les religieux, c est leur vie consacrée elle-même» (n° 69.1).Mais très peu a été fait pour avoir une position critique et même contestataire vis-à-vis de la société avec les valeurs qu'elle véhicule.Pour un certain nombre, il y a eu redécouverte du sens des vœux pour aujourd'hui et cette mise à jour dans une société en pleine mutation est un signe d'espérance pour l'avenir.La chasteté 221 est maintenant vécue plus en fonction de relations interpersonnelles et de la mission que centrée sur l'intériorité et la relation presque exclusive à Jésus; la pauvreté, sans cesser d'être dépendance et détachement est devenue engagement pour la justice, solidarité avec les appauvris et contestation des structures injustes; l'obéissance, de soumission aveugle, est devenue plutôt recherche de la volonté de Dieu dans une participation active, solidarité avec les opprimés et revendication de liberté pour toute personne.Un défi actuel, pour le vécu des vœux, c'est l'intégration de différentes dimensions : individuelle et collective, mystique et politique.À ce sujet, J.-B.Metz dit fort justement: «La suite du Christ comporte une double structure totale.Elle a une composante mystique et une composante située qui est practico-politique.Dans leur radicalité, ces deux aspects ne se développent pas en opposition, mais en proportion semblable.Si on ne tient pas compte de cette double structure, on arrive à la perception de la suite du Christ scindée en deux: pure intériorité ou concept humaniste et politique.» 6 Pour ce qui est de l'aspect collectif par exemple, quelle radicalité au plan social se dégage-t-elle (d'une façon qui soit un choc salutaire pour la masse des chrétiens) de notre renoncement collectif à la propriété, au mariage et à la libre disposition de nous-mêmes?Toute la radicalité — si tant est qu'elle existe — demeure-t-elle finalement le fait des individus, perdant ainsi sa dimension de caractéristique de l'Institut et de ferment de renouveau pour l'Église ?» (6, p.18).Et J.-B.Metz de poser la question aux Supérieurs: «Comment traitez-vous vos radicaux?» J'ajoute : «Cette radicalité n est-elle pas contre-culturelle et essentielle à toute vie religieuse ?» Les Congrégations ont aussi connu, ces dernières années, un regain d'intériorité et cela est très positif.Le défi d'intégration actuel, c'est celui d'une intériorité reliée aux autres, une contemplation de Dieu dans le monde et du monde en Dieu.Comme le disait le P.Arrupe, déjà en 1977 : « Pour résoudre en profondeur les problèmes posés par la vie religieuse totalement plongée dans les conditions nouvelles de la civilisation, il faut libérer son potentiel contemplatif 222 qui est à l'origine de toute forme de vie religieuse.» Et encore: «Il s'agit de découvrir la relation profonde entre l'expérience de Dieu et la vie religieuse incarnée dans le monde actuel et vécue pour lui, sans pourtant être de ce monde.Confesser Jésus-Christ avec joie et liberté.C'est là sans doute le service le plus précieux que le religieux puisse rendre au monde de l'ère postcapitaliste et postmarxiste.»7 Dans un monde où le vivre collectif, familial ou autre, est en butte à des difficultés innombrables, où les nombreux échecs de la vie familiale et conjugale invitent à ne s'engager que pour l'immédiat, où les droits individuels l'emportent sur le bien-être commun, la vie communautaire des religieux peut-elle avoir un sens?Oui, si elle trouve un modèle de vivre-ensemble qui soit à la fois communion et respect de l'autonomie en même temps qu'un appel à la collaboration et à l'interdépendance.À un niveau plus large et qui concerne plus spécialement les leaders, les communautés religieuses pourraient devenir inspiration pour l'Église et pour le monde en faisant la preuve qu'il est possible de vivre d'autres types d'institutions que ceux que nous connaissons.Il y a eu, à la suite du Concile, des essais pour bâtir des groupes où le partage, la coopération, le respect des personnes et la collégialité sont valorisés ; nous ne sommes pas allés assez loin dans cette voie.Quand des problèmes se présentent, c'est le modèle hiérarchique et autoritaire qui refait surface; ce qui, à mon avis, est un retour en arrière et non croissance vers la plénitude.Où se situe la vie religieuse dans la culture?J'émets une hypothèse : « la vie religieuse des dernières années a cherché à se sentir bien dans la culture environnante plutôt que de la contester ».Paul-André Turcotte c.s.v.qui a réfléchi sur l'évolution de la vie religieuse des dernières années et qui a écrit : « Les chemins de la différence » croit que « le monde des religieux, grandement désintégré, s'est reconstruit en sous-mondes différenciés».8 En ce sens, la vie religieuse ressemblerait plus à une sous-culture qu'à la contre-culture.Et pourtant, la vie religieuse a une façon contre-culturelle de vivre l'amour, l'argent et le pouvoir., elle a à interroger les 223 systèmes qui font passer l'avoir avant l'être, elle a à rappeler l'existence de ceux qu'on oublie parce qu'ils ne sont pas productifs selon les barèmes d'une société axée sur le profit, elle a à être une « mémoire dangereuse ».Dans ce contexte, je retiensdeuxdéfis majeursqui sontposésà la vie religieuse aujourd'hui: un défi d'incarnation, qui ne tourne pas à l'assimilation et un défi de créativité, qui ne tourne pas à la dispersion et à l'émiettement.«Considérés du point de vue du rôle qu'ils remplissent, les Ordres religieux sont des modèles féconds pour l'insertion de l'Église dans de nouvelles situations socioculturelles.Ils sont en même temps, pour l'Église, dans son ensemble, des correctifs, une sorte de thérapeutique de choc du Saint-Esprit.» 6 Vous aurez reconnu J.-B.Metz.III.Défi d'incarnation dans le monde Parler de la mission de la vie religieuse, c'est parler d'incarnation.Mission revisitée Pour Michel Gourgues, o.p., le rôle et le témoignage de la vie religieuse se situent au point de jonction des deux missions présentées dans le Nouveau Testament: «celle que Dieu a réalisée dans le Christ à la plénitude des temps et celle qui est confiée aux humains par le dynamisme de l'Esprit.»9 De telle sorte qu'on pourrait parler d'une fonction mémoire : en Jésus-Christ, quelque chose de décisif a déjà été fait et bien fait; et une fonction d'anticipation: l'être-ensemble préfigure le rassemblement de toute l'humanité dans le Christ.Vont tout à fait dans le même sens J.-C.Guy, s.j., qui a beaucoup écrit sur l'avenir de la vie religieuse : «.notre mission est d'être, sans doute sous des formes très diversifiées, signe d'espérance pour le monde»10, et J.-B.Metz: «une vie remplie d'espérance aiguillonnée par l'eschatologie.»6 224 Je parle évidemment ici de la mission de la vie religieuse et je pense que c'est ce qui est à préserver avant tout, au-delà de nos oeuvres et de nos Congrégations individuelles dont un certain nombre sont appelées à disparaître, la mission de la vie religieuse qui transcende le temps et l'espace, qui sera encore là quand nous ne serons plus là.Comme religieuse et religieux d'aujourd'hui, nous écrivons une page unique dans la longue histoire de la vie religieuse, page que nous avons à écrire nous-mêmes et pour laquelle nous n'avons pas de modèle.C'est notre responsabilité d'engendrer la vie religieuse du XXIe siècle.De son côté, André Myre, s.j.définit ainsi le don de la vie religieuse qui est, selon lui, « d'œuvrer prioritairement là où sont les pauvres de Dieu.Nous ne sommes pas appelés à savourer le confort de la tradition, mais à faire face à l'inédit d'une histoire en perpétuel changement.Nous ne sommes pas appelés à consolider l'acquis, mais à ré-inventer la mission.Nous sommes là pour aider l'Église à prendre conscience de sa tâche.C'est là notre raison d'être.»11 Mission incarnée dans le monde Pourquoi l'image que nous nous faisons de notre mission est-elle si importante ?C'est qu'elle guide nos choix apostoliques concrets.«La vie religieuse apostolique n'a d'avenir que dans la mesure où elle se tisse dans la communion aux drames et aux sursauts d'invention des Églises locales.» Voilà ce que dit J.-M.Tillard o.p.dans Vingt ans de grâce ou de disgrâce?Jusqu'à tout récemment, toute vie religieuse, même apostolique, était, surtout pour les femmes, de style monastique et caractérisée par la fuite du monde.Le défi actuel, avant tout pour les communautés plus intégralement apostoliques dont nous sommes pour la plupart, c'est de trouver un style de présence au monde et même dans le monde qui soit signifiant pour notre monde ; c est ce que j appelle le défi de l'incarnation.225 Nous avons toutes et tous été marqués par une théologie spirituelle qui met l'accent sur la prière et le culte et qui, peut-être sans le vouloir, présente Jésus incarné il y a deux mille ans, vivant avant tout maintenant dans l'Eucharistie.Au récent Congrès eucharistique de Lourdes, Évêques et théologiens de renom s'unirent pour tenter de formuler une théologie de l'Eucharistie pour notre époque.Le résultat de leur réflexion, ce fut la découverte du besoin d'une théologie d'incarnation.12 L'Eucharistie doit nous mener à cet autre corps du Christ; elle doit nous amener à nous sentir engagés à le rendre présent.Elle doit nous conduire dans les maisons isolées, sur les grands chemins et dans les rues, au cœur de la misère et du mal de ce monde et à transformer ce que nous y voyons de contraire à l'Évangile, rendant vivant l'enseignement vivant de Jésus par nos attitudes et nos gestes de tous les jours.Unethéologied'incarnation réaffirme l'importance de l'intimité avec Dieu dans la prière et met le rite à la place centrale dans la vie de l'Église, mais elle va plus loin.La théologie de l'incarnation met les chrétiens d'aujourd'hui, et les religieux en particulier, devant un défi : comment notre présence dans le monde, présence individuelle et collective, comment nos relations avec les autres, reflètent-elles, disent-elles la présence aimante du Christ, surtout à celles et ceux qui, aujourd'hui, sont les plus mal-pris?Vivre I Incarnation à la manière de Jésus exige une conversion difficile, tout comme le mystère eucharistique était, pour les disciples de Jésus une « parole difficile » quand II la prononça pour la première fois et que « beaucoup s'écartèrent de lui ».Le test d authenticité, la mesure de crédibilité de cette conversion, qui est d'ordre théologique, paraît autant dans notre manière de vivre que dans notre réflexion et notre approche biblique.C'est une conversion difficile parce qu elle bouleverse nos idées et nos manières de faire.Et comme le disait Einstein : « Il est plus facile de séparer I atome que de changer les mentalités.» Pour tant de personnes qui viennent d'un autre horizon, ce discours de la préférence à donner à 226 ceux et celles que Jésus a préférés, c'est-à-dire aux pauvres, car l'Incarnation va jusque-là et surtout là, ce discours, disais-je, est difficile à comprendre et à accepter.Cela devient, même dans nos Congrégations, rancoeur et source de conflits pour ne pas dire de divisions, quand ce n'est pas tout simplement attitude de résistance, passive ou active.Pourtant, Vatican II nous avait lancés, comme chrétiennes et chrétiens, sur cette piste féconde il y a déjà plus de vingt-cinq ans, ce Concile qui avait la tâche énorme, selon un auteur: «de sortir l'Église du ghetto de la société chrétienne en position de défense en face de la culture moderne.» 13 « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des humains de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur.La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire» affirme clairement L'Église dans le monde de ce temps.(69.1 ) La même affirmation se retrouve sous la plume de Jean-Paul II dans son Encyclique récente.Il nous rappelle que la solidarité est la force chrétienne la plus requise par notre temps.Travailler à la justice fait partie intégrante de la prédication de l'Évangile avait affirmé Paul VI dans Populorumprogressio et de nouveau proclamé le Synode des Évêques en 1971.Mission incarnée dans la culture nord-américaine Vous l'avez sans doute deviné : à mon avis, la mission de la vie religieuse ne peut s'incarner dans la culture nord-américaine sans assimilation à cette culture, et y avoir un avenir sans professer et vivre des alliances claires et un discernement constant.227 Cette culture nous interpelle, et à la longue s'établira la démarcation, pour les Congrégations, entre celles qui s'éteindront et celles qui revivront et s'épanouiront de nouveau.Actuellement et depuis un certain nombre d'années, la vie religieuse est mise à l'épreuve.Je dégage, avec Cassian Yuhaus c.s.p.sept tests d'avenir.Premier test, celui de la contemporanéité.La vie religieuse est dans le cadre de la société contemporaine, les progrès de l'humanité sont aussi création de Dieu aujourd'hui, une vraie communauté humaine est à bâtir.«Comprenous-nous la société?Parlons-nous le langage de la société ?Ce que nous disons en paroles et en actes est-il intelligible pour le monde?.Jusqu'où notre vie religieuse est-elle signifiante pour celles et ceux qui nous regardent ?Notre vie religieuse est-elle incarnée?Sommes-nous là pour les autres ou pour nous-mêmes?» Deuxième test, celui de Y engagement et de la souffrance.Le mal est une réalité dans la société, nous sommes solidaires de la souffrance humaine.«Que veut dire le renoncement dans la vie religieuse ?Sommes-nous compromis dans le drame de la souffrance humaine ?Nous contentons-nous d'être des spectateurs, des spectatrices?À quoi sont consacrées la plupart de nos énergies?» Troisième test, celui de la tension.Nous avonsquitté le monde, nous en sommes détachés et en même temps nous y sommes profondément engagés, d'où le problème de quitter Dieu pour être présent, présente dans le monde.« Comment vivons-nous la tension entre: l'engagement dans la communauté et dans le monde; le désir de la justice et la lenteur des réalisations; le célibat et la liberté sexuelle ambiante ; l'autonomie personnelle et l'obéissance ; l'accès aux biens de consommation et la pauvreté?» Quatrième test, celui du témoignage vrai.La réalité de la vie passée n'est pas la même que celle de la société moderne; le religieux est signe de contradiction, il est à l'écoute des exigences du social, des requêtes pour un engagement, même politique.228 « Sommes-nous témoins de ce que nous disons ?Notre style de vie et notre agir sont-ils en accord avec les valeurs évangéliques ?» Un défi posé à la vie religieuse en est un, il me semble, de proximité du peuple.Les religieux, en général, ont de la difficulté à vivre une vie bien insérée dans un tissu humain qui déborde les murs de leurs maisons, par exemple le quartier ou la rue.Nous nous plaisons à répéter que notre vie est prophétique, mais comment les gens peuvent-ils être influencés par notre genre de vie, si bon soit-il, s'ils ne peuvent pas pousser la porte de nos résidences, venir partager la vie qui s'y mène, vivre un tant soit peu avec nous et nous avec eux?Et comment, de notre côté, être perméables à leur vécu s'il y a des barrières ?Cinquième test, celui des connivences et de l'intérêt.Notre style de vie, notre utilisation des aménagements, nos attraits nous trahissent.«Sommes-nous solidaires des gens qui nous entourent?Où sont nos alliances les plus profondes?Avec la classe moyenne ou avec les pauvres, les nouveaux pauvres et ceux de toujours?» Sixième test, celui de l'amour et de l'amitié.Nous avons à vivre des relations interpersonnelles authentiques, nous avons des amies, des amis.« Comment vivre le célibat ?Comment vivre une certaine intimité avec les personnes?Comment vivre les relations hétérosexuelles?» Septième test, celui de la croissance humaine et spirituelle.Toute personne se doit de développer pleinement son potentiel humain et spirituel ; la Congrégation se doit aussi de favoriser cette croissance.La personne a à être pleinement humaine en même temps que pleinement spirituelle.«Quels sont nos principes de formation?Évaluons-nous les tâches apostoliques?Que faisons-nous pour la formation continue?La formation est-elle avant tout individuelle ou favorisons-nous l'être communautaire et conscientisé ?»14 Voilà les nombreux tests que la culture actuelle nous sert et qui sont de nature à stimuler notre créativité évangélique.229 IV.Défi de créativité évangélique Parler de créativité, c'est parler de vision.De quoi s'agit-il ?Est-ce un regard plus ou moins pénétrant dans l'avenir pour y lire exactement, comme dans un télescope, les détails de ce qu'il sera ?Cette façon de penser est paralysante et peut être une bonne manière de se dispenser de passer à l'action.Non; la vision, c’est plutôt une perspective qui sort de la contemplation de la réalité du présent.Pour nous, il s'agit d'apprendre à saisir le présent en regard des temps à venir selon Dieu.La promesse de «deux nouveaux et d'une terre nouvelle», c'est cela l'avenir selon Dieu, c'est cet avenir selon Dieu qui motive à transformer le présent.Selon Regis Duffy o.f.m., il y a une façon de ne pas entendre ce que Dieu a à nous dire sur les temps à venir et comment cela peut transformer le présent.Il identifie même cette attitude au péché biblique.15 Sommes-nous conscients, conscientes, croyons-nous que l'avenir est tout entier dans le présent?C'est le futur aujourd'hui.Et c'est une responsabilité des leaders que d'être des femmes et des hommes de vision.Comme le disait si bien Ron Carignan o.m.i.: «The leader should brood over the vision ».« Le leadership ne doit pas chercher le pouvoir pour rendre l'avenir supportable mais la vision qui rendra l'avenir possible.»16 Nous créons nous-mêmes notre avenir, à certains égards nous l'avons déjà créé, par les choix clairs que nous faisons, les priorités que nous nous donnons, consciemment ou non, aujourd'hui même.La créativité difficile « Examiner la réalité, la juger à la lumière de la foi pour y insérer notre action, sont des étapes nécessaires pour une authentique créativité évangélique.Sans une analyse des faits de vie, à partir de la perspective évangélique, la vie religieuse ne pourra actualiser son service charismatique et prophétique dans l'Église.»17 230 Quand nous serons bien incarnés, la créativité ira de soi car le dynamisme des personnes et des groupes agira en synergie avec notre propre feu intérieur.Un organisme vivant se recrée sans cesse et pourtant il y a beaucoup d'obstacles à la créativité qui se nomment peurs, résistances, incapacités, rigidités et la vie religieuse n'en est pas exempte.Dans la vie religieuse, il peut y avoir des obstacles à la créativité, comme par exemple : une méconnaissance de la réalité dans laquelle on vit et dans laquelle vivent les autres avec la possibilité d'être en marge de la réalité ; une sacralisation des structures qu'on ne peut changer et qui pourtant ne sont plus utiles à la vie ; la recherche de sécurité dans quelque chose de sûr, de définitif et un manque de discernement évangélique.L'énumération des obstacles à la créativité en indique déjà les conditions : un contact, le plus étroit possible, avec la réalité et une miseà jourpar uneformation permanente inspirée de l'andragogie; le discernement entre l'essentiel et les conditionnements culturels, ce qui donne beaucoup de souplesse; l'acceptation du risque de la foi et des chemins de Dieu, puisque nous sommes en situation d'exode ; un continuel état de discernement évangélique ; un accroissement de la disponibilité que donne la conversion.17 « Il ne faut pas préjuger de l'avenir, c'est-à-dire vouloir établir, dès maintenant, une sorte de modèle qui servirait de critère pour les formes futures de la vie religieuse.La plupart du temps, on veut bien accepter de modifier la situation actuelle, mais à condition de savoir à l'avance ''ce qu'on mettra à la place ".Il faudrait en quelque sorte construire une maison nouvelle et ne déménager que lorsque tous les travaux seraient achevés, les pelouses tondues et les parquets cirés.(,.)un projethumain ne peut se préciserqu'aufuretà mesure de sa réalisation.C'est une démarche idéaliste que de vouloir décider de tout dès le commencement d'une entreprise.Il faut accepter de courir des risques, de tâtonner pendant longtemps et de perdre bien des sécurités.(.) Aussi faut-il consentir à rompre le cercle vicieux, et le seul moyen de le faire est de se déprendre suffisamment du passé pour être capable d'inventer l'avenir.»18 Voilà un appel sans équivoque à la créativité.231 Créativité et charisme Toutes les Congrégations avaient été invitées par le Concile à définir leur charisme particulier en retournant à l'histoire de leurs origines, en essayant de cerner le don fait à l'Église de par leur existence même.Toutes les Congrégations ont réalisé cette démarche avec diligence, enthousiasme et amour.Nous nous rendons compte maintenant qu'il était relativement facile de qualifier après 100, 200 ou 300 ans le charisme du Fondateur ou de la Fondatrice, de distinguer celui-ci du charisme de la Congrégation dans l'Église.Trouver comment incarner le charisme de la Congrégation aujourd'hui, dans une réalité qui ne ressemble en rien à celle du temps de la fondation, c'est tout un défi.Il existe, sans doute dans toutes les Congrégations, différentes perceptions quant au vécu existentiel du charisme, l'une qui se réfère plutôt au passé pour le garder intégralement et le reproduire presque servilement et l'autre qui veut créer du nouveau en se basant sur l'ancien.Presque tous les observateurs de la vie religieuse depuis Vatican II ont parlé de son avenir.19 Raymond Hostie, qui a réalisé l'étude la plus exhaustive sur le sujet, est formel: «Seule l'apparition d'un nouveau noyau de fermentation, qui reprend en sous-main letravail des fondateurs, garantit un redémarrage.»20 Et il semble que ce soit la voie la plus difficile.Déjà au XIIe siècle, Pierre le Vénérable écrivait au Pape Innocent II : « Dans la vie religieuse, il est plus facile de fonder que de restaurer, de faire du nouveau que de réparer ce qui existe depuis longtemps.» Actuellement, toutes les communautés du premier monde sont, après une période de crise, au point des choix décisifs.Trois situations sont possibles, selon Cassian Yuhaus c.s.p.et d'autres comme Fitz et Cada : A.De nouveaux débuts pour des Congrégations qui se diviseront pour mieux renaître ou dont d'anciens membres formeront de nouveaux groupes.Il y a dans ce groupe les fondations toutes nouvelles dont certaines retournent au type traditionnel et d'autres 232 où la mixité, l'œcuménisme et l'insertion dans le monde représentent une rupture radicale d'avec le passé et contiennent peut-être certains germes de la vie religieuse de l'avenir.B.Des communautés renouvelées selon Vatican II où une plus grande radicalité amènera à une revitalisation et auxquelles se joindront de nouveaux membres.C.Certains Instituts fermeront leurs portes.Ils repartiront peut-être avec un petit groupe, d'autres membres se joignant à d'autres groupes.Dans ces dernières Communautés, il s'agira d'accepter que c’est la fin et assurer la meilleure qualité de vie possible.14 Aussi étrange que cela puisse paraître, il y a une façon de se rattacher au charisme qui est porteuse de mort.C'est un peu l'histoire des talents de l'Évangile.Qu'est-il arrivé à celui qui, sous prétexte de protéger son talent, l'a aussi rendu stérile ?J.-B.Metz le dit de manière plus radicale : « Ce sont précisément cette canonisation tacite et cette légitimation de l'histoire des origines qui compromettent la fidélité suivante à la fondation et à ses origines.»6 Un charisme, y compris celui de la vie religieuse, est un don pour les autres; personne n'a le droit de le cacher, de le protéger ou même de se l'approprier au point de l'empêcher de fructifier et de s'épanouir.D'où la nécessité absolue de créativité face aux charismes; créer du nouveau à partir de l'ancien, à partir d'une vision de l'avenir selon l'avenir de Dieu, qui promet des« cieux nouveaux, une terre nouvelle ».Pourquoi ne pas s'y mettre tout de suite dans notre monde en quête d'humanité?Comme le dit si justement John Carroll Futrell s.j.: « Le défi des temps présents, c'est de modeler l'avenir dans le Seigneur.Autrement, l'avenir va nous modeler, peut-être d'une façon assez contraire aux valeurs de Jésus-Christ.»21 Ce qui renforce l'idée qu'une planification créatrice n'est sûrement pas contraire aux concepts d'abandon et de disponibilité à l'Esprit.233 Tous les fondateurs, toutes les fondatrices ont été créateurs et ils l'ont été à partir de leur expérience de Dieu et du peuple.C'est la voie à suivre, c'est une conversion qui demande beaucoup d'ouverture, de disponibilité et de contemplation, mais aussi des actions, des essais et des risques possibles d'erreur.Créativité et choix apostoliques La créativité évangélique est encore plus nécessaire aujourd'hui dans le domaine apostolique.À voir certaines réalités actuelles chez les Congrégations religieuses au Canada: vieillissement des effectifs, manque de relève, écart grandissant entre les valeurs environnantes et les nôtres, indifférence religieuse, invisibilité des religieux, beaucoup d'énergies consacrées à la survie des Instituts et à l'entretien des membres, d'aucuns pourraient croire à une disparition certaine, à plus ou moins long terme, de l'apostolat des religieux.Et pourtant, cette même vie religieuse possède en elle-même une dynamique qui ne peut pas et ne doit pas mourir.Des Instituts religieux disparaîtront (on parle de 80%) comme le démontre l'histoire et comme le disait J.-M.Tillard dès 1974 : « Plusieurs Congrégations ne résisteront pas au choc de la confrontation avec le monde nouveau.»22 Selon John Futrell s.j.: le fait brut de ressources limitées va nous forcer à discerner parmi les besoins du monde actuel et parmi les manières dont Dieu nous appelle à répondre à ces besoins.Notre discernement nous conduira à nous déplacer pour atteindre les pauvres et les opprimés.Il lui semble qu'à travers leur discernement des signes des temps, plusieurs Congrégations religieuses, fondées durant les deux ou trois derniers siècles, seront ramenées, dans leurs ministères, à vouloir atteindre les pauvres économiques et les opprimés socialement.Toutes les Congrégations veulent répondre aux besoins actuels, comment nous y prenons-nous pour les trouver et faire des choix 234 qui impliquent à la fois continuité et rupture ?N'y aurait-il pas lieu de discerner ce que de plus en plus on appelle les «nouvelles pauvretés» qui font que des êtres humains ne peuvent pas vivre leur vie humaine pas plus que leur vie avec Dieu ?Nos grandes villes en sont remplies.Nous pouvons penser égalementque des modèles radicalement nouveaux de ministères résulteront du travail d'équipes formées de laïques et de clercs.Une mission collective peut vouloir dire une variété de manières de réaliser une vision large et unifiée d'une mission partagée, plutôt que des œuvres communes obligatoires.Nous devrons dessiner nos ministères comme religieux à partir de notre identité comme religieux et les équipes ministérielles vont aider à clarifier les rôles pour les personnes qui ont des identités différentes dans l'Église : laïcs, clercs ou religieux avec des charismes différents.L'avenir immédiat est un temps de créativité et de discernement.21 Quel genre de créativité apostolique est attendue des Congrégations religieuses?Dortel-Claudot dans son document: « Évangélisation et vie religieuse apostolique » exprime un pressentiment: «Les Instituts, traditionnellement au service des pauvres, se trouvent à un tournant maintenant qu'ils ont écrit de belles choses dans leurs nouvelles constitutions.Le phénomène des nouvelles pauvretés constitue le rendez-vous qu'ils ont avec l'histoire, c'est-à-dire avec Dieu.S'ils ne font rien en tant qu'institut, en tant que corps de congrégation, (.) s'ils se montrent incapables de poser des gestes audacieux comme leurs fondateurs et fondatrices, ils auront peut-être manqué leur dernier rendez-vous.»23 N'y a-t-il pas une certaine unanimité chez les observateurs de la vie religieuse aujourd'hui quant à une option à prendre pour les pauvres, sur le retour des Communautés aux pauvres?Cette insistance qui vient de différentes sources, de différents pays, n'est-elle pas des plus frappantes?Comment ne pas y voir un «signe des temps»?235 Les nouvelles pauvretés sont lieu du rendez-vous avec Dieu et la chance, pour les Congrégations d'être créatrices et c'est là un rendez-vous difficile à vivre.Opter pour vivre une alliance avec les pauvres n'est pas une option parmi d'autres.C'est un « impératif, un impératif évangélique des Béatitudes » et de Mathieu 25, un impératif d'incarnation.Opter pour les pauvres c'est choisir une conversion radicale du savoir à la prise de conscience, de la sympathie à la justice, de la recherche du ciel à la recherche du Royaume, d'une théologie spirituelle à une théologie d'incarnation.Déjà des individus, des Congrégations ont commencé à prendre ce tournant, ce rendez-vous avec l'histoire qui, en réalité, est un vrai retour aux sources de nos Congrégations.En réponse à un questionnaire qui précédait la Ve Interaméricaine, la CRC, dans sa synthèse, mentionnait: «La nouvelle conscience des opprimés, des groupes marginaux, pousse à épouser davantage les attitudes de Jésus envers les êtres humains, à présenter une image d'amour, de tendresse, de compassion et entrevoir aussi la vie religieuse apostolique comme devant s'accorder davantage à la situation des plus démunis, des marginaux.Être pour eux signe d'espérance.11 y a une volonté de se trouver dans le camp des plus pauvres en dépit de certaines réticences, d'un certain malaise à effectuer les changements requis, des lenteurs à répondre concrètement à des intuitions, des manques d'audace pour passer à l'action.Certains projets ont déjà vu le jour, notamment en ce qui a trait à la promotion de plus de justice dans la société.On s'engage davantage auprès des pauvres, des jeunes, des familles.On consent à revoir les priorités apostoliques des communautés à la lumière de cette option préférentielle pour les pauvres.»24 Ces dernières années, plusieurs Congrégations ont mis cette option au cœur de leur engagement apostolique; d'une unité uniformité, elles essaient de recréer une autre unité à partir et dans la diversité existante.La diversité existe, l'unité reste à construire autour d'un noyau dur, d'un projet assez signifiant pour rallier les énergies apostoliques existantes et cela ne peut se réaliser sans 236 planification et sans discernement spirituel de toutes les personnes concernées.Conclusion Un«avenirà bâtir»dans unecultureoù lesvaleurschrétiennes sont contestées de partout: la question reste entière.Quel est notre avenir?Il est déjà dans le présent avec des germes de vie et des germes de mort.La route n'est pas toute tracée, il n'y a pas de modèle taillé d'avance, il n'y a pas de précédent sur lequel s'appuyer, nous sommes à un moment unique de l'histoire humaine.L'attitude qui me semble au cœur du renouveau et la seule voie d'avenir dynamisante est une attitude de foi qui est prête à tout risquer pour le Royaume et la transformation du monde.Pour cela, la créativité, que je considère comme un don de l'Esprit, puisqu'il fait toutes choses nouvelles, devient une activité essentielle à la découverte de voies nouvelles à mettre en œuvre dans la continuité et la rupture.Après tous les bouleversements que nous avons connus, nous commençons à trouver assez de sérénité et de force intérieure pour être de nouveau partie prenante du devenir de la famille humaine.Certains, certaines d'entre nous ont trouvé ou sont en train de trouver un langage et un type de présence qui appellent à la collaboration plutôtqu'à la soumission, à l'avancement de l'humanité plutôt qu'au seul dépannage apostolique, à l'autorité personnelle plutôt qu'à la seule loi externe.Ces attitudes sont des voies remplies d’espérance.La vie religieuse a-t-elle un avenir?Je réponds «oui» sans aucune hésitation.Les communautés religieuses ont-elles un avenir?Certaines, oui; d'autres, malheureusement non; cela dépend, selon moi, des choix qu'elles feront, des priorités qu'elles se donneront clairement dans la créativité évangélique et, bien sûr, de ce que Dieu veut pour 237 elles.Nous touchons là à l'imprévisible; appartenant à la fonction charismatique de l'Église, la vie religieuse peut réserver plus d'une surprise pour les années à venir.Comme le chante si bien notre poète québécois Félix Leclerc : « La mort, c'est plein de vie dedans.» : une autre façon de parler du mystère pascal mort-résurrection.Les germes de mort semblent l'emporter sur les germes de vie, la vie sera plus forte que la mort si nous donnons des mains à notre espérance dans l'incarnation et la créativité évangélique.« Les religieux, les religieuses d'ici et maintenant ont-ils assez de courage évangélique, de foi en Dieu et en leur vocation/mission, auront-ils assez de vision, assez de goût du risque pour consentir à une conversion radicale, alimentée aux racines de l'Évangile et rendue visible dans une action dans ce monde tel qu'il est, pour ouvrir la voie à la vie religieuse du XXIe siècle?» Notes 1.Richard, Réginald, Les jeunes, un écart, une résistance?dans Questions de culture n° 3, p.136.2.CECC, Commission épiscopale de théologie.Idéologies et mentalités au Canada, par Mgr Bertrand Blanchet, évêque de Gaspé, dans Nouveau dialogue, janvier 1988, p.4à 11.3.CRC, Donum Dei n° 32, 1987, p.13.4.CRC, Croissance continue et mission actuelle dans Bulletin, janvier-mars 1986.p.7.5.Pro Mundi Vita, Vie religieuse, nouveaux départs ?dans Bulletin, 92, 1 er trimestre 1983.238 6.Metz, Jean-Baptiste, L'heure des religieux?, dans Vie consacrée, 1979, n° 1, p.14-22.7.Arrupe, Pedro, s.j.L'expérience de Dieu dans la vie religieuse — Nouveaux défis et chances actuelles.Conférence à Madrid (12-16 avril 1977) à la 6e Semaine des religieux.8.Turcotte, Paul-André, c.s.v.Les chemins de la différence, Bellarmin, 1985, p.16.9.Gourgues, Michel, o.p.Il leur commanda de ne pas quitter Jérusalem, dans Donum Dei n° 26, p.144.10.Guy, Jean-Claude, s.j.Conditions pour un avenir de la vie religieuse, dans Vie consacrée.1982.11.Myre, André, s.j.La vie religieuse au Québec, dans La Vie des communautés religieuses, octobre 1981.p.250.12.Yuhaus, Cassian, csp, Option pour les pauvres, Bulletin de l'UlSG.13.Raymond.Gaston, o.p., La réception de Vatican H dans Communauté chrétienne, septembre-octobre 1985, p.488-502.14.Yuhaus.Cassian.csp.Notes personnelles, St.Louis, Miss., 1984.15.Duffy, Regis, o.f.m., The Unforgettable Future.16.CRC, Co-creating the Vision, in the Bulletin, oct.-dec.1983.17.Maccise, P.Camillo, o.c.d., La créativité comme réponse à Dieu dans l'histoire du salut, dans Dossier de recherche 401 -40, 20 octobre 1982.18.Durand, Alain, cité par Dom P.Miquel dans La vie religieuse (L'héritage du Concile), Desclée, 1983.19.Quelques auteurs qui ont parlé de l'avenir de la vie religieuse : Raymond Hostie, Alfred Ducharme, s.j.; Vincent de Couensnongle, o.p.; J.-B.Metz, Dom Miquel, Cassian Yuhaus, c.s.p.; Thaddée Matura, o.f.m., etc.20.Hostie.Raymond, Vie et Mort des Instituts religieux.21.Futrell.John Carroll, s.j., The Future of Religious Life, Challenge to Leadership and Formation, in Human Development, volume 2, 198?22.TiHard, Jean-Marie, o.p.Devant Dieu et pour le monde, Cerf, 1974.23.Dortel-Claudot, Michel, s.j.Évangélisation et vie religieuse apostolique, CRC.1988.p.52.24.Lague, Micheline, m.i.c.Synthèse des réponses au questionnaire 1985, CRC, Ve interaméricaine des religieux et religieuses.239 La vie religieuse comme respiration.Monique Dumais o.s.u.* Que peut-on dire de bon de la vie religieuse en 1988, à la fin du deuxième millénaire, alors qu'elle semble s'essouffler dans les communautés plus anciennes en Occident, en même temps qu'elle connaît des ardeurs insoupçonnées dans de nouvelles communautés un peu partout à travers le monde?Et pourtant, la vie religieuse m'apparaît offrir dans ce monde plein de trépidations et d'exaspérations un lieu et une possibilité de respiration.À vivre à l'intérieur de cette réalité et à considérer les potentialités de cet engagement choisi, je saisis de plus en plus comment la vie religieuse ouvre un espace et un temps pour la respiration.Je veux donc explorer cette pensée globale qui m'a envahie et donner libre expression à ce que peut être la vie religieuse comme respiration : d'abord au cœur du monde, puis dans la vie de l'Église, à l'intérieur d'une communauté, enfin dans l'actualisation des dynamismes d'un être.Respiration au cœur du monde Une analyste de la religion présente le phénomène actuel des monastères qui sont «revisités»; ils sont considérés comme des lieux de ressourcement tant physique que psychologique et spirituel.1 * 53, 6 e rue est, Rimouski.G5L 2H3.1.Danièle Hervieu-Léger, Vers un nouveau christianisme?Paris.Cerf.1986, pp.9-12.240 Les abbayes, les monastères sont certes des endroits qui offrent le silence, des horaires bien fixes, une alimentation saine et frugale, un régime de vie équilibrée entre les activités, la prière et le repos.Mais tous ceux et celles qui sont engagés dans la vie religieuse ne vivent pas nécessairement dans des lieux clos, loin de l'excitation du monde moderne: une bonne majorité d'entre nous sommes impliqués dans une vie apostolique au milieu du monde.Nous sommes souvent pris dans un partage de responsabilités et une réalisation d'activités qui nous font expérimenter des préoccupations et des tensions de tous genres, propres aux travailleurs et travailleuses de notre société.Cependant, la vie religieuse vise à développer une sérénité de l'esprit et une intégration intérieure des événements, des relations avec les autres.Des moyens sont donnés et expérimentés, tels que la méditation, les trois vœux, la vie communautaire comme voies de libération.Surtout la relation essentielle à un Amour, à la source de Vie, vient faire émerger cet élan qui donne l'orientation fondamentale à un être humain.Si autrefois on insistait beaucoup sur le renoncement au monde, la «fuga mundi», aujourd'hui le monde découvre un sens dans l'économie des gestes, des bruits, de la consommation, dans l'élaboration d'un style de vie équilibrée, qui font partie de l'utopie de la vie religieuse.S'y dégage une forme d'écologie : « la vie religieuse contribue par ses réalisations et ses propositions à garantir et à rendre plus sain Y habitat humain en général.»2 En effet, la vie religieuse se présente comme une respiration au cœur du monde par la façon de vivre qu'elle propose basée sur le partage, la communion et l'amour.Les personnes engagées dans la vie religieuse essaient de ne pas devenir captives des tensions qui proviennent des rivalités, de la compétition, du désir excessif de l'estime des autres.La simplicité de vie que chaque personne essaie de sauvegarder la préserve d'une frénésie de possession.Un détachement dans des relations humaines généreuses favorise une liberté du cœur qui maintient une bonne santé physique et émotive.2.Luigi de Candide, o.s.m.« Vie consacrée », Dictionnaire de ta vie spirituelle.Paris.Cerf, 1983.p.1189.241 Dans la vie de l'Église Les communautés religieuses sont des regroupements de personnes qui ont pour projet de se vouer totalement à Dieu.Elles constituent des lieux de vitalité dans l'Église, elles lui transmettent des effluves spirituels oxygénants.Tout organisme a besoin de sources abondantes d'air vivifiant.L'engagement des religieux et des religieuses à une quête constante de Dieu assure la circulation fondamentale des courants de foi, d'espérance et de charité.Chaque chrétien, chaque chrétienne reçoit de l'Église et contribue à sa vie; ainsi le rôle de chaque membre est primordial et irremplaçable.L'Esprit souffle où il veut et invite chaque croyant et croyante à participer à l'animation essentielle de ce corps qu'est l'Église.La vocation spécifique du religieux, de la religieuse les situe comme témoins des forces et des réseaux de communion en Jésus-Christ et toute l'assemblée des saints et des saintes.La Jérusalem nouvelle annoncée dans le Livre de l'Apocalypse se profile avec son «fleuve de Vie, limpide comme du cristal » (22, 1 ).« Un cœur nouveau » veut battre dans ce contexte où circulent des éléments de régénérescence.Tout n'est pas positif : dynamismes et éléments destructeurs se côtoient dans cette structure d'Église dans l'Église.Temps forts et temps faibles se retrouvent ; énergies de printemps, engourdissement de I hiver ne sont jamais éloignés.Les élans mystiques viennent parfois illuminer les tracasseries quotidiennes.Les facettes du paradoxe sont souvent plus visibles dans des structures qui s'affirment comme idéalistes et orientées vers un plus-être spirituel.Cependant, il faut continuer à reconnaître l'intensité du désir de Dieu et l'affirmation d'un soutien mutuel dans les intentions et les pratiques des communautaires.Ces témoignages apportent un souffle de vie dans l'Église ; ils la soutiennent et la confirment dans sa mission d annonciation et de visitation du salut accompli en Jésus-Christ.242 À l'intérieur d'une communauté Comment les religieux et les religieuses vivent-ils à l'intérieur de leur communauté ?que se passe-t-il entre ces personnes qui se retrouvent sans s'être choisies et qui passent plusieurs années à vivre ensemble?entre des personnes de différents âges avec des intérêts diversifiés, des activités variées?voilà des questions que beaucoup de gens peuvent se poser à l'extérieur des groupes communautaires.C'est aussi pour ceux et celles qui sont engagés dans ce style de vie, un sujet d'étonnement et d'accueil que de se voir réunis, partageant le même toit, la même table, l'oratoire communautaire.Et pourtant.autant la vie spirituelle exige un temps de solitude, de rencontre personnelle avec l'unique Amour, autant il est désirable et vivifiant de se retrouver avec d'autres frères ou sœurs pour communiquer dans le plus ordinaire des jours comme dans ce qui est au plus profond de l'être.La simplicité, la joie et la liberté de cœur entre les personnes se présentent comme les qualités qui forment l'air ambiant qu'il fait bon de respirer dans les communautés.Les ambitions individualisantes, les jalousies destructrices, les comparaisons séparatrices peuvent être difficilement tolérées dans l'exercice d'une vie de partage ; elles sont des écarts qui brisent la recherche d'unité dans la diversité.Lescommunautésd'aujourd'hui ne veulent pas cultiver la similitude ni le conformisme ; elles visent à former des personnes autonomes et libérées.L'expérience de relations interpersonnelles simples, détendues, chaleureuses montre les possibilités de sortir d'un monde blessé par les explosions du terrorisme, les tueries des guerres.Le désir profond de paix, de vérité et de communion qui habite chaque être humain trouve dans les communautés religieuses un début de concrétisation.Une atmosphère d'air respirable semble s'ouvrir.243 Dans l'actualisation des dynamismes d'une personne Affirmer que « la vie religieuse valorise la personne humaine et son monde»3 contribue à exprimer que la vie religieuse est un lieu où l'on respire, où les énergies des personnes ne sont pas bloquées, ni réduites, mais plutôt accrues.L'engagement d'une personne dans une consécration religieuse ne constitue pas une démission vis-à-vis ses capacités physiques, affectives, intellectuelles.Au contraire, la personne qui se sent appelée à vivre dans la communauté religieuse qu'elle choisit aspire à donner la plus grande possibilité de réalisation aux dons qu'elle perçoit en elle.En ce qui me concerne, la parabole évangélique des talents a joué un rôle important dans mon orientation vers la vie religieuse; la perspective d'une vie fructueuse pour le Seigneur et le monde qu'il a créé m'a attirée de façon irréductible.Les trois vœux, la vie communautaire peuvent apparaître sous des dehors négatifs, de renoncement, de restriction ; ils cachent au dedans la saveur de la recherche d'une plénitude, de la quête des réalités essentielles, d'un accomplissement des aspirations les plus fondamentales.La vie religieuse tente d'offrir les moyens les plus sûrs d'atteindre une finalité, celle d'entrer en relation avec Dieu et de correspondre à sa volonté sur soi et les autres.La constatation de l'acquiescement profond de tout l'être à cette démarche procure joie et libération.Je ne tente pas d'expliciter comment la vie religieuse permet une actualisation des dynamismes d'une personne, je ne fais qu'indiquer l'horizon où se déploie cette capacité.La liberté de chaque personne joue un rôle primordial dans cette mise en acte des forces qui donnent à chaque être humain sa configuration, sa beauté et sa disponibilité aux autres.Une liberté qui reste entière et qui prend des dimensions inégalables quand elle accueille la volonté de Dieu et cherche à s'y plaire.Rien ne génère autant un mouvement d'action de grâces que de voir l'accomplissement dans l'univers des êtres créés et tout particulièrement des hommes et des femmes.3.Ibid., p.1168.244 Conclusion Le souffle respiratoire vient de Dieu, c'est par lui que la force créatrice anima l'« adamah » (Gn 2, 7) et par lui qu'elle maintient en vie tous les êtres humains.«C'est l'esprit de Dieu qui m'a fait, le souffle de Shaddai qui m'anima.» (Jb 33,4).L'esprit de Dieu assure la vie en tout être humain; l'accueillir, c'est apprendre à respirer avec Dieu, participer à sa vie et à la diffusion du mouvement vital dans l'univers.«Toute la création jusqu'à ce jour gémit en travail d'enfantement.» (Rm 8, 22).Les religieux et les religieuses en s'engageant dans une vie centrée sur l'Esprit contribuent de plusieurs façons à assurer une ambiance propice à de profondes respirations au cœur du monde.Leur présence peut apporter paix et sérénité, en même temps qu'elle peut stimuler un élan pour un monde plus juste, plus solidaire, plus ouvert sur le «vrai développement des peuples».4 J'ai aussi voulu indiquer comment leur implication dans les structures de l'Église et dans la vie communautaire peut être manifestation d'une grande vitalité.Enfin, parler de la vie religieuse comme respiration, c'est admettre que cette façon de vivre est bénéfique, pleine de croissance et source de libération pour les êtres humains qui s'y engagent.N'est-ce pas vouloir montrer que la vie religieuse est encore bonne pour aujourd'hui, que nous avons un appel à en découvrir le sens profond et les forces vitales toujours contemporaines.4.Jean-Paul, encyclique Sollicitudo Rei Socialis, 30 décembre 1987.245 Sous la Nuée lumineuse Michel Hubaut, o.f.m.* Loin des mots et du bruit, Dans cet écrin de silence, Où une flamme vigilante, Luit, Visible lumière persévérante De ton invisible Présence, Je viens t'adorer Jésus-Christ.Tu es le Fils éternel et béni, Aujourd'hui comme hier, Tu te reçois du Père Et tu te donnes à Lui.Que ma silencieuse adoration Soit le simple écho et la continuation De ta prière filiale.Le don et le fruit Du Saint-Esprit.Jaillissant des sources baptismales.Accorde-moi ce simple bonheur Et cette humble paix, De me savoir en cette heure, Dans la tendresse du Père, Fils bien-aimé.Car je n'ai pas d'autre raison D'être ici, Que de Te redire, au seuil de ta maison, Merci.Toi, la Source de la Vie, Le maître de l'histoire et du temps, Toi, le seul Adorateur À qui le Père suffit, Accepte simplement L'hommage de mon prosternement.5 quater.r.Louis-Xavier de Ricard, 94120 Fontenay-Sous-Bois, Paris, 5253-78. Dans l'invisible rayonnement de ta Présence, Je viens m'exposer au soleil de ton Amour, Pour me laisser bronzer le cœur Et même si mon corps alourdi, S'assoupit, Je crois que dans le silence de cette heure Ton Esprit, en moi, respire et agit.Sois la lumineuse et silencieuse Éclaircie Dont la grâce gracieuse Me pacifie.Près de Toi, Les paroles inutiles se taisent, Les conflits s'apaisent, Et dans ce désert brûlant du temps Qui passe, Tu es le Rocher et le Buisson Ardent, Tu es la brèche au fond de mes impasses.Mystérieuse et ineffable fécondité De cette quotidienne adoration, Où Tu sèmes, je ne sais comment, Discrètement, patiemment, Du courage dans mes activités, De la lumière dans mes journées, Et de la tendresse dans mes relations.Tout devient semence de Résurrection.Qu'il est bon ce silence, De ta Présence, Où émerveillé, Je reprends conscience, Que je suis aimé Gratuitement.Je t'aime, ô Christ Vivant Dans l'humilité de ce Sacrement ! 247 Livres reçus Beauchamp, André, Mères Célibataires au contact des Sœurs de la Miséricorde, Éditions Bellarmin, 1988, 96 pages.Beauchamp, André, Harvey, Julien, s.j., Repères pour demain.Avenir et environnement au Québec, Éditions Bellarmin, 1987, 160 pp.Blais, Gérard, Un cri dans le désert, Éditions Le Griffon d'argile, 1987, 146 pp.Boisvert, Laurent, o.f.m., La Consécration Religieuse, Éditions Cerf/Bel-larmin, 1988, 120 pages.Brouard, Maurice,s.s.s.,Le Viatique: Fête de l'aube éternelle (livret et cassette), En collaboration, 1 987, 54 pp.Collectif, Ignace de Loyola et ses compagnons jésuites, Éditions Fleurus, 1988, 48 pages.Collectif, La Rencontre des exclus, Défi pour la société et pour l’Église, Éditions Salvator, 1987, 148 pages.Collectif, Rites, Symboles, Sacrements, Centre Sèvres, Travaux et Conférences, 1988, 168 pages.David, Johanne, Lettres à Louis-Pierre, Éditions Bellarmin, 1988, 64 pages.Des Rivières, Madeleine, Une femme, mille enfants.Justine Lacoste Beau-bien, Éditions Bellarmin, 1987, 272 pp.Fessard, Gaston, La dialectique igna-tienne des Exercices Spirituels, (documents inédits), Éditions Centre Sèvres, 1988, 72 pages.Girard, Armand et Guy, s.ss.a.& Bu-balo, Janko, Marie, Reine de la paix, demeure avec nous; témoignages pour Medjugorye, Éd.Paulines et O.E.I.L.et Maison St-Pascal, 1987, 228 pp.Gravel, Françoise, Qui suis-je?, Service de Diffusion Catholique, 1988, 54 pages.Harang, Jean, Prier la Vie, Coédition Panorama-Salvator, 1988,156 pages.Groupe Aster, Collection Recherches, De Jésus et des femmes, lectures sémiotiques, Éditions Bellarmin — Cerf, 1987, 217 pages.Huot, Giselle, Une femme au Séminaire, Éditions Bellarmin, 1987, 525 pp.Magnin, Jean-Michel et Nageleisen, François, Visage, Paroles pour la dignité de l'homme, Éditions Salvator, 1988, 112 pages.248 Les livres Raguin, Yves, s.j., Maître et disciple.La direction spirituelle, Desclée de Brouwer/Bellarmin, 1985, 144 pp.Cet ouvrage est le reflet d'une longue expérience personnelle de la direction spirituelle.Au moment où des gourous de toutes sortes rassemblent autour d'eux quelques disciples pour les orienter vers des buts incertains, il témoigne de la liberté et de l'humilité du « maître » dans la tradition spirituelle du christianisme où le seul véritable maître est le Christ.Un guide, homme ou femme, est nécessaire pour s'avancer dans les voies de la contemplation.Il ne soumet pas celui ou celle qui le consulte à ses vues personnelles; il est le sage qui sait que les chemins sont multiples.Son art consiste d'abord à éveiller le dynamisme intérieur de chacun, à montrer le chemin original où le conduit l'Esprit.Sylvestre, Paul-François, Les Communautés religieuses en Ontario français, sur les traces de Joseph Le Caron, Éd.Bellarmin, 1984, 142 pp.Un enracinement vieux de trois siècles et demi, une présence dans plus de cent villes et villages, la fondation de quelque cent soixante institutions, voilà des chiffres éloquents qui traduisent bien sommairement le dé- vouement d'une cinquantaine de communautés religieuses en Ontario français.Sur les traces de Joseph Le Caron passe en revue la contribution herculéenne des Pères, Frères et Soeurs au développement moral, intellectuel, social etculturel des Franco-Ontariens.C'est un hommage aux pionniers et aux pionnières d'une dynamique société d'expression française en milieu minoritaire.Tugwell, Simon, o.p., La Voie du prêcheur, Groupes d'imprimerie Inter-Mark Inc., pour le compte du Laïcat dominicain, 1986, 182 pp.Chaque chrétien a reçu le mandat de prêcher.Voilà le point de départ d'un livre tourné vers les tout premiers siècles de l'histoire des Dominicains ou Ordre des Prêcheurs.À partir de nombreux récits, toujours éclairants, de ces premières années de l'Ordre, Simon Tugwell a voulu tracer les grandes lignesd'une authentique spiritualité basée sur le devoir, pour tout chrétien, de témoigner en faveur du Christ.L'auteur étudie la spiritualité du prêcheur à la lumière de la primitive tradition des Dominicains ; il souligne ainsi le don charismatique du prêcheur: «la grâce de la prédication».Certaines personnes estiment qu'il 249 vaut la peine de tout risquer pour prêcher, car le salutdu prêcheur n'est pas indépendant de son ministère.Bockel, Pierre, Vivre la Parole, Homélies pour les dimanches et fêtes de l'année B, Éditions Salvator, 1984, 154 pp.La parole de Dieu est tout ensemble message et incarnation: parole proclamée et écoutée, parole vivante et mangée.C'est pourquoi nos célébrations dominicales nous offrent-elles, en un indissociable rapport, ce double don de la parole en introduisant la liturgie eucharistique par l'annonce du message divin.Il revient à l'Église d'expliciter ce message: c'est le but de la prédication.Bockel, Pierre, Méditer la Parole, Homélies pour les dimanches et les fêtes de l’année C, Éditions Salvator, 1985, 152 pp.Ce recueil d'homélies constitue un petit traité de spiritualité biblique pour notre temps.Chaque dimanche comporte l'indication des textes de lecture, mais la méditation offerte n'est pas un simple commentaire de la Parole : elle veut mettre celle-ci en relation avec la vie concrète des chrétiens qui l'entendent.Puisse la lecture de ces pages alimenter la prière au cours des temps liturgiques.Breton, Jean-Claude, Foi en soi et confiance fondamentale.Dialogue entre Marcel Légaut et Erik H.Erikson, Éd.Cerf/Bellarmin, 1987, 358 pp.Voici une contribution originale sur un sujet actuel.Il s'agit d'une étude à caractère bidisciplinaire où sont confrontés pour la première fois deux auteurs importants dans leur spécialité respective, soit la spiritualité et la psychanalyse.L'analyse de la pensée de Légaut et d'Erikson permet de réaffirmer l'activité irréductible du sujet dans l'activité croyante, la solitude et la liberté radicale de cette activité (surtout avec Légaut), tout en marquant son développement à l'intérieur des relations avec les autres et le monde (ce qui ressort des travaux d'Erikson).Domergue, Marcel, s.j., Découvrir la Parole de Dieu, Au fil des dimanches et fêtes de l'année B, Éditions Salvator, 1987, 118 pp.M.Domergue ne nous donne pas ici des homélies toutes faites, il nous propose une porte d'entrée : pour que chacun s'approprie les textes de la liturgie par une lecture active et une prière personnelle.Ce n'est pas un commentaire spirituel ou moral, ni une analyse qui s'attarderait sur des détails exégétiques : c'est la vie d'une Parole.Le livre nous invite à une « circulation » entre les lectures du dimanche, pour en percevoir le dynamisme, celui d'une Parole qui libère, le mouvement d'une rencontre, entre le Christ et les siens, entre les hommes de l'Ancien Testament et les hommes du Nouveau, entre eux tous et nous.Il excelleà montrercommenttelsmots, telles expressions structurent et éclairent un passage.Moltmann, Elisabeth et Jurgen, Dieu, homme et femme, Éditions Fides/Cerf, 1984, 152 pp.250 Alors que les femmes ont joué et continuent à jouer un rôle très actif dans l'expansion du christianisme, ce dernier a subi une distorsion au profit des hommes: hiérarchie masculine estompant la communauté ecclésiale, des représentations de Dieu éclipsant certains traits féminins, en particulier le rôle de l'Esprit Saint.Ce livre rappelle le rôle des femmes dans l'Église primitive et la mémoire active qu'en ont gardé les siècles ultérieurs.Les traditions de Marie-Madeleine et Marthe en font foi, particulièrement en Provence.Ces témoignages incitent à penser autrement le statut des femmes dans les Églises d'aujourd'hui.Une autre image de Dieu se dessine alors.Myre, André, Un souffle subversif.L'Esprit dans les lettrespauliniennes, Éditions Bellarmin/Cerf, 1987, 160 pp.L'Esprit reste un des concepts les plus mystérieux de la foi chrétienne, elle qui en contient pourtant plus d'un.Mystérieux par l'abstraction de son nom.Mystérieux quant à son origine en Dieu.Mystérieux quant aux lieux précis de son agir.C'est sur ce fond de mystère que le présent ouvrage a voulu interroger le Nouveau Testament.Car, et c'est assez étonnant, on ne possède pas, à l'heure actuelle, d'étude qui fasse le point sur l'exégèse néotestamentaire à propos de l'Esprit.Il s'agit pourtant d'un besoin assez criant, auquel une première réponse est ici apportée dans un essai qui traite de l'Esprit chez Paul.Le reste du Nouveau Testament sera couvert dans les années à venir.Rougier, Stan, L'Ombre obéit au soleil, Éditions Salvator, 1985, 166 pp.«Si ton œil est mauvais tout ton être est dans la nuit.Si ton œil est clair tout ton être est dans la lumière » dit Jésus-Christ.Qu'il s'agisse des jeunes en quête d'un sens à la vie, ou d'un monde écartelé entre les idéologies qui tuent, qu'il s'agisse de la crise spirituelle de notre XXe siècle ou de la montée du mépris, Stan Rougier cherche un regard nouveau qui évite le désespoir et engage vers l'action.« Le mal n'est pas aussi réel que l'amour; il en crie l'absence, il en décuple le désir.» 251 Retraites de septembre 1988 à septembre 1989 Septembre 26-3 oct.: Religieuses Jeunesse de Dieu.Jean-Marie Côté, c.ss.r.Octobre 10- 17: Religieuses Prière du cœur (Nom de Jésus).17-24: Religieuses Paraboles : Jésus révèle le vrai Dieu et l'existence réussie.Novembre 7-14: Religieuses Marie dans le mystère de Jésus.Lucien Pépin, o.m.i.21-28: Le cœur de Jésus est ouvert.Jean-Marie Rocheleau, s.j.Décembre 5-12: Religieuses Retraite Mariale.André M.Syrard, o.s.m.Janvier 29-5 fév.: Religieuses Trinité au cœur de nos vies.François Carrière, o.f.m.cap.Février 5-12: Religieuses Retraite — Charles de Foucauld.André M.Syrard, o.s.m.23- 2: Religieuses et Laïcs Expérience de prière avec la Parole S.Lucille Guay, p.m.Mars 11- 18: Religieuses Le Saint-Esprit dans la vie ordinaire Yvon St-Arnault, o.m.i.19-25: Le cœur de Jésus est ouvert.Jean-Marie Rocheleau, s.j.A vril 9-17: Religieuses Retraite avec St-Jean.André M.Syrard, o.s.m.24- 1 mai: Religieuses, prêtres, laïcs Tu as du prix et je t'aime.Paul Morisset, s.j.André M.Syrard, o.s.m Jacques Beaupré, s.j.252 Mai 8-15: Religieuses Paroles d'Espérance.16-23 : « Seigneur, apprends-nous à prier » 23- 30: Et vous entrerez par votre plénitude dans toute la plénitude de Dieu.Juin 5-12: Religieuses Sur les chemins d'oraison.12-19: La prière de Marie (Marie dans la Liturgie).24- 1 juil.: Jésus révèle le vrai Dieu et l'existence réussie.Juillet 3-10: Religieuses Prière et intériorité.Août 2-9: Religieuses Je crois en Église.14-21 : La vie religieuse dans l'aujourd'hui de Dieu.21-28: Voici l'Époux qui vient, sortez à sa rencontre.Frais de séjour: Journée de récollection individuelle, dîner compris Chambre et pension pour une journée complète : Retraite ou Session de 7 jours : Retraite ou Session de 5 jours : Fin de semaine : Inscriptions et Informations : Maison Rivier Centre de Renouveau Chrétien 999, rue Conseil Sherbrooke, QC J1G 1M1 Tél.: 1-819-569-9306 Lucien Pépin, o.m.i.Gérard Therrien, c.ss.r.Claude Mayer, o.m.i.Claude Mayer, o.m.i.Gérard Biron, o.s.m.Jacques Beaupré, s.j.Paul-Émile Vachon, s.m Jean-Marie Côté, c.ss.r.Mgr.Charbonneau André Gélinas, s.j.15.00$ 25.00$ 175,00$ 140,00$ 45,00$ 253 Activités du samedi au centre Christus — Automne 1988 Les 1,8, 15 oct.Sexualité, chasteté.P.Laurent Boisvert, o.f.m.de 10 h à 12 h célibat religieux spécialiste de la vie religieuse Inscription : 5,00 $ Participation : 7,00 $ Le 5 novembre Éthique et vie spiri- P.Édouard Hamel, s.j.de 10 h à 12 h tuelle selon le sermon ex-professeur de morale à Participation : 3,00 $ sur la montagne la Grégorienne Le 12 novembre Les Hymnes liturgi- Jacques Gauthier de 10 h à 16 h ques de laTourdu Pin Théologien, écrivain spirituel Inscription : 4,00 $ Participation : 4,00 $ Le 3 décembre Récollection de P.Claude Mayer, o.m.i.de 10 h à 16 h l'Avent : Professeur de spiritualité au Participation : 5,00 $ Incarnation et Eucharistie Centre Christus LIEU: Sous-sol de l'église Notre-Dame-Des-Neiges (angle Côte-des-Neiges et Lacombe) Métro : Côte-des-Neiges — Autobus 51 ou 165 INFORMATIONS: Secrétariat du Centre Christus 3770, avenue Saint-Kevin #6 Montréal, QC H3T 1H7 Tél.: 737-7201 254 Recollections et retraites intercommunautaires 1988-1989 Recollections : Novembre 18-20: Fin de semaine d'intimité avec le Seigneur (pour laïcs).Gaétan Côté, c.ss.r.Novembre 25-27 : Préparation à l'Avent.Roger Gauthier, o.m.i.Février 10-12: Le Salut en Jésus-Christ.Michel Villemure, prêtre Retraites : Octobre 14-21 : L'Incarnation.Yves Raguin, s.j.Novembre 2-9 : Paraboles de Jésus : révélation du Père et de l'existence réussie.Jacques Beaupré, s.j.Février 19-25: Se préparer à la sainte Pâque dans la joie du désir spirituel.Jean-Luc Vannay, prêtre Avril 9-16: «Tout est à vous; mais vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu ».Gaétan Côté, c.ss.r.Avril 20-27: Au gré des rencontres avec Jésus.Gaston Vachon, prêtre Mai 9-16: Communion en Jésus-Christ et vie religieuse.Pierre Michalon, p.s.s.Juin 11-18: « Tout est à vous ; mais vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu.Gaétan Côté, c.ss.r.Juillet 4-11: L’instinct évangélique au service du Royaume.Roger Gauthier, o.m.i.Juillet 16-23: Thème non précisé Jacques Sylvestre, o.p Août 10-17 Parabole de Jésus: révélation du Père et de l'existence réussie Août 23-30: Parole de Vie, Expérience de Dieu Oct.25-nov.1 er: Regards sur l'Eucharistie Jacques Beaupré, s.j.Jean-Marie Rocheleau, s.j Alfred Ducharme, s.j.Couvent de Belœil 1056, boul.Richelieu Belœil Qc J3G 4R2 Tél.: (514) 467-4442 256 Exemplaires disponibles Si vous désirez poursuivre individuellement ou en groupe votre réflexion sur les thèmes du présent numéro ou des numéros antérieurs, vous pouvez vous procurer un ou plusieurs exemplaires de la revue à l'adresse et aux prix suivants : 5750, boulevard Rosemont, Montréal Tél.: 259-6911 2,25 $ l'exemplaire 1,75 $ pour 10 exemplaires et plus Frais de poste en plus Partage fraternel De nombreuses communautés locales, situées en pays pauvres, seraient heureuses de recevoir la Revue, pourvu que des groupes plus favorisés financièrement acceptent d'assumer les frais d'abonnement.Ceux et celles qui désirent aider ces frères et soeurs en assurant le coût total ou partiel d'un abonnement, n'ont qu'à envoyer leur contribution au nom et à l'adresse suivante : La Vie des communautés religieuses Partage fraternel 5750 boulevard Rosemont, Montréal, Qué.Canada.H1T 2H2 Merci d'avance, au nom des bénéficiaires. " * V# la vie 5750, boulevard Rosemont des communautés Montréal, Québec, religieuses Canada HIT 2H2
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