La vie des communautés religieuses /, 1 mars 1989, Mars-Avril
galci mars-avril 1989 uni lllftï ms : »'t*î.unautés religieuses La vie des communautés religieuses Directeur : Laurent Boisvert, o.f.m Comité de rédaction : René Bacon, o.f.m.René Baril, o.f.m.Pierre Bisaillon, o.f.m.Laurent Boisvert, o.f.m Secrétariat : Liliane Caron r.s.r.Rédaction et administration : La vie des communautés religieuses 5750 boulevard Rosemont Montréal, Canada H1T 2H2 Tél : 259-691 1 Courrier de la deuxième classe Enregistrement n° 0828 Composition: Graphiti Impression : L'Éclaireur Ltée La revue paraît cinq fois par an Abonnement : de surface: 1 1,00 $ (55 FF) (350 FB) par avion: 14,50 $ (75 FF) (475 FB) de soutien: 20,00$ Sommaire Vol.47 — mars-avril 1989 Benoît Lacroix, o.p., Influences de la culture sur la vie religieuse 67-81 Qu'est-ce que la culture?Quelles sont les tendances de la culture contemporaire ?Quels rapports établir entre la vie religieuse et la culture moderne ?Y a-t-il uneculture et une religion maritimes?Existe-t-il une vie religieuse maritime, une prière maritime?L'A.répond à ces questions.Les religieux et religieuses ont à incarner leur forme d'existence chrétienne dans la culture du milieu, en imprégner leur spiritualité.Georges Perreault, o.p., Une formation centrée sur la personne 82-94 Par delà l'approche centrée sur le projet, il y a l'approche centrée sur la personne.Dans cette perspective la question centrale demeure: quel est le projet de Dieu inscrit dans la réalité unique de chaque personne?Pour le découvrir il lui importe de se demander: qu'est-ce que je me fais vivre en faisant ceci ou cela?Cette démarche, axée sur la personne, comporte certaines implications que l'A.explicite.65 Jean-Marie Dufort, s.j., Travail apostolique et vie de prière : divorce ou réconciliation ?95-107 Pierre Robert, Dimensions de la prière 108-119 Comment concilier sa vie de prière et son activité apostolique?Comment unir l'un et l'autre dans la pratique de sa vie ?L'A.ne propose pas de solution toute faite, mais fait des suggestions inspirées par l'évangile et rapproche ces deux réalités dans le but de les intégrer.Il présente d'abord une voie d'accès indirecte, puis une voie d'accès directe.L'A.considère d'abord Jésus comme un homme de prière, puis il précise la nature même de la prière.En troisième lieu il traite de l'apprentissage de la prière, pour enfin mentionner les diverses formes de celle-ci.On se souvient que Jésus, voulant enseigner à ses disciples à prier, leur recommanda de dire : « Notre Père».66 Influences de la culture sur la vie religieuse * ** Benoît Lacroix, o.p.* * Quelles influences, négatives ou positives, la nouvelle culture a-t-elle sur nos vies religieuses personnelles et sur nos communautés religieuses en tant que groupe social ?Une seule question, mais à deux volets: culture et vie religieuses individuelle, culture et vie religieuse communautaire.I.Culture et vie religieuse Qu'est-ce que la culture ?Voici une définition offerte par Jean-Paul Il à l'Unesco, le 2 juin 1980 : « La culture est ce par quoi un être humain, en tant qu'être humain, devient davantage humain.» Le 18 février 1 983, alorsqu'il vient de créer son conseil pontifical pour la culture, réalité fondamentale qui nous unit, Jean-Paul II définit la culture comme «l'expression de la communication de la pensée commune et de la collaboration mutuelle de tous (des hommes)».Nos manières de penser, de dire et d'agir signifient la culture.Nous parlons aujourd'hui de culture comme Jacques Maritain en 1931 parlait d'humanisme.Il s'agit d'une définition à la fois large, généreuse mais quelque peu ambiguë.Ainsi pour le concept de l'identité canadienne : on ne sait jamais exactement ce qu'on veut dire même si on en parle beaucoup.Si la définition de la culture paraît large et qu'elle déborde, en un sens, de toutes nos distinctions, la culture elle-même est très * Texte, légèrement modifié, d'une conférence donnée à la Conférence religieuse canadienne, division A t/antique, lors d'une réunion statutaire qui eut Heu à Moncton, N.-Br.** 2715, Chemin Côte Sainte-Catherine, Montréal, Qc.H3T 1B6.67 importante.Permettez que je cite Vatican II (Gaudium et spes, 53, 1 ) : « La personne n'accède vraiment et pleinement à l'humanité que par la culture.» De son côté, Jean-Paul II insiste.Encore à l'Unesco, le même 2 février 1980 : « L'avenir de l'humanité dépend de la culture.» Aux évêques de Lombardie, le 15 janvier 1982 : « Ce que vous faites dans le monde de la culture et de l'éducation rendra cent pour un pour la gloire de Dieu et le salut de l'humanité.» Félicitons-nous, félicitons les responsables de cette assemblée, nous ne pouvions pas choisir un meilleur thème pour une réflexion partagée.1.Tendances de la culture contemporaire Quelles sont les tendances de la culture contemporaine ?Voici ce que nous observons en milieu nord-américain, ce qui inclut évidemment le Canada tout entier.1.Il existe une culture planétaire faite de nouvelles détachées et rapides transmises surtout par les médias que nous fréquentons tous: radio, télévision, cinéma, vidéo, publicité, etc.Cette culture comprend surtout des informations, des résumés, des opinions, des rumeurs.Rien n'est strictement évalué.Sauf peut-être dans les pays dictatoriaux ou chez les marxistes et les musulmans intégristes.Les médias sont le grand pouvoir de la nouvelle culture populaire, instantanée, synchronisée, ouverte, mais souvent indifférente devant des choix fondamentaux.2.De cette nouvelle culture mondiale, on devrait dire qu'elle cultive davantage l'interrogation que l'affirmation, le doute plutôt que la certitude, le mystère plutôt que le dogme.3.La nouvelle culture parle beaucoup de démocratie, même chez les marxistes, mais partout dans le monde libre la bureaucratie risque de supplanter la démocratie.Les filières et les papiers l'emportent plus facilement que les sentiments et la rencontre humaine en profondeur.4.La nouvelle culture cherche l'efficacité, la mobilité, la vitesse et l'instantané.Cette culture « micro-onde» est allergique à la durée 68 et surtout à la fidélité.Chaque jour je commence.Chaque jour j'invite.D'où la crise évidente des institutions de la durée, tels la famille, les gouvernements, les Églises et les communautés religieuses.Au Canada, pays nord-américain, libre et essentiellement démocratique, la culture obéit largement aux modes que nous venons de signaler.5.Ajoutons à ces phénomènes nos obsessions canadiennes dans nos rapports avec nos voisins en Amérique du Nord, dans nos perpétuels débats linguistiques, dans notre vision traditionnelle d'un pays biculturel qui trouvera de plus en plus difficile de fraterniser avec des ethnies à tradition religieuse plus longue que la nôtre.6.Nous devrions préciser que la nouvelle génération est fortement marquée par l'incertitude, par la mobilité des institutions, par le goût de la sincérité instantanée, par l'expérience forte et peu durable parce que trop intense.Il y en aurait long à dire sur la culture des nouvelles générations, tel n'est pas exactement le sujet de nos propos.Il est sûrement plus urgent d'examiner les rapports entre culture, religion et notre vie religieuse.2.Vie religieuse et culture contemporaine Que dire, alors, de la vie religieuse face à la polyvalence de la culture moderne?Un nouveau rapport entre nous et le monde doit être établi, même s'il y a le danger d'être avalés tout ronds.Peu importe les menaces qui entourent nos promesses de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, il faut savoir que «c'est au nom de la foi chrétienne que le concile a engagé l'Église tout entière à se mettre à l'écoute de l'homme moderne, pour le comprendre et pour inventer un nouveau type de dialogue, permettant de porter l'originalité du message évangélique au cœur des mentalités actuelles.Il nous faut donc retrouver la créativité apostolique et la puissance prophétique des premiers disciples pour affronter les cultures nouvelles.Il faut que la Parole du Christ apparaisse dans toute sa fraîcheur aux jeunes générations, dont les attitudes sont difficiles à comprendre parfois pour des esprits traditionnels, mais qui sont loin d'être closes aux valeurs spirituelles » (mardi, le 18 février 1983, allocution de Jean-Paul II au conseil pontifical pour la culture).69 1.Nous nous rappellerons que la vie religieuse elle-même incarne, depuis des centaines et des centaines de siècles, une forme vivante de culture.Parmi les multiples facettes de la culture moderne, la vie religieuse représente une forme spécifique de culture.Par exemple, elle est une société de type familial, fraternel, matriarcal, patriarcal.Elle a ses rites domestiques, privés et publics.Elle présente une manière particulière de vivre, d'être et de penser.Il suffirait de reprendre l'histoire des communautés qui sont les nôtres pour montrer comment, à divers degrés, chaque communauté s'est affirmée culturellement.Je pense à toutes les communautés enseignantes, hospitalières, qui ont participé non seulement à l'essor des cultures locales, mais qui ont aussi introduit et identifié la culture chrétienne ailleurs, ce qu'on appelait jadis nos missions.N'hésitons ni à le penser ni à le redire : la vie religieuse, en tant que vie communautaire spécifiée et identifiée par nos fondateurs et fondatrices respectifs, est une forme de culture; elle représente une autre forme de culture que celle des masses ou même celle des élites.Notre culture est faite de contemplation, de prière, de méditation.Elle a ses références premières : la création, le cosmos, la nature, comme œuvres divines; la Bible, le Christ, l'Église, la tradition, comme lieux de continuité historique.2.Culturellement parlant, il y a une seconde certitude à ne pas manquer : la vie religieuse est un phénomène de longue durée, elle s'appuie sur des paroles de vie éternelle.Plusieurs de nos communautés locales sont même nées avant le Canada, voire avant les Maritimes.Même si la vie religieuse est un phénomène de longue durée, même si la vie religieuse s'appuie sur des paroles de vie éternelle, il existe un fait culturel important à noter, même s'il est troublant: certaines communautés, tout comme certaines églises locales, peuvent passer et socialement disparaître.Un peu à la manière des prophètes qui vont, viennent, parlent, s'en vont, se remplacent: mais toujours au nom de la Parole durable de Dieu.Cela fait partie du projet de Dieu.L'histoire de la vieille Europe nous enseigne quelques vérités sur notre culture que notre histoire canadienne, trop courte, ne nous a pas apprises.Il ne faut surtout 70 pas en être choqués.Au contraire.Ne sommes-nous pas tous de la même spiritualité pascale faite de mort et de résurrection ?L'historien de la culture en Occident chrétien constate que les communautés religieuses ont souvent un rôle transitoire.Elles sont un chaînon dont seule, et elle seule, l'Église est la chaîne.Seule l'Église, comme institution communautaire, a les promesses de la vie éternelle.De même que les cultures dites nationales passent et se relèguent, translatif) studii, disait le moyen âge latin, ainsi les communautés religieuses passent; elles ne meurent pas, elles se relèguent; elles sont l'Église sans cesse en devenir.Elles revivent sous d'autres formes, d'autres noms, d'autres coutumes, d'autres institutions.3.Revenons à des propos plus optimistes, quant à l'immédiat.Dans le contexte de l'évangélisation des cultures, et selon les conclusions des deux unions internationales de Supérieurs généraux et des supérieures générales réunies à Rome en 1984 et 1985, il est question de l'engagement concret des communautés religieuses, et telles quelles, pour s'opposer à tout ce qui s'appelle profit, compétition, agression et violence.L'institution religieuse vit déjà pour des valeurs qui contredisent la culture actuelle : nous sommes mobilisés par les valeurs de partage, de coopération et d'amour.Nous nous devons de renoncer au monde tel qu'il se présente à nous.Ou nous devenons des prophètes et des témoins d'une autre culture, ou nous n'avons pas raison d'être.Bref, la manière de vivre aujourd'hui et telle que la domination des médias la présente n'est plus défendable.Défi majeur pour nous.Comme le fut le communisme contre lequel l'Occident libre a pratiquement gagné la partie.Mais il est toujours plus difficile de se défendre contre soi-même que contre un adversaire identifié.4.Dans cet univers d'interrogations et de soupçons qui est le nôtre, la science n'a pas de réponses définitives, ni la politique, ni la philosophie.À la religieuse, au religieux, de se présenter en personne adulte, à l'écoute de l'Esprit, qui interroge Dieu, le Christ, l'Église, sans nécessairement les identifier à ses seules intuitions du moment.Moins préoccupée de réponses toutes faites que du respect du mystère du temps et de la vie, chaque personne consacrée est un 71 être libéré par une foi qui ne cesse de s'ouvrir au mystère des choses et des personnes.Le monde actuel est caractérisé par des tensions socio-culturelles évidentes, par la confusion des valeurs, par l'oubli des jeunes sur le marché du travail, par la méconnaissance pratique des femmes et par la dislocation des familles.Les religieux, avec leurs vœux et rites communautaires, sont dans la nouvelle culture un groupe plutôt paisible, porteur d'une espérance.À cause des médias et de notre culture interplanétaire mixte à tous égards, nous nous devons d'apparaître comme des gens orientés et surtout libres, moins au nom d'une obéissance magique que par une solidarité avec l'humanité.Libres, veut dire pour nous solidaires des projets d'Église.Non plus hiérarchie ou dualisme des sexes, mais solidarité.La nouvelle obéissance est dynamique et s'appelle plutôt recherche de cohésion et de complémentarité.Rappelons cette autre leçon de la culture moderne : les grandes religions sont de plus en plus importantes et, j'oserais dire, nécessaires, dans la mesure où elles s'occupent de sauver les personnes plutôt que les gouvernements et les institutions.5.Dans cet appel de l'Église tout autant que dans le Canada de l'an 2000, nous nous devons tous d'être missionnaires sur place.Cela demande le respect des «autres», l'accueil et le secours de l'étranger.« L'évangélisation demeure le patrimoine sacré du Canada qui peut certes être fier de ses activités missionnaires, sur son territoire comme à l'étranger.L'évangélisation doit se poursuivre par le témoignage personnel » [Jean-Paul H parle au Canada, p.149, à Halifax le 14 septembre 1984).6.À l'heure qu'il est, l'Église du Canada, qui est la nôtre, nous demande, face à la crise des valeurs, des faits plutôt que des mots ; elle veut des témoins de l'essentiel.Notre mission culturelle de la vie religieuse ne sera pas dogmatique.À la manière du Christ qui interroge sans cesse ses disciples pour savoir ce qu'ils pensent ou ce qu'ils ne pensent pas de nous, 72 nous nous interrogeons nous aussi sur notre vie consacrée.Nous ne sommes pas religieux pour avoir raison mais pour aider les gens à penser, à choisir, à espérer et finalement, si Dieu s'en mêle, à croire à la vie éternelle plutôt qu'à la politique, au sport, au loisir ou même à la science.7.Qu'on me permette aussi de jouer un peu au futurologue.Peut-être faudra-t-il prévoir pour l'an 2000 une culture moins introspective, plus objective, plus événementielle, plus louangeuse et davantage reliée au cosmos ou à l'écologie.Il semble que Dieu veuille des adorateurs en esprit et en vérité.De ce point de vue l'attachement ou le retour à la prière objective de l'Église nous rend grand service.L'avenir de la vie religieuse est probablement dans la vie de prière communautaire publiquement affirmée, plutôt que dans la création d'œuvres sociales spécifiques.Si le Seigneur ne bâtit la maison, ses bâtisseurs travaillent pour rien.Si le Seigneur ne garde la ville, la garde veille pour rien.(Ps 127 (126).Du moins telle est l'indication que nous offre l'aspiration des jeunes vers la prière : les jeunes ne peuvent pas être mobilisés par la pratique religieuse, ils peuvent l'être par l'expérience de la prière et de la méditation.Dans ce cas nous n'oublions pas le fait que les communautés contemplatives se recrutent encore et la prière est l'essentiel de leur vie.Restaurer la prière communautaire, c'est restaurer la vie religieuse dans ce qu'elle a, historiquement parlant, de plus essentiel, j'allais dire de plus permanent.Dans le contexte multiculturel canadien, le religieux se doit de s'identifier comme religieux compétent, responsable et présent à la prière communautaire, quand c'est possible.Nous nous rappellerons que cette culture spécifique et propre aux communautés religieuses ne s'acquiert que si le religieux, la religieuse, est relié à sa communauté.Seul et isolé, sans lien avec un groupe d'appartenance, le religieux risque d'être absorbé sinon 73 dévoré par la culture planétaire uniforme et superficielle.Comme dirait l'autre: qui s'isole, s'étiole! D'autres reconnaîtront que le groupe peut être aussi un élément de salut individuel.Tel l'oiseau menacé qui retourne à la cage, et la cage le sauve ! Nous savons que de nos jours ce sont les individus qui témoignent plutôt que les communautés; mais la religieuse, le religieux, n'est vraiment témoin que si chacun est relié d'une façon évidente et vivante à une fraternité locale.L'histoire de la culture le confirme.II.Culture atlantique et vie religieuse Existe-t-il une culture maritime, voire atlantique ?Cette culture a-t-elle quelque chose à faire avec la vie religieuse?Ces deux questions s'imposent, d'autant plus que la vie religieuse est déterminée, non pas conditionnée, par son environnement.Elle est même arrivée ici, au Canada, par la voie des mers.Héritier direct de cette première histoire si souvent racontée, Jacques Cartier, fondateur en titre de ce pays, était un marin.De plus, l’ethnologie est concluante : il existe des cultures maritimes, comme en Irlande, en Bretagne.Ces cultures particulières sont marquées par la parole plutôt que par l'écrit; elles préfèrent habituellement les récits aux idéologies.On précisera que les gens de mer, habitués aux frontières géographiques naturelles et vastes éprouvent un besoin particulier de liberté et même de nouveauté.Il n'est d'ailleurs pas indifférent à l'histoire culturelle que vos trois provinces s'appellent Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Terre-Neuve, désignant au début les îles et les côtes du golfe Saint-Laurent.Les populations maritimes sont plus nomades, en général, que les populations continentales.Elles ont le goût et l'habitude du départ; les déplacements font partie de leur vie.La mer invite au voyage.La pêche oblige.Rappelons que la proximité de la mer, surtout de l'océan avec ses trop grands espaces, ses vents, ses marées et ses nuits, fait peur et invite facilement au merveilleux et au fantastique.Les littératures celtiques ne cessent de nous le signifier.Facilement lyriques ou nostalgiques, les populations côtières paraissent plus inquiètes et plus incertaines, d'où tant de complaintes dans le seul folklore de l'île du Prince-Édouard.La mer, en soi, nous 74 relie au mystère.Elle est insondable, profonde.Elle appelle l'abîme.Pour toutes ces raisons et d'autres, nous disons en histoire de la culture qu'il existe une manière maritime d'être, de penser et de vivre: il existe une culture maritime.1.Culture et religion maritimes À la culture maritime correspond aussi une religion maritime, c'est-à-dire une manière d'identifier le Christ, de le suivre peut-être.Tout le christianisme militant a commencé ainsi.A Flatrock, Terre-Neuve, un certain 12 septembre 1984, quelqu'un d'autorisé nous l'a rappelé : « C'est de leur bateau de pêche, en mer de Galilée, que Jésus appela Simon-Pierre, Jacques et Jean, pour les inviter à participer à sa mission.Comme nous le rappelle l'Évangile: Jésus passa le plus clair de son temps à partager le quotidien, les espoirs et les épreuves du peuple.» Or ce peuple était maritime.La mer fut pour le Christ lieu d'appel, de rencontre, lieu de prédication, lieu de renvoi, lieu de miracles, lieu de retrait.«Poussez au large et jetez vosfilets pour la pêche »(Lc 5,4).Lechristianismeprimitif baignede culture maritime.La mer est un lieu sacré naturel (Éliade).Comme la montagne invite au sacré vertical, à la toute-puissance qui vient d'en haut, la mer invite au sacré horizontal; elle dit davantage l'immensité, l'infini, l'éternelle divinité secourable et exige des intercessions de longue durée, par exemple promesses, neuvaines, ex-voto.Permettez que je cite Folklore de la mer et religion (Montréal, Leméac, 1980, p.24-25), livre que j'ai écrit à la suite de multiples enquêtes en Normandie (France) et en Gaspésie (Québec), m'inspirant aussi du folklore religieux acadien qui est d'une richesse insoupçonnée.C'est un peu ce livre qui me permet de vous offrir quelques points de vue devant lesquels je vous souhaite beaucoup de liberté.Confronté au fond primordial de l'existence, à cette force indomptable qui compose avec l'ombre et le vent, le pêcheur sait ce que la mer donne et ce qu'elle ne peut pas donner.Parfois, c'est le sentiment de l'impuissance et presque du néant qui le hante; d'autres fois, c'est l'infini, l'insondable, le divin.La mer, les fleuves et 75 l'océan le mystifient et l'attirent tout à la fois; ils sont son espace sacré et maudit.Récits, prières, légendes maritimes font appel à l'au-delà, au surnaturel, à Dieu et à ses saints, mais aussi au destin, au diable, à la fatalité, à la résignation.Quand arrive la mort en mer, celle-ci prend un sens plus tragique.Elle signifie vraiment ce qu'elle était autrefois chez les peuples moins instruits: la régression, le chaos, les ténèbres.Le pêcheur sait qui est plus fort que lui.En mer, il ne siffle pas, il ne blasphème pas.si possible.Il prie, il fait des promesses et des vœux.L'habitude est d'y respecter le dimanche et les fêtes, parfois même d'y respecter les vendredis.On peut y célébrer religieusement des messes blanches.Le pêcheur a apporté son missel, un crucifix, des branches de rameau bénit, des médailles, son chapelet.Et quand survient le méchant temps, il se retrouve tout à coup dans un espace sacré forcément réduit à sa barge, à son chalutier ; c'est une lutte violente entre la mer ténébreuse et le bateau sauveur, entre le mal et le bien.Parfois, pour bénir et en même temps conjurer, il trace des signes de croix sur la mer tout comme à la maison son épouse fait des signes de croix (avec eau bénite) dans les fenêtres, au temps des orages.Il faut préciser, en commentant ce qu'on a fort justement appelé « la geste des morts en mers», que le pêcheur aspire normalement, sutout durant les moments de tempête et de danger immédiat, à retourner à la terre comme à un lieu naturel d'origine.Même si la mer apparaissait plus favorable, cet instinct demeure : qui est né de la terre veut retourner à la terre et y être enterré.Cette contradiction apparente entre l'amour de la mer et le désir inné de la terre mériterait d'être étudiée et analysée du point de vue de notre vie religieuse personnelle.De même, nous avons remarqué en ethnologie comparée que la chanson, la légende et le conte maritimes disent ce même besoin du sacré et cet instinct d'apprivoiser l'espace pour le défier ou pour s'en plaindre.La mer se prête ainsi à une spiritualité objective, telle que la foi et notre tradition religieuse nous la proposent.Le peuple s'appuie sur Dieu tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, du monde visible et invisible: Dieu premier loué, Dieu premier aimé, 76 Dieu premier servi.«Je crois en toi.Maître de la tempête», me chantait encore en 1976 le marin normand, M.Savey, à Port-en-Bessin.Il adaptait le Credo du paysan.La piété maritime aime se référer au culte des saints protecteurs, surtout se confier à la Sainte Vierge et, au Canada français, à la Bonne Sainte Anne, parfois même au diable parce qu'il a une certaine autorité sur le mal.Le folklore de la mer est inépuisable de récits, de promesses, d'objets pieux, telles des statuettes ou même de grandes statues.Ainsi, ces pêcheurs de la Nouvelle-Écosse qui érigent une statue de la Vierge au bord de la mer.À Port-en-Bessin, et ailleurs aussi, les pêcheurs arrivant ou partant en chalutier saluent Marie en passant, par sirènes ou en abaissant un des mâts de leur bateau.De cette façon, les populations maritimes, dont la pratique religieuse s'avoue plutôt épisodique, ont, et j'oserais dire, presque naturellement le sens de l'adoration et du mystère; elles éprouvent un besoin instinctif de croire et d'imaginer.Non pas ce besoin moindre de tout discuter, de tout justif ier, de tout rationaliser qui est souvent le propre des vieilles cultures continentales, mais un besoin de raconter, de s'étonner aussi, de rêver.Si les populations maritimes ont un sens aigu du récit et de l'émerveillement, elles deviennent vite et facilement superstitieuses.Cela s'exprime dans leurs rites saisonniers et surtout durant leurs pêches au large : défense de blasphémer, récitation du chapelet au moment du danger.À la manière du paysan qui attend tout de la mer qui est à la fois sa mère nourricière et son lieu de défi.D'où tant de proverbes maritimes sur la prière : Qui veut apprendre à prier, qu'il aille en mer.Si tu vas en guerre, prie une fois; si tu vas en mer, prie deux fois.2.Vie religieuse maritime La question délicate qui se pose à nous : existerait-il aussi une manière maritime, atlantique, de concevoir et de vivre la vie religieuse ?77 Il ne s'agit pas d'exclure, mais simplement de spécifier.Au plan de la vie religieuse communautaire qui est la nôtre, cette question se pose d autant plus que plusieurs d'entre nous avons reçu une formation que j'appellerais davantage continentale.1.Bien sûr, la vie religieuse s'appuie moins sur nos origines géographiques que sur l'appel du Christ à le suivre.Mais nous aimons, une fois encore, nous rappeler que les premiers apôtres furent liés à la mer.«Viens, laisse tes filets, suis-moi, tu seras pêcheur d'hommes», sans oublier Pierre marchant sur les eaux et ses pêches réussies grâce aux judicieux conseils du Seigneur.Ce rappel de nos origines maritimes demeure un stimulus puisque dans notre vie consacrée les récits bibliques jouent un grand rôle.2.En plus, nous n'oublions pas que la voie maritime a été pour les premiers religieux de ce pays non seulement un espace de vie mais aussi, et jusqu'au milieu du XXe siècle, leur plus importante voie d'accès à l'Europe et même à l'intérieur du pays.Ce n'est pas un hasard que le Canada catholique devienne vite un pays missionnaire comme d'autres pays maritimes: je pense à la Hollande, à l'Irlande.Nos communautés missionnaires sont, en général et en particulier, généreuses et larges comme l'Atlantique.Nous nous devons de demeurer ainsi: apostoliques et missionnaires.Et, à moins d'appartenir à cette vocation spéciale qu'on appelle la vocation contemplative qui devient aussi celle des malades et des religieuses plus âgées, nous avons à vivre l'aventure en haute mer.Souvenons-nous de ces premiers marins basques, bretons, et des autres venus ensuite de France, d'Irlande et d'Angleterre: hommes et femmes des grands courages et des fiertés méritées.Ces gens nous rappellent, à leur façon, les exigences de nos vies.La communauté religieuse, en cette fin de siècle, vogue aussi sur une mer houleuse.La mer, nous l'avons dit, est à la fois un lieu de risques et de défis.Qu'allons-nous faire ?Le Christ a déjà répondu ! Courage ! N'ayez pas peur ! Allez au large ! 3.Il y a en outre la prière.Existe-t-il aussi une prière maritime ?«Jette une pierre dans la mer et elle s'enfonce, dit un sage.Mets-la sur un radeau, elle traversera l'océan à mesure que le vent viendra.78 Ainsi si nous nous appuyons sur la prière, nous traverserons la mer sans nous enfoncer malgré toutes les tempêtes possibles.» Il est certain que les peuples maritimes ont eux aussi, à leur manière, une grande confiance en la prière, surtout en la prière de demande; ils ont leurs saints protecteurs.Mais souvent leur prière, si intense soit-elle, est davantage intéressée et remplie de crainte.Il est à souhaiter que la religieuse, le religieux cultive une spiritualité et une prière plus filiale.Cela nousamèneà unedimension importante et souhaitable d'une prière atlantique.Sans exclure les autres formes de prière et de piété plus subjectives, nous espérons que les religieux d'ici accorderont une faveur spéciale aux psaumes cosmiques et aux psaumes de louange avec la pensée première d'adorer Dieu.Tout de suite je donnerais en exemple la magnifique homélie de Jean-Paul II à Pleasantville, le 12 septembre 1984, une sorte d'hymne à la création.Comme religieux, nous nous devons en effet de cultiver la gratuité, l'adoration, et d'offrir à Dieu une prière généreuse, comme la spiritualité d'une vigile pascale qui nous invite à penser au passage merveilleuxde la mer Rouge.Souhaitons aux religieuses et aux religieux de cette région une piété large, greffée sur le spectacle de la mer, pas trop introspective.Encore une fois, la prière d'Église nous offre d'admirables modèles de prières enclenchées sur la nature et l'événement historique.4.Nous avons parlé de l'hospitalité proverbiale des populations côtières.L'accueil ou l'hospitalité est un autre élément de la vie religieuse communautaire.Toutes les premières communautés pratiquaient l'accueil, le respect du voyageur.Encore aujourd'hui, la communauté-mère de toutes les communautés religieusesd'Oc-cident, les Bénédictins, pratique au plus haut point l'hospitalité.Cela veut dire, d'une part, que nous dépasserons sans cesse les bornes de la partisannerie, quelle qu'elle soit, pour accueillir les autres à la manière de l'hospitalité maritime.Cela veut dire aussi l'accueil des ethnies à qui l'on offrira un milieu humain et non pas seulement des structures.Nous nous souviendrons que l'accueil des immigrants est une urgence évangélique à laquelle la mer et ses ports ne cessent de nous faire penser.5.Par sa mobilité et en même temps sa stabilité, par ses vagues de fond venant annuler la force apparente des vagues en 79 surface, la mer nous invite à faire confiance à l'avenir malgré les apparences.La mer est réalité et parabole quotidiennes de nos vies en même temps qu'enseignement et avertissement.Quelle merveilleuse enseignante que la mer ! Devant les sorties des sujets, les vides qu'ils ont créés, la manque de vocation, il nous arrive d'avoir peur.Il nous arrive comme jadis Pierre qui a pêché toute la nuit sans rien prendre, de nous enfermer sur nos doutes et nos fragilités, de nous enfoncer et de nous écraser face à la T.V.Il appartiendra désormais, et surtout aux individus, de promouvoir l'espérance.Une seule religieuse, un seul religieux, qui espère malgré tous les doutes et toutes les tempêtes, est pour sa communauté un phare allumé dans la nuit.Le phare rassure, protège et guide.Telles sont les réflexions qui nous viennent à l'esprit à propos de la culture maritime lorsque le religieux désire incarner sa spiritualité dans son milieu immédiat, à la manière du Christ, lui qui n'a jamais hésité dans sa prédication à faire référence à la mer.Après toutes ces considérations sur la culture au Canada, sur la culture en milieu atlantique et sur la vie religieuse, j'aimerais améliorer ce que je vous ai dit en citant deux textes de Jean-Paul II, dont le premier a été dit en cette région atlantique, à Front Mountain Road, le 13 septembre 1984: Nous sommes un peuple en marche.Nous travaillons ici-bas avec courage, de toute la force de notre amour, pour instaurer un monde nouveau, plus ouvert à Dieu, plus fraternel, qui offre quelque ébauche du siècle à venir (cf.Gaudium etSpes, n° 39,2).Gardons-nous d'oublier la plénitude à laquelle Dieu nous appelle ! Dans une de ses homélies au Chili (jeudi, 2 avril, 1978, DC, n° 1939, p.480), le même Jean-Paul II commente : Notre Seigneur Jésus-Christ est vivant et présent dans son Église.Le Christ est avec nous, aujourd'hui et toujours.Nous ne sommes pas seuls dans notre mission : le Christ est la tête de son Église ; il est celui qui la sanctifie et la gouverne; c'est lui qui agit par l'intermédiaire de notre ministère.80 Devant les difficultés qui chaque jour vous assaillent dans l'œuvre d'évangélisation, n'oubliez pas que Dieu, notre Père, ne laisse jamais seuls ceux qui se sont donnés à lui et qui ont tout quitté pour le suivre.Voyant qu'ils se fatiguaient à ramer, car le vent leur était contraire, vers la quatrième veille de la nuit, il vint à leur rencontre en marchant sur la mer et il allait les dépasser.Mais Jésus leur parla et il leur dit : « Confiance, c'est moi, n'ayez pas peur.» Et il monta avec eux dans la barque et le vent tomba.»(Mc 6,48-51 ).Au moment de conclure cette rencontre, j'éprouve du réconfort à rappeler cette scène de la vie de Jésus avec ses apôtres : il est avec nous.Soyez remplis de confiance et de gratitude.«C'est moi, n'ayez pas peur ! » Ce sont les mots que le Seigneur continue à nous dire en ce moment, qu'il ne cesse de nous répéter quand nos forces faiblissent.Aujourd'hui aussi, le Christ domine les tempêtes et les vents contraires.Il est avec nous dans la barque et, quand il nous demande de faire l'effort de ramer, il nous donne l'assurance que la barque ne coulera pas, car il est présent avec toute sa puissance.En lui — et seulement en lui ! — nous devons mettre notre foi et notre espérance.Peuple en marche : Bon voyage ! 81 Une formation centrée sur la personne Georges Perreault, o.p.* I.Par delà l'approche centrée sur le projet Les limites de cette approche On connaît mieux maintenant les limites de la démarche de formation centrée sur le projet de vie et de service.De par son orientation même, cette démarche promeut davantage le travailleur dévoué au service d'un projet que la personne censée vivre ce projet.C'est là d'ailleurs une implication fonctionnellement inévitable de cette approche apparentée à la sélection professionnelle; car, tout en se voulant attentive aux personnes, elle les considère systématiquement comme du personnel appelé à accomplir des tâches et à remplir des postes, dans un contexte où la productivité est appelée à l'emporter sur la croissance.Dans sa cohérence interne, cette démarche s'intéresse de façon prioritaire aux aptitudes et aux capacités d'apprentissage d'un candidat, et ne rejoint que de façon dérivée les motivations et tout l'univers affectif de la personne.Elle est donc mieux équipée pour faciliter l'apprentissage d'un rôle que pour favoriser la croissance personnelle.En conséquence, elle permet peut-être de vérifier efficacement le degré de correspondance d'un candidat à un ensemble de tâches et de conditions de vie; mais elle ne peut vérifier adéquatement l'accord entre les attentes légitimes et nécessaires de la personne *216, rue de l'Église, Saint-Sauveur-des-Monts, Qc JOR 1 RO.82 et ce que celle-ci se fait vivre effectivement dans l'accomplissement de son projet de vie et de service.La même optique hypothèque pareillement toute forme de gouvernement en Église qui se soucie plus de l'efficacité administrative et apostolique des pasteurs que de leur mieux-vivre humain et spirituel.Passage à une approche centrée sur la personne Une illustration va permettre de mieux comprendre le caractère spécifique de l'approche centrée sur la personne, en montrant clairement comment elle se distingue de l'approche centrée sur le projet.Qu'on suppose un candidat présentant des conditions comme les suivantes : — il veut décidément vivre pour le Christ; — il manifeste un besoin et un désir réels de la prière; — il anime déjà assez bien des célébrations liturgiques; — il peut faire des homélies doctrinalement étoffées, qui rejoignent le peuple de Dieu ; — il montre de l'initiative et de l'efficacité dans l'accomplissement des tâches de ministère qui lui sont confiées ; — il est attentif aux pauvres, aux démunis, etc.Ne se trouve-t-on pas devant des signes révélateurs d'une vocation particulière en Église, comme prêtre ou religieux?Et pourtant, en stricte logique, que peut-t-on conclure de ces manifestations ?Tout simplement ceci ; — que cet homme veut vivre pour le Christ : ce à quoi est appelé tout chrétien, sans avoir besoin d'être prêtre ou religieux; — qu'il est un priant: comme doit l'être aussi tout chrétien, chacun à sa manière; — qu'il est un bon animateur de célébrations : cela suffit-il pour en faire un bon prêtre ou un bon religieux?— qu'il pratique bien l'homélie : est-il plus qu'un bon communicateur croyant ?— qu'il vit une charité évangélique : le prêtre ou le religieux en a-t-il le monopole ?83 Qu'on ne s'y trompe pas: il ne s'agit pas ici de distinctions dialectiques, mais du discernement d'un enjeu fondamental.En effet, à partir de ces manifestations, et de bien d'autres du même genre, on sait ce que cet homme est capable de faire, et de bien faire : mais que sait-on de ce qui se vit en lui à l'occasion de tout ce qu'il fait ainsi?Comment vérifier si, ce faisant il se fait vivre non seulement sa condition de croyant, mais aussi l'ensemble des conditions qui caractérisent l'être même d'un prêtre ou d'un religieux ?Dans un passé encore tout récent, n'a-t-on pas déjà trop rapidement pris des manifestations chrétiennes généreuses, ou des dispositions humaines favorables, pour des signes de vocation religieuse ou sacerdotale ?II.Formation et vérification centrées sur la personne La question-clé Pour se protéger contre les ambiguïtés d'une démarche centrée sur le projet, il faut d'abord poser lucidement la question la plus fondamentale concernant tout candidat à la vie religieuse ou sacerdotale.Rappelons que, dans la perspective axée sur le projet, cette question se formule à peu près comme suit: — Cet homme a-t-il ce qu'il lui faut pour accomplir les activités propres à un prêtre, à un religieux?— Sera-t-il capable de s'adapter aux conditions de vie exigées pour l'accomplissement de ces activités?— Parviendra-t-il à se sanctifier en exécutant ces activités et en assumant ces conditions de vie ?Dans la perspective centrée sur la personne, la question fondamentale pourrait s'exprimer dans les termes suivants : — Quel est le projet de Dieu inscrit dans la réalité de cet homme ?— Quelles sont les exigences et les attentes découlant de sa réalité ainsi envisagée?84 — Quel projet d'Église répondra à ces exigences et à ces attentes pour permettre à cet homme d'actualiser au maximum le projet de Dieu sur lui ?En somme, c'est la question qu'on posait au sujet de Jean-Baptiste : «Que sera donc cet enfant ?» Pour répondre aux attentes de Dieu sur chacun de ses enfants, ne pourrait-on pas s'interroger de la même manière à l'égard de tout fils d'homme, et en particulier à l'égard de quiconque se présente comme candidat possible à la vie religieuse ou au sacerdoce?Le projet de Dieu inscrit dans la réalité de la personne On trouvera peut-être téméraire de prétendre découvrir le projet de Dieu dans la réalité de la personne du candidat.Mais n'est-il pas plus téméraire encore de réduire ce projet de Dieu à la capacité pour cet homme d'accomplir des activités d'Église, si nobles soient-elles, et d'assumer des conditions de vie censément aptes à assurer sa sanctification personnelle ?Ce faisant, on identifie pratiquement l'appel de Dieu en lui à la réalisation d'un projet de vie et de service en Église, sans avoir pourtant vérifié si ce que cet homme se fera vivre en accomplissant ce projet correspond vraiment à ses exigences et à ses attentes les plus significatives.Exigences et attentes chez le candidat Peut-être aussi se méfie-t-on du subjectivisme inévitable attaché aux exigences et attentes personnelles du candidat.Mais tout en se fondant sur des considérations aussi objectives qu'on voudra, toute décision, dans la mesure précise où elle est personnelle, doit assumer la subjectivité de celui qui décide.Pourquoi alors redouterait-on une démarche de vérification qui se propose justement de sonder et de filtrer cette subjectivité ?Autrement, on escompte une plus grande objectivité du fait qu'on se centre sur un projet socialement défini ; mais ne risque-t-on alors d'escamoter à son insu des influences subjectives qui, justement parce qu'elles ne sont pas prises directement en considération, vont s'infiltrer encore plus subtilement dans le processus de décision ?85 Et puis, ceuxqui, au nom de l'Église, accompagnent le candidat dans la démarche de formation et de vérification, auront, eux aussi, à prendre des décisions à leur propre niveau.Qui les assure que leur subjectivité n'introduira pas d'interférences indues dans leur propre fonctionnement, s'ils ne vérifient pas continuellement leurs propres attentes et exigences à l'égard de chaque candidat?Toutes fondées qu'elles soient au nom d'une juste prudence, les réserves touchant les risques de la subjectivité ne suffisent donc pas pour discréditer une démarche de vérification centrée sur la personne.D'ailleurs, Dieu lui-mêmetientcomptedetoutcequ'ilya de plus subjectif dans la personne en choisissant ses serviteurs à qui il confie missions et ministères.Le projet de Dieu dans la réalité unique de chacun Chacun, en effet, est le fruit d'une parole par laquelle Dieu le crée et l'appelle à une rencontre absolument unique, d'où rayonnera un service d'Église comportant des résonnancestoutaussi uniques, malgré les ressemblances des ministères.Car nul n'est religieuxou prêtre comme représentant d'une catégorie générale, mais chacun devient tel religieux, tel prêtre, comme fruit de son histoire personnelle; histoire au cours de laquelle il assume et fait fructifier librement la parole de Dieu qui, à tout instant, l'appelle intérieurement à travers les événements.Bien loin de s'égarer dans les méandres de la subjectivité, la démarche de vérification des exigences et des attentes de la personne peut adhérer de plus en plus intimement à l'appel de Dieu tel qu'il se manifeste dans la réalité concrète de la personne, à travers le cheminement de son histoire personnelle.Projet de Dieu et projet d'Église C'est dans le prolongement de cette histoire que devra s'articuler le projet d'Église correspondant le mieux aux exigences et aux attentes du candidat.Ce projet devra être tel qu'il offre un lieu 86 privilégié d'investissement du projet de Dieu que cet homme est en train de faire fleurir en lui-même.En poursuivant l'actualisation du projet de Dieu en lui, cet homme actualisera du même coup le projet de vie et de service qui lui est proposé en Église.C'est cette continuité dynamique «projet de Dieu — projet d'Église» chez le candidat que se propose de vérifier l'approche centrée sur la personne.III.Comment opérationnaliser la question fondamentale Principe méthodologique Il ne suffit pas de définir en termes généraux la question fondamentale concernant tout candidat au sacerdoce ou à la vie religieuse.Ilfautencore la préciser de manière tellequ'on ne puisse faire autrement que d'en découvrir la réponse, positive ou négative, avec une probabilité suffisante pour engendrer une certitude morale.Car on ne peut s'attendre à trouver une réponse significative à une question dont on ne sait trop soi-même ce qu'elle demande, parce qu'elle est posée en termes trop vagues pour déboucher sur une réponse identifiable.La question doit donc être formulée en termes tels que la démarche de vérification soit elle-même vérifiable; et elle ne le deviendra que dans la mesure où l'on peut identifier concrètement les activités ou les opérations par lesquelles on effectue cette vérification.La question fondamentale, avec toutes ses sous-questions, doit donc se traduire par des opérations directement vérifiables par leur utilisateur, comme aussi par quiconque collabore à cette démarche de vérification.C'est ainsi qu'on peut opérationnaliser une question, c'est-à-dire la réduire à un ensemble d'opérations identifiables et vérifiables par n'importe quel observateur.Application Comme toute vérification doit aboutir à un résultat identifiable, quel est donc le résultat escompté dans la démarche de vérification 87 centrée sur la personne ?Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce n'est pas que le candidat apprenne d'abord à bien prier, à mener une vie fraternelle authentique, à devenir bon animateur de la communauté chrétienne, à se soucier des pauvres, etc, même si tous ces objectifs sont éminemment valables et pratiquement indispensables.Ce qui compte encore plus que tous ces acquis éventuels, ce qui leur confère leur pleine signification comme fruits de croissance et signes de vocation, c'est le fait dûment vérifié que, à travers ces activités excellentes en soi, le candidat entre de plus en plus en possession de lui-même.Car, à l'occasion de toutes ces facettes de sa vie et de son ministère, il doit se construire lui-même; il doit identifier de mieux en mieux les véritables motifs de son agir, pour améliorer ceux qui sont valables et qui le construisent, et pour corriger ou rejeter les autres, qui compromettent sa croissance; il doit apprendre à toujours mieux mesurer la correspondance ou l'écart entre ce qu'il se propose de vivre et ce qu'il vit effectivement ; et la litanie de ces conditions peut se poursuivre indéfiniment.Trop souvent, en effet, on prend comme critère d'évaluation ou de vérification la qualité des activités spirituelles ou pastorales elles-mêmes, couplées avec leur efficacité, particulièrement lorsque leurs fruits extérieurs socialement observables sont bons.On ne semble même pas se rendre compte que ce qu'on est en train d'évaluer, ce n'est pas le candidat en lui-même, mais le rôle qu'il remplit ; on évalue ses activités en relation avec leurs objets, au lieu de les garder en relation avec l'homme qui les pose.Or, pour évaluer un candidat à la vie religieuse ou au sacerdoce, il ne suffit pas de vérifier la qualité des activités qu'il accomplit et le bien qui en résulte pour les autres: mais il faut surtout vérifier le bien qu'il se fait — ou ne se fait pas — à lui-même par ses propres activités.À quoi lui sert le fait d'observer correctement les conditions de sa vie et d'assurer l'efficacité de son agir, s'il n'en devient pas meilleur pour autant ?Et il n'est pas du tout assuré ni évident qu'il se fait automatiquement du bien en agissant bien : on sait désormais que, même en posant des gestes bons en soi, on peut alimenter en 88 soi des dispositions néfastes, tout comme on peut se causer un tour de reins en portant une aide maladroite à quelqu'un dans le besoin.Formulation opérationnelle de la question fondamentale Pour rejoindre la réalité du candidat dans sa vie la plus quotidienne, on peut lui suggérer de garder constamment à l'esprit une question aussi simple que celle-ci : « Qu'est-ce que je me fais vivre en faisant ceci ou cela ?» Question qui peut paraître simpliste, mais dont l'efficacité s'avère redoutable à la longue: il suffit, pour s'en convaincre, d'en faire l'expérience soi-même.Nulle introspection laborieuse n'est nécessaire ici : il suffit de laisser ouverte cette question, qui empêche qu'on se braque sur ce qu'on fait au point de se perdre de vue soi-même en le faisant.Aucun risque de narcissisme non plus, car cette attention à soi-même oblige à un effort croissant de vérité, dont on préférerait souvent se dispenser en s'étourdissant dans des relations dispersantes, ou en se perdant de vue dans un travail absorbant, même exténuant.Un apprentissage systématique de l'art de vivre avec cette question engendre progressivement une attitude tonifiante, qui fait déceler de mieux en mieux les tensions et les pressions indues, qui révèle les sophismes résultant des détours d'une affectivité mal intégrée, et suscite une exigence de cohérence avec laquelle on ne peut tricher sans s'en apercevoir.Cette volonté de vérité sur soi-même offre à la grâce de Dieu un lieu privilégié d'action aboutissant à un effort de conversion évangélique jamais achevée.Pour la plupart des prêtres et des religieux, cette attitude pétrie de la grâce divine peut engendrer des fruits d'insight et d'assainissement aussi valables que ceux d'une psychothérapie, dont on peut ainsi faire l'économie, en même temps qu'on vit une démarche de vérification personnelle décidément unifiée.La pédagogie de la démarche amorcée par cette question fondamentale s'identifie pratiquement avec le processus même de 89 la formation, mais centré sur la personne et non sur le projet.Aussi n'est-il pas possible d'en offrir ici même une épure simplifiée.D'ailleurs, cette démarche s'apprend incomparablement mieux par une expérience personnelle que par tous les cours et sessions imaginables.Et l'avantage de cette démarche réside principalement dans le fait que son apprentissage ne requiert aucune compétence spéciale, mais exige une sincérité croissante dans la poursuite de sa vie quotidienne.IV.Quelques implications de la démarche centrée sur la personne La croissance avant l'efficacité Il ne faut pas se surprendre si cette démarche procède souvent à rebours de la démarche centrée sur le projet.Tout d'abord, elle renonce décidément à toute efficacité à court et à moyen terme.En effet, comme elle s'occupe avant tout de la personne et de sa croissance, elle ne vise pas en premier lieu la réalisation d'un projet de vie et de service.Elle en tiendra compte, bien sûr, en vue de mesurer chez un candidat sa capacité non pas de le réaliser, mais de se réaliser lui-même en regard du projet.Elle prend encore en considération le projet comme point de référence en fonction duquel elle vérifie ce que le candidat se fait vivre face aux exigences du projet, avant de se demander dans quelle mesure il parviendra à l'accomplir.Elle voit aussi dans le projet un lieu de vérification de la manière dont le candidat apprend à se prendre en mains pour pouvoir s'engager et se donner de mieux en mieux: moyennant quoi il deviendra progressivement capable d'accomplir efficacement ce projet.Une efficacité à long terme mieux garantie Par conséquent, dans la mesure même où le candidat apprend à se prendre en mains à l'occasion des exigences du projet, il devient capable d'accomplir de mieux en mieux les tâches commandées par ce projet, qu'il réalisera alors avec une efficacité croissante.90 Car il saura toujours mieux identifier ses énergies et ses limites, se protégeant contre celles-ci en appliquant celles-là; il sera attentif aux signaux intimes provenant de tout son être, ce qui l'habilitera à adapter constamment son effort à ses capacités réelles, évitant ainsi de laisser grandir en lui des tensions néfastes.Cette priorité accordée à la personne s'avère la meilleure garantie à long terme d'une productivité qui, loin d'épuiser le serviteur de l'Évangile, lui sert de point de référence et de point d'application pour vérifier et alimenter constamment sa propre croissance.Dans cette perspective, l'efficacité n'est donc pas sacrifiée à un culte narcissique de la personnalité, mais elle reste subordonnée à la croissance de la personne au lieu de la dominer, comme il arrive trop souvent lorsqu'on se centre sur un projet.Par conséquent, l'efficacité cesse d'être un objectif pour devenir ce qu'elle doit être effectivement: la conséquence ou la résultante d'une croissance qui, elle, demeure vraiment l'objectif premier.Un équilibre personnel mieux assuré Les investissements en énergie, en temps, en argent et en personnesque commande cette perspective centrée sur la personne s'avèrent, à la longue, plus rentables à tous égards que ceux requis par l'approche centrée sur le projet.Car les futurs prêtres et religieux y apprennent à identifier à temps les dépenses abusives d'énergies et les accumulations de tensions qui résultent inévitablement d'un souci de productivité, qui finit trop souvent par l'emporter sur le respect fondamental de soi-même.Pareillement, cette attention à soi-même, aux exigences de l'appel de Dieu indentifié en sa propre personne, rend le candidat capable de déceler sans tarder les erreurs d'aiguillage ou les écarts de conduite qui l'achemineraient vers des impasses ou vers des déviations devenant vite irréversibles.91 Les principaux fruits de cette approche sont la lucidité concernant les grands enjeux de la vie, et la cohérence dans l'aménagement de son vécu en regard de tels enjeux : lucidité et cohérence qui permettront d'éviter les tensions menant au burn out, et de se prémunir contre les écarts entraînant des situations regrettables au plan moral et spirituel.Que de souffrances physiques et morales, que de situations douloureuses, pourraient être évitées grâce à un apprentissage approprié de cette lucidité et de cette cohérence! L'approche qui promeut cette attention à soi et qui favorise un tel apprentissage s'avère donc décidément fructueuse à long terme, probablement plus que l'approche centrée sur le projet.En effet, cette dernière résiste difficilement à la tentation d'obtenir le plus tôt possible, même au prix de dépenses personnelles d'énergies mal mesurées, une productivité qui tend à empiéter de plus en plus sur les besoins pourtant les plus fondamentaux de la personne.Et ce sera plus tard, quand des prêtres et des religieux seront prématurément usés, qu'on devra faire les coûteux investissements dont on croyait pouvoir faire l'économie au début de la formation.V.L'apprentissage de la démarche centrée sur la personne Sans pouvoir entrer ici dans des développements relatifs à la pédagogie de cette démarche, il est quand même possible d'indiquer les principaux points concernant son déroulement.Au départ, un débroussaillage initial doit permettre de vérifier de façon sommaire si le candidat dispose des aptitudes et des motivations qui, à première vue, lui permettent d'entrer dans un processus systématique de vérification et de formation.On le met à l'essai, en lui proposant des sous-objectifs reliés aux conditions de vie et de service du futur prêtre ou religieux.Mais on reste attentif, non pas aux fruits d'efficacité qu'il pourra produire, mais plutôt à la façon dont il s'y prend pour les produire.92 Par-dessus tout, on cherche à vérifier ce qui se vit en lui à l'occasion de ses activités débouchant sur cette productivité minimale.Par exemple, en abordant l'examen de ses motivations, il faut savoir se méfier des « bonnes réponses » parfois fournies par des candidats qui n'ont même pas encore une idée suffisante des vraies questions impliquées dans ce qu'ils font.La démarche centrée sur la personne s'applique tout spécialement en regard des images simples, souvent simplistes, que des candidats entretiennent sur eux-même et sur la réalité de la vie religieuse ou sacerdotale.La démarche critique de cette approche permet de vérifier de façon déjà fort significative la qualité intime de la personne du candidat, et offre un terrain d'essai fort précieux pour mettre davantage au point l'approfondissement ultérieur du processus de vérification et de formation.Ce faisant, on élabore un bilan des énergies et des limites du candidat, d'où émerge progressivement un pattern dynamique de plus en plus précis : c'est ici qu'on commence à rencontrer la réalité intime du candidat, révélant peu à peu ce qu'on peut appeler le projet de Dieu inscrit dans sa réalité même.À mesure que le candidat s'essaie à appliquer ses énergies à ses diverses activités, on découvre avec lui comment il peut s'intégrer peu à peu à même l'exercice de ses activités quotidiennes.L'esquisse de ce pattern dynamique projette le candidat vers un certain type d'intégration de lui-même dans l'accomplissement de lui-même à travers des tâches déterminées.On cherche alors quel pattern de tâches et de conditions de vie répond le mieux aux attentes de ce pattern dynamique émergeant de sa réalité personnelle.C'est là qu'on peut se rendre compte si le projet d'Église qui lui est proposé vient s'aligner sur le projet de Dieu qui se révèle progressivement en lui.L'expérience finit par confirmer jusqu'à quel point l'articulation projet de Dieu — projet d'Église peut se réaliser: la réponse à cette vérification toujours plus poussée confirme alors la présence ou l'absence de l'appel de Dieu à tel type de vie et de service en Église.93 VI.Stages d'apprentissage de cette démarche Il est trop évident que cet apprentissage ne peut s'effectuer par des cours théoriques, non plus que par des sessions rassemblant des groupes nombreux.La meilleure façon d'acquérir les données théoriques sous-jacentes reste encore l'induction réalisée par chacun à partir d'une expérience toute personnelle, pratiquement irréalisable dans un groupe où le centre d'attention ne serait plus l'individu avec son expérience personnelle.De plus, cet apprentissage gagne à s'effectuer dans un contexte où le quotidien le plus banal en est l'aliment, sans recourir à des exercices coupés de la vie de tous les jours.Car si l'on n'est pas capable d'appliquer au vécu quotidien cette approche centrée sur la personne, on sera encore bien moins capable de l'appliquer au vécu d'un candidat à la vie religieuse ou au sacerdoce.Car ce sera encore à même la vie quotidienne la plus ordinaire que devra se faire la vérification de l'appel de Dieu en lui, puisque cet appel s'identifie en définitive à sa réalité telle que vécue dans son histoire de chaque jour.Enfin, un accompagnement personnel, attentif à la réalité de chacun, est des plus précieux pour faire actualiser cet apprentissage à même le quotidien.94 Travail apostolique et vie de prière : divorce ou réconciliation ?Jean-Marc Dufort, s.j.* De nos jours plus que jamais, le religieux autant que le prêtre ou le laïc engagé dans l'action apostolique se pose l'éternelle question: comment concilier ma vie de prière et mon activité apostolique ?Et surtout, comment unir l'un à l'autre dans la pratique de la vie ?Bien des traits de la vie spirituelle s'opposent diamétralement, semble-t-il, à l'activité dévorante qui caractérise, d'ordinaire, le travail apostolique d'aujourd'hui.La vie intérieure — on l'a souvent dit et redit! — a besoin, pour s'épanouir, de silence, de recueillement, de solitude, d'union à Dieu.La vie apostolique, de nos jours, multiplie ses activités, élargissant le champ de ses interventions à la mesure de besoins très diversifiés: elle cherche les contacts avec tous les milieux.Elle exige aujourd'hui de nouveaux modes de présence au monde, une réelle sensibilisation à sa culture et à son langage qui rendent indispensable la connaissance et l'usage critique des moyens de communication : journaux, radio, télévision, revues d'opinion.Le rythme accéléré de la vie avec ses changements d'activités, ses réunions socio-culturelles déplacées vers le soir, son intérêt à l'égard des problèmes mondiaux dont le nombre a décuplé ces derniers temps, exige de l'ouvrier apostolique d'aujourd'hui un effort de concentration, une capacité d'attention, une endurance qui utilisent souvent au maximum ses forces vives.On aura beau dire: théoriquement il n'existe aucune opposition entre ces deux aspects d'une même vie; il appert que la pratique dément la théorie.* C.P.500, Trois-Rivières, Qc G9A 5H7.95 Aussi bien ne proposerons-nous pas de solution toute faite en comparant des notions théoriques : ce serait évidemment se mettre en-deçà de la question.Il existe au surplus des ouvrages spécialisés capables de satisfaire en ce domaine les esprits désireux d'en savoir davantage.En revanche, il paraît urgent, au sein d'un monde en pleine mutation, désormais habitué aux évaluations systématiques et aux bilans de toutes sortes, dans lequel l'histoire s'accélère vertigineusement, d'une part de réviser dans un discernement « priant » nos options et nos orientations apostoliques et d'autre part de nourrir nos activités aux sources d'une vie spirituelle dont nous savons qu'elle est, selon le mot bien connu, « l'âme de tout apostolat ».Cette révision, que nous voudrions simplement faciliter aux ouvriers apostoliques d'aujourd'hui, prendra la forme de suggestions inspirées par l'évangile et rapprochant ces deux réalités souvent étrangères l'une à l'autre pour tenter de les intégrer dans la pratique.I.Voie d'accès indirecte Une règle d'or Et d'abord, posons ceci : l'apôtre doit à tout prix garder intacte sa vie intérieure.Nous l'avons dit tantôt : l'accélération du rythme de vie chez nos contemporains risque d'entraîner dans son tourbillon l'ouvrier apostolique tant soit peu irréfléchi, de le dévorer psychologiquement.Cet envahissement progressif, l'homme vraiment intérieur le vaincra en donnant à la prière le temps requis, et même davantage.Allons plus loin : disons mêmeque la multiplication ou l'accroissement des activités apostoliques accroît, dans la même proportion, le besoin d'une prière plus intense chez l'apôtre conscient du caractère surnaturel de son travail auprès des hommes.Faute de quoi celui-ci se voit condamné à n'être plus qu'«un airain qui sonne, ou une cymbale qui retentit»; tous ceux qu'anime le sens de l'authentique ne s'y trompent pas.Aux ouvriers apostoliques surmenés, vidés par des excès de zèle que la discrétion ou la simple prudence souvent réprouvent, Dieu adresse toujours des avertissements au moyen d'épreuves, de lumières intérieures, de conseils avisés.S'ils sont 96 vraiment attentifs à ce langage de l'Esprit-Saint, ils sentiront en eux le besoin de rencontrer plus souvent leur Seigneur, de s'unir davantage à lui certains jours, afin de maintenir le contact les autres jours, alors que le temps de la prière est forcément réduit.Difficulté d'appliquer cette règle d'or et ses conséquences La difficulté toujours croissante à concilier les mille et une activités d'une vie apostolique avec les exigences de la prière accentue davantage la menace de divorce.Après quelques années d'expériences infructueuses d'aucuns seraient tentés de dire: «Pourquoi donc aspirer à être si intimement uni à Dieu puisqu'on est à peu près certain, aussitôt lancé dans l'action, de le perdre de vue?Pourquoi tant s'évertuer à rejoindre par la prière le plan de la foi, alors que dans l'activité apostolique les tendances naturelles, les vues humaines — et jusqu'au tempérament — reprennent presque sans coup férir le dessus»?Telles sont les pensées qui, sans toujours se formuler aussi clairement, obsèdent certains esprits en milieu apostolique.D'ordinaire on réprouve les excès trop évidents de ceuxqui, saisissant le prétexte de la difficulté, réduisent la prière au rang d'une activité mineure ou insignifiante.On n'en continue pas moins de garder ces questions par devers soi, sans s'occuper davantage d'y répondre.Le résultat le plus net de cette demi-lutte dans le clair-obscur de soi-même, est un sentiment de frustration, de lassitude et, pour tout dire, de médiocrité.Nous sentons qu'à force d'être tiraillés entre ces deux extrêmes nous risquons d'abandonner la lutte ou peut-être même d'éclater.On ne saura jamais combien de prêtres, de religieux ou de laïcs voués au service de Dieu ont renoncé tout simplement à leur vie de prière, faute d'avoir une fois pour toutes éclairci ce problème.Que faire donc?D'abord ne pas se rendre complice de ses propres tendances ; ne pas donner tête baissée dans l'activisme.Du seul point de vue de l'efficacité naturelle, la précipitation est mauvaise : elle fatigue sans rien achever.Ensuite, s'asseoir, compter les heures de travail de la journée et le temps requis par les tâches essentielles.Y a-t-il place pour des travaux autres que ceux qui sont strictement imposés?En ce cas on se demandera ce que le Seigneur et le 97 service du prochain exigent d'abord de nous.Ce choix des tâches plus urgentes, choix qui exige le recours à Dieu et appelle un discernement, s'accomplit dans la foi.Il suppose déjà une certaine familiarité avec le Seigneur, un désir de le joindre.Consulter ainsi Dieu, le mêler constamment à «ses propres affaires», c'est déjà, remarquons-le, de la prière.La prière apostolique, dont un Ignace Loyola était si familier, apparaît alors non comme un moyen de freiner l'action, mais de la discipliner en lui faisant sortir tous ses effets.L'apostolat joue ainsi son véritable rôle : il sanctifie celui qui l'exerce et par là même, transforme le monde.Un cas extrême qu'il est bon d'entrevoir Parfois cependant la vie se déroule à un rythme tel que la considération même de l'action à faire ou la libre disposition des activités s'avèrent impossibles.Trop d'imprévus aussi rendent impraticable une juste répartition du temps entre la prière et le travail.On voudrait bien unir harmonieusement l'un et l'autre, ne rien négliger, mais le temps manque — ou parfois les forces — même pour cela.Il ne reste plus alors qu'à trouver Dieu au sein même de cet excès — non recherché ! — d'action apostolique.Dieu est fidèle ; il nous attend au rendez-vous de l'action réfléchie, consciente d'elle et le brouhaha des affaires ne le rebute pas, pourvu qu'on garde toujours un œil fixé sur lui.Après tout, n'est-ce pas pour lui que je travaille, que je me soumets à un régime de vie parfois anormal et même exténuant ?Ici encore cependant, il faut ménager quelques instants à la prière et, à la première occasion, tâcher de sérier les travaux avec soin, sans panique, sans être esclave de quoi que ce soit.Premier principe de solution : l'exemple de Dieu Ces simples précautions dictées par l'hygiène mentale et spirituelle orientent sans coup férir dans la voie qui conduit à Dieu.Au fond il est plus difficile de fuir Dieu que de le trouver: il est là, à la maison, comme au dehors, au cœur de ma journée et en ceux pour qui je travaille ; mieux encore il travaille en eux avec moi, et aussi en moi.Il me donne même de travailler ! Mon travail apostolique n'est en somme qu'une participation — sans doute bien déficiente — à 98 son activité infinie.Ouvrons ici une parenthèse utile: précisément parce quelle veut imiter celle de Dieu, mon action tendra à se simplifier.C'est d'ailleurs par un seul acte — un acte qui est Dieu même — que celui-ci crée le monde, le sauve et le conduit au salut.En tout ceci, Dieu ne considère que lui-même, ou comme le dit saint Paul, sa gloire, «le mystère éternel de sa volonté»(Éph.1,9).Pour une créature soumise au changement, imiter Dieu signifiera diriger toutes ses activités vers ce centre, les confier à cet Amour, ou, pour mieux dire, se laisser attirer par ce Foyer d'activité d'une infinie puissance qui est en même temps la Plénitude, Celui en qui tout se repose dans la paix du septième jour.Application de ce principe dans une «spiritualité de l'événement» (Dieu présent par ses effets) Une telle attitude, on l'aura compris, ne suppose aucunement qu on remplisse sa journée de prières vocales, d'aspirations ou d'oraisons jaculatoires.Certaines âmes privilégiées l'ont fait au milieu d'une activité parfois dévorante.Leur exemple, tout admirable qu'il soit, suppose pour être imité une grâce spéciale du Seigneur qui n'est donnée que rarement.Du reste, cette voie n'est pas l'unique voie qui permette de devenir contemplatif dans l'action.Bien d'autres avenues s'ouvrent à partir de tous les horizons, qui conduisent à ce carrefour des chercheurs de Dieu.Certains par exemple arrivent au même résultat sans utiliser aucune formule de prière.Consulter Dieu dans l'action, letrouver dans les événements et les personnes leur est comme naturel ; Thérèse de l'Enfant-Jésus était de ce nombre.Leur prière s'apparente presque toujours à celle du psalmiste qui répète: «Éternel! Fais-moi connaître tes voies, enseigne-moi tes sentiers.Conduis-moi dans ta vérité et instruis-moi ; car tu es le Dieu de mon salut, tu es toujours mon espérance » (Ps.25,4).Il ont compris que Dieu a parlé non seulement en paroles mais surtout par l'histoire; que le «silence» de Dieu est souvent plus éloquent que bien des paroles.en restant conscient de certaines illusions Encore faut-il se garder de certaines illusions, ne passe donner ainsi l'air de chercher Dieu alors que c'est soi-même qu'on recherche.99 Rien n'est plus éloigné de l'égoïsme que l'apostolat véritable, rien n'exige peut-être autant d'abnégation, de désistement de ses propres intérêts, de charité prévenante, rien ne met à l'épreuve le don effectif de soi-même comme le service du prochain dans la foi.C'est pourquoi les vrais ouvriers apostoliques, ceux qui ne se recherchent pas, trouvent le moyen selon le mot de Vatican II, « d'affermir le plus possible leur vie spirituelle à partir de leur action pastorale elle-même».(Cf.Vatican II, décret «Optatam totius» n.9).Ils sont convaincus que dans l'une et l'autre activité, Dieu opère en eux et par eux le salut des hommes.Leur vie est ainsi traversée par un courant de foi, et cette foi joue vraiment chez eux le rôle moteur qui est le sien, elle met en marche toutes leurs entreprises, y compris celle de leur sanctification.Dans ces vies il n'y a pas de cloison étanche, pas de domaine réservé; tout est perméable à cette foi vive, capable de soulever et d'entraîner l'être entier, mais également respectueuse des valeurs spirituelles, de leur hiérarchie, et préoccupée avant tout par le seul bon plaisir de Dieu.II.Voie d'accès directe Autre principe de solution proposé sous la forme d'une question Nous ne prétendons pas d'ailleurs résoudre par la seule spiritualité de l'événement le problème qui nous occupe.D'autres horizons s'ouvrent devant nous, découvrant une ligne de faîte plus élevée.On peut sans doute s'efforcer de trouver le Seigneur dans les événements et les personnes ; il convient pourtant de se demander s'il n'existe pas une voie d'accès plus directe ; en d'autres termes si, au cœur de l'action, on ne pourrait pas chercher et trouver le Seigneur lui-même (et pas seulement dans ses effets).On aurait alors à sa disposition un moyen plus rapide et plus efficace d'unifier sa vie et de faire fructifier son apostolat.Urgence de cette question.L'exemple de l'histoire La question devient pressante lorsqu'on se prend à observer qu'il existe tant dans le monde non-chrétien que dans le monde 100 chrétien d'aujourd'hui une véritable nostalgie de Dieu.Les années 1900 et 1960 ont vu successivement défiler ceux qu'on a appelés des «assoiffés d'absolu».La plupart sont retournés à la pensée orientale — hindouisme bouddhisme, y compris le zen et cherchaient la libération de l'homme à l'endroit de tous les mécanismes qui l'abrutissent et empêchent la contemplation.Du côté catholique, l'un des plus célèbres est le moine trappiste américain Thomas Merton, mort depuis peu.On connaît aussi Khalil Gibran (Le prophète !) qui a contribué à désoccidentaliser notre vue supposément chrétienne de la vie intérieure.Cette faim de Dieu ne trouve son rassasiement qu'en Dieu même; elle se manifeste dans une inquiétude qui ne s'apaisera que dans la possession de Dieu par l'homme et de l'homme par Dieu.Le plus bel exemple à proposer à notre temps d'homme assiégé, envahi et finalement conquis par Dieu est sans aucun doute celui de l'apôtre Paul.Sa conversion n'apparaît pas seulement comme un tournant décisif du christianisme, elle s'avère encore l'une des plus riches expériences spirituelles qu'il ait été donné à un homme de vivre ici-bas.À relire le récit de sa conversion dans les Actes des Apôtres, on ne peut qu'être frappé par cette idée.Saul, respirant encore la menace et le meurtre contre les disciples du Seigneur, se rendit chez le grand prêtre et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s'il trouvait des partisans de la nouvelle doctrine, hommes ou femmes, il les amenât liés à Jérusalem.Comme il était en chemin, et qu'il approchait de Damas, tout à coup une lumière venant du ciel resplendit autour de lui.Il tomba par terre, et il entendit une voix qui lui disait : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ?Il répondit : Qui es-tu Seigneur ?Et le Seigneur dit : Je suis Jésus que tu persécutes.Lève-toi, entre dans la ville, et on te dira ce que tu doisfaire.Les hommesqui l'accompagnaient demeurèrent stupéfaits ; ils entendaient bien la voix, mais ils ne voyaient personne.Saul se releva de terre, et, quoique ses yeux fussent ouverts, il ne voyait rien ; on le prit par la main, et on le conduisit à Damas.Il resta trois jours sans voir, et il ne mangea ni ne but (Act.9, 1-9).Nous ne commenterons pas ce récit qui se suffit à lui-même.Retenons seulement que durant cette exceptionnelle rencontre, 101 Paul se voit soustrait à tout autre contact, séparé totalement du monde extérieur.Cf.Act.9, 8.Le fait, d'ailleurs, n'est pas nouveau dans la Bible.Moïse avait dû pareillement, pour rencontrer Dieu, quitter le campement hébreu et monter sur le Sinai.Parfois aussi les prophètes sentiront cruellement le vide qui se crée autour d'eux dès qu'on découvre leur qualité d'envoyés divins ou qu'on observe leur comportement ; Jérémie, par exemple, se plaint des dénonciations dont il est l'objet,detousceuxqui étaient sesamisetqui maintenant guettent sa chute (Jér.20,10).De même Paul, de retour à Jérusalem après l'illumination de Damas, s'entend dire par le Seigneur : « Hâte-toi et sors promptement de Jérusalem, parce qu'ils ne recevront pas ton témoignage sur moi » (Act.22,18 ).Le Pharisien si bien accueilli par le grand prêtre quelques semaines auparavant se voit rejeté par ceux qui l'ont toujours soutenu.Il part donc pour l'Arabie ; et ce n'est que trois ans plus tard qu'il reverra Jérusalem (Gai.1, 1 5s.).Le jour où, sur la route de Damas, Paul, persécuteur des chrétiens, est renversé par le Seigneur, le passé semble tout à coup s'abolir.L'auteur des Actes notera presque aussitôt que les Juifs, rassemblés dans la synagogue de Damas pour entendre Paul, « étaient plongés dans l'étonnement », mais que « Saul gagnait toujours en force et confondait les Juifs.en démontrant que Jésus est bien le Christ » (Act.21 s.).Cet emporté qui ne respirait que violence a été si bien « maîtrisé »(Phil.3, 1 2) par son Seigneur que désormais tout le reste lui paraît une perte «à cause de la connaissance hors de pair » qu'il a du Christ Jésus (Phi/.3, 8).Dès l'instant où le Seigneur s'est manifesté, Paul est littéralement immergé en lui, il n'aspire plus qu'à vivre en lui par la foi.Il veut «le connaître, lui, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, en devenant conforme à lui dans sa mort pour parvenir.à la résurrection d'entre les morts» (Phil.3, 9-11).Fait remarquable, cette expérience si profonde du « mystère de la piété» qui est le Christ (Cf.1 Tim.3, 16) n'a pas pour seul but d'illuminer un fanatique que sa passion rendait aveugle; elle se présente dès l'abord avec une caractéristique très évidente.La grâce qui sur la route des persécuteurs s'empare de cet homme et le retourne, avec tout ce qu'il porte en lui, vers le Christ, est la grâce de 102 l'apostolat.Désormais on l'appellera l'Apôtre des Gentils.Peu après le miracle de la route de Damas, le Seigneur apparaît à un chrétien nommé Ananie et lui demande de recueillir Paul.Ananie essaie de se récuser: sa qualité de chrétien lui fait craindre la persécution.Mais le Seigneur le rassure : «Va, car cet homme est un instrument que j'ai choisi pour porter mon nom devant les nations, devant les rois et devant les fils d Israël (Act.9, 15).Au cours d'une autre vision, Paul lui-même exprime au Seigneur son désir de rendre témoignage parmi les siens, en milieu juif.Mais le Seigneur ne I entend pas ainsi et lui dit: «Va, je t'enverrai au loin vers les nations.»(Act.22,21 ).Dans l'intervalle, Paul ne se retire pas dans la solitude pour goûter la grâce qui l'unit au Christ ; aussitôt, raconte l'auteur des Actes, il prêcha dans les synagogues que Jésus est Fils de Dieu » (Act.9, 20).Voilà donc Paul saisi par le Christ et voué entièrement à son oeuvre.Connaître le Christ, le connaître dans la puissance de sa résurrection, c'est en même temps l'annoncer.En celui qu'on appellera l'Apôtre, la vie spirituelle et l'apostolat se fondent jusqu'à la parfaite unité dans le Christ Jésus.Difficultés que comporte cette nouvelle découverte du Christ Sans doute les circonstances de notre rencontre avec le Seigneur diffèrent-elles profondément de celles qui marquèrent celle de Paul ou la vocation des Apôtres.Aussi bien les moyens d'unir notre travail apostolique à notre vie de prière prennent-ils une importance accrue.Les premières années de la vie spirituelle sont, à cet égard des années difficiles.Elles exigent de notre part une constante observation de ses tendances, une rectification fréquente de ses intentions, une révision de ses activités en compagnie d'un conseiller spirituel, le constant souci de réserver à la prière des temps forts de la journée, du mois ou de l'année selon le cas.Première réponse : le heu de le découverte de Dieu pour nous, c'est aussi le prochain Tout ceci, pourtant, ne suffit pas.L'ouvrier apostolique est, en effet, un coopérateur du Christ, quelqu'un qui a découvert le Christ 103 dans les autres, qui voit dans les autres le Christ présent, agissant, sauvant le monde ou faisant, au contraire sentir en eux son absence.Ce contact avec le Christ dans les autres engendre dans l'apôtre authentique le désir de connaître davantage son Seigneur, de vivre en familiarité avec lui.Qui est donc ce Seigneur qui travaille au milieu du monde pour le réconcilier avec le Père?Si nous sommes vraiment fidèles à la grâce qui opère en nos âmes, si nous vivons de la foi, nous sentirons grandir d'abord en nous ce désir de répandre «les richesses incompréhensibles du Christ», selon le mot de Paul lui-même (Éph.3, 8), d'annoncer son Évangile à tous ceux qui, désespérément parfois, le cherchent dans leur vie ; en un mot nous voudrons être chez les autres et pour eux un instrument de choix uni à son action rédemptrice.Par la suite, un tel engagement, assumé avec lucidité et constance, suscite inévitablement le désir de trouver le Christ dans les autres, en somme de le prier en le voyant aussi sous ce visage.Deuxième réponse: on peut aller au-devant du Christ « dans le Christ lui-même » N'est-il pas naturel, dès lors, de sentir se lever en nous le désir de le voir même directement, sans l'intermédiaire des «autres»?Cela revient à dire comment «aller au-devant du Christ dans le Christ lui-même»?Que signifie exactement cette expression qui semble trahir l'ambition, la prétention même ?La vocation chrétienne n'a-t-elle pas, pour la plupart d'entre nous, un caractère apostolique plutôt que contemplatif ?S'il y a tant d'hommes à sauver, pourquoi donc s'adonner à une contemplation que « l'action » n'accompagne pas ?Pourquoi perdre du temps en considérations et en contemplations alors qu'il faut agir, et en vitesse?Ainsi pense de nos jours plus d'un ouvrier apostolique engagé à fond dans les ministères dits « actifs », et qui fonctionne quotidiennement sans se poser davantage de questions.Il ne faut pas se laisser ébranler par des objections de cette nature.Le Dieu que nous cherchons dans la contemplation n'est 104 pas un Dieu quelconque, séparé des hommes et habitant je ne sais quel ciel lointain d'où il observerait avec indifférence une terre livrée aux caprices et aux passions des hommes.Le Dieu que nous cherchons dans la prière est le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, qui a fait sortir d'Égypte Israël, « à main forte et à bras étendu », qui a nourri son peuple au désert et l'a fait entrer dans une bonne terre où coulent le lait et le miel; le Dieu qui a dit aussi: «J'ai pitié de cette foule » et qui finalement s est donné en disant : « Prenez et mangez, ceci est mon corps».Voilà le Dieu que nous appelons et que nous invoquons dans la prière.En recourant à lui, nous nous rappelons sa parole: «Sans moi vous ne pouvez rien faire»; et tout d'un coup, nous la proclamons à un monde qui trop souvent croit pouvoir se passer d'elle.Résumé — conclusion Deux voies, avons-nous dit, s'offrent à nous pour arriver au Christ Jésus : le réseau des événements, des actions, des personnes et le dialogue direct par lequel nous entrons, par la foi, en contact immédiat avec Lui.C'est ce qu'on appelle «aller au Christ dans le Christ lui-même».Mais lorsqu'on emprunte cette voie, toujours on rencontre Dieu en relation avec la création à sauver.En nous appelant au partage de sa vie divine, Dieu nous fait «connaître le mystère de sa volonté, selon le bienveillant dessein qu'il avait formé en lui-même.de réunir toutes choses dans le Christ» (Éph.1,9s).Vouloir trouver le Christ dans le Christ lui-même par le dialogue direct de la contemplation et de l'oraison, ce n'est donc pas faillir à sa vocation apostolique, mais bien plutôt accomplir la part la plus essentielle du travail apostolique.Le véritable ouvrier apostolique est vraiment un contemplatif dans l'âme.Deux fois le curé d'Ars fuira sa paroisse pour se faire moine ; l'obéissance à sa vocation l'y ramènera presque de force.Et l'inverse est aussi vrai : au fond de son monastère, Thérèse de l'Enfant-Jésus met tout en oeuvre pour aider deux séminaristes qui lui ont confié, par le truchement de sa supérieure, leurvocation missionnaire.Elle écrira dans son journal : «Voilà que non seulement Jésus m'a fait la grâce que je désirais (d'avoir un frère prêtre), mais il m'a unie par les liens de l'âme à deux 105 de ses apôtres qui sont devenus mes frères»1.Elle dira encore un peu plus loin : « Le zèle d'une carmélite est d'embrasser le monde »2.C'est évidemment par la foi, et non par la sensibilité ou le raisonnement humain, qu'on vient droit à la rencontre du Seigneur.Mais c'est avec tout soi-même, avec son cœur, qu'on a accès auprès de lui.Il est bon, sans doute, d'acquérir un ensemble de connaissances sur le Christ, de savoir parler de lui en respectant tout ensemble l'histoire et les données fondamentales de l’Écriture.Mais la rencontre dont nous parlons ici se passe de tout cela.Elle s'amorce dans l'obscurité de la foi et souvent dans les limites inférieures de la conscience.Puis elle grandit et s'affermit comme une jeune plante, elle perce jusqu'aux régions supérieures de l'être, elle recherche la lumière, qui est la première création (Gn.1 ).Peu importe d'ailleurs le moment où ceci arrivera ; ce qui compte, c'est d'être là, à l'affût de Dieu, c'est de porter tout son être et son agir dans ses mains, comme une offrande.(Cf.Teilhard, Lettres à Léontine Zanta, pp.65-66 ; Être plus, Seuil, p.70s).Est-il possible maintenant d'aller au-devant du Christ, de hâter le plus possible la rencontre, en sorte que le Seigneur occupe vraiment dans notre vie la place centrale qui est la sienne ?Une telle rencontre, ne l'oublions pas, est grâce.«Personne ne peut venir à moi, dit le Seigneur, si mon Père ne l'attire »(Jn 6,44).En revanche, Dieu ne peut refuser cette grâce à celui qui la demande et s'y dispose.Car «connaître Dieu et celui qui l'a envoyé est la vie éternelle» (Jn 17, 3), et Jésus vient «pour que nous ayons la vie, et en abondance » (Jn 10, 10).Position exacte du problème Le vrai problème se situe donc à l'échelon des préparatifs: comment me disposer enfin à rencontrer directement le Christ?Ne pensons pas trop vite aux voies mystiques, au coup de foudre qui /.2 e partie du message adressé à Mère Marie de Gonzague.Carmel de Lisieux, 1957.p.302.2.Ibid., p.306.106 transforma Paul à Damas.Espérons plutôt d une espérance invincible, puisqu elle s appuie sur la promesse divine —, que grâce à notre engagement apostolique vécu à plein tous les jours, nous avancerons dans la connaissance du Christ Jésus, qu'il deviendra pour nous une personne vivante avec laquelle nous engagerons spontanément le dialogue.Peu à peu il nous dévoilera la sagesse de son dessein de salut, il nous introduira dans «les pensées de son cœur», il nous fera comprendre le mystère de sa charité qui surpasse toute science (Éph.3, 19), il nous convaincra une fois pour toutes qu'il est seul capable de sauver le monde et qu'il nous a choisis, malgré nos insuffisances et nos défauts, pour travailler avec lui au salut de nos frères.Car l'apôtre est, comme l'Église et les sacrements, signe de salut.Par ses paroles, ses actions, par tout son être, il est sacrement du Christ, messager et témoin de l'Évangile (Vat.Il : CCL #7 (fin); MVP 5 ; Apostolat des Laïcs 2).107 Dimensions de la prière Pierre Robert* De la prière, on peut dire tant de choses.Ce bref aperçu ne vise qu'à offrir un panorama, à mettre en place des éléments susceptibles d'être approfondis par la suite.La prière est comme un diamant aux multiples facettes déganguées peu à peu.Après avoir envisagé la prière de Jésus, on tâchera de cerner plus précisément ce qu'est la prière, l'apprentissage de la vie de prière et les différentes formes qu'elle peut prendre.I.Jésus, homme de prière Un jour, les disciples demandent à Jésus : Seigneur, apprends-nous à prier (Le 11, 1 ).Et celui-ci de répondre : Quand vous priez, dites.Et c'est le Notre Père.Les disciples demandent à Jésus de leur apprendre à prier.Or à qui demande-t-on d'enseigner?À un maître.Si lesdisciplesdemandentà Jésusde leur apprendre à prier, c'est qu'ils ont reconnu en lui un priant, un homme de prière.Il s'agit d'un aspect important de la vie de Jésus.De sa vie, en effet, on peut retenir ses gestes, ses oeuvres, particulièrement ses guérisons, ses miracles.On peut en retenir également son enseignement, son message, ainsi que les paraboles, le sermon sur la montagne, les béatitudes.Mais cet aspect aussi importe : sa prière.Jésus parle, Jésus agit, Jésus prie.Cette présence de la prière dans la vie de Jésus est signalée par les évangélistes à plusieurs reprises, bien qu'elle passe souvent inaperçue chez qui n'y est pas attentif.Ainsi l'évangéliste Luc, pour résumer en une formule l'enfance et l'adolescence de Jésus, dit qu'« il grandissait en taille, en sagesse et en grâce devant Dieu et * 635 Dorchester, Saint-Jean-sur-Richelieu, Qc J3B 5A3.108 devant les hommes » (Le 2, 52).En taille, c'est-à-dire physiquement ; en sagesse, intellectuellement; en grâce, spirituellement.Or il n est pas excessif de penser que la croissance spirituelle se fait particulièrement par la prière.Jésus quitte Nazareth pour se faire baptiser par Jean.Or pendant qu'il est en prière, il vit ce qu'on pourrait appeler une expérience spirituelle déterminante : la voix du Père se fait entendre pour révéler sa mission et même son identité, et I'Esprit repose sur lui.(Le 3,21-22) Après quoi Jésus est mené au désert par l'Esprit.Dans les grandes traditions spirituelles, le désert est le lieu de la rencontre de Dieu.Ainsi Jésus se retire dans la solitude pour se retrouver seul à seul avec Dieu, mais plus précisément, nous disent les évangélistes, pour y être tenté par le diable.Le désert en effet est le lieu de combat spirituel, ce combat mené en soi-même en vue des choix décisifs.Bien que le mal n ait pas de complicité en Jésus puisqu'il est sans péché, ce mal qui se trouve dans le monde peut venir a sa rencontre.Et il ne fait pas de doute pour les évangélistes que Jésus a eu à l'affronter dans un combat radical.Tout au long de sa vie publique, cette présence de la prière est signalée à plusieurs reprises.Marc note que « le matin, bien avant le jour, Jésus se leva, sortit et s'en alla dans un lieu désert, et là il priait» (Mc 1, 35).Jésus se retire le matin pour commencer sa journée devant Dieu, ce qui nous rappelle l'importance de la prière matinale.À une autre occasion, Marc signale que Jésus, «après avoir congédié la foule, sen alla dans la montagne pour prier» (Mc, 6, 46).La montagne, comme le désert, est aussi un lieu symbolique; plus élevée, plus proche du ciel en quelque sorte, elle est un lieu où se rapprocher de Dieu.S'y rendre n'empêche d'ailleurs pas de revenir dans la plaine une fois ses réserves faites.L évangéliste Luc, quant à lui, note : « Sa réputation se répandait de plus en plus, et des foules nombreuses accouraient pour l'entendre et se faire guérir de leurs maladies.Mais lui se retirait dans les déserts et priait.» (Le 5,16) Si Jésus est présent aux foules et à leurs 109 besoins, il sait aussi se retirer pour se retrouver seul auprès de son Dieu.L'un n'empêche pas l'autre, faut-il le dire; on retrouve même chez Jésus comme une alternance de proximité et de retraite.« Or, en ces jours-là, souligne l'évangéliste Luc, il s'en alla dans la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu.Puis, le jour venu, il appela ses disciples et en choisit douze, auxquels il donna le nom d'apôtres.» (Le 6,12) Lorsque vient le temps de choisir parmi ses disciples les douze qui poursuivront plus directement son oeuvre, c'est-à-dire de prendre une décision importante, Jésus prie, et prie même longuement, afin de prendre cette décision dans la lumière de Dieu.Il existe également une prière dans la détresse.À la veille de sa passion, au Jardin des Oliviers, pressentant bien ce qui allait venir, Jésus éprouve les affres de l'angoisse et prie le Père d éloigner de lui cette coupe.Il se soumet pourtant à sa volonté ; non pas ce que je veux, maiseequetu veux.Cequi noussuggèreplusieurschoses.En premier lieu, que Jésus, même dans la détresse, sait s adresser à son Père ; la détresse ne l'éloigne pas de Dieu, mais le ramène à lui.En deuxième lieu, que toute demande, et même une demande aussi pressante que celle de son propre sort, doit être assortie de cette condition fondamentale, mieux encore, être portée par elle : que ta volonté soit faite.Peut-on ajouter que si le Fils de l'homme est habité par un double désir, comment nous surprendre d'être habités nous aussi par des aspirations contraires, tout en souhaitant que la plus haute triomphe.Ces différents indices d'une enquête, qui pourrait être poursuivie, montrent bien la présence de la prière dans la vie de Jésus.Et c'est ainsi que ce priant est en mesure de devenir un maître de prière et d'enseigner sa voie à d'autres ; il le fera en donnant le « Notre Père » et en recommandant de prier avec insistance, car «qui demande reçoit, à qui frappe on ouvrira » (Le 11,9).Voilà qui, en un premier temps, inspire une recherche sur la voie de la prière.Ces remarques faites, tâchons de cerner davantage ce qu'est la prière, son évolution et ses formes.110 II.Qu'est-ce que la prière?La prière comme dialogue avec Dieu On définit traditionnellement la prière comme un dialogue avec Dieu, une conversation avec lui.Jésus, quand il apprend à ses disciples à prier, leur recommande de dire : « Notre Père ».La prière en effet consiste à s adresser à Dieu, tel est son mouvement de base.Ainsi la prière est-elle une activité spécifique.Prier n'est pas prier n est pas réfléchir ou étudier.Prier consiste à se tourner vers Dieu pour s adresser à lui.Ce mouvement de base confère à la prière son caractère spécifique.Si la prière est identifiée comme une conversation avec Dieu, il convient de remarquer qu'une conversation se fait à deux.Une véritable conversation n'est pas un monologue, mais un échange où chacun tour à tour parle et écoute.Ainsi avec Dieu.Si on parle à Dieu, il importe aussi de le laisser parler, d'apprendre à l'écouter.«Parle, Seigneur, ton serviteur écoute,» dit le jeune Samuel.On parle à Dieu, on lui parle de soi-même, de ses besoins, de ses attentes, mais on est appelé à devenir attentif au Dieu qui a un dessein sur chacun.Il peut avoir quelque chose à nous dire, lui aussi ! L'exemple du jeune Samuel est par ailleurs significatif à plusieurs égards.Ainsi n'a-t-il pas spontanément identifié celui qui lui parlait : la conversation avec Dieu n'est pas exactement du même ordre qu'une conversation avec un interlocuteur tangible, et exige un apprentissage.De plus, il a fallu au jeune Samuel un maître qui lui apprenne à identifier ce qui lui arrivait.Enfin, s'il lui a fallu un maître, ce n est pas le maître lui-même qui lui parlait ou qu'il a prié, mais bien le Dieu avec qui est nouée dans la prière une relation directe.Ces différents aspects mériteraient approfondissement.La prière chrétienne On remarquera que le phénomène de la prière se retrouve dans toutes les grandes religions.Qu'est-ce qui différencie la prière 111 chrétienne?Toute prière s'adresse à Dieu, mais ce Dieu peut demeurer inconnu, ou encore plus ou moins bien identifié.Dans la prière chrétienne, on s'adresse à Dieu en lui disant «Notre Père»; Dieu reconnu comme Père.Et cette meilleure identification de Dieu est apportée par Jésus qui nous apprend à connaître davantage celui dont il est le témoin.Dieu est un Père, il est notre Père.Mais on s'adresse aussi dans la prière au Seigneur Jésus lui-même.On parle à Jésus pour lui confier ses difficultés, pour lui demander son aide.Durant l'adolescence particulièrement, Jésus apparaîtra comme un ami, comme quelqu'un qui se fait proche de façon à permettre d'entrer en relation avec lui, même si sa présence demeure dans le mystère.On peut aussi s'adresser à l'Esprit Saint pour lui demander de nous éclairer, de nous soutenir, de nous donner du courage.Ainsi la prière chrétienne s'adresse-t-elle à Dieu, au Dieu que connaissent ou que visent obscurément toutes les religions, mais à un Dieu qui s'est fait connaître comme Père par son Fils qui est Seigneur, dans l'Esprit.Elle est trinitaire.À l'intérieur de ce contexte général, on peut également s'adresser à la Vierge Marie, comme à une mère.On pourrait également adresser à des saints des demandes particulières.Certains iront même jusqu'à prier des parents défunts qui ont mené une juste vie.Ces prières ont un sens dans la mesure où on s'adresse à eux en vue de rejoindre Dieu, et dans la mesure où Dieu peut avoir disposé des gens comme témoins et intercesseurs devant des besoins particuliers.Quelques problèmes Si on dit s'adresser à Dieu, cela ne va pas sans poser quelques problèmes.En effet, Dieu n'est pas une personne tangible, présente devant nous, et avec qui la conversation est claire.Encore que toute conversation n'est pas si claire, que l'autre demeure un mystère à approfondir progressivement.Toute prière est faite dans le mystère, mais de Dieu une certaine expérience est possible.112 Comment alors s'assurer qu'on n'invente pas?Remarquons d'emblée qu'il existe une différence entre inventer et se rendre présent, se tourner vers quelqu'un pour s'adresser à lui.La personne que je rencontre sur la rue n'est pas inventée bien que, quelques minutes auparavant, elle n'était pas présente à mon univers mental.Mais surtout, il est important de comprendre que ce processus critique, cette interrogation, fait partie intégrante de la vie de prière.La question de savoir si j'invente, si je suis à la merci de mon imagination, est une question qui est présente tout au long de la vie de prière; elle deviendra même plus aiguë en avançant, et les moyens de le savoir plus affinés.Cela s'appelle le discernement.Dans la prière, on s'adresse à un Dieu dont on croit qu'il a un dessein sur chacun.On cherche sa volonté dans cette conviction profonde qu'elle est bénéfique et adaptée à soi.Cette volonté n'est pas extravagante ou arbitraire; au contraire, nous pouvons être assurés que Dieu est l'allié de notre moi profond.Il y a le moi superficiel et le moi profond.Nos demandes sont souvent faites en fonction de notre moi superficiel alors que Dieu est l'allié de notre moi profond; c'est à celui-ci qu'il cherche à nous conduire.Facettes de la vie de prière Si la prière est un dialogue avec Dieu, l'analogie avec d'autres dialogues aidera à l'approfondir: dialogue entre amis, entre un garçon et une fille.Ainsi, au début, on se parle en passant ; l'autre est une personne parmi plusieurs.Puis une préférence se manifeste; on l'apprécie davantage, on se met à la rencontrer plus souvent et à échanger plus en profondeur.Ainsi dans la prière.Dans les débuts, elle est occasionnelle; mais peu à peu une relation se noue qui amène à échanger davantage, à vouloir se parler plus souvent, à aller plus en profondeur.Il en est dans la relation avec Dieu comme dans la relation avec une autre personne; elle va dans le sens d'un approfondissement, d'une intimité grandissante.Telle est la prière suivie, la vie de prière.Il y a 113 la prière occasionnelle et la mise en place d'une vie de prière.Comme les rencontres amènent peu à peu la formation d'un couple.Or l'image de la vie de couple éclaire une autre question, celle du rapport entre prière et engagement.Si les époux se parlent, dialoguent entre eux, toute leur vie de couple ne consiste pas uniquement dans ces temps d'échange ; ils vont au travail, s'occupent des enfants, ont chacun leurs activités.Pourtant leurs échanges, leurs moments d'intimité nourrissent leur relation et soutiennent leurs autres activités.En se parlant, ils s'entendent entre eux sur l'organisation de ces activités.Ainsi dans la vie de prière.La vie chrétienne est plus que la vie de prière.Elle comporte des activités quotidiennes, des engagements.Mais ceux-ci sont nourris et entretenus par la prière, ce dialogue avec Dieu qui rejaillit sur l'ensemble de la vie.De la mêmefaçon que le dialogue entre époux n'est pas toute la relation mais rejaillit sur l'ensemble de leur vie, ainsi dans la relation avec Dieu.Qui plus est, quand les gens cessent de se parler, la relation se refroidit, ils deviennent distants même s'ils restent ensemble.De même le dialogue avec Dieu aimante la vie chrétienne qui autrement s'attiédit ou se disperse en de multiples activités.III.L'apprentissage de la prière L'image du couple ou des amis suggère qu'une relation évolue vers un approfondissement.Certaines rencontres sont des chances.Il arrive de rencontrer quelqu'un par hasard ; on se met à échanger, on se comprend et on s'en réjouit.Naît ainsi le désir de se voir à nouveau ; mais on ne veut plus laisser la chose au hasard et on fixe un rendez-vous.Ce qui est une décision ; la première rencontre à été heureuse, on choisit de poursuivre et on prend les moyens pour y parvenir, non sans hésitation à l'occasion car cela engage.114 Il en va de même dans la prière.Il y a la prière qui est grâce, et il y a la prière qui est effort et fidélité.En effet, il existe des grands moments de prière qui sont de l'ordre du don.Se retrouvant seul dans la nature, on sent comme une présence de Dieu et on est porté à prier.La participation à une eucharistie amène à sentir une présence de Dieu.On se retrouve seul le soir dans le silence et le silence est habité.Ces grands moments surviennent à l'occasion, mais on est appelé à cultiver la relation à laquelle ils invitent.On se donne alors rendez-vous; on fixe des temps et des lieux où se retrouver devant Dieu.Ainsi se met en place une vie de prière.Or si on fixe un rendez-vous, il est important d'y être fidèle, sans quoi I autre aura l'impression que la relation ne nous intéresse pas tellement et risquera de laisser tomber.Il en va de même dans la vie de prière.On met peu à peu en place des temps de prière : prière plus prolongée le matin, le soir, haltes à la fin de l'avant-midi, de l'après-midi.Ces temps d'arrêt où se tourner vers Dieu cultivent la relation et permettent de l'approfondir.Il est important alors d être fidèle au rendez-vous.Remarquons que ces temps de rencontre épousent également le rythme d'une journée où ils sont autant d occasions de se retrouver soi-même, de remettre sa vie en ordre.De plus, si une relation s'amorce ordinairement de façon agréable, elle ne se poursuit pas toujours sans heurt.Tout nouveau, tout beau, comme le dit I adage, mais avec le temps, des difficultés surgissent, des tensions, des incompréhensions, même des épreuves.Deux possibilités se présentent en l'occurrence.On peut renoncer et rompre la relation, ou la laisser s'étioler; on peut réfléchir et considérer que la relation mérite malgré tout d'être poursuivie; on fait alors les efforts nécessaires pour dépasser les difficultés.Encore une fois, on se trouve devant un choix.Il en va de même dans la relation avec Dieu.Au début, cette relation semble facile, mais surviennent des accrocs ou des difficultés.Des accrocs, car on ne fait pas toujours ce qu'on voudrait; des difficultés, car on ne comprend pas toujours ce qui nous arrive.115 Encore une fois, on peut laisser tomber comme on peut considérer que la relation a du prix et choisir de la poursuivre malgré tout.On demeure fidèle alors, et c'est ainsi que la relation progresse.Car il n'y a pas lieu de s'étonner que surviennent des difficultés ; on noue une relation avec Dieu et voici que se présentent des imprévus, des obstacles, des épreuves; on est appelé alors à faire plus profondément confiance.De même, tous nos gestes ne sont pas nécessairement à la hauteur de ce qu'on croit que Dieu attend de nous.Mal faire pourtant n'est pas une raison pour rompre avec Dieu ; on peut toujours revenir, frapper à la porte, s'excuser, recommencer.Et Dieu ouvre à qui frappe, il donne à qui demande ; qu'est-ce qui peut lui faire plus plaisir que de nous voir revenir ?À vrai dire, et ceci est à graver en lettres d'or, il n'y a aucun geste, aucun état qui soient assez graves pour que ne puisse nous rejoindre, si nous lui tendons la main, celui qui est allé au plus creux de la souffrance pour nous sauver.Cette fidélité à ses temps de prière, beau temps, mauvais temps, quand la chose est facile comme quand elle s'avère plus ardue, est le secret de la vie de prière.Il en va alors comme du creusage d'un puits.Cette parabole résume les propos qui précèdent.Il y a la pluie qui tombe, l'eau qui arrive enfin et permet de se désaltérer.Mais il arrive qu'on souhaite conserver l'eau afin de s'abreuver à volonté et on creuse un puits.Il y a la grâce, ces moments qui rafraîchissent à l'occasion, et il y a la mise en place d'une vie de prière, l'effort qui est grâce aussi à sa façon.Si on creuse un puits maisqu'on s'arrête après un pied, l'eau ne s'accumulera pas très longtemps.Creuser un puits suppose qu'on y aille d'un pied, puis d'un autre, jusqu'à gagner la profondeur.De la sorte, l'eau s'accumule et peut être puisée à volonté.Telle est la fidélité.Mais il y a mieux encore.Si on creuse assez profondément, il arrive qu'on atteigne la source.Alors, plus besoin de pluie, la source 116 jaillit de l'intérieur et le puits n'est jamais à sec.Ainsi la vie de prière amène à gagner la profondeur et à rejoindre la Source d'eau jaillissante, cette eau qui renouvelle et fait que n'auront plus jamais soif ceux à qui elle sera donnée, comme l'a promis Jésus à la Samaritaine.Cette eau vive, c'est l'Esprit qui nous est donné.La source est atteinte par celui qui est parvenu à ce centre intime où Dieu habite.IV.Les formes de la prière On a vu comment la prière consiste à s'adresser à Dieu, comment ce dialogue peut naître, se nouer et s'approfondir, il reste un mot à dire sur les différentes formes que prend le dialogue avec Dieu.La prière peut être privée ou publique, c'est-à-dire solitaire ou communautaire.On rencontre Dieu dans la solitude, dans le secret ; Jésus invite à cette prière lorsqu'il dit: «Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret.»(Mt 6,6).On aurait tort d'écarter cette forme de prière au nom de la prière communautaire, tout comme il n'y a pas lieu de se retirer de la prière communautaire au nom de la prière privée.La prière en effet est également communautaire ; des frères dans la foi se réunissent pour célébrer les sacrements, la liturgie.Une forme renvoie à l'autre : la prière communautaire évite que le priant retiré devienne uniquement centré sur lui-même alors que la foi se vit en communauté, tandis que la prière privée favorise la rencontre intime de Dieu qui animera la prière communautaire.La prière peut être spontanée ou en formules.On prie Dieu spontanément dans ses propres mots, disant ce qui jaillit du cœur.Cette forme est ordinairement privée mais peut être communautaire également.Par ailleurs, on prie Dieu avec des formules apprises, des prières déjà composées ; on ne sait trop comment dire, ces mots donnés orientent la prière et aident à avancer.Encore une fois, on aurait tort d'opposer ces formes qui s'avèrent davantage complémentaires.La priere en formules en effet ne doit pas être si mauvaise puisque Jésus lui-même nous a donné le «Notre Père», et que 117 l'Église a aussi retenu le «Je vous salue, Marie», le «Gloire soit au Père » et combien d'autres.Les formules orientent et soutiennent la prière spontanée ; la prière spontanée, plus directe, donne du cœur à la prière.La prière peut être vocale, mentale ou «cordiale».Vocale ou orale lorsqu'on s'exprime à l'extérieur avec la bouche.Mentale lorsqu'on prie à l'intérieur dans son esprit, c'est-à-dire lorsqu on médite, réfléchit et approfondit.Cordiale lorsque la prière passe de l'esprit au cœur et qu'on tourne son cœur vers Dieu dans le silence.Plutôt que d'opposition, encore une fois, il s'agit davantage de complémentarité ; ces formes dessinent la ligne d'une évolution.La prière en effet va vers le centre, elle est appelée à devenir toujours plus intime.Ainsi passe-t-on des lèvres à l'esprit, et de l'esprit au cœur.La méditation est la forme reconnue de la prière mentale ; on lit les Écritures pour les méditer, les ruminier, les assimiler.Mais la méditation se prolonge en contemplation, elle se simplifie et s'élague ; la prière descend dans l'intime, dans le lieu du cœur où Dieu habite.Le cœur s'offre à Dieu pour être réchauffé et transformé par sa présence mystérieuse.Dans l'Orient chrétien, existe une tradition de la prière du cœur, et la prière de Jésus est comme une technique favorisant cette descente dans le cœur.Enfin, la prière prendra différentes formes.On ne peut pour l'instant que les énumérer et les décrire sommairement sans approfondir toutes les questions qui se posent à propos de chacune d'elles.On priera pour demander.Le terme prière d'ailleurs origine de là ; prier quelqu'un en effet, c'est lui demander avec insistance.La demande est une sinon la forme fondamentale de la prière, puisque nous sommes devant Dieu des êtres de besoin, de désir, de vide à combler.Mais si l'on demande, il arrive qu'on reçoive.On est alors appelé à remercier.L'action de grâces est une autre forme, facilement négligée aux dires de Jésus lui-même, de la prière.118 Il arrive aussi de louer Dieu.Si l'action de grâces remercie, la prière de louange félicite Dieu, pour ainsi dire, pour les merveilles qu il a faites, les arbres à I automne, le soleil, la lumière, la beauté du sentier en forêt, les personnes rencontrées.La louange culmine en adoration, quand, dans le silence I orant est saisi par la majesté et la plénitude du Dieu trois fois saint.Par ailleurs, la demande peut aussi être demande pour les autres, elle devient alors intercession.On intercède, c'est-à-dire qu'on prie pour les autres, ses parents, ses amis, des gens en difficulté, ultimement pour «tout le monde».Cette prière prend sur elle la peine du monde pour la tourner vers Dieu.Signalons en dernier lieu la prière d'offrande.Ainsi sera-t-on amené à offrir à Dieu sa journée dès le matin, comme à lui offrir, lui consacrer au cours de la journée différentes actions au moment de les entreprendre.Ainsi la vie de prière prend-elle différentes formes, et on passe de l'une à l'autre.Ses différentes facettes éclaireront la journée de celui qui entreprend un dialogue avec son Dieu.119 Livres reçus Barry, William A.& Connolly, William J., s.j.f La pratique de la direction spirituelle, Collection Christus, Éditions Descléede Brouwer/Bellarmin, 1988, 256 p.Beauchamp, André, Du Dieu de ma rue au Dieu de Jésus, Éditions Paulines, 1988, 92 pages.Bélanger, Sarah, Les Soutanes Roses, Portrait du personnel pastoral féminin au Québec, Éditions Bellarmin, 1988, 296 pages.Brisebois, Raymond, f.é.c., Marie au temps de saint Jean-Baptiste de la Salle, chronologie, Éditions Les Compagnons de Jésus et de Marie, 1988, 73 p.Ceyrac, Odile, Découvrir ton visage, Éditions Fayard/Bellarmin, 1988, 174 pages.Collectif, «J'étais malade et vous m'avez visité.» Parcours de formation pour visiteurs de malades, Éditions Salvator, 1988, 149 p.Collectif, Fiches-Dimanche 1988/89, Un complément liturgique de la catéchèse pour enfants de 8-12 ans — Du 18 septembre 1988 au 25 juin 1989.Éditions Fleurus, Paris.Dhombre, Pierre, Louis Dalle, Un homme libre, Album de bande dessinée, Éditions Fleurus, 1988, 31 pages.Guillet, Jacques, La Théologie catholique en France de 1914 à 1960, Éditions Centre-Sèvres, 1988,60 pages.Mesters, Carlos, L’Apocalypse espérance d'un peuple qui lutte, Éditions Paulines, 1988, 101 pages.Mesters, Carlos, La Bible un livre fait en corvée, Éditions Paulines, 1988, 51 pages.Petitclerc, Jean-Marie, Éduquer aujourd'hui pour demain, Éditions Salvator, 1988, 112 pp.Pilon Quiviger, Andrée, Entre le fleuve et l’infini.Éditions Bellarmin/Cerf, 1988, 189 pages.Pironio, Cardinal Eduardo, Un chemin d’espérance avec Marie, Éditions Cerf/ Bellarmin, 1988, 94 pages.Roy, Louis, La foi en quête de cohérence, Éditions Bellarmin, 1988, 162 pages.Sabourin, Léopold, s.j., Le Livre des Psaumes, traduit et interprété, Éditions Bellarmin/Cerf, 1988, 631 pages.120 Tavard, Georges, Les jardins de Saint-Augustin, Lecture des confessions, Éditions Bellarmin, 1988,134 pages.Turcotte, Paul-André, L'Enseignement secondaire public des frères éducateurs (1920-1970): utopie et modernité, Éditions Bellarmin, 1988, 220 pages.Turcotte, Paul-André, Les Chemins de la différence.Pluralisme et aggior-namento dans f après-concile, Éditions Bellarmin, 1985, 192 pp.Les livres André Beauchamp, Mères célibataires au contact des Soeurs de Miséricorde, Éditions Bellarmin, 1988, 96 pp.On pense parfois qu'il n'y a plus de mères célibataires.Il y en a encore.On pense que la société est devenue tolérante et compréhensive.Si certains tabous semblent tombés, la situation des mères célibataires demeure difficile.Ce livre donne d'abord la parole à des mères célibataires.Il ne s'agit pas d'une étude sociologique sur les mères célibataires, mais plutôt d'un regard sur elles, dans leurs liens avec les Soeurs de Miséricorde.C'est pour les Sœurs de Miséricorde une façon de rendre hommage au courage de ces femmes auprès desquelles elles œuvrent depuis 140 ans.Jean-Claude Dhôtel, s.j.Les Jésuites de France: Chemins actuels d’une tradition sans rivage, Éditions DDBr/ Bellarmin, 1987, 384 pp.Vallin, Pierre, s.j.Le curé d’Ars en un âge de révolutions, Éditions Centre-Sèvres, 1988, 90 pages.Vanier, Jean, Ouvre mes bras, Éditions Bellarmin/Cerf, 1988, 165 pages.Vernette, Jean, Réincarnation Résurrection, Communiquer avec FA u-de/à, Éditions Salvator, 1988, 185 pages.Des gens ordinaires qui, face aux changements de la société, essaient de rester fidèles à l'expérience fondatrice d'Ignace de Loyola.Comment cette expérience lointaine les aide à découvrir les chemins actuels de leur marche vers Dieu et de leur service dans l'Église ?Comment leur tradition, que saint Ignace a voulue sans rivage, les porte aujourd'hui à la rencontre de situations nouvelles ?Ces questions n'intéressent pas seulement la Compagnie de Jésus, mais l'Église et les Instituts religieux à vocation apostolique, ainsi que les groupements de laïcs qui sont en relation avec eux.Michel Hubaut, o.f.m.Elle court, elle court la prière en train, bus, métro, voiture., Éditions du Chalet, 1985, 140 pp.L auteur a recueilli de nombreux témoignages qui permettent de répondre que, malgré les apparences, 121 la prière n'a pas totalement déserté les temps vides de nos déplacements quotidiens.Bien plus, on trouvera dans ce livre des suggestions originales pour faire du temps passé dans les transports en commun ou en voiture individuelle, un moment privilégié de recueillement, d'intercession et d'action de grâce.Benedetta Papàsogli, L'homme venu du vent : Louis-Marie Grignon de Mont-fort, Éditions Bellarmin, 1984, 416 pp.Un livre pour ceux et celles qui veulent suivre l'évolution d'un homme vers la sainteté.Un homme buriné aux feux de l'épreuve, conduit aux vents de l'Esprit, à contre-courant de toutes les modes même ecclésiales, passionné de la Sagesse, des pauvres, de la route, de la Parole, sous le regard d'un Père immanquable et d'une Mère tendrement célébrée.Un homme d'autrefois capable d'interpeller l'aujourd'hui d'une Église teintée d'audace et d'absolu.Louis Roy, La foi en quête de cohérence, Éditions Bellarmin, 1988, 162 pp.L'auteur a conçu ce livre avec des adultes de tous âges soucieux de mieux comprendre leur expérience chrétienne, lors de cours qu'il a donnés à l'Institut de pastorale, à l'Université de Montréal, à l'Université du Québec, dans des cégeps, des centres diocésains et des communautés religieuses.On trouvera, dans ces pages, une attention soutenue aux mouvements d'idées qui marquent la culture occidentale, aux problèmes psychologiques et sociaux qui se posent actuellement, aux questions réelles des gens, aux richesses de la pensée chrétienne.Georges Tavard, Les jardins de saint Augustin: lecture des Confessions, Éditions Bellarmin/Cerf, 1988, 134 pp.Les Confessions de saint Augustin figurent parmi les classiques de la littérature en général et de la littérature spirituelle en particulier.L'auteur s est appliqué à la relecture des Confessions à partir des questions que posent à la foi les sciences modernes, principalement l'astronomie.Augustin situe son récit de l'expérience de Dieu dans différents jardins.Le jardin est pour lui une image du monde et une image de Dieu.Comment Dieu est-il à la fois dans le jardin du monde et en dehors de l'espace et du temps?Dans un univers que la science nous dévoile comme en expansion, la question n'a rien perdu de son actualité.Collectif, De Jésus et des femmes, Éditions Bellarmin/Cerf, 1987, 218 pp.Des figures de femmes ont croisé les parcours évangéliques de Jésus.Incidences propices à autant d'occasions d'explicitation du message néotestamentaire.Sur les variations figuratives les plus diverses et les plus inattendues se déploient alors les thèmes sacrés de la bonté et de la miséricorde de Jésus, de sa justice et de son amour, de la foi et de l'espérance.Placée sous l'éclairage moderne de la sémiotique, non seulement la parole biblique produit des effets de sens inédits, mais elle laisse transparaître également les différents niveaux de profondeur où se programment sa forme et sa cohérence.122 PARTAGE FRATERNEL Mots d'appréciation Diverses communautés « bénéficiaires» de la revue La Vie des Communautés Religieuses grâce aux dons du « partage fraternel », ont exprimé leur appréciation et leur reconnaissance.Nous avons bien reçu le premier numéro de l'abonnement offert aux « Filles de la Résurrection ».Nous remercions de tout cœur le père Boisvert qui a pensé à nous et les Instituts religieux qui couvrent les frais de la revue.Nous en sommes très très heureuses.Les articles nous aideront à approfondir les obligations de nos vœux, à mieux connaître l'évangile et à comprendre certaines valeurs que vous vivez.La revue fera le tour de nos communautés.En 1 988 : 32 postulantes; 35 novices; 96 sœurs professes de vœux temporaires; et 56 de vœux perpétuels.Il y a 12 maisons qui ont leur direction propre.Vous comprendrez que la revue rendra un grand service.Au nom de toutes les sœurs je vous remercie encore de tout cœur.La responsable Prieuré de la Résurrection — Bukavu Je viens de recevoir votre revue et je vous remercie de tout mon cœur pour votre générosité.Que Dieu donne à vos congrégations beaucoup de nouvelles vocations pour que la vie religieuse fleurisse au Canada.Supérieure Congrégation de l'immaculée B.V.M.— Polska Je tiens à vous remercier pour la revue la VCR.Les conférences sont très bien faites.Je les photocopie pour mes communautés, 123 surtout celles de la brousse qui n'ont jamais d'entretien spirituel.J'assure les donateurs de nos prières très reconnaissantes.Mère Gertrude Congrégation des Soeurs Servantes de Marie Cameroun Nos vœux de succès grandissant pour votre si belle revue ; ses richesses spirituelles et profondes intéressent toutes nos sœurs.Nous serions infiniment reconnaissantes aux bienfaiteurs qui aimeraient renouveler notre abonnement.Avec I assurance de notre prière et de notre profonde gratitude dans le Cœur de Jésus.S.Marie Georgette Habashi, supérieure générale Des SS.Égyptiennes du Sacré-Cœur Héliopolis À vous mon salut fraternel et mes bien sincères remerciements pour la bonne revue si riche et si profonde que je reçois depuis le mois de janvier 1988 grâce à votre générosité.Supérieure générale des F.C.I.M.J'ai l'honneur de vous confirmer que cette revue nous est très utile et intéressante.Nous vous prions d'agréer nos salutations très fraternelles.Supérieure générale des Dominicaines Zaïroises Combien nous vous sommes reconnaissants de nous envoyer la revue la VCR.Nous les lisons avec grand intérêt.Cette revue nous enrichit dans notre réflexion et nos échanges, et nous l'apprécions beaucoup.Aussi veuillez transmettre notre profonde gratitude aux Instituts Religieux canadiensqui ont eu l'initiative et voulu nousfaire procurer cette revue gratuitement pour un an.124 Nous vous remercions de tout cœur pour votre grand dévouement a notre egard et vous prions d'accepter nos sincères et cordiales salutations.Bien fraternellement dans le Christ.Sœur Marie Esther, supérieure générale Des SS.du Cœur Immaculé de Marie, Madagascar Révérend Père, je vous remercie et je remercie également les Instituts religieux canadiens, qui grâce à leur générosité m'offrent gratuitement pour un an cette revue pour alimenter ma réflexion et mes échangés.Supérieure générale de l'Institut des Oblates Catéchistes Petites Servantes des Pauvres Cotonou Nous recevons régulièrement votre revue La Vie des Ctés Religieuses qui nous intéresse bien.Beaucoup de gens de passage c ez nous I apprécient aussi.Alors nous vous remercions et vous restons unies dans la prière.Supérieure, Monastère des Bénédictines Notre-Dame de Koubri Burkina Faso 125 Retraite au Buisson Ardent — Été 1989 4 au 10 Retraite THÈME : « Et vous entrerez par votre plénitude dans la Plénitude de Dieu.» Éph.3, 19 Pour tous P.Claude Mayer, o.m.i.Juillet : 8 au 14 Expérience de désert THÈME : « L'Esprit conduisit Jésus au désert».Mt 4, 1 a Pour tous Merzel Caissy, s.c.q.Juillet : 16 au 22 Retraite intercommunautaire THÈME: «Prier pour vivre en plénitude».Éph 3, 20b Religieux & religieuses P.Claude Mayer, o.m.i.Juillet : 23 au 29 Retraite intercommunautaire THÈME : «Tout miser sur Dieu pour révéler l'amour du Père».Religieux & religieuses P.Léo Hébert, o.f.m.Juillet : 2 au 7 Récitatifs bibliques THÈME: Session nouvelle.Pour tous Louise Bisson Renseignements et inscription : Louise Bisson, 2828, rue Iroquois, Rock Forest (Québec) J1N 1 A4 Tél.:(819)565-8366 Toutes les retraites commencent à 20 heures et se terminent à 13 heures.Inscription écrite obligatoire 25 $ déduite du coût total 150$.Inscriptions et renseignements : Le BUISSON ARDENT — Les Franciscains 319, rue Queen LENNOXVILLE, QC J1 M 1 K8 Tél.: (819) 566-5877 Retraite biblique — SOCABI 3 juillet 19h30 au 8 juillet 15 h 30 Prédication « Prendre le chemin du désert.» « Poussés par I Esprit, prenons le chemin du désert.» (Mc 1 12) .p°ur.e™endre la voix qui nous dit : «Tu es mon fils bien-aimé.(Mc 1,11 ) et pour prendre résolument notre route.,.»(Lc9,51).Gérard BLAIS, prêtre marianiste, bibliste, membre de l'Acébac et de Socabi, professeur au Campus Notre-Dame-de-Foy, St-Augustin, auteur du livre «Un cri dans le désert».Avec la collaboration de: Normand Audet, animateur liturqi- ni ip 3 ENDROIT: Centre de réflexion chrétienne 455, boul.Base-de-Roc, C.P.570 Joliette, QC J6E 5P3 PRIX: Inscription 65 $, payable à l'avance à SOCABI (20 $ non remboursable).Pension complète: 25$/jour x 5 125$ payable au début de la retraite.Information et Inscription : SOCABI 7400 boul.St-Laurent #519 Montréal, QC H2R 2Y1 Tél.: (514) 274-4381 Retraites intercommunautaires — Été 1989 Juillet: 16 au 23 « Marie et les béatitudes» Raymond Tremblay, c.ss.r Juillet: 23 au 30 « L'Évangile selon St Jean » Réginald Tardif, c.ss.r.Juillet: 30 au 6 août « L'Évangile selon St Jean » Réginald Tardif, c.ss.r.Ces retraites commencent à 20 heures le dimanche pour se terminer le dimanche midi suivant.Informations et réservations : P.Réginald Tardif, c.ss.r.a/s P.J.-P.Gauthier Pavillon St-Rédempteur 4957, rue Honoré-Beaugrand St-Augustin Québec G3A1T8 Tél.: (418) 872-0687 Exemplaires disponibles Si vous désirez poursuivre individuellement ou en groupe votre réflexion sur les thèmes du présent numéro ou des numéros antérieurs, vous pouvez vous procurer un ou plusieurs exemplaires de la revue à l'adresse et aux prix suivants : 5750, boulevard Rosemont, Montréal Tél.: 259-6911 2,25 $ l'exemplaire 1,75 $ pour 10 exemplaires et plus Frais de poste en plus Partage fraternel De nombreuses communautés locales, situées en pays pauvres, seraient heureuses de recevoir la Revue, pourvu que des groupes plus favorisés financièrement acceptent d'assumer les frais d'abonnement.Ceux et celles qui désirent aider ces frères et soeurs en assurant le coût total ou partiel d'un abonnement, n'ont qu'à envoyer leur contribution au nom et à l'adresse suivante: La Vie des communautés religieuses Partage fraternel 5750 boulevard Rosemont, Montréal, Qué.Canada.H1T 2H2 Merci d'avance, au nom des bénéficiaires '¦ ¦ ' ¦ ¦ se la vie des communautés religieuses 5750, boulevard Rosemont Montréal, Québec, Canada H1T 2H2
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