La vie des communautés religieuses /, 1 novembre 1989, Novembre-Décembre
lltlS nov.-déc.1989 jÉjâlïl HSÜ ill* munautés ehgieuses La vie des communautés religieuses Directeur : Laurent Boisvert, o.f.m Comité de rédaction : René Bacon, o.f.m.René Baril, o.f.m.Pierre Bisaillon, o.f.m.Laurent Boisvert, o.f.m Secrétariat : Liliane Caron r.s.r.Rédaction et administration : La vie des communautés religieuses 5750 boulevard Rosemont Montréal, Canada H1T 2H2 Tél : 259-6911 Courrier de la deuxième classe Enregistrement n° 0828 Composition: Graphiti Impression : L’Éclaireur Ltée La revue paraît cinq fois par an Abonnement : de surface: 1 1,00 $ (55 FF) (350 FB) par avion : 14,50 $ (75 FF) (475 FB) de soutien: 20,00$ Sommaire Vol.47 — nov.-déc.1989 Robert Guelluy, ptre, Avancer en âge 259-269 Georges Perreault, o.p., Une démarche de vérification centrée sur la personne : son axe fondamental 270-283 Avancer en âge c'est passer de la vie professionnelle à l'effacement de la retraite, ce qui constitue une épreuve de vérité.On avait meublé sa vie d'activités multiples, on n'a plus l'écran protecteur de ses travaux.Aux relations fonctionnelles succèdent les relations simplement interpersonnelles.La vieillesse est un appel à la vie fraternelle.Le secret pour bien vieillir: la confiance en Dieu et en autrui.La vérification peut être effectuée au niveau du faire, de la productivité.Mais elle peut également l'être au niveau du «vivre» et du «mieux vivre»: qu'est-cequeje mefaisvivre en faisant ceci ou cela?On comprendra facilement que la vérification doit être centrée sur la personne elle-même.La décision de celle-ci est la cheville ouvrière d'une affectivité ordonnée.La démarche de vérification centrée sur la personne est simple, mais ne manque ni de profondeur ni de justesse.257 Georges-L.Morin, o.f.m., Guerre et paix avec Sœur Nature 284-295 Il existe actuellement une guerre entre l'homme et la nature.Celle-ci n'est pas seulement dominée, mais indûment exploitée.L'homme ne pourrait-il pas vivre en harmonie avec elle ?Ne pourrait-il pas prendre à son égard une attitude fraternelle, l'aimer et la respecter comme sa sœur?C'est l'attitude que François d'Assise a traduite dans le Cantique de frère Soleil.Jean Galot, s.j., La maternité spirituelle de Marie 296-311 Après avoir affirmé l'authenticité des paroles de Jésus : « Femme, voici ton fils » et « voici ta mère », l'A.précise le sens de la présence de Marie au Calvaire et la portée messianique des paroles citées.Celles-ci impliquent la création d'une nouvelle maternité.Marie est mère de chaque disciple, mère de l'Église, mère de tous les humains.Voilà ce que développe l'auteur.Tables de l'année 258 Avancer en âge Robert Guelluy, ptre * Les réflexions qui vont être proposées ici concerneront surtout le passage de la vie professionnelle, avec ses pouvoirs et ses responsabilités, à l'effacement de la retraite.Elles sont très générales et ne peuvent pourtant se vivre qu'au singulier.De même qu'il n'y a pas de maladies, mais des malades dont la personnalité esttoujours unique, la vieillesse n'existe pas, mais seulement des personnes plus ou moins avancées en âge.Ces réflexions n'analysent pas — bien qu'elles n'oublient pas — la pauvreté physique et morale ni la déréliction humiliante qui éprouvent tant de personnes âgées.Elles n'envisagent pas non plus la maladie ni la proximité de la mort, qui sont comme des paroxysmes dans le cheminement de dépouillement paisible évoqué ici.1 * 14, Scavée du Biéreau.B.1348 Louvain-La-Neuve, Belgique.1.On lira à ce propos la belle prière du P.Theilhard de Chardin dans Le milieu divin : « Mon Dieu, il m'était doux, au milieu de l'effort, de sentir qu'en me développant moi-même, j'augmentais la prise que vous avez sur moi; il m'était doux, encore, sous la poussée intérieure de la vie, ou parmi le jeu favorable des événements, de m'abandonner à votre Providence.Faites qu'après avoir découvert la joie d'utiliser toute croissance pour vous faire, ou pour vous laisser grandir en moi, j'accède sans trouble à cette dernière phase de la communion au cours de laquelle je vous posséderai en diminuant en vous.Après vous avoir aperçu comme Celui qui est "un plus moi-même", faites, mon heure étant venue, que je vous reconnaisse sous les espèces de chaque puissance, étrangère ou ennemie, qui semblera vouloir me détruire ou me supplanter.Lorsque sur mon corps (et bien plus sur mon esprit) commencera à marquer l'usure de l'âge; quand fondra sur moi du dehors, ou naîtra en moi, du dedans, le mal qui amoindrit ou emporte ; à la minute douloureuse où je prendrai tout à coup conscience que je suis malade ou que je deviens vieux; à ce moment dernier, surtout, où je sentirai que je m'échappe à moi-même, absolument passif aux mains des grandes forces inconnues qui m'ont formé; à toutes ces heures sombres, donnez-moi, mon Dieu, de comprendre que c'est Vous (pourvu que ma 259 Sans doute faut-il, pour se préparer à souffrir et à mourir, assumer simplement ou surtout les diminutions propres à l'âge, comme il faut se préparer à vieillir simplement ou surtout en vivant de son mieux l'âge adulte.La méditation ici proposée est le fait d'un célibataire; elle pourra peut-être rencontrer les préoccupations du prêtre, du religieux, de la religieuse vieillissants.Elle est sans doute valable aussi, quant à l'essentiel, pour ceux qui ont fondé une famille et qui connaîtront dès lors d'autres formes de la grâce et de l'épreuve de la vieillesse, mais ce sont eux seuls qui pourront les traduire en fonction de leur état de vie propre.Partons de l'Évangile On peut, me semble-t-il, résumer fidèlement l'action et le message de Jésus en les ramenant à un seul problème : le pouvoir.Réfléchissons un moment au pouvoir d'hommes sur d'autres hommes et aux diverses familles de péché qu'il engendre : abus du pouvoir directement et abus du savoir, ou de l'avoir, qui en sont d'autres formes.Lequel d'entre nous peut se vanter de n'avoir jamais cédé — notamment dans telle ou telle circonstance où il se sentait acculé — à la tentation de l'abus du pouvoir, du savoir ou de l'avoir ?La lutte pour le pouvoir est partout présente là où il y a activités d'hommes.C'est la concurrence dans le domaine économique, c'est la compétition sportive.Si une équipe sportive végète, le meilleur moyen de lui rendre vie est de la mettre en compétition avec une autre.En proclamant les résultats des activités d'une journée, on ne dira d'ailleurs pas quelle équipe eut le jeu le plus intelligent, a fait foi soit assez grande) qui écartez douloureusement les fibres de mon être pour pénétrer jusqu'aux moelles de ma substance, pour m'emporter en Vous.Oui, plus, au fond de ma chair, le mal est incrusté et incurable, plus ce peut être Vous que j'abrite, comme un principe aimant, actif, d'épuration et de détachement.Plus l'avenir s'ouvre devant moi comme une crevasse vertigineuse ou un passage obscur, plus, si je m'y aventure sur votre parole, je puis avoir confiance de me perdre ou de m'abîmer en Vous.» 260 preuve de plus de camaraderie, a manifesté plus de fair-play, mais on dira laquelle a été la plus forte, a dominé son adversaire.On dira d'ailleurs « contre qui » elle a joué plutôt que « avec qui ».La lutte pour la première place est utilisée dès la formation scolaire.On organise à cet effet des concours.Je me souviens de telle enfant de sept ans qui venait de triompher à l'école.Elle me montrait son bulletin scolaire avec un orgueil qui faisait mal et j'en étais bien triste.Je me disais : « Désormais, cette enfant est prise dans l'engrenage infernal du travail à primes et de la concurrence.» Darwin expliquait l'évolution et la sélection des espèces animales par la perpétuelle émergence du plus fort et l'élimination corrélative du plus faible.On sait aujourd'hui que ses vues étaient trop simples, mais si la domination des plus puissants n'est pas le seul processus qui conduisit à l'apparition de l'espèce humaine, il fut peut-être le plus efficace et il reste actif dans l'élaboration des sociétés d'hommes.Pourtant, l'histoire de la vie animale met en lumière la fragilité des victoires de la force : les animaux géants de notre préhistoire, les dinausaures, tout invincibles qu'ils étaient, sans prédateurs qui puissent les dominer, ont complètement disparu, victimes probablement de leur gigantisme même.On peut sans doute en dire autant du sort des plus puissants empires humains.Cependant, l'usage et l'abus de la force ne s'atténuent guère, ni chez les animaux, ni chez les humains.Proclamer «Heureux les doux» comme le fit Jésus, c'était mettre le doigt sur le ressort le plus profond de nos dynamismes.Tandis que l'Évangile met ainsi, et constamment, en garde avant tout contre la séduction de la force, les psychologues insisteront peut-être sur l'instinct sexuel, puissant, mais en grande partie caché, et qui, disent-ils, cesse d'être malsain dans la mesure où il est mis à jour.Notons seulement que, du besoin de pouvoir, ni les individus ni les communautés n'éprouvent souvent nulle honte: c'est de façon très publique que les individus ou les peuples se vantent de venger l'honneur outragé, d'user de représailles.L'orgueil 261 est moins honteux que la sexualité, il est compatible avec l'honorabilité et la bonne conscience, mais c'est l'orgueil que l'Évangile met en question plus que tout.Jésus a osé dire : «Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur».C'est sans doute la seule confidence qu'il nous ait faite sur ses sentiments profonds : elle va à l'essentiel.Et peu de nous, certes, peuvent en dire autant.Pouvoir sur soi-même Corrélativement à la recherche du pouvoir sur autrui, l'Évangile met en question la prétention au pouvoir sur soi-même; les deux vont de pair.Lisons l'épisode du «jeune homme riche».On y voit bien en quoi la richesse est un obstacle chez celui qui veut suivre Jésus.Les disciples, exprimant l'opinion commune, croyaient que les puissants de ce monde étaient plus proches de Dieu qu'ils ne l'étaient eux-mêmes, pauvres et sans pouvoir.Pour celui que Jésus invitait à le suivre, distribuer ses biens aux pauvres, c'était cesser d'être l'un des notables, devenir fragile, perdre son statut dans une société qui ne faisait pas grand cas du démuni.L'Évangile est ici sévère pour la richesse parce qu'elle est un instrument de pouvoir et permet de se faire illusion sur son indigence fondamentale.Un souci essentiel de Jésus est l'humiliation d'un humain par un autre.Les pauvres sont presque fatalement humiliés et Jésus a voulu partager la condition des humiliés — indigents, malades, impurs, exclus de la société — pour les réhabiliter, en même temps à leurs propres yeux et aux yeux de leurs contemporains.Jésus a mis en question les notables qui pensaient n'avoir nul reproche à se faire; il leur a ouvert les yeux sur la dignité de ceux qu'ils regardaient de haut: ceux qui avaient faim, qui étaient nus, avec lesquels il s'identifiait.Tout propriétaire est virtuellement en état de guerre: il est inquiet pour son bien et prêt à le défendre.Celui qui détient le pouvoir est prêt à défendre l'ordre dont il se croit le gardien.Aussi le 262 notable est-il, par sa situation, constamment en tentation de juger ou de mépriser ceux qui ont le malheur d'être en quelque façon ses inférieurs.Mais ce qu'il faut souligner, c'est que le notable, à cause de sa bonne réputation, risque de se justifier tout à la fois à ses propres yeux et aux yeux des autres : il est porté à se donner bonne conscience et à constituer avec ses pareils un ghetto de bien-pensants.Le chapitre VI de saint Matthieu met en garde celui qui se croit juste, contre les périls qui lui viennent de ses bonnes actions elles-mêmes : il risque simultanément de donner du spectacle aux autres et de se donner à soi-même du spectacle: celui qui fait l'aumône sera tenté de se féliciter de la main gauche à propos de ce qu'il fait de la main droite.Celui qui prie doit veiller à se mettre en présence de Dieu seul, sans chercher d'autre spectateur.Celui qui jeûne doit prendre garde au péril de la réputation d'ascète qu'il tente de se donner à lui-même en même temps qu'à autrui.Jésus ne cesse de dénoncer la prétention à se construire une sainteté par le recours à sa propre force.Il démasque les déviations du pouvoir sur soi-même comme du pouvoir sur autrui.Revenons à la conclusion de l'épisode du «jeune homme riche».Jésus y enseigne que la vie éternelle ne peut se conquérir à la force du poignet, contrairement au sentiment spontané des disciples qui admirent les gens haut placés.Il dit ici, à l'usage des pauvres comme des riches qu'ils admirent, que le salut n'est pas à la portée des « purs et durs », tels que, par exemple, les pharisiens prétendent l'être, mais qu'il est à accueillir comme une grâce imméritée.Saint Paul développera fougueusement cette doctrine: il dira les illusions du pouvoir sur soi-même, en soulignera l'impuissance radicale et les tentations d'abus.Il dénoncera la prétention à la suffisance que comporte la pratique des «oeuvres», il mettra en garde contre l'orgueil secret en même temps que contre l'esprit de domination, invitant à l'humble confiance en la grâce en même temps qu'à l'imitation de la charité divine.263 Sécurité et confiance On peut mettre sa sécurité dans sa force à l'égard d'autrui comme dans la maîtrise de soi : dans l'ordre établi en même temps que dans ses propres mérites.On peut, par contre, mettre sa confiance dans la gratuité de l'amour divin.En empruntant la première ligne de conduite, on sera tenté de dureté à l'égard des autres comme de soi-même; en adoptant la seconde, on devra se convertir aux diverses formes de l'esprit de gratuité: accepter la façon dont le maître de la vigne traite les ouvriers de la onzième heure, en même temps que renoncer à calculer sur ses propres droits.Si l'on adopte la première orientation, on sera porté sans cesse à raisonner et à discuter, comme le faisaient les pharisiens.Si on choisit la seconde, on sera conduit à des folies: aimer les ennemis, prêter à celui qui ne rendra pas, inviter celui qui n'invitera pas.Cette folie conduira à suivre Jésus jusqu'à la croix.L'ambition du pouvoir sur les autres, et de la réussite de sa propre vie à force de pouvoir sur soi, pourra s'incarner dans une stricte moralité, qui sera tout le contraire de l'esprit de foi.Elle échappera difficilement aux abus de pouvoir.L'idéal stoïcien — proche sans doute de ce qu'avait de positif la spiritualité des pharisiens — pouvait être exigeant: les pharisiens n'avaient pas choisi une voie facile.Le chemin ouvert par l'esprit de foi n'est pas facile non plus, mais sa difficulté est d'un autre ordre.Les imprévus de l'humble charité, à la fois filiale et fraternelle, ne dispensent pas de l'effort, mais ils demandent qu'il soit fait de paisibles renoncements aux tentations de calculer et de dominer.L'Évangile est sans cesse paradoxal, on en a souvent fait la remarque.Il demande de commander en esprit de service, d'obéir avec la «liberté des enfants de Dieu» et de se discipliner avec la douceur de l'esprit d'enfance.264 Ce qui appelle et rend possible la conjonction de ces attitudes complémentaires, c'est toujours de ne pas vivre en solitaire, mais dans l'accueil à une présence.Des éducateurs qui n'agiraient que selon des principes auraient peine à concilier fermeté et indulgence ; par contre, la présence des enfants à leurs parents qui les aiment, suscitera chez ceux-ci un équilibre que nulle théorie ne peut remplacer.Les parents sont d'ailleurs parvenus à leur propre maturité moins par l'effet de théories que par l'efficacité de l'affection dont ils ont vécu dès leur enfance et après.De même, c'est la foi dans l'amour du Père qui fera du chrétien un homme aux convictions souples, à la discipline paisible, au courage détendu.Ne pas mettre sa confiance dans les droits à revendiquer, dans l'autorité à faire valoir ni dans la discipline de soi, mais dans la présence infiniment miséricordieuse du Dieu de Jésus-Christ, permettra d'éviter l'abus de pouvoir sur les autres et sur soi, de vivre dans la paix, au cœur des réussites et malgré les échecs.L'esprit de foi tendra à la sérénité dans les rapports de force comme dans l'effort pour se dominer.La confiance en l'amour aidera à se laisser aimer et à aimer plutôt qu'à vouloir être héroïque.Elle n'inspirera pas d'être content de soi en raison de la rigueur de la discipline qu'on s'est imposée, mais d'être en accord avec les autres, et en paix avec soi-même, à cause de Celui dont on se sait aimé.Il y aura toujours lieu de se dire avec Vincent de Paul: «On aurait dû, ou on aurait pu faire davantage » mais on se répétera avec l'Apôtre : «Je sais à qui je me suis fié».On pourra vivre alors ce que les mystiques ont appelé le « saint abandon » ; Dieu n'attend pas des esclaves besogneux mais des enfants confiants ; il ne veut pas être un « maître dur et exigeant» mais un Père, à la fois ferme et patient.Patient, il l'est, en son imperturbable et souvent déroutant silence.Il est patient en ayant la force d'être faible, comme tout profond amour.Vieillir, c'est entrer dans le non-pouvoir Passer de la vie professionnelle à la retraite, c'est être soumis à une épreuve de vérité.On avait meublé sa vie d'activités multiples, 265 on avait fait du bien.ou on en avait l'impression ! Dans ce qu'on avait réalisé, on avait mis plus ou moins consciemment, et avec plus ou moins de raison, une plus ou moins grande recherche de soi.On est maintenant plus ou moins frustré.On n'a plus l'écran protecteur de ses travaux, qui avaient permis opportunément de se cacher qui on était.Il faut maintenant se l'avouer.Entrer en retraite et déposer ses responsabilités, c'est ne plus être socialement situé par ses fonctions : aux relations fonctionnelles vont succéder les relations simplement interpersonnelles.On n'est plus dans tel ou tel rôle, mais de plus en plus simplement Un tel, l'un d'entre tous.La vieillesse est un appel à la vie fraternelle.Par contre, la vie des autres continue en ne cessant d'inventer : le passé est peu à peu dépassé.On n'a plus le pouvoir d'y rien changer, ni celui de modifier les erreurs qu'on avait peut-être commises, ni de remédier aux blessures qu'on s'y était faites.On est aussi dans l'impossibilité d'empêcher les plus jeunes d'altérer ce qu'on avait réalisé.C'est, dans toutes ces impuissances, l'heure de mieux découvrir la grâce de la foi, d'entrer dans la joie d'être sauvé par l'affection divine et non par ses propres forces.On y entrera progressivement, paisiblement, à mesure que continueront à décroître le pouvoir sur les autres et sur soi-même.On se préparera ainsi au filial et confiant face à face avec Dieu.Il y a parenté entre la vieillesse avancée et l'enfance évangélique telle que Jésus la donne en exemple pour la vie entière.Une existence humaine commence et s'achève par le consentement à dépendre : de Dieu et des hommes.Entre le début et la fin, il y a des années difficiles de l'adolescence, où il faut apprendre à vivre les paradoxes dont nous avons parlé : continuer à accepter de ne pas se suffire, tout en prenant sa vie en main, assumer le pouvoir sans en être prisonnier, entrer, sans perdre douceur ni humilité, dans les structures où l'on sera tour à tour dominant et dominé.Au terme d'une progressive maturité, où l'on sera parvenu à sa stature d'homme moyennant un équilibre toujours à refaire, on arrive aux rivages de la vieillesse.On quitte le vaisseau sur lequel s'est faite la traversée, en abandonnant les instruments de bord et, dans ce 266 dépouillement, on accède à une terre nouvelle éclairée, comme jamais sans doute, par la lumière exigeante et douce de l'Évangile.Vieillir ainsi, c'est devenir compréhensif et bienveillant.C'est dédramatiser et relativiser les problèmes qu'on a quittés en les confiant à de plus jeunes.C'est devenir bon.N'est-ce pas là un des heureux privilèges de la vieillesse?Vivre évangéliquement, c'est toujours renoncer au pouvoir: soit en l'exerçant en esprit de renoncement, dans une «sainte indifférence » — qui n'est pas l'indifférence tout court — mais la paix du cœur, soit en l'abandonnant à d'autres quand est venu l'âge de passer la main.Spiritualité de l'accueil On avait sans doute vécu une spiritualité de l'action et de la bienfaisance.Voici qu'il faut se rapprocher davantage de l'Évangile par une spiritualité de l'accueil.Il faut prendre un peu plus intensément conscience que Dieu ne cesse de nous aimer le premier, que vivre c'est donc se recevoir de lui, qu'il convient d'apprendre à le faire consciemment, en étant davantage occupé de son amour à lui et moins de notre œuvre à nous.On a peut-être eu le sincère souci de bien faire, il faut à présent être davantage soucieux de ce qu'il fait, Lui: de ce qu'il a fait au cours des ans, de ce qu'il continue de faire à tout instant.On n'a peut-être pas ménagé sa peine, il faut à présent être plus disponible pour lesdifficultésqu'on ne choisit pas; Jésus n'a-t-il pasdità saint Pierre : «tu seras conduit où tu ne pensais pas aller».On avait des connaissances, il faut qu'elles se muent en expérience : que deviennent concrets les enseignements de l'Évangile sur l'abandon dans la faiblesse, sur l'esprit de petitesse.On avait peut-être essayé de faire de grandes choses et on est peut-être tenté de continuer à jouer un rôle.L'âge invite cependant à savoir s'effacer en laissant à Dieu plus de place.On avait, avec bonne volonté certes, tâché d'être utile à Dieu, il faut passer de la bonne volonté à l'esprit de foi et devenir un habitué de l'action de grâce.267 On ne réussira pas par soi-même ces conversions: il faut devenir un peu plus homme de prière.Un pas en direction de la foi par des moyens humains n'est pas encore un progrès dans la foi : la foi sans la prière n'est souvent que l'euphorie de l'homme bien portant, qui fait bon usage de ses forces.À tout âge, il est nécessaire d'apprendreà prier, c'est-à-dire d'acquérir legoûtde la présence de Dieu, vécue en profondeur si pas toujours au niveau de la sensibilité.Ce n'est pas là l'œuvre d'un moment seulement, mais le commencement d'une vie, vécue comme une marche progressive vers la lumière.Dans la mesure où l'on pourra cheminer ainsi, éclairé par l'obscure clarté de la foi, toutes les diminutions à vivre ne seront pas épreuves absurdes mais appels porteurs de sens.Attitude positive Il n'est évidemment pas facile d'accepter la diminution du pouvoir, la dépendance, le sentiment d'inutilité, la solitude.Il ne peut être question de se résigner, c'est-à-dire d'être passif ; il s'agit d'assumer, c'est-à-dire d'accepter comme ayant une valeur propre les composantes du vieillissement.Cela demande une attitude positive : ne pas se plaindre et dès lors ne pas dénigrer autrui, mais être aussi paisible et heureux que possible, attentif à toutes les raisons d'être content de Dieu, des autres et de soi-même.S'il faut se garder de faire aux plus jeunes des reproches quant aux différences qu'ils vivent par rapport à ce qu'on a soi-même vécu, il faut du coup, veiller à ne pas se répandre en conseils ou en préceptes.L'exemple à donner n'est pas celui de ses années passées dont on serait tenté de demander aux plus jeunes une copie conforme, mais celui de la discrétion dans les jugements et de l'oubli de soi dans le respect d'autrui.Concrètement, assumer la solitude impliquera de cultiver la sociabilité, comme accepter de dépendre impliquera de cultiver le vouloir vivre, la joie de vivre, l'amour de la vie.Ces «vivifications» sont les « mortifications » saines, préférables à toutes les autres.De 268 même, assumer l'effacement du retraité impliquera de rester actif.Si on perd le pouvoir en vieillissant, on garde des possibilités ; on en acquiert même de nouvelles.Le passé n'est plus, et ses manquements doivent être abandonnés à la miséricorde de Dieu.Il importe d'en retenir par-dessus tout les motifs d'action de grâce.Ce sont aussi les raisons d'être heureux qu'il convient de voir chrétiennement dans les composantes de l'instant présent.Conclusion Comme toute la vie de foi, le vieillissement du disciple de Jésus appelle des paradoxes : rester actif en acceptant de bonne grâce ses limites, être de bon conseil sans moraliser, consentir à la solitude croissante sans renoncer à la sociabilité.Répétons que le secret pour bien vieillir est celui que l'Évangile invite à considérer chez l'enfant: confiance en Dieu et en autrui.La tâche personnelle de chacun est de traduire cette attitude évangélique dans son état de vie propre.2 2.Pour achever la méditation de ces pages, on pourra lire les lignes que voici de Dostoïevski dans Les frères Karamazov : « Les souffrances anciennes, par une vertu mystérieuse de la nature humaine, se transforment peu à peu en une joie douce, attendrie.La turbulence de la jeunesse ardente fait place à la vieillesse sereine: je bénis le lever quotidien du soleil, et mon cœur chante ses louanges comme jadis, mais j'aime davantage son déclin, ses longs rayons obliques, et les doux souvenirs attendris qu'ils évoquent, chères images d’une vie longue, bénie, et, dominant tout, la vérité de Dieu qui apaise, absout et pardonne tout.Ma vie s'achève, je le sais, je le vois, mais chaque jour de mon existence, je sens ma vie terrestre entrer en contact avec une vie nouvelle, infinie, inconnue, mais toute proche, et dont le pressentiment fait frémir mon âme de joie et illumine mon esprit.» On aura reconnu dans le présent essai des thèmes abordés précédemment dans plusieurs articles de La Vie des communautés religieuses et que j'ai repris dans mon récent et dernier livre : Mais il y a Jésus-Christ, Éditions Duculot, à Paris et Louvain-la-Neuve (Belgique), 1989.269 Une démarche de vérification centrée sur la personne : son axe fondamental Georges Perreault, o.p.* Les différents niveaux de vérification On peut identifier différents niveaux de vérification qui se distinguent entre eux par le degré d'intériorisation qu'ils permettent d'atteindre, depuis les résultats extérieurs de l'agir, en passant par l'aménagement des énergies investies dans cet agir, jusqu'à la source intime de tout agir au cœur même de la personne.Au niveau du «faire» À ce niveau, la question fondamentale est celle-ci : « Qu'est-ce que je suis en train de faire ?» Question qui peut se détailler ainsi : — Quel est le résultat de ce que je fais ?— Ce résultat peut-il être amélioré?— Ce résultat correspond-il aux attentes des responsables?des commanditaires?des consommateurs?Cette vérification se limite à vérifier le degré de correspondance entre les résultats escomptés et les résultats effectivement obtenus : par exemple, entre le nombre de pièces d'automobile à ajuster quotidiennement par un mécanicien d'après son contrat de travail, * 216 rue de l'Église, Saint-Sauveur-des-Monts, QC, JOR 1 RO.270 et le nombre de pièces qu'il aura effectivement ajustées à la fin de sa journée.Les dispositions intérieures de cet employé et la qualité de ses relations avec ses collègues et ses patrons ne relèvent pas d'une telle vérification ; elles qualifieront ou disqualifieront ce travailleur selon qu'elles favorisent ou qu'elles gênent sa productivité, car c'est celle-ci qui polarise entièrement cette vérification.Ne sont donc pris en considération, au niveau de la personne, que sa capacité de productivité et son degré de rendement.C'est pourquoi la personne est réduite ici à la condition d'un outil, qui sera avantageusement remplacé par un robot dès que la chose sera possible.Les activités humaines sont donc considérées ici, non dans leur relation avec la personne, mais exclusivement dans leur relation avec les résultats extérieurs attendus.Au niveau du « mieux-faire» Une rationalisation accrue de la productivité peut entraîner une rationalisation correspondante des activités de la personne.À ce niveau, la question centrale n'est plus seulement «quoi», mais «comment»: « Comment est-ce que je m'y prends pour produire tel résultat ?» Voici quelques-unes des questions subsidiaires qui l'explicitent : — Suis-je un opérateur assez efficace?— Est-ce que je me sers adéquatement de mes ressources pour produire au maximum ?— Comment puis-je mieux employer mes énergies pour améliorer mon rendement?C'est encore et avant tout la productivité qui polarise cette vérification; et c'est d'abord en vue de la productivité, et non en fonction de la personne, que sont prises en considération les activités de cette personne.Ainsi, on s'intéressera à ses motivations, à ses fonctions de perception, d'évaluation, de planification et 271 d'exécution, non pas pour son amélioration personnelle, mais avant tout pour l'amélioration de son rendement.Ne reconnaît-on pas ici, jusqu'à un certain point, la cohérence interne de bien des recyclages d'ordre théologique ou pastoral ?Car on vise alors directement le rendement optimal des pasteurs par l'amélioration de leur capacité de rendre des services qualifiés.Sans doute souhaite-t-on que, par une espèce de choc en retour mal défini, les pasteurs en bénéficient également pour leur vie personnelle; et l'on encadre d'ailleurs habituellement ces recyclages par des activités à caractère spirituel.Il faut quand même reconnaître que, trop souvent, l'objectif premier de ces recyclages est un meilleur rendement du pasteur, et que sa croissance humaine et spirituelle est un fruit parallèle sans doute sincèrement désiré, mais ne découlant pas directement de l'agencement fonctionnel de tels recyclages.Au niveau du «mieux-vivre» À ce dernier niveau, la vérification s'articule autour de la question suivante ; « Qu'est-ce que je me fais vivre en faisant ceci ou cela ?» Ici encore, on pourrait multiplier les questions dérivées de cette question fondamentale: — En accomplissant telle activité, est-ce que je deviens meilleur travailleur, ou meilleur humain ?et meilleur croyant?— Ce faisant, est-ce que j'améliore ma capacité de productivité, ou ma réalité comme personne ?comme chrétien ?— En travaillant comme je le fais, suis-je en train d'accumuler fatigue et tension, ou est-ce que je poursuis, à même ce travail, ma croissance humaine et spirituelle?— Est-ce que mes activités au service d'autrui m'hypothèquent intimement et menacent de me handicaper à la longue, ou me permettent-elles de me construire comme personne et comme enfant de Dieu ?272 La dynamique de cette vérification n'a rien à voir directement avec la productivité commandée de l'extérieur : tout se passe désormais à l'intérieur de la personne.Et à ce niveau, s'il est question d'un aménagement de plus en plus judicieux des fonctions de la personne, ce n'est plus en vue d'une plus grande efficacité, mais du «mieux-vivre» de la personne.On va s'intéresser aux énergies investies dans les verbes d'action et dans les adverbes qui les nuancent, maison lefait essentiellement en fonction du «je»qui est le sujet de tous ces verbes et qui leur confère leur force, leur sens, leur valeur, et jusqu'à leur portée d'infini.Alors que les vérifications précédentes visaient l'amélioration d'un produit extérieur à la personne, la présente vérification débouche sur un fruit intérieur à la personne, qui s'en trouve bonifiée dans son être même.Ce fruit s'identifie au surplus de vie, donc à la croissance, qui doit résulter, à l'intérieur de tout vivant, de l'exercice même de ses fonctions de vie, quel qu'en puisse être l'objet extérieur.À ce niveau, toute activité est destinée à faire croître d'abord et avant tout, non pas un producteur plus efficace, mais une personne toujours meilleure dans son être même comme dans ses multiples niveaux d'appartenance en regard des autres personnes et de Dieu.On peut alors être assuré qu'une personne ainsi engagée dans la poursuite d'un mieux-vivre n'en deviendra, par voie de conséquence, que plus efficace au plan de la productivité.C'est essentiellement à ce dernier niveau que se situe la démarche de vérification centrée sur la personne, démarche qui permettra ensuite de déboucher fonctionnellement sur la vérification des deux autres niveaux visant la productivité.Mais ce sont décidément ces deux niveaux de productivité qu'aborde la démarche axée sur un projet.Et l'on sait maintenant que, même si on s'efforce dans ce contexte de mener simultanément une vérification visant la croissance de la personne, cette vérification demeure parallèle à la première sans pouvoir s'y articuler fonctionnellement.273 L'axe majeur de la vérification centrée sur la personne La perspective fondamentale Il ne sera sans doute pas inutile de rappeler ici que, dans sa quête du bonheur, la personne entre en possession croissante d'elle-même par des décisions souvent reprises et sans cesse améliorées ; que toute décision porte essentiellement sur les moyens aptes à mener vers la réalité identifiée comme source de bonheur ; et que tout moyen se ramène aux activités par lesquelles on construit progressivement son bonheur.Par conséquent, toute démarche de vérification doit viser d'abord et avant tout les activités qui sont les moyens par lesquels la personne s'achemine vers son bonheur : car celui-ci est conditionné et mesuré par l'appropriation de soi-même, qui devient ainsi comme la face subjective du bonheur.Comme il y a deux niveaux d'actualisation et d'appropriation de soi, l'un en regard d'activités portant sur des réalités précises, et l'autre, plus fondamental, portant sur l'apprentissage de l'art de bien décider en regard de n'importe quelle réalité, pareillement il existe deux niveaux de vérification : le premier porte sur des décisions spécifiques, alors que le second porte sur l'apprentissage de l'art de bien décider.Dans cette démarche de vérification, si l'on s'arrête à calibrer les décisions portant sur des activités spécifiques sans envisager d'abord la capacité de bien décider comme telle, on risque de s'en tenir à une approche centrée sur un projet; car ces décisions pourraient alors être évaluées davantage en relation avec leur rendement spécifique plutôt qu'en relation avec l'actualisation croissante de la personne.Pour vérifier la croissance de la personne, il faut donc chercher à évaluer de façon prioritaire la qualité de son apprentissage de l'art de bien décider, cet art par lequel elle entre effectivement en possession d'elle-même.Par conséquent, cet apprentissage de l'art de bien décider doit constituer l'objectif central de toute vérification axée sur la personne.274 C'est essentiellement cette démarche de vérification qui sera présentée ici.On verra ultérieurement comment articuler à cette démarche fondamentale toute vérification plus spécifique portant sur des objectifs plus particuliers.Une vérification portant sur la maîtrise des moyens Une approche axée sur un projet a vite fait de ramener tout moyen à une réalité donnée: objet matériel, information, relation interpersonnelle, appartenance à un groupe, etc., dont on se sert pour parvenir à une fin déterminée.Par exemple, pour favoriser l'évangélisation d'un milieu donné, on va acquérir les connaissances théoriques et pratiques concernant ce milieu, ses idéologies, ses besoins et ses ressources; on cherchera alors à s'identifier à ce milieu en créant des liens aptes à construire une appartenance significative.À mesure qu'on maîtrise ces moyens, on escompte pouvoir parvenir à la longue à modifier certains aspects de la vie de ce milieu en conformité avec les valeurs et les appels de l'Évangile.En agissant ainsi, peut-être fait-on du bien à ce milieu; mais s'en fait-on aussi à soi-même ?Bien plus, s'en fait-on d'abord à soi-même?Car on a bien pu utiliser comme moyens les diverses réalités susmentionnées: a-t-on seulement pensé que ces réalités ne sont devenues des moyens que par l'utilisation qu'on en fait?C'est donc cette utilisation même qui est le moyen par excellence, puisque c’est elle qui confère à toute autre réalité la possibilité de devenir un moyen à son tour.La décision et l'utilisation, constitutifs de tout moyen Dans cette perspective, toute décision portant sur l'utilisation de quelque réalité que ce soit comporte des implications significatives en regard de la personne qui décide: car la dynamique engagée dans l'utilisation des réalités ainsi employées s'ensource, pour ainsi dire, dans le dynamisme d'ensemble de la personne et ne peut faire autrement que de se répercuter sur lui.275 Par exemple, le moyen d'expression qu'est la parole ne s'exerce que par l'énergie investie dans l'activité même de parler ; or, tout en disant des choses fort sensées, on peut fort bien se provoquer une extinction de voix en faisant un usage abusif de cette énergie.Par ailleurs, le moyen pour l'haltérophile de se classifier en vue d'une compétition ne s'identifie pas à ses haltères, mais bien à l'usage qu'il en fait; et l'on ne sait que trop aujourd'hui combien peut être puissante la tentation d'améliorer ce moyen en absorbant des stéroïdes qui agissent, non sur les haltères, mais sur la musculature de l'athlète et sur l'usage amélioré qu'il pourra en faire par la suite.Différence d'approche selon la définition des moyens C'est essentiellement dans la manière dont on définit et dont on utilise les moyens que va se reconnaître opérationnellement la différence entre une approche axée sur un projet et une autre centrée sur la personne.Dans le premier cas, on se préoccupe à ce point du projet et des moyens de le réaliser, qu'on ne se soucie guère des contrecoups sur la personne pouvant éventuellement résulter d'une utilisation abusive des moyens, parce que ces derniers apparaissent exclusivement comme des réalités extérieures à la personne.Dans le second cas, on veut d'abord vérifier dans quelle mesure on est en possession de ses moyens pour en faire le meilleur usage possible; on est ainsi amené à vérifier à quel point on se possède soi-même, puisque tout moyen est d'abord intérieur à la personne, comme sont intérieures à la personne la décision et l'utilisation par lesquelles elle se sert de réalités données.La cohérence même de cette démarche commande donc qu'on accorde une attention prioritaire à la personne pour s'assurer qu'elle est décidément en possession de ses moyens; de la sorte, l'accomplissement de ses activités peut devenir de plus en plus efficace et fructueux.C'est dans le prolongement de cette cohérence qu'on arrive à reconnaître que, dans toute intervention opérant par le truchement d'une relation interpersonnelle, comme dans le cas 276 d'un service pastoral, la personne même de l'intervenant finit par devenir l'outil fondamental de cette intervention.La vérification centrée sur la personne : une définition opérationnelle Dans cette perspective, comment définir opérationnellement une vérification centrée sur la personne ?Cette définition ne deviendra vraiment opérationnelle que dans la mesure où elle nommera clairement les réalités sur lesquelles elle porte, et où elle identifiera aussi clairement ses niveaux d'opération et les étapes de son déroulement.La décision, pivot de toute démarche de vérification Le pivot autour duquel va s'articuler cette démarche est identifié par la définition qu'on donne des moyens.À proprement parler, tout moyen est une activité personnelle par laquelle on fait usage d'une réalité extérieure ou intérieure à soi-même.Pour être vraiment personnelle, une telle activité doit découler d'une décision tout aussi personnelle, et qui devient ainsi personnalisante.Tout moyen se ramène donc en définitive à la décision d'appliquer son énergie à une activité portant sur une réalité donnée, intérieure ou extérieure à soi-même.Par conséquent, toute vérification opérationnelle centrée sur la personne porte essentiellement sur la manière dont on fait l'apprentissage et l'usage de l'art de bien décider, à l'égard de n'importe quelle réalité.Peut-être comprend-on mieux maintenant pourquoi on a pu dire de Léonard de Vinci qu'il a fait plus que maîtriser tant d'arts et de techniques: il a dû maîtriser sa capacité même de décider, cequi faitqu'il a acquisdans la même mesure la maîtrise et la possession de lui-même.277 La vérification de l'art de bien décider Pour vérifier opérationnellement si on est en possession de ses moyens, il faut donc vérifier si l'on maîtrise vraiment ses décisions.Cette vérification doit s'effectuer d'une manière tellement concrète et immédiate qu'il en résulte une certitude et une assurance laissant de moins en moins de place pour le doute quant au résultat de cette vérification.Car c'est le propre d'une vérification opérationnelle d'acheminer vers une certitude telle que, à la longue, on ne peut plus faire autrement que de savoir, au moment même de prendre une décision, si, oui ou non, on est vraiment en possession de ses moyens.Ce principe méthodologique implique que, aussi longtemps qu'on ne sait pas bien à quel point on a acquis la maîtrise de ses décisions, il faut bien reconnaître qu'on ne sait pas encore assez ce qu'on est en train de faire.Même si l'on se croit sûr de la qualité du résultat extérieur de son agir, on ne sait tout de même pas jusqu'à quel point on est en possession de ses moyens.Comment peut-on être sûr alors qu'on n'obtiendrait pas un résultat encore meilleur si l'on possédait une maîtrise plus poussée sur ses décisions ?Et surtout, dans ce cas, comment vérifier si l'on se fait du bien ou du tort à soi-même, puisqu'on ne sait pas bien ce qu'on se fait vivre intérieurement?D'où l'illusion dangereuse de s'évaluer soi-même uniquement à partir de l'évaluation des résultats extérieurs de son agir.Par conséquent, passer à l'action sans vérifier d'abord dans quelle mesure on est en possession de ses moyens, c'est-à-dire de soi-même, serait le signe, parce que le fruit, d'une imprudence qui peut devenir néfaste pour la personne.Agir de la sorte équivaudrait à prétendre se servir d'un instrument de précision sans en vérifier d'abord l'ajustement; ou encore, à s'aventurer sur une route accidentée avec une voiture dont on ignore si elle est en bonne condition.278 Avant de vérifier l'articulation éventuelle de ses énergies personnelles avec les réalités extérieures dont on compte se servir, il faut donc commencer par vérifier si on est vraiment en possession des énergies en question.Sinon, on risque de se retrouver en état d'épuisement imprévu, un peu comme le chauffeur qui tombe en panne d'essence pour n'avoir pas vérifié l'état de son réservoir.La parabole des jeunes filles démunies d'huile pour leurs lampes mérite d'être relue dans le contexte présent.Avant toutes choses, il faut donc vérifier dans quelle mesure on est véritablement en possession de sa capacité même de décider, en sorte que la décision naisse de ce qu'il y a de meilleur en soi.On voit ainsi que toute vérification centrée sur la personne doit viser d'abord et avant tout l'apprentissage et l'usage de l'art de bien décider.Et c'est en dépendance de cette vérification fondamentale que pourront ensuite s'effectuer les vérifications spécifiques portant sur l'application à des conduites particulières de cet art de bien décider.L'unification de la démarche de vérification centrée sur la personne L'ordre à établir dans les tendances affectives Tout agir humain procède de la confluence des tendances affectives qui dynamisent la personne, depuis les dispositions physiologiques et les pulsions instinctuelles, jusqu'aux aspirations et aux élans spirituels les plus élevés, en passant par les mouvements fluctuants des émotions couplés avec les scénarios mouvants de l'imaginaire.À l'état natif, ces tendances s'exercent de façon facilement anarchique, chacune poursuivant son objectif plus ou moins indépendamment des autres.Pour qu'un ordre s'établisse progressivement entre ces tendances et que la personne entre ainsi en possession croissante d'elle-même, au prix de conflits sans cesse renaissants, il faudra d'abord identifier une réalité assez attirante et assez élevée pour constituer 279 un lieu d'unification de toute la vie.Cette réalité deviendra alors un foyer d'attraction assez puissant pour polariser de plus en plus les énergies des tendances affectives de la personne.C'est l'entrée en possession grandissante de cette réalité qui construit peu à peu le bonheur, dont le versant subjectif s'identifie à la prise de possession croissante de soi-même résultant de la polarisation et de l'unification des diverses tendances affectives.La décision, cheville ouvrière d'une affectivité ordonnée Au niveau du fonctionnement de cette intégration de l'affectivité, la fonction unificatrice reviendra au dynamisme de la personne qui peut assurer de façon de plus en plus articulée la convergence des diverses tendances affectives sous la mouvance du bonheur désiré par la personne.Et c'est là l'œuvre de la décision, qui agence les moyens que sont les activités de la personne, elles-mêmes fruits des tendances affectives, en vue de l'obtention de la fin désirée, du bonheur recherché.La décision peut remplir cette fonction parce qu'elle est elle-même une affaire d'affectivité, quelle que puisse être par ailleurs la part indispensable des fonctions de connaissance qui, au gré de perceptions et d'évaluation, éclairent et guident la décision.Il faut souligner fortement ce point pour dissiper des ambiguïtés néfastes dans tous les secteurs de l'agir humain, et particulièrement en regard du discernement vocationnel.L'expérience ne démontre que trop à quel point on a souvent pris pour une décision ce qui n'était encore que la conclusion de raisonnements élaborés autour des exigences d'une vocation et de ce qu'on estimait être des signes de cette même vocation.En effet, tant que dominent les fonctions de connaissance, on peut tout au plus, au terme de tout processus de réflexion, aboutir à des conclusions, non à des décisions.Car, si nombreuses et si probantes qu'elles puissent être, jamais des conclusions comme telles ne déclencheront la moindre initiative : un savoir théologique 280 ou moral fait un bon théologien ou un bon moraliste, mais ne garantit aucunement la piété ni la moralité de l'un ni de l'autre.Seule une instance affective peutfournir l'énergie requise pour faire éventuellement d'un bon moraliste un homme moralement bon, car seule l'affectivité est source d'un agir.Puisqu'elle fait agir, la décision appartient bien à l'univers de l'affectivité.Elle se situe au point culminant où les tendances de l'affectivité, ordonnées entre elles, enclenchent un agir par lequel la personne s'actualise et peut ainsi entrer dans une possession croissante d'elle-même.La qualité de cette appropriation de soi dépendra naturellement de la qualité de l'ordre établi entre les tendances affectives par des décisions de plus en plus appropriées.Ainsi, on peut tout aussi bien, selon les décisionsque l'on aura prises, se posséder au nom d'un grand idéal, que laisser des tendances inférieures prendre possession de soi.Il y aurait beaucoup à dire concernant ce caractère affectif de la décision.Ainsi, un indécis n'est pas nécessairement quelqu'un qui manque d'intelligence, mais il est habituellement celui qui attend qu'une décision jaillisse de l'accumulation de preuves ou de raisons ; en fait, un tel abus d'intellectualisation masque une carence au plan affectif.D'ailleurs, les grandes décisions, celles qui engagent toute la vie, sourdent du plus profond de la personne, en deçà de toute justification intellectuelle adéquate.De telles décisions, comme celles qui commandent un choix vocationnel, ne peuvent jamais se réduire à la somme des raisons favorables qu'on aura pu découvrir.C'est pourquoi il est juste de dire que, en regard des grands enjeux de la vie, ce n'est pas tellement la personne qui prend une telle décision, mais que c'est bien plutôt la décision qui se prend dans la personne et qui finit par prendre la personne.Ces décisions en finissent habituellement par révéler leurs véritables motifs — et non leurs raisons — qu'au fur et à mesure qu'on les vit jour après jour, et qu'elles révèlent ainsi tout le dynamisme et tout le sens dont elles étaient prégnantes.Ce n'est que peu à peu qu'on explique à soi-même, et ensuite aux autres, pourquoi on a pris de telles décisions.La foi en soi, comme l'appelle Marcel Légault, commande des décisions que l'esprit comprendra en les vivant, tout comme la 281 compréhension de la foi suit toujours, dans des limites étroites, l'acquiescement à la foi.La clé de voûte de toute vérification centrée sur la personne Pour vérifier si les énergies affectives opèrent de façon à promouvoir la croissance de la personne, il suffit donc d'évaluer les décisions prises en regard de ces énergies.Si la puissance de polarisation des réalités désirées par les tendances affectives les plus élevées réussit à capter dans son champ d'attraction les tendances affectives inférieures, c'est que les décisions prises sous ce rapport sont vraiment humanisantes et favorisent la croissance de la personne.Au contraire, ce sera une désappropriation de la personne, une espèce d'aliénation, qui résultera de décisions par lesquelles lestendances inférieures imposeront leurs objets comme pôles dominants d'attraction, et attireront dans leur orbite les énergies des tendances supérieures, qui sont alors coupées de la sphère d'influence de leurs propres objets.Conclusion On voit mieux maintenant comment une démarche de vérification centrée sur la personne peut être simple, sans pour autant manquer de profondeur et de justesse.Dès lors qu'on comprend correctement la place centrale de la décision dans toute activité humaine et humanisante, on peut en vérifier de mieux en mieux le fonctionnement.À force de s’exercer à cet art de bien décider, on se familiarise avec lui et on finit par acquérir une certitude croissante quant à ce qui assure la rectitude et l'efficacité de toute décision en vue d'une appropriation croissante de soi-même.Loin de se perdre dans un dédale de considérations complexes, de chercher à soupeser le pour et le contre de toute situation, au lieu de tenter de régler sa conduite en se servant de schémas intellectuels plus ou moins compliqués, il faut par-dessus tout se situer au cœur de son expérience quotidienne la plus immédiate, pour vérifier où l'on en est véritablement en regard des tendances de son affectivité ; 282 fort de la pratique de l'art de bien décider, on jauge rapidement les courants affectifs en présence et l'on se place au point d'équilibre à partir duquel jaillira promptement la décision appropriée.On verra ultérieurement comment fonctionne cette démarche de vérification instantanée, avec ses points de repère, ses critères de décision ainsi que les étapes de son déroulement.283 Guerre et paix avec Sœur Nature Georges-L.Morin, o.f.m.* Dominer la nature, laisser faire la nature, fraterniser avec la nature sont les trois principales attitudes de l'homme face à la nature.Dominer la nature a été l'attitude de l'homme occidental scientiste et technocrate.Laisser faire la nature ou encore être soumis à la nature a été l'attitude du Sage de l'Asie plein de révérence pour la nature.Fraterniser avec la nature a été l'attitude toute chrétienne et pleine de courtoisie de saint François d'Assise envers Sœur Nature.Guerre entre l'homme et la nature Le fait brutal qu’un cataclysme nucléaire pourrait détruire demain la terre entière montre à quel point l'homme est en guerre avec la nature.De plus, la crise écologique avec les problèmes de la surpopulation, de la pollution, du gaspillage insensé des ressources, de la destruction brutale des habitats naturels a fait prendre conscience à l'homme de sa responsabilité envers la nature.Même si dans cette crise écologique la nature n'est pas condamnée à une mort violente, elle court cependant le risque de mourir à petits feux.C'est pourquoi le cri d'alarme a été lancé: la biosphère est en danger de mort.C'est ce qu'a constaté la revue américaine Time qui, cette année, au lieu de se conformer à la tradition de nommer l'homme de l'année a préféré désigner la «terre en péril » comme la planète de l'année 1989.Dans un article intitulé: «What on earth * 96-3 Mok-Dong, Taejon-Shi 300, South Korea.284 are we doing?» I'auteur, Thomas A.Sancton, a mis en relief l'attitude indifférente ettémérairede l'homme contemporain envers la vulnérabilité de la terre : « Depuis ses 2 millions d'années d'existence ou presque, l'homme a profité de l'environnement de la terre — peut-être trop bien.Vers 1800 il y avait un milliard d'humains enjambant la planète.Ce nombre a doublé en 1930 et doublé encore en 1975.Si le taux actuel des naissances continue, la population présente du monde de 5 milliards va doubler encore en moins de 40 ans.L'ironie terrible est que cette croissance exponentielle de la population humaine — le signe même du succès de l'Homo sapiens comme un organisme — pourrait condamner la terre en tant qu'habitat humain.La raison n'est pas tout simplement le nombre lui-même, bien que 40000 bébés meurent de faim chaque jour dans les pays du tiers-monde, mais la façon désinvolte, indifférente en laquelle l'humanité a traité sa planète hôte.Comme les mauvais génies qui s'envolèrent de la boîte de Pandore, les progrès technologiques ont fourni les moyens de déranger l'équilibre de la nature, ce jeu compliqué d'interactions biologiques, physiques et chimiques qui font le tissu de la vie.Commençant à l'aube de la révolution industrielle les cheminées ont dégorgé des gaz nuisibles dans l'atmosphère, les usines ont déversé des déchets toxiques dans les rivières et dans les fleuves, les automobiles ont bu avidement les combustibles fossiles irremplaçables et ont sali l'air avec leur détritus.Au nom du progrès, les forêts ont été déboisées, les lacs empoisonnés avec les pesticides, les eaux souterraines rendues à sec.Depuis une vingtaine d'années les scientistes ont averti les hommes au sujet des conséquences possibles de ce dérèglement.Personne n'a porté attention».«Qu'arrivera-t-il si rien n'est fait au sujet de l'état de la terre exposée au danger.Selon les projections informatisées, l'accumulation de C02 dans l'atmosphère pourrait élever la température moyenne de la planète de 3°F à 9°F vers le milieu du siècle prochain.Cela pourrait faire que l'océan s'élève de plusieurs pieds, inondant les régions côtières et ruinant par la salinisation d'immenses portions de terre cultivée.Changer le comportement de la température 285 pourrait faire que de larges régions deviennent infertiles ou inhabitables, suscitant un mouvement de réfugiés inconnu dans l'histoire.Les déchets toxiques et la contamination radioactive pourraient mener à un manque d'eau potable sûre, la condition sine qua non de l'existence humaine.Dans un monde qui pourrait abriter entre 8 et 14 milliards de personnes au milieu du 21e siècle, il y a une grande probabilité que la multitude va mourir de faim ».Ce que les scientistes américains d'aujourd'hui veulent nous dire par cet article, c'est que réellement la «terre est en péril », qu'il y a possibilité de rendre la planète impropre à la vie par le fait que la pollution de l'air et de l'eau vient briser l'équilibre délicat et vulnérable de la biosphère de sorte que celle-ci est en danger de mort.Si rien n'est fait par l'homme, la crise écologique nous mènera à la destruction de la nature qui s'achèvera dans une catastrophe universelle.Dominer la nature par la science et la technologie Comment en sommes-nous arrivés à une telle situation de l'homme par rapport à la nature?C'est la question à laquelle ont essayé de répondre les hommes de sciences depuis une vingtaine d'années.Déjà en 1967, un professeur d'histoire à l'Université de Californie à Los Angeles, Lynn White, Jr.publiait dans la revue «Science» un essai extrêmement influent intitulé: «Les racines historiques de notre crise écologique».Tout d'abord, le professeur White nous plaçait devant ce fait: la science et la technologie viennent de l'occident.«Une chose est si certaine qu'il semble stupide d'en parler: la technologie et la science moderne sont toutes les deux distinctivement occidentales.Notre technologie a absorbé des éléments venus de toutes les parties du monde notamment de la Chine; toutefois partout aujourd'hui soit au Japon, soit au Nigeria, la technologie qui réussit est occidentale».Il est donc évident que si nous voulons trouver les causes historiques de la crise écologique c'est en Occident qu'il faut les 286 chercher mais une question surgit : « Comment s'est fait le mariage entre la science et la technologie ?» À cette question le professeur White répond ainsi : « Comme point de départ, nous devrions essayer de clarifier notre pensée en regardant, avec une certaine profondeur historique, aux présuppositions qui sous-tendent la science et la technologie moderne.La sciencea ététraditionnellementaristocra-tique, spéculative, intellectuelle dans son but; la technologie a été de classe inférieure, empirique, orientée vers l'action.La fusion tout à fait soudaine de ces deux sciences vers le milieu du 19e siècle est sûrement reliée aux révolutions démocratiques contemporaines légèrement antérieures, lesquelles, en réduisant les barrières sociales, tentèrent de faire valoir l'unité fonctionnelle de la tête et des mains.Notre crise écologique est le produit d'une émergence entièrement nouvelle, la culture démocratique.La question est de savoir si un monde démocratisé peut survivre à ses propres implications.Présu-mément nous ne le pouvons pas à moins que nous repensions nos axiomes».Mais cette maîtrise occidentale de la science et de la technologie, l'auteur la fait remonter dans l'histoire bien avant la révolution industrielle du 18e siècle ou encore la révolution scientifique du 17e siècle, mais au Moyen-Âge, époque où « la relation de l'homme à la terre fut changée profondément.Avant, l'homme faisait partie de la nature; maintenant il est l'exploiteur de la nature».Martin Heidegger nous a donné une explication très profonde des rapports de l'homme avec la nature.La technique n'est rien d'autre, dit-il, qu'une «provocation de la nature».L'homme ne se soumet pas à la nature, mais il la somme de comparaître, la défie pour lui faire violence et l'exploiter.De cette façon, à cause même de la technique, la nature se défait de son antique fonction d'«associée» de l'homme.«La disposition de son associée pluriséculaire laisse dans l'homme un vide psychologique, une impression de privation, comme d'amputation qui est source de déséquilibre.Et ce n'est pas tout.Niée d'abord par la parole des philosophes — qui, trop souvent, a semblé inoffensive, pur jeu de l'esprit, belles paroles et métaphores incapables de nuire — la nature a été ensuite 287 exploitée, provoquée, désintégrée et recomposée au gré des scientifiques et des techniciens.Alors, bouleversée et niée dans sa propre existence, elle se venge.Et elle se venge de la façon la plus perfidement subtile : en se rendant à la volonté prométhéenne de l'homme, c'est-à-dire en mourant vraiment, non pas en paroles, mais en fait».Paix et harmonie avec la nature L'idée de la paix est quelque peu différente en Orient.La paix c'est l'union des contraires : « Ciel et terre s'unissent : image de la paix».Il est bon aussi d'examiner les différents caractères chinois exprimant la paix car ceux-ci ont une sorte de vitalité qui manque dans nos langues occidentales.Un très beau caractère pour la paix est une femme sous un toit.Mais il y a aussi le mot paix composé de deux caractères chinois: le premier représentant une balance à peser et le second un épi mûr pendant à une plante et uni à une bouche.Le premier caractère exprime donc l'idée d'équilibre, d'égalité et de «juste milieu» tandis que le second exprime l'idée d'unité, d'harmonie, de concorde : les épis mûrissant ensemble.Si on ajoute l'élément bouche, cela signifie l'accord des bouches ou l'harmonie.Donc en Orient paix et harmonie ne forment qu'un seul mot.Dans la pensée orientale et plus particulièrement dans la pensée chinoise, l'homme n'occupe pas le rôle dominant dont il jouit dans la philosophie occidentale où il est vu comme le « maître et le possesseur de la nature» (Descartes), mais il est vu plutôt comme une simple partie bien que tout à fait vitale du tout organique et complexe de la nature.Dès le début de la religion archaïque de la Chine, la relation de I homme avec la nature a été conçue comme un lien profond impliquant la réciprocité.De même que les forces de la nature peuvent apporter à l'homme la prospérité ou le désastre, ainsi l'homme peut déranger l'équilibre délicat de la nature.Quand il se conforme à la loi de la nature, la société est en paix et jouit de la tranquillité, mais quand il transgresse cette loi, le ciel et la nature sont tous les deux perturbés, le mécanisme compliqué de la nature se brise et les calamités s'ensuivent.288 Typiquement orientale cette attitude envers la nature a pénétré dans toute la poésie, l'art et la religion de la Chine et soustend la pensée de ses grands sages dont la philosophie est dominée par la notion du ciel et de l'homme fonctionnant à l'unisson.Elle brille à travers les écrits de Lao Tseu qui enseigne que c'est seulement en se soumettant lui-même aux lois de la nature que l'homme peut mener une existence pleine de sens.Une École, issue de Lao Tseu, qu'on peut appeler les Naturalistes, était formée d'hommes qui essayèrent d'expliquer le travail de la nature en se basant sur certains principes cosmiques.Un de leurs concepts fut le dualisme fondamental de la nature : le Yang masculin, lumineux, chaud, actif; le Yin féminin, sombre, froid, passif.À l'inverse du dualisme connu en Europe dans lequel le bien et le mal sont en perpétuel conflit, le Yin et le Yang sont mutuellement complémentaires et s'équilibrent comme le ciel et la terre.Plus le Yang progresse, plus vite il va céder au Yin ; le soleil à midi commence à s'en aller vers la nuit, ou encore, lorsque la lune est pleine, elle commence à décroître.L'interdépendance de ces deux principes est très bien symbolisée par le cercle divisé d'une courbe en deux parties de même grandeur qui est employé aujourd'hui comme élément central du drapeau de la Corée du Sud.Le jeu entre l'activité-passivité produit tout ce que nous connaissons.L'un ne peut pas exister sans l'autre.De même que le mâle n'est pas complet sans la femelle, ou qu'un son ne peut pas être distingué à moins d'avoir suffisamment de silence pour qu'il soit entendu, ainsi rien dans la vie ne peut exister sans son opposé.La vie apporte constamment des oppositions variées dans une combinaison créative: la pluie et le beau temps, le bien et le mal, la lumière et les ténèbres, la guerre et la paix, la vie et la mort.Donc le Yang et le Yin expriment les deux opposés qui se remplacent éternellement l'un l'autre dans une voie harmonieuse.Ainsi l'art de vivre consiste à combiner le Yang et le Yin en un équilibre harmonieux.289 Laisser faire la nature Le principe de base du Taôisme et le Wou-weï que l'on peut traduire par « Ne rien faire » ou encore « laisser faire ».Par ce principe les taoistes ne veulent pas dire qu'ils prônent une complète inactivité mais plutôt qu'il faut faire naturellement ce qui arrive.« Ne fais rien et rien ne sera fait», ou encore, «ne rien faire et par-là même tout faire».Laissé à lui-même l'univers procède doucement selon ses propres harmonies.Les efforts de l'homme pour changer et améliorer la nature ne font que détruire ces harmonies et produisent le chaos.En d'autres mots, il y a dans toute chose une tendance naturelle à agir harmonieusement avec le reste de l'univers.La pluie et le beau temps, la nuit et le jour, le plaisir et la peine tendent à s'équilibrer — à moins que l'homme mette des obstacles artificiels en chemin.Parfois les plans humains sont à courte vue; ils essayent de gagner un avantage momentané sur la nature en travaillant à «contre-courant» des choses; mais quand ils font cela ils dérangent l'équilibre de la nature et leurs plans échouent.Un autre point de la doctrine du Wou-weï, est que nos actions ne doivent pas nous réclamer plus d'énergie que n'en demande le but que nous nous sommes fixé.Le « Weï» est une action qui contrecarre le rythme des choses.Par Wou-weï, Lao Tseu entend qu'il ne faut rien forcer.« Il y a des gens qui poussent les portes qu'ils devraient tirer, et qui tirent celles qu'ils devraient pousser ».Donc, « laisse toutes choses suivre leurs cours naturels et n'interviens pas».Masculin féminin La paix, comme nous l'avons vu, est l'union du ciel et de la terre.Étant I union ou le «juste milieu» entre le ciel de caractère Yang, masculin, actif et la terre de caractère Yin, féminin, passif, comment les Taoistes en sont-ils arrivés à cette attitude passive face à la nature ?Pour les Taoistes l'idéal de l'homme est de faire retour au temps révolu de I innocence et de la simplicité.Si l'homme veut retourner à l'âge de l'innocence, il doit retrouver l'esprit d'enfance, mais la 290 façon de retrouver cet esprit, c'est se faire docile passivement aux opérations du Tao.Le symbole taoiste de cette indispensable passivité est le «féminin mystérieux».« L'esprit de la vallée est immortel.On l'appelle le féminin mystérieux.L'accès au féminin mystérieux, c'est la clé de l'univers».L'intuition fondamentale du taôisme, c'est que nous pouvons retourner à l'enfance par la voie de la passivité féminine.Ainsi, «connaître le masculin et s'attacher au féminin» devient la règle du taôisme.Paix avec Sœur Nature La paix avec la nature chez S.François est avant tout une attitude fraternelle.François embrasse la nature, il l'aime et la respecte comme sa petite sœur.Grâce à cette communion fraternelle avec Sœur Nature, il évite ainsi l'attitude de domination si fréquente en Occident et aussi l'autre attitude de laisser faire la nature que l'on rencontre en Orient.On pourrait dire que la paix franciscaine avec la nature évite les excès masculins de l'Occident et les excès féminins de l'Orient.Vers les années 60, alors que les hommes de science se rendaient compte par la crise écologique des « excès masculins» de l'Occident, il n'est pas étonnant qu'on ait fait appel à S.François d'Assise le prophète de la vraie conception chrétienne de la nature.À cette époque, l'historien Lynn White ne cessait de répéter que «le monde était en train de traverser une crise qu'il fallait probablementqualifier de religieuse, une crise provoquée, en partie du moins, par une interprétation erronée du récit de la création: l'homme promu roi de la création se croit habilité à régir l'univers comme il l'entend, à la soumettre à ses désirs, à l'exploiter pour satisfaire ses moindres caprices».La conclusion que l'auteur tirait de son enquête historique était la suivante : étant donné que les racines de la crise écologique sont en grande partie religieuses, le remède se doit d'être, lui aussi, d'ordre religieux.Il ne suffit pas de recourir à la science ou à la technologie pour réparer les erreurs écologiques; il faut aussi 291 destituer l'homme du trône d'où il domine la création et abandonner notre attitude oppressive envers la nature.Enfin, il faut trouver une nouvelle religion ou repenser notre ancienne.Mais, au sein même du christianisme il existe une alternative: François d'Assise a proposé une vision chrétienne différente de l'homme dans ses relations avec la nature ; au lieu de prôner la domination illimitée de l'homme sur la nature, il s'est efforcé de faire admettre l'idée d'une égalité fondamentale de tous les êtres en tant que créatures.La vraie solution ne peut être que le retour à l'attitude humble des premiers franciscains.Lynn White conclut : «Je proposeque François devienne le saint patron des écologistes» ce qui se réalisa en 1979 alors que le Pape Jean-Paul II a déclaré François d'Assise patron et protecteur de l'environnement.Fraterniser avec la nature Il n y a pas de doute que l'amour de S.François pour toutes les créatures et son appréciation mystique de la beauté de la nature lui ont mérité un tel titre.Dans la lettre pastorale des évêques suisses (1982) sur « L'homme et son milieu naturel » on a résumé magnifiquement I attitude fraternelle de S.François envers les créatures et l'environnement.« La personnalité de François rayonnait de l'unité qui régnait en son âme.Tout ce qu'il disait et faisait témoignait de I harmonie profonde qu'il vivait entre Dieu et lui-même, entre lui-même et la nature.Il se sentait en même temps fils de Dieu et fils de la terre.À son exemple, l'attitude franciscaine se caractérise aussi par l'humilité face aux mystères de la nature, et face à tout ce qui nous entoure.Mû par ce sentiment d'humilité, il se sentait relié à toutes les créatures par les liens fraternels : tout lui était occasion de rencontrer ses frères et ses soeurs, le soleil, la lune et les étoiles.François d'Assise ne s'arrêtait pas là: cet humble respect fraternel le conduisait à rencontrer les autres êtres humains comme des sœurs et frères avec qui il fallait partager, dont il fallait être solidaire.Puisque tout appartient à Dieu, l'homme ne doit rien s'approprier; il ne peut donc devenir l'esclave de ses propres possessions.Au contraire en donnant aux autres, l'homme glorifie 292 Dieu.Ainsi chaque créature peut assumer le rôle qu’elle doit exercer dans l'harmonieuse multiplicité de l'univers.Intérieurement libéré par la conviction que tout est ordonné à Dieu et lui appartient, François fut un inlassable artisan de paix.Il avait éprouvé dans sa propre chair que l'homme n'est point parfait et il voyait autour de lui les excès de la guerre et de l'âpreté au gain.Il brisa le cercle infernal de la violence et du péché: désarmé, il obtint la réconciliation: appauvri, il réalisa le partage.L'harmonie qu'il vivait, il l'a exprimée dans l'immortel Cantique de Frère Soleil, où il célèbre la fraternité entre Dieu et le monde, entre toutes les créatures et même entre la vie et la mort».Fraternité et harmonie universelle La fraternité cosmique de S.François telle qu'exprimée si magnifiquement dans le « Cantique de Frère Soleil » a beaucoup de points de ressemblance avec l'harmonie universelle de la pensée orientale.La pensée fondamentale de la philosophie et du mysticisme de l'Orient est qu'il existe un équilibre et une profonde harmonie entre le ciel et la terre et aussi que la terre est le miroir du ciel de sorte que l'homme, pour arriver à l'harmonie et au bonheur, doit ajuster sa conduite sur l'ordre cosmique.Dans le « Cantique de Frère Soleil » c'est un mouvement de haut en bas, du ciel à la terre, du Dieu très-haut à l'homme indigne, du jour à la nuit, de la vie à la mort.Cette harmonie c'est la fraternité masculine et féminine et de plus une fraternité mouvante, dynamique, énergique.Il est important de remarquer que tous les frères et sœurs du Cantique de Frère Soleil sont en mouvement dans l'espace.Frère Soleil et Sœur Lune, Frère Feu et Sœur Eau, Frère Vent et Sœur Terre «voyagent» en couples harmonieux.Ils sont à l'image du Père céleste «sans cesse à l'œuvre» en perpétuel mouvement.Mais même si tous ces couples harmonieux sont en mouvement il reste que les Frères Soleil, Vent et Feu ont une plus grande activité que les Sœurs Lune, Eau et Terre qui ont des caractéristiques plus passives.L'activité des frères et la passivité des sœurs expriment le dualisme harmonieux de la nature.À l'inverse du dualisme du 293 monde méditerranéen dans lequel la lumière et les ténèbres sont en perpétuel conflit, le Cantique de Frère Soleil exprime la complémentarité mutuelle des créatures.Ce dualisme de complémentarité est aussi très proche de la pensée asiatique qui voit dans la nature non pas un dualisme de conflit mais un dualisme en harmonie, en équilibre.En résumé la fraternité cosmique du Cantique de Frère Soleil vient compléter magnifiquement la conception orientale de l'harmonie universelle.Mais en quoi la fraternité cosmique vient-elle compléter cette harmonie orientale?Le Cantique de Frère Soleil en valorisant l'attitude active vient tempérer les «excès féminins» de l'Orient.Comme nous l'avons vu plus haut le laisser-faire oriental conduit à une attitude passive face à la nature.François fraternise avec la nature mais ne se laisse pas dominer par elle.Dans son Cantique de Frère Soleil, il appelle la terre «notre mère» mais aussi «notre sœur » pour nous « obliger à reconnaître à la fois notre dépendance profonde et notre affranchissement de la terre.La terre, c'est notre sœur, notre camarade, notre égale, notre pareille».Paix « sur terre comme au ciel » En guise de conclusion, je voudrais vous raconter une petite histoire qui se passait dans une paroisse de Corée il y a quelques années.C'était la veille de Noël et les jeunes de la paroisse présentaient leurs spectacles de Noël avant la messe de minuit.Au milieu des chants de Noël voici qu'on nous présente par les tout-petits la crèche de Greccio.La scène s'ouvre : il n'y a que le petit Jésus dans la crèche mais aussitôt arrive tout joyeux Frère François avec Frère Soleil, Sœur Lune et les petites sœurs étoiles dansant à cœur-joie.Ensuite c'est l'arrivée du Frère Bœuf marchant pesamment puis venant tout doucement se placer près de la crèche.Ensuite arrive Frère Âne qui hésite, recule, refuse de marcher mais qui à la fin sous la conduite de Frère François obéit et vient se placer près de la crèche.Mais soudain un coup de théâtre : une bête étrange, sauvage, fait son entrée en scène.On dirait d'un loup féroce mais après quelques moments d'hésitation on constate que c'est le loup apaisé de Gubbio et alors Frère François va conduire courtoisement Frère 294 Loup près de la crèche.Vient le moment où Frère François fait un sermon tout simple: «Frères et Soeurs, réjouissons-nous, le divin enfant Jésus est né sur notre terre.C'est lui le Prince de la Paix qui nous apporte la vraie Paix du ciel.Amen».Enfin pour terminer.Frère François avec ses petits frères et ses petites soeurs du ciel et de la terre se met à chanter harmonieusement le Cantique pour la Paix : « Là où est la Haine, que je mette l'amour.Là où est l'offense, que je mette le pardon.Là où est la discorde, que je mette l'union.Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière.Là où est la tristesse, que je mette la joie.Là où est la guerre, que je mette la Paix».295 La maternité spirituelle de Marie Jean Galot, s.j.* I.Les paroles du Christ Quel est le fondement du culte marial ?Le problème mérite d'être étudié d'abord parce que la foi chrétienne cherche à préciser toujours davantage son origine dans la révélation, ensuite parce que les objections à ce culte n'ont pas manqué, surtout depuis l'attitude négative adoptée par le protestantisme en ce domaine.Certains attribuent la dévotion mariale à un sentimentalisme qui déborde en même temps la raison et la foi.Ils accusent plus encore cette dévotion, avec la doctrine qui la justifie, de porter atteinte à l'honneur qui est dûau Christ, unique Sauveur et unique Médiateur.La réponse de la révélation est nette: le culte marial a été expressément voulu par le Christ lui-même, de telle sorte qu'il ne peut lui être contraire ni nuire à son action.Il a été institué non comme une simple efflorescence sentimentale mais comme un aspect essentiel de l'ouverture à la diffusion de la grâce du salut.C'est ce que nous montrent les paroles de Jésus en croix, la première adressée à Marie : « Femme, voici ton fils», et la deuxième destinée au disciple bien-aimé : «Voici ta mère» (Jn 19, 26-27).Ce sont ces paroles que nous devons analyser pour en saisir toute la portée.Le fait qu'elles aient été prononcées par le crucifié juste avant sa mort suffirait à lui seul à en manifester l'importance.* Piazza Della Pilotta 4, 00187 Roma.Italia.296 Avant de les examiner, il convient d'indiquer brièvement les motifs pour lesquels elles doivent être considérées comme des paroles authentiques de Jésus.Elles ne nous sont rapportées que dans l'évangile de Jean, mais ce n'est pas un motif de suspecter leur authenticité.La plus grande partie du contenu de cet évangile n'a pas de parallèle dans les synoptiques, et cependant n'a pas moindre valeur.Il semble que l'évangéliste ait eu l'intention de compléter les synoptiques ou les traditions sur lesquelles ils s'appuyaient.Ici, il a spécialement retenu les paroles dont il saisissait mieux la valeur.En effet, le disciple bien-aimé attachait un grand prix à ces paroles, qui le concernaient immédiatement.Le témoignage de ce disciple, invoqué aussitôt après pour certifier l'épisode du coup de lance, avec le sang et l'eau jaillis du côté transpercé, fournit une garantie d'authenticité pour les paroles relatées auparavant : c'était ce disciple qui transmettait le souvenir de ce qu'il avait vu et entendu.1 « Celui qui a vu en rend témoignage, et son témoignage est véridique.» (Jn 19, 35).L'authenticité n'est pas seulement assurée par ce témoignage mais aussi par la nature même des paroles rapportées, qui n'ont pu être inventées.2 Selon la mentalité religieuse juive, on n'aurait jamais imaginéque Jésus, au moment d'achever l'accomplissement de sa mission salvatrice, porte une telle attention à une femme, au point de lui réserver ses dernières paroles avant celles par lesquelles il allait remettre son esprit dans les mains du Père.Le drame de la 1.Cela n'implique pas que le disciple bien-aimé soit l'auteur de l’évangile.L’auteur rapporte le témoignage de ce disciple comme de quelqu'un qui est différent de lui.C'est ce qu'observe C.H.Dodd (La tradition historique du quatrième évangile, Paris : Cerf 1987, 29).Nous avons mentionné d'ailleurs pourquoi l'auteur semble être Jean le presbytre, distinct de Jean l'apôtre : Jésus savait-il qu'il était Dieu, Esprit et Vie 94 (1984) 625-632.2.C.K.Barrett accorde peu de probabilité à l'historicité des paroles de Jésus, mais en raison d'une interprétation familiale qui ne répond pas à leur sens (The Gospel according to St John, Londres, 1962.459.).297 croix avait résulté d'un conflit entre hommes, sans intervention féminine3 ; il ne semblait y avoir aucune raison, vu le rôle effacé de la femme dans la société contemporaine, de vouloir expressément l'introduire dans la consommation du drame.Certes, humainement parlant, on aurait pu imaginer un sentiment de piété à l'égard de Marie, mais alors on n'aurait pas mis sur les lèvres de Jésus le mot «Femme», qui marque une distance et semble insinuer une invitation à renoncer à son affection maternelle.Les mots : «Voici ton fils» ne pouvaient pas non plus être le fruit d'une imagination humaine.Qui aurait pensé que Jésus voulait donner une mère au disciple bien-aimé, alors que la propre mère de celui-ci, Salomé, se trouvait à proximité4?On doit donc écarter toute hypothèse d'invention.Les paroles attribuées à Jésus sont bien de lui ; transmises par le disciple bien-aimé, dont le témoignage est recueilli dans l'évangile, elles ont été fidèlement rapportées et nous introduisent dans un mystère.II.Sens de la présence de Marie au Calvaire La présence de Marie près de son fils crucifié n'est pas simple présence accidentelle.Ce n'est pas un hasard que Marie se soit trouvée non pas à Nazareth mais à Jérusalem au moment de la passion du Christ.3.Une intervention féminine est néanmoins mentionnée, celle de la femme de Pilate, qui aurait désiré empêcher la condamnation (Mt 27, 19).H est significatif qu'elle soit favorable à Jésus.Mais elle n'a pas influé sur le cours des événements.4.Marc nomme « Salomé »(15, 40) et Matthieu « la mère des fils de Zébédée » (27, 56) en compagnie de Marte de Magdala et de Marie mère de Jacques et Joseph.La présence de Salomé est d'autant plus explicable que son intervention auprès de Jésus avait été mentionnée au cours de la vie publique (Mt 20, 20).298 Avant tout, on peut discerner dans les circonstances une intention du plan divin.Marie se rendait d'ordinaire à Jérusalem pour la Pâque; elle désirait célébrer la fête qui commémorait la libération d'autrefois et annonçait la libération future, messianique.Elle était d'autant plus vivement animée de cette aspiration qu'elle croyait en l'avenir messianique de Jésus : c’était lui qui, selon le message de l'Annonciation, devait instaurer, en qualité de Messie, un royaume destiné à durer toujours.En donnant son adhésion à ce message, elle s'était engagée à coopérer, par son rôle maternel, à l'accomplissement de la grande promesse divine.La fête de Pâque prenait donc à ses yeux une valeur toute particulière; elle y reconnaissait le signe que le moment de la libération approchait.En faisant coïncider le drame rédempteur avec la célébration de la Pâque, le Père assurait à ce drame la présence de Marie ; il voulait que la participation de la mère au sacrifice du Sauveur soit plus complète.Il faisait en sorte que Marie puisse suivre avec toute sa sympathie maternelle le déroulement du procès qui allait aboutir à la condamnation à mort, et qu'elle vive intensément la mise en croix et le supplice infligé à Jésus.Elle était appelée à fournir par là la coopération la plus profonde à l'offrande du crucifié.Cette intention du plan divin a-t-elle été discernée par Marie dans le cours des événements ?Dans les récits évangéliques rien ne nous est dit au sujet de ses pensées et de ses sentiments en ces circonstances exceptionnelles.Mais depuis la prophétie que lui avait adressée Siméon, Marie savait que sa vie maternelle devait comporter un moment très douloureux.La menace du glaive qui transpercerait son âme n'aurait pu être oubliée.L'hostilité qui s'était développpée en réaction à la prédication de Jésus semblait confirmer cette menace.Marie n'aurait pu ignorer les desseins criminels des chefs du peuple.Lorsque Jésus avait voulu retourner en Judée pour la résurrection de Lazare, les disciples s'étaient rendu compte du danger, puisque Thomas avait dit à ses compagnons : «Allons nousaussi, pour mourir avec lui »(Jn 11,16).Marie n'aurait pu être moins consciente de ce danger.Elle avait une raison de plus de se rendre à Jérusalem pour la Pâque : elle voulait être près de son fils dans des circonstances où il risquait la mort.Loin de vouloir se 299 dérober à l'épreuve qui semblait de plus en plus imminente, elle s'y engageait en comprenant que non seulement son affection maternelle mais la volonté divine requéraient son association à la destinée douloureuse de Jésus.5 Ainsi s'explique la présence de Marie au Calvaire.Peut-être certaines personnes ont-elles tenté, après la condamnation de Jésus par Pilate, de retenir Marie loin du supplice de la croix pour lui épargner ce spectacle bouleversant.Mais tout en étant accablée de douleur, Marie a voulu demeurer près de son fils.Elle désirait partager toutes ses souffrances.Sa présence était le signe de son engagement le plus radical dans la mission du Sauveur.Certes, extérieurement, Marie se distinguait à peine des femmes qui l'entouraient.Ce qui était unique en elle, c'étaient les dispositions intimes.Elle avait été la seule à recevoir depuis longtemps l'annonce de sa participation au sacrifice ; elle réalisait au Calvaire l'offrande qu'elle avait faite de son fils plus de trente ans auparavant.Cela signifie que pour Marie l'événement du Calvaire n'était pas simplement le drame d'une mère qui voit souffrir et mourir son fils, mais l'accomplissement d'une mission.Elle était pleinement entrée dans les perspectives de la mission rédemptrice du Christ.Toute son attitude était dictée par la conscience de participer à cette mission.Si la présence de Marie au Calvaire est commandée par le plan divin et exprime une volonté de coopération à l'œuvre du salut, on comprend mieux le sens des paroles de Jésus, qui ne se situent pas au niveau des relations familiales mais dans la perspective de la rédemption.5.À la différence de Thomas, qui semble regarder la mort comme une fatalité à laquelle il se résigne, Marie reconnaissait le dessein divin qui la menait au sacrifice.Selon la remarque de Barrett (John, 327), Thomas n'avait pas saisi le sens des paroles de Jésus ni de sa mort annoncée.300 Ml.Portée messianique des paroles Bon nombre de théologiens ou auteurs spirituels ont interprété les paroles de Jésus à sa mère et au disciple bien-aimé comme volonté du Christ mourant de pourvoir au sort de Marie et de lui assurer l'assistance du disciple.6 Elles auraient manifesté une attention touchante pour celle qui allait demeurer seule, et démontré la sollicitude du cœur filial du Maître.Nous avons déjà commencé à indiquer pourquoi cette interprétation ne répond pas à l'intention profonde du Sauveur.La présence de Marie auprès de son fils n'était pas dictée simplement par l'affection maternelle et n'avait pas un caractère prévalant de sympathie familiale.C'était une coopération à l'œuvre du Messie.D'autres indices confirmantque les paroles de Jésus ne s'expliquent pas par des préoccupations d'ordre familial.7 Le problème de l'avenir de Marie s'était posé au moment où Jésus avait quitté la maison de Nazareth pour commencer son œuvre de prédication; c'est à ce moment que la question avait dû être réglée.Il n'aurait d'ailleurs pas été raisonnable d'attendre l'ultime instant avant la mort pour trouver une solution qui fournisse à Marie protection et demeure.En outre, la présence de Marie, femme de Clopas, proche parente de la mère de Jésus, indique que celle-ci aurait pu très facilement trouver assistance si elle l'avait désiré; d'autre part, la présence de Salomé, mère de Jean, atteste qu'au point de vue familial, celui-ci n'avait pas besoin d'une mère, et même que la désignation d'une autre mère aurait pu être ressentie comme un blâme ou une injure.On ne peut non plus oublier que le disciple bien-aimé avait été appelé par Jésus à quitter sa famille, et que ce renoncement avait un caractère définitif.6.C'est l'interprétation adoptée par M.J.Lagrange, à la suite de beaucoup d'exégètes catholiques (Évangile selon saint Jean, Paris 1925, 494) et par Barrett (John, 459).Elle est critiquée par R.E.Brown (The Gospel according to John, New York 1970.923) et R.Schnackenburg (Das Johannes-evangelium, III Fribourg-Bâle-Vienne 1975.325-326).7.Cf.J.Galot, Marie dans l'Évangile, Paris-Bruges 1965, 179-182.301 Si le Sauveur avait eu l'intention de résoudre un problème familial, il aurait d'abord confié Marie au disciple bien-aimé, puisque c'est le sort de Marie qui aurait été en question.Or nous constatons qu'il commence par confier le disciple à Marie, puisqu'il dit d'abord : « Femme, voici ton fils».Marie reçoit une nouvelle charge.C'est elle qui devra aider Jean, en lui offrant les services d'une mère.Cette mission assignée à Marie n'a de sens qu'en relation avec l'œuvre rédemptrice; en ce domaine sa maternité sera un appui et une assistance pour le disciple bien-aimé.Le mot « Femme » par lequel Jésus s'adresse à sa mère manifeste également sa volonté de se tenir au-dessus des rapports familiaux.Déjà aux noces de Cana il s'était servi de ce vocable pour laisser entendre à Marie que sa qualité de mère ne suffirait pas par elle-même à obtenir le miracle ; en fait, c'est à sa foi que répondit l'actroi de la faveur demandée.Au Calvaire, il maintient cette façon de regarder sa mère.Elle est la femme, celle qui coopère avec le Fils de l'homme à l'offrande du sacrifice rédempteur.Sa maternité ne peut être considérée qu'à ce niveau supérieur.Enfin, au moment où Jésus adresse la parole à Marie et au disciple, il accomplit son œuvre.Par son sacrifice, il remplit la mission reçue du Père, et mérite le salut pour l'humanité.C'est donc cette mission qui donne un sens aux paroles prononcées.Après les avoir mentionnées, l'évangéliste écrit : «Après cela, Jésus, sachant que déjà tout est consommé.» (Jn 19, 28).Les nouveaux rapports établis entre Marie et Jean apparaissent comme le dernier acte de la mission terrestre de Jésus, celui qui précède directement l'acte de la mort.Ces rapports consomment l'œuvre du Sauveur, et prennent leur valeur dans cette optique.En parlant de consommation, l'évangéliste suggère même que dans les paroles adressées à Marie et à Jean l'amour qui a inspiré toute l'œuvre rédemptrice atteint un sommet.À ce moment, Jésus aime «jusqu'au bout»(Jn 13,1 ).En donnant Marie comme mère au disciple, il accomplit le don le plus extrême.Cette consommation du don est accomplissement intégral de l'œuvre confiée par le Père.Puisqu'en premier lieu c'est le Père qui a tant aimé le monde en 302 donnant son Fils unique (Jn 3, 16), c'est également cet amour qui atteint son plein développement dans le don d'une nouvelle mère au disciple.À travers les mots : « Femme, voici ton fils » se manifeste le suprême amour paternel ; il veut donner à l'humanité une maternité en laquelle il se reflète et s'exprime de la manière la plus adaptée aux besoins et aux regards humains.Image visible du Père, le Fils s'en va, mais laisse à son disciple une mère en laquelle il pourra retrouver l'expression la plus fidèle de la bonté du Père.IV.Création d'une nouvelle maternité La déclaration: «Femme, voici ton fils» est essentiellement tournée vers l'avenir.Elle confère à Marie une nouvelle maternité qui caractérisera le développement de l'Église.Ce passage à une nouvelle maternité est douloureux.Jésus demande à sa mère d'accepter sa mort; elle doit consentir à avoir désormais un autre fils.Il y a là une vérité de grande importance: c'est au prix du sacrifice de son propre fils que Marie acquiert une maternité dans l'Église.Jésus lui a demandé de consommer son offrande pour devenir la mère de chacun de ses disciples.On pourrait qualifier ce passage comme étant celui de la maternité individuelle à la maternité universelle.Mais il faudrait immédiatement ajouter qu'il y avait déjà un universalisme dans la maternité de Marie, aussi bien en vertu du mystère de l'Incarnation que dans le sacrifice rédempteur.Par l'Incarnation, Marie était devenue mère de Dieu, si bienque sa maternité s'ouvrait sur l'infini.En relation avec la personne divine de Jésus, cette maternité prenait une amplitude sans limites.Elle était déjà tournée vers l'humanité destinée à se rassembler dans le Christ.L'élévation de Marie à la maternité divine était élévation à une capacité maternelle universelle.303 En outre, dans le sacrifice rédempteur, Marie avait conscience de coopérer avec le Christ à l'œuvre universelle du salut.Elle savait qu'elle souffrait pour tous les hommes.Au lieu de se replier sur elle-même et sur sa propre douleur, elle partageait l'intention de son fils, qui se donnait pour l'humanité.Son offrande maternelle embrassait donc l'universalité des hommes.C'est à cette ouverture universelle dans le sacrifice que répond l'universalité de la maternité qui lui est conférée : celle qui a souffert pour tous devient la mère de tous.La maternité proclamée par Jésus au Calvaire apparaît ainsi comme le fruit de la maternité déjà possédée par Marie et exercée dans la coopération à l'œuvre messianique.Cependant elle a un caractère nouveau.Désormais Marie a un autre fils et doit reporter sur lui toute son affection maternelle.Le Sauveur ne se borne pas à constater un fait; il crée une situation nouvelle pour sa mère.C'est lui qui constitue Marie dans une maternité universelle engagée dans le développement de l'Église.Les mots « Voici ton fils » n'ont pas simplement valeur déclarative mais sont doués d'efficacité créatrice.Ils expriment un aspect important de la «nouvelle création» qui résulte du sacrifice du Sauveur.En vertu de cette nouvelle création, les hommes sont élevés à la dignité de fils du Père dans le Christ; ils reçoivent communication de la vie divine et des privilèges inhérents au rapport filial avec le Père.La création desfilsde Dieu s'accompagne de la création de la maternité universelle de Marie : à ceux qui sont promus à la dignité de fils, le plan divin destine une mère, afin de leur procurer un plein épanouissement de vie filiale.Que signifie cette nouvelle création pour Marie?Marie avait été créée « pleine de grâce », et déjà cette plénitude de sainteté qui lui était accordée était anticipativement un déploiement de la nouvelle création qui serait accomplie par le Christ.Ensuite Marie avait été créée, par l'action de l'Esprit Saint, mère du Christ.À la suite de sa participation au sacrifice rédempteur, elle est créée mère de l'humanité pour le développement de la grâce.L'Esprit Saint la transforme et l'élève, en lui conférant une capacité maternelle qui s'étend à tous les hommes.Les paroles du Sauveur sont créatrices ; c'est par 304 l'Esprit Saint qu'elles réalisent en Marie ce qu'elles signifient.Cette action de l'Esprit, qui commence au Calvaire, se consommera à la Pentecôte, car c'est au moment où l'Esprit Saint formera l'Église qu'il formera pleinement en Marie sa qualité de mère universelle, avec tous les dons nécessaires à l'accomplissement de cette vocation.Pour mieux éclairer cet apport de la Pentecôte, on peut rappeler qu'une explication analogue doit être donnée pour le sacerdoce des apôtres.Les apôtres avaient reçu du Maître leur mission sacerdotale, avec les pouvoirs qu'elle comportait, mais ce n'est qu'à la Pentecôte qu'ils ont reçu la don de l'Esprit Saint qui les rendait aptes à l'accomplissement de leur mission.Ainsi, tout en ayant reçu à la dernière Cène le pouvoir défaire l’eucharistie en mémoire de Jésus, ils n'ont commencé à la célébrer qu'après la Pentecôte.De même, Marie a reçu, lors de la venue de l'Esprit Saint sur la communauté, tout le charisme propre à l'exercice de sa maternité spirituelle.À chacun l'Esprit Saint a conféré la grâce proportionnée au rôle qu'il devait jouer dans la communauté.Ainsi, au moment où formellement naissait cette communauté, Marie y était établie avec tout ce qui était propre à son rôle de mère universelle.V.Mère de chaque disciple Telle qu'elle se manifeste dans ses paroles, l'intention de Jésus est d'instituer Marie comme mère de chaque disciple.La déclaration : «Voici ton fils» a un caractère individuel bien marqué.Dans la perspective de l'œuvre du salut, elle signifie que Marie devient la mère de chaque disciple en tant qu'il est aimé de Jésus.Jean avait pour propriété caractéristique d'être le disciple bien-aimé.C'est en cette qualité qu'il est confié commefilsà Marie.Au niveau universel de la maternité, le rapport entre qualité de disciple bien-aimé et filiation à l'égard de Marie implique que chaque disciple, en recevant Marie pour mère, doit y reconnaître un don spécial de l'amour du Christ.En fait, tous les disciples étaient aimés par Jésus; Jean l'était d'une façon plus particulière, où l'accent était mis plus vivement sur l'aspect affectif de l'amitié, mais il ne faisait que vivre plus intensément par là ce qui était également donné aux autres.Il 305 était donc qualifié pour être le symbole de ceux qui, en raison de l'amour que leur voue le Christ, reçoivent sa mère comme leur mère.Dans la déclaration de Jésus, on discerne la volonté de donner Marie comme mère à chaque disciple de telle sorte que chacun puisse bénéficier entièrement de son amour maternel.Si Marie avait été proclamée plus expressément mère de tous les disciples, on aurait pu penser que l'universalité de la sollicitude maternelle atténuait nécessairement la note d'intimité personnelle.On aurait eu l'impression que celle qui était présentée comme la mère de tous ne pouvait pas être aussi complètement mère de chacun.Jésus a préféré souligner la nouvelle relation intime qui se créait entre Marie et chaque disciple, et par la situation individuelle de Jean adoptée comme symbole, exprimer la maternité universelle.Par là, le Christ fait comprendre que l'universalité ne peut rien enlever à l'affection que Marie porte à chacun personnellement.On pourrait dire que Marie aime chacun et veille sur chacun comme s'il était son seul enfant.Le rapport institué entre Marie et le disciple bien-aimé est destiné à se reproduire dans le cas de chaque disciple.Les mots «Voici ton fils «conduisaient Marie à reporter sur Jean tout l'amour qu'elle avait eu pour son fils unique, à ne mettre aucune restriction à son attitude maternelle envers lui.Traduits en un autre langage, ils signifiaient: «Aime Jean, ton nouveau fils, comme tu m'as aimé.» C'est toute la maternité de Marie qui est donnée au disciple.Le rapport de Marie avec Jean constituait donc le modèle symbolique d'une maternité qui tout en étant universelle conservait un caractère foncièrement individuel.Durant sa vie terrestre, Marie ne pouvait d'ailleurs réaliser pleinement sa maternité d'ordre spirituel que dans cette situation symbolique.C'est avec Jean qu'elle vivait; c'est à lui qu'elle pouvait témoigner toutes ses attentions maternelles.Son cœur était ouvert à tous, mais les manifestations de sa maternité étaient contenues par les limites de l'existence sur la terre.Elle n'aurait pu vivre avec chacun comme elle le faisait avec Jean, quel que soit son désir d'étendre à tous sa sollicitude.306 Une fois entrée dans la gloire céleste, elle a pu dépasser ces limites et assumer non plus symboliquement et intentionnellement mais dans la plénitude de la réalité sa maternité universelle comme maternité qui donne à chacun individuellement tout ce qu'un fils attend de sa mère.Dans l'au-delà elle est en mesure de suivre de son regard maternel le déroulement de chaque destinée personnelle, et d'y intervenir avec une vigilance ininterrompue.Elle peut offrir à chacun, de la manière la plus concrète bien qu'invisible, sa sollicitude.Ainsi, dès qu'elle a quitté ce monde, elle a pu agir pleinement comme mère de chacun des disciples, ayant avec chacun d'eux un rapport plus intime encore qu'elle ne l'avait eu sur terre avec Jean.Comme elle est chargée d'une mission maternelle, elle reçoit les moyens de la remplir.D'une manière générale, nous ne pouvons savoir exactement ce que les élus dans le ciel connaissent de l'histoire terrestre.Ils connaissent certainement cequi leur est utile ou nécessaire pour exercer une mission d'intercession.Pour ce qui regarde Marie, cette connaissance doit être extrêmement vaste: elle doit pouvoir être au courant de toute la vie terrestre de ceux qu'elle aime comme ses enfants, de leurs besoins, de leurs désirs, de leurs prières.Aucune situation particulière ne pourrait lui rester étrangère ou cachée; si elle l'ignorait, elle ne pourrait pas exercer suffisamment son rôle maternel.Rien n'est à craindre dans ce regard qui pénètre dans la vie intime de chacun, car c'est le regard bienveillant d'une mère remplie de sympathie; en participant au regard lumineux de Dieu, Marie partage la bonté qui y est inhérente.Ceux qui vivent sur la terre peuvent être assurés qu'il ne manque rien aux possibilités de Marie de s'acquitter de sa tâche maternelle.Elle voit la vie de chacun, s'intéresse à tout ce qui le concerne, s'émeut de toutes ses difficultés et lui offre à chaque instant son aide.VI.Mère de l'Église Marie n'a pas seulement reçu une maternité à l'égard de chaque disciple ; elle est devenue Mère de l'Église.307 D'eux-mêmes, les mots de Jésus : «voici ton fils» ne suffiraient pas à le montrer.Certains auteurs ont tenté d'y trouver l'indication d'une maternité communautaire en voyant dans le disciple bien-aimé un représentant de la communauté chrétienne.Mais ce disciple ne possède pas de qualité spéciale pour jouer le rôle de représentant de l'Église.On doit reconnaître en lui le type représentatif de chaque disciple individuellement; on ne peut lui attribuer une dimension proprement communautaire.Si c'était Pierre qui avait été proclamé fils de Marie, on aurait pu poser la question d'une représentation communautaire, vu qu'il était la pierre sur laquelle Jésus voulait édifier son Église.Le choix d'un autre, de Jean, est significatif de l'intention de proclamer une maternité à l'égard de chaque disciple, indépendamment de sa valeur représentative.Néanmoins, la maternité universelle conférée à Marie implique un aspect communautaire, en vertu de l'ensemble de l'œuvre du salut où elle est instaurée.8 Au Calvaire Marie s'est associée à l'offrande rédemptrice qui avait pour objectif, selon le mot de saint Jean, de «rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés» (Jn 11, 52).Jésus s'était assigné comme but, en bon pasteur qui donne sa vie pour ses brebis, de constituer «un seul troupeau» (Jn 10, 16).Dans sa coopération à l'œuvre du Sauveur, Marie a donc collaboré à la formation d'une communauté où tous deviennent un dans le Christ.Son sacrifice de mère lui vaut une nouvelle maternité qui s'étend à l'Église, puisqu'il a contribué à obtenir l'unité de cette Église, la victoire sur l'esprit de division et de haine.En termes propres, elle mérite par son offrande maternelle une maternité spirituelle à l'égard de toute l'Église.En devenant la mère du disciple bien-aimé, Marie devient par conséquent la mère non seulement de chaque disciple, mais de tous ensemble rassemblés dans l'unité.Il importe d'observer que sa maternité aurait été incomplète si elle n'avait pas tendu à ce rassemblement.Une mère ne se contente pas d'aimer individuellement chacun de ses enfants ; elle chercher à les unir dans un climat 8.Cf.J.Galot, Dieu et ta femme, Louvain 1986, 348-373.308 familial.Devenir la mère de chaque disciple n'aurait pu satisfaire Marie si elle n'était pas devenue en même temps mère de l'unité.En qualité de Mère de l'Église, Marie veille au développement de la communauté chrétienne.Le soin qu'elle met à veiller sur chaque chrétien s'encadre dans une sollicitude plus vaste qui cherche à assurer l'expansion de l'Église dans le monde, à promouvoir toutes les valeurs de foi, d'espérance et d'amour qui appartiennent à la vie chrétienne authentique.Si elle protège chaque disciple de son fils, elle exerce une mission plus large de protection sur toute l'Église ; elle se rend compte des dangers qui menacent l'efflorescence de la vie de la grâce, et elle aide tous ceux qui sont engagés dans des luttes pénibles.Elle encourage spécialement ceux qui vouent leurs forces à l'Église.Lorsqu'elle vivait sur terre, elle avait été animée du plus ardent désir de contribuer à l'instauration du royaume de son fils le Messie.C'est ce désir qu'elle garde actuellement, en aidant ceux qui sont chargés d'une tâche apostolique.Elle pousse à la générosité.Elle tend à stimuler et à entretenir cheztous un esprit missionnaire.Il n'est pas inutile de souligner le dynamisme qui anime sa maternité à l'égard de l'Église.Marie n'est pas seulement une mère qui veille à des besoins et répond à des demandes.Elle est une mère sans cesse préoccupée de développer l'intensité de la vie de la grâce et d'élargir les frontières de la communauté chrétienne.VII.Mère de tous les hommes En qualité de mère de l'Église, Marie a un cœur maternel ouvert à toute l'humanité, puisque l'Église existe pour rassembler tous les hommes dans la vie du Christ.On ne pourrait donc restreindre sa sollicitude maternelle aux seuls chrétiens.Cette sollicitude a une extension analogue à celle du bon Pasteur, préoccupé des brebis qui n'appartiennent pas à son troupeau : «J'ai d'autres brebis encore, qui ne sont pas de cet enclos; celles-là aussi, je dois les mener; elles écouteront ma voix.» (Jn 10, 16).S'il y a chez le Pasteur 309 suprême l'obsession des brebis du dehors à faire entrer dans le seul troupeau, il y a chez Marie un désir maternel de favoriser le rapprochement de tous les hommes avec le Christ.La valeur symbolique des paroles de Jésus: «Voici ton fils» demande donc à être perçue dans toute son extension.Il a été dit que Marie est constituée mère de chaque disciple, parce que Jean est le type représentatif de tout disciple aimé par le Maître.On doit ajouter que Marie devient la mère de tous les hommes, pour autant que chacun d'eux est aimé par le Christ et est destiné à devenir le fils du Père.Même chez ceux en qui la filiation divine adoptive n'est pas encore réalisée, existe la destination à cette filiation.Le Christ a aimé chaque homme au point d'offrir pour lui le sacrifice de sa vie et de lui donner Marie pour mère.Aucun homme n'est donc étranger à la maternité de Marie.Certes, chacun à la liberté d'accepter ou de refuser le don de la grâce divine, et par le fait même d'accueillir ou de repousser l'affection maternelle de Marie.Mais de la part de Marie, la maternité est acquise à l'égard de tous ; la sollicitude se manifeste à l'égard de chacun, quelles que soient ses dispositions intimes.Marie n'abandonne jamais aucun être humain qui vit sur la terre; son amour maternel s'emploie à vaincre toutes les résistances.Au moment où Marie a reçu sa nouvelle maternité, elle venait d'être témoin de la conversion du brigand crucifié à côté de son fils.Comment n'aurait-elle pas adressé un regard maternel à celui que le Sauveur voulait introduire le jour même au paradis?En fait, Marie était invitée à étendre son amour aussi largement que la générosité du Rédempteur, et par conséquent à ne faire exception pour personne, même pour les pécheurs les plus endurcis.Aucune limite n'est imposée à la maternité de Marie, parce qu'il n'y en a aucune à l'efficacité de l'œuvre du salut.On doit même ajouter que la bienveillance particulière, caractéristique de l'attitude du Christ à l'égard des pécheurs, se retrouve dans la sollicitude maternelle de Marie.Le cœur d'une mère est extrêmement sensible à la détresse de ses enfants, et à ce point de vue le cœur maternel de 310 Marie est l'image du cœur de Dieu, du cœur du Père, qui s'émeut de la misère spirituelle de ceux qui demeurent éloignés de lui.Plus saisissant encore que le ciel promis pour le jour même au larron repentant, le pardon que Jésus implore pour ses ennemis en les excusant en raison de leur ignorance a déterminé une orientation fondamentale dans la maternité accordée à Marie.Cette maternité ne s'arrêtera jamais devant la barrière de l'hostilité; elle ne se laissera pas paralyser par la persécution.Marie est devenue mère de tous ceux que son fils aimait; elle est la mère des ennemis du Christ, et elle offre son amour maternel même à ceux qui s'opposent à son fils et combattent son royaume.Elle porte à ces ennemis une affection particulière, en raison de leur situation malheureuse, et elle cherche à les faire sortir de leur assujettissement au mal.Elle agit en mère de tous ceux qui vivent sur la terre, quelles que soient leurs dispositions intimes.311 Les livres Blanchette, Claude, Pénitence et Eucharistie, Éditions Bellarmin et du Cerf, 1989, 336 pp.Les uns disent que l’eucharistie, étant le sacrement par excellence de la réconciliation, il est permis et même désirable d'y prendre part par la communion, même lorsque le baptisé est en état de péché grave.Dans ce cas, il suffirait d'avoir la contrition parfaite et le désir de se confesser sacramen-tellement à la prochaine occasion.Cette vue légitimerait un phénomène pastoral actuel : la baisse massive du nombre des confessions.De plus, selon cette perception, il serait souhaitable de favoriser un ordre différent des sacrements célébrés pour la première fois par les enfants.Les autres soutiennent qu'il est parfois nécessaire et souvent souhaitable de se confesser pour assurer une participation digne à l'eucharistie.Ce travail cherche donc à éclairer la relation pénitence-eucharistie, d'après toute la Tradition chrétienne, afin de permettre un jugement éclairé sur ces deux tendances pastorales.Fisichella, Rino, La Révélation, Éditions Bellarmin et du Cerf, 1989, 384 pp.Le titre indique les deux thèmes essentiels de cette recherche: la révélation et sa crédibilité.La révélation est axée sur l'événement central du Christ, médiateur et plénitude de la révélation, source dynamique de l'histoire du salut, qui ouvre à l'intelligence de l'Ancien et du Nouveau Testament, comme aussi de toute l’Église.Le second point s'attache au thème de la crédibilité de la révélation à la lumière de sa significativité.Jésus de l'histoire, expression ultime et définitive de l'amour trinitaire, est celui qui confère à l'homme le sens de sa vie, qui le révèle à lui-même et fonde l'option radicale de la foi.La crédibilité de la révélation, ainsi comprise, découvre son aptitude à éclairer l'homme contemporain sur la cohérence des contenus de la foi et sur leur sens toujours actuel.L'ouvrage, caractérisé par la richesse de l'information, par la transparence de la pensée et du langage, avec une étonnante fraîcheur de regard sur les problèmes, gagne aussitôt la sympathie.Guelluy, Robert, Mais il y a Jésus-Christ, Éditions Duculot, 1989, 195 pp.Notre vie n'est pas absurde et nous ne sommes pas des enfants moralement abandonnés : tel est le message de Jésus-Christ que ces pages méditent.Il y est question de la foi en l'Amour et de la foi en l'homme, d'espérance car nul d'entre nous n'est 312 sans avenir, d'échange des libertés dans l'affection.Il y est question de déculpabilisation, de réconciliation avec Dieu, avec les autres, avec soi-même.Ilfautaimerlaviejusquedans la souffrance : même si la vie ne paraît pas aimable, elle ruisselle de richesses.Les relations qui font vivre sont le contact avec Dieu dans la prière, avec les autres dans la bonté, avec les choses matérielles dans le travail et le bon usage de l'argent, surtout la réciprocité de gratuité de la vie familiale.Tout cela, nous avons à l'assumer aujourd'hui dans une société pluraliste, où croyants et incroyants ont beaucoup à apprendre les uns des autres.Ces thèmes complémentaires constituent un livre qui fait respirer.Huot, Giselle, Une femme au séminaire, Éditions Bellarmin, 1987, 525 pp.L'ouvrage met en scène une femme haute en couleurs, une femme orchestre, passionnée et passionnante dont la voix sonore résonne à travers toutes les pages.À son meilleur dans l'adversité, malgré des difficultés de toutes sortes.Mère Marie de la Charité s'entête vertueusement à établir au Canada cette vie dominicaine qui est sa mission, la part d'héritage pour elle et pour ses filles et à laquelle elle veut convier le reste du monde par surcroît.Figure de proue imposante aux yeux de braise ardente, le cœur à fleur de visage et porté en triomphe par son nom, Mère Marie de la Charité est surgie des textes, des témoignages.C'est avec elle l'émergence, la résurrection des figures qui ont peuplé, nourri, rendu possible le rêve dominicain fait chair et esprit en cette terre québécoise et porté bien loin outrefrontière et outre-continent par la suite, en Amérique du Sud, en Afrique et en Asie.Ce livre n'est donc pas une réflexion mais une histoire, une belle histoire vraie enchâssée dans un contexte historique.Un beau conte d'amour et de vie à l'école de la joie, de la fierté, de la détermination et de la foi qui soulève les montagnes.Lefebvre, Dom Georges, Au cœur de la prière, Éditions C.L.D., 1985, 139 pp.Parce que son infinie plénitude est au-delà de toutes nos pensées, Dieu nous paraît trop souvent un Dieu lointain, inaccessible.Dans le mystère de son Incarnation, il s'est révélé comme un Dieu proche de nous, assez proche pour pouvoir nous faire participer à sa vie comme il a voulu communier à la nôtre.Dans la mesure où nous aurons reconnu en lui un Dieu intimement proche, nous comprendrons combien nous pouvons être libres dans la prière, en quelle paisible simplicité nous pouvons vivre le secret de sa présence, dans la foi en lui.Mesters, Carlos .L'APOCALYPSE, espérance d'un peuple qui lutte, Éditions Paulines, 1988, 101 pp.Dans le français courant, le mot apocalypse est devenu synonyme de catastrophe.C.Mesters veut mettre fin à cette malheureuse confusion.Il veut surtout faire jaillir une extraordinaire espérance dans le Seigneur présent à notre vécu planétaire et personnel.313 Retraites intercommunautaires 1990 Dates Thèmes Prédicateurs Mars, 16-23: « Si tu connaissais le don de Dieu » P.Jacques Martineau, s.j Avril, 22-29: « Prier avec Marguerite d'Youville» P.Claude Mayer, o.m.i.Avril-Mai, 30-7: «La vieenplénitude dans le Christ» P.Jacques Martineau, s.j Mai, 8-15: « Rassemblés pour le révéler ».P.Gérard Therrien, c.ss.r.Mai-Juin, 26-2: «La vie consacrée et sa mission dans l'Esprit».P.Lucien Pépin, o.m.i Juin, 3-10: «Chercher votre plénitude dans le Christ».L'abbé Pierre Smith Juin, 11-18: « Prier avec Marguerite d'Youville » Juin, 23-30: «Prière et intériorité».Septembre, 16-23: « Esprit-Saint et prière ».P.Claude Mayer, o.m.i.P.Paul-Émile Vachon, s.m P.Robert Choquette, c.s.c.Manoir d'Youville île St-Bernard Châteauguay, QC J8J 4Z2 Tél.: (514) 692-8291 314 Retraites accompagnées — 1990 Retraites de 6 jours : JANVIER: Du 14 à 19 h 30 au 20 à 1 2 h 00 MARS: Du 4 à 19h 30 au 10 à 12 h 00 Pension : 1 50,00 $ payable à la Procure Centrale, Maison Mère des S.P Lieu : Maison Mère des Sœurs de la Providence 5655 rue de Salaberry, Montréal, QC H4J 2J5 Tél.: (514) 331-4810 AVRIL: Du 1er à 19h 30 au 8 à 12 h00 Pension : 150,00 $ payable au Couvent de Belœil Lieu : Couvent de Belœil 1056 boul.Richelieu Belœil, QC J3G 4R2 Tél.: (514) 467-4442 Inscription : (S.Rita Corneau, s.p.) 70,00 $ payable un mois avant la date d'ouverture de la retraite choisie.— 10,00$ non-remboursable.Accompagnatrices: S.Rita Corneau, s.p.et S.Constance Létourneau, s.n.j.m Retraites de 7 jours : JUIN: Du 17 à 14 h 00 au 24 à 12h00 JUILLET: Du 1 er à 14h00 au 8 à 12 h00 Pension : 175,00 $ payable à la Procure Centrale, Maison Mère des S.P.Lieu : Maison Mère des Sœurs de la Providence 5655 rue de Salaberry, Montréal, QC H4J 2J5 Tél.: (514) 331-4810 Inscription : (S.Rita Corneau, s.p.) 70,00 $ payable un mois avant la date d'ouverture de la retraite choisie.— 10,00 $ non-remboursable.Accompagnatrices: S.Julienne Bélanger, s.s.c.m.; Francine Blais S.Rita Corneau, s.p.; S.Thérèse Dufresne, s.p.S.Françoise Perreault, s.p.; S.Éva-Rose Rheault, s.p.Pour tous renseignements, s'adresser à : S.Rita Corneau, s.p.Rendez-vous Providence 5333 rue St-Zotique est Montréal, QC H1T1N7 Tél : (514) 727-8000 315 Retraites pour laïcs et religieuses — 1989-90 Dates Thèmes Prédicateurs Décembre 1989, 3-9 : Préparation à Noël.P.Robert Choquette, c.s.c Février, 4-10: « Miséricorde, Mission, Ministère» Abbé Jacques Nourissat Avril, 12-15: Jours Saints Mgr P.-Émile Charbonneau Juillet, 29-4 août: «Jésus priait les psaumes et moi.» P.Claude Sumner, s.j.Août, 5-11 : « Le raffinement des vertus de la vie amoureuse».P.Réal Hogue, s.m.m.Août, 12-18: « Marie et les Béatitudes».P.Raymond Tremblay, c.ss.r Septembre, 30-6 octobre : «Je vis avec Marie les mystères du Rosaire».Mgr Fernand Lacroix, c.j.m • Ces retraites débutent à 20 h.le premier jour et se terminent à 16 h.le dernier jour • Inscription : 25,00 $, non remboursable si annulation.Pour renseignements : Ermitage Ste-Croix a/s M.Laure Courtemanche, c.s.c.21269 ouest, boul.Gouin Pierrefonds, QC H9K 1C2 Tél.: (514) 626-6379 316 Tables de l'année 1989 1.Auteurs et articles ARBUCKLE, Gerald A., s.m., Oser la Visitation par la refondation .131 BEAUCHAMP, André, Spiritualité de l'environnement 223 BRUNET, Pierre, o.f.m., Une amitié spirituelle: François et Claire d'Assise.26 CAZA, Lorraine, c.n.d., Le charisme de la C.N.D.184 DUCHARME, Alfred, s.j., Discernement et interpellation communautaire.49 À propos d'un ouvrage : « La consécration religieuse ».59 Les modèles communautaires de demain et les communautés nouvelles.235 DUFORT, Jean-Marc, s.j., Travail apostolique et vie de prière.95 DUMOUCHEL, Claire, s.c.m.i.Relation par déficit affectif ou relation de réciprocité (lettre à Lina, Vincent.Jeanne.).195 GALOT, Jean, s.j., La maternité spirituelle de Marie 296 GUELLUY, Robert, ptre, Avancer en âge.259 LACROIX, Benoît, o.p., Influences de la culture sur la vie religieuse.67 LÉGASSE, Simon, o.f.m., cap., La fraternité dans l'Écriture.3 MORIN, Georges-L., o.f.m.Guerre et paix avec sœur nature 284 PERREAULT, Georges, o.p.Le processus de formation com- me démarche de vérification 1 2 Une formation centrée sur la personne .82 Un responsable de formation attentif à la personne.153 La croissance de la personne, fondements dynamiques.210 Une démarche de vérification centrée sur la personne : son axe fondamental.270 ROBERT, Pierre, Dimensions de la prière.108 VACHON, Paul-Émile, s.m., La présence de Marie dans l'Église .166 2.Sujets Accueil : et l'âge : 267 ; sa spiritualité : 267 Actualisation de soi : et croissance : 212 ; liberté et choix : 213 ; radicale du potentiel de la personne: 219; et appropriation de soi : 220 Affectivité : et personne : 280 Âge : avancer en : 259 ; dans l'Évangile: 260; pouvoir sur soi-même: 262 ; sécurité et confiance : 264 317 Amitié : spirituelle : François et Claire par les symboles de leur itinéraire : 26 Apostolat: et vie de prière (divorce ou réconciliation ?) : 95 ; et vie intérieure à sauvegarder : 96 ; réponses aux difficultés : 96 ss.Apprentissage : et formation : 23 ; d'un rôle ou de soi-même : 23 Appropriation de soi : et maîtrise de soi : 215 ; son dynamisme : 216 ; et actualisation : 220 Candidat: question fondamentale: 87; l'accompagner vers son point de départ : 164 Chaos: et créativité: 135; et refondation: 138; conception biblique: 138; les prophètes, leaders nous sortant du chaos : 139 ; et vie religieuse : 140 ; ses causes : 141 ; créativité qui en sort: 143 Chrétiens : la médiation : 7 Claire : et François (leur parole) : 27 ; leur partage d'après les écrits : 33 ; pauvreté et fraternité : 33 ; parenté spirituelle: 38; particularités mystiques : 39 ; leur relation vue par les sources : 42 ; et la tradition : 45 Communauté : et son discernement : 49 ; et son interpellation : 49 ; la dynamique de son discernement : 50 ; critères de situation dans l'Église : 55 ; nouvelle : 235 ; modèles de demain : 235 ; de demain et sens de la vie religieuse : 237 ; nouvelles : 247 Congrégation Notre-Dame : son charisme: 184; la refondation: 131 ; et Marguerite Bourgeoys : 131,184 Consécration religieuse : à propos du livre du P.Laurent Boisvert: 59 Créativité : et refondation : 135 ; et chaos: 135; conception biblique: 138 ; issue du chaos : 143 Croissance: et actualisation de soi: 212 ; et maîtrise de soi : 214 Culture : et vie religieuse : 67 ; tendances contemporaines: 68; contemporaine et vie religieuse : 69 ; atlantique et vie religieuse : 74 ; et religion maritime : 75 Décision: son objet définitif: 217; apprentissage et art de bien décider : 218 ; art de bien décider : 278 ; cheville ouvrière d'une affectivité ordonnée : 280 Dieu: et projet de l'Église: 86; et projet inscrit dans la personne : 85 ; et la prière : 111 ; et découverte de notre identité : 197 Discernement : et interpellation communautaire : 49 ; dynamique du discernement communautaire : 50 Église : et communauté : 55 ; et projet de Dieu sur la personne : 87 Environnement : sa spiritualité : 223 ; en crise: 224; et péché: 226; et récit de la création : 227 ; en spiritualité chrétienne : 231 ; et cantique des créatures de S.François : 232 Évaluation : dans le processus de formation : 13 ; d'un candidat à la vie religieuse ou au sacerdoce: 14; versant extérieur: 15; versant intérieur: 15 Évangile : et l'âge : 260 Fils : ineffable réciprocité avec le Père : 209 Formation : son processus comme démarche de vérification : 12 ; son évaluation : 13 ; et apprentissage : 23 ; 318 centrée sur la personne: 82; par delà l'approche centrée sur le projet : 82; et vérification centrée sur la personne : 84 ; question fondamentale: 87; attention à la personne: 153; le responsable: option de base : 153 ; au sacerdoce ou à la vie religieuse : 1 54 ; la personne ou le projet : 1 56 ; le responsable, un intervenant bien spécial : 161 François : Voir : Claire Fraternité : dans l'Écriture : 3 ; Israël, peuple de frères: 3; et pauvreté: chez François et Claire : 37 ; fraterniser avec la nature: 292, et harmonie universelle: 293 Frères: chrétiens: 5; Israël, peuple de frères : 3 ; et le Médiateur : 7 ; à partir de tous les peuples: 8; vie entre frères : 9 Identité:sa découverte: 196; et enracinement en Dieu : 197 ; changements possibles : 198 Intégration : et unification de soi : 221 Intériorité: des balises sur son chemin: 162; son chemin: 211; au seuil de l'intériorisation : 222 Isolement: absence de communication : 207 Leadership: religieux dans la refondation: 147; rôle des directions dans la refondation : 149 Maîtrise de soi : et croissance : 214 ; et appropriation de soi : 215 Marguerite Bourgeoys: son charisme : 131, 184 Marie: sa présence dans l'Église: 166 ; les textes les mieux connus : 166, et l'Église chez S.Luc: 168; dans l'anonymat: 169; effacée parce que présente en profondeur : 172 ; modèle : 173 ; au sommet de l'écoute: 174; se perdre pour se retrouver : 1 76 ; écouter pour donner la vie: 177; maternité univer-salisable : 178 ; un visage pour notre Église : 182 ; sa foi : 182 ; sa maternité spirituelle: 296; sens de sa présence au Calvaire: 298; Mère de l'Église : 307 Maternité spirituelle: paroles du Christ: 296, sens de la présence de Marie au Calvaire : 298 ; portée messianique des paroles du Christ : 301 ; création d'une nouvelle maternité : 303 ; mère de chaque disciple : 305 ; Mère de l'Église : 307 ; mère de tous les hommes : 309 Motivation : et formation : 23 ; question-clé : 23 ; expertise psychologique : 24 Nature: guerre et paix avec soeur nature: 284, 291; guerre entre l'homme et la nature: 284; la dominer par la science et la technologie: 286; paix et harmonie avec: 288 ; la laisser faire : 290; et masculin-féminin : 290; fraterniser avec : 292 Paix : sur terre comme au ciel : 294 Parole : libération par : 204 Pauvreté : et fraternité chez François et Claire : 37 Péché : et environnement : 226 Père : ineffable réciprocité avec le Fils : 209 Personne : formation centrée sur : 84 ; vérification centrée sur: 84, 270; le projet de Dieu inscrit dans : 85 ; implication de la démarche centrée sur : 90 ; apprentissage de cette dé- 319 marche : 92 ; stages d'apprentissage de cette démarche: 94; formation attentive à la personne: 153; sa croissance: fondements dynamiques: 210; le chemin vers l'intériorité : 211 ; dynamismes de croissance: 212; actualisation radicale de son potentiel : 219 ; et tendances affectives : 279 Prière : et travail apostolique (divorce ou réconciliation?): 95; réponses aux difficultés : 96 ss.; ses dimensions: 108; Jésus, homme de prière : 108 ; sa nature : 111 ; chrétienne : 111 ; ses problèmes : 112 ; ses facettes : 113 ; apprentissage : 114; formes : 117 Refondation : et Congr.Notre-Dame : 131; et vie religieuse: 131; et chaos : 135 ; et créativité : 135 ; rôle des personnes engagées en elle: 143 ; la personne refondatrice : 144 ; qualités des refondatrices : 145 ; rôle du leadership religieux dans le processus : 147 ; rôle des directions en elle : 149 Relation: par déficit affectif: 195, 199; ou de réciprocité: 195, 196; fusionnelle (ou par déficit): 201 ; de maturité : 206 Sacerdoce : évaluation d'un candidat : 14 ; formation au: 1 54 Sécurité : et l'âge : 264 ; et confiance : 264 Solitude : ouverture à la communion : 207 Unification de soi : et intégration : 221 Vatican II : réactions à son défi : 142 Vérification: et formation: 12; difficulté croissante: 16; des motivations ambiguës : 17 ; par démarche unifiée: 18; centrée sur le projet de vie et de service: 19; à même les activités de la formation: 19; opérationnaliser la vérification : 21 ; et caractère coextensif de la formation : 21 ; des motivations : 22 ; question-clé: 23; centrée sur la personne : 84 ; axe fondamental : 270 ; différents niveaux : 270 ; au niveau du «faire»: 270; au niveau du « mieux faire » : 271 ; au niveau du « mieux vivre » : 272 ; portant sur la maîtrise des moyens : 275 ; centrée sur la personne : une définition opérationnelle: 277; de l'art de bien décider : 278 ; unification de la démarche : 279 Visitation : et Mère Marguerite Bour-geoys : 131, 1 86 ss.Vie religieuse: évaluation d'un candidat: 14; influence de la culture: 67 ; et culture contemporaine : 69 ; et culture atlantique : 74 ; maritime : 77 ; refondation : 131 ; formation à la: 154; son sens: 237; quatre étapes : 238 ; et besoins actuels de la société: 239; renouveau, 4 étapes: a) besoins actuels de la société: 239; b) spiritualités pour aujourd'hui: 241 ; c) modèles généraux : 242 ; d) communautés nouvelles: 247; et choix des jeunes: 248 Vieillir: entrer dans le non-pouvoir: 265 ; attitude positive : 268 320 Exemplaires disponibles Si vous désirez poursuivre individuellement ou en groupe votre réflexion sur les thèmes du présent numéro ou des numéros antérieurs, vous pouvez vous procurer un ou plusieurs exemplaires de la revue à l'adresse et aux prix suivants: 5750, boulevard Rosemont, Montréal Tél.: 259-6911 2,25 $ l'exemplaire 1,75 $ pour 10 exemplaires et plus Frais de poste en plus Partage fraternel De nombreuses communautés locales, situées en pays pauvres, seraient heureuses de recevoir la Revue, pourvu que des groupes plus favorisés financièrement acceptent d'assumer les frais d'abonnement.Ceux et celles qui désirent aider ces frères et soeurs en assurant le coût total ou partiel d'un abonnement, n'ont qu'à envoyer leur contribution au nom et à l'adresse suivante : La Vie des communautés religieuses Partage fraternel 5750 boulevard Rosemont, Montréal, Qué.Canada.H1T 2H2 Merci d'avance, au nom des bénéficiaires. la vie des communautés religieuses 5750, boulevard Rosemont Montréal, Québec, Canada H1T 2H2
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