La vie des communautés religieuses /, 1 mai 1990, Mai-Juin
mai-juin 1990 .& ; SeS • » HT ' eligieuses La vie des communautés religieuses Directeur : Laurent Boisvert, o.f.m Comité de rédaction : René Bacon, o.f.m.René Baril, o.f.m.Pierre Bisaillon, o.f.m.Laurent Boisvert, o.f.m Secrétariat : Yvette Viau, s.s.a.Rédaction et administration : La vie des communautés religieuses 5750 boulevard Rosemont Montréal, Canada H1T 2H2 Tél : 259-691 1 Courrier de la deuxième classe Enregistrement n° 0828 Composition: Graphiti Impression : L'Éclaireur Ltée La revue paraît cinq fois par an Abonnement: de surface: 1 1,00 $ (55 FF) (350 FB) par avion: 14,50 $ (75 FF) (475 FB) de soutien: 20,00$ Sommaire Vol.48 — mai-juin 1990 L’assemblée des évêques du Québec, qui se tenait à Loretteville les 6 et 7 mars 1990, avait pour thème «La vie religieuse et son avenir ».Nous présentons ici les exposés des personnes-ressources, en suivant l'ordre du programme de la session.Laurent Boisvert, o.f.m., Lorraine Caza, c.n.d., Jacques Bélanger, o.f.m.cap., Madeleine Rochette, c.n.d., Gaston Leblanc, f.s.c., Bernard Hubert, évêque, Denise Paquet, c.s.l., Pierre-André Fournier, ptre, L'identité permanente de la vie religieuse 130 Manières différentes de vivre la vie religieuse 138 Un avenir pour la vie religieuse à partir du lieu des pauvres 148 Des valeurs comme promesses d'avenir 158 Un chemin d'avenir pour la vie religieuse 164 Attentes d'un évêque 170 Oserons-nous! 176 Communauté chrétienne et vie religieuse 186 129 L'identité permanente de la vie religieuse Laurent Boisvert, o.f.m.* Traditionnellement présentée comme la vocation à la sainteté ou un «état de perfection», la vie religieuse avait besoin d'être redéfinie depuis que Vatican II a mis en lumière la vocation universelle à la sainteté.Une telle précision s'avérait nécessaire aux membres des instituts religieux pour vivre leur type d'existence avec authenticité, et aux autres pour établir avec eux une relation vraie.Dans l'état actuel de la réflexion, je crois pouvoir résumer l'identité permanente de la vie religieuse en une phrase, dont les deux parties constitueront les divisions de mon exposé : la vie religieuse est une forme de vie chrétienne, spécifiée par trois éléments majeurs.Une forme de vie chrétienne.Dans la communauté des croyants, aucun groupe n'est appelé à un idéal plus grand: on ne peut être plus parfait que le Père céleste; aucun n'est appelé à un idéal moindre: «les exigences éthiques de Jésus, générales ou radicales, s'adressent indistinctement à tous les.chrétiens»1.Ce qui différencie, c'est la manière de vivre et d'exprimer l'unique idéal évangélique.La vie religieuse constitue l'une de ces manières ; elle est une forme de vie chrétienne.Ses membres sont appelés à un amour total et sans partage du Seigneur qui est, de toute évidence, l'exigence évangélique centrale.Cet amour ne leur est pas réservé et ne peut caractériser leur forme de vie.Tout baptisé le réalise dans la mesure où il ajuste son existence à Dieu.* 5750 boulevard Rosemont.Montréal, Qc H1T2H2.1.Thaddée Matura, o.f.m., Le radicalisme évangélique et la vie religieuse, dans La Vie des communautés religieuses 39 (1981) 36.130 Conséquence de l'amour total, l'amour préférentiel pour Dieu est également exigé de tous les fidèles, selon ces paroles de Jésus : « Si quelqu'un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses soeurs, et même à sa propre vie, il ne peut être mon disciple »2.En d'autres mots, on ne peut être un chrétien authentique sans préférer Jésus à tout.Cette exigence évangélique peut et doit être vécue dans le mariage comme dans le célibat.Ce n'est pas l'amour préférentiel pour Dieu qui exclut le conjoint, mais la manière qu'on choisit de vivre cet amour.Préférer le Christ à tout est une chose; incarner cette préférence dans le célibat en est une autre.En choisissant la vie religieuse, on s'engage à vivre sans conjoint l'amour préférentiel pour Dieu, exigé de tout croyant.Dans l'ancien et le nouveau Testaments, l'expression « Épouse de Yahvé», «Épouse du Christ» réfère toujours à une collectivité: le Peuple de Dieu.Dès le IIIe siècle on l'applique à chaque fidèle, compte tenu que, par son baptême, il devient membre à part entière de ce Peuple.Tous les chrétiens sont donc appelés à vivre en alliance d'amour avec Dieu : telle est la réalité évangélique exprimée par la symbolique nuptiale.Comme l'affirme Jean-Paul II dans sa récente Exhortation apostolique : « Le mariage et la virginité sont les deux manières d'exprimer et de vivre l'unique mystère de l'Alliance de Dieu avec son peuple»3.Si, d'après Perfectae caritatis4 5, la vie religieuse évoque l'union de l'Épouse à son Époux, si elle la symbolise, selon l'affirmation deEvangelica testification, elle ne la monopolise aucunement.Elle constitue une façon, mais une façon seulement, de participer à l'union sponsale entre le Christ et l'Église; elle ne doit en aucune manière donner l'impression de se l'approprier, ne serait-ce qu'au niveau du langage.Si la chasteté se définit comme la maîtrise libérante des pulsions sexuelles, la perfection de la chasteté ne peut être que cette maîtrise libérante portée à sa plénitude.Ce qui constitue un idéal 2.Le 14, 26-27.3.Redemptoris Custos, n.20.4.Perfectae caritatis, n.12.5.Evangelica testificatio.n.13.131 pour tous les croyants, chacun le poursuivant selon sa forme de vie.La perfection de la chasteté n'exclut pas l'exercice de la génitalité et ne s'identifie pas avec la continence permanente.La présence d'activités sexuelles ne rend pas la chasteté inférieure ; leur absence ne lui confère aucune supériorité.Il est donc regrettable qu'on utilise encore l'expression «chasteté parfaite» pour désigner la chasteté des personnes vivant dans le célibat pour le Royaume.Dans les écrits du nouveau Testament, en particulier les Actes, «suivre le Christ «équivaut à s'attarder à lui et à lui obéir; l'expression est synonyme de croire.Tous les chrétiens sont appelés à suivre le Christ, et le plus parfaitement possible, mais selon diverses formes d'existence.En désignant la vie religieuse par les mots «sequela Christi », on laisse facilement entendre que les religieux et religieuses sont les seuls à suivre le Christ ou, tout au moins, à le suivre de façon sérieuse, radicale.N'y a-t-il pas lieu de rappeler que la condition même du chrétien exige une suite inconditionnelle du Christ, et que la vie religieuse est une façon parmi d'autres de la réaliser.Si important que soit l'état religieux pour ceux et celles qui l'ont choisi, de même que pour l'ensemble de l'Église, il n'a pas la même valeur que l'existence chrétienne elle-même.La réalité commune aux divers types de vie chrétienne l'emporte sur ce qui les distingue.Être chrétien est incomparablement plus important qu'être religieux ; observer l'Évangile est essentiel, l'observer sous la forme qu'il prend en vie religieuse est secondaire.Définir et vivre la vie religieuse comme une forme de vie chrétienne, différente et complémentaire des autres, mais non en soi supérieure aux autres ni modèle pour l'ensemble des croyants, c'est déjà saisir et respecter une composante majeure de son identité permanente.spécifiée par trois éléments majeurs Comme forme particulière d'existence chrétienne, la vie religieuse est spécifiée par un type de célibat, un type de communauté fraternelle et un type de participation à la mission.Le célibat n'est pas une réalité indifférenciée, la même pour les religieux et les membres des instituts séculiers, les vierges et les ermites, les prêtres séculiers 132 et certains membres des nouvelles communautés chrétiennes.Il reçoit son sens et sa valeur, ses traits et sa motivation, du projet global avec lequel il fait corps.C'est à cause du Christ et de son Règne que des croyants choisissent la vie religieuse et, indirectement, le célibat.Le choix de ce dernier n'est donc pas inspiré par un désir de pureté rituelle, comme si les relations sexuelles étaient opposées à l'Esprit.Seule est valable et suffisante la double motivation mystique et apostolique : à cause du Christ et de son Règne.Contrairement au mariage qui, de par sa nature, est orienté vers l'accueil et le don mutuels, la procréation et l'éducation, le célibat ne comporte en lui-même aucune orientation particulière.Il offre des possibilités et, selon l'usage qu'on en fait, il prend des orientations et des significations différentes.Il sert de façon particulière la contemplation dans les instituts de vie contemplative, la vie fraternelle dans les instituts de vie conventuelle, le service apostolique dans les instituts de vie active.Il perdrait sa première raison d'être s'il prenait des orientations différentes ou opposées à celles du projet religieux avec lequel il fait corps.Vécu en vie religieuse, il implique la continence permanente, qui est « l'abstention de plaisirs génitaux orgastiques volontairement provoqués»6.Il exclut en outre la recherche et l'entretien d'un lien amoureux, et cela en raison d'une double cohérence.Il serait en effet illogique de développer un lien amoureux et, en même temps, de refuser de répondre à ses appels ; d'accentuer la tension sexuelle et, simultanément, de renoncer à l'apaiser.De plus, le projet religieux ne peut demeurer centré sur le Christ et son Règne quand se développe un lien amoureux.L'être aimé occupe alors la pensée consciente de la personne, envahit son être et devient l'objet premier de sa préoccupation, en plus de mobiliser son temps et ses énergies.Par contre, le célibat religieux n'exclut pas l'amitié monosexuée, ni l'amitié hétérosexuée.Cette dernière, plus difficile à réussir, demeure cohérente avec ce type de célibat si elle respecte les 6.Xavier Thévenot.Repères éthiques pour un monde meilleur, Salvator, 1985.p.38.133 projets de vie des personnes impliquées; si Dieu et son Règne demeurent les pôles structurants de la vie des religieux et religieuses concernés; si elle favorise l'intégration à la communauté; si elle s'exprime dans des langages sexués mais non sexuels; si elle est source de libération humaine, spirituelle et apostolique.En second lieu, la vie religieuse est spécifiée par un type de communauté fraternelle.L'Église, dans sa totalité, est la communauté des frères et sœurs en Christ dont la communion s'exprime, entre autres, dans le caractère radicalement égalitaire de ses membres, quelle que soit la diversité des services et des formes d'existence.Mais il n'y a de fraternité chrétienne authentique que si l'on tend sérieusement à être « une communauté de l'Esprit et de l'Amour »7.Pour sa part, la communauté religieuse se propose de réaliser l'idéal évangélique de fraternité chrétienne d'une façon caractéristique.Ses membres, rassemblés au nom de l'Évangile, se lient les uns aux autres en vue d'une communion fraternelle, perçue et vécue de façon pluraliste.Ils mettent leurs biens en commun dans le but de signifier et de favoriser leur relation à Dieu, leur communion fraternelle et leur solidarité avec les pauvres.De plus, la communauté religieuse est composée exclusivement de célibataires, contrairement à plusieurs communautés chrétiennes nouvelles.Ses membres vivent entre égaux des rapports de type fraternel ou amical.Ils se prennent en charge, exercent des rôles intégrés selon des formules adultes, s'accueillent mutuellement avec leurs grandeurs et leurs limites.Ayant tous choisi un même projet, ils s'entraident à le réaliser, dans l'obéissance à une autorité immédiate.Sauf exceptions, la communauté religieuse est monosexuée.L'autorité actuelle de l'Église n'accorde pas de « nihil obstat» aux projets d'instituts religieux mixtes.Une perception sainement réaliste de la condition humaine permet de comprendre l'obligation faite aux religieux et religieuses de vivre en communauté unisexuée.7.KarlRahner.s.j.Qui est ton frère?, Mulhouse, Salvator, 1982, p.27.134 Enfin, à l'instar de la communauté chrétienne, la communauté religieuse comprend trois dimensions essentielles : contemplative, fraternelle et apostolique.Aucune d'elles ne doit être mise en veilleuse mais, selon le charisme des instituts, elles sont harmonisées et vécues de façons diverses.Ce qui donne des communautés contemplatives, conventuelles, apostoliques.Dans ce dernier cas, les activités apostoliques informent et colorent toute la vie de la communauté, sans pourtant réduire cette communauté au rôle de simple moyen d'apostolat.En troisième lieu, la vie religieuse est spécifiée par un type de participation à la mission.Cette participation n'est pas de l'ordre de l'exemplarité, mais du signe.D'après Lumen gentium, la vie religieuse manifeste, atteste, annonce, représente, fait voir, montre: ce sont les verbes mêmes du n.44.Elle n'a pas pour fonction de présenter aux autres croyants un modèle de vie évangélique; son rôle n'est pas de se faire voir pour être imitée, mais de faire voir, d'être « mémoire évangélique de l'Église ».Doit-elle pour cela montrer ce que sera la vie future, dessiner en quelque sorte son visage?Qui peut dire si la vie religieuse présente mieux que les autres formes de vie chrétienne les traits majeurs de la vie éternelle ?Pour l'affirmer il faudrait connaître avec précision la nature de cette vie future.Or, si l'existence du Royaume dans son état plénier nous est connue avec certitude, sa nature par contre demeure imprécise, à part le fait d'« être pour toujours avec le Seigneur »8.Il est donc risqué de présenter la vie religieuse comme manifestant le monde tel qu'il sera dans le Royaume futur.Mieux vaut présenter le projet religieux comme signe du Royaume déjà-là dans l'histoire.Certains croyants sont attirés par le Christ et son Règne au point de structurer leur existence en fonction de cette double réalité.Ils choisissent de polariser leur vie sur elle à cause d'un appel de la réalité évangélique elle-même.Leur forme de vie tire de la foi seule sa motivation suffisante et son sens fondamental.Parce que le projet religieux est directement fondé sur les réalités 8.1 Thés 4.17.135 de la foi et reçoit d'elles son sens premier, ceux et celles qui le choisissent proclament de façon particulière ces réalités auxquelles l'Église croit.Être signe des réalités de la foi : telle est la fonction primordiale de la vie religieuse dans l'Église.Les diverses tâches assumées par les instituts, si nécessaires soient-elles, demeurent secondes par rapport à ce rôle de signe ; nombre d'entre elles d'ailleurs disparaissent avec le temps, alors que la fonction de signe demeure.Il faut reconnaître que les religieux et religieuses ont souvent été perçus dans l'Église et le monde comme de simples groupes de service dont la raison d'être était l'accomplissement de tâches.On mesurait leur valeur à leur utilité, on les appréciait d'après les services rendus.Les membres des instituts religieux eux-mêmes se sentaient valorisés dans la mesure où ils assumaient des tâches répondant à des besoins réels.Par contre, ils avaient l'impression d'être inutiles quand ces besognes disparaissaient.Leur vie leur semblait alors dépourvue de sens.Pour la revaloriser ils cherchaient de nouvelles tâches à remplir au profit de l'Église et du monde.Tout en reconnaissant l'importance de ces divers services, n'est-il pas opportun de rappeler ces paroles de Paul VI: «Les religieux trouvent dans leur vie consacrée un moyen privilégié d'évangélisation efficace.Ils ont une importance spéciale dans le cadre du témoignage qui est.primordial dans l'évangélisation»9.Dans la même optique, le code actuel de Droit canonique affirme: «L'apostolat de tous les religieux consiste en premier lieu dans le témoignage de leur vie consacrée »10.Mais la vie religieuse ne peut remplir son rôle de signe qu'à la condition d'être lisible.Certaines façons de vivre et de servir, pleines de sens à une époque et dans un milieu, peuvent être à un autre moment et dans un contexte différent dépourvues de toute signification.L'expérience de Dieu, si fondamentale soit-elle, ne 9.Evangelii nuntiandi, n.69.10.DC 673.136 suffit pas à rendre la vie religieuse signifiante; il faut en outre que cette vie s'incarne et s'exprime dans les conditions socioculturelles du milieu.Conclusion S'il est important de préciser l'identité permanente de la vie religieuse, il l'est davantage de maintenir ou de redonner à cette forme de vie chrétienne sa vitalité première en l'abouchant aux deux sources permanentes et inséparables de cette vitalité: une sérieuse expérience de Dieu et une profonde solidarité avec le monde ambiant.Les projets des instituts, qui entraînent des manières diverses d'être au monde et des spiritualités différentes, sont en définitive des façons particulières de répondre à l'unique vocation chrétienne qui est essentiellement communion et mission.Enracinée dans la communion et tendue vers elle, la mission passera avec le temps, alors que la communion débouchera sur la plénitude.137 Manières différentes de vivre la vie religieuse Lorraine Caza, c.n.d.* Cordial bonjour à vous tous, pasteurs de l'Église du Québec.Non sans vous adresser un vibrant merci de consacrer votre session d'étude '90 au thème de la vie religieuse aujourd'hui et de nous faire, à nous tous et toutes que vous avez réunis pour ces deux jours, la confiance de participer à votre réflexion, j'entre dans le vif de la courte intervention qui m'est demandée sur les manières différentes de vivre la vie religieuse aujourd'hui, à la suite de l'évolution de la société et de l'Église.Un exposé que le temps alloué m oblige à faire si général ne doit pas nous faire oublier la couleur propre, les rythmes d'évolution, les particularités des différentes familles religieuses.Espérant rejoindre l'expérience d'un bon nombre, j'affirme que nous sommes religieu(x)ses après la révolution tranquille et après Vatican II ; que nous le sommes dans une culture éclatée où tous les croyants et croyantes doivent conjuguer leurs énergies pour évangéliser la culture et pour inculturer l'évangile chrétien ; que nous le sommes dans des communautés qui se recrutent très peu au pays, vieillissent beaucoup alors qu'elles manifestent d'étonnantes ressources de créativité.1.Nous sommes religieu(x)ses après la révolution tranquille et après Vatican II Une historienne m'avait fait part, il y a de cela déjà plusieurs années, d'une constatation qu'une enquête antérieure auprès d'un * 96 Empress, Ottawa, Ont.K1R 7G2.138 grand nombre de communautés lui avait permis de faire.Dans tous les groupes, dès qu'on évoquait la vie religieuse, on distinguait un «avant les changements» et un «après les changements».Nous n'éprouvons aucune difficulté à repérer le moment des changements évoqués.Il s'agit des années '60, coïncidant, au niveau de notre évolution sociale avec la révolution tranquille et, au niveau ecclésial, avec Vatican II.Depuis le milieu des années '60, les religieu(x)ses d'ici ont progressivement considéré leur vie consacrée toujours plus sous l'horizon plus fondamental de leur consécration baptismale.Ce faisant, ils et elles se percevaient plus franchement comme frères et sœurs des autres baptisé(e)s et non en situation de rupture, de mise à part, d'éloignement.Le titre d'un volume paru tout récemment sous la plume d'une religieuse sociologue américaine, S.Mary Augusta Neal : From Nuns to Sisters exprime bien le changement de perspective.De cette époque on peut dater également la lecture de l'engagement à l'obéissance par vœu en termes d'une recherche avec d'autres de la volonté de Dieu, avec l'affinement constant de l'attitude d'écoute et d'ouverture à Dieu, aux autres et à tout le réel que cette recherche commande.L'obéissance renvoie alors moins à une situation où un « supérieur » donne un ordre sans appel à un «sujet» qu'à une communauté de frères, de sœurs qui s'aident les un(e)s les autres afin que leurs choix soient davantage orientés dans le sens du dessein de Dieu.Étant le fait d'êtres humains adultes, responsables, cette recherche, il va sans dire, fait appel à toutes les ressources d'intelligence et de cœur des personnes engagées.Elle ne saurait être en opposition avec la vocation chrétienne à la liberté.Est donc dorénavant tenue pour suspecte dans le monde religieux chrétien une obéissance se vivant dans le mépris de l'intelligence humaine, de la liberté et d'une foi pratique en l'action de l'Esprit en chaque membre de la communauté.Est également tenue pour suspecte toute incarnation de la vie d'obéissance qui nourrit et encourage une conception anthropologique où hommes et femmes sont dans un rapport dominants-dominées, maîtres-servantes.Deux facteurs importants ont renouvelé la façon dont les communautés religieuses pensent et vivent leur engagement par vœu 139 à la pauvreté : le grand réveil ecclésial face aux incroyables situations de pauvreté de notre monde et la mise en lumière de la théologie de la création avec, bien sûr, le refus systématique d'une théologie de la rédemption s'édifiant sur les ruines de la théologie de la création.D'une part, l'appel à une solidarité toujours plus grande avec les pauvres et les petits a entraîné une simplification du style de vie, un rapprochement parfois géographique avec les démuni(e)s, un sens des responsabilités accru dans la gérance des biens afin qu'en résulte une meilleure répartition des biens dans la société.D'autre part, un regard plus positif posé sur des biens qui sont des dons de Dieu a progressivement eu raison de certaines formes hautaines de détachement qu'on mettait parfois au compte d'une pauvreté héroïque.La sensibilisation aux misères pluriformes ne pouvait que faire apparaître la superficialité d'une engagement à la pauvreté réduit à n'être que dépendance dans l'utilisation des biens.Le «j'ai la permission » n'a pas de vertu magique pour suivre Jésus pauvre.Contemporain(e)s d'une société où les sciences psychologiques acquéraient progressivement prestige et autorité, où le corps, le bien-être physique, l'épanouissement sexuel, le plaisir étaient valorisés, où, avec Vatican II, la grandeur de l'amour humain, du mariage était vigoureusement affirmée, les religieu(x)ses depuis les années '60 ne pensent pas leur engagement au célibat pour le royaume comme une réalité qui les tiendrait à l'écart, coupé(e)s de toute vie affective profonde.Ou bien le célibat consacré est pour eux et pour elles une école d'apprentissage de l'amour ou bien ils et elles ne lui reconnaissent pas une valeur évangélique.Un amour universel qui serait synonyme de renonciation à toute amitié plus profonde leur semblerait suspect.Un renoncement au mariage, à la fondation d'une famille, à une intimité sexuelle avec un(e) partenaire n'équivaut pas à leurs yeux au renoncement à toute forme d'intimité.Le grand souffle de liberté de Vatican II, le remue-ménage de tant de nos institutions sociales et politiques et la reconnaissance progressive du pluralisme des mentalités, des cultures, des attitudes face à une transcendance ne pouvaient pas laisser intouchée la tranquille ordonnance des heures, des jours, des semaines et des années dans les communautés religieuses.Bientôt à l'intérieur de communautés, identifiées parfois depuis des siècles avec tel service 140 spécialisé, se dessinait un profil d'engagement apostolique de jour en jour plus diversifié.Les membres avaient davantage voix dans leur orientation personnelle, des projets ajustés aux nouveaux besoins de la société germaient chez tel membre ou dans tel regroupement, de nouveaux services se mettaient sur pied à l'extérieur sollicitant des participations dans le monde religieux.Il fallait dès lors renoncer à la rigidité des horaires, adapter l'encadrement de la vie ensemble aux nouvelles exigences professionnelles, apostoliques.Rythmes, formes et, souvent, contenu même de la prière communautaire et, jusqu'à un certain point, de la prière personnelle s'en trouvaient modifiés.La diversité des engagements apostoliques, la fécondation des projets anciens et nouveaux les uns par les autres, un équilibre intra et extra-communautaire tout à fait nouveau avaient des implications profondes sur les relations inter-personnelles intra et extra-muros, sur le ressourcement physique, intellectuel, spirituel.2.Nous sommes religieu(x)ses dans une culture éclatée où tous les croyants et croyantes doivent conjuguer leurs énergies pour évangéliser la culture et pour inculturer l'Évangile chrétien L'opposition de ta culture Notre culture, dans un premier temps, nous aborde de façon agressive.Elle n'a que faire de notre confession publique de Dieu, de notre foi en un amour gratuit à la source de notre être et de notre agir.Elle est mal à l'aise avec notre engagement au célibat qu'elle mettrait facilement au compte d'une limite psychologique ou qu'elle banaliserait en donnant à croire qu'il n'est que de façade.Le relief excessif donné par la presse et l'ensemble des médias aux abus sexuels impliquant prêtres ou religieux n'exprimerait-il pas quelque chose de ce malaise?Notre culture québécoise contemporaine se sent aussi parfaitement étrangère sinon réfractaire au langage de l'obéissance.Tout en étant axée sur la consommation, elle se laisse cependant toucher, au moins en une certaine proportion de ses membres, par le témoignage d'une vie dépouillée qui prend le parti des pauvres et 141 des démunis, qui partage leur sort.Dans la mesure où nous nous distançons des orientations et des objectifs d'un monde où le scientifico-technique est souverain, d'un monde où la rentabilité et l'efficacité sont maîtresses, d'un monde consommateur à l'excès, nous ne sommes plus copies conformes du système et nous risquons de devenir encombrantes pour la société.Certaines ressources de la vie religieuse Mais la vie religieuse a des ressources.Ces dernières années, le monde des historiens a souligné notre invisibilité.Une de nos grandes vedettes nous a récemment posé la question: Où êtes-vous?Nous pourrions dire que nous étions, à l'intérieur d'engagements divers, occupé(e)s à désapprendre un mode de vie qui serait devenu déconnecté de la réalité et à apprendre un nouvel art de vivre.Déjà, nous avons appris beaucoup au niveau à'un art de vivre-avec.Notre unité se construit moins autour d'une personne en autorité que dans l'écoute mutuelle, moins dans la solidité d'un cadre hiérarchique que dans l'humble confection quotidienne des rapports interpersonnels.Nous expérimentons de plus en plus qu'il n'y a pas celles qui savent et qui parlent versus celles qui écoutent sans se permettre de penser que leur expérience puisse être de quelque utilitédans les orientations de l'ensemble.Pour mesurer le chemin parcouru, il suffirait de comparer les assemblées capitulaires de ces dernières années avec celles des années '60.Déjà, nous avons également beaucoup appris des nouvelles sphères d'activités et des nouveaux réseaux de personnes dans lesquels nous nous insérons: Les gens s'étonnent à bon droit des ressources de créativité, des capacités de renouvellement de groupes qu'à toute fin pratique on considérait comme déjà morts.Ce qui émerge, c'est l'image d'hommes et de femmes à l'affût des nouveaux visages de la pauvreté, d'hommes et de femmes de plus en plus capables de passer d'une discrétion excessive dans l'intervention publique à une vigoureuse affirmation de certaines valeurs dans le sens du respect de toute personne humaine.142 En ce temps de bouleversement social, de révolution culturelle où tous les canaux d'intervention traditionnels sont devenus plus complexes à maîtriser et où tant d'autres formes sont apparues, il a fallu et il faut toujours apprendre les nouveaux langages permettant de contribuer aux orientations devant assurer une meilleure qualité de vie.Ce ne sont plus nécessairement les mêmes types de personnes qui jouent un rôle-clé au plan social.Dans une congrégation traditionnellement vouée à l'enseignement, j'entendais récemment la remarque: il va falloir trouver le moyen de redonner la parole aux enseignantes.Les personnes engagées dans les nouvelles formes d'éducation semblent souvent plus articulées que les premières, comme si, obligées de plonger dans les secteurs qui leur étaient étrangers, dans des réseaux ouverts à d'autres secteurs de la réalité, elles avaient été forcées à s'adapter plus rapidement aux bouleversements en cours.Même si dans sa sécularité extrême, notre société pourrait trouver agaçante notre référence explicite, publique à Dieu, même si tout ce temps brûlé dans la prière et la célébration de Dieu peut paraître pécher contre la loi de l'efficacité et du rendement optimal, il se peut que la dimension de gratuité incrustée dans le tissu de la vie religieuse soit bientôt perçue comme une réponse précieuse aux questions de notre culture.Il faut grand courage aujourd'hui pour sauver le temps indispensable à la considération du sens de ce qu'on vit, pour affronter la question de Dieu dans sa vie, pour dialoguer avec le Dieu qui se serait fait connaître.Les religieu(x)ses qui appartiennent à cette société ne sont pas en dehors de ce combat.L'activisme et le burn out les guettent comme les autres.La très grande souplesse introduite dans leur horaire de prière, fait qu'ils et elles pourraient être tenté(e)s d'assurer toutes les autres activités avant la prière.Mes contacts avec les membres d'un bon nombre de congrégations dans les sessions, les retraites et l'accompagnement spirituel m'amènent à dire que beaucoup de personnes engagées dans la vie religieuse s'inquiètent de la qualité de leur vie de prière comme aussi du temps qu'elles y consacrent.J'aperçois trois tâches au niveau de cet apprentissage de la vie de prière: celle d'apprendre à aménager des plages de temps pour la prière ; celle d'inventer son rythme et ses rites personnels de prière 143 afin que celle-ci soit ajustée à l'ensemble de la vie ; celle de mettre en lumière la place de la liturgie des heures dans les communautés et, par elles, dans l'ensemble du peuple chrétien.Le message manque de transparence Marqué(e)s comme tous nos contemporains par la culture dans laquelle nous baignons, en ses grandeurs comme en ses limites, notre message collectif est loin d'être parfaitement clair ; les signaux que nous envoyons sont souvent confus, ambigus et même parfois contradictoires.Nos vies, collectivement et personnellement, témoignent du bonheur de vivre consciemment devant Dieu, de donner priorité dans nos vies au dialogue avec le Père par le Fils dans l'Esprit, mais nous nous laissons accaparer par nos tâches.Notre message, collectif et personnel, se veut message de solidarité avec les pauvres et les petits trouvant son expression aussi bien dans un style de vie sobre et parfois très dépouillé, dans une présence auprès des populations plus démunies que dans une action au service de la transformation sociale qui permette aux exclus, aux blessé(e)s, aux marginalisé(e)s, aux faibles, d'être traité(e)s avec la dignité des enfants de Dieu.Par ailleurs, nous ne pouvons certainement pas dire que nous sommes à l'abri de la mentalité de consommation, d'efficacité et de rentabilité à tout prix, de réussite sociale et de conformisme.Notre forme de vie annonce que nous sommes communautaires jusqu'au fond, des spécialistes de l'être-avec, et pourtant qui oserait dire que nous échappons totalement à la séduction d'un mode de vie égocentrique, narcissique, fort préoccupé d'épanouissement personnel.Pour comprendre cette diversité des messages allant parfois jusqu'à la contradiction, considérons le pluralisme grandissant de notre société qui se répercute dans les communautés mais prenons également acte du fait qu'un certain nombre de religieu(x)ses ont tardé à réaliser qu'une situation sociale nouvelle appelait une importante remise à jour de la formation religieuse initiale reçue au noviciat.Plusieurs ont fait leurs les critères en vigueur dans la 144 société, sans les critiquer; la société leur a imposé ses conditions parce qu'ils et elles ne s'étaient pas donné les moyens de renouveler leur vision de l'être humain, de l'histoire, parce qu'ils et elles n'avaient pas renouvelé leur approche de l'Écriture, du mystère de Dieu et de l'Église.3.Nous sommes religieu(x)ses de communautés qui se recrutent très peu au pays, vieillissent beaucoup alors qu'elles manifestent d'étonnantes ressources de créativité Le problème de la difficulté du recrutement comme aussi le fait que les congrégations peuvent de moins en moins s'identifier à des oeuvres expliquent sans doute pour une part le mouvement de retour à leurs sources des différentes communautés.Ce mouvement est d'ailleurs parallèle à celui de l'Église en général.La refonte des Constitutions s'est accompagnée de recherches sur la vie, le charisme des fondateurs et fondatrices, amenant un cortège de projets pour articuler et diffuser la spiritualité propre à chaque groupe.Des institutions se sont mises en place : mois franciscain, congrès des communautés rattachées à l'École française, promotion des Exercices de saint Ignace, congrès sur la mission, afin de donner une forme concrète plus stable à ces projets.Ce mouvement de retour aux sources et, avec lui, le désir de partager le trésor découvert font que nous assistons maintenant à la naissance de formes neuves de participation des laïques à l'esprit des Ordres et des communautés apostoliques.Tant de croyants et de croyantes de notre monde éclaté éprouvent un besoin aigu d'un groupe-relais entre eux et leur paroisse comme support pour leur vie de foi qu'on peut déjà anticiper le grand service que pourrait rendre à l'Église les nombreux projets d'association aux différentes congrégations.Comptez dorénavant avec ces forces vives.De censeurs parfois intransigeants de la modernité, les Ordres et Congrégations se sont progressivement convertis à une attitude de dialogue, apprenant parfois difficilement les bienfaits d'une approche qui honore la réciprocité des apports, devenant des personnes et des communautés à l'écoute des nouvelles valeurs portées 145 par la culture tout autant que préoccupées de contribuer à une plus grande qualité de cette culture, au nom de l'Évangile.En même temps, prenaient forme ici et là des nouveaux regroupements communautaires se percevant comme un visage de la vie religieuse plus accordé à la culture contemporaine.Au milieu du siècle des familles religieuses comme celles que le P.Charles de Foucauld a inspirées ont été et demeurent, je crois, une grande grâce de renouvellement pour la vie religieuse dans l'Église.Beaucoup de personnes ici présentes se souviendront de l'impact que quelqu'un comme le P.Voillaume exerça sur le Concile, sur son orientation de solidarité avec les pauvres et les petits.Personnellement, je crois que toutes nos congrégations, directement ou indirectement, ont été marquées, à ce moment-là, par cette nouvelle forme de vie religieuse sur au moins trois points : la vie simple, proche des gens pauvres, isolés, exclus ; la qualité des rapports interpersonnels dans la vie communautaire avec la place donnée à la revision de vie; le style renouvelé de la prière.Depuis le Concile et généralement dans la foulée du renouveau charismatique, de nouveaux groupes sont apparus.Comme le mouvement dont ils sont issus, l'accent est mis sur la prière et spécialement sur la prière de louange.Le plus souvent, ces communautés boudent ostensiblement l'activisme moderne, la préoccupation du rendement maximum.Plusieurs, pour une période de temps assez longue, vivent, comme elles disent, de divine providence.Pour autant que notre société est rationaliste, honorant trop exclusivement l'approche scientifico-technique du réel, elle retrouve dans ces groupes quelque chose de la réaction de la génération du «Flower Power» à une société toujours plus pressée et toujours plus calculatrice.Il reste cependant qu'il serait important de réfléchir, pour le long terme, sur les implications — lorsqu'il s'agit non plus d'un mouvement qui regroupe les membres quelques heures chaque semaine mais bien d'une communauté de vie stable— d'un mode de vie fondé sur une lecture parfois assez fondamentaliste de l'Écriture, sur une conception parfois sommaire de l'intervention de l'Esprit dans l'existence croyante et sur une vision de l'obéissance qui honore bien peu la fonction critique de l'intelligence et semble peu apte à promouvoir la vocation baptismale à la liberté.146 Les problèmes de recrutement et de vieillissement et, avec eux les problèmes d'orientation pour l'avenir ont contribué à la naissance et à la culture d'une solidarité entre congrégations apostoliques et il me semble voir se dessiner de plus en plus clairement un mouvement d'extension de cette solidarité avec les communautés monastiques, d'une part, et avec les instituts séculiers d'autre part.Ces solidarités pourraient s'avérer très fécondes.Nous vivons tous et toutes, je crois, une conscience qui va s'approfondissant de la complémentarité de nos vocations respectives.Ces quelques fruits de communion nous rappellent, si besoin en est, que la sagesse de Dieu n'a pas fini de nous surprendre.Pour dire poétiquement la vie consacrée, la Commission francophone cistercienne nous a laissé un bien bel hymne que nous trouvons dans la liturgie des heures à l'office de Laudes, au commun des vierges.Progressivement cette vie façonnerait des gens « blessés au fond de l'âme » par « la compassion de Dieu », des gens devenus « l'image de l'Agneau mystérieux» pour avoir porté « la mort des mal aimés».De telles personnes, d'autres voies que la vie consacrée en ont forgées, bien sûr, et mille projets différents de vie consacrée leur ont fourni un terreau propice.Personnellement, j'en ai rencontré à la CND et dans bien d'autres familles de vie consacrée apostolique ou monastique.Et je voudrais tant que les croyants et croyantes du 21e siècle puissent en croiser sur leur chemin ! 147 Un avenir pour la vie religieuse à partir du lieu des pauvres Jacques Bélanger, o.f.m.cap.* 1.Le Mémoire : l'appauvrissement au Québec : un événement majeur Les religieux-ses du Québec ont accordé beaucoup d'importance, depuis quelques années, au dossier de la pauvreté.La rencontre de la CRC (Conférence religieuse du Canada) à Moncton en 1973 (« Attentifs à la clameur des pauvres»), marquait le signal d'envoi d'une série d'interventions sur la pauvreté, dont le point d'aboutissement sera pour le Québec, le Mémoire : l'appauvrissement au Québec ( 1988).Moncton amorçait sans le savoir une aventure dont on a peut-être sous-estimé l'importance.Après Moncton, la CRCQ (Conférence religieuse du Canada, section Québec) avait donc continué à porter très fort la préoccupation des pauvres.En 1976, elle fondait le « Comité Justice sociale », qui devait ramener en permanence au cœur de la vie religieuse d'ici, le point de vue des appauvris.En 1978, à la rencontre interaméricaine des religieux-ses, tenue à Montréal, la délégation latino-américaine nous mit en face d'une interpellation vigoureuse : dans un monde où les polarisations entre pauvres et riches se retrouvent partout de plus en plus accentuées, et où les classes moyennes se voient menacées de disparaître, les religieux-ses choisiront-ils de se solidariser avec les plus riches ou avec les plus démunis?* 2210, Saint-Thomas, Longueuü, Qc J4J 3R9.148 En 1979, la CRCQ met sur pieds le « Comité de priorité dans les dons», proche parent du «Comité Justice sociale».Le nouveau comité aidera la CRCQ dans son discernement face aux multiples demandes d'aide économique, auxquelles elle doit faire face.Les critères adoptés seront de plus en plus dans le sens d'une promotion collective des personnes et des groupes populaires.En 1988 la CRCQ publie le Mémoire : l’appauvrissement au Québec, préparé par les soins du «Comité de priorités dans les dons».Ce mémoire est le résultat d'un questionnaire envoyé aux membres de la CRCQ, qui représentent 28,000 religieux-ses.Environ 1,200 religieux-ses, en contact immédiat avec des personnes démunies, répondirent au questionnaire.Le Mémoire était destiné au gouvernement du Québec.Il fut porté en délégation chez le Premier Ministre, M.Bourassa.Et les médias ont assez bien couvert l'événement.En 1989, l'Assemblée générale de la CRCQ réitérait son appui total au Mémoire, déclarant son intention d'être de plus en plus solidaire des démunis, et cela au moment même où ses membres se font plus vieillissants.Le langage a saveur de fondation, alors que pour beaucoup de communautés, ici au Québec, c'est plutôt la fin qui semble s'annoncer.La conclusion du Mémoire a de quoi surprendre : « Enfin, nous entendons continuer, avec plus de vigueur, à collaborer et à soutenir les personnes pauvres et leurs organisations.Il ne s'agit pas seulement d'être en solidarité avec elles, mais de faire partie de la solidarité que ces personnes bâtissent les unes avec les autres dans un effort commun et déterminé à faire naître une société qui refuse en son sein tout germe d'exclusion et de discrimination»1.On veut faire entendre au Premier Ministre que les religieux-ses n'ont pas l'intention de s'abstenir, face aux situations intolérables dont ils se trouvent les témoins.Il ne sera pas dit qu'on laisse J.L'appauvrissement au Québec, publié par ta CRCQ.déc.1988, p.28.149 impunément sur le territoire québécois superfavorisé, des conci-toyens-nes affamés, sans toit, réduits à une condition inhumaine à bien des égards, et privés de leur dignité.Nous serons de leurs luttes pour que de nouvelles politiques économiques et sociales viennent corriger un tel désordre.Entre-temps se sont multipliés dans les différentes communautés religieuses, les chapitres, les sessions et les comités visant à rendre leurs membres conscients des situations d'appauvrissement, et à les amener à réagir.Et plusieurs religieux-ses sont allés vivre dans des quartiers populaires.Le va-et-vient des missionnaires arrivant des pays appauvris, de même que les divers services de l'Entr'Aide Missionnaire, ont aussi fortement contribué à nous rendre conscients des mêmes réalités.À ce point qu'on peut parler d'un événement marquant pour la vie religieuse d'ici ; vraisemblablement l'un des plus marquants, au cours des récentes années: quelque chose qui nous est arrivé, et qui nous dépasse.2.Dans le sillage du Concile Vatican II Cette démarche de la CRCQ est-elle plus qu'une émotion d'un moment?Est-elle un fait plus ou moins isolé, à la remorque de quelques ténors qui réussissent à imposer leur point de vue?Cette prise de parole de la CRCQ nous semble au contraire rejoindre les grandes intuitions du Concile Vatican II.Ce dernier nous a en effet invités à redéfinir notre rapport au monde; à réexaminer notre expérience de Dieu, et à revoir nos liens mutuels, à l'intérieur de l'Église et de la vie religieuse.Nouveau rapport au monde Vatican II invitait l'Église à vivre comme Moïse l'opération SORTIE de chez le Pharaon; à renouer avec le CHANTIER du lundi matin, où travaillent des femmes et des hommes; à voir et à entendre, non plus à partir de son propre terrain d'Église, mais à 150 partir de la rue, ce qui arrive au Corps de Jésus ; à refaire ses choix, à partir de la «brebis perdue», du plus éloigné; à adopter ce qu'on a appelé « l'optique de l'opprimé »2.Appelée à vivre davantage au cœur du monde, l'Église pouvait y percevoir plus immédiatement à la fois la présence de l'Esprit, et l'intolérable oppression qui pèse sur tant de personnes3.Ce qui la conduisait normalement à faire du «combat pour la justice, et de la participation à la transformation du monde », une « dimension constitutive» de sa foi et de sa prédication4.Le rappel du Concile est clair.C'est à partir d'un contact réel avec le MILIEU, le vécu, la réalité, qu'on a des chances d'arriver à une pratique évangélisatrice valable.L'action catholique nous avait d'ailleurs habitués à cette méthode.Cette invitation du Concile à reconsidérer notre pratique à partir du plus mal en point redonnait, dans notre Église, la priorité à la dimension missionnaire.Et l'invitation à percevoir la présence de l'Esprit dans le monde, et à y contester ouvertement l'injustice, rappelait l'incontournable dimension prophétique de notre vie chrétienne 5.L'expérience de Dieu dans ce rappel conciliaire Vatican II met l'accent sur le Dieu de l'histoire, qui n'a pas retenu son rang de Dieu, qui a tout misé sur nous, au point d'en payer le prix excessif qu'on sait.La pratique de Jésus est à redécouvrir dans toute sa nudité.Redécouvrir Jésus de Nazareth d'abord, avec ses 30 ans de vie 2.Formation dans les communautés insérées en milieu populaire, Clodovis Boff, 1986, p.8, monographie.3.Voir l'excellente description que fait Marcello de Carvalho Azevedo, de ce qu'H y a de nouveau dans l'oppression aujourd'hui, dans Les religieux, vocation et mission.Le Centurion, Paris 1987, p.53.4.Synode des Évêques sur la Justice, à Rome, en 1971.5.Gaudium et Spes est le champion de cette vision.Evangelii nuntiandi en a repris plusieurs éléments, de même que les grandes Encycliques sociales des dernières décades.151 «ordinaire», dans le métier d'un charpentier, face à un court 3 ans de vie «publique».Par ailleurs la majeure partie de l'activité de Jésus s'est déroulée en dehors du Temple ; il invitait à adorer le Père «en esprit et en vérité», et à respecter «le droit et la justice».Il renvoyait ainsi tout simplement à l'Alliance, tout comme les prophètes.Pour cette raison, il a été opprimé, exclus, et il est mort assassiné sur la place publique, vers l'âge de 33 ans, condamné par les chefs civils d'entente avec les chefs religieux, sous le regard tacite sinon complice de toute la population, et dans le silence du Père.Les juifs ont bien compris que tout leur entourage tant religieux que civil, allait craquer, si l'on ne supprimait au plus vite ce Jésus devenu trop lucide et trop courageux, qui refusait d'être «copie conforme » ; qui faisait éclater les frontières du judaïsme ; qui mettait en évidence les plus faibles, et qui ne supportait pas l'injustice.L'enfermement de leur foi juive dans le pur et l'impur, et dans leurs habitudes «ecclésiastiques», les étouffait et les rendait aveugles.Ils n'ont pas supporté le choc de l'interpellation, et ils l'ont supprimé.Mais le Père lui a donné raison, après coup.Vatican II nous a libérés, tout comme l'a fait Jésus, de l'enfermement d'une Église aux frontières closes, du type: «Hors de l'Église pas de salut I ».Il nous a redonné le bâton du pèlerin, et nous a remis sur le chemin d'une « adoration en esprit et en vérité », et du combat pour la justice.Chaque génération et chaque Église doivent revivre pour leur compte ce décalage d'une foi qui risque toujours de se réfugier à l'abri du combat, dans ses propos certitudes.Nos rapports mutuels en Église Le Concile a encore invité l'Église à reviser les rapports entre ses membres.À l'intérieur de l'Église, ce qui doit venir en premier, c'est la base, c'est le « peuple de Dieu ».Les baptisés doivent pouvoir y exercer en réalité leur fonction de prêtres, de prophètes et de rois, devenant avec les ministres ordonnés, les «sujets» actifs de la vie de l'Église.La vie de l'Église n'épuise par ailleurs sa raison d'être que dans la mesure où elle est Bonne Nouvelle pour le monde, et spécialement 152 pour les plus éloignés.L'Église conciliaire est davantage soucieuse du sort du monde que de sa propre survie institutionnelle.Une vie religieuse exposée La vie religieuse qui correspond aux intentions de Vatican II comporte les mêmes accents.Elle est une vie « devant Dieu », et une vie ouverte sur le monde.Elle se voit d'une part exposée aux grands courants de vie qui traversent l'humanité, aux « signes des temps », bref à la présence du Ressuscité aujourd'hui; elle se voit aussi exposée à l'injustice, aux souffrances du Corps de Jésus ; et elle est appelée à réagir ouvertement.Ce qui vaut également bien sûr pour les communautés contemplatives, qui ont accès, si elles le désirent, à une information de qualité, et qui sont elles aussi invitées à tout repenser à partir de l'optique du plus faible et de l'opprimé, ou si l'on préfère, à partir de l'optique de Jésus, FAIBLE et OPPRIMÉ.Le rappel du Concile rejoint par ailleurs les grandes intuitions de nos fondations religieuses.Nos fondateurs-trices ont été en même temps captés par Dieu, et par le cri qui monte du Corps du Christ.Ils se sont enfoncés dans la louange, sans jamais perdre de vue le tourment de Dieu pour son Corps blessé.Aucune communauté religieuse ne peut aujourd'hui faire l'économie d'une refondation à partir des intuitions de sa fondation, et de l'actualisation de la Pratique de Jésus, telle que nous l'a reproposée le Concile.Plus que nulle part ailleurs, les rappels évangéliques de Vatican II s'imposent dans notre société nord-américaine, et avec une urgence qu'on ne saurait exagérer.Notre société aux scénarios d'argent, de consommation et de compétition, secrète chaque jour davantage l'exclusion des plus faibles.Ces derniers se trouveront de plus en plus isolés et appauvris, alors que les autres se feront vraisemblablement de plus en plus individualistes et voraces.Sont en jeu la dignité humaine et la réputation même de Dieu, dans un continent qui se dit chrétien.Toute intervention qui cherche à corriger une 153 telle situation est un acte d'obéissance à l'Esprit Saint qui a parlé récemment à travers le Concile.3.Les chances d'avenir pour la vie religieuse, à partir du lieu des pauvres Les religieux-ses qui se sont particulièrement investis du côté des pauvres, sont-ils en train d'ouvrir une voie pour la vie religieuse de demain ?L on serait porté à le penser, si l'on en croit le brésilien Azevedo : «Il n est pas nouveau, dit-il, que la vie religieuse soit sensible à la pauvreté.Ce qui surprend, c’est la sensibilité nouvelle aux hommes pauvres et à la pauvreté dans le monde, qui caractérise aujourd'hui la vie religieuse.Ce qui étonne c'est le dynamisme interne de cette perspective qui en fait un élément clef d'une transformation profonde et étendue de personnes et de communautés religieuses, dans le contexte ecclésial dans lequel nous visons»6.Qu'en est-il pour nous ici au Québec ?La déclaration d'intention de la CRCQ à laquelle nous faisions allusion au début, a été signée par l'ensemble des supérieurs-res majeurs du Québec.Et elle fait partie d'un long processus, comme nous l'avons expliqué.Elle s'insère dans la ligne de fidélité évangélique de Vatican II.Cette sensibilité évangélique est surtout portée cependant, dans le concret, par les religieux-ses qui de fait sont partis vivre avec les plus démunis ou qui, à la manière d'un Adolphe Proulx ou d un Oscar Romero, ont fait de cette préoccupation la priorité de leur vie.Ces personnes sont devenues comme le symbole d'une Église qui désire fermement, malgré toutes ses pesanteurs, redonner espérance aux plus démunis.Mais les alliances avec les groupes populaires portent la fragilité des groupes populaires, tout comme elles en portent l'espérance.Le petit nombre de religieux qui de fait vivent au contact quotidien avec les pauvres sur leur propre terrain, se survivra-t-il à 6.Azevedo, idem, p.51.154 lui-même.Et sinon, l'ensemble des communautés aura-t-il vraiment pris le tournant auquel il s'engageait dans le Mémoire ?Revivrons-nous au contraire l'expérience de l'homme riche qui « retourna tout triste, car il avait de grands biens?» Si l'Esprit Saint nous a conduits de Moncton au Mémoire et à ses conclusions, nous entraînant dans une prise de conscience et dans une migration collective aussi sérieuse, ne nous donnera-t-il pas encore l'inspiration et le courage de poursuivre la marche?Pour l'instant notre responsabilité me semble la suivante: soutenir de toutes nos forces les groupes populaires, dans leurs sursauts de dignité et dans leur effort de libération, et soutenir les personnes qui les accompagnent7.Et cela en priorité, même si de fait nous oeuvrons à d'autres niveaux.De sorte que nous pourrons nous aussi entendre ce qui a été dit à des religieuses de Montréal par des assistées sociales, lors du lancement du Mémoire : «Nous savions qu'il y avait des sœurs.Mais à présent nous apprenons que nous avons des sœurs ».4.La vie religieuse dans l'Église d'ici Les religieux-ses d'ici font face, entre autres depuis quelques années, à un choix particulièrement difficile.Beaucoup se sont retirés d'engagements professionnels tels l'enseignement, le service hospitalier ou encore la mission en pays lointain.Doivent-ils maintenant se porter au secours du personnel d'Église, coincé de toutes parts par les vides du vieillissement et des départs?Faut-il au contraire opérer une percée missionnaire ici même au Québec, hors les frontières des structures de l'Église, là où des femmes et des hommes attendent vainement une Espérance ?Si l'on dit oui au premier choix il faudra alors impérieusement, me semble-t-il, s'assurer des deux conditions suivantes, non négociables: 1) qu'on y maintienne l'optique prioritaire de l'opprimé; 7.Parmi les personnes qui ont fait leurs preuves à ce niveau, je mentionnerais en premier Heu les militants d'action catholique qui ont toujours joué un rôle difficile et irremplaçable pour maintenir les relations monde-foi.155 2) qu'on y mette l'énergie nécessaire pour que chacun des membres de cette Église y trouve sa place de «sujet» réel et qu'il devienne missionnaire, comme ont été missionnaires les disciples après l'Ascension.Le deuxième choix m'apparaît cependant prioritaire, dans les conditions présentes.Dans toute la mesure du possible, que les religieuses et les religieux qui le peuvent s'investissent plutôt avec les plus éloignés.Ils rejoindront ainsi une intuition chère à leur fondation religieuse, et ils aideront ceux et celles qui oeuvrent à I intérieur des cadres de l'Église, à tenir compte de ce qui se passe vraiment ailleurs.Ce que nous attendons alors de nos évêques, nous les religieux—ses ?Loin de nous retenir, envoyez-nous plutôt, en vertu de votre charisme pastoral, dans les endroits difficiles, là où d'autres ne se risquent pas; et invitez-nous au courage! Aidez-nous à surmonter nos propres craintes, et à sortir des sentiers battus de nos endroits protégés.Et si nous sommes des contemplatifs, rappelez-nous aussi notre responsabilité missionnaire, de sorte que notre prière et notre style de vie en soient vraiment marqués.Ensemble, faisons de nos Églises locales, des lieux de convocation à la foi, et d envoi missionnaire et prophétique.La vie religieuse ne manquera pas alors de fleurir en son temps, dans une Église vraiment fidèle à l'Esprit Saint.Conclusion Jean-Marc Lebeau, militant d'action catholique, et secrétaire du «Comité Justice sociale» de la CRCQ, décédé en 1988, avait coutume de dire: «Nous les chrétiens, nous ne sommes pas les premiers à travailler à un monde plus fraternel; nous ne sommes pas les seuls; et nous ne sommes pas nécessairement les meilleurs».Notre avenir passera, me semble-t-il, par une confiance illimitée faite à I Esprit Saint qui travaille au sein de nos Églises, et qui nous précède aussi au cœur du monde.Nous aurons besoin de personnes-frontières amoureuses du Trésor de notre Église et de notre vie 156 religieuse, et en même temps capables de discerner ailleurs la Présence de l'Esprit.C'est ensemble avec toute la famille humaine, comme nous y invite Jean-Paul II8, que nous contribuerons au projet fraternel de Jésus.La vie religieuse a de l'avenir dans la mesure où elle sera une Bonne Nouvelle pour la famille humaine et en particulier pour les plus démunis.Je vois un signe de cet avenir, quand je pense au Mémoire : l'appauvrissement au Québec.Si c'est l'Esprit qui nous a fait ce cadeau d'une migration à partir du lieu des pauvres, rendons-lui grâces et marchons avec confiance! Il saura bien nous conduire, au-delà de nos institutions et de nos prévisions.8.Encyclique Sollicitudo Rei socialis.Jean-Paul II, édition Vaticane 1988, n° 47.157 Des valeurs comme promesses d'avenir Madeleine Rochette, c.n.d.* Lorsque les membres du présent panel se sont rencontrés pour discuter un peu des attentes, face à leur contribution d'aujourd'hui, il leur a été dit: Vous viserez à répondre à la question que voici: «Quelles valeurs constituent des promesses pour la vie religieuse d'ici ?» et, dans toute la mesure du possible, en apportant du concret.À cette question, donc, je serais tentée de répondre d'emblée : ces valeurs qui sont des promesses d'avenir pour la vie religieuse d'ici, je les crois liées au type de présence, au type d'action, et en conséquence, au type de visibilité pue religieux et religieuses vivent déjà de fait, pour une part ou bien qu'ils aspirent à vivre, qu'ils essaient de se donner, même si leurs pas sont encore hésitants, d'autre part.Vous le savez autant que moi, on l'a dit ce matin, les Congrégations sont passées par toutes sortes de mutations.Bien qu'on ne puisse pas affirmer que toutes ces mutations ont été des virages réussis, il n'en reste pas moins qu'elles ont conduit à une revitalisation des énergies; à travers ces changements, une appréciable proportion des membres actifs a retrouvé du souffle, une nouvelle espérance malgré le vieillissement et le manque de vocations, un rêve neuf face au charisme de fondation.Ces membres tentent d'en réinventer une expression adaptée pour le monde d'aujourd'hui.Si cette expression du charisme a vraiment la liberté de se réinventer dans de nouvelles formes de présence, dans des actions adaptées aux conditions actuelles, ce sera peut-être « la » promesse * 2330 ouest, rue Sherbrooke.Montréal.Canada H3H 1G8.158 d'avenir de la vie religieuse dans notre milieu.Des personnes continueront à vouloir choisir cette voie pour se consacrer au service du Royaume-à-bâtir, en étant sûres que c'est Dieu qui les y appelle.1.Nouvelles formes de présence Que s'est-il donc développé de neuf, plus ou moins récemment, du côté des modes de présence des religieux?Me situant toujours en regard des forces vives de nos communautés, je parlerais volontiers du désir d’une désinstitutionnalisation de la présence des religieux et des religieuses, sans vouloir donner la moindre nuance péjorative à ce mot ; une désinstitutionnalisation qui s'est faite au profit d'une nouvelle manière d'être-avec, de vivre au milieu des gens, en plus petites équipes de vie et de travail.Les plus jeunes membres qui ont joint les rangs de nos communautés souhaitent ordinairement cette forme de vie plus proche des gens.En ce qui a trait aux lieux de cette présence des religieux et des religieuses, on observe chez plusieurs (tout au moins au niveau des intentions), la recherche d'un certain déplacement au profit des milieux populaires; quelques membres optent carrément pour une insertion en milieu défavorisé.Ce type de présence en petites communautés rend les religieux et religieuses plus accessibles; leur porte est plus volontiers ouverte ; l'accueil et le partage caractérisent davantage leur style de vie.J'ai probablement l'air de « dorer » la situation.c'est vrai, tout cela ne se fait pas automatiquement ni même facilement ; mais on observe, je crois, une tendance significative dans ce sens et c'est cela qui, selon moi, constitue une authentique promesse.Les religieux et religieuses qui optent pour ce type de présence souhaitent vivre une présence évangélique un peu à la manière du levain dans la pâte.Dans une société cassée et souvent si inhumaine, face à une culture si facilement tentée par l'individualisme, dans une Église qui cherche à accentuer sa dimension communautaire, les nouveaux regroupements de religieux ou religieuses parlent de la possibilité d'une authentique vie de communion, d'expériences variées, entre personnes qui n'ont pas de liens familiaux, ni d'intérêts 159 sociaux préalables.Leur vie simple, non exempte de problèmes ou de conflits, leur être-ensemble en raison de leur foi, témoigne des valeurs du partage, du respect et de la réconciliation.Je connais une toute petite équipe de religieuses insérée en milieu populaire, en plein cœur d'une grande ville et qui n'y vit pourtant pas dans l'anonymat, bien au contraire.Sur la rue, on interpelle les sœurs par leur nom.elles sont présentes.on frappe facilement à leur porte.on les consulte dans toutes sortes de situations.on les associe volontiers au vécu des familles qui sont en majorité monoparentales.on leur demande de venir à domicile pour mille et une circonstances qui requièrent une présence compatissante.on se joint à elles pour prier, pour échanger au plan de la foi.Ces religieuses sont reconnues pour leur pratique chrétienne.Sans prêcher, elles contribuent à l'éducation de la foi dans leur milieu.Sans même avoir prétendu à le faire, elles sont au cœur d'une communauté chrétienne qui se bâtit; pas complètement assimilée à la paroisse traditionnelle, cette communauté chrétienne s'affermit et devient de plus en plus un lieu de croissance dans la foi pour des personnes qui se sentiraient marginalisées dans les rassemblements plus traditionnels.Je suis portée à croire qu'il y a là une promesse pour la vie religieuse menée dans ce contexte, promesse de l'efficacité apostolique non prétentieuse mais réelle, si bien représentée par l'image du levain dans la pâte que je viens tout juste d'évoquer.Cette petite équipe de religieuses réunit des membres de deux Congrégations.Sans perdre leur appartenance à leur communauté propre, ces sœurs mettent en commun la richesse de leur héritage éducatif, de leur spiritualité, de leurs expériences.Elles vivent une nouvelle forme de communion qui jadis ne serait pas allée de soi.Je vois là une promesse d'avenir comme j'en reconnais une aussi dans leur plus grande collaboration avec les laïcs.C'est un prérequis dans une Église-communion.C'est un pas en train de se faire, non seulement à ce niveau, d'ailleurs, mais au niveau congré-gationnel puique l'on voit jaillir des formes d'associations variées de laïcs avec telle ou telle congrégation.Il est, je crois, des formes de 160 présence qui favorisent plus nettement une collaboration franche et simple avec le laïcat.Il est des initiatives des communautés religieuses qui contribuent à refaire un tissu communautaire dans la société et dans l'Église.On pourra craindre que cette forme de présence dont je parle conviennent seulement aux plus jeunes religieuses, aux plus actives, mais je serais plutôt portée à penser que ce n'est pas du tout une question d'âge.Je connais la présence d'une petite équipe de quatre soeurs qui ont toutes dépassé la soixantaine et qui ont adopté un mode de vie en insertion dans une paroisse ; elles y exercent le ministère de l'écoute auprès des personnes malades et âgées ; elles apportent du support à leurs familles et le réconfort de la foi dans les temps d'épreuve.Cette forme de présence est tout à fait différente du travail dans les hôpitaux où elles ont longtemps exercé leur charisme de Congrégation; dans le ligne de ce charisme, elles vivent maintenant leur apostolat sur le terrain, au ras de la rue, plus accessibles, disent-elles.avec joie et enthousiasme.Elles comptent moins en termes de nombre d'activités mais en qualité et en occasions d'accueil, d'écoute et de présence.L'Église d'ici n'aurait-elle pas besoin que se multiplient de telles équipes?2.Nouvelles approches pour l'action En voilà assez pour illustrer un peu ce que j'appelle un nouveau mode de présence et son impact apostolique dans le milieu où s'insèrent les religieux et religieuses qui adoptent ce mode de vie.Laissez-moi ajouter quelques mots seulement au sujet des types d'action qui me paraissent être prometteurs, aujourd'hui.Loin de moi l'idée de dévaloriser les modes traditionnels d'intervention qui, dans certains cas restent d'ailleurs les plus adaptés.Mais je veux souligner quelques caractéristiques nouvelles de l'action des religieux et religieuses aujourd'hui, souvent associée à des formes renouvelées de présence.Tout en poursuivant les mêmes buts, l'action des religieux et des religieuses se vit davantage dans le mode du partenariat, de la collaboration, du leadership partagé au lieu de se vivre sous le mode de la responsabilité totale et de la direction.Ils/elles s'associent davantage au laïcat et aux 161 autres Congrégations; on assiste plus souvent à des recherches communes des besoins et des réponses « ensemble » à des besoins qui ont été perçus ensemble.Non seulement la viabilité des projets apostoliques passe-t-elle par ce chemin, mais le message de communion et de co-responsabilité risque d'être mieux reçu et mieux compris si cette approche se joint à un type de présence renouvelée dans le milieu.Les équipes de religieux et de religieuses apostoliques voient davantage leurs services dans un milieu comme étant « temporaire ».ils/elles visent à aider le milieu à se prendre en main et à se rendre apte à se donner lui-même les services dont il a besoin.On ne se considère plus indispensables.on vise plus volontiers à former une relève ; en troupes légères, si le service est moins institutionnalisé, il est plus facile d'aller servir ailleurs, dans des milieux où la même mission est encore plus nécessaire.Les religieux et religieuses qui vivent plus proches des gens, plus insérés dans les milieux développent des approches qui tiennent compte de la mutualité; ils/elles se considèrent probablement moins comme détenteurs de la connaissance et du savoir-faire; ils/elles ont conscience de recevoir tout autant qu'ils donnent aux personnes avec lesquelles ils entrent en contact, ce qui modifie d'autant les rapports qui sont entretenus.Il y a moins de chance de développer une mentalité de professionnels/bénéficiaires mais bien plutôt une mentalité de collaborateurs/trices engagé/es ensemble à bâtir le Royaume.Les religieux/religieuses ne peuvent plus tellement compter sur le prestige des grandes œuvres communes; il y a plus de religieux qui ont un apostolat individuel (quoiqu'inspiré par la mission propre de la Communauté) ou exercé avec quelques frères ou sœurs, au sein d'un organisme existant.Tout en essayant de garder leur capacité créatrice, ils/elles accordent du prix aux œuvres éducatrices, pastorales, caritatives ou sociales, même s'ils n'en ont pas eu l'initiative.Le concept d'œuvre communautaire est d'ailleurs, on le sent bien, en totale évolution.Tout en respectant leur charisme propre, l'action des religieux/ religieuses les invite davantage à intervenir dans les situations où la 162 justice est en cause ; leur action se colore d'une grande compassion pour les personnes victimes d'injustice ; ils/se compromettent davantage dans des efforts de transformation.À la fois pour aviver leur conscience sociale et pour augmenter l'efficacité de leur action, ils/elles se joignent aux réseaux qui existent dans les milieux.C'est ainsi par exemple que des petits groupes de religieuses ont saisi qu'il était de leur devoir de se solidariser davantage avec les femmes de leurs milieux, allant jusqu'à faire de l'action auprès des femmes — en même temps que les jeunes, elles sont les plus grandes victimes de l'appauvrissement ou de la marginalisation dans notre société — allant jusqu'à faire de l'action auprès des femmes leur priorité apostolique.Dans une même ligne de pensée, d'autres ont choisi de s'orienter de façon privilégiée vers le support des nouveaux arrivants dans notre société.En guise de conclusion Les changements que je viens d'évoquer, tant au niveau de la présence qu'au niveau de l'action, contribue à une transformation de la visibilité des religieux/religieuses.La visibilité n'est pas un objectif en elle-même, elle n'est souhaitable que parce qu'elle a un lien avec la mission.On ne peut souhaiter une meilleure visibilité que dans la mesure où cette visibilité participe au nécessaire témoignage prophétique de la vie religieuse dans la société et dans l'Église.En rendant visibles les 2 pôles essentiels: la consécration à Dieu comme réponse de foi, le service du Royaume, comme réponse d'amour et de justice évangéliques aux besoins du monde.Il faudrait que soit visible une cohérence aussi parfaite que possible entre les valeurs évangéliques et le style de vie que nous choisissons.163 Un chemin d'avenir pour la vie religieuse Gaston Leblanc, f.s.c.* « Comment le charisme de la Vie religieuse inspire de nouvelles formes de présence à la société et à l'Église» est une question qui englobe un champ très vaste de perspectives.En quelques minutes, il n'est pas de mon intention, ni de ma compétence de brosser un tableau même superficiel du devenir de la vie religieuse pour les années qui viennent.Cependant, à partir de ce que je vis depuis trois ans dans un Centre de jour pour décrocheurs scolaires de 14 à 18 ans, La Maison de Jonathan, je m'attarderai plutôt à mettre en relief une piste prometteuse parmi d'autres.Piste qui n'est sûrement pas la seule, ni peut-être la meilleure.Elle a cependant l'intérêt d'être expérimentée dans le présent et de faire sens pour celles et ceux qui la vivent.1.La Maison de Jonathan Existant depuis 1980, La Maison de Jonathan inc.est une Ressource-jeunesse qui accueille le jour des décrocheurs scolaires et des jeunes qui vivent toutes sortes de difficultés: familiales, scolaires, sociales (vandalisme, délinquance, toxicomanie, etc).Référés par les écoles secondaires, les ressources d'hébergement, le Centre de Services sociaux, etc, ces garçons et ces filles, dits mésadaptés socio-affectifs s'inscrivent à une douzaine d'ateliers manuels de leur choix: cuir ciselé, cuisine, moulage du plâtre, etc.Des ateliers académiques (français, anglais, mathématiques), des rencontres individuelles et du sport leur sont également proposés.* 1690, Langevin, St-Hubert, Canada J4T 1X7.164 Le but de toutes ces activités est de leur permettre de vivre de petits succès.De ces réussites naît une plus grande confiance dans leur potentiel.Une image plus positive d'eux-mêmes peut alors se développer.Ils sont ainsi davantage en mesure de faire face à leurs difficultés.Offrant des services à au-delà de 200 jeunes par année, ce Centre de jour unique en Montérégie, compte sur les services de deux permanents rémunérés.L'an passé 70 bénévoles, dont une dizaine de religieux de cinq communautés différentes, ont offert plus de 10 000 heures de service à ces jeunes marginaux, rejetés de l'école et encore inaptes au marché du travail.Un conseil d'administration, représentatif des différentes sphères socio-économiques de la région, préside aux orientations de la Maison.2.Un avenir pour la vie religieuse À partir de la pratique qui se vit à La Maison de Jonathan, je relève maintenant cinq aspects qui, conjugués les uns aux autres, peuvent être un chemin significatif pour la Vie religieuse dans un Québec de plus en plus séculier.Préférer l'appauvri Un trait permanent de la Vie religieuse au cours des siècles fut cette préoccupation constante pour les plus appauvris.Même l'histoire de la Vie religieuse au Québec m'apparaît marquée par le soulagement des détresses de tous ordres.Mais depuis 1960, l'État a pris à sa charge de nombreuses responsabilités autrefois assumées par les communautés religieuses dans les domaines de l'éducation, de la santé et des services sociaux.Est-ce à dire que la pertinence du pôle « social » de la vie religieuse est en train de disparaître ?Non.Mais il connaît un déplacement.Pourquoi?Parce que notre société dite sociale démocrate, tentée par le néo-capitalisme, engendre de nouvelles formes d'appauvris et d'exclus.Quand lucidement, on se met à regarder où se cumulent à la fois la pauvreté économique, la pauvreté affective et la pauvreté intellectuelle, on ne peut faire autrement que de réajuster les œuvres pour être en cohérence avec 165 une option réelle pour les plus pauvres d'entre les pauvres, les privilégiés par Jésus dans l'Évangile.Faisant plus que du dépannage, les religieuses et les religieux impliqués avec les mal pris sont une présence pour les soutenir dans l'organisation d'une défense de leurs droits et dans la promotion de leur dignité.Facilement accusés d'être responsables de leur propre situation, les victimes de l'appauvrissement et de la marginalisation ont besoin de support pour croire en leur capacité de s'organiser et de prendre leur destinée en main.À la suite de Jésus, les religieuses et les religieux ont comme mission particulière au cœur de l'Église, d'aider tout être humain bafoué dans sa dignité à la retrouver.De plus, c'est en solidarité avec les autres groupes actifs dans la défense des droits des appauvris que les religieuses et religieux s'inscrivent.L'heure est au regroupement des énergies pour freiner le désinvestissement de l'état auprès des plus démunis.À l'heure du crédo de l'excellence, de la performance et de la rentabilité, les voix ont besoin de s'unir pour se faire entendre un tant soit peu.L'expérience vécue à La Maison de Jonathan est claire.Un public de négligés par les institutions sociales a été pris en compte.Pendant que l'on discute pour savoir qui doit s'en occuper, des religieuses, des religieux et des laïcs agissent.En même temps, il est important pour nous de participer à la Table des organismes communautaires jeunesse de la Ville de Lon-gueuil, à la Corporation de développement communautaire et à d'autres actions visant à promouvoir ou à défendre l'ntérêt des jeunes en difficulté.Nous sommes également présents à des tables ecclésiales pour maintenir vivante notre préoccupation d'œuvrer en Église à la promotion de la justice.Regrouper les forces vives Le vieillissement des communautés est un fait.La diversité des talents en est un autre.Une seule communauté n'est souvent plus en mesure de regrouper plusieurs religieuses ou religieux dynamiques 166 autour d'une même cause importante.Ce qui est devenu impossible à envisager par une seule communauté le devient pour quelques-unes.N'y a-t-il pas intérêt à accentuer ce mouvement déjà amorcé du regroupement de divers instituts autour de causes majeures de souffrance ?À l'origine, La Maison de Jonathan fut l'initiative d'une seule communauté.Au fil des ans, d'autres communautés se sont jointes.Depuis deux ans, cinq communautés fournissent du personnel, sans compter celles qui appuient généreusement l'œuvre au plan financier.S'associer aux laies Autrefois, nous parlions avec fierté de «nos» œuvres; il n'est pas certain que le présent de la Vie religieuse ne nous incite pas à plus de modestie.En plus de se regrouper avec d'autres communautés religieuses pour la cause des plus mal pris, il apparaît de plus en plus clairement que les œuvres prometteuses d'avenir sont le fruit d'une large implication de femmes et d'hommes sensibles à la détresse humaine.Cette implication n'est pas que tolérée faute de personnel religieux, mais elle est vivement souhaitée pour la qualité même de l'intervention.Parmi les laïcs à intéresser au soulagement des multiples visages de la pauvreté, je pense aux jeunes adultes.Pourquoi ne pas promouvoir des stages apostoliques, où des jeunes adultes partageant la vie fraternelle et de prière d'une petite communauté locale, pourraient donner une année de leur vie dans une œuvre pour les mal aimés?À cet égard, le laïcat missionnaire me semble une piste qui fait ses preuves.Ne pourrait-on pas faire plus pour notre propre champ de mission qu'est le Québec?À La Maison de Jonathan, la directrice est une laïque, mère de trois adolescentes.La majorité des bénévoles sont des hommes et des femmes provenant d'horizons très variés : étudiants, chômeurs, femmes au foyer, personnes travaillant en soirée, personnes à la pré-retraite, etc.Un homme et une femme, cheminant en vue de la vie religieuse, ont fait un stage apostolique fructueux l'an passé.Les deux ont entrepris leur noviciat cette année.167 Privilégier une écologie évangélique Dans un monde froid, impersonnel et anonyme, les projets vivifiants pour la Vie religieuse prennent l'allure d'un laboratoire évangélique.Par la façon d'accueillir, par l'attention personnalisée portée à chacun, par le respect accordé à tout être humain quel que soit son passé et son présent, se développe une dynamique relationnelle qui a saveur d'Évangile.Le discours quotidien est celui d'un « faire » évangélique dans une ressource à taille humaine ; la bureaucratie et les rapports ne viennent pas étouffer la qualité de la vie.Le défi est de vivre un atelier de pratique évangélique où chacun est connu par son nom et reconnu pour ce qu'il est.La Maison de Jonathan n'accueille qu'une douzaine de jeunes par jour.Ces jeunes viennent dans une maison unifamiliale que rien ne distingue des autres demeures du quartier.Le cadre physique favorise ainsi la visée évangélique décrite plus haut.Approfondir la foi Un chemin d'avenir pour la vie religieuse est d'offrir à celles et ceux qui oeuvrent avec les victimisés de notre société, la possibilité d'approfondir leur foi.Que collaborateurs, bénéficiaires, amis de l'œuvre puissent se voir inviter à partager leur vécu à la lumière de la Parole de Dieu apparaît dans la nature même de la fécondité de la Vie religieuse.Si une ressource s'inspire de l'Évangile dans sa pratique quotidienne, il importe qu'une Parole de sens vienne révéler ce qui est implicite.Dans un monde désertique au plan spirituel, la prière partagée avec des frères et des sœurs ne peut que renouveler notre espérance.La vie religieuse est une école de chercheurs de Dieu.L'on peut en dire autant de la vie de tous les baptisés.Pour les laïcs comme pour les religieuses et les religieux le partage de foi dans une communauté à taille humaine ne peut être que vitalisant.Ces cellules d'Église ont leur pertinence pour la qualité de la vie ecclésiale et l'Évangélisation.À La Maison de Jonathan, tout le personnel est convié une fois aux quinze jours à un ressourcement spirituel.Une dizaine de personnes y participent régulièrement.Une rencontre pastorale hebdomadaire est offerte aux jeunes.168 Conclusion L'on reproche souvent à l'Église de trop parler pour ce qu'elle agit.Aujourd'hui comme hier, l'« agir » évangélique a habituellement préséance sur le « dire ».La Vie religieuse est don charismatique de l'Esprit à l'Église.Elle l'est d'une façon particulière quand elle se convertit sans cesse aux urgences de la société et de l'Église.Les chances d'avenir de la Vie religieuse se concentrent entre autres dans des projets au service de la défense des sans voix.Au creux des cassures de ce monde, elle regroupe tant les religieuses et religieux, que toute personne concernée par le mieux être des sans avoir, des sans pouvoir et des sans savoir.Enfin les projets inspirés dans leur action par l'audace évangélique se soucient d'offrir un approfondissement de foi à celles et ceux qui le désirent.Ainsi l'expérience de Dieu que propose la Vie religieuse se nourrit du vécu d’êtres humains bafoués et marginalisés.Derrière de la violence sauvage, de la tristesse à fendre l'âme, du mutisme gênant se dissimulent souvent une immense détresse, des peurs irraisonnées mais aussi un grand besoin de tendresse.Saurons-nous, à la manière de Jésus, nous laisser toucher au niveau du cœur par ce que cherche à vivre dans l'expérience de l'homme abuseur ou de la femme violentée, du jeune drogué ou de la personne âgée isolée, du sidatique renié par son entourage ou de la personne handicapée, marginalisée, du chômeur humilié ou de l'assisté social méprisé, du prisonnier pointé du doigt ou de l'immigrant ridiculisé.C'est à la condition de se laisser évangéliser par tous ces soi-disant démunis que la Vie religieuse joue son rôle de ferment dans la société et l'Église.Elle est signe de salut si les personnes côtoyées, quelle que soit l'étiquette dont elles sont affublées, retrouvent le chemin de leur dignité et si nous sommes enrichis à leur contact.Notre passion du Christ n'est authentique que si elle passe par une folle passion pour les êtres humains, particulièrement les plus fragiles.L'Église a donc un urgent besoin des religieuses et des religieux pour sa mission évangélisatrice.169 Attentes d'un évêque Bernard Hubert, évêque* En 1934, lorsque le diocèse de Saint-Jean-de-Québec fut créé, la population catholique du territoire était de 62,000.En 1950, celle-ci était rendue à 130,000.Aujourd'hui, les catholiques de Saint-Jean-Longueuil sont au nombre de 500,000.Si, pendant les mêmes années, la population du Québec avait suivi une courbe démographique identique, nous serions 24 millions de Québécois.Évidemment, le développement aussi rapide d'un diocèse amène des défis considérables.Les gens arrivent d'un peu partout : du Bas du fleuve, de la Beauce, du Saguenay, des divers quartiers de Montréal, etc.L'appartenance au territoire et aux communautés chrétiennes est quasi nulle.C'est une population très mobile; elle va et elle vient.Dans les années 1950, les arrivants étaient surtout des pauvres.Aujourd'hui, ce sont des riches et des gens productifs qui viennent s établir chez nous.Une partie de ces derniers sont des immigrants.Pour rassembler et animer ces foules, il y a pénurie de prêtres et d agents de pastorale.Vous comprendrez que nous n'avons pas développé des forces presbytérales et pastorales au rythme de la croissance démographique.Alors, quand je rencontre des religieux et des religieuses.j'embauche.mais à certaines conditions ! J'en énumère trois.J'exprimerai donc mes attentes à l'égard de la contribution des religieux à la vie d'un diocèse en regroupant celles-là autour des conditions d'une présence religieuse efficace en Église.* C.P.40.740, bout.Sainte-Foy.Longueuit, Qc J4K 4X8.170 1.Que les religieux se tiennent debout et affirment leur identité La réflexion sur la vie religieuse rappelle que les personnes engagées en vie consacrée vivent une double fidélité : à Dieu et au monde.Je suis d'accord avec le père Boisvert, o.f.m., dans ce qu'il disait hier.Les religieux partagent avec les autres baptisés l'appel à la sainteté, mais ils le vivent avec leurs caractéristiques propres.Pour ma part, j'atttends des religieux et des religieuses que leur double fidélité soit aisément perceptible.Cela signifie que, au contact d'un religieux, je sente que dans la vie de cette personne, il y a Quelqu'un d'important, qu'elle est « habitée » par l'Absolu, qu'elle est située aux plans affectif et vocationnel.Par ailleurs, la fidélité au monde doit apparaître dans le fait que la religieuse ou le religieux est manifestement conscient des enjeux réels de la société et des besoins cruciaux du monde, qu'il en est un témoin pertinent.Mais ce témoignage de la vie religieuse n'est pas qu'individuel.Les religieux sont des personnes liées à un groupe, à une histoire, à un charisme.Même si le travail professionnel amène un religieux à être seul dans un milieu, je souhaite que, à travers cette personne, on perçoive la présence de ses frères, l'esprit et le charisme de sa communauté, l'héritage humain et spirituel de son groupe.Dans mon diocèse, je ne cherche pas des «vedettes», des gens qui, individuellement, se font leur projet personnel et agissent comme si tout dérivait d'eux ; j'ai besoin de personnes qui vivent leur appartenance communautaire et qui en témoignent avec discernement et fierté.Je considère aussi que les religieux doivent être des personnes libres.J'attends d'elles et d'eux qu'ils sachent interpeller au nom de l'évangile.Ils doivent être libres face à l'évêque, aux prêtres, aux gens de pouvoir, au monde.Bien sûr, cela me dérange un peu quand un ou des religieux m'interpellent, mais cela m'est salutaire quand l'évangile m'est rappelé.La charité n'exclut pas l'exhortation.Au contraire, elle la suppose.La liberté des religieux signifie également une mobilité, de diocèse à diocèse, pour aller vers les vrais besoins.Ici encore, ce n'est pas de gaieté de cœur que je vois partir des religieux de mon diocèse pour assumer des responsabilités ailleurs.171 Je comprends, cependant, que la vocation religieuse compte cette possibilité de se dégager d'engagements à peu près accomplis pour se tourner vers de nouveaux besoins à satisfaire.Il importe, alors, de s'en parler au préalable et d'être au service le plus indiqué de la mission d'évangélisation.2.Que les religieux soient partie prenante de leur Église particulière Les religieux ne forment pas un ghetto, une Église dans l'Église.Ils sont en mission évangélique avec les autres baptisés.C'est au sein d'une Église particulière qu'ils sont appelés à témoigner du Royaume et à servir le monde.On l'a dit à plusieurs reprises depuis le début de la session, par vocation les religieux doivent aller vers les pauvres.Ils sont l'Église présente au monde et manifestant son amour et sa présence aux plus démunis de la société.Je les invite à enraciner leur charisme communautaire dans les besoins actuels.En accueillant et en servant Jésus présent chez les pauvres, qu'ils fassent fleurir de nouveau leur Congrégation.Souvent, dans un diocèse, des religieux demandent s'ils ne devraient pas aller vers les démunis ou encore dans la pastorale.Je n'ai pas de réponse à cette question.Mais il me semble que la règle pour le discernement est la suivante: les religieux sont appelés à participer aux projets du milieu où ils sont insérés.Tantôt ce sera du social, tantôt de I ecclésial.Parfois le service opportun sera assuré par une œuvre de la communauté, parfois dans une réalisation intercommunautaire, souvent dans un projet du milieu mis de l'avant par des personnes sans liens apparents avec la vie religieuse.Je souligne que la visibilité des religieux ne tient pas d'abord dans une identification extérieure, mais dans des solidarités senties qui illuminent la vie chrétienne consacrée.Les œuvres et le costume identifient l'institution; l'amour et la justice révèlent l'essentiel du service des autres.La participation des religieux à l'Église particulière ne devrait pas d abord se définir en termes d'aide et de services rendus, mais surtout sous forme de témoignage et de partage.La vie intérieure est fondamentale dans la «sequela Christi».Au fil des ans, les 172 religieux ont approfondi leur relation à Dieu dans la prière et le service d'autrui.Ils ont acquis une expertise et un héritage en ces domaines.Il faut mettre en partage ces fruits spirituels et apostoliques.Ainsi, pourquoi ne pas ouvrir, à l'occasion, sa résidence aux voisins pour des temps de prière communautaire?Pourquoi des prêtres-religieux n'inviteraient pas parfois des frères diocésains dans le presbyterium pour un dialogue sur le vécu presbytéral ou une fête d'amitié?Semblables expériences sont heureuses.Chez moi, le programme Renouveau a permis à des laïques, à des religieux et à des prêtres de se découvrir dans leur complémentarité et leur diversité.3.Que le diocèse et les autorités religieuses travaillent de concert Pour être à la fois bien intégrés à la vie d'un diocèse particulier et tout à fait respectés dans leurs caractéristiques propres, les religieux ont besoin de savoir ce qu'on attend d'eux et ce que l'on est prêt à leur partager.Chez moi, depuis dix ans, quelques communautés religieuses ont demandé à venir dans le diocèse.Plutôt que d'acquiescer rapidement par un «oui» banal, nous avons pris le temps de tenir deux rencontres espacées l'une de l'autre de quelques semaines.Dans un premier contact, nous cherchons à nous apprivoiser en nous disant mutuellement nos besoins, nos traits propres, nos attentes, nos limites.La deuxième rencontre permet de définir avec précision et connaissance réciproque le projet porté par les religieux et les implications ecclésiales de leur nouvelle présence dans le diocèse.Présentement, nous sommes même à faire cette opération avec des groupes religieux qui étaient déjà là mais sans beaucoup de liens avec la vie diocésaine.Un tel processus ravive les charismes et s'apparente à celui de la re-fondation.On pourrait appliquer la même procédure quand il y a le projet de fermer une maison religieuse dans le diocèse.Évidemment, ce n'est pas tout de s'être donné de bonnes informations, de part et d'autre, au début d'une insertion diocésaine.Cela doit devenir une action continue.Pour ce faire, nous avons développé, au fil des ans, des moyens fort utiles pour garder d'excellentes communications.Chaque année, en septembre, nous 173 vivons une journée de Relance.Parfois le contenu porte sur les projets et les réalisations des communautés religieuses; parfois c'est le diocèse qui fait connaître son programme d'action.Une forte proportion des religieux de notre Église y participent.En janvier, les religieux et les responsables diocésains — évêque, auxiliaire, vicaires épiscopaux — se rencontrent pour un échange de vœux et d'informations.Enfin, à deux reprises, depuis dix ans, j'ai visité chaque fraternité ou congrégation locale.Cela m'a permis de prier et de fraterniser avec chaque groupe de personnes engagées en vie consacrée dans le diocèse.Je pense connaître assez bien ce que vivent ces personnes, grâce à Dieu et aux religieux.Tout cela peut se développer et durer s'il y a des institutions stables et bien définies qu'on appelle un conseil diocésain des religieux et un bureau ou office des religieux.Il ne faut pas laisser à I improvisation des individus le riche domaine des collaborations entre religieux et diocèse.Un conseil diocésain est évidemment un lieu propice à une vraie responsabilité partagée.Son efficacité, cependant, est liée à la structure d'un bureau diocésain ou d'un office diocésain.Pour bien remplir son rôle, le ou la titulaire de ce service doit détenir une vraie responsabilité et toujours avoir accès facile à l'évêque.Cette personne joue un rôle-clé dans la circulation de I information, l'animation réciproque, les communications avec les supérieurs majeurs intéressés à notre Église diocésaine.Elle assure que nous demeurions, de part et d'autre, dans de bonnes relations et une collaboration continue.En terminant, je veux réaffirmer, à titre d'évêque, l'importance de la présence des religieux dans l'Église et de leur apport à la vie diocésaine.Cela est vrai de tous les niveaux : le diocèse, la paroisse, l'école, le milieu.Il importe que la vie religieuse ne soit pas valorisée uniquement par I évêque ou les bénéficiaires.Toutes les composantes de I Église ont à découvrir la valeur des engagements de vie consacrée et à y contribuer selon leurs possibilités.Je ne veux pas terminer cette allocution sans exprimer ma joyeuse et profonde gratitude ainsi que mon attachement sincère aux religieux et aux religieuses.Dans le monde sécularisé, on a tendance à remplacer les titres traditionnels par l'appellation de 174 «madame» ou de «monsieur».Personnellement, je considère que les noms de «soeurs» et de «frères» sont très beaux et à retenir.Ils indiquent le projet de fraternité proposé par l'évangile et que les religieux ont choisi d'assumer dans leur quotidien.Pour ma part, je vois aussi les religieux comme mes frères et mes soeurs dans le Peuple de Dieu.Ce sont des frères et des sœurs qui ont un don particulier dans notre famille.En parlant d'eux, monseigneur Berthelet, c.s.v., les qualifait de «sourciers».Dans une vie qui comporte souvent des espaces désertiques, les religieux et les religieuses indiquent par leur témoignage les points d'eau, la source de vie, les oasis du Royaume.Dans notre commune recherche de la sainteté, les religieux éclairent la voie et soutiennent l'espérance.Il est heureux que nous puissions cheminer avec eux.175 Oserons-nous !.Denise Paquet, c.s.l.* Vous serez peut-être surpris du titre de notre exposé « Oserons-nous!».et vous aurez raison.En consultant le petit Larousse, voici comment se définit le verbe «oser»: a) «Avoir la hardiesse, le courage de » ; b) « Tenter, entreprendre avec courage, avec audace » ; c) Enfin «avoir la permission de».En ce qui nous concerne, les deux premières définitions ne peuvent être retenues car les supérieurs-es majeurs-es sont conscients-es et demeurent convaincus-es qu'ils rencontrent dans leurs évêques des pasteurs qui comprennent, jouent leur rôle et favorisent des échanges ouverts, fraternels, confiants et respectueux selon l'esprit des Directives de base sur les rapports entre les évêques et les religieux dans l'Église, document publié en 1978 par les Congrégations pour les Évêques, pour les Religieux-ses et pour les Instituts séculiers : « L'inspiration que nous apporte ce document peut nous être précieuse.Une meilleure compréhension réciproque, une meilleure coordination de l'action chrétienne dans la diversité des charismes ne peuvent que renouveler le visage de l'Église dans notre pays» (MR p.6) et ce, dans un nouveau climat de Pentecôte.Nous retenons la troisième définition du verbe « oser » : « avoir la permission de».Nous vous remercions très sincèrement, chers évêques, de consacrer deux jours de votre session sur « La vie religieuse et son avenir», de nous offrir l'occasion de poursuivre notre dialogue avec * 1073.bout St-Cyrille ouest, Québec GIS 4R5.176 vous et de pouvoir vous exprimer les formes concrètes de collaboration que nous attendons de votre part et souhaitées par les communautés religieuses pour participer, dans le respect de leurs charismes propres, à la mission évangélique de leur Église locale.Nous oserons vous demander de poursuivre «dans l'Église-Sacrement, votre fonction du Christ-chef, reconnaissant qu'en votre personne, c'est le Seigneur Jésus-Christ, Pontife Suprême qui est présent au milieu des croyants d'une façon éminente et visible, que voustenez la place du Christ lui-même.Maître, Pasteur et Pontife et que vous agissez en son nom » (LG 21 ).Nous vous présenterons les attentes des Supérieurs-es majeurs-es en ce qui touche la connaissance des personnes engagées dans la vie consacrée; de la spiritualité et des charismes propres aux diverses Congrégations et légués par leurs fondateurs et fondatrices; des oeuvres réalisées par les 27,000 membres et plus des Congrégations présentes dans la province de Québec.Dans une perspective du « déjà là » et en vue d'une collaboration adéquate avec leurs Pasteurs, les Supérieurs-es majeurs-es exprimeront ensuite leur grand désir de recevoir l'information en ce qui a trait aux orientations pastorales de leurs diocèses respectifs et des implications possibles des religieux-ses dans la pastorale d'ensemble.Enfin pour permettre à la vie religieuse de participer davantage à la «nature sacramentelle» du Peuple de Dieu (LG 46), les Supérieurs-es majeurs-es formuleront un ensemble de souhaits de nature à favoriser une plus grande et meilleure collaboration avec vous, chers évêques et à vous faciliter votre rôle de pasteur tel que décrit dans « Mutuae relationes » : « En vertu de son ministère même, l'Évêque est responsable d'une manière particulière de l'accroissement, de la sainteté de tous les fidèles, en tant qu'il est le principal dispensateur des mystères de Dieu et l'artisan de la perfection de son troupeau selon la vocation propre de chacun; donc aussi, et surtout, selon la vocation des Religieux» (MR 7).177 2.Les attentes des communautés religieuses La réponse de plus de 150 Supérieurs-es majeurs-es à la question sondage «Quelles formes concrètes de collaboration des évêques sont souhaitées par les communautés religieuses pour participer dans le respect de leurs charismes propres, à la mission évangélique de leur Église locale ?» est de l'ordre de la connaisssance des personnes, de la spiritualité et des charismes des nombreuses Congrégations de même que de leurs oeuvres caritatives en vue du Royaume.En effet, les Supérieurs-es majeurs-es souhaitent vivement que les Évêques prennent les moyens pour connaître davantage les Congrégations oeuvrant dans leur diocèse, qu'ils découvrent et comprennent les charismes de ces Instituts afin de les respecter et de les favoriser dans leur expression: «C'est à eux (les évêques) qu'est confié l'office de prendre soin des charismes religieux [.] De la sorte, en promouvant la vie religieuse, en la protégeant conformément à son caractère propre, les Évêques accomplissent un véritable devoir pastoral» (MR 9).Les Supérieurs-es majeurs-es attendent de vous, comme première forme de collaboration souhaitée, que, de plus en plus, vous preniez les moyens les plus adéquats et les plus efficaces pour les connaître dans ce qu'ils sont, dans ce qu'ils vivent et dans ce qu'ils témoignent vous rappelant que sous ses diverses formes et au fil des temps, la vie religieuse est insertion concrète et originale dans la vie des hommes et des femmes pour leur communiquer une authentique expérience du Dieu vivant.Une présence pastorale plus dynamique Ces mêmes Supérieurs-es majeurs-es entretiennent le vif désir, qu'en plus de vos visites pastorales, d'autres visites informelles s ajoutent à vos horaires quotidiens, hebdomadaires ou mensuels, des visites purement gratuites qui font tellement plaisir.Ils demandent aussi des journées de ressourcement spirituel vécues sous votre autorité compétente et votre dynamisme pastoral.Vous avez sûrement constaté que les Supérieurs-es majeurs-es partagent et entretiennent le désir de voir votre rôle s'exercer davantage par une présence spirituelle, pastorale, réconfortante et dynamique.178 Une formation plus profonde des séminaristes Les Supérieurs-es majeurs-es s'interrogent sur la connaissance que les prêtres, vos proches collaborateurs, ont de la vie religieuse ; ils se demandent dans quelle mesure, ils savent l'apprécier et la promouvoir auprès des jeunes qui viennent les consulter pour recevoir la lumière et la vérité sur cet état de vie.«À ce sujet, ils demandent que les prêtres sachent encourager et orienter les jeunes filles, que le Seigneur appelle à le suivre dans la vie religieuse, non seulement vers les nouvelles communautés mais aussi vers les communautés moins récentes et riches d'un héritage spirituel qui a fait ses preuves pour former des apôtres et des saintes.» Il est réconfortant de lire: «Qu'en union avec leur clergé, les Évêques seront les partisans convaincus de la vie consacrée, des défenseurs des communautés religieuses, des éducateurs de vocations, des tuteurs valables du caractère propre de chaque famille religieuse, aux plans spirituel et apostolique » (MR 28).Loin de nous l'idée que votre action est absente en ce domaine; c'est davantage une insistance pour aller plus loin dans votre charge pastorale au sujet de la formation des futurs prêtres et de ceux déjà engagés dans le ministère paroissial à l'égard de cette portion privilégiée de vos fidèles que sont les religieux-ses.«Leur souci pastoral pour les vocations et aussi pour les formes variées de vie consacrée, lisons-nous à l'article 32 de "Mutuae relationes" acquiert un plus grand relief, en même temps que leur sollicitude pour que l'assistance spirituelle des communautés déjà existantes ne vienne pas à manquer».De la sorte, sera mieux assurée la préparation de prêtres capables, dans leur ministère pastoral, de soutenir et d'accompagner la vie spirituelle et apostolique des religieux-ses selon la nature de la vie religieuse elle-même et la finalité des divers Instituts.De plus, nous croyons qu'il est d'une extrême importance de bien choisir les aumôniers des Congrégations religieuses, de donner à ceux-ci l'occasion de se rencontrer afin de partager leur expérience pastorale, de poursuivre leur formation en vue d'assurer un ministère mieux adapté aux attentes des membres des communautés religieuses.179 La reconnaissance de la place des religieuses Nous ne pouvons terminer cette deuxième partie de notre exposé sans vous exprimer une demande de re-connaissance du statut de la femme-religieuse dans l'Église.La religieuse a-t-elle vraiment une place ou plutôt sa place en tant que faisant partie de l'Église-Communion ?et si, dans certains milieux, les portes commencent à s'ouvrir, la religieuse, entantque femme, est-elle considérée dans son être de femme, partenaire à part entière lorsqu'il s'agit du travail de planification, d'organisation, d'animation, de responsabilité dans la tâche pastorale qui incombe à l'équipe presbytérale ?Les Supérieurs-es majeurs-es reconnaissent que les évêques de l'Église du Québec sont soucieux de donner à la femme la place que toujours elleauraitdû occuper.Cependant, ilssouhaitentque la réflexion se poursuive et qu'il y ait, de la part des personnes engagées à tous les niveaux d'action pastorale, le souci de traiter l'homme et la femme à part égale.Que les pasteurs continuent à chercher et à discerner les changements à apporter pour que les femmes, en réelles partenaires avec les hommes, collaborent pleinement à la mission ecclésiale.Alors comme religieuses etfemmes consacrées, nous saurons reconnaître la place qui est nôtre dans la société et l'Église d'aujourd'hui et de demain.C'est ainsi qu'au chapitre des engagements et responsabilités : « Les évêques, unis à leurs collaborateurs religieux feront en sorte que le service apostolique des Religieuses soit mieux connu, approfondi et développé.C'est pourquoi, considérant non seulement le nombre des Religieuses, mais surtout leur importance dans la vie de l'Église, ils s'emploieront activement pour actualiser rapidement le principe de leur promotion ecclésiale, afin que le Peuple de Dieu ne soit pas privé de l'assistance spéciale que, seules, elles peuvent lui assurer, en vertu des dons qu'elles ont reçus de Dieu comme femmes» (MR 50).S.Odette Léger, n.d.s.c., livre un message de même teneur au Pape Jean-Paul II lors de sa visite à Moncton le 13 septembre 1984 : « Très Saint-Père, nous comptons sur le respect et l'encouragement de l'Église pour nous laisser aller jusqu'au bout de notre mission, à l'exemple de la Vierge Marie.Que nous soyons 180 laïques, célibataires, femmes mariées ou religieuses, nous voulons partager les tâches apostoliques d'évangélisation, car Dieu nous appelle à le faire selon notre manière féminine d'être au monde et en réponse à notre vocation humaine et chrétienne» (CRC, p.49).« Nous terminons cette deuxième partie avec cette question que se posent quelques Supérieures majeures : "Verrons-nous se lever le jour où la femme pourra accéder au diaconat?"» Bref, ce que les Supérieurs-es majeurs-es demandent, c'est que les religieuses en tant que femmes et épouses du Christ, appelées à le suivre, soient reconnues dans leur féminité et que, dans l'Église-Communion, elles soient estimées et appréciées pour ce qu'elles sont et par ce qu'elles peuvent apporter à notre monde d'aujourd'hui en quête de sens et d'absolu.3.Les religieux et la pastorale d'ensemble Comme nous venons de le dire, les Supérieurs-es majeurs-es désirent non seulement être connus dans ce qu'ils sont et par ce qu'ils font mais aussi être informés de la pastorale d'ensemble du diocèse et de l'insertion possible de leurs religieux-ses à l'intérieur de ce plan d'ensemble.Le désir de collaborer Ils souhaitent échanger dans un dialogue empreint de respect, d'écoute et d'accueil sur les besoins prioritaires et caritatifs de vos diocèses, sur les urgences auxquelles il nous faudrait répondre, toujours en tenant compte des charismes des Instituts et des effectifs disponibles.De plus, ils désirent connaître la pensée des évêques: a) sur l'implication des religieux-ses dans les tâches apostoliques déjà existantes et dans la création de nouvelles ; b) sur la priorité de leurs engagements apostoliques dans la mission ecclésiale ; c) sur la valeur de leur témoignage évangélique.En effet « L'Église n'a pas été instituée pour être un "organisme d'activité", mais plutôt pour qu'elle soit le "Corps vivant du Christ en vue de porter témoignage".Toutefois, elle doit nécessairement accomplir un travail concret d'organisation et de coordination des 181 multiples ministères et services pour les faire converger dans une action pastorale unie qui concrétise les choix à suivre et les engagements apostoliques à préférer» (MR 20).La fidélité au charisme de fondation Le pape Jean-Paul II, s'adressant aux religieux et aux religieuses, trouve important de leur rappeler la fidélité au charisme de fondation : « Cet apostolat découle toujours du don particulier de vos Fondateurs qui, reçu de Dieu et approuvé par l'Église, est devenu un charisme pour la communauté entière.Ce don correspond aux besoins divers de l'Église et du monde à chaque époque de l'histoire, et à son tour il se prolonge et se consolide dans la vie des communautés religieuses comme l'un des éléments durables de la vie et de l'apostolat de l'Église» (RD 15).Quand les Supérieurs-es majeurs-es demandent des rencontres avec les évêques, ils ont comme objectif de connaître davantage leurs Pasteurs, de les découvrir comme les premiers responsables de I accroissement et de la sainteté de tous les baptisés et aussi de leur exprimer leur désir de travailler avec eux dans un esprit d'amour, d'engagement et de solidarité, à l'édification du Corps du Christ.La précision des mandats Les Supérieurs-es majeurs-es, toujours dans un esprit d'ouverture et d'entraide, souhaitent voir précisé le mandat des agents, agentes de pastorale, la description de tâche, les conditions de travail, le salaire, les avantages sociaux etc.et désirent posséder une meilleure connaissance des tâches qu'un religieux, une religieuse peut exercer dans une communauté chrétienne, et ce, toujours en concordance avec l'article 57: «On établira une convention écrite entre l'Ordinaire et le Supérieur compétent de l'Institut, dans laquelle sera précisé, entre autres tout ce qui concerne l'accomplissement de l'œuvre, les religieux qui y seront employés et les questions financières» (MR 57).Bien sûr, l'entente est précédée du consente-mentdu Supérieur majeur, pour un certain temps fixé, d'un commun accord, avant qu'un membre de la Congrégation soit engagé dans une tâche précise et réelle au sein d'une communauté chrétienne.182 Avant le renouvellement du mandat d'un-e religieux-se engagé-e dans l'Église diocésaine, les Supérieurs-es majeurs-es désirent participer à l'évaluation du travail apostolique accompli par l'agent ou l'agente de pastorale, dans le but de favoriser la transparence nécessaire pour une plus grande et meilleure participation à la mission de l'Église.C'est dans cet esprit, chers Évêques, que les Supérieurs-es majeurs-es désirent recevoir l'information de votre part en ce qui a trait au travail de leurs membres dans l'Église locale.4.Les souhaits des communautés Chers évêques, nous avons osé, dans le sens de «avoir la permission de », profiter de la session sur : « La vie religieuse et son avenir » pour vous faire connaître les formes concrètes de collaboration souhaitées par les communautés religieuses pour participer dans le respect de leurs charismes propres à la mission évangélique de leur Église locale.Nous osons, i.e.« nous avons l'audace, la hardiesse, le courage » de vous demander de connaître toujours un peu plus la place de la vie religieuse dans l'Église, de découvrir l'éventail des charismes des Instituts intégralement ordonnés à la contemplation ou voués à la vie apostolique et de soutenir par votre présence, votre encouragement et votre solidarité les religieux-ses engagés-es auprès des jeunes, des adultes, des malades, des personnes âgées, des petits et des pauvres de notre société.Des appels très concrets De façon plus concrète, nous osons vous demander, dans la mesure où il est possible, et toujours dans un esprit d'une meilleure collaboration et d'une plus grande participation à votre tâche pastorale : 1 ) d'intensifier la pastorale en milieu hospitalier et de la favoriser par une meilleure concertation des personnes impliquées dans ce ministère : prêtres, religieux, religieuses et laïques ; 183 2) de reconnaître l'importance de l'œuvre de l'éducation chrétienne dans les écoles, œuvre bien spécifique que les religieuses sont encore appelées aujourd'hui à accomplir et qui est une réelle participation à la mission évangélique de l'Église locale.Les religieuses ont besoin d'être encouragées et soutenues dans l'œuvre de l'enseignement et de l'éducation à tous les niveaux tout autant que dans le travail social ou pastoral; 3) de faire appel, encore plus, à la participation active des religieux, des religieuses pour définir les priorités pastorales de l'Église diocésaine, régionale ou locale; 4) d'établir une table de concertation permanente entre évêque, presbytérium, religieux, religieuses et laïques afin de mieux répondre à la forme de mission évangélique souhaitée pour le milieu concerné ; 5) de réfléchir, avec les Supérieurs-es majeurs-es, sur de nouvelles formes de vie religieuse pour l'Église et le monde d'aujourd'hui ainsi que sur de nouvelles formes de présence aux gens d'ici et pour les temps actuels; 6) de rappeler aux religieux et aux religieuses, le sens de leur donation à Dieu, l'importance de leur qualité de service et la priorité à donner aux plus démunis à cause de l'Évangile.Des vœux prioritaires Parmi les sollicitations prioritaires des Supérieurs-es majeurs-es, il vous est demandé de continuer à vivre les attitudes pastorales qui font de vous des Apôtres à connaître, des Pasteurs à suivre et des modèles à imiter.Oui, continuez à : 1 ) apporter un regard et une écoute sympathiques et fraternels, qui sont déjà un encouragement, dans les tâches difficiles et urgentes accomplies par les religieux, les religieuses aux Québec, leur terre de mission ; 2) assurer une présence discrète mais rassurante, encourageante et stimulante permettant aux religieux et religieuses 184 engagé(es) en Église d'aller encore plus loin dans leur audace apostolique; 3) offrir un soutien spirituel fait de ressourcement, de réflexion, de prière chaque fois que vous avez l'occasion de rencontrer des assemblées de religieux-ses.Un dialogue profond Nous terminons par ce passage final extrait des Directives de base sur les rapports entre les évêques et les religieux dans l'Église : «Le dialogue et la collaboration sont déjà en action aux divers niveaux; mais ils devront encore se développer pour porter des fruits plus abondants.[.] Tout, en effet, progressera mieux si les intéressés sont profondément convaincus de la nécessité, de la nature et de l'importance d'une telle coopération, dans la confiance réciproque, le respect du rôle de chacun, les consultations mutuelles pour déterminer et organiser les initiatives à tous les niveaux.Alors les rapports mutuels entre les Évêques et les Religieux, conduits avec une volonté sincère et active, exprimeront d'une manière convenable et adaptée la vitalité dynamique de l'Église-Sacrement dans son admirable mission de Salut» (MR p.59).Puissent les demandes formulées par les Supérieurs-es majeurs-es pour des formes concrètes de collaboration des évêques avec les communautés religieuses avoir des lendemains prometteurs ; être porteuses de fruits abondants et signifiants; aider à porter un regard plein de joie et d'espérance sur l'Église du Québec pour continuer à bâtir ensemble, pasteurs, religieux, religieuses et laïques, l'Église de Jésus-Christ, ce « Peuple de Dieu en marche».185 Communauté chrétienne et vie religieuse Pierre-André Fournier* «Ne vous demandez pas ce que les communautés religieuses peuvent faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour elles».C'est ainsi que je traduis la question qui termine la série d'exposés de cette session : « Comment la communauté chrétienne peut-elle favoriser l'avenir de la vie religieuse?».Dans l'exercice du sondage entrepris, il m'a fallu continuellement ramener mes interlocuteurs-trices à la question telle que formulée.La tendance naturelle était d'exprimer ce qu'on pensait que les religieux et religieuses devaient faire.Chaque rencontre a été l'occasion d'échanges animés, parfois même passionnés, toujours passionnants.Je touchais à un sujet de grand intérêt sur lequel tout le monde a quelque chose à dire.En ce qui me concerne, cet exercice m'a converti à une plus grande attention à la vie religieuse autour de moi.Je vous propose 6 moyens que devraient prendre les communautés locales pour aider le développement de la vie religieuse au Québec.I.Poursuivre la démarche entreprise au cours de cette session Et ceci à différents paliers: diocésain, régional, paroissial.Un débat élargi m'apparaît pertinent pour deux raisons.Plusieurs de nos frères et sœurs vivent une douleur profonde qu'il faut « écouter », * 590 rue St-Joseph est, Québec G1K 3B8.186 partager, panser.Lors de mes rencontres fréquentes avec des groupes de religieux-ses, les supérieurs-eures me font souvent part de leurs inquiétudes face au recrutement dans leur communauté et à l'impossibilité de répondre aux appels de plus en plus nombreux.Parfois cette souffrance est exprimée publiquement.Ainsi, le 28 février dernier, lors de la cérémonie qui marquait le centenaire du retour des Franciscains au Canada, le Supérieur local a souligné que le nom de la Maison qui nous accueillait était «les Saints Stigmates ».Et d'ajouter : « Ce nom est bien approprié à ce que nous vivons conséquemment au manque de relève ».Un cri du cœur qu'il faut écouter en Église.Un très grand nombre de communautés ont été fondées par les Églises locales ou en collaboration avec ces Églises.Un missionnaire québécois me disait: «On a été fondé par les Évêques du Québec.Nous sommes une dimension de cette Église.La forme de notre vie religieuse peut changer.Le souffle missionnaire initiateur sera toujours là ».Il faut se redire que les communautés religieuses n'ont pas été fondées une fois pour toutes.Elles doivent être continuellement en fondation.Étant donné que les communautés locales ont appuyé les fondations (on les entoure, on s'en occupe), elles doivent soutenir cet esprit perpétuel de fondation.Leur silence pourrait signifier l'équivalence de «on n'a plus besoin de vous».Donc « l'affaire » des communautés religieuses, c'est aussi « l'affaire » des communautés locales.C'est une dimension de leur être.Nous sommes ainsi convoqués à un débat élargi.Il faudra en convaincre plus d'un(e) de l'urgence de ce processus.Plusieurs pourraient avoir plutôt tendance à passer rapidement à.autre chose ! II.Vivre avec les communautés chrétiennes un partenariat dans le discernement des besoins de la société et de l'Église actuelle Voici quelques exemples.Au cours de 1988 avait lieu en l'église Saint-Roch les funérailles de Sœur Gilberte Déry, c.n.d.Sœur Gilberte avait vécu un grand KAIPOS dans sa vie, i.e.un moment de décision qui a amené un changement profond dans sa 187 vie.Après avoir été dans l'enseignement pendant de nombreuses années, elle s'est offerte comme cuisinière dans une maison de jeunes adultes vivant des difficultés.Puis elle s'est engagée comme bénévole à la Maison Lauberivière, lieu d'accueil pour les sans-abris et les itinérants(es) à Québec.Après un an, elle est saisie d'un cancer incurable ! Alors que je me préparais à lui donner le sacrement des malades, elle m'a dit : «Je renouvelle mes vœux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance avec l'enthousiame de mes 20 ans».Et ses yeux irradiaient.Lors des funérailles, l'immense église de Saint-Roch s'est ouverte à une grande foule de gens, de pauvres surtout qui savent reconnaître leurs prophètes.Lauberivière fondée par le Cardinal Vachon et un regroupement de communautés religieuses est un merveilleux exemple de partenariat dans le discernement.Il y a deux ans, je me suis rendu à Corail en Haïti faire une courte visite paroissiale à quelques jeunes de Saint-Roch en mission à cet endroit.Deux religieuses du Bon Pasteur ont dû quitter le village pendant quelques mois à cause de troubles politiques.D'où fermeture de l'école et difficultés au dispensaire, etc.Lorsque les villageois les ont vues revenir sur la mer, le voile au vent, ce fut la ruée générale sur le quai, l'acclamation et les chants, et la marche triomphale vers le couvent.Ces religieuses et la communauté locale avaient bien identifié les besoins.On pourrait dire la même chose pour l'ouverture d'une maison de sidéens à Québec avec la collaboration en première ligne des Sœurs de la Charité.Il y a eu et il y a partenariat avec les laïcs.Et la communauté locale n'est pas nécessairement uniquement la communauté chrétienne: ce peut être un quartier, une ville.Ce n'est pas par hasard si les exemples apportés ont trait à un service de charité ou apostolique auprès des plus démunis(es).C'est un des quelques éléments sur lesquels la Confédération latino-américaine des Religieux (environ 145,000 membres) et le Cardinal Hamer sont tombés d'accord récemment.Voici un extrait de leur correspondance : Lettre de la Confédération: «Nous pensons que le choix des pauvres est la seule façon de revenir à notre charisme, de donner 188 une identité à notre vie consacrée dans l'unique Église de Jésus-Christ, et d'être avec elle, sacrement du Seigneur de l'Histoire (Doc.cath.n° 1999)».Lettre du Cardinal Hamer, préfet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique : « Il ne fait aucun doute que le choix prioritaire des pauvres doit constituer l'une des préoccupations les plus fortes et les plus urgentes de la vie religieuse en Amérique Latine».(Idem) J'ajoute une note à cette deuxième réflexion : H faut favoriser la présence dynamique de la vie religieuse au sein de la société, et non seulement de l’Église.Communautés locales et communautés religieuses doivent « s'atteler » à la transformation du monde.III.Avoir des communautés locales ouvertes, très ouvertes au charisme propre des communautés religieuses Voici quelques exemples vécus en notre paroisse.a) Alain, profès temporaire chez les Missionnaires de Mariannhill, est en stage à Saint-Roch.Habitué à la prière en commun dans sa communauté, il a suggéré que l'équipe du presbytère célèbre les vêpres ensemble chaque soir.Depuis un an, quelques laïcs se joignent à nous quotidiennement pour cette prière d'Église.Il n'a pas craint d'affirmer ses aspirations.b) Richard, bénédictin, termine un stage d'études en musique et demeure au presbytère.Il y a deux ans, lors de manifestations bien connues contre les efforts du monde interlope pour transformer notre quartier en Pigalle, il n'a pas brandi des pancartes mais a organisé une vigile de prières.Respect des charismes c) À chaque fête de la Visitation, les religieuses CND de notre paroisse renouvellent leur engagement devant la communauté chrétienne.189 d) Depuis près de deux ans, un Centre-Dieu (lieu d'écoute) est ouvert en l'église paroissiale.Des laïques, des religieuses et des prêtres religieux et diocésains en assurent le service quotidien.e) De plus en plus, les présidents de région pastorale présentent toute l'équipe pastorale aux paroissiens et paroissiennes et non seulement le curé lorsqu'il y a intronisation d'une nouvelle équipe.f ) Cette année, les prêtres de la région Québec-Centre font une de leurs réunions mensuelles au Centre de Catherine de St-Augustin et une autre au Centre de Marie de l'Incarnation pour se familiariser avec la spiritualité de ces saintes religieuses et mieux connaître les Soeurs Augustines et Ursu-lines.g) La communauté locale aide à découvrir la vocation de l'accompagnement : ne pas nécessairement occuper le premier poste, la première place, mais d'abord faire, puis faire avec, et faire faire.IV.S'unir à la prière des religieux et religieuses en ce qui concerne leur avenir À l'église Saint-Roch, tous les samedis après-midi, depuis un an, nous avons l'exposition du Saint-Sacrement de 12 h 30 à 16 h 30 au cours de laquelle il est demandé aux nombreux adorateurs(trices) de prier pour les vocations religieuses et sacerdotales.Cela a donné quoi?Je ne suis pas devant une audience qui met en doute la puissance de la prière.Récemment je participais à une retraite regroupant prêtres, diacres et archevêques.Un des prédicateurs nous avait invités avec ardeur à lire davantage les textes de Jean-Paul II, insistant sur la profondeur de sa pensée.Les questions suivent.Un participant demande : « Nous recevons une somme énorme de textes de toutes sortes venant de Rome.Comment choisir dans tout cela?» Le prédicateur de répondre : « Priez, et l'Esprit vous enseignera ce qu'il faut faire ».La recette vaut évidemment pour la situation actuelle de tout ce qu'on vit en Église.190 Non seulement les communautés religieuses, mais aussi les communautés locales doivent porter dans leurs prières le « futur religieux ».Il faut intensifier cette prière, en clarifier les intentions et y intéresser un plus grand nombre de chrétiens et de chrétiennes.V.Associer avenir de la vie religieuse avec pastorale auprès des jeunes La communauté locale fait quelque chose pour l'avenir de la vie religieuse en autant qu'elle s'intéresse concrètement à toute sa jeunesse du primaire, du secondaire, du collégial, de l'Université, du monde du travail ou des sans-emploi.Jean-Paul II disait dans un discours aux Cardinaux et à la Curie Romaine le 22 décembre 1989 : «J'adresse à toutes les Églises qui sont en communion avec le Siège de Pierre mes vœux de joie et de paix dans la lumière qui émane du Berceau de Bethléem./, 'espérance quant à leur avenir repose sur la jeunesse».Et dans son message pour la Ve Journée Mondiale de la Jeunesse, il trace une ligne d'action : «Il existe des lieux privilégiés de redécouverte de l'Église et de l'engagement ecclésial qui sont les associations, les mouvements et les diverses communautés ecclésiales de jeunes».Je suggère 2 conclusions concrètes : A) Il est à souhaiter que les communautés locales mettent un fort accent sur la jeunesse dans leur agir pastoral et cela pour plusieurs années à venir.L'avenir de l'Église et de la vie religieuse en dépend.B) L'intuition des Journées Mondiales de la Jeunesse devrait avoir plus de répercussion au Québec.Les communautés locales doivent être interpellées.On peut se demander si on connaît le pays réel des jeunes.On commence à connaître le pays réel des peuples de l'URSS maintenant que les masquent tombent.Pourquoi le message ne passe-t-il presque plus ?Une diplômée en littérature ayant un intérêt particulier pour les contes m'a dit récemment que, lors d'un voyage en Acadie, 191 on lui a dit qu'il n'y avait plus de conteurs.Elle a poussé sa recherche plus loin en allant voir les gens à la maison.Elle a découvert qu'il y avait encore des conteurs qui savaient des contes fantastiques.Ils lui ont dit : « On ne les raconte plus parce qu'il n'y a plus d'auditeurs.».Comment trouver des auditeurs et des auditrices chez les jeunes?Il y a un large fossé entre ce que vivent les jeunes et les conteurs(euses) des autres générations.Il y a beaucoup à faire et la mission n'est pas impossible en autant qu'on s'applique à mieux connaître le pays réel des jeunes.VI.Continuer à construire des communautés fraternelles Il y a un lien très étroit entre cette session et celle de l'automne dernier ici à Loretteville.Cette session avait pour thème « la communauté chrétienne locale : pour une Église fraternelle et communautaire».Les vocations religieuses viennent de communautés chrétiennes grandes ou petites VIVANTES.L'opération recherche-participative entreprise par l'Assemblée des Évêques va favoriser à long terme l'avenir de la vie religieuse par le biais des communautés locales.Leur destin est commun.192 Recommandations ayant obtenu le plus grand nombre de points Que les diocèses et les communautés religieuses se concertent pour favoriser les projets de communion avec les jeunes : le service de pastorale-jeunesse, mouvements de jeunes, projets particuliers (1 8).75 Que le partenariat en mission d'Église se réalise conjointement pasteurs-laïques religieuses et religieux, spécialement en vue d'une implication solidaire avec les milieux pauvres (2).62 Qu'il existe un réel partenariat (évêques, prêtres, religieux, religieuses, laïques) à chacun des niveaux (diocésain, régional, local) en ce qui a trait au discernement des besoins dans un milieu et à l'orientation du projet pastoral (9).58 Qu'entre Évêques et Communautés religieuses soit établi un partenariat constant en vue de travailler ensemble face aux attentes et aux besoins de l'Église.(Les modalités plus concrètes sont à déterminer par diocèse) (1 3).55 Apprendre à penser, agir, réagir, voir à partir du milieu ambiant, en particulier du monde des pauvres, en vue d'une solidarité effective du destin des projets, des problèmes de celles et de ceux au milieu desquels les communautés vivent et devront aussi ouvrir largement leurs maisons selon les besoins (8).45 BliBS! 5750, boulevard Rosemont Montréal, Québec, Canada H1T 2H2 la vie des communautés religieuses
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