Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Janvier-Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • En son nom
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

La vie des communautés religieuses /, 1994-01, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
: ' " ¦ M - ^ Kl janv.-fév.1994 'mSSm *%Pl HHH La vie des communautés religieuses Directeur : Laurent Boisvert, o.f.m.Comité de rédaction : René Bacon, o.f.m.René Baril, o.f.m.Pierre Bisaillon, o.f.m.Laurent Boisvert, o.f.m.Secrétariat ; Yvette Viau, s.s.a.Rédaction et administration : La vie des communautés religieuses 5750 boulevard Rosemont Montréal, Canada H1T 2H2 Tél.: 259-6911 Envoi de publication Enregistrement n° 0828 Composition : PLB Graphique Impression : L’Éclaireur Ltée La revue paraît cinq fois par an Abonnement : de surface : 13,00 $ (70FF) (435 FB) par avion : 17,00 $(98 FF) (595 FB) de soutien : 20,00$ Sommaire Vol.52 — janv.-fév.1994 Laurent Boisvert, o.f.m., La consécration religieuse 3-14 Robert Guelluy, ptre, Soeur Colette, une présence silencieuse 15-28 La consécration religieuse se fonde sur un double désir, se concrétise dans des formes de vie, exerce un rôle prophétique particulier.Tels sont les aspects que développe ce texte.Il rappelle en outre que la consécration est dite «religieuse » parce qu’elle a comme objet immédiat une valeur religieuse et parce qu’elle est vécue par les membres des instituts religieux.L’A.doit beaucoup à soeur Colette dans son cheminement spirituel comme dans sa réflexion théologique.Ces pages essaient de dire comment une religieuse contemplative peut traduire en exemples concrets ce qui semble être le coeur de l’Évangile.Un monastère de Clarisses est une maison de bonheur silencieux et fraternel.1 Louis Roy, o.p., Être adulte dans la foi : un idéal ambigu 29-38 Denise Plouffe, s.s.c.j., Parole et consultation 39-48 Gilles Cusson, s.j., Une « nouvelle chance » pour la vie consacrée 49-55 L’A.décrit d’abord très brièvement l’infantilisme religieux; puis il présente d’une façon critique l’idéal du croyant adulte ; enfin il se fait l’avocat d’une troisième attitude, qui corrige les ambiguïtés de la deuxième tout en allant plus loin qu’elle.Dans ces pages, l’A.se propose d’approfondir la place de la consultation dans l’Église et les enjeux qu’elle comporte, en les appliquant à la vie religieuse ; elle mesure ensuite les chances qu’aurait une parole consultative de devenir parole performatrice.Aux appels lancés aujourd’hui au monde des consacrés, nous ne pouvons répondre seul, à titre personnel.Une réponse adéquate suppose que nous décidions de penser ensemble, à la façon de prendre notre responsabilité commune, à la signification profonde de notre vie consacrée.2 La consécration religieuse Laurent Boisvert, o.f.m.* L’autorité de l’Église réserve actuellement l’expression «vie consacrée» à quelques formes d’existence chrétienne, tout en reconnaissant que chaque fidèle est appelé à vivre intégralement sa consécration baptismale.On ne peut comprendre cette position à moins de percevoir ce qui distingue ces «vies consacrées» des autres formes d’existence chrétienne.La présente réflexion, qui espère clarifier quelque peu cette distinction, porte directement sur trois aspects de la consécration des religieux et religieuses, à savoir: le double désir qui la fonde, les formes de vie qui la concrétisent, le ministère prophétique qu’on lui assigne.Notons que, dans ce texte, la consécration est dite « religieuse » dans un double sens : parce qu’elle a comme objet immédiat une valeur religieuse (Dieu et le Règne) ; parce qu’elle est vécue par les membres des instituts religieux.1.Désirs fondamentaux suivre le Christ selon l’enseignement de l’Évangile Pour être authentique, la consécration religieuse suppose d’abord chez le fidèle un désir sérieux de « suivre le Christ selon l’enseignement de l’Évangile » (Perfectae caritatis, n.2).Incorporé au peuple de l’Alliance par le baptême et totalement consacré à Dieu, il est appelé à vivre intégralement sa condition baptismale, à faire de son existence entière une offrande agréable à Dieu.C’est ce que Paul demande à ses fidèles de Rome : « Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos *5750, boulevard Rosemont, Montréal, QC, H1T 2H2.3 personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre» (Rm 12, 1).La vie quotidienne intégrale est alors offerte et devient adoration.Tous les domaines de l’être et de l’agir forment l’objet de ce culte spirituel que chaque baptisé est appelé à rendre.Se proposer de suivre sérieusement le Christ signifie également vouloir aimer Dieu de tout son coeur, de toute son âme, de toute sa force et de toute sa pensée (cf.Le 10, 27), vouloir être attaché au Seigneur sans partage (Cf.1 Co 7, 35).Il s’agit, là encore, d’une exigence évangélique commune, que doit désirer vivre la personne qui veut se consacrer à Dieu dans la vie religieuse.Il en va de même pour l’amour préférentiel à l’égard de Jésus.Lui-même affirme : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses soeurs, et même à sa propre vie, il ne peut être mon disciple» (Le 14, 26-27).Pas de suite sérieuse de Jésus sans le préférer à tout.Cette exigence doit également faire l’objet d’une volonté sincère chez qui se propose de vivre la consécration religieuse.Parmi les autres exigences évangéliques ou composantes essentielles de la vie chrétienne, signalons celle d’aimer son prochain comme soi-même (cf.Le 10, 27), comme le Christ l’a aimé (cf.Jn 13, 34; 15, 12).Ici encore, on ne saurait concevoir qu’une personne s’oriente vers la vie religieuse sans être habitée par la volonté ferme de vivre cet amour du prochain, qui se caractérise par la gratuité.Il n’a d’autre règle que la surabondance, la mesure débordante.Et il se manifeste aussi bien dans la communion au malheur de ceux qui souffrent qu’au bonheur de ceux qui sont heureux (Cf.Rm 12, 16).Ajoutons que cette gratuité rend l’amour universel, contrairement à l’égoïsme qui le referme sur lui-même et l’étouffe.D’où, pour le chrétien, l’exigence d’aimer comme le Père aime, lui qui « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, descendre sa pluie sur les justes et sur les injustes» (Mt 5, 45).Ce qui veut dire l’obligation d’aimer jusqu’à ses ennemis, de donner sa 4 vie pour eux.Exclure de son amour, ne serait-ce que ses ennemis, serait s’exclure de la plénitude de l’être chrétien.De plus, cet amour universel inclut la miséricorde : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux» (Le 6, 36).Et Jésus va même jusqu’à demander à ses disciples d’exercer cette miséricorde dans la joie, selon l’enseignement central de trois paraboles bien connues.Les exigences de l’amour de Dieu et du prochain, dont quelques-unes seulement ont été mentionnées ici, constituent avec l’engagement pour le Royaume le noyau dur de l’existence chrétienne.Elles peuvent être vécues par l’ensemble des croyants.Toutefois, il est impensable qu’une personne s’oriente vers la consécration religieuse sans avoir l’intention ferme de les assumer, sans être habitée par le désir profond de suivre le Christ selon l’enseignement de l’Évangile.Mais, si indispensable soit-il, ce premier désir ne suffit pas.Sa seule présence ne constitue pas un signe de vocation religieuse.Il faut, en outre, qu’il s’articule sur un second désir : celui de centrer sa vie sur Dieu et son Règne.Le premier désir est commun aux chrétiens sérieux ; le second est particulier à un groupe de croyants.La réalisation du premier est incomparablement plus importante que la réalisation du second et, pourtant, c’est ce dernier qui spécifie théologiquement la consécration religieuse.En quoi consiste ce deuxième désir fondamental ?Tentons de le préciser.centrer sa vie sur Dieu et son Règne Une valeur terrestre exerce parfois une attraction si forte sur des personnes que celles-ci ressentent un appel pressant à se mettre au service de cette valeur, à y consacrer leur vie.Ce qui ne signifie pas que les autres valeurs humaines n’ont pour elles aucun attrait.Mais, compte tenu de leur sensibilité et de leur harmonie particulière avec la valeur concernée, l’attirance de celle-ci prévaut tellement sur les autres attraits que les personnes désirent concentrer sur elle leur existence.Elles renoncent alors à la réalisation d’autres valeurs terrestres.5 Le même phénomène existe à propos de valeurs directement religieuses.Parmi les fidèles qui veulent sérieusement suivre le Christ, certains sont attirés d’une façon toute particulière par Dieu et son Règne.Il s’agit de quelque chose de puissant et d’indéfinissable, qui vient certes de l’Esprit, mais qui s’inscrit profondément dans leur être.Et cet attrait est si fort qu’il suscite en eux le désir, parfois quasi obsédant, de concentrer leur existence sur cette valeur religieuse, de faire d’elle la préoccupation centrale de leur vie.Il ne s’agit pas d’une simple intention superficielle et passagère, mais d’une détermination ferme, d’une résolution foncière.Il leur semble même impossible d’orienter autrement leur vie, sous peine d’être infidèles à leur propre coeur.Centrer leur vie sur Dieu, cela veut également dire le rechercher de façon intensive, se vouer à lui, vivre pour lui.Ils n’ignorent ni ne méprisent le reste, mais Dieu seul constitue le coeur et la préoccupation centrale de leur existence.Ils désirent le rencontrer et intensifier leur communion avec lui.Sous cet aspect, leur préoccupation est contemplative.Mais cet aspect mystique ne doit pas être dissocié de l’aspect apostolique: l’avènement du Règne.Ces deux aspects sont d’ailleurs si intimement liés que, se vouer à Dieu, c’est inséparablement se vouer à l’instauration du Règne.Croire se consacrer à Dieu et demeurer indifférent à l’égard du Royaume constitueraient une anomalie, voire une déviation.Il est clair toutefois que la relation à Dieu demeure première, puisqu’elle est la source et le fruit de tout apostolat véritable.N’y a-t-il pas lieu de s’interroger ici sur l’opposition, du moins apparente, qu’on met parfois entre consécration et mission?Il est clair que la consécration presbytérale ou diaconale, reçue en vue d’un ministère, doit être distinguée de ce ministère.Le pouvoir conféré par cette consécration continue d’exister alors même que cesse l’exercice du ministère.Mais cette distinction, valable pour une consécration fonctionnelle, ne l’est pas pour la consécration religieuse.Loin d’être fonctionnelle, celle-ci est une modalité d’existence chrétienne, caractérisée par une concentration radicale de la vie sur Dieu et son Règne.L’aspect mystique et l’aspect 6 apostolique ou missionnaire de cette concentration sont si étroitement liés qu’ils forment sa physionomie globale, sa réalité totale.Ce qui signifie que, dans sa nature même, la consécration religieuse inclut la relation à Dieu et le service du Règne.Perçue comme une vie vouée à la recherche de Dieu et au service du Royaume, la consécration religieuse n’est donc pas de l’ordre de la sacralité ; elle n’implique aucune mise à part du profane en vue d’un usage sacré.Si elle inclut une certaine séparation extérieure, c’est que celle-ci est exigée par le mode d’existence choisi, non par l’exercice de quelque fonction cultuelle.En fait, les religieux et religieuses sont dans l’Église et participent à sa vie de communion ; ils sont dans le monde et travaillent à le faire devenir selon Dieu.Leur consécration est celle d’une vie habitée par Dieu et hantée par le Royaume, dominée par la soif du Seigneur et la réalisation de son dessein.On voit alors ce qui caractérise et distingue leur mode de vie chrétienne.Il est spécifié immédiatement par la valeur religieuse, la référence à Dieu et son Règne, alors que la plupart des autres modalités d’existence chrétienne le sont par des valeurs non directement religieuses.Et cela vaut même quand les croyants donnent à ces valeurs terrestres une signification chrétienne.En soi, la consécration religieuse ne suppose pas un plus grand amour de Dieu ni un service plus efficace du Royaume.Sa composante déterminante est la concentration de l’existence sur Dieu pour le rencontrer et se donner à lui, sur le Royaume pour le faire advenir sur la terre.Est-il utile de redire, en terminant cette première partie, que la consécration religieuse s’appuie sur un double désir: celui de «suivre le Christ selon l’enseignement de l’Évangile», et celui de centrer sa vie sur Dieu et son Règne.Le premier fonde toute vie chrétienne sérieuse, le second l’une de ses modalités.Quelle que soit la profondeur du premier, il ne constitue pas à lui seul un appel à la vie consacrée.Quant au second, qui caractérise la vocation à ce type d’existence, il requiert le premier sous peine de ne plus être chrétien.Puisque ces désirs ont des objets 7 différents, il importe de les distinguer.Seul le deuxième spécifie la vie consacrée.2.Formes de vie concrétisation du propos Le propos de centrer son existence sur Dieu et le Règne se concrétise habituellement, quoique non nécessairement, dans une forme de vie qui l’exprime et tend à le favoriser.Celle-ci est entièrement structurée en fonction de cette concentration ; toutes ses composantes sont unifiées par elle.La préoccupation de Dieu et du Royaume, qui en constitue l’âme et le centre, revêt une telle importance qu’elle prime sur l’efficacité, même quand l’activité entre dans la nature du projet de vie.On comprend que seule est apte à choisir ce type d’existence la personne qui a comme souci premier et constant la communion avec Dieu et le service du Règne.Notons, avec Vatican II, que le projet de cette personne « représente continuellement dans l’Église cette forme de vie que le Fils de Dieu a prise en venant au monde pour faire la volonté du Père» (Lumen gentium, n.44).Jésus était tellement sous l’emprise du Père et du Royaume qu’il s’est engagé tout entier pour cette valeur religieuse.Son célibat s’inscrit dans ce projet de vie : la communion avec le Père et le service de son dessein.Sa disponibilité et sa liberté, son dynamisme sexuel et affectif, il les oriente vers cette double réalité.Ce qui confère un sens religieux, non seulement à son célibat, mais aux diverses composantes de son existence.Voilà précisément ce que choisit le fidèle qui s’engage dans une forme de vie consacrée.Jusqu’au 13e siècle, les Règles qui traduisaient les projets de vie religieuse n’avaient pas besoin de l’approbation ecclésiastique.Depuis lors, une authentification par l’autorité de l’Église est exigée.Cette dernière reconnaît ainsi qu’un projet est inspiré par l’Esprit et donné par Dieu pour le bien de son Peuple.De plus, par son ministère, l’Église accueille les personnes qui s’y engagent et demande pour elles la grâce de la fidélité.Jamais 8 cependant, dans les textes officiels, il n’est dit que l’Église consacre les personnes.Le sens de l’expression « consacrés par le ministère de l’Église» est précisé dans Evangelica testificatio: «Telle est votre consécration, qui s’accomplit dans l’Église et par son ministère, à la fois celui de ses représentants qui reçoivent les professions religieuses, et celui de la communauté chrétienne dont l’amour reconnaît, accueille, porte et enveloppe ceux qui se donnent en elle» (Evangelica testificatio, n.7).L’Église est présentée ici comme celle qui reçoit la consécration et qui, par sa prière et son support, aide les personnes qui se donnent au Seigneur.Elle ne se substitue pas aux personnes pour les offrir à leur place.Puisqu’une forme de vie consacrée est l’actualisation du propos fondamental de concentrer son existence sur Dieu et son Règne, il est nécessaire de distinguer cette volonté de concentration et le projet qui l’exprime.La première l’emporte sur le second ; elle peut même exister sans ce dernier.De plus, le respect des nombreuses déterminations d’une forme de vie n’aurait ni signification ni valeur religieuses s’il n’était animé par le désir de se vouer intégralement à Dieu.D’où l’importance de relativiser la forme de vie et, en l’adaptant aux conditions actuelles, d’en faire un signe et un moyen efficaces du propos intérieur de la consécration à Dieu.Mais cette forme de vie, qui actualise la consécration, ne se réduit pas à la triade : chasteté, pauvreté, obéissance.D’ailleurs celle-ci n’existait pas au début de la vie religieuse, et l’Orient continue de l’ignorer.En Occident, toutefois, on a tendance à l’absolutiser au point de restreindre l’engagement religieux à la profession des voeux.S’il n’est pas question d’éliminer la triade des formes de vie consacrée, il est plus juste de la percevoir comme un de leurs éléments structurants, quoique non le plus important.La prière individuelle et communautaire, la vie fraternelle en commun, l’engagement apostolique sont, dans l’optique de l’Évangile, supérieurs aux voeux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance.Il est donc nécessaire de considérer l’ensemble des composantes du projet religieux comme sacrement de la 9 consécration intérieure.C’est elle qui leur donne sens, orientation, valeur.harmonie des composantes À l’instar de la vie chrétienne en général, la vie religieuse a trois dimensions essentielles: contemplative, fraternelle, apostolique.Chacune la traverse et l’imprègne de part en part.Ce qui ne signifie pas que ses diverses formes sont pratiquement identiques et interchangeables.Leur différence est marquée, et elle vient surtout du fait que l’une des trois dimensions est choisie comme pôle intégrateur des éléments jugés essentiels à toute forme de vie religieuse.L’harmonie, qui en résulte, se vérifie tant au niveau de la forme d’existence elle-même qu’à celui des personnes qui la vivent.Ainsi, la vie contemplative est structurée autour de la dimension mystique qui devient le pôle autour duquel s’harmonisent les éléments majeurs de cette forme d’existence.C’est la recherche et la contemplation de Dieu, avec ses exigences particulières et radicales, qui déterminent la manière de vivre en communauté et la façon de participer à la mission.Toute la vie quotidienne est organisée en fonction de ce pôle.Les appels de l’Église et du monde sont accueillis par les membres des instituts contemplatifs.Mais la réponse qu’ils leur donnent doit rester cohérente avec les exigences et les structures de leur vie contemplative.Ils deviendraient infidèles à leur vocation si, par désir sincère de servir leurs contemporains, ils s’adonnaient à des activités apostoliques qui ne cadreraient pas avec une existence intégralement vouée à la contemplation.Quant à la vie conventuelle, elle est organisée autour de la dimension fraternelle.L’accueil mutuel, le partage communautaire, la prière en commun, la simplicité de vie, la solidarité et la complémentarité sont au nombre des composantes de cette forme de vie.La communauté n’est pas organisée en fonction d’une activité particulière.Celle-ci n’est pas exclue, mais son acceptation est conditionnée par le respect des exigences de la vie 10 communautaire.La communauté n’existe pas en vue de la mission ; elle est elle-même mission.Contrairement aux formes précédentes, la vie religieuse active se structure autour du pôle apostolique.Ce qui détermine chez ses membres une manière de vivre la relation à Dieu et la communion fraternelle.Ils peuvent avoir une qualité contemplative aussi grande, voire plus grande, que celle des membres d’instituts contemplatifs.Mais s’ils choisissent une façon de répondre à leur soif de Dieu qui ne s’harmonise pas avec leur vie religieuse active, ils entrent en contradiction avec leur vocation particulière.On ne leur demande pas d’étouffer ce désir contemplatif, mais de trouver une manière d’y répondre qui corresponde à leur type de vie religieuse.Il en va de même pour leur façon de mener leur vie communautaire ; elle ne doit pas être une simple réplique de la communauté monastique.Quelles que soient les formes de vie religieuse, il est habituellement difficile d’établir et de maintenir l’équilibre entre les exigences de la relation à Dieu, celles de la communion fraternelle et celles du service apostolique.Toujours menacé, cet équilibre se vit souvent dans une tension qu’il faut apprendre à gérer de façon à ce qu’elle devienne fructueuse, non conflictuelle.S’il arrive que, par souci apostolique, on néglige sérieusement la relation à Dieu et la communion fraternelle, on risque de s’éloigner graduellement du Seigneur du Royaume et des membres de sa communauté, même si on accomplit des tâches utiles et si on est motivé par la préoccupation du Règne.Notons enfin que les formes de vie religieuse étant des actualisations diverses d’un même propos fondamental : à savoir se concentrer sur Dieu et son Règne, il s’ensuit que leur ultime justification est d’être signe et moyen de cette concentration, de l’exprimer et de favoriser sa réalisation.Telle est la valeur religieuse qui doit motiver la personne à y entrer et y demeurer.Puisqu’aucune de ces formes ne trouve sa dernière raison d’être dans tel ou tel service, il est clair qu’on ne peut s’y engager valablement en ayant, comme intention première, soit d’enseigner, soigner, soulager, soit même de prier.Seul le désir ferme de se vouer 11 à Dieu et à son Règne constitue un motif suffisant et déterminant pour le faire.Même si cette concentration se vit différemment selon les instituts religieux, la recherche du Seigneur demeure prioritaire.La communion avec Dieu est source et fruit de la mission ; elle la fonde et la dynamise, en plus d’être son but ultime.3.Ministère prophétique Depuis Vatican II, les documents officiels de l’Église affirment que « l’apostolat de tous les religieux consiste en premier lieu dans le témoignage de leur vie consacrée » (CIC, 673).Et ils présentent ce témoignage comme une conséquence normale de leur mode de vie, non comme un but qui les inciterait à choisir ce type d’existence.Les personnes ne s’engagent pas en vie religieuse pour devenir un signe, pas plus que les catéchumènes choisissent d’être baptisés en vue de participer à la fonction prophétique du peuple de Dieu.Leur témoignage est le résultat, le fruit d’une existence chrétienne sérieuse.Par leur vie consacrée, les religieux manifestent certaines réalités fondamentales de la foi qui doivent animer tous les croyants, entre autres : la recherche de Dieu, le souci de la communion fraternelle, le dévouement à la croissance du Royaume.Leurs diverses formes de vie constituent des façons différentes et complémentaires de les signifier.Ainsi, la vie contemplative, entièrement organisée en fonction de l’attention à Dieu et de sa recherche, exprime d’une manière éloquente la priorité absolue de Dieu.De plus, par son absence d’activités apostoliques, elle atteste que la construction du Royaume est d’abord et avant tout l’oeuvre de l’Esprit.De son côté, la vie conventuelle manifeste la valeur évangélique de la communion fraternelle, compte tenu que ses membres s’accueillent mutuellement comme des dons de Dieu, écoutent et partagent la Parole, prient ensemble et célèbrent l’Eucharistie, mettent leurs biens en commun pour que chacun reçoive selon ses besoins.Quant à la vie active, structurée autour des activités apostoliques, elle met en relief la supériorité du Royaume sur les valeurs terrestres, l’importance et l’urgence de son instauration.La préoccupation 12 centrale de ses membres n’est pas simplement d’améliorer la situation du monde actuel, mais de le rendre conforme à la volonté de Dieu, d’en faire un lieu où Dieu règne.Est-il utile de rappeler ici que l’expression «être signe du Royaume» prend un sens différent selon qu’on considère le Royaume surtout comme une réalité future, ou surtout comme une réalité présente ?Dans le premier cas, on affirme que la vie religieuse anticipe le monde à venir et le manifeste.Le célibat, la communauté des biens, l’obéissance, etc., apparaissent alors plus «célestes» que le mariage, la possession personnelle, la gérance de sa propre vie.Pourtant, seule la communion d’amour avec Dieu et avec les autres est une anticipation de la vie éternelle ; et cette communion peut exister dans toutes les formes de vie chrétienne, comme à l’extérieur du christianisme.De plus, nulle part il n’est prouvé que cette communion est plus grande chez les religieux que chez les autres croyants.Par contre, si on considère la vie religieuse comme signe du Royaume déjà présent, quoique non parfaitement réalisé, on comprend mieux qu’une forme de vie totalement centrée sur Dieu et son Règne manifeste de façon particulière cette double réalité de la foi.La supériorité du signe ne vient pas du présupposé insoutenable que les religieux sont plus saints que les autres chrétiens, mais du fait que leur projet de vie est fondé directement sur la foi et tire d’elle seule son sens fondamental.En choisissant ce type d’existence et en le vivant sérieusement, ils disent l’emprise de Dieu et du Règne sur leur vie.Mais pour que les religieux remplissent le ministère prophétique que l’Église attend d’eux, il faut d’abord que reste bien vivant dans leur coeur le double désir qui fonde leur choix de vie: suivre sérieusement le Christ selon l’enseignement de l’Évangile, et concentrer leur existence sur Dieu et son Règne.Si l’un de ces désirs vient à faiblir ou à disparaître, leur projet de vie ne sera plus signifiant pour eux, et leur existence ne constituera pas une proclamation de l’Évangile ou une contestation de ce qui s’y oppose.D’où la nécessité incontournable de se donner des moyens pour maintenir ou intensifier ces désirs.13 Il est une deuxième condition, indispensable au témoignage des religieux : l’inculturation de leurs formes de vie.Leur expérience de Dieu, si profonde soit-elle, a besoin d’être articulée sur une sérieuse expérience du monde.Ce qui est nécessaire pour que leurs formes de vie correspondent aux conditions socioculturelles et aux aspirations du milieu, en portent les traits positifs et contestent ceux qui s’opposent à l’Évangile.Sans cette inculturation, faite avec discernement, la vie religieuse se coupe graduellement du monde où elle est implantée, devient insignifiante pour les gens du milieu malgré la sainteté de ses membres.En supposant qu’elle soit repérable, elle reste illisible et incompréhensible pour les contemporains.Dans ce cas, comment peut-elle être « signe du Royaume » ?Conclusion Au terme de cette réflexion, certains éléments méritent d’être soulignés.• La consécration religieuse se fonde sur deux désirs distincts : a) le désir de vivre sérieusement sa consécration baptismale, de suivre le Christ selon l’enseignement de l’Évangile.Ce désir est commun aux croyants authentiques, b) Le désir de concentrer son être et sa vie sur Dieu et son Règne.Ce désir spécifie la vie consacrée et est particulier à un groupe de fidèles.• Les formes de vie religieuse sont signes et moyens de la concentration personnelle sur Dieu et son Règne ; cette valeur religieuse constitue leur ultime raison d’être.De plus, chacune a comme pôle intégrateur l’une des trois dimensions essentielles de la vie chrétienne : contemplative, fraternelle, apostolique.• L’apostolat premier des religieux et religieuses consistant dans le témoignage de leur vie consacrée, deux conditions sont requises pour que ce témoignage existe: une profonde expérience de Dieu et une inculturation des formes de vie.Cette réflexion aura atteint son but si elle favorise une meilleure compréhension de la consécration religieuse et aide à la vivre.14 Soeur Colette une présence silencieuse Robert Guelluy, ptre* Quand j’étais professeur au séminaire épiscopal de Tournai, je fus en même temps aumônier des Pauvres Claires (ou clarisses) pendant une quinzaine d’années.J’y célébrais la messe tous les jours et j’y faisais chaque semaine une brève conférence spirituelle.J’eus ainsi le privilège de m’entretenir souvent avec la mère abbesse et la joie de voir vivre quotidiennement ce que j’enseignais de mon mieux aux futurs prêtres.Quand on creuse à une certaine profondeur les diverses grandes écoles de spiritualité, on découvre un fond identique : foi en un amour gratuit qui sans cesse nous devance.Il y a cinquante ans, en étudiant l’étrange philosophe du quatorzième siècle que fut le franciscain Guillaume d’Okham, je fus très impressionné par son insistance sur la liberté divine.Je compris que cet auteur réagissait contre l’engouement de son époque pour la philosophie grecque qui considère le monde comme régi par un destin impitoyable ; il défendait le Dieu de saint Augustin, libre parce qu’étant l’Amour.Chez Soeur Colette je retrouvais, en un style de vie très simple, les grandes intuitions de saint François avec lesquelles Guillaume construisait une philosophie.La découverte que je fis en étudiant le philosophe franciscain du moyen âge a décidé de ma vie entière.On en trouvera les * 14, Scavée du Biéreau, 1348 Louvain-La-Neuve, Belgique.15 traces dans tout ce que j’ai dit au cours de mon enseignement ou de mes retraites et dans tout ce que j’ai écrit : livres ou articles.D’autre part ma façon de faire de la théologie a été de réagir de mon mieux aux enseignements de la vie plus qu’à l’érudition livresque qui est évidemment indispensable pour travailler avec rigueur.Sans négliger celle-ci, j’ai tâché de la mettre au service d’une théologie existentielle.Dès lors les exemples et les témoignages de mes contemporains ont toujours été une source quotidienne d’investigation.La mère abbesse en qui j’ai vu revivre si profondément et si simplement l’âme franciscaine vient de quitter notre monde d’épreuves et d’espérance.Je lui dois beaucoup dans mon cheminement spirituel comme dans ma réflexion théologique.J’ai pensé que je ne pouvais pas garder pour moi ce que je lui devais.C’est ce qui m’a fait écrire ces pages où j’essaierai de dire comment une religieuse contemplative peut traduire en exemples concrets ce qui me semble être l’essentiel de l’Évangile.«Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais qui te parle.» disait Jésus à la Samaritaine.I - Avant Soeur Colette, une devancière « J’ai l’occasion de reprendre une intéressante entreprise commerciale, mais ce ne serait pas chrétien.Nous serons agriculteurs ».C’est ce qu’écrivait un fiancé du Tournaisis à sa future épouse à la fin du siècle dernier.Il était fidèle ainsi à une certaine mentalité traditionnelle dans les temps de chrétienté : saint Thomas au Xllle siècle disait que le commerce a quelque chose de honteux, parce qu’il consiste à gagner de l’argent sans travailler.Je rapporte ici le propos de cet homme parce qu’il manifeste un profond ancrage dans une conduite chrétienne : celui qui parle ainsi est disposé, en raison de sa foi, à vivre dans moins d’aisance et dans un labeur plus rude.Le foyer qu’il va fonder — peu importe ici que son jugement soit juste ou non — ne sera pas régi par l’esprit de lucre ou la facilité.Les valeurs chrétiennes vont y être prévalentes.16 Cet extrait de lettre m’a été communiqué par une personne née en 1900; elle la tenait de sa mère qui avait précieusement conservé ce souvenir de ses fiançailles.Élevée dans ce christianisme sans concession, elle devint religieuse chez les Pauvres Claires de Tournai.Un jour qu’elle était occupée à des travaux de ménage dans son couvent, ses yeux tombèrent sur un livre insolite, relégué dans une petite armoire : une bible.Elle l’ouvrit et en fut foudroyée.Elle découvrait l’originalité de la religion judéo-chrétienne, l’amour préférentiel de Dieu pour ce qui n’est pas aimable: un ramassis d’esclaves analphabètes en Égypte.Elle voyait Dieu resté fidèle en affection, avec une tendresse infinie, à l’égard du peuple qui ne cessait de le mettre à l’épreuve.Elle devinait ainsi de quel amour procédait l’incarnation, expression de l’attachement divin à l’égard de tout ce qui est humainement petit, et que la miséricorde poussait jusqu’à la folie de la croix.Avec stupeur, elle saisit à quel point ce que Dieu fait en nous importe plus que ce que nous pouvons faire pour lui, à quel point il faut tout recevoir filialement de son amour, avec une confiante dépendance pour seule sécurité.Elle insista pour pouvoir relire la Bible, mais on se défiait communément de ce livre dangereux dans les milieux catholiques, que le protestantisme avait traumatisé.Sa supérieure, inquiète, lui demandait : « La sainte Règle ne vous suffit donc pas ?» « Mais non », répondait-elle.Elle réfléchit, pria, et un beau jour se décida à quitter le couvent.« Vous me croirez si vous voulez, me disait-elle, mais je suis partie parce que Dieu était trop beau.» Elle avait plus de quarante ans et elle s’autorisait d’une réflexion de saint Thomas d’Aquin disant qu’à cet âge, un religieux formé pouvait avoir avantage à quitter la vie commune pour la vie érémitique.Elle se fit donc ermite, dans une petite maison proche d’un monastère, n’en sortant que pour se rendre à la messe et faire les maigres achats indispensables à sa vie retirée.Elle avait avec elle la Bible, les commentaires des psaumes par saint Augustin, un harmonium.À longueur de journées elle chantait l’office et faisait, pour un monastère voisin, les travaux de couture qui lui 17 assuraient ses indispensables ressources.Elle observait son statut d’ermite de la façon la plus stricte et ne revint même pas dans sa famille lors du décès de ses parents.Le P.Vendeur, moine de Maredsous, auteur de plusieurs ouvrages de spiritualité qui eurent une large diffusion, disait qu’il n’avait connu personne qui interprétât la Bible avec autant de pénétration.Notons à titre d’exemple qu’elle avait composé un recueil de textes où depuis Abel, depuis Jacob et Benjamin, elle avait relevé l’affection de Dieu pour le fils puîné, pour « le plus petit d’entre les peuples » et pour les plus petits de ses membres : David notamment.Elle avait encadré cette liste et méditait ces textes.Elle était plus proche que jamais du « petit pauvre » d’Assise.Elle avait une soeur mariée et mère de famille qui s’est trouvée prématurément veuve à la tête d’une importante exploitation agricole avec trois enfants à charge.L’ermite alors changea une nouvelle fois d’état de vie ; après sept ans de solitude, elle vint au secours de sa soeur, devint fermière et éducatrice.Elle était restée en relations épistolaires avec les Pauvres Claires de Tournai mais, quand elle revint habiter à quelques kilomètres de chez elles, elle leur fit de fréquentes visites.C’est ainsi que je l’ai connue.C’est ainsi également que je bénéficiai pendant une semaine de son hospitalité.J’étais aumônier des clarisses et Soeur Colette était leur supérieure.Un jour celle-ci me trouva fatigué et me conseilla d’aller prendre quelques jours de repos chez son amie.Quand j’arrivai, l’ancienne ermite me dit: «Je ne suis pas sûre que votre séjour sera reposant.C’est que je ne puis parler que de Dieu et cette conversation ne vous sera peut-être pas une détente.» Effectivement, le premier soir déjà, arrivant en retard au repas elle explique : « J’ai mis couver une poule.Je l’avais fait hier après lui avoir préparé un beau nid dans un local bien propre.Mais elle s’est mise à regarder autour d’elle, s’est inquiétée, a commencé à caqueter et s’est sauvée.Aujourd’hui, je l’ai mise sur son nid, 18 mais dans le noir, elle couve bien calmement et dans trois semaines j’aurai des poussins.Ainsi en est-il de Dieu : il prend soin de nous, mais nous discutons, nous nous inquiétons et nous nous échappons.Alors, il nous met dans le noir et si nous y consentons, tout va tout seul ! » Le lendemain elle me parle encore de couvée.« L’année dernière, dit-elle, j’avais ajouté aux oeufs de poule des oeufs de canard.Quand tous les poussins furent capables d’une promenade, la poule s’en fut avec eux faire le tour du jardin.Mais il y avait là une petite pièce d’eau et quand les petits canards la virent, ils s’y précipitèrent.Vous auriez dû entendre les cris d’effroi de la poule.Alors, vous pensez bien que si une poule s’alarme ainsi au sujet de ses poussins qui ne sont même pas les siens, je puis être tranquille: combien plus attentivement Dieu veille sur moi avec amour.» Un jour suivant elle ajoute : « Ma brebis a mis bas il y a quelques mois.L’accouchement fut douloureux : pour naître, l’agneau a fait mal à sa mère ; vous pensez qu’elle lui en a voulu ?Elle s’est bien au contraire mise à le lécher.Alors, vous pensez si Dieu me lèche après que Jésus ait été crucifié pour nous.» Elle ajoutait ainsi ses paraboles à celles des Évangiles, qu’elle commentait avec savoir.Elle disait : « Vous autres, théoriciens en chambre, vous chargez ceux qui peinent au quotidien de fardeaux impossibles à porter.Ayez donc un peu le regard de Dieu.>> Quelques années plus tard, j’allai la saluer lors d’un retour dans le Tournaisis.C’est elle qui vint m’ouvrir.« La vie est dure ici», me dit-elle sur le pas de la porte.«Je jeûne depuis des semaines, des mois, et c’est une bien douloureuse privation.Je m’explique : je ne suis plus capable de me déplacer ni de me tenir sur une chaise à l’église, je ne puis donc plus communier.C’est dur, bien dur.» Je célébrai alors l’eucharistie avec elle et sa soeur.Je lui promis de revenir, mais les mois de décembre et janvier 1970-1971 furent des mois de neige et de verglas.Je ne puis 19 donc revenir chez elle que fin janvier.Elle était décédée et sa soeur me fit le récit de sa fin.Elle était décédée le soir du 16 janvier 1971.On était encore proche de Noël et, au moment d’aller dormir elle s’était arrêtée devant une image qui, sur la cheminée, représentait une petite fille devant la crèche.Elle la commenta en disant : « C’est bien moi, la petite fille devant mon Dieu qui s’est fait tout petit pour que je n’aie plus peur de lui.» Ce furent ses dernières paroles, elle tomba.Elle avait vécu 70 ans.Le matin de ce jour-là, elle avait fait remettre aux Clarisses de Tournai un commentaire de l’Évangile qu’elles lui avaient prêté.Une lettre était jointe à son envoi.Elle y écrivait: «Maintenant que la Bible n’est plus enfermée dans la petite armoire, j’espère qu’elle est pour vous comme pour moi Esprit et Vie.Un jour comme autrefois, nous chanterons ensemble : Mon âme, oh ! que rendre au Seigneur! Il a aimé notre indigence.Je prie de tout coeur le Seigneur de vous donner autant de grâces et de bénédictions que vous pouvez en porter.» C’est son dernier écrit.Elle avait partagé avec Soeur Colette ses commentaires d’Évangile ; elle lui disait : « J’ai vécu au couvent en d’autres temps et mon appel a été de continuer ailleurs ce que j’ai entrevu là-bas.Mais maintenant l’Église redécouvre toute la vitalité de son message.Elle relit l’Évangile et comprend mieux saint François.Le message de Jésus vivifie d’une nouvelle manière les couvents.Vous devez y rester pour y partager avec d’autres la vigueur et la douceur de l’abandon fraternel à Dieu dans la foi.» Nous voici introduits au cheminement spirituel de Soeur Colette.Il - Chez les Pauvres Claires La mère abbesse qui a précédé Soeur Colette au gouvernement de la communauté était Mère Françoise.C’était une personne de grande vertu, mais scrupuleuse et paralysée par l’éducation rigoriste du 19e siècle.J’ai souvent pensé à elle en 20 songeant à la façon dont l’Église primitive s’était structurée.Si elle avait une décision à prendre à l’occasion d’une innovation possible, ne fût-ce qu’en matière culinaire où elle craignait qu’on ne cède au goût du jour, elle demandait l’avis de la mère abbesse des Clarisses de Bruges, parce que les pauvres Clarisses de Tournai avaient été fondées par la maison de Bruges et que celle-ci restait la référence en cas de problèmes.Ainsi les communautés chrétiennes des débuts prenaient comme modèles celles qui avaient été fondées par les apôtres et qui étaient dès lors considérées comme les gardiennes des valeurs fondamentales auxquelles on voulait rester fidèles.Mais Mère Françoise vieillissait et souffrait d’un diabète de plus en plus grave.Elle ne voulait pas céder lâchement à la fatigue, elle craignait quelque peu aussi que sa communauté ne cède un peu vite aux tentations de changement.N’osant prendre la responsabilité de démissionner, elle fit appel au Provincial des Franciscains, le P.Beda Rigaux.Celui-ci consulta la communauté et rassura complètement la supérieure hésitante, il trouvait les soeurs paisiblement et fraternellement confiantes dans les capacités de l’une des jeunes religieuses formées dans la JOC alors en plein essor : Soeur Colette prédestinée en quelque sorte par les deux noms qu’elle portait ; Claire était son nom de baptême, Colette, son nom de religion, était celui de la réformatrice des «Pauvres Claires» appelées communément depuis lors « Colettines ».Elle disait un jour: il faut introduire un peu d’action catholique dans les couvents.Elle entendait par là mettre l’Évangile dans toute la vie comme le souhaitait Cardijn le fondateur de la JOC qui ne parlait guère du catéchisme mais se référait continuellement à l’Évangile d’une part et aux faits de vie d’autre part.Soeur Colette ne cessera d’insister sur la primauté de la vie par rapport aux lois et aux coutumes.La spiritualité de «séparation du monde», qui tenait une place primordiale dans les monastères à l’époque où elle devint supérieure, comportait le risque d’un certain formalisme ; et le souci de l’identité religieuse exprimée dans les us et coutumes et dans les signes extérieurs de consécration à 21 Dieu en clôture pouvait faire obstacle au partage de la condition humaine commune, avec ses souffrances et ses valeurs.Saint François d’Assise lui-même l’avait pressenti ; ses disciples ne cessèrent pas d’allier le souci de pratiquer les ruptures évangéliques propres à leur état de vie et de partager la pauvreté de tant de pauvres au coeur du monde.L’essence de la spiritualité franciscaine est d’être pauvre non seulement de biens matériels, mais de se sentir pauvre en vertus ou en mérites : c’est de recevoir de la grâce de Jésus-Christ, sans esprit de propriété, sans suffisance et sans complexe de supériorité, tout le bien qu’on peut faire; c’est de faire entière confiance à la miséricorde qui tire le bien de tout mal auquel on peut avoir cédé.Ne s’attribuer rien de ce qu’on peut réaliser de louable, se détacher du sentiment de culpabilité à l’égard de ce qu’on a pu commettre de regrettable.Vivre toute sa vie comme une grâce, savoir la grâce partout présente, même dans le péché.Être ainsi profondément détaché de soi-même, de ses réussites comme de ses fautes, vivre aussi continuellement que possible sa vie en la recevant.Être aussi fidèle que possible au don de Dieu, être aussi libre que possible, de la confiante et reconnaissante liberté évangélique.Les dons gratuits de Dieu sont nos seules vraies richesses.Sans cesse cette gratuité nous précède : la grâce est à la source de nos bons vouloirs et de nos confiants repentirs.L’affection divine sans condition préalable ne cesse de nous faire revivre.Elle nous invite à l’accueillir sans prétention ni réticence dans les plus petits de nos frères auxquels va sa prédilection, en nous demandant de les rejoindre dans une gratitude confiante.L’Église de Jésus-Christ sera une cordiale fraternité de petits qui n’ont rien à eux sinon le partage d’un amour qu’ils n’ont pas conquis, mais qu’ils ont à recevoir avec une humilité reconnaissante.Tous les hommes sont des pauvres appelés à vivre en frères du même amour, qu’ils en aient conscience ou non.La joie évangélique est d’en avoir conscience.C’est de cela que Jésus avait parlé dans les Béatitudes.C’est cela qui avait fait vivre ses disciples malgré les difficultés à le suivre sur le chemin du calvaire 22 et de la résurrection.Les seules confidences qu’il nous ait faites sur sa vie intérieure sont de toujours appeler Dieu Père et de nous dire qu’il était doux et humble de coeur.Saint François avait poussé jusque-là l’idéal de pauvreté évangélique.Le partage de la pauvreté matérielle n’était que la traduction de son effacement devant la grâce dont il se sentait radicalement débiteur.Sainte Claire l’avait suivi en voulant à son tour mettre sa vie dans le sillage de Jésus Fils de Dieu Sauveur.Elle avait, elle aussi, été séduite par cette pauvreté radicale qui ferait d’elle et de ses filles de grandes priantes, continuellement émerveillées par la contemplation du mystère de la bouleversante gratuité de l’amour divin.Soeur Colette avait été orientée par la JOC vers cette spiritualité qui simplifia toute sa vie dans le sentiment de n’avoir rien qu’on n’ait reçu et de ne pouvoir désespérer jamais de la fidélité divine, dont nous continuons à tout recevoir.Elle eut la grâce d’une rencontre avec la consoeur qui, avant de quitter le couvent, et dans la suite par son amitié, la confirma de façon décisive dans son orientation de « Pauvre Claire».Elle était tout imbibée de cette doctrine de la pauvreté devant Dieu qui sans cesse nous aime le premier et tout ce qu’on pourra dire d’elle découlera de cette extraordinaire profondeur de foi.La devancière dont nous avons dit la découverte de l’amour divin, encouragea Soeur Colette à méditer de façon approfondie le don de Dieu par une fréquentation assidue de l’Évangile.Elle s’exprimait avec une joyeuse exubérance ; Soeur Colette par contre était la discrétion même ; son humeur toujours égale se lisait sur le visage inlassablement souriant, mais sa parole était rare, simple et enveloppée de silence.On la trouvait toujours fraternellement accueillante et simplement disponible; sa paix et le ton de sa voix sereinement allègre mettait à l’aise sans retard ceux qui venaient l’importuner.Elle ne faisait pas de longs discours sur Dieu, mais quelques mots suffisaient à mettre en sa présence tandis qu’elle-même s’effaçait.Je citerai ici la brève réponse me remettant sur le juste 23 chemin un jour de découragement.Je lui disais : devant l’échec de différents efforts, le prêtre diocésain serait parfois tenté de se réfugier dans un monastère.« Oui, n’est-ce pas, me dit-elle, il faut toujours garder l’assurance que l’action de Dieu est bien plus primordiale que la nôtre et qu’il ne cesse jamais d’agir dans nos insuffisances.» Cette réflexion lapidaire m’a marqué pour longtemps.Je n’ai que des souvenirs moins précis de nombreuses conversations paisibles où se devinait le silence de la contemplative, son constant esprit de prière.Dans des mots sans apprêt son recueillement jamais tendu transparaissait.Elle vivait et disait, par toute son attitude, ce que les mystiques ont habituellement appelé le saint abandon.Elle citait volontiers l’Évangile, relevant tel fait de la vie de Jésus comme la douce faiblesse de l’enfant de Bethléem, telle parole particulièrement réconfortante du Christ.On percevait sans qu’elle en fasse de longs commentaires sa confiance en Dieu, sa conscience de tout lui devoir, sa paix profonde.Ceux qui ont eu le privilège de la voir souvent — et j’en fus pendant une quinzaine d’années — ne l’ont jamais quittée autrement que s’ils sortaient d’une méditation sur l’affection divine et la pauvreté qui sied à l’enfant qui en bénéficie en tout ce qu’il vit, sans mérite.Je relève ici une anecdote : un jour on la cherchait partout sans la trouver.Elle était allée chercher la solitude et le silence au jubé de la chapelle.C’est dans des moments comme ceux-là qu’elle se ressourçait.Devançant les décisions consécutives au concile relativement à la liturgie en langue vivante, elle obtint, pour les soeurs qui ne connaissaient pas suffisamment le latin, la permission de réciter l’office en français.Je me souviens de l’émotion avec laquelle, au lendemain du concile et de la réforme liturgique, j’écoutai avec toute la communauté les psaumes en français dans la musique chaleureuse de Gélineau.C’était l’émerveillement dont parle l’Évangile à la découverte de la pierre précieuse.Les conversations toujours très simples avec Soeur Colette étaient dans ce ton-là.24 Elle communiait profondément à toute souffrance, mais toujours avec la même réserve dans la voix et dans des mots sans prétention.Elle fut la confidente de bien des inquiétudes et de bien des deuils ; quand la petite communauté des soeurs externes s’est éteinte, une soeur du choeur sortit de clôture pour accueillir les pauvres, recevoir les dons des bienfaiteurs et surtout entendre les récits d’épreuves et les demandes de prière pour des événements, tantôt heureux et tantôt malheureux.Elle prit largement sa part de cette charge, y recevant à pleines mains la mystérieuse pâte humaine.Ceux qui l’ont fréquentée sont unanimes en parlant de la stabilité de son calme, ils sont pourtant unanimes aussi à dire qu’elle vibrait à l’unisson de toute joie et faisait sienne toute peine.Émue de l’incommensurable souffrance humaine, elle disait: « Notre monde est en gestation, on y accouche de la vie éternelle et tout accouchement est une souffrance, mais le Père y est toujours tendrement ému.» Le péché était pour elle un impressionnant mystère.Jamais, au grand jamais, elle ne condamnait le pécheur ; elle ne cherchait pas non plus à l’excuser.C’était pour elle un pauvre nous rappelant notre pauvreté.Il lui parlait de Dieu, de sa miséricorde aussi maternelle que paternelle.Blessée et jamais épouvantée par l’ingratitude humaine, elle n’y réfléchissait pas en psychologue, mais dans une humble et affectueuse compassion en même temps que dans l’espérance.Le péché était pour elle une occasion de parler de Dieu.Il voit plus clair que nous, il est bien moins sévère que nous et bien plus patient, disait-elle ; il tire le bien du mal.Elle ne s’y attardait qu’en peu de mots: son extrême réserve, son fraternel respect lui interdisait de parler longuement des fautes qu’on avait confiées à sa prière.Mise en présence d’un différend, elle cherchait à apaiser.Elle tâchait moins de discerner la valeur des thèses qui s’opposaient que de contribuer à une dissolution des agressivités, de façon à rendre le terrain disponible pour l’action de Dieu.25 Grâce à son souci de promouvoir en tout la pauvreté profonde, ouverte à l’amour transformant de Dieu, elle fut la médiatrice, quotidiennement efficace dans l’effacement, de l’entreprise divine qu’est une communauté.Elle réalisa ainsi une réussite peu commune : exercer l’autorité sans être autoritaire.À première vue, pareille conduite prête au reproche de démission devant les exigences d’un monde qui a tellement besoin d’être transformé.Il est vrai que Soeur Colette ne se souciait pas d’analyse sociale ou économique, ni même pastorale ; sa vocation était autre : se consacrer à l’essentiel, le sens de Dieu, l’ouverture à la grâce dans la foi, l’espérance et la joie.Elle aurait adhéré de tout son coeur à la doctrine de deux livres récents de Dom Louf, abbé du monastère cistercien du Mont des Cats tout proche de Tournai : Au gré de sa grâce et La grâce peut davantage (Éditions Desclée de Brouwer, 1990 et 1992).Ces livres, issus de la pratique de la vie contemplative, traitent dès lors, nous dit l’auteur, du lieu où l’avenir du peuple de Dieu se construit dans l’écoute et la patience.Soeur Colette avait du coeur et elle ne se contentait pas de voir avec sympathie l’humanité en général.Elle aimait les relations personnelles très cordiales et elle était singulièrement fidèle en affection.Je laisse ici la parole à une personne qu’elle a souvent reçue au parloir.« Les gens disent d’elle que c’est une sainte.Ses soeurs aussi.Moi, je ne sais pas ce qu’est une sainte ! Ce que je sais, c’est que Dieu vivait en elle et était sa sainteté.On comprendra la difficulté à raconter nos conversations.Elle était transfigurée par l’Amour et tout simplement contagieuse.C’est à ce niveau que se déroulaient nos entretiens.Moi, je racontais.Elle écoutait et «rehaussait».Nos conversations commençaient toujours par parler du temps, de la saison.Ce qui n’était pas banal mais plein de fraîcheur.Qu’il y ait du soleil, de la neige ou de la pluie, c’était entre nous une louange à la création, à sa beauté; qu’on ne croie surtout pas que cela avait quelque chose de mielleux, de doucereux, non surtout pas ! Non ! c’était spontané, joyeux.Tout 26 cela était clair et net chez elle.Elle faisait table rase des moindres troubles.Bien que discernant le bien et le mal, jamais je ne l’ai entendue critiquer une personne.Elle reconnaissait les faits, les condamnait mais pas la personne, puisqu’elle est sauvée par un Amour infini.Elle était réellement amoureuse de Jésus-Christ.Pas besoin de le dire, cela se sentait dans la façon dont elle parlait des hommes, de l’humanité.Heureuse de voir la transformation, l’évolution de l’univers, elle était vraiment plus ouverte que les gens du monde.Toujours à l’écoute, avec la force des humbles et une humilité qui l’enfonçait de plus en plus dans l’adoration, dans le renoncement avec une infinie tendresse et un oubli complet d’elle-même.Sa vie était un long silence n’appartenant qu’à Dieu, ne se révélant qu’à sa demande.» Sa vie entière était comme sa spiritualité ; profondément et simplement affective sans rien qui soit compromission avec le sentimentalisme.Son abord toujours souriant alliait, le plus simplement du monde, semble-t-il, force et cordialité.Son secret était sans nul doute qu’elle était habitée: un silence intérieur nourrissait l’équilibre et la santé de toutes ses habitudes.On aurait apparemment pu lui reprocher d’avoir le courage de l’acceptation plus que celui de l’initiative.Cependant, la rénovation de la chapelle du couvent qu’elle eut l’audace de réaliser en 1954, dans un esprit qui était déjà celui du concile — par exemple, le bel autel de pierre était déjà disposé de façon à permettre l’eucharistie face au peuple — témoigne qu’elle n’avait pas peur d’innover.Elle entreprit ensuite de renouveler avec un goût très sûr l’ensemble des bâtiments du monastère.Tirant le meilleur parti possible du mouvement biblique qui commençait dans les années cinquante, elle pourvoit la bibliothèque d’ouvrages de valeur, notamment de commentaires d’Écriture, et fait appel à des spécialistes pour organiser des sessions répétées dans sa communauté.27 Elle avait ses limites évidemment ; elle aurait pu par exemple s’informer davantage : il semble qu’elle lisait peu en dehors de l’Évangile et de bons commentaires.Elle ne cherchait pas à être savante ni informatrice, elle était sans prétention à sa place : elle était selon l’expression biblique juste, à la manière dont une note de musique est juste.Silencieuse par nature et par grâce, elle le devint de plus en plus en vieillissant.Mais elle n’avait pas besoin de parler pour être présente.Ce qu’on retiendra d’elle, plus que de phrases à citer, c’est cette présence habitée d’une mystérieuse présence, si simplement, si paisiblement.Elle s’est éteinte lentement et doucement et elle n’a laissé aucun écrit.À son témoignage, je voudrais joindre celui de Mgr Nassaux, alors président du séminaire de Tournai, dont la présence toujours humble et discrète, fut également si rayonnante.Déjà âgé il me disait un jour : « Maintenant que je peux parler comme un vieillard, je puis dire que l’important dans une vie, c’est la bonté.» Un monastère de Pauvres Claires est une maison de bonheur silencieux et fraternel.Ce n’est pas un refuge où l’on fuit les risques de la vie, mais un lieu où l’on respire la fraîcheur de l’Évangile avec le désir de vivre à la manière du petit pauvre d’Assise, et le plus profondément que l’on peut, le défi de l’accueil à la grâce.28 Être adulte dans la foi : un idéal ambigu Louis Roy, o.p.* Si nous tenons compte de la nette convergence de nombreux auteurs qui traitent de la religion en s’aidant des données de la psychologie, la distinction entre le croyant infantile et le croyant adulte semble devoir s’imposer1.On la trouve d’ailleurs chez saint Paul2.Mais bien que cette distinction soit éclairante et utile, on peut se demander si la seconde catégorie — celle du croyant adulte — n’est pas trop globale, voire ambiguë.Il me semble que le problème de la relation à Dieu serait davantage éclairci si l’on notait une différence entre deux façons d’être adulte dans la foi.De la sorte, le contraste entre l’infantilisme et l’état adulte serait remplacé par un schéma comprenant non plus deux, mais plutôt trois attitudes religieuses : l’infantilisme religieux, l’idéal du croyant adulte et l’entière ouverture à la dialectique du péché et de la grâce.Cet article découle d’une observation maintes fois répétée.Dans le monde des religieux, au long des années, on a vu des individus, apparemment persuadés qu’ils étaient eux-mêmes pleinement adultes dans la foi, oser montrer du doigt, à l’occasion, ceux qui, d’après eux, avaient ou n’avaient pas de maturité.Or cette conviction les a conduits à s’enfermer dans un psychologisme superficiel, à rester sourds aux besoins spirituels des autres et à ne pas faire face à des enjeux missionnaires que l’évolution de notre société rendaient de plus en plus radicaux.Ma question de base est donc la suivante : comment peut-on dépasser cette façon erronée de comprendre l’idéal de l’adulte dans la foi ?Pour *2715, Côte-Ste-Catherine, Montréal, Qc, H3T 1B6.29 expliquer ce qui favorise un tel dépassement, je décrirai très brièvement l’infantilisme religieux ; puis je présenterai d’une façon critique l’idéal du croyant adulte ; enfin je me ferai l’avocat d’une troisième attitude, qui corrige les ambiguïtés de la deuxième tout en allant plus loin qu’elle3.1.L’infantilisme religieux La moins noble des trois attitudes religieuses en question, c’est l’infantilisme.Il s’agit d’une religion superstitieuse et sécurisante, qui masque la difficulté d’établir des rapports interpersonnels marqués au coin de l’égalité.C’est le fait d’un individu dont les comportements inadéquats trahissent un déséquilibre et une irresponsabilité.C’est le monde d’une personne qui n’a pas accédé au niveau d’un désir humain relativement libre, mais qui couvre sa fragilité d’une protection religieuse.Au lieu de s’ouvrir avec intérêt et reconnaissance à l’enrichissante altérité, elle s’en tient à ses besoins et elle réduit les autres et Dieu à des objets de besoin.4 Quelle image de Dieu s’accommode de cette situation?Il semble que n’importe quelle image de Dieu risque d’être mal utilisée et d’exercer une espèce d’aliénation, que ce soit celle d’un juge, d’un père, d’une mère, etc.5 On se sent alors malsainement dépendant par rapport à un Être supérieur.Cet Être est localisable, accessible et manipulate au moyen de gestes particuliers.Devant ce vis-à-vis, qu’elle imagine au-dessus d’elle, la personne se déprécie elle-même, en se privant de sa valeur propre, qu’elle reporte sur Dieu.C’est l’erreur de la projection, que Feuerbach dénonçait avec passion dès 1841, et que Marx et Freud réinterpréteront à leur tour, chacun à sa façon.6 Il est relativement facile de reconnaître l’infantilisme.Il est plus difficile d’éviter le mépris et d’aider les autres à acquérir une plus grande clairvoyance à l’égard d’eux-mêmes.Le plus exigeant, c’est de retracer honnêtement en soi-même des signes d’infantilisme.Je reviendrai plus loin sur cette honnêteté, que le besoin de se voir mature rend quasi impossible.30 Ce qu’il importe de remarquer, toutefois, c’est que la défiance des chrétiens d’aujourd’hui à l’égard d’une religion infantile vient du défi lancé aux Églises par les sociétés occidentales, qui exaltent l’autonomie de l’être humain7.Si le chrétien éclairé ne peut accepter le sens de Dieu et le sens de l’homme véhiculés par une religiosité populaire qui lui paraît infantile, c’est qu’il se trouve confronté à un humanisme triomphant dont il a absorbé les valeurs.De nos jours, les sciences, la technique, la psychologie, la politique, le monde des affaires et des loisirs imposent un idéal humain nouveau.L’idéal du croyant adulte constitue une réponse à ce défi.2.L’idéal du croyant adulte Le chrétien adapté à la mentalité contemporaine, qui insiste sur l’autonomie individuelle, se rallie donc à l’image suivante : celle de l’adulte équilibré, ouvert, créateur, serviable, capable de rapports interpersonnels harmonieux, soucieux de se faire respecter, réflexif concernant ses expériences, etc.Le Dieu qui correspond à cette attitude fondamentale sera aperçu dans la ligne d’une recherche de sens et de valeur, de plaisir et de gratuité, d’engagement et d’accueil.Si l’individu privilégie l’action, Dieu sera entrevu comme un dynamisme dans un monde où il y a beaucoup à faire et dans une communauté présente à la société ; si l’individu est plutôt artiste, Dieu sera assimilé à un mystère, à une source de vie et de beauté.Ce qui fait problème ici, c’est qu’on a souvent affaire à une expérience religieuse sans grande intériorité, où l’accent est mis sur son idéal à soi, au détriment de l’intérêt et de la fascination qu’on pourrait avoir pour Dieu.En empruntant des catégories de Bernard Lonergan, je dirais qu’on se concentre sur la conversion morale, qui porte sur les valeurs, et qu’on néglige la conversion religieuse.Il écrit que «la conversion religieuse va au-delà de la conversion morale >> ; il explique que « la conversion religieuse transforme le sujet existentiel pour en faire un sujet en amour, un sujet saisi, captivé, envoûté et possédé par un amour total et donc transmondain »8.31 Ce qui fait défaut, c’est également l’exercice d’une lucidité et d’une ironie face à nous-mêmes.Nous sommes pourtant invités par les artistes, les journalistes, les historiens et les gens radicaux à regarder bien en face tout l’aspect sombre du vécu, qui révèle de la fausseté envers les autres, du mensonge, bref du déséquilibre.Les nouvelles quotidiennes illustrent le sinistre potentiel qui se dissimule dans le coeur humain : ressentiment, étroitesse, lâcheté, distorsion des faits, calomnies, esprit de rancune et de vengeance, hostilité, cruauté, etc.Parfois nous nous pensons si matures que nous devenons aveugles face à nos attitudes et comportements et nous ne nous rendons pas compte du tort que nous faisons aux autres.N’est pas si répandue la franchise de Jean-Baptiste Clamence, le narrateur de La chute, roman d’Albert Camus, qui découvre le péché à l’intérieur de lui-même.Ce que nous venons d’illustrer dans les deux derniers paragraphes, c’est le fait que l’idéal évangélique de la personnalité adulte adresse deux critiques à l’idéal humaniste de la personnalité adulte.Premièrement, la révélation chrétienne pousse le désir d’être mature à se décentrer et à devenir second — sans devenir secondaire — par rapport à l’intérêt qui émerge de plus en plus pour le Dieu vivant.Et deuxièmement, elle nous invite à reconnaître que nous ne sommes jamais parfaitement matures, mais que nous devons vivre dans l’humilité la lutte contre le péché.Certes les croyants sensés savent que l’Évangile dépasse le niveau purement humain, mais souvent ils l’admettent d’une façon plutôt théorique quand il s’agit d’eux-mêmes.On ne s’arrête pas pour réfléchir à ce fait et le prendre vraiment au sérieux.On commet l’erreur de se satisfaire des progrès accomplis jusque-là.Pour s’encourager, on se persuade que ses manquements ne sont pas graves, et l’on finit par les oublier et se ranger malgré tout du côté des croyants dits équilibrés.Pour maintenir une tranquillité satisfaite de soi-même, on méconnaît la grandeur de l’appel évangélique, qui incite à aller toujours plus loin dans l’accueil du Mystère.32 On trouve pourtant dans l’Évangile un avertissement significatif à cet égard : « Si vous étiez des aveugles, vous seriez sans péché ; mais vous dites : « Nous voyons ! » Votre péché demeure » (Jn 9,41).Il faut remarquer que Jésus s’adressait aux Pharisiens, les adultes dans la foi de cette époque ! Le problème des Pharisiens, comme celui de bien des chrétiens actuels, c’est qu’ils essayaient de réaliser leur équilibre par leurs propres forces, en s’attribuant plus ou moins consciemment le mérite.Il est facile de tenir pour acquis que nous sommes adultes, oubliant notre capacité radicale de régression en matière d’amour, et de nous imaginer que nous n’avons pas besoin de salut.Dans la vie religieuse, l’individu qui se croit pleinement adulte se veut parfaitement autonome.La plupart du temps, sa présomption l’amène à ne s’ouvrir à aucun guide spirituel3 * * * * * 9, à ne pas rendre compte de ses actes au supérieur et à se penser « seul maître à bord après Dieu >>.Il considère sa vie personnelle comme une affaire strictement privée.Il n’y a pas de place pour la correction en communauté.Quand d’autres mettent en question certains de ses comportements, il réclame avec indignation qu’on le traite avec miséricorde.Il méconnaît le fait que dans la Bible il n’y a pas de miséricorde sans jugement préalable.Au fond, il ne prend guère au sérieux ni son péché ni la force de la grâce, car il n’entre pas dans un processus de conversion en s’efforçant de changer quelque chose d’important dans sa vie.3.La dialectique du péché et de la grâce Pour effectuer un véritable dépassement de soi, il faut plus que la lucidité et l’ironie.Certes celles-ci font ressortir le fait qu’un problème existe dans notre vie personnelle: le problème de l’amour.Elles rendent difficile la satisfaction de soi, en aiguisant l’honnêteté face aux échecs et en favorisant la reconnaissance de manquements envers les personnes qui nous entourent.Mais la lucidité et l’ironie ne donnent pas la motivation suffisante pour affronter résolument le problème de l’amour dans sa vie personnelle.D’autres conditions sont requises : une rencontre de témoins religieux à la fois courageux et humbles, une quête de 33 sens et d’intimité qui se laisse fasciner par le Mystère, une écoute du Jésus des Évangiles, qui dit: «Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs» (Mt 9,13).Tous ces éléments conduisent normalement à une expérience de foi radicale, grâce à laquelle la personne est transfigurée par la découverte du Dieu vivant, dans la lumière de l’Esprit.Dans un climat d’amitié avec Dieu, nous pouvons plus facilement admettre notre absence d’amour complet, qui se révèle alors comme la racine ultime de notre déséquilibre humain.Et cette absence trouve à la fois son sens et sa solution dans l’abandon au vrai Dieu, Père de Jésus, celui qui nous offre son propre Fils comme source de pardon, et son propre Esprit comme source de vie.Du même coup, il nous est donné d’aimer nos frères et soeurs théologalement, c’est-à-dire de leur souhaiter la présence de cette Trinité qui s’avère leur vraie joie, et même de les aider à l’accueillir.Il y a là une expérience de Dieu qui dépasse nettement les perceptions de l’individu moral ou vaguement religieux.Si nous revenons au problème du chrétien adulte, il faut voir que le concept d’adulte n’est pas un concept clos dans un ordre donné mais qu’au niveau naturel, il apparaît inachevé et ouvert à une transformation10.Cela tient au paradoxe même de l’être humain, cet être si étrange, si riche et si incomplet.À cause de cette incomplétude fondamentale, l’idéal de la maturité individuelle peut mener à un cul-de-sac.La personne qui veut réaliser par ses propres forces le plus bel idéal, serait-ce celui d’aimer les autres pour eux-mêmes, se prive de ressources religieuses dont elle a pourtant absolument besoin.Le fait de mettre un accent très prononcé sur les forces du moi peut aller à l’encontre du Nouveau Testament, dont l’invitation à entrer dans le mystère du Christ ressuscité relativise l’ego.En revanche, lorsqu’on le vit selon la voie évangélique de l’esprit d’enfance, l’idéal de la maturité se situe dans un cadre plus large, où il a plus de chances de se réaliser.Paradoxalement l’adulte qui assume l’enfant en soi parvient à accéder à des énergies insoupçonnées.Mais ceci ne se fait pas d’une manière 34 indisciplinée.Une nouvelle priorité doit en effet s’imposer: une attention quotidienne à Dieu et aux autres.Alors que non seulement le croyant infantile mais également le croyant qui se veut adulte par ses propres forces n’échappent guère à l’égocentrisme (souvent déguisé sous des dehors d’altruisme), le véritable adulte dans la foi se caractérise par une plus grande part d’hétérocen-trisme.Il reçoit comme grâce d’être ouvert à autrui et à Dieu.Il réussit à s’intéresser aux autres pour eux-mêmes et à entrer en relation avec Dieu non pas en vue de l’utiliser, mais en le respectant dans son altérité.De plus, il sait que cela fait partie de la maturité chrétienne de reconnaître et de prendre au sérieux la gravité de ses fautes et, face à ses défaillances, de ne pas jouer à l’indépendant, mais de compter sur l’aide de Dieu.C’est en se concentrant sur la relation à Dieu qu’on effectue un dépassement, qui constitue la pleine réalisation de soi.Pour se réaliser, il faut se débarrasser — en permettant à la grâce d’agir et en collaborant avec elle — du souci excessif de sa propre réalisation.Sans la fascination pour Dieu qui rend possible une sortie résolue de soi, on reste dans ce qu’il y a de formel et d’esthétique dans la morale.On demeure enchaîné par la préoccupation d’être mature, au lieu de se centrer sur le Mystère et sur tout le bien concret qui en découle.C’est dire qu’en christianisme, comme dans la mystique en général, le problème d’être adulte finit par perdre de son acuité.L’essentiel, c’est l’expérience de mettre sa foi dans le Christ, en acceptant avec reconnaissance la révélation et le pardon de Dieu, et en voulant apprendre à aimer les autres jusqu’au bout.Cette expérience chrétienne de base éclaire vivement et réinterprète les exigences de l’idéal humain assumé.L’affinement progressif de la conscience fait apparaître plus nettement les infantilismes qui réémergent chez le croyant pourtant relativement mature.Dans la paix de se savoir aimé de Dieu, la souffrance de ses manquements personnels devient de moins en moins celle de se voir imparfait, pour jaillir de plus en plus de l’incapacité d’aimer « pour la peine » Dieu et les autres, en acceptant la croix de Jésus.35 Ce qui prime alors, c’est l’intérêt pour le Dieu vivant.Dieu ne cesse pas d’être aperçu à la manière de l’adulte : comme distance et mystère, comme source de sens, de valeur et de motivation.En même temps, ce qui demeure plutôt abstrait dans cette image de Dieu est complété et concrétisé par ce que Newman appelle une appréhension réelle, qui touche non seulement la raison mais aussi l’imagination et l’affectivité.Grâce à Jésus, Dieu est reconnu comme le Père éblouissant et miséricordieux, dont le coeur compatissant est aussi délicat et raffiné qu’un coeur maternel.Le Nouveau Testament nous présente l’Esprit Saint comme toujours à notre recherche, parce que sans cesse en train d'agir notre propre réponse à son appel.L’Écriture nous dévoile également la dimension la plus profonde de la personne, en tant que fils ou fille du Père, avec les étonnantes qualités qui lui ont été départies.L’homme est vu à la fois comme plus pauvre (pécheur) et plus grand (divinisé).À cause du don de Dieu, une espérance est possible qui se base sur une admiration du Créateur pour l’être humain qu’il re-crée.Conclusion S’il faut signaler le danger du deuxième modèle — la pseudomaturité — c’est que beaucoup de religieux et religieuses s’y enferment, comme dans une prison qu’il conviendrait d’appeler « La superficialité ».L’idéal de la personne adulte dans la foi peut la bloquer dans sa croissance.Cet idéal s’avère source de plafonnement dans la mesure où il incite à sous-estimer deux vérités néotestamentaires.Premièrement, la réalisation de soi, telle que voulue par Dieu, implique plus que de développer son potentiel humain : elle consiste à accueillir l’expérience trinitaire elle-même.Ceci suppose l’accès à l’esprit évangélique, qui va plus loin que les valeurs accessibles à l’humanisme.Deuxièmement, les croyants ne se réalisent que dans la grâce de Dieu et n’aboutissent jamais à une parfaite maturité ici-bas.La grande différence entre la deuxième et la troisième attitude de base, que cet article s’est efforcé de décrire, c’est donc le passage d’un humanisme religieux à une mystique évangélique.36 Quand on est marqué par la troisième attitude, on n’est jamais sûr d’être pleinement adulte dans la foi.La conscience de la grandeur de Dieu et de l’exigence de ce qu’il nous souhaite nous rend trop lucides sur nous-mêmes et sur les autres pour que nous puissions qualifier globalement tel ou tel croyant de mature ou d’immature.Il est important, en effet, d’admettre que face au projet évangélique tous les humains sont au moins partiellement immatures.Ensuite, ce principe général étant reconnu, chaque personne identifiera ses points de maturité et d’immaturité un par un, sans porter de jugement d’ensemble sur sa valeur personnelle.« Je ne me juge pas moi-même ; (.) mon juge, c’est le Seigneur » (1 Co 4,4).Ce climat de lucidité, d’humilité et de confiance en l’action de l’Esprit Saint aidera à éviter les pièges d’une conception superficielle de la maturité, dont les critères mondains s’opposent aux critères proprement religieux.11 NOTES 1.Parmi les pionniers, qui remontent aux années cinquante, voir Louis Beirnaert, «Enfance spirituelle et infantilisme», Vie spirituelle 85 (1951) 295-303; André Liégé, Adultes dans le Christ, Bruxelles, La pensée catholique, et Paris, Office général du livre, 1958 ; Albert Plé, « La maturité affective.Esquisse théologique», Supplément à la Vie spirituelle 11 (1958) 284-299.2.Voir R.Zavalloni, « Maturité spirituelle », dans Dictionnaire de la vie spirituelle, Paris, Cerf, 1983, 663.3.Cet article a bénéficié de nuances et de clarifications suggérées par Yves Bériault, O.P., que je remercie d’avoir pris le temps de lire la première version.4.Voir Denis Vasse, Le temps du désir, Paris, Seuil, 1969, ch.I : « La prière : du besoin au désir ».37 5.Voir Jacques Pohier, Psychologie et théologie (Cogitatio Fidei, 25), Paris, Cerf, 1967, ch.VII, surtout 267 et 274-280 ; Antoine Vergote et Alvaro Tamayo, The Parental figures and the Representation of God : A Psychological and Cross-Cultural Study, Louvain : Leuven University Press, et La Haye, Mouton, 1980.6.Ludwig Feuerbach, L’essence du christianisme, Paris, Maspero, 1982.7.Déjà le stoïcisme antique avait accusé le christianisme de remplacer le dur combat moral par un salut infantile.En revanche, depuis l’Ère des Lumières, cette affirmation a été reprise avec une vigueur nouvelle, et les mass-média lui ont donné une ampleur sans précédent.8.Bernard J.F.Lonergan, Pour une méthode en théologie, Montréal, Fides, et Paris, Cerf, 1978, 277 ; voir 274-278.9.« Quiconque n’a d’autre maître que soi, se fait le disciple d’un triste maître».Citation tirée des Oeuvres complètes de saint Bernard, Paris, Vivès, 3e éd., t.1, 1877, Lettre LXXXVII, 133.10.Des auteurs récents se montrent attentifs à ce caractère inachevé de l’être humain.Voir par exemple Paul-André Giguère, Une foi d’adulte, Ottawa, Novalis, 1991, surtout ch.6; André Fossion et Louis Ridez, éd., Adultes dans la foi.Pédagogie et catéchèse, Tournai, Desclée, et Bruxelles, Lumen Vitae, 1987, surtout ch.3.Par ailleurs, dans ce dernier volume, l’auteur du ch.2 adopte naïvement l’idéal kantien de l’autonomie humaine absolue, sans se rendre compte que cette conception exclut la révélation et la grâce ; l’un de ses sous-titres est révélateur : « Le rêve d’une humanité autonome ».11.Les critères mondains de la pseudo-maturité, qu’on remarque dans le deuxième modèle, correspondent aux signes d’infantilisme spirituel qu’on trouve dans le Nouveau Testament ! Voir R.Zavalloni, « Maturité spirituelle », 663.38 Parole et consultation1 Denise Plouffe, s.s.c.j.* «L’homme, capable de parole, se trouve donc revêtu d’une dignité prophétique.» G.Gusdorf1 L’Église, pas plus que la société elle-même, ne peut se passer d’une certaine démocratie, « en tant qu’elle est dans ce monde et qu’elle vit et agit avec lui»2.Vatican II a indiqué un tournant significatif dans cette ligne en incitant l’Église à faire un effort de rénovation et d’adaptation, incluant la révision de son mode de gouvernement3, révision qui appelle un nouveau mode de gouvernement dans l’Église.« Nulle communauté humaine ne peut prospérer sans autorité et sans pouvoir (.) Dans le monde d’aujourd’hui, même dans les sociétés non démocratiques, l’opinion est une force puissante qui influe sur la politique des gouvernements (.) De nouvelles stratégies doivent s’élaborer.»4 La consultation est une des composantes essentielles de ce renouveau.De fait, les organismes consultatifs se sont multipliés au cours des dernières décennies ; et combien d’administrateurs dans l’Église passent une partie considérable de leur vie dans des réunions de cette nature.Il s’avère donc important d’approfondir, d’une part, la place de la consultation dans l’Église et les enjeux qu’elle comporte, en les appliquant à la vie religieuse ; d’autre part, les chances qu’aurait une parole consultative de devenir parole performatrice.Tel est, très succinctement décrit, l’objet des pages qui suivent.* 5300, chemin Chambly, St-Hubert, Qc, J3X 3N7.39 I - La consultation dans l’Église Jusqu’au Concile Vatican II, l’autorité était plutôt attribuée à une personne.Celle-ci jouissait d’un large pouvoir tout en étant tenue de recourir à l’avis de conseils dont le rôle demeurait très circonscrit.Le Concile Vatican II a profondément modifié cette perspective.Les Collèges ou les Conseils ont vu leur mandat élargi.Différents documents conciliaires ont encouragé la mise en place d’autres organismes de consultation.5 Ainsi, l’enseignement de l’Église est clair: il doit y avoir des instances de consultation et les autorités (Évêques et supérieurs-res) doivent y faire appel.Le bien-fondé de ces consultations, selon les Pères du Concile, repose sur 1 ) l’égalité fondamentale de tous les baptisés ; 2) la dimension charismatique de l’Église: les dons de l’Esprit sont partagés largement dans tout le Peuple de Dieu ; 3) la communion qui définit l’Église: réalité d’un peuple uni autour de son chef, le Christ.De façon à prendre en compte ces caractéristiques, l’Église doit planifier ses moyens de consulter.« Une autorité dont le but est de servir doit être ouverte à ceux qui sont servis.»6 Les organismes de consultation peuvent conditionner, en partie, le bien-être de tout le Peuple de Dieu.Cependant, si l’orientation est nette, l’application laisse une grande marge d’initiative et donne lieu à des pratiques diversement comprises.La phase d’expérimentation n’est sans doute pas achevée.Pour en regarder d’un peu plus près les implications, nous nous référerons au gouvernement des Congrégations religieuses.Il va de soi que les mêmes considérations valent pour le gouvernement de l’Église et dans la participation de l’ensemble du Peuple de Dieu.II - L’autorité religieuse et la consultation Une Congrégation, à l’égal de toute association, «est un groupe d’adultes unis par des motivations spirituelles, vivant ensemble et compromis au service d’une mission.Elle se fonde sur le consensus autour de cette mission.»7 D’où la nécessité de dialogue, d’échange, de consultation.40 L’administration d’une Congrégation est confiée à une autorité qui « remplit son rôle dans un esprit de service et de charité fraternelle.Elle cherche à créer le climat de liberté et de confiance qui permet une obéissance active et responsable.»8 Pour que les décisions soient cohérentes avec les objectifs, pour qu’elles soient réalistes, efficaces, crédibles, les autorités doivent consulter les personnes impliquées.Corrélativement, cela appelle une participation active et un engagement adulte de la part de chaque membre.Il faut reconnaître que bien des efforts ont été déployés dans cette ligne depuis le Concile ; et il faut tout autant admettre qu’il existe des difficultés : la consultation réussie est un défi qui n’a pas été totalement relevé.Alors que toute parole tend à l’efficacité, c’est un fait; or, la faiblesse de la consultation c’est de ne pas toujours pouvoir montrer sa rentabilité.Les autorités sont confrontées à deux types de consultation.D’une part, il y a la consultation instituée, celle des Conseils, et dont une partie est régie par le Droit canonique.D’autre part, la consultation générale des membres, qu’elle soit demandée par la législation ou qu’elle soit spontanée.Dans un cas comme dans l’autre, les personnes consultées ont un droit à une information objective ; c’est là le fondement réciproque de la consultation.Au niveau des Conseils Les supérieurs-res doivent consulter les membres de leur conseil de manière à les associer étroitement à la recherche, à l’animation, à la prise de décision et à la gestion des biens.La consultation ne doit donc pas se limiter à quelques situations déterminées par les Constitutions, mais faire participer à la marche de l’ensemble.Par ailleurs, les conseillers-ères doivent, autant que possible, « être représentatifs de toutes les catégories d’âge, d’emplois et de situations ; ils doivent aussi être en relation assez étroite et facile avec les individus dont ils reflètent les intérêts et les vues.9 Ces exigences légitimes constituent une pierre d’achoppement pour nos congrégations vieillissantes.41 Une autre difficulté, d’ordre psychologique celle-là, vient du fait que la voix consultative donnée aux conseillers-ères est souvent mise en opposition avec la voix délibérative et donc, elle est souvent définie en termes négatifs.Une certaine lecture du Code de Droit canonique va dans ce sens : Depuis Vatican II, il y eut des cas isolés où les organismes consultatifs ont abusé de leur rôle.Ces « situations isolées » semblent avoir laissé des peurs dans l’esprit des législateurs.La phrase «seulement un vote consultatif» est placée en regard de la majorité des structures consultatives dans le Code 1983.Indubitablement, il y aura des cas de prise de pouvoir et des divisions entourant les organismes consultatifs.Ces situations isolées ne devraient pas recevoir plus d’importance que la présence permanente de l’Esprit dans la majorité des relations consultatives.10 Certes, la voix consultative n’a pas de prise directe sur une décision au moyen d’un vote ; il n’en reste pas moins que cette voix consultative fait appel, objectivement, à différentes responsabilités importantes : collection des données et des faits, recherche des options possibles, expression d’un avis considéré le plus éclairant.Autant de faits qui sont souvent déterminants dans une bonne décision.Sauf les cas où le vote consultatif précis et formel est requis, consulter le conseil, entendre son avis, devrait pouvoir se réaliser de façon souple, sans procédure rigide, dans la reconnaissance de l’apport fourni.La consultation vraie donne une couleur à l’animation : Canoniquement, un conseil peut n’avoir qu’un pouvoir consultatif; psychologiquement, il apparaît plus difficile aux supérieurs de s’opposer à un vote même consultatif au terme d’une recherche qui, réunissant intimement les membres d’un conseil ou d’une communauté, a fait mûrir progressivement une conclusion.11 Cependant, l’existence d’un Conseil ne suffit pas pour assurer la participation de toutes les Soeurs.D’autres mécanismes doivent être mis en place.42 Au niveau des membres en général Parler de membres, c’est parler de dignité humaine, de respect des personnes, de communion.Être membre à part entière de l’Institut veut dire partager la responsabilité de la mission que l’Église confie à leur famille religieuse.C’est sur cette base que le Concile demande de «consulter les membres de manière opportune et entendre leur avis.»12 II en est résulté des initiatives louables13 et des fruits évidents.Pourtant, la mise en application se cherche encore: les difficultés et les conflits ne sont pas rares.La coresponsabilité, présentée par Vatican II comme la participation de tous les baptisés à la vie de l’Église, a reçu des interprétations variées : La discussion contemporaine sur la prise de décision dans l’Église catholique semble souvent préoccupée avec la notion de «pouvoir».Les personnes qui prennent les décisions affectant la vie et l’orientation de la communauté ecclésiale sont considérées comme ayant du pouvoir dans l’Église ; ceux qui n’ont pas part à la prise de telles décisions sont considérés sans pouvoir, sans signification ou influence dans la vie de l’Église.En conséquence, beaucoup de laïcs, de religieux, de clergé, conscients de leur appel baptismal à partager activement la mission de l’Église, soupirent après ce qu’ils appellent « le pouvoir de décision ».14 Ainsi, dans l’esprit de plusieurs, « responsabilité partagée » — et donc consultation — veut dire «pouvoir partagé».Or, la consultation n’est pas la prise de décision.Dans l’article cité ci-dessus, l’auteur tente de clarifier ce qu’est l’une en regard de l’autre.Et il illustre fort bien l’impact qu’une seule idée isolée et créatrice peut avoir sur l’orientation d’une décision : à la limite, une contribution qui est autant sinon plus significative que l’apport de ceux qui ont voté.La plus grande difficulté dans les consultations ne viendrait-elle pas de cette interprétation?Des personnes sont frustrées et ne se sentent pas écoutées si les décisions ne suivent pas 43 «leur» idée ou l’opinion majoritaire.Alors «à quoi servent les consultations ?» diront plusieurs.N’y a-t-il pas là une avenue à explorer, une définition positive et juste de la consultation à élaborer.Dans les Congrégations comme dans l’Église, les deux types de fonctions sont également nécessaires: d’un côté, des personnes ayant la pondération, la lucidité, la sagesse pour prendre les décisions; de l’autre, des personnes qui apportent leurs idées créatrices et dynamiques.Ces différents aspects sont rarement trouvés dans les mêmes personnes ; ils sont néanmoins indispensables.Les soeurs qui s’engagent vraiment dans une consultation travaillent de façon constructive à la recherche du bien commun.Elles peuvent être une source importante, sinon la principale, des initiatives d’avant-garde.Consulter peut être une façon de donner la parole aux prophètes.C’est seulement dans la patience, la confiance, l’humilité et l’écoute réciproque qu’un autre pas sera franchi.Ce qui entraîne l’obligation de chercher et de respecter certains critères généreux susceptibles de soutenir l’impact d’une consultation dans une dynamique de gouvernement.Ill - Quelques critères pour une consultation efficace Le processus de consultation n’est pas facile à exercer; il sera d’autant plus fécond que certains critères seront appliqués par les personnes qui consultent et celles qui sont consultées.Le plus important ne sera pas toujours l’accord parfait, mais la communication sereine qui crée la communion.Du côté des personnes qui consultent Consulter un conseil, ou un groupe de personnes, ou l’ensemble des membres fait appel aux mêmes exigences.Et, en tout premier lieu, s’impose le critère de l’ouverture et de la confiance pour libérer la parole.Toute consultation se fera dans un accueil bienveillant et universel qui sache respecter les 44 diversités, les opinions, les faiblesses, les priorités, les initiatives.Pour cela, les supérieures doivent avoir la volonté de consulter vraiment, et non seulement le faire par obligation.Elles doivent encore mener cette consultation avant d’avoir pris leur propre décision : question d’honnêteté et de respect.En plus des consultations écrites et anonymes, il est essentiel de prendre le temps de réfléchir avec les personnes concernées par une question.L’autorité peut alors « entendre » différemment, mieux percevoir les aspirations au-delà des mots et donc être plus « vulnérable » aux attentes profondes, lesquelles ne sont pas toujours bien articulées sur un papier.Les mandats confiés à des groupes ou à divers comités ont avantage à être bien compris des intéressées et, dans toute la mesure du possible, connus de l’ensemble.Car les diverses instances de consultation ont la précarité de tout ce qui est neuf et doit fournir ses preuves.Il faut avoir une raison sérieuse pour décider contrairement à l’avis général : c’est un principe de base que le Code mentionne explicitement, pour les conseils au moins.Principe délicat, puisqu’une consultation ne saurait lier l’autorité.Néanmoins, il sera toujours préférable de fournir les motifs de ses décisions (à moins que la présence d’un bien supérieur ne l’empêche) afin de favoriser la cohésion et la vitalité.Il en résulte une manière de gouverner qui est, non l’imposition froide d’une décision, mais l’attitude qui naît d’un véritable esprit de service.Du côté des personnes consultées Si les supérieures ont besoin des personnes dans la recherche du bien commun dont elles sont les garantes, les membres ont, pour leur part, le droit et l’obligation de collaborer à cette recherche.Il importe que la consultation soit envisagée positivement et dans un climat de vérité.Quelle que soit la modalité de la consultation, il y a nécessité de participer à la recherche commune.Les membres se doivent de dire adéquatement leur pensée, fût-elle en opposition avec l’ensemble.45 La consultation, prise dans son véritable sens, qui n’est donc pas l’égal d’un pouvoir, fait appel à toutes les ressources de créativité et de rénovation nécessaires à la croissance d’une institution.La consultation ne devrait-elle pas être un lieu où toutes les audaces d’opinions sont permises, sachant qu’en un autre lieu, elles seront pesées et confrontées?Sinon, il ne saurait y avoir de lieu d’écoute réciproque sur des sujets neufs.Si tous les membres ne peuvent décider, tous peuvent collaborer à l’apport d’idées nouvelles et à l’élaboration des décisions.Malgré tous les efforts mis de part et d’autre dans la consultation, les décisions ne sauraient être infaillibles.Un regard de bienveillance réciproque peut en faire un lieu de communion fraternelle.CONCLUSION La consultation n’est pas une fin ; elle est un instrument.« Elle suppose un profond désintéressement personnel, une grande compréhension et hospitalité intellectuelle, une pauvreté intérieure permettant de renoncer à son opinion lorsqu’on se rend compte qu’une autre opinion sert mieux le bien de la communauté.»15 Elle a la fragilité de ce qui est beau et grand.Les quelques idées émises ici suffisent pour laisser deviner combien la consultation fait appel aux diverses composantes de la pratique du langage.La parole crée des êtres et leur confère une vocation ; une parole de consultation fait exister l’être dans sa particularité et sa richesse.Elle est une parole performatrice.La consultation ne se situe pas au niveau d’un échange commercial d’idées, elle est de l’ordre symbolique et spirituel.«Tout homme peut contribuer à la création d’un monde meilleur, préparé, annoncé, et déjà réalisé par chaque parole messagère de bonne foi et d’authenticité.»16 Les pèlerins que nous sommes ne peuvent se dire qu’avec le degré d’authenticité qu’ils ont.Finalement, la consultation est une gratuité et elle se comprend «dans le sillage de la médiation langagière et de son efficacité symbolique.»17 46 NOTES 1.G.Gusdorf, La parole, Collection SUP.« Initiation philosophique», Presses Universitaires de France, Paris, 1968, p.117.2.Gaudium et Spes, 40.3.Cf.Lumen Gentium, 18; Perfectae Caritatis, 3.4.J.Lynch, «L’exercice du pouvoir dans l’Église», dans Concilium, N° 167, 1988, p.35.5.Sans mettre le texte entier, on peut mentionner, entre autres : Ad Gentes, 30 ; Christus Dominus, 7 ; Apostolicam Actuosi-tatem, 26 ; Perfectae Caritatis, 3.6.J.Lynch, op.cit., p.35.7.A.Ducharme, Le management des communautés religieuses, Les Éditions Bellarmin, Montréal, 1979, p.18.8.Soeurs du Sacré-Coeur de Jésus, Constitutions et Règles, Paris, 1984, p.82.9.A.Ducharme, Notes de conférences, St-Jérôme, 1990.10.R.E.Hemberger, Consultation in the 1983 Code of canon law, Washington D.C.: Catholic University of America, 1985, p.165.11.V.de Couesnongle, o.p.« Nouvelles structures de participations», dans Le Supplément (de la Vie Spirituelle), vol.24, 1972, p.308.12.Document conciliaire « Perfectae Caritatis », N° 4.13.Les années d’aggiornamento ont vu surgir des groupes d’échange, des sondages, des boîtes à suggestions, des comités spéciaux, etc.47 14.R.Kennedy, «Shared Responsibility in Ecclésial Decision-Making », in Studia Canonica, 14,1980, p.7.(Traduction libre).15.L.Boisvert, «Autorité, démagogie ou coresponsabilité », dans Vie des Communautés Religieuses, n° 25 (1967), p.232.16.G.Gusdorf, op.cit., p.119.17.L.M.Chauvet, Symbole et sacrement, Coll Cogitio Fidei, N° 144, Cerf, Paris, 1987, p.115.48 Une « nouvelle chance » pour la vie consacrée ?Gilles Cusson, s.j.* Les évêques veulent vous aider à être un ferment évangélique et évangélisa-teur des cultures du troisième millénaire et des systèmes sociaux des peuples (Jean-Paul II in Lineamenta, p.7).Une « nouvelle chance » pour la vie consacrée ?Je n’ai pas dit une « dernière chance ».Le titre donné à cette réflexion, en rapport avec le prochain Synode des Évêques (automne 1994), apparaîtra, à plus d’un, bien terre à terre, presque commercial.Il serait bien plus juste et élégant de parler d’«appel» et de «grâce».N’est-ce pas la même réalité qui se trouve signifiée à des niveaux différents de langage ?On a déjà écrit bien des choses, d’inégale valeur, sur les fameux Lineamenta, ce document destiné à « promouvoir, auprès des Pasteurs de l’Église et de tous les intéressés, une réflexion approfondie sur le thème, en vue du prochain débat synodal » (Introduction, p.3).Les Lineamenta ont beau affirmer qu’ils « servent uniquement à proposer le thème et à favoriser l’étude préliminaire » ; que « par conséquent, ils ne doivent pas être considérés comme une anticipation des possibles conclusions du Synode et encore moins comme un traité exhaustif de la problématique sur la vie consacrée» {Ibidem), beaucoup n’en pensent pas moins que les jeux sont faits, et que la matière des * 1090, Père-Marquette, Québec, Qc, G1S 2B2.49 Lineamenta nous sera re-servie de quelque façon, comme un bon plat réchauffé auquel on ajoutera un soupçon de piquant pour le faire passer.POURTANT! Si l’essentiel n’était pas là, même en parlant de Synode ?Si l’essentiel consistait en une sorte d’appel, à peu près in-entendu jusqu’ici, lancé au monde des consacrés.Inentendu parce que perdu dans la masse des détails qui composent toujours les documents officiels où l’on veut toucher à tout pour faire complet; in-entendu, surtout, parce que n’émergeant pas assez de cet ensemble de propositions qui semblent répéter des choses entendues depuis longtemps.C’est pourquoi, avant d’aller trop loin dans la lecture des Lineamenta (et de tout autre document qui en découlera), ne pourrions-nous pas nous arrêter, un moment, à ces appels qui se dégagent de la convocation synodale elle-même, pour apercevoir ce nouveau, cet «in-entendu jusqu’ici », cette chance donnée à la vie consacrée.Bien sûr, l’entendre c’est s’exposer à devoir y répondre : aurons-nous, alors, l’ouïe du coeur assez fine pour en saisir les harmoniques ?Voici deux passages de l’Introduction (pp.6 et 7) des Lineamenta, qui devraient nous faire comprendre un peu mieux, une fois dégagés de l’ensemble d’un texte assez touffu, ce à quoi nous sommes invités.Cela nous inciterait peut-être à allonger la pause au cas où se cacherait là le « nouveau » dont je veux parler.En introduction à ces deux textes, on affirme d’abord que le Synode veut porter son attention, « au seuil de l’an deux mille », sur la vie consacrée comme « manière de participer à l’évangélisation et, en conséquence, à l’activité missionnaire de l’Église ».Après avoir évoqué l’Exhortation Apostolique de Paul VI (Evangelii nuntiandi), situant la place des religieuses et des religieux dans l’évangélisation, notre texte poursuit (c’est là mon premier extrait de l’Introduction) : .par la richesse de ses charismes destinés au service du Royaume, elle (la vie consacrée) est aujourd’hui appelée à 50 une générosité toujours plus grande dans la nouvelle évangélisation du monde actuel, avec sa grande variété et diversité de situations concernant les personnes, les catégories sociales et les cultures.Mon second extrait consiste en une citation de Jean-Paul II ; en présentant, le 2 février, le sens du Synode sur la vie consacrée, le Pape déclarait : Les successeurs des Apôtres se réuniront pour traiter de votre vie, de la contribution que vos Fondateurs et Fondatrices, et avec eux leurs familles spirituelles respectives, ont fournie et fournissent encore à la mission de l’Église.Ils désirent comprendre dans toute sa largeur et profondeur le projet du Seigneur qui sanctifie, enrichit et aussi oriente son peuple au moyen des dons et charismes des communautés de vie consacrée et des sociétés de vie apostolique.Les évêques veulent vous aider à être un ferment évangélique et évangélisateur des cultures du troisième millénaire et des systèmes sociaux des peuples.À ces deux extraits de l’Introduction, je voudrais ajouter un troisième texte qui explicite les invitations contenues dans les écrits précédents.Il s’agit de la conclusion de la deuxième partie des Lineamenta (numéro 33) intitulée « la vie consacrée dans l’Église et dans le monde d’aujourd’hui » — texte qui exprime le mieux selon moi (malgré une écriture pénible) l’invitation qui nous est faite en faveur d’un renouveau ajusté à la mission de l’Église, celle de la nouvelle évangélisation.La célébration du Synode offre à tous les membres de l’Église, et de façon spéciale aux instituts religieux eux-mêmes, l’occasion de repenser à leur propre renouveau, au seuil du troisième millénaire et devant les défis et circonstances du moment présent.La communion dynamique avec leurs Fondateurs encourage religieuses et religieux au maximum de générosité à se mettre à suivre et à servir le Christ, en harmonie avec la mission apostolique de l’Église, avec cette « dose de vraie nouveauté, dans la vie spirituelle de l’Église, 51 et d’initiative dans l’action » (citation de Mutuae relationes) qui sont le propre de tout charisme authentique.Si les Fondateurs vivaient aujourd’hui, ils ne manqueraient pas à l’appel de l’Église pour un essor renouvelé de vie évangélique, de profonde spiritualité et de présence généreuse dans la nouvelle évangélisation (Lineamenta, p.42).Je pense qu’une voie claire s’offre à nous : nous ne pouvons répondre seul, à titre personnel, à semblable invitation.Une réponse adéquate, significative, suppose que nous décidions de penser ENSEMBLE, tous consacrés que nous sommes, à la façon de prendre notre responsabilité commune dans ce temps qui est le nôtre.à l’aube d’un nouveau millénaire.Un temps qui est à la communion, à la communication et à la concertation.Il ne s’agit pas seulement de mettre ensemble des ressources humaines et complémentaires.Il s’agit de nous unir dans une mission commune aux multiples facettes, celles du Royaume qui est l’Église de la nouvelle évangélisation.Finalement, ne s’agit-il pas de « risquer l’avenir» ENSEMBLE, entre nous et en communion avec nos églises locales et nationales.Pour atteindre cette fin, il faudra qu’un certain LEADERSHIP s’exerce quelque part, très animateur, non seulement au niveau des Supérieurs majeurs, mais à celui des groupes communautaires où l’animation spirituelle devient une urgence capitale : c’est une question de vie ou de mort.Comme le disait le P.Yuhaus, lors du colloque de Hartford sur l’avenir de la vie religieuse (9-14 août 1992): Il ne s’agit pas ici de survie de tel ou tel institut.C’est une question de rajeunissement (« rejuvenation »), de refondation (« re-making ») de la vie religieuse elle-même pour un âge nouveau et différent.Dans ce contexte et à cette lumière, la lecture des Lineamenta et des documents qui nous viendront du Synode nous fournira quantité d’éléments communs à intégrer dans notre « nouveau renouveau», dans «l’aggiornamento de notre aggiornamento» (comme des répondants à notre enquête de 1992 l’ont souhaité).52 Nous avons besoin d’une conscientisation commune pour que la communion, la communication et la concertation deviennent possibles.Le Synode, quant à sa préparation de notre part, ne serait-il pas l’occasion (la chance) de cette prise de conscience commune pour cette prise de parole différente face à la mission que nous partageons en Église?Et pour des engagements collectifs partagés à tous niveaux : celui des Responsables réunis en assemblée de planification, mais aussi celui des groupes communautaires confrontés aux mêmes défis ?OSERONS-NOUS ?Nous sommes tous, individuellement et surtout dans nos groupes communautaires, bien rationnels.Nous avons fini depuis longtemps de rêver.Le « monde » nous enseigne depuis longtemps qu’il faut être pratique; c’est le seul moyen, paraît-il, d’être «efficace».Mais si l’efficacité était différente de la fécondité ?L’efficacité est humaine ; elle n’est pas mauvaise : elle mobilise et se fait créatrice quand elle est bien ordonnée.Mais la fécondité, en matière de Salut, de Royaume et de Vie, est divine; elle est grâce et ne s’impose pas; elle suppose conversion de notre part pour être accueillie en bonne terre et donner cent pour un.Et la grâce est patiente, nous le savons, comme Dieu même qu’elle rend présent et actif dans notre vie.Ne serait-ce pas là ce temps de grâce que nous sommes appelés à vivre, collectivement ?La Conférence des Supérieurs majeurs des États-Unis a bien accueilli cet appel que le Synode lance à nos communautés de vie consacrée : « appel de l’Église pour un essor renouvelé de vie évangélique, de profonde spiritualité et de présence généreuse dans la nouvelle évangélisation » (Lineamenta, n.33).Elle a resitué cet appel dans le contexte nord-américain dont nous sommes tributaires, et s’est appliquée à dégager les « énergies nouvelles » que nous pouvons mettre en commun pour une participation plus engagée à la vie du Royaume dans notre société.À la fin de sa déclaration, publiée dans La documentation catholique\ la Conférence religieuse pose une dizaine de questions pour prolonger la réflexion; je n’en retiens qu’une, qui exprime bien ce que mes propos ont tenté de communiquer : 53 À travers votre expérience de renouveau de la vie religieuse, est-il évident que l’engagement radical à la suite du Christ est un modèle de solidarité pour la vie chrétienne de tous les baptisés ?La question renvoie à la signification profonde de notre vie consacrée collective, évangélique, vécue en Église.C’est par là qu’il faut commencer.Oui, il faut commencer par l’Évangile et continuer en Église : tous les documents qui parlent du Synode y reviennent immanquablement.Mais quelque chose, dans la littérature parcourue sur le Synode, me semble faire défaut (une lacune peut-être grave.).On prend trop pour acquis ce que signifie la vie selon l’Évangile — spirituelle et communautaire —, la conversion selon l’Évangile, la solidarité en Église au service du Royaume.On devrait parler davantage (je n’ai trouvé qu’une ou deux brèves mentions) du «régime de vie dans l’Esprit», qui est le propre du chrétien selon la Bible et surtout selon saint Paul.De plus en plus, il faut nous convaincre que ce régime sera le vrai lieu d’accomplissement de notre vocation à la radicalité évangélique — celle dont nous devons témoigner individuellement et collectivement dans le monde.L’expérience chrétienne consiste à se laisser conduire par l’Esprit.« Puisque vous êtes nés de l’Esprit, laissez-vous conduire par l’Esprit», écrit saint Paul aux Galates.C’est la vie dans l’Esprit, bien comprise, qui instaurera le régime du gouvernement spirituel et de Yobéissance spirituelle dans l’Église et dans la vie consacrée.Dans ce contexte, le discernement spirituel, personnel et communautaire, devient la manière chrétienne par excellence de vivre selon l’Évangile et selon l’Esprit du Seigneur «diffusé dans nos coeurs» (Rm 5, 5).Il y a des urgences à ce point de vue, au sein de nos communautés, que l’occasion — ou mieux la grâce — du Synode devrait clamer fortement pour nous mettre en marche sur les bons sentiers de la conversion intérieure, personnelle et communautaire.54 Et pour clore sur une note plus personnelle, je me permets de citer un court paragraphe d’un article écrit en 1977, intitulé « Obéissance et autorité en contexte de discernement spirituel »2 : La vie religieuse, aujourd’hui, doit se redéfinir davantage en fonction de la vie dans l’Esprit que l’Écriture nous propose comme l’idéal de la vie chrétienne.Dans ce contexte, les réalités de l’obéissance et du gouvernement religieux prennent tout leur sens : elles redeviennent puissances d’ordination qui travaillent ensemble, directement, à rendre possible cet idéal de vie dans l’Esprit, au niveau des groupes et des individus.NOTES 1.Cf.numéro 2072, 16 mai 1993, pp.463-466.2.Cf.Cahiers de Spiritualité Ignatienne, numéro 3, 1977, pp.166-184.55 Les Livres Arrupe, Pedro, s.j., Comme je vous ai aimés, Édition Fidélité, 1986, 124 pages.On sera heureux, dans les pages que voici, de pénétrer un peu davantage dans l’intimité de cet homme d’action, de découvrir le secret de sa prière et de sa vie intérieure, de contempler comme lui « cet amour du Christ qui défie toute connaissance.» « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres», ce commandement « nouveau » Pedro Arrupe a voulu en faire la charte de toute sa vie apostolique et religieuse, il nous invite à le puiser dans le Coeur même du Christ, cette dévotion qui lui avait été inculquée depuis son enfance et qui ne l’a jamais quitté.Brunette, Pierre, o.f.m., François d’Assise et ses conversions, Les Éditions Franciscaines, 1993, 157 pages.Saint François ne s’est pas converti en un jour.Il a passé plusieurs années de sa jeunesse avant de connaître vraiment la volonté de Dieu sur lui.Il a eu à convertir son corps, ses rêves de gloire, la relation à sa famille et aux lépreux, et même sa façon de lire l’Evangile.Jusqu’à sa mort, François a vécu dans la mentalité d’un converti.L’auteur montre comment la trame de ses conversions successives peut aider aujourd’hui à nous réconcilier avec nos propres itinéraires de conversion.Caron, Huguette, Me laisser transfigurer par Jésus et Marie, Éd.Paulines, 1991,302 pages.Soucieux de répondre à un besoin actuel, celui d’une valeur d’intériorisation transformante, ce volume invite, par une approche délicate du mystère, à choisir la route de la contemplation de l’intérieur de Jésus et de Marie, route qui espère amener celui ou celle qui s’y engage à la liberté intérieure et à pouvoir dire un jour, comme saint Paul, en vérité : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est Jésus qui vit en moi.» Cet ouvrage se veut aussi un guide pour qui désire suivre Jésus pas à pas afin de le contempler, de s’émerveiller, de s’imprégner des sentiments qui l’animent et de se laisser transfigurer.Pour ce faire, il en appelle à la sensibilité affective pour entraîner cette transformation identifiante, espérée.L’auteure propose des exercices spirituels préconisés par toute une série de grands noms dans l’Église, exercices plus «inspirateurs» que «directeurs», présentés cependant dans un cadre précis: tableau, considération, contemplation, afin que l’attention personnelle saisisse surtout les états intérieurs de Jésus et de Marie.Charron, Jean-Marc, De Narcisse à Jésus, Éditions Paulines et Éditions du Cerf, 1992, 292 pages.Cet ouvrage se propose de soumettre le concept d’identité chrétienne à une relecture psychanalytique par le biais d’une analyse de cas : celui de François d’Assise.Il pose le problème du rapport existant entre configuration du 56 désir et référence à Jésus Christ dans la constitution d’une identité singulière.À la définition de l’être chrétien comme référence normative à la personne de Jésus reconnu comme Christ (H.Küng), l’auteur suggère de greffer une compréhension de cette référence comme relevant de la dynamique d’un sujet désirant et, à ce titre, propose un déplacement de l’attention théologique du contenu identificatoire vers le processus d’élaboration et d’énonciation de l’identité.Appliquée à l’analyse de l’itinéraire de François d’Assise, la perspective psychanalytique — inspirée des travaux d’Erik Erikson sur l’identité — permet, dans un premier temps, de comprendre la conversion de celui-ci comme un « réalignement total» relevant d’une crise d’identité.Dans un second temps, l’étude des figures d’identification qui traversent rénonciation de l’identité du personnage — la mère, Jésus, le pauvre — suggère à l’auteur que la pratique de la «sequela Christi», telle que vécue par François, demeure traversée par une composante narcissique dont la référence à Jésus s’offre comme une voie d’intégration.L’identité de François apparaît alors comme un lent processus d’épuration du désir permettant le passage de l’amour-passion à l’amour-tendresse.Couture, André, La Réincarnation, théorie, science ou croyance ?, Éditions Paulines et Médiaspaul, 1992, 375 pages.Certitude pour certains, cauchemar pour d’autres, la réincarnation semble désormais faire partie des croyances occidentales courantes.On ne sait cependant pas toujours que, sous ce vocable, se cachent des conceptions diverses, voire opposées, de la vie et de la survie.Alors que certains considèrent la réincarnation comme la voie normale et obligatoire de l’évolution humaine, d’autres la verraient plutôt comme une impasse, comme le signe d’une impuissance à se libérer.Pour répondre aux attentes d’un public avide de savoir se sont multipliés depuis une vingtaine d’années les livres destinés à expliquer les enjeux de la réincarnation.Croyants, théoriciens, scientifiques se sont succédés et se succèdent encore au rayon « réincarnation » des librairies d’ésotérisme : M.Bernstein, G.Germinara, D.Desjardins, Sh.MacLaine, J.-L.Siémons, H.Wambach et bien d’autres auteurs.Tous proposent une certaine vision de l’être humain et s’efforcent de faire valoir ce que leur conception de la survie peut avoir de raisonnable et de consolant.Mais il y a tant d’auteurs et tant d’idées qu’il est bien difficile d’y voir clair.Vous voulez savoir ce qui se dit aujourd’hui en faveur de la réincarnation; vous voulez en quelques heures parcourir 45 livres présentant ces notions ou quelque 12000 pages d’écrits de toutes sortes sur ce thème.Voici un ouvrage qui vous guidera à travers ce dédale, qui vous présentera les uns après les autres ces auteurs et leurs livres et vous aidera à prendre le recul nécessaire pour vous former une opinion sur ce sujet si controversé.Fiand, Barbara, La Vie religieuse, une nouvelle vision, Éditions Bellarmin, 1993, 237 pages.L’auteur soulève d’importantes questions auxquelles religieux et religieuses sont confrontés.Elle ne prétend pas proposer des solutions toutes faites mais elle établit clairement le contexte dualiste où les problèmes actuels de la vie religieuse ont pris naissance.Surtout, elle offre de nouveaux points de repère, une vision holistique qui correspond à celle de Jésus et des grands mystiques.Son livre est une invitation à renouveler notre recherche et à risquer de nouveaux cheminements.Il s’adresse aux chrétiennes et chrétiens engagés dans la quête de Dieu comme aux religieux et religieuses.57 Hausherr, I., Prière de vie, vie de prière, Éditions Desclée, 1992, 480 pages.Cet ouvrage est riche par son contenu et son organisation, clair et pédagogique par sa démarche.Il est nourri à la source de la tradition des Pères du désert et des grands auteurs spirituels, dont l’auteur, aujourd’hui décédé, était un connaisseur admirable.Les entretiens sur la prière que contient ce livre constituent un vrai «précis» et un guide véritable, tant d’initiation que d’approfondissement.Il s’agit de fait d’une « somme » de poche et d’une «retraite» portative sur la prière, considérée dans ses fondements et éclairée sous toutes ses formes.Hubaut, Michel, Pardonner oui ou non ?, Editions Desclée de Brouwer, 1992, 135 pages.Pourquoi pardonner?Jusqu’où peut aller le pardon?Existe-t-il des « crimes » impardonnables ?Peut-on pardonner sans se faire le complice du mal?Comment concilier pardon et justice ?L’homme peut-il exorciser de son coeur les sentiments de haine, de vengeance quand il a été blessé dans ce qu’il a de plus cher?Peut-on pardonner à celui qui ne manifeste aucun repentir des actes commis?Peut-on pardonner à la place des victimes?La mémoire collective ou personnelle peut-elle, doit-elle « oublier » ?Le pardon est-il le fruit d’un dépassement ou une lâcheté?L’homme peut-il vivre, trouver une certaine paix intérieure et construire l’avenir sans pardon?Une société peut-elle survivre sans réconciliation ?L’homme a-t-il le pouvoir de pardonner?La révélation judéo-chrétienne apporte-t-elle en ce domaine une lumière originale?Y a-t-il un « pardon chrétien» spécifique?Toutes ces questions, Michel Hubaut les aborde dans ce livre en refusant d’y plaquer trop vite des réponses «bien pen- santes » ou simplistes.En s’appuyant sur des exemples concrets, il écoute avec respect les interrogations, les silences douloureux, les cris de révolte, les réponses généreuses de l’homme et interroge la Parole de Dieu.Il montre combien finalement le «pardon» touche au mystère même de l’homme, à l’enjeu de la vie en société et à la finalité de l’aventure humaine.Il ne prétend pas apporter des réponses exhaustives mais simplement permettre à chaque lecteur de puiser des éléments de réflexion nécessaires pour éclairer sa propre conscience et sa manière d’agir.Hubaut, Michel, Christ notre bonheur, Éditions Desclée de Brouwer, 1993, 219 pages.1193-1993.À l’occasion du VIIIe centenaire de sainte Claire, la plus fidèle disciple de saint François, ce livre montre combien ces deux figures évangéliques n’ont pas vieilli d’une ride.Leurs intuitions spirituelles sont en parfaite complicité avec les aspirations les plus profondes de nos contemporains.Ce livre ouvre de nombreuses pistes et apporte bien des lumières à tous ceux qui sont en quête de vrai bonheur, d’authentique liberté intérieure et à tous les chercheurs de Dieu.En associant l’itinéraire de François et de Claire, l’auteur a su montrer combien la vie chrétienne peut réconcilier en chacun de nous le masculin et le féminin.Myre, André, Scandale !, Jésus et les pauvres, Éditions Paulines, 1993, 59 pages.Les pauvres ont mauvaise réputation ! Les pauvres dérangent ! Et pourtant, Jésus est systématiquement de leur côté.Il leur donne la priorité, il choisit d’oeuvrer pour eux.Lui aussi dérange.Ses prises de position scandalisent les biens pensants, les biens nantis qui se sentent exclus de ce « Règne de Dieu » où les petits occupent la première place.L’auteur rap- 58 pelle les textes de l’Ancien Testament gui ont inspiré la foi et l’action de Jésus.À travers l’Évangile, il fait redécouvrir cette bonne nouvelle : le Dieu de Jésus est « préoccupé de droit et de justice ici-bas, il s’indigne de la maladie, s’inquiète du manque de pain, s’oppose aux inégalités, soutient les pauvres et se détourne des méchants ».À la suite de Jésus, ses disciples sont invités à s’engager sur un chemin de liberté et de justice, qui passe par la lutte contre tous les systèmes oppresseurs de l’être humain.Poitras, Yvon, Demain, il fera soleil, Éditions Paulines, 1991, 181 pages.L’auteur, dans une démarche dynamique et stimulante, nous entraîne sur les routes de la vie personnelle et de la vie collective.Il y observe avec lucidité les paysages qui l’attristent et aussi les paysages qui l’enchantent.Il traverse les nuits de la vie individuelle (peur, souffrance, ennui.) et de la vie sociale (individualisme, mal de l’âme, pauvreté.) jusqu’à saisir des clartés essentielles, vitales, qui donnent confiance dans l’avenir et inspirent des choix féconds.Il nous invite à l’accompagner dans sa marche vers les sources qui gardent l’espérance vivace : l’amour, la solidarité, Dieu.Il présente l’espérance comme une attitude de l’homme ou de la femme qui décide librement, malgré ses angoisses, ses frustrations et ses désenchantements, d’oeuvrer patiemment dans son quotidien à la libération de toute vie.Il nous partage avec force la conviction qui anime toute sa réflexion : Espérer, c’est vivre ! Pelchat, Marc et Marcel Viau, L’histoire d’une Alliance, Éditions Paulines, 1990, 164 pages.On entend beaucoup de questions aujourd’hui sur la Bible : est-ce que tout ce qui y est écrit est vrai ?Abraham et Moïse sont-ils des personnages historiques?Jésus était-il le Messie attendu par les juifs?Est-ce que la résurrection de Jésus veut encore dire quelque chose pour nous?Jusqu’à quel point nos Eglises actuelles sont le reflet des premières communautés chrétiennes?Le présent volume ne cherche pas à répondre à toutes ces questions.Plus modestement, il vise à montrer que le texte biblique est le reflet d’une tradition historique et surtout le témoignage de communautés dont le dynamisme fut tellement puissant qu’il rayonne encore aujourd’hui.L’histoire d’une alliance témoigne de notre quête incessante de la vérité qui est aussi vieille que l’humanité elle-même.À chaque époque, des êtres humains se sont penchés sur leur origine et leur destinée.Ils ont tenté à leur façon de se représenter le monde, l’univers, la vie.Ils ont créé des symboles et des représentations à la mesure de leurs moyens.Ils ont produit des oeuvres pleines de sagesse et de foi.À cet égard, la Bible est sans doute un des écrits les plus signifiants que l’humanité ait jamais réalisés.Ce beau texte mérite qu’on s’y arrête un peu et qu’on prenne le temps de l’écouter parler à notre coeur.Poudrier, Roger, Dieu m’a donné de quoi rire, Éditions Paulines, 1991, 115 pages.L’Histoire sainte ne manque pas de joie, d’humour et de rire, car c’est une histoire de salut.Ce livre n’est ni un texte savant ni une prose mystique, mais une série de réflexions sur le rire, l’humour et la joie dans la Bible.Il souhaite t’aider à réfléchir le sourire aux lèvres et te conduire à prier la joie au coeur.59 RETRAITES IGNATIENNES — 1994 DATES ANIMATEURS FÉVRIER 06-13 Alfred Ducharme, s.j.20-27 Hervé Gaulin, s.j.MARS 06-13 Paul Morisset, s.j.13-20 Alfred Ducharme, s.j.27-03 Jacques Martineau, s.j 31-03 J.-M.Dufort, s.j.AVRIL 03 17-24 Jacques Beaupré, s.j.MAI 06-06 Marie-Paul Dion 08-15 Paul Morisset, s.j.15-22 J.-M.Rocheleau, s.j.15-22 André Gélinas, s.j.22-29 Alfred Ducharme, s.j.22-29 Jean Bouchard, s.j.JUIN 05-12 Jacques Beaupré, s.j.06-10 Paul Morisset, s.j.12-19 J.-M.Rocheleau, s.j.19-26 Marie-Paul Dion 19-26 Fernand Bédard, s.j.JUILLET 03-03 J.-M.Rocheleau, s.j.03-10 Édouard Hamel, s.j.03-10 Merzel Caissy, s.c.q.10-17 Alfred Ducharme, s.j.10-17 Merzel Caissy, s.c.q.THÈMES Regards sur l’Eucharistie Comment en contemplant Jésus assumer mon expérience spirituelle.« Mon amour pour toi ne changera jamais.» Isaïe 54,1.Devenir libre.« Si le grain de blé ne meurt, il reste seul.» TRIDUUM PASCAL PÂQUES Les miracles de Jésus.RETRAITE DE TRENTE JOURS « Mon amour pour toi ne changera jamais.» Isaïe 54,1.Parole de vie, expérience de Dieu.Saint Luc, chantre de la tendresse du Christ.(Dante).Devenir libre.« Pour vous, qui suis-je ?» Les miracles de Jésus RETRAITE SACERDOTALE : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps.» Matt.28,30.Le coeur de Jésus nous est ouvert.Chercher Dieu comme il faut.« Ma conscience.c’est le Seigneur.» 1 Cor.4,4.RETRAITE DE TRENTE JOURS Le sermon sur la montagne selon S.Matthieu.DÉSERT de silence, de prière, de recueillement qui favorise l’éclatement de ton coeur filial.Regards sur l’Eucharistie.DÉSERT II : Désert qui éveille à l’analyse et à l’engagement social dans le discernement.60 17-24 24-31 Pierre Mourlon, s.j.Ghyslaine Salvail, s.j.s.h 24-31 Fernand Bédard, s.j.31-07 Gilles Pelland, s.j.AOÛT 07-14 07-15 14-21 Alfred Ducharme, s.j.Pierre Gervais, s.j.Lorraine Caza, c.n.d.21-28 21-28 Jacques Beaupré, s.j.Thérèse Drolet, c.s.c.SEPTEMBRE 18-25 Jean Bouchard, s.j.25-25 André Gélinas, s.j.OCTOBRE 09-16 Paul Morisset, s.j.23-30 Alfred Ducharme, s.j.NOVEMBRE 06-13 Marcel Grand’Maison, s.j 20-27 Hervé Gaulin, s.j.La foi des femmes dans l’Évangile.Prier avec la parole : initiation à la lectio divina.« Si le Fils vous rend libres, vous serez réellement libres.» Jn 8,36.L’Évangile des signes.Devenir libre.Saint Luc (8 jours) « La maison de Dieu, c’est nous, pourvu que nous gardions l’assurance et la joyeuse fierté de l’espérance.» Heb.3,6.Les miracles de Jésus.Vivre en enfant de lumière : célébrer le quotidien.« Pour vous, qui suis-je ?» RETRAITE DE TRENTE JOURS « Mon amour pour toi ne changera jamais.» Isaïe 54,1.Vivez, grand Dieu vivez.L’action de Dieu.Comment en contemplant Jésus assumer mon expérience spirituelle.Des prêtres sont disponibles pour un accompagnement individuel en retraite privée de un, deux, trois, sept ou trente jours.Les retraites commencent à la première date indiquée à 20h00.Les retraites sacerdotales débutent le lundi à 10h00 le matin.Toutes les retraites se terminent le dernier jour à midi.Les chambres sont disponibles après 16h00.Les chambres doivent être libérées pour 14h00.INSCRIPTION : 15$ pour une retraite de 7 jours.20 $ pour une retraite de 30 jours.Chèque à l’ordre des « Pères Jésuites ».Les frais de séjour pour une retraite sont de 38 $ par jour.Les frais d’inscription ne sont pas remboursables.CENTRE NOTRE-DAME DE MONTSERRAT 175, boul.des Hauteurs, Lafontaine (Québec) J7Z 5T8 Tél.: (514) 438-3593 61 RETRAITES ET SESSIONS FEV.18-25 Marcher en présence de Dieu : prière et vigilance.Thérèse Drolet, c.s.c.MARS 28-3 A Montée pascale Roger Gauthier, o.m.i.AVRIL 15-17 Session d’intériorité (IV) Alain Dumont 20-27 À qui veut rejoindre le Christ miséricordieux en 1994.Jacques Nourissat, ptre MAI 9-16 La maison où l’on m’attend « Je ne suis pas venu juger mais sauver le monde.» Jn 12,47 Richard Guimond, o.p.24-31 À l’écoute de l’évangile de Marc Lorraine Caza, c.n.d.JUIN 14-21 Notre communion est avec le Père et son Fils Jésus.Bertrand Bélanger, o.p.22-29 C’est en Christ que le voile disparaît « Cor 3,14 » André Gélinas, s.j.JUIN 30-7 JUIL Prière de Jésus (Prière du pèlerin russe) Lucien Coutu, c.s.c.JUILLET 9-16 Pour votre progrès et la joie de votre foi.(Ph.1,25) Pierre Mourlon-Beernaert, s.j.AOÛT 5-12 De la prière à la présence Claude Sumner, s.j.14-21 Vie d’offrande et de communion Eucharistie et vie religieuse.A.Marie Syrard, o.s.m.SEPT.30-2 OCT.Session d’intériorité (IV) Alain Dumont OCTOBRE 21-28 Je suis venu pour qu’ils aient la vie en abondance (Jn 10,10) Jean-Louis D’Aragon, s.j.NOVEMBRE 15-22 Tu nous as faits pour vivre, Seigneur ! (retraite en lectio divina) Michelle Lamoureux, c.n.d.25-27 Je crois à la communion des saints.Mystère de l’Église.CENTRE MARIE RÉPARATRICE 1025, bout.Mont-Royal ouest Outremont (Québec) H2V 2H4 Tél.: (514) 279-5619 A.Marie Syrard, o.s.m.62 RETRAITES ACCOMPAGNÉES DE 7 JOURS EN 1994 Les accompagnatrices : 1.du 6 au 13 juin de 14h00 à 12h00 2.du 15 au 22 juillet de 14h00 à 12h00 Julienne Bélanger, sscm Rita Corneau, sp Françoise Perreault, sp Coûts : • Inscription : 10$ non remboursable • Accompagnement : 60 $ Payable à Rita Corneau, sp 1112, rue de Louvain est Montréal (Québec) H2M 1B5 (514) 383-6448 Endroit : Soeurs de la Providence 5655, rue de Salaberry Montréal H4J 2J5 (514) 331-4810 Pension : 210$ payable aux Soeurs de la Providence RETRAITE, MON JOURNAL, DE 6 JOURS • du 15 au 21 mai de 19h00 à 12h00 Animatrice : S.Rita Corneau, sp Coûts : Inscription : 10$ non remboursable Animation : 50$ Payable à Rita Corneau, sp 1112, rue de Louvain est Montréal H2M 1B5 (514) 383-6448 Endroit : Soeurs de la Providence 36, rue des Seigneurs Boucherville J4B 5Z8 (514) 655-2340 Pension : 180$ payable aux Soeurs de la Providence 63 UNE EXPÉRIENCE PASCALE Tu veux vivre un temps fort.Une expérience de prière, de silence et de paix.Une semaine-sainte unique.Des célébrations liturgiques spéciales avec animation, prédication, etc.Le tout accompagné de personnes ressources dans un climat propre au recueillement.Que tu sois prêtre, religieux, religieuse ou laïque, tout cela est possible, DU JEUDI-SAINT 18h30 AU DIMANCHE DE PÂQUES 13h00.ANIMATEUR : PÈRE GUY JALBERT, O.M.I.LE CENTRE SAINT-DOMINIQUE 2710, avenue Laflèche Shawinigan-Nord (Québec) G9N 6H5 Tél.: (819) 539-7170 ou 539-4150 PRIX : 110$ par personne, occupation double.120$ par personne, occupation simple.Ce prix englobe toutes les activités : participation aux célébrations, chambre, pension et pause-café.De même que le repas «festif» du dimanche de Pâques.Un dépôt de 20$ par personne est demandé lors de l’inscription, lequel n’est pas remboursable, si annulation mais déductible sur la pension.64 La Vie des communautés religieuses La Direction 5750, boulevard Rosemont Montréal, Qué.Canada H1T2H2 Abonnements à l’une des adresses suivantes : 55, av.de la République 91230 Mongeron France Ed.du Chant d’Oiseau Avenue du Chant-D’Oiseau, 2 1150- Bruxelles Belgique 5750, boulevard Rosemont Montréal, Qué.Canada H1T2H2 Bulletin d’abonnement La Vie des communautés religieuses France : 70 FF ?de SURFACE: Belgique : 435 FB Canada: $13.00 France : 98 FF ?par AVION : Belgique: 595FB Canada: $17.00 Nom ___ Adresse Envoi de publication Enregistrement n° 0828 la vie des communautés religieuses 5750, boulevard Rosemont Montréal, Québec, Canada H1T 2H2
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.