La vie des communautés religieuses /, 1 mai 1995, Mai-Juin
mai-juin 1995 IIP des communautés religieuses La vie des communautés religieuses Directeur : Laurent Boisvert, o.f.m.Comité de rédaction : René Bacon, o.f.m.René Baril, o.f.m.Pierre Bisaillon, o.f.m.Laurent Boisvert, o.f.m.Secrétariat ; Yvette Viau, s.s.a.Rédaction et administration : La vie des communautés religieuses 5750 boulevard Rosemont Montréal, Canada H1T 2H2 Tél.: 259-6911 Envoi de publication Enregistrement n° 0828 Composition : PLB Graphique Impression : L’Éclaireur Ltée La revue paraît cinq fois par an Abonnement : de surface : 13,00 $ (70FF) (435 FB) par avion : 17,00 $ (98 FF) (595 FB) de soutien : 20,00 $ Sommaire Vol.53 - mai-juin 1995 Laurent Boisvert, o.f.m., Savoir quitter.131-132 Henri Delhougne, o.s.b., Golgotha, suprême amour de Dieu et de l’homme 133-149 Rita Gagné, o.s.u., Où nous mène l’angoisse?Au village ou au Mont des Oliviers 150-159 L’A., qui dirige La vie des communautés religieuses depuis vingt-huit ans, annonce son départ.La responsabilité de la revue sera assumée par un groupe d’instituts religieux.Plusieurs tentatives ont été faites pour surmonter le scandale de la croix.D’autres ont cherché à disculper le Père du meurtre de Jésus.Puis on a donné à la mort de Jésus diverses significations: la solidarité avec l’homme mortel; la solidarité avec ceux qui meurent injustement; la conséquence de la fidélité à une mission; l’acte d’amour suprême qui rétablit la communion.L’A.signale trois tragiques réalités: la mort des prophètes, la dispersion des forces et la maison désertée.Dans un contexte social qui ressemble à celui de Jésus, l’inquiétude, le soupçon et la peur risquent de nous traquer.Il nous faut mettre notre foi en Dieu, non en des personnes ou des choses extérieures.129 Michelle Audet, r.s.r., psychologue, Manon Tanguay, psychologue Le sentiment de compétence a-t-il un âge?160-172 Jacques Ferland, ptre, La contemplation «ordinaire» 173-183 Pierre Robert, La Sagesse crie par les places 184-187 Les auteurs considèrent le sentiment de compétence comme un besoin psychologique fondamental.Ils le définissent en lien avec un savoir, un savoir-faire et un savoir-être.Ce besoin demeure chez les personnes âgées, même si elles modifient leur manière d’y répondre.Une qualité de vie est toujours possible en vieillissant; mais, en vie religieuse, c’est ensemble qu’on réussit à la développer.Dans sa présentation de la contemplation, l’A.commence par la définir et la mettre en relation avec Jésus.Il considère ensuite successivement la prière contemplative de saint Paul et celle de saint Jean.Il termine par notre prière contemplative qui, normalement, doit nous conduire à un amour plus grand du Seigneur.La Sagesse a présidé à la création; elle se promène sur les places publiques; elle élève la voix.Elle interpelle, console, guérit.130 Savoir quitter.Laurent Boisvert, o.f.m.* Après vingt-huit ans à la direction de La vie des communautés religieuses j’ai choisi, non sans quelque hésitation, de quitter.Durant toute cette période, la revue a été «en moi comme un enfant»; elle m’habitait et sa préoccupation était quotidienne.Relativement facile à porter pendant la majorité de ces années, sa responsabilité devenait plus lourde avec le temps, si bien qu’il me fallut penser l’abandonner.De plus, tout en reconnaissant la valeur et l’utilité actuelles de la revue, il me semblait nécessaire, surtout après le synode sur la vie consacrée, que soient repensées son orientation et sa formule, que lui soit imprimé un nouveau dynamisme.Ayant moins le goût et la force d’affronter ce défi, je désirais profondément que d’autres le relèvent, au bénéfice des lecteurs et lectrices de la revue.Par l’intermédiaire de l’autorité provinciale, un appel à la succession fut lancé auprès des religieux de notre province franciscaine; mais aucun n’a présenté sa candidature.J’ai donc proposé aux membres du conseil provincial d’offrir la revue à un consortium d’instituts religieux, de préférence ou en majorité féminins.Ce que les conseillers acceptèrent unanimement, me demandant même d’entreprendre des démarches dans ce sens.En offrant la revue à des communautés de religieuses, je désirais répondre à une aspiration souvent exprimée et largement répandue: que la théologie de la vie religieuse prenne davantage une physionomie et des traits féminins.J’avais conscience qu’il existait déjà une avancée importante dans ce sens, puisque de plus en plus de femmes exprimaient théologiquement leur expérience de vie religieuse.Mais il me semblait que la possession et la direction de La vie des communautés * 5750, boulevard Rosemont, Montréal (Québec) H1T 2H2.131 religieuses par des instituts féminins pouvaient favoriser cette avancée et, par conséquent, accentuer la complémentarité indispensable du masculin et du féminin dans la pensée théologique.Après consultation, j’ai pris contact avec soeur Madeleine Rochette, supérieure générale des soeurs de la Congrégation de Notre-Dame.Peu après, une rencontre d’information sur divers aspects de la revue a eu lieu; étaient présentes soeur Madeleine Rochette, c.n.d., soeur Yvette Bellerose, supérieure générale des soeurs de Sainte-Anne, soeur Yolande Laberge, s.n.j.m.et soeur Yvette Poirier, s.s.a.Ensuite, lors d’une réunion des supérieures générales francophones, soeur Rochette et soeur Bellerose les ont informées d’un transfert éventuel de La vie des communautés religieuses, et ont sollicité la collaboration de quelques religieuses pour constituer un comité ad hoc.Celui-ci a reçu pour mandat principal de présenter un projet d’organisation et un plan de financement de la revue aux supérieures générales qui ont accepté d’en assumer ensemble la responsabilité.Les détails de cette organisation seront présentés dans le prochain numéro de la revue.Au moment de quitter la direction de La vie des communautés religieuses, je tiens à remercier les lecteurs et lectrices qui m’ont encouragé et qui ont supporté la revue; les collaborateurs et collaboratrices que j’ai si souvent sollicités et, sans la réponse desquels, la revue n’aurait pu subsister; le comité de direction dont l’un des membres, René Baril, o.f.m., a corrigé les galées et fabriqué les tables durant plus de vingt-cinq ans; les secrétaires de la revue qui ont assuré l’indispensable travail quotidien: Réal Prévost, o.f.m., Thérèse Léger, s.s.a., Rita Jacques, s.p., Bérard Charlebois, o.f.m., Liliane Caron, r.s.r., Yvette Viau, s.s.a.Je remercie également la province franciscaine Saint-Joseph du Canada qui, durant ces années, a fourni gratuitement le directeur et les locaux de la revue.En terminant, j’exprime ma profonde reconnaissance aux responsables des instituts religieux qui ont accepté de prendre la relève.Je souhaite que, par ce medium de la revue, ils favorisent la qualité de la vie religieuse dans ses dimensions mystique, fraternelle, apostolique, et cela non seulement au Canada mais à travers le monde.132 Golgotha - Suprême amour de Dieu et de l’homme Henri Delhougne, o.s.b.* I.Le scandale de la croix Dans les propos désabusés qu’échangeaient les deux disciples sur le chemin d’Emmaüs, on perçoit une immense déception, et peut-être même un scandale: «Nos grands prêtres et nos chefs l’ont livré pour être condamné à mort et l’ont crucifié.Nous espérions, nous, que c’était lui qui allait délivrer Israël; mais avec tout cela, voilà le troisième jour depuis que ces choses sont arrivées!» (Le 24, 20-21).Et ils étaient tout tristes, le visage sombre (v.17).Les gens pour qui le scandale de la croix a dû être le plus terrible, ce sont probablement les disciples et les proches de Jésus: ils avaient cru reconnaître en lui le Messie annoncé par les Écritures, et voilà qu’il terminait prématurément sa carrière sur la croix, l’instrument de supplice réservé aux esclaves.Les chrétiens n’ont donc pas attendu notre époque pour se rendre compte que la croix de Jésus pouvait scandaliser et scandalisait en fait.Dès le début, la croix fut considérée comme un scandale (Ga 5, 11).«Nous proclamons, dit saint Paul, un Messie crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les nations païennes» (1 Co 1, 23).Ce qu’il y a de nouveau dans la mentalité moderne, c’est que ce scandale, quelque peu émoussé par des siècles de dévotion, réapparaît de façon aiguë, comme dans ce titre de livre: «Ce Dieu censé aimer * L-9737 Clervaux, G.D.de Luxembourg.133 la souffrance1» ou cet autre: «Le meurtre de Jésus moyen de salut2?» A.Tentatives néotestamentaires pour surmonter le scandale 1° La manière probablement la plus ancienne d’intégrer la croix dans l’histoire du salut consiste à continuer à voir en celle-ci un mal complet, mais un mal que Dieu a vaincu en ressuscitant Jésus.Dans les Actes des Apôtres, Pierre déclare aux hommes d’Israël: «Jésus, vous l’avez livré et vous l’avez renié devant Pilate, alors qu’il était décidé à le relâcher.Mais vous, vous avez chargé le Saint et le Juste; vous avez réclamé la grâce d’un assassin, tandis que vous faisiez mourir le prince de la vie» (Ac 3, 13-15).Rien ne pouvait être plus scandaleux.On est loin ici de la perspective d’une mort rédemptrice.La Passion du Christ, c’est la pire injustice.Dans cette perspective, il n’est pas question d’en attribuer la responsabilité à Dieu.Ce sont des hommes précis qui sont les coupables, et que Pierre (Ac 5, 30, etc.), Étienne (Ac 7, 52) ou Paul (Ac 13, 28) ne se priveront pas d’accuser: c’est Pilate, certes, mais, derrière lui, ce sont les habitants de Jérusalem et leurs chefs.Comment les premiers chrétiens ont-ils pu échapper à ce scandale?En découvrant que Dieu a ressuscité Jésus.La croix n’est pas le dernier acte du drame, mais l’avant-dernier.Dans cette perspective, elle n’est pas le salut.Celui-ci vient du fait que Dieu a ressuscité Jésus (Ac 2, 24 et 36; 13, 30).Dieu vient réparer l’injustice des hommes, le scandale de la croix, en rendant la vie à celui qui est mort.Aujourd’hui encore, certains théologiens adoptent cette façon de voir.La difficulté de cette position, c’est que la mort sur la croix n’est pas source de salut; elle porte au contraire le péché de l’homme à son comble.2° Une seconde manière d’intégrer la croix a consisté à lui donner un certain sens en la considérant comme accomplissement des Écritures.Pour surmonter le scandale de la crucifixion du Messie, les 134 premiers chrétiens montraient que les souffrances de ce Messie avaient été annoncées par les Écritures elles-mêmes.C’est cette intégration qui a lieu au long du chemin d’Emmaüs: «Ne fallait-il pas.?» (Le 24, 26).Mais elle est loin d’être évidente aux yeux des disciples.Il faudra que Jésus lui-même rejoigne les deux compagnons sur la route et que, comme dit l’évangile, «commençant par Moïse et parcourant tous les prophètes, il leur interprète dans les Écritures tout ce qui le concernait» (v.27).À la suite de cette explication suivie du signe de la fraction du pain, leurs yeux s’ouvrent et ils le reconnaissent, vivant.À ce moment-là seulement, le langage de la croix devient pour eux puissance de Dieu alors que, comme le dit la Première Lettre aux Corinthiens (1, 18), il est folie pour ceux qui se perdent.L’Église primitive, à la différence de la Synagogue, a mis en relief les extraordinaires prophéties décrivant le Serviteur souffrant dans Isaïe (53 surtout), ainsi que certains psaumes (21, 68).En Isaïe 53, on trouve les affirmations suivantes: «C’était nos souffrances qu’il portait (phrase citée en Mt 8, 17, qui lui donne d’ailleurs une portée différente: il portait nos souffrances non pour les expier mais pour les enlever, pour les supprimer, notamment par ses miracles), nos douleurs dont il était chargé.Nous, nous pensions qu’il était châtié, frappé par Dieu, humilié.Or, c’est à cause de nos fautes qu’il a été transpercé, c’est par nos péchés qu’il a été broyé.Le châtiment qui nous obtient la paix est tombé sur lui, et c’est par ses blessures que nous sommes guéris.(.) Le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous» (Is 53, 4-6).Si l’on parvient à montrer que ce que Jésus a souffert a été annoncé par les Écritures, aux yeux de l’homme de la Bible l’affaire rentre dans l’ordre, c’est-à-dire dans la logique des choses voulues par Dieu.Le drame prend alors un sens.D’où l’importance de la petite phrase que nous disons encore aujourd’hui dans le Credo de la messe et que l’on retrouve à plusieurs endroits du Nouveau Testament: «selon les Écritures», par exemple 1 Co 15, 3-4: «Le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures, il a été mis au tombeau, il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures».Pour que s’accomplisse l’Écriture, «il fallait» que le Christ, le Messie, 135 prenne la forme du serviteur souffrant pour le péché de la multitude.Le «Il fallait» de Le 24, 26 exprime donc une sorte de nécessité scripturaire, qui donne sens à cette sombre histoire.Pourtant, cette conformité à l’Écriture ne suffit pas pour apaiser le sentiment de scandale que suscite le spectacle de l’homme des douleurs, dont Isaïe, un peu plus loin, dit que «broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur» (Is 53, 10).Pourquoi donc fallait-il qu’il soit broyé par la souffrance pour plaire à Dieu?Dieu se plairait-il dans la vue d’un homme broyé par la souffrance?Pourquoi faut-il, pour que nous soyons sauvés, qu’un homme - et quel homme - soit torturé et crucifié?Simplement, parce que c’était écrit?3° Les textes d’Isaïe 53 orientent vers l’interprétation de la croix comme châtiment que le Christ subit à la place des pécheurs.La croix est le prix à payer pour le salut.Il y a une parole célèbre de Jésus, rapportée par les trois évangiles synoptiques, qui va dans ce sens, le fameux logion de la rançon: «Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude» (Mt 20, 28 et parallèles).Jésus se présente ici comme le serviteur souffrant.Alors qu’lsaïe 53 parlait d’expiation, Jésus présente ici le don de sa vie comme une rançon versée pour la libération de captifs emprisonnés pour dette.On trouve à plusieurs reprises chez saint Paul l’idée que, comme le dit la note de la Bible de Jérusalem (éd.de 1973) sur Mt 20, 28, «les péchés des hommes entraînent une dette à l’égard de la Justice divine, la peine de mort exigée par la Loi, cf.1 Co 15, 56; 2 Co 3, 7.9; Ga 3, 13; Rm 8, 3-4.Pour les affranchir de cet esclavage du péché et de la mort (Rm 3, 24), Jésus paiera la rançon et acquittera la dette en versant le prix de son sang (1 Co 6, 20; 7, 23; Ga 3, 13; 4,5), c’est-à-dire en mourant à la place des coupables, ainsi qu’il était annoncé du «Serviteur de Yahvé» (Is 53, 11 sv.)».Si l’on pousse l’image, on est amené à se demander: À qui une telle rançon est-elle payée?À Dieu?Au diable?Ou bien faut-il prendre le thème de la rançon comme une image, précisément, et une image qui ne doit pas être poussée à fond?Dans ce cas, Jésus lui-même donne de son rôle salvifique une interprétation symbolique et 136 il est inutile de se demander à qui on paie la rançon.L’histoire ultérieure de la théologie a dû affronter cette question et a tenté de la résoudre de manières diverses.B.La théologie de la rédemption par substitution L’histoire de la théologie du salut peut être divisée en deux grandes périodes.Pendant le premier millénaire, on privilégie le mouvement descendant, de Dieu vers l’homme à travers l’humanité de Jésus Christ: on contemple l’action de Dieu qui s’incarne pour venir nous sauver.Pendant le second millénaire, on privilégie - sans exclure l’autre - le mouvement ascendant de l’homme vers Dieu, «puisqu’en Jésus, le Fils par excellence, c’est l’homme qui accomplit son passage en Dieu^».Ce mouvement ascendant caractérise la théologie occidentale depuis saint Anselme de Cantorbéry (+ 1109).Les deux mouvements restent évidemment présents à toute théologie chrétienne, mais à partir d’Anselme on accentue le second et on répond autrement à la question qui est le thème de notre exposé: «Pourquoi le Christ est-il mort?À cette question, les anciens (ceux du premier millénaire) répondaient d’abord: pour nous «racheter», pour nous «délivrer» de la mort, du péché et du diable.Cette «libération» de la violence injuste qui pesait sur l’humanité s’est accomplie de manière onéreuse, car elle a fait l’objet d’un combat et a été le prix d’une victoire du Christ sur les puissances du mal.C’est en ce sens que celui-ci a donné sa vie «en rançon».Les Latins depuis le Haut Moyen-Âge répondent d’une manière toute différente: le Christ est mort d’abord pour s’offrir en sacrifice au Père et satisfaire à la justice divine4».C’est la théorie de la satisfaction.Le mérite de cette théorie est d’en finir avec les «prétendus droits du diable» à qui il aurait fallu payer la rançon.Mais le scandale redouble s’il faut maintenant payer la rançon à Dieu.1° C’est pourtant dans cette direction qu’Anselme de Cantorbéry imagine la théorie de la satisfaction qui s’intégre dans la culture de son époque: le droit du maître, la légitime propriété, l’honneur.Le péché est un vol qui consiste à ne pas rendre à Dieu ce qui lui revient.Ne pas punir ce vol, c’est accepter un désordre et être 137 indirectement injuste à l’égard de celui qui ne commet pas de péché.Et Dieu ne peut pas souffrir que son honneur soit bafoué.Comme aucun homme n’est capable de rembourser la dette, c’est le Fils de Dieu lui-même qui va se substituer aux hommes, payer à leur place en versant son sang et satisfaire ainsi l’honneur de Dieu5.Inutile de souligner combien tout cela est éloigné du Dieu qui se révèle dans l’Évangile.Mais cette théorie de la «satisfaction vicaire» a connu un grand succès en Occident, jusqu’à un passé récent.2° Difficultés de la théorie de la satisfaction vicaire a) On dit que la justice divine exige que, pour compenser la faute des hommes, Jésus soit mis à mort.Or mettre à mort le Juste par excellence, c’est la pire des injustices.Pour rétablir la justice, Dieu commettrait la pire des injustices.Abélard avait formulé aussi cette objection: «Si la faute (.) d’Adam appelait une si grande expiation, quelle expiation peut exiger (.) le meurtre du Christ6?» b) D’ailleurs, la justice est-elle jamais réparée par une quelconque mise à mort?Dans une culture où la peine de mort paraissait normale et susceptible de réparer le tort causé, la mise à mort était ce qui était censé restaurer la justice.Il fallait du sang, et si ce n’est pas le coupable lui-même qui versait son sang, ce serait quelqu’un d’autre.Il y avait l’axiome: «Pas de salut sans effusion de sang^».La culture où l’on estime que la mise à mort des coupables rétablit la justice a été la nôtre jusqu’à un passé récent: l’abolition de la guillotine en France ne date que d’il y a quelques années, et l’on continue d’ailleurs à appliquer la peine de mort aux États-Unis.Mais dans la mesure où l’on prend conscience que l’exécution d’un coupable ne fait qu’ajouter une violence de plus aux violences du monde, et n’a pour utilité que de satisfaire le désir de vengeance, la présentation de la mort du Christ comme le sang payé pour acquitter la dette du péché devient non plus une solution du scandale, comme cela a été accepté pendant longtemps, mais un scandale de plus.c) Autre objection: si c’est à Dieu qu’on paie la rançon, en faisant mourir son Fils, Dieu se paie lui-même.Mais alors pourquoi a-t-il besoin de ce subterfuge sanglant pour effacer la dette?Puisqu’il est le créancier, pourquoi ne pourrait-il pas appliquer lui-même ce 138 qui est recommandé par l’Évangile concernant la remise des dettes?Dieu serait-il le créancier impitoyable de son Fils?d) À la suite d’Anselme, on répond souvent à cette objection en introduisant une dualité en Dieu: ce n’est pas son amour mais sa justice, dit-on, qui exige la mort de Jésus.Dieu, le Bon Dieu, ne demanderait qu’à pardonner aux moindres frais; mais - que voulez-vous?-il y a en lui la justice qui doit nécessairement être satisfaite.Il faut le poids d’une victime infiniment précieuse sur l’un des plateaux de la balance pour rétablir l’équilibre rompu par le poids des péchés humains.Dans ce cas, Jésus serait sacrifié à l’honneur de Dieu, d’aucuns diront: au Moloch de la justice divine.e) Cette dernière remarque soulève la difficulté qui est sans doute la plus radicale: Quel est donc le visage de Dieu qui apparaît dans cette affaire?Un exégète catholique contemporain, le P.Légasse, demande: «Quel est ce Dieu (.) qui exige que son Fils (.) se soumette aux pires tortures, pour pouvoir pardonner aux hommes pécheurs8?» On ne cesse de nous dire que Dieu est Amour.Pourquoi exige-t-il une vengeance aussi terrible que la mort d’un innocent?Dieu apparaît alors surtout comme celui qui punit nos fautes.Il pratique la loi du talion.Mais on dirait qu’il n’a pas encore lu l’Évangile! Là, c’est la miséricorde qui l’emporte sur la justice, au point de choquer les esprits soucieux de pratiquer la justice.Dieu y apparaît essentiellement comme quelqu’un qui pardonne.Pardonner, ce n’est pas minimiser ni ignorer la faute.C’est recréer, donner une nouvelle chance.Dans la parabole du fils prodigue (Le 15, 11-32), qui est certainement capitale pour la révélation du visage de Dieu, le père n’exige aucune réparation, ne met aucune condition pour accueillir son fils pécheur.Il lui suffit que celui-ci, comme Zachée, comme la pécheresse, veuille revenir vers lui: c’est ce que l’on appelle la «conversion».Ce retour le «satisfait», et non seulement le satisfait mais le comble de joie, d’une joie un peu folle.«Tuer le veau gras et donner un festin en l’honneur du repenti, dit le philosophe Jankélévitch, c’est là l’inexplicable, l’injuste, la mystérieuse fête du pardon9».Le fils aîné et les pharisiens de tous les temps ne peuvent l’admettre: le 139 pardon leur apparaît comme une injustice.Pourtant, dans la parabole, le père représente Dieu.Dans l’acte de la rédemption, Dieu peut-il être moins bon que le père de la parabole?Dans un texte fameux de saint Paul, la mort de Jésus est présentée comme la preuve de l’amour de Dieu: «La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous» (Rm 5, 8).Ceci donne de Dieu un tout autre visage et nous ramène à ce qui est central dans la révélation chrétienne: Dieu est amour.II.Le sens de la Passion et de la mort de Jésus Si Dieu est amour, s’il n’est pas le justicier impitoyable qui exige que le Christ soit crucifié, on va chercher à le «disculper», en quelque sorte, du meurtre de Jésus.Je présenterai d’abord quelques tentatives récentes qui semblent bien être des impasses.Puis je proposerai quelques réflexions sur les significations de la passion et de la mort de Jésus.A.Tentatives inadéquates pour disculper le Père 1° Dans le souci - louable - d’éviter que Dieu ne soit pris pour un bourreau, on en fait une victime.Certains vont jusqu’à dire que, puisque Jésus est Dieu, non seulement Dieu était sur la croix, mais le Père lui-même aurait souffert et serait mort avec le Fils sur la croix.Mais si le Père lui-même meurt, qui donc peut ressusciter Jésus?C’est pourquoi le «patripassionisme» est une hérésie rejetée dès l’Antiquité.Elle évacue la toute-puissance de Dieu, ainsi que le salut, car si le Père et le Fils meurent, l’Esprit Saint ne peut être donné, il meurt lui aussi.C’est d’ailleurs bien ainsi que l’entendait naguère une certaine théologie de la mort de Dieu.Il faut certes affirmer que Dieu n’est pas du côté des bourreaux, qu’il est du côté de ceux qui souffrent et meurent.Mais il meurt en son Fils seulement.Seul ce dernier est torturé et mis à mort.La distinction entre les personnes divines est suffisante pour permettre au 140 Fils seul de s’incarner et de connaître la mort.Un théologien remarque même: «La mort du Christ est le moment qui fait apparaître le plus fortement la distinction du Père et du Fils^».Le rejet du patripassionisme ne signifie pas que le Père soit insensible à la souffrance de son Fils.La doctrine de l’impassibilité absolue de Dieu n’est pas tenable.Elle est plus grecque que biblique.Pour les philosophes grecs, souffrir était une imperfection; Dieu ne pouvait donc souffrir.La Bible montre au contraire un Dieu qui n’est pas insensible à la détresse des hommes, aux cris de son peuple esclave en Égypte (Ex 3, 7): non seulement il les connaît, mais sa manière d’agir montrera qu’il est touché.Malgré certaines expressions qui relèvent davantage de l’anthropomorphisme, la Bible témoigne d’une perception authentique de la réalité de Dieu qui est miséricorde, pitié, tendresse et amour, ce que les philosophes ignoraient.Or l’amour souffre quand souffrent ceux qu’il aime, et il souffre aussi de n’être pas assez aimé.La Bible révèle un Dieu qui, de ce point de vue, est vulnérable, de la vulnérabilité de l’amour.Or ceci n’est nullement une imperfection, bien au contraire.En ce sens, il y a une véritable «souffrance de Dieu» selon le titre d’un beau livre du P.Varillon11.Mais si cette souffrance et cette compassion de Dieu le Père le rapprochent de tous ceux qui souffrent, on ne voit pas en quoi cette souffrance est, comme telle, source de salut.2° Qui donc est responsable de la mort du Christ?Faut-il accentuer le rôle de Jésus dans sa propre mort et dire que Jésus se livre lui-même à la mort?Certes, Jésus n’était pas un naïf.Il s’était rendu compte que ses paroles et son comportement lui avaient suscité des ennemis qui en voulaient à sa vie.Quand il décide de regagner la Judée après la mort de Lazare, ses disciples lui objectent: «Rabbi, tout récemment les Juifs cherchaient à te lapider, et tu retournes là-bas?» (Jn 11, 8).Mais il maintient sa décision.Alors Thomas dit aux autres disciples: «Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui!» (Jn 11, 16).Jésus se serait-il volontairement jeté dans la gueule du loup?141 On ne peut pourtant pas tenir que Jésus ait recherché activement et provoqué sa propre mort: un suicide ne peut être à l’origine du salut.Ce serait un autre scandale.Pourtant, Jésus a accepté librement sa mort.Nous verrons plus loin de quelle manière.3° Si le responsable n’est ni le Père, ni le Christ, faut-il accentuer le rôle des hommes et leur attribuer entièrement la responsabilité de la mort du Christ?C’est en tout cas ce qui est conforme à l’histoire des historiens.Selon un juriste actuel, les responsabilités sont claires: celui qui a condamné à mort, c’est Pilate siégeant comme juge avec le «ius gladii».Lui seul avait le droit de condamner à mort et de faire exécuter la sentence.Mais le Sanhédrin de Jérusalem porte une lourde responsabilité, parce que c’est lui qui a acculé Pilate à prononcer cette condamnation.Ce sont donc des hommes précis qui ont tué Jésus; ils étaient libres et conscients de leurs actes; ils n’étaient pas de simples jouets entre les mains de la Providence; ils portent la responsabilité du meurtre12.Mais, comme on l’a fait remarquer plus haut, on ne voit pas en quoi un tel acte peut sauver les hommes.Comment ce meurtre commis par un groupe d’hommes concrets peut-il réconcilier l’humanité avec Dieu?Puisque ce meurtre prend comme victime le propre Fils de Dieu, on s’attendrait à ce que le Père ait la réaction du maître de la vigne dans la parabole des vignerons homicides: «Ces misérables, il les fera périr misérablement» (Mt 21, 41 sv.).Ceci est peut-être une interprétation de la ruine de Jérusalem en 70 considérée comme punition de la mort du Christ.Mais à supposer que ce soit le cas (ce qui n’est pas prouvé), on ne voit toujours pas en quoi le meurtre du Fils est source de réconciliation pour les autres hommes.B.Les significations de la mort de Jésus Tentons maintenant de dire positivement ce que signifie et ce qu’apporte la mort de Jésus.Ces significations seront présentées dans un ordre d’intensité croissante.1° La mort de Jésus exprime existentiellement sa solidarité avec l’homme, qui est mortel.Il est normal qu’un être vivant meure.142 En tant qu’être biologique, l’homme naît, grandit, se reproduit et meurt.La manière biologique de dépasser - d’une certaine manière - la mort, c’est de survivre dans ses descendants.Beaucoup de peuples, y compris celui de l’Ancien Testament, en sont convaincus.Mais, même s’il a une descendance nombreuse, l’homme, en tant qu’individu conscient et réfléchi, trouve sa propre mort anormale car il sent que son esprit est fait pour vivre sans fin.Il proteste - du moins en Occident - contre la mort de sa vie consciente, tout en sachant que la mort corporelle fait partie de sa condition biologique.Ou bien il nie le caractère irréversible de sa mort en professant la doctrine de la réincarnation.Or le Fils de Dieu, en prenant la condition humaine, n’a pas voulu «faire comme si».Réellement, il est né; réellement, il a grandi de corps et d’esprit1 enfin, réellement, il est mort.Jésus n’était pas une apparence d’homme.Le docétisme qui l’affirmait pour sauver la grandeur de Dieu en Jésus fut rejeté dès le début de l’Église.Par son incarnation, le Fils de Dieu s’est fait l’un de nous; il s’est pleinement solidarisé avec notre condition humaine pécheresse (2 Co 5, 21), tout en ne péchant pas lui-même (He 4, 15; 1 P 2, 22) (mais le péché n’est pas essentiel à la nature humaine; il en est une tare).La mort du Christ exprime donc d’abord la solidarité profonde de Dieu avec les êtres humains: Dieu, en son Fils, vient partager notre condition humaine, avec tout son poids de faiblesse; «il s’est fait chair» (Jn 1, 14).C’est pourquoi il partage notre souffrance et notre mort.Bien que le terme de solidarité ne soit pas dans le Nouveau Testament, sa réalité y est présente à toutes les pages.On ne saura jamais assez s’émerveiller de cette «condescendance» de Dieu.2° La mort de Jésus exprime sa solidarité en particulier avec ceux qui meurent injustement et prématurément.Si la mort humaine en soi est déjà révoltante, à plus forte raison quand il s’agit d’une mort prématurée ou injuste.Il y a ceux dont d’autres hommes abrègent les jours: les victimes des guerres, des assassinats, des meurtres de tout genre (depuis l’avortement jusqu’à l’euthanasie).Il y a la mort par maladie ou accident de toutes ces personnes encore trop jeunes pour mourir.Ici le scandale redouble.143 Or en mourant dans la fleur de l’âge, par suite d’une condamnation injuste, le Fils de Dieu se rend solidaire de ces morts particulièrement scandaleuses.Au fond, il n’y a pas de mort plus scandaleuse que la sienne.3° La mort de Jésus, tout en étant intégrée dans le dessein de salut, n’est voulue comme telle directement ni par le Père ni par le Christ; elle est une conséquence assumée de sa fidélité totale à sa mission.Dieu n’est pas le meurtrier de son Fils, et Jésus ne s’est pas suicidé.La mort de Jésus, comme telle, est un mal, car la mort d’un homme est toujours un mal.C’est pourquoi d’ailleurs en théologie classique on la considère comme une conséquence du péché.Or ni le Père ni Jésus ne peuvent vouloir le mal.Pourtant Jésus marche volontairement à la mort, et le Père sait qu’il va mourir.a) On peut comparer cette situation au cas, classique en morale, du volontaire indirect.Il y a volontaire indirect chaque fois que l’on accepte un risque.On ne cherche pas le risque pour lui-même, mais on l’accepte parce qu’il est lié au but que l’on vise directement, et qui est positif.Ainsi le soldat qui, à la guerre, sacrifie sa vie pour couvrir la retraite de ses compagnons ne se suicide pas, même s’il sait qu’il va en mourir.Songeons aussi à l’exemple de saint Maximilien Kolbe: en s’offrant pour remplacer quelqu’un dans le bunker de la faim, il savait qu’il n’échapperait pas à la mort, et pourtant il ne voulait pas la mort directement.Du point de vue du Christ, ainsi que du Père, la mort de Jésus relève, elle aussi, du volontaire indirect.Ce que visent directement le Christ et le Père, c’est l’effet bon, dont nous allons parler.b) Que se passe-t-il à Gethsémani, là où Jésus, non sans difficultés (Mt 26, 36-46 par.), accepte la volonté de Dieu?En quoi consiste cette volonté?Dieu le Père ne veut pas directement la mort de son Fils: il n’est pas un père sadique.Mais il demande à son Fils d’être fidèle jusqu’au bout à sa mission prophétique, c’est-à-dire évangélique, même si cette fidélité doit entraîner la mort.Au lieu de céder à la lâcheté, Jésus comprend, dans la douleur, qu’il doit annoncer jusqu’au bout à la fois ce qu’il est (Fils de Dieu) et la miséricorde infinie de Dieu pour les pécheurs.C’est cette double assertion qui lui 144 avait suscité des ennemis mortels, en particulier lorsqu’il avait prétendu avoir le pouvoir de pardonner les péchés.Et c’est encore l’affirmation de son origine divine devant le Sanhédrin qui lui vaudra l’accusation fatale de blasphème et la condamnation (Mc 14, 61-64).Or, à Gethsémani, Jésus et le Père savent, l’un et l’autre, que cette fidélité entraînera effectivement la mort.D’où la répulsion de l’homme Jésus à boire la coupe.Il n’accepte la volonté du Père qu’après un rude combat, une agonie jusqu’au sang, dit saint Luc (Le 22, 44), dans un grand cri et avec larmes, dit l’Épître aux Hébreux (5, 7).4° La mort du Christ est un don de soi par amour qui réalise et atteste la communion d’amour entre Dieu et les hommes.a) Cette fidélité à sa mission prophétique, Jésus l’assume par amour.Depuis le début de sa vie humaine, Jésus est Fils de Dieu et, par conséquent, le fond de son être est ce qu’est Dieu lui-même: amour.Cet amour divin imprègne, en quelque sorte, la nature humaine dès la conception de Jésus; cet amour le marque durant sa croissance, au début de son ministère de prédicateur itinérant (lors du baptême).Mais l’imprégnation totale de son être humain par l’amour absolu n’a lieu que dans la mort.Cette progression est indiquée par l’Épître aux Hébreux: «Bien qu’il soit le Fils, il a pourtant appris l’obéissance par les souffrances de sa passion; et ainsi conduit à la perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel» (He 5, 8-9).Dans son agonie, puis pendant ses tortures, tout en percevant le scandale de cette mort injuste et prématurée («Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?»), devant ce qui est le plus grand péché des hommes («Ils ne savent pas ce qu’ils font»), Jésus aime les hommes jusqu’au bout, y compris ses bourreaux à qui il pardonne («Père, pardonne-leur») et fait un acte de confiance totale en son Père («Père, entre tes mains je remets mon esprit»).b) Ce don total de lui-même est un sacrifice, le plus grand des sacrifices et, à vrai dire, le seul sacrifice pleinement efficace.Le but des sacrifices dans les religions était, non pas de verser du sang, mais de réaliser une union avec Dieu14, afin de se le concilier.Or l’offrande que Jésus fait de lui-même dans un acte d’amour réalise 145 précisément en lui cette communion totale entre Dieu et l’homme, communion que le péché excluait.Ce don total de lui-même dépasse la simple solidarité avec l’homme mortel.Il ouvre cet homme mortel à la vie d’amour de Dieu, c’est-à-dire, il le sauve.Et il sauve d’abord la nature humaine qui est en lui, car lui aussi, tout en n’étant pas pécheur, a, de par son incarnation, «été fait péché» (2 Co 5, 21).Ce sacrifice, le Christ «l’a fait une fois pour toutes en s’offrant lui-même», comme dit l’Épître aux Hébreux (7, 27).La pleine communion d’amour est enfin réalisée entre Dieu et l’humanité dans la personne de Jésus15.c) Ce don total de soi de Jésus est en même temps la révélation suprême de l’amour de Dieu pour l’homme.«Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime» (Jn 15, 13).Pour nous prouver qu’il n’est pas un Dieu sans amour pour nous, Dieu s’est incarné et, en son Fils, a donné sa vie pour ceux qu’il aime, c’est-à-dire pour tous les hommes, même pour ses bourreaux.Ce «martyre par amour» est aussi un «martyre d’amour», un témoignage irrécusable de l’amour de Dieu pour nous.Oui, vraiment, comme le dit la Première Lettre de saint Jean, «En ceci s’est manifesté l’amour de Dieu pour nous: Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui.En ceci consiste l’amour: ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés» (1 Jn 4, 9-10).Victime de propitiation (B.J.) ou d’expiation (TOB)?Oui, car dans ce contexte d’amour, on peut reprendre, avec Jean, le vieux vocabulaire sacrificiel, à condition de ne pas oublier qu’il est radicalement réinterprété par l’action même du Christ.5° L’acte d’amour suprême de Jésus qui établit en sa mort la communion plénière entre Dieu et l’humanité change le sens et la réalité de la mort humaine.Dans sa mort, Jésus, en portant l’amour jusqu’au paroxysme, a élargi son être humain aux dimensions de l’amour de Dieu qui l’a envahi et, d’un même mouvement, l’a vivifié.En Jésus donc, la mort est devenue rencontre amoureuse avec Dieu, entrée dans la vie de Dieu: résurrection.Or la vie nouvelle jaillie de la mort du Christ transformée en acte d’amour infini se transmet à tous ceux qui, d’une manière explicite ou implicite, se 146 relient au Christ ressuscité.Les hommes sont désormais appelés à vivre leur propre mort en union avec celle du Christ.Comme le déclare saint Paul à Timothée: «Elle est sûre cette parole: Si nous sommes morts avec lui (le Christ), avec lui nous vivrons» (2 Tim 2, 11).La mort physique, vécue en communion avec la mort du Christ par amour, débouche dans la plénitude de la vie nouvelle, dans la relation d’amour immédiate avec Dieu.La mort physique, qui subsiste, n’est plus une impasse mais un passage par lequel l’homme nouveau va jusqu’au bout de son humanité ancienne et, à la suite du Christ, premier-né d’entre les morts, accueille jusque dans cette expérience limite le don de l’amour de Dieu.Cette mort, qui d’un point de vue terrestre garde son caractère odieux, devient une entrée dans une vie nouvelle, dans la pleine communion de l’amour.Au lieu d’être une fin absurde (absurde depuis qu’est apparu un être conscient qui ne peut comprendre pourquoi cette conscience devrait s’éteindre à jamais), elle devient, grâce au Christ, une véritable nouvelle naissance.Qu’on nous permette d’expliciter cette comparaison biologique: aux yeux du foetus qui est dans le sein de sa mère, la naissance apparaît comme une catastrophe: il est expulsé du milieu protégé où il a vécu durant neuf mois; il passe par un passage étroit en ayant l’impression «d’y rester»; on lui coupe le cordon par lequel il a reçu sa nourriture; pendant quelques instants, il est vraiment entre la vie et la mort; pourtant, ce passage difficile le fait déboucher dans une vie nouvelle lorsqu’il se met à respirer.Il en va de même, analogiquement, pour ceux qui meurent dans le Christ.C’est pourquoi le dernier livre de la Bible peut déclarer: «Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur» (Ap 14, 13).En résumé, voici les significations de la mort de Jésus.1° Cette mort manifeste la solidarité du Fils de Dieu - et donc par lui de Dieu lui-même - avec l’homme, qui est fragile et mortel.2° Elle manifeste en particulier la solidarité du Fils de Dieu avec ceux qui meurent injustement et prématurément.147 3° La mort de Jésus n’est voulue directement ni par le Père ni par le Christ, mais est une conséquence assumée librement de la fidélité de ce dernier à sa mission voulue par le Père.4° De cette mort, le Christ fait un acte d’amour suprême, une offrande de soi - un sacrifice - en même temps qu’un témoignage de l’amour de Dieu, un «martyre d’amour».Cet acte d’amour établit la pleine communion entre la nature humaine qui est en Jésus et la vie même du Dieu-Amour.C’est cette communion qui constitue le salut1 ® et réalise ce que le péché des hommes excluait.5° Cet acte d’amour, sacrifice et témoignage, transforme la mort (son sens et sa réalité).Par la force de l’amour, la mort biologique, qui reste inévitable, débouche désormais sur la vie, la vie nouvelle dans laquelle Jésus est entré par sa résurrection.Dans cette perspective, à la question: «Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela?» (Le 24, 26) la réponse peut enfin devenir affirmative et s’exprimer par une éternelle action de grâce17.NOTES 1.F.Varone, Ce Dieu censé aimer la souffrance, Paris, Cerf, 1984 (Coll.Apologique).2.N.Leites, Le meurtre de Jésus, moyen de salut?Embarras des théologiens et déplacement de la question, Paris, Cerf, 1982.3.B.Sesboüé, Jésus-Christ l’unique médiateur.Essai sur la rédemption et le salut, t.1, Problématique et relecture doctrinale, Paris, Desclée, 1988, p.55 (Coll.Jésus et Jésus-Christ n° 33).4.Sesboüé, op.cit.55-56.5.Cf.A.Manaranche, Pour nous les hommes.La rédemption (Coll.Communio), Paris, Fayard, 1984, pp.78-80.Ajoutons, pour ren- 148 dre justice à Anselme qui nous est cher par ailleurs, qu’une réinterprétation de sa pensée est en cours (cf.Michel Corbin).Mais nous évoquons ici l’interprétation commune.6.Cité par Leites, op.cit.p.92.7.«Extra sanguinem nulla sal us».8.S.Légasse, «À propos de l’idée de “Substitution pénale” dans la rédemption.Note exégétique», Bulletin de littérature ecclésiastique 69,1968, p.81, cité par Leites, op.cit., p.60.9.Le pardon, p.101 ; cité par Sesboüé, op.cit., p.61.10.Ph.Ferlay, «Trinité, mort en croix, eucharistie», dans Nouvelle Revue théologique, 96 (1974), p.937.11.F.Varillon, La souffrance de Dieu, Paris, Centurion, 1976.12.CF.J.IMBERT, Le procès de Jésus, Paris, PUF, 1980 (Coll.Que sais-je?n° 1896).13.Notons en passant qu’il ne s’est pas marié, signe qui annonce la vie nouvelle jaillie de sa résurrection.14.Cf.saint Augustin, La Cité de Dieu, livre 10, 6, Bibl.augustinien-ne, t.34, Paris, Desclée De Brouwer, 1959, p.445: «Le vrai sacrifice est donc toute oeuvre qui contribue à nous unir à Dieu dans une sainte société, à savoir toute oeuvre rapportée à ce bien suprême grâce auquel nous pouvons être véritablement heureux.» 15.Cette communion a été réalisée, et non pas rétablie, car jamais dans l’histoire, il n’y a eu une telle communion entre l’homme et Dieu.16.D’abord en Jésus lui-même.La théologie de la résurrection du Christ et la théologie de l’Église montrent comment ce salut se transmet aux autres hommes.17.Il est à remarquer que la Prière eucharistique n° 4 est en affinité avec les considérations présentées ici.149 Où nous mène l’angoisse?Au village ou au mont des Oliviers?* Rita Gagné, o.s.u.** En me demandant d’intervenir au coeur de ce Congrès avec ce qui risque de faire notre désespérance dans le contexte social qui est le nôtre, vous ne me demandez certes pas de jouer à la sociologue capable d’analyse sociale.Vous ne me demandez pas non plus de dresser un tableau noir, j’en suis sûre! Mais de toucher à ce qui nous étouffe l’espérance et nous fait perdre coeur à certains jours.Éprouver l’angoisse quoi et la nommer! Celle qui naît du paroxysme de la désespérance! Je ne jouerai pas aux disciples d’Emmaüs même si notre démarche veut prolonger la leur; je ferai plutôt une pause volontaire, comme un gros plan, sur ce qui rend les visages mornes et les pieds pesants.En effet, dans notre démarche, nous avons rejoint ces disciples au coeur même de l’angoisse qui leur coupe le souffle au lendemain d’un beau rêve avorté.Ce serait lourd à vivre si nous ne savions qu’en route, ce jour-là, ils auront l’occasion de briser leur cercle fermé en parlant à un autre de leur angoisse.Pour le moment, ils s’en retournent vers le village quand ils croisent un étranger.Ce mystérieux étranger aurait-il lui-même connu un jour ce haut-le-coeur qui fait qu’on en a assez et qu’on décide de rebrousser chemin ou d’emprunter une autre route?Quand c’est arrivé à Jésus, nous dit Matthieu, Jésus, lui, a quitté le Temple, s’en est allé gravir le Mont des Oliviers au lieu de retourner à son village.comme sont en * Texte présenté au Congrès de la CRC, en juin 1994.** C.P.66, Fontenelle (Québec) GOE 1H0.150 train de le faire les disciples découragés.En prenant la route qui mène au Mont des Oliviers, Jésus fait ce qu’il nous dira de faire quand nous verrons «l’abomination de la désolation dans le Lieu saint»: fuir sur la montagne, lieu de la rencontre du Vivant (Mt 24, 16).Jésus aurait-il vécu le contexte social de son temps comme «abomination de la désolation»?S’en va-t-il chercher, sur la montagne de la rencontre de Dieu, la force de continuer à donner sa vie au lieu de la garder?Tout d’un coup nous serions en train de vivre ce que Jésus a vécu?Ou encore mieux, tout d’un coup Dieu lui-même serait en train de continuer d’éprouver en nous ce qu’il a éprouvé dans la chair de Jésus?Ne sommes-nous pas engagés à suivre Jésus jusqu’à éprouver en nous les «sentiments qui furent en lui» de la part de Dieu?Quel vase vient donc de déborder quand Jésus quitte le temple et s’en va s’asseoir sur le Mont des Oliviers?Que vient-il de se passer quand les deux disciples, eux, quittent Jérusalem et s’en vont vers le village d’Emmaüs?Et que se passe-t-il chez nous qui peut casser notre espérance?Retournerons-nous sur les sentiers connus comme les disciples d’Emmaüs ou si nous prendrons de l’altitude en suivant Jésus?Pour Jésus, pour les disciples d’Emmaüs et pour nous, ne serait-il pas question des mêmes lourdeurs sur nos épaules, du même climat social et de ses impasses?L’angoisse ne viendrait-elle pas des mêmes déchirements au coeur?Pour Jésus et pour les disciples, c’est d’abord la mort des prophètes, les uns après les autres, qui a fini par éroder la passion d’un beau projet.Surtout que les prophètes sont tués par les responsables religieux et politiques.Jésus en fait le reproche à Jérusalem (Mt 23.37) et les disciples d’Emmaüs en sont encore estomaqués de douleur (Le 24,19).La mort des prophètes se fait toujours en série.Le même sort attend celui qui veut encore rassembler le peuple dans la dignité et la liberté.«Que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants», crie Jésus (Mt 23,37).Les disciples ont vécu l’éclatement de leur groupe et ils s’en vont en tous sens.Enfin, ça nous fait mal à nous comme à Jésus quand la maison est laissée déserte (Mt 23.38) .C’est l’expérience de l’absence et du vide: Maison désertée, 151 Écriture désertée, Église désertée; systèmes et structures laissés vides comme tombeaux.Absence de présence et perte de sens.Le contexte dans lequel nous baignons n’est-il pas lourd de ces trois tragiques réalités: mort des prophètes, dispersion des forces et maison désertée?1.La mort des prophètes On ne peut pas dire que Jésus n’a pas essayé de faire du neuf dans le Temple avant de le quitter.Depuis l’âge de douze ans qu’il a mal au Temple! Las de paroles tombées à vide, il se servira même d’un fouet pour essayer de dire quelque chose; au désespoir des responsables, il guérit des gens le jour du sabbat et empêche une femme d’être lapidée dans le Temple.Cela parlait-il assez fort sur l’essentiel à sauver! Ne parlons-nous pas entre nous, comme le faisaient les disciples d’Emmaüs, des prophètes disparus.Vous le savez tout comme moi, de grandes voix de ténor se sont tues, elles ont été muselées.ou récupérées.Entendons-nous encore l’écho de ceux et celles qu’on a fait taire?Pouvons-nous seulement en faire mémoire si jamais nous nous sommes laissé quelque peu affecter par ces voix qui ont crié dans le désert?Dans le domaine politique comme dans le domaine social, nous assistons à la montée d’une arrière-garde conservatrice.Les intégristes sont de plus en plus écoutés; ils ont pour armes la dénonciation, la délation, la connaissance des lieux de pouvoir avec leur libre entrée; ils parlent haut et fort pour le retour à l’ordre et à la Loi.On dirait qu’ils s’approprient la liberté de parole et de presse mais la refusent à ceux qui ne pensent pas comme eux.La masse, qu’on tient par les promesses ou par la peur de perdre ce qu’elle a acquis, fait sourde oreille aux voix qui s’élèvent dans la nuit pour crier qu’on meurt et qu’on tue faute d’humanité et de tendresse.Les prophètes qui dénoncent ou qui, simplement, remettent en question l’ordre établi sont toujours dangereux! Il faut qu’ils meurent ou cessent d’être prophètes.152 Depuis des années, et nous en avons connu de belles, des prophètes de toutes sortes, ont dit, chanté, crié qu’il fallait des ruptures radicales, qu’il fallait partir sans retourner sur sa terrasse prendre ses affaires, ses anciens projets, ni dans son champ prendre ce qui nous habillait (Mt 24,16) de puissance, qu’il fallait laisser mourir ce qui ne peut que mourir.Des prophètes ont crié que le monde est en danger, que l’humanité peut périr! Quelque chose s’est désagrégé dans nos milieux et les vautours sont au rendez-vous des tas de cadavres (Mt 24,28) pour en tirer encore quelque profit en faisant des autopsies; qu’on regarde ce qui se passe: le tas d’enquêtes, de fouilles dans les vieilles histoires du passé, et à quoi ça sert?Nous, nous avons même été nos propres prophètes dans de nombreux chapitres de renouveau! Nous avons voulu écouter le monde et ce que l’Esprit pouvait avoir à nous dire par lui.Parfois nous avons trouvé que c’était trop dur et nous avons refusé d’écouter davantage.Et nous avons souvent dansé au pas des «il faudrait bien».Jésus nous avait bien dit de prier pour que notre fuite n’arrive ni en hiver, ni le jour du sabbat ni quand on serait enceinte ou qu’on allaiterait un nourrisson.Car plus le temps avance, plus augmentent les moyennes d’âge dans notre société, plus ça devient presque impossible de rompre les attaches aux oeuvres d’hier et de passer sur l’autre rive: la passion des premiers jours de lutte pour opérer les changements nécessaires s’est refroidie (Mt 24,12) chez un grand nombre; peut-être même que l’hiver nous a pris et gardés frileux (Mt 24,20) de lassitude; au nom de nos lois et de nos traditions humaines (Mt 24,20 = sabbat), nous avons parfois annulé des élans de vie; de plus en plus, les projets nouveaux ont de la difficulté à naître (Mt 24,19) ou à être nourris si jamais ils naissent.Comme Église nous n’échappons pas à la responsabilité d’une certaine dégradation du contexte social; qu’avons-nous fait de la voix prophétique et porteuse d’espérance de Vatican II?Qu’avons-nous fait de ceux et celles qui ont trouvé que l’Évangile était puissance de libération pour les pauvres?Les avons-nous soutenus ou enveloppés de silence en nous lavant les mains?Qu’avons-nous fait de tant d’élans dont le souvenir nous donne encore des frissons?Des rêves de co-responsabilité, de coopération, de collégialité et des instru- 153 merits mis en place pour les promouvoir et les faire devenir réalité?Que sont devenus beaucoup de ces projets porteurs de renouveau et qui ont dû commencer en marge des grandes institutions?Le silence dans lequel se sont enfermés beaucoup de francs-tireurs n’est pas nécessairement signe de soumission.Certains ont quitté le Temple à la suite de Jésus et ont donné leur vie pour que naisse la nouveauté de la vie.D’autres rongent leur frein et contiennent leur colère parce qu’il ne vaut même plus la peine de la dire.Que de violences dans notre société sont dues à la puissance de création tenue captive?Quelqu’un a déjà dit que la «folie est une force sacrée tenue en prison».2.Dispersion et division «Combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants?» (Mt 23,37) dit Jésus en s’adressant à Jérusalem.La soif de pouvoir qui s’abreuve à toutes les monnaies du monde mène à la dispersion par l’anéantissement des plus beaux efforts de solidarité.Avouons que notre société est marquée à mort par la quasi impossibilité d’en arriver à des projets de société capables de rassembler des forces, de faire des consensus nouveaux sur des visions communes et garantes de fécondité.À la suite de tant d’autres, je constate que la productivité vise la consommation pour la consommation et celle-ci en arrive à abîmer la précieuse réserve d’humanité qu’il y a dans l’être humain.Maurice Bellet décrit et décrie cela dans un magnifique livre intitulé La seconde humanité^.Il parle des effets du pouvoir de l’économie en termes d’exploitation de l’être humain, d’exclusion et enfin d’annihilation.Et croyez-moi, il va loin dans le tableau qu’il dresse.Hans Jonas fait la même chose dans son livre pour une éthique de responsabilité.Certains parlent même d’un possible suicide collectif.C’est clair que la consommation vise la prolifération à l’infini de cellules nucléaires au lieu d’encourager les cellules dites communautaires.Plus il y a d’individus isolés les uns des autres, plus on invente des moyens d’éveiller les appétits et de créer des besoins au détriment du désir afin de satisfaire la trop gloutonne loi du marché.154 Comme il est difficile de nager à contre-courant dans un mouvement coopératif par exemple! Ou de surnager au nom de valeurs qui, pourtant, nous ont déjà pris aux tripes! Ainsi en est-il de nos jours comme aux jours de Noé, dit Jésus (Mt 24,37): on mange, on boit, on consomme, les personnes comme les objets, dans une complexité de circuits économiques qui visent avant tout la production par la satisfaction des besoins les plus primaires, ceux de l’avoir, du savoir et du pouvoir.Pablo Richard2 avance même que «c’est la loi du marché qui semble décider qui doit vivre et qui doit mourir».Dans cette visée, «la mort du pauvre ou la destruction de la nature ne sont pas importantes si elles n’affectent pas l’efficacité du marché».Les besoins sont ampoulés, mais le désir est tout tordu.Une multitude de spécialistes de toutes sortes vendent produits et services pour soigner des personnes devenues individus et dont le corps et l’esprit n’en peuvent plus de porter une âme qui cherche son espace et un peu d’air pour respirer.Profitant de cela, des charlatans ou des apprentis sorciers promettent la guérison en distributrice comme on offre les autres biens de consommation.En fin de compte les énergies sont dispersées faute de projet commun.Chacun tire la couverture.On n’a qu’à penser ici aux difficultés de réussir un développement régional si on n’arrive pas à des concertations neuves autour de projets neufs pour un développement durable et une bonne gérence des ressources naturelles, humaines ou autres.Que de personnes, voyant la désolation de leur milieu pourtant beau, continuent d’avouer: «que de fois j’ai voulu vous rassembler!» La dispersion que nous connaissons au plan social a son miroir dans la dispersion au plan religieux.Nous connaissons une prolifération de sectes sans précédent.Le meilleur est banalisé dans l’équivalent ou le succédané.Devant le désarroi de cette dispersion et de la soif du spirituel qui l’accompagne, comme il est difficile d’éprouver et de partager une passion commune, de créer des réseaux de solidarité, de développer ensemble un véritable amour des pauvres qui nous ferait inventer de nouvelles voies d’évangile adaptées à la cul- 155 ture d’aujourd’hui et investir au mieux nos dernières ressources.Peur de donner nos vies quoi?Impossibilité de mobiliser nos coeurs dans une vision commune?Le plus tragique, comme le laisse entendre l’Évangile, c’est que nous risquons d’être engloutis dans tout cela sans nous en douter (Mt 24,39).Et que l’amour se refroidit chez un grand nombre! Pourtant les vocations ne peuvent naître qu’au contact de gens passionnés! La recherche de sécurités et de promotions individuelles, la poursuite de conditions maximales de travail ont terni, ces dernières années, les plus belles professions au monde.Que l’on pense à l’écoeurement et à l’épuisement de certains professeurs, mais aussi à d autres travailleurs, qui n’attendent que le moment de prendre leur retraite! 3.La maison laissée déserte Nous expérimentons, dans notre société, la douloureuse collection de maisons laissées désertes.Les éléphants blancs ne sont que des symboles! Tant de maisons souffrent du vide de présence! Une maison sans veilleur et sans personne qui puisse nourrir, comme Jésus le souligne en Mt 24,45, est facilement prise d’assaut et par l’intérieur et par l’extérieur.L’intimité est violée, la violence ne peut qu’éclater entre ses habitants (Mt 24,49).Ne sommes-nous pas témoins d’une déchirure très grande dans les relations hommes/femmes, enfants/adultes, clercs/laïcs.C’est l’abomination de la désolation dans le Lieu Saint.«Il s’agit de l’humanité dans l’homme» dit Maurice Bellet.Il s’agit du meilleur dans l’être humain: son image et sa ressemblance, la présence de l’amour.La consommation sans frein et la course contre la montre tuent beaucoup de moments de communion entre les personnes.Elle empêche même la communion avec soi-même et nous fait courir le danger de nous auto-exploiter.La T.V., malgré tous ses aspects fort positifs, risque de nous former davantage à l’exposition et à la défense de nos points de vue qu’à l’écoute attentive de l’autre.Vous allez me dire que l’on écoute beaucoup avec la T.V.et c’est vrai! Mais qui 156 a le droit de parler, avec quel interlocuteur pouvons-nous échanger?Nous consommons ce que d’autres ont choisi et fait cuire pour nous.Jamais je n’ai vu quelqu’un sortir de l’écran de T.V.pour venir s’asseoir avec moi dans le salon et écouter mon point de vue.Je pense que nous risquons d’apprendre à faire la même chose: dire ce que l’on a à dire sans risquer de voir les réactions du consommateur ni d’entendre la remise en question et la confrontation.La désertion de la maison et l’angoisse du vide engendrent la peur de l’avenir et de la mort dans notre société.Yves Prigent^ décrit bien ce que je souhaite exprimer ici: «nous sommes timides, hommes de peu de foi, et /./ nous préférons déserter notre centre, vivre aux frontières de nous-mêmes et, nous dupant, troquer l’or du désir contre le plomb des besoins, le soleil du plaisir contre les lumignons des satisfactions.La vérité est que nous n’osons plus puiser à la source vive.» La maison, c’est d’abord son propre corps, mais c’est aussi le foyer, c’est le corps social et c’est l’Église.La maison, c’est aussi la Terre.Terre violée, exploitée et laissée vide pour les générations suivantes.J’aime ce texte d’Isaïe; on dirait qu’il vient d’être écrit: «La terre est en deuil, elle dépérit, le monde s’étiole, il dépérit, l’élite du peuple de la terre s’étiole.La terre est profanée sous les pieds de ses habitants, car ils ont transgressé la Loi.C’est pourquoi la malédiction a dévoré la terre, et ses habitants en subissent la peine; c’est pourquoi les habitants de la terre ont été consumés, il ne reste que peu d’hommes (Is 24, 4-6).» La conséquence de tout cela, c’est le sentiment du vide qu’éprouvent tragiquement tant de nos contemporains.Le coeur est vide de présence et on s’ennuie mortellement de la vie; le goût de la mort est difficile à freiner d’abord chez ceux pour qui la vie commence.L’enfant est de trop dans beaucoup de belles maisons et de belles cérémonies! La jeune génération a peine à survivre et à trouver son espace.On lui apprend souvent à entrer dans la vie en s’en pro- 157 tégeant.Comme dans le livre des Rois quand il est question du prophète Élie, l’enfant est mort sur le sein de sa mère! Ça ressemble à des pages d’Évangile où l’on amène à Jésus des enfants qui vont mourir et qui sont laissés tout brisés par le climat de violence, par le poids du milieu, par le vide intérieur.Un monde où l’enfant n’est pas le centre est un monde sans avenir! L’Abbé Pierre écrit dans son testament: «Je crois qu’une certaine barbarie peut naître quand les adultes vivent là où il n’y a pas de petits enfants» (p.143) La difficulté de plus en plus grande d’intégrer les jeunes générations dans nos patentes bien établies mais branlantes ne fait que créer partout des climats de surprotection, de maisons surchauffées et de vide à l’âme dans des milieux aseptisés où les bibelots ne bougent jamais! Reginald W.Bibby4 nous communique son étonnement de constater qu’en termes de «marketing» les attentes spirituelles des canadiens sont à un niveau idéal pour entendre parler de Dieu, mais que les religions institutionnelles sont comme vides, elles se cherchent et ne semblent plus répondre aux faims et soifs.Bibby va même jusqu’à citer Scott Peck qui affirme: «It occured to me (that God has) possibly largely left the Church» (p.312).Conclusion Voilà quelques cris en échos d’une angoisse souvent perçue sur des visages mornes ou entendus sous les semelles de pieds trop lourds.Dans un contexte social qui ressemble à celui dont Jésus éprouve toute la lourdeur avant de quitter le temple, l’inquiétude, le soupçon et la peur risquent de nous traquer; mais aussi, et pire encore peut-être, la platte indifférence.Ces attitudes ne font que ratatiner les gens et les groupes, opérer le repli de la mort.Plus d’élan ni d’audace! Il nous faut à tout prix monter avec Jésus au Mont des Oliviers, raviver notre foi en Dieu Amour.Si nous mettons notre foi en des choses extérieures à nous, ou en des personnes extérieures à nous, même en un dieu extérieur à nous, et que ces appuis tombent nous risquons de tomber avec eux et de sombrer dans la dépression et la tentation du suicide; on est comme ces femmes qui ont mis leur foi 158 dans une lampée d’huile au lieu de la mettre dans l’huile qui nourrit la lampe et la garde allumée (Mt 25, 1-13).Quand la peur nous envahit, surtout celle de l’amour qui est la peur de Dieu, il est difficile d’investir les talents qui nous sont donnés; on est tenté de les garder pour soi, de les enfouir pour les protéger (Mt 25, 14-30) et en fait on les perd.Un monde sans vision et sans espérance tue la compassion qui pourrait le sauver, car il ne voit plus la dignité profonde de l’être humain.C’est l’humanité elle-même qui est alors en péril dans l’être humain (Mt 25, 31-46).Envisageons le tragique de la fin si nous ne prenons pas maintenant les bonnes décisions! Comme au temps de Jésus, ne nous sentons-nous pas impuissants devant cette concertation presque diabolique entre les pouvoirs politiques, économiques et même religieux pour nous distraire sinon nous protéger du goût même d’un avenir?NOTES 1.BELLET, Maurice, La seconde humanité, de l’impasse majeure de ce que nous appelons l’économie, DDB, Paris, 1993.2.Conférence donnée au Congrès de l’Entraide missionnaire, 1992.3.PRIGENT, Yves, L’expérience dépressive, Paris, DDB, 1978, pp.16-17.4.BIBBY, Reginald W., Unknown Gods, Toronto 1993.159 Le sentiment de compétence a-t-il un âge?Michelle Audet, r.s.r., Psychologue* Manon Tanguay, Psychologue* À un âge où l’on est de plus en plus confronté à des limites fonctionnelles, où les sources de valorisation liées aux rôles sociaux se font de plus en plus rares et où il semble y avoir de moins en moins de gens autour de nous qui bénéficient de notre savoir et de notre savoir-faire, peut-on encore parler du sentiment de compétence?Certain-e-s disent qu’en communauté, il n’y a pas de retraite puisque «nos vies sont mission» mais comment, à un âge avancé, continuer à mettre notre compétence au service de la mission, individuellement et communautairement?Enfin, comment permettre à nos aîné-e-s, à l’intérieur de nos communautés, de développer le sentiment que: «Vieillir vaut la peine» et «Je vaux plus que ce que je fais»?Voilà des questions existentielles qui se posent de plus en plus dans nos communautés religieuses, surtout si l’on prend en considération que le vieillissement n’est plus seulement un phénomène individuel, mais aussi un phénomène communautaire.Nous n’avons pas la prétention de vouloir répondre à toutes ces questions mais bien de favoriser une réflexion qui contribuera à développer une attitude de solidarité entre les membres d’une même génération et de générations différentes, tout en revalorisant l’image du vieillissement.Un projet communautaire, pour évoluer, a besoin de toutes les forces vives du milieu.Pour y arriver il importe de reconnaître la façon dont 1497, boulevard St-Joseph Est, Montréal (Québec) H2J 1M6.160 chacun-e peut y contribuer tout en se sentant reconnu-e et soutenu-e dans sa compétence.Le sentiment de compétence: un besoin psychologique fondamental Une recherche sur la motivation et la qualité de vie1 a permis de faire ressortir trois besoins psychologiques fondamentaux: les besoins de compétence, d’attachement et d’autodétermination.Nous avons choisi, dans le cadre de cet article, d’aborder la question du vieillissement en milieu communautaire à partir de ce modèle de qualité de vie.Toutefois, nous limiterons notre réflexion au sens que peut prendre le besoin compétence à un âge avancé.Nous nous référerons ici au vécu psychologique des personnes dans un contexte de prise en charge professionnelle et d’engagement communautaire.Une façon d’aborder le sentiment de compétence qui, nous semble-t-il peut rejoindre chacun-e de nous, consiste à le définir comme un sentiment positif qu’on éprouve à l’égard d’un accomplissement ou d’une réalisation personnelle en lien avec un savoir, un savoir-faire et un savoir-être.Comme cet article se veut proche du vécu des personnes nous invitons chacun-e à s’arrêter quelques minutes et à se poser les questions suivantes: «Qu’est-ce qui, au cours des années passées, m’a permis de me sentir compétent-e?», «Actuellement, qu’est-ce qui contribue à me donner un sentiment de compétence?».Il ne s’agit pas de porter un jugement de valeur sur ce vécu personnel, mais tout en l’accueillant, de percevoir ce qui a développé en soi ce sentiment de compétence.Le sentiment de compétence se redéfinit avec l’âge Lors de votre réflexion, vous avez probablement constaté que votre sentiment de compétence s’est exprimé de façons différentes au cours des années.Voyons maintenant en quoi consiste cette évolution.161 Bien que les savoir, savoir-faire et savoir-être co-existent tout au long du développement humain, ils prennent une importance différente à diverses étapes de la vie.Très tôt, ce sont les «savoir et savoir-faire» qui prédominent au niveau du besoin de compétence.Pour le jeune adulte, par exemple, c’est la période d’acquisition des connaissances et de l’application de celles-ci.On n’a qu’à se remémorer nos années de formation et celles qui ont marqué notre entrée dans la vie active.Plus tard, au mitan de la vie, le «savoir-être» prend de plus en plus d’importance et ce, au profit du savoir et du savoir-faire.C’est à cette étape que l’adulte s’ouvre davantage à sa vie intérieure et au sens que prend sa vie.De plus, son sentiment de compétence s’affirme par la façon dont il se soucie de la génération montante et lui sert de guide.En d’autres termes, c’est la période où l’on fait davantage appel à la contribution que l’individu peut apporter à la société ou à l’intérieur de la communauté.Ceci, à partir d’une réflexion qui découle de son expérience et l’incite à vouloir partager les valeurs de vie qui l’habitent.Au moment où les limites fonctionnelles se manifestent davantage et où les rôles sociaux diminuent, le «savoir-encore-faire» revêt une importance particulière.C’est ce que certaines personnes âgées expriment lorsqu’elles nous disent qu’elles sont encore capables de.Considérons maintenant ces différents savoirs en lien avec l’âge avancé dans un contexte d’engagement communautaire, et arrêtons-nous d’abord aux deux premières composantes du sentiment de compétence que sont les «savoir et savoir-faire».«Savoir et savoir-faire» Passer d’un mode de vie rempli d’indicateurs de valeur et d’utilité à un autre mode de vie où beaucoup d’indicateurs sociaux suggèrent l’inutilité et la non-identité amène les personnes âgées à se poser la question «Comment puis-je encore me sentir utile?».Une façon d’aborder cette question, c’est d’abord de distinguer le sentiment de compétence du sentiment d’utilité, de préciser sa nature en lien avec la notion de performance et de regarder le défi qu’il présente à un âge avancé.162 Sentiment de compétence ou sentiment d’utilité?En écoutant parler les gens, on serait porté à croire que la façon dont plusieurs ont appris à définir leur sentiment de compétence se confond parfois au sentiment d’utilité.La compétence naît souvent d’un élan naturel qui a d’abord été reconnu par les autres et soutenu par nos efforts.Cet élan peut faire référence à un talent, une habileté, une façon d’être.Le sentiment d’utilité, quant à lui, peut ajouter au sentiment de compétence mais, à lui seul, ne peut suffire à procurer une satisfaction de vie.Pour que le sentiment d’utilité ne soit pas ressenti comme une expérience négative, il importe qu’il provienne d’une motivation intérieure signifiante sans laquelle on aura l’impression de subir sa vie.À un âge avancé, le sentiment d’inutilité peut se manifester avec beaucoup plus d’intensité.Ce qui est souvent lié au fait d’abandonner une identité active, spécifique, rattachée à un rôle à l’intérieur ou à l’extérieur de la communauté.C’est pourquoi il devient important de voir comment le savoir et le savoir-faire peuvent encore être utilisés au plus grand profit de l’individu et de l’ensemble.Une enseignante, par exemple, a besoin de sentir qu’elle peut continuer à mettre le fruit de son savoir et de son expérience au service de la communauté ou des générations montantes.La façon de le faire est appelée à se redéfinir, mais son rôle d’éducatrice a besoin de continuer à s’actualiser de façon significative.La compétence, une valeur sûre en vieillissant On compare parfois les plus jeunes et les plus âgé-e-s au niveau de leur «savoir et savoir-faire».Il est évident que la performance est en cause dans le vieillissement, étant donné que le temps de réaction diminue avec l’âge.Mais, il faut éviter de confondre compétence et performance, compte tenu que le fait d’être moins perfor-mant-e ne compromet en rien le fait d’être compétent-e.Il conviendrait mieux, en parlant de la compétence au niveau du savoir et du savoir-faire des personnes âgées, de se référer à la notion d’expert car un-e expert-e c’est quelqu’un-e qui possède une compétence alliée à une grande expérience.163 La compétence d’un individu n’est pas rattachée uniquement à l’acquisition de diplômes.Il est vrai qu’une formation professionnelle permet de développer un savoir et un savoir-faire dont la reconnaissance sociale est des plus appréciables et dont le sentiment de contribuer à quelque chose dans la société rejoint un besoin fondamental en tout individu.Par ailleurs, on rencontre dans les communautés religieuses des personnes qui ont très bien su faire valoir leurs talents à l’intérieur d’un service communautaire, tout en partageant le meilleur d’elles-mêmes.Quelle que soit la sphère dans laquelle on a excellé, le sentiment de compétence est étroitement lié au sens qu’a pu prendre notre action à nos propres yeux et à ceux des autres.Il n’en demeure pas moins qu’un retrait progressif de l’action invite à bien des réajustements en lien avec la redéfinition du sentiment de compétence.Un sentiment de compétence qui suppose des réajustements et des défis Le retrait de la vie active peut affecter le sentiment de compétence et générer de grands bouleversements chez un individu.Cela est encore plus vrai chez la personne âgée qui a peut-être moins de temps et d’énergie pour redécouvrir des habiletés ou des avenues nouvelles dans sa vie active.Aussi, de sérieuses questions se posent lorsque celle-ci en vient à considérer cette perte comme un trop lourd fardeau et se laisse aller à un affaiblissement de son estime d’elle-même ou de sa capacité à rebondir.Cet état de dépression, bien que peu répandu, peut occasionnellement apparaître.Dans ce cas, il faut se garder de prendre panique puisque toute perte majeure peut donner lieu à de tels sentiments.C’est avec le temps et du soutien des gens significatifs dans sa vie qu’on a des chances de trouver à nouveau son équilibre.Un des privilèges de la vie communautaire consiste précisément à offrir un lieu de partage, à favoriser un climat d’accueil du vécu.Ce qui permet de recontacter ce qu’on a de meilleur dans son expérience de vie et de maintenir son sentiment de compétence.164 En avançant en âge, la personne a besoin de sentir qu’un projet de vie est encore possible pour elle.Il s’agit pour elle de redéfinir cette notion de projet à partir des énergies et du temps dont elle dispose.Une chose demeure: il ne faut pas minimiser la capacité des individus à se ressourcer, à partager leurs connaissances et le fruit de leur expérience.Relever des défis est encore possible à un âge avancé et c’est là quelque chose de vital chez tout être humain.Un de ces défis est de demeurer actif ou active.Ce maintien de l’autonomie ou de la vie active peut s’effectuer à partir du besoin de «se sentir encore capable de.», ce qu’on appelle aussi le «savoir-enco-re-faire».«Savoir-encore-faire» Une des premières conditions pour vivre positivement son vieillissement est d’admettre ses limites.C’est dans cette optique que nous abordons l’importance du savoir-encore-faire.La personne âgée, qui est aux prises avec des limites fonctionnelles importantes, peut encore se sentir compétente.Ce qui exige l’adaptation au plan personnel et l’aide nécessaire pour faire émerger cette compétence.L’adaptation: une façon de témoigner de sa compétence en vieillissant Ce qui demeure difficile dans le vieillissement, c’est la prise de conscience quotidienne de ses limites fonctionnelles.Certaines sont plus invalidantes pour la personne, d’autres incommodantes pour l’entourage.Ainsi, en est-il du problème d’audition, et de l’inconvénient que peut représenter pour les autres l’amplification du son.Ce n’est certes pas en se faisant traiter de sourd qu’un individu parviendra à s’adapter à son handicap.Il aura plutôt tendance à s’isoler et à refuser certaines activités.En s’appuyant sur l’expérience, on pourrait montrer comment des limites fonctionnelles risquent d’amener une personne à se sentir maladroite ou à s’autodéprécier.Une chose toutefois demeure: si l’on ne choisit pas de devenir sourd-e, on peut choisir de s’adapter ou non à son handicap.Cela demande 165 beaucoup de courage, mais voilà une façon, en s’adaptant, de dire qu’on est encore capable et ainsi faire preuve de compétence.En fait, peut-on maintenir un sentiment de compétence sans demander aux autres de nous aider à vivre nos limites?Une manière de le faire serait de leur dire: «depuis quelque temps j’éprouve de la difficulté à entendre.J’aimerais que, lorsque vous m’adressez la parole, vous le fassiez en vous assurant que vous avez toute mon attention.» La personne admet ainsi sa limite et indique aux autres comment l’aider à répondre à son besoin du savoir-encore-faire.Dire à quelqu’un: «si vous êtes pressé, prenez de l’avance et je vais vous rejoindre» témoigne d’une prise en charge personnelle alors qu’une expression comme «je sais que je suis un fardeau pour tout le monde» indique une auto-dépréciation qui ne peut que maintenir l’individu dans un état de frustration, d’insécurité, d’isolement et de dénigrement.Il est bon de se rappeler que chaque personne a le privilège et le pouvoir de se responsabiliser par rapport à la satisfaction de ses besoins et à sa façon d’entrer en relation avec autrui.Face à une limite, il est plus important de considérer ce qu’on est encore capable de faire plutôt que de mettre l’emphase sur ce qu’on n’est plus en mesure d’accomplir.Par exemple, si on n’est plus capable de faire à manger, il est bon de reconnaître qu’on est encore capable de savoir ce qui a du goût.Si on est incapable de consacrer quatre heures à une activité, on peut reconnaître l’importance d’une contribution de moindre durée.Lorsqu’on met l’accent uniquement sur nos limites fonctionnelles, les autres éprouvent de la difficulté à croire en nos capacités.Pour que quelqu’un-e puisse croire en nos capacités, encore faut-il y croire soi-même.Il importe aussi de faire attention à la façon dont on parle du vieillissement en lien avec les problèmes de santé.On entend parfois des expressions qui peuvent blesser.Par exemple, en parlant d’une femme de 85 ans, on peut dire: «Elle paraît jeune pour son âge» et pour une autre de 60 ans on va dire: «Elle paraît vieille pour son âge».Pourquoi ne pas privilégier une expression qui distingue la personne de son état en disant: «c’est une femme de 85 ans en bonne santé» et «c’est une femme de 60 ans avec des problèmes 166 de santé».Ainsi, avec les limites physiques qui se manifestent plus fortement à un âge avancé on arrive à mieux protéger l’image des gens et mettre de l’avant ce qui constitue leurs forces.Est-il important de valoriser la compétence de quelqu’un-e en perte d’autonomie?L’individu en perte d’autonomie a autant besoin qu’auparavant d’être reconnu dans son savoir-encore-faire.Lorsqu’on dit à une personne qu’elle ne semble plus aussi alerte que jadis, mais que par ailleurs on trouve magnifique ce qu’elle fait malgré son handicap, on l’encourage à entretenir les capacités qui lui restent.Ceux et celles qui connaissent des limites fonctionnelles ont vraiment besoin que soit reconnu l’effort qu’ils fournissent pour maintenir leurs capacités résiduelles.C’est d’ailleurs dans cet effort que se manifeste leur compétence.Toutefois il devient important, pour la personne en perte d’autonomie, d’apprendre à recevoir et à se laisser aider.Il deviendrait très lourd pour l’entourage de côtoyer la frustration, l’agressivité ou la rigidité d’une personne qui refuse de collaborer.Multiples sans doute sont les raisons qui peuvent expliquer ces réactions.Mais celles-ci sont souvent attribuables à la difficulté d’accepter une limite ou au besoin de manifester qu’on est encore capable mais sans vraiment tenir compte de sa réalité.Il ne s’agit pas de faire les choses à la place de la personne, mais bien de lui offrir la possibilité de les «faire ensemble».La vie communautaire donne lieu à des moments de partage et de fraternité mais aussi à des désagréments.Parmi ces moments difficiles, il y a ceux où on note les erreurs des gens et ceux où on s’attarde à souligner leur incompétence.Généralement, on agit ainsi parce qu’on se trouve à subir les désagréments et non parce qu’on veut leur faire du tort ou les blesser.Mais les répercussions d’un tel agir sont souvent plus sérieuses qu’on le croit.Regarder une situation à partir de l’incompétence des gens bloque la croissance alors que valoriser leur compétence ouvre à des possibilités multiples.Encourager une personne dans sa façon d’être ou de faire la dispo- 167 se à être et à faire davantage.À celle qui a de la difficulté à marcher on a le choix de dire: «vous ne pourriez pas marcher plus vite!» ou «c’est intéressant, vous me permettez de prendre mon temps alors que je cours tellement».Prendre contact avec son sentiment de compétence Le compliment est une façon de reconnaître la compétence de quelqu’un-e.Il devient parfois source de malaises quand on a soi-même du mal à le recevoir.Au lieu d’éviter un compliment, on pourrait dire: «ce que vous affirmez me fait du bien, même s’il m’est difficile de l’accepter».Cette formule est préférable à: «vous exagérez car il y en a d’autres qui font mieux que moi».Le fait de vivre ensemble et de se connaître peut conduire à ne plus valoriser la compétence des autres, comme si cela n’avait plus d’importance.Parce qu on l’a déjà fait, on ne croit plus nécessaire de le refaire.A-t-on vraiment conscience qu’on prive ainsi les autres d’une occasion de grandir?N’est-il pas vrai qu’on grandit en cultivant son positif, qu’il soit perçu directement par soi-même ou révélé par les autres?Dans le cas où sa compétence n’est pas reconnue, il faut éviter de jouer à la victime.Ce qui inciterait à faire davantage le procès des autres que l’évaluation de sa vie.Savoir se réconcilier avec son passé et son présent n’est certes pas facile.Mais c’est un défi qu’il vaut la peine de relever; il est source de sérénité.À un âge avancé, les occasions d’éprouver un sentiment de compétence peuvent manquer.Une façon de reprendre contact avec ce sentiment est de faire appel aux souvenirs liés à un sentiment de réalisation personnelle.Le positif de ce vécu est de nature à ramener à de meilleures dispositions intérieures.Le milieu de vie communautaire est un lieu privilégié où il devient possible de partager ces souvenirs et permettre de «retrouver la grâce des événements passés».Ceci peut se faire, entre autres, par l’entremise de retrouvailles avec les personnes qui ont partagé la même mission, la lecture de lettres et le contact avec des albums et des objets-souvenir qui ont conservé une signification particulière en lien avec son passé.168 Il y a bien d’autres façons de valoriser la compétence des personnes âgées.La lecture de cet article, nous l’espérons, favorisera l’expression de ce qui se vit de positif sur ce point dans nos communautés.Voyons maintenant comment le «savoir-être» prend une importance particulière quand on avance en âge.«Savoir-être» En avançant en âge, les individus diffèrent dans leurs manières de vivre leur sentiment de compétence.Certains persistent à s’accrocher à des rôles ou à des fonctions alors que d’autres se tournent davantage vers des qualités de l’être et veulent témoigner ainsi de leur compétence.On parle alors du «savoir-être».Dans notre société, on a beaucoup valorisé le «savoir et le savoir-faire», parfois au détriment du «savoir-être».C’est peut-être ce qui explique la difficulté qu’éprouvent certaines personnes lorsqu’elles sont confrontées à la diminution des rôles sociaux et au retrait progressif de l’action.Ce savoir-être ne se limite toutefois pas à l’âge avancé puisqu’il est fait des valeurs que l’on cultive au cours des années, particulièrement au mitan de la vie, et de toute la qualité du vécu relationnel.À un âge avancé, ce savoir-être est étroitement lié à l’intériorité, au défi de l’intégrité et à la sagesse des personnes.Vers une intériorité croissante Le mouvement d’intériorité, amorcé depuis des années, s’intensifie à un âge avancé.D’abord tournée vers le monde extérieur, la personne devient davantage préoccupée par sa vie intérieure.Elle porte plus d’attention à ses sentiments, son attachement pour les choses diminue, sa réflexion se centre davantage sur l’essentiel.Ce changement d’orientation s’appelle l’intériorité croissante.À un âge avancé, on ressent peut-être moins le besoin d’entrer en relation avec les gens à partir de notre savoir et de notre savoir-faire.En d’autres termes, on désire être reconnu par les autres à partir de ce qu’on est plutôt qu’à partir de ce qu’on est devenu par le biais de notre rôle social ou de nos fonctions.Ainsi, une supérieure 169 majeure peut souhaiter que l’on réfère à elle à partir des valeurs qu’elle porte et dont elle témoigne, plutôt qu’à partir des rôles et des fonctions qu’elle a assumés.Ceci est grandement conditionné par son intérêt à approfondir le sens de sa vie intérieure et des valeurs qui la font vivre.On comprend qu’elle puisse alors parler à partir de ce qu’elle ressent et non seulement à partir de ce qu’elle sait.Elle témoigne ainsi du fait qu’elle vaut plus que ce qu’elle fait.L’intégrité: un défi au coeur du savoir-être À cette étape de son existence, la personne prend aussi conscience de la finitude de sa vie et de l’éventualité de sa mort.Elle accentue l’acceptation de soi, de l’ensemble de son existence et des personnes qui y ont joué un rôle.En faisant ainsi le bilan de sa vie elle cherche à établir un équilibre entre l’acceptation complète de sa vie et le sentiment de désespoir marqué par les échecs.C’est ce qu’on appelle le défi de l’intégrité.Ainsi, une personne peut, en repassant le fil de sa vie, considérer les occasions manquées et générer des «si j’avais su.» ou «si j’avais osé.» qui l’amènent à ressentir du regret ou de l’amertume.Si elle trouve son existence à ce point inacceptable elle aura davantage de plaintes à l’égard de son passé et de mécontentement à l’égard de son présent.Elle peut, à la limite, éprouver un sentiment de désespoir.C’est pourquoi la réconciliation avec son passé devient alors une excellente avenue vers l’acceptation de sa vie.Le fait de constater qu’il y a peu de temps devant soi et que sa vie manque de sens explique souvent cette crainte ressentie face à la mort.C’est à partir de ce bilan de vie que la personne âgée acquiert la sagesse qui lui donne une nouvelle forme de compétence.La compétence et la sagesse de nos aîné-e-s: une valeur à privilégier au coeur de la mission Barbara Fiand écrit ceci: «Le témoignage que nous espérons donner professionnellement en lien avec la justice et le règne de 170 Dieu aura l’efficacité de notre expérience de l’intégrité de notre être.car nos vies sont mission»^.Bien que cette affirmation s’applique à tous les âges de la vie, le témoignage constitue pour les personnes âgées une excellente façon d’éprouver un sentiment de compétence.Cela vaut, plus particulièrement, lorsque les valeurs profondes qui ont donné un sens à leur vie sont partagées et accueillies.Mais dans nos communautés religieuses, recherchons-nous et accueillons-nous suffisamment la sagesse de nos aîné-e-s?Sans elle, les générations qui suivent seront privées d’un héritage qui les aiderait pourtant à faire l’intégration de leur vie.Partager leur sagesse est pour les aîné-e-s une mission, ainsi qu’un don pour l’avenir.CONCLUSION Se sentir compétent-e, constitue un besoin psychologique fondamental, même à un âge avancé.Ce qui caractérise la personne âgée, dans la réponse à ce besoin, c’est son orientation vers la vie intérieure qui l’amène à mettre l’accent sur son savoir-être.Les limites fonctionnelles par ailleurs, la conduisent à découvrir l’importance du savoir-encore-faire.Rappelons ici que le besoin de se sentir compétent-e n’est qu’«une» des composantes importantes du modèle de qualité de vie.Lorsqu’il est combiné aux besoins d’attachement et d’autodétermination, il permet un meilleur avenir individuel et communautaire.Dans cet article, nous n’avons considéré que le point de vue psychologique, même si nous demeurons conscientes que la dimension prophétique demeure essentielle au sens de l’engagement dans la vie religieuse.En aidant à développer une vision commune de certaines réalités, nous espérons collaborer à une meilleure prise en charge individuelle et communautaire du vieillissement et à favoriser ainsi le développement de liens intergénérationnels.Une qualité de vie est toujours possible en vieillissant; mais c’est ensemble, dans le respect et le souci des individus, qu’on réussira à la développer.171 NOTES 1.BLAIS, Marc.(1992).Recherche-action sur la motivation et la qualité de vie au travail à la commission scolaire Saint-Jérôme: Rapport de la première phase du projet.Publication du Laboratoire de motivation et de qualité de vie.2.FIAND, Barbara.(1992).Where two or three are gathered: community life for the contemporary religious.Page 58, Edition crossroad, New York.172 La contemplation «ordinaire» Jacques Ferland, ptre* Tous ne sont pas appelés à la vie contemplative, mais tous sont appelés à la contemplation.Ou, si vous préférez, tous et toutes ne sont pas appelés à entrer chez les moines ou les moniales, mais la contemplation n’est pas un privilège réservé à quelques âmes d’élite.C’est à partir de cette affirmation que je voudrais parler de la contemplation comme forme de prière accessible à toute personne de bonne volonté.Il faut sans doute d’abord nous entendre sur le mot «contemplation» et sur ses significations possibles.Je crois, en effet, qu’il convient de démystifier cette forme de prière.Car à un bon nombre de personnes croyantes, la contemplation paraît être un idéal hors de portée; surtout quand elles sont avant tout des personnes d’action; ou quand l’oraison leur a toujours été difficile; ou quand leurs efforts antérieurs n’ont pas vraiment été couronnés de succès.Je vous propose donc quelques réflexions sur la contemplation.Je ne suis pas un spécialiste de la question et je ne me considère pas comme un contemplatif.C’est pourquoi je vous invite à faire la part des choses.Il peut arriver que ma conception de la contemplation ne corresponde pas à ce que vous avez appris, ou à votre expérience personnelle.Je pars donc de l’idée que la contemplation est à la portée de tous et de toutes.Cela étant admis, il faut toutefois reconnaître que nous ne sommes pas tous pareils, que nous ne sommes pas tous dans la même situation: il y a des personnes pour qui la contempla- * 251, St-Jean-Baptiste, Nicolet (Québec) J3T 1X9.173 tion semble relativement facile; ou du moins ces personnes en sont venues avec le temps à pouvoir passer de longs moments en présence du Seigneur sans autre moyen que leur bonne volonté et leur disponibilité à l’action du Seigneur.Mais je constate que ce n’est pas le lot de tous.Il y a des personnes qui ne contemplent pas facilement; et je n’arrive pas à me faire à l’idée que c’est nécessairement par manque de bonne volonté ou de disponibilité au Seigneur; même si cela demeure une possibilité, bien sûr.La question que je me pose est celle-ci: la difficulté ne pourrait-elle pas venir aussi du tempérament de la personne?J’en suis venu à la conclusion que tous et toutes n’ont pas les mêmes dispositions naturelles pour l’oraison et surtout pour l’oraison contemplative.Et pourtant, j’ai la conviction que Dieu ne peut pas refuser de se montrer aux personnes qui cherchent sincèrement et sérieusement à le voir.Ne serait-il pas préférable de dire qu’il y a diverses formes de contemplation, comme il y a diverses formes d’oraison?C’est pourquoi il importe, me semble-t-il, que chacun ou chacune trouve celle qui répond le mieux à son tempérament.Il existe aussi, évidemment, divers degrés dans la contemplation et diverses sources de la prière contemplative.De plus, la contemplation est conditionnée par la qualité de notre vie spirituelle.Autrement dit, je suis sûr qu’il est plus facile d’arriver à la contemplation quand on a fait un bout de chemin dans le détachement de soi et dans l’attachement au Seigneur.Nous avons tous entendu parler de la contemplation infuse par opposition à la contemplation acquise; la première étant essentiellement l’oeuvre de Dieu en nous et la seconde principalement le résultat de nos propres efforts.Pour le moment, je fais abstraction de cette distinction fondamentale et classique.Car il me semble qu’il n’y a pas complète discontinuité entre la contemplation acquise et la contemplation infuse.La première constitue généralement une préparation à la seconde, même si la contemplation infuse résulte d’une intervention particulière du Seigneur dans la vie de prière de la personne croyante.Et l’action de la grâce est toujours présente même dans ce que nous appelons la contemplation active.174 Une définition de la contemplation Mais qu’est-ce donc que la contemplation?Les quelques lectures que j’ai faites sur la question m’amènent à reconnaître qu’il n’y a pas une seule définition de cette forme de prière.Je me permets de vous donner ma définition personnelle de la contemplation: il s’agit d’un regard plein d’affection et d’admiration porté sur Dieu dans la prière.Je reconnais que cette définition n’est pas la plus courante; quoique j’aie retrouvé, dans mes recherches, des définitions qui se rapprochent de celle-là.De toute façon, je voudrais surtout vous dire le plus simplement possible comment je conçois la contemplation que je qualifierais de «contemplation ordinaire».J’essaie de vous dire ce que veut dire, pour moi, le mot «contemplation».Et aussi ce dont j’ai pu avoir moi-même quelques expériences.Il suffit donc de s’entendre au départ sur le sens des mots que nous employons.Je reviens à ma définition de la contemplation: il s’agit d’un regard plein d’affection et d’admiration porté sur Dieu dans la prière.Pour mieux comprendre ce que veut dire «contempler» à partir de cette définition, il est utile, je pense, de se référer à la signification que nous donnons à ce mot dans le domaine profane.On dit d’une personne, par exemple, qu’elle contemple un beau paysage.Que voulons-nous dire alors, sinon que cette personne est dans l’admiration devant la beauté de ce paysage et qu’elle en est toute émue.Il s’agit généralement non pas d’un regard rapide et furtif, mais d’un regard qui s’attarde longuement sur le paysage pour en découvrir les diverses facettes.On peut aussi s’extasier devant une autre personne, soit en raison de sa beauté physique, soit en raison des qualités exceptionnelles qu’elle possède.Il y a des gens qui sont plus portés que d’autres à l’admiration des choses ou des personnes.Je le reconnais.Mais chacun et chacune n’a-t-il pas en lui ou en elle la capacité d’admirer?Peut-être n’admirons-nous pas les mêmes personnes ou les mêmes choses.Peut-être n’exprimons-nous pas de la même façon ou aussi facilement cette admiration.Peut-être la beauté n’ébranle-t-elle pas l’émotivité de chacun et chacune avec autant d’intensité.Peut-être aussi nous arrive-t-il de nous laisser absorber à 175 ce point par toutes sortes d’activités que nous ayons peu de temps à accorder à l’admiration de ce qui nous entoure.Nous manquons alors d’attention à la beauté des personnes et des choses.Mais, quoi qu’il en soit de cette diversité, je pense que nous avons tous et toutes en nous cette capacité de contempler la réalité, cette capacité d’admirer, et même une certaine capacité de nous laisser émouvoir.Mais revenons au domaine surnaturel.Il me semble que la contemplation surnaturelle, sous sa forme la plus simple, devrait ressembler à la contemplation que nous vivons dans le monde naturel et profane.Voici d’ailleurs une autre définition de la contemplation, que j’ai trouvée dans un livre récent: La contemplation est un regard sur Dieu ou sur les choses divines, un regard simple, libre, pénétrant qui procède de l’amour et tend à l’amour.1 Je retiens spécialement deux choses de cette définition; 1) «Un regard simple».La contemplation n’est pas le fait ou le résultat d’un long raisonnement.Il ne s’agit pas non plus d’un regard savant sur la réalité.Les personnes les moins instruites ne sont pas moins aptes à la contemplation que les personnes savantes et bardées de diplômes.Les personnes moins instruites auront peut-être simplement moins de facilité à communiquer leur expérience.2) «Un regard qui procède de l’amour et tend à l’amour.» Quand elle a Dieu pour objet, la contemplation ne peut en rester à la connaissance purement intellectuelle.Pour commencer à contempler Dieu, il faut avoir commencé à l’aimer.Or, le contempler, c’est l’admirer et l’admirer, c’est l’aimer davantage.Nous partons de l’amour de Dieu, même s’il n’est pas encore très grand, pour aboutir à un amour plus grand.C’est la boucle de l’amour, que nous retrouvons aussi dans le domaine profane.En somme, plus on aime, plus on contemple.Et plus on contemple, plus on aime.176 Jésus et la contemplation Allons maintenant faire une petite incursion dans la Bible.L’Écriture nous parle-t-elle de la contemplation?J’aurais aimé trouver dans la bouche de Jésus des indications assez précises sur ce qu’est la contemplation et sur la façon de la vivre concrètement.Mais les quelques recherches que j’ai faites dans les Évangiles n’ont pas porté les fruits que j’aurais souhaité.Je vois bien que Jésus passe des nuits en prière; et je comprends que ce sont des nuits de contemplation.Mais je n’arrive pas à savoir avec précision en quoi consistaient ces longs temps de prière.Et quand les disciples pleins d’admiration pour ce Jésus qui passe des nuits en prière le supplient de leur apprendre à prier, ils reçoivent la très belle prière du Notre Père plutôt qu’un discours sur le sujet.Évidemment, la prière du Notre Père n’est pas simplement une formule comme d’autres.Il s’agit plutôt d’un esprit.Et c’est déjà très significatif.Se tourner vers Dieu comme vers Notre Père, c’est déjà commencer à porter un regard plein d’affection et d’admiration sur ce Dieu qui, le premier, a porté sur moi un regard plein d’amour paternel; c’est déjà, par conséquent, adopter une attitude contemplative.À condition, bien sûr, que la prière du Notre Père ne soit pas uniquement une formule parmi d’autres! Et surtout, une formule que nous répétons plus ou moins distraitement.Donc, je ne trouve pas de discours de Jésus sur la contemplation.Jésus n’est pas un gourou.La prière contemplative de Jésus Par contre, je trouve dans l’Évangile quelques-unes des prières que Jésus a faites à voix haute.En voici quelques exemples.Matthieu 11,25-26: «En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit: «Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits.Oui, Père, c’est ainsi que tu en as disposé dans ta bienveillance.» Dans cette prière adressée à son Père du Ciel, Jésus exprime ce qu’il vit au plus profond de son coeur.Il s’est rendu compte que les personnes qui se montraient les plus attentives à son message 177 étaient les personnes simples, petites, sans instruction.Et il s’aperçoit que cela n’est pas simplement un fait mais une manifestation de la volonté de son Père.À partir de la constatation d’un fait, donc, Jésus redécouvre le dessein de son Père.Et ce dessein du Père le remplit d’admiration.On sent dans ses paroles, une profonde émotion.Jésus contemple le dessein de son Père.Il s’agit bien là d’un regard plein d’affection et d’admiration porté sur Dieu, dans la prière.L’autre exemple bien connu se retrouve en Jean 17.C’est la prière de Jésus pour ses disciples avant sa passion.En voici le début: Jésus leva les yeux au ciel et dit: «Père, l’heure est venue, glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie et que, selon le pouvoir sur toute chair que tu lui as donné, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés.» Dans cet extrait, la prière de demande occupe une place de choix.Mais si on y regarde de plus près, on découvre que l’attitude contemplative est partout présente.La contemplation demeure la trame de fond de cette prière.Jésus est encore ici celui qui porte un regard plein d’affection et d’admiration sur son Père, dont il embrasse pleinement le dessein d’amour sur le monde.Oui, Père, dit Jésus, je suis dans l’admiration devant ton dessein d’amour qui me conduit infailliblement à ma glorification.Je suis dans l’admiration devant ton dessein d’amour selon lequel je dois donner la vie éternelle à tous ceux que tu m’as donnés.Jésus est donc pour nous un modèle de prière contemplative.La prière contemplative de saint Paul.Si nous lisons les lettres de saint Paul, nous retrouvons, là encore, des indications très nettes sur sa prière contemplative; non pas des discours sur la contemplation, mais des indications sur l’attitude contemplative de l’apôtre Paul.Un bel exemple se trouve au tout début de la lettre aux Éphésiens: 178 Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ: il nous a bénis de toute bénédiction spirituelle dans les cieux en Christ.Il nous a choisis en lui avant la fondation du monde pour que nous soyons saints et irréprochables sous son regard, dans l’amour.Il nous a prédestinés à être pour lui des fils adoptifs par Jésus Christ, ainsi l’a voulu sa bienveillance à la louange de sa gloire, et de la grâce dont il nous a comblés en son Bien-aimé.(1,3-6) Dans ce passage, l’apôtre dit tout haut son admiration affectueuse pour Dieu dont le dessein admirable s’est si bien réalisé en la personne de Jésus.Dieu nous a choisis en Jésus avant la fondation du monde; comme c’est extraordinaire, comme c’est admirable.Paul en est tout ému.Il me semble entendre sa voix vibrer d’émotion en prononçant de telles paroles.Tu es béni Père, tu es merveilleux, ton plan d’amour est admirable.Je suis dans l’admiration et je te dis merci.N’est-ce pas cela la contemplation?Et pourquoi n’en serions-nous pas capables?Ou si nous ne nous en sentons pas capables, ne serait-ce pas parce que notre regard et notre attention sont trop portés vers nous-mêmes et pas assez vers Dieu?Il faut sûrement un bon degré de détachement de nous-mêmes pour vraiment arriver à contempler.Il est difficile de porter un regard contemplatif sur l’Autre quand nous sommes trop pleins de nous-mêmes.La prière contemplative de saint Jean Nous retrouvons la même attitude contemplative chez saint Jean.Bien sûr, tout son Évangile et toutes ses lettres sont en entier l’expression et le fruit de sa contemplation du Verbe de vie.Mais là encore, certains passages nous apparaissent plus nettement comme un regard plein d’affection et d’admiration porté sur Dieu dans la prière.Voici un exemple (I Jean 3,1-2): Voyez de quel grand amour le Père nous a fait don, que nous soyons appelés enfants de Dieu; et nous le sommes! (.) Mes bien-aimés, dès à présent nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été 179 manifesté.Nous savons que, lorsqu’il paraîtra, nous lui seront semblables, puisque nous le verrons tel qu’il est.Nous pouvons accueillir ce passage simplement comme une affirmation théologique fondamentale sur notre filiation adoptive en Jésus.Nous pouvons le recevoir uniquement avec notre tête, avec notre intelligence.Mais lorsque nous le recevons avec tout notre être, tout notre coeur, ce texte devient contemplation.Comme il a dû être pour saint Jean fruit de sa contemplation.Notre prière contemplative Nous voyons déjà, à partir de ces quelques exemples, à quel point la Parole de Dieu peut susciter en nous l’admiration amoureuse pour Dieu et son dessein qui est au coeur de la prière contemplative, sous sa forme la plus simple.Puisque c’est la Parole de Dieu qui nous montre son visage, c’est donc cette même parole qui peut le mieux nourrir notre prière contemplative.De plus, nous pouvons contempler à partir des faits et des événements dont nous saisissons le sens et la source à la lumière de la Parole de Dieu.Comme on le voit, la prière de contemplation se distingue de la simple prière d’intercession.La prière de demande est davantage centrée sur nous-mêmes, nos besoins, ceux de nos proches; alors que la prière contemplative est prioritairement centrée sur Dieu lui-même et sur les réalités divines.Et pourtant, il n’y a pas d’opposition entre les deux; il n’y a pas d’incompatibilité entre les deux.D’ailleurs, la prière contemplative conduit souvent à une prière de demande plus nourrie et plus profonde.La prière de demande garde donc toute sa valeur.Mais elle se distingue de la prière contemplative.Et il m’apparaît important de développer la prière de contemplation, qui nous conduit à un amour encore plus grand et encore plus pur du Seigneur.La Parole de Dieu nourrit notre prière contemplative.Parmi ces paroles de Dieu, j’accorderais une place particulière aux psaumes et aux Cantiques bibliques.De plus, nous pouvons contempler à partir des faits et des événements dont nous saisissons le sens et la sour- 180 ce à la lumière de la Parole de Dieu.Plusieurs d’entre eux, me sem-ble-t-il, sont de nature à susciter ou à soutenir notre attitude contemplative.Plusieurs de ces prières sont l’expression toute colorée, pleine de poésie de la contemplation du psalmiste.Et elles peuvent servir de support à notre propre contemplation.Car je suis d’avis qu’il est souvent nécessaire d’utiliser un support pour prier et contempler.C’est ce que j’appelle mes béquilles.Quand on a de la difficulté à marcher, on utilise une marchette ou des béquilles.Quand on a de la difficulté à prier, on se sert de supports.Or, les psaumes peuvent constituer de bonnes béquilles.Je prends le psaume 83, par exemple: Mon âme s’épuise à désirer les parvis du Seigneur; mon coeur et ma chair sont un cri vers le Dieu vivant! Heureux les habitants de ta maison: ils pourront te chanter encore! Oui, un jour dans tes parvis en vaut plus que mille.J’ai choisi de me tenir sur le seuil, dans la maison de mon Dieu.Ce psaume peut m’aider à contempler «les parvis du Seigneur», à désirer vivre en communion avec le Seigneur.Et un tel désir, quand il est creusé, devient contemplation.Oui, Seigneur, je désire tes parvis; oui, Seigneur, je suis heureux, heureuse d’habiter ta maison.J’ai envie de te chanter, de te chanter encore car je me trouve si bien avec toi! Je m’y trouve si bien que j’en arrive à trouver qu’un jour dans tes parvis en vaut pour moi plus que mille.Certaines hymnes du bréviaire sont particulièrement aptes à servir de support pour une prière contemplative.Voici, par exemple, une hymne des Laudes, qui nous propose un regard plein d’affection et d’admiration porté sur Dieu dans la prière: Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi, fils de la terre?Qui donc est Dieu, si démuni, si grand, si vulnérable?181 Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi?Qui donc est Dieu pour se lier d’amour à part égale?Qui donc est Dieu, s’il faut pour le trouver un coeur de pauvre?Qui donc est Dieu, s’il vient à nos côtés prendre nos routes?Qui donc est Dieu qui vient sans perdre coeur à notre table?Qui donc est Dieu que nul ne peut aimer s’il n’aime l’homme?Qui donc est Dieu qu’on peut si fort blesser en blessant l’homme?(Samedi matin, semaine I, à Laudes) J’ai intitulé cette hymne: «Est-ce possible?Ce n’est pas possible! Oui, c’est possible.» Est-il possible que le Dieu si grand aime ainsi les fils et les filles de la terre?Ce n’est pas possible! Oui, c’est possible.Est-il possible que le Dieu si grand soit si démuni et devienne si vulnérable?Est-il possible que Dieu fasse ainsi alliance avec nous?qu’il se lie d’amour à part égale?Est-il possible que le Dieu très haut soit à côté de nous, sur nos routes?182 Est-il possible que Dieu vienne manger à notre table, sans avoir mal au coeur? Est-il possible que Dieu se soit tellement identifié à nous en Jésus que nous ne puissions l’aimer sans aimer nos frères et nos soeurs?Ce n’est pas possible! Oui, c’est possible.Peut-être ne s’agit-il pas là de grande contemplation.Et pourtant, je trouve que ce peut être de la contemplation au sens le plus vrai du mot.Voilà donc quelques petites réflexions toutes simples sur cette réalité grande et complexe de la contemplation.L’important, cependant, ce ne sont pas les idées que l’on s’en fait, ni les discours que l’on prononce.L’important, c’est plutôt l’expérience que l’on en fait.Il nous faut plonger dans la contemplation, même si nous ne savons pas encore très bien nager.Dieu nous donnera la grâce dont nous avons besoin.L’important aussi c’est de ne pas oublier que le seul maître valable de la contemplation c’est l’Esprit Saint.C’est pourquoi il faut lui demander et lui redemander son aide.183 La Sagesse crie par les places Pierre Robert* (À partir de la lecture de Pr 1,20-21: 8,1-8) La Sagesse se place aux carrefours et elle élève la voix près des portes, à l’entrée de la ville, elle s’adresse aux passants Elle s’écrie sur les places publiques Qui est sage, qu’il écoute ma voix qui cherche la vérité, qu’il se rende à ma parole La Sagesse se promène par les rues de Jérusalem et de Galilée et elle interpelle les passants La Sagesse a présidé à la création La Sagesse a guidé les Israélites dans leur marche vers Dieu Puis elle est venue, la Sagesse de Dieu la Parole de Dieu, vivante, s’est incarnée l’Intelligence de Dieu le Sens Ultime s’est fait chair Parmi les passants, les vendeurs de toutes sortes, elle élève la voix Elle parle d’autre chose, elle parle d’un Royaume qui n’est pas encore de ce monde et qui est dans le coeur Elle parle d’une autre voie elle lance un autre appel Celui qui cherche, qu’il écoute celui qui a soif, qu’il vienne et qu’il boive celui qui a faim, qu’il soit rassasié Car je ne suis pas venu pour les justes seulement mais pour les pécheurs * 3107A, Lacombe, Montréal (Québec) H3T 1L6.184 Pour ceux qui cherchent à tâtons pour ceux qui sont dans les ténèbres ceux dont le coeur est blessé pour les brebis dispersées de la maison d’Israël qui errent par les chemins Mais celui qui est repu, peut-il entendre?celui qui a mangé à satiété peut-il encore écouter?celui qui a mis son trésor ailleurs, va-t-il partir à ma rencontre?La Sagesse se tient aux carrefours elle se tient aux carrefours de Jérusalem et de Galilée Elle crie, elle interpelle, elle console, elle guérit La Sagesse a tant à dire sur les voies des hommes elle parle en paraboles elle tend la main aux plus petits La Sagesse invite à un festin mais les invités ne veulent pas venir alors elle invite les autres les pauvres, les passants, les blessés, les humbles, les enfants La Sagesse invite à sa Table Elle s’offre en nourriture Elle offre la nourriture définitive La Sagesse se promène par les rues et les enfants comprennent Des sages, eux, se rebiffent elle n’a pas étudié elle ne parle pas comme les autres ne tient pas le discours officiel elle s’adresse à tout le monde.La Sagesse se promène par les rues de Jérusalem et on se ligue contre elle Ne pourrait-elle faire comme tout le monde?Rester tranquille?.Alors on la cloue sur une croix la Sagesse de Dieu véritable qui devient folie quand le monde se 185 croit sage La Sagesse sur la croix crie le pardon et la paix Retournée auprès du Père, la Sagesse éternelle invite à poursuivre son oeuvre J’ai besoin de tes mains, de ta bouche, de ton coeur dit le Seigneur JÉSUS J’ai besoin de ta bouche pour parler de tes mains pour aider de ton coeur pour aimer J’ai besoin de ton esprit pour étudier et chercher à comprendre J’ai besoin de ta bouche pour me faire connaître J’ai besoin de tes pieds et de tes pas pour reprendre les chemins des hommes et aller à leur rencontre j’ai besoin de ton coeur pour les aimer j’ai besoin de tes mains pour les soigner j’ai besoin de ta présence auprès d’eux La Sagesse retournée auprès du Père éternel invite à sa suite et les disciples se mettent à l’écoute du maître et les disciples se nourrissent de sa parole et de son corps et les disciples un jour porteront sa parole à d’autres porteront à d’autres son corps et son sang La Sagesse présente dans le coeur des baptisés le Seigneur présent dans le coeur le Christ Jésus qui n’a plus de mains ni de bras ni de bouche parmi les hommes a besoin de nos pas, de nos mains, de nos bouches pour aller sur les chemins pour reprendre en nous les chemins des hommes Il ne s’agit pas d’avoir du monde pour avoir du monde Il s’agit de porter la Bonne Nouvelle il s’agit de marcher aux côtés du malheureux 186 de celui qui souffre et qui peine il s’agit de porter la parole à qui cherche Les mains de JÉSUS qui ne peuvent plus guérir ont besoin de nos mains pour panser les blessés pour soigner les malades pour réconforter ceux qui n’en peuvent plus Et la bouche de JÉSUS qui ne peut plus parler a besoin de notre bouche pour parler pour témoigner de la vérité pour réconforter en éclairant pour donner cette Lumière qui luit dans les ténèbres et qui trouve celui qui cherche J’ai besoin de ta présence auprès de moi, dit JÉSUS pour te nourrir de la mienne que tu porteras aux autres J’ai besoin de la présence de ton esprit que je remplirai du mien que tu porteras à d’autres J’ai besoin de la présence de ton coeur pour le purifier, le rectifier, le délivrer de ce qui l’inquiète et lui donner ma compassion qui te fera reprendre les chemins des hommes Sans arrogance mais par amour non pour triompher mais pour servir non pour t’affirmer mais parce que mes brebis ont faim et soif parce que mes brebis sont dispersées et que je les aime toujours La Sagesse crie par les places et sa voix résonne encore Les Livres Bouchard, Paul, Le règne de Dieu sur la terre!, Éd.Spirimédia/Parvis, 1980, 230 pages.Message d’espoir, vision «révolutionnante»! Tant pour les incroyants que pour les croyants.Aux premiers, ce livre révélera la dimension concrète, pratique du «projet social» de Jésus de Nazareth.Soit, la «civilisation de l’amour», évoquée par le pape Paul VI pour dire l’avenir éblouissant de la planète.Terre actuellement menacée de tous bords par la «civilisation de la mort» qui semble vouloir l’emporter définitivement sur les rêves de paix et de justice des «hommes de bonne volonté».Aux deuxièmes, ce livre fera redécouvrir un trésor chrétien oublié.Une facette méconnue de l’espérance des Apôtres et de l’Église primitive.L’heure est désormais arrivée de renouer avec le prophétisme des origines.Car Jésus revient pour établir son règne! Il est «aux portes» de la terre! Girard, Marc, Le pauvre sacrement de Dieu, Éd.Médiaspaul, 1994, 163 pages.Depuis la terre, à l’oeil nu ou avec un télescope, on aperçoit toujours un seul et même côté de la lune.Ainsi en est-il de la pauvreté: on l’observe d’habitude comme un drame ou un problème, à travers les lunettes colorées des sciences humaines ou celles du sentiment, pour les uns la compassion, pour d’autres l’exaspération.Ce livre propose au lecteur une envolée spatiale pour explorer la face cachée du pauvre, celle qui ne se laisse découvrir qu’à partir des grands espaces, à partir de l’infini.On ne s’étonnera pas qu’ici la Bible soit largement mise à profit, puisqu’elle est l’expression, privilégiée entre toutes, de la pensée et du projet de Dieu.On trouvera des lumières neuves sur le sens des béatitudes, de la parabole de Lazare, et de nombreux autres textes de l’Écriture.Au terme, on aura une conscience beaucoup plus vive de la grandeur et de la dignité du pauvre, fondées non seulement sur la nature humaine qu’il partage avec les riches, mais surtout sur sa capacité unique de refléter le mystère de Dieu.Car, bien plus qu’un scandale, le pauvre est pour tous les humains une école de vie, et un lieu de sens pour l’Église.Nicolas, Xavier, Les «incroyants» ont bousculé ma foi, Éd.Salvator, 1994, 148 pages.Malgré les discours défaitistes de certains, malgré les nostalgies renaissantes, malgré la peur des audaces novatrices, la grâce de 188 notre époque c’est le renouveau des communautés chrétiennes, la recherche biblique, une expression plus libre de la foi, une prise en compte de la densité humaine.N’est-ce pas aussi la présence massive, à nos côtés, d’hommes, de femmes, qui cherchent ailleurs que dans la foi chrétienne comment vivre en homme debout?Eux aussi d’une certaine manière nous «disent Dieu».Ils le disent en disant l’homme.«L’homme passe l’homme infiniment».Une veine court à travers les pages de ce livre, «un parti-pris d’espérance pour le monde», ce parti-pris qui part du coeur de Dieu et qui nous arrive par les grandes ouvertures du Concile, où l’Église est passée «de l’anathème au dialogue».Xavier Nicolas,dans son style à lui, aussi éloigné de l’affirmation péremptoire que du moralisme ou du sentimentalisme religieux, reprend ces ouvertures du Concile en cinq convictions qui forment les cinq chapitres de cet essai: le monde n’est pas un désert spirituel, une foi exposée, une Église aux quatre vents, le temps du témoin, et Dieu dans tout ça?C’est dire qu’au travers de ces «variations» aux thèmes multiples, résonne une certaine petite musique, celle des épousailles de Dieu et de l’humanité.L’Église n’existe que pour les annoncer et les célébrer.Sans oublier qu’elle a toujours à dire Dieu et à dire l’homme, jamais l’un sans l’autre et jamais l’un contre l’autre.Elle n’a jamais fini «d’apprendre l’homme».«Les grands athées et les grands mystiques se rejoignent.» (Dostoievski).Une Église en bonne santé est en connivence avec les uns et les autres.Routhier, Gilles, Le défi de la communion, Éd.Médiaspaul, 1994, 307 pages.L’ecclésiologie de communion est à la mode.On répète ce nouveau mot comme si cela suffisait pour que la réalité s’impose.Au contraire, l’agitation du concept a créé une attente que n’ont pu satisfaire les ravalements de façade entrepris au nom de cette ecclésiologie.Trente ans après Vatican II, un malaise persiste.L’espérance a-t-elle été à tout jamais déçue?Le présent ouvrage veut reprendre en profondeur les grandes avancées conciliaires sur le thème de la communion.De plus, il veut joindre au discours sur la communion une recherche sur le droit, les pratiques ecclésiales et les figures institutionnelles aptes à rendre opératoire ce discours théologique.On se retrouvera toujours devant la même impasse si l’on est incapable d’exprimer au plan institutionnel et d’actualiser dans les pratiques ecclésiales les meilleures intuitions de Vatican II.À défaut de briser cet embâcle, on parlera toujours d’ecclésiologie de communion sans que les pratiques ecclésiales aient connu une mutation correspondant à l’évolution du discours.189 RETRAITE INTERCOMMUNAUTAIRE ENDROIT: THÈME: ANIMATEUR: DATE: COÛTS: PAYABLE À: RENSEIGNEMENTS: La Maison du Renouveau 870, carré de Tracy Est, C.P.7127 Charlesbourg (Québec) G1G3E1 «Dieu s’est fait chair, Il est notre salut, notre gloire éternelle.» Pierre Smith, ptre - Le Jourdain Du 12 décembre 1995, à 16h00 au 18 décembre 1995, à 14h00 Inscription: 25$ (non remboursable) (de préférence avant le 14 novembre) Pension: 185$ (pour 6 jours) La Maison du Renouveau (418) 623-5597 (33 places sont disponibles - occupation simple) 190 CENTRE INTERCOMMUNAUTAIRE QUATRE SAISONS INC.Les membres du Conseil d’Administration du Centre Intercommunautaire Quatre Saisons inc.sont heureux de présenter aux religieuses, la programmation de ses activités pour 1995-1996.MISSION Le programme offre aux religieuses de langue française un milieu de vie favorisant: • la croissance au plan physique, social, psychologique et spirituel; • l’intégration de l’expérience de vie; • le développement des potentialités de la personne; • une contribution enrichie dans l’Église et la société.CLIENTÈLE Le programme s’adresse à toute religieuse: • désirant un ressourcement, une préparation à une nouvelle orientation; • rencontrant des difficultés personnelles; • désirant participer à des activités et à des cours comme non-résidente; • désirant bénéficier d’un temps d’arrêt, de repos, prendre des vacances, vivre une retraite privée.La religieuse a accès à différents programmes décrits dans un feuillet publicitaire (mis à jour), disponible sur demande.Le programme: «Ma vie au rythme des saisons» est réparti sur une période de dix (10) mois, comprend quatre (4) saisons: • 1 re saison: Mon histoire • 3e saison: Mon cheminement • 2e saison: Mes richesses • 4e saison: Ma voie d’avenir Chacune des saisons poursuit des objectifs spécifiques en relation avec les thèmes et comprend des cours, des activités variées, dans les dimensions physique, sociale, psychologique et spirituelle.Ce programme débute en septembre.APPROCHE Le Centre adopte une approche «existentielle humaniste».L’accent est mis sur l’essence de la condition humaine, sur le vécu de la personne, sur la capacité de chacune d’être consciente de soi, de son présent, de ses forces vitales et de ses limites comme lieux de croissance, sur la liberté de faire des choix en fonction de son expérience de foi et de son devenir comme personne consacrée.POUR INFORMATION Veuillez communiquer avec: Jean Fortin, directeur général Centre Intercommunautaire Quatre Saisons Inc.104, Chemin Gendron, St-Élie d’Orford (Québec) JOB 2S0 - Tél.: (819) 565-7554 191 VERS UNE QUALITÉ DE VIE EN MILIEU COMMUNAUTAIRE DATE: 23 septembre de 9h00 à 16h00 24 septembre de 9h00 à 12h00 SESSION: Une façon d’aborder la qualité de vie en milieu communau- taire et en lien avec le phénomène du vieillissement est par le biais des besoins psychologiques fondamentaux.Cette session permet d’explorer la signification des besoins de compétence, d’attachement et d’autodétermination tels que vécus par les personnes qui avancent en âge.De plus, elle favorise l’expression du vécu et incite à une relance vers un mieux-être personnel et communautaire.Une qualité de vie est encore possible en vieillissant! INSCRIPTION: Nous faire parvenir, au plus tard le 25 août 1995, les frais d’inscription de même que vos nom, adresse et numéro de téléphone au: 1497, boul.St-Joseph est, Montréal (Québec) H2J 1M6 Tél.: (514) 522-4535 FRAIS: 10$ (non remboursable) pour inscription 75$ pour la session ENDROIT: Centre St-Pierre 1212, rue Panet Montréal (Québec) H2L 2Y7 PERSONNES RESSOURCES: Michelle Audet, r.s.r., psychologue Manon Tanguay, psychologue WÊËÈÈÊÊÊ 192 La Vie des communautés religieuses La Direction 5750, boulevard Rosemont Montréal, Qué.Canada H1T2H2 5750, boulevard Rosemont Montréal, Qué.Canada H1T2H2 Ed.du Chant d’Oiseau Avenue du Chant-D’Oiseau, 2 1150- Bruxelles Belgique Abonnements à l’une des adresses suivantes 55, av.de la République 91230 Mongeron France Bulletin d’abonnement La Vie des communautés religieuses France: 70FF ?de SURFACE: Belgique: 435 FB Canada: $13.00 France: 98 FF ?par AVION: Belgique: 595 FB Canada: $17.00 Nom____ Adresse Envoi de publication Enregistrement n° 0828 la vie 5750, boulevard Rosemont des communautés Montréal, Québec, religieuses Canada H1T 2H2
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