La vie des communautés religieuses /, 1 janvier 1996, Janvier-Février
LA VIE DE/ COMMUNAUTÉ/ — RELIGIEU/E/ XEDQ vol.54, no 1 janvier-février 1996 KA - tllllllIlIilllllllM ¦ ¦ ¦ ¦ I» \ IH.S» * LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Directrice: Hélène Bruneau, s.a.s.v.Comité de rédaction: Gilles Beaudet, f.é.c.André Bellefeuille, f.i.c.Hélène Bruneau, s.a.s.v.Lorraine Caza, c.n.d.2 membres du c.a.Secrétariat: Hélène Bruneau, s.a.s.v.Rédaction et administration: La vie des communautés religieuses 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué.Canada J3T 1X9 Tél.: (819) 293-8736 Téléc.: (819) 293-2419 Envoi de publication Enregistrement no.0828 Production: Hughes Corn.Dessin des couvertures: Rita Montreuil, s.s.a.La revue paraît cinq fois par an Abonnement: de surface: 13,00$ (70FF) (435FB) par avion : 17,00$ (98FF) (595FB) de soutien: 20,00$ SOMMAIRE Vol.54 - janvier - février 1996 Des jeunes s’expriment sur la vie religieuse Centre Agapê 3-9 Sr Hélène Bruneau, s.a.s.v.a rencontré six jeunes rayonnants d’authenticité et d’espérance en l’avenir.Guidés par des maîtres compétents, ils parcourent ensemble, à la maison de l’Agapê, un cheminement de foi chrétienne.Leur temps est partagé entre la prière, l’étude, le travail et les stages apostoliques.Ils ont accepté de nous partager spontanément leur perception de la vie religieuse et leurs attentes.Leurs propos ne constituent pas une étude théologique de la vie consacrée mais suggèrent un questionnement réaliste qui pourrait dynamiser nos élans déjà orientés vers une mission évangélisatrice de plus en plus perceptible.La vie religieuse - Perceptions et perspectives Agents de pastorale, Longueuil 10-23 Fr Gilles Beaudet, f.é.c., membre du comité de rédaction de notre revue, a présidé une table ronde à laquelle ont participé deux laies, trois religieuses de différents milieux et deux frères.Comme coordinateur, il a laissé aux interventions leur caractère naturel du langage parlé et les a communiquées intégralement sans en constituer un texte global.Les échanges sérieux et spontanés présentant des opinions courantes sur la vie consacrée et illustrant des expériences pleines de sens nous offrent des points de réflexion sur nos réalités actuelles et sur les possibilités d’implications simples qui peuvent susciter un rayonnement apostolique.Éléments de réflexion sur la situation de la vie religieuse apostolique Lorraine Caza, c.n.d.24-40 Lorraine Caza, cette femme qui croit profondément à sa mission de consacrée à l’intérieur de la mission en Église, propose à ses lecteurs, des éléments de réflexion sur la situation de la vie religieuse apostolique en 1995.Elle suscite le goût de relever des défis enracinés dans une fidélité au Christ et à l’Évangile, à 1 l’Église et à sa mission dans le monde, au charisme propre de chaque Institut et à la personne humaine d’aujourd’hui.Au terme de la lecture de l’article, le goût du “retourne à tes sources” demeurera au coeur de chacune et de chacun comme une invitation cordiale à vivre pleinement en Église, pour l’Église, avec l’Église.Produire du fruit en abondance Georges Auger, c.s.v.41-47 L’auteur présente un texte d’une profondeur telle qu’il est difficile d’échapper à son magnétisme.Il met en évidence le fondement christocentrique et trinitaire de la mission en étudiant celle-ci sous guatre aspects: la mission comme FAIRE, la mission comme ETRE, le CHRIST-mission, le CHRIST-mission et les prophètes.P.Georges Auger interpelle fortement son lecteur: sans négliger le^ FAIRE qui est nécessaire à la mission, où situons-nous l’ÊTRE?Les réalisations nombreuses et grandement remarquables des prophètes de notre temps furent toujours authentifiées par leur vie d’intimité profonde avec le Seigneur: mission enracinée dans la prière.L’auteur termine en rappelant le passage de Jean 15,5: “Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là produira du fruit en abondance.” Thérapie ou Salut chrétien Louis Roy, o.p.48-55 Après avoir présenté le contraste évident des accents de la psychologie et de ceux de l’Évangile, l’auteur nous montre que “psychologie” et “idéal chrétien” deviennent complémentaires dans une croissance si l’Évangile assume la psychologie et la rectifie sur le plan des attitudes et des idées.P.Roy nous fait réfléchir sur le véritable sens de la vocation religieuse et sur la nécessité pour les religieux de rester fidèles à leur mission de témoigner du fait que le règne de Dieu dépasse toutes les formes de sagesse humaine et de mettre en lumière le côté proprement évangélique de la libération.Optons- nous pour être “sel” ou “miel” de la terre?2 DES JEUNES S’EXPRIMENT SUR LA VIE RELIGIEUSE1 De gauche à droite: Marie-Claude Faucher, Audrey Boucher-Landry, Dominique Pedneault, Nadia Laliberté, Sébastien Lafontaine, Patsy Morency, Dany Mathieu, Denis Petitclerc, président-fondateur.1.La vie religieuse, une grande inconnue dans nos milieux .Peu de jeunes connaissent des religieux ou des religieuses; rares sont ceux qui ont des contacts avec des parents ou des amis engagés dans cette voie.Pour un grand nombre d’adolescents et de jeunes adultes, la vie religieuse est un style de vie dépassé, un mythe: “çà doit être bien plate de vivre séparé du monde ‘ordinaire’!”-“à quoi cela sert de tant prier?” Il arrive même que des personnes soient méchantes à l’égard des religieux et des religieuses: des souvenirs sont grossis à cause 1 Sr Hélène Bruneau a demandé à six jeunes adultes d’exprimer leur conception de la vie consacrée et de son impact dans le monde d’aujourd’hui; ils ont accepté aussi de faire connaître leurs attentes aux religieux et religieuses.3 d’une douleur qui demeure présente et on juge le passé avec le regard du présent.Les jeunes ne pensent même pas qu’ils pourraient s’engager dans la vie religieuse qu’ils voient encore comme un cadre rigide.Une jeune fille a manifesté le désir de connaître la vie d’une communauté religieuse; ses parents l’en ont empêchée.La spiritualité des communautés est peut-être touchante mais le vieillissement des membres n’est pas sécurisant.Quelques jeunes sont attirés par les communautés nouvelles qui leur semblent plus près d’eux ou vers les communautés contemplatives qui leur présentent un plus grand radicalisme; ce sont là des étincelles d’espérance.En dehors du milieu ecclésial, les religieux ne sont pas visibles; ils nous apparaissent vivre en milieux fermés.Les jeunes sont loin de la vie religieuse par ignorance plus qu’à cause de préjugés qu’ils entretiennent.2.Et pourtant, les religieux ont encore une parole à nous dire .Parole d’être Nous avons besoin de modèles; les religieux devraient se dire à tous les jours qu’ils ont des valeurs à véhiculer.Les adolescents rêvent de changer le monde; les religieux devraient être animés de ce feu-là! On pense souvent que les religieux sont des “saints inaccessibles, sérieux, sévères, exigeants”; et pourtant, si on les côtoie, on s’aperçoit que l’image que l’on s’en fait n’est pas réelle, qu’ils sont des gens comme les autres, avec leur personnalité et que leur vie consacrée à Jésus les revêt d’un style d’être interpellant.Quand on a eu la chance de découvrir cela, on leur fait confiance et ils sont pour nous de bons guides dans notre cheminement de foi.Pour un grand nombre de personnes adultes, les religieux sont des témoins signifiants mais les jeunes ne les voient pas assez de 4 près pour l’expérimenter.On a parfois l’impression que les religieux “sont bien dans leurs affaires” et cela présente un contraste frustrant avec la situation des jeunes qui se cassent la tête pour payer leurs études ou pour réaliser leurs rêves d’avenir en vue d’une situation normale sur le plan familial ou professionnel.Une jeune fille de 23 ans, après avoir goûté à la drogue, s’est convertie parce que quelqu’un l’a aidée à découvrir, en saint Benoit, un Père spirituel; elle est entrée dans une communauté contemplative où les règlements sont des plus sévères; son être dégage la paix et le bonheur en nous enseignant l’importance d’une orientation spirituelle.Mais qui donc peut nous aider à saisir le spirituel sinon les religieux qui ont centré leur vie sur la dimension intérieure de l’être?Parole de présence “A l’école secondaire, si j’avais vu des religieux et des religieuses qui ont donné leur vie à cause de Jésus, j’aurais senti que les communautés sont encore vivantes et je me serais posé des questions; autrefois, toutes les petites filles rêvaient de devenir les épouses de Jésus, aujourd’hui, le rêve se situe bien ailleurs!” Les religieux se mêlent trop peu au monde des jeunes; il semble pourtant que ce pourrait être facile.Exemples: cette religieuse qui a vécu une carrière d’éducatrice et qui regroupe des jeunes du niveau primaire et du niveau secondaire pour les aider et cela, sans mettre sur pied une organisation officielle; une autre soeur proche de la mère d’une adolescente qui accueille les jeunes dans “sa” chapelle.Les soeurs restent trop dans leurs maisons; donner sa vie à Dieu avec tous les détachements que cela entraîne doit aussi pousser à un rayonnement apostolique.Il y a encore des professeurs très impliqués dans le milieu étudiant qui sont signifiants par leur vie de foi, qui invitent à vivre les vraies valeurs humaines et chrétiennes même s’ils ne parlent pas du bon Dieu tout le temps.Malgré cela, il est triste de ne pouvoir rencontrer facilement les personnes consacrées, sauf sur le terrain de leurs activités.5 On dirait que les religieux pensent qu’ils ne font plus partie du monde.Leur discours semble être “sur” la société et non “dans” la société.Ils ont l’air de vivre une crise d’identité.Il nous semble que les membres des Congrégations sont trop préoccupés de gérer leur décroissance et par ce fait, manquent de dynamisme pour exercer ce pourquoi ils existent.Ils cherchent à renouveler, à rebâtir et leur recherche semble difficile; ils désirent aller vers les pauvres, les petits.mais ne trouvent pas le comment.Au tout début, nous disions que les religieux ne sont pas visibles pour les jeunes; autrefois, nous trouvions facilement les religieux sur leur terrain: les écoles, les hôpitaux, les oeuvres de charité.Mais aujourd’hui, “on ne passe plus sur leur terrain” et nous ne savons plus où les trouver.Ne serait-ce pas parce que ce serait à eux à nous trouver sur notre terrain?Pourquoi, les gens sont-ils maintenant surpris lorsqu’il y a un prêtre, un religieux ou une religieuse dans un service communautaire?Pourquoi les religieux et les religieuses ne se mêlent-ils pas à la communauté chrétienne paroissiale?Et pourtant, les chrétiens leur reconnaissent une place importante dans la société sous deux aspects complémentaires et nécessaires; - présence active qui s’exprime; nous accueillons avec bonheur les interventions des religieux dans les médias; par exemple, au moment d’une émission télévisée qui ne rend pas justice aux communautés religieuses ou devant des injustices notoires, tout le monde attend des réactions publiques.- présence d’un service humble, caché: que de projets d’aide aux pauvres, aux malades, aux sidéens par exemple sont discrètement entrepris, réalisés ou soutenus par les religieux! que d’organismes sont subventionnés par leur générosité! Les religieux doivent parler en temps et lieux et répondre, pour leur part, aux besoins actuels de la société.Aujourd’hui, la réponse aux besoins des milieux n’est plus remise entre les mains des communautés religieuses; des organismes de charité impliquant des 6 chrétiens désireux de vivre leur consécration baptismale, ont pris la relève.Le rôle des communautés religieuses est moins éclatant mais il est toujours là: mission évangélique où des individus s’engagent avec des laies sur le plan social et ecclésial.Parole d’évangélisation On se demande pourquoi les jeunes ne croient pas.On ne leur parle pas ou peu de spiritualité.Dans leur éducation, le côté humain prend plus de place que le côté spirituel et religieux.Cependant, les jeunes sont ouverts.Un missionnaire qui s’adressait à une soixantaine d’étudiants et étudiantes, dans une polyvalente, a été surpris de l’accueil de ces jeunes, de leur écoute, de leur réponse au moment de la prière qui clôturait sa communication.Un religieux qui l’accompagnait s’est spontanément exclamé: “Pourquoi restons-nous dans nos murs?” Nous avons besoin de religieux qui agissent en tant que disciples de Jésus.Nous nous attendons à ce qu’ils parlent le langage de Jésus et qu’ils le rendent accessible aux petits, qu’ils pénètrent le tissu populaire comme le levain dans la pâte, qu’ils soient des évangélisateurs au milieu du peuple de Jésus.Dans nos milieux de foi, nous rencontrons des individus -religieux—témoins de Jésus Christ en paroles et en actes mais pour les jeunes des milieux populaires et des écoles, qui joue le rôle de disciples de Jésus?3.Appels des jeunes aux religieux et religieuses “Rendez-vous visibles”.Nous souhaitons que les religieux et religieuses soient plus visibles, comme personnes consacrées à Jésus, pour nous aider nous, chrétiens et chrétiennes, à suivre Jésus Christ.Dans les rassemblements populaires, que les religieux soient plus préoccupés d’annoncer Jésus Christ que de saisir des occasions de recrutement.Il arrive que des religieux ou religieuses par- 7 ticipent à des regroupements de jeunes et en profitent pour parler de vocations même si ce n’est pas le thème au programme.“Des lieux d’engagement vous attendent”.La mission apostolique des communautés religieuses est moins claire qu’autrefois.Il est parfois difficile pour les communautés d’ajuster leur charisme aux appels actuels.Il reste cependant que beaucoup de lieux d’engagement leur offrent des possibilités de réaliser leur mission par exemple aider la famille, susciter pour les jeunes, dans les régions plus isolées et plus pauvres, des maisons d’éducation de la foi comme celle du Centre Agapè.“Nous avons besoin de vous pour cheminer dans la foi”.Dans le domaine de l’éducation de la foi, les religieux et les religieuses remplissent un rôle pour lequel peu de personnes, actuellement, possèdent des compétences ou des disponibilités.Par exemple, dans l’intégration des valeurs sacramentelles; en parlant du sacrement de confirmation dont elle réalise aujourd’hui l’importance, une jeune se demande pourquoi elle n’en a pas compris plus tôt le sens profond?Les religieux sont tout désignés pour amener les croyants à approfondir leurs gestes de foi.Faute de guides dans le cheminement spirituel, dans la recherche de l’absolu, certaines gens se jettent dans les sectes.Les religieux et les religieuses ont tout ce qu’il faut pour écouter la soif d’absolu des gens et les aider à assouvir cette soif.“Dites-nous Jésus Christ.” Nous espérons que les religieux et les religieuses vivent avec nous, la communion en Jésus- Christ.La vie religieuse est un don à l’Église et un don d’éternité; elle doit donc toujours être vécue comme un don et non comme un renoncement.Les personnes consacrées ne peuvent jamais en cela “parler de retraite” pas plus qu’un époux ne peut dire à son épouse “je ne partage plus avec toi, je suis à la retraite!”.La façon 8 de donner sa vie change avec les années mais le don est toujours le même! Si le Christ donne la vraie joie, les personnes qui ont consacré leur vie à Le suivre doivent témoigner de cette joie et la rayonner.” Conclusion La société et l’Église ont besoin du vin nouveau qu’est toujours le charisme des communautés.Ce vin nouveau doit être déposé dans des outres neuves, des modalités nouvelles d’engagement pour dire Jésus à un monde en recherche de vérité.Religieux, religieuses, à travers leur questionnement, les jeunes croient en votre raison d’être et en votre mission en constante adaptation dans la société et dans l’Église.L’École de la foi Agapê 1333,1ère avenue Québec G1L 3L2 Participants de la table ronde: Audrey Boucher-Landry, travailleuse, La Pocatière Marie-Claude Faucher, étudiante, Montréal Sébastien Lafontaine, étudiant, Val d’Or Nadia Laliberté, étudiante, Montmagny Dany Mathieu, étudiante, Beauceville Dominique Pedneault, étudiant, Jonquière Les participants sont tous membres de l’Agapê, maison d’éducation de la foi, dont vous trouverez une page publicitaire à la fin de la revue.La table ronde a été animée par M.Denis Petitclerc, fondateur et président de l’Agapê.Le texte a été rédigé par Sr Hélène Bruneau, s.a.s.v.qui a agi comme secrétaire et est restée fidèle aux interventions des jeunes qui ont approuvé la rédaction.9 LA VIE RELIGIEUSE: perceptions et perspectives communiquées par une équipe de pastorale de Longueuil 1ère rangée: Sr Suzanne Legault, s.s.c.j., Sr Jeanne Vallée, m.i.c.Mme Lyne Pouliot.2ème rangée: Fr Ernest Bourgault, é.c., Daniel Prévost, Gilles Beaudet,é.c., Mme Marie-Claire Dupont.Introduction: On a parfois l’impression que religieux et religieuses vivent une certaine morosité, plus ou moins explicitée.On peut se demander quelles perceptions les gens d’aujourd’hui ont de la vie religieuse et quelles perspectives se dessinent pour elle dans les années à venir.La Vie des communautés religieuses n’a pas entrepris un vaste sondage sur le sujet.Elle s’est contentée d’aborder la question avec un petit groupe de personnes engagées en pastorale à des titres 10 divers.Le groupe réunissait deux laies, trois religieuses de différents milieux et deux frères.Fr Gilles Beaudet, é.c.a rempli le rôle à la fois d’animateur et de rapporteur.Il n’a pas cru indispensable d’identifier ici chaque participant: on les désigne par une initiale précédée d’un même symbole.UNE TABLE RONDE C’est en table ronde que nous avons entrepris d’éclairer un peu les deux volets de cette problématique.A.Perceptions actuelles de la vie religieuse 1.A TRAVERS UN PRISME DÉFORMANT OU L’ANONYMAT * S.- La vie religieuse est peu connue.On peut dire: mal connue.On véhicule actuellement dans le public une image stéréotypée et fausse de la vie religieuse.Repassez tous les médias et c’est ce qu’on y donne.On présente surtout les petits côtés des modèles d’il y a trente ans et plus.On ne met pas souvent en scène la grandeur, la beauté, le positif de ce qui s’est vécu et de ce qui se vit.Un fossé s’est créé entre les communautés largement visibles autrefois et la population maintenant diversifiée et indifférente.Cela me préoccupe.Je trouve cela dommage, car la vie religieuse dans son authenticité est belle, elle a du sens.Elle garde un grand souffle de vie, même si on est présentement en questionnement.*E.- Je crois, moi aussi, à la pertinence de la vie religieuse.C’est encore plus vrai, au moment où notre monde perd le sens des vraies valeurs.Les religieux sont un ferment de valeurs dont la société ne peut se passer.Oui, les gens se font des religieux une fausse image.Pourtant ceux qui nous connaissent nous apprécient.Mais c’est vrai que le plus grand nombre ne nous perçoit que sous un prisme déformant.Nous avons certainement la tâche de travailler à diffuser notre véritable image.Les laies qui travaillent avec nous, on le sait, sont emballés par les témoins de la vie religieuse.Ce qui me dynamise, c’est la voie nouvelle dans laquelle s’engage la vie religieuse aujourd’hui.* J.- Comme missionnaires, nous sommes perçues plus positivement, pour ainsi dire, par l’ensemble des gens.Nous sommes encore dans le circuit.Tandis que les gens de l’enseignement ou des hôpitaux 11 semblent avoir été oubliés, les missionnaires continuent d’être perçues comme un engagement justifiable.* D.- Pour ma part, j’aimerais apporter le point de vue des jeunes.Il est clair que les médias ont maltraité les personnes engagées dans la vie religieuse, c’est le moins qu’on puisse dire.Au regard des jeunes de nos écoles, la vie religieuse offre peu d’attraits pour le moment.Vivre le célibat ou l’obéissance, c’est à leurs yeux, une perte de liberté.C’est négatif, pour eux.Mais quand le jeune découvre la personne avec son potentiel et sa richesse humaine, c’est extraordinaire.C’est vrai que la dimension missionnaire touche encore une corde sensible chez les jeunes par le témoignage d’un certain radicalisme, par l’amour des autres, par le don de soi.Il y a malheureusement le côté négatif: la vie religieuse ne peut pas attirer beaucoup de jeunes.Par certains côtés, on y perçoit des groupes de personnes vieillissantes, des institutions sclérosantes.Mais, du point de vue positif, les jeunes reconnaissent d’abord la qualité des personnes qui y vivent.C’est un plus pour eux.Les jeunes aiment trouver des communautés qui répondent à des besoins concrets.Vous religieux et religieuses, vous avez une sorte de prophétisme.Vous avez été les premiers à vous dévouer auprès de sidéens, par exemple.Vous êtes sur le front des services à rendre aux démunis et cela, les jeunes le reconnaissent.* L.- Ma perception à moi, c’est un peu difficile à exprimer.J’ai toujours été en contact avec des personnes religieuses, soit durant mes études, soit en pastorale.Pour ce qui touche les jeunes, pour eux, c’est clair: la vie religieuse est inconnue et on garde une attitude négative qui est fabriquée avec des images trop souvent faussées.Les jeunes vont toujours vous relancer les mêmes bobards qu’ils entendent de-ci delà.On continue de charrier des mythes.Pour les jeunes, c’est une image peu attirante, c’est dépassé.On continue à rattacher la vie religieuse à des structures étroites, on la blâme comme on blâme l’Église.On charrie toujours aussi le mythe de communautés qui sont riches.C’est cela que j’entends chez les jeunes.* E.- Les gens nous associent avec l’Église et comme ils ne connaissent pas l’Église d’aujourd’hui, ils ne connaissent pas mieux la vie religieuse.Hier, l’école et l’Église (i.e.la paroisse, les prêtres) étaient un seul bloc.Il n’est pas question de les dissocier ou de les opposer.12 Mais ce qu’on met de négatif sur le visage de l’une, on le transpose sur le visage de l’autre.Comme baptisés, nous sommes tous membres de l’Église, que nous soyons religieux ou laies.Nous formons une belle famille.2.QUELQUES POINTS REJOIGNENT LES JEUNES Religieuses et religieux prennent des engagements sociaux et missionnaires à un âge avancé, ils se donnent à plein temps, ils acceptent des responsabilités dans leurs milieux.Et les jeunes sont sensibles à cela.Je trouve beaucoup de jeunes qui demandent pour aller en mission pour une période déterminée.C’est là, souvent, qu’ils trouvent un sens à leur vie.Ce qui est important, c’est de manifester notre joie, notre réussite dans la vie.On dirait que le jeune ne voit plus de modèles de vie réussie: cela va mal dans la politique, dans l’économie, dans les couples, dans les familles.Cela va mal partout.Le jeune se demande: que ferai-je de ma vie?Ne vit-il pas comme devant une impasse?Pourtant, les jeunes ont des qualités à faire valoir.Religieux et laies, dans une belle collaboration peuvent les aider à cela.C’est un nouveau terrain pour faire éclater la vie.3.DÉPOUILLEMENT ET RUPTURES FÉCONDES * M.- On a touché l’aspect des institutions.Je pense que sur le plan des institutions on est en train de vivre malgré nous, un grand dépouillement.C’est comme la traversée du désert.Un psaume me frappe chaque fois que je le prie; il dit: “ Ils croyaient leur maison éternelle”.J’ai l’impression que cela parle de nous.Nous nous rendons compte que nos institutions ne sont pas éternelles.Nous vivons une période de transformations.C’est une expérience lourde à porter mais elle est inévitable pour que naissent d’autres façons d’être.C’est important à mes yeux.Quel regard portons-nous sur ce qui nous arrive comme institutions?Il y a aussi un autre aspect qui m’interroge.Je rencontre parfois quelques jeunes filles qui manifestent de l’intérêt pour vivre une vie religieuse, mais elles ne cadrent pas avec le genre de candidates que les communautés attendent selon leurs schèmes.C’est encore un changement qui s’annonce.Les communautés vont peut-être continuer, mais pas selon les modèles actuels.13 * S.- La vie religieuse vit un temps de purification, de dépouillement.Nous venons de vendre notre maison provinciale, elle était trop grosse, nos effectifs diminuaient.Nous avons traversé un désert.J’ai beaucoup d’admiration pour mes soeurs aînées qui à 70, 80 ans, ont dû se départir de leurs beaux appartements, de leurs belles statues, d’une belle maison où tout est ordonné, propre.Cela n’a pas pu être facile.Qui les a aidées dans leur cheminement?C’est une laïque; elle est venue faire des sessions sur le deuil, avec nos soeurs.A travers cette dépossession, on trouve des valeurs évangéliques plus fortes.C’est essoufflant mais il faut avancer à travers toutes sortes de réactions.Je dirais que cette expérience de dépouillement est un grand chemin pour retrouver la solidarité.Cela nous mène aussi à la solidarité avec les gens de toutes conditions.4.UN PROBLÈME DE MARKETING?* D.- Je vous écoute et j’ai l’impression que la vie religieuse a comme un problème de marketing.C’est très vivant cette recherche des hommes et des femmes pour s’adapter aux nouveaux besoins de vie d’aujourd’hui.Je le vois, mais peu de gens le voient dans le monde.C’est riche et je me dis que cela va déboucher sur quelque chose.Ce n’est peut-être pas encore perçu.Les institutions semblent encore assez alourdies de passé, marquées par une histoire.Et la coupure est difficile.C’est cela à ce moment-ci, la perception de quelques-uns.Mais comme je suis proche, je vois quelque chose de différent; je vois des hommes et des femmes qui sont à l’écoute de l’Esprit.Que dit l’Esprit à l’Église d’aujourd’hui?Qu’est-ce que votre fondateur ou votre fondatrice dirait à l’Église, à la communauté d’aujourd’hui?Je sens bien cette recherche-là actuellement.5.L’INDIVIDU MARQUE PLUS QUE LE GROUPE * J.- Je pense aussi que le monde ne voit pas les religieuses en tant que groupe.Ce sont les individus qui percent.Je regarde dans ma propre paroisse: ce que les gens retiennent, c’est la soeur qui était présente à leurs côtés, dans la rue, au bazar, aux loisirs ,etc.Selon moi, les gens ne voient pas tellement le groupe, mais avant tout la personne.De tous côtés, on vit à l’ère de l’individualisme plus que du communautaire.Oui, on en parle: “pour une Église communautaire et mission- 14 naire”.On dirait qu’il y a dichotomie.On parle dans un sens et l’action va dans l’autre direction.Dans les communautés, c’est la même chose.6.ÊTRE TÉMOINS D’UNE VIE FRATERNELLE FORTE * D.- D’après moi, tu viens de mettre le doigt sur l’une des conditions de relance de la vie religieuse.Vous devez être des témoins d’une vie communautaire intense.On a souligné tantôt la joie qu’on a dans le partage, une joie qu’on doit rayonner.Les premières communautés chrétiennes avaient leur image: “Voyez comme ils s’aiment,” disait-on autour d’elles.Ce n’est pas un petit défi.Si vous avez choisi de consacrer votre vie à Dieu-Amour, ces liens de charité devraient unir une portion de votre milieu de vie et faire tache d’huile.Les jeunes cherchent des relations vraies; les jeunes au cegep cherchent une famille, un lieu où il y a des relations vraies.C’est cela que les jeunes recherchent dans un groupe.Peut-on transférer cela à la communauté religieuse?* M.- Notre réalité a changé: on a commencé à travailler dans une même école et maintenant, nous voici éparpillées.Si notre résidence demeure fermée, personne ne voit ce groupe dans sa vie ensemble.Lorsqu’on parvient à vivre une vie fraternelle satisfaisante et que c’est accessible, cela devient parlant.Surtout dans notre monde où souvent on trouve la famille éclatée.Des jeunes doivent pouvoir toucher du doigt qu’il est possible de vivre un engagement de communauté, d’être heureuses ensemble, mais pas dans la facilité.Cela reste difficile mais possible et valorisant.Je rattache cela à une expérience d’équipe que j’ai faite avec un groupe de jeunes.Je suis allée au Mexique avec un groupe de treize jeunes dont trois garçons.Nous avons mis un an à nous y préparer.Nous étions dans une région très pauvre; notre logement était très réduit mais tout était merveilleux comme dépouillement.Les jeunes ont découvert une autre dimension chez les quatre religieuses qui les accompagnaient.Je crois que dans des petits projets, concrets, exigeants, les jeunes apprendraient à découvrir les personnes.Ces jeunes sont revenus chez-nous; nos soeurs plus âgées ont préparé des gâteries pour les accueillir; c’est formidable.Et nous entrevoyons maintenant une expérience au Salvador.15 * A.- Il me semble que nous pourrions passer au deuxième volet de notre échange et souligner ce qui, à nos yeux, s’annonce dans le domaine des prospectives.B.- PROSPECTIVES POUR LA VIE RELIGIEUSE 1.S’ENGAGER DANS UNE ACTION * J.- Nos soeurs âgées font des choses extraordinaires.Elles ont cinquante ans de mission, il n’est pas question de les garder entre quatre murs pour tricoter.Elles ont ouvert la maison; ce sont les jeunes qui viennent à la maison.Les soeurs sont trop âgées pour sortir mais elles accueillent chez elles.C’est toujours plein de jeunes.J’aimerais donner un autre exemple: nous avons acquis une maison à Verchères.Nos soeurs s’impliquent dans la paroisse.En vue de la messe de minuit, elles ont mis sur pied une chorale avec des jeunes.La réponse a été très bonne.La maison est accueillante.Ce qui me paraît compter dans cela, c’est que personne ne se croise les bras pour attendre seulement; au contraire, chacune fait quelque chose.* D.- Dans tout ce que nous partageons, j’identifie trois points: 1.Être témoins de Jésus-Christ 2.Vivre les forces de la vie communautaire 3.Ouvrir les portes des communautés Les religieux doivent être des témoins.Témoins d’une vie missionnaire intense.Les moyens ne manquent pas.2.LES BESOINS DES JEUNES ABONDENT * L.- Les besoins des jeunes ne manquent pas.Je relis comme livre de chevet, le texte de Mgr Hubert pour le 60ème anniversaire.Il énumère un paquet de besoins; par exemple, il y a l’écoute des jeunes, l’accueil des jeunes.Que la maison de la communauté devienne comme une maison de quartier, ouverte, accueillante.Des membres de la communauté peuvent avoir le talent d’accueillir; le dialogue s’entame.le Message peut passer.Les jeunes ont besoin de témoins spirituels.On s’attend de vous que vous soyez des hommes 16 et des femmes de Dieu.C’est important que vous investissiez dans une relation personnelle avec le Christ dans la prière.Vous avez consacré votre vie, sacrifié en un sens votre famille, ce n’est pas pour rien.Les jeunes ont soif de Dieu (pourquoi les trouve-t-on dans les sectes, dans le Nouvel âge, dans l’ésotérisme, sinon à cause d’une certaine soif de spirituel?).Les jeunes ont besoin de soutien; ils attendent des guides spirituels.D’après moi, la communauté qui pourra leur proposer ce bonheur aura un bon pas d’avance sur toutes les sectes.Les jeunes ont un esprit fermé quant à l’Église.Si on peut les accueillir chez-soi, commencer chez-soi, on peut leur apprendre la fraternité, leur proposer Jésus-Christ.Les communautés ont eu des gestes prophétiques; elles peuvent en poser encore.Pourquoi ne verrait-on pas un partage entre diverses communautés?Un partage avec les laies, les familles, d’une certaine forme de vie communautaire?Cela se vit déjà dans certains endroits, dans certains groupes.3.MOURIR AUX RÉPONSES TOUTES FAITES * J.- Nous parlons de projets pour un avenir.Mais aussi, je pense que, comme religieuse, - mais c’est un point de vue personnel - je dois accepter de ne pas voir de lendemain précis et réconfortant.J’accepte de mourir aux réponses toutes faites.Je ne sais rien de notre avenir concret.Je cherche, j’ai quelques éléments de réponses.J’entrevois un certain avenir dans nos missions mais il ne faut pas non plus se faire des illusions.Il y a tout de même une expérience touchante que nous avons connue à Madagascar où nous sommes depuis neuf ans.Nous n’y avons que sept soeurs; mais des jeunes filles ont exprimé leur désir de rejoindre leurs rangs.Nos soeurs leur ont dit: “Pourquoi n’iriez -vous pas dans les communautés autochtones?”.Elles ont rétorqué: non, c’est chez-vous que nous voulons aller.Les jeunes ont patienté cinq ans; elles sont revenues à la charge; nous avons ouvert une maison de noviciat.Les postulantes sont au nombre de huit.il semble y avoir un avenir dans des situations comme celle-là.Mais dans nos sociétés de consommation nord-américaines, notre avenir semble s’inscrire dans notre ouverture vers les laies, dans le partage de notre spiritualité et de notre charisme.Il en résultera un enrichissement réciproque qui est déjà perceptible.Malgré cela, nous devons accepter d’être dans l’inconnu.Cela demande un esprit de dépouillement.Nous sommes habitués aux réponses toutes faites.17 Autrefois, l’avenir était planifié; maintenant, il nous faut nous ouvrir à l’Esprit-Saint, accueillir ce que dira l’Esprit; c’est insécurisant.La vie religieuse deviendra ce que Dieu attend d’elle, mais on ne sait pas encore comment.4.RÉPONDRE AUX BESOINS PRÉSENTS * E.- J’apprécie beaucoup l’approche du vécu que l’on vient d’exprimer.Pourquoi se tracasserait-on pour notre avenir ou notre survie?Voyons plutôt les besoins qui se présentent actuellement.Qu’on fasse l’effort de vivre le moment présent intensément.Peut-être que nous passons trop de temps à mijoter des projets pour un avenir incertain; on peut faire fausse route.J’apprécie les forces de la vie communautaire.Dans notre maison, nous accueillons occasionnellement des jeunes.Le témoignage de vie de la communauté, c’est ce qui les impressionne.* D.- Actuellement, entre les cégeps, nous sommes en train de débloquer un projet qui va un peu dans ce sens-là.Nous voulons regrouper des étudiantes dans le besoin pour leur offrir un lieu de rassemblement, pour faire vivre une vie de famille avec un tuteur, une personne-ressource désignée qui vivrait avec eux pour accompagner leur croissance.Chacun développerait sa participation à la vie de groupe; il mettrait en valeur les facettes de sa personnalité.Nous garderions une place pour la dimension spirituelle et l’expérience religieuse authentique.Évidemment, j’ignore quelles sont les contraintes financières des communautés; je ne sais pas si elles pourraient agir dans ce sens; cela implique un coût financier, mais plus encore, des valeurs d’accueil et d’entraide.Cela me paraît un investissement qui pourrait s’avérer rentable soit en terme d’éducation, soit en terme de vocations même.* J.- Comme on l’a dit tout à l’heure, on ne sait pas quel sera l’avenir des communautés.J’ai été témoin de réactions qui m’interrogent.J’ai vécu le concile 1963-1966; à l’époque, on avait une vie religieuse serrée, peut-on dire.On a assoupli nos règlements.Ce qui est curieux, c’est que des candidates voulaient retourner à un style d’avant-concile.A l’époque, j’ai lutté contre des choses qui me semblaient inutiles pour le bien du peuple de Dieu mais il y a eu chez les aspirantes, comme une nostalgie, un retour au passé.18 On a vu aussi des personnes qui venaient chercher dans la vie religieuse une espèce de refuge contre les soucis de la vie courante.On ne vient pas dans la vie religieuse pour trouver un refuge, car alors je n’y vois pas une vocation véritable.5.AU-DELÀ DES SÉCURITÉS A mon avis, il nous faut trouver une forme de vie qui donne à notre consécration, des engagements, des valeurs de don de soi au prochain.Si nous sommes assurés de nos trois repas, de notre logis, de notre lendemain; si nous sommes exemptes de soucis, nous devons au moins nous rendre disponibles pour le service du prochain.Cette disponibilité pleine et entière est pour les religieuses et religieux, un devoir.Nous avons avec nous des laies qui ont trois ou quatre enfants; croyez-vous qu’ils n’ont pas de soucis?Croyez-vous qu’ils peuvent jouir d’autant de disponibilité que les religieux?Et pourtant ces personnes-là sont parfois bien plus engagées dans le service que des personnes vivant en communauté.* D.- Peut-être qu’il existe plusieurs formes de vie communautaire.Certaines expriment une expérience personnelle qui diffère de celle d’autres religieuses.* S.- Depuis plusieurs années, nous sommes éparpillées, au moins quelques-unes d’entre nous.Dernièrement, toutes les soeurs isolées dans leur action se sont rassemblées pour parler de leur situation.Cela inquiète un peu les autorités de voir les soeurs dispersées comme nous le sommes.Nos responsables sont en droit de nous demander: “Comment vivez-vous votre vie communautaire?” C’est pour cela que nous nous rassemblons; nous réfléchissons, nos supérieures nous font confiance; nous avons choisi de nous réunir deux fois par année pour chercher de nouvelles avenues.* L.- Depuis un bon moment, on propose aux religieux d’ouvrir leurs maisons, de recevoir les gens.C’est très bien mais est-ce qu’il ne faut pas aussi aller au dehors, sortir de vos maisons, rencontrer les gens dans ce qu’ils vivent chez-eux, comme laies.Vous l’avez dit, nous n’avons pas les mêmes soucis mais on peut être conscient des besoins si on va voir les gens.Les familles sont prises par des problèmes matériels.Les religieux pourraient les éveiller aux dimensions spirituelles.Si l’on trouve des moyens de nous aider à réfléchir, cela pourra enrichir l’expérience de tous.Est-ce qu’il n’y aurait pas là un 19 vaste terrain d’action?Dans les paroisses, il n’y a pas deux familles qui vivent les mêmes problèmes et les problèmes sont multiples.* M.- Je suis bien d’accord avec cette suggestion.Je suis moi-même allée vivre dans des logements en milieu populaire.C’est ma deuxième expérience en ce sens.J’y ai appris la vie, la vie toute simple, mais la vie réelle.6.STRUCTURES - OUTRES NEUVES POUR VIN NOUVEAU * S.- Dans mon expérience, quand je regarde l’avenir, je ne sais pas ce qui adviendra mais il y a en moi espoir et certitude que la vie religieuse reste nécessaire à l’humanité, à l’Église, et qu’elle va continuer d’une façon que nous ignorons.Dieu va passer par la vie comme nous la vivons.Les jeunes filles qui souhaitent entrer dans notre communauté ont des problèmes; elles ont aussi des préoccupations qui touchent à leur besoin de salut sans pouvoir le nommer.Je leur dis: “Regroupez-vous, faites quelque chose.” La porte d’entrée de Dieu dans nos vies quotidiennes passe par nos faiblesses et nos accrocs.Je me demande si nos structures ne nous bloquent pas parfois.* J.- Est-ce que nos communautés ne portent pas une grosse responsabilité?Ne sommes-nous pas renfermés, attachés, avec trop de papiers, tandis que ce sont nos coeurs que nous devrions mettre sur la table, nos pieds qui devraient se mettre à marcher.Il faut que l’action passe avant la paperasse.On tue la vie! Nous avons fait de grands déploiements pour une démarche communautaire.J’ai eu des tonnes de papier que je n’ai pas réussi à lire d’ailleurs.Ne devrait-on pas laisser tout cela de côté?Il y a une forme de structure qui nous pousse à nous renfermer dans nos petites affaires et à vouloir faire passer à tout prix tout le monde dans le chas d’une aiguille.* S.- Nous sommes bien en harmonie sur ce point.Je ramènerais le problème à quatre points: - 1.Ce qu’il faut chez les religieux et les religieuses, c’est une démarche de conversion; nous laisser déranger, nous laisser désinstaller de nos habitudes de vie.Je ne sais pas si je verrai cela de mon vivant! On a vécu des structures de formation dont il est difficile de se défaire.Une formation qui a eu ses pour et ses contre.Dans une conversion intérieure, tu laisses tomber bien des choses.20 Nous sommes peut-être trop attachés à l’image de rigueur que nous voulons projeter de nous-mêmes.J’irais bien volontiers dans le sens de ce que je viens d’entendre: laissons un peu nos réunions pour un temps.Faisons vivre avant tout, vivre une profonde fraternité.- 2.Il faut aller dans l’engagement, dans l’ouverture aux besoins d’aujourd’hui.Mais je ne suis pas une travailleuse sociale.Je vais prendre du temps pour contempler le Christ dans son amour filial du Père pour m’apprendre à accueillir mes soeurs, mes frères.J’aime beaucoup aussi ce qu’on a dit sur la dimension spirituelle à apporter dans les familles avec chacun son spécifique.L’avenir, pour moi, est là dans l’enracinement en Jésus et dans son Évangile.- 3.Je souhaiterais une mise en commun de nos ressources comme Congrégations, dans un esprit d’ouverture.Des expériences sont déjà tentées en ce sens; ce sont des promesses d’avenir.- 4.Il nous faut être témoins de joie et d’espérance.Si on ne porte pas la joie et l’espérance, on passe à côté.Nous sommes témoins du nombre croissant de suicides, d’une solitude envahissante.On rencontre cela partout.L’espérance donne le goût de vivre dans le dépouillement, dans l’engagement, dans la contemplation, dans la mise en commun, dans l’esprit de l’Évangile; nous serons ainsi porteurs de joie et d’espérance.7.INVESTIR DANS L’ÉPANOUISSEMENT DES PERSONNES * E - Je ne me battrais pas contre les institutions ou les structures.Je préfère investir dans l’épanouissement des personnes.Quand on a des personnes épanouies, les structures ne font plus problèmes.La personne transcende et supporte la structure.Si on épanouit les personnes, on est attentif à telle personne, à son appel.Chacune a son appel.Cet appel personnel nous rejoint dans un charisme personnel et dans le charisme de la communauté.Le Seigneur va s’exprimer à travers nous.* J.- Quelqu’un a dit que c’est dans les actions quotidiennes, à long terme, qu’on voit des résultats concrets.Nous devons apprendre la patience.C’est comme une théorie des petits pas.C’est la présence signifiante qui importe; ce n’est pas nécessaire de bâtir des grosses maisons.Faire des petits pas, c’est plus engageant.Nous sommes appelés à vivre dans l’humilité.Pour nous religieux, l’époque de la 21 gloire retentissante est passée.C’est d’autres qui ont reçu les médailles.* S.- On a souligné l’importance de l’humilité.Il nous faut accepter que le côté triomphal s’estompe.Nous vivons dans un monde qui nous ignore; il ne nous reconnaît même pas.Et c’est comme cela! A nous de l’accepter avec humilité.“Le disciple n’est pas au-dessus du Maître”.En plus de la joie et de l’espérance, nous avons besoin d’amour.Si nous voulons donner de l’amour, nous devons en avoir.Je ne peux pas vivre d’amour si je ne m’aime pas moi-même.Cela va dans les deux sens: je donne et je reçois.Nous devons être des femmes amoureuses: du Christ, de la vie, de la personne humaine.Il nous faut aussi de l’humour pour dédramatiser au besoin.On s’en fait pour des vétilles: pour un journal laissé à la traîne.Au lieu d’en faire un drame, ne vaut-il pas mieux faire appel à l’humour?L’humour décontracte, délasse, enlève le stress.J’entends encore quelqu’un qui disait: si tu es stressée, tu es stressante; si tu es fatiguée, tu risques d’être fatigante.Tandis que si tu es pleine de joie, tu sèmes la joie.Amour et humour cela fait une bonne paire.* M.- Il faut dire que la société d’aujourd’hui manque d’âme.La jeunesse supporte difficilement les manques d’âme qui connotent un sentiment d’impuissance.Les gens ont de la difficulté à trouver du sens à leur vie.La communauté qui offrira un guide aux jeunes là où manque l’âme, aura une bonne avance sur les autres; elle sera une communauté vivante, elle permettra de retrouver son âme et un sens à la vie.* D.- Je vais dans le même sens: la communauté qui va répondre aux besoins et se consacrer au service des autres sera une communauté forte.Il faut dire aussi que les vocations ne seront pas celles que l’on pense avec nos schémas acquis.Les vocations viendront peut-être de la rue, avec un bagage large de même qu’avec une vaste expérience et un vif besoin de salut.* L.- Je suis convaincue que c’est la qualité intérieure qui fera toute la différence.Cela fera l’avenir des communautés religieuses.22 Ont collaboré au contenu de cette table ronde: Ernest Bourgault, f.é.c., vicaire auxiliaire, Longueuil Marie-Claire Dupont, s.j.s.j., psycho-thérapeute, Ville Lemoine Suzanne Legault, s.s.c.j., coordinatrice en paroisse, St-Hubert Lyne Pouliot, mère de famille, coordinatrice en paroisse, Brassard Daniel Prévost, animateur de pastorale, Cegep St-Jean Jeanne Vallée, m.i.c., coordinatrice en paroisse, St-Hubert Coordinateur: Fr Gilles Beaudet, é.c.300, Chemin du Bord-de-l’Eau, LAVAL, Qué.H7X 1S9 23 Éléments de réflexion sur la situation de la vie religieuse apostolique comme il m’est donné de la percevoir en cet automne 1995 Sr Lorraine Caza, c.n.d.1.Le défi de l’amour de l’Église Suite à la publication des Lineamenta du Synode sur la vie consacrée, en 1993, Monsieur le Cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines - Bruxelles, avait présenté aux religieux du Brabant wallon sa réflexion sur ce document.À la veille du Synode, dans son numéro de mai-juillet 1994, la revue Vie Consacrée avait publié le texte issu de l’enregistrement de cette rencontre.Le Cardinal Danneels, dans ce texte, dévoile déjà certaines des données de l’exceptionnelle intervention qu’il a faite au Synode même; il y donne également ses convictions sur la dimension ecclésiale de la vie consacrée.Permettez-moi de le citer: «D’abord, la première chose importante est de bien sentir la dimension ecclésiale de la vie consacrée: aimer l’Église.Je suis de plus en plus convaincu qu’un des critères pour juger, quand quelque chose ne semble pas bien aller, de l’acceptabilité d’une vocation de séminariste, de religieux ou de religieuse ou de toute autre vocation, le test en quelque sorte, c’est de “faire une prise de sang” sur l’amour de l’Église.Il ne suffit pas d’être dedans, ou avec, il faut sentir l’Église, s’identifier à elle dans une pleine communion à sa doctrine, à sa vie, à ses pasteurs, à ses fidèles et à sa mission dans le monde.De cette manière, les religieux et religieuses seront les “experts en communion”, témoins et artisans de ce projet de communion qui est au sommet de l’histoire humaine.Ne sommes-nous pas comme au temps de Catherine de Sienne?Voilà une grande 24 sainte à redécouvrir pour notre temps dans son amour engagé pour l’Église, terminant toutes ses remontrances même les plus sévères par: “Je reste la fidèle petite servante du doux Christ sur la terre.” Si nous n’aimons pas l’Église, doivent se dire les religieux et religieuses, cela n’ira pas.C’est un gros problème pour le moment.Pour beaucoup, d’ailleurs, évêques, prêtres, religieux, religieuses, laïcs, cette sorte de dureté pour sa mère, c’est presque adolescent .L’humilité n’est pas notre fort pour le moment et je ne parle pas uniquement des instituts religieux.» 1 Bien sûr, il y a tout le questionnement légitime des femmes sur la place et le rôle qui leur sont donnés dans l’organisation concrète de l’Église; bien sûr, il y a tant de progrès à faire dans l’écoute de ce que vit l’ensemble de la communauté chrétienne, dans la participation des Églises locales, des Conférences épiscopales au gouvernement de l’Eglise.Si on pense à Catherine de Sienne, ce qui fait sa grandeur, c’est bien, semble-t-il sa façon évangélique de faire ses remontrances, son attitude croyante qui lui interdisait d’opposer l’Église-institution et l’Église-mystère de communion.Il me semble que nous ne devons pas perdre de vue que nous vivons sous la grâce de Vatican II, le grand concile sur l’Église; que, mieux encore que dans Perfectae Caritatis, c’est au 6e chapitre de Lumen Gentium qu’il faut retourner pour saisir la vision conciliaire de la vie consacrée.Invitation nous est donc faite de penser et de vivre la vie consacrée comme une réalité qui concerne toute l’Église, de toujours situer la mission de la vie consacrée à l’intérieur de la mission de l’Église.Pour alimenter ce sens ecclésial, cet amour de l’Église, il me semble qu’il faut promouvoir dans nos diverses Congrégations une réflexion approfondie sur la grandeur de la vocation baptismale à la lumière de textes comme Mt 28: 16-20, Jn 9, Rm 6, 1P 2: 4-10.Il me semble également qu’il faut inviter tous les membres à s’aider des grandes images bibliques du Corps, de la Vigne, du Temple pour mieux pénétrer le mystère de l’Église-communion.Dans le prolongement de l’intervention déjà citée, le Cardinal Danneels a accepté de répondre à un certain nombre de questions dont celle-ci: «Vous 1 DANNEELS, GODFRIELD, «À propos du Synode sur la vie consacrée» dans Vie Consacrée, mai-juillet 1994, p.153s.25 décelez un certain flottement dans l’attachement des religieux à l’Église.Ne croyez-vous pas que ce flottement vient, au moins partiellement, de ce que, pour beaucoup, la notion d’Église n’est pas claire?» Au coeur de sa réponse, certaines réflexions me paraissent particulièrement éclairantes: «Un regard qui en même temps voit le côté extérieur et perce jusque dans le méta-empirique est essentiel pour pouvoir être chrétien, car c’est le regard de foi .Ce regard, l’homme moderne l’a perdu.Il est complètement fasciné par les couleurs et les formes .Il n’y a plus de mystère.À l’inverse, les icônes ont une forme, des couleurs, des lignes qui suivent même des canons très précis et contraignants pour le peintre, et en même temps, il y a un mystère et qui n’est pas purement esthétique.Un enfant à qui une maman disait de bien regarder la Vierge d’une icône répondait: “Non, je ne la regarde pas, c’est elle qui me regarde.” Contrairement aux Vierges de Memling qui disent déjà: “Regarde comme je suis belle,” devant une icône, on a l’impression qu’elle dit: “Je te regarde.” C’est cela la différence entre un regard sacramentel, un regard en profondeur avec du relief, et un regard plat.La plupart de nos fidèles regardent maintenant l’Église comme un objet de curiosité.Nous regardons l’Église, nous n’avons jamais l’impression que l’Église, notre mère, nous regarde.L’Église n’est plus une icône, mais une plate image.»2 2.Le défi du communautaire Si l’Église est essentiellement mystère de communion, on peut comprendre l’importance qu’elle accorde à tout projet, en son sein, qui exprime son mystère, qui témoigne clairement de cette communion.On peut comprendre également qu’à un moment de l’histoire où l’individualisme est si vigoureux, où la société semble être de plus en plus éclatée, où l’unité dans la diversité semble pure utopie, des groupes, pour qui la dimension communautaire a toujours été très importante, éprouvent des difficultés particulières à maintenir et à nourrir leur vivre-ensemble.Dans Review for Religious de juillet-août 1995, John 2 DANNEELS, Godfrield, «À propos du Synode sur la vie consacrée» dans Vie Consacrée, mai-juillet 1994, p.160s.26 Gallagher pose la question: «La vie religieuse est-elle compatible avec le degré d’individualisme qui caractérise notre culture?» Aux personnes qui lui renverraient un oui trop rapide, il demande alors: «S’agit-il de quelque chose d’autre que de l’appartenance à un club, un arrangement de conditions de vie acceptables avec des compagnes ayant différents degrés de compatibilité et une prière du matin commune optionnelle, cinq jours par semaine?» 3 Ce qui semble s’expérimenter de plus en plus, c’est que le vivre-ensemble sous un même toit n’est pas une catégorie de base assurant à tout coup la vérité d’une vie communautaire.On cherche à préciser des moyens pour promouvoir entre les personnes des relations authentiques, qui ont du sens.Il me semble important d’engager tous les membres, quelle que soit leur situation, à développer le souci de créer ou de consolider les liens de communion avec les autres membres de la Congrégation, à susciter de toutes sortes de façons le soutien mutuel dans la mission, à chercher avec d’autres à consolider et à nourrir les liens dans l’ensemble de la communauté chrétienne.Il me semble également urgent d’inciter toutes les personnes qui vivent ensemble sous un même toit à redécouvrir les possibilités évangéliques de ce mode de vie: sa force de témoignage ecclésial, sa capacité d’offrir l’encouragement dans la consécration-mission, le terrain qu’il offre à l’apprentissage d’une vie de charité au quotidien.Personnellement, j’ai le sentiment que nous approchons de l’heure où l’on trouvera que c’est un cadeau de pouvoir trouver des personnes qui acceptent de vivre la vie religieuse sous le même toit.Je ne crois pas qu’on ait à culpabiliser les gens d’avoir pris pour acquis que «la vie communautaire serait toujours là» et de l’avoir considérée comme un fait plutôt que comme un projet dans lequel il faut toujours engager de nouvelles énergies.Mais la situation rend urgent qu’on s’occupe très activement de construire la communauté aujourd’hui.Dans un monde à la fois si brisé de mille manières et si assoiffé d’unité, nous ne devrions pas nous surprendre outre mesure d’expérimenter parfois assez douloureusement que le prix à payer pour l’unité 3 GALLAGHER, John, dans Review for Religions, juillet-août 1995, p.587 27 communautaire est élevé, que les Chapitres ne se font pas sans douleur, que les élections peuvent comprendre des étapes assez pénibles.3.Le défi d’une plus grande participation Assez liée, je crois, à la perspective communautaire, est la tendance très forte à réclamer une participation plus large aux orientations dans les Congrégations.On s’attend, à tous les niveaux, à ce que la personne qui a un mandat d’autorité gouverne de façon à ce que les dons et les ressources de tous les membres de l’équipe qui l’entoure soient vraiment mis à contribution et que leurs apports respectifs colorent vraiment la direction communautaire.On va plus loin.Certaines personnes, dans nos Congrégations, croient qu’il serait désirable que le mandat d’autorité soit donné non pas à une personne mais à l’équipe comme telle et qu’aucun membre de l’équipe n’ait plus d’autorité qu’une autre.Il s’agit donc d’une réalité différente de celle d’une personne ayant mandat d’autorité et déléguant son autorité à une conseillère dans tel domaine.Ce type de proposition est mis de l’avant au nom de la promotion d’un modèle circulaire de leadership qu’on opposerait à un modèle hiérarchique.Je pense que la réflexion féministe et l’expérience de vie de bien des femmes ont favorisé l’apparition de nouveaux modèles dans l’exercice du gouvernement, et certaines expériences ont été très vivifiantes.Est-ce réaliste, néanmoins, d’opposer hiérarchique et circulaire ou vaudrait-il mieux voir à intégrer le principe hiérarchique dans une perspective communionnelle?Il me semble important que, communautairement, nous nous gardions dans un état de recherche pour trouver des façons toujours plus évangéliques d’assurer notre vivre-ensemble dans l’unité.Nous devons nous garder dans une attitude d’écoute de points de vue qui nous permettraient, comme collectivité, de vivre les réalités autorité-obéissance de manière à ce que chaque personne soit le mieux respectée en son droit à l’intimité, à ce qu’une communauté ne soit pas sans cesse paralysée par une discussion profonde entre membres d’une équipe d’animation, à ce que la communauté puisse toujours avoir un porte-parole officiel, à ce que l’unité de la communauté puisse être symbolisée dans une personne.28 4.Le défi de situer l’intervention de l’autorité L’approfondissement que les personnes font de leur dignité de personnes humaines, la protection jalouse de leur autonomie et parfois l’expérience d’abus d’autorité font que beaucoup de personnes, dans notre société, sont allergiques à tout terme apparenté avec «autorité».On peut parfois avoir l’impression, à écouter certains discours, à l’intérieur de la vie religieuse, qu’il ne faudrait jamais invoquer le Magistère, le Droit canonique, les Constitutions de peur de brimer la réflexion.Il me semble que nous aurions ici quelques clarifications à faire: 1) Il y a, en effet, une manière intempestive, inacceptable d’invoquer une autorité extérieure au cours d’un débat, mais il y a une manière de le faire qui relève de la protection des droits.Il me semble que si un groupe de personnes est à chercher ensemble quelles seraient les meilleures façons de s’organiser, ces personnes ont à utiliser toutes leurs ressources pour essayer de trouver la formule qui leur permettrait le mieux de poursuivre leur but.Dans la mesure où la communauté est soumise à la législation de l’Église, elle devra tenir compte de ses Constitutions approuvées par l’Église et du Droit de l’Église comme tel.Il pourrait arriver, cependant, que la situation de la Congrégation, examinée avec le maximum de sagesse et de prudence, mette à nu l’insuffisance d’un point de Constitutions ou constitue une bonne question posée à tel point de la législation canonique.2) Je ne crois pas que nous nous aidons en opposant facilement loi et vie.La loi, essentiellement, est là pour protéger la vie, les droits.Sans lois, c’est bientôt vers le chaos, l’indifférencié que nous nous acheminons.5.Le défi de discerner le nouveau On pourrait dire qu’il y a un certain caractère magique au terme «nouveau».Cette fascination pour le nouveau, Konrad Lorenz l’appelle une Néophilie.Pourtant, grande est la différence entre [’apparemment nouveau, le plus récent et le qualitativement nouveau.Parfois on parle de nouveauté là où seul l’emballage a été modifié.Je pense à ce qu’un de mes neveux qui travaillait alors en France pour une compagnie internationale prestigieuse me disait, en caractérisant certaines mauvaises techniques de marketing: 29 «Nous avons réduit le volume du produit Nous avons agrandi le contenant Nous avons inscrit sur la boîte: produit nettement amélioré.Nous avons augmenté le prix.Se pourrait-il que nous ayons négligé quelque chose?» Peut-être serait-il bon, devant quelque chose dit «nouveau» de nous demander de quelle manière il est nouveau, comment il nous aide à aller dans la direction où nous devons aller.6.Le défi d’identifier Un des thèmes-clés de notre réflexion à l’intérieur des Congrégations, un de nos soucis dans la ligne de la communion, dans la ligne de la préférence donnée à ceux et celles qui seraient menacés d’exclusion, c’est la préoccupation de développer une mentalité «inclusive».Parmi les beaux fruits de ce souci, notons l’attention grandissante à respecter les différentes cultures à l’intérieur et à l’extérieur de nos groupes, l’attention aux personnes qui nous sont unies à titre spécial: les employés dans nos Congrégations, les personnes associées, les personnes avec qui nous travaillons.Dans une perspective évangélique, il convient cependant que nous nous demandions si distinguer est équivalent d’exclure.On pense à Jacques Maritain qui parlait de «distinguer pour unir.» On pense à Bourbon-Busset qui écrivait: «les rives sont la chance du fleuve; en l’enserrant, elles l’empêchent de devenir marécage.» Ne pourrait-on pas dire qu’exclure en niant ou en taisant les différences, ce n’est vraiment pas accueillir en vérité?Autant il est désirable que nous reconnaissions l’incomparable dignité de toutes les personnes baptisées dans l’Église, autant il me semble souhaitable que nous sachions exprimer notre identité de personnes de vie consacrée.Autant les personnes à notre service que les personnes associées doivent trouver en nous toutes, des personnes qui les reconnaissent en tout ce qu’elles sont, autant il ne s’agit pas de leur accorder le statut de membre au sens strict.7.Le défi d’une vie spirituelle apostolique Au paragraphe 86 de l’Instrumentum Laboris pour le Synode sur la vie consacrée, on trouve exprimées certaines des préoccupations des personnes de vie consacrée touchant leur vitalité spirituelle.L’enquête montre que: 30 «la requête d’une synthèse solide et harmonieuse entre consécration et mission, entre contemplation et action, est générale.Pour rendre possible cette unité, la conviction générale est qu’on doit renforcer la dimension spirituelle et mystique de la vie consacrée: l’union avec la Trinité bienheureuse et béatifiante, à travers la vie sacramentelle , la prière et le témoignage que “Dieu seul suffit”; une intense vie théologale, un amour intense et sponsal pour le Seigneur par une vie “cachée avec le Christ en Dieu” (Col.3:3); une familiarité avec l’Esprit Saint et l’adhésion à ses inspirations».4 Puis, après avoir énuméré les sacrements qui nourrissent la vitalité spirituelle ainsi que les formes de prière et de dévotion traditionnellement connues dans la vie consacrée, l’Instrumentum Laboris encourage à “un engagement renouvelé de partager un chemin de foi et de s’aider mutuellement dans l’itinéraire de la vie spirituelle.” Il affirme ensuite que «le charisme du Fondateur est considéré comme l’élément unifiant des diverses spiritualités» et invite les personnes consacrées à faire autour de ce charisme «la synthèse d’éléments différents comme la consécration et la mission.» Instrumentum Laboris 86 note ensuite que beaucoup de rapports ont souligné que ne sauraient faire défaut à toute forme de vie consacrée: - la disposition à assumer les formes les plus difficiles de la mission, - la promptitude à prendre sa part de la kénose du Verbe, jusqu’au martyre, - la compassion et la miséricorde, - la soif de sainteté et le désir de se dépenser pour le salut de l’humanité, - un renouvellement de l’ascèse personnelle et communautaire, - la proclamation silencieuse de sa consécration par le port de l’habit religieux.Déjà, me semble-t-il, ce paragraphe de l’Instrumentum Laboris contient des pistes intéressantes d’approfondissement d’une vie spi- 4 VATICAN, La vie consacrée et sa mission dans l’Église et dans le monde Cité du Vatican, 1994, no 86 31 rituelle apostolique: défi de tenir ensemble consécration et mission et donc de laisser l’engagement total qui sous-tend les voeux imprégner, colorer la mission, mais également de laisser la mission imprégner toute la vie vouée au Seigneur.Défi d’agir dans une attitude contemplative, dans une attitude d’émerveillement devant Dieu, mais également défi de contempler le Seigneur dans les différentes formes de son ministère, de contempler l’Esprit à l’oeuvre dans les personnes de nos rencontres.Une telle façon de vivre la mission, de vivre l’action ne va pas de soi dans un monde aussi sécularisé que le nôtre où tout se passe etsi Deus non daretur.J’ai souvent répété depuis le Synode combien j’avais été impressionnée d’entendre des personnes consacrées d’Europe de l’Est exprimer que si elles savaient combien il était difficile de garder une foi vigoureuse en situation de persécution violente, elles se demandaient maintenant s’il n’était pas plus difficile de garder l’élan de la foi dans la sécularité tranquille.Dans les nombreuses retraites que j’anime, je dirais que le cri que j’entends le plus, c’est la prise de conscience que l’on ne prie pas assez.À noter que si l’on parle de nourrir l’union avec la Trinité par la vie sacramentelle et la prière, on affirme également que cette union se nourrit par le témoignage que nos vies donnent à la grandeur de Dieu, par une vie théologale intime, par une communion infinie avec le Christ, par une familiarité avec l’Esprit Saint, par les partages de foi et d’expérience.On peut se demander aussi si la vision fondatrice, le mystère inspirateur, la forme particulière de la mission d’une congrégation informent suffisamment toute la consécration - communion - mission.On ne peut oublier l’attention donnée, dans cette présentation de la vie spirituelle apostolique, à cette disponibilité à suivre Jésus jusqu’à la croix, à la culture de la compassion et de la miséricorde, à cette communion à l’ardeur missionnaire du Christ lui-même.Au Synode même, Le Père Camilo Maccise, général des Carmes déchaussés, a tenu à commenter ce paragraphe 86 de l’Instrumentum Laboris.Après une invitation pressante à ne pas «départementaliser mentalement la spiritualité», il l’a définie comme une manière ou forme en laquelle on vit sa vie chrétienne qui est essentiellement vie dans le Christ et dans l’Esprit, vie de foi, d’espérance, d’amour.Lorsque vous pensez spiritualité, poursuivait-il, pensez à une qualité dont l’Esprit imprègne toute votre vie, à votre action vécue sous l’influence de l’Esprit Saint.Ou encore, pensez à Jésus, à votre conversion à Lui, au 32 style de vie que vous adoptez à cause de Lui.Quand vous pensez spiritualité, voyez votre relation à la société, aux hommes et aux femmes de vos rencontres, aux biens, à la couleur spéciale que cette consécration donne à ces relations.Maccise a énuméré quelques caractéristiques d’une spiritualité de vie consacrée aujourd’hui qui conviennent tout à fait, je pense, à la vie religieuse apostolique.Il l’a fait non sans avoir d’abord fait état de différences venant des charismes propres à chaque institut et des contextes socio-culturels différents: - Identification à Jésus dans un style de vie alternatif, i.e.dans un style de vie qui brise avec les sécurités du pouvoir, du savoir, de l’avoir.Il faut, dit-il, surmonter la tentation d’adopter des valeurs bourgeoises.- Attitude permanente d’Exode et de Conversion dans une vie ouverte aux signes des temps, aux défis que ces signes présentent.- Écoute constante de la parole de Dieu dans les Écritures et dans la vie, individuellement et communautairement, afin de devenir vraiment centrés sur Dieu comme seul absolu, dans une vie de vigilance priante qui trouve Dieu présent dans les événements et les personnes.- Mise en relief de l’aspect communautaire de l’histoire du salut dans une fraternité - sororité évangélique renouvelée, dans une Église- communion.- Expérience renouvelée du mystère de l’Incarnation dans l’histoire, dans différentes cultures et dans un service préférentiel des pauvres, à travers un travail pour la construction du Règne de Dieu, à parti d’un amour revêtant des dimensions sociales.Tout ceci sans dichotomie ni réductionnisme, i.e.en cherchant à unir naturel et surnaturel, temporel et éternel, individuel et social, immanence et transcendance.- Liberté évangélique - parrhésia - qui conduit quelqu’un, en communion avec l’Esprit Saint, à annoncer les besoins du Royaume et à dénoncer tout ce qui s’y oppose, à promettre justice et paix, à prendre à bord tout ce qui est conflictuel et qui conduit au martyre dans le témoignage chrétien, dans la perspective du mystère pascal.- Prendre Marie comme modèle pour la suite de Jésus dans l’écoute de la parole et dans la prise de conscience des besoins des autres.33 En conclusion, Maccise appelait à une formation permanente afin de renouveler la spiritualité de nos Instituts dans un double mouvement de retour aux sources et d’attention aux signes des temps.8.Le défi de revivifier l’engagement des trois voeux Lorsque nous pensons aux bienfaits de Vatican 11, nous pensons à la mise en lumière de la consécration fondamentale du baptême, à la situation de la mission de la vie consacrée à l’intérieur de la mission de l’Église, mais nous pensons aussi au renouveau de la théologie de la création et à une prise de conscience renouvelée du cri des pauvres, des opprimés, des exclus et de la réponse que l’évangile invitait à donner.deux éléments permettant une double conversion dans le domaine de la relation à l’avoir proposée dans le voeu de pauvreté.Il y a également eu un nouveau regard porté sur la grandeur du mariage chrétien, sur le corps, la sexualité, de nouvelles lumières apportées à la manière de voir tout le domaine de l’affectivité, de la maturation de l’affection grâce au développement des sciences psychologiques.Ces données nouvelles permettaient de revisiter le mode de vivre les relations humaines avec les hommes et les femmes de nos rencontres proposé dans le voeu du célibat consacré.Les sciences psychologiques et sociologiques ont également permis d’approfondir les exigences d’une vie ensemble, avec les relations autorité-obéissance impliquées, qui respecterait la dignité de la personne humaine, qui honorerait les exigences d’une vie adulte, d’une vie libre et responsable.Ainsi, toute la façon de penser la dimension sociale, communautaire, de nos vies, proposée dans le voeu d’obéissance était appelée à une purification, à une conversion.Et nous sommes bien placées pour savoir que le mouvement ne s’est pas ralenti depuis Vatican II.La triade pauvreté-chasteté-obéis-sance est soumise à rude épreuve.On suggère de la relativiser; j’ai même entendu une soeur demander publiquement: «Quand est-ce qu’on va nous débarrasser une fois pour toutes des trois voeux?» Dans le dernier numéro de Review for Religious, juillet-août 1995, W.Reiser se pose la question: «L’option préférentielle pour les pauvres pourrait-elle remplacer les trois voeux?» Je trouve très précieuse à ce sujet la suggestion du Cardinal Danneels dans son intervention au Synode de nous appliquer à approfondir l’anthropologie sous-jacente des voeux.Il ne faisait qu’appuyer une perspective que, déjà, J.-M.-R.Tillard, O.P.dans Devant Dieu et pour le monde.Le projet des 34 religieux5 et dans ses notes de cours sur chacun des trois voeux avait adoptée dans les années ‘70 et que P.Valadier, M.Rondet et Th.Matura avaient développée dans leur cahier sur le fondement évangélique des voeux sous l’horizon de l’anthropologie moderne 6.S’il est vrai que le fondement et la spécificité des conseils évangéliques se trouvent dans l’appel et l’exemple du Christ et dans son imitation, il n’en reste pas moins vrai que ces conseils ont aussi une profonde valeur anthropologique, biblique en l’occurence.Les conseils ne font pas de l’homme uniquement un disciple qui suit Jésus de près, mais ils restaurent aussi en lui l’image telle que Dieu l’a formée en le créant.Car le triple voeu ne fait que coiffer la triple pulsion qui détermine l’être profond de l’homme: le désir de posséder, de procréer, de s’autogérer.Ces trois valeurs appartiennent à la création et sont donc fondamentalement bonnes.Mais ce qu’on oublie souvent de nos jours, c’est qu’à la base de ces trois pulsions existentielles, se trouve, comme à la racine du ricin du prophète Jonas, le petit ver rongeur qui les pervertit.Ou pour passer au vocabulaire théologique: il y a le péché originel, qui tend à pousser ces pulsions jusqu’à leur démesure et donc à leur mort.Car en poussant à l’extrême des pulsions qui en soi sont bonnes et vivificatrices, on fait une oeuvre de mort.S’il est vrai, par exemple, que manger est bon, trop manger est mortel.Dans un climat où s’installent l’oubli du péché originel et l’illusion de l’innocence universelle, il est bon de se rappeler que les pauvres, les chastes et les obéissants, par leur renoncement volontaire et joyeux, sont le seul antidote contre ce mythe trompeur de l’innocence qui s’installe partout dans notre culture.Ils relativisent les valeurs créées et les rendent donc à leur statut de finitude et proclament Dieu comme seul Absolu.Les pauvres, les chastes, les obéissants ne sont pas uniquement des imitateurs de Jésus.Ils constituent aussi un facteur d’hygiène physique, mentale et spirituelle pour toute l’humanité.Ceux qui suivent les conseils évangéliques ne sont pas que des saints, ce sont aussi des thérapeutes pour une humanité blessée par Y hubris.Par une sorte de mort volontaire, ils détruisent l’idolâtrie du créé et rendent visible le 5 TILLARD.J.-M.-R.Devant Dieu et pour le monde.Le projet religieux Paris, Cerf, 1974 6 RONDET, M., VALADIER, P., MATURA, TH., Fondement évangélique des voeux et anthropologique moderne.Paris, Centre Sèvres, 1980, 68p.35 Dieu vivant.Si par malheur on ne trouvait plus personne pour être pauvre, chaste et obéissant, la cause de Dieu risquerait de mourir dans ce monde.Car les causes pour lesquelles personne ne veut plus mourir sont déjà mortes7.La réflexion de caractère anthropologique sur la vie consacrée semble particulièrement féconde dans le milieu hispanophone.À témoin, la stimulante étude des deux théologiens José Maria Arnaiz, S.M.et J.C.R.Garcia Paredes, C.M.F.et du Père Camilo Maccise, O.C.D., général des Carmes déchaussés présentée par ce dernier au Congrès international organisé par l’U.S.G.du 22 au 27 novembre 1993 sur La vie consacrée au jourd’hui: charismes dans l’Église et pour le monde.La présentation de ces trois spécialistes avait pour titre: «Cpmment comprendre et présenter au jourd’hui la vie consacrée dans l’Église et dans le monde?»8 9.Le défi de la fidélité au Christ et à l’évangile Dans la conclusion de YInstrumentum Laboris du Synode des Évêques sur la vie consacrée et sa mission dans l’Église et dans le monde, est reprise l’énumération des quatre fidélités devant servir de critères généraux de discernement pour guider le rôle des religieux dans la promotion humaine 9.L’Instrumentum Laboris fait une seule modification dans l’ordre d’énumération: la première fidélité nommée dans le document de 1980 apparaît au quatrième rang dans la conclusion de Y Instrumentum Laboris.7 DANNEELS, GODFRIED, Intervention à la Neuvième Assemblée générale du Synode des Évêques.Rome, octobre 1994 8 ARNAIZ, J.M., GARCIA PEREDES, J.C.R., MACCISE, C.Comment comprendre et présenter aujourd’hui la vie consacrée dans l’Église et dans le monde dans Charismes dans l’Église pour le monde d’aujourd’hui.La vie consacrée d’aujourd’hui.Montréal, Médias Paul, 1994, pp 194-227.9 SCRIS, Religieux et promotion humaine (1980) publié dans D£ 1981, no 1802, pp 166-17 ou encore dans ACKERMANN, R., Les Religieux (Les dossiers de La Documentation Catholique).Paris, Centurion, 1988, pp 61-77.36 On a donc en ce document préparatoire au Synode la liste: Fidélité au Christ et à l’Évangile Fidélité à l’Église et à sa mission dans le monde Fidélité à la vie religieuse et au charisme propre de l’institut Fidélité à la personne humaine et à notre temps.Il serait fort intéressant d’approfondir ces quatre pôles.D’une certaine façon, les huit défis précédents ont davantage rejoint les trois derniers.J’aimerais donc terminer cette présentation en partageant avec vous une des voies qui me paraissent fructueuses pour ranimer notre fidélité au Christ et à l’Évangile.Ces dernières années, j’ai été conduite à scruter un écrit du Nouveau Testament auquel, jusque-là, je le confesse humblement, j’avais accordé trop peu d’attention: ïApocalypse de Jean.Il n’est évidemment pas question pour moi de faire ici une présentation élaborée de ce livre et de son message.Permettez-moi, cependant, d’attirer l’attention sur le magnifique témoignage que l’auteur du livre, sçus la conduite de l’Esprit de Dieu, donne de sa fidélité au Christ et à l’Évangile.Il me semble nous montrer la voie pour ce que nous avons nous-mêmes à faire.Jean nous parle à partir de sa situation d’exilé dans l’île de Patmos «à cause de la Parole de Dieu et du témoignage de Jésus» (Ap.1:9).Ce n’est donc pas un homme comblé par la vie présente, dans une sorte d’euphorie; c’est quelqu’un dont l’espérance est soumise à rude épreuve et qui pourrait bien se demander s’il n’est pas un peu fou d’avoir engagé sa vie à la suite de Jésus-Christ.A) Or, dans cette situation, que fait-il?Il faut relire dans l’adresse (Ap.1: 4-8) et dans la vision préparatoire (Ap.1: 12-20) la litanie de titres par lesquels il se redit sa foi au Christ victorieux et le portrait saisissant qu’il trace de ce dernier.Pour moi, c’est comme si Jean, au bord de la désespérance, va tirer au plus profond de son expérience croyante ses raisons de tenir bon, de rester fidèle au Christ, à Dieu.Derrière chacun des titres qu’il donne au Christ, derrière chacun des traits du portrait qu’il trace de Lui, il nous faut retrouver tant et tant de pages du témoignage que les évangiles rendent à Jésus-Christ.Et j’entends Jean me dire: fais de même.Dans la crise que traverse la vie consacrée, dans la crise que traversent l’Église et la société toute entière, retourne à tes sources.Construis ta litanie des aspects du mystère du Christ qui peuvent davantage garder ta 37 foi vivante et agissante, dessine ton portrait du Christ à partir de l’enseignement que tu as reçu depuis ton baptême, à partir du témoignage des personnes qui ont été et sont dans ta vie, présence agissante du Christ ressuscité.B) Jean fait aussi autre chose.Il écrit aux sept Églises que, dans sa manière imagée de décrire la réalité, il compare à sept candélabres d’or parmi lesquels le Christ se promène.L’espérance qu’avec l’Esprit Saint il cultive en son coeur, il veut contribuer à la cultiver dans le coeur de ses frères et soeurs des communautés d’Asie mineure.Chacune de ses lettres dit magnifiquement la fidélité de Jean au Christ et à l’évangile.Chacune suit, à peu de choses près, un même plan: Il reprend donc des éléments de l’adresse ou de la vision préparatoire; - il exprime d’abord à la communauté un des aspects du Christ qui le saisit profondément.Il reprend'donc des éléments de l’adresse ou de la vision préparatoire; - il s’ingénie à apercevoir les traits de la communauté qui s’inspirent déjà de l’Évangile.Notons plus particulièrement comment les 2e, 4e et 6e lettres contiennent une reconnaissance très poussée de la qualité évangélique de la communauté; - il mentionne une ou l’autre faiblesse de la communauté mais toujours pour appeler à la conversion et donc pour montrer que, comme son maître Jésus-Christ, il ne veut en rien jouer un rôle d’éteignoir, mais bien stimuler à vivre avec toujours plus de vérité.Je suis personnellement émerveillée de constater que, dans la 7e lettre qui est la plus sévère, se trouvent également les expressions les plus touchantes de la tendresse de Dieu: «Ceux que j’aime, je les semonce et les corrige» (Ap.3: 19) et «Voici que je me tiens à la porte et je frappe; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi.» (Ap.3:20) - il dit à chacune des sept communautés sa conviction que l’Esprit parle à cette communauté et que, dès lors, on doit garder confiance et ouvrir grande son oreille pour accueillir le message de l’Esprit au coeur de chaque communauté; 38 - il esquisse pour chaque communauté l’avenir victorieux qui l’attend si elle demeure fidèle au Christ et à l’Évangile.L’horizon sous lequel il regarde la vie des personnes et des groupes, ce n’est pas le rendez-vous du tombeau, mais le rendez-vous de l’au-delà du tombeau, le rendez-vous de la Jérusalem céleste qui est à la fois, nous le savons, réalité à venir et avenir qui vient apporter une nouveauté de vie partout où, dans notre expérience quotidienne, nous faisons l’expérience de la mort.C) Et lorsque je jette un regard sur l’ensemble du livre de l’Apocalypse, je prends conscience que la vision théologale qui a inspiré Jean dans son message à chacune des sept Églises inspire cette magistrale description qu’il nous fait de toute l’histoire humaine.Aucun livre biblique, me semble-t-il, ne nous propose une telle histoire de la douleur humaine; aucun ne semble aussi déterminé à ne rien nous épargner d’une prise de conscience que le bien et le mal semblent engagés dans un combat sans merci dans l’univers.Ce que Jean nous rappelle, c’est, d’une part, que Jésus-Christ et son Évangile nous permettent de reconnaître que le mal est le mal, que la douleur semble parfois intolérable, que la vie de disciple de Jésus, si l’on se fie aux apparences, ne fait pas le poids dans l’équilibre du monde.Mais ce pourquoi l’Apocalypse est indispensable, c’est qu’il nous redit sans cesse de commencer par la contemplation de la figure du Christ (Ap.1) et de revenir sans cesse à l’avenir que Dieu, le Fidèle, le Vrai, a promis (Ap.21-22).Bien plus, Jean nous dit: Ne te permets jamais de regarder les injustices, les fléaux, les désastres, toutes les formes de la souffrance humaine, sans d’abord te rappeler que ton regard est trop court et qu’il t’est donné, grâce à l’Évangile, de pouvoir regarder toute chose à partir du monde de Dieu.Ce regard, à partir du monde de Dieu, vois comment je me suis obstiné à ne jamais y renoncer, avant comme après chaque tableau des douleurs du monde (cycle des sceaux, des trompettes, des couples), avant comme après l’impressionnante mise en scène du jeu des forces du mal (Le Dragon, La Bête et son Prophète, la Prostituée fameuse).En un mot, nous dit Jean, ta fidélité au Christ et à l’Évangile, apprends jour après jour à la dire dans une reconnaissance concrète que le grand vainqueur du mal, Le Victorieux, c’est l’Agneau comme immolé et en Lui, ce sont tous les disciples de l’Agneau.N’oublie pas: 39 À l’Agneau immolé comme à Celui qui est sur le Trône doit aller l’adoration de toute la création.Que la lumière, qui a fait du lieu d’exil de Jean un point d’où a jailli une si vive espérance pour lui et pour l’Église, soit avec nous, personnes engagées dans la vie consacrée, en ce temps bouleversé! Conférence aux supérieures générales francophones réunies à Cartierville; Montréal, 13 septembre 1995.Sr Lorraine Caza, c.n.d.320, rue Laurier OTTAWA, Ontario K1N 6P6 40 PRODUIRE DU FRUIT EN ABONDANCE1 “De même que le sarment, s’il ne demeure sur la vigne, ne peut de lui-même produire du fruit, ainsi vous non plus si vous ne demeurez pas en moi.Je suis la vigne, vous êtes les sarments: celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là produira du fruit en abondance car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.’’ (Jn 15, 4-5) L’Évangile de Jean est certainement fait d’intimité.“Demeurez en moi comme je demeure en vous.Comme le Père m’a aimé, moi aussi, je vous ai aimés: demeurez dans mon amour.Je ne vous appelle plus serviteurs, mais amis.Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis”.(Jn 15).Jésus est la vigne, nous sommes les sarments.Notre fécondité dépend de notre union avec la vigne.En lui, nous pouvons tout faire; mais sans lui rien de durable.En un mot, notre ministère et notre mission comme disciples sont enracinés en Jésus, avec lui et par lui.Le titre de cet article, “ Produire du fruit en abondance”, est simplement un rappel que, en définitive, notre première mission et la plus efficace consiste dans l’intimité avec le Seigneur.C’est plus une question d’être en lui que de faire pour lui.En fait, dans l’Évangile de Jean, ceci (faire pour lui) découle tout naturellement de cela (être en lui), car autrement le “faire pour lui” risque de devenir un “faire pour soi” d’une manière subtile et imperceptible.Ce qui suit est une courte réflexion écrite, certes, à grands traits sur le sujet de la mission.Je vais étudier la mission sous quatre aspects: la mission comme faire, la mission comme être, le Christ-mission, le Christ-mission et les prophètes.1 article traduit de l’anglais par Roger Brousseau, c.s.v.texte anglais paru dans HUMAN DEVELOPMENT, p.o.ox 3000 dépt.HD, Denville, NJ 07834 41 1.La mission comme faire L’Église a une mission et nous, comme Église, nous sommes une partie de cette mission ecclésiale.Fondamentalement, cette mission consiste à “annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, la libération aux captifs, le retour à la vue aux aveugles, la liberté aux opprimés”(Is 42, 6-7; Le 4, 18).La vigne a besoin d’ouvriers (Mt 9,38).Comme chrétiens, notre vocation consiste à travailler dans la vigne du Seigneur.Beaucoup de religieux et de laies font cela avec un très grand dévouement; parfois jusqu’à l’épuisement et même au “burnout”; et nous les admirons.Lorsque la mission est axée presque exclusivement vers le ministère actif, on peut assez facilement la structurer, la systématiser et la présenter sous des aspects attirants et fascinants, des aspects qui brillent de l’enthousiasme de construire le Règne de Dieu.Des études psycho-sociologiques, des enquêtes, des modèles efficaces empruntés au monde des affaires constituent des points de repère importants qui nous permettent de savoir où nous sommes, où nous voulons aller, et les moyens nécesssaires pour y arriver.Nous avons tous lu de tels documents stimulants.Comme religieux, je les ai vus et étudiés dans plusieurs publications et livres récents sur l’avenir de la vie religieuse.De tels documents cherchent en premier lieu à être évangéliques, pratiques et efficaces; pourtant, en certains d’entre eux on trouve ce que je considère comme un manque de vision, une myopie.Par cela, je veux dire que la mission est considérée presque uniquement en termes de “faire”, et que les hommes et les femmes y sont vus prioritairement comme des “faiseurs” de ministères.Cette myopie semble venir de cette idée que ce qui compte vraiment dans le ministère, c’est l’efficacité, la réalisation et les résultats positifs mesurables.Certes, la prière, le témoignage, le secret de la dimension contemplative en chacun de nous sont nécessaires; en vérité, ils font partie de la mission.Mais d’un point de vue pratique, que peut-on en dire?Comment les mesure-t-on?Comment juge-t-on adéquatement de leur efficacité?Et c’est ainsi que, intellectuellement, nous divisons la mission en deux champs différents: l’apostolique (extérieur) et le contemplatif (intérieur).Il est plus facile de structurer le premier.Nous nous sentons plus à l’aise pour traiter du ministère actif comme quelque chose qui est séparé et en dehors de la personne qui exerce sa mission.Comme quelqu’un l’a noté: “Dans notre culture occidentale nous pouvons plus justement être décrits comme des acteurs humains que comme des êtres humains”.42 Nous sommes foncièrement aristotéliciens et bien à l’aise avec Descartes.Nous analysons et divisons pour mieux comprendre.On a presque l’impression que, une fois que nous avons saisi intellectuellement un sujet, nous pouvons en quelque sorte le posséder, le maîtriser et même le contrôler.Nous, occidentaux, nous faisons la conquête du mont Everest; alors que les orientaux font amitié avec l’Everest.C’est beaucoup plus facile de se faire une idée de la mission comme quelque chose en dehors de nous, quelque chose que nous faisons, quelque chose dont nous pouvons discuter objectivement et intelligemment.La mission et la vie personnelle en Christ sont corrélatives.Les séparer constitue une fausse dichotomie, et cela ne rend justice ni à l’une ni à l’autre.Ce sont deux facettes d’une même réalité.Il suffit de penser à la mission indispensable des personnes âgées, des malades, de ceux qui sont incapables, selon les desseins d’un Dieu-Amour, d’exercer un ministère actif.N’est-ce pas par hasard la prière vivante de leur vie-en-Christ qui tient ensemble notre monde insensé?Leur mission la plus fondamentale est leur mission en Christ.Travailler plus efficacement dans le secret semble la voie mystérieuse et insondable de Dieu (Rm 11, 33-36).On pourrait même dire que le ministère le plus fructueux demeurera toujours invisible.2.La mission comme être Si au lieu de séparer la vie-en-Christ et la mission, on les unit, alors “ye deviens mission” et ma vie spirituelle elle-même devient, en sa profondeur, mission.Et ici on va plus en profondeur et bien au-delà de la simple activité missionnaire, si bien planifiée soit-elle.En fait, nous touchons à la “mission avant la mission”, ou à une vue globale et existentielle de la mission et de la vie spirituelle.Au point de vue pratique, cela signifie que toute discussion sur la mission, par sa nature même, parle de conversion, personnelle et communautaire, de prière, de la source évangélique de la mission, des fondements bibliques de l’envoi, de la vraie fraternité et de tous les aspects qui définissent l’avènement du Règne de Dieu dans notre monde aujourd’hui.Notre témoignage évangélique est, au-delà de toute discussion, un témoignage à la présence vivante du Seigneur ressuscité: une présence qui libère, guérit, qui est bonne nouvelle, et cela dans quelque activité missionnaire que ce soit.La question fondamentale sera toujours: “Suis-je Jésus pour ceux auprès desquels j’exerce mon ministère?Ai-je le coeur et l’esprit du Seigneur?” Je me souviens d’une courte prière 43 écrite par le Cardinal Newman (que je cite de mémoire et qui pourrait être inexacte): Seigneur Jésus, aide-moi à rayonner la splendeur de ta présence partout.Remplis tout mon être de ton Esprit et de ta vie.Pénètre en moi et prends possession de moi si profondément que tout mon être comme toute mon action ne soient qu’un reflet de toi.Resplendis à travers moi et sois tellement présent en moi que tous ceux avec qui j’entre en contact voient, non pas moi, mais seulement Jésus.Récemment, j’étais invité à une réunion d’un groupe qui cherchait à recréer une commission chancelante sur les ministères sociaux.Au lieu de former en fait une commission, le groupe décida de se réunir avec quelqu’un qui guiderait le groupe pour quelques jours de partage biblique et de prière sur le thème du ministère auprès des pauvres et des marginaux.Un jeune homme, à tort ou à raison, insista pour que cette personne-ressource soit quelqu’un d’engagé dans ce ministère et non, comme il le dit, “un expert en Bible”.Il désirait être guidé par une personne qui d’une certaine manière vivait l’Évangile dans le cadre du ministère social.Ce que le groupe voulait, je crois, c’était d’être guidé vers une relation plus profonde avec Jésus et sa mission.Ayant déjà hésité au plan idéologique et théorique, le groupe ne voulait pas organiser avant de s’être rencontré en Christ.En définitive, ce n’est pas ce que quelqu’un fait qui est le plus important, mais comment et en qui il le fait.3.Le Christ-Mission Pour citer une expression de Richard Rohr, on peut dire que “en réalité, Jésus n’a rien fait.Il a laissé agir le Père”.En sa personne, il est “envoyé”.Il est lui-même mission.Jésus est libération pour les prisonniers, lumière pour les aveugles, liberté pour les opprimés.Dans sa personne même, il est Voie, Vérité et Vie.En un mot, Jésus est notre mission la plus fondamentale.Dire que le salut est dans le Christ Jésus est plus exact que de dire que Jésus a accompli l’oeuvre du salut.Durant les trois années de son ministère public, Jésus ne semble jamais pressé de faire des choses.En fait, l’organisation n’était pas son fort.Quand il enseigne, c’est avec l’autorité de sa personne et non comme les scribes et les pharisiens.La vocation des apôtres semble 44 s’enraciner beaucoup plus dans la séduction que dans les miracles, dont le prérequis est toujours la foi.La douce compassion, la confrontation honnête, l’intimité avec le Père, la compréhension sereine et le pardon dans l’amour qui émanaient de sa personne attiraient les gens à lui.La Parole de Dieu était l’amour incarné et quand il touchait les autres au coeur, ceux-ci répondaient avec confiance.La personne humaine, créée pour aimer et être aimée, trouve sa plénitude en lui (Col.2,9).Le disciple qui ne suit pas l’appel de Dieu à l’intimité et ne laisse pas la grâce agir dans sa vie ne connaîtra jamais le sens profond de la vie et ne permettra pas à cette vie d’arriver à sa plénitude.Comme chrétiens, notre mission, c’est la vie, la vie en abondance et le souffle de cette vie, c’est la prière.Je pourrais ajouter que c’est là le message de saint Jean de la Croix.Dans le plus long commentaire de son Cantique, il écrit: Que ceux qui sont particulièrement actifs, qui croient pouvoir gagner l’univers par leur prédication et leur travail extérieur, prennent conscience qu’ils seront utiles à l’Église et plairont à Dieu bien davantage - sans mentionner le bon exemple qu’ils donneront -, s’ils passent au moins la moitié de ce temps avec Dieu en prière.Sans la prière, ils feraient beaucoup de bruit mais accompliraient bien peu de choses, et parfois absolument rien, et même parfois ils pourraient causer du tort.Que Dieu garde le sel de perdre sa saveur ( Mt 5,13), car si important que soit ce qu’ils semblent accomplir extérieurement, en fait ils n’accompliront rien (Cantique, 29,3).Comme chrétiens travaillant dans la vigne du Seigneur, nous aussi nous avons été séduits par la Parole qui est amour: Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie., nous vous l’annonçons.” (1 Jn 1,1) C’est la racine la plus profonde de notre vocation: peut-être pas très bien identifiée dans les premières années, mais toujours plus pleinement comprise avec le temps, la prière, les épreuves, les conversions et le ministère.45 Le Christ-Mission est, souvent sans qu’on ne s’en rende compte, la source la plus riche de notre prière biblique.Alors que nous lisons, méditons et prions l’Écriture, nous sommes beaucoup plus attirés par la personne de Jésus que par ses oeuvres.Son ministère nous ramène toujours à sa personne qui, par la suite, nous conduit au Père et tous deux sont compris dans le don de l’Esprit habitant dans notre “moi profond” (Ep 3,17; Ap 2,17).C’est la présence amoureuse de la Trinité.C’est ce Christ-Mission, “Mission avant la Mission: présence de Dieu en nous” qui est le thème constant des lettres de Paul (Ga 1, 15-16; 2,20; Ph 1,21; Col 3,3-4; Rm 8.10.11).4.Christ-Mission et les Prophètes Un prophète c’est, comme l’était Jésus, une parabole vivante qui oriente au-delà de lui-même.C’est la personne même du prophète qui impressionne le plus.Le message du prophète, c’est la vie donnée dans sa personne.La première mission de la plupart des prophètes de notre temps a été la mission de leur vie, la mission de leur “être”.Nous nous souvenons de Dorothy Day, de Merton, de Bonhoeffer, de Theillard de Chardin, du Père Arrupe et de plusieurs autres à cause de la vérité de leur vie.Certes, leurs réalisations furent nombreuses et grandement remarquables, mais celles-ci furent toujours authentifiées par leur vie d’intimité avec le Seigneur.Leur mission était enracinée dans la prière, une prière qui conduisait inévitablement à la compassion; une prière, comme celle de Jésus, qui était pour les autres; et leurs réalisations n’étaient pas les leurs, mais celles de Dieu.C’est peut-être pour cela que leur vie est marquée par la simplicité et l’humble fidélité; c’est peut-être pour cela qu’il y a habituellement une pointe d’humour lorsqu’ils parlent de leurs réalisations.C’est à travers le “miracle des mains vides” que les actions les plus merveilleuses de Dieu sont réalisées.C’est un thème constant de l’Ancien Testament: Abraham, Moise, Isaie, Jérémie, Osée et, évidemment, la merveilleuse histoire de l’armée réduite de Gédéon (Jg 7).Comme plusieurs de ceux qui ont travaillé longtemps et durement dans la vigne du Seigneur évaluent, dans la prière, leur vie et leur ministère, ils en viennent à prendre conscience que ce n’était pas leur travail qui était le plus important, mais leur personne, leur vie-en-Christ, partagée et nourrie dans la fraternité avec ceux qu’ils servaient.N’est-ce pas le message vécu dans les Actes des Apôtres?46 Les documents ou les déclarations sur la mission peuvent bien être prophétiques - et plusieurs tendent à l’être -, mais par eux-mêmes ils ne donnent pas la vie; même s’ils citent l’Écriture, et c’est à souhaiter qu’ils le fassent, ils ne sont pas Parole de Dieu.La base solide de tous les documents de cette nature doit être le Christ-Mission: autrement, ils demeurent à courte vue et superficiels.Et ils vont demeurer superficiels aussi longtemps que leur visée principale consistera uniquement à rajeunir le ministère en termes d’activités, négligeant ou oubliant le Christ-Mission du chrétien qui a, de par sa vocation, une mission prophétique.Si le renouveau des structures du ministère n’englobe pas un renouveau de la vie spirituelle des individus ou des groupes, cela aura bien peu d’impact dans la réalité concrète.On pourrait aller jusqu’à dire qu’il pourrait bien être le linceul de soie d’une entreprise mourante.Conclusion Dans cette brève réflexion, j’ai tenté de mettre en évidence le fondement christocentrique et trinitaire de la mission.J’ai envisagé la mission d’abord comme “être” plutôt que comme “faire”, et je crois qu’une telle approche est importante pour nous aujourd’hui.Les documents sur le ministère ne doivent pas oublier ou laisser de côté cette dimension, comme s’il fallait y revenir plus tard.Parfois, de tels documents sont logiquement clairs et construits avec compétence; pourtant la lumière du Christ ne brille pas à travers eux.On a parfois l’impression que ceux qui rédigent de telles déclarations ont le sentiment qu’ils doivent y inclure des éléments comme la prière, la conversion, etc.Cependant, parfois, c’est le contraire et l’on peut citer des cas où l’efficacité prend le pas sur la vie spirituelle du ministre.Tel sera certainement le cas lorsque la vie spirituelle des ministres est soumis à un ensemble de structures complexes et cela, hélas, au nom de la mission même de l’Église.Produire du fruit en abondance signifie être un avec la vigne et recevoir de cette vigne la vie et la nourriture que nous voulons partager avec les autres.Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là produira du fruit en abondance ( Jn 15,5).George J.Auger, c.s.v.St.Viator Church 4170 W.Addison street CHICAGO, Illinois 60641 47 THÉRAPIE OU SALUT CHRÉTIEN?P.Louis Roy, o.p.Dans un programme d’année de transition pour religieuses au Québec, recommandé par plusieurs supérieures majeures, on ne peut manquer d’être frappé par l’extrême importance de la croissance humaine.Le sens de la vocation semble se ramener au développement et au bonheur de la personne.Pour y arriver, on privilégie les techniques de thérapie.On dirait que la façon de penser de la psychologie nord-américaine l’emporte sur la conception du salut chrétien que présente le Nouveau Testament.Loin de moi l’idée d’opposer purement et simplement thérapie et salut chrétien! Depuis une vingtaine d’années, je m’efforce d’établir des liens entre ces deux approches.A l’Institut de pastorale, j’ai enseigné, à plusieurs reprises, un cours sur la réalisation de soi et le radicalisme évangélique.1 Pour nous qui allons bientôt entrer dans le vingt-et-unième siècle, je crois essentiel d’être à l’écoute de la psychologie.Comme théologien, je suis sûr qu’elle m’a permis de comprendre et d’exprimer dans des mots actuels certaines facettes du salut.Ceci dit, où est le problème?Ce que j’observe, chez beaucoup de religieux et religieuses du Canada et des États-Unis, c’est l’incons- 1 Louis Roy, Se réaliser et suivre Jésus: est-ce possible?Montréal, Fides, 1989 48 cience du fait qu’ii y a une grande différence entre l’humanisme psychologique et l’idéal évangélique.On pense à tort que ces deux manières d’envisager la condition humaine convergent harmonieusement.Le simple fait qu’on attend presque tout des thérapies trahit une ignorance de la force libératrice du Christ.La vision de la vie de nombreux religieux et religieuses est un simple humanisme à coloration chrétienne, une réception non critique de la “culture psy”.2 La pâte du gâteau est presqu’entièrement païenne, avec un glaçage extrinsèque à base de mots religieux qui ont perdu leur sens véritable.Pour clarifier l’enjeu, procédons en trois temps: premièrement, un contraste entre la psychologie et le christianisme; deuxièmement, une complémentarité entre les deux; et troisièmement, le sens du tragique et la rédemption.Contraste Il est important de savoir que les concepts de base de la psychologie ont été formés par des athées.Par exemple, Freud était un juif opposé à la religion de ses ancêtres aussi bien qu’au christianisme.Jung était un homme avec une sensibilité religieuse, mais il excluait l’idée d’un Dieu personnel ainsi que l’interprétation proprement chrétienne du mal.Par la suite, ces deux versions de la psychanalyse ont été maintes fois modifiées.Mais il n’y a jamais eu de révision majeure accomplie par un psychologue à la fois compétent en théologie chrétienne et influent dans les milieux médicaux.3 Et quand des penseurs chrétiens ont essayé de transformer certains aspects des systèmes psychologiques utilisés, en général l’establishment universitaire leur a fait sourde oreille.2 Voir le numéro 162 de la revue Communauté chrétienne (novembre-décembre 1988) 3 Le livre de Paul Ricoeur, De l’interprétation, Essai sur Freud, Paris, Seuil 1965, ouvre le freudisme à des perspectives plus vastes, mais il n’offre pas une critique suffisamment radicale de la vision freudienne de la vie.La même chose doit être dite du jésuite et psychiatre W.W.Meissner qui passe cependant au crible bien des concepts psychanalytiques, dans Psychoanalysis and Religious Experience, New Haven, Yale University Press, 1984, et Life and Faith: Psychological Perspectives on Religious Experience, Washington, Georgestown, University Press, 1987 49 Ce qu’il importe de noter comme conséquence de cet état de choses, c’est que les psychologues qui offrent leurs services aux religieux et religieuses ont été formés dans des principes séculiers le plus souvent imperméables aux critiques que des croyants ont adressées à la psychologie.Ces psychologues peuvent être de fait de bons chrétiens, sans que leurs idées concernant l’être humain et son fonctionnement soient nécessairement toutes compatibles avec l’Évangile.Un second point à remarquer, c’est que la Bible nous offre une révélation venant de Dieu.A travers les prophètes et surtout en Jésus, Dieu parle avec une autorité spirituelle incomparable.Il se présente dans son mystère trinitaire et son plan de salut pour l’humanité.C’est pourquoi le catholicisme requiert une entière adhésion intellectuelle que seul l’Esprit Saint rend possible.Or, aux yeux de la plupart des psychologues, une telle soumission ne peut être qu’infantile, car elle s’oppose à l’autonomie adulte.Sauf exception, le maximum que la psychologie admet est l’ouverture à la religion - mais une ouverture où l’individu garde jalousement sa capacité de juger toutes les doctrines proposées par l’Église.4 Du point de vue humaniste, l’adulte doit sauvegarder ses opinions face à ce que les croyants considèrent pourtant comme parole de Dieu.En pratique, on choisit, dans le christianisme, ce qui fait son affaire et l’on rejette le reste, parfois sans même se rendre compte qu’on abandonne l’essentiel de l’Évangile.En outre, l’humanisme psychologique et le Nouveau Testament s’avèrent tout à fait opposés en ce qui a trait au facteur essentiel de la libération.Pour le premier, c’est l’effort humain; pour le second, c’est la grâce divine, donnée par l’Esprit Saint.On se souvient que la controverse entre Pélage et saint Augustin entraîna une clarification du message révélé à cet égard.Même dans la grâce coopérante (qui succède à la grâce opérante, où Dieu fait tout), Augustin et Thomas d’Aquin font remarquer que c’est Dieu qui donne au croyant la capacité de coopérer.Nous reviendrons sur ce sujet, quand il s’agira de préciser comment les techniques thérapeutiques peuvent collaborer avec la grâce.4 Voir Louis Roy, La foi en quête de tolérance, Montréal, Bellarmin, 1988, ch.3: “L’acte de foi chrétienne”, et ch.11 : “À propos de réincarnation”.50 La parole de Dieu nous apprend également que notre besoin objectif de libération est beaucoup plus radical que le diagnostic de la plupart des psychologues.Le salut chrétien implique une espérance qui a les yeux ouverts sur la condition humaine.Cette espérance est incompatible avec l’optimisme, qui s’exprime souvent à peu près ainsi: “Il faut toujours faire confiance à soi-même et aux autres.Accorder sa confiance à une personne rejoint ses bonnes dispositions et déclenche à coup sûr une réponse positive.Comme Jean-Jacques Rousseau nous l’a appris, la nature humaine est fondamentalement bonne.Elle est source inépuisable de sympathie et de bienveillance”.En contraste avec cet optimisme simpliste, voyez le réalisme de Jésus: “l’arbre malade produit de mauvais fruits” (Mt 7,17).Le Christ enseigne que des humains peuvent être dépravés: “l’homme mauvais, de son mauvais trésor, retire de mauvaises choses” (Mt 12,35).A certains moments, il invite ses disciples à se méfier d’une certaine catégorie d’individus: “Attention! Prenez garde au levain des Pharisiens et à celui d’Hérode!” (Mc 8,15).Cependant, loin d’être un pessimisme, le réalisme de Jésus va de pair avec l’espérance biblique, selon laquelle Dieu peut changer le coeur de pierre en coeur de chair (Ez 36, 25-27).Une autre divergence entre la psychologie et le Nouveau Testament consiste en ceci.La psychologie s’intéresse à l’équilibre humain, tandis que l’Évangile met l’accent sur le don de soi.Pour s’en convaincre, il suffit d’avoir le courage de méditer ce que la revue Fêtes et Saisons appelait naguère “les paroles dures de l’Évangile”: “Heureux, vous les pauvres, vous qui avez faim, vous qui pleurez, lorsqu’on vous hait, vous rejette, insulte et proscrit votre nom! A qui te frappe sur une joue, présente encore l’autre.A qui te prend ton manteau, ne refuse pas non plus ta tunique.A quiconque te demande, donne, et à qui te prend ton bien ne le réclame pas” (Le 6, 20-22.29.30).S’il fallait les citer toutes, la liste de ces paroles interpellantes serait longue.Ce qui est proposé ici, n’est-ce pas une passion, une folie, un déséquilibre?Alors que la psychologie recommande de commencer par penser à son bonheur personnel, l’Évangile (comme le disait l’abbé Pierre) demande de commencer par penser à ceux qui sont dans le besoin.Complémentarité De ces points de contraste entre l’humanisme psychologique et le christianisme, on ne saurait pourtant conclure à une complète antithèse.Les deux approches ne sont pas nécessairement 51 opposées.A deux conditions cependant.La première, c’est que ce soit l’Évangile qui assume la psychologie, et non pas le contraire.La deuxième condition, c’est que l’Évangile rectifie la psychologie, non seulement sur le plan des attitudes mais aussi sur le plan des idées.La réflexion chrétienne tend à accueillir tout humanisme.Mais pour qu’elle puisse l’assumer, il faut qu’elle soit reconnue non pas comme égale, encore moins comme inférieure, mais comme supérieure à ce qui sera assumé.La sagesse biblique vient de Dieu, à travers des médiateurs inspirés par l’Esprit Saint.C’est elle - et non pas la psychologie - qui nous renseigne sur notre fin ultime, la façon dont nous devons aimer, nos rapports interpersonnels, nos valeurs les plus importantes.Ainsi, intégrer signifie reconnaître tout ce que la psychologie a de bon et le situer dans un ensemble plus vaste, celui de la pensée même de Dieu sur la destinée humaine.La psychologie a besoin d’être rectifiée à la fois dans ses objectifs et dans son cadre théorique.En milieu chrétien, en effet, les buts et les principes de base de la psychologie doivent être critiqués par la sagesse supérieure qui nous vient de la Bible, proclamée et assimilée en Église.Par exemple, le salut intégral est loin d’être uniquement une question de thérapie.Il comporte plusieurs dimensions: psychique, certes, mais aussi intellectuelle, socio-politique, morale et religieuse.Parmi ces dimensions, c’est le côté religieux qui s’avère le plus important.Les chrétiens accueillent la rédemption offerte par le Sauveur.C’est un don qui ne saurait être reçu que dans la prière et l’imitation du Christ mort et ressuscité.La psychologie, l’éducation, le combat pour la justice et l’effort moral ne sont que des préparations ou des prolongements de cette rédemption, qui est la plus radicale des libérations.Ces autres formes de guérison doivent être réinterprétées dans une vision chrétienne plus large.Autre exemple: la croissance humaine ne saurait être qu’un objectif second par rapport aux vraies priorités des croyants.Même en tant que psychologue, Thomas Moore met en question le caractère absolu que le principe de croissance a usurpé dans les sociétés occidentales.Au cours d’une entrevue accordée à un journal américain en 1995, il fit remarquer, avec humour noir, qu’après un certain âge, la volonté de croissance est plutôt un cancer, c’est-à-dire une multiplication désordonnée de certaines cellules! A l’étape de la pleine maturité, un indi- 52 vidu n’est généralement pas appelé à cultiver de nouveaux talents, mais bien à approfondir son expérience.Qu’on pense également aux “diminutions”, dont Teilhard souligne le sens chrétien.5 Le développement personnel est un idéal qu’on ne trouve pas, à ma connaissance, dans le Nouveau Testament.Saint Paul ne parle pas de cultiver ses habiletés, mais plutôt de grandir dans la foi et la charité, ce qui permettra à chacun d’exercer son charisme en fonction du bien commun.Par souci d’incarnation et en dialogue avec la culture actuelle, les chrétiens peuvent certes assumer cet idéal séculier qu’est la réalisation de soi, mais en éliminant son caractère généralement individualiste et en le subordonnant à l’idée d’entraide.Lorsqu’elle est assumée et rectifiée, la thérapie peut stimuler beaucoup le projet d’une libération intégrale.Elle promeut, en effet, une connaissance concrète de soi, qui contribue grandement à l’amélioration des attitudes.Par exemple, accepter ses limites et celles d’autrui; bien juger quoi attendre des autres; savoir reconnaître ses erreurs sans se déprécier et ne pas avoir besoin de se justifier inutilement; être capable de confronter autrui fermement, mais sans dureté.On pourrait allonger la liste.Ce que la psychologie apporte, c’est un ensemble d’attitudes qui, sans être essentiellement évangéliques, favorisent néanmoins l’établissement de réflexes chrétiens stables.La grâce utilise les ressources de la nature humaine.Quand on se rappelle sans cesse que le don de l’Esprit Saint vient en premier, on est bien placé pour apprécier à leur juste valeur les techniques thérapeutiques, dont le rôle consiste à collaborer à l’oeuvre de la grâce.Ce qui fait la différence avec l’incroyant, c’est que le croyant sait qu’il n’est pas laissé à lui-même.Ses prises de conscience et ses progrès ne dépendent pas d’abord de ses propres ressources.Vue dans ce contexte de grâce, l’humilité ne se réduit pas à admettre ses limites.Elle consiste à reconnaître que les qualités qu’on a reçues viennent de Dieu et qu’elles coexistent avec des limites qui ont un sens providentiel.On aide les autres non seulement par ses qualités mais aussi par la manière dont on accepte ses limites, c’est-à-dire en les mettant en rapport avec le grand mystère de mort-résurrection.Dans cette atmosphère d’espérance théologale, on vit un détachement face 5 Pierre Teillhard de Chardin, Le milieu divin, Paris, Seuil, 1957 53 au rythme de sa propre évolution psychique, qui ne sera complète qu’au dernier jour.Sens du tragique et rédemption Les religieuses et religieux sont censés témoigner du fait que le règne de Dieu dépasse toutes les formes de sagesse humaine.S’ils laissent dans l’ombre le côté proprement évangélique de la libération et mettent leur espoir dans la thérapie, comment peuvent-ils rester fidèles à leur raison d’être?Jésus déclare: “Vous êtes le sel de la terre.Si le sel perd sa saveur, comment redeviendra-t-il du sel?Il ne vaut plus rien; on le jette dehors et on le foule aux pieds” (Mt 5,13).Dans un roman de Georges Bernanos, le curé de Torcy fait le commentaire suivant: “Le bon Dieu n’a pas écrit que nous étions le miel de la terre, mon garçon, mais le sel.Or, notre pauvre monde ressemble au vieux père Job sur son fumier, plein de plaies et d’ulcères.Du sel sur une peau à vif, ça brûle.Mais ça empêche aussi de pourrir”.6 Si nous trouvons cette déclaration exagérée, c’est peut-être qu’un optimisme trompeur nous aveugle.Sauf en des ilôts de bonheur protégés, la vie humaine est tragique.Même dans les paradis artificiels que fréquentent les riches et ceux qui les imitent, des drames se produisent chaque jour.La vision biblique du monde est tragique et n’a de place que pour des croissances humaines bien circonscrites.Pensons moins à la Floride et davantage au Rwanda! Pour beaucoup de religieuses et religieux, la psychologie huma-, niste nord-américaine est devenue la seule vision de la vie.Cette façon de voir commande leur lecture du Nouveau Testament.Religieuses et religieux auraient avantage à contrecarrer l’optimisme facile que véhicule la psychologie en se mettant à l’écoute de ce que proposent les arts (littérature, peinture, cinéma, par exemple).Ce qui s’avère désastreux, ce n’est pas la thérapie qui doit jouer son rôle.C’est plutôt le monopole qu’elle exerce en certains milieux.Il serait bon d’équilibrer les choses en lisant les historiens sérieux, les dramaturges grecs, Shakespeare, Racine ou Claudel.Un peu moins de Cari Rogers ou de Nouvel Age, et plus de Dostoiesvki! Journal d’un curé de campagne, Plon, 1936 et 1974, p.32 54 Nous sommes le miel de la terre si notre bonne nouvelle se réduit à celle de la croissance humaine.Nous sommes le sel de la terre si notre bonne nouvelle est celle d’un feu purificateur (que le sel sulfureux de Palestine avait pour fonction d’activer).“C’est un feu que je suis venu apporter sur la terre, et comme je voudrais qu’ils soit déjà allumé! C’est un baptême que j’ai à recevoir, et comme cela me pèse jusqu’à ce qu’il soit accompli!” (Le 12, 49-50).Le mystère de rédemption que Jésus vécut avec angoisse et dans lequel il nous invite à entrer est beaucoup plus dramatique et profond que tout ce que la psychologie peut nous faire vivre.P.Louis Roy, o.p.2715, Chemin Côte Sainte-Catherine Montréal, Qué.H3T 1B6 55 Icône de Jeanne Vanasse, s.a.s.v.pour la chapelle du couvent North Bay, Ontario -1989 Prière sur l'icône de Vladimir dite de TENDRESSE Mère Tendresse Reine de pourpre vêtue Ton manteau Bien te sied Car si près de la Divinité Tu t'es approchée Que ton nom "La Très Grande Exception" Est devenu Vierge des Trois Étoiles Ressentant les Trois clous* Qui crucifient ton Fils En même temps Qu'ils te crucifient Si tes yeux sont tristes C'est qu'ils voient De l'humaine souffrance Tout le désarroi ‘Note de l'auteure: les trois étoiles sont généralement interprétées comme le symbole de la virginité de Marie avant, pendant et après la conception.56 Mère Tendresse Quand mon oeil Et mon coeur À toi S'adressent Et que je te vois Toute Étoile Toute Flamme Toute Lumière Et que ton fils À la distance D'un battement De ton coeur Fasciné Me fascine Je trouve en Toi et En Lui Assez de chaleur Pour devoir fondre Tout l'hiver De nos vies Vierge au visage si doux Et si tendre Si tu irradies En même temps De lumière Autant C'est que tes yeux D'eau limp ide Réfléchissent l'Amour Qui unit Père et Fils Vierge à la main Conductrice Si ton geste rassure En nous montrant ton Fils C'est que Jésus Tout Amour De ses bras T'entoure Et en même temps Nous encercle Jeanne Vanasse, s.a.s.v.251, St-Jean-Baptiste Nicolet, Qué.J3T1X9 57 L'ECOLE DE LA FOI du Centre de formation chrétienne Agapê: Un service d'Église unique pour jeunes adultes! Situé au coeur de Québec, elle vise la formation intégrale des baptisé(e)s de 18-30 ans par le biais d'une expérience unique de: - formation théologique et spirituelle - vie de groupe - engagement (stages) Pour de plus amples informations: L'Ecole de la foi Agapê 1333, 1ère avenue (Québec) G1L3L2 Tél.: (418) 648-6737 s L'Ecole de la foi Agapê pour mieux comprendre sa foi, en vivre, la dire! * La formation donne accès à des crédits universitaires RETRAITES IGNATIENNES 1996 Information ou inscription: Maison des Jésuites c.p.130 St-Jérôme, Que.J7Z 5T8 Téléphone: (514) 438-3593 FEVRIER 04-11 MARS Alfred DUCHARME, s.j.03-10 Jacques MARTINEAU, s.j.31-07 Jean-Marie ROCHELEAU, s.j.AVRIL 04-07 Jean-M.ARCHAMBAULT, s.j 28-05 MAI André GÉLINAS, s.j.05-05 Marie-Paul DION 12-19 Alfred DUCHARME, s.j.19-26 Paul MORISSET, s.j.27-31 Edouard HAMEL, s.j.JUIN 02-09 Jean-Marie ROCHELEAU, s.j.09-16 Jacques BEAUPRÉ, s.j.16-23 André GÉLINAS, s.j.23-30 Edouard HAMEL, s.j.30-07 Paul MORISSET, s.j.JUILLET 07-07 Jean-Marie ROCHELEAU, s.j.07-14 Marie-Paul DION 07-14 Fernand BÉDARD, s.j.14-21 Ghislaine SALVAIL, s.j.s.h.14-21 Alfred DUCHARME, s.j.21-28 Thérèse DROLET, c.s.c.28-04 AOUT Pierre MOURLON, s.j.04-12 Pierre GERVAIS, s.j.SEPTEMBRE 29-06 OCTOBRE Alfred DUCHARME, s.j.07-18 Équipe de Jésuites 20-27 Paul MORISSET, s.j.NOVEMBRE 03-10 Jacques BEAUPRÉ, s.j.10-17 Marcel GRAND’MAISON, s.j.Vivez, grand Dieu, vivez! La vie en plénitude selon le Christ RETRAITE PASCALE: Le Coeur de Jésus nous est ouvert TRIDUUM PASCAL - PÂQUES “Toi, suis-moi” (Mc 2,14) RETRAITE DE TRENTE JOURS Vivez, grand Dieu, vivez! “Mon amour pour toi ne changera jamais” Is.54,10 RETRAITE SACERDOTALE Le discours sur la montagne selon saint Matthieu Les Béatitudes, chemin du bonheur Et si l’Amour m’était conté.qu’adviendrait-il?“Voici l’époux qui vient! Sortez à sa rencontre.” Mt 25,6 Le discours sur la montagne selon saint Matthieu “Mon amour pour toi ne changera jamais” Is.54,10 RETRAITE DE TRENTE JOURS Au fil des jours, l’intimité avec Dieu “Le Verbe était Dieu” (Jn 1, 1) Prier avec la Parole: initiation à la “lectio divina” Vivez, grand Dieu, vivez! Écouter et réaliser la Parole Semaine biblique de prière (1 Cor.) Saint Jean (8 jours) Vivez, grand Dieu, vivez! Session sacerdotale “Mon amour pour toi ne changera jamais” Is 54,10 “Et si l’Amour m’était conté.qu’adviendrait-il?“Vivez en action de grâces” (Col.3,15) 59 CENTRE MARIE-RÉPARATRICE 1025 boul.Mont-Royal ouest Informations: Tél.: (514) 279-5619 OUTREMONT, Qué.H2V 2H4 Fax (514)278-2890 JANV.12-14 19-21 FÉV.03 10 23-01 MARS 15-22 AVRIL 01-07 22-29 MAI 10-12 17-24 JUIN 03-11 12-19 19-26 26-03 Retraite contemplative C’est Dieu qui nous a aimés ^Initiation à la prière chrétienne (oraison) Session 1 (de 9 h à 17 h) ^Initiation à la prière chrétienne (oraison) Session 2 (de 9 h à 17 h) Pré-requis: avoir suivi la première session Notre oui à l’amour de Jésus Les béatitudes, chemin du vrai bonheur Du mont des Béatitudes au mont Golgotha Montée pascale Adam, où es-tu?(retraite biblique) Heureuse la personne qui trouve chez-toi sa force.Ps.84,6 Méditer l’action de Dieu pour vivre en actior Équipe de Marie-Réparatric A.-M.Syrard, o.s.m.Raymond Côté, o.c.d.Raymond Côté, o.c.d.Jocelyn Mitchel, o.f.m.cap.J.-M.Rocheleau, s.j.Gaston Vachon, ptre A.-M.Syrard, o.s.m.Gérard Marier, ptre de grâce Marcel Grand’Maison, s.j.Sainte Therese de Lisieux et la Parole de Dieu Pierre Francoeur, c.s.v (retraite des SS de Marie-Réparatrice & de leurs affiliés(es) Bruno Richard, s.m.m.& Sr Marie-Stella Bernier, f.d Christian Beaulieu, ptre Alain Dumont & Claude Mayer, o.m.i La Sagesse a bâti sa maison Jusqu à nous sont arrivées les merveilles de 1 Esprit Un coeur pour discerner (Si 17,6) JUILLET 03-10 AOÛT Prier pour vivre et faire vivre en plénitude Éph.3,19 Claude Mayer, o.m.i.04-11 “.pour que nous restions libres” Gai.5 Richard Guimond, o.p.16-23 SEPT.Je me tiens à la porte et je frappe.Ap.3 Yvon St-Arnaud, o.m.i.09-16 OCT.L’obéissance de Jésus Richard Bergeron, o.f.m.04-06 La mère de Jésus dans nos vies A.-M.Syrard, o.s.m.22-29 NOV.La prière du coeur (Prier le nom de Jésus) A.-M.Syrard, o.s.m.30 Préparation à l’A vent (de9hàl7h) Richard Guimond, o.p.*Sessions du Père Raymond Côté, o.c.d.: inscription 10,00$ chaque session Il y a possibilité de prendre le dîner sur place 60 Vous voulez vous donner une formation théologique et spirituelle à l’intérieur de votre communauté?Vous voulez vous habiliter à remplir des tâches pastorales dans votre milieu?Vous voulez préparer des laïcs à s’engager dans la communauté chrétienne?Vous voulez rendre ce service à vos groupes missionnaires en pays étrangers?LE SERVICE DE FORMATION À DISTANCE EN THÉOLOGIE DE L’UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE SE VEUT UNE RÉPONSE À VOS BESOINS.Pour plus de renseignements, communiquer avec : SerFADET Jean Desclos ou Raymond Vaillancourt Faculté de théologie Université de Sherbrooke Sherbrooke (Québec) J1K 2R1 Téléphone : (819) 821 -7600 Télécopieur : (819) 821 -7677 UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE 61 CENTRE INTERCOMMAUNAUTAIRE QUATRE SAISONS INC.Les membres du Conseil d'Administration du Centre Intercommunautaire Quatre Saisons inc.sont heureux de présenter aux religieuses la programmation de ses activités pour 1996-1997.MISSION Le programme offre aux religieuses de langue française un milieu de vie favorisant: -la croissance aux plans physique, social, psychologique et spirituel; -l'intégration de l'expérience de vie; -le développement des potentialités de la personne; -une contribution enrichie dans l'Église et la société.CLIENTÈLE Le programme s'adresse à toute religieuse: -désirant un ressourcement, une période d'exploration en vue d'une nouvelle mission; -désirant s'engager dans un processus de croissance personnelle; -désirant participer à des activités et à des cours comme résidentes; -désirant bénéficier d'un temps d'arrêt, de repos, prendre des vacances, vivre une retraite privée lorsqu'il y a des chambres disponibles.La religieuse a accès à différents programmes décrits dans un feuillet publicitaire (mis à jour), disponible sur demande.Le programme "Ma vie au rythme des saisons" est réparti sur une période de dix (10) mois, début de septembre à fin juin.Il comprend 4 saisons: -1ère saison: Mon histoire -3ème saison: Mon cheminement 2ème saison: Mes richesses -4ème saison: Ma voie d'avenir.Chacune des saisons poursuit des objectifs spécifiques en relation avec les thèmes et comprend des cours, des activités variées, dans les dimensions physique, sociale, psychologique et spirituelle.APPROCHE Le Centre adopte une approche "existentielle humaniste".L'accent est mis sur l'essence de la condition humaine, sur le vécu de la personne, sur la capacité de chacune d'être consciente de soi, de son présent, de ses potentialités et de ses limites comme lieux de croissance, sur la liberté de faire des choix en fonction de son expérience de foi et de son devenir comme personne consacrée.POUR INFORMATION Veuillez communiquer avec : Jean Fortin, directeur général Centre intercommunautaire Quatre Saisons inc.104, Chemin Gendron, St-Élie d'Orford (Québec) JOB 2S0 -Tél.: (819) 565-7554-Fax: (819)565-7615 62 CENTRE CHRISTUS Sessions hiver-printemps 1996 Sessions (sur semaine - 9h 30 à 16h) vendredi, 9 février Accueillir la réalité dans la sérénité Rachel Fréchette, S.N.J.M.vendredi, 23 février Vivre à un rythme sabbatique Yvon Poitras, F.I.C.vendredi, 8 mars Apprivoiser la solitude Louis Léger vendredi, 19 avril Lâcher prise pour mieux ressusciter Léon Robichaud, I.V.D.Sessions (fin de semaine) 24-25 février, 9h 30 à 15h 30 L'Ennéagramme: Yolande Frappier, S.N.J.M.approfondissement psychologique et spirituel (pré-requis: L'Enn.: une sagesse.) 2 mars, 9h 15 à 16h Les Flymnes du Carême et de la Passion Lorraine Caza, C.N.D.23 mars, 9h 15 à 16h 45 24 mars, 9h 15 à 12h Session-retraite d'initiation à la Lectio Divina 13-14 avril, 9h à 15h 30 Le corps, chemin de prière (limite: 25 personnes) 27-28 avril, 9h 15 à 16h L'épreuve: occasion de maturité Odette Saint-Pierre, S.S.A.Yolande Frappier, S.N.J.M.Marielle Beaudoin, S.N.J.M.Yvon Saint-Arnaud, O.M.I.Retraite 3 juin, 19h 30 au 10 juin, 12h 30 "Ta Parole, une lampe sur ma route" Odette Saint-Pierre, S.S.A.Retraite de Lectio Divina (limite: 50 personnes) Lieu: Abbaye Cistercienne, Rougemont Inscription avant le 21 mai: demandez le formulaire d'inscription au Centre Christus Pour l'horaire des cours de l'après-midi et du soir, veuillez comuniquer avec le: Centre Christus, 6450, avenue Christophe-Colomb, Montréal, Qc H2S 2G7, tel.: (514)276-9433 63 Les Livres Bégin, Yves Un espace de liberté Ed.Fides 1995, 121 pages Collectif - Salvator J’avais faim et vous m’avez nourri Célébrer et porter la communion au fil de l’année A De Fiores, Stefano Dictionnaire de spiritualité montfortaine Ed.Novalis 1993, 1359 pages Janin, Franck, s.j.Avec Jésus pauvre et humilié (Le chemin à l’arche et saint Ignace) Coll.Vie consacrée 1993, 154 pages Jean-Paul 11 Évangile de la vie, encyclique Ed.Fides 1995, 207 pages Jean-Paul 11 Que tous soient un Ed.Fides 1995, 119 pages Lemay, Jacqueline A.Proulx Lumière sur mes pas disque au laser Source: Françoise Gravel, 1995 Latourelle, René Du prodige au miracle Bellarmin 1995 Nouwen, Henri J.M.Au coeur de ma vie, l’Eucharistie méditation Novalis, 3e trimestre 1995 Reynier, Chantal L’Évangile du Ressuscité Ed.du Cerf 1995 304 pages Sauvé, Madeleine Institut supérieur de sciences religieuses - faculté de théologie Université Montréal 1995 Vanier, Jean L’histoire de l’arche Des communautés à découvrir Ed.Novalis 1995, 128 pages Vanier, Jean La spiritualité de l’arche Une présence révélée au quotidien Ed.Novalis 1995, 95 pages 64 La Vie des communautés religieuses LA DIRECTION 251 St-Jean-Baptiste Nicolet, Qué.Canada J3T 1X9 ABONNEMENTS à l’une des adresses suivantes 55, av.de la République 251 St-Jean-Baptiste 91230 Mongeron Nicolet, Qué.Canada France J3T 1X9 Ed.du Chant d’Oiseau Avenue du Chant-D’Oiseau, 2 1150 - Bruxelles Belgique BULLETIN D’ABONNEMENT France: 70FF Belgique: 435FB DE SURFACE ?Canada: $13.00 France: 98FF Belgique: 595FB par avion ?Canada: $17.00 Nom: _______________________________________ Adresse: ___________________________________ _______________________________ Code postal: 01662 S CP.PC-007 PS-01 4 % Supérieure locale» SflSV 251» rue St-Jean-BaPüste Hi col et (Quebec) Canada J06 IEG Vie consacrée, présence spirituelle éducative et caritative en Eglise ENVOI DE PUBLICATION ENREGISTREMENT No 0828 La vie des communautés religieuses 251, St-Jean Bapti; Nicolet, Québ Canada, J3T 1]
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