La vie des communautés religieuses /, 1 mars 1996, Mars-Avril
LA VIE DE/ COMMUNAUTÉ/ __ RELIGIEU/E/ im rrirrr ASO^OV mars - avril 1996 Vol.54, no 2 îilî ¦ i ¦ ¦ I ¦ l ¦ ¦ ______________________________________________J LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Directrice: Hélène Bruneau, s.a.s.v.Comité de rédaction: Gilles Beaudet, f.é.c.André Bellefeuille, f.i.c.Hélène Bruneau, s.a.s.v.Lorraine Caza, c.n.d.Denis Gagnon, o.p.Yvette Poirier, s.s.a.Secrétariat: Hélène Bruneau, s.a.s.v.Rédaction et administration: La vie des communautés religieuses 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué.Canada J3T 1X9 Tél.: (819)293-8736 Téléc.: (819)293-2419 Envoi de publication Enregistrement no.0828 Production: Hughes Corn.Dessin des couvertures: Rita Montreuil, s.s.a.La revue paraît cinq fois par an Abonnement: de surface: 18,00$ (70FF) (435FB) par avion : 22,00$ (98FF) (595FB) de soutien: 25,00$ L’Assemblée annuelle de «La Vie des communautés religieuses inc.» a complété sa structure organisationnelle et, comme directrice, il me fait plaisir de vous faire connaître les membres de chacun des comités.CONSORTIUM Sr Aline Vadnais, s.a.s.v.P.Thomas Raymond Potvin, o.p Sr Florence Vinet, s.n.j.m.Sr Yvette Bellerose, s.s.a.Sr Liette Finnerty, c.s.c.Fr Maurice Lapointe, f.é.c.Sr Nadekeube Ricgettem c.n.d.sup.gén.présidente sup.prov.vice-président sup.prov.vice-présidente sup.gén.sup.gén.sup.prov.sup.gén.N.B.Un poste est vacant; avis aux Congrégations intéressées - communiquez avec Sr Hélène Bruneau, s.a.s.v.CONSEIL D’ADMINISTRATION Sr Aline Vadnais, s.a.s.v.P.Denis Gagnon, o.p.Sr Yvette Poirier, s.s.a.Sr Thérèse Drolet, c.s.c.Sr Yolande Laberge, s.n.j.m Fr Maurice Lapointe, f.é.c.Sr Jeannine Sévigny, c.n.d, présidente vice-président trésorière Au nom de vous tous, lecteurs et lectrices, je remercie ces personnes et les membres du comité de rédaction, qui soutiennent bénévolement la revue avec compétence et enthousiasme.65 La publication de la revue »La Vie des Communautés religieuses» est née et vit depuis de nombreuses années, grâce à la générosité et à la compétence théologique et spirituelle des Pères Franciscains.Leur province de Rosemont en a toujours assumé l’administration financière en fournissant gratuitement le personnel, le logis, l’équipement de travail etc.Lecteurs et lectrices se souviennent avec admiration et gratitude.Comme vous le savez, la revue est, depuis septembre 1995, maintenue par une corporation formée de 7 Congrégations religieuses.La nouvelle administration éponge le déficit d’opération de l’année courante grâce aux généreuses contributions financières reçues de plusieurs communautés religieuses, au début de 1995.L’objectif des admiistrateurs est de permettre à la revue de s’autofinancer, d’ici deux ans.Nous savonc tous que la hausse du papier a été considérable en 1995; le réaménagement du bureaux à Nicolet a occasionné des dépenses supplémentaires; le prix de l’abonnement à la revue est le même depuis 1992.Pour toutes ces raisons, nous croyons que nos lecteurs et lectrices accepteront une augmentation du prix de l’abonnement qui s’exprime ainsi: 18.00$ par voie de surface 22.00$ par avion 25.00$ abonnement de soutien Merci de votre compréhension.Il existe déjà un courant d’entraide que nous nommons Partage fraternel: quelques Congrégations paient des abonnements à des communautés moins fortunées.Nous vous serions reconnaissants de faire connaître à la directrice de la Revue: .votre impossibilité de vous abonner ou de vous réabonner à La Vie des Communautés religieuses à cause du prix de l’abonnement.votre désir d’aider des communautés plus pauvres Vous pouvez alors adresser votre chèque au secrétariat.Nous vous ferons connaître quelle communauté vous aidez.66 SOMMAIRE Vol.55 - mars - avril 1996 Le silence du synode de Québec au sujet de la vie religieuse Gilles Routhier 69-75 À la suite de la parution de la loi synodale du diocèse de Québec (8 décembre 1995).Gilles Routhier se pose des questions sur le presque silence au sujet de la vie religieuse, surtout dans un synode qui traitait de l'évangélisation.Des 32 propositions visant directement les communautés religieuses, 8 avaient été retenues pour ensuite disparaître complètement dans le choix final.La dynamique synodale employée explique le pourquoi de la disparition et permet de comprendre qu'on parle peu ou pas des religieux et des religieuses.L'auteur tient à préciser que ceux-ci, au synode, ont été inclus dans l'Église de Québec."C'est ensemble que nous travaillons en Église, chrétiens et chrétiennes de l'Église de Québec." Oser espérer Rémi Pageau, c.s.v.76-96 S'appuyant sur sa longue expérience auprès des communautés religieuses et à partir de son itinéraire intérieur toujours axé sur l'Eglise, l'auteur nous ouvre à une ESPÉRANCE regénératrice et revitalisante."Oser espérer" aujourd'hui, demain, après-demain comme on l'a fait hier et avant-hier.Même si nous ne savons pas trop où nous allons et surtout ce que nous deviendrons.Laisser l'Esprit préparer l'avenir en nous.Ce qui est l'important, c'est de demeurer en tenue de service, déterminé à servir à cause de l'ESPÉRANCE qui nous habite.67 L'engagement prophétique dans la vie économique Benoît Fortin, o.f.m.cap.97-107 Face à un monde en état de violence et d'appauvrissement où la vie est constamment menacée, l'auteur pose une question radicale: comment être prophète et faire arriver le Règne dans cette situation d'oppression et d'injustice?La vie religieuse doit se situer dans cette dynamique de vie et de lutte tout comme l'a fait Jésus-Christ.Il a su remettre en question les systèmes opprimants et a été assassiné pour ses options sociales et économiques.P.Benoît Fortin nous invite à agir dans la ligne d'un nouveau projet de société basé sur l'équité, la démographie et la solidarité.Quand la Parole de Dieu assume nos cris.Francine Bigaouette, o.p.108-123 “Père, pourquoi m’as-tu abandonné?” Ce cri d’abandon de Jésus en croix exprime avec une saisissante intensité sa solidarité avec tous ceux et celles qui, broyés par la souffrance et se sentant abandonnés du Dieu vivant, ont présenté leur détresse au Dieu de la compassion.Dans la nuit obscure où il est plongé, Jésus cependant ne cesse de mettre sa confiance et son espérance en ce Dieu qui est son Père.La densité contemplative du texte présenté par l’auteur ne peut nous conduire que sur un chemin de conversion: conversion de notre regard sur Dieu qui se révèle étonnamment plus proche que nous le concevons, dans les ténèbres de la souffrance et de la mort.68 LE SILENCE DU SYNODE DE QUÉBEC AU SUJET DE LA VIE RELIGIEUSE La loi synodale du diocèse de Québec (8 décembre 1995) demeure presque silencieuse au sujet de la vie religieuse1.Ce n’est d’ailleurs pas le seul silence qu’elle comporte.Elle n’a jamais prétendu traiter de tous les sujets.Cela étant entendu, il est légitime de se demander quelle peut être la signification d’un tel silence sur la vie religieuse, surtout dans un synode qui traitait de l’évangélisation.Certains ont vu là un indice d’un désintérêt pour la vie religieuse.Elle ne ferait simplement plus partie du paysage ecclésial.Elle ne réussirait plus à s’imposer comme figure originale, dans le corps ecclésial.Le silence que l’on a observé à son sujet dans les discussions synodales attesterait de sa disparition sur le terrain.La vie religieuse ne serait plus suffisamment repérable pour être portée au niveau du discours.Elle ne ferait simplement plus partie des préoccupations.Le silence observé au moment du synode refléterait simplement un état de fait qui s’installe tranquillement.Les communautés religieuses prendraient congé, dans l’imaginaire et le discours ecclésial, avant de tirer leur révérence sur le terrain.Il ne faut pas balayer trop vite du revers de la main cette façon de comprendre les choses, mais il ne faut pas non plus la consacrer trop hâtivement.Je tenterai ici d’interpréter ce silence, car le fait m’apparaît suffisamment significatif pour que l’on tente d’y voir clair.Je le ferai en retraçant le cheminement du synode et, d’abord, en faisant l’archéologie des propositions contenues dans la loi synodale.Gilles Routhier, ptre 1 Le mot religieux et religieuse ne revient que dans une énumération de personnes, à l’article 68 portant sur les réaménagements pastoraux.On retrouve l’expression «communautés religieuses» dans l’introduction du chapitre II qui porte sur l’Église au coeur du monde et dans l’introduction des articles 37 et 39 qui traitent de la pauvreté.69 Avant de m’engager plus avant dans cette entreprise, je voudrais cependant, au moyen d’un court excursus, souligner l’engagement et la participation remarquée des religieux et des religieuses dans l’ensemble de la démarche synodale.Plusieurs religieux et religieuses ont répondu au questionnaire qui a inauguré la démarche synodale à l’automne 1992 (8.9% des 40,000 répondants).Au moment de la compilation des réponses au questionnaire, les religieux et les religieuses étaient encore au rendez-vous.Par la suite plusieurs ont été membres des équipes synodales (1993).En effet, 39 équipes synodales étaient formées de religieux et de religieuses.D’autres équipes synodales incluaient certainement aussi des membres des communautés religieuses.Cela veut dire que plus de 200 religieux et religieuses ont participé aux équipes synodales.Enfin, les religieux et religieuses étaient bien représentés à l’assemblée synodale (32 membres).Cela ne constitue qu’un volet de leur participation.En effet, et cela a été fait à dessein, on retrouvait des membres des communautés religieuses au Comité organisateur du synode et à son Comité Conseil.De plus, le travail de Soeur Laurette Labonté au secrétariat du synode a été tout à fait exceptionnel.Au moment de l’assemblée synodale, l’Église de Québec a pu compter encore sur la compétence des membres des communautés religieuses et cela, à divers titres : animation des assemblées générales et des assemblées partielles, comité d’arbitrage, groupe des experts, animation de la prière, etc.Même si cela risque de blesser la modestie des religieux et des religieuses, je ne peux pas taire la contribution financière des communautés religieuses au synode de Québec.Leur contribution a représenté près de 60% de l’ensemble des revenus du synode.Cela n’épuise certes pas l’apport des communautés religieuses au synode de Québec.Je voudrais simplement en mentionner une dernière : le soutien constant dans la prière.Je reviens ici aux propositions votées par le synode.Les propositions soumises à l’assemblée synodale (mai et septembre 1995) ont été formulées par les équipes synodales qui se sont réunies du mois de mars au mois de décembre 1993.À l’examen, 32 propositions visaient directement les communautés religieuses2.On peut les regrouper autour des thématiques suivantes : La première catégorie considère que les religieux 2 J’ai laissé de côté 12 autres propositions dans lesquelles le mot «religieux» apparaissait de manière incidente, sans toutefois que l’objet de la proposition elle-même soit nommément la vie religieuse. peuvent constituer une «solution au manque de prêtres».On veut faire appel aux religieuses «dans le but de pallier la diminution du clergé».Cinq propositions vont en ce sens.Un autre groupe de sept propositions concernent la mission des religieux dans le domaine des soins de santé et plus globalement de l’attention à porter aux personnes âgées et aux malades.On étend le domaine de ce soin pastoral aux personnes qui vivent des deuils.Un troisième groupe se rattache également aux rôles traditionnels impartis aux communautés religieuses : la présence auprès des jeunes (1 proposition ) et l’engagement avec les démunis (2 propositions).Un quatrième groupe s’intéresse à la relève vocationnelle (2 propositions).Deux autres propositions mettent en avant des suggestions de manière à ne pas exclure ou à ne pas marginaliser les «exreligieux ou religieuses».On peut classer deux autres propositions sous la rubrique «relève vocationnelle».Reste une dernière série de propositions, celle qui me paraît la plus intéressante.Ces propositions ont toutes en commun le fait de présenter la communauté religieuse comme un lieu d’expérience chrétienne.La plupart de ces cinq propositions invitent les religieux à permettre plus largement aux fidèles d’avoir part à cette expérience.On suggère 1) d’ouvrir les résidences religieuses aux fidèles afin qu’ils puissent venir y célébrer la liturgie des heures (2 propositions); 2) «d’ouvrir les lieux et ressources des communautés religieuses» afin que les chrétiens puissent s’y ressourcer; 3) que «les communautés religieuses invitent les laïcs à leur temps de ressourcement»; 4) de développer des petits groupes de base en associant des fidèles aux communautés religieuses.Enfin, quelques propositions sont véritablement inclassables.L’une porte sur l’image négative des religieux que l’on entretient dans les médias; deux autres souhaitent que les communautés religieuses participent au projet de vie paroissiale et qu’elles s’associent à l’oeuvre d’évangélisation qui y est réalisée en fonction de leur charisme spécifique.Ces 32 propositions arrivaient au secrétariat du synode et se mêlaient aux 4 950 autres envoyées par toutes les équipes synodales qui s’étaient mises à pied d’oeuvre dans tout le diocèse.Certes, on ne pouvait pas envisager que l’assemblée synodale puisse débattre de 4 000 propositions en quelques jours.On a donc ramené les propositions à un nombre plus raisonnable.Cela s’est fait de deux manières : d’abord, on a fait des synthèses.Toutes les propositions similaires ont été fondues ensemble.De cette manière, on est passé de 4 000 à 1 000 propositions.À cette étape, il ne restait plus que huit propositions qui abordaient explicitement la question de la vie religieuse.Tout le reste des matériaux des 32 propositions antérieures étaient refondues dans 71 d’autres propositions.Par la suite, on a soumis les 1 000 propositions restantes aux équipes synodales.Ce sont les membres des équipes synodales, par un système de pointage, qui ont jugé s’il était essentiel, important ou peu important de débattre telle ou telle proposition en assemblée synodale.Seules les propositions qui ont obtenu un score supérieur à 60% ont été incluses dans le cahier de propositions synodales.Dans les faits, il en est resté 138.La sélection a donc été sévère.Il le fallait.Des huit propositions qui traitaient de la vie religieuse, aucune n’a obtenu les 60% requis.Une a fait un score de 54.85%, trois autres ont obtenu plus de 30% des points, les autres ne réussissant pas à dépasser 5%.À distance, on peut conclure que les propositions alors retenues ont été celles qui portaient sur les questions les plus médiatisées ou encore sur des réalités qui touchent le plus immédiatement la vie des fidèles.Il n’est donc pas étonnant que les questions relatives au charisme religieux n’aient pas alors fait surface.On peut certes le regretter.Cela indique bien la faiblesse de la méthode : laisser aux équipes synodales le soin de discerner les propositions qu’il fallait, en priorité, discuter en assemblée synodale.D’autres façons de faire auraient pu être envisagées.On aurait pu demander à un groupe de sages de déterminer, parmi les 1 000 propositions restantes, lesquelles méritaient l’attention de l’assemblée synodale.Cette méthode aurait, elle aussi, montré sa limite.On aurait remis entre les mains de quelques-uns le soin de statuer sur les questions qui devaient être abordées en synode.Cette manière de faire aurait, à juste titre, éveillé les soupçons sur la démarche synodale.On aurait crié à la manipulation.Mieux valait donc risquer une démarche imparfaite et infirme que de discréditer le processus synodal.La présentation de la dynamique synodale nous permet donc de comprendre comment il se fait que, matériellement on parle peu ou pas, des religieux et des religieuses dans les propositions adoptées par l’assemblée synodale.Cela a un autre intérêt, me semble-t-il.Ce travail archéologique permet aujourd’hui aux communautés religieuses de lire en perspective la loi synodale du diocèse de Québec.On y retrouve des articles abordant les questions du vieillissement de la population, de l’accompagnement des malades et des mourants, de l’accompagnement des personnes endeuillées.En quoi cela interpelle-t-il les communautés religieuses de manière particulière, surtout celles dont le charisme propre va dans cette direction?On retrouve également plusieurs propositions relatives à l’éducation et à la formation chrétienne des jeunes.D’autres s’intéressent à la solidarité avec les plus faibles.Comment des commu- nautés religieuses vouées à cette oeuvre peuvent-elles se saisir de ce qui est avancé à ce sujet dans la loi synodale?En somme, la loi synodale reprend, au plan du contenu, 10 propositions dans lesquelles les religieux et les religieuses étaient initialement visés.Si les communautés religieuses relisent ces propositions en les rattachant aux propositions formulées en 1993, elles renoueront les fils, apparemment cassés, du processus synodal.En effet, la première série de propositions reliait la vie religieuse à ces grands chantiers ouverts par le synode.La synthèse des différentes propositions qui traitaient de ces questions, la sélection des propositions et les amendements apportés aux propositions ont fait disparaître, matériellement, la mention des religieux et des religieuses dans la formulation de ces propositions.Pour plusieurs raisons, on a fini par adopter des catégories plus inclusives pour parler de ces réalités qui ne concernent pas seulement les communautés religieuses.On ne demande pas exclusivement aux religieux de poursuivre leur engagement sur ces terrains, mais maintenant, les propositions sont libellées ainsi : «qu’en Église.»; «que les chrétiens et les chrétiennes.»; «que l’Église de Québec.»; etc.Les initiatives dans le domaine de la solidarité, de l’accompagnement des malades, de l’éducation des jeunes ne reviennent donc plus seulement aux religieux et aux religieuses.L’Église de Québec tout entière doit s’en préoccuper.Cela n’exclut donc pas les religieux et les religieuses.Cependant, dans la suite du synode, les religieux et les religieuses doivent agir de manière propre dans ces différents domaines et doivent se saisir de façon particulière de ces questions.En d’autres mots, les religieux et les religieuses ont à poursuivre et à prolonger les échanges synodaux pour voir comment ces articles de la loi synodale constituent pour eux une invitation à la conversion et au renouveau.Bien que ces domaines d’activités ne reviennent pas de façon exclusive aux religieux, les communautés doivent relever ces défis de manière originale.Ce travail qui consiste à retracer l’histoire rédactionnelle de ces propositions remet les choses en perspectives.Les religieux et les religieuses n’ont pas simplement été oubliés au synode.Ils ont été inclus dans l’Église de Québec.Cette première réponse n’est toutefois qu’à demi satisfaisante.Je veux bien que les religieux et les religieuses fassent partie du peuple de Dieu et partagent la condition commune de tous les baptisés.Toutefois, on ne peut pas faire disparaître leur singularité.Il me semble que, parmi les propositions initiales, celles qui exprimaient le mieux l’originalité du charisme religieux n’ont pas réussi à faire surface et à s’imposer.Cela n’est pas sans m’inquiéter, même si je peux comprendre que les choses aient pu se passer ainsi.Je maintiens l’expli- 73 cation que j’ai donnée plus haut : les questions les plus médiatisées et celles qui touchent le plus immédiatement et le plus couramment aux fidèles (la contraception, l’homélie, l’initiation sacramentelle, etc.) sont celles qu’on a voulu discuter en priorité au synode.Les propositions qui se rapportaient le plus directement au charisme religieux sont donc restées en panne.Pour ma part, elles ne sont pas tombées pour autant dans les limbes.Elles doivent être reprises et retravaillées.Il était d’ailleurs prévu que les propositions qui n’ont pas été acheminées à l’assemblée synodale puissent être dirigées aux différentes instances concernées.Celles qui concernent la vie religieuse ont peut-être été remises au Comité diocésain des religieux.Autrement, cela devrait être fait.De mon point de vue, les propositions qui touchent le plus directement au charisme religieux sont celles qui présentent la vie religieuse comme un lieu d’expérience et de vie chrétienne : lieu de la prière et de l’adoration, lieu de la simplicité de vie, lieu de la solidarité et de la vie fraternelle, lieu de l’accueil du plus petit et de l’éprouvé.La vie religieuse n’est pas, quant à moi, d’abord axée sur le faire.Elle est, comme la vie chrétienne, d’abord axée sur l’expérience de la vie nouvelle qui nous est donnée dans l’Esprit.Il nous est fait la grâce de vivre réconciliés ou dans la communion, de vivre en frères et soeurs comme enfants de Dieu.La vie religieuse cristallise, suivant des modalités particulières, cette expérience chrétienne.Dans l’Église, la vie religieuse nous ramène à cette expérience.Aujourd’hui, des fidèles veulent trouver des lieux pour nourrir cette expérience et pour l’éprouver.Des propositions demandaient aux religieux et aux religieuses de mettre à la disposition des fidèles cette expérience, soit par le biais de l’association, soit en ouvrant leurs lieux aux autres fidèles, soit en donnant accès à leur temps de prière ou de ressourcement.En somme, ces propositions conçoivent la vie religieuse comme un lieu où s’exprime, de manière particulière, l’expérience chrétienne.On suggère que ce lieu soit plus ouvert de manière à ce que l’on puisse y circuler librement : y entrer et en sortir; y venir pour se ressourcer et en repartir nourri.Ce lieu repère, où il nous est donné de saisir en l’éprouvant quelque chose de notre identité de chrétien, permet aux fidèles de faire ensuite l’expérience, sur d’autres terrains, de cette vie selon l’Évangile que nous avons sans cesse à retrouver.En somme, ce regroupement de fidèles d’un type particulier -différent de la paroisse, des associations de fidèles ou des mouvements -, se présente comme un lieu où l’on peut apprendre à devenir chrétien.Je pense que c’est là la mission des religieux, dans l’Église et dans le monde : offrir un signe de la vie chrétienne.74 Parmi les autres propositions restantes, celles qui envisagent la vie religieuse comme une solution à la pénurie de prêtres m’apparaissent comme les moins originales.Cela ne fait pas appel à l’apport particulier des religieux et des religieuses à la vie de l’Église et de la société.Cela est certes tentant.Toutefçis, cela est réducteur de la vie religieuse qui a beaucoup plus à offrir à l’Église que cet expédient.Cela distrait les communautés religieuses de leur mission dans l’Église et dans le monde, les détourne de leur caractère original et les empêche d’être ce qu’elles sont.À la limite, on peut y recourir, de manière temporaire et dans des situations où l’urgence ne fait pas de doute.Je suis de plus en plus convaincu que le remplacement des prêtres par des religieux ou des religieuses ou par laïques responsables de la conduite pastorale d’une paroisse ne fait que reporter et retarder la prise en charge effective de la mission de l’Église par l’assemblée des fidèles qui fait Église en un lieu.Les fidèles ne sont jamais mis en face de leur responsabilité à l’égard de l’Évangile et de la mission de l’Église.On la confie toujours à des gens spécialistes « ès religion » plutôt que de construire réellement l’Église à partir des baptisés en relation avec un pasteur propre.Cela ne veut pas dire que les religieux et les religieuses doivent s’abstenir de jouer un rôle dans l’animation des paroisses.Au contraire.Toutefois, donner aux religieux et aux religieuses la charge pastorale des paroisses m’apparaît être le moyen le plus sûr pour faire disparaître du paysage ecclésial la conscience de l’originalité des religieux et des religieuses.Ces quelques réflexions ont été pour moi une manière de reconnaître l’apport original de la vie religieuse à la vie de l’Église et au synode de Québec.Leur contribution est discrète, souvent mésestimée, mais combien remarquable.Ces quelques lignes, qui mériteraient d’être développées, veulent simplement relancer la discussion.Comment les religieux et les religieuses peuvent-ils accueillir et assumer les articles de la loi synodale?Comment peuvent-ils, sur la base des propositions formulées dans le cadre du processus synodal du diocèse de Québec, réfléchir à leur contribution originale à la vie de l’Église et à la société québécoise dont ils sont si solidaires?J’ai lancé ces deux questions.À vous maintenant de poursuivre la discussion.Gilles Routhier,ptre Faculté de théologie Université Laval (Québec) 75 OSER ESPÉRER René Pageau, C.S.V.Un jour, je demande à une très grande assemblée comme la vôtre de se regrouper en équipes de dix, par tranches d’âges.Et je leur donne quatre questions pour orienter leurs échanges : Quelle perception aviez-vous de la vie religieuse quand vous avez dit OUI à l’appel du Seigneur, quand un ange Gabriel vous annonça la Bonne Nouvelle de l’appel?Quels sont les grands changements de la vie religieuse qui vous ont le plus marqué depuis la réponse positive que vous avez donnée à cet appel?depuis que se déplie, dans l’espace et le temps, le OUI de votre réponse?En quoi votre vécu communautaire d’aujourd’hui prépare-t-il la vie religieuse de demain?Que sera la vie religieuse de demain?En plénière, on donne une description de l’évolution de la vie religieuse depuis une quarantaine d’années.On prend conscience ensemble de ce qu’avait été la vie religieuse, hier et avant-hier et de ce qu’elle ‘ Réunion annuelle des religieux et des religieuses du diocèse de Sherbrooke - 27 août 1995 76 est aujourd’hui.On a aussi, à travers les brumes de nos rêves, dit ce qu’elle pourrait être demain et après-demain, avec certaines hésitations, étant donné que, depuis plusieurs années, au travers de nombreux changements, l’Esprit Saint ne cesse de nous étonner.Des caractéristiques de cette évolution s’entrecroisent et s’entrecoupent.Certaines suscitent l’humour et d’autres révèlent des aspects fondamentaux de la vie religieuse.On ne peut pas en rire; on ne peut pas tourner la page.Tout se vit de façon respectueuse et détendue.On ne peut pas gommer ce que l’on a vécu.Il fait partie de notre histoire sainte pleine de recommencements, de luttes, de reprises, de fidélités et d’infidélités, de joies, de frustrations, d’espoirs, de désirs, de regrets, de remords et d’illusions.C’est ça la vie! Voici les caractéristiques qui émergent des équipes, peu importe la tranche d’âge, peu importe la communauté, peu importe le nombre d’années d’engagement dans le projet de la vie religieuse qui est une folle aventure de la grâce, enveloppée de mystères où la personne risque sa vie sur Dieu, avec Dieu, à la suite d’un appel personnel et mystérieux.Les religieux et les religieuses d’hier et d’avant-hier, comme ceux et celles d’aujourd’hui, affirment unanimement : La vie religieuse est et sera toujours un appel personnel de Dieu qui prend l’initiative.Une réponse radicale doit être donnée à cet appel, à toutes les grandes étapes de la vie.L’évolution de la vie religieuse demeure intimement liée à l’évolution de l’Eglise.L’histoire de chacune de nos Congrégations nous apprend une très grande mobilité.L’espérance a toujours été et est toujours au coeur de projets communautaires qui souvent défient le bon sens.77 La vie religieuse prendra des formes nouvelles.Le charisme des Fondateurs et des Fondatrices n’est pas la propriété des communautés, mais un don de l’Esprit fait à toute son Église.La suite du Christ exige toujours un très grand amour qui garde fidèle sur le chemin des Béatitudes.Nous avons tous à devenir des êtres de communion, responsables de la qualité de la vie fraternelle qui témoigne de la présence de Dieu au milieu de nous.Maintenant, plus que jamais, on nous identifie par notre style de vie, plus que par nos fonctions, nos activités, nos professions.Et demain, que seront nos communautés dont les membres d’hier et d’avant-hier n’ont cessé de porter l’espérance à bout de bras, dans les oeuvres, à bout de coeur, dans le dévouement, le dépassement et la gratuité?Continuons aujourd’hui d’espérer comme les nôtres d’hier et d’avant-hier.C’est la meilleure façon de préparer l’avenir de la vie religieuse.Continuons d’espérer, parce qu’en régime chrétien, on ne revient jamais en arrière.Nous sommes un peuple en marche qui déchiffre le message de la Bonne Nouvelle au travers des événements quotidiens de la vie.C’est l’espérance qui donne l’audace et le goût du risque; c’est l’espérance qui rend créateur et novateur.Éclairé par mes nombreuses rencontres avec des groupes de religieux et de religieuses, je vous entretiendrai sur l’avant-hier, l’hier, l’aujourd’hui, le demain et l’après-demain de notre vie qui a toujours porté hautement et fièrement, comme une grâce, les couleurs de l’espérance, mais avec des façons de faire différentes, selon les époques, les pays qui sont nécessairement liés à un milieu culturel donné auquel on ne peut pas échapper.Le moteur de nos vies, de nos initiatives, de notre dévouement a toujours été l’espérance.La vie des religieux et des religieuses a toujours été traversée par un irrésistible courant d’espérance qui nous a permis les pires audaces qu’exigeait et, qu’exige encore l’évangélisation.78 On a même douté de notre vocation, de notre mission.Ce sont nos amis, nos anciens, nos collaborateurs qui, pour une bonne part, nous ont donné confiance en ce que nous sommes et en ce que nous faisons, comme religieux, comme religieuses.C’est souvent avec eux que nous avons trouvé des réponses à nos questions.Avant-hier Vous le savez comme moi, depuis plus de trente ans, les Congrégations religieuses, au Québec, vivent de longs moments d’interrogations, de remise en question, d’inquiétude.On ne se reconnaît plus dans notre propre communauté qui a fait peau neuve dans le sillon du Concile et de la Révolution tranquille.On a vécu des “passages” et des “pâques” imprévisibles, insoupçonnés au coeur même des contestations de toutes sortes, de la part de ceux et celles que la communauté avait souvent le plus choyés.On a vécu des ruptures, des reprises, des fidélités réaménagées dont je vous fais grâce.Le visage de notre communauté n’est plus le même.On s’est adapté, on a modifié son comportement, on a accepté, non sans réticence, les changements, les transformations exigés par le Concile et la société ouverte d’aujourd’hui qui, au premier coup d’oeil, nous semble éclatée, dispersée.De ce chaos, une nouvelle culture émerge et nous a marqués.On a appris lentement, progressivement, que notre communauté n’était pas toute l’Eglise et que nous n’avions pas un magistère spécial parallèle à celui de l’Église, propre à notre Congrégation, mais que c’était le même et que c’était dans la communion qu’il nous fallait servir l’Église.On a appris aussi que notre pouvoir, notre autonomie, nos compétences, notre dévouement, nos mises en commun, à tous les niveaux, s’ils voulaient servir l’Église, devaient être au service de la communion qui exige la coresponsabilité, le partage, la collaboration, la solidarité.On a appris à ne plus être en compétition ni avec le clergé, ni avec les laïcs, ni avec les autres congrégations religieuses, mais que nous devions être en communion.On a appris aussi que les interrogations de nos communautés pouvaient être partagées par tous les baptisés.On a ouvert les portes à des collaborations de toutes sortes et sur tous les plans.On a ouvert les 79 portes aux associés qui font partie de nos familles religieuses.Des personnes compétentes se sont mises, avec notre consentement, le nez dans nos affaires.On a appris que les questions que nous posait la société moderne exigeaient des réponses que nous devions maintenant donner en Église.Et que ces questions étaient souvent les mêmes que celles qui étaient posées à Monsieur et Madame tout le monde.On a redécouvert, en bref, même si nous étions religieux et religieuses, que nous faisions partie de l’Église à part entière et aussi que nous faisions partie du monde, que nous étions envoyés en Eglise, donc avec d’autres, au coeur du monde, pour témoigner d’une Bonne Nouvelle qui nous habite.Au travers de tout ce bouleversement social et ecclésial, il fallait, tout de même, envisager l’avenir.Se replier sur soi, se terrer, vivre du passé, des souvenirs, de nostalgie, dans le confort silencieux d’une prière sécurisante, d’une vie communautaire frileuse n’étaient pas évangélique.Le Concile nous a aidés à renouveler notre langage, notre façon de nous exprimer.A travers les événements, il fallait prendre brusquement le grand chemin de l’aventure spirituelle, sans trop regarder en arrière.Il fallait accepter de vivre des morts successives, des conversions épuisantes, à la suite de longues discussions communautaires, d’interminables chapitres qui se prolongeaient, de projets provisoires, de priorités prioritaires.Pendant tout ce temps, les mentalités changeaient, se convertissaient.On sentait les effets du décret Perfectae caritatis donner une couleur nouvelle à la vie religieuse.La notion d’obéissance nous permettait d’exprimer nos différences, nos désaccords.L’autorité devenait un réel service.Le supérieur devenait directeur, puis responsable, puis animateur.L’autorité devait, en tout et partout, être au service de la qualité de la vie communautaire.Nos communautés devenaient des fraternités ayant un projet de vie qui n’était pas identique à celui d’une autre fraternité.La pauvreté acceptait, maintenant, qu’on ait aussi de l’argent de poche, qu’on pouvait disposer selon ses volontés.Chacun retirait son salaire.Les communautés s’ouvraient généreusement aux plus pauvres de nos milieux.On réaménageait nos maisons, nos salles de prière, nos réfectoires, nos salles de repos, de détente, toujours en vue d’une plus grande communion fraternelle.On a appris aussi que la chasteté était plus que la continence.Elle devait 80 déboucher sur un amour réel des autres, qu’il y avait des façons d’aimer les membres de sa famille, d’aimer ses confrères et ses consoeurs, d’aimer ses élèves, d’avoir des amis.La vie affective nous faisait moins peur, de sorte que nos relations fraternelles y ont gagné en spontanéité, en qualité, en tendresse.On a appris à se libérer en acceptant progressivement de se mettre à l’écoute de son coeur.C’est au travers de tout cela que nous avons risqué l’espérance, que nous avons consenti à l’espérance, que nous avons osé espérer.C’est au travers de tous ces changements radicaux que nous avons osé investir nos énergies amoureuses pour faire naître l’inespéré.C’est au travers de toutes ces métamorphoses que nous avons pris connaissance que nos communautés étaient des dons faits par l’Esprit à son Église.Et l’aventure spirituelle de nos communautés nous a conduits, non sans souffrances, sur les chemins de l’abandon, de la confiance, de l’espérance, à faire l’expérience du désert, de l’exil, de l’exode, d’une longue marche de conversion.D’où venons-nous?Que faisons-nous?Où allons-nous?Ces questions qui révèlent une quête évidente de sens ont hanté, depuis trois décennies, nos chapitres, nos sessions, nos rencontres.Plusieurs parmi nous, les nôtres, oui, les nôtres se sont levés pour proclamer sans nuances parfois, que notre style de vie était terminé.C’en était fini des communautés religieuses dans l’Église.Comme si l’Esprit Saint avait lui-même mis un point final à son travail! Hier Oser l’espérance, c’est ce que nous avons fait depuis trente ans.Contre vents et marées, nous avons vécu toutes sortes de passages, parfois dans la douleur, parfois dans la joie.Nous avons appris à marcher, en exil, de longs déserts, à sacrifier la gloire de nos prouesses d’hier.Nous avons, dans la foi, parce que nous étions des hommes et des femmes d’espérance, des hommes et des femmes d’Église, appris, en toute liberté, à investir nos fidélités dans le méli-mélo, le chambardement, disons-le, le chaos par lequel notre société devait passer pour renaître à ce que nous sommes devenus aujourd’hui.Bien avant le synode diocésain, nous avons appris concrètement, au jour le jour, sans trop comprendre ce qui se passait, à oser l’espérance; nous avons payé très cher nos complicités avec le pou- 81 voir.Mais nous devions passer par là pour relire et interpréter, dans le contexte d’aujourd’hui, le charisme de nos fondateurs et de nos fondatrices.Nous sommes revenus à plus de simplicité, plus de spontanéité dans nos relations fraternelles.Ne regrettons rien! Tournons-nous vers l’avenir.Les moments de crise sont des moments de grâce, dit, paraît-il, Mère Teresa.Faisons confiance! Nous avons franchi beaucoup d’espace sur les chemins de la conversion.N’hésitons pas! Chacune de nos Congrégations est l’oeuvre de l’Esprit, le dispensateur des dons.“Les communautés religieuses sont nées non d’une volonté de la chair et du sang”, non de sympathies personnelles ou de motifs humains, mais “de Dieu” (Jn I, 13), d’une vocation divine et d’un attrait divin.Elles sont un signe vivant du primat de l’amour de Dieu qui accomplit ses merveilles, et de l’amour envers Dieu et envers nos frères, tel qu’il a été manifesté et vécu par Jésus-Christ” (La vie fraternelle en communauté, n° 1).À travers le vécu des communautés, l’espérance est devenue vraiment une vertu véritable, car elle s’est dépouillée de toutes les illusions.“Espérer, c’est écarter les prévisions humaines pour se jeter dans l’inédit de Dieu.L’espérance chrétienne n’est pas une futurologie.Elle ne porte pas sur le futur de la prévision, de la prédiction, de l’extrapolation, mais sur l’irruption de l’inattendu qui est celui de Dieu” (René Latourelle, s.j.).J’ose espérer parce que la foi et l’amour me confirment que je possède déjà ce que j’espère.Dieu ne ment pas.Quand il promet, il réalise ses promesses en nous débarrassant de tout ce qui est accessoire.Nos grands espoirs de succès, nos larges désirs de réussites, nos beaux rêves de performer se transforment en une espérance en ce Dieu qui nous donne non seulement ce qu’il nous demande, mais plus que nous n’osons demander.Il demande la foi en une vérité qui est incroyable à moins d’une grâce spéciale.Il demande l’espérance alors que tout semble s’écrouler autour de nous, alors que nos plus grands efforts en son Nom donnent apparemment de si piètres résultats.Il demande d’aimer ceux et celles qui ont critiqué nos façons de faire dans nos écoles, dans nos hôpitaux; 82 ceux qui ont épinglé nos défauts, nos fragilités sur la place publique, alors qu’il y a tant de belles choses qui se vivent avec un si grand amour, dans nos communautés.Dieu est exigeant et II renouvelle ses appels en suscitant dans nos coeurs la force et le courage de répondre à des exigences encore plus grandes, parce que le dépassement est une exigence d’accomplissement.Mais soyons sûrs que s’il demande de croire en l’incroyable, s’il demande d’espérer en l’impossible, s’il demande d’aimer ceux et celles qui se déclarent être nos ennemis, Il nous donne en grâce la force de répondre généreusement à ce qu’il nous demande.Aujourd’hui Oser espérer, c’est mettre notre confiance en Celui qui nous a appelés, en Celui qui nous envoie et qui, dans cet envoi, cache son visage pour nous le révéler en nous surprenant par une multitude d’autres appels dissimulés là où l’on accomplit la mission qu’il nous confie.Oser espérer, parce que son appel est toujours au présent de ma vie.Oser espérer, parce qu’il est le seul à pouvoir nous aimer comme nous avons besoin d’être aimés, avec toutes nos carences affectives.Oser espérer, parce qu’il est le seul à nous dire en Église la vérité dans notre monde submergé dans le mensonge de la consommation débridée.Oser espérer, même si nous n’avons pas de recrues, malgré tous les efforts faits en pastorale vocationnelle, même si les prophètes de malheur nous redisent que c’en est fini de notre style de vie.Oser espérer même si nos communautés locales nous semblent peu organisées, peu attirantes, peu fraternelles.Oser espérer même si parfois on a l’impression que le réaménagement, la restructuration, l’administration, n’arriveront pas à redonner à la vie religieuse un nouveau souffle, à moins que tous nos changements de structures soient au service de la qualité de la vie fraternelle vécue communautaire-ment et non pas seulement vaine recherche de confort.Oser espérer, même si nous ne savons pas trop où nous allons présentement.“La vie religieuse est partie vitale de l’Église et est vie dans le monde.Les valeurs et les contre-valeurs qui fermentent à une époque ou dans un milieu culturel et les structures sociales qui les révèlent, frappent aux portes de tous, y compris de l’Église et de ses communautés religieuses” (La vie fraternelle en communauté, n° 1b).83 On réfère souvent à l’expérience d’Abraham.Quand Dieu lui dit : “Quitte ton pays et va.” Il a quitté son pays sans trop savoir où il irait, mais il était dans la bonne direction parce qu’il faisait, dans le présent, la volonté de Dieu.Oui, faire la volonté de Dieu.Demander cette force de pouvoir et de vouloir faire la volonté de Dieu, c’est déjà s’inscrire sur un long chemin d’espérance.Ce qui importe pour chacun d’entre nous, ce n’est vraiment pas de savoir si ma communauté aura un lendemain, ou si toi, tu as un avenir dans ta communauté.Ce qui importe, c’est de savoir si ta communauté a été, est et demeure aujourd’hui, un lieu privilégié de la rencontre personnelle et communautaire de Dieu.Vouloir tout mesurer, tout contrôler, tout peser et soupeser, vouloir faire de sa communauté une chose que l’on possède, que l’on peut faire croître au rythme de son dévouement, de ses méthodes, de ses mesures, c’est faire fausse route; c’est s’éloigner des chemins de l’espérance; c’est prendre des sentiers qui nous conduisent sur des voies qui ne débouchent nulle part.La relecture de sa propre histoire et de l’histoire de sa communauté dans l’Église, est un moyen privilégié de faire naître l’espérance.Chaque communauté, sa fondation, son évolution, ses grandes étapes, portent la signature de l’Esprit.Aimer sa communauté, c’est aimer l’Église, parce que la “vie religieuse appartient inséparablement à la vie et à la sainteté de l’Église.La vie religieuse est au coeur du mystère de la communion de l’Église et de sa sainteté”, dit Vatican II (Lumen Gentium, n° 44).“La communauté fraternelle fait partie de la communion organique de toute l’Église.Elle est enrichie sans cesse par l’Esprit, d’une variété de ministères et de charismes” (La vie fraternelle en communauté, n° 2c).Il est difficile de prévoir ce que seront demain nos communautés religieuses au Québec et dans le monde.Un certain avenir que nous mesurons avec nos mesures trop humaines, avec nos prévisions statistiques, avec nos comptabilités serrées et nos organigrammes qui ne laissent plus de place à l’Esprit nous décevrait.Un certain avenir que nous mesurons avec l’ampleur triomphaliste de nos oeuvres d’hier, avec les mesures de l’efficacité et du rendement d’une compagnie, nous tromperait.Laissons la place à l’Esprit qui étonne, surprend, bouleverse.Qui peut prévoir ce qui germera, ce qui poussera, ce qui naîtra sur le terrain de ce qu’ont été nos communautés?“L’espérance chrétienne sait que cet Avenir - le Christ qui est venu et qui doit venir - envahit déjà le présent, y opérant par l’Esprit qui suscite du nouveau, de l’imprévisible” (René Latourelle, s.j.).84 L’avenir a plusieurs facettes.Il y a, d’une part, l’avenir de ma Congrégation dans l’Église.Il y a, d’autre part, mon avenir dans cette congrégation, à travers laquelle Dieu m’a appelé^ choisi, envoyé.Mais avant tout, il y a l’avenir de l’Église.Et dans l’Église, il y a, en permanence, la volonté de Dieu qui, par la toute-puissance de sa miséricorde, traverse toutes les résistances de mes espoirs humains, égoïstes, étroits, pour me rejoindre et faire naître dans mon coeur l’espérance.Oui, l’espérance me donne une vision de foi, une vision d’Église, plus large encore que le champ de ma communauté, mais incluant ma famille religieuse qui est, pour un religieux, une religieuse, un moyen de découvrir et d’accomplir au quotidien la volonté de Dieu.L’avenir d’une Congrégation est dans la disponibilité des membres qui mettent leur compétence, leur charisme, à servir l’Église dans des projets communautaires.L’avenir d’une congrégation est dans le coeur des membres qui apprennent à pardonner pour faire advenir la fraternité dans leur communauté locale.L’avenir d’une Congrégation est dans la mise en commun des richesses et des pauvretés des membres pour servir, à cause de Jésus-Christ.Il n’y a pas d’âge.Le Seigneur nous appelle au dépassement.Nous savons que notre efficacité n’est pas celle qui résulte de nos propres forces.Les règles de mesure de Dieu sont plus subtiles que les nôtres.Il est entendu que si nous n’avions que les nôtres, nous aurions raison d’abandonner toutes nos folles entreprises qui se vivent au nom de l’Évangile, parfois dans l’ambiguïté et même dans la contradiction, sans efficacité apparente.Nous aurions raison de nous résigner et de nous replier sur nous-mêmes, déçus et moroses.Je suis toujours émerveillé, qu’à travers toutes nos fragilités, des oeuvres immenses et belles s’accomplissent à force de continuité et de fidélité, par une poignée d’hommes et de femmes qui se tiennent debout à l’oeuvre, en tenue de service, par amour, à cause aussi d’une tradition communautaire.Oui, des oeuvres ecclésiales d’envergure ne tiennent que par un fil.On se demande si, du jour au lendemain, ce fil ne cassera pas.Et pourtant, ce fil tient depuis dix ans, quinze ans, vingt-cinq ans.et plus.Non, il ne se brisera pas.Quand vous serez deux ou trois mandatés en mon Nom, je serai au milieu de vous! Mais s’il se brise, la brisure ne fera que préparer la naissance d’autre chose.85 Un fil de foi et d’espérance qui donne le courage et l’audace de ne pas lâcher.Ce fil est fort, parce que des générations et des générations de religieux et de religieuses l’ont noué et renoué.C’est un fil de persévérance qui vient des forces vives de la vie d’une communauté.Nos fragilités personnelles et communautaires deviennent, au coeur de la mission, forces vives de résurrection.L’âge n’a rien à voir à l’affaire! L’adoration du retraité, la prière du malade, la sérénité du vieillard, l’ardeur et la belle naïveté des quelques jeunes préparent le terrain pour que naisse une autre façon d’être au service de l’Église.Rien ne se perd en régime de foi chrétienne.Des ouvriers se lèvent d’une façon inattendue.Les forces vives d’une communauté sont dans le coeur de tous ceux et celles qui continuent, peu importe l’âge, de répondre à l’appel de Dieu.À cause de nous, d’autres continueront à servir l’Église, pas comme nous, mais aussi bien que nous, à leur manière qui, comme la nôtre, sera inspirée par l’Esprit.Pas d’amerture, pas de regrets, pas de remords, pas de repliements sur soi.Dans la main de Dieu, continuons à mettre toute notre énergie au service de l’Église! Que nos critiques, que nos analyses, que nos échéanciers soient au service de l’espérance, soient recherche de la volonté de Dieu au milieu de nous.Oui, c’est vrai que notre histoire est traversée par une espérance.Quelque chose est en train de mourir et nous sommes appelés au nom de l’espérance, à assumer cette mort.C’est parce que nous nous sentons faibles que l’espérance prend toute la place dans la vie de nos Congrégations.Nous devons passer de l’assurance que nous donnaient nos moyens maté riels, à la gratuité de l’espérance qui nous permet de saisir, dans nos coeurs, la volonté de Dieu, dans toute sa pureté, sans risquer de la faire biaiser par des vues trop personnelles et trop humaines.C’est cela, risquer sa vie pour Dieu, risquer sa vie sur Dieu.Regardons en avant.Dieu n’a jamais, au grand jamais, déçu personne.Même si on a tout perdu ou presque, il nous reste le pouvoir d’aimer et d’inventer ensemble d’autres chemins de service, en apprenant toujours à être plus frères, plus soeurs, de sorte que nos communautés locales, nos fraternités, deviennent, d’une façon plus évidente encore, des lieux où l’espérance aura toujours un nom, une maison, un visage.86 L’avenir de notre communauté n’est probablement pas celui dont nous rêvons.Il sera engendré par l’Esprit qui a fait don de notre communauté à l’Église.Cet Esprit veut que notre communauté porte des “fruits qui demeurent”.Lui seul est maître de cet avenir qui nous surprendra.L’Esprit nous inspire des orientations à travers les sessions, les chapitres, les rencontres et le quotidien de notre vie fraternelle.C’est cet avenir qui doit nous attirer et qui est profondément enraciné dans nos engagements d’aujourd’hui.L’avenir de nos communautés est dans notre façon d’apprendre à vivre ensemble, en frères et en soeurs, sans repliement sur soi, sur sa cellule fraternelle, sur sa communauté.L’avenir de nos communautés est dans l’ouverture à tout ce qui peut faire naître la communion entre les membres qui la composent d’abord, puis entre les groupes communautaires, les laïcs associés et tous ceux et celles qui, avec nous, s’inspirent du charisme de la communauté qui est un don de l’Esprit Saint que nous devons retransmettre en héritage à ceux et celles que le Seigneur appelle.C’est être fidèle à sa vocation, à l’appel du Seigneur que de répondre en suscitant de nouvelles collaborations au charisme et à la mission de sa Congrégation.Il arrive souvent que, lors de certains chapitres, des religieux et des religieuses accusent leur communauté de manquer d’audace, de ne pas risquer dans des projets prophétiques d’Église, de ne pas oser, au nom de l’espérance, oser follement pour la gloire de Dieu.Ce n’est certes pas l’expérience que je vis depuis plus de 25 ans, en faisant la tournée des communautés religieuses.Au contraire, il n’y a pas de corps social qui a fait plus pour la société que les communautés religieuses.Que de risques avons-nous pris au nom de cette Bonne Nouvelle que nous avons toujours mission d’annoncer! Que de projets avons-nous mis sur pied pour être au service des plus pauvres, des plus petits! Que de personnes avons-nous libérées en ouvrant des centres de dépannage de tous genres pour les plus pauvres! Si l’heure est à la vérité, cessons de nous accuser mutuellement, de nous culpabiliser, de nous faire des reproches! Que notre travail, que nos initiatives, que nos implications fassent naître l’admiration et l’action de grâce, étant donné que ce que nous avons fait et ce que nous faisons dépassent l’entendement et révèlent la qualité de l’espérance qui nous habite.Nous avons notre place à l’intérieur du peuple de Dieu, dans la société, tant que nous garderons la passion de 87 cette Bonne Nouvelle à annoncer communautairement qui nourrit notre espérance en un Dieu qui ne cesse, à travers nos communautés, de réaliser ses promesses.Je ne dis pas qu’il n’y a pas de lourdeurs, qu’il n’y a pas de poussière, qu’il n’y a pas de gaucheries.Nous sommes comme tout le monde, marqués par le péché.Mais j’affirme, parce que je le crois, parce que je l’ai vu, parce que je vis au coeur d’une communauté, qu’il y a chez les religieux et chez les religieuses, beaucoup de générosité, un grand goût de dépassement et de gratuité, un amour évident pour les pauvres.Pourquoi?Parce que nous n’avons jamais cessé d’espérer, parce que l’Esprit est au coeur de nos vies.Avec Lui, dans de nombreux milieux, à travers le monde, nous avons fait naître l’inespéré.Et c’est pour cela, à cause de notre invincible espérance que, sur les cendres de notre histoire, naîtront, demain, les apôtres dont l’Église de Dieu a besoin.Il ne faut pas laisser le désenchantement, la morosité, la résignation, nous envahir.Il ne faut pas que la déception, l’amertume, le regret, le remords viennent étouffer en nous l’espérance.Nous vivons au coeur de l’Église et la volonté de Dieu nous est manifestée par l’action vivifiante de l’Esprit Saint qui engendre sans cesse l’Église dans la Vérité.“C’est l’Église, dit Jean-Paul II, qui reçoit la mission de reconnaître et d’approuver le charisme spécifique de chaque famille religieuse; et elle seule est médiatrice de la consécration religieuse de chaque personne.La dimension ecclésiale est absolument essentielle pour une compréhension juste de la vie religieuse.La valeur de la consécration des religieux et des religieuses, l’efficacité surnaturelle de leur activité apostolique dépendent toujours de leur communion avec l’Église” (À l’Union internationale des Supérieures générales, à Rome, le 9 mai 1989).Demain Laissons l’Esprit préparer l’avenir en nous.Ce qui est important, c’est que l’on demeure en habit de service auprès des personnes vers qui nous sommes envoyés.Nous portons cet habit de service parce que nous sommes déterminés à servir à cause de l’espérance qui nous habite, même si de nom breux signes la contredisent.88 Rappelons-nous ce que Paul disait aux Corinthiens : “Notre regard ne s’attache pas à ce qui se voit, mais à ce qui ne se voit pas; ce qui se voit est provisoire; ce qui ne se voit pas est éternel” (2 Co 4,18).Oser espérer, parce que la fécondité, même si elle est parfois invisible, puise sa force dans la prière, la souffrance, l’apparente inutilité.“Toute la fécondité de la vie religieuse dépend, dit Jean-Paul II, de la qualité de la vie fraternelle menée en commun.Plus encore, le renouvellement actuel dans l’Église et dans la vie religieuse est caractérisé par une recherche de communion et de communauté.” Religieux et religieuses, nous avons à apprendre à être frères, à être soeurs quotidiennement, à bâtir avec le Seigneur la communauté.“La réponse à cette invitation à édifier la communauté avec le Seigneur, avec une patience quotidienne, dit Jean-Paul II, passe par le chemin de la croix, suppose de fréquents renoncements à soi-même.” (La vie fraternelle en communauté n° 71).Nous nous sommes engagés sur le chemin des Béatitudes, sur le chemin des huit bonheurs proposés par Jésus.Chacune des Béatitudes propose un des aspects de la croix.“Je le sais parce que je le sens”, disait Teilhard.Oui, saisir avec son coeur, silencieusement et globalement, le mystère de l’appel et celui de la réponse.Ma réponse est aussi gratuite que l’appel.Je réponds parce que j’aime.Il n’y a que la prière parfois, pour réanimer en nous “ce trésor” de l’appel que nous “portons dans des vases d’argile”.Saint Thomas ne disait-il pas que “l’acte de l’intelligence se termine à l’image de la chose, cependant que la volonté aboutit à la chose elle-même”?Je fais confiance au coeur qui permet d’entreprendre des projets déraisonnables, au nom de l’espérance.C’est d’elle dont parlait saint Pierre, dans sa première épître, quand il disait qu’il fallait être prêt à témoigner spontanément de notre espérance à quiconque nous le demande.L’espérance m’ouvre à un futur.Il n’est pas question d’un futur que je programme, que j’encercle et définis dans mes prévisions, dans mes calculs.Ce futur n’est pas en fonction de mes influences, de mes ficelles politiques, de mes talents.Il est un don de Dieu! Ce futur laisse place à l’inattendu.Il dépasse aussi ce que nous pressentons.L’espérance passe par une attente historique concrète, que je peux mesurer, voir venir, mais elle me conduit encore plus loin, au-delà de mes rêves, de mes intuitions, car elle est un profond renouvellement intérieur qui exige une pleine confiance en un Dieu qui ne trompe pas, qui est fidèle à ses promesses.89 L’espérance chrétienne répond à l’aspiration au bonheur placée par Dieu dans le coeur de tout être humain.Elle assume les espoirs qui inspirent les activités des personnes.Elle les purifie pour les ordonner au Royaume (Catéchisme de l’Église catholique, n° 1817).La prière, la contemplation, le service des plus pauvres, la vie fraternelle, ouvrent le coeur à l’inattendu de la grâce.Faire confiance, c’est avoir la certitude que Dieu ne peut décevoir.Accueillir l’histoire comme une succession des merveilles de Dieu, c’est être plongé au coeur de l’espérance.La rareté des vocations et le vieillissement de nos communautés nous permettent d’entrevoir un certain avenir qui ne correspond pas à nos rêves.L’espérance chrétienne ne nous empêche certes pas de voir la réalité, mais elle oriente, elle canalise, en les purifiant, nos espoirs trop humains; elle nous rappelle aussi l’essentiel, qui est l’accueil de la Parole de Dieu, à travers les joies et les peines, les échecs et les succès.Elle nous permet de réorienter nos oeuvres en allant vers les plus pauvres, de donner une importance majeure à la vie fraternelle qui nous place en état de mission : Dire au monde brisé, cassé, que la communion est encore possible.Elle nous permet de prendre conscience que la qualité de la vie fraternelle est une force apostolique incomparable.L’Église nous rappelle que la communion fraternelle est déjà un apostolat et contribue directement à l’évangélisation.Ce n’est pas uniquement par nos oeuvres que nous accomplissons l’oeuvre de l’Église, mais c’est par notre façon d’être au Christ en vivant ensemble en son Nom.C’est parce que nous osons espérer que nous vivons dans la foi et l’amour tous ces changements, tous ces retournements, toutes ces conversions.C’est parce que nous espérons que nous interprétons le charisme de nos communautés à la lumière des urgences des Églises locales où nous oeuvrons.C’est parce que nous espérons que nous apprenons que la mission de notre communauté ne se confond pas avec ses formes d’expression précises.Vçus savez sans doute que la mission confiée à une communauté par l’Église est plus qu’une activité, elle est plus qu’une oeuvre.A la suite du Christ, toute notre vie est une mission.Le charisme d’une Congrégation ne se vit pas uniquement à l’école, si on est enseignant, ni dans les hôpitaux, si on est infirmier ou infirmière.Le charisme, c’est un don qui est fait à l’Église par l’Esprit pour la construction du Royaume.Il se manifeste au travers des oeu- 90 vres diversifiées, des lieux différents.C’est un souffle qui inspire, rend créateur, traverse nos communautés d’une présence qui nourrit l’espérance et nous plonge dans les promesses de Dieu.Vous le savez, le monde n’a plus besoin de nous comme spécialistes, comme chercheurs, comme enseignants.Aujourd’hui, avec le haut degré de scolarité, tous ces spécialistes que l’on rencontrait hier chez les religieux et les religieuses, et qui rendaient de fiers services à la société et à l’Eglise, on les rencontre maintenant en dehors de nos Congrégations et parfois, ils sont souvent plus compétents que nous ne l’étions.Nous avons été remplacés et magnifiquement.Il faut bien le reconnaître, nous avons fait de la suppléance noble et nécessaire.Aujourd’hui, plus que jamais, le monde a besoin de té moins qui révèlent, par leur présence, par leur façon d’être et d’agir, le Dieu vivant en Jésus-Christ.Le monde aura toujours besoin de nous sur le terrain de l’évangélisation.Sur ce terrain, nous ne prendrons jamais la place des autres.Paul VI le disait : “Plus que jamais, le monde a besoin de témoins, pas des maîtres, à moins qu’ils soient des témoins, qui révèlent des pages de la Parole de Vie, des témoins de l’espérance, des témoins de l’amour, des témoins de la foi”.En parlant de saint François, le Cardinal Godfried Danneels rejoignait mes convictions quand il affirmait récemment : «Ce dont l’Eglise a besoin, ce sont des saints comme François qui avait “un amour fou du Christ”.C’est tout.Un désir irrésistible d’imiter le Christ à la lettre avec un refus absolu de réécrire l’Évangile, d’écrire entre ses lignes ou dans sa marge pour édulcorer le caractère radical.D’où sa fameuse expression : Evangelium sine glossa.Pas de glose, mais le texte.Si le Christ affirme : “Joue droite, joue gauche”, n’ajoutez pas en note : “Oui, mais”.Vivez le texte dans sa nudité, et vous verrez.C’est cela François d’Assise.Notre époque a besoin d’un saint habité d’un amour fou du Christ, mais aussi de l’amour de l’Évangile.» Soyons des engendreurs de vie, des donneurs de vie.Soyons les uns pour les autres des forces de résurrection, des forces de relèvement.Et que nos communautés locales soient des lieux de ressourcement pour nous-mêmes et pour les autres, pour nos interlocuteurs, pour nos voisins, pour nos parents et nos amis, pour nos associés, pour tous ceux et celles qui cherchent à donner un sens à leur vie, de sorte que le charisme de nos congrégations se transmettent et demeurent toujours au 91 service du Royaume.“La sainteté des religieux, des religieuses, dit Jean-Paul II, est inexorablement liée à la qualité de la vie fraternelle, de la vie communautaire”.Que notre communauté locale, à cause de nous, puisse être et devenir une source inaltérable d’espérance! Si une relecture de ta vie, de l’histoire de ta communauté, d’une biographie de ton fondateur ne réussit pas à susciter en toi l’action de grâce, la paix, la joie et l’espérance, si les interventions de Dieu au détour de ta vie ne semblent pas assez évidentes, assez fortes, pour faire lever l’espérance, si, malgré la prière, la méditation, le silence et la contemplation, la tristesse, le découragement, le désenchantement, la morosité t’envahissent, il faut que tu te fasses accompagner avant même de remettre en question ton option de vie, tes promesses, tes engagements.Toute personne, à un âge ou l’autre, vit des événements déstabilisateurs qui chambardent le cours d’une vie.Pour t’aider à faire la lumière dans ta vie, tu as besoin d’un bon discernement que tu fais avec un accompagnateur.On attribue ce dicton à Saint Antoine : “Je connais des moines qui, après avoir supporté beaucoup de labeurs, sont tombés, parce qu’ils avaient négligé le précepte de Celui qui dit : “Interroge ton père et il t’enseignera, les anciens, ils te le diront” (Dt 32, 7).On ne peut pas facilement se passer d’un accompagnateur, si l’on prend au sérieux son aventure spirituelle.“Bien sûr, dit Dom André Louf, Dieu saurait toujours conduire quelqu’un, par des voies directes, mais à l’ordinaire, il n’agit pas ainsi.Pour celui qui désire pénétrer quelque peu dans l’épaisseur de l’expérience spirituelle, un certain accompagnement s’impose.Et non seulement au début mais encore plus tard, surtout lorsque, sous l’action de l’Esprit Saint, quelqu’un est invité à faire un pas en avant sur le chemin de Dieu”.Et souvent, c’est cette invitation qui cherche à se manifester lorsque je traverse des nuits du coeur où se prépare, dans la douleur de l’âme, un moment de purification qui permet la croissance spirituelle, en franchissant une autre étape.Mais si l’on vous dit : “Je n’ai pas d’accompagnateur, ils sont si rares”, vous répondrez par cet adage hindou : “Quand le disciple est prêt, le maître apparaît”.Un conseiller, un accompagnateur, peut ouvrir ou réouvrir les portes de notre coeur à l’espérance, en faisant découvrir des chemins nouveaux de la confiance en soi, dans les autres et en Dieu.Un conseiller aide à dédramatiser certains événements de la vie qui semblent étouffer le dynamisme, tuer les rêves, 92 amortir les audaces.On découvre souvent que la traversée du risque et de l’abîme n’est qu’une autre formulation de l’appel du Seigneur.Après-demain Qui aurait dit, il y a une trentaine d’années, que nos communautés auraient le visage qu’elles ont aujourd’hui?Qui aurait dit qu’aujourd’hui, les chargés de communautés paroissiales seraient un frère ou une soeur?Qui aurait dit que nous partagerions nos responsabilités, même celles qui étaient les plus intimes à la communauté, avec nos frères et soeurs baptisés?Qui aurait dit que nous accueillerions des associés qui, sans être spécifiquement membres de la communauté, feraient partie de notre famille religieuse?Qui aurait dit que les religieux et les religieuses, un jour, baptiseraient, distribueraient la communion, animeraient des communautés chrétiennes, seraient conseillers et conseillères spirituels?Qui aurait dit que la majorité serait des femmes dans nos facultés de théologie?Qui aurait dit que le sacrement du pardon serait un jour célébré communautairement?Qui aurait dit que nos célébrations liturgiques pourraient être réaménagées pour favoriser une plus grande participation des chrétiens et des chrétiennes?Qui aurait dit que nos chanceliers, nos responsables diocésains de l’enseignement catéchistique, nos coordinateurs de la pastorale pourraient un jour être un frère, une soeur, alors que ces fonctions étaient réservées à des chanoines ou à des prélats domestiques, à des petits Monseigneurs?Qui aurait dit que dans nos communautés, un frère, une soeur qui était vouée aux travaux manuels pourrait un jour devenir supérieur-e?Un jour, on demandait au Cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines - Bruxelles : “Prévoyez-vous une remontée des vocations?” Il répondit : “Affirmer qu’il y en aura un jour beaucoup me paraît aussi insensé que de dire qu’il n’y en aura plus.Mais l’histoire se rit de tout déterminisme, dans la mesure où ni la liberté de l’homme, ni la grâce de Dieu - toutes les deux à prendre en compte - ne sont pas déterminables.La grâce de Dieu s’entend à déjouer toutes les extrapolations sociologiques possibles”.L’Esprit Saint n’a pas fini de faire naître de nouveaux charismes, de faire jaillir de nouveaux ministères dans l’Église.Et ceux-ci prolongeront notre charisme communautaire, à cause de ce que nous aurons vécu dans l’espérance.L’amour qui s’exprime par la vie fraternelle vécue communautairement, la communion, la solidarité, ne 93 passeront jamais.L’Esprit Saint est à l’oeuvre.“Vous allez recevoir une force : l’Esprit Saint va descendre sur vous et alors, vous serez témoins jusqu’aux extrémités de la terre” (Ac 1, 8).“Que votre coeur cesse de se troubler et de craindre.Je ne vous laisserai pas orphelins.Je demanderai à mon Père de vous envoyer l’Esprit, l’Esprit de vérité.Il vous enseignera tout.et II sera avec vous pour toujours” (Jn 14).“Sans fléchir, continuons à affirmer notre espérance, car II est fidèle, Celui qui a promis” (He 10, 23).C’est au Nom du Christ que nous avançons vers un avenir qui lui appartient, qui nous sera révélé progressivement par l’Esprit.Vouloir récupérer le passé, c’est aller à l’encontre de l’espérance.Que l’avenir qui nous est assuré par l’Esprit ne soit pas étouffé, ni retardé par notre nostalgie! Que les interventions de l’Esprit, au cours de notre histoire personnelle et communautaire, nous remplissent de confiance en l’avenir! Tout mouvement d’espérance enrichit la vie, parce qu’il nous garde attentif aux signes de l’Esprit.A quoi servirait toute la richesse de notre passé, si l’Esprit Saint ne nous ouvrait pas largement les portes de l’espérance?Je termine par ces paroles que ne cesse de répéter l’Évangile : “Ne crains pas, n’aie pas peur.Celui qui croit en moi, même mort, il vivra Ne crains pas le lendemain, ni le surlendemain.Ne démissionne jamais.Peu importe ce que sera la vie religieuse, peu importe les formes nouvelles de la vie religieuse, il faut tout mettre en oeuvre pour faire don aux Églises locales où nous sommes envoyés du charisme que l’Esprit Saint a fait naître dans le coeur de nos fondateurs et de nos fondatrices.Dieu continue d’appeler.L’Esprit Saint continue de donner la force de la réponse et fait don de la fidélité à ceux et celles qui acceptent de se mettre à la suite du Christ.Comme disait saint Augustin : “Faire tous les efforts possibles comme si tout dépendait de nous et ensuite, s’abandonner, comme si tout dépendait de Dieu”.La vie de chacune des communautés s’inscrit dans la large vision de tous ceux et celles que le Seigneur appelle à sa suite.Tous les efforts qui se font présentement par l’un ou par l’autre des membres d’une communauté peuvent éclairer l’avenir de la vie religieuse qui se situe au coeur de l’Eglise.La vie présente des religieux et des religieuses est pleine d’avenir pour l’Église parce que Jésus Christ continue d’appeler.Démissionner, c’est refuser de croire en l’appel du 94 Seigneur qui a le pouvoir d’ouvrir les coeurs à l’engagement, ici et maintenant, parce qu’il est créateur d’amour, de générosité et de fidélité.Inventer sa fidélité en étant attentif à l’Esprit qui s’adresse à nous par des voix médiatisées, porteuses de vérité.Ma vie, que je consacre à Dieu, peu importe les modalités, ne peut pas ne pas avoir d’avenir.Vivre d’espérance, c’est déjà croire en ce que je suis comme baptisé et religieux.C’est déjà croire en la mission qu’on m'a confiée communautairement en m’envoyant travailler au service des autres.La prière, la contemplation, la gratuité, le don de sa vie, seront toujours des fruits de l’Esprit et c’est pour cela que j’affirme que l’espérance est le plus grand et le plus beau risque des religieux et des religieuses d’aujourd’hui.Au-delà du spectre des statistiques qui n’ont rien de bien rassurant, il y a l’Esprit qui travaille et nous contrarie parce qu’on n’a pas encore réussi à l’enfermer dans nos prévisions, dans nos sondages, dans nos organigrammes.Ce qui importe, avec la grâce de Dieu, c’est que nous devenions des saints.Comment gérer notre quotidien avec, au coeur, un immense désir de faire la volonté de Dieu?.La réponse à cette question va bien plus loin que nos statistiques.La réponse à cette question révèle la qualité de notre confiance en Dieu, de notre espérance, qui oriente vers un avenir qui ne peut pas décevoir.“La détresse elle-même fait notre orgueil, puisque la détresse, nous le savons, produit la persévérance; la persévérance produit la valeur éprouvée; la valeur éprouvée produit l’espérance; et l’espérance ne trompe pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l’Esprit qui nous a été donné” (Rm 5, 5).Lumen Gentium, au n° 44, nous affirme que “l’état de vie constitué par la profession des conseils évangéliques, s’il ne concerne pas la structure hiérarchique de l’Église, appartient cependant sans conteste à sa vie et à sa sainteté”.Le Synode sur la vie religieuse, non seulement fait sienne l’affirmation de Vatican II, mais l’explicite et l’approfondit en affirmant, dans son message final, que “la vie cçnsacrée, comme telle, est permanente et ne peut jamais manquer à l’Église; les formes institutionnelles, au contraire, peuvent être transitoires; aucune d’entre elles n’est éternelle”.Est-ce à dire que l’Église ne peut exister sans la vie religieuse?La vie religieuse est-elle une structure de l’Église ou une structure 95 dans l’Église?Le Synode affirme que la vie religieuse appartient à la nature, au mystère, à l’essence de l’Église.La vie religieuse “manifeste donc la richesse inépuisable de la sacramentalité de l’Église”.Est-il nécessaire de dire, comme dernier mot, que cette affirmation est de nature à nourrir encore nos raisons d’espérer?René Pageau, C.S.V.Presbytère des Iles 199 Ch.de la Traverse St-Ignace-de-Loyola (Berthier) Qué.J0K2P0 96 L’ENGAGEMENT PROPHÉTIQUE DANS LA VIE ÉCONOMIQUE* P.Benoit Fortin, capucin Le monde en état de violence et d’appauvrissement où la vie est menacée pose la question de Dieu d’une manière brutale: “Ton Dieu que fait-il donc?” (Ps.42).Ce n’est plus la question de l’existence de Dieu qui nous arrive, mais celle de sa présence.Notre recherche de Dieu et notre suite du Christ dans l’engagement religieux sont remises en cause.De plus, la dynamique actuelle de mondialisation de l’économie, axée sur la concurrence et les lois du marché, contredit le plan de Dieu.L’homme et la femme créés à l’image de Dieu sont sacrifiés dans cette opération marchande où les personnes sont oubliées.C’est la négation même de Dieu et de son projet.Comment être prophète dans ce monde d’appauvrissement et de violence?Comment faire arriver le Règne dans la vie économique?Notre engagement prophétique face à la situation de l’économie actuelle doit s’enraciner dans la redécouverte du Dieu de la Vie et dans la prise au sérieux de notre suite du Christ pauvre.Résumé de conférences données lors d’une rencontre internationale des économes des Petites Soeurs de l’Assomption, Paris, mars 1995.97 1.Notre Dieu est le Dieu de la Vie, le Dieu des pauvres: Notre Dieu s’est révélé dans une histoire comme un Dieu solidaire des appauvris.Sa connaissance nous conduit à opter avec lui pour une société plus juste et à combattre tous les pharaons qui, par les structures de péché, génèrent l’appauvrissement et l’inégalité, a - Le Dieu de la Vie a un projet de vie en abondance pour son peuple.Il a tout créé à son image.Quand sa créature est blessée et défigurée, son projet est mis en cause.Dieu se situe carrément avec les petits et les exclus.Il se tient là où la vie est menacée, mais aussi là où la vie repart.“Il n’y aura pas de pauvre chez-toi” (Deut.15,4).Il est le Dieu protecteur du faible (Ps.68) et les droits des pauvres sont des droits divins.Tout ce qui contredit la vie, la faim, la misère, l’injustice, le pouvoir, etc.constitue un refus de l’éthique du Royaume de Dieu.Le Dieu de la Vie s’oppose à un projet de société où la mort de millions d’enfants est programmée, où des millions d’hommes et de femmes meurent chaque année avant leur temps parce qu’ils n’ont pas le pain quotidien.b - La révélation du vrai Dieu est liée à la libération des pauvres et des opprimés.Comment connaître Dieu puisque “personne ne l’a jamais vu” (1 Jn 4,12)?C’est dans un événement que Dieu s’est manifesté d’une manière éclatante.Il est le Dieu Solidaire qui ouvre l’avenir des pauvres.Ils ne seront plus seuls dans leur misère car Dieu est avec eux.Dans l’événement de l’Exode, Dieu se fait connaître comme celui qui entend et fait sortir son peuple.Il est le Libérateur.Il se démarque des idoles qui ne bougent pas avec les pauvres (Ps.115).C’est l’événement fondateur qui marquera toute l’existence de Dieu avec son peuple.Dieu est nommé par l’action libératrice en faveur des opprimés.“J’ai vu, j’ai vu la misère de mon peuple qui réside en Égypte.J’ai prêté l’oreille à la clameur que lui arrachent ses surveillants.Certes, je connais ses angoisses.Je suis résolu à le délivrer de la main des Égyptiens et à le faire monter de ce pays vers une région plantureuse où ruissellent lait et miel” (Ex.3,7-12).La relation aux pauvres fait partie de l’existence de celui qui rencontre Dieu.Notre connaissance de Dieu est réelle si nous agissons aujourd’hui avec ceux et celles qui sont le peuple opprimé en vue d’une vie meilleure.En se plaçant du côté des victimes, Dieu montre son vrai visage.Dans chaque célébration, Israël se souviendra du Dieu qui l’a fait sortir de l’Égypte, mais qui continue d’être au coeur de sa libération.98 c - La pratique de la justice est liée à la connaissance du vrai Dieu.La foi d’Israël se structure en fonction de l’événement de l’Exode et les actions de solidarité deviennent les signes de l’appartenance au Peuple de Dieu.Les prophètes ont souvent rappelé que connaître Dieu, c’est faire la justice.Le vrai culte s’enracine dans une action pour un changement en faveur de ceux et celles dont la vie est menacée.Le jeûne que Dieu aime exige un engagement libérateur (Isaïe 58; Ps 145).Actualisant dans l’histoire la mémoire de la solidarité de Dieu, les prophètes rappellent que celui-ci est plus sûrement rejoint dans la défense des pauvres que dans la pratique cultuelle ou le jeûne (Isaïe 1, 12-17; Jér.22,3).La mémoire d’Israël est sans cesse provoquée: “Je suis Yahvé ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte”.Le peuple devra passer aux actes dans son comportement personnel et collectif.L’injustice est une injure envers Dieu et requiert des changements qui touchent la vie économique.“Tu ne porteras pas atteinte au droit de l’étranger et tu ne prendras pas en gage le vêtement de la veuve.Souviens-toi que tu as été en servitude au pays d’Égypte et que Yahvé ton Dieu t’en a racheté.Aussi je te prescris de mettre ce précepte en pratique” (Deut.24,17).Israël devra vivre la justice comme signe de sa connaissance de Dieu pour rendre un culte véritable.Les lois sociales de solidarité des années sabbatiques et jubilaires viendront régulièrement rétablir la justice.La foi au vrai Dieu exige un engagement libérateur avec les victimes de tous les temps.Au temps de l’exil à Babylone, le peuple de Dieu a dû renoncer aux idoles de la société d’abondance pour ne pas perdre l’espérance et se remettre en route.Les prophètes l’ont invité à refuser une société qui sacrifie les personnes.(Ezéchiel 22).2.Suivre le Christ pauvre aujourd’hui: Le fond de la spiritualité chrétienne est de suivre Jésus pauvre, crucifié et ressuscité aujourd’hui.Nous répondons à un appel à tout laisser pour être avec lui, à tout vendre pour acquérir la perle précieuse.Il ne suffit pas de le suivre, de l’imiter, mais aussi de l’accompagner dans l’histoire et d’entrer dans ses options et son projet.Nous devons devenir des disciples qui entrent dans son projet dans l’histoire.a - Jésus est venu pour la vie en abondance du peuple.Jésus est venu dans la chair et le sang de l’histoire exprimer la solidarité de Dieu avec les exclus.Le Dieu de la Vie est devenu l’un de 99 nous, se situant dans l’histoire et le sang, comme dans une SOLIDARITÉ DE CHAIR avec ce que l’homme souffre, construit et rêve.“Je suis venu pour que vous ayez la vie en abondance” (Jn 10,10).Il vient pour combler l’attente des pauvres et rétablir la justice (Luc 4, 18-20).Par sa Résurrection, il a proclamé la victoire décisive de la vie sur toutes les formes de mort.Dans cette humanité “menacée de Résurrection”, les chrétiens et les chrétiennes doivent veiller à la réalisation des promesses célébrées par le Magnificat de Marie.Toute la pratique de Jésus est centrée sur cette annonce d’une Bonne Nouvelle pour les pauvres.Il se situe dans l’espérance d’Israël et la dynamique de l’année sabbatique.b - Jésus s’est fait pauvre de la Crèche à la Croix.( 2 Cor.8,9) Il s’est abaissé dans l’appauvrissement (Phil.2, 6-8).Il a demandé à ceux et celles qui le suivaient de choisir un seul maître: Dieu ou Mammon (Mt 6,24).Il a proclamé les pauvres bienheureux.Il a été dur pour les riches enfermés dans leur suffisance.Il est venu du côté des exclus et s’est tenu avec les marginaux.Il est le serviteur souffrant, le Juste (Isaïe 45,8).Ceux et celles qui veulent le suivre doivent se libérer pour aller jusqu’au bout avec lui.Zachée et le jeune homme riche (Luc 19, 1-10 et 18, 18-23) ont été mis devant des décisions économiques.Zachée a dû montrer sa volonté d’entrer dans la vie en faisant des ruptures dans son comportement avec les pauvres.Le jeune homme riche est resté tristement en chemin.La voie radicale de l’Évangile exige de se libérer des biens matériels et d’opter pour les pauvres.c - Il s’est identifié aux pauvres.Le pauvre devient le sacrement du Dieu vivant.Ce qui est fait au plus petit est fait à Jésus lui-même (Mt 25, 34-40).Le peuple des pauvres devient le Corps du Christ dans l’histoire.On est vraiment avec le Seigneur dans les pauvres lorsqu’on travaille avec eux contre la pauvreté qui marginalise et écrase.La passion pour Dieu se vit dans la passion pour l’homme et la femme appauvris et opprimés.Jésus a vécu la compassion devant le peuple souffrant et il est passé à l’action pour le délivrer.Il a remis en question les systèmes opprimants et a été assassiné pour ses options sociales et économiques.Il fut signe de contradiction.100 d - Jésus annonce un temps nouveau: Jésus ne s’annonce pas lui-même, il annonce un Règne.C’est l’utopie messianique.Les pauvres auront de bonnes nouvelles, le temps de grâces s’en vient.“Les temps sont accomplis, le Règne s’est approché.Croyez à cette heureuse nouvelle” (Mc 1,14).Les temps vont changer, car l’Évangile est une intervention de Dieu qui modifie le monde et qui peut être constatée: les boîteux marchent, les aveugles voient, les morts ressuscitent, les péchés sont pardonnés.Les événements en faveur des pauvres montrent que le règne de Dieu est déjà arrivé (Le 17,21 ; Mt 11,2-6; Luc 4, 16-22).e - La première communauté chrétienne mue par l’Esprit de Jésus ressuscité a pris la relève.Une pratique économique nouvelle est instaurée.Cette communauté qui “n’a qu’un coeur et qu’une âme mettait tout en commun” et célébrait son Dieu.Cependant ce qui fait le coeur de cette façon de vivre c’est de faire en sorte que “nul ne soit dans le besoin” (Ac.4,34).Les disciples d’Antioche avaient la même préoccupation quand ils décident d’organiser une collecte en faveur des frères de Jérusalem (Ac.11, 27-30).Paul n’acceptera pas qu’on célèbre l’Eucharistie dans l’inégalité (1 Cor.11, 17-23).L’Esprit de Jésus, le Paraclet, l’Avocat (Jn 16, 7-11) anime la communauté dans cette nouvelle pratique économique et cette solidarité avec les pauvres.Celui que la liturgie appelle Père des pauvres sera au coeur des libérations, partout où des hommes et des femmes se redresseront ensemble dans la dignité pour marcher vers une vie meilleure.3.Vivre et lutter pour le Règne: La vie religieuse doit se situer dans cette dynamique de vie et de lutte pour que la vie triomphe, même dans la vie économique.La vie religieuse prophétique se situe dans cette libération pour le Règne.Nous avons voulu nous rendre totalement libres pour que le Règne arrive.Nous choisissons la vie de disciple et nous assumons les conséquences sociales, affectives et économiques de ce projet.“Il est le chemin, la vérité et la vie” (Jn 14,5).Quand Jésus fait signe, il faut tout quitter pour l’accompagner dans sa route.Il faut être prêt à laisser “les morts ensevelir les morts” (Mt 8, 21-22), à quitter sa famille et sa terre (Luc 14, 25-35), à vendre ses biens et à les donner aux pauvres (Mc 10,21) à renoncer au mariage (Mt 19, 10-12), enfin à suivre Jésus sans aucune condition.101 Une option pour la vie en abondance Les voeux ne sont pas des détachements de choses, mais plutôt des façons de s’attacher à quelqu’un pour que son Règne arrive.C’est une voie de libération totale et dangereuse pour que la vie triomphe malgré les structures de péché et de mort.Les voeux doivent être relus à partir de cette conjoncture des pauvres.Nous sommes libérés pour la lutte contre les forces de mort, contre les pharaons et les idoles pour que la vie germe en modèles nouveaux.Notre vie fraternelle est une première annonce de cette vie nouvelle que nous espérons.Elle illustre de nouveaux rapports de fraternité et une façon de vivre l’économie.Elle conteste les supposées valeurs de la loi du marché: compétition, marchandises, rendement, profit.Elle est une société qui annonce l’égalité, la gratuité, le partage.Elle réintègre les exclus, le plus fort ne gagne plus.Nous vivons et combattons la pauvreté à la suite du Christ pauvre en solidarité avec les pauvres.Nous faisons le voeu de liberté et de solidarité pour que la vie triomphe, pour que le Règne arrive.Dans ce monde de mondialisation, nous devons réinterpréter ce voeu de pauvreté qui nous coupe souvent des grandes angoisses de notre temps et nous fait vivre dans une confortable indifférence.La chasteté nous fait risquer notre vie dans la fidélité au peuple des pauvres.Elle nous garde en état de passion et de séduction à la suite du Christ pour que le monde nouveau arrive.Nous ne sommes pas dans la vie religieuse pour avoir des siestes plus tranquilles ou pour avoir plus de temps pour élever des petits poisssons rouges.Nous sommes appelés à vivre dangereusement pour que la vie et l’amour triomphent.L’obéissance devient une disponibilité fondamentale aux signes de notre histoire et une vigilance aux cris des pauvres.Comme Jésus obéissant jusqu’à la mort, nous sommes invités à aller jusqu’au bout avec les pauvres.Les voeux, qui ne sont pas des fins en soi, sont des moyens pour accompagner le Christ pauvre, crucifié et ressuscité dans notre histoire pour que le Règne arrive.4.Être prophète dans l’économie: Nous devons assumer les conséquences économiques de notre engagement prophétique.Il est important de se situer dans les courants prophétiques du monde qui veulent une économie alternative.A partir de notre engagement chrétien, nous ne pouvons pas tolérer l’état actuel de l’économie mondiale.Nous devons dire non par 102 notre façon de vivre et notre action à ce monde néo-libéral.Avec les hommes et les femmes de bonne volonté, nous devons agir pour qu’une société différente apparaisse.a - Une économie solidaire: La mondialisation du commerce nous conduit à la catastrophe en accélérant la montée du chômage et en élargissant le gouffre qui sépare les riches et les pauvres.C’est par la solidarité que la justice sera rétablie.L’économie doit être évangélisée et être au service des personnes.La situation est urgente, comme on vient de le souligner au sommet mondial sur le développement social de Copenhague.L’avenir sera communautaire ou ne sera pas.Cette vision alternative de l’avenir du monde a un certain nombre de traits.Un nouvel ordre économique international: Il est évident qu’il faut un nouveau contrat social entre les peuples pour une réelle redistribution de la richesse.Le groupe de Lisbonne propose “des contrats de partenariat” respectant des principes universellement reconnus, comme la liberté, la justice sociale et la protection de l’environnement.C’est la mondialisation de la solidarité qui devrait permettre aux peuples de sortir de l’impasse actuelle.Nous devons arrêter d’être gouvernés par des banques, alors que les gouvernements nous apparaissent souvent comme des marionnettes.C’est le droit à la citoyenneté qui est mis en question.Des mécanismes et des institutions repensés: Il faut démocratiser des institutions comme le FMI et la Banque Mondiale de façon à ce que les pays du G-7 ne puissent plus , à toutes fins pratiques, y exercer un veto.Plusieurs défis seront à affronter: établir un commerce international plus juste, régler la dette du Tiers-monde, contrôler des flux de capitaux et taxer des transactions uniquement spéculatives, réformer la fiscalité et mettre en place de nouveaux modèles de développement durable.C’est tout un nouveau projet de société qui est en cause.Nous devons nous situer dans cette dynamique de l’économie solidaire.b - Quelques critères pour agir: La destination universelle des biens: La destination universelle des biens prend appui sur l’égalité de tous les hommes et les femmes créés à l’image de Dieu.Cette réalité est reconnue par toute la société.“Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits” (Déclaration universelle des droits de l’homme, art.1).Les Pères de l’Église sont allés très loin dans leur affirmation.“Lorsque nous donnons aux miséreux ce qui 103 leur est nécessaire, nous ne leur faisons pas de largesses, nous ne faisons que rendre ce qui leur appartient” (Saint Grégoire le Grand).En cas de nécessité, tout est commun.Nous sommes les gérants des biens que nous avons reçus.Ce que nous avons de trop appartient aux pauvres.Cette perspective a été reprise par Vatican 11, dans l’Église dans le monde de ce temps, no 69.“Dieu a destiné la terre et tout ce qu’elle contient à l’usage de tous les hommes et de tous les peuples.c’est pourquoi l’homme, dans l’usage qu’il en fait, ne doit jamais tenir les choses qu’il possède légitimement comme n’appartenant qu’à lui, mais les regarder aussi comme communes.Devant un si grand nombe d’affamés de par le monde, le concile insiste auprès de tous et auprès des autorités pour qu’ils se souviennent de ce mot des Pères: Donne à manger à celui qui meurt de faim car, si tu ne lui as pas donné à manger, tu l’as tué.’.” L’enseignement social de l’Église d’aujourd’hui, particulièrement Paul V1 et Jean-Paul 11, nous rappelle cette dimension collective des biens.La solidarité avec les pauvres: Les politiques sociales et économiques doivent être jugées du point de vue du pauvre.A partir du pauvre et avec lui, nous devons entrevoir l’avenir.Cette option préférentielle pour le pauvre est le grand test de notre foi et de la vérité de notre culte.Nous sommes liés à la vie du pauvre.Notre style de vie devrait se référer à celui des pauvres de notre milieu.Nous devons vivre la compassion pour le peuple appauvri et agir pour un changement.Les pays chrétiens qui vivent dans l’opulence devraient être provoqués à vivre autrement.Notre vocation prophétique Notre vie doit illustrer un nouveau rapport avec les biens et l’argent.Nous rendons visible une autre façon d’user des biens de ce monde.Nous avons tout quitté et Dieu nous suffit.Nous devons repenser notre façon de voir la Providence et risquer davantage avec Dieu.Notre action pour bâtir des modèles économiques différents fait arriver le monde nouveau sur ce terrain.La première communauté chrétienne a eu ce souci de l’économie solidaire.La folle séduction de l’engagement religieux nous conduit à oser vivre autrement.La charité fraternelle Nous devons garder les biens qui sont nécessaires pour le service des frères et des soeurs.Le devoir fraternel est aussi une exigence de notre charité.La question du nécessaire et du superflu est souvent un piège, car elle cache notre peu de solidarité concrète avec les pauvres.104 Vivre en pauvre nous fera toucher une certaine insécurité.Le centuple ne nous a pas été promis pour tout de suite.c - Être pauvre: 1 - Avoir un stvle de vie simple: Se libérer de l’abondance et de la société de consommation.Renoncer aux idoles et se démarquer de l’idéologie du libre-marché: rentabilité, compétition, profit, etc; rompre avec la classe moyenne aisée.Se référer au style de vie des pauvres dans la nourriture, l’habitation, les achats, les fréquentations.Vivre la réalité économique d’une façon alternative.2 - Dénoncer la logique de l’argent: La communauté par sa vie remet en question l’organisation néolibérale de la société.Il faut se dissocier dans la pratique des riches et des politiques qui causent l’appauvrissement.Il y a un rôle politique important à jouer dans cette critique de la société.Nous disons non à une société qui fabrique les pauvres en faisant des choix basés sur le libre marché.Voir clair dans les systèmes économiques et être en état de vigilance avec les pauvres.S’informer et analyser à partir du point de vue du pauvre.Le prophète doit prendre la défense de la vie du pauvre et annoncer un temps nouveau.Comment chasser les voleurs du temple qui sont sur nos routes?Trop souvent, nous péchons en politique par omission et complicité.3 - Être solidaire des pauvres: Le partage des biens et ressources avec les pauvres est une nécessité de notre foi chrétienne.Les formes d’engagement peuvent être multiples.L’autre est mon frère et ma soeur.Nous sommes membres les uns des autres ( 1 Cor.12,24).Il faut agir pour que l’amour solidaire de Dieu devienne visible.C’est par la vie concrète partagée et le partage que notre engagement devient bonne nouvelle pour le monde.d - Agir avec les forces de changement: Notre mission prophétique nous amène à discerner les forces de vie à l’oeuvre dans notre monde.L’Esprit du Ressuscité est en travail dans ce monde en enfantement.Nous voyons la vie en marche dans des mouvements et des groupes.Nous devons être là où la mort agit, mais aussi là où la vie avance.1 - La solidarité avec les groupes qui travaillent à des alternatives dans la ligne du développement durable, de la recherche non-violente de la paix, de la création d’emploi et de la solidarité devient primordiale.Nous devons appuyer de toutes nos forces toutes ces mouvances prophétiques.105 2 - Proposer des alternatives sur le terrain économique.Il y a plusieurs expériences de coopératives et d’organisations qui favorisent la dignité et la prise en charge.La mise sur pied de modèles alternatifs de développement économique est nécessaire pour faire éclater le modèle néo-libéral.L’espérance est très vivante dans ces nouvelles formes de prise en charge dans le domaine économique.3 - Se servir de l’argent pour faire avancer le Règne.Les placements alternatifs sont des pistes à explorer.Il faut se servir de l’épargne pour faire arriver le monde nouveau promis.Dans différents pays, des expériences sont en marche.L’économie solidaire est en train de faire son chemin dans cette économie en état de péché mortel.e - Divers niveaux d’action: Nous devons agir dans la ligne d’un nouveau projet de société basé sur l’équité, la démocratie et la solidarité.Les économes ont une fonction prophétique face à l’économie.L’action est à divers niveaux dans la communauté.1 - La responsabilité personnelle: Chaque membre d’une communauté doit rapatrier l’économie dans sa vie.Il y a une étape de conscientisation à vivre face à l’usage des biens et de l’argent.La formation à l’économie pour déchiffrer les réformes actuelles deviennent nécessaires pour vivre un prophétisme réel dans la vie économique.Il y a le danger de vivre dans un monde en dehors de l’économie dans l’indifférence au sort des millions d’êtres humains qui sont écrasés par la misère.2 - La vie fraternelle: La fraternité est le lieu privilégié de la mise en commun pour incarner une nouvelle façon de se situer face aux pauvres et à la vie économique.Tout en se démarquant de la société d’abondance qui exclut les pauvres, elle est le lieu de la prise en charge économique et des alternatives.Il n’y a pas de pauvreté véritable sans vie communautaire intense.C’est pourquoi chaque communauté doit être stimulée à formuler un projet de fraternité prophétique.C’est le lieu véritable de créativité et de solidarité.3 - La vie internationale: Une communauté internationale doit aussi activer ses mécanismes qui la démarquent de la dynamique capitaliste.Elle assure le lien entre les soeurs des pays riches et des pays pauvres et en fait un modèle concret de mondialisation de la solidarité.La communauté n’est pas une petite multinationale religieuse.Elle doit aussi faire advenir le Règne dans la réalité internationale.106 Conclusion: Le temps est favorable pour une intervention prophétique.Dans cette société de concurrence et d’exclusion, nous devons donner un visage nouveau à l’espérance.L’économie est un terrain à évangéliser et à mettre au service des pauvres.Notre vie religieuse prophétique se situe dans ce courant d’économie solidaire.Le pain quotidien de l’humanité passe par la redistribution équitable des richesses.Encore aujourd’hui,nous devons choisir entre Dieu et Mammon.Nous sommes les témoins d’un Dieu qui nous demande aujourd’hui de nous situer avec les hommes, les femmes et les enfants de nos Égyptes modernes pour faire sortir son peuple.Dans ce monde de libre marché, notre prophétisme se vit sur le terrain économique.Dieu a opté avant nous et l’Esprit de Jésus est au coeur de toutes ces alternatives d’économie solidaire.Benoit Fortin, capucin 165, rue Kent Hull, Qué.28Y 3K9 107 «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?» (Mt 27:46) QUAND LA PAROLE DE DIEU ASSUME NOS CRIS.Francine Bigaouette, o.p.Cette année, l’Église, dans sa liturgie dominicale, célèbre la Bonne Nouvelle de son Seigneur en se mettant à l’écoute de l’évangile de Matthieu.C’est donc dire qu’à l’occasion du dimanche des Rameaux, qui ouvrira bientôt la Semaine Sainte, nous serons convoqués comme disciples du Christ à faire mémoire de son entrée à Jérusalem et de sa passion en suivant le récit de Matthieu.Dans cet évangile (ainsi que dans celui de Marc), l’unique parole que nous retrouvons sur les lèvres de Jésus crucifié est ce cri étonnant, saisissant, clamé au terme de trois heures d’obscurité: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?» (Mt 27:46).Ce cri, jailli des profondeurs du coeur souffrant de Jésus, peut exercer une puissante impression sur l’auditeur de la Parole.Saurons-nous, en ce dimanche des Rameaux 1996, nous laisser atteindre, toucher par ce cri?Saurons-nous y découvrir la signature ultime du consentement de Jésus à connaître jusqu’au bout, par fidélité à sa mission reçue du Père et par amour pour nous, ce qui fait notre condition humaine?Saurons-nous mettre en application la parole du Père entendue lors du deuxième dimanche du Carême, celui de la Transfiguration: «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur, écoutez-le » (Mt 17:5).108 Pour écouter ce cri avec l’oreille du disciple qui sait que Jésus seul a les paroles de la vie éternelle (cf.Jn 6:68), je vous propose ici un chemin: laisser ce cri résonner en vos coeurs dans l’atmosphère même où Matthieu nous l’a transmis.1 1.Par son cri d’abandon, Jésus répond à ceux qui le somment de descendre de la croix «Toi qui détruis le Sanctuaire et en trois jours le rebâtis, sauve-toi toi-même, si tu es fils de Dieu, et descends de la croix!», crient les gens qui passent près du Crucifié (Mt 27:39-40).Pareillement, les chefs des prêtres, les scribes et les anciens le raillent et l’outragent: «Il en sauvé d’autres et il ne peut se sauver lui-même! Il est roi d’Israël: qu’il descende maintenant de la croix et nous croirons en lui! Il a compté sur Dieu; que Dieu le délivre maintenant, s’il s’intéresse à lui! Il a bien dit: Je suis fils de Dieu!» (v.41-43).Ce Jésus qui, devant le Sanhédrin, a reconnu qu’il est le Messie, le Fils de Dieu (Mt 26:63-64); ce Jésus qui a redonné espoir aux pauvres et aux exclus; ce Jésus qui a guéri tant d’hommes et de femmes, va-t-il faire un miracle pour lui-même et descendre de la croix?Ou bien va-t-il «perdre la face» devant tout le monde?Dans la suite de son récit, Matthieu nous livre la réponse: Jésus clama en un grand cri:«Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?», puis peu de temps après, poussant de nouveau un grand cri, il rendit l’esprit (27:46-50).En dedans de nous, si nous avions été là, serait probablement montée cette pensée: «Il nous a trompés.» Et si c’était nous qui nous étions trompés à son sujet?Si Jésus, par son cri d’abandon, était en train de répondre, à sa manière toujours déconcertante, aux passants et aux chefs religieux qui, 1 Avant d’aller plus loin, je vous suggère ici de lire le récit de la crucifixion et de la mort de Jésus en Mt 27:32-54 109 quelques instants plus tôt, le sommaient de montrer qu’il est vraiment fils de Dieu, en descendant de la croix?Déjà, la confession de foi du centurion et des gardes: «Vraiment celui-ci était fils de Dieu!» (Mt 27:54) nous invite à entendre Jésus nous dire, par ce cri, ce que c’est pour lui être Fils de Dieu.Prenons donc le temps d’écouter Dieu nous parler dans le cri de son Fils.2.Le cri d’abandon écouté selon la tonalité propre du Ps 22 2 La parole criée par Jésus du haut de la croix nous renvoie au verset 2a du Ps 22.Bien que cette parole soit la seule citation explicite du Ps 22, nous pouvons repérer des références discrètes à ce psaume ailleurs dans le récit de la crucifixion.Ainsi, par exemple, il est fait allusion au v.9 en Mt 27:43: «Il a compté sur Dieu; que Dieu le délivre maintenant.»; et au v.19 en 27:35: «.ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort».3 L’événement de la croix dans son ensemble nous est donc présenté par Matthieu à la lumière même du Ps 22.Pour bien interpréter le cri d’abandon de Jésus, il est donc essentiel de le considérer en tenant compte de la perspective d’ensemble de ce psaume.a) Le mouvement de la prière du suppliant du Ps 22 Dans ce psaume, le suppliant, dès les premiers versets, se dit abandonné de Dieu et exprime son incompréhension de cet abandon: «pourquoi m’as-tu abandonné?» (v.2a).Selon l’acception biblique du verbe «abandonner», il se plaint que Dieu n’intervienne pas pour le délivrer de ses ennemis.4 Au coeur de sa souffrance, de 2 Avant d’aller plus loin, je vous suggère ici de lire le Ps 22.Pour une présentation élaborée de ce psaume et du cri d'abandon de Jésus à sa lumière, voir S.LORRAINE CAZA, Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?(Recherches-Nouvelle Série 24), Montréal-Bellarmin, Paris-Cerf, 1989, p.337-423.Je m’y réfère amplement.Sur les allusions au Ps 22 dans le récit de la crucifixion selon Matthieu, voir B.GERHARDS-SON, «Jésus livré et abandonné d’après la passion selon Matthieu» dans Revue Biblique, 76 (1969), p.223.4Cf.X.LÉON-DUFOUR, «Le dernier cri de Jésus» dans Études, 348 (1978), p.668.110 sa désolation, il ne cesse pourtant de crier vers Dieu qu’il invoque par trois fois comme son Dieu, manifestant ainsi son inébranlable confiance en lui.Puis vient la protestation de confiance aux v.4-6.Ce qui l’inspire, c’est l’expérience de salut vécue autrefois par les Pères: «en toi nos pères avaient confiance, confiance et tu les délivrais, vers toi ils criaient, et ils échappaient, en toi leur confiance, et ils n’avaient pas honte.» Aux v.10-12, après avoir crié à Dieu sa détresse et sa profonde humiliation (v.7-9), le psalmiste réitère sa protestation de confiance, celle-ci culminant dans un vibrant appel à ce Dieu éprouvé si proche autrefois et qui maintenant semble s’être éloigné: «Ne sois pas loin: proche est l’angoisse, point de secours!» Puis, dans les v.13-19, le fidèle éprouvé décrit avec ampleur les mauvais traitements que lui infligent ses ennemis.Après avoir présenté à Dieu son être en détresse et fait monter vers lui la confession de sa confiance, le juste éprouvé le supplie instamment de venir à son aide, de le sauver (v.20-22).L’avenir confirme son attente pleine d’espérance: Dieu vient à son secours! Dieu intervient pour le libérer! Aux v.23-32, le psalmiste fait monter vers Dieu l’action de grâce qui gonfle son coeur et nous fait entrevoir les effets insoupçonnés de l’intervention salvifique de Dieu à son endroit.À la profondeur de sa détresse vécue comme abandon par Dieu fait alors écho l’ampleur extraordinaire des retombées du salut accordé au psalmiste.La royauté de Yahvé, maître des nations, est enfin universellement reconnue.b) Le cri d'abandon écouté selon la tonalité propre du Ps 22 Écouté selon la tonalité propre du Ps 22, le cri d’abandon de Jésus en croix se révèle animé de la confiance et de l’espérance audacieuses qui traversent tout ce psaume.Dans la nuit obscure où il est plongé, Jésus continue de mettre sa confiance et son espérance en Dieu, en ce Dieu qui est son Père, en ce Dieu qu’il nous a appris à appeler «notre Père».Dieu demeurera son Dieu jusque dans l’abîme de la mort! À la lumière des retombées extraordinaires, universelles, du salut accordé par Dieu au suppliant du 111 Ps 22, nous pouvons déjà d’ailleurs entrevoir la puissance salvi-fique inouïe qui se cache dans le cri de Jésus, puissance que manifestera sa résurrection d’entre les morts.c) L’originalité du cri d’abandon de Jésus par rapport à celui du suppliant du Ps 22 L’écoute du cri d’abandon de Jésus en croix selon la tonalité propre qu’il reçoit de l’ensemble du Ps 22 nous permet de l’entendre comme un cri qui confesse Dieu et sa présence jusque dans l’expérience de son absence.Cependant, devons-nous penser que ce cri n’a qu’une signification transitoire au sens où Jésus aurait expérimenté momentanément l’abandon de Dieu mais serait mort dans les sentiments mêmes du suppliant du Ps 22 à qui le salut a été accordé: la confiance paisible et l’action de grâce?Le fait que ce soit le premier verset du Ps 22 qu’on retrouve sur les lèvres de Jésus crucifié ne signifierait-il pas que Matthieu veuille nous laisser entendre ainsi qu’il a récité tout le psaume?L’exégète Xavier Léon-Dufour,5 tout en reconnaissant que le récit de la crucifixion a été rédigé à la lumière du Ps 22, soutient que cela ne prouve pas que la citation du psaume implique comme telle toute la prière, et cela pour quatre raisons: 1- Matthieu (il en est de même pour Marc) ne dit pas qu’il le cite, à la différence de Mt 26:31 ; 2- le contexte de souffrance et d’épuisement extrême ne convient pas à la récitation d’une longue prière; 3- l’expression araméenne ne favorise pas une citation littérale du texte sacré écrit en hébreu (toutefois ceci vaut surtout pour Marc en raison de la teneur hébraïque de la citation en Matthieu); 4- la traduction grecque (qui est en français pour nous) cherche à faire sentir que c’est une vraie parole de Jésus.5 Cf.ibid., p.672.112 À la lumière de ces indices, il semble donc qu’on ne puisse introduire tous les sentiments du psalmiste dans le cri de Jésus en croix.Même s’il nous faut le resituer à l’intérieur du mouvement de la prière du Ps 22, le cri «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?» doit être appliqué à Jésus tel qu’il nous est transmis par l’évangéliste.Dans cette perspective, nous sommes alors en droit de penser que c’est dans la nuit la plus profonde que Jésus a vécu sa mort.Le cri d’abandon de Jésus en croix revêt aussi une autre caractéristique singulière par rapport à celui du psalmiste.Certes, il exprime avec une saisissante intensité la solidarité de Jésus avec tous ceux et celles qui, broyés par la souffrance et se sentant abandonnés du Dieu vivant, ont présenté leur détresse au Dieu de la compassion en priant ce psaume.Solidaire de tous ces pauvres et ces persécutés, Jésus est toutefois le seul à avoir expérimenté dans toute sa profondeur la souffrance de se sentir abandonné de Dieu.Comme ses frères et soeurs israélites, il est lié viscéralement au Dieu de l’alliance dont la parole, plus désirable que l’or fin et plus douce que le miel, est réconfort pour l’âme, joie pour le coeur et lumière des yeux (cf.Ps 19:8-11), mais pour lui cette communion au Dieu vivant est d’un ordre unique puisqu’il est le Fils bien-aimé du Père (cf.Mt 3:17; 17:5).Dans cette perspective, la souffrance que Jésus crucifié a vécu au niveau de sa relation avec Dieu est, à un titre nouveau, tout à fait indicible.Par rapport au cri d’abandon du suppliant du Ps 22, le cri de Jésus comporte aussi une autre originalité.Jésus ne supplie pas le Père d’intervenir en sa faveur.Cela il l’a déjà fait au jardin de Gethsémani: «Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux» (Mt 26:39b.42.44).La coupe ne s’est pas éloignée, et Jésus a consenti à la boire, s’en remettant à la sagesse insondable de son Père.Sur la croix, comment pourrait-il alors supplier Dieu d’intervenir en sa faveur, de sortir de son silence?Sa supplication n’est plus un appel au secours, une demande instante pour qu’un tel destin lui soit épargné.Elle est en quelque sorte “réduite” à 113 l’unique nécessaire (cf.Le 10:42): l’Amour même de sa vie, Dieu désiré dans la nuit.3.Le cri d’abandon de Jésus en croix, signe de son combat douloureux et victorieux avec les forces du mal L’originalité du cri d’abandon de Jésus par rapport à celui du suppliant du Ps 22 se laisse percevoir encore d’une autre manière si nous écoutons ce cri dans l’ambiance des trois heures de ténèbres qui le précèdent.En effet, plusieurs exégètes, en se référant à certains textes prophétiques dans lesquels est décrit un phénomène de ténèbres (Am 5:18-20; 8:9; Is 13:10; Ez 30:3; Jl 2:2.10; 3:4; 4:14; So 1:15.17; Za 14:6), considèrent que ces trois heures d’obscurité constituent un signe caractéristique du jour de Yahvé annoncé par les prophètes.6 Or, ce jour, tout en étant porteur du salut que Yahvé veut communiquer à son peuple, est aussi un jour de ténèbres et de détresse.Pourquoi cette désolation et ce chaos?Parce que Yahvé devra mener un combat terrible contre toutes les forces qui s’opposent à l’établissement de son règne de justice, d’amour et de paix.Signe du jour de Yahvé, les trois heures d’obscurité précédant le cri d’abandon de Jésus nous invitent donc à considérer le jour où Jésus meurt sur la croix comme le grand jour de Yahvé annoncé par les prophètes.Écouté dans cette ambiance,7 le cri d’abandon de Jésus en croix se révèle comme le cri de celui qui prend sur lui toutes les forces s’opposant au règne de Dieu et qui, en les 6 Cf.les exégètes que j’ai consultés: L.CAZA, op.cit., p.177-192 (dont l’étude est très élaborée); P.BENOIT, Passion et Résurrection du Seigneur, (Lire la Bible 6), Paris, Cerf, 1966, p.226-228; X.LÉON-DUFOUR, op.cit., p.678; A.VANHOYE, «Structure et théologie des récits de la Passion dans les évangiles synoptiques», Nouvelle Revue Théologique, 2 (1967), p.151.7 Ici je me réfère à L.CAZA, ibid., p.192-193; X.LÉON-DUFOUR, ibid., p.678; A.VANHOYE, ibid., p.151.114 assumant dans une totale communion avec Dieu, assure sa victoire définitive sur le péché et sur la mort.Dans l’invocation pleine de confiance «Mon Dieu, mon Dieu» que lui adresse Jésus, Dieu signifie son triomphe définitif sur tout ce qui fait obstacle à son alliance avec l’humanité, triomphe qu’il remporte en laissant son Fils descendre dans l’abîme de notre misère pour affronter, de l’intérieur même de notre condition humaine, toutes les forces négatrices de Dieu: «.pourquoi m’as-tu abandonné?» C’est cette victoire accomplie par Dieu en son Fils agonisant et mourant sur la croix qu’attestent les prodiges survenant après que Jésus ait rendu l’esprit: la terre tremble, les rochers se fendent, les tombeaux s’ouvrent et de nombreux corps de saints trépassés ressuscitent, nous dit Matthieu (27:51 b-53).Par cette forme de langage, Matthieu, dans le prolongement de la tradition biblique, veut signifier qu’advient, dans la mort même de Jésus, la fin du monde tel que nous le connaissons et la naissance du monde nouveau.Cri de l’angoisse et de la mort, le cri d’abandon de Jésus en croix est donc aussi le cri des douleurs de l’enfantement d’un monde nouveau où il n’y aura plus de mort, de pleur, de cri ni de peine, où Dieu essuiera toute larme de nos yeux (cf.Ap 21:4).Pour mieux comprendre le sens de ce combat douloureux et victorieux que Jésus sur la croix a mené contre les puissances du mal qui obscurcissent le coeur humain et asservissent sa liberté, considérons maintenant le cri d’abandon de Jésus à la lumière de son être et de sa mission de Fils.4.Le cri d’abandon de Jésus en croix à la lumière de son être et de sa mission de Fils Ce qui est au centre de la prédication de Jésus, c’est le Royaume de Dieu dont il annonce la venue imminente: «Convertissez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche» (Mt 4:17).Avec la présence de Jésus, l’espérance d’Israël en la venue du Royaume de Dieu est donc exaucée.Enfin, la soif profonde des êtres humains, soif de justice, d’amour, de paix, de liberté et de vie en plénitude, sera assouvie par Dieu lui-même qui, 115 en Jésus, vient établir définitivement son règne et renverser toutes les puissances du mal qui empêchent l’être humain d’accéder au bonheur pour lequel il a été créé, façonné par le Dieu vivant.a) Le Royaume annoncé par Jésus: l’offre de l’amour inconditionnel et créateur de Dieu pour tout être humain Face à ce Jésus qui parle de Dieu «avec autorité» (Mt 7:29), c’est-à-dire comme quelqu’un qui sait, qui connaît par expérience Celui dont il nous découvre le visage; face à ce Jésus qui annonce, par ses multiples guérisons, le salut intégral que Dieu veut pour toute personne humaine, les foules, les petits et les pauvres sont dans l’admiration (Mt 9:8; 15:31).Ils le suivent (4:25), ils le pressent de toutes parts (14:35-36; 15:29-30), ils ne le laissent quasi jamais en repos (14:13-14).En sa présence, à son contact, ils se sentent revivre; ils se sentent renaître.Jésus leur révèle leur grandeur, leur dignité jusque-là cachées: ils sont les fils et les filles de leur Père qui est dans les cieux.Dieu les a créés pour leur communiquer sa joie, son bon plaisir: «Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela [les mystères du Royaume] aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits.Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir» (Mt 11:25-26).Mais quel est donc ce bon plaisir du Père?Jésus, bien plus que par les mots, le met sous nos yeux par son comportement.Il se montre plein de compassion pour les pauvres et les malades (Mt 4:23-24; 8:16-17; 14:34-36; 15:29-30); il fait bon accueil aux pécheurs et mangent avec eux (9:10-11); il guérit le jour du sabbat les malades, considérés inaptes au culte selon la Loi de Moïse (12:9-14); il touche les lépreux, ces gens impurs selon la Loi (8:1-3); il va vers les publicains qu’on méprisait parce qu’ils exploitaient le peuple et collaboraient avec l’occupant romain (9:9-13).Cette attitude de Jésus à l’égard des siens, attitude tout empreinte d’humanité, ne s’identifie toutefois pas simplement à un comportement humanitaire.Jésus est venu libérer le coeur humain de la servitude la plus subtile, la plus obscure, mais aussi la plus radicale qui soit: celle du péché qui replie l’être humain sur lui-même en le détournant de sa Source de Vie, Dieu.Cela, il le mani- 116 teste étonnamment en accordant au nom de Dieu le pardon des péchés (9:1-8), en mangeant à la table des publicains et des pécheurs (9:10-13) et en chassant les démons (8:28-34; 9:32-33; 12:22-29; 17:14-18).De cette manière très concrète, profondément humaine, la joie de Dieu, son bon plaisir, nous sont révélés par Jésus: Dieu se plaît à aimer tous les êtres humains, sans condition.Aux égarés de la terre, il offre sa miséricorde, son pardon pour que nous accédions à la vraie liberté, celle de l’amour qui se donne.Voilà la Bonne Nouvelle du Royaume annoncée par Jésus.b) «Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive» (Mt 10:34) Dans le coeur de beaucoup, l’admiration fait bientôt place à l’étonnement consterné et au scandale.Les pharisiens et les docteurs de la Loi entre autres, eux qui cherchent à se sauver, à s’attirer la bienveillance de Dieu en observant rigoureusement la lettre de la Loi, sont tout à fait décontenancés devant ce Jésus qui, au nom de son Dieu qu’il appelle «Père», va au-devant des pécheurs et des exclus pour leur offrir le salut de Dieu.Ne serait-il pas en train de détruire la sainte Loi que Dieu a donnée à son peuple par Moïse?Ils ne comprennent pas que Jésus, bien loin de s’opposer à la Loi, vient l’accomplir (cf.Mt 5:17-7:29) et guérir le coeur de l’être humain pour qu’il puisse à son tour, avec la force de Dieu ( et non la sienne qui est si déficiente), aimer comme il aura appris, en fréquentant Jésus, combien il est aimé du Père.Fils, Jésus est venu pour faire de nous des fils et des filles du Père: voilà sa mission.Il est là parmi nous pour nous faire entrer dans la relation de confiance totale et d’amour sans réserve qu’il vit avec son Père.Devant le rejet des chefs religieux et la mort violente qui le menace, Jésus ne s’esquive pas.La dureté de coeur de ses contemporains, il en a la certitude, bien loin de l’empêcher de réaliser sa mission, lui permettra de nous traduire jusqu’où va son amour pour nous, jusqu’où va le désir du Père de nous communiquer sa vie, son salut en lui.117 c) Le cri d’abandon de Jésus en croix, expression ultime de /’accomplissement de sa mission salvifique «Dieu t’en préserve, Seigneur! Non, cela ne t’arrivera point!», Pierre avait-il répondu à Jésus annonçant pour la première fois son destin de souffrance (Mt 16:22).Mais selon les paroles mêmes du Maître, cette manière de pensée n’était pas celle de Dieu (cf.16:23b).En effet, contrairement au suppliant du Ps 22, Dieu n’interviendra pas pour libérer son Fils de la main de ses oppresseurs.Et Jésus, au coeur même de la confiance et de l’espérance qui le garderont viscéralement attaché à son Dieu, sera alors plongé dans l’obscurité la plus totale.Un «pourquoi», lourd de tous nos «pourquoi» face au mal, à la souffrance et à la mort, montera de son coeur comme un grand cri de douleur: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?» (Mt 27:46).Comment expliquer que Jésus sur la croix en vienne à crier ainsi son incompréhension d’un tel abandon?Pour répondre quelque peu à cette question, considérons d’abord la situation existentielle dans laquelle Jésus se trouve sur la croix.Il est seul, complètement seul.Extrêmement affaibli par les blessures corporelles et la perte de sang causées par la flagellation et la crucifixion, il doit chercher constamment son souffle en soulevant péniblement son corps qui pend au gibet.Pleinement homme comme nous, Jésus expérimente l’angoisse devant la mort qui l’enserre de toutes parts, d’autant plus qu’il en subit la violence avec une profonde intensité en raison même de sa crucifixion.Toutefois, comme le souligne Xavier Léon-Dufour,8 l’expérience de la mort, vécue par Jésus sur la croix, tout en étant profondément humaine, est aussi tout à fait singulière.Tout près de lui, les pas- 8 Cf.Face à la mort, Jésus et Paul (Parole de Dieu), Paris, Seuil, 1979, p.141-144.118 sants et des chefs religieux ironisent à son sujet: «Il a compté sur Dieu; que Dieu le délivre maintenant, s’il s’intéresse à lui! Il a bien dit: Je suis fils de Dieu!» (Mt 27:43).Comment ces paroles, proférées alors qu’il est dans un état d’extrême faiblesse, en quête quasi continue de son souffle, pourraient-elles ne pas l’atteindre et mettre à l’épreuve sa confiance dans le Père et son assurance que telle est bien la manière dont doit s’accomplir sa mission?Oui, l’angoisse de Jésus s’enracine plus profondément encore dans la mission absolument unique qu’il a reçue de son Père: annoncer et rendre présent l’avènement du Royaume de Dieu en notre monde.Or, sa prédication, au lieu d’aboutir à l’instauration effective du Royaume de Dieu dans le monde, a provoqué le résultat opposé: l’incompréhension et le rejet des chefs religieux, sa livraison par Judas, l’abandon et la dispersion de ses disciples, puis sa condamnation à la mort ignominieuse de la croix.Dans la psychologie humaine de Jésus, sa mort semblait donc signifier, existentiellement parlant, l’anéantissement du Royaume de Dieu s’identifiant à sa personne.Les puissances du Mal, sur lesquelles il avait maintes fois exercé son autorité, puissances qui obscurcissent le coeur des hommes et des femmes, qui asservissent leur liberté en les gardant enfermés dans la prison de la méfiance et du soupçon à l’égard de Dieu, il semble bien, selon les apparences, qu’elles auront le dernier mot en mettant à mort le Fils venu instaurer le Royaume du Père.La déréliction de Jésus sur la croix ne relève donc pas simplement de l’angoisse naturelle devant la mort qui nous arrache au seul mode d’existence que nous connaissons; elle est aussi liée au pouvoir destructeur du péché qui asservit la liberté humaine.Comme nul autre, Jésus a pu mesurer, avec la lucidité même que lui conférait son être de Fils bien-aimé du Père, la puissance abyssale du péché qui condamne l’humanité au pius grand mal qui puisse exister: celui de la mort spirituelle, celui d’être à jamais séparé du Dieu vivant et Père.Jailli des profondeurs mêmes du coeur de Jésus, le cri: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?» est non seulement l’expression de son angoisse devant la mort appréhendée existentiellement comme vide et néant, 119 mais aussi de sa souffrance proprement filiale de ne plus sentir la présence de son Père si aimant et si aimé.9 Mais ce “pourquoi”, Jésus ose encore le crier en disant: «Mon Dieu, mon Dieu!».Des profondeurs de sa souffrance et de sa faiblesse, des profondeurs de l’obscurité qui envahit son âme, Jésus se livre totalement à son Père dans l’adoration de tout son être.Et par ce grand acte d’espérance et d’amour, il traverse, en y plongeant, l’abîme de la mort qui nous séparait de Dieu.Au matin de Pâques, montera alors de son coeur la parole du psalmiste: «Je m’éveille, je suis encore avec toi, Père!» (cf.Ps 139:18b).Dans la lumière de sa résurrection, Jésus entendra Dieu répondre à son douloureux «pourquoi?».Pourquoi fallait-il qu’il vive une telle détresse, une telle désolation?Pour que se réalise le grand désir de Dieu à l’égard de l’humanité aux prises avec le mal, la souffrance et la mort.Ce grand désir de Dieu, c’était de rejoindre les hommes et les femmes dans leur éloignement de Dieu, dans leur solitude, dans leur angoisse, dans leur détresse, pour que lui, leur Dieu, soit présent là même où tout crie son absence, pour que la vie, sa Vie, surgisse là où régnaient le mal et la mort.5.Quand la Parole de Dieu assume nos cris.Enracinés dans un univers fini, matériel, nous sommes destinés, en tant qu’êtres conscients et libres, à éprouver la détresse de la souffrance et de la mort, signature ultime de notre finitude.Cette conscience de notre finitude comporte une sérieuse équivoque: elle peut nous conduire à douter de Dieu, de son amour pour nous.Et de fait, l’humanité, dès l’aube de son histoire, a succombé à la tentation du doute, de la méfiance à l’égard de Dieu.Sous l’instigation du Tentateur, elle en est venue à considérer Dieu non plus comme Celui dont elle reçoit son être et son accomplisse- 9 Sur ce sujet, on peut consulter J.GALOT, Dieu souffre-t-il?, Paris, Lethielleux, 1976, p.50 56; G.LAFONT, Dieu, le temps et l’être, (Cogitatio Fidei, 139), Paris, Cerf, 1986, p.227-253.120 ment, mais comme Celui qui prend plaisir à la garder sous sa tutelle pour lui faire sentir sa puissance et qui l’empêche d’accéder à la liberté et à la vie (cf.Gn 3:1-7).Notre détresse devant la souffrance et la mort ne relève donc pas seulement de notre finitude, mais aussi de notre refus d’accueillir de Dieu, dans la confiance et l’adoration, notre vie et notre avenir.Le soupçon à l’égard de Dieu et de son amour pour nous a envahi nos cris d’angoisse et de détresse.10 Qui nous délivrera de ce mal qui, tel un cancer sans rémission possible, ronge nos coeurs?En puisant dans le trésor des Écritures, Matthieu, dès le début de son évangile, répond en quelque sorte à cette question: «Jésus vint s’établir à Capharnaüm, au bord de la mer, sur les confins de Zabulon et de Nephtali, pour que s’accomplît l’oracle d’Isaïe le prophète: Terre de Zabulon et terre de Nephtali.Galilée des nations! Le peuple qui demeurait dans les ténèbres a vu une grande lumière; sur ceux qui demeuraient dans la région sombre de la mort, une lumière s’est levée » (Mt 4:13-16).Cette lumière qui a commencé à poindre au début du ministère de Jésus et qui a suscité tant de joie chez les pauvres et les petits, elle a rempli nos coeurs de sa pleine clarté en descendant elle-même dans les ténèbres de notre mort.En Jésus crucifié, criant son abandon par Dieu, nous l’avons vue transfigurer notre nuit: «Ô nuit de vrai bonheur, nuit où le ciel s’unit à la terre, où l’homme rencontre Dieu» (Annonce de la Pâque lors de la vigile pascale).En Jésus crucifié, criant son abandon par Dieu, l’humanité perdue, angoissée, devenue méfiante à l’égard de son Créateur, s’est retrouvée face à face avec son Dieu descendu dans les profondeurs de sa détresse.Loin de lui apparaître comme un Rival dont elle doit à tout prix se libérer, Dieu s’est manifesté à elle comme l’Ami qui compatit activement au désarroi de sa créature bien-aimée en venant la rejoindre dans les ténèbres de la souf- 10 Sur la mort humaine en tant que fondamentalement liée à notre finitude, mais aussi investie par le péché, on peut consulter G.MARTELET, L’Au-delà retrouvé.Christologie des fins dernières, Paris, Desclée, 1975, p.46-94.121 france et de la mort.Oui, désormais à cause de Jésus, à cause de son cri: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?», nous pouvons être assurés que Dieu est avec nous là même où nous serions tentés de croire qu’il nous a abandonnés.J’aimerais ici faire mémoire avec vous d’un événement qui m’a profondément remuée, marquée.Un jour que j’étais avec mon père, atteint de la maladie d’Alzheimer depuis l’âge de 45 ans, il laissa échapper une plainte en essayant péniblement de se lever de son fauteuil.C’était douloureux pour ses bras et ses poignets.Penchée à ses pieds pour lacer son soulier, je lui dis: «Ça te fait mal aux os?» Clairement, distinctement, il me répondit: «Ils ont compté tous mes os.»11 Saisie, frappée en plein coeur, je me suis relevée, je l’ai regardé, puis je lui ai dit: «Qu’est-ce que tu as dit, papa?» Mais il ne revint pas sur cette parole.Quant à moi, j’y suis revenue maintes fois.j’en ai fait mémoire dans mon coeur.Dans sa souffrance, dans sa nuit, mon père n’est pas seul.Un grand Amour l’enveloppe de toutes parts, l’amour de Jésus qui s’est livré pour nous.C’était le 5 août 1989, en la vigile de la Transfiguration.Conclusion Nous avons laisser résonner en nos coeurs le cri d’abandon de Jésus en croix.À nous maintenant de reprendre la confession de Jacob s’éveillant de son sommeil: «En vérité, le Seigneur est en ce lieu et je ne le savais pas!» (Gn 28:16).Saurons-nous consentir à la conversion que cette parole de Dieu, assumant nos cris, peut opérer en nous?Conversion de notre regard sur Dieu qui se révèle étonnamment plus proche, et par là même étonnamment autre que nous le concevions.Conversion de notre regard sur nous-même et sur nos semblables: quand la Parole de Dieu assume le cri de l’être humain, nos cris d’angoisse et de détresse, bien loin de nous séparer de Dieu, peuvent devenir les lieux secrets où il scelle son alliance avec nous.Dans l’écoute assidue de la Parole, dans la 11 Cf.Ps 22:18a 122 prière confiante et adorante, et surtout dans l’Eucharistie où Jésus nous fait don de son corps livré et de son sang versé pour la multitude, laissons-nous rejoindre par lui dans “la part obscure de nous-même” d’où il pourra faire monter son cri: Abba, Père! (cf.Rm 8:15; Ga 4:6).S.Francine Bigaouette, o.p.Les Dominicaines Missionnaires Adoratrices 131 des Dominicaines Beauport, Québec, G1E6S8 123 ERMITAGE SAINTE-CROIX ACTIVITÉS 1995- 1996 RETRAITES 15-21 juillet Le Père nous engendre par la Parole de vérité.Écouter et réaliser la Parole.S.Thérèse Drolet, c.s.c.22-28 juillet Dieu est riche en miséricorde.Mgr Roger Ebacher 29 juil.-4 août Jésus à ras d'Évangile.Mgr P.-E Charbonneau 5-11 août Devenir davantage un être croyant et tout charité.P.Yvon Laroche, s.v.12-18 août Ta face, débordement de joie P.Yvon St-Arnaud, o.m.i 16-22 sept."Venez et voyez" Jn 1.19 La découverte de Jésus en s.Jean P.André Gélinas, s.j.Ces retraites débutent le lundi soir à 20h00 et se terminent à 13h00 le dimanche suivant.FRAIS: RESPONSABLE: Inscription: 25$ Denise Audette, c.s.c.(non remboursable) (514)626-6379 Pension: 210$ télec: (514)620-6070 ERMITAGE SAINTE-CROIX 21269 ouest, boul Gouin Pierrefonds, Qc H9K1C1 124 ILE MAS EMMANUEL OFFRE: VACANCES - REPOS - RETRAITE PRIVEE La demeure ancestrale originale et le Pavillon permettent d'accueillir religieuses, religieux et prêtres.Sept chambres privées et confortables, deux salles de séjour, une chapelle, bibliothèques et une bonne table, celà au milieu d'une belle nature au bord de la rivière St-François.À quelque vingt minutes de Drummondville, nous sommes au coeur d'une région touristique intéressante.Excursions possibles: Village d'antan etc.et en juillet le Festival Mondial de Folklore.On profite d'un grand terrain aménagé et d'une piscine.Célébration quotidienne de l'Eucharistie et de la Prière Liturgique pour ceux et celles qui désirent s'y joindre.Coût: $29.00/ jour INFORMATIONS: Tél.: (81 9) 394-2690 - le Mas Emmanuel, 1290 Chemin Longue Pointe, St-Nicéphore, Qc JOC 1 B0 ÉQUIPE: P.Roger Paquet O.P., F.R.Francoeur O.P., Y.Holzl, laïque O.P.Ermitage Sainte-Anne l)étc^U Le coût proposé est de 25$/jour.Pour réservation, vous adressez à S.Jeannette Ritchie au 637-4616 le jour et 634-0174 le soir.Le coût proposé est de 25$/jour.Les Soeurs de Ste-Anne offrent aux religieuses de venir profiter de leur domaine au Lac Bellevue à Mont-Rolland.En 1996 l'Ermitage Ste-Anne sera ouvert du 24 juin au 23 août.On y trouve: air pur, verdure abondante, accès au lac, nourriture équilibrée, chambre de camp non d'hôtel, sans oublier le service liturgique quotidien.125 UNIVERSITÉ SAINT-PAUL FACULTÉ DE THÉOLOGIE SESSION D'ÉTÉ 2-26 JUILLET 1996 • Les visages du vrai Jésus et celui des Évangiles.À la recherche du Jésus de l’histoire.(THO 2552) Le cours se propose de visiter la galerie des nouveaux portraits de Jésus et d'évaluer leurs liens avec le Jésus des évangiles canoniques.Professeur Jean-Paul Michaud • Existence morale (THO 2509) Étude du développement moral de la personne, des éléments et enjeux de la démarche éthique et de leurs liens avec l'expérience de foi chrétienne.Professeur Jean-Marc Larouche • Pratique de la prière chrétienne (THO 2572) Ce cours, qui se veut à la fois théorique et pratique, étudiera la prière dans la Bible, dans les grandes traditions spirituelles chrétiennes et dans ses manifestations contemporaines.Professeur Robert Michel SESSION DE LITURGIE 2-12 JUILLET 1996 Les assemblées dominicales en attente de célébration eucharistique Des cours, des célébrations et des ateliers pour se familiariser avec le nouveau rituel des ADACE et apprendre à célébrer le dimanche en l'absence du prêtre.Personnes-ressources: Normand Provencher, o.m.i., Jean-François Bouchard, Suzanne Bonhomme, Pierre Goulet, c.s.v., Michelle C.Grignon.Renseignements et inscription: Faculté de théologie - Université Saint-Paul 223, rue Main Ottawa (Ontario) K1S 1C4 Tél.: (613) 236-1393, poste 2247 126 L’ÉTÉ À L’INSTITUT Temps de RUPTURES, temps de CRÉATION Les dimensions fondamentales de l’intervention pastorale du 25 au 28 juin 1996, de 9h à 11 h50 (sauf le 25 : 9h à 16h20) avec Gaston RAYMOND, O.R Quel salut pouvons-nous espérer?du 2 au 5 juillet 1996, de 9h à 11h50 (sauf le 2 : 9h à 16h20) avec Louis ROY, O.R Différences de personnalité : sources de conflit ou de vitalité?Introduction à l’indicateur Myers-Briggs du 2 au 5 juillet 1996, de 9h à 11 h50 (sauf le 2 : 9h à 16h20) avec Claude RICHARD, O.R Différences de personnalité et dynamique spirituelle du 8 au 12 juillet 1996, de 9h à 11h50 avec Claude RICHARD, O.R Les drames de l’existence et la prière chrétienne du 15 au 19 juillet 1996, de 9h à 11 h50 avec Jean GROU L’audace de vivre : consentement à notre finitude du 22 au 26 juillet 1996, de 9h à 11 h50 avec Lise-Mance BOULARD Inscription : 10$ Scolarité : 65$ Frais par session INSTITUT DE PASTORALE 2715, ch.de la Côte-Sainte-Catherine Montréal (Québec) H3T 1B6 © (514) 739-3223 127 CENTRE INTERCOMMUNAUTAIRE DE FORMATION DOCTRINALE (C.I.F.D.) devient CARREFOUR DE RESSOURCEMENT SPIRITUEL (C.R.S.) 5040, rue Clément-Lockquell Saint-Augustin-de-Desmaures (Québec) G3A 1B3 Téléphone: (418) 872-8242 Télécopieur: (418) 872-8212 Souhaitez-vous mieux comprendre le message actuel de la Parole de Dieu ?Désirez-vous mieux cerner toute la richesse de la personne humaine ?Abordez-vous une nouvelle carrière, un travail apostolique différent ?Sentez-vous le besoin d’un temps d’arrêt pour réfléchir et faire le point sur votre vie chrétienne ?Vous reconnaissez-vous dans l’une ou l’autre de ces attentes ?* Refaire le plein au niveau de ma foi * Approfondir mes connaissances bibliques * Trouver un nouvel élan pour un nouveau départ * Adapter mon approche pastorale aux réalités actuelles * Faciliter ma transition apostolique Le Carrefour de ressourcement spirituel peut répondre à vos attentes.Vous pouvez choisir de vivre l’expérience comme interne ou comme externe.Les cours se donnent de 9:00 à 12:00, du lundi au vendredi, possibilité de vous inscrire à un cours ou à plusieurs.N’hésitez pas à communiquer avec nous pour bénéficier de plus d’information.Venez participer à la vie du Carrefour pendant quelques heures.Voyez et vivez ! 128 La Vie des communautés religieuses LA DIRECTION 251 St-Jean-Baptiste Nicolet, Qué.Canada J3T 1X9 ABONNEMENTS à l’une des adresses suivantes 251 St-Jean-Baptiste Nicolet, Qué.Canada J3T 1X9 55, av.de la République 91230 Mongeron France Ed.du Chant d’Oiseau Avenue du Chant-D’Oiseau, 2 1150 - Bruxelles Belgique BULLETIN D’ABONNEMENT France: 70FF Belgique: 435FB DE SURFACE ?Canada: $18.00 France: 98FF Belgique: 595FB par avion Canada: $22.00 ?Nom: Adresse: Code postal If lllllf III OU 31 S Cfl PP PH-Qt 5 3b Soeurs du Bon-Consei Sb5j boui• SouIn est Montreal (Quebec) Canada H2C 195 12L b Vie consacrée, présence spirituelle éducative et caritative en Eglise ENVOI DE PUBLICATION ENREGISTREMENT No 0828 La vie des communautés religieuses 251 St-Jean Baptiste Nicolet, Québec Canada, J3T 1X9 v2l b
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.