La vie des communautés religieuses /, 1 novembre 1996, Novembre-Décembre
LA VIE DE/ COMMUNAUTÉ/ _ RELIGIEU/E/ HipiaBMHÉfliiKâl Vol.54, no 5 nov.-déc.1996 miiiiii «i« 111 in i « i ¦ ¦ ¦ LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Directrice: Hélène Bruneau, s.a.s.v.Comité de rédaction: Gilles Beaudet, f.é.c.André Bellefeuille, f.i.c.Hélène Bruneau, s.a.s.v.Lorraine Caza, c.n.d.Denis Gagnon, o.p.Yvette Poirier, s.s.a.Secrétariat: Hélène Bruneau, s.a.s.v.Rédaction et administration: La vie des communautés religieuses 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué.Canada J3T 1X9 Tél.: (819)293-8736 Téléc.: (819)293-2419 Envoi de publication Enregistrement no.0828 Production: Hughes Corn.Dessin des couvertures: Rita Montreuil, s.s.a.La revue paraît cinq fois par an Abonnement: de surface: 18,00$ (70FF) (435FB) par avion : 22,00$ (98FF) (595FB) de soutien: 25,00$ SOMMAIRE Vol.54 - no 5 nov.- déc.1996 “Si on t’adresse la parole, le supporteras-tu?” (Job 4,2) Soeur Ghislaine Salvail, s.j.s.h.258 “Il ne faut jamais mépriser la source de Siloé qui coule doucement” (Isaïe, 8,6).Mais retour à la source n’est pas synonyme de nostalgie du passé.Religieux et religieuses vivant au coeur de ce monde, nous sommes appelés à inventer notre vraie place dans l’Église et dans la société.L’auteure jette un regard lucide et résolu sur les nouveaux engagements qui nous sollicitent aujourd’hui.Religieux frère Frère A Ibert Tremblay, f.i.c.269 S’agissant des Frères, le Synode sur la vie consacrée a levé l’ambiguïté qui flottait sur l’usage du mot laïc.L’ambiguïté du vocabulaire reflète celle des concepts.La forme de vie consacrée des Frères est originale et relativement récente.Avec maîtrise et conviction - non sans humour - le F.Tremblay en éclaire la définition.L’identité contemplative cistercienne et les défis de la culture contemporaine Père Sylvain Mailhot, o.c.s.o.292 Depuis 16 siècles, en Orient comme en Occident, anachorétiques ou cénobitiques, les moines témoignent de l’absolu de Dieu et du don de la contemplation déposé dans le coeur humain.Issu de cette racine vénérable, l’Ordre des cisterciens de stricte observance (les Trappistes) fleurit depuis plus de cent ans.Le P.Mailhot accompagne le lecteur dans une visite guidée, spirituelle bien entendu, de l’abbaye, de son histoire, de sa capacité de répondre aux défis actuels de la sécularisation, de la crise des institutions, des progrès de la technologie.Mission de la vie consacrée Frère Georges Croteau, s.g.308 Vieux! Jeunes! Et après?Les vieilles gens de la Bible ne sont-ils pas les premiers à donner l’hospitalité aux anges comme l’ont fait Sarah et Abraham?Ne sont-ils pas les premiers à reconnaître l’Enfant comme Anne, la prophétesse, comme Élizabeth et Siméon?Quelles ne sont pas, encore et toujours, les grâces de lumière, d’intervention charitable et de médiation spirituelle des communautés religieuses animées par le souffle de l’Esprit?257 “SI ON T’ADRESSE LA PAROLE, LE SUPPORTERAS-TU?” JOB 4,2 Hü in Sr Ghilaine Salvail, s.j.s.h.Dans ma communauté, bon an, mal an, une quinzaine de jeunes filles venaient grossir les rangs.Ces énergies toutes neuves nous permettaient de fonder des couvents dans les villages d’alentour et aussi hors du diocèse de Saint-Hyacinthe.Grâce à cette relève nous pouvions aller en pays de mission, comme on disait à l’époque.Puis, les entrées au noviciat ont commencé à diminuer.C’est une à une que l’on recevait les aspirantes.En l’espace de trente ans à peine, la donne a changé: les jeunes s’engagent encore mais ailleurs et autrement.La dernière profession perpétuelle à avoir lieu au Canada, dans ma communauté, le fut en septembre 1993.Une seule a prononcé ses voeux lors de cette célébration.C’est de ces réalités que j’aimerais vous entretenir.Le supporterez-vous?C’est pourtant la vérité et seule la vérité rend libre (Jean 8,32).Il s’agit cependant d’un échange de paroles entre nous.Un échange fraternel qui, je l’espère, trouvera un écho et soulèvera même une espérance.LE RETOUR DU BALANCIER Les années 70 Dans les années 70, je me trouvais sur un campus universitaire en pleine Révolution tranquille.La jeune religieuse que j’étais se voyait remise en question, souvent clouée au pilori quand ce n’était pas méprisée par une jeunesse laïque qui aspirait à rompre avec des institutions, des rites et des images.Et j’étais, avec d’autres, bien sûr, une projection de ce qu’elle voulait gommer, consciemment ou non, du paysage religieux québécois.Nous représentions un volet d’une Église que plus d’un voulaient claquer.Qui n’a pas, en ces jours douloureux, perdu des amis d’étude ou de travail, des consoeurs ou des confrères de la première heure?Nous les regardions partir avec un pincement au coeur.La solitude fut difficile à vivre.Les déchirements longs à guérir.258 Les cicatrices sont là pour le prouver.Et certaines places, laissées vides, n’ont pas été comblées.Les dix dernières années Encore la semaine dernière, j’entendais un animateur de ligne ouverte dire en substance et le plus sérieusement du monde que pour assainir les finances publiques, il suffirait d’aller chercher deux ou trois économes de nos communautés religieuses québécoises.(!).Avons-nous raison d’en tirer vanité?Non.Car ce n’est pas là notre mission d’Église.Mais ce que cette boutade révèle tout au plus, c’est que depuis quelques années, les gens prennent conscience de l’apport des communautés religieuses à la société québécoise.On reconnaît, entre autres, notre réelle collaboration à l’éducation, la qualité de notre service dans le domaine hospitalier et notre dévouement dans les oeuvres sociales pour ne citer que ces trois lieux d’insertion où nous étions en grand nombre.Rien n’était parfait, nous en convenons, mais le coeur, lui, y était.Le plus déconcertant dans cet état de fait, c’est qu’au moment où le bon peuple en redemande, le vieillissement vient nous priver de la richesse de certaines femmes visionnaires et créatives de surcroît.Et ce qui vient accentuer le drame, c’est que nous ne pouvons plus compter sur une relève communautaire pour combler ces départs encore plus définitifs que les premiers.TRENTE ANS APRÈS VATICAN II Des changements en profondeur La vie religieuse est à peine sortie d’une extraordinaire histoire qui l’a bouleversée, changée à un point tel que nous nous demandons souvent comment nous avons fait pour vivre cet aggiornamento sans trop de séquelles sur le plan psychologique.Plusieurs groupes sociaux aux prises avec des changements moins grands et surtout moins radicaux, ont vu leur équilibre ébranlé.Un bon point pour nous! C’est ce qui faisait dire à une sympathique Lise Payette lors d’un certain congrès de l’AREQ, que les religieuses comptaient parmi les entités sociales qui s’étaient le mieux adaptées aux changements.Et quand nous disons changements, nous parlons de changements irréversibles.C’est pourquoi la religieuse australienne Helen Lombard, alors supérieure générale des Soeurs du Bon Samaritain, n’hésitait pas à avancer “Que la vie religieuse telle que nous l’avons vécue (pour la plupart) dans un passé encore tout récent, est morte pour ne plus jamais revenir.C’est pour nous, un autre moment”.1 1 DONUM DEI Porter l’espérance, #34, p.10.259 Une incessante vérification Il convient encore cependant de parler de retour aux sources mais pour vérifier si nous sommes toujours branchés, toujours connectés sur la veine originale.Même si cette veine provient d’une modeste nappe d’eau, trouvée par une humble sourcière ou un brave puisatier.La fondatrice de ma communauté, Élisabeth Bergeron, ne savait pas écrire et pourtant, elle a jeté les bases d’une communauté religieuse enseignante qui, depuis bientôt 120 ans, dispense l’éducation sous toutes ses formes.Peut-on trouver sourcière plus démunie?Dieu se sert souvent d’un mince filet d’eau pour inonder de sa grâce nos plus humbles entreprises.Aussi, “il ne faut jamais mépriser la source de Siloé qui coule doucement.” (Isaïe 8, 6).Donc quand on parle de retour aux sources, il ne s’agit aucunement d’entretenir une nostalgie du passé.Je ne sais pas qui a dit que les nostalgiques ne sont pas des créatrices ou des créateurs mais des conservateurs de musées.Quoi qu’il en soit, il arrive que nous idéalisions le passé, cela risque de nous cacher ce que Dieu est en train d’accomplir de merveilleux au milieu de nous.Monte à ma mémoire une autre parole de femme, celle de Laure Gaudreau qui a fondé le premier syndicat des enseignantes.Elle disait à ses pairs: “Non, ce n’était pas le bon vieux temps puisqu’on s’est fait mourir à vouloir le changer.” Oui, quelque chose de nouveau est en train de naître à la condition d’actualiser les paroles du prophète: “Ne vous souvenez plus d’autrefois, ne soyez plus aux choses du passé, (approchez et observez!).Voici que je vais faire du nouveau qui déjà paraît, ne l’apercevez-vous pas?”(Isaïe 43, 18-19).Soeur Helen Lombard ajoutait encore: “Nous sommes plus proches du véritable sens de la vie religieuse que nous ne l’avons jamais été pendant des siècles (.).La vie religieuse, ose-t-elle dire, n’a jamais été en si bonne santé”.2 Pourquoi peut-elle affirmer cela?C’est que nous avons été obligés de laisser tomber ce qui faisait nos sécurités.Tout ce qui nous tenait lieu de garde-fou et de barrière.Et cela sans que nous le voulions et souvent après d’épuisantes luttes et des périodes de résistance qui drainaient nos plus belles énergies.Inutile ici de dresser la liste des batailles que certains d’entre nous ont livrées.Pour conserver ou pour transformer, nous étions tous et toutes sur la brèche! 2 Idem, p.11 260 Une kénose salutaire Oui, nous avons été dépouillés autant de notre genre de vie, de notre manière de penser, de nos traditions, de nos institutions, de nos oeuvres comme on aimait le dire avec fierté.Tout cela était notre raison de vivre après Dieu.Et nous pouvons ajouter un autre dépouillement: notre réputation.Mais ces désappropriations nous ont permis de découvrir notre véritable identité et nous ont ouvert un champ immense où enfouir l’humble semence.Minuscule graine promise à un bel avenir puisque c’est Jésus lui-même qui nous l’affirme: “C’est la plus petite semence mais quand elle a poussé, elle dépasse toutes les plantes potagères et devient un arbre si bien que les oiseaux du ciel font leurs nids dans ses branches” (Matthieu 13, 32).Quand un oiseau tresse son nid, c’est pour le féconder.Mais avant, il faut qu’il soit vide et dépouillé.Ce dépouillement dont nous parlons concernant nos communautés dites traditionnelles, il a creusé des espaces, des vides que seul le Dieu de l’espérance peut envahir.Soyons convaincus de cette réalité spirituelle: quand c’est Dieu qui creuse un vide, il se doit de le combler de sa présence agissante.Dieu, comme la nature, a horreur du vide.En ce temps de mise au tombeau, ne perdons pas notre mémoire évangélique: “Souviens-toi de Jésus-Christ ressuscité d’entre les morts.Il est notre salut, notre gloire éternelle.Si nous mourons avec Lui, avec Lui nous vivrons.Si nous souffrons avec Lui, avec Lui nous régnerons” (Hymne connue inspirée de 2 Timothée 8,II).Au dernier synode sur la vie consacrée, une religieuse venant d’un pays de l’Est disait dans une intervention, en s’adressant aux religieuses des pays occidentaux: “La véritable persécution, c’est vous qui l’avez vécue”.Elle n’était pas loin de la vérité.RIEN COMME AVANT Une place et un rôle à notre mesure Nous sommes appelés en tant que religieux et religieuses vivant au coeur de ce monde, non pas à être à la remorque des clercs, mais à inventer notre vraie place dans l’Église de Jésus Christ.Il est vrai, à cause de notre âge et de nos effectifs, que nous devons souvent jouer un rôle de soutien dans l’Église de ce temps, mais surtout et mieux encore, un rôle d’éducation.Sans vouloir citer ma communauté en 261 exemple, disons qu’elle a ouvert récemment une école en Haïti.Elle est aussi allée continuer une oeuvre d’éducation au Tchad et cela malgré le petit nombre de jeunes soeurs.Les autorités de la communauté nous ont mises au courant de certains besoins, de grandes misères aussi.Des religieuses relativement jeunes ont été interpellées par ce cri des pauvres et y ont répondu avec générosité.C’est cela, je pense, nous insérer avec enthousiasme dans le courant prophétique de cette époque qui est la nôtre.Notre véritable action consiste à témoigner des réalités du Royaume ici et maintenant, plus loin aussi.Et demain matin sera le mieux.Il nous appartient toujours de faire reculer la pauvreté en nous engageant au sein d’organismes qui prônent le droit au travail et à la dignité ou du moins en endossant leurs causes.Le Père Julien Harvey, s.j., avait dit, il y a longtemps déjà, que si nous étions capables d’identifier un pauvre par son nom dans notre vie, nous ne devrions plus nous soucier de notre salut.Même si la formulation y gagnerait à être réajustée, elle porte à réfléchir.Et ma réflexion justement m’amène à ajouter un commentaire.Avant d’avoir ce pauvre dans notre existence, il faut d’abord avoir été d’une certaine manière le ou la pauvre de quelqu’un.Pauvre devant Dieu, il va sans dire, mais aussi pauvre au milieu des autres.Cette expérience existentielle doit précéder l’autre pour être vécue évangéliquement.DES RÊVES À FAIRE NAÎTRE Un monde en sommeil Shakespeare fait dire pompeusement à un de ses personnages: “Nous sommes de l’étoffe dont les rêves sont faits et notre petite vie est entourée de sommeil” {La Tempête).Je ne sais trop ce qu’avait en tête ce génie du théâtre, mais ce que je saisis de cette phrase, c’est que le monde dans lequel nous sommes plongés rêve, rêve encore et rêve toujours.Faire naître quelques-uns de ces rêves d’homme et de femme est pour nous une tâche prophétique.Entendons par rêves toute cette quête de sens, toutes ces aspirations secrètes, toutes ces faims et ces soifs inavouées.Tous ces espoirs en somme! Réveillons les sources qui dorment au désert.Les débordements des jeunes dans le sexe, la drogue, l’alcool et la violence sous toutes ses formes, sont des manifestations de ces soifs d’absolu qui les tenaillent.Ne pouvant les identifier, ils explosent! C’est ainsi que le trappiste Yves Girard traduit ces phénomènes socio-culturels.Plusieurs jeunes quant à eux, non seulement rêvent mal mais ne rêvent même plus.262 Notre mission n’est plus tant de nous attaquer en force aux problèmes les plus criants de notre monde mais d’explorer de nouvelles avenues pour faire advenir le Règne de Dieu là où nous avons le coeur, les mains et les pieds.Il nous est demandé le plus souvent, nous ne le répéterons jamais assez, de nous insérer dans des projets déjà existants, projets qui promeuvent des valeurs de justice distributive et qui épousent des causes humanitaires.Il nous revient de faire découvrir au monde de ce temps comment l’Esprit est à l’oeuvre au coeur de chacun et de chacune, cet Esprit qui nous a été donné par le Christ ressuscité d’entre les morts.C’est ce qui permettait à Paul de dire: “Le Christ, une fois ressuscité des morts ne meurt plus.” (Romains 6,9).Un monde en quête de signes La vie religieuse est une des plus belles manifestations de la sacra-mentalité de l’Eglise.Oui, nous sommes ou du moins nous devrions être des signes qui viennent révéler que l’espérance habite toujours notre histoire.Les pas de l’homme et de la femme, rachetés dans le sang du Christ, ne les entraînent pas sur un chemin sans issue.Le monde a été sauvé une fois pour toutes et de façon définitive dira l’auteur de l’Épître aux Hébreux (7,25).Dire ou penser le contraire, c’est de l’hérésie! “Mais nous achevons dans notre chair ce qui manque à la passion du Christ” (Colossiens I, 24).Nous avons été créés pour être à notre tour des créateurs et des créatrices selon la description que fait la Genèse de l’homme et de la femme.Le “allez et multipliez-vous” (Genèse 1, 22) n’est pas uniquement intimé aux couples procréateurs mais à tout homme et à toute femme modelés avec la glaise originelle et à qui Dieu a insufflé la vie: Et cet être devint un être vivant (Genèse 2,7) écrit le narrateur.C’est-à-dire un être debout et libre! “La gloire de Dieu, disait saint Irénée, c’est l’homme vivant!”.Si toutes les aspirations humaines arrivaient à maturité au coeur des appauvris surtout, nous verrions naître cette terre nouvelle dont nous parle l’Apocalypse (2I,I).Une telle vocation signifiante exige que nous vivions à la frange, à la périphérie de notre société.Là où cette société souffre, se désole et souvent désespère.UN CHOIX MARGINAL Avec mais autrement La vie religieuse est une vie marginale.Par sa nature même, elle suppose certaines différenciations majeures.Plus elle perdra de cette marginalité, plus les crises que cela lui amènera risqueront de l’affaiblir 263 et de la faire disparaître dans certains pays et à certaines époques.Le Père Arrupe, ancien général des Jésuites, disait que la vie religieuse était un cadeau fait à l’Église.“L’état de vie constitué par la profession des conseils évangéliques, s’il ne concerne pas la structure hiérarchique de l’Église, appartient cependant sans conteste à sa vie et à sa sainteté” (Lumen Gentium, no 44).Donc l’Église n’a pas besoin, structurellement parlant, de la vie religieuse.Elle a besoin des baptisés dont nous sommes et de l’héritage apostolique.Un cadeau, c’est un plus, une joie gratuite.Il a été dit clairement aussi, toujours au synode sur la vie consacrée, que cette dernière est permanente et ne peut jamais manquer à l’Église.Ce sont les formes institutionnelles qui sont transitoires.La société est chanceuse d’avoir des groupes qui occupent aussi ses frontières, là où se joue le sort des malheureux.Dans cette perspective, il nous faut sortir de cette idéologie des exclusivement choisis.Car si nous nous référons uniquement à la théologie de la Sequela Christi pour nous situer en pleine pâte humaine, nous nous sentirons vite supérieurs aux autres.Dieu accepte que nous soyons des saints et des saintes avec saveur et aussi avec un peu de fadeur à certains jours.Des saints et des saintes qui sont lumière “sur” et aussi “sous” le boisseau à certains autres jours.Et pour continuer les comparaisons évangéliques, nous sommes à la fois ronces, broussailles et chemins passants et bien sûr, bonne terre aussi! Cette bonne terre où la semence de Dieu produit du cent pour un.Nous sommes un mélange de tout cela.Nous avons en nous des zones grises et de lumineuses clairières.Nous sommes de ce peuple en marche, et comme le disait Marguerite Bourgeoys à ses filles, des voyagères en route vers la Maison du Père.Nous sommes différents, oui, mais en même temps semblables à toute cette humanité qui bat la semelle sur les chemins du monde.Sans cette conviction, il nous faudra renoncer à être proches les uns des autres au sein de notre humaine aventure.Et Dieu sait combien certains rapprochements permettent des échanges féconds.Nous sommes toujours évangélisés là où on porte l’évangile.DES DÉFIS À RELEVER Des questions de fond La foi, l’espérance et la charité sont trois inséparables.Et cela sur le plan strictement humain.Pourquoi?Parce que croire en quelqu’un, c’est aussi espérer en lui, compter sur lui, se fier à lui.Il serait impensable alors de ne pas aimer cet autre qui est le roc me permettant 264 d’asseoir mes humbles certitudes ou l’ancre me donnant la possibilité d’aborder sur des plages inconnues.Ceci est vérifiable en amour comme en amitié.Un compagnon de route solide sur qui nous pouvons compter et en qui nous pouvons mettre tous nos espoirs, c’est ce que Jésus demeure pour nous.Il est notre Rocher dans la tempête, notre Phare dans la nuit, notre Ami dans les bons et les mauvais jours.Mais celui qui marche ainsi à nos côtés, je ne peux le voir avec mes yeux de chair.Ce marcheur silencieux empruntera quelquefois des apparences bien modestes.Son identité ne sautera pas toujours aux yeux.Il prendra un autre visage “mais celui que mes yeux regarderont ne sera pas un étranger” (Job 19,27), il sera mon frère et ma soeur.Pour distinguer les traits du Christ sur le visage de l’autre, il faut jeter sur lui un second regard.Un regard respectueux.D’ailleurs, c’est ce que le mot respect veut dire: jeter un second regard sur le spectacle que cette personne nous offre.Elle deviendra alors pour nous une partenaire sur le chantier du monde à bâtir.Pour découvrir la volonté du Christ dans les projets qui s’ouvrent à nous, il nous faut également jeter un second regard sur le spectacle qui s’étire à perte de vue à l’horizon du monde: “Un grand champ à moissonner, Une vigne à vendanger.Dieu appelle maintenant pour sa récolte.Dieu appelle maintenant ses ouvriers.” (Claude Tassin) Et devant ce paysage immense, il nous est demandé si la tâche ardue de la moisson et de la vendange nous intéresse toujours?Une réponse évangélique Mais ce regard de tendresse respectueuse, le Seigneur le jette aussi sur nous qui sommes ses disciples et amis.Il connaît nos limites, nos fragilités, notre petit nombre, notre âge et nos moyens.Mais en dépit de cette situation de pauvreté, il veut que nous soyons des êtres libres et responsables.Et, paradoxalement, c’est à cause de cette situation d’humilité que nous pourrons tirer profit de ce qui nous reste de force.Comment?En les unissant pour travailler dans un champ ensemencé souvent par d’autres ouvriers, d’autres ouvrières et dans une vigne où coulera un vin du cru versé dans des outres cousues par nos propres mains: “comme il est nuisible de boire seulement du vin tandis que le vin mêlé à l’eau est agréable” ( 2 Maccabées 15,39).Et cette eau sera faite 265 de nos larmes, de notre sueur et de notre sang mêlés.De là viendra la saveur originale de ce vin de souffrance.A l’aube de ce deuxième millénaire qui nous retrouve dépossédés, naîtra en nous le désir de voir Dieu tressaillir, avec la grâce de l’Esprit Saint, en ceux que nous rencontrerons et dans les projets que nous mettrons en place.Tressaillir comme Jean-Baptiste l’a fait en Élisabeth.Nos vies de consacrés ne doivent jamais se vivre comme des existences où l’enfant est absent mais comme un sacrifice consenti pour une plus grande fécondité ou du moins pour une fécondité qui n’a rien à envier à l’autre.Comme éducateurs et comme éducatrices, nous avons donné naissance à des centaines d’enfants.Nous avons soigné des corps.Nous avons servi des prêtres.Nous avons oeuvré près du peuple.Nous avons prié pour le monde.Et chaque fois que nous prenons part à la croissance des autres, nous prenons part à la genèse de l’humanité.Pour engendrer biologiquement, il faut être nubile; pour engendrer intellectuellement, il faut être un maître; mais pour engendrer spirituellement, il faut être un signe et un signe d’évangile! C’est en ce sens que Michel Hubaut disait que “nous sommes des accoucheurs de vie” si nous signifions le Dieu de Jésus Christ.C’est en ce sens également qu’lsaïe disait au Seigneur: “Nous avons été devant toi, comme une femme enceinte” (Isaïe 26, 17).UNE PAROLE POUR LA RELÈVE Des biens à transmettre En terminant, je me permets une réflexion concernant les communautés nouvelles, les communautés plus jeunes.Je la formulerai en terme d’héritage.Non pas afin qu’elles marchent dans nos traces mais simplement parce que je suis convaincue que nos communautés ont marqué l’histoire d’ici et d’ailleurs.Et une histoire n’en est pas une si elle n’est pas relue en vue d’enrichir le présent.Quand on parle d’héritage on parle la plupart du temps d’argent et d’immeubles.Mais héritage peut vouloir signifier aussi des biens d’un tout autre ordre.C’est ce deuxième sens qui m’intéresse ici.Quels legs donc devons-nous laisser à ces nouvelles communautés qui sont nos héritières en quelque sorte?Notre expérience?Sûrement.Celle d’avoir fait la rencontre personnelle de Dieu surtout.Des recettes?Aucunement.A chacune d’inventer comment nourrir son monde.Une question de vie ou de mort D’abord ne parlons pas de survie pour les familles religieuses qui ne pourront s’insérer dans les réseaux de la vie humaine d’aujourd’hui.Il 266 faudra y naître vraiment de l’intérieur en ne pastichant pas les modèles anciens.Cette insertion ne pourra plus jamais se faire à la manière conquérante ni avec des ambitions maternalistes ou paternalistes.“Elle devra être vécue avec la conscience qu’on monte en retard dans un train qui marche depuis longtemps; avant de prétendre dire un mot sur la marche de ce train, religieux et religieuses feront bien d’y garder le silence, heureux de n’être pas renvoyés sur le quai.”3 Si être prophète consiste à interpréter le présent pour qu’il soit garant de l’avenir, ce langage tenu par Santaner dans Le retour à Assise, il y a 25 ans, était on ne peut plus prophétique.Car la situation présente lui donne entièrement raison.Il importera donc pour ces nouvelles familles de refaire, à leur manière, un chemin neuf menant vers des réalisations adaptées à l’époque et aux personnes.Ce chemin en sera un de vérité où le partenariat aura large place.Ce qui les amènera à “Vivre en leur authenticité toutes les exigences de la solidarité avec les hommes (et les femmes) au milieu de qui (elles vivront)”.4 Si la vie religieuse devient absente des réalités concrètes vécues par les gens, c’est toute la vie du peuple de Dieu qui en souffrira.Mais si les jeunes communautés ne se replient pas sur elles-mêmes en développant le culte de la personnalité de la fondatrice ou du fondateur mais si elles s’ouvrent au monde environnant, ces communautés “se mettront dans l’obéissance (au lieu de la limiter) aux seuls rapports entre eux dans la communauté et même aux seuls rapports avec leurs supérieurs”.5 D’ailleurs toute l’histoire de la vie religieuse démontre clairement que lorsque des religieux sont d’abord fidèles à l’Esprit du Christ dans ce qu’ils vivent au coeur du monde, ils sont vite reconnus comme étant des semeurs de vie par leur entourage et par les autorités qui les envoient en mission apostolique.Une bonne nouvelle à crier Pour intégrer harmonieusement évangile et insertion dans le monde, les communautés récentes devront jeter un regard lucide et limpide sur ce qu’il est convenu d’appeler maintenant la post-modernité.L’évangile passe les modes et les temps; c’est pourquoi, il a plus que jamais des 3 M.A.Santaner, Le retour à Assise, p.207.4 Idem, p.208.5 Idem, p.207.267 choses à dire aujourd’hui.Cette post-modernité exige, demande et expose des besoins tout à fait nouveaux.C’est pourquoi ces communautés devront se mettre en état de disponibilité et essayer de discerner le projet de Dieu sur elles aujourd’hui et maintenant.Projet typique parce que société autre.Pour connaître ce projet et pour ausculter cette société, il faut fréquenter assidûment la Parole et se laisser interpeller par elle.Pour cela, il faut mettre son oreille sur le coeur de Dieu pour en écouter les battements.C’est sur ce rythme qu’il faudra scander ses pas sur les chemins du monde pour crier cette Bonne Nouvelle que “Dieu est amour!” (1 Jean 4,48).Il ne faudrait pas oublier d’ajouter que ce Dieu aime immensément les plus mal pris et les plus démunis.UNE FUSILLADE AU FILET Au hockey, lors de certaines joutes, il y a ce que l’on appelle des lancers en fusillade.En ligne et à tour de rôle, chaque patineur tire au but jusqu’à ce qu’une rondelle gagnante se retrouve au fond du filet.Voici donc quelques rondelles lancées par une piètre patineuse dans les filets aux mailles neuves que sont les communautés fondées depuis peu.J’ose espérer qu’elles aideront à gagner la partie engagée depuis des temps immémoriaux entre deux équipes rivales: la Ténèbre et la Lumière.- Ne bâtissez pas ni trop grand ni trop vite car “l’un bâtit et l’autre démolit” (Siracide 34,23).- Ne devenez pas riches.“Tu as une grande richesse si tu crains Dieu” (Tobie 4,21).- Gagnez votre vie.“à travailler dans le calme et à manger le pain que vous aurez vous-mêmes gagné” (2 Timothée 3,12).- Faites un bon discernement dans l’acceptation des nouveaux membres: “Du fardeau, j’ai déchargé son épaule” (Psaume 81,7).- Vivez de la Parole méditée quotidiennement: “Ce n’est pas de pain seul que vivra l’homme (et la femme) mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu” (Deutéronome 8,3).Et pour conclure, je dis avec tendresse à chacun et à chacune: “Mets en Dieu ta confiance et il te viendra en aide, suis droit ton chemin et espère en Lui” (Siracide 2,6).Que ces paroles de sagesse vous nourrissent comme elles ont nourri nos fondateurs et nos fondatrices dans leur belle et audacieuse aventure.Ghislaine Salvail, s.j.s.h.2427, Notre-Dame St-Hyacinthe, Qué.J2S 2R3 268 RELIGIEUX FRERE1 J.Albert Tremblay, f.i.c.& i i: Quand, au Québec, on parle de Frères chez les gens d’un certain âge, le terme évoque tout de suite des individus bien déterminés, inséparables du milieu scolaire.On les a vus longtemps vêtus de leurs soutanes noires, avec ou sans rabats selon les espèces.Depuis, le costume s’est simplifié, jusqu’à perdre dans bien des cas tout signe distinctif.Mais ils étaient toujours là, moins visibles, moins nombreux, faisant mystère dans un monde de plus en plus sécularisé.Qui sont ces hommes vivant en communautés, qu’on retrouve surtout entourés de jeunes, accomplissant visiblement une oeuvre d’Église et qui ne sont pas prêtres?Essayons de percer leur mystère.Frères?Si les Frères se sont appropriés cette appellation dans notre milieu, ils ne peuvent prétendre à l’exclusivité.Vers 580 a.c.le philosophe et mathématicien Pythagore réunit autour de lui des chercheurs de Dieu.Il les initie à la contemplation au sein d’une vie communautaire qui fait une large part à l’ascèse sous toutes ses formes, à l’examen de conscience, voire au célibat.Les membres de cette communauté où l’on n’entre qu’après épreuve, reçoivent le titre de adelphoi (frères).Ancêtres impressionnants, plutôt imprévisibles.2 En nous enseignant que Dieu est notre Père à tous, l’Évangile élargira le concept de frères.Rien d’étonnant donc que ce titre ait eu un usage 1 Dans le texte, VC est mis pour Exortation apostolique Vita Consecrata 2 CF.PARENTEAU André, La vie religieuse chrétienne, TIpp.22-23.269 fréquent à l’intérieur du monachisme chrétien, témoin éloquent du radicalisme évangélique.Plus tard, au Xllle siècle, François aura ce mot constamment sur les lèvres.Lui et Dominique, son contemporain, appelleront leurs disciples respectifs Frères Mineurs et Frères Prêcheurs.Avec le temps, l’appellation ‘Révérend Père’ appliquée en général aux religieux prêtres remplaça dans la pratique l’appellation originale.Le mot ‘frère’ fut utilisé largement -et l’est encore- pour désigner les membres de certaines sectes, ou de sociétés plus ou moins initiatiques.Ainsi, les Chevaliers de Colomb, société de bienfaisance bien connue, s’appellent “frères” entre eux.Mais lorsque dans les milieux québécois, français, espagnols ou belges, on parle de “Frères”, personne ne songera à Pythagore, ni aux moines, ni aux Chevaliers de Colomb, mais bien à ces humbles religieux liés à l’apostolat scolaire.“Les Frères”, ce sont eux.Religieux frères.J’emploie à dessein l’expression “religieux frères” que le récent Synode sur la vie consacrée a retenu pour nous désigner désormais.Il y a là plus qu’une question de mots.La décision du Synode met un terme à une ambiguïté, entretenue en certains milieux, sur l’usage du mot ‘laïc’ lorsqu’on parlait des Frères.Un constat.Dans la mentalité de beaucoup de nos chrétiens, devenir frère ne va pas de soi.L’issue vocationnelle normale pour un garçon intelligent est le sacerdoce.Sont-ils nombreux les frères à qui on n’a jamais demandé pourquoi ils ne sont pas devenus prêtres?La vocation de frère ne pouvait être, aux yeux de beaucoup, qu’une vocation de remplacement, voire de consolation pour des candidats généreux mais peu doués intellectuellement.Quel beau sujet de caricature facile! Mais voilà que surgirent, parmi ces “p’tits Frères” des noms aussi prestigieux que Marie-Victorin, Clément Lockquell, Irénée-Marie Caron, Jean-Paul Desbiens, André Parenteau pour faire la preuve que le religieux frère n’est pas un sous-produit de l’état clérical mais bien l’élu d’une vocation spécifique.“Les élus que vous êtes!” C’est ainsi que s’intitule le roman de Clément Lockquell autour de la vie intime d’une communauté, roman savoureux, émouvant, véridique, ce qui n’est pas synonyme de toujours édifiant.270 Vocation spécifique du frère Nous voulons dire par là que la vocation de frère n’est pas un second ou troisième choix, mais qu’elle est bel et bien un appel précis, personnalisé à cet état de vie.Même si le ‘moi’ est détestable, qu’on me permette de citer mon propre cas.J’étais un premier de classe, espèce en voie de disparition dans un système d’éducation farouchement égalitaire.Espiègle autant que quiconque, je n’étais quand même pas un mauvais sujet.Bientôt je devins dans la famille un ‘cas à vocation’.Sacerdotale évidemment.Ma grand’mère décréta un jour que je ferais un bon prêtre mais que “je chanterais ben mal” (sic)! Je devins un frère et, ma foi, je chante plutôt bien.La réputation d’infaillibilité de l’intuition féminine en attrapa un dur coup.Lorsqu’arrivèrent dans notre paroisse quatre Frères d’allure austère mais dévoués, pieux, excellents maîtres, toujours présents à nos jeux même les jours de congé, je sentis d’instinct que je serais l’un d’eux, même s’il m’arrivait de les “couaquer” à l’occasion.Tel autre garçon à la voix d’or, vedette d’un Congrès eucharistique national, fut évidemment l’objet d’invitations pressantes à entrer au séminaire, où enseignaient, de plus, trois cousins.Lui, au moins, ferait un prêtre qui chanterait bien.Il entra au juvénat, devint Frère et témoigne d’une vie religieuse épanouie, doublée d’une culture littéraire profonde et élégante.De plus en plus fréquemment, nous dit-on, se présentent aux portes des monastères des gens mûrs, souvent professionnellement qualifiés, qui mentionnent explicitement leur choix d’être moines non-prêtres.Faut-il s’en étonner?Certainement pas, si on se reporte aux origines de la vie religieuse, qui surgit et se déploya en dehors de toute dimension sacerdotale, voire de toute intervention hiérarchique.Très tôt cependant, lorsque la vie religieuse prit la forme cénobitique, des moines furent ordonnés pour le service de la communauté.Les premiers religieux étaient donc, et très majoritairement, des frères.Il en fut longtemps ainsi.Lorsque les moines se firent missionnaires, les prêtres devinrent plus nombreux, par nécessité de service.Les historiens situent vers le XIle siècle la montée majoritaire des prêtres à l’intérieur des monastères, là encore pour répondre à une évolution rapide de la société qui se constituait de plus en plus en agglomérations 271 rurales, préludes des paroisses.C’est sans doute à partir de là que les chrétiens s’habituèrent à lier vie religieuse et sacerdoce chez les hommes, dû au fait que les religieux qu’ils voyaient étaient prêtres.Aussi, quand Jean-Baptiste de la Salle institua ses Frères, qui choisissaient une vie religieuse hors cléricature, son initiative fut-elle jugée originale.Elle l’était, en effet, sur plus d’un point.Ses disciples étaient religieux, bien que voués à une oeuvre profane en soi, mais dont le caractère caritatif et apostolique ne faisait alors aucun doute.Tout cela dans un idéal de pauvreté que n’aurait pas renié François d’Assise.Un siècle plus tôt, Jean de Dieu avait eu une inspiration analogue pour le service aux malades, mais son institut comptait un certain nombre de prêtres.Une contemporaine, Angèle Mérici, fondait les Ursulines pour la protection de la jeune fille.Si on ajoute l’existence antérieure des Ordres militaires, on se trouve en présence d’un fait nouveau: des familles religieuses sont instituées en fonction d’oeuvres caritatives qui, de soi, ont un caractère profane.Il y a là, soulignons-le, un risque d’ambiguïté, de glissement.L’acte caritatif, transparent au départ, le sera-t-il toujours?La tradition orthodoxe n’a pas suivi l’Occident sur ce point: les moines y sont les seuls religieux (Cf.VC, art.6).Le Synode n’en souligne pas moins les richesses “des nombreuses autres expressions de la vie religieuse” donnant un “témoignage magnifiquement varié qui reflète la multiplicité des dons communiqués par Dieu aux fondateurs et aux fondatrices” (VC, art.9 passim).L’Église considère donc comme un enrichissement la variété des formes de la vie consacrée.Revenons aux Frères.Le développement rapide de l’oeuvre de la Salle en démontra l’opportunité mais le fondateur ne fut pas imité dans l’immédiat.On ne perdait rien pour attendre.Après la révolution française, ce fut l’explosion.En France seulement, les historiens relèvent 15 fondations d’instituts de frères entre 1815 et 1825.Quelques-uns subsistent.Ils avaient tous pour but l’éducation chrétienne de la jeunesse et sauf quelques exceptions, on y renonçait au sacerdoce.Cette renonciation, dans une période où le sacerdoce jouissait d’un prestige considérable, ne contribua pas peu à laisser les Frères dans une zone d’ombre et d’incompréhension, même de la part de certains prêtres.Il n’était pas rare que des Frères, surtout à partir du moment où ils fréquentèrent régulièrement les Universités, fussent invités à rejoindre un camp plus au niveau de leur compétence.Un ami s’étonnait que je 272 fasse les mêmes études théologiques que lui sans pour autant accéder au sacerdoce.“Ainsi, tu vas me voir monter à l’autel, et tu vas rester en arrière?- Je ne resterai nullement en arrière, répondis-je, puisque nous ne suivons pas la même route.”.Et les Soeurs?Du moins aurait-on pu espérer que, du côté des Soeurs, la compréhension fût totale.Ne partageons-nous pas le même genre de vocation à la vie consacrée?Réjouissons-nous du fait qu’aujourd’hui nous vivons dans une compréhension et une fraternisation exemplaires.L’anecdote qui suit témoignera qu’il n’en fut pas toujours ainsi, en certains milieux.Nous sommes en Italie.Des religieuses tenaient une école primaire de garçons dans le voisinage.Le Frère délégué aux vocations me demande de contacter la Supérieure: il voudrait présenter la vocation de Frère aux élèves en fin de primaire.“Pas question.Nous leur parlons du sacerdoce: ça suffit.Parler d’autres vocations sèmerait la confusion.” J’en fus suffoqué.“Raisonneriez-vous de la sorte, ma Soeur, si vous estimiez vraiment votre propre vocation?” Et le mot m’échappa: “Je crains que vous ne soyez qu’un prêtre manqué.” On comprendra que les Frères pouvaient avoir bien des raisons de ressentir un certain malaise.Régulièrement, de savants auteurs d’articles évoquaient le rôle bénéfique des prêtres et des religieuses.Les frères, quantité négligeable, étaient rarement mentionnés Nul ne s’étonnera que l’évocation par le Concile Vatican II de notre vocation spécifique ait eu un effet tonifiant.Atmosphère communautaire Suite à ce qui précède, on serait tenté d’imaginer que, dans les communautés de frères, devait régner une atmosphère morose, revendicatrice, démoralisante.Il n’existe rien de tel dans mes souvenirs.Bien au contraire.Du dedans, nous pouvions expérimenter la grandeur de notre don au Seigneur et l’utilité palpable de notre travail apostolique.L’attachement que nous manifestaient nos anciens élèves et leurs parents, de même que l’accroissement numérique de nos membres compensaient largement les blessures plus ou moins vives infligées à nos susceptibilités collectives.Et puis, nos horaires d’alors laissaient-ils le temps de penser à autre chose qu’au travail qui commandait sans cesse, soit à l’école, soit en fraternité, soit en paroisse (enfants de choeur, chorales)?273 Cet horaire prévoyait un temps quotidien consacré à la préparation de classe, de même qu’un temps prévu pour la formation intellectuelle continue.Un enseignant ne peut rester longtemps sur l’acquis: il doit étudier sans cesse “si les conditions l’exigent ou le permettent” précisait notre Directoire d’alors.Elles l’exigent souvent, le permettent presque toujours.Ceci créait, au sein de nos maisons, un climat d’activité intellectuelle et d’émulation qu’on ne soupçonnait guère au dehors.Ceci me ramène un souvenir à la mémoire.Je m’occupais de la chorale des enfants.Un vicaire dirigeait l’ensemble de la chorale paroissiale.Pour souligner les services rendus, il me fit cadeau, à Noël, d’un disque: enregistrement du Stabat Mater dolorosa de Pergolèse, par les Petits chanteurs de Vienne.Nous l’écoutâmes ensemble.M.le Vicaire me traduisait au fur et à mesure le sens des paroles.Voilà qu’à un certain moment, il se perdit, cherchant vainement un verbe qui lui échappait.Instinctivement, je mis le doigt sur le mot.Surprise! “Vous connaissez le latin?-Évidemment.-Et le grec aussi?-Aussi.” Le disque continua à tourner perdant que mon interlocuteur apprenait avec un étonnement grandissant que, des seize Frères qui vivaient à moins de cent mètres du presbytère, deux seulement n’avaient pas encore leur baccalauréat, cinq étaient licenciés et un docteur.Vatican II “La vie religieuse laïque, qu’il s’agisse des hommes ou des femmes, constitue en soi un état complet de la profession des conseils évangéliques.Cette vie si utile dans la charge pastorale de l’Église dans l’éducation de la jeunesse, le soin des malades et d’autres formes d’apostolat, le saint Concile la tient en grande considération, confirme ses sujets dans leur vocation et les exhorte à adapter leur vie aux exigences du monde actuel (PC 10, 1ère par.).Une telle affirmation, provenant de l’instance la plus solennelle de l’Église, est de nature à raffermir définitivement les Frères et les Soeurs sur l’authenticité de leur état de vie, en même temps qu’elle apporte un éclairage utile -sinon nécessaire- à l’ensemble de l’Eglise.On y a mentionné les Soeurs à côté des Frères.Même si, dans leur cas, l’épithète ‘laïque’ va de soi, il n’est sans doute pas inutile de souligner que nos vocations sont en tout identiques.Aucune raison donc que les fidèles ne les entourent de la même estime.Est-ce toujours le cas?Il est permis d’en douter si on se réfère à la stratégie d’un Frère 274 qui, face à un auditoire fermé à sa vocation de religieux non-prêtre, orienta le dialogue sur les Soeurs.En quelques minutes, l’auditoire dressa de la Soeur le plus enviable des portraits.“Eh bien, un Frère, c’est une Soeur de sexe masculin” conclut le conférencier.Il ne m’a pas été donné de consulter les statistiques, pour mesurer l’impact, dans le milieu, de cette nouvelle définition du Frère.Pleinement religieux Les Frères n’ont pas attendu le Concile pour savoir qu’ils étaient vraiment religieux.Mais c’est quoi être pleinement religieux?L’intérêt que les Pères conciliaires ont manifesté à la vie religieuse (une première dans l’histoire des conciles) a déclenché un mouvement théologique important autour de la vie consacrée dont les Frères ont largement bénéficié.Comme le moine de Benoît, le Frère est un chercheur de Dieu.Le moine donne à cette recherche une priorité absolue (PC 7).Il est tout entier concentré sur la présence de Dieu.Les occupations matérielles incontournables n’ont pas chez lui le caractère accaparant d’une profession, d’un métier.“Le moine ne travaille pas: il s’occupe”, disait avec humour l’un d’entre eux.Le Frère, lui, est un professionnel, soumis (un bon nombre d’entre eux du moins) aux dures contraintes d’un contrat de travail qui l’assimile sur ce point à son collègue laïc.Les voeux qu’il prononce répondent en tous points au radicalisme évangélique des ordres apparemment plus austères.Plus souvent que bien d’autres religieux, il a senti, surtout dans le passé, le poids de l’obéissance.La pratique de la pauvreté a dû s’adapter à de nouvelles conditions de vie à l’intérieur de la profession.La pauvreté religieuse, on ne peut l’ignorer, prête flanc à bien des reproches, à l’ironie facile.Ceux qui l’ont vouée savent quels agacements, quels sacrifices elle fait vivre, au-delà des apparences.Quant au célibat, il doit relever le lourd défi d’un amour de Dieu sans partage dans un monde de mixité totale, où sont trop souvent traitées avec légèreté les valeurs de pureté et de fidélité.Longtemps, communauté de travail et communauté de vie se sont plus ou moins confondues.Ce n’est plus possible aujourd’hui.Les Frères ne vivraient plus ensemble s’ils ne le faisaient pas pour les vraies raisons.“Vita communis, maxima poenitentia!” disait Jean Berchmans, jeune Jésuite canonisé, mort à 23 ans.“Dans la vie de communauté, on doit pouvoir saisir que la communauté fraternelle, avant d’être un 275 moyen pour la mission, est un lieu théologal où l’on peut faire l’expérience de la présence mystique du Seigneur ressuscité (Cf.Mt 18,20).Cela se réalise grâce à l’amour mutuel de ceux qui composent la communauté, amour nourri par la Parole et par l’Eucharistie, purifié par le sacrement de la Réconciliation, soutenu par la prière pour l’unité, don de l’Esprit à ceux qui se mettent à l’écoute obéissante de l’Évangile” ( VC, art.42,3).Vie religieuse apostolique Le Frère n’est pas un contemplatif: il se situe sans hésitation à l’intérieur de la vie consacrée apostolique.Si la tradition catholique reconnaît une supériorité objective à la vie contemplative, cela ne signifie nullement que la vie apostolique serait un mode incomplet de vie consacrée.Ces chercheurs de Dieu ne sont pas moins authentiques que les moines, mais ils ont emprunté des voies différentes.“Le culte et le service de Dieu subsistent dans les oeuvres aussi de la vie active par lesquelles on sert le prochain par amour de Dieu” (S.Th.2-2, a.188, 2 ad 1).L’amour de Dieu poussera à choisir le bien du prochain le plus précieux, celui qui lui fait davantage défaut, celui qui, de soi, le rapprochera davantage de Dieu.Précision à ne pas oublier.Les éléments constitutifs de la vie religieuse relevés plus haut se retrouvent dans la vie du Frère.Comme le moine, le Frère cherche Dieu avant tout.Lui aussi veut faire de sa vie une anticipation eschatologique, idée fréquemment évoquée dans l’exhortation VC.Même si sa tâche le ramène vers le monde, d’importantes tranches de ses journées sont réservées à la prière commune, à la contemplation, à la lecture spirituelle.Les gens ne l’ignorent pas et généralement respectent ces moments réservés à l’intimité divine, sans lesquels on ne peut concevoir la vie religieuse.“Un religieux qui ne prie pas fait de la fausse représentation.” Les horaires capricieux auxquels notre travail est affronté aujourd’hui obligent beaucoup de Frères à appliquer dans leur vie personnelle la difficile science de quitter Dieu pour Dieu.Heureux qui peut se rendre le témoignage qu’il y réussit toujours.Lorsque nous retournons à nos sources, il nous apparaît évident que nous répondions alors à un besoin urgent, et que le caractère caritatif de notre oeuvre ne faisait aucun doute.Nous nous y sommes consacrés avec un dévouement et une compétence, relative aux époques évidemment, que nul ne conteste.Nous avons ainsi contribué dans bien 276 des cas à l’élévation du niveau intellectuel de régions entières, par des moyens le plus souvent sans proportion avec les résultats obtenus.Apport bien souvent ignoré.Le tout nouveau musée des Trois-Rivières a une vitrine consacrée à l’éducation.On y voit un pupitre d’élèves des années ‘40.Une légende souligne que le grand événement en matière d’éducation fut la promulgation de la loi sur la fréquentation scolaire obligatoire.On ne dit pas un mot des soeurs, des frères (ni des prêtres d’ailleurs) qui ont tenu les écoles pendant un siècle.Coïncidence amusante: le musée se situe presque sur le terrain où se dressait l’Académie De La Salle des Frères des Écoles Chrétiennes et à deux pas du Jardin de l’Enfance des Soeurs de Ker Maria.Vous ne pensez pas qu’une cornette ou un rabat auraient dit davantage que le pupitre?Le but premier des Fondateurs n’était pas, il est vrai, d’attirer les éloges du public.Il se proposait la formation chrétienne de la jeunesse plus que son instruction.Les Frères devaient s’efforcer de former davantage des saints que des savants.Longtemps, les conditions nous ont facilité la réalisation de cet idéal par la grande liberté d’initiative dont nous jouissions dans notre travail apostolique.Je ne crois pas trahir l’histoire en affirmant que les Frères ont été des fils fidèles de l’Église, d’humbles et efficaces collaborateurs à l’intérieur des paroisses, des éducateurs compétents de la jeunesse.Peu à peu, les États prirent conscience de leurs responsabilités dans les domaines de l’instruction.Capitaux et nouveaux enseignants affluèrent avec l’universalisation de la possibilité d’accès aux études plus avancées.Les Frères -comme les Soeurs- perdirent le quasi monopole qu’ils détenaient en fait, sans l’avoir jamais convoité.Ainsi, le milieu scolaire se transforma sérieusement.Nul ne le regrette, mais ce serait verser dans un optimisme discutable que de prétendre que tout évolua pour le mieux.Le fait était là, brutal, irrésistible et prévisible.La main de l’État se faisait de plus en plus lourde et l’orientation à base chrétienne du milieu scolaire, qui avait dominé jusque-là, devint moins sensible, davantage diluée, même si elle ne fut jamais reniée.Elle figurait toujours dans les structures et les programmes.L’annonce de Jésus Christ et l’enseignement de la foi allaient quand même moins de soi dans le nouveau régime.C’est là, il me semble, que les religieux enseignants ont manqué le tournant.Alors qu’ils deve- 277 naient minoritaires dans le milieu scolaire, que la relève donnait déjà des signes alarmants, n’auraient-ils pas dû se rappeler leur but premier, l’annonce du Royaume, et opérer un retrait sage et progressif de l’enseignement profane où ils n’étaient plus du tout indispensables pour se consacrer davantage aux tâches plus directement reliées à l’évangélisation?J’entends tout de suite l’objection: l’enseignement profane donné avec compétence n’est-il pas un excellent canal d’évangélisation?C’est tout à fait vrai, mais c’est là le canal que le Concile propose aux laïcs, non aux religieux.Or, quoiqu’en pensent certains, nous ne sommes plus des laïcs, mais bien des religieux (Cf.LG 31).Je me souviens de l’impression profonde, bouleversante que fit sur moi la constitution LG lorsque je lus l’article 31.Il y est dit d’abord que “le caractère séculier est propre aux laïcs.” À ce titre, ils doivent gérer les choses temporelles et les ordonner selon Dieu.Ils sont “appelés par Dieu pour que, en exerçant leur fonction propre, ils contribuent comme du dedans, à la manière d’un ferment, à la sanctification du monde.” Abstraction faite du célibat, je me disais que, du point de vue de l’observateur extérieur, la description précédente convenait à la grande majorité des Frères enseignants.Leur mode d’engagement dans le monde scolaire ne les distinguait en rien de leurs collègues laïcs.Était-ce normal?Que serait-il advenu si, au moment de la réforme scolaire, les religieux frères, conscients que leur vocation est avant tout l’annonce du Royaume, avaient donné une priorité plus visible à ce souci, en se consacrant davantage, avec discernement, aux tâches plus directement évangélisatrices à l’intérieur de l’école?Je ne prétends pas que ce geste aurait empêché l’hémorragie dont les instituts de frères ont souffert eux aussi, mais peut-être eût-elle été moindre.Nos méthodes d’apostolat se sont structurées dans un milieu historique donné où Église-École-Famille travaillant généralement de concert pouvaient être considérées comme les éducatrices du peuple, sinon les seules, du moins les plus déterminantes.Aujourd’hui, d’autres chaires d’enseignement se dressent partout: imprimés de toutes sortes, radio, télévision, cinéma.Avons-nous su nous adapter aux transformations profondes du monde en général, à celui de l’éducation en particulier?Nous l’avons tenté, et résolument.Il suffit de jeter un regard sur un passé relativement récent où l'aggiornamento tenait la vedette et constituait le centre des préoccupations du monde religieux.278 À la recherche de la voie juste Mais comment faire l’unanimité sur les changements à opérer?C'est là que se heurtèrent les mentalités et les générations.Tout le monde se disait bien d’accord sur la fidélité au charisme, mais on divergeait dès que l’on tentait de préciser ce que l’on mettait sous le terme et ce que cela impliquait dans la pratique.L’Église, attentive au débat, publia coup sur coup des documents riches de doctrine: Evangelii Nuntiandi, Evangelica Testificatio et sans doute le plus éclairant sur notre sujet, Mutuae Relationes.On peut relever trois méthodes ou approches différentes dans l’interprétation du charisme.Donnons-leur un nom: les méthodes historique, existentielle et herméneutique.La première conçoit la fidélité comme matérielle et littéraire.Les textes et les gestes des fondateurs donnent réponse à tout.L’historien devient alors la référence pour connaître et transmettre le charisme.On refusera de se reconnaître dans un tel fondamentalisme.Le retour aux sources y devient retour en arrière.Il reste toutefois que, sur tel point précis en discussion, des gens adopteront plus ou moins consciemment cette attitude.Un exemple.L’histoire démontre que nous avons été fondés pour les écoles.Or aujourd’hui on nous dit que la jeunesse problème, ce n’est plus dans les écoles qu’on la rencontre, mais dans les gangs, sur la rue.Une question se pose aux religieux: les fondateurs ont-ils voulu d’abord fonder des écoles ou satisfaire aux besoins religieux d’une jeunesse abandonnée?Refuser la discussion ne serait-il pas considérer l’histoire comme déterminante?Aux antipodes de la méthode précédente, ce n’est plus l’histoire qui mène, c’est le moment présent.Le défi que nous aurions à relever n’est plus tellement celui du progrès dans la continuité, mais celui d’une recréation.De même que le fondateur, à l’origine, a répondu à des nécessités concrètes, qu’il a inventé, ainsi devons-nous faire aujourd’hui: nous mettre à l’écoute du monde, discerner ses appels, nous consacrer aux tâches les plus urgentes, même si elles nous éloignent des intentions spécifiques des origines.Il y a enfin la méthode herméneutique qui emprunte aux méthodes précédentes leurs valeurs positives et les équilibre.On ne peut totalement ignorer notre histoire, mais en expliciter loyalement le contexte.Il faut ensuite dominer ce contexte et déterminer le coeur même de l’intention du fondateur, ce qui, dans ses choix, peut et doit survivre.Ce ne sera jamais chose facile où l’unanimité se fera d’elle-même.Le caractère 279 international de nos familles religieuses ne simplifie rien: la vision des situations sera souvent différente et les décisions à prendre plus complexes.Une situation idéale d’interprétation se présente lorsque l’Église nous épargne les tâtonnements de cette démarche en déclarant que telle initiative peut être prise, tel changement opéré sans que soit trahi le charisme.Cela suffit-il toujours?Perfectae Caritatis 10 b Un excellent terrain d’application de ces trois modes d’interprétation du charisme s’est présenté avec la publication du second paragraphe de l’article 10 de PC.Il s’agit de l’ouverture que le Concile fait aux instituts de frères de pouvoir faire ordonner certains de leurs membres pour les besoins de leurs oeuvres.Je suis très conscient d’aborder ici un sujet encore tabou, malheureusement, en certains milieux frères.J’essaierai d’en traiter en toute neutralité.Entre en cause ici la longue tradition du caractère exclusivement laïcal de nos familles religieuses.On se rappelle que Jean-Baptiste de la Salle en avait fait un caractère distinctif de son institut.Une telle décision, bien qu’originale, se justifiait aisément: les écoles étaient paroissiales, d’où garantie d’un bon service ministériel; le niveau général d’instruction des Frères était plutôt limité et leur préparation assez élémentaire dans les débuts, ce qui n’empêcha pas l’éclosion rapide d’hommes remarquables par leur savoir, surgis de cet humble milieu.Ajoutons à cela que, une certaine littérature aidant, se développa la fierté de témoigner d’une vie religieuse sans le sacerdoce.Une vie religieuse ‘chimiquement pure’.Avec le temps surgirent des problèmes.Des écoles perdirent leur caractère paroissial et se posa alors le problème de la présence sacerdotale.Dès avant le Concile, l’opportunité d’ordonner des frères se posait.Les Frères de la Miséricorde obtinrent alors la permission d’opérer ce changement, en se basant sur des arguments historiques.Puis vint le Concile.Les Procureurs généraux des Frères organisèrent un intense lobby auprès des cardinaux protecteurs et des évêques amis pour contrer les pressions de certains frères et de nombreux evêques vers l’introduction de prêtres chez nous.Je me trouvais à Rome alors, et je me sentais plutôt d’accord avec la position de nos 280 Procureurs: notre ‘virginité laïcale’ me paraissait un élément intouchable, tout en restant très conscient de besoins aigus aux plans scolaire et communautaire.Et voilà que paraît le décret PC.Au deuxième paragraphe de l’article 10 on lit ceci: “Le saint Concile déclare que rien ne s’oppose à ce que, dans les instituts de Frères, tout en maintenant fermement leur caractère laïc, certains membres soient initiés aux Ordres sacrés en vertu d‘une disposition du Chapitre général, pour subvenir aux besoins du ministère sacerdotal dans leurs maisons.” Un texte de nature à balayer tous les doutes quant à la légitimité de l’opération.Ni le charisme, ni la volonté des fondateurs ne pouvaient plus intervenir dans la discussion à titre d’argument prohibant.“Léo locutus est, questio finita est!.” Et comme les besoins ministériels étaient de plus en plus criants en milieu scolaire, de même que communautaire, il était difficile d’imaginer, pensaient de nombreux frères, que nos Chapitres généraux hésiteraient à y répondre positivement.La simple présence de ce texte dans un document concilaire n’est-elle pas déjà une invitation?Quels avantages pour tant de nos institutions scolaires qui souffrent de l’absence d’une présence sacerdotale adaptée! Et quel service rendu aux diocèses que la prise en charge du ministère sacerdotal dans nos écoles et nos communautés! Illusion.Peu d’instituts se prévalurent de l’ouverture offerte par le Concile.Contre une telle ouverture, en effet, on continua à invoquer la pureté du charisme, la volonté claire du Fondateur, le caractère qu’on prétendait restrictif du texte conciliaire, la mésentente sur l’interprétation de l’expression “dans leurs maisons”.Mais le principal argument fut celui de la conviction, chez beaucoup de Frères, de la supériorité théologique de la vie religieuse purement laïcale.Les instituts qui ont opéré le changement s’en disent satisfaits.Ceux qui ont opté pour la tradition aussi! Charisme esprit - Charisme mission Le charisme est fait de beaucoup d’éléments dont les moins importants sont souvent les plus distinctifs.Il en est ainsi des êtres humains.Dire qu’ils sont chair et esprit les distingue peu, bien que cela soit constitutif.Le son de la voix, la taille, la couleur des yeux, le nom.distinguent bien davantage.281 Tous les religieux se ressemblent au niveau du charisme esprit, ou de la fin principale.C’est à tous que ces paroles s’adressent indistinctement: “Que les religieux veillent avec soin à ce que, par eux, l’Église montre vraiment mieux le Christ chaque jour aux fidèles et aux infidèles” (LG 46).“Par les voeux il se donne totalement à Dieu aimé par-dessus tout, de sorte que lui-même et tous ses biens sont rapportés à un titre nouveau et particulier au service et à l’honneur de Dieu” (LG 44).“Les membres de tout institut doivent essentiellement avoir présent à l’esprit que, en professant les conseils évangéliques, .c’est pour Dieu seul qu’ils vivent” (PC 5).L’exhortation VC revient souvent sur ce don radical et cette orientation foncière vers Dieu, élément essentiel, caractéristique, universel de toute vie consacrée, les frères ne faisant évidemment pas exception.“La vie consacrée a le devoir de montrer le Fils de Dieu fait homme comme le terme eschatologique vers lequel tout tend” (art.16,2).“Dans toutes les activités ou ministères où elles sont engagées, les personnes consacrées se souviendront qu’elles doivent être avant tout des guides compétents de vie spirituelle.” (Art.55,2) “Le monde et l’Église cherchent d’authentiques témoins du Christ.Et la vie consacrée est un don que Dieu fait pour que “l’unique nécessaire” soit mis sous les yeux de tous.Dans l’Eglise et dans le monde, la vie consacrée a spécialement pour mission de rendre témoignage au Christ, par la vie, par les oeuvres et par la parole” (Art.109,2).Les citations pourraient se multiplier, toutes dans le même sens: le religieux doit renvoyer à Dieu par une vie exemplaire sans doute, mais aussi par des oeuvres et par des paroles.C’est là que les familles religieuses se distingueront par des charismes particuliers qu’ils doivent identifier, et conserver en les adaptant (Cf.Mutuae Relationes).Les Frères y seront très reconnaissables: l’éducation chrétienne de la jeunesse.L’épithète n’est pas facultative.Je ne crois pas me hasarder en affirmant que ce fut là un point clairement affirmé chez tous les fondateurs.L’école, fin en soi au plan de la 282 culture, et pleinement assumée comme telle, était chez eux moyen pour éveiller et nourrir la foi.À titre d’illustration, on me pardonnera de citer ici notre Fondateur, Jean-Marie de la Mennais, que je connais mieux: “Ne négligez rien pour que vos enfants fassent des progrès; mais attachez-vous surtout à les instruire de la religion et à leur inspirer l’esprit de piété.” ( “Je vous recommande vos chers petits noirs; travaillez avec un soin jaloux et un grand zèle à leur faire connaître et aimer Jésus Christ.C’est là l’objet principal de votre mission.Ah! Qu’elle est belle! Ne négligez rien pour la bien remplir.” “Appliquez-vous à inspirer à vos enfants une véritable et tendre piété; ne vous considérez pas comme un instituteur profane, mais comme un missionnaire chargé d’établir le règne de Dieu dans les âmes.C’est là en effet votre vocation, et c’est en faisant des saints que vous vous sanctifierez vous-mêmes.” “Je vois avec plaisir le progrès de vos élèves; vous avez à leur donner non seulement l’instruction, mais encore une éducation chrétienne.Que ce soit là l’objet principal de vos soins et de vos travaux.’’ Est-ce que la désaffection, ou l’indifférence, que les jeunes montrent aujourd’hui pour notre genre de vie ne viendrait pas du fait que ce qui fait notre raison d’être: l’annonce de Jésus Christ, ne transparaît plus, ou pas suffisamment chez nous?Lors de la transformation du milieu scolaire, nous avons continué sur notre routine, plutôt que de faire preuve de prophétisme.“Plus vous nous devenez semblables, plus vous nous êtes inutiles” disait Mauriac à un auditoire de prêtres et de religieux.N’aurions-nous pas dû deviner que, suite aux transformations profondes en cours, l’annonce de Jésus Christ et l’enseignement de la foi n’iraient plus de soi dans le nouveau milieu scolaire, et que cela nécessitait de notre part une concentration plus forte sur ce qui constitue l’essentiel de notre charisme?Trop peu l’ont fait.À cela, on rétorquera sans doute que le message de la foi porte davantage s’il est véhiculé à travers les matières profanes.“C’est là que j’ai vu que, pour être un éducateur de la foi, il faut être éducateur en 283 matières profanes”, écrivait le P.Varillon ( Beauté du monde, souffrance des hommes, p.57).À cela, on pourrait répondre par une boutade, à savoir que ce n’est pourtant pas la méthode utilisée par le Christ! Je préfère concéder que la solution prônée par un auteur aussi respectable que le P.Varillon est la solution idéale, lorsqu’on peut compter sur une équipe d’éducateurs croyants et soucieux de communiquer leur foi.Où est-ce encore le cas, même dans nos écoles dites catholiques?Même dans celles encore dirigées par des Frères?Il semble plus réaliste d’essayer de créer un esprit d’ouverture aux valeurs chrétiennes, à l’intérieur d’une équipe où les religieux devraient normalement assumer, selon leurs possibilités, les fonctions et les enseignements plus directement reliés à l’évangélisation.Si on approfondit la réflexion, on sera amené à conclure que ce que décrit le P.Varillon correspond précisément au rôle normal de tout éducateur laïc chrétien: pénétrer les activités profanes du souffle évangélique (Cf.LG.31).Les documents conciliaires, les interprétations éclairantes qui les ont suivis, le texte même de l’exhortation apostolique VC met le rôle des religieux à un autre plan.Je crains que les Frères aient été trop enclins à considérer les textes pontificaux sur l’école, l’école chrétienne, comme les concernant directement.Or, ces textes concernent d’abord les parents chrétiens.Les Frères y interviennent à titre de suppléance quand les situations l’exigent, à titre de messagers de la foi toujours.On fera deux objections à ce qui précède: 1) “Mais ne sommes-nous pas des laïcs nous-mêmes?” À cette objection, le Synode a déjà répondu en soulignant l’ambiguïté du terme “laïc” utilisé pour désigner le mode de vie consacrée du Frère (VC, art.60).Ce point sera développé plus amplement dans un prochain article.2) La deuxième est aussi sérieuse.PC 8, par.2 nous dit ceci: “Dans ces instituts (de vie apostolique), à la nature même de la vie religieuse appartient l’action apostolique et bienfaisante, comme un ministère sacré et une oeuvre propre de charité que leur confie l’Église.” Dans la citation que l’on fait de ce texte, on oublie parfois l’importance des deux épithètes qui qualifient l’action du religieux.Cette action doit être apostolique et bienfaisante, soit dans sa nature même, soit par les circonstances où elle est entreprise.Ce serait jouer sur les mots que de qualifier d’apostolique et de bienfaisant tout ce qu’un religieux entreprend.Il 284 y a donc, dans l’engagement du religieux, une responsabilité quant à la nature de cet engagement.Sa vocation est de témoigner de Dieu et de son Royaume, non pas de doubler le laïc sur son terrain.Notre nombre de plus en plus restreint devrait ajouter un argument de poids dans le discernement qui s’impose lorsqu’il s’agit de déterminer ce que doit faire aujourd’hui un religieux éducateur.Aussi PC 8, 3 juge opportun de préciser que “ces instituts doivent adapter judicieusement leurs observances et usages aux nécessités de l’apostolat qui leur incombe.” Il s’agit d’un apostolat, non d’un simple service.“Les frères (pour ne rien dire ici des prêtres et des religieuses) ont rendu à l’État, au nom de l’Église, le service important de l’école à une époque et dans des circonstances où la société n’avait pas les moyens (ni parfois le souci) de dispenser l’instruction populaire.Nous étions alors, réellement, au service des pauvres.Nous avons donc répondu, en son temps, à un besoin urgent et primordial, celui de l’instruction et de l’éducation.Sans négliger pour autant, dans nos institutions, de pourvoir à la formation chrétienne des jeunes.Mais, dans ces conditions, notre apostolat a fini par s’identifier à l’école, en un sens, il a été piégé par l’école.”3 J’avoue ressentir un malaise lorsque je constate que, dans des polyvalentes, des frères ont un horaire complet d’enseignement profane alors que des laïcs sont responsables de l’enseignement religieux.Soyons justes: il arrive que ces religieux eux-mêmes souffrent de cette anomalie à laquelle ils peuvent difficilement échapper, vu les conditions de travail et la nature de leur spécialisation.Si le passé nous a soumis à certaines servitudes, faisons ce qui dépend de nous pour préparer l’avenir.L’exhortation apostolique Catechesi tradendae, art.65, nous trace la voie: “.Je vous exhorte de tout coeur, vous que la consécration religieuse doit rendre encore plus disponibles au service de l’Église, à vous préparer le mieux possible à la tâche catéchétique selon les vocations diverses de vos instituts et les missions qui vous sont confiées, portant partout cette préoccupation.Que les communautés consacrent le maximum de leurs capacités et de leurs possibilités à l’oeuvre spécifique de la catéchèse.”4 Difficile d’être plus clair.3 BELLEFEUILLE André, FIC Adaptation, rénovation, redéfinition de notre mission, article inédit.4 Cité par le F.BELLEFEUILLE A.dans l’article mentionné plus haut.285 J’ajouterai pourtant encore ceci.Les évêques de France, à l’occasion d’une récente assemblée, adressaient aux religieux le message suivant: “Votre mission est notamment de veiller à ce que la catéchèse soit assurée.Vous avez à guider la recherche chrétienne et, selon vos fonctions, à initier aux sacrements qui éclairent et fortifient cette démarche.Au coeur du projet éducatif, vous témoignez en Église de la révélation de l’Amour du Christ” (DC, déc 91, p.1085).Une consécration particulière Quand le décret PC parle de la vie consacrée, il affirme ceci: “.il y a là vraiment une consécration particulière, qui s’enracine profondément dans la consécration du baptême et l’exprime avec plus de plénitude” (PC 5).Ce passage n’a pas fait l’unanimité au départ.On se rappelle que le Concile avait réhabilité, si on peut dire, les valeurs par trop oubliées du laïcat, du mariage, de l’appel universel à la sainteté.Cette mention d’une consécration particulière chez les religieux a choqué.On pouvait à la rigueur imaginer quelque chose de particulier chez les carmélites et les clarisses, ou les contemplatifs en général, mais l’idée d’une consécration particulière collait mal dans le cas des religieux et des religieuses travaillant en plein monde séculier et sécularisé.Des religieux eux-mêmes eurent une réaction négative.On bouda l’idée d’une rencontre du Pape avec les seuls religieux et religieuses lors de sa visite chez nous, au Québec.Pourtant, le récent synode réaffirme la réalité de cette consécration chez les religieux.L’article 30 de VC s’intitule: La consécration nouvelle et particulière.On y répète que, selon la tradition de l’Église, la profession religieuse est considérée comme un approfondissement unique et fécond de la consécration baptismale.Cette consécration particulière n’est toutefois pas une conséquence nécessaire du baptême, car ce dernier ne comporte pas l’appel au célibat, au renoncement à la propriété, à l’obéissance à un supérieur.Comment se représenter cette consécration particulière sans porter atteinte à la perfection de la consécration baptismale, à l’intérieur de laquelle elle se situe?La réponse à cette question n’était pas évidente pour les membres d’une de nos réunions capitulaires.Un confrère, savant théologien et soucieux de concret, imagina l’explication qui suit.Représentons, en premier lieu, par une surface encerclée ce que nous appellerons la sphère de l’agir chrétien, avec au centre un cercle 286 plus petit, pôle d’attraction, point de convergence, qui représente le Christ.Aussi longtemps que le chrétien se meut à l’intérieur du premier cercle, il reste en union avec le Christ.Hors du cercle, c’est le péché, la séparation.À l’intérieur du cercle, il est possible d’être plus ou moins près du centre, le Christ.On peut imaginer des chrétiens qui vivent très près du centre, d’autres qui longent les limites extrêmes.L’expérience nous dit que, parmi les valeurs créées, certaines ont été marquées plus profondément par le désordre originel.Bonnes en soi, elles portent toutefois un coefficient d’ambiguïté plus fort, de telle sorte qu’il est plus difficile de poursuivre ces valeurs dans la totale fidélité au plan divin, sans jamais détourner son coeur de Celui qu’il faut aimer par-dessus tout.Au nombre de ces valeurs plus sujettes à la contamination, nommons la liberté, l’amour, l’avoir.La grâce du Seigneur rend apte à vivre ces valeurs en évitant les déviations, et cela quel que soit l’état de vie embrassé.Mais “il est difficile au riche d’entrer dans le Royaume des deux”, nous prévient Jésus, et l’expérience de tous les jours démontre qu’il est difficile d’être pauvre au sens évangélique quand on a des richesses.Personne ne met en doute la sainteté de l’amour conjugal et la possibilité de le vivre dans la plénitude de la charité théologale.Ce serait cependant céder à l’utopie que de nier la facilité de glissement et de déviation où ce qui devait être signe de l’union du Christ et de l’Église se transforme parfois en écran plus ou moins opaque.“Celui qui est marié a souci des affaires du monde, des moyens de plaire à sa femme; et le voilà partagé” (I Co 7,33).Sous la poussée de l’inspiration divine, certains chrétiens décident d’éliminer de leur agir ces domaines où leur amour serait davantage exposé à la division.Ils traceront donc, à l’intérieur du cercle de l’agir chrétien normal, un autre cercle plus restreint à l’intérieur duquel ils devront se confiner désormais, sous peine d’engager leur conscience.Ils renoncent ainsi à la société conjugale et à tout type d’amour qui y achemine ou s’y apparente; ils renoncent à l’exercice de leur droit de propriété; ils renoncent à toute une série de décisions prévues par une Règle approuvée par l’Église et qu’ils promettent d’observer.Se trouve ainsi créée, à l’intérieur de la consécration baptismale, une zone d’interdits.Voilà l’aspect juridique de la démarche religieuse, celle qui frappe les imaginations et dont se contentent bien des gens de l’extérieur quand ils jugent la vie consacrée: ils la confinent aux interdits.287 Or, on sait tout ce que ce concept éveille de réaction négative.Pourtant, lorsque Yahvé nous donne ses préceptes, tous sauf un se présentent sous forme d’interdits.Mais à la réflexion, on découvre qu’en se bornant à poser les limites de ce qui lui est absolument déplaisant, le Seigneur laisse à la réponse humaine un immense espace de liberté.“Négatif, le décalogue montre, par son indétermination même la place indéfinie que Dieu laisse à l’homme pour inventer concrètement sa tendresse.”5 Un exemple fera mieux saisir.Quand on pose à l’amour conjugal la limite de ne pas tuer, ni blesser, ni voler, ni tromper son conjoint, on n’entre pour ainsi dire pas du tout dans ce qui constitue l’intimité des relations d’un couple.Concrètement, quand on a observé toutes ces défenses, a-t-on vraiment commencé à aimer?Le sens profond de l’interdit n’est donc pas de concentrer l’attention sur l’enclos prohibé, mais d’ouvrir à des possibilités indéterminées les délicatesses de l’amour.Ainsi, quand le Frère prononce ses voeux, ce n’est pas le problème des frontières à ne pas franchir qui le préoccupe, c’est un désir de concentration qui l’habite.S’il a décidé de tracer ainsi dans son existence 5 MANARANCHE A.s.j., L’esprit de la loi, p.81 288 73 un “espace d’interdits”, ce n’est pas en vue de passer le reste de sa vie en “querelles de bornes” avec le Seigneur, mais bien au contraire de s’obliger, par amour, à tendre de tout son élan vers le Centre, vers le Christ.S’engageant à ne pas pouvoir prendre trop de distance par rapport à ce centre, il restera ainsi plus directement, plus intensément exposé à l’aimantation divine.“Suivre le Christ de plus près” lui devient non pas seulement un idéal, mais une quasi nécessité, par suite des conditions qu’il s’est lui-même créées, en réponse toujours à l’appel de l’Esprit Saint.Et l’avenir?Humainement parlant, l’avenir des frères enseignants n’a rien de brillant si on s’en tient au Québec, et en général aux pays de vieilles chrétientés.Nos communautés vieillissent et la relève ne vient plus.Les frères ne baissent pas les bras pour autant.L’histoire nous apprend, il est vrai, que beaucoup de familles religieuses se sont éteintes au cours des siècles, et pas toujours par manque de ferveur.Plutôt par manque de prophétisme.L’histoire nous apprend aussi que d’autres, au bord de l’extinction, ont repris un nouveau souffle après avoir retrouvé, sans doute, leur “signifiance” profonde.Voilà, je crois, où se trouve notre défi: retrouver notre “signifiance” à l’intérieur d’un charisme mieux connu, et vécu avec audace.À défaut de pouvoir ouvrir, dans ce domaine, des pistes sûres, je puis au moins présenter, sous forme de suggestions, des expériences déjà en oeuvre ici et là.- Comme préalable, le Frère doit avoir une meilleure connaissance de ce qu’il est.Il n’est pas, comme on le répète encore trop souvent, un laïc consacré.C’est là la définition des membres d’instituts séculiers.Le Frère est un religieux, et comme tel, il a quitté le laïcat et sa préoccupation de gérance des choses profanes.Sa priorité doit porter sur l’annonce du Royaume.Il est “témoin de la cité de Dieu”.Quand les circonstances le retiennent dans un engagement de nature profane, il doit garder même alors, surtout alors, le souci de faire de cette situation un tremplin vers la proclamation du message évangélique.- Notre tradition a fait de nous des enseignants.Dans les pays techniquement développés, ce service est désormais largement pourvu.Par contre, l’ignorance religieuse est tragique.Un confrère, préparant des jeunes aux sacrements, leur parlait du tabernacle, du ciboire, du calice, de l’hostie.Question: “Frère, pourquoi avez-vous pris tous nos mots pour désigner ces choses-là?” Bien peu est fait aussi pour la jeunesse 289 en problème: décrocheurs, drogués, délinquants, immigrés, analphabètes de tous âges Terrains en attente et pleins de défis.- On parle de plus en plus de sortir la religion des écoles.Advenant le cas, les Frères et les Soeurs y verront-ils un défi à relever?- Nous retrouvons en pays de missions des situations où notre rôle traditionnel se justifie encore.Qu’on s’y adonne avec tout le zèle et la compétence qu’on nous connaît, avec le souci de céder des responsabilités aux laïcs autochtones dès qu’ils pourront les prendre, pour nous concentrer sur “l’annonce passionnée de Jésus Christ” (VC, art.75, 5) à l’intérieur de l’institution scolaire ou des organisations paroissiales.À retenir que la cession des postes d’administration doit être l’objet d’un discernement spécial.- En 1992, nos évêques du Québec ont attiré l’attention sur l’importance prioritaire de l’éducation de la foi centrée sur les adultes, de préférence à celle, traditionnelle, de l’éducation de la foi des enfants.N’y a-t-il pas là un vaste champ ouvert à l’action, entre autres, de frères retraités, encore vigoureux et zélés?Que de paroisses sans prêtres résidents seraient heureuses de profiter de leur compétence pour aider à la préparation sacramentelle (baptême, confirmation, eucharistie, mariage.) de gens qui désirent être instruits! “L’apostolat auprès des adultes est plus important dans la mission de l’Église que la formation religieuse des enfants (.) Dans les conditions modernes, instruire les enfants dans ‘leur religion’, celle de leur famille, n’est plus suffisante pour en faire des chrétiens vivant réellement de la foi.Il faut même assurer que la formation religieuse de la jeunesse sera de moins en moins efficace (.) Le christianisme doit s’engager résolument dans l’apostolat des adultes qui deviendra son principal moyen de se perpétuer et de progresser.”6 C’est toujours vrai: la moisson reste grande.- L’ouverture aux missions, en plus d’être un geste de foi, est source d’espérance.Dans ces pays de chrétientés naissantes, la vocation du Frère attire une jeunesse généreuse et promet une relève qui manque ici.Sans nous limiter à cet aspect survie de l’aventure missionnaire, on 6 LEGAULT, Marcel, Croire en l’Eglise de l’avenir, Aubier, 1985, p.177.Cité dans l’article inédit de BELLEFEUILLE, André, p.5.290 peut y voir une voie providentielle nous incitant à ne pas désespérer pendant qu’on cherche ici les voies d’un nouveau départ.- Le souci de la jeunesse marginale ne doit pas nous faire oublier qu’il y a toujours, chez beaucoup de nos jeunes Québécois, des aspirations vers le don de soi à des causes généreuses.La nôtre en est une.“Les vocations ne manquent pas, elles meurent” a écrit le Cardinal Garrone.Qui leur permettra de vivre?Et comment?Vaste et urgent problème qui nous interpelle tous.Albert Tremblay, FIC 200, boulevard Wallberg Dolbeau, G8L 2R2 ERRATUM Veuillez lire du 22 au 29 août, et non du 22 au 19 (!).Le lecteur aura déjà deviné, sans doute, l’erreur qui s’est glissée dans le numéro 4, sept.-oct.1996, p.253, concernant la retraite prêchée au Manoir d’Youville de Châteauguay par Jules Beaulac, ptre.Toutes nos excuses.291 L’IDENTITÉ CONTEMPLATIVE CISTERCIENNE ET LES DÉFIS DE LA CULTURE CONTEMPORAINE P.Sylvain Mailhot, o.c.s.o.L’enlèvement puis l’assassinat de sept moines cisterciens, en Algérie, a récemment et momentanément attiré l’attention sur le témoignage propre d’une communauté chrétienne monastique en milieu musulman.N’eût été la couverture de l’événement par le monde médiatique, le fait serait passé inaperçu, et les sept moines seraient morts dans l’anonymat, comme des milliers d’autres personnes ayant subi le même sort, en Algérie1 ou ailleurs.Sans doute est-ce davantage l’aspect emblématique et symbolique de ces sept vies données pour Dieu et pour l’Algérie, dans un contexte tout autant politique que religieux, qui a retenu l’attention du grand public.L’identité et la forme de vie propre de ces sept moines cisterciens (ou “Trappistes”) et des moines et moniales qui vivent du même charisme sont peut être moins connues ou moins claires, y compris pour ceux et celles qui partagent avec eux un même appel à la vie consacrée.Dans la première partie de cet article, je tenterai donc de préciser quelle est cette forme de vie, dans sa structure et sa spiritualité, après l’avoir brièvement située dans l’histoire.La deuxième partie portera sur les principaux défis rencontrés actuellement par les moines et moniales cisterciens, et plus largement par les communautés religieuses, dans le contexte culturel qui est le nôtre.1 En référence au titre d’un ouvrage récent: Sept vies pour Dieu et l’Algérgie, paru aux éditions Bayard/Centurion, Paris, 1996, qui présente quelques textes des moines et divers témoignages de leurs proches.292 I- L’identité contemplative cistercienne Si on essaie de situer la vie cistercienne dans les formes de vie ecclésiale existantes à partir du Code de Droit canonique, l’Ordre Cistercien de la Stricte Observance (O.C.S.O.) se définit alors comme Institut religieux (can.607) clérical (can.588 no2) de vie consacrée (can 573), intégralement ordonné à la contemplation (can.674).Toutefois, ces catégories générales ne rendent pas compte de certaines particularités propres à l’Institut.L’Exhortation apostolique post-synodale sur La vie consacrée est déjà plus nuancée, qui réserve dans son Introduction un paragraphe à la vie monastique en Orient et en Occident (paragraphe 6) et, au-delà de la distinction laïque/cléricale, parle d’instituts mixtes (paragraphe 61).Ces termes juridiques, valables pour tous les Instituts de même nature, ne disent cependant rien du visage propre de la vie cistercienne.J’essaierai d’en préciser les traits en la situant brièvement dans l’histoire, pour ensuite dégager la structure et la spiritualité, à partir notamment des récentes Constitutions des moines et moniales de l’O.C.S.O.Quelques éléments d’histoire En tant qu’Ordre juridiquement constitué, l’O.C.S.O.compte seulement un peu plus de cent ans d’existence (1892-1996).Toutefois, en tant qu’Ordre monastique, il plonge ses racines dans un lointain passé.En simplifiant au maximum, on peut retracer quatre grandes étapes dans son histoire, qui renvoient aux traits spécifiques de son identité: l’Ordre se situe dans la grande tradition monastique, bénédictine et cistercienne, caractérisée par une “observance” particulière.Première forme historique de vie religieuse, la vie monastique apparaît de façon spontanée en Orient, au IVe siècle.Antoine (251-356) et Pacôme (292-346), en Égypte, sont les deux grands protagonistes de ce mouvement qui se présente sous deux formes distinctes: la vie ana-chorétique ou érémitique et la vie cénobitique.En Cappadoce, saint Basile (329-379) rédige des Règles monastiques qui donnent au cénobitisme une structure plus ferme et permanente.D’Orient, le monachisme passe ensuite en Occident grâce notamment aux initiatives de saint Jérôme (347-419) et de Jean Cassien (365-435).D’autres fondateurs donnent au monachisme occidental ses particularités propres: en Afrique, saint Augustin (354-430); en Gaule, saint Martin (316-397), fondateur de Ligugé et de Marmoutier et saint Honorât (mort en 430), fondateur de Lérins.293 Héritier de ses prédécesseurs, Benoît de Nursie (vers 480-547) rédige à son tour une Règle des monastères, qui lui vaudra le titre de Pères des moines d’Occident.De l’Italie centrale, la Règle bénédictine s’étend peu à peu, notamment en Angleterre, grâce à l’autorité et à l’action du pape Grégoire le Grand (590-604).Deux siècles plus tard, elle devient l’unique Règle organisant la vie et la spiritualité de tous les monastères occidentaux, grâce à la réforme de Benoît d’Aniane et au décret de l’empereur Louis le Pieux (817); elle supplante alors une autre règle monastique venue d’Irlande par l’intermédiaire de saint Colomban (vers 540-615).Après la chute de l’Empire carolingien, la fondation de Cluny (909), adaptée à la société féodale naissante, renouvelle le monachisme bénédictin à partir d’un système que l’on a pu qualifier de “monarchie patriarcale” (près de 1 200 monastères sous la seule autorité de l’abbé de Cluny).Dans les décennies qui suivent, une vague de réformes, marquée par un attrait pour l’érémitisme, secoue les Ordres existants et fait surgir de nouvelles fondations monastiques: saint Romuald à Camaldoli (1012), Jean Gualbert à Vallombreuse (1039), Étienne de Thiers à Grandmont (1074), saint Bruno dans le massif de Chartreuse (1084).Pour sa part, lorsque le 21 mars 1098, saint Robert quitte son monastère de Molesmes avec vingt et un compagnons et fonde le “Nouveau Monastère” dans le boisé de Cîteaux - à une vingtaine de kilomètres de Dijon, en France -, c’est pour retrouver la “pureté de la Règle” bénédictine sous laquelle il s’était engagé.Il s’agissait alors de retrouver les valeurs de pauvreté et de simplicité de vie, notamment par la mise en valeur du travail manuel, de solitude et d’ascèse, en refusant tout commerce avec les seigneurs dont les donations n’étaient pas toujours désintéressées.Saint Albéric succède à saint Robert à la tête du “Nouveau Monastère”, puis en 1109, à la mort d’Albéric, c’est Étienne Harding, un moine anglais, qui devient abbé.C’est lui qui donne à l’Ordre naissant - puisque le Nouveau Monastère de Cîteaux commence à essaimer dès 1114 - sa structure propre en le dotant de la Charte de Charité, document législatif et spirituel établissant une sorte de “monarchie constitutionnelle”, et par l’institution des “frères convers”.Deux éléments qui inspireront par la suite la législation des divers Ordres monastiques et religieux.Après l’oeuvre des trois fondateurs de Cîteaux -célébrés le 26 janvier, selon le calendrier liturgique cistercien actuel -, l’arrivée de saint Bernard (1090-1153) et de trente compagnons, en 1113 (ou 1114), donne au nouvel Ordre une impulsion décisive.Du fait de la réputation grandissante du saint, nommé abbé de Clairvaux dès 1115 à l’âge de vingt-cinq ans, les novices affluent de partout et les fondations 294 se multiplient, au rythme d’environ deux par année.L’Europe se couvre bientôt de monastères de “moines blancs” - près de 350 à la mort de Bernard -, auxquels se joignent dès les débuts des maisons de moniales - on en compte 25 en 1153 -, chacune sous l’autorité immédiate de l’abbé d’un monastère masculin.Dans la suite, temps de ferveur et de décadence marquent l’histoire de l’Ordre.A partir du XVe siècle apparaissent diverses Congrégations, efforts locaux, régionaux ou nationaux de revitalisation que l’Ordre dans son ensemble ne semble plus pouvoir effectuer.Au début du dix-septième siècle l’Ordre se voit divisé en Observances, opposant réformateurs et non-réformateurs quant à la restauration d’une discipline plus stricte.Dans le sillage de ce qui est appelé l’Étroite Observance, la réforme entreprise par l’Abbé de Rancé (1626-1700), abbé du monastère de la Trappe, et l’oeuvre de son successeur Dom Augustin de Les-trange (1754-1827), aboutit en 1892 à la constitution d’un Ordre autonome, formé de trois Congrégations issues de la Valsainte, l’Ordre des Cisterciens Réformés de Notre-Dame de la Trappe - d’où le nom de Trappistes -, appelé à partir de 1902 Ordre Cistercien de la Stricte Observance.Ayant à sa tête son propre Abbé Général et doté d’une juridiction propre, le nouvel Ordre (O.C.S.O.), désormais distinct de l’Ordre Cistercien (O.Cist.), comptait, en 1894, 56 monastères d’hommes, totalisant 3 200 profès, novices et convers, et une vingtaine de maisons de moniales, au nombre d’environ 1 300.La grande famille cistercienne est actuellement constituée de deux Ordres distincts, l’O.Cist.et l’O.C.S.O., chacun regroupant moines et moniales, et de deux Congrégations indépendantes de moniales: la Congrégation Cistercienne de Saint Bernard (ou de Las Huelgas, en Espagne), comptant 26 monastères de moniales associés juridiquement à l’O.C.S.O., et l’Ordre des moniales cisterciennes bernardines d’Esquermes, comptant 29 monastères en divers pays, liés à l’O.C.S.O.par une association spirituelle.Fait nouveau dans l’histoire cistercienne, qui n’a jamais connu de Tiers-Ordre: dans le rayonnement de certains monastères (surtout en France et en Amérique), des laïcs, hommes et femmes, désirant vivre de la spiritualité cistercienne, commencent à se constituer en association et demandent à être reconnus officiellement.La structure actuelle de l’O.C.S.O.L’O.C.S.O.compte actuellement 158 monastères et près de 4 500 moines et moniales, soit 93 monastères masculins, totalisant 2 600 295 moines, et 65 monastères féminins, totalisant près de 1 900 moniales (ce qui fait en moyenne 30 moines ou moniales par monastère).Ces monastères sont répartis dans 45 pays différents, sur les cinq continents; encore largement français et européen, l’Ordre s’internationalise toutefois de plus en plus: 85 monastères en Europe (dont 30 en France), 35 en Amérique, 17 en Afrique, 14 en Asie et 7 en Océanie.Il est significatif à cet égard que les récentes Constitutions de l’Ordre - approuvées par la Congrégation des religieux le jour de la Pentecôte 1990 - aient connu un moment important de leur rédaction lors du Chapitre Général de 1984, tenu à Holyoke (Massachussetts) aux États-Unis, premier Chapitre à avoir lieu en Amérique, et même hors de l’Europe.Significative également l’élection de Dorn Bernardo Olivera, un argentin, dans la charge d’Abbé Général, au Chapitre Général de 1990.La communauté locale, c’est-à-dire l’abbaye ou monastère autonome comptant au minimum douze membres à voeux solennels et ayant un abbé ou une abbesse à sa tête (élu(e) pour un temps indéterminé ou pour une période de six ans), est la cellule fondamentale de l’Ordre.L’unité entre les divers monastères est assurée par trois institutions qui, depuis le Xlle siècle (selon la législation établie par la Charte de Charité), structurent l’Ordre Cistercien: la filiation, la Visite Régulière et le Chapitre Général, et d’autres organes juridiques ou pastoraux plus récents.La filiation assure la permanence du lien entre la maison fondatrice et sa fondation, appelée “maison-fille”, même quand celle-ci a accédé au statut de monastère autonome.L’abbé de la maison fondatrice en devient par le fait même le Père Immédiat qui, tout en respectant l’autonomie de l’abbé local, veille au bon ordre et au progrès de sa maison-fille notamment par une visite officielle, appelée Visite Régulière, qui a lieu tous les deux ans.Après leur fondation, les monastères de moniales entrent dans la filiation d’un monastère masculin, dont l’abbé devient le Père Immédiat; il a charge notamment de mettre à la disposition des moniales un moine-prêtre de son monastère comme aumônier.Tous les trois ans, les supérieures s’assemblent en Chapitre Général, en lequel réside l’autorité suprême de l’Ordre, pour veiller au bien de chacun des monastères, au maintien du patrimoine cistercien, et à l’accroissement de l’unité dans tout l’Ordre.Abbés et abbesses se réunissent en Chapitres distincts mais interdépendants - en sorte que les décisions prises par l’un ou l’autre Chapitre et ayant des implications pour tout l’Ordre doivent recevoir l’aval de l’autre Chapitre pour avoir force de loi -et tenus simultanément.Si moines et moniales ont des Constitutions et une législation propres, ils ne forment toutefois qu’un seul Ordre, avec à sa tête un seul Abbé Général, élu par les deux Chapitres; si ce n’était du 296 caractère clérical de l’Ordre, une moniale pourrait être élue dans cette fonction.A ma connaissance, cette structure, permettant une réelle autonomie des deux branches en même temps que le partenariat et la complémentarité des approches, est assez unique dans les Instituts actuels.Les supérieures se regroupent également tous les ans à un niveau régional pour la préparation du Chapitre suivant et pour la bonne marche de chacun des monastères impliqués.D’orientation strictement contemplative, le mode d’insertion des monastères cisterciens O.C.S.O.dans l’Église locale est leur vie de prière elle-même, en ce sens qu’ils n’ont aucun autre mode d’apostolat, à la différence des monastères cisterciens (O.Cist.) qui, selon les Congrégations, peuvent avoir charge d’une paroisse ou d’un collège (bien que souvent seulement quelques frères soient engagés dans ces ministères).Suivant la tradition monastique et bénédictine, chaque monastère dispose d’une hôtellerie, et invite ceux et celles qui y sont accueillis à partager son recueillement, sa prière et sa liturgie.La présence de nombreux moines-prêtres dans les communautés masculines, à l’heure où les paroisses en sont de plus en plus dépourvues, n’est pas sans questionner sur le sens du sacerdoce monastique, interrogation qui refait surface périodiquement depuis le Concile et ne semble pas avoir encore reçu de réponse satisfaisante.La spiritualité cistercienne Fondée sur la Règle bénédictine, la vie cistercienne est cénobitique: moines et moniales y cherchent Dieu à la suite du Christ dans une communauté stable, sous une Règle et un abbé/une abbesse.L’ordre de ces trois éléments, communauté, Règle et abbé/abbesse, n’est pas sans importance.La communauté est première, structurée par la Règle, elle-même interprétée par le/la supérieur(e) dont la charge ne se réduit pas à l’administration temporelle, mais bien à donner à la communauté son orientation spirituelle, notamment par un enseignement dispensé régulièrement (ou “chapitre”, en référence aux “chapitres” de la Règle dont l’abbé/abbesse donne un commentaire; de là, le nom de “chapitre” est aussi passé à la salle où s’assemble la communauté pour cet enseignement).Toujours selon la Règle bénédictine, moines et moniales s’engagent par la profession des voeux monastiques d’obéissance, de conversion de vie (conversatio morum, incluant la pauvreté et la chasteté) et de stabilité.Ce voeu, par lequel on s’engage à vivre dans le monastère de sa 297 profession usque ad mortem, est aussi celui qui fait le plus difficulté dans la conjoncture actuelle.Les autres valeurs monastiques traditionnelles: jeûne, ascèse, silence, solitude, ont été assouplies par rapport aux pratiques assez rigoureuses de l’avant Concile; l’accent porte moins sur les observances elles-mêmes que sur les valeurs qui les sous-tendent, ou encore sur l’équilibre des valeurs: solitude/accueil, silence/parole, etc.L’austérité n’exclut pas quelques fêtes communautaires occasionnelles (Jour de l’An, Pâques, fêtes de jubilaires.), mais la récréation, quotidienne ou hebdomadaire, n’apparaît pas à l’horaire de la communauté.La journée monastique cistercienne s’ordonne autour de trois axes fondamentaux: la prière chorale, la lectio divina et le travail manuel.La prière chorale de l’Oeuvre de Dieu (Liturgie des Heures), avec ses sept offices, et la célébration de l’eucharistie, rythment la journée.L’horaire quotidien inclut également deux moments de prière personnelle (oraison), le matin (environ 30 minutes) et le soir (environ 15 minutes après les Vêpres).La lectio, pratiquée à des moments déterminés ou selon ce qui convient à chacun, est aussi un élément important de la vie spirituelle, qui s’alimente principalement aux sources bibliques, patristiques et liturgiques.Il est significatif à ce point de vue que le patrimoine littéraire cistercien, avec ses grands auteurs du XIle siècle: saint Bernard, Guillaume de Saint-Thierry, Aelred de Rievaulx, Guerric d’lgny, Isaac de l’Étoile et quelques autres, soit constitué en sa majeure partie de sermons prononcés lors de fêtes liturgiques, visant avant tout la transmission d’une expérience spirituelle.Au coeur de cette expérience, d’où la dimension affective n’est pas absente (sans y être toutefois prépondérante comme dans la devotio moderna), l’humanité du Christ tient une place privilégiée.Enfin, le travail manuel, particulièrement à l’honneur à l’époque des frères convers et dans un contexte agricole, occupe actuellement environ cinq heures de la journée et tend à se diversifier selon les lieux et les cultures; il demeure essentiel à l’économie, en même temps qu’un facteur important d’équilibre.La simplicité est sans doute l’élément le plus caractéristique de la vie cistercienne; les Constitutions la mentionnent explicitement: À l’exemple des Pères de Cîteaux qui recherchaient une relation simple avec le Dieu simple, la façon de vivre des frères est simple et frugale.Que tout dans la maison de Dieu soit en harmonie avec ce genre de vie où le superflu n’a aucune part, en sorte que la simplicité elle-même puisse être un enseignement pour tous.Que cette simplicité apparaisse clairement dans les bâtiments et le mobilier, dans la nourriture et le vêtement, et jusque dans la célébration liturgique, (c.27) 298 L’exemple le plus éloquent de cette simplicité, qui caractérise aussi les relations fraternelles, est sans doute l’architecture cistercienne du X11e siècle, avec ses églises romanes, conservées en quelques monastères: quelques lignes très pures dessinent des formes simples et dépouillées, avec des ouvertures laissant passer une abondante lumière.Dans les nécessaires adaptations aux réalités économiques et culturelles diverses, simplicité et beauté demeurent des valeurs importantes pour la création d’un environnement qui favorise la quête spirituelle.En lien avec ces deux valeurs, signalons la place effective mais en même temps discrète que tient dans la spiritualité cistercienne la Vierge Marie, à qui sont traditionnellement dédiés tous les monastères de l’Ordre: une antienne lui est réservée à la fin de chacun des offices liturgiques, et chaque journée se termine aux accents à la fois nostalgiques et sereins du Salve Regina.II.Les défis actuels Le récent Synode sur la vie consacrée, de même que la participations de moines et de moniales à divers organismes régionaux (par exemple l’Union canadienne des religieuses contemplatives, dans le cas des moniales ), permet de constater que les problèmes et les défis rencontrés par les cistercien(ne)s, par-delà leurs particularités propres, sont les mêmes que ceux rencontrés par les autres Ordres et Congrégations religieux actuels.Et cela tant au niveau des moines et moniales considérés individuellement, qu’au niveau des communautés ou de l’Ordre en son entier.Ces problèmes et ces défis, touchant personnes et institutions, sont liés à la situation ecclésiale de l’après-Concile, ainsi qu’au contexte social.En Europe et en Amérique du Nord, les défis rencontrés touchent principalement le vieillissement des communautés et l’absence de recrutement, qui conduisent à la transition parfois difficile à opérer de communautés nombreuses à des communautés restreintes, avec tout ce que cela implique de réaménagements.C’est parfois même la fermeture de certains monastères qu’il faut envisager.En Hollande, une enquête sociologique réalisée il y a quelques années par une firme spécialisée arrivait à la conclusion que sur huit monastères, sept devaient être fermés dans un avenir rapproché.La gestion de la décroissance devient une priorité.En Afrique, en Asie et en Océanie, si le recrutement est plutôt florissant, les conditions sociales ou politiques rendent parfois difficiles le discernement vocationnel - pourquoi entre-t-on au monastère?-ou la persévérance dans le choix de vie.299 Le dernier Chapitre Général O.C.S.O., tenu en 1993, avait pour thème “l’identité contemplative cistercienne”.En guise de préparation au Chapitre, on avait demandé aux supérieurs de chacune des régions de réfléchir, entre autre points, sur les défis que la mentalité contemporaine pose à l’identité contemplative.Invité à participer à ce Chapitre à titre de délégué (représentant de la “base”) pour la région canadienne, on m’avait également demandé de présenter un bref exposé sur ce point, à partir des données recueillies dans chacun des rapports régionaux.C’est ce texte que je présente maintenant ici, partage de quelques interrogations relatives à l’O.C.S.O.et, dans une certaine mesure, à l’ensemble des communautés religieuses.Partage d’une réflexion qui se voudrait tout à la fois lucide et confiante en Celui qui appelle encore aujourd’hui à marcher à sa suite.Les défis de la mentalité contemporaine De l’ensemble des comptes rendus des conférences régionales et des documents préparatoires au Chapitre rédigés sur ce thème, deux préoccupations majeures se dégagent.D’abord celle de montrer que les défis varient d’une aire culturelle à l’autre.Ce qui pose la question - que je soumets à votre réflexion -, de savoir s’il existe des éléments transculturels spécifiques, caractéristiques d’une mentalité contemporaine (moderne ou post-moderne).Ensuite la préoccupation d’une attitude positive à l’égard de la culture ambiante, attitude qui intègre une saine critique mais sans se réduire à la seule confrontation (ou “contre-culture”).En ce qui regarde notre attitude vis-à-vis la culture ambiante ou “le monde”, M.F.Mannion, dans un récent article paru dans The American Benedictine Review,2 identifie dans l’Église catholique, les communautés religieuses et les communautés monastiques quatre paradigmes majeurs ou façons globales de se situer par rapport au monde, qu’il désigne sous le nom de conservatisme, libéralisme, radicalisme et néoconservatisme.Ces quatre attitudes peuvent co-exister simultanément dans une même institution (Ordre, région, communauté) selon les tendances qui l’agitent, mais plus difficilement dans une même personne.Elles se vérifient notamment dans le rapport à la tradition, l’ecclésiologie (en particulier dans le rapport à l’autorité) et le domaine liturgique.Le 2 Monasticism and Modem Culture: 1.Hostility and Hospitality - Religious Community and The World, M Francis Mannion, The American Benedictine Review (AAA) march 1993, 3-21.300 conservatisme se caractérise par une ouverture minimale à la culture ambiante: restauration du modèle institutionnel passé, ecclésiologie centralisatrice et hiérarchique, liturgie pré-conciliaire; en termes monastiques, prédominance de la fuga mundi (sous son aspect péjoratif).Le propre de l’attitude libérale est “a dynamic dialogue between the Gospel and human culture” (p.10).Il s’agit surtout d’adapter la tradition chrétienne et ecclésiale aux aspirations du monde moderne; démocratiser, dé-romaniser et dés-européaniser l’Église; inculturer la liturgie avec créativité, sans crainte d’innover.Dé-ritualisation de l’existence et re-ritualisa-tion sous un mode libéral caractérisent la vie religieuse et monastique; l’aggiornamento prédomine sur le “retour aux sources”.L’approche radicale ne vise pas seulement à accorder tradition chrétienne et société moderne, mais à créer un nouvel ordre religieux et culturel, à partir d’une lecture sélective et d’une critique profonde des institutions passées et actuelles (ainsi par exemple dans la théologie de la libération ou la théologie féministe).Cette tendance appelle une reconfiguration complète de l’Église, de ses structures et de ses expressions symboliques.La vie religieuse et la vie monastique s’y présentent comme un lieu alternatif, à la frontière de la tradition chrétienne et du contexte socio-culturel ambiant; on y parle de “refondation” (au sens fort du terme) et d’ecclé-siogénèse”.Enfin le néo-conservatisme se caractérise par une approche tout à la fois ouverte et critique face au monde contemporain, dans le respect des origines chrétiennes, mais en même temps orientée vers le développement de la tradition, tant en ce qui regarde la théologie, l’ecclésiologie que la liturgie: “New cultural elements can always enter into the Christian synthesis, but the Church’s continuity with its origins must always be preserved” (p.16).Une grande confiance en l’héritage des traditions religieuses et monastiques s’y manifeste, comme aussi en leur vitalité et en leur capacité d’interpellation de la culture ambiante.Pour M.F.Mannion, le néo-conservatisme est particulièrement bien représenté dans les communautés bénédictines américaines actuelles.Cette attitude globale pourrait d’ailleurs s’autoriser de la Règle de saint Benoît elle-même, selon l’étude et les conclusions qu’en a tirées Aquinata Bockmann (citée par l’auteur dans le même article)2 3.Il semble que ce paradigme soit aussi bien représenté dans notre Ordre, comme en témoigne le thème et les sous-thèmes retenus pour ce Chapitre.Toutefois, comme il existe un certain pluralisme dans l’Ordre par-delà 2 Aquinata Bockmann, “Openess to the World and Separation from the World According to RB", The American Benedictine Review 37(1986:3) 304-322.301 une unité de fond, chaque région, chaque communauté, chaque moine et chaque moniale pourrait essayer de se situer et de nommer sa propre attitude vis-à-vis du “monde”, à partir de clés de lecture que constituent ces quatre paradigmes, et peut-être aussi de trouver ce qui motive en profondeur ces attitudes.Ces clés de lecture pourraient aussi s’avérer utiles pour situer et dégager le profil des personnes qui se présentent aux portes de nos monastères comme candidates possibles à la vie monastique.Après avoir identifié les attitudes les plus représentatives de notre rapport à la culture ambiante, on peut maintenant présenter quelques défis que celle-ci nous pose, en tenant compte de la variété des contextes socio-culturels.De façon un peu schématique, on peut les regrouper sous trois grands titres, indiquant trois niveaux distincts mais inter-reliés: (1) le rapport à la nature et à la technologie moderne (niveau cosmologique), (2) l’homme et la femme post-modernes (niveau anthropologique) et (3) la sécularisation et le retour du sentiment religieux (niveau théologique).1.Le rapport à la nature et à la technologie contemporaine La vie monastique est née et s’est développée surtout dans le contexte de sociétés agricoles.Contexte particulièrement favorable à son style de vie et à l’épanouissement de la dimension contemplative, notamment par le contact direct qu’il permet avec la nature.Le souci particulier du choix de l’emplacement de nos monastères, et le type de travail mis de l’avant (souvent l’agriculture) ont fait que notre genre de vie a pu jusqu’à présent éviter les écueils des sociétés industrielles et post-industrielles tout en bénéficiant de leurs avancées technologiques.On ne voit pas pourquoi cette situation ne pourrait se prolonger dans le cadre du virage technologique (informatique) actuel, sinon peut-être pour des raisons d’ordre économique.D’autant plus que le courant écologique nous a sensibilisés à l’importance de la préservation de l’environnement et au maintien d’un sain équilibre entre ses différentes composantes.Cette nouvelle sensibilité à l’écologie demeure d’ailleurs pour nous une interpellation.Elle interroge notre rapport effectif à l’environnement de nos monastères, ainsi qu’aux intervenants qui se font les promoteurs et les défenseurs des “droits de la nature”, aux divers plans politique, éthique et spirituel.L’urbanisation croissante de l’environnement - et, en certaines régions, l’“occidentalisation” rapide des modes de vie traditionnels -, les 302 contraintes économiques, et peut-être aussi un souci de solidarité avec les pauvres, peuvent modifier ces conditions “idéales” de lieu et de travail qui ont prévalu jusqu’à présent dans nos communautés.On pourrait interroger ici les communautés qui ont opté pour un travail de type industriel (usine) ou utilisant les technologies de pointe (ordinateurs) pour évaluer l’impact réel de ces nouvelles conditions sur la dimension contemplative de notre vie.À titre de comparaison, on peut évoquer l’impact qu’a pu avoir l’avènement de l’imprimerie sur les scriptorium de nos monastères et les interrogations que cette nouvelle situation a pu alors susciter, notamment quant à la pratique de la lectio divina.Cette pratique n’a pas été perdue, même si les conditions de son exercice avaient changé.Dans cette optique, on a évoqué dans un document le terme et la pratique de la video divina; la réflexion et la mise en commun d’expériences d’une telle pratique serait à poursuivre.Par-delà ces préoccupations plus immédiates, on peut se demander si l’on est en mesure d’évaluer exactement, à long terme, l’impact des nouvelles technologies sur notre façon de vivre.En ce domaine, il semble que nous n’ayons pas encore dépassé le stade de l’acculturation, c’est-à-dire d’une adaptation intelligente et appropriée à de nouveaux procédés de travail et de communication, sans accéder au stade de l’inculturation proprement dite.Il faudra attendre pour cela l’arrivée de nouvelles générations de moines et de moniales, formés dans cette nouvelle culture, celle de l’homo informaticus.L’une des modifications majeures qu’elle laisse présager est celle de notre rapport à la temporalité.On pourrait prendre le seul exemple de l’expédition d’une lettre: acheminée autrefois par bateau, puis par avion et maintenant par le FAX, le temps d’attente qui caractérisait le rapport épistolaire se trouve considérablement réduit.Une culture de l’immédiateté est en train de prendre forme, notamment par l’utilisation de l’ordinateur qui rend accessible une masse considérable d’informations dans un laps de temps minimal.Une certaine atrophie de la mémoire (humaine) pourrait en résulter.Ce qui constituerait une menace potentielle à la formation et à la préservation d’une identité propre (personnelle ou institutionnelle), dans la mesure où le sentiment d’identité s’enracine dans la mémoire individuelle et dans la mémoire collective.Par contre, on peut voir aussi dans l’ordinateur une aide qui, par son efficacité et sa rapidité, libère la mémoire et l’esprit humain, leur permettant d’exercer leur activité dans les domaines qu’ils privilégient.Pour ce qui est de l’utilisation de l’ordinateur, on a parfois évoqué aussi le risque d’un enfermement dans le monde de l’information - ou de la surinformation - neutre, désinvestie de tout contenu affectif, avec ses effets à plus ou moins long terme sur les relations humaines ou sur la relation à 303 Dieu qu’est la prière.Si une telle possibilité demeure réelle et appelle à la vigilance, elle a aussi sa contrepartie positive, celle du franchissement des limites spatiales qui permet de vivre au rythme des événements mondiaux - conflits, guerres, famines, etc.- et peut grandement contribuer à développer la solidarité humaine.2.L’homme et la femme post-modernes La post-modernité se caractérise par une certaine désillusion suite à l’effondrement du mythe du progrès (années 1960-70), c’est-à-dire de la maîtrise de la nature par la personne humaine, et de l’utopie marxiste (années 1980-90), soit la maîtrise de l’histoire par la personne humaine.Les deux figures typiques qui les représentaient: l’homme/la femme du progrès, le/la militant(e) ont laissé place à cette autre figure-type qu’est l’homme/la femme “problématique”.“Problématique”, c’est-à-dire privé(e) de références identitaires significatives et/ou de cohérence globale, de projet de vie.Tel semble être le profil d’un bon nombre de candidates actuel(le)s à la vie monastique.L’absence ou la quête de références se vérifie aux divers niveaux constitutifs d’une culture, soit le niveau de l’expression (langages, symboles, etc.), le niveau des institutions (famille, milieu éducatif, structures économiques et politiques, etc.) et le niveau des valeurs (esthétiques, éthiques, etc.).Au niveau de l’expression, le sain pluralisme de nos sociétés cosmopolites contemporaines se manifeste en particulier dans la multiplicité des langages qui s’y déploient, langages qui renvoient le plus souvent à des anthropologies diverses.Ce qui vient en quelque sorte redoubler le défi particulier que rencontrent les responsables de formation, celui de la transmission d’une expérience et d’un patrimoine spirituel bien caractérisés -notamment en l’expression privilégiée qu’est celle du douzième siècle.Par ailleurs, la fréquente absence de données premières en ce qui regarde le langage de la foi, et plus encore celui de la tradition monastique, permet de les recevoir dans leur nouveauté.À condition toutefois qu’une herméneutique appropriée en accompagne la transmission.C’est peut-être au niveau des institutions que les défis rencontrés varient le plus d’une aire culturelle à l’autre.Signalons-en quelques-uns.Dans les comptes rendus de certaines régions, on a fait mention de la crise de l’institution familiale (famille éclatée, reconstituée, monoparentale, etc.) qui semble réduire chez les jeunes les possibilités même de choix vocationnel: problèmes psycho-sociaux, immaturité affective, etc.Le défi que cette situation pose à nos communautés est celui de bien identifier la capacité d’accueil, d’intégration et d’accompagnement de telles personnes, sans risque d’une désorganisation interne.En 304 d’autres régions, c’est le niveau de vie plus élevé de nos communautés, au plan matériel comme au plan éducationnel, par rapport au milieu ambiant, qui interroge sur les motivations réelles dans le choix de la vie monastique.Le défi est ici encore le discernement à opérer à court, moyen et long terme; l’expérience de nos communautés et fondations récentes dans les jeunes Églises est ici précieuse.La promotion de la femme, en divers secteurs de la vie sociale et en quelques secteurs de la vie ecclésiale, n’est peut-être pas sans lien avec la crise actuelle des communautés religieuses féminines, surtout de vie active.Sur ce point, notre Ordre, avec ses neuf siècles d’histoire et ses récentes Constitutions, offre peut-être une contribution originale sur la façon de vivre l’alliance homme/femme à l’intérieur d’une institution.Sans doute nous reste-t-il du chemin à parcourir; notre réflexion sur la revitalisation des organes pastoraux de l’Ordre pourrait y contribuer.Quelques régions signalent également la méfiance vis-à-vis des institutions et des structures sociales -quelles qu’elles soient - qu’entraîne chez les jeunes en particulier la corruption du système politico-économique ambiant.D’autres s’interrogent sur l’influence de l’esprit démocratique sur nos communautés et les diverses instances de l’Ordre, notamment sur le service de l’autorité abbatiale.Situations et interrogations qui interpellent en particulier les supérieures dans l’exercice de leur charge, comme aussi tout responsable d’emploi dans les communautés.En ce qui concerne l’instance qu’est le Chapitre Général, on ne peut pas ne pas évoquer à ce propos la question, non encore résolue de façon définitive, du droit de vote des délégué(e)s.Le niveau des valeurs est peut-être celui où nos communautés interpellent prophétiquement plus la société qu’elles ne sont interpellées par elle.C’est du moins l’impression d’ensemble qui se dégage de la lecture d’un bon nombre de comptes rendus, où l’on dresse une liste assez longue des anti-valeurs sociales, auxquelles on oppose les valeurs évangéliques telles que transmises par la Règle de saint Benoît et la tradition cistercienne: matérialisme/vie spirituelle et liturgie, consommation/pauvreté et détachement, individualisme/vie cénobitique, hédonisme/ascèse et simplicité de vie, etc.Chacun de ces thèmes pourrait faire l’objet d’un ample développement.Toutefois, cette vision un peu unilatérale ne doit pas masquer le questionnement et les défis que posent pour nos communautés les valeurs authentiques qui animent les générations actuelles, telles que les énoncent par exemple les Directives sur la formation dans les instituts religieux4: sensibilité aux valeurs de justice, 4 Document romain Potissimum institution/, du 2 février 1990.Voir en particulier le chapitre V, para-graghe A: Les jeunes candidats à la vie religieuse et la pastorale des vocations (p.57 dans l’édition française publiée par la Conférence religieuse Canadienne).305 de non-violence et de paix; ouverture à la fraternité et à la solidarité; mobilisation pour les causes de la vie et de la nature; aspirations à un monde meilleur.Notre esprit d’initiative et notre créativité sont ici stimulés à trouver des voies nouvelles dans la manifestation de notre solidarité, mais qui respectent en même temps notre identité contemplative.Je ne ferai ici que signaler, à titre d’exemple, la participation plus ou moins grande de certaines communautés ou de moines/moniales au mouvement de l’A.C.A.T.(Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture) et, pour me référer à une situation connue mais de caractère plus ponctuel, au rôle de “médiation pacifique” joué par la communauté du Lac dans la crise autochtone (Oka, Québec, Canada) à l’été 1990.Au-delà de ces défis particuliers, le grand défi que nous pose l’attente du monde et surtout des jeunes dans cette société post-moderne est peut-être celui d’une identité claire, d’un projet anthropologique (et théologique) cohérent, où les trois niveaux des valeurs, des institutions et de l’expression ne se contredisent pas.De cette identité et de ce projet, nos récentes Constitutions présentent les traits fondamentaux; reste à savoir si nos communautés y sont effectivement accordées.3.La sécularisation et le retour du sentiment religieux Au plan religieux, la transition de la modernité à la post-modernité se caractérise par le passage d’une mentalité fortement sécularisée à un retour du sentiment religieux avec ses manifestations les plus diverses et les plus ambiguës (fraternités, sectes, New Age, etc.).En certaines régions et en certains secteurs de la vie sociale, la sécularisation est encore prédominante, tandis qu’ailleurs elle coexiste avec les formes les plus inattendues de l’irrationnel.Un double défi se trouve ainsi posé à notre identité contemplative et à notre mission spécifique dans l’Église.La sécularisation, avec les attitudes qui la caractérisent - pragmatisme, rationalisme, relativisme, réductionnisme anthropologique, etc.-nous incite à devenir toujours davantage “témoins du transcendant”, dans un esprit d’ouverture et de dialogue, d’accueil et de respect, de partage et de gratuité, notamment dans le service de l’hospitalité, de l’accueil inconditionnel des hôtes.Témoigner de l’Absolu, comme aussi de notre foi en l’humain et en sa capacité de contemplation, dimension constitutive de son être même qui ne demande le plus souvent qu’à être éveillée.Ce qui fait dire à R.Pannikar que la vie monastique est un archétype religieux et humain universel, qui interpelle toujours.5 Par 5 Pannikar, R.Blessed Simplicity, The Monk as universal Archetype, New York: the Seaburg Press, 1982.Cf.aussi Dom Jean Leclerc, Monastic studies 18 (1988) 64-78.306 ailleurs, si, au départ, les sciences humaines (anthropologie, psychologie, sociologie, etc.) se sont développées en majeure partie en dehors d’un cadre religieux, il semble que nous n’ayons pas encore terminé d’apprécier leur contribution à une meilleure compréhension de la dynamique de la vie spirituelle (personnelle, communautaire et sociale).Outre une même attitude d’ouverture, d’accueil et de dialogue, les adhérents et les représentants des nouveaux mouvements religieux trouvent - ou s’attentent à trouver - en nos monastères des lieux propices à une “expérience spirituelle”.Dans ce contexte, notre patrimoine est d’une particulière actualité quand on considère l’importance accordée par nos Pères et Mères cisterciens à l’expérience, comme aussi au thème également très actuel du désir.L’héritage d’une tradition multi-séculaire est aussi précieux dans l’exercice du discernement que requiert une quête spirituelle authentique qui s’exprime souvent en des langages et rites multiples, empruntés aux traditions les plus diverses.Face à ce syncrétisme, il semble important de bien faire ressortir l’enracinement ecclésial - à la fois dans l’Église locale et dans l’Église universelle - et la spécificité chrétienne de notre tradition spirituelle.Spécificité qui ne se durcit pas en opposition, mais s’enrichit au contact des traditions autres, comme nous y invite le mouvement oecuménique actuel, inter-confessionnel et inter-religieux.Au terme de cette brève présentation, un texte de Jean-Yves Baziou, tiré d’un article de la revue Christus intitulé “Traverser la désillusion.Une autre façon d’habiter le monde”, décrit bien, ce me semble, l’attitude qui devrait être celle du chrétien - et plus encore du moine/de la moniale - vis-à-vis des défis de la mentalité contemporaine: Au lieu donc de lire négativement ce moment d’effondrement des absolus, nous pourrions renouer avec la manière biblique de lire les crises: dans la Bible, les mutations culturelles, les temps de passage, les conflits apparaissent comme des moments privilégiés de révélation de Dieu qui casse les images qu’on se fait de lui, de l’homme et de l’Église.Nous les découvrons plus grands, plus neufs que ce que nous imaginions.La nouveauté culturelle est l’occasion d’un progrès spirituel.6 Sylvain Mailhot, o.c.s.o.Abbaye cistercienne Notre-Dame-du-Lac 1600 chemin d’Oka, r.r.1 OKA, QC J0N1E0 6 Jean-Yves Baziou, Traverser la désillusion.Une autre façon d’habiter le monde, Christus 157 (janvier 1993) 8-17, citation p.14.307 MISSION DE LA VIE CONSACRÉE Fr.Georges Croteau, s.g.Deux questions me sont posées par le comité de rédaction de cette revue.La première interrogation présente moins d’intérêt pour le lecteur et j’y répondrai donc très rapidement; la seconde me donne l’occasion de dire comment j’entrevois notre mission, peu importe la forme de vie consacrée que nous avons épousée.La première question se lit donc ainsi:”Dans la gamme des formes de vie consacrée, où situez-vous la forme de vie dans laquelle vous êtes engagé?' Je suis membre d’une communauté religieuse de Frères vouée à l’éducation.Ma communauté en est une laïcale et la moyenne d’âge des Frères est de 72 ans.La plupart d’entre eux ont été des tâcherons du monde de l’éducation et parfois les méprisés du système ecclésial1.Presque tous les frères retraités non alités font du bénévolat dans des oeuvres caritatives les plus diversifiées ou en pastorale.Un certain nombre d’entre eux sont en mission, ad gentes.En traçant ce portrait de la communauté, je suis conscient qu’il pourrait devenir l’étalon de maints autres instituts de Frères.La deuxième question peut se résumer ainsi: Avez-vous des paroles à dire aux autres formes de vie consacrée?Bien sûr, et non seulement aux autres formes mais aussi aux formes similaires qui vivent les mêmes problèmes et peut-être une certaine morosité.J’aborderai trois points qui me tiennent à coeur.1 Mon “parfois” se veut un bémol à cette citation de Jean Hamelin dans Histoire du catholicisme québécois, t.Il, p.239.308 1.Je vieillis, tu vieillis, nous vieillissons.Un mot d’abord sur le vieillissement.Dans plusieurs communautés vieillir est conjugé à tous les temps.La chose m’agace.Non pas que j’en veuille aux personnes âgées, car je scierais la branche sur laquelle je suis assis, mais au vieillissement considéré par plusieurs comme une dégénérescence, un pas vers la tombe et une excuse facile pour se récuser face à l’éveil vocationnel ou à l’engagement apostolique.Deux autres points de vue, beaucoup plus exaltants, peuvent être envisagés.Tout d’abord un aspect normal et sain du vieillissement qui se situe dans l’ordre développemental.Pourquoi pas un vieillissement qui conduit à un remaniement créateur provoqué par l’adaptation et qui constitue un des aspects dynamiques de l’existence, comme l’a montré H.Reboul2 L’autre point de vue sur lequel je m’attarde un peu est une histoire de vieilles gens de la Bible.Au début du récit fondateur de la foi, n’est-il pas encourageant de découvrir un mythe de la veillesse! C’est alors qu’elle est vieille que Sara joue sa véritable aventure.Elle va donner la vie et assurer une postérité à Abraham.Elle est la matrice dont Dieu se sert pour rire de nos stérilités.Si, tu as ri! Mais la foi a triomphé du doute, la puissance de Dieu de nos nécroses! Et regardez notre père Abraham.“Il ne faiblit pas dans la foi en regardant son corps -il était presque centenaire!”3 Espérant contre toute espérance poursuit Paul, il crut et devint ainsi le père d’un grand nombre de peuples.Devant la promesse il ne succomba pas au doute et fortifié par la foi il crut au Dieu qui fait vivre les morts et appelle à l’existence ce qui n’existe pas.Ce Dieu est le Dieu de l’impossible! Oui, le livre de la genèse nous montre que le mythe de la jeunesse se substitue à celui de la vieillesse.“Qui que tu sois, quels que soient ton âge et l’échec de ta vie, tu peux être fondateur d’un monde, tu peux être nouveauté créatrice.Même si tu n’es plus qu’une loque, des enfants peuvent naître de toi”4.Voilà les propos que j’aimerais entendre dans nos communautés plutôt 2 “Une dimension psycho-sociale du vieillissement” dans Recherche: Conscience sociale et handicap, n.40 (4/1984).3 Rm 4, 19.4 Jean Vanel, Le livre de Sara, Éditions du Cerf, 1984, p.58.309 que: La communauté est vieille; on ne peut plus rien; notre moyenne d’âge est de 70 ans, ma chère; c’est pu comme dans notre temps, etc.“Vous n’avez pas seulement à vous rappeler et à raconter une histoire glorieuse, mais vous avez à construire une grande histoire.”5 2.Médiateurs pour nos frères et soeurs.Mon deuxième point a trait au rôle important de médiation que nous sommes appelés à jouer, à la suite de notre seul médiateur et Seigneur, le Christ.Là encore, les fondements sont scripturaires.Méditez attentivement le marchandage le plus extraordinaire d’un bon juif, notre père Abraham, et sa puissance d’intercession auprès de Dieu.Seigneur vas-tu vraiment supprimer cette cité sans lui pardonner à cause des cinquante justes qui s’y trouvent?Ce serait abominable que tu agisses ainsi! “A cause de cinquante justes, je pardonnerai, répond le Seigneur.— Peut-être en manquera-t-il cinq sur les cinquante! Pour cinq détruiras-tu la ville?— Non, lui répondit le Seigneur.— Peut-être là s’en trouvera-t-il quarante! — Dieu dit: “Je ne le ferai pas à cause de ces quarante.” — Que mon Seigneur ne s’irrite pas, peut-être là s’en trouvera-t-il trente! — Je ne le ferai pas si je trouve trente justes.— Peut-être s’en trouvera-t-il vingt! — Je ne détruirai pas à cause de ces vingt.— Je parle une dernière fois, dit Abraham, peut-être s’en trouvera-t-il dix! — Je ne détruirai pas à cause de ces dix!”6 Voyez la puissance médiatrice de Moïse pour son peuple tout au long de son séjour dans le désert.Un seul épisode parmi tant d’autres: le combat d’Amaleq contre Israël.7 Quand Moïse élevait la main, Israël était le plus fort, quand il reposait sa main, Amaleq avait le dessus.Les mains de Moïse se faisant lourdes, Aaron et Hour durent, un de chaque côté, les lui soutenir.Ainsi placées, les mains tinrent fermes jusqu’au coucher du soleil et Israël vainquit Amaleq et son peuple.Puis Moïse bâtit un autel et lui donna le nom de “Le Seigneur, mon étendard.” Inspirez-vous de David qui intercède auprès du Seigneur pour faire fuir l’Ange exterminateur.8 Considérez la force d’Elie lorsque la pauvre veuve qui l’a reçu et soutenu perd son fils en qui il ne resta plus de souf- 5 Jean-Paul II, La vie consacrée, Exhortation post-synodale, no 110.6 Gn 18, 16-33.7 Ex 17, 8-15.8 2Sam, 24 16.310 fie.Consternée la veuve accable Elie.Tu es venu chez-moi pour rappeler ma faute et faire périr mon fils! Donne-moi ton fils, lui dit Elie.Il invoqua le Seigneur en disant:” Seigneur, mon Dieu, que le souffle de cet enfant revienne en lui!” Le souffle revint en lui et il fut vivant.Elie le remit à sa mère qui reconnut la puissance du Dieu vivant.Jésus, notre seul médiateur, va récapituler ces signes au cours de sa vie terrestre.Nouveau Moïse qui nourrit son peuple dans le désert il étendra les mains sur la croix pour nous assurer la victoire contre tous nos ennemis.Nouvel Elie, il ressuscite le fils de la veuve de Naïm.Nouveau David, il s’exclame: “Jérusalem, Jérusalem, que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants comme une poule, ses poussins.” Nouvel Abraham, il prie le Père en ces termes: “Qu’aucun de ceux que tu m’as donnés ne se perde!”.Inspirez-vous de la médiation des apôtres dont les Actes font étalage en surabondance.Au chapitre 3 c’est l’infirme de “La Belle Porte” qui s’attend à recevoir de l’argent et qui se fait dire par Pierre:”De l’or ou de l’argent, je n’en ai pas; mais ce que j’ai, je te le donne: au nom de Jésus Christ, le Nazôréen, marche!” Puis c’est la puissance d’intercession de la communauté qui est soulignée aux chapitres 4 et 12.Pierre est en prison; la communauté intercède pour lui car “il y avait là9 une assez nombreuse assistance en prière” et “la prière ardente de l’Eglise montait sans relâche vers Dieu à son intention.” Entouré de quatre escouades de quatre soldats, et bien enchaîné, il semblait impossible que Pierre puisse s’échapper.Or l’ange vint trouver Pierre en le frappant sur le côté et lui dit:”Lève-toi vite.passe ton manteau et suis-moi.” Pierre sortit vite.Il passa un premier poste de garde, puis un second, puis un autre encore et enfin le quatrième poste.Au bout de la rue l’ange le quitta.Pierre reprit ses esprits et repérant le coin il se rendit à la maison de Marie.Il cogna à la porte et la jeune servante Rhodè, tout excitée, courut avertir les autres, incrédules, que Pierre était là.Elle avait oublié un détail: lui ouvrir la porte! Pierre continuait à frapper.Ils ouvrirent enfin! C’était lui.Que dire aussi des exploits de Paul: la guérison de l’infirme à Lystres, la délivrance des prisonniers à Philippes et la résurrection d’Eutyque à Troas.Oui, “Dieu accomplissait par les mains de Paul des miracles peu banals, à tel point qu’on prenait, pour les appliquer aux 9 À la maison de Marie, cf, 12,12.311 malades, des mouchoirs ou des linges qui avaient touché sa peau.”10.Combien de gens sont entrés dans nos communautés pour cueillir nos mouchoirs, draps et autres douillettes, sûrs de notre foi?Parlant de la prière, Jean Lafrance dit qu’elle est une force d’attraction par laquelle l’homme attire son frère par l’intermédiaire de l’Esprit Saint* 11.Par notre pouvoir de médiation ou plutôt par notre foi en la prière de l’Esprit de Jésus ressuscité nous pouvons attirer à la santé, à la vie, à la conversion, au salut, c’est-à-dire à la vraie vie éternelle.3.Une intelligence de l’histoire habitée par l’Esprit du ressuscité Notre premier devoir consiste à témoigner de l’évangile de vie, à croire au ressuscité.C’est ce que rappelle Jean-Paul II lorsqu’il écrit: “On doit absolument éviter le véritable échec de la vie consacrée, qui ne vient pas de la baisse numérique, mais de la perte de l’adhésion spirituelle au Seigneur.12 Peu importe ta forme de vie, c’est ta foi à l’Esprit de Jésus ressuscité qui confère l’efficacité à ton apostolat.Retournons encore aux textes sacrés.En proclamant Jésus exalté, la prédication apostolique atteint son sommet.Les discours des apôtres présentent un schéma repérable: la crucifixion de Jésus, sa résurrection d’entre les morts, sa destinée à la droite de Dieu, sa venue prochaine.C’est l’annonce, le kérygme.13 Jésus est toujours vivant, toujours au milieu de nous.Premier-né d’entre les morts, il nous attend.Nous avons à montrer que nous sommes des ressuscités! C’est joliment important alors qu’au Québec, ce ne sont pas les sectes qui sont à craindre, même si elles pullulent, mais bien les 20% de gens qui croient à la réincarnation! Montrons-leur, en paroles et en actes, que la réincarnation c’est de la petite bière, de la .5 par rapport à la résurrection qui est une Brador bien mûrie! Luc va plus loin encore.Dans les Actes, il raconte deux fois le mystère de la Pentecôte.Le premier récit au chapitre deux est généralement bien connu; l’autre, la pentecôte des païens, au chapitre dix, inaugure un monde nouveau.Ces deux récits présentent la clé de lecture du livre des Actes.Ce qui est antérieur prépare la venue de l’Esprit; ce qui suit, c’est le déploiement et la mise en action de l’oeuvre de l’Esprit.14 Puis Luc nous invite à découvrir et à expérimenter l’Esprit.Ce qui ouvre ce livre et en constitue la trame c’est l’annonce et la manifestation de l’Esprit Saint.Ce fait est important pour la compréhension que nous devons avoir de l’histoi- 10 Ac 19, 11.11 Jean Lafrance, Dis-moi une parole, Éditions Paulines, 1989, p.215, no 28.12 Vita consecrata, no 63.13 Cf Ac 2, 14ss; 2,23,24; 2,33-36;3, 13ss; 4,1 Oss; etc.14 Pour plus d’informations, Cf Cahiers Évangile no.52, L’Esprit Saint dans la Bible.312 re.”En raison même de la présence de l’Esprit à l’oeuvre à chaque instant de l’histoire et en chaque croyant, l’histoire n’est plus la simple relation des faits et des personnages du passé; elle est le miroir de notre présent.” La lecture des Actes nous révèle, d’une part, l’action efficace et soutenue de l’Esprit et, d’autre part, l’incertitude des premiers chrétiens aux prises avec les inconnus de l’histoire.Comment concilier ces oppositions si l’Esprit agit avec tant d’efficacité?C’est là que Luc fait intervenir la foi.Reconnaître sous les apparences de l’histoire qui a son lot de banalités, d’inconnues, d’échecs et de dérives, la présence de l’Esprit.Il est vu comme agissant dans le cours même de l’histoire faite de la faiblesse des humains, de l’impondérable, de l’imprévisible à l’intérieur desquels il agit efficacement.Ce faisant, Luc ne fait que nous renvoyer à notre expérience de croyants.Notre monde porte ses ambiguïtés: d’un côté, familles désunies, pénurie vocationnelle, maladies transmises sexuellement, appauvrissement sélectif, ravages des drogues; de l’autre côté, armée de bénévoles, gestes de solidarité, recherche de justice, aires de liberté, mobilisation pour la paix, sensibilité écologique.L’Esprit est encore à l’oeuvre dans ce monde et il l’est par nous si nous tenons ferme dans la foi.Mais pas n’importe quelle foi.Non pas la foi en un passé idyllique où les premières communautés chrétiennes, aussi bien que les premières années de nos propres communautés, apparaissent comme des sommets de vie chrétienne ou religieuse vécue dans la charité parfaite.Une telle conception est à contresens de notre confession en l’Esprit Saint.Une foi qui est, dans le hic et nunc, adhésion à Jésus ressuscité et à l’Esprit du Père, en même temps que soumission à leur volonté.Une foi de qui se sait justifié et donc sauvé et qui veut transmettre cette vie.Une foi qui affirme: “Aujourd’hui comme hier et comme au premier temps de l’Eglise, l’Esprit est à l’oeuvre et le Christ vivant.”16 “Tu vas dire à l’Esprit: Viens des quatre vents, esprit! Souffle sur ces morts et qu’ils vivent”.17 Georges Croteau, f.s.g.1045 Viger Trois-Rivières, QC G8Z 3P6 16 Ibid, p.75.17 Ez 37,9 313 Tables de l’année 1996 1.Auteurs et articles AGENTS de pastorale, Longueuil La vie religieuse - Perceptions et perspectives 10 AUGER, Georges, c.s.v.Produire du fruit en abondance 41 BARIL, Gilberte, o.p.Un regard d’ensemble sur l’Exhortation apostolique sur la vie consacrée par le Pape Jean-Paul 11 212 BIGAOUETTE, Francine, o.p.Quand la Parole de Dieu assume nos cris 108 BOISVERT, Laurent, o.f.m.La consécration d’après l’Exhortation apostolique 229 CAZA, Lorraine, c.n.d.Eléments de réflexion sur la situation de la vie religieuse apostolique 24 CENTRE AGAPE Des jeunes s'expriment sur la vie religieuse 3 CROTEAU, Georges, f.s.g.Mission de la vie consacrée 308 DUCHARME, Alfred, s.j.L Esprit dans l’Eglise 152 FORTIN, Benoit, o.f.m.cap.L’engagement prophétique dans la vie économique 97 GAGNON, Denis, o.p.Une école de préparation au martyre 241 GIGUERE, Paul-André -ROY, Louis, o.p.A propos de l’article “Thérapie ou salut chrétien” 185 LEWIS, Jacques, s.j.Vivre sous la mouvance de l’Esprit 132 MAILHOT, Sylvain, o.c.s.o.L’identité contemplative cistercienne et les défis de la culture contemporaine 292 PAGEAU, René, c.s.v.Oser espérer 76 PUJOL I BARDOLET, f.é.c.L Exhortation apostolique “Vita consecrata” pour ces temps qui nous interpellent 195 ROBERT, Pierre Le baptême, semence de vie spirituelle 168 ROUTHIER, Gilles Le silence du synode de Québec au sujet de la vie religieuse 69 ROY, Louis, o.p.Thérapie ou salut chrétien 48 TREMBLAY, Albert, f.i.c.Religieux frère 269 SALVAIL, Ghislaine, s.j.s.h.“Si on t’adresse la parole, le supporteras-tu?” (Job 4,2) 258 314 2.Sujets Abandon: Le cri d’abandon de Jésus en Croix, modèle de la prière de l’âme souffrante 108-123.Baptême: Théologie paulinienne du baptême: baptisés dans le Christ, nous sommes engagés avec Lui dans sa mort et sa résurrection 168-184.Communauté nouvelle : des liens à transmettre 266-268.Défis: sécularisation vs retour du sentiment religieux 299-307.Espérance: L’espérance est la plus belle audace des religieuses et des religieux d’aujourd’hui 76-96.Esprit-Saint: Présence de l’Esprit en Jésus, dans l’Église et dans l’existence ordinaire du croyant 132-151; demeurer sous la mouvance de l’Esprit, dans le courant spirituel qui anime l’Église en cette fin de siècle 152-167.Historique de I’ O.C.S.O.: de 1892 à 1996 293-295.Médiateur (rôle): pour nos frères et soeurs 310-312.Jésus, médiateur 311.Mission : Inventer notre vraie place dans l’Eglise 261-263; Fondement christologique et trinitaire de la mission apostolique 41-47.Pauvreté: Pauvreté religieuse prophétique dans un monde d’appauvrissement 97-107.Psychologie : Salut chrétien et croissance humaine 48-55, 185-192.Religieux frère : Vocation spécifique 271-273; vie religieuse apostolique 276-279; ordination sacerdotale 281 ; charisme mission 281-283.Spiritualité : cistercienne 297-299.Synode Le Synode diocésain de Québec et la vie religieuse 69-75.Vieillissement : vieilles gens de la Bible 309.Vie religieuse : Vue par des jeunes 3-9; vue par une équipe de pastorale : perception et prospectives 10-23; actualisation dans la fidélité créatrice 24-40.Vita consecrata : dimension doctrinale 197-198; chasteté, pauvreté, obéissance 205 et 247-248; dimension missionnaire 207-208; consécration 218-221 et 232-234; communion 221-223; mission 223-225; fondement évangélique 236-238; nature eschatologique 238-240; radicalisme de la croix, du baptême, de la vie consacrée 242-244.315 Les Livres Arminjon, Biaise, Nous voudrions voir Jésus -Jean 12-21 Desclée de Brouwer/Bellarmin 1996, 203 pages Bergeron, Marie-lna, D’un bout du siècle à l’autre Desclée de Brouwer 1996, 180 pages Couture, André et Nathalie Allaire, Ces anges qui nous reviennent Editions Fides 1996, 176 pages Gagnon, Martin, La version du silence Bellarmin 1996, 148 pages Hodges, Richard et David Whitehouse, Mahomet, Charlemagne et les origines de l’Europe Lethielleux 1996, 187 pages Lamarche, Denise, Les sept sacrements Edtions Fides 1996, 203 pages Maillot, A., Un Jésus “Vous, qui dites-vous que je suis?” Lethielleux 1995, 318 pages Parent, Rémi, Foi chrétienne et fierté humaine Editions Paulines 1996, 93 pages Quéré, France, Marie Desclée de Brouwer 1996, 188 pages Rouet, Albert, L'Alliance et le Verbe Editions Anne Sigier 1996, 214 pages 316 Bicentenaire - célébration Les Soeurs de [a Présentation de Marie 1796 - 1996 Les Soeurs de la Présentation de Marie célèbrent cette année leur 200e anniversaire de fondation.Elles vous invitent à vous unir à leur Joie dans l’Action de Grâce.Célébrer un Jubilé, c’est se souvenir.C’est se souvenir que le 21 novembre 1796, à Thuyets, en France, Marie Rivier, alors âgée de 28 ans, fondait l’Institut des Soeurs de la Présentation de Marie.Très jeune encore, devant la statue de la Piéta à qui elle demandait sa guérison, Marie Rivier fit à Notre Dame cette promesse : "Guéris-moi, je te ramasserai des petites et je leur ferai l’école." Le projet de Marie Rivier était précis, à la mesure de son audace, en réponse aux besoins du temps: l’éducation chrétienne de la jeunesse.Dans l’ardeur de son zèle, Marie Rivier voulait ou faire connaître Jésus-Christ ou mourir.C’est se souvenir que six vaillantes religieuses sont parties de France pour venir s’établir à Saint-Marie-de- Monnoir (Marieville) en 1853, à la demande de Monseigneur Prince, alors évêque de Saint-Hyacinthe, pour enseigner aux jeunes filles et former des “maîtresses d’écoles”.C’est se souvenir que Marie Rivier fut déclarée Vénérable par le Pape Léon XIII en 1890, qu’elle fut présentée au monde comme la Femme-Apôtre par le Pape Pie IX et qu’elle fut béatifiée par le Pape Jean-Paul II le 23 mai 1982.Célébrer un Jubilé, c’est vivre aujourd’hui.C’est vivre en puisant dans nos racines la vigueur des recommencements.Depuis sa fondation, l’enseignement demeure l’oeuvre principale de la Congrégation qui compte actuellement près de deux mille religieuses réparties dans dix-huit pays à travers le monde.C’est vivre, dans la visée de Marie Rivier, les valeurs évangéliques qui sont pour nous Paroles de vie.Soyons, disait-elle, un Evangile ouvert où chacun puisse lire Jésus-Christ.Tout en Marie Rivier nous renvoie à Jésus- Christ, à son Evangile, à la Vierge Marie.Pour répondre, en Eglise, aux attentes de notre monde, dans sa soif de spiritualité, dans son désir de paix et de bonheur, des religieuses de la Présentation de Marie sont présentes dans les pays de mission et y exercent leur zèle, soutenues par la prière de nos aînées et de nos malades.Célébrer un Jubilé, c’est croire et espérer.C’est espérer que jaillissent de nouvelles formes d’apostolat fécond et dynamisant à la Rivier, et que la mission d’Eglise confiée à notre fondatrice continue de croître et de porter des fruits.C’est croire et espérer que la prière, l’amour de Marie, inspirent toutes les audaces dans notre cheminement de foi à la suite de Marie Rivier.Célébrer un Jubilé, c’est se mettre ensemble et laisser éclater la Joie.Le thème de notre année jubilaire est : Ensemble, pour faire connaître et aimer Jésus-Christ.317 Retraites accompagnées 1997 1.En avril : du 1er (14 h 00) au 8 (12 h 00) 2.En mai : du 1er (14 h 00) au 8 (12 h 00) Les accompagnatrices : Julienne Bélanger, s.s.c.m.Rita Corneau, s.p.Françoise Perreault, s.p.Endroit : Soeurs de la Providence 5655, rue de Salaberry Montréal, H4J 1J5 Tél.: (514) 331-4810 Coûts : Inscription Accompagnement Payable à Pension 15$ non remboursable 60$ Rita Corneau, s.p.1112, rue de Louvain est Montréal, H2M 1B5 Tél.: (514) 383-6448 210$ Payable aux Soeurs de la Providence.318 Centre Cfjrtëtuô - hiver 1997 Cours (après-midi: 14h à 15h45 - soir: 19h30 à 21 hl 5 sauf indications contraires) Lundi soir, 13 au 27 janvier Maître Eckhart ou la joie errante Martin Laramée Mercredi soir, 15 au 29 janvier Les étapes du cheminement spirituel Claude Mayer, o.m.i.Jeudi p.m., 16 au 30 janvier Lectio Divina : ateliers d’initiation Odette Saint-Pierre, s.s.a.Lundi soir, 10 au 24 février Le Serviteur souffrant d’Isaïe, figure du Christ Jean-Pierre Prévost, s.m.m.Mercredi soir, 12 février au 12 mars Accompagner Jésus vers sa Pâque Richard Bergeron, o.f.m.Jeudi p.m., 13 février au 6 mais Spiritualité de l’Exode: hier et aujourd’hui Jacqueline Brunette, s.s.a.Lundi soir, 10 au 24 mars Contempler le visage du Christ (Le Saint-Suaire et les icônes) R.Beaugrand-Champagne Michel Saint-Onge Lucien Coutu, c.s.c.Sessions en semaine : (9h30 à 12h - 13h30 à 15h45) Vendredi, 24 janvier Leadership: parole ou silence ou.?(Nombre limite : 20 personnes) Louise Bruneau Vendredi, 28 février Le stress: appel à de grandes choses Serge Paquin Sessions en fin de semaine Samedi et dimanche 18-19 janvier, 9h à 15h30 L’Ennéagramme: approfondissement psychologique et spirituel (Pré-requis : l’Enn.Une sagesse) (Nombre limite: 60 personnes) Yolande Frappier, s.n.j.m.Samedi et dimanche 1-2 et 15-16 février, 9hà 15h30 Mieux apprécier les différences entre nous par l’Indicateur Myers-Briggs (Nombre limite : 50 personnes) (Date limite d’inscr.: 10 déc.1996 questionnaire à remplir) Yolande Frappier, s.n.j.m Samedi, 22 février, lOh à 16h30 Récollection du carême : l’enfant prodigue André LeBlanc, p.m.é.Samedi, 1 er mars, 9hl5 à 15h45 Le Christ et la souffrance Jean-Pierre Prévost, s.m.m.Samedi et dimanche 8-9 mars, 9h à 15h30 Myers-Briggs - spiritualité (Nombre limite : 50 personnes) Yolande Frappier, s.n.j.m.Informations et inscriptions: Centre CfyriStUS 6450, av.Christophe-Colomb Montréal, Qc, H2S 2G7 Tél.: (514)276-9433 319 Centre de Renouveau Chrétien des Ursulines 20, rue des Ursulines, C.P.276 LORETTEVILLE, P.Q.G2B 3W7 RETRAITES 1997 FÉVRIER 02 - 09 Jules Beaulac, prêtre Jésus au coeur de nos vies MARS 02 - 09 Richard Guimond, o.p.La maison où l’on m’attend AVRIL-MAI 27 - 04 Claude Mayer, o.m.i.“Aimer Dieu sans mesure” avec s.Bernard MAI 11-18 Roger Gauthier, o.m.i.L’Église est en toi JUIN 12-19 André Gélinas, s.j.Luc, peintre de la tendresse du Christ JUIN 22 - 29 Rita Gagné, o.s.u.Comprenez que l’été est proche (Mc 13, 29) JUILLET 01 - 08 André Gélinas, s.j.Luc, peintre de la tendresse du Christ JUILLET 12-26 Gaston Vachon, prêtre 14 jours avec Marie JUILLET 23 - 30 Lucien Pépin, o.m.i.La conversion du coeur JUIL-AOÛT* 27-04 Pierre Gervais, s.j.Marie de l’Incarnation : Expér.spirituelle AOÛT 18-25 Réginald Tardif, c.ss.r.Si tu savais le don de Dieu SEPTEMBRE 21 - 28 Rita Gagné, o.s.u.Sois sans crainte - Aie seulement la foi.Mc 5,36 OCTOBRE 19-26 Gérard Marier, prêtre (2 jours individuels) Le Seigneur donnera de la force à son peuple, Ps.29,11 NOV-DÉC.25 - 02 Jules Beaulac, prêtre Les Béatitudes JUIN 10-16 Élise Normand, r.s.r.Suzanne Blais, o.s.u.Retraite accompagnée (maximum 5) Retraite accompagnée (maximum 5) 1 Frais à acquitter : lw versement, non remboursable, 30,00$, Frais de séjour : 195,00$ à Farrivée: TOTAL: 225,00$ | Services offerts : Périodes de relâche Nos activités et notre Centre sont ouverts à tous 01 au 05 janvier pour une démarche spirituelle de groupe, de couple ou individuelle 30 mars au 6 avril 26 août au 14 septembre 15 au 31 décembre Inscription: Contacter la réceptionniste (842-1421) Frais de séjour Réservation : Groupes ou séjours individuels, vous adresser à 32,00$ /jour Sœur Andrée Leclerc, o.s.u., 70,00$/fin de semaine Tél.: (418) 842-4757 ou (418) 842-1421 190,00$/semaine Les activités débutent le premier jour à 20 heures et se terminent avec le dîner du dernier jour * : Se termine avec le souper du 04 août 320 La Vie des communautés religieuses LA DIRECTION 251 St-Jean-Baptiste Nicolet, Qué.Canada J3T 1X9 ABONNEMENTS à l’une des adresses suivantes 251 St-Jean-Baptiste Nicolet, Qué.Canada J3T 1X9 Ed.du Chant d’Oiseau Avenue du Chant-D’Oiseau, 2 1150 - Bruxelles Belgique BULLETIN D’ABONNEMENT France: 70FF Belgique: 435FB DE SURFACE ?Canada: $18.00 France: 98FF Belgique: 595FB par avion ?Canada: $22.00 Nom: _______________________________________ Adresse: ___________________________________ _______________________________ Code postal: 8, boulevard des Déportés b.p.28 35404 Saint-Malo Cédex France nrmnr IT llflllf II Vie consacrée, présence spirituelle éducative et caritative en Eglise La vie des communautés religieuses 251, St-Jean Baptiste Nicolet, Québec Canada, J3T 1X9 ENVOI DE PUBLICATION ENREGISTREMENT No 0828
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