La vie des communautés religieuses /, 1 novembre 1997, Novembre-Décembre
V > 'i Vol.55, no 5 novembre - décembre 1997 ¦ ¦ ¦ ¦ ¦ m iiiiiiiii ¦¦ sua ira ¦ ¦ «¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦¦ i i 111 i a 11 U e 11 m 11 VE DE/ COMMUNAUTE/ __ RELIGIEU/E/ m LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Canada Bibliothèque nationale du Québec N° TPS:141050025 N° TVQ: 1019014190 Envoi de publication Enregistrement no.0828 Production: Hughes Corn.Dessin des couvertures: Rita Montreuil, s.s.a.Direction André Bellefeuille, f.i.c.Tél.: (418) 523-2312 abellefeuille@videotron.ca Téléc.: (418) 649-1784 Comité de rédaction Gilles Beaudet, f.é.c.André Bellefeuille, f.i.c.Lorraine Caza, c.n.d.Denis Gagnon, o.p.Yvette Poirier, s.s.a.Secrétariat Pauline Michaud, s.a.s.v.Madeleine Paquin, s.a.s.v.Rédaction et administration La Vie des Communautés religieuses 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué., Canada J3T 1X9 Tél.: (819) 293-8736 Téléc.: (819) 293-2419 La revue paraît cinq fois par an Abonnement: surface : 25$ taxes incluses (105 FF) (650 FB) avion : 29$ taxes incluses (125 FF) (750 FB) soutien : 40$ taxes incluses SOMMAIRE Vol.55 - no 5 novembre-décembre 1997 DOSSIER Synode et Vie consacrée De temps à autre, La Vie consacrera une part plus importante de ses pages à un dossier particulier.Cette fois, nous nous attardons au synode diocésain de Montréal et à l’écho qu’il a trouvé dans une récente assemblée des supérieures et supérieurs majeurs de ce diocèse (A.S.M.D.M.).L’Eglise de Montréal entrait en synode l’année même de la promulgation de la «Loi synodale» issue du synode diocésain de Québec, le 8 décembre 1995.On a pu s’étonner du «presque silence» sous lequel on semble passer la vie consacrée dans les assises, ateliers et documents synodaux.Faut-il s’en offusquer comme victimes d’un oubli immérité?Les intervenants, dont vous lirez les pages, hissent la question à un tout autre niveau.Ils la regardent dans une perspective de foi, d’Église et dans la lumière sereine de Vita consecrata.Certes, la vigueur avec laquelle les religieuses et les religieux s’engagent dans l’«action» synodale importe plus que la place qu’ils sont susceptibles d’occuper dans les Actes qui en rendent compte.Et, bien évidemment, cette question-là les préoccupe plus que celle-ci.Présentation Soeur Flore Savignac, m.i.c.Page 259 «Toi, suis-moi» F.Thomas-Raymond Potvin, o.p.Page 261 Point de vue sur la vie religieuse dans la société et dans l’Église Joseph Giguère, directeur du Centre Saint-Pierre Page 272 Appel et défi pour la vie consacrée dans une Église en synode Soeur Suzanne Gaulin, o.s.c.Page 278 257 Le synode et la vie consacrée Jeannelle Bouffard Page 284 Marie, icône de l’Eglise et modèle de la vierge consacrée Marie-Paul Dion Page 286 Le culte marial, on a pu le dire, passe par une crise.Le Pape Paul VI, dans Marialis cultus, reconnaît qu’il est difficile de situer l’image de la Vierge dans les conditions de vie de la société contemporaine, spécialement dans celles de la femme.Libérée d’une certaine image, reflet d’une culture et d’une époque, l'icône de Marie brille ici dans toute sa vérité et sa beauté, prototype de l’Église, créature nouvelle, modèle universel.L'auteure s’adresse à une assemblée de l’Ordre des Vierges, réunie à Rome à l’occasion du 25e anniversaire de la restauration de cet Ordre.L’institution, une réalité fragile Soeur Fernande Richard, c.n.d.Page 306 L’institution n’a pas bonne réputation.Il souffle, en Occident du moins, un grand vent de désinstitutionnalisation.Il fauche aussi large que le mot est long.Il atteint les gouvernements, les familles, les communautés.Cependant, l’institution joue un rôle essentiel, elle est un lieu de contenance et de transmission.Elle peut sembler un mur, elle est aussi une palissade.Elle est paradoxale, déroutante, mais n’est-elle pas un processus fondateur d’humanité?Et elle est peut-être plus fragile qu’elle en a l’air.Ne tirez pas sur le pianiste! Les administrateurs la direction et le personnel de La Vie des Communautés religieuses vous souhaitent la Paix de Noël et les bénédictions du Seigneur pour chacune des journées du Nouvel An.258 ASSOCIATION >*fÉtoüh' IH'.DES SUPÉRIEURES ¦mWÊÈÊÊli* ET SUPÉRIEURS MAJEURS \ DU DIOCÈSE DE MONTRÉAL • * ¦ .» Flore Savignac, mic Un Trésor dans des vases d’argile.En 1995, l'Église de Montréal entre en synode pour favoriser l’expression de tous et chacun afin de mieux saisir les appels de l’Esprit dans ce diocèse aux multiples visages.«Mille visages, une Eglise» en sera le thème.L'Association des Supérieures et Supérieurs majeurs du diocèse de Montréal (ASMDM) a été dès le début, partie prenante de cette expérience en Église.2350 religieuses et religieux ont répondu au questionnaire de la Commission synodale.Cependant, au printemps 1996, un seul mémoire, celui de l’ASMDM, sera présenté à la Commission en leur nom.A la fin de la première année de cette vaste consultation, quatorze sujets étaient retenus.Des équipes plus restreintes, en paroisse, choisissaient un thème afin de présenter des propositions à la Commission synodale.Les grandes lignes directrices de la vie de notre Église dans l’avenir, surgiront de ce vaste travail.Tel sera le fruit de cette deuxième année.À la lecture des propositions, force nous est de réaliser que la Vie Consacrée est absente des préoccupations de nos diocésains.M.Gilles Routhier, prêtre du diocèse de Québec, ne faisait-il pas la même constatation lors du synode de son diocèse?1 Le Lrère Edouard Bolduc, supérieur provincial des Erères de la Charité, lors d’une rencontre d’informations sur le Synode, tenue à Cartier-ville, chez les SS de la Providence, le 6 novembre 1996, disait en substance: Les différents rapports de la consultation restent étrangement muets sur la Vie Consacrée.Ici, il n est pas question des oeuvres tenues par nos 1 Revue Diocésaine de Québec, vol.109, no 4, 19 mars 1997.259 Congrégations, mais bien de notre option de vie, de notre mode d’engagement personnel à l’exemple de Jésus, chaste, pauvre, obéissant, totalement consacré à la Gloire de son Père et à l'amour de ses frères et soeurs.Comme si le synode des Evêques sur la Vie Consacrée n avait pas eu lieu; comme si Vita Consecrata n avait jamais été publiée; comme si la Vie Consacrée avait été étrangère à l’histoire de /’Eglise de Montréal depuis ses origines jusqu'à nos jours.Ne sommes-nous pas les porteurs de cette option?Il nous revient donc d’en faire la promotion.Telle me semble la leçon qui se dégage de la première consultation synodale.Les applaudissements soutenus des quelques 700 participants et participantes disent éloquemment que le Frère Bolduc a touché son auditoire.Un comité des supérieures et supérieurs majeurs étudient la question.C’est ainsi que la visibilité de la vie religieuse a été à l’ordre du jour de l’Assemblée Générale des Supérieures et supérieurs majeurs de Montréal le 22 avril 1997.Certes, les opinions étaient partagées.Ce silence n’est-il pas la conséquence visible d'un engagement à être levain dans la pâte?N’est-il pas un signe d’incarnation et de service dans le peuple de Dieu, à la suite de Jésus qui a fait le bien sans bruit?En fait, il y a deux types d’enfouissement : dilué ou prophétique.Ne portons-nous pas un Trésor dans des vases d’argile comme le chante si bien Robert Lebel reprenant une parole de saint Paul?Oui, un trésor à présenter avec humilité et modestie.C’est ce non-négociable de la vie religieuse qui nous préoccupe et non nos oeuvres.Cette exigence de don total, le jusqu’au bout de l’Amour de Dieu avec, bien sûr, un témoignage prophétique face aux grands enjeux du monde.Vita Consecrata (§ 3) nous rappelle fort justement que la Vie Consacrée fait partie du mystère de l’Église et son absence d’une Église locale laisse en souffrance une dimension importante de son mystère.Nous avions quelques invités lors de cette Assemblée générale.Ils ont réagi à ces propos.Leur apport a été très précieux pour nous, nous obligeant à aller plus loin dans notre réflexion.Nous les remercions de leur contribution et nous vous en livrons volontiers le contenu.Toutefois, notre insistance veut rappeler à notre monde contemporain qu’à l’origine de notre vocation, il y a eu un appel irrésistible.Le “Viens et suis-moi” des Évangiles n’est pas un récit mythique des siècles passés mais bien une rencontre, une expérience du Dieu Vivant en qui toute vraie vocation trouve sa justification et sa joie.Flore Savignac, mic, 2100, rue De Londres, Ville St-Laurent, H4L 3A6 260 «TOI, SUIS-MOI.»1 f Thomas-Raymond Potvin, o.p.Les réflexions qui suivent sont le fruit de discussions, à l’intérieur du processus synodal, sur la place et le rôle de la «vie consacrée» dans le diocèse de Montréal.De prime abord, il semble que peu de place soit faite aux religieuses et aux religieux dans la plus grande prise de conscience de son être et de son agir qu’entreprend actuellement l’Église de Montréal.Une constatation analogue a été faite lors de la publication du rapport final du synode de l’Église de Québec.Est-ce vrai?Et si oui, est-ce sain?Est-ce en conformité avec ce qu’est et devrait être l’Église de Dieu établie à Montréal et à Québec?A force de réfléchir sur ces questions, on se rend compte qu’elles touchent à la nature et à la raison d’être de la vie consacrée dans l’Église.Toutes et tous sont bien conscients qu’un synode des évêques s’est tenu en octobre 1994 sur ce point, et que le Pape Jean-Paul II vient de publier son exhortation sur la Vie consacrée-.Faudrait-il ajouter à ce travail déjà si bien accompli?Peut-être, puisque personne ne prétend avoir vidé la question une fois pour toutes.Mais, plus pertinent est le besoin de s’arrêter en particulier à l’un ou l’autre sujet qui ne cesse de faire difficulté dans nos discussions.C’est cela que je me propose de faire dans les lignes qui suivent.En tout premier lieu, il me semble que l’expression «vie consacrée» fait difficulté.Pourtant, tout comme l’expression «appelés saints»3, nous savons 1 Jn 21:22.2 JEAN-PAUL II, Exhortation apostolique post-synodale sur la Vie consacrée, Rome, 25 mars 1996 3 Rm 1 : 7; 1 Co 1 : 2.261 qu’elle s’applique proprement et fondamentalement à tout croyant en Jésus Christ4 5.Par ailleurs, le Nouveau Testament témoigne déjà du fait qu’il y a plusieurs façons de vivre sa foi dans le Christ Jésus, de se mettre à sa suite.Il ne se trouve pas que les Douze qui soient choisis parmi les disciples pour êtie avec Jésus et proclamer l’imminence du Règne de Dieu (Mc 3 : 19; 6 : 7-13), il y a aussi les soixante-douze disciples (Le 10 : 1-20).Il n’y a pas, non plus, que le «disciple» au sens technique d’écolier qui se tient aux pieds de son maître, le suivant partout où il va, et faisant vie commune avec lui.En effet, Marie, la mère de Jésus, ne reçoit jamais le titre de «disciple», et pourtant s’il y a une personne qui ait accueilli la Parole de Dieu et 1 ait mise en pratique, c’est bien elle (Le 1 : 38, 45; 2 : 19-51).Luc (8 : 1-3) nous informe que plusieurs femmes, ainsi que les douze, accompagnaient Jésus lois de ses tournées en Palestine.Luc ne donne pas aux femmes le titre de disciple , même pas à Marie Magdala qui se retrouve au pied de la croix (Mt 27 .56), à la sépulture de Jésus (Mt 27: 61); au tombeau ouvert (Le 24 :10); qui sera la première à voir le Ressuscité et recevra la mission de 1 annoncer aux onze (Jn 20 : 11-18).Marthe, Marie et Lazare, que Jésus aime (Jn 11: 5, Le 10 : 38-42), ne sont pas qualifiés de disciples, même si Marie s’assied aux pieds de Jésus pour écouter ses paroles.Si on regarde le texte de près, le titre de disciples n’est pas même attribué aux pèlerins d’Emmaüs (Le 24 : 13-35), et encore moins à l’ancien possédé du pays des Géraséniens qui se voit lefuser sa demande d’être avec Jésus, et se voit plutôt envoyé proclamer sa guérison dans la Décapole (Mc 5 : 1-20).Il faut donc conclure que le Nouveau Testament réfère aux adhérents du Christ Jésus sous différentes rubriques.Mais là ne se trouve pas l’essentiel.Il faut, d’abord, être attiré à Jésus par le Père (Jn 6 : 44-45, 65); être connu de Dieu (ICo 8 : 3; Ga 4 : 9; Rm 8 : 29-30).Après une rencontre avec Jésus, une adhésion à sa parole (Jn 8 : 31-32), surgit spontanément une confession de Jésus telle que celle des disciples sauvés par lui des flots de la mer (Mt 14 : 33); de Pierre à Césarée de Philippe (Mt 16 : 16; comp.Jn 6 : 68-69); de Marthe devant la déclaration de Jésus qu'il est la Résurrection et la Vie (Jn 12 : 27); de Thomas devant le Ressuscité (Jn 20 : 28).Pour d’autres, une telle confession suit l’accueil du témoignage des envoyés du Christ (Ac 4 Pour l’expression «consacré» voir La Vie consacrée, no 72; dans le cas «d’appelés saints» voir 1 Co : 11.5 Tabitha est la seule femme qui reçoit explicitement le titre de «disciple» dans le N.T„ Ac 9 : 36.262 2 : 36; Rm 10 : 6).Les personnes qui confessent Jésus comme Christ et Seigneur et sont baptisées dans sa mort-résurrection, reçoivent, dans les Actes des Apôtres, le titre de disciples du Christ.Paul, de son côté, n’utilise pas ce titre, mais préfère parler de «croyants», de «bien-aimés», «d’appelés saints», etc.L’important n’est pas la nomenclature, mais la réalité d’une vie de foi menée en conformité avec la volonté du Père (Mt 7 : 21-23).Mais cette volonté du Père se manifeste dans une variété d’états de vie ainsi que dans une diversité de dons spirituels, de ministères et d’oeuvres (ICo 12: 4-6).Il s’agit toujours du même Corps du Christ dont nous sommes tous membres grâce à notre baptême dans l’Esprit (v.12-13, 27) et notre participation au corps et sang eucharistiés du Christ (ICo 10 : 16-17).L’essentiel, encore une fois, réside dans le fait qu’«il y a un seul Corps et un seul Esprit, de même que votre vocation vous a appelés à une seule espérance; un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême; un seul Dieu et Père de tous, qui règne sur tous, agit par tous, et demeure en tous» (Ep 4 : 4-6).Et l’auteur d’Ephésiens d’ajouter aussitôt après : «À chacun de nous cependant la grâce a été donnée selon la mesure du don du Christ» (Ep 4 : 7; comp.Rm 12:3; IP 4 : 10).Chacun doit contribuer, selon sa mesure, à la construction du Corps du Christ qu’est l’Église (Ep 4 : 16).Aucun membre ne doit être méprisé (ICo 12 : 15-26).D’autre part, tous doivent bien se garder d’éteindre l’Esprit (1 Th 5 : 19-21).En effet, c’est une tendance assez normale que de vouloir que tous soient comme nous.Mais, avec Paul, il faut reconnaître que «chacun reçoit de Dieu un don particulier, l’un celui-ci, l’autre celui-là» (ICo 7 : 7).Dans ce dernier texte, il est question non de ministères, mais d’état de vie, et plus précisément du choix entre le mariage et le célibat.Il en va de même du sort que Dieu nous réserve, comme Pierre a dû l’apprendre quand il a voulu savoir ce qui arriverait au disciple bien-aimé.Jésus lui répond ; «Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe?Toi, suis-moi» (Jn 21 : 22).«Toi, suis-moi».C’est bien là que se trouve l’essentiel de la vie chrétienne, des différentes formes de vie qu’elle peut revêtir, ainsi que des dons, des ministères et des oeuvres dont pourront être investis les fidèles pendant leur vie sur cette terre.Il s’agit d’une «suite du Christ» dans l’amour-agapè de Dieu et du prochain dont dépendent toute la Loi et les Prophètes (Mt 22 : 34-40); dans l’amour du prochain qui accomplit pleinement la Loi (Rm 13:8); qui est le signe caractéristique d’un disciple de Jésus (Jn 13 : 34-35); la 263 source de son inhabitation en nous (Un 4 : 12); la pierre de touche de l’authenticité de notre amour de Dieu (Un 4 : 20); la source de croissance et d’édification du Corps du Christ (Ep 4 : 16-17); le plus grand charisme, la voie par excellence, sans quoi les autres charismes perdent de leur efficacité salutaire pour le bénéficiaire (ICo 12:31; 14 : 1; Rrn 12 : 9-10).De fait, la «suite du Christ» ainsi décrite s’incarne dans plusieurs formes de vie et dans diverses carrières.Nous n’avons pas à nous enorgueillir au sujet de nos dons ou de notre état de vie, car tout est don de Dieu (ICo 4 : 7); pas plus que nous avons à mettre notre confiance dans tels ou tels modèles de vie, car tout est à nous, «mais vous êtes à Christ et Christ est à Dieu (ICo 3 : 21-23).Ainsi l’utilisation de l’expression «vie consacrée» pour désigner l’état de vie d’une catégorie de fidèles dans l’Église, ne se fait pas nécessairement par synecdoque, surtout pas dans le sens du plus pour le moins6, mais pour signifier une «façon particulière» de vivre l’engagement qui découle de notre commun baptême-confirmation.D’autre part, il n’est pas facile de décrire avec précision cette «façon particulière» de vivre le baptême-confirmation attendue d’une catégorie de fidèles qu’on dit être dans l’état de «la vie consacrée».Le genre de «croyant ou croyante baptisé confirmé» est facile à connaître.Les difficultés surviennent quand on essaie de déterminer la «différence spécifique», de décrire exactement ce qui caractérise telle ou telle espèce : «vie consacrée commune», «vie consacrée particulière».Un recours à la notion des «conseils évangéliques» : obéissance, pauvreté et chasteté, ne fournit pas immédiatement une solution à notre difficulté puisque non seulement tout baptisé confirmé doit s’y conformer selon l’appel qu’on pourrait qualifier de «commun», mais même ceux et celles qui embrassent ces conseils de façon «particulière» le font selon une diversité d’actualisations qui s’enrichit presque quotidiennement de nouvelles formes.En effet, il faut prendre en considération non seulement les ermites, les ordres classiques, les ordres mendiants, les congrégations modernes, les instituts séculiers, mais aussi les vierges consacrées, les communautés 6 II est vrai que La vie consacrée, no 32, note 68, se réfère au Concile de Trente, session XXIV, canon 10, où, à l’occasion de considérations sur le sacrement du mariage, on prend le temps de rejeter l’affirmation que «l’état du mariage doit être placé au-dessus de l’état de virginité ou de célibat, et qu’il n’est ni mieux ni plus heureux de rester dans la virginité ou le célibat que de contracter mariage.Mt 19 : 11-12; ICO 7 : 25-26; Ap 14 : 4».Il est difficile de voir ici un enseignement formel et direct sur l’état de virginité ou de célibat.264 mixtes : hommes, femmes, célibataires, mariés, etc., etc.Il y a des personnes qui se sont retirées du monde de tous les jours, et d’autres qui ont précisément comme mission de pénétrer ce monde-là par la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu.La pauvreté, d’autre part, est vécue bien différemment chez les mendiants et chez les membres des instituts séculiers.Il en va de même pour l’obéissance, la vie commune, l’office choral, etc., etc.C’est tout ce kaléidoscope d’actualisations particulières du commun baptême-confirmation que vise le Synode des évêques et l’exhortation de Jean-Paul II quand ils parlent de «la Vie consacrée».Ce que ces actualisations ont de commun est, peut-être, leur reconnaissance publique et officielle par l’Église universelle et/ou particulière justement comme d’authentiques réalisations de la vie chrétienne; symboles vivants de ce que cela signifie d’accueillir le Règne de Dieu déjà à l’oeuvre dans notre monde dans l’attente active de son plein achèvement lors du retour du Christ dans la gloire.En effet, «.il y en a qui se sont eux-mêmes rendus eunuques à cause du Royaume des deux» (Mt 19 : 12c).Il s’agit d’une parole comprise seulement par ceux à qui c’est donné (v.11, 12d).Il se peut qu’il s’applique aux personnes pour qui la continuation de la vie conjugale s’est avérée intenable, mais qui ne se remarient pas à cause de la volonté du Créateur, manifestée dès le commencement, au sujet de l’indissolubilité du mariage.Pourrait-on ajouter ici cette catégorie de croyants, presque universellement négligée dans la littérature sur la vie consacrée, qui choisissent librement de rester célibataire toute leur vie sans assumer d’autres engagements que ceux qui découlent de leur baptême-confirmation?D’autre part, on peut aussi voir dans ces paroles de Jésus une invitation, lancée à certains, de témoigner déjà du fait que dans le Règne achevé, on ne prendra ni femme ni mari (Le 20 : 35).Sans mettre aucunement en doute la sainteté et la grandeur du mariage, dont il était question précisément dans les versets précédant notre texte et dont il sera encore question en lTm 4 : 3-5, certains fidèles sont appelés à témoigner que le mariage est une réalité de ce monde et que tout disciple doit préférer le Christ à tout, y compris père, mère, femme, mari, enfant, frère, soeur, sa propre vie; absolument tout quand et si cela lui est demandé au nom de Jésus et de l’Évangile du Règne (Le 14 : 26).Paul, aussi, suggère aux fidèles, qui en reçoivent le don, de rester sans conjoint afin de mieux se préoccuper des affaires du Seigneur, de mieux 265 chercher comment plaire au Seigneur (ICo 7 : 7, 32, 35, 36).Ce conseil évangélique n’a pas comme but la fuite des responsabilités, et encore moins une absence d’engagement envers ses frères et soeurs en ce monde.Pierre est bien averti que s’il quitte tout à cause de Jésus et de l’Évangile, il recevra le centuple en maisons, frères, soeurs, mères, enfants et champs, avec des persécutions en ce temps-ci, et la vie éternelle dans le monde à venir (Mc 10 : 29-30 et par.); qu’il devrait non seulement accueillir les enfants, mais devenir semblable à eux (Mt 19 : 13-15; 18 : 3-5).D'autre part, rien ne plaît plus au Seigneur que le salut de l’humanité (lTm 2 : 4), lui qui a été donné par le Père non pour que les humains périssent, mais qu'ils soient sauvés par la foi en lui (Jn 3 : 16-17).C’est dans ce même Seigneur que tout a été récapitulé (Ep 1 :10), et qui donne à la création l’espoir de participer à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu (Rm 8 : 21).Un tel enseignement ouvre singulièrement le champ d’engagements de tout croyant, de tout disciple, de tout consacré.Paul, pour sa part, est resté sans femme, et cela lui a permis d’enfanter, par l'Évangile, plusieurs Églises (ITh 2 : 7-8; ICo 4 : 15; Ga 4 : 19), dont il porte constamment le souci (2 Co 11 : 28).Si les disciples trouvaient que le mariage était exigeant (Mt 18 : 10), ils ont appris, avec le temps, que les demandes de la confession du Christ et l’accueil de l’Évangile du Règne de Dieu l’était davantage, comme en témoigne Paul dans les listes des épreuves qui jalonnent son apostolat (2Co 4:8-18; 11 : 28).La grande mobilité des personnes engagées par les multinationales m’a toujours fasciné : elles déménagent de villes en villes tant à l’intérieur d'un pays qu’à l’étranger dans le but de faire progresser l’entreprise et, bien sûr, de monter personnellement dans l'échelle de commande.Où donc se trouve la disponibilité des enfants de la lumière (Le 16:8), qui se savent, pourtant, étrangers et voyageurs sur cette terre (Ps 39 : 13; 1P 2:11); qui n’ont pas de cité permanente ici-bas (He 13 : 14); car «pour nous, notre cité se trouve dans les cieux, d’où nous attendons ardemment, comme sauveur, le Seigneur Jésus Christ» (Ph 3 : 20)?Leur consigne ne devrait-elle pas être : «tant que nous disposons de temps, travaillons pour le bien de tous, surtout celui de nos proches dans la foi » (Ga 6 : 10)?Ce «bien de tous» se trouve précisément dans l'Évangile du Règne de Dieu (Ph 1 : 22-27).C’est la proclamation de cette Bonne Nouvelle qui inspire le dépouillement des biens matériels (Mt 10: 9-15), tout comme leur utilisation à bon escient (Ph 1 : 5; 4 : 12-18).C’est l’Évangile qui inspire l’itinérance chez certains, comme il peut inspirer la stabilité chez d’autres.Tout «consacré» doit trouver sa motivation profonde et permanente dans la proclamation de l’Évangile du Règne 266 de Dieu.Certains sont appelés à s’adonner presque exclusivement à sa proclamation à temps et à contretemps (2Tm 4 : 1-5), et cela tant par leurs paroles que par leurs gestes.C’est à cela qu’ils ont été «ordonnés».D’autres, encore, se sentent appelés à vivre cette profession à l’intérieur de liens bien définis avec d’autres personnes de convictions semblables, dans un partage de biens, de vie, de prière et d’oeuvres, à l’image de la primitive Église de Jérusalem (Ac 2 : 42-47).C’est là leur «profession».La grande Église a toujours été sensible à ces appels de l’Esprit adressés soit à des individus, soit à des groupes.Paul encourage des hommes, des femmes, des vierges et des veuves à rester célibataires (ICo 7 : 8, 34, 40).Il est aussi question des «veuves» en lTm 5:9-15; réalité qu’on retrouve dans la littérature des premiers siècles de l’Église.Spontanément, les croyants poursuivaient les ermites dans leurs refuges désertiques soit pour les consulter, soit pour se joindre à eux, soit pour les choisir comme chefs de communautés.Les cénobites ont connu un sort semblable, et cela se reproduit encore aujourd’hui quand vient le temps de choisir des chefs d’Églises locales.Les actualisations de la vie consacrée particulière qui sont suscitées par l’Esprit de Dieu en vue de répondre à un besoin d’Église, rencontrent presque automatiquement la reconnaissance de l’ensemble des fidèles ainsi que leur appui financier (ICo 9 : 11; Rm 15 : 27; Ga 6: 6) et moral.Et, de coutume, le recrutement ne tarde pas à se manifester.Le sens des fidèles n’attend pas que les théologiens trouvent une définition rigoureuse - par genre et espèce - de la vie consacrée particulière avant de la reconnaître, de l’apprécier, de la promouvoir et d’y adhérer.Mais, justement, il s’agit d’un «sens» de la «foi», c’est-à-dire une capacité de «discernement» fondée sur une «foi» vécue (fides qua), et une foi en conformité avec l’Évangile de Dieu qui nous parvient dans les Écritures et la Tradition grâce au service des successeurs des apôtres (fides quae).Si la vie consacrée particulière n’attire pas l’attention spontanée des fidèles de l’Église, il se peut que la faute ne soit pas uniquement du côté de ceux et celles qui en font profession.Il se peut aussi que le «sens » de la foi ne soit pas tellement «aiguisé» aujourd’hui, ou bien qu’on n’en parle pas assez dans la catéchèse et la prédication des Églises locales.Pourtant, les membres de la vie consacrée particulière ne cessent, depuis Vatican II, de faire d’énormes efforts pour lire les signes des temps qui les concernent, et cela à la lumière de l’Évangile de Dieu et de l’intention de 267 base de leurs inspirations originales respectives (leurs charismes).Cette dernière considération est importante, car il s’agit de la docilité requise de tout croyant envers l’activité du Saint-Esprit qui, dans ses dons, vise toujours ce qui est utile à l’édification du Corps du Christ (ICo 12 : 7; 14 : 3-5, 12, 26).C’est dans la fidélité à notre don que nous participons, pour notre part, à la construction du Corps du Christ (Ep 4 : 16).Puisque l’Esprit Saint, le Paraclet, l’Esprit de vérité, n’est pas actif seulement dans les débuts, mais demeure avec nous pour toujours (Jn 14 : 15-16), nous conduisant sur le chemin de la vérité tout entière (Jn 16 : 13), la lecture des signes des temps doit se poursuivre jusqu’au Retour du Christ.Par ailleurs, une évaluation d’étape nous permet de constater que beaucoup de positif a déjà été enregistré.Nous nous efforçons de plus en plus de vivre comme des adultes dans la foi, des êtres engagés et responsables devant Dieu, nos communautés et la société.Nous cherchons à vivre la communion avec Dieu ainsi qu’avec nos frères et soeurs selon les exigences d’un amour sincère et actif, et d’une justice éclairée et décidée.Un profès de la vie consacrée particulière, de par son appartenance à un groupement international, se trouve à être un témoin de l’universalité, de la catholicité de l’Église de Dieu qui se réalise concrètement dans et par les églises particulières.La catégorie des baptisés-confirmés, que forment les membres de la vie consacrée particulière, a souvent une longue expérience de vie commune évangélique dans laquelle cherchent à cohabiter la mission, la contemplation et la vie commune; la coresponsabilité et l’obéissance intelligente; la diversité des générations, des tempéraments, des cultures, des prises de position.D’autres valeurs ont été et sont encore poursuivies activement : la promotion de la femme comme membre adulte et responsable dans la communauté ecclésiale et profane; l’estime, le respect et même l’amour des membres de l’autre sexe; le respect de l’autre, de sa réputation, dans une acceptation d’autrui conditionnée uniquement par l’amour opérant dans la vérité.L’équilibre à maintenir entre le bien commun, le bien de l’institution, et le bien de l’individu s’avère presque une préoccupation quotidienne dans de tels groupements, ainsi que la question de la coopération avec d’autres groupes en vue d’un bien plus universel.Les phénomènes du vieillissement, du déracinement pour aller vivre dans un foyer, la préparation immédiate à la mort physique, le deuil des membres disparus, font aussi partie de leur vie quotidienne.Un long apprentissage de la vie selon l’Esprit, la vie spirituelle, a été fait par les membres de la vie consacrée particulière.Des «maîtres» et 268 des «maîtresses» dans ce domaine ont surgi à travers les siècles.Chaque membre a été initié et s’est rodé à la «spiritualité» propre de son groupe grâce à la prière individuelle et commune - surtout liturgique -, la contemplation, les observances de différents styles, etc.Les fidèles du Christ, tout comme les profès de la vie consacrée particulière, auraient beaucoup à gagner d’un dialogue franc et ouvert sur ces points, et beaucoup d autres, qui touchent à la fois à l’expérience commune des humains et spécifiquement à celle des croyants.Des trésors de sagesse ont été accumulés, de part et d autre, depuis des siècles.Il n'est pas nécessaire de réinventer la roue à chaque tournant que prend l’Église au cours de son existence.Le dialogue se révèle alors une façon, entre autres, de vivre la communion-partage-partenariat qu’est et qui fait l’Église de Dieu.On pourrait objecter que les efforts faits en vue de l’actualisation de la vie consacrée particulière ne paraît pas toujours avoir porté de bons fruits.Les médias sont toujours là pour nous le rappeler si jamais nous étions tentés de l’oublier.Ceux et celles qui la connaissent de l’intérieur, ne savent que trop que «l'hommerie» s’est infiltrée dans le cloître.Nous n’avons pas fini de nous dépouiller du vieil homme, et de nous revêtir de l’Homme Nouveau créé selon Dieu, dans la justice et la sainteté de la vérité (Ep 4 : 22-24).Mais voilà, les théologiens parlaient de cette catégorie de croyants comme étant dans un «état» de sainteté et de perfection7, et non pas comme des «saints» et/ou des parfaits du point de vue moral et/ou religieux.Il s’agit d’un idéal à poursuivre grâce à des moyens bien déterminés et approuvés par l’Église.Il en est de même dans le cas des baptisés-confirmés en général qui ne sont pas nécessairement plus moralement et religieusement des «saints», bien que Paul n’hésite pas à les qualifier de «saints» (Rm 1 : 7; ICo 1 : 2; 2Co 1:1; Ph 1:1; Ep 1:4; et passim), puisque élus par Dieu et sauvés par le Christ, et sanctifiés par 1 Esprit Saint.D une façon analogue, l’auteur d’Éphésiens dira que l’Église, l'épouse du Christ, est sainte, sans tache, ni ride, ni aucun défaut (Ep 5 : 26-27).De toute évidence, nous sommes devant l’idéal évangélique accompagné, sans doute, du moyen requis pour l’atteindre, c’est-à-dire l’amour de Dieu que l’Esprit Saint répand dans nos coeurs (Rm 5 : 5).Mais, comme nous l’avons noté plus haut, la perfection se trouve dans l’amour de Dieu et de son prochain comme soi-même, ou mieux, comme Jésus.Or, nous 7 Voir, THOMAS D’AQUIN, Somme Théologique, II, II, q.184.269 sommes tous et toutes bien loin d’avoir atteint ce niveau de perfection, car nous ne possédons, pour le moment, que les prémices, les arrhes de l’Esprit (Rm 8 : 23; 2 Co 1 : 22; 5 : 5; Ep 1 : 14; 4 : 30).Il se peut que les membres de la vie consacrée particulière soient là, si besoin était, pour porter témoignage concrètement du fait qu'il y a toujours une marge entre l’idéal de la perfection et sa réalisation, entre le «déjà» du Règne de Dieu et le «pas encore» de son achèvement dans le Retour glorieux du Christ.Un tel témoignage, pour être authentique et fidèle au «déjà» du Règne, doit aussi porter sur le fait que la puissance de Dieu donne, actuellement, toute sa mesure dans notre faiblesse (2Co 12 : 9-10; Ph 4 :14).C’est dans cette vérité de foi que le témoin place la confiance qui lui permet de poursuivre la route : Non que j’aie déjà obtenu tout cela (la résurrection d’entre les morts) ou que je sois devenu parfait; mais je m’élance pour tâcher de le saisir parce que j’ai été saisi moi-même par Jésus Christ.Frères, je n’estime pas l’avoir déjà saisi.Mon seul souci : oubliant le chemin parcouru et tout tendu en avant, je m’élance vers le but, en vue du prix attaché à l’appel d’en haut que Dieu nous adresse en Jésus Christ.(Ph 3 : 12-4).La condition commune des humains ne doit pas nous décourager.C’est un message d’espérance, basé sur la puissance du Dieu-Trine, que nous avons à livrer non seulement par la parole, mais aussi par nos oeuvres et nos vies personnelles et communautaires.En effet, «la Parole de Dieu s’est faite chair et a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, cette gloire que, Fils unique plein de grâce et vérité, il tient du Père.De sa plénitude, en effet, tous, nous avons reçu, et grâce sur grâce» (Jn 1 : 14, 16).D’accord, il n’est pas de tout repos de vivre dans la foi à l’exemple de Moïse qui, «comme voyant l’invisible, tint ferme» (He 11 : 27), mais c’est là la mission de tout croyant et, par conséquent, de tout membre de la vie consacrée particulière.Nos confrères et soeurs dans le Christ, devant les défis énormes qu'ils découvrent au long du processus synodal, sentent le besoin non seulement de solutions théoriques mais aussi de partenaires dans l’effort d’y apporter des réponses concrètes.Nous leur disons, comme le prophète Isaïe ; «Me voici, envoie-moi» (Is 6 : 8).Jetez un coup d’oeil de notre côté.Bien sûr, nous 270 sommes ce que nous sommes, avec nos qualités et nos défauts; avec nos dons bien particuliers et limités, tout comme Moïse (Ex 4: 10, 13, Jérémie, Jr 1 : 6).Mais nous croyons avoir de quoi contribuer, et nous n’avons pas peur de nous impliquer dans un effort d’évangélisation du monde contemporain, car nous avons toujours la prétention de croire que l’Esprit est à l’origine de notre naissance ainsi que de notre survie.Quand et si l’Esprit décide que nous ne sommes plus utiles à la construction du Corps du Christ, nous saurons tirer notre révérence avec une profonde reconnaissance pour tout ce qu’il a bien voulu accomplir en et par nous.Entre-temps, nous avons bien l’intention de persévérer (He 10 : 32-39; 13 : 1-19) dans la tâche que nous croyons fermement être la nôtre dans l’Église de Dieu.f.Thomas Raymond Potvin, o.p.Professeur de théologie fondamentale et d’ecclésiologie Collège dominicain de philosophie et de théologie 96, Empress, Ottawa, ON K1R7G3.271 POINT DE VUE SUR LA VIE RELIGIEUSE DANS LA SOCIÉTÉ ET DANS L’ÉGLISE Joseph Giguère Quel que soit l’angle sous lequel on la considère, la vie religieuse apparaît toujours comme une interpellation forte.Les mots pour en parler ont tous un côté incisif.Comme le tranchant d’une lame.On l’évoque, en effet, en termes de choix absolu, de charisme particulier, d’option radicale, de signe spécifique, de vocation extraordinaire, d’expression prophétique, etc.Bien sûr, tous les chrétiens et chrétiennes, qu’ils soient laïcs, prêtres ou religieux, sont égaux en dignité.Il semble cependant que la totalité exprimée par les voeux de religion focalise une espèce de luminosité spirituelle particulière.Qu’elle constitue comme un déploiement de l’esprit évangélique à l’état pur : synthèse de gratuité, d’inconditionnalité, d’amour sans limite et de liberté sans entrave.Qu’elle est, en chair, en os, en intelligence et en affectivité, noyau dur de transcendance et d’éternité dans la chimie de notre monde.Qu’elle incarne une manifestation spéciale de la tendresse de Dieu pour l'humanité.Cependant, tout autant que la transcendance de son origine, une constituante essentielle de cette interpellation que représente la vie consacrée est son enracinement concret et charnel dans la souffrance du monde présent.On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau.Ce sont la nature et l’intensité du besoin d’éclairage de la maisonnée qui définissent les caractéristiques de la lampe : sa puissance, sa forme, son mode d’illumination, etc.Dieu lui-même a voulu que la lumière de sa parole parmi nous soit déterminée par une historicité pointue.Il s’est adressé à des interlocuteurs particuliers, avec leurs attentes et leurs réflexes bien à eux, en un endroit précis de la planète, en un temps donné et en réponse à une situation historique 272 bien caractérisée.Et de surcroît, il lui a fallu appuyer son discours par une stratégie d’action à la hauteur de ce qu’il annonçait, pour en garantir I authenticité et la cohérence.Jésus a, en effet, dû mourir pour valider ce qu’il était venu nous dire.Cela rappelle aussi que, même une fois la lampe bien en vue sur le lampadaire, la lumière qu’elle projettera dépendra toujours de l'huile qu’on est prêt à lui sacrifier.II me semble que l’authentique charisme de la vie religieuse, si distinctes et spécifiques que soient ses manifestations, surgit toujours des détresses, des besoins, des attentes et espérances liés à une situation sociale et à un moment historique déterminés.Il est comme un «coup de coeur» de Dieu, communiqué à des hommes et femmes, généralement bien plantés dans leur époque, pour venir rompre un enchaînement historique particulier du mal qui retient captif, terrasse, dénature, atrophie et détruit l’humain.L'histoire des communautés religieuses au Québec n’est pas une épopée «sainte» en marge de l’histoire tout court, mais elle est partie intégrante de la lutte contre les maux de la misère et de l’aventure de rassemblement, d’humanisation, d’émancipation et de libération de tout un peuple.La vocation du fondateur des Oblats, Eugène de Mazenod, prédicateur populaire et missionnaire des pauvres, est un produit typique de la situation de l’Église française à la suite de la révolution ainsi que de la condition misérable des masses populaires aux premières heures du capitalisme.Et l’on pourrait multiplier les exemples.Par les temps qui courent, et pour des raisons évidentes, les communautés religieuses d’ici sont confrontées à un questionnement en profondeur sur leur avenir, leur action, leur définition, le pouvoir reproducteur de leur charisme, etc.Tout en assumant l’alourdissement de la gestion interne lié au vieillissement des effectifs, c’est en prenant résolument le parti de continuer à être du combat pour la sauvegarde et la libération de l’humain dans notre société, qu’elles auront le plus de chance de trouver les bonnes réponses aux questions qui les défient.L’option fondamentale qui précède incitera les communautés à chercher d’autres façons de faire.Peut-être à inventer du neuf en concentrant leurs forces et en redéployant d’une façon inédite un aspect ou l’autre de leur mission.Ou en partageant leur charisme avec d’autres, individus ou groupes, religieux ou laïcs, prêts à oeuvrer dans la même direction, acceptant éven- 273 tuellement que ces derniers y mêlent leurs propres couleurs.Bref, c’est en démocratisant mission et charisme, en les exposant en quelque sorte sur la place publique pour qu’ils s’imprègnent des souffrances, revendications, espoirs et générosités des hommes et des femmes d'aujourd’hui, que les communautés se mettront vraisemblablement sur la voie la plus féconde pour trouver dans leur faiblesse actuelle une force nouvelle.Le feu propagateur de cette force dépendra également du souffle prophétique qui l’alimentera.Il n’y a pas de raison de penser que Dieu, à l’orée de l’an deux mille, aurait cessé de susciter des vocations spéciales et des charismes afin que «les aveugles voient, que les sourds entendent, que les boiteux marchent et que la bonne nouvelle soit annoncée aux pauvres».Cependant, dans le contexte actuel, alors que nous privilégions comme société un mode de croissance économique qui entraîne avec lui l’augmentation du nombre de pauvres, de malheureux et d’exclus, nous devons sincèrement nous demander si la mission de porteur de bonne nouvelle aux pauvres peut demeurer significative, crédible et attirante tant qu’elle ne s’inscrit pas en rupture avec cet «ordre existant».Je n’ai ni l’autorité, ni la légitimité pour répondre à l’interrogation qui précède à la place de l’Église et des communautés religieuses et je ne voudrais pas laisser entendre que je réduis le message évangélique à une croyance économique.Mais ne pas examiner avec rigueur une telle question, à l’heure où l’on sacrifie des humains au Moloch néo-libéral et où on nous force à adorer le marché comme étant la voie, la vérité et la vie, m'apparaîtrait, par ailleurs, prendre l’évangile avec une insoutenable légèreté.Sur le terrain, je vois cependant, en plusieurs endroits, que le prophétisme pratique propre aux communautés religieuses a déjà jugé le néo-libéralisme.La présence importante de ces dernières auprès des organismes communautaires et leur engagement déterminant dans une multiplicité de projets axés sur la défense et la promotion de la dignité humaine des plus pauvres et portés par une inspiration de transformation sociale et de société nouvelle, en témoignent éloquemment.Il y a là un champ où - et ce n’est sans doute pas par hasard - fleurissent des valeurs qui reflètent une osmose avec l'héritage évangélique.Il me semble clair que la poursuite significative de l’intervention dans un tel champ de personnes et de groupes totalement et inconditionnellement dédiés à l’humain, par la présence créativement incul-turée de la vie consacrée, pourrait influencer de façon déterminante la qualité de ses fruits de changement social.274 Plusieurs spécialistes s’accordent pour considérer que la problématique sociale que nous vivons présentement n’est pas une crise, comme on le dit communément, mais une mutation.Albert Jacquart nous rappelle que dans l’évolution de l’espèce, ce sont les «sujets manqués» qui, à un moment donné, deviennent les leviers du passage vers des seuils supérieurs d’évolution.Assumant ces conceptions que je viens d’évoquer, il n’est pas fantaisiste de se représenter la multitude des manifestations du communautaire, depuis la variété des groupes d’entraide, d’accueil collectif de la détresse et du support solidaire à la fragilité humaine jusqu’à la diversité grandissante des projets d’économie sociale et alternative, comme autant de processus particuliers à l’intérieur d’une grande gestation où les pauvres, les exclus, les marginaux, les perdants et autres «sujets manqués» de toutes sortes préparent la mutation de la société vers un stade supérieur d’humanité.Il ne m’apparaît pas plus fantaisiste d’ajouter que l’engagement individuel et collectif de religieux et religieuses de marcher avec ces mutants pour entretenir la lumière de l’utopie et assurer la croissance de l’humanité nouvelle à force de la reconnaître, de la convoquer, de la créer par une contemplation authentique, représenterait une contribution inestimable au supplément d’âme nécessaire à l’achèvement d’une telle mutation.Voilà pour mon point de vue sur la vie religieuse dans son rapport direct avec la société.Je vous présente maintenant, beaucoup plus brièvement, quelques commentaires sur la vie consacrée dans l’Église.Les communautés religieuses représentent une forme particulière de présence, de rayonnement, de témoignage et d’intervention de l’Église dans le monde.Elles naissent dans le sein de l’Église et sont envoyées au monde.On peut dire aussi, par ailleurs qu’elles sont envoyées par Dieu à l’Église.Elles constituent donc à la fois une manifestation de l’Église dans le monde tout en intervenant à l’intérieur de l’Église pour permettre à celle-ci de mieux jouer son rôle.Il y a eu, dans l’histoire, des communautés qui furent fondées pour intervenir sur des problèmes sociaux, et d’autres qui le furent dans le but d’améliorer ou de réformer l’Église de l’intérieur.On s’attend en général à ce que la vie consacrée joue un certain rôle prophétique, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Église.L’état de santé général des communautés est indissociable de la vie de l’Église.On pourrait avec difficulté imaginer globalement des commu- 275 nautés saintes et en expansion dans une Église laxiste et en déclin, ou le contraire.Il en est de même de l’impact des communautés dans la société : il est lié au rayonnement général de l’Église.Dans le cadre de cette interdépendance intime entre vie des communautés religieuses et vie de l’Église, mon commentaire voudrait appeler à un recentrage sur la communauté chrétienne.Nous devons avoir très clair à l’esprit que le premier sacrement de l’Église, le premier signe de Dieu parmi les hommes et les femmes de notre temps, le premier lieu de rencontre avec Dieu, c’est la communauté chrétienne de base, celle qui est formée de gens ordinaires, simples baptisés, qui se rassemblent pour la prière, la communion fraternelle, la fraction du pain, etc.Bien sûr, les communautés religieuses sont aussi des communautés chrétiennes et constituent tout comme ces dernières des signes et des lieux de la rencontre de Dieu.Mais elles sont en quelque sorte de deuxième niveau, avec un caractère spécialisé, et leur apparition est impensable sans l’existence préalable des communautés chrétiennes de base.Tout effort de maintien, de consolidation ou de développement des communautés religieuses en marge d’une stratégie de redéploiement et de revitalisation des communautés chrétiennes de base, serait artificiel et sans doute peu efficace.Je pense que les communautés religieuses devraient, non remplacer les curés et prendre en charge les paroisses, mais se sensibiliser davantage au rôle qu’elles pourraient jouer pour aider les communautés chrétiennes à devenir de véritables «sacrements».Partageant leur charisme et leur expérience, elles pourraient davantage se faire le sel, le ferment, l’aiguillon, pour amener les communautés chrétiennes à assumer l’ensemble de leurs dimensions et à devenir de véritables communautés missionnaires, prophétiques, de prière, de partage et d'engagement pour la justice.Pour conclure, je glisse quelques mots sur les communautés religieuses dans le synode de Montréal.Au début de la démarche du synode, j’ai eu le sentiment qu’il y avait perplexité et peut-être scepticisme face à cette opération.Plusieurs avaient l’air de se gratter la tête en se demandant si c’était prudent d’y croire.On semblait garder une certaine réserve comme pour ne pas se ménager une trop grande déception.Cependant par la suite, avec la commission consultative 276 et avec la mise sur pied des équipes synodales on a pu noter un certain engagement progressif.Un peu comme à Québec, certains ont déploré le fait qu’il y avait peu d’éléments spécialement pour les communautés religieuses dans le synode.Cependant, en général, on ne s’est pas scandalisé outre mesure de cela, comprenant qu’il s’agissait d’une mobilisation de l’ensemble des baptisés.Par ailleurs, je ne suis pas sûr qu on ait suffisamment approfondi l’importance de l’enjeu démocratique de cette «historique» mobilisation.Je vois actuellement un certain nombre de religieuses et de religieux dans les équipes synodales et qui jouent généralement un rôle clé de support, tant dans le contenu que dans l’organisation.Ce sont là autant d’implications et d’apports significatifs.Cependant je me surprends parfois à souhaiter plus.Je m’étais imaginé que les communautés, en se concertant, se saisiraient davantage des enjeux de la démarche et qu’elles s’exprimeraient de façon plus systématique, se faisant ainsi protagonistes exemplaires de ce forum d’opinion publique dans l’Église, que doit être le synode.Mais n’étant qu’à mi-chemin du processus, souhaitons que le meilleur soit à venir.Joseph Giguère directeur du Centre St-Pierre et co-président de la Commission synodale Juillet 1997 1212 Panet Montréal, Qc H2L 2Y7 277 APPEL ET DÉFI POUR LA VIE CONSACRÉE DANS UNE ÉGLISE EN SYNODE Suzanne Gaulin, o.s.c La façon dont je suis portée à réagir à la suite de ce qui a été dit, est dans la perspective d’une ligne de fond, et je pense que c’est ce qui est attendu de moi.Au cours de l’avant-midi, on a beaucoup parlé, d'une part, «d’identité», «d’avenir par le dedans», et d'autre part, de l’importance du concret, de la vie à ras de terre, de la nécessité d’apprendre à écouter, connaître, aimer notre monde, se laisser enseigner par lui, travailler en collaboration étroite avec les personnes qui «font sens» dans la cité.Il me semble qu il y a là deux accents importants et complémentaires qui font appel à un langage unifiant dans l’approche de l'identité de la Vie Consacrée.De ce questionnement, ressort nettement la nécessité d’expliciter, de façon vivante, son «noyau dur», de revivifier tout ce qui a trait au sens, ce qui nourrit, unifie et dynamise une telle vie.Le risque d’une telle démarche, c’est de l’isoler d’une problématique plus large : on ne peut nommer de façon vivante le «noyau dur» de la vie consacrée sans redécouvrir d'une façon tout aussi vivante le «noyau dur» de la foi elle- même, dans laquelle la vie consacrée s’enracine.Dans cette perspective, une première question s’impose : quelle est la problématique actuelle dans laquelle nous avons à vivre notre foi?De l'observation, même la plus rapide, du monde actuel, ressort de façon évidente et presque désespérée, la crise de sens, le manque de sens.La 278 société actuelle, régie en grande partie par la tyrannie des lois économiques, laisse très peu de marge à la culture, l’humanisation, la qualité foncière de vie, la gratuité.Une mentalité méprisante se développe face à tout ce qui n’est pas productif ou évaluable en terme de rentabilité.Le marketing, la performance, la valorisation par le niveau de vie, l’accès aux biens de consommation sont les nouveaux dieux de notre société sécularisée.Le tissu humain des personnes et des relations se détériore gravement et de façon alarmante.Dépressions, burn-out, éclatement de la famille, montée de la violence, troubles de comportements détectés à un âge de plus en plus précoce, augmentation constante du taux de suicide parlent d’eux-mêmes.Notre vie de foi se situe à l’intérieur de ce contexte.Nous vivons dans un monde qui se déchristianise, où l’élément incontournable de la sécularisation est, dans les faits, beaucoup plus corrosif pour la foi que source d’approfondissement.Pourtant, ce pourrait être aussi bien l’inverse : nous avons la chance de vivre une expérience de foi beaucoup plus libre et personnelle, plus dégagée du contexte sociologique religieux.Mais dans ce contexte, le Mystère de la vie chrétienne a besoin, plus que jamais, d’être présenté dans la fraîcheur des premières annonces pascales.Dans les défis que nous avons à vivre aujourd’hui comme croyants et croyantes en Jésus-Christ, le kérygme prend tout son sens et a besoin d’être remis en évidence dans toute sa vivacité et dans tout l’impact de sa réalité bouleversante.Nous avons besoin de retrouver pour notre foi un langage unifiant puisé à la fraîcheur des sources.Une très brève approche peut être éclairante : L’ÉVANGILE est avant tout, Promesse de Dieu.Une Promesse qui est déjà entièrement réalisée dans la Passion-Résurrection de Jésus.Une Promesse qui est pour nous, en notre faveur.Dieu a fait habiter corporellement, dans le Christ glorifié, toute plénitude d'être et de puissance.Il a reçu du Père l’Esprit-Saint et II l’a répandu dans nos coeurs.Par le Don de ce même Esprit, nous avons part à la Plénitude de Gloire de Jésus.279 En Jésus «homme», se réalise ce qui est propre au Verbe de Dieu : être reçu du Père, être-vers le Père.La vie terrestre de Jésus est ce «Mystère de Dieu qui devient ‘chair’».Toute Sa vie, en Sa liberté humaine, à chaque instant, Jésus consent au Mystère filial dans lequel II est né : c’est le Mystère même de Sa Personne, Son identité la plus profonde.Jésus ne peut que «demeurer» dans le Mystère divin qui L’engendre.Sa nourriture ne peut être que de faire la Volonté de Son Père.Mais dans Sa Pâque, au creux le plus profond de Sa faiblesse, Jésus accepte, dans Sa Volonté humaine, comme II n’avait jamais encore pu le faire, de n’être, de n’exister que par Son seul Dieu et Père.Dans la mort «charnelle» de Jésus, se vit Sa pleine vérité filiale : «Jésus n existe que dans le Père qui Le glorifie, le comble de toute plénitude».C’est dans cette plénitude que nous existons, que nous puisons le sens de notre identité essentielle, que nous recevons grâce sur grâce.Cette Pâque devient notre Salut dans la Venue de Jésus qui s’offre à nous, à notre «être charnel», pour la communion avec Lui dans le même Esprit-Saint.En communiant à cette «Chair» sanctifiée dans l’Esprit et débordant d’Esprit, notre chair de fragilité s’abîme elle-même dans l’insondable Mystère de Dieu.Tout véritable disciple de Jésus n'a d’autre projet que d’être plongé, baptisé dans ce Mystère filial du Christ, et en communion avec Lui, dans la grâce de l’Esprit, risquer la confiance radicale de n’exister que par le Père et vers le Père, et cela, dans le réel le plus concret, le quotidien le plus ordinaire.C’est sur ce «noyau dur» de la foi que vient se greffer le «noyau dur» de la Vie Consacrée.Comme tout autre appel de Dieu, la vie consacrée s’enracine dans Y unique élection que signifie et réalise sacramentellement le Baptême.Sa spécificité est à chercher dans la ligne de la «modalité»,du «signe», de la «visibilité» de la grâce une, multiforme et infinie de Dieu.Selon Vita Consecrata, la vie consacrée représente dans l’Eglise, à l’initiative du Père et dans la mouvance de l’Esprit-Saint, la forme de vie que le Fils de Dieu a embrassée en entrant dans le monde.Elle constitue une mémoire vivante du mode d’existence et d’action de Jésus, comme Verbe incarné.280 On voit ici émerger le caractère christologique et trinitaire des conseils évangéliques.À la suite du Père Guirlandi, il n’est pas trop fort de dire, qu’en Jésus, son expérience d’homme chaste, pauvre et obéissant est l’expression terrestre, visible, révélatrice de Sa relation unique au Père dans l’Esprit-Saint.Dans l’appel qui lui est particulier, la personne consacrée est amenée à reproduire en elle-même, cette «forme de vie», non pas de façon extérieure, mais comme conduite par l’Esprit-Saint et assumant dans sa chair les sentiments qui sont dans le Christ Jésus.Ainsi, l’expérience et la praxis de la chasteté dans le célibat, de la pauvreté, de l’obéissance est confession et reflet du Mystère qui se vit dans l’être même de Dieu : Père, Fils et Esprit-Saint; elle jaillit d'un dynamisme vital qui touche les racines mêmes de l’être.Parce que touchant au Mystère, sommes-nous loin du concret, du «ras de terre»?Bien au contraire : Cette virginité qui fait sien l’amour virginal du Christ, pur élan vers le Père, ne peut être, dans le vécu, qu’une ouverture intégrale au Mystère de Dieu, et de Son Oeuvre : une façon «vierge» d’accueillir la réalité «vierge», un respect sacré de la vie telle qu elle est, sans déformation, sans tricherie.Ce respect implique un accueil qui se laisse façonner par tout ce qui est, sans préconçu, qui entre en relation ouverte, dialogante, collaborante avec toutes les forces de vie.En profonde cohérence, il implique un nécessaire refus de tout ce qui peut «fausser» cette vie, de tout ce qui peut «manipuler» la liberté, une contestation claire de tout ce qui est déshumanisant, contraire au Don reçu de Dieu.De même, cette pauvreté qui s’unit à Jésus, Fils qui reçoit tout du Père et lui rend tout dans l’amour, est ce noyau filial qui nous constitue comme être chrétien.Elle est aspiration à vivre à fond, jour après jour, l’expérience unique d'être reçu du Père, d'être vers le Père, de ne vivre que du dynamisme de Son Amour : un Amour qui n’a rien.que le tout d’aimer.Prophétie vivante dans un monde de consommation, de compétition, de lois économiques brutales, force vive dans un contexte sociologique dur et arbitraire.Cette adhésion au mystère de l’obéissance filiale de Jésus, ne peut être, elle aussi, qu’une communion à cette pure adhésion au dessein du Père.Elle introduit dans cette dynamique pascale qui ne triche pas avec les lois 281 de la croissance, les nécessaires mûrissements, les engagements responsables dans les dures et belles réalités de l’histoire et de la vie quotidienne, elle apprend à entrer, comme dans un sanctuaire, dans le «devenir» humain et divin de l’humanité, de soi-même et des autres.Véritable antidote d'une société de «marketing», de «performance», qui triche sans cesse avec les valeurs humaines les plus profondes : le temps, la croissance et l’être.De même, la vie fraternelle, puissante confession de la communion du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint, humblement crée un nouveau mode de relation.Elle s’enracine dans la lucidité, l’émerveillement, le pardon, la réconciliation, et ouvre un chemin nouveau à la différence, aux difficiles confrontations.Elle conduit à la compassion, feu brûlant du Coeur de Dieu.Ainsi tout s’intégre dans un dynamisme vital, et la mission ne peut s’enraciner qu’en lui, dans son jaillissement, dans sa grâce créatrice, dans sa vivante mémoire.Cette perspective rapide veut seulement évoquer l'émergence d'un nouveau langage unifiant qui intègre à la fois : le Mystère et l'engagement, l’insondable abîme et le quotidien le plus concret, le combat des forces obscures, dominatrices et opprimantes et l'humble puissance de l’Amour qui s’abaisse pour se mettre en vis-à-vis.Une autre façon d’être, de vivre, d’aimer, celle que chacun, chacune porte au plus profond de soi, souvent enfouie, mais toujours aspirant à sa libération.Notre monde n’a pas besoin de «messagers», qui véhiculent un message à côté de tant d’autres messages, il en est déjà saturé.Il cherche un chemin de vie, une route qui ouvre sur la lumière et des témoins vivants qui en sont déjà illuminés.La moisson est abondante beaucoup plus qu’il ne paraît, mais seul un coeur transformé par de longues années d’apprivoisement à cette lumière peut y voir blanchir les épis déjà mûrs.Dans ce domaine, il n’y a pas de recettes, mais de longs mûrissements.En bref, quelques éléments m'apparaissent essentiels : Une intériorisation unifiante qui intègre à la fois la réalité bouleversante du Mystère et les défis concrets de notre monde, à vivre au quoti- 282 dien.Réalité du mystère exprimée dans un langage vivant, nourrissant, qui fait appel au sens, rejoint le désir, le dynamisme, la vie.Défis concrets intégrés dans une vision qui suscite une créativité réelle, engendre une action qui vient de source et sait résister aux pressions d’une pseudo-efficacité.Éviter les solutions faciles à court terme qui viennent de sollicitations extérieures et ne sont pas dans la ligne du charisme de l’Institut.Le risque est grand de masquer le désert réel que nous avons à traverser.Le manque de personnel dans des engagements périmés peut séduire les forces vives qui ont à chercher, créer, s’investir dans un avenir plus austère et inconnu.Etre sensible à un agir qui s’enracine dans l’être.Ne pas sacrifier les longs et nécessaires mûrissements, ne pas céder au marketing spirituel ou religieux, à la performance.Etre sensible à un agir qui s’enracine dans une authentique dynamique pascale du Salut, faite du regard perçant de la foi, de la solidité de l’espérance, de la lucidité d’un coeur unifié sensible à la vie, à tout ce qui est profondément humain et humanisant.L'important n’est pas de réussir mais de s’investir dans des gestes concrets, quotidiens, lucides, humbles et infiniment grands.Autre peut être le semeur, autre le moissonneur! Mais une Semence de Vie puisée dans le Coeur de Dieu ne peut donner que de la Vie et une Vie éternelle.Sr Suzanne Gaulin, o.s.c.Monastère Sainte-Claire 55, rue Sainte-Claire Valleyfield (Québec) J6S 1N5 283 LE SYNODE ET LA VIE CONSACRÉE Jeannelle Bouffard Je tiens à vous remercier pour l’invitation que vous m’avez faite de venir réagir à partir de vos échanges et de vos réflexions sur le synode de l’Eglise de Montréal et son silence sur la vie consacrée.J’ai le goût de vous exprimer comment je me situe face à la vie religieuse.Souvent je me suis sentie semblable à vous.Le Seigneur est le but ultime de ma vie.Je l’aime et j’apprends à le servir au fil des événements qui tissent ma vie.Je ne suis pas une religieuse mais je ne suis pas si différente d’elles que cela.Je me sens solidaire de la même mission et porteuse du même élan conféré par mon baptême.Mon travail sur le terrain, mon engagement m’ont permis d’être en contact avec des hommes et des femmes qui ont la «passion» du Royaume à bâtir.De toute leur personne se dégage une joie de vivre, une audace créatrice.Beaucoup de communautés qui voient leurs effectifs diminuer se préoccupent de l’héritage qu’elles vont léguer aux générations futures.C’est alors qu’elles travaillent en partenariat avec le milieu.Elles collaborent à la recherche de solutions pour construire un monde meilleur.Cet aspect a été trop peu présent dans les échanges qui viennent de précéder.Les religieux et religieuses sont dans le monde.C’est peut-être avec le monde qu’ils ou elles peuvent penser leur devenir.Les fondateurs des différentes communautés ont su répondre à des besoins du monde dans lequel ils étaient immergés.Des leçons sont à prendre chez eux.La discussion de ce matin a été silencieuse sur le «prophétisme» des communautés, donc de ces hommes et de ces femmes qui ont choisi de servir Jésus-Christ et le Royaume de Dieu.284 J’ai participé à une journée de ressourcement convoquée par le comité de justice sociale de la CRCQ.La personne ressource était Benoît Fortin.L objectif était d’amener les religieux et religieuses à redécouvrir l’intuition qui avait guidé les fondateurs des communautés, afin de se l’approprier dans notre monde, pour notre temps.Ceux et celles qui étaient présents furent invités à réfléchir sur la vie religieuse autour de quatre chantiers.Je vous les livre .le piophétisme avec l’audace qui s’y rattache, la redécouverte de la vie communautaire, la relecture des voeux et l’exploration d’une mystique apostolique.Je côtoie des hommes et des femmes qui, sans avoir fait le voeu de chasteté, ont développé le respect du corps tout en s’abstenant de relations sexuelles insignifiantes.D autres vivent la communauté dans leur implication quotidienne au sein d organismes communautaires.Quelques-uns articulent une spiritualité individuelle et collective pour nourrir leur engagement.Pourtant ils n’ont en aucun cas prononcé de voeux solennels.Alors qu’est-ce qui différencie ou spécifie les religieux et religieuses?Cette réponse vous appartient.Elle peut également se développer en collaboration avec ceux et celles qui ne sont pas engagés dans la vie consacrée.Le synode de l’Église de Montréal ne répond pas à votre attente parce qu’il n’y est pas question de façon spécifique de la vie religieuse.Mais l’objectif ultime du synode n’est-il pas de permettre à l’Église de Montréal d’être davantage signe du Royaume de Dieu qui se bâtit dans notre diocèse?Dans cette perspective tous les baptisés ne sont-ils pas les acteurs de ce Royaume à construire.D’ailleurs, le mémoire présenté à la commission synodale par vos représentants lors des audiences publiques de la commission consultative du synode mettait l’accent sur le partenariat nécessaire pour atteindre le dynamisme de l’ensemble de la vie de l’Église.Telles sont, en vrac, les quelques réactions que je peux apporter pour donner un écho à vos échanges.Merci de votre attention.Bonne route, ensemble, pour la réussite du synode de notre Église diocésaine.Jeannelle Bouffard Cap Saint-Bamabé 1475, rue Bennet Montréal, Québec HIV 2F5 285 MARIE ICÔNE DE L’ÉGLISE ET MODÈLE DE LA VIERGE CONSACRÉE Marie-Paul Dion (Canada ) ri Notre rencontre dans la Ville éternelle, à 1 occasion du vingt-cinquième anniversaire de la restauration de l’Ordre des vierges, nous fournit, de toute évidence, une occasion unique de créer entre nous des liens plus forts que les obstacles que constituent notre dispersion à travers le monde, les diverses langues que nous parlons, les cultures variées dont nous sommes les héritières et les diverses spiritualités qui modèlent notre physionomie spirituelle.Différentes, nous le sommes et c’est une richesse.Toutefois ces différences évidentes ne sauraient atténuer nos ressemblances profondes : nous sommes femmes et vierges consacrées.Notre fraternité humaine se double d’une fraternité spirituelle : sœurs dans le Christ, c’est ce que nous sommes.En vertu de cette communion en Église, je suis particulièrement heureuse d’être avec vous à Rome, cette Rome qui m a donné à profusion, durant mes études, les joies de l’esprit et du cœur.Vous me permettrez d’évoquer le souvenir ému d’un certain jour de printemps, en 1981 : je me trouvais seule dans les «scavi» de la basilique Saint-Pierre, agenouillée devant la pierre tombale de Paul VI, pierre humblement posée sur le sol.Ce qui s’est alors produit dans mon cœur est de l'ordre de l’inelfable et n’a duré que le temps d’un éclair, mais le souvenir en est toujours vivant et il donne à mon retour à Rome une intensité toute particulière.Vous m’avez demandé de vous entretenir d un sujet dont 1 ampleui n a d’égale que le bonheur d’essayer de le traiter.Je sais qu’il me sera impossible de tout dire ce qu’il y aurait à dire.De plus, il me sera difficile de 286 bien dire, car parler adéquatement de la Vierge Marie n’est pas une tâche facile.«Marie, icône de l’Église et modèle de la vierge consacrée».Ce thème a de quoi surprendre.Il ne nous est pas familier de considérer Marie sous la symbolique de l’icône.En Amérique du Nord, d’où je viens, c’est vraiment inhabituel.Avant de nous demander quelle est l’origine de cette expression symbolique appliquée à Marie, ce qu’elle signifie dans le discours théologique et la vie ecclésiale comme aussi ce qu’elle implique pour la vierge consacrée, il est bon, je crois, de nous demander d’abord ce qu’il en est de Marie dans la vie chrétienne actuelle.Les protestants ont parfois reproché au catholicisme de se servir, selon les besoins, de «trois Marie« : La mère de Jésus, simple femme de Nazareth qui a donné naissance au sauveur; puis, la bienheureuse du magistère et des théologiens, affublée de toutes sortes de privilèges justifiés par des raisonnements très subtils; enfin, il y a la madone du culte populaire.De la mère de Jésus, on dit qu’elle est authentique et concrète; la bienheureuse semble une idée abstraite, enchâssée dans d’obscures définitions dogmatiques; quant à la madone, bien connue dans le domaine de la religion populaire, on la classe parmi les produits de la fonction fabulatrice1.Laquelle de ces Marie est celle que nous considérons comme l’icône de l’Église?Quelle Marie est celle que nous a donné ou redonné le concile?I - MARIE, HIER ET AUJOURD’HUI, a - Avant 1962 Cette étape2 qui fut une période de gloire pour la mariologie s’est déroulée sur des centaines d’années puisqu’elle a débuté au XVIIe siècle avec la Contre-Réforme pour connaître son apothéose lors de trois grands événements : la proclamation du dogme de l’Assomption (1950), l’année mariale pour célébrer le centenaire de la définition du dogme de l’Immaculée-Conception (1954) et finalement le centenaire des apparitions à Lourdes (1958).1 - Durant cette période, surtout après 1900, le discours sur Marie s’articule à partir de grands principes généraux et se construit sur le 287 modèle du discours sur le «Verbe incarné«.En somme, la mariologie d’alors est un décalque de la théologie et de la christologie de l’époque.Tout en respectant la subordination essentielle, on attribue à la Vierge des fonctions analogues à celles du Christ.Le Christ est médiateur, rédempteur, roi, etc.Marie sera médiatrice, rédemptrice, reine, etc.Remarquons que la doctrine mariale de cette époque était solide sur le plan théologique évitant le danger de glisser dans le sentimentalisme, mais par contre, on s’exposait à faire de la personne concrète de Marie, une personnification abstraite.De plus, en appliquant à Marie tout ce qui était dit de Jésus, le risque était grand de ne pas respecter pleinement la hiérarchie des valeurs.2 - Vers 1920, un autre courant se dessine.Sans le savoir, on prépare le terrain de Vatican II.Le mouvement biblique - enrichi d’un sens plus affiné de la liturgie et d’une meilleure appréciation de l’histoire - va faire redécouvrir la condition terrestre de la jeune fille de Nazareth.Le rôle de Marie dans l’histoire du salut est mis en évidence à l’aide de la Parole de Dieu, spécialement à partir de l’évangile de Jean.On redécouvre le lien entre Marie et le mystère d’Israël, entre Marie et le mystère de l’Église.C’est à partir de cette époque que le renouveau des études patris-tiques favorisera la redécouverte de la relation Marie-Église ou, pour parler comme saint Ambroise, de Marie «type de l’Église» 3.Trois livres que vous connaissez sans doute ont marqué cette époque : Méditation sur l’Église de H.de Lubac, (1954), le dernier chapitre de ce livre, consacré à la Vierge est d’une grande richesse théologique; vient ensuite Marie et l’Église de K.Rahner, (1955) et, finalement, Marie, archétype de l'Église de O.Semmelroth, (1965) 4.Avec le mouvement biblique, c’est l’ouverture à l'anthropologie.C’est dans une perspective d’humanisation que sera maintenant présenté le mystère de Marie contemplée dans son cheminement terrestre d’humble femme d’Israël.Si la mère de Jésus est fille de Sion, on n’oublie pas pour autant qu’elle est juive, modeste femme de Galilée vaquant aux humbles travaux quotidiens des femmes de son temps et de son rang.Comme le dit L.Bouyer, Marie n’est pas un autre sauveur; elle est humaine, «rien qu’humaine» et, en elle on peut découvrir tout ce que la grâce «pouvait faire de la créature, de l’humanité, en la laissant pourtant à son ordre créé»5.Dans son livre Marie, Mère du Sauveur.Méditations théologiques (I960)6, K.Rahner fait bien ressortir cette dimension anthropologique dont 288 il faudra tenir compte à l’avenir si l’on veut que s’exprime plus clairement l’insertion de la foi dans la vie concrète.Le terrain est donc prêt pour le concile.b - Vatican II Nous connaissons toutes le chapitre vm de la constitution conciliaire Lumen Gentium, chapitre intitulé «La bienheureuse Vierge Marie Mère de Dieu dans le mystère du Christ et de l’Église».Ce texte est un point d’arrivée : en lui convergent et fusionnent la mariologie des manuels et les impulsions nouvelles d’ordre biblique, patristique et anthropologique dont nous parlions, il y a un instant.Ce texte se voulait-il aussi un point de départ ?La suite nous le dira.Il n’entre pas dans le cadre de cet exposé de retracer l’histoire laborieuse de ce texte7.Retenons que c’était «la première fois qu’un concile œcuménique présentait une synthèse si vaste de la doctrine catholique sur la place de la Bienheureuse Vierge Marie dans le mystère du Christ et de l’Église».Ce sont les mots mêmes de Paul VI, dans le discours de clôture de la troisième session du concile, le 21 novembre 1964.Comment évaluer le texte conciliaire?Tout dépend de la perspective que l’on adopte*.Pour la valeur doctrinale, ce texte a toute la valeur de l’autorité dont il émane : c’est un acte du concile, à savoir du magistère extraordinaire et comme tel singulièrement engageant.Sur le plan de l’évolution historique, il s’agit bel et bien du dépassement d’une mariologie tellement développée qu’elle s’est comme isolée de la christologie et de l’ecclésiologie : d’où l’urgence de la mise en mouvement d’une nouvelle approche mariale.Au niveau herméneutique, ce texte porte la marque du moment où il a été élaboré et de tous les conditionnements qui ont pesé sur lui.Bien sûr ce texte est un compromis et il reflète les deux orientations (scolastique et biblique) qu’on tentait d’harmoniser.La sobriété et la ferveur du document ont de quoi réjouir.Malgré sa richesse, le chapitre vin de Lumen Gentium a des lacunes qu’on ne doit pas ignorer.Le Concile a pris soin d’éviter toute confusion entre Marie et le Christ, mais rien n’est dit sur le lien qui unit Marie et le Père; silence également sur le lien qui unit Marie et l’Esprit-Saint.Rien non 289 plus sur la possibilité d’une interprétation qui donnerait à la Vierge un rôle que l’Écriture réserve à l’Esprit-Saint9.Manque aussi une référence à l’anthropologie moderne et à la prise en compte des aspirations de l’homme et de la femme d’aujourd'hui.Le ton général du chapitre viii nous donne à penser qu’on n’a pas perçu assez nettement qu'elle était la base anthropologique sous-jacente à la mariologie d'avant concile, base non critiquée et laissant grandes ouvertes les interprétations possibles allant dans le sens d’une conception androcentrique correspondant aux connaissances des premiers siècles de l'Église fortement influencées par la pensée grecque.Si le texte conciliaire se voulait un point de départ, il faut bien admettre que le résultat est pour le moins modeste.c - la crise mariale Le Concile justifiait beaucoup d’espérance au sujet de Marie.Toutefois, et c’est un drame, à l’innovation conciliaire n’a correspondu aucun grand écho dans l’Église.René Laurentin bien connu pour sa compétence en mariologie, a même osé affirmer que «le mouvement marial est fini»10.Les grandes revues mariales ont publié des numéros complets sur le thème de la crise mariale.Des théologiens ont eu peine à ne pas cibler le Concile lui-même comme responsable de la stagnation qui dure depuis vingt ans.Trop de voix, encore aujourd’hui, cherchent à reporter sur le Concile les difficultés actuelles dans l’Église.Le Concile devient alors un bouc émissaire.Plus que de beaux discours c’était d'intériorisation, de conversion, de foi approfondie dont il était question.Le Concile est allé d'abord à l’essentiel : Dieu, le Christ, l’Église, l’homme et, peu à peu, la mariologie a été absorbée par l’ecclésiologie.Après le Concile, le discours sur la montagne et le règne de Dieu sont devenus les grands thèmes de la prédication ecclésiale, une prédication parfois trop limitée au social purement humain et oubliant l’essentiel : la rencontre avec un Dieu personnel.De Marie on ose à peine parler".Il faut relire le no 34 de l’exhortation apostolique Marialis cultus, où Paul vi analyse les causes du malaise qui se fait sentir dans le culte rendu à la Vierge12.Le Pape Paul vi dira : «Effectivement il est difficile de situer l’image de la Vierge (.) dans les conditions de vie de la société contemporaine, spécialement dans celles de la femme«.Paul vi fait finement remarquer que la réalité psycho-sociologique a profondément changé.De ce 290 changement, le Concile n’est certes pas responsable, mais la rupture entre Evangile et culture est trop évidente pour essayer de la nier.Parce que la racine de la crise mariale est largement de l’ordre de la culture, il faudra bien trouver une approche nouvelle, fidèle à Dieu et à l’Église, insérée dans l’univers symbolico-culturel de notre époque, si l’on veut dire Marie de façon signifiante, d’abord pour nous-mêmes, mais aussi pour les personnes avec lesquelles notre vie apostolique nous met en contact.Évoquer l’univers symbolico-culturel, c’est en premier lieu prendre conscience du vocabulaire symbolique que nous utilisons.Depuis des siècles, la piété chrétienne recourt au langage symbolique dans sa relation à Marie.Songeons à cette prière que nous appelions «les litanies de la sainte Vierge» : Marie y est invoquée comme un miroir , trône, demeure, rose, tour, arche, porte, étoile, etc.Aujourd’hui, nous, les vierges consacrées du monde entier, réunies à Rome, nous essayons de dépasser ces images connues de miroir de la sagesse, de trône de David, d’arche d’alliance, de rose mystique, etc.pour oser dire «Marie icône de l’Église».D’où vient l’emploi de ce symbole?Est-il signifiant pour notre époque?Comment Marie est-elle icône?Quelle est la relation Marie-Église?Autant de questions que nous aborderons maintenant dans la deuxième partie de notre exposé.II - MARIE, ICÔNE DE L’ÉGLISE a - Icône, image, symbole : lien et passage Jusqu’à ces dernières années, nous avons tenté de parler de Marie à l’aide des expressions dogmatiques et à l’aide de notions théologiques.Cela fait partie de l’histoire de la mariologie.Maintenant sans rien nier des acquis du passé, nous entrons dans un autre monde, celui de l’image, de la métaphore, dans ce domaine où le mot nous porte dans un au-delà de lui.Il faut pour se sentir à l’aise dans ce monde particulier se laisser porter avec une certaine candeur enfantine et reconnaître la fraîcheur originelle d’une représentation spiritualisée.291 Qu’est-ce donc qu'une image?C’est un mot, une expression évoquant la réalité soit par analogie, soit par similitude avec un domaine autre que celui auquel elle s’applique.On pourrait dire que l’image, la métaphore est un noyau de pensée.Quand le langage utilise la métaphore, le sens littéral doit échouer pour que le sens métaphorique émerge13.Toute image reprise par le souvenir, la poésie, les arts, etc.est plus qu’une image : elle devient symbole.Le symbole est ce «qui donne à penser»14, qui donne de quoi penser.L’image-symbole se change alors en lieu de passage de ce qui sans elle ne saurait ni s’exprimer, ni se laisser percevoir dans toute sa richesse; à la limite, l’image-symbole est une ouverture vers le transcendant, vers l’invisible, elle conduit jusqu’au Tout-Autre15.Un simple exemple fera comprendre.Je prends une invocation des litanies de la Vierge Marie soit «Rose mystique, priez pour nous».Ici, le mot rose est une gracieuse image; il n’est pas symbole, car tout est clos avec le mot rose : l’esprit et le cœur se reposent, satisfaits.Si je dis «Marie icône de l’Église» je ne suis plus devant un mot ordinaire, devant une simple image.Le mot «icône» éclate pour ainsi dire sous la charge transcendante qu’il porte depuis des siècles; il devient passage et accède au rang de symbole, car il exprime par sa seule puissance évocatrice la relation entre Marie et l’Église, entre l’Église et Marie.L’éclatement qui permet au mot de passer de l’état de simple image à celui de symbole peut provenir de deux sources.La première peut se décrire comme le résultat de Yusage original d’un mot.L’originalité provoque une déconnexion temporaire de tous les circuits logiques habituels et déclenche l’apparition de nouveaux réseaux permettant l’accès à un au-delà du mot.Les poètes excellent dans ces procédés littéraires.Il y a davantage : les grands mystiques, comme les grands théologiens ont bien perçu qu’il y a dans l’image, dans le symbole beaucoup plus qu’un rapprochement, si riche soit-il.Dieu lui-même s’est adapté à notre langage pour que, par nos mots et nos images, nous ayons accès à ce surplus d’expression nécessaire pour nous rendre accessible «la grandeur, la richesse, la largeur, la profondeur du mystère.» (Eph 3, 18-19.) L’accession du mot à la dignité de symbole peut avoir une cause autre que l’originalité de l'usage; il s’agit de la puissance évocatrice inhérente à tel ou tel mot.Le mot icône16 est précisément un de ces mots dont le poids d’évocation crée le symbole.Le terme «icône« (du grec eikon) signifie 292 «image« au sens le plus étendu dans le langage courant.En histoire de l’art, le mot icône est employé pour désigner une peinture sur planche de bois, selon une technique particulière transmise de siècle en siècle.Sur les icônes figurent Jésus-Christ, la Mère de Dieu, les anges, les saints ou d autres sujets religieux.L’icône est plus qu'une simple figuration; seule y Incarnation l’a rendue possible et ce mystère est le fondement de l’icône.Sans accéder à la réalité de l’Eucharistie, l’icône porte en elle l’expression humaine du mystère divin et rend tangible l’amour de Dieu.La première et fondamentale icône est le visage même du Christ.L’icône ne représente ni la seule nature divine, ni la seule nature humaine du Christ; elle représente la personne du Dieu-homme.L’icône mariale est l’icône par excellence de l’Incarnation.L’honneur rendu à Marie est toujours la louange de Celui qui a pris chair en elle.Le Christ en gloire est au centre dans la coupole principale de l’église byzantine et Marie, la Théotokos, la mère de Dieu trouve sa place tout près du Christ.L’icône est canal de grâce avec vertu sanctificatrice selon saint Jean Damascène; elle est signe de grâce.L’icône rend présente la personne qu’elle figure.Ce que l’Évangile dit par la parole, l’icône nous l’annonce par des couleurs et nous le rend présent.Bien sûr le lieu de cette présence ne saurait être le bois, ni les couleurs; c’est la ressemblance avec le prototype qui rend présent.Une icône ne s’adresse pas à nos sentiments, à nos émotions, elle n’est jamais jolie et ne peut l’être; elle est belle et précisément parce qu’elle est belle, elle exige une réelle maturité spirituelle pour être reconnue.L'icône est aussi lieu de rencontre personnelle, dans la grâce de l’Esprit-Saint, avec la personne qu’elle représente.L’icône est une fenêtre ouverte sur l’éternité; elle ouvre aux réalités invisibles, au mystère chrétien, elle est «théologie visuelle» et devient moyen de dévoilement du divin, d’accès à Dieu dans la ligne de la prière, de la «représentation», de la contemplation-méditation; elle est vraiment lien et passage.Lien et passage donnés par l’Esprit-Saint pour arriver à Dieu.Enfin, l’icône est sacrée: c’est un symbole qui renferme une présence, dans lequel temps, espace et mouvement ne sont pas représentés par la perception habituelle.L’icône renvoie à la «vision de l’invisible».(Heb 11,1) Nous sommes-nous éloignés de Marie par cette longue incursion dans la symbolique de l’icône?Au contraire, nous avançons.Comme le disait 293 Paul VI, en 1975, aux membres des congrès mariologique et marial internationaux, nous pouvons suivre deux voies pour proposer Marie au peuple chrétien d’une manière adéquate.D'abord la voie de la vérité, qui est celle de la réflexion, de la spéculation biblique, historique et théologique pour donner à Marie sa juste place dans le mystère du Christ et de l'Église.C’est la voie de la doctrine; elle est nécessaire et enrichit l’Église.Il existe aussi une voie accessible à tous, même aux âmes simples : la voie de la beauté.Marie est la créature toute belle, elle est miroir sans tache, elle est cette femme, vierge et mère, rayonnante de la beauté de l’Esprit Saint qui, par sa beauté, récapitule et incarne les authentiques valeurs de l’Esprit.Plusieurs parmi nous fréquentons la voie de la vérité, qu'elle soit théologique, biblique, juridique, etc., mais toutes, parce que femmes, nous sommes à l’aise sur la voie de la beauté.En choisissant pour thème de l’exposé marial la symbolique de l’icône, celles de nos soeurs qui ont préparé le programme nous ont, à leur insu peut-être, indiqué un chemin nouveau, tout de fraîcheur et de clarté qui repose des sentiers trop faciles des beautés trompeuses.Il est temps maintenant de nous plonger au coeur de ce mystère marial et ecclésial auquel nous convie l’icône.b - Origine de l’expression «Marie icône de l’Église» D’où vient cette expression «Marie icône de l’Église»?D'après mes recherches, l’expression remonte à 1950.Elle est du Père Louis Bouyer qui écrit dans son livre Le culte de la Mère de Dieu : «Marie est 1 icône eschatologique de l’Église» (p.33)18.Plus tard, en 1965, René Laurentin dans sa traduction française du chapitre vin de Lumen gentium nous dit que les intertitres qu’il a choisis sont inspirés de ceux qui figuraient dans le schéma préparatoire et qui furent supprimés, comme il était prévu, dans le texte définitif.Or, l’intertitre précédant le no 68 de la traduction est celui-ci : «[Marie] Icône eschatologique de l’Église»19.En 1968, Monseigneur Gérard Philips, expert au Concile, dans son commentaire de la constitution dogmatique Lumen gentium écrit : «déjà la tout ancienne tradition voit en Marie l’image ou l’icône de l’Eglise»20.Un peu plus tard, en 1981, dans un livre écrit en collaboration avec Hans Urs von Balthasar, le cardinal J.Ratzinger dira que, dans la piété de l’Église, Marie apparaît «comme l’icône du Christ» {Marie première Église, p.38)2\ 294 En 1986, une instruction de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, présente Marie sous le symbole de l’icône : «Marie est aux côtés de son Fils, l’icône la plus parfaite de la liberté»22.Jean-Paul II lui-même dans sa lettre encyclique Redemptoris Mater en 1987, reprenant exactement la comparaison utilisée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, ira encore plus loin en disant : «Dans ces icônes, la Vierge resplendit comme l'image de la beauté divine, la demeure de la Sagesse éternelle, la figure de l’orante, le modèle de la contemplation, l’icône de la gloire» (§ 33)23.11 semble évident que l’emploi du symbole de l’icône par des personnes dont l’autorité s'impose, ou dans des documents romains concernant tous les catholiques, n’est pas motivé par le seul désir de se servir d’expressions à la mode du jour.On pressent qu’il doit y avoir quelque part comme une nouvelle sensibilité mariale, une nouvelle approche du mystère que l’Église scrute avec amour depuis des siècles.Découverte?Nouvel éclairage projeté sur une doctrine ancienne quelque peu oubliée?Nous verrons.c - La relation Marie-Église Fa symbolique de l’icône met en relation Marie et l’Église.L’image ne fait pas écran, car la mère conduit au Fils24.Depuis déjà longtemps la théologie nous a appris que Marie et l’Église sont en relation à cause de leur commun rapport au Christ.R.Laurentin dira que «leur relation est avant tout une corrélation qui tient à ce qu’elles sont l’une et l’autre, toutes relatives au Christ, dans la même ligne de conformité, de communion, de dépendance»25.Au tout début de cet exposé, nous demandions de qui nous parlons quand nous disons «Marie»: est-ce une déesse, la «grande Mère» mytique, l’humble femme de Nazareth, la reine du ciel, qui encore?Nous pressentons la réponse, mais il n’est pas temps de conclure.Le même genre de question se pose au sujet de l’Église.Avec quelle Église Marie est-elle en relation ici?Est-ce l’Église hiérarchique?Est-ce l’Église terrestre, militante?Est-ce l’Eglise que certains théologiens font commencer dans l’éternité, d’autres à l’Incarnation ou au Calvaire?Ou est-ce l’Église que plusieurs font débuter à la Résurrection ou à la Pentecôte?Gardons en mémoire cette deuxième interrogation.295 Dans la relation Marie-Église, la dimension temps ajoute à la complexité.Marie appartient à tous les âges du salut : le temps d’avant le Christ, le temps de la vie terrestre de Jésus et le temps de l’Église - qui se poursuit toujours - pour nous, alors que Marie est aujourd’hui au-delà du temps, dans la gloire du ciel.La dimension de la temporalité est nécessaire pour comprendre la signification du rôle de Marie.Marie a été auprès de Jésus ce que sera l’Église dans l'ordre de la vie théologale.Elle est prototype : type c’est-à-dire modèle, image; proto c’est-à-dire premier.Elle a été la réalisation première, la réalisation parfaite d’une créature totalement conforme à la volonté de Dieu sur elle.En Marie, c’est l’Église qui est vierge et mère; en elle, c’est l’Église qui est sans tache ni ride; en Marie déjà glorifiée, c’est le commencement de l’accomplissement dans le siècle à venir.Ce qui vient d’être dit renvoie directement aux nos 63, 65 et 68 du chapitre vin de Lumen Gentium.Identifier Marie à l’Église comporte une limite qu’on ne peut ignorer : Marie est prototype de l’Église, Peuple de Dieu; c’est avec cette Église que se joue la relation Marie-Église.Marie est une des nôtres; il est vrai que son rôle et sa dignité sont hors de l’ordinaire, mais elle reste toujours une femme de notre race.La «dernière image que l’Évangile nous offre de Marie en sa vie terrestre est une présence priante au coeur de la jeune Église»26.La Vierge n’est pas le type de l’Église hiérarchique.Le Concile est explicite sur ce point (no 63) : Marie est le prototype de l’Église dans l’ordre de la vie théologale seulement, c’est-à-dire dans l’ordre de la foi, de l’espérance, de la charité et de l’union à Dieu.Marie ne fut pas prêtre, ni évêque, ni pape.Marie n’a exercé aucun pouvoir ecclésiastique.Elle n’aurait que faire dans la gloire du ciel de la médiation des dogmes, du pouvoir, car ces réalités ne sont que des médiations utiles sur terre; il ne restera, dans la parousie, que la médiation du Christ, tout en tous.III - MARIE, MODÈLE DE LA VIERGE CONSACRÉE a - Une question délicate C’est avec une certaine crainte que j'aborde cette dernière partie de l’exposé.Je sais, pour l’avoir entendu dire maintes et maintes fois, que plusieurs femmes se sentent vite arrivées à un point de totale saturation 296 quand on leur présente le modèle de «l’éternel féminin« avec son cortège de vertus à pratiquer et de comportements à adopter.Si le modèle proposé est Marie, la réaction est encore plus vive, habituées que sont les femmes à s’entendre proposer Marie comme modèle de soumission, d’acceptation, d’humilité.Marie demande d’être libérée de l’image qui a été faite d’elle par une certaine théologie; les femmes doivent être libérées des images fausses de Marie encore trop répandues et qui font de la Vierge un modèle impossible pour les femmes27.Les femmes disent en avoir assez du Fiat, elles préfèrent le Magnificat où Marie apparaît comme figure de la libération apportée par le Christ.C’est un discours bien connu en Amérique, surtout en Amérique du Sud.Sans doute, ce langage peut facilement devenir intransigeant, il n’en dénote pas moins que le modèle traditionnel d’une certaine Marie est en dissonance totale avec ce que vivent les femmes au plus intime d’elle-mêmes.Vatican II a ramené le discours sur Marie à l’intérieur du discours sur l’Église, il a renoué avec la doctrine patristique voyant en Marie le prototype de ï Eglise.Renouer avec le processus typologique oblige à des nuances.Lorsque saint Ambroise parle de Marie type de l’Église, il le fait dans le contexte de son temps, autrement il n’aurait pas été compris.Ce qu il ne faut pas oublier, c’est qu’à côté des éléments essentiels au type, il y a des éléments secondaires liés à un genre de culture révolue.Privilégier la vie obscure, cachée, soumise de Marie et proposer le genre de vie de la femme Marie comme modèle de la femme moderne serait trahir, il me semble, la pensée de l’Église.La fille de Sion, la Mère du Sauveur n’a pas à être emprisonnée dans le carcan d’un style de vie particulier, ni à être offerte en modèle à partir d’un cadre étroit d’un village de Galilée.Un critère bien simple pour juger de ce qui est essentiel dans le type et de ce qui est contingent et, partant, sujet à changement, c’est de voir ce que dit l’Évangile.Or jamais l’Évangile n’a proposé le style de vie de Marie en exemple28.Quand un certain discours pieux nous ramène trop souvent à des vertus qu’on dit féminines, on se sent mal à l’aise.Y a-t-il un Évangile à usage masculin et un autre destiné aux seules femmes?29 Dans l’Évangile, il n’y a aucune trace de cette dichotomie.La subordination de la femme, dont on parlait tant, il n’y a pas encore longtemps, est-ce autre chose qu’un trait de la pensée masculinisante propre à l’époque où vivaient les écrivains sacrés 297 et les Pères, qu’ils soient du monde gréco-romain d’Occident ou d'Orient?D'ailleurs, l’histoire et l’ethnologie nous enseignent que la «fragilité» de la femme a bien servi les intérêts de qui se prétendait fort.Le rôle social venait consolider un ordre qu’on disait enraciné dans la nature.Ce n’est pas pour rien que Paul vi dans l’exhortation apostolique Marialis cultus, au no 35, fait remarquer que si la Vierge Marie a toujours été proposée à Limitation des fidèles, ce n’est point pour le genre de vie qu’elle a expérimenté, d’autant moins que le milieu socio-culturel dans lequel elle a vécu est aujourd’hui presque partout dépassé.En durcissant un trait de civilisation on en est venu avec les siècles à croire que la femme avait une vocation très noble, celle de la féminité, celle de représenter dans le genre humain le don de soi, l’accueil, la générosité (Aristote disait la passivité.).D’où la dépendance acceptée dans l’humilité et la résignation, d’où l’abandon aux hommes de la gérance des affaires du monde et de l’Église.La radicalisation de ce trait de civilisation voyant en la femme une mineure, une subordonnée, a traversé les siècles et n’est pas encore disparu; il en reste quelque chose, pour ne pas dire beaucoup.Malheureusement, cette fixation nous fait perdre l’essentiel, en l’occurrence, la force d’attirance de Marie comme modèle de vie.Il est temps que les choses évoluent autrement.Paul vi affirme au no 36 de Marialis cultus que l’Église n’est pas liée aux schèmes des diverses époques culturelles, ni aux conceptions anthropologiques particulières qui les soutiennent.Cette affirmation est porteuse d’espérance.N’allons pas plus loin dans l’énumération des difficultés réelles éprouvées par la femme contemporaine.Ce qui est dit ici suffit pour convaincre que le plan de Dieu concerne la personne humaine («homme et femme, il les créa» Gen 1,27).Si Marie peut être proposée comme modèle, ce n’est pas surtout des femmes qu’elle est l'idéal; elle l’est de toute personne humaine.Sans doute, le fait qu’elle soit femme nous donne des affinités particulières avec elles, mais c’est bien au-delà de la dimension sexuelle qu’elle nous entraîne.b - Quelques pistes dynamiques Le rôle exceptionnel de Marie dans l’économie du salut la situe d’emblée à un niveau auquel nulle d’entre nous ne peut prétendre.Elle est si grande, si élevée comme Vierge et Mère qu’elle semble davantage.Elle est réelle- 298 ment la plus merveilleuse réussite de Dieu.Elle ne peut être notre modèle ni au niveau de son genre de vie terrestre (celui d’une humble femme d’Israël), ni au niveau de sa vie de grâce, comblée qu’elle fut des dons de l’Esprit-Saint, encore moins au niveau de son rôle unique dans la vie de Jésus et dans celle de l’Église.Elle est modèle au niveau des attitudes du cœur.C’est de ce côté que nous devons regarder, c’est là que se trouve le dynamisme profond de sa vie théologale et de sa vie d’union avec Dieu.Permettez-moi d’indiquer quelques-unes de ces attitudes qui me paraissent convenir particulièrement à des personnes qui, comme nous, ont à répondre à des appels nouveaux et multiples.Ce qu’il fait bon contempler en elle cette attitude foncière consistant en recherche active de la volonté de Dieu! Regardons Marie à l’Annonciation: rien de figé, rien de statique.Elle perçoit en elle une motion de l’Esprit (L 1, 28).Puis, elle se questionne : «Elle se demandait».C’est une interrogation de l'intelligence en activité, une des plus hautes activités humaines.Nous questionner sur notre rapport à Dieu, c’est difficile; Marie a besoin d’être rassurée, ce que fait l’ange.Marie oppose l’objection de sa situation actuelle: elle ne connaît pas d’homme.Elle refuse toute passivité illusoire, régressive, même envers Dieu.Elle s’informe sur le «comment».On a trop voulu nous faire croire que le Fiat de Marie en est un de résignation, rien n’est moins «résigné» que le Fiat de l’Annonciation, c’est une adhésion libre, totale, consciente au projet de Dieu.Il est une autre attitude mariale qui a de quoi enthousiasmer.Je l’appelle une nouvelle façon d'être libre.Marie nous révèle que la liberté, c’est beaucoup plus que l’exercice du simple libre arbitre.Il ne s’agit pas seulement de choisir entre le bien et le mal, mais de consentir à ce que l’on est.On peut voir dans cette affirmation quelque chose qui évoque l’Apôtre Paul : «Nous ne sommes pas enfants de la servante [Agar], mais de la femme libre [Sara] (Ga 4, 31)»; femme libre, Marie l’est à un degré unique.Qui sommes-nous?Des vierges consacrées, des femmes pour qui la vraie virginité a un attrait particulier.Le mot virginité est grevé d’équivoques30.Pendant des siècles on a confiné la virginité au domaine sexuel; c’est une restriction inacceptable de la limiter à sa seule dimension physique, une dimension renvoyant à une privation, à un renoncement.L’absence de quelque chose ne peut jamais ni remplir, ni construire.Le 299 vrai renoncement ne peut être qu’une condition pour l’expression pleine de son être31.Être soi-même, c’est réaliser l’idée normative de Dieu sur sa créature aimée, c’est la déprise inconditionnelle de soi, le dépassement de toute suffisance, le dégagement des composantes archaïques du narcissisme originel.L’œuvre à réaliser est immense et le résultat en est splendide : une femme qui, dans l’unité de son être, peut donner et recevoir dans une réciprocité transparente.De ce dégagement, fruit de la grâce prévenante à son égard, Marie est l’exemple parfait.Il est une autre attitude de Marie que nous pouvons essayer d’imiter c’est /’acceptation joyeuse de notre dignité personnelle.«Être à soi-même son propre cadeau chaque matin».La vie quotidienne, le travail, la fatigue, le poids de l’âge, les soucis du lendemain, l’échec d’ordre personnel, professionnel, financier, apostolique, etc.autant de choses où peut facilement s’engloutir notre énergie vitale.De là à nous sentir émiettées, écrasées, inutiles, il n’y a qu’un pas, parfois vite franchi, et alors la frustration peut ronger la racine de l’existence.La prise de conscience de la bassesse de la servante de Dieu qu’est la Vierge consacrée peut s’ouvrir à une intuition nouvelle de la destinée humaine : ma vie m’est donnée pour autre chose que de l’inutile.Elle m’est donnée pour du gratuit.J’ai à me recevoir comme un don, j’ai à aimer Dieu créateur en moi.Quand Marie dit que Dieu a regardé sa bassesse et que toutes les nations l’appelleront Bienheureuse c’est comme si elle disait qu’en elle il n’y a plus de conflit intérieur structural : elle est une pauvre femme d’Israël, c’est vrai, mais elle voit dans la lumière divine que l’amour gratuit de Dieu la hisse au plus haut rang et elle accepte en toute lucidité la dignité reçue.Alors commence pour elle une nouvelle expérience de la relation à Dieu, aux autres; elle peut chanter le Magnificat.Conclusion Laquelle des trois Marie est celle dont nous parlons aujourd’hui?Laquelle est notre icône ?Une mariologie répétitive n’a pas d’avenir : la crise actuelle deviendra chronique.La Marie dont nous parlons n’est ni l’une ni l’autre exclusivement, elle est davantage.300 Marie d'aujourd’hui, c’est la femme nouvelle, la chrétienne parfaite32, la fille de S ion glorifiée.Sans doute la Vierge de Nazareth sera toujours objet d’étude, car une vraie ecclésiologie doit insérer dans son discours celle dont Dieu a voulu faire la Mère de son Fils.La piété populaire aura toujours à dire Marie dans 1 élan d’une joie parfois un peu trop exubérante.Il faudra davantage pour que Marie ait la juste place qui lui revient dans l’Église.Après le virage du concile en 1964, après le second virage réalisé par marialis cultus, en 1974, il faut maintenant une voie qui complète la voie rationnelle (voie de la vérité, comme le disait Paul vi).Cette voie complémentaire, elle est à chercher sans doute dans l’anthropologie, la sociologie, mais aussi dans cette autre voie qu’est la beauté.Le langage symbolique, le langage des beaux-arts et l’esthétique théologique (Balthazar) nous facilitent l’accès à cette beauté.«La voie de la beauté» est encore peu fréquentée.C’est «une voie d’engagement ascétique, voie adhérant à la Parole, voie filiale»33.L’icône semble concilier vérité et beauté.En effet, ce qu’elle représente sous forme picturale appartient souvent au monde de la vérité théologique, voire dogmatique; la manière d exprimer appartient au monde de l'art, un art qui devenant prière contemplative au cœur de l’artiste rend la matière comme transparente au spirituel et porteuse de divin.Entre Marie et 1 Église, il se fait comme une «circulation» incessante dont l’icône est l’une des images-symboles.Il y a quelques jours, je causais avec un jeune ouvrier sur le pas de ma porte.J’avais en main une icône que je me disposais à rendre à sa propriétaire.Le jeune homme paraissant particulièrement intéressé par l’icône, je lui demandai : «Ça vous intrigue?Que vous dit cet objet?» Il me répondit après un long retard : «C’est curieux, il y a quelque chose qui passe quand je regarde cette image : je la regarde et je me sens regardé».Sans le savoir, le jeune ouvrier me donnait une vivante démonstration de la puissance du symbole qui «donne à penser plus» que ce que disent les mots.A son insu, cet homme venait de proférer l'ineffable.Pour lui, l’icône (il ignorait même le mot) n’était pas une simple planche de bois, c’était une chose devenue diaphane, spiritualisée, une présence symbolique qui, par un chemin mystérieux, faisait le lien entre lui (humble membre de cette Église, peuple de Dieu) et Marie.Est-ce trop prétendre que de croire que nous aussi pouvons être icônes?Par tout ce que nous sommes, livrer quelque chose du secret de notre vie, 301 faire passer le souffle de l’Esprit et, de bien des manières, permettre aux autres de vivre, simplement parce que nous sommes là34.Telle est peut-être la fécondité de la virginité offerte à nos vies de femmes consacrées.Pour clore cet entretien, je n’ai rien de plus beau à vous offrir que quelques lignes de Stefano de Fiores.C’est une synthèse et plus encore une ouverture sur des horizons qui ont une couleur d’aurore : «L’icône mariale de demain prend les traits de la Vierge du Magnificat : fille de Sion qui se transforme en Église, elle avance toute pleine du Christ par les chemins de l’histoire, accueillant dans l’Esprit les moments tristes et joyeux qui la composent et sont pour elle des motifs de louange envers Dieu, cette histoire qui, à travers les difficultés du monde, conduit ses fils [ses filles] sur le sentier de l’authentique salut-libération et de l'alliance définitive»35.FEMME NOUVELLE, MARIE, PRIEZ POUR NOUS ! Mme Marie-Paul Dion Villa Saint-Martin 9451, boul.Gouin Ouest Pierrefonds, Québec H8T 1T2 302 NOTES COMPLÉMENTAIRES 1 - J.MCKENZIE, «La Mère de Jésus dans le Nouveau Testament» «La vraie Marie et la Marie imaginaire», Concilium, no 188, 1983, 35-36.2 - Toute la partie historique de ce travail a été mise en forme à partir de la lecture de : Stefano de FIORES, Maria nelle teologia contemporanea, Rome, Centre marial Mater Ecclesiae, 1987, 587 p.; nous avons lu aussi de J.-P.MICHAUD, «Marie dans le discours théologique actuel», Prêtre et Pasteur, 91 (1988), 199-213.3 - AMBROISE, saint, Expos, in evang.Luc.II, 7, Sources chrétiennes 45, p.74: «Bene desponsata, sed virgo quia est Ecclesiae typus».4- H.de LUBAC, Méditation sur l’Église, 3e éd., Paris, Aubier (1954) 329 p.; H.Rahner, Marie et l’Église, Paris, Cerf (1955) 126 p.; O.SEMMELROTH, Marie, archétype de l’Église, Paris, Fleurus (1965) 159 p.5 - L.BOUYER, Le Trône de la Sagesse.Essai sur la signification du culte marial, Paris, Cerf (1957) p.10.6- K.RAHNER, Marie, Mère du Sauveur, Méditations Théologiques, Paris, l’Orante (1960) 132 p.7 - Pour une synthèse de l’histoire de ce texte, voir : R.LAURENTIN, La Vierge au Con- cile, Paris, Lethielleux (1965) 222 p.8 - Pour une vue d’ensemble, on lira avec profit : S.de FIORES, «L’option historico-sal- vifique de concile Vatican II», Vatican II, Bilan et perspectives, (R.LATOURELLE, dir), t.1,470-475.9 - Le rapport entre Marie et l’Esprit-Saint n’a pas été traité de manière spécifique au Concile; on trouve cependant d’importantes indications à différents endroits.Ce vide pneumatique et le danger qu’il représentait a fait l’objet de plusieurs études postconciliaires qu’on peut trouver dans la presque totalité des grandes revues théologiques.Leonardo BOFF, théologien de la libération, est allé jusqu’à parler d’union hyposta-tique entre l’Esprit-Saint et Marie.Dans un livre célèbre, Je vous salue Marie, publié en français au Cerf, en 1986, le théologien expose sa théorie.On connaît les démêlés de Boff avec la Curie romaine au sujet de ses hypothèses théologiques.10 - R.LAURENTIN, «Crise et avenir de la mariologie», Ephemerides mariologicae, 20 (1970) 54.11 - On est passé du «de Maria numquam satis» au «de Maria numquam» ou même au «de Maris satis», cf J.-Michaud, art.cité.12 - PAUL VI, Exhortation apostolique Marialis cultus pour le bon ordonnancement et le développement du culte envers la Bienheureuse Vierge Marie, 22 mars 1974, Documentation catholique, 71, (1974) 301-319.303 13 - P.RICOEUR, «Parole et symbole» Revue des Sciences religieuses, janvier-avril 1975; cette référence est tirée de : Jeanne PARAIN-VIAL, Tendances nouvelles de la philosophie, Paris, Le Centurion (1978), 219.14 - J.PARIN-V1AL, Tendances nouvelles, 219.15 - Pour comprendre la richesse du langage métaphorique, il faudrait lire ou relire : P.RI- COEUR, La métaphore vive, Seuil (1975).16 - Au cours des dernières années, beaucoup de livres traitant de l'icône ont été mis sur le marché.Celui de Maria DONADEO m’a paru rendre avec le plus d’exactitude la signification théologique de l’icône.Sœur Maria, du monastère russe de Rome, a publié Les icônes, Paris, Médiaspaul (1982) 127 p.C’est de cette œuvre dont je me suis largement inspirée pour essayer de pénétrer la profondeur et la richesse de 1 icône.17 - PAUL VI, Allocution aux congrès mariologique et marial internationaux, Documen- tation catholique, 72 (1975) 551-552.18 - L.BOUYER, Le culte de la Mère de Dieu, Chevretogne (1950) 33.19 - R.LAURENTIN, La Vierge au concile, 193, 217.20 - Mgr G.PHILIPS, l'Église et son mystère au IT concile du Vatican, Paris, Desclé, t.II, (1968)283.21 - Card.J.RATZINGER et Hans Urs von BALTHAZAR, Marie, première Église, Paris/Montréal, Apostolat des Éditions / Éditions Paulines, (1981) 38.22 - CONGRÉGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI, « Instruction sur la liberté chrétienne et la libération», Documentation catholique, 83 (1986) 409.23 - JEAN-PAUL II, Lettre encyclique Redemptoris Mater, 25 mars 1987, Rome, typogra- phie polyglotte, éd.française, p.71.24- F.-X.DURRWELL, Marie, méditation devant l’icône, Paris/Montréal, Médias-paul/Éditions Paulines, (1990) 121.25 - R.LAURENTIN, La Vierge au concile, 111.26 - F.-X.DURRWELL, Marie, méditation devant l'icône, 65.27 - C.HALKES, «Marie et les femmes», Concilium, no 188, (1983) 120.28- J.-M.AUBERT, L’exil féminin, antiféminisme et christianisme, Paris, Cerf (1988) 118-124.29 - J.-M.AUBERT, L’exil féminin, 138-141.304 30- M.-P.DION, «La virginité» (essai de clarification du vocabulaire usuel: chasteté, continence, célibat, virginité, etc.), Église et Théologie, 17 (1986), 5-39.31 - Paul EVDOKIMOV dans son livre La femme et le salut du monde met délicatement en lumière toute la beauté inhérente à la recherche de la liberté au niveau où nous l’avons située.Nous avons particulièrement aimé les pages 81-101 intitulées «L’ascèse, l’expérience mystique et le face à face de la sainteté».Pas de page où il ne soit question de la liberté virginale de Marie, de l’équilibre parfait.On sent partout comme un tressaillement très doux de joie pascale.32 - PAUL VI.Exhortation apostolique Marialis cultus, no 36.33 - CHAPITRE GÉNÉRAL DE L’ORDRE DES SERVITES DE MARIE, Faites tout ce qu’il vous dira, réflexions et propositions concernant la promotion de la piété mariale; notamment 67-73: La voie de la beauté.34 - P.TALEC, Les choses de la Foi, Paris, éd.du Centurion, (1973) 140.35 - S.de FIORES, Vatican IL Bilan et perspectives.533.305 L’INSTITUTION, UNE RÉALITÉ FRAGILE Fernande Richard, c.n.d Il n’existe guère de journée sans que nous soyons confrontés au processus d’institutionnalisation - désinstitutionnalisation, qu’il s’agisse du domaine familial, social, politique ou religieux.Et si nous nous arrêtons aux milieux dans lesquels nous sommes insérés, nous nous rendons bien compte que nous sommes partie prenante de diverses institutions.Les institutions ont été et sont encore l’objet des perceptions les plus divergentes; cependant il est une caractéristique sur laquelle tous les chercheurs s’entendent : les institutions furent et demeurent nécessaires.À prêter l’oreille à un discours assez largement répandu, on pourrait se demander si l’on ne prend pas trop à la légère l’importance des institutions; on les rend responsables de tant de misères qu’on peut en venir à se demander s’il ne serait pas plus avantageux de vivre sans elles.Que dire de toutes les critiques que l’on fait peser sur l'institution-Église, 1‘institution-gouvernement, l’institution-société, l’institution-famille!.Dans son dernier livre, qui a valeur de testament, Fernand Dumont (1996) affirme : «L’humanité n’est pas une donnée : elle est une conquête, une affirmation, une interprétation de soi constamment reprises.Le partage est le premier et le dernier mot de la foi en l’humanité.De toute façon, les institutions suppléent toujours à quelque chose.»' Même insistance de la part de Jean Sullivan : «Les hommes de la pensée-parole intérieure, c’est-à-dire de l’approche et de la conversion intime., s’ils adhèrent aux institutions, c’est comme à des nécessités : ils ne les vénèrent pas pour elles-mêmes, sachant qu’elles sont faites autant d’attachements, de peurs que de foi et d’amour.Ils savent cependant qu’ils en ont besoin pour exercer leur liberté.»2 La présente réflexion sur les institutions tentera • de reconnaître leur rôle essentiel • de mettre en lumière certains des éléments qui les caractérisent • de mesurer l’impact des attitudes des membres sur leur vitalité • de dégager un certain sens de la tendance actuelle à la désinstitutionnalisation.306 L’institution joue un rôle essentiel Il appert que, depuis le début de l’humanité, la recherche de sens n’a pu se faire qu’à travers de multiples institutions que les humains se sont données dans l’espace et le temps de leur devenir.Elles sont ce que les humains ont trouvé de meilleur pour porter ce qu’ils ne peuvent recevoir d’eux-mêmes.Elles sont là pour rester tant que la personne humaine, et l’humanité en général, ne sera pas complètement accomplie c’est-à-dire tant qu’elle ne sera pas en mesure de recevoir ce qu’elle est elle-même.L’institution est essentiellement reliée à la question du sens des rapports entre les personnes.Qu’il s’agisse de Y institution familiale qui fonde la sécurité de tout être humain qui veut se développer, de Y institution sociale dans laquelle se retrouvent des personnes qui ne peuvent compter sur les liens du sang, de Y institution politique qui régit les droits et les devoirs des groupes qui vivent sur un même territoire, de Y institution religieuse qui protège les personnes dont les croyances ont quelque chose en commun, croyances qui donnent sens à leur vie, toutes répondent à des besoins tels que l’on ne peut supprimer une institution sans ouvrir un espace pour une autre institution peut-être moins fonctionnelle.Prétendre pouvoir vivre et se développer sans le secours des institutions, c’est se croire arrivé au bout du chemin particulièrement difficile qui mène à se recevoir tel que l’on est vraiment.Certes l’être humain est le produit de ses propres créations que sont les institutions, il aura à récupérer ce qu’il a placé en elles en se recevant lui-même.C’est là une question fondamentale.L’institution est ce lieu de contenance qui agit comme corps extérieur en l’absence de l’individu, qui joue le rôle de frontière extérieure en l’absence de frontière intérieure, qui est une porte d’entrée et un chemin tout autant qu’un lieu de défense, qui constitue un lieu d’apprivoisement et de support tout en étant un espace de dépossession et d’aliénation.L’institution est en soi paradoxale.L’institution joue un rôle irremplaçable dans la transmission, à travers le temps et l’espace, des valeurs vécues par les grands de l’humanité.Comment la pensée de Jésus aurait-elle pu nous rejoindre sans le support 307 d’une institution?Comment le charisme des fondateurs et fondatrices de nos communautés aurait-il pu transcender les contingences de l’histoire sans le support constant des institutions que ces personnes ont mises en place?Comment ce qui est acquis dans une culture et qui est considéré comme un progrès dans la recherche du sens, pourrait-il se transmettre à une autre sans le support de certaines institutions?Il n’est que de relire l’histoire d’une institution, d’analyser ses interactions avec les autres, de mesurer la qualité du support mutuel de ses membres laquelle constitue une garantie de son efficacité, de voir l’évolution des structures qu’elle a privilégiées en fonction de l’atteinte des objectifs poursuivis, pour se rendre compte que, en dépit de faiblesses évidentes, elle peut jouer un rôle irremplaçable dans l’évolution de la société dans laquelle elle s’insère et dans celle de l’humanité en général.Il ne faut pas oublier que «.les premiers rapports humains ont pris naissance dans des êtres encore incapables de se recevoir, si ce n’est minimalement dans des êtres de fantasmes pas encore portés par l'institution, donc des êtres de besoin liés aux autres par la seule nécessité et par un ancrage du désir.» (Aimé Hamann, 1996)3 De tout temps, les institutions sont des complices inévitables de la dépossession vécue par les êtres humains, en même temps qu’elles témoignent de la multiplicité des formes qu’a empruntées la recherche du sens dans le développement de l’humanité.Certains éléments sont caractéristiques des institutions Pour connaître une institution, il importe de se référer à un certain nombre de composantes qui la caractérisent : sa création et son évolution dans le temps, ses membres (le membership), le pouvoir (le leadership).La nature même de l'institution tient à ses origines, à son développement dans l’histoire, à ses interactions avec les institutions dans lesquelles elle se meut.D’où l'importance pour les membres d’une institution de s’approprier l’élément qui a présidé à sa naissance; il leur est également nécessaire de garder la mémoire de ses commencements, de les célébrer, de se situer par rapport à eux et aux grands événements qui ont marqué son évolution.La compréhension du présent d’une institution ne peut se faire qu’à la lumière du chemin parcouru; celui-ci permet de comprendre la continuité de la route suivie et donne sens aux virages consentis pour que les institutions de base demeurent porteuses de vie.308 Une autre façon de comprendre une institution, c’est de connaître ses interactions avec celles dans lesquelles elle se meut.En plus d’être un réseau de relations internes, une institution se situe par rapport à d’autres, à l’extérieur d'elle-même.Créatrice elle-même d’institutions, elle ne cesse d’évoluer grâce à ce que ses contacts avec les autres lui révèlent d’elle-même et lui insufflent d’énergie.Une institution ne peut se définir qu’à la lumière de son membership : qui sont les membres actuels?quelles sont les perspectives de renouvellement?quelle est la qualité de l’appartenance des membres par rapport à elle?quelle est la motivation des membres par rapport à sa mission?Les réponses à ces questions décrivent concrètement un facteur de réalité de l'institution : celle-ci n’existe que par la vitalité des membres qui la composent.Un autre élément constitutif des institutions, c’est le pouvoir.On considère que la régulation du pouvoir dans un groupe humain est une conquête de l’humanité.On peut distinguer le pouvoir officiel, qui constitue l’autorité, du pouvoir officieux réparti dans les personnes et dans les groupes.L’institution se dote d’autorité en désignant des personnes à qui est donné d’exercer légitimement le pouvoir; elle considère l’autorité comme une façon de protéger l’existence de ses membres.De même les lois, règles et constitutions, qui font autorité dans une institution, sont là pour que soient respectés les droits des membres.Il est incontestable que l’autorité comme pouvoir officiel n’épuise pas tout le pouvoir qu’il y a dans une institution; elle a cependant le mérite d’être mieux définie et de permettre aux membres de mieux se situer face au pouvoir; elle a l’avantage d’être plus consciente de la situation de l’ensemble; elle a donc plus de chance d’être impartiale face aux besoins des membres.Certes, existe toujours, pour une personne en autorité, le danger de mettre le pouvoir à son service ou au service de ses proches, mais le pouvoir des membres les rend aptes à dénoncer ces contre-façons.Les trois éléments invoqués ici sont caractéristiques de toutes les institutions; l'analyse de leurs manifestations dans les institutions dans lesquelles nous vivons contribue à rendre celles-ci plus concrètes et permet une comparaison souvent efficace avec des institutions qui, tout en étant différentes, sont néanmoins bâties sur les mêmes assises.309 Les attitudes des membres ont un impact sur la vitalité de l’institution Analyser les attitudes qui prévalent chez les membres d’une institution, c’est détenir une clé qui permet de mesurer sa vitalité.Parmi celles qui sont reconnues comme les plus importantes, nous en retenons trois : une connaissance qui facilite la compréhension, un respect pour ce qu’elle représente et un engagement dans la mission qui est la sienne.Comprendre les institutions auxquelles nous appartenons c’est tout d’abord prendre conscience du rôle qu’elles jouent, pour leurs membres certes, mais aussi pour le milieu dans lequel elles sont insérées.Une telle attitude nous met en mesure de reconnaître et d’apprécier ce que signifie pour chaque membre le fait de faire partie de telle institution.Il est évident que l’institution n’existe pas uniquement pour le bénéfice de ses membres; elle a toutefois des responsabilités en ce sens qui sont définies clairement dans les constitutions qui les régissent.Il importe aussi de saisir concrètement ce que l’institution a fait et continue d’accomplir pour des personnes et des groupes extérieurs à elle.Pour ce, les membres doivent continuellement prendre les moyens de se mettre au courant des oeuvres de l’institution dans son ensemble; une vue tronquée des activités de celle-ci ne permet pas de se faire une idée juste de son impact à l’extérieur.L'image que nous nous faisons des institutions dont nous sommes membres conditionne nos attitudes face à elles.Ces perceptions y gagnent à être le plus réalistes possible et doivent constamment être ajustées, compte tenu de la réalité institutionnelle qui ne cesse de se transformer.L’attitude de compréhension se traduit en sentiment d’appartenance vis-à-vis de l’institution; l’insertion ou la distance se traduisent souvent dans la manière d’en parler à la première ou à la troisième personne.Il faut dire que l’appartenance des membres a un impact sérieux sur la vitalité de l’institution, la chaîne n’étant pas plus forte que le plus faible de ses maillons.Sentir que l’on est partie prenante d'une institution a souvent comme conséquence de faire tout en son possible pour que celle-ci demeure en santé.310 L’attitude de compréhension se meut en respect pour ce qu’est l’institution, ce que représentent ses membres; reconnaissance des forces et des faiblesses, conscience vive que chaque membre est partie prenante de l’ensemble et qu’il lui importe de ne pas s’en dissocier dans les temps de remise en question.Il peut être tentant de revendiquer son appartenance à une institution dans ses heures de gloire et de prendre une distance confortable dans les temps d’épreuves.Et cette attitude de respect vaut pour toutes les institutions auxquelles nous appartenons; il est très démobilisateur d’entendre dénigrer, de l’intérieur, l'une ou l’autre des institutions dont nous faisons partie.Fernand Dumont, dans l’ouvrage déjà cité, écrit : «De quiconque, on exige qu’il porte courageusement le poids de son passé.Cela n’empêche pas les conversions et les nouveaux départs; mais dans ces reprises, on s’attend à percevoir la même personne ou la même institution.»4 Avoir le courage de la vérité pour reconnaître ce qui doit être changé tout en prenant sa part de responsabilité dans les obstacles qui entravent la marche des institutions dont nous sommes membres, voilà ce qui engendre le respect et suscite l’engagement.La compréhension et le respect se concrétisent dans un engagement réel des membres dans l’institution.Celle-ci ne peut vivre sans ses membres qui constituent sa principale, sinon son unique richesse.C’est ici que l’on peut mesurer la fragilité de toute institution.Il est relativement facile d’affaiblir une institution, il est certes beaucoup plus difficile de mobiliser ses forces pour qu’elle soit à son meilleur, compte tenu des objectifs qu’elle vise.Pierre Poupart (1994) s’exprime ainsi : «L’institution, c’est un lieu d’espoir pour faire un chemin.Elle est cet espace et ce temps qu’individuellement et collectivement on s’est donnés pour s’assumer et assumer le chemin de la vie.»5 Ce qu’il y a à préserver dans une institution, c’est le sens qu’on lui donne, les besoins auxquels elle répond réellement; l’important est de rendre les institutions plus adéquates en fonction des besoins de leurs membres et de l’actualisation des buts poursuivis.Certes l’institution est paradoxale, elle peut être déroutante, mais elle est un processus fondateur d’humanité et, en ce sens, elle doit pouvoir compter en tout temps sur la compréhension, le respect et l’engagement de ses membres.311 La tendance à la désinstitutionnalisation, un questionnement Si l’institution est paradoxale en ce sens qu’elle cache et révèle tout à la fois, qu’elle aide à croître et peut être un obstacle sur le chemin du développement, il n’est pas étonnant qu’on la veuille et qu’on la fuie tout à la fois.De là à prendre conscience d’un processus qui tend à minimiser le rôle des institutions, il n’y a qu'un pas.Ce mouvement qui est plus explicitement ressenti dans le monde des institutions de santé et dans celui des institutions pénales a également cours, quoique plus subtilement, dans nombre d’autres.Un des indices est le questionnement continu sur la nécessité des institutions, l’accent porté sur leurs avatars surtout, la dénonciation de la lourdeur de l’appareil institutionnel.Un certain discours assez largement répandu dans nos milieux met l’accent sur les obstacles que constituent leurs propres structures.Plusieurs types d’analyses arrivent même à la conclusion que ce à quoi les institutions ont contribué a été fait malgré elles et non pas grâce à elles.Il y a peu de chemin à parcourir alors pour se convaincre qu’il serait préférable et plus efficace de composer sans les institutions qu 'avec elles.Dans le texte déjà cité, Poupart pose un certain nombre de questions : « .notre mouvement de désinstitutionnalisation est-il un pas vers une plus grande appropriation de nous-mêmes ou une fuite encore plus grande de ce que l’on ne peut porter?la panacée recherchée dans ce mouvement n’est-elle pas plus exigeante qu’on ne le pressent à l’origine?.» Après quoi, il affirme : «L’institution est le mauvais objet.Elle est le miroir permanent de notre échec personnel et social.Sa nécessité est toujours synonyme du non-accompli.»6 C’est dire qu’elle nous renvoie parfois une image peu reluisante de nous-mêmes.On ne se rend pas toujours compte à quel point l’institution vue comme extérieure à soi peut servir de bouc-émissaire.Comme illustration, la réaction de cet employé qui, parlant d’une longue période de température maussade, disait : “Vous savez, quand on ne peut pas s’en prendre au gouvernement, on est bien mal pris.” Il est vraiment important de prendre conscience que de se placer en dehors des institutions auxquelles on appartient, c’est une façon de les affaiblir, de les déstabiliser, à la limite de les aider à disparaître.Une telle attitude fait partie de la tendancee à la désinstitutionnalisation.312 Notre malaise par rapport à l’institution est probablement lié à certains des aspects de celle-ci qui sont plus particulièrement visés : une attitude ferme, la mise en pratique de l’autorité, la culpabilité, la violence.Il faut comprendre que ce qui se joue à l’intérieur de nous a quelque chose à voir dans le tiraillement entre la présence de l’institution et son absence; les arguments objectifs ne sont pas les seuls capables de justifier notre prise de position par rapport à cette difficile question.On peut certes affirmer avec Poupart que «la désinstitutionnalisation dans la désintégration amènera la création de nouvelles institutions plus punitives, plus castrantes, plus contrôlantes en remplacement des institutions qui contiennent et supportent.»7 Conclusion Oui, l'institution est une réalité fragile dans la mesure où elle dépend de ses membres qui eux-mêmes sont des êtres limités et qui entretiennent avec elle des relations complexes et souvent ambiguës.Elle l’est également dans les rapports qu’elle entretient avec les institutions qu’elle crée et avec celles desquelles elle est partie prenante.On peut comparer les relations entre des institutions intermédiaires et une institution centrale à celles qu’entretiennent les membres avec leur institution immédiate.Il importe de garder vive la conscience de son appartenance aux diverses institutions dont on est membre; toutes nos perceptions, tous nos gestes ont une influence sur leur vitalité.«Le meilleur et le pire coexistent partout.Une analyse sommaire de toutes les institutions produites par les humains que nous sommes - que ce soit sur le plan de la pensée, de l’art, de la politique ou de l’économie - ferait toujours, sous des formes différentes, ressortir la même ambivalence.Tout ce qui émerge des humains, dans ce long processus de devenir, porte les traces du pas encore devenu, du pas encore reçu.Tout ce que produit l’humain est institution, y compris lui-même.Tout est lieu pour cacher et exprimer, pour se déposséder et pour apprivoiser, dans l’espoir de pouvoir enfin être.» (Aimé Hamann)8 Fernande Richard, c.n.d.Résidence Notre-Dame-de-la-Victoire 4120, avenue de Vendôme Montréal, Québec, H4A 3N1 313 NOTES COMPLÉMENTAIRES 1.Fernand Dumont, Une foi partagée (1996).Editions Fides, p.300, p.276.2.Jean Sullivan, La présence vivante (extrait de L’Actualité religieuse, 15 janvier 1997, dossier conçu et réalisé par Jean Mouttapa).3.Aimé Hamann, L'Abandon corporel au-delà des psychothérapies.(1996).Editions Stanké, p.60.4.Fernand Dumont, op.cit., p.275.5.Pierre Poupart, Lieux et interventions auprès des délinquants juvéniles, 1994.Exposé donné à l’Académie Internationale de Droit et de Santé Mentale, 18 juin 1994, p.8.6.Ibid., p.9.7 Ibid., p.13.8.Aimé Hamann, op.cit., pp.64-65.314 RETRAITES 1998 Février 15-22 Le désir de Dieu Gilles Ouellet, c.j.m.Mars 15-22 Jésus, icône du Père Laurent Côté, m.afr.Avril 05-12 Montée pascale Roger Poudrier, o.f.m.Mai 10-17 Sagesse humaine, Sagesse de Dieu Richard Guimond, o.p.Mai 24-31 “Sachez rendre compte de l’Espérance qui vous habite” 1P 3,15 Jacques Levac, s.j.Juin 07-14 Emmaüs aller-retour J.-Guy St Arnaud, s.j.Juin 21-28 “Qu’il m’arrive selon ta Parole” Le 1,38 Rita Gagné, o.s.u.Juillet 12-19 “L’Amour de Dieu a été répandu en nos coeurs par l’Esprit Saint” Rm 5,5 Michel Vigneau, o.ss.t.Juillet 19-26 Femmes de Foi dans les évangiles Pierre Mourlon, s.j.Juil-Août 30-06* Femmes d’Espérance dans la Bible Pierre Goulet, c.s.v.Août 16-23 L’acquisition de l’Esprit Saint de Dieu Denis Regimbald, o.p Septembre 20-27 “Seigneur, j’ai entendu parler de Toi” Ha 3 Jean-Marc Gay, o.p.Octobre 18-25 Avec le Christ vers l’an 2000 Richard Guimond, o.p.Novembre 23-30 “Tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t’aime” Is.43,4 Paul Morisset, s.j.Frais: 260$ (taxes TPS +TVQ 1998 incluses) + inscription 15$ (non remboursable) Services offerts : Nos activités et notre centre sout ouverts à tous pour une démarche spirituelle de groupe, de couple ou individuelle.Inscription : Contacter la réceptionniste (418) 842-1421 Réservation : Groupes ou séjour individuel, vous adresser à Sr Andrée Leclerc, o.s.u.(418) 842-1421 (entre 7h30 et 19h00) Frais de séjour : (taxes incluses) 35$ /jour 70$/fin de semaine Périodes de relâche : 01 au 04 janvier - 12 au 19 avril - 24 août au 13 sept.- 15-31 décembre Les activités débutent le premier jour à 20h00 et se terminent avec le dîner du dernier jour.* Possibilité de co-animation avec Michelle C.Grigon CENTRE DU RENOUVEAU CHRÉTIEN DES URSULINES 20, rue des Ursulines - C.P.276 LORETTEVILLE, QUÉBEC G2B 3W7 315 CENTRE MARIE RÉPARATRICE 1025, boul.Mont-Royal Ouest Outremont, Qué.H2V 2H4 tél.(514) 279-5619 RETRAITES ET SESSIONS 1998 Janv.19-26 (7j) Retraite avec s.Jean André-M.Syrard, o.s.m.Janv.26-30 Guérison intérieure Le Jourdain inc.Janv.31 (9h à 16h) Session d'intériorité “Que de l’Amour” Alain Dumont, laïc Fév.20-22 (2j) Année consacrée à l’Esprit-Saint André-M.Syrard, o.s.m.Fév.27-06 (7j) Les béatitudes, chemin du vrai bonheur Jean-M.Rocheleau, s.j.Mars 09-13 (4j) De quel amour l’Esprit vous anime Col 1,8 (charismatique) Joseph Guiho, ptre Mars 16-23 (7j) Retraite avec Elisabeth de la Trinité André-M.Syrard, o.s.m.Mars 27-29 (2j) Session d’intériorité “Que de l’Amour” Alain Dumont, laïc Avril 06-12 (6j) Montée pascale Jocelyn Mitchel, o.f.m., cap.Avril 24-01 (7j) Vivre l’esprit de Jésus de Nazareth Ernest Sherstone, o.m.v.Mai 11-18 (7j) Luc, peintre de la tendresse de Dieu André Gélinas, s.j.Mai 25-02 (8j) Me laisser accueillir par le Père.pour retraite de la été devenir fille de Dieu à la manière de J.-C.Bernard Carrière, s.j.Juin 11-18 (7j) An 2000, temps de l’Esprit Richard Guimond, o.p.Juin 22-29 (7j) Retraite sur la prière du coeur André-M.Syrard, o.s.m.Juin 30-07 (7j) La foi de Simon-Pierre, ses appels, ses doutes, ses élans P.Mourlon-Beemaert, s.j.Juil.07-14 (7j) Luc, peintre de la tendresse de Dieu André Gélinas, s.j.Août 10-17 (7j) Ton amour me fait danser de joie Yvon St-Amaud, o.m.i.Août 18-23 (7j) “Les âges de la vie spirituelle” Alain Dumont, laïc Oct.01-08 (7j) Tiens ta lampe allumée André-M.Syrard, o.s.m.Nov.16-23 (7j) Jésus de Nazareth.Dieu l’a oint de l’Esprit Saint et de puissance (Lectio divina) Michelle Lamoureux, c.n.d.Déc.04-06 (2j) Tu es la joie de l’Esprit Gérard Marier, ptre L’inscription pour les retraites de 7 jours est de 30$.La pension est de 34$ par jour pour les chambres ordinaires et de 39$ pour les chambres avec toilette et douche.316 Tables de l’année 1997 1.Auteurs et articles GAULIN, Suzanne, o.s.c.Appel et défi pour la vie consacrée BEAUDET, Gilles, f.é.c.dans une Eglise en synode 278 En Roumanie : des communautés masculines enseignantes hier, GIGUÈRE, Joseph aujourd’hui, demain.228 Point de vue sur la vie religieuse dans la société et dans l’Eglise 272 BOUFFARD, Jeannelle Le synode et la vie consacrée 284 GIRARD, Yves, o.c.s.o.“Leur tronc est une semence” 107 CAZA, Lorraine, c.n.d.Re-visiter notre espérance en LAROCHE, J.et COTE , A., s.c.q.pastorale des vocations 66 Le SIDA vaincu .à la maison Marc-Simon 199 “C’est le “jusqu auboutisme” de votre vie que j’aime” 213 LEWIS, Jacques, s.j.Découvrir l’espérance 144 DESBIENS, Jean-Paul, f.m.s.Dialogues des religieux : quelles McKEE, Cathy, p.s.de Jésus paroles dire ?51 Une expérience de vie religieuse dans un pays de l’Est 131 DION, Marie-Paul Marie, icône de l’Évlise et modèle MALONE, Janet, c.n.d.de la vie consacrée 286 Internationalité : prise de conscience progressive ERALY, Aline, o.c.d.et conversion 153 Dieu est plus grand que notre coeur Thérèse de l’Enfant-Jésus MALVAUX, Benoît, s.j.et l’oraison 42 Vita consecrata et les relations mutuelles entre évêques et FORTIN, Benoit, o.f.m.cap.instituts de vie consacrée 3 Des chantiers pour la vie religieuse de l’an 2000 175 PAGEAU, René, c.s.v.Convoqués à la vie fraternelle 11 GAGNÉ, Rita, o.s.u.Un défi de taille : humaniser 27 Je fais voeu pour toujours de pauvreté, de chasteté et d’obéissance 238 317 POTVIN, Thomas-Raymond, o.p.“Toi, suis-moi” 261 RICHARD, Fernande, c.n.d.L’institution, une réalité fragile 306 SAVIGNAC, Flore, m.i.c.Un trésor clans des vases fragiles 259 SAURIOL, Jeannine, o.c.d.Solitaires, mais solidaires 95 TREMBLAY, Albert, f.i.c.Le frère est-il un laïc ?162 VAN VLIET, Jacques, o.cist.Avoir un pied dans le transcendant 86 2, Sujets Conseils évangéliques : Dimension communautaire : pauvreté 239-241; chasteté 241-245; obéissance 245-249.Eglise en synode et vie consacrée Problématique actuelle / crise de sens, manque de sens 278-283.Espérance : Jean de l’Apocalypse 71-75; fondements 145-146; plan et pratique de .146-152.Frère?Laïc consacré Problématique 162-174.Humanisation Chemin de Dieu, notre chemin 28-29; nous humaniser pour humaniser 32-33; 40; spiritualité de communion et de réconciliation 33-39.Institution Importance de l’institution 307-308; élément caractéristique des .308-309; impact sur la vitalité de .310-311 ; tendance à la désinstitutionnalisation 312-313.Internationalité des Congrégations Processus et étapes 154-159; conversion personnelle et de groupe 159-161.Marie Marie, hier et aujourd’hui 287-291; Marie icône de l’Eglise 291-296; Marie, modèle de la vierge consacrée 296-300.Pastorale des vocations Et quête de Dieu 77-78; mystère de solitude et de communion 78-80; relation à la terre et relation aux autres 80-83; partenariat et coopération 83-84.Relations Evêques / Instituts de VC Collaboration et insertion 3-6; autonomie et communion 7.Roumanie Expérience des F.É.C.228-232; sacerdoce privilégié et oecuménisme 233-235; besoins manifestes des jeunes 235-237.318 Sida Défi le plus grand à la communauté chrétienne 199-212.Thérèse de l’Enfant-Jésus Evolution et secret de l’oraison 42-50.Vie consacrée Constats nécessaires du présent 175-177; retour profond au coeur de la vie consacrée 179-187; la mission, une question d’amour jusqu’au bout 213-227; “suite du Christ” essentiel de la vie chrétienne 262; capacité de discernement fondée sur une “foi” vécue 267; défis énormes/partenariat nécessaire 270; “coup de coeur” de Dieu face au néo-libéralisme actuel 273; ferment au sein des communautés chrétiennes 275.Vie contemplative Vie contemplative / vie apostolique 100-103.Vie fraternelle Convoqués en tant que baptisés en Jésus 11; manifestation de communion 13-20; foi en l’amour de Dieu, secret de vie .21-23.Vie monastique La proclamation, le caritatif, l’adoration 87-91; efficacité et fécondité 91-93; dépouillement et impuissance 106-108; accueil de la miséricorde 110-112.3.Livre reçu Beaupré, Jacques Et Marie entra dans notre histoire Bellarmin 1997, 175 pages A partir de l’Evangile, l’auteur invite à découvrir Marie confrontée aux réalités humaines qui sont les nôtres: conflit de couple, joie et peine de la maternité, incompréhension face à son fils.La mère de Jésus devient ainsi une inspiration pour qui veut suivre le Christ aujourd’hui.319 ABONNEMENTS Nouveaux tarifs à compter de janvier 1998 (Cf.Lettre du directeur, p.195) Tarif surface : 25,00$ (taxes incluses) (105 FF) (650 FB) Tarif avion : 29,00$ (taxes incluses) (125 FF) (750 FB) Abonnement de soutien : 40,00$ (taxes incluses) VIE DEf communauté/ reugieujej 320 La Vie des communautés religieuses ABONNEMENTS À l’une des adresses suivantes 8, boulevard des Déportés b.p.28 35404 Saint-Malo Cédex France Ed.du Chant-D’Oiseau Avenue du Chant-D’Oiseau 1150 - Bruxelles Belgique 251 St-Jean-Baptiste Nicolet, Qué.Canada J3T 1X9 BULLETIN D’ABONNEMENT 25,00$ (taxes incluses) (105 FF) (650 FB) de surface ?29,00$ (taxes incluses) (125 FF) (750 FB) par avion ?40,00$ (taxes incluses) de soutien ?Nom:________________________________________ Adresse:____________________________________ ________________________________Code postal: N° TPS: 141050025 - N° TVQ: 1019014190 Vie consacrée, présence spirituelle éducative et caritative en Eglise ENVOI DE PUBLICATION ENREGISTREMENT No 0828 La vie des communautés religieuses 251, St-Jean Baptiste Nicolet, Québec Canada, J3T 1X9
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