Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Janvier-Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • En son nom
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

La vie des communautés religieuses /, 1999-01, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
Y JW !¦¦«¦«¦¦¦ «i * «MB M!M « M rmn i m mm b * « a m m,m n i ata s m % ’ ¦¦ fev 1999 Vol 57 jan no LA VIE DE/ COMMUNAUTÉ/ RELIGIEU/E/ LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES ISSN 0700-7213 Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Canada Bibliothèque nationale du Québec N° TPS:141050025 N° TVQ: 1019014190 Envoi de publication Enregistrement no.0828 Production: Hughes Corn.Dessin des couvertures: Rita Montreuil, s.s.a.Direction André Bellefeuille, f.i.c.Tél.: (418) 877-5341 abellefeuille@videotron.ca Téléc.: (418) 877-7810 Comité de rédaction Gilberte Baril, o.p.André Bellefeuille, f.i.c.Lorraine Caza, c.n.d.Denis Gagnon, o.p.Yvette Poirier, s.s.a.Secrétariat Pauline Michaud, s.a.s.v.Madeleine Paquin, s.a.s.v.Rédaction et administration La Vie des Communautés religieuses 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué., Canada J3T 1X9 Tél.: (819) 293-8736 Téléc.: (819) 293-2419 La revue paraît cinq fois par an Abonnement: surface : 25$ taxes incluses (105 FF) (650 FB) avion : 29$ taxes incluses (125 FF) (750 FB) soutien : 40$ taxes incluses SOMMAIRE Vol.57 - no 1 - janvier-février 1999 Hommage à SoeurThelma Marion, s.s.c.j.Sr Aline Champagne, s.s.c.j.Page 3 Le cheminement et l’oeuvre de Soeur Thelma Marion, s.s.c.j., sont des exemples typiques des nouveaux engagements qui sollicitent aujourd’hui les communautés religieuses : la compassion, l’écoute des besoins urgents, l’audace d’y répondre, la collaboration avec les organismes en place, l’amour et l’accueil inconditionnels du prochain.Par la force d’une vie donnée, le rêve est devenu mission, le projet, réalité pour cette Soeur du Sacré-Coeur.L’avenir du catholicisme F.Jean-Paul Desbiens, f.m.s.Page 7 Après 2000 ans d’histoire, le catholicisme a-t-il un avenir?Mais l’avenir, justement, n’est-ce pas le catholicisme même, c’est-à-dire, l’Église unique du Christ tout entière incarnée dans le monde et, comme son Maître, intégralement tournée vers la fin des temps?Mais le fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre?(Luc 18, 8).Fidélité créatrice au charisme de fondation P.Paul-Émile Vachon, s.m.Page 17 Charisme?Qu’est-ce à dire?Impulsion de l’Esprit dans la vie du fondateur, de la fondatrice, action stable et dynamisante se prolongeant dans les membres des instituts.Quels sont les traits majeurs des charismes de fondation?Les adaptations successives apportées au cours de l’histoire d’une congrégation sont-elles des accommodements et des compromis plutôt que des efforts de vérité et d’authenticité? Comment reconnaître la fidélité à l’esprit de la fondation, la fidélité à l'Esprit?L’auteur analyse avec rigueur et finesse le binôme Fidélité créatrice, cher à Vita consecrata.Le charisme d’origine est tremplin pour l’avenir.«Tu es mon enfant bien-aimé» Sr Lorraine Caza, c.n.d.Page 42 Dans la démarche préparatoire au Grand Jubilé, nous sommes entrés dans l’année consacrée à Dieu le Père.La grande révélation chrétienne, l’inouïe vérité cachée depuis la création du monde, c’est que Dieu est notre Père.Leuilletant les évangiles, l’auteure recueille et médite les paroles que le Père et le Fils échangent au Jourdain, au Thabor, au Golgotha.Dialogue sublime qui nous révèle comment nous sommes appelés et qui nous sommes réellement : des enfants bien-aimés.Vie religieuse et vie diocésaine P.Denis Dion, o.p.Page 58 Promouvoir la vie religieuse relève de la responsabilité de toute l’Église et non seulement des membres des congrégations religieuses.Rappelant que les vocations religieuses témoignent particulièrement de l’évangile et du mystère de la présence de Dieu, l’auteur ne manque pas de souligner que les diverses vocations manifestent, avec des accents différents, des aspects de la vocation chrétienne et humaine commune.2 La Vie des communautés religieuses HOMMAGE À SOEUR THELMA MARION, S.S.C.J.Soeur Aline Champagne, s.s.c.j.Il y a un an, soeur Thelma Marion, de la congrégation des Soeurs du Sacré-Coeur, entrait dans son dernier repos.Nous ne pouvons pas, ici, entrer dans le détail de sa vie, une existence riche d’expériences et de réalisations.L’oeuvre de ses vingt dernières années est typique et exemplaire des nouveaux engagements qui sollicitent aujourd’hui les communautés religieuses (NDLR).La force de sa vie réside dans la vision d’une société où tous, sans égard à la religion, à la culture ou au statut social, se rassemblent, sont traités avec dignité, sont aidés et aimés inconditionnellement.La vision, le rêve est devenu mission pour cette Soeur du Sacré-Coeur.Le projet est devenu réalité vécue pour la région de Car-lington dans l’Ouest de la ville d’Ottawa.Cette dernière de ses réalisations est le sommet d’une vie de foi donnée à la compassion.LA FORCE D’UNE INSPIRATION C’est à partir de 1979, selon ce que la Providence signifie par les événements, que prend forme le Centre familial Caldwell.Soeur Thelma subit une opération à coeur ouvert.Pendant son année de Janvier-février 1999 3 SOEUR ALINE CHAMPAGNE, S.S.CJ.mmÈmmMam.fc -r • .t J convalescence, elle s’est mise en relation avec plusieurs personnes du quartier qui Font graduellement conscientisée aux besoins des gens.Petit à petit, la maison des soeurs devient un centre de dépannage pour bon nombre de personnes dont les revenus ne bouclent pas les fins de mois.Il faut préciser que ce quartier regroupe la plus importante concentration d’Habitations à Loyer Modique dans la région d’Ottawa-Carleton.En 1985, les demandes s’accumulent au point que même le concours de la Saint-Vincent-de-Paul des paroisses Saint-Bonaventure et Sainte-Élisabeth ne suffit plus.Alors, soeur Thelma fait les démarches auprès du Bureau de logement d’Ottawa pour obtenir l’usage de l’unité 20-1100, rue Medford et, plus tard, du 22, dans le Bellevue Manor Community.L’IMPACT DE L’ENGAGEMENT Au cours des années, le Centre familial Caldwell grandit, diversifie ses services selon les besoins nouveaux des démunis et des immigrants.Tout devient possible grâce aux suggestions et à la partici- 4 La Vie des communautés religieuses HOMMAGE À SOEUR THELMA MARION, S.S.C.J.«La force de sa vie réside dans la vision d'une société où tous, sans égard à la religion, à la culture ou au statut social, se rassemblent, sont traités avec dignité, sont aidés et aimés inconditionnellement.pation des gens eux-mêmes.C’est clair, soeur Thelma communique son inspiration.L’impact de son engagement rejoint et marque des collaborateurs intéressés — comme elle et à sa manière — à faire du Centre un drop in de fraternité et d’éducation.Aux cours de cuisine, de gestion de budget, d’artisanat, de langues, de citoyenneté, d’informatique, de supervision de devoirs pour les 7-12 ans, s’ajoutent des services connexes de banque d’alimentation, de centre de jour, de garderie, l’accès au service de l’infirmière, des travailleurs sociaux, de la police, du chapelain.Par-dessus tout, la tendresse et la compassion d’une religieuse deviennent, au milieu des nécessiteux, une voix d’humanité et de justice dans le contexte économique actuel.Le centre est soutenu par la coopération des Églises de toutes dénominations, par les nombreux bénévoles et amis.Il est incorporé auprès de la province d’Ontario et reconnu comme oeuvre de bienfaisance par les instances fédérales.Il est dirigé par un bureau dont les membres représentent le quartier, les Églises, la communauté et les bienfaiteurs.En reconnaissance de ses réalisations, en 1989, soeur Thelma est reçue membre de l’Ordre du Mérite de la Citoyenneté par le lieutenant-gouverneur de l’Ontario et, en 1994, elle détient la médaille Bene merenti de l’Archidiocèse d’Ottawa.C’est, pour elle, décorations oubliées dans le tiroir.mais elle s’en souvient très bien lorsqu’elle doit faire des demandes de subventions auprès des gouvernements.Janvier-février 1999 5 SOEUR ALINE CHAMPAGNE, S.S.CJ.UN QUASI MIRACLE DE SA FOI Comme enseignante, répondante provinciale, générale de sa congrégation ou comme responsable d’adolescentes en difficulté, soeur Thelma nourrit une conviction profonde qu’elle actualise à chaque étape de sa vie : Si Dieu le veut, ça va se faire! Sa foi à toute épreuve dans la Providence déclenche un tout dernier projet alors qu’elle est en pleine lutte contre le mortel cancer mélanome.Sa sensibilité à la misère rêve d’un solarium pour accommoder ceux et celles qui, pour diverses raisons, continuent de fumer.Rêve impossible, s’il en est, vu le contexte socio-économique.Un appel téléphonique inattendu, d’une personne éloignée qu’elle n'a pas revue depuis trente ans, lui assure généreusement la somme nécessaire, alors que le bureau de direction se proposait de reporter ce projet à plus tard.N’est-ce pas là un quasi-miracle de sa foi?De son lit de malade, soeur Thelma continue son travail avec l’architecte et l’entrepreneur.Elle choisit l’ameublement et la décoration de ce que les gens du milieu ont surnommé spontanément Thelma's Place.Le permis d’habiter ce local fut octroyé par la ville d’Ottawa le 16 janvier 1998, jour des funérailles de soeur Thelma Marion.Son départ a suscité un rassemblement des diverses Églises chrétiennes, des communautés juives, musulmanes et bouddhistes, des personnes de toutes croyances et de toutes races venues célébrer la vie d’un femme ordinaire qui a su «faire une différence».Soeur Thelma nous confie le flambeau qui éclaire de nouveaux horizons.A nous maintenant de «faire la différence».Soeur Aline Champagne 133, rue Main Ottawa, ON.Kl S ICI 6 La Vie des communautés religieuses L’AVENIR DU CATHOLICISME À L’AUBE DU 3e MILLÉNAIRE Jean-Paul Desbiens, f.m.s.« “Il viendra un temps où les hommes seront si las des hommes quon ne pourra plus leur parler de Dieu sans les faire pleurer.” (le Curé d’Ars) Allocution donnée à Sherbrooke, Canada, automne 1998, à l’occasion de l’inauguration du Centre Saint-Charles-Borrornée Nous parlerons de l’avenir du catholicisme à l’aube du 3e millénaire.Or, il arrive que cette rencontre a été organisée à l’occasion de l’inauguration officielle du Centre Saint-Charles-Borromée qui fut l’un des grands artisans de la restauration de l’Église après le concile de Trente.À son sujet, le cardinal Ratzinger déclare: Pour moi, Charles Borromée est l’expression classique d’une vraie réforme, c’est-à-dire d’un renouveau qui mène en avant, justement parce qu’il enseigne à vivre d’une façon nouvelle les valeurs permanentes, compte tenu de la totalité du fait chrétien et de la totalité de l’homme'.On peut considérer l’avenir du catholicisme de l’extérieur, à titre de sociologue, d’anthropologue, de philosophe, d’historien des reli- Janvier-février 1999 7 JEAN-PAUL DESBIENS, F.M.S.gions, de démographe, etc.Dans les propos que je vous soumets, il va de soi que je considère le catholicisme de l’intérieur.Non pas certes en théologien ou en spirituel, mais à titre de baptisé et de membre de l’Église catholique.Bref, comme un homme qui adhère à la foi catholique, qui prie le symbole des Apôtres et se nourrit quotidiennement de la liturgie catholique.Si l’on parle de l’avenir du catholicisme, on peut avoir à l’esprit le développement à venir du dogme ou de la discipline ecclésiastique.Tout au long de son histoire, en effet, le catholicisme s’est développé à mesure qu’il progressait dans l’intelligence qu’il prenait de lui-même, car le temps est consubstantiel au catholicisme (Guitton).En ce qui a trait au développement du dogme, on peut rappeler que le dogme de l’immaculée Conception a été proclamé en 1854; celui de l’Assomption, en 1950.On peut rappeler que saint Bernard, apôtre de Marie s’il en fut, ne croyait pas en l’immaculée Conception, au moment où d’autres théologiens, d’autres saints la soutenaient, bien avant la proclamation dogmatique.On pourrait faire la même remarque à propos de l’Assomption.En ce qui a trait à l’évolution de la discipline catholique, il suffit bien de rappeler les changements survenus depuis seulement 40 ans dans la liturgie, la pratique du Carême, le jeûne eucharistique, l’organisation des communautés religieuses, l’administration des sacrements.En parlant de l’avenir du catholicisme, on peut aussi avoir à l’esprit la dimension de son membership; l’étendue de son implantation dans le monde; la qualité et le taux de la pratique religieuse de ses propres fidèles; son influence sur les mentalités.Enfin, ou peut parler de l’avenir du catholicisme en terme absolu.Autrement dit, poser la question: est-il possible que le catholicisme disparaisse purement et simplement, au sens où l’on dit que l’em- La Vie des communautés religieuses L’AVENIR DU CATHOLICISME À L’AUBE DU 3E MILLÉNAIRE pire romain a disparu.Ou encore, reprendre en la transposant la remarque de Valéry: Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.Catholicisme L’énoncé de notre sujet porte trois mots clés: avenir, catholicisme, 3e millénaire.Considérons d’abord le second.Le terme catholicisme signifie premièrement un corpus doctrinal; un ensemble de prescriptions d’ordre moral; une liturgie.Le terme catholicisme signifie aussi une organisation hiérarchique et une administration comparables aux grands réseaux artériels et veineux du corps humain, relayés par une multitude de vaisseaux capillaires.A toutes fins utiles, le terme catholicisme signifie l’Église catholique.Soit dit en passant, l’Église catholique ne peut accepter de se considérer elle-même comme une confession religieuse parmi d’autres.Elle est l’Église.Il ne s’agit pas seulement ici de dégager le sens étymologique du mot «catholique»; il en va de la nature même de l’Eglise: il ne peut pas y avoir plusieurs corps mystiques du Christ.Poser la question de l’avenir du catholicisme, c’est poser la question de l’avenir de l’Église.Point.Avenir Considérons maintenant le terme «avenir» appliqué au catholicisme.En dehors de toute réflexion théologique; en dehors de toute ecclésiologie, la science contemporaine reconnaît que la création tout entière est une montée, depuis la matière dite inanimée, jusqu’à ce que, dans l’homme, elle atteigne la dignité de la conscience humaine.2 Or, cette conscience se pose les trois questions inusables: Qui sommes-nous, nous, les hommes?D’où venons-nous?Où allons-nous?À ces questions, la foi catholique répond que le monde, le cosmos tout entier, est enraciné dans cet avenir qui s’appelle Jésus de Janvier-février 1999 9 JEAN-PAUL DESBIENS, F.M.S.Nazareth, mort et ressuscité.On pourrait ici, en toute rigueur de termes, renverser notre sujet et dire: l’avenir, c’est le catholicisme.La perspective de l'avenir est essentielle au catholicisme et à P intelligence du catholicisme.Lavenir qui attend l’homme et P humanité est pour le catholicisme un avenir absolu.Le passé, il l’interprète à la lumière de l’avenir, au fur et à mesure que celui-ci se dévoile.Le présent, il ne le comprend et ne l’apprécie qu’en refusant de s’y enfermer, qu’en étant tendu vers l’approche de l’avenir absolu J Le catholicisme conçoit le monde comme une histoire et comme l’histoire d’un salut.Les affirmations qui précèdent sont des propositions traditionnelles et pour ainsi dire classiques de la théologie catholique et du discours religieux.Elles ne manquent d’ailleurs pas de soulever des objections non moins classiques à partir de l’histoire interne du catholicisme.Le chrétien n’est pas tenu de méconnaître et de passer sous silence la sobre réalité quotidienne de l’Église.Il est tenu de la voir dans sa concrétude, dans ses limites, dans son fardeau d’histoire (lieu de toutes les défaillances), dans toutes les négligences, peut-être aussi dans les évolutions défectueuses.L’Église, c’est nous qui la sommes, nous, les hommes pitoyables, primitifs, lâches4.C’est dans la foi que l’on peut affirmer que l’avenir absolu du monde, c’est le catholicisme.Dans l’attente de la manifestation de Jésus ressuscité et Vainqueur du monde, les catholiques peuvent très bien se retrouver minoritaires.Pour sa part, le cardinal Ratzinger, Président de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, reconnaît que les chrétiens sont de nouveau une minorité, plus qu’ils ne l’ont jamais été depuis la fin de l’Antiquité5.Rahner va jusqu’à dire: Je vois venir des temps dans lesquels le christianisme ne sera plus, en Europe et dans le reste du monde, une réalité allant de soi.6 10 La Vie des communautés religieuses L’AVENIR DU CATHOLICISME À L’AUBE DU 3E MILLÉNAIRE Et pourtant, rien ne prévaudra ici-bas contre le christianisme, en raison de la valeur croissante de la personne.Personne ne pourra finalement empêcher l’homme de se prendre lui-même avec tout le sérieux qu’il mérite.Par ailleurs, ce ne sont ni les changements économiques ni les mutations de système social qui empêcheront l’homme de se savoir voué à la mort, de buter contre cette limite qui remet en question toute son existence.[Le catholicisme] que rien ne pourra détruire subsistera même sous sa forme institutionnelle.L’homme ne peut rien penser, vouloir ou faire sans se référer à la totalité indivise de son existence, du monde où il vit, de son avenir: il y a là une relation qui tient à sa nature spirituelle, une relation transcendantale1.Le troisième millénaire L’énoncé du sujet porte aussi la mention du 3e millénaire.La célébration de la durée est un vieux trait humain.Les familles célèbrent des noces d’argent ou d’or; les communautés religieuses et les diocèses célèbrent les anniversaires de profession religieuse ou de consécration sacerdotale; il en va de même pour les municipalités et les États lorsqu’ils célèbrent l’anniversaire de leur fondation ou de certains événements de leur histoire.Le Lévitique (ch.25) prescrit la célébration d’une année sabbatique à tous les 50 ans.En 1996, Jean-Paul II lançait la préparation du Jubilé de l’an 2000, répartie sur trois ans.Au début de sa lettre apostolique, le Pape déclare que la deux millième année depuis la naissance du Christ (indépendamment de l’exactitude du calcul chronologique) représente un Jubilé extraordinairement important non seulement pour les chrétiens mais indirectement pour l’humanité entière, étant donné le rôle de premier plan exercé par le christianisme au cours de ces deux millénaires.Janvier-février 1999 11 JEAN-PAUL DESBIENS, F.M.S.Remarques complémentaires: L’athée Dans une méditation sur le mot Dieu, Rahner écrit: Le mot «Dieu» existe.Lathée lui aussi ne cesse de V employer lorsqu'il dit qu'il n'y a pas de Dieu et qu'une réalité telle que Dieu n'a aucun sens assignable; lorsqu’ il fonde un musée des sans-dieu, qu’il promeut l'athéisme à la dignité d’un dogme de parti.L'athée lui aussi contribue de la sorte à la survie du mot «Dieu».Voudrait-il l’éviter, qu’il ne devrait pas alors se contenter d'espérer que dans l’existence de l’homme et le langage de la société ce mot ne vienne à disparaître purement et simplement, mais il devrait contribuer lui-même à cette disparition par un silence de mort, et ne pas même se déclarer athée.Le mot Dieu devrait disparaître sans laisser de trace, comme le mot phlogistique*.Dans Ecclesiam suam, Paul VI écrit en contrepartie: Les motifs de la négation athée naissent parfois de l’exigence même concernant la présentation du monde divin: on la voudrait plus élevée et plus pure par rapport à celle que mettent peut-être en oeuvre certaines formes imparfaites de langage et de culte.(§ 108) Rahner n’hésite pas à écrire que le christianisme, sinon par sa nature, du moins par les formes concrètes qu’il a prises au cours de l’histoire de l’Église, a constitué dans un nombre de cas non négligeable un obstacle aux efforts humains,9 12 La Vie des communautés religieuses L’AVENIR DU CATHOLICISME À L'AUBE DU 3E MILLÉNAIRE C’est ici l’occasion de signaler un ouvrage récent intitulé Quand le Pape demande pardon'0.Je reproduis le résumé de l'éditeur qui figure en 4e de couverture.Premier pape de l’histoire à réviser ouvertement les positions de ses prédécesseurs, Jean-Paul II montre là un véritable charisme de grand réformateur.Cet aspect méconnu de son pontificat, mis en lumière par la liste impressionnante de ses mea-culpa (presque une centaine!), est présenté ici par Luigi Accattoli, chroniqueur religieux du premier quotidien italien, Il Corriere della Sera.De l’antisémitisme à l’esclavagisme, des croisades à l’Inquisition, de Galilée à Luther, des compromissions avec les dictatures à la légitimation de toutes sortes d’injustices, c’est tout le passé du catholicisme que Jean-Paul II veut passer au crible de l’exigence évangélique, dans un esprit de totale honnêteté spirituelle.Au grand dam de certains prélats parmi les plus influents, il s’avance en éclaireur pour demander un vaste «examen de conscience» à l’occasion du grand jubilé de l’an 2000.Le chrétien anonyme On pense rarement au fait qu’entre Adam, d’une part, et Abraham et Moïse, d’autre part (ce qui veut dire plusieurs centaines de milliers d’années), il ne peut pas ne pas y avoir eu une forme quelconque de Révélation.En d’autre termes, on ne peut pas faire débuter l’histoire de la Révélation avec l’histoire vétéro et néo-tes-tamentaire.La Révélation est coextensive à l’histoire de l’homme.Dans le symbole des Apôtres, nous professons que Jésus, après sa mort, est descendu aux enfers, et saint Pierre laisse clairement entendre que ce fut pour évangéliser tous les hommes morts depuis le commencement du monde.(1 P 1, 19-20) Analogiquement, il est légitime de penser que tous les hommes qui ont droitement vécu leur condition d’hommes depuis l’avènement Janvier-février 1999 13 JEAN-PAUL DESBIENS, F.M.S.de Jésus-Christ, même s’ils n’ont jamais entendu prononcer son nom, constituent la foule des «chrétiens anonymes», ainsi que les appelle Rahner".Chaque jour, dans le canon de la messe, l’Église prie pour la multitude des hommes dont Dieu seul connaît la foi.Partout où un homme réel a réellement été, est ou sera aimé, Jésus-Christ aura été, est ou sera aimé.À la Toussaint, la fête catholique des soldats inconnus que les États occidentaux, en tout cas, célèbrent le 11 novembre, le vieux texte de la recommandation des morts, au moment de l’extrême onction (comme on ne dit plus), portait: “ Licet enim peccaverit, tamen Patrem et Filium et Spiritual Sanctum non negavit.” Des millions d’hommes, bien que pécheurs, seront morts, meurent ou mourront sans avoir nié le Père, le Fils ou l’Esprit.Et d’autant moins nié les Trois qu’ils n’en auront jamais entendu parler.Il y a peut-être là une raison de ne pas paniquer devant l’ignorance religieuse contemporaine, la «baisse de la pratique religieuse», bref, devant le fait que les chrétiens sont aujourd’hui, et pour la première fois depuis la fin de l’Antiquité, minoritaires.Foi et membership Il est fatal que l’on soit tenté d’identifier «crise de l’Église» et « avenir de l’Église» avec la dimension de son membership.Ou inversement, le succès, la vitalité de l’Église avec son statut majoritaire.Une Église minoritaire n’en demeure pas moins l’Église.L’important, c’est qu’elle ne devienne pas minimaliste parce que minoritaire.Il fut une heure, il fut un jour où une seule personne humaine maintint intégralement la Foi.Ce fut Marie au pied de la croix.L’église catholique n’en était pas moins l’Église catholique.Il semble bien que le centre géographique de la foi se déplace de l’Occident repu vers l’Afrique et l’Asie misérables.En parlant des pays de l’Occident développé, par rapport à l’Afrique, notamment, 14 La Vie des communautés religieuses L’AVENIR DU CATHOLICISME A L’AUBE DU 3E MILLÉNAIRE le cardinal Lustiger déclarait il y a peu: Je me demande si nous ne sommes pas vraiment en train de mourir '2.Marcel Légaut parle dans le même sens lorsqu’il écrit: Nous sommes dans des conditions sociologiques assez semblables à celles qui ont permis la première naissance du christianisme.Nous sommes dans un monde menacé.Cette instabilité empêche de se fier trop aux contingences et permet de s’attacher avec foi et courage à T essentiel'2'.Conclusion: Pour le catholique en tant même que catholique, la «crise de l’Eglise» ou la question de «l’avenir du catholicisme» reçoivent leur réponse à l’intérieur même de sa foi.Cette certitude de foi n’oblitère pas l’angoisse.Matthieu et Marc, en termes presque identiques, entrevoient la fin des temps comme un moment terrifiant: Si ces jours-là n’avaient été écourtés, aucune créature ne serait sauvée; mais à cause des élus, ces jours seront écourtés (Mt 24, 22).Et dans Luc, on lit ceci: Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre?(Ce 18, 8).Entre-temps, si l’on peut ainsi dire, la problématique contemporaine pose des questions auxquelles le Magistère répond, certes, mais dont on sait qu’elles divisent profondément les fidèles: la question de l’avortement et de l’euthanasie (qui sont les deux faces d’une même question); la question du sacerdoce des femmes; du célibat des prêtres; la question de l’homosexualité; la question des manipulations génétiques.Je n’ai ni la compétence ni le mandat d’aborder ces questions.Je les porte dans ma réflexion avec patience et en esprit de recherche.Au demeurant, croire dans l’avenir du catholicisme ou, mieux, croire que l’avenir, c’est le catholicisme, ne procure pas de maquet- Janvier-février 1999 15 JEAN-PAUL DESBIENS, F.M.S.tes, de plans, de projets permettant de décrire l’allure qu’aura l’Église de demain.Au contraire, le catholique sait déjà que l’Eglise, en vertu de sa nature et de son eschatologie, sera, jusqu’à l’irruption de l'avenir absolu lui-même, objet de contestation et même de refus, sans que cela altère la conscience qu’elle a d’être la religion destinée en soi à tous les hommes14.Le sujet proposé est vaste.J’ai voulu parler le moins possible au-dessus de mon instruction, mais jamais au-delà de ma conviction.En terminant, je peux bien m’abriter sous une remarque de Rahner: In magnis voluisse sat est.C’est déjà quelque chose d’avoir eu l’intention de faire de grandes choses.Jean-Paul Desbiens, f.m.s.5050, rue Clément-Lockquell S.-Augustin-de-Desmaures, Québec, Canada, G3A 1B3 NOTES 1.Entretien sur la foi, Fayard, 1985, p.30.2.François-Xavier Durrwell, Jésus fils de Dieu dans l’Esprit-Saint, Desclée 1997, p.64.3.Karl Rahner, Est-il possible aujourd’hui de croire?, Marne, 1966, p.149.4.Cf.Karl Rahner, Traité fondamental de la foi, Centurion, 1983, p.433.5.Joseph Ratzinger, Entretien sur la foi, Fayard 1995.6.Est-il possible aujourd’hui de croire?, Marne, 1966.7.op.it.pp 165-169, passim.8.Traité, p.60.9.Est-il possible aujourd’hui de croire?, p.163.10.Luigi Accattoli, Albin Michel, 1997.11.op.cit.p 203.12.Jean-Marie Lustiger, Le choix de Dieu, Éditions de Fallois, 1987, p.456.13.Marcel Légaut, Patience et passion d’un croyant, Le Centurion, 1977, p.189.14.Rahner, Est-il possible aujourd’hui de croire?, p.169.16 La Vie des communautés religieuses FIDÉLITÉ CRÉATRICE AU CHARISME DE FONDATION Paul-Émile Vachon, s.m.1 - Charismes en Église 1.1 Approche générale Depuis Vatican II et jusqu’à la récente exhortation post-synodale Vita Consecrata, l’Église invite les instituts de vie consacrée à être fidèles à leur charisme de fondation.Il faut rappeler ici le numéro 36 de Vita Consecrata où il est dit: Dans la sequela Christi et dans l’amour pour la personne du Christ, certains points touchant au progrès de la sainteté dans la vie consacrée méritent spécialement d’être mis en relief aujourd’ hui.Il est avant tout demandé d’être fidèle au charisme fondateur et au patrimoine spirituel ensuite constitué dans chaque institut.Cette fidélité à l’inspiration des fondateurs et fondatrices, don de l’Esprit Saint, permet précisément de retrouver et de revivre avec ferveur les éléments essentiels de la vie consacrée.Que faut-il entendre précisément par charisme fondateur?Plusieurs théologiens abordent notre sujet en disant combien il est difficile de Janvier-février 1999 17 PAUL-EMILE VAC HON, S.M.donner une définition exacte, surtout étanche, du mot charisme.Il n’y a pas là une manière plus ou moins élégante de se défiler.On y attire plutôt l’attention sur l’aspect extrêmement riche et en même temps mystérieux de la réalité que l’on range commodément sous ce vocable.Il ne faudrait pas qu’une définition rapide et claire en apparence, crée illusion et vienne simplifier à outrance ce qui est complexe et résiste à nos catégories faciles1.Vatican II, dans la constitution Lumen Gentium, parle à ce propos de «grâces spéciales qui rendent les fidèles aptes et empressés à assumer diverses œuvres ou offices qui ont leur utilité pour le renouveau ou la plus large édification de l’Église» (§ 12).Nous trouvons là bien des éléments qui peuvent lancer notre recherche.On aura noté l’emploi des mots «rendre les fidèles aptes et empressés» pour décrire les effets d’un charisme dans la vie des croyants.C'est éclairant pour comprendre la nature du charisme.Toute grâce confère une capacité nouvelle d’action parce que l’être est touché, guéri, surélevé dans sa capacité d’agir.Mais le charisme produit un effet mobilisateur dans l’être; non seulement y a-t-il une capacité nouvelle qui est conférée, mais l’Esprit communique un dynamisme qui crée le goût et l’envie de passer à l’action.La personne «charismatique» présente non pas une forme de surexcitation, sans doute, mais de mobilisation.Ce qui était plus ou moins à l’état de dormance connaît un éveil qui ramasse et rassemble les énergies et les fait converger sur un objectif précis.Sans être fébrile — car il ne s’agit pas de fébrilité —, le «charismatique» est désireux de s’engager dans une action précise et il découvre en lui-même une sorte de connivence avec les buts proposés.À l’essai, il se rend compte qu'il possède des atomes crochus avec le travail ou la mission offerte.Le charisme crée-t-il la concordance avec la mission ou la fait-il découvrir?Nous pouvons garder cette question en tête.Elle n’est pas oiseuse; nous aurons l’occasion d’y revenir.18 La Vie des communautés religieuses FIDÉLITÉ CRÉATRICE AU CHARISME DE FONDATION 1.1.1 Essai de définition descriptive Le mot «charisme», tout proche par l’origine du mot «grâce», signifie une faveur gratuite.Le charisme est en effet un don de I Esprit du Ressuscité.Mais alors que la grâce revêt une signification assez générale et s’applique à tout don de Dieu, le charisme désigne un don fait à un chrétien en vue d'enrichir l’Église et de lui permettre d’accomplir sa tâche dans la construction du règne de Dieu dans le monde.Contrairement à la grâce qui peut ne viser qu’un acte ponctuel, le charisme implique stabilité et continuité.Les charismes sont établis comme des formes stables de la manifestation de l'Esprit Saint.Sans faire partie de la structure hiérarchique de l’Église, les charismes n’en sont pas moins un élément vital du peuple du Christ.Ils impliquent une grâce continuellement agissante dans une orientation constante.Le charisme, parce qu’il vient chercher les richesses d’un individu et fait fond sur elles, crée une certaine tension en Église, en dressant en quelque sorte l'individu devant l’autorité de l’Église.Mais comme son discernement relève des autorités hiérarchiques, le tissu du Corps n’en est pas déchiré mais renforcé dans le respect mutuel.À partir de ces quelques éléments, on pourrait esquisser une première description du charisme: une impulsion du Saint-Esprit au cœur du peuple de Dieu, prenant corps dans la vie de telle personne pour la construction et la sanctification du Corps du Christ.Elle se réalise dans le respect des ressources de la personne touchée qui, dans l’enthousiasme, ouvre sa vie à l’action libre, stable et dynamisante de l’Esprit dans une saine soumission aux autorités de l’Eglise.La description esquissée ici manifeste clairement le rôle premier et permanent de l’Esprit Saint au cœur du charisme.Le charisme n’a donc rien d’un «dada», d’une idée fixe; rien non plus d un engouement passager.Pourtant il y a une certaine parenté avec ces formes déviantes ou en tout cas inférieures de mobilisation intérieure, ce qui rend le discernement délicat.Le charisme produit de l’enthou- Janvier-février 1999 19 PAUL-ÉMILE VAC H ON, S.M.siasme dans la poursuite d’un but à atteindre.Cet enthousiasme peut être taxé de délirant par les personnes qu’il dérange.Toutefois, le passage du temps montrera qu’il était parfaitement sain, mais qu’il obéissait à une logique supérieure.Le charisme table sur les ressources profondes de la personne.Le charisme n’est pas un instrument ou un outil mis entre les mains de quelqu'un indistinctement, sans lien avec ce qui habite cette personne.Comme nous le disions plus haut, le charisme vient réveiller ce qui dormait au fond de l’être et l’habilite à passer à l’action.Ajoute-t-il à ce dépôt?Se contente-t-il de le dynamiser, de le rendre «opérationnel» comme on dit d’un équipement sophistiqué?1.1.2 Vie religieuse, un charisme Parmi les charismes nombreux qui marquent la vie de l’Église, signalons l’un des principaux: la vie religieuse en tant que don de Dieu à son peuple.En effet, à partir de cette saisie globale du charisme tel qu il se présente en Église, se dégage une première constatation importante pour notre propos: la vie religieuse en tant que telle est un charisme.Elle est un don de l’Esprit à l’œuvre de façon stable et continue dans le Corps mystique du Christ pour susciter en ce dernier des corps francs porteurs de dynamisme et de vie.Même si elle n’appartient pas à la structure hiérarchique de l’Église, la vie religieuse fait partie de sa vie et de sa sainteté (Cf Lumen gentium, § 44).En parlant d’un appel au célibat, au renoncement à la possession des biens et l’obéissance à un supérieur sous la forme précise des conseils évangéliques, Vita Consecrata écrit: La profession de ces conseils suppose donc un don de Dieu particulier.D'ailleurs, à cet appel correspond un don spécifique de l Esprit Saint afin que la personne consacrée puisse répondre à sa vocation et à sa mission (§ 30).20 La Vie des communautés religieuses FIDÉLITÉ CRÉATRICE AU CHARISME DE FONDATION On dit plus loin dans le même numéro que Rappel à la vie consacrée dépasse les exigences normales de la consécration propre à la Confirmation en vertu d un don particulier de l'Esprit qui fait développer de nouvelles capacités et produire de nouveaux fruits de sainteté et d'apostolat, ainsi que le montre l'histoire de la vie consacrée (Ibid.) Les Pères de cette 9e assemblée synodale font écho à ces avis en déclarant: La vie consacrée a été, à travers l’histoire de l’Église, une présence vive de cette action de l’Esprit, comme un espace privilégié d’amour de Dieu et du prochain témoignant du projet divin défaire de toute l’humanité, dans la civilisation de l’amour, la grande famille des fils de Dieu (Vita conse-crata, § 35).1.2 Approche plus spécifique À partir de l’enseignement de Lumen Gentium, et prenant appui sur Vita Consecrata, essayons de préciser les arêtes vives de charismes que l’on dit de fondation dans les instituts religieux.Neuf traits majeurs méritent de retenir brièvement notre attention.1.2.1 Impulsion de l’Esprit On ne peut couper le charisme de sa source divine.Il est une touche de l’Esprit au cœur d’une personne, fondateur ou fondatrice, qui est incitée à regrouper des personnes en vue d’une activité concertée en Église.L’action de l’Esprit dans la vie d’une telle personne n’est pas qu’une chiquenaude.C’est un appel qui éveille, une lumière qui accompagne et une chaleur qui soutient.La personne «charismatique» doit donc garder une grande ouverture aux inspirations divi- Janvier-février 1999 21 PAUL-ÉMILE VAC H ON, S.M.nés, elle doit demeurer sensible à la lumière qui longuement va orienter son regard, s’attacher à l’idée qui va occuper sa pensée, revenir régulièrement au projet qui veut habiter son cœur.Aussi bien le charisme implique-t-il chez les fondateurs une grande fidélité à l’Esprit.1.2.2 Le charisme, une source permanente De soi, le charisme n’est pas passager.Toute congrégation religieuse n’a pas les garanties données à l’Église à qui il fut dit que les portes de l’enfer ne prévaudront jamais contre elle.Une mission peut arriver au terme de sa course.C’est sagesse de s’en rendre compte et de ne pas se livrer à de «l’acharnement thérapeutique».Mais cette prise de conscience résulte d’une profonde investigation menée dans la prière par une congrégation en lien avec les autorités compétentes en Église pour s’assurer qu’on ne cède pas à la panique ou que l’on n’emprunte pas la voie de la facilité.Mais nonobstant ces cas limites, il faut tenir pour certain qu’un charisme est une forme stable de l’action de l’Esprit.Il traverse donc, de part en part et de bout en bout, la vie d’une personne consacrée.Il n’est pas l'apanage des jeunes religieux, ni de ceux qui sont en plein engagement apostolique, mais il perdure jusqu’à la fin d’une vie véritablement offerte et jamais consciemment reprise ou refusée par la suite.De soi le charisme tend même à occuper de plus en plus de place dans la vie de la personne consacrée.C’est le propre du charisme de gagner de proche en proche pour tout colorer, tout marquer de son sceau spirituel.Car l’action de l’Esprit est amour et l’amour est dijfusivus sui.La façon de le vivre et de le traduire dans les faits va changer, même profondément; c’est néanmoins le même don de l’Esprit, sa même intervention dynamisante qui continue de donner à la vie son sens et sa couleur.Les personnes à la retraite, ou même immobilisées par le grand âge ou la maladie, demeurent marquées par le charisme de leur institut; elles en sont même les témoins privilégiées.Elles peuvent en manifester 22 La Vie des communautés religieuses FIDÉLITÉ CRÉATRICE AU CHARISME DE FONDATION des composantes plus intérieures, moins immédiatement perceptibles dans la pleine activité où d’autres aspects retiennent davantage l’attention.1.2.3 Charisme et vie personnelle Sans doute, le charisme est un don pour la croissance du corps mystique du Christ.Mais il n’est jamais un simple «truc», un simple outil, un instrument que l’opérateur utilise sans en être lui-même affecté et transformé.Il ne faut pas durcir la notion que le charisme est «pour les autres», contrairement à la grâce qui est «pour soi».Une interprétation abusive de cette notion finit par déformer la portée du charisme.Ce sont des dons de l’Esprit pour construire le Royaume en saisissant des instruments, (des personnes), pour les habiliter à une tâche spécifique en les élevant à un niveau particulier de vie sainte par la recherche de la volonté du Père, la transparence à l’Esprit, et l’attachement cordial au Ressuscité.Par un charisme, l’Esprit féconde un apostolat, un service, une action caritative, non pas comme de l’extérieur, mais en touchant d’abord le cœur de celui qui reçoit le charisme, de la personne qui est invitée à ce stade particulier.Le charisme n’est donc pas qu’un savoir-faire, un manuel du parfait utilisateur, mais une touche secrète qui vient chercher tout l’être.1.2.4 Jaillissement intérieur En effet, l’Esprit n’anime pas un être par une simple influence extérieure, par exemple un simple appel des autorités à répondre à un besoin, (même si des instituts religieux peuvent retracer de tels événements à l’origine de leur existence collective), mais il provoque un jaillissement intérieur qui tend à se prolonger et à grandir jusqu’à occuper toute la place.Ce jaillissement, en effet, veut atteindre tout le champ mental d’un individu et colorer non seulement son comportement, mais tout son monde intérieur.(Ce phénomène n’est pas vrai que du fondateur, mais il tend à s’actualiser Janvier-février 1999 23 PAUL-EMILE VACHON, S.M.aussi dans la vie de tous les membres d’un institut donné.) Le jaillissement entraîne à la sortie de soi, à la mise de soi au service de l’Eglise.Il n’est jamais appel à se replier, mais au contraire une invitation à une vie plus intense.Il provoque le désir non pas de vivre moins ou d’éviter les situations difficiles, mais le goût de vivre plus profondément et plus largement dans le Christ au service de son Corps.La personne «charismatique» donne l’impression, en dépit parfois de sa santé chancelante, d’avoir de l’énergie en surabondance, une force indomptable et une vitalité qui étonne.Il importe de remarquer ici que le charisme ne vise pas que les œuvres spécifiques entreprises par un institut donné.Il touche encore à la spiritualité et à la vie fraternelle, à la mission et au sens de l’Église.Il touche la vie des vœux et la manière de se situer dans le monde.Il est arrivé parfois que la réflexion poursuivie en tel ou tel institut n’a pas eu l’ampleur souhaitable.On s’est trop vite arrêté à la mise en lumière des engagements apostoliques.C’est sans doute la dimension la plus visible du charisme, celle que le peuple de Dieu regarde d’abord, apprécie et dont il bénéficie.Mais la communauté ne peut se satisfaire de cette perception.Car alors, l’agir apostolique fait un peu hors d’œuvre et constitue un élément tiraillant.1.2.5 Principe intégrateur Il faut découvrir comment le charisme est intégrateur, voir comment les vœux, la vie commune et la vie de prière sont rejoints, colorés et dynamisés par le charisme.Il fait fonction d’élément central, de cœur pour la communauté.Le charisme vise l’être et non seulement l’agir; il atteint la vie dans toutes ses dimensions.Pour être intégrateur, le charisme doit se situer très haut, très en amont dans la vie de l’institut, à sa source même; et non pas très bas, tout à fait en aval, juste à la prise des engagements apostoliques, comme s’il s’agissait d'une question à soulever au moment des obédiences.C’est souvent à ce niveau fondamental que la réflexion doit être 24 La Vie des communautés religieuses poursuivie dans les divers instituts, car on n a pas toujours mis en lumière suffisante, il s’en faut de beaucoup, comment le charisme colore, par exemple, la vie de pauvreté ou la vie de prière, etc.1.2.6 Spontanéité Poursuivant notre réflexion sur les arêtes vives du charisme, remarquons qu’il ne détruit en rien les tendances foncières de la personnalité.Il ne brime pas, il met en valeur les ressources de l’individu et vient leur permettre de s’exprimer et de donner toute leur mesure.Le charisme libère ce qui repose au fond de l’être.Le charisme est éminemment libérateur.Les personnes «charismatiques» sont fortement typées et souvent jugées originales et dérangeantes.En relisant le charisme de fondation tel que vécu par le ou les fondateurs, il faut chercher cette force libératrice et dérangeante, et bien voir combien parfois la mentalité d’une époque, la résistance du milieu, voire des prescriptions maladroites des autorités ecclésiastiques, ont pu contrer ce qui était action de l’Esprit et éteindre ce qu’il voulait sauvegarder et promouvoir.Il y a donc une lecture critique que l’on doit faire de l’histoire d’une fondation afin de discerner ce qui est travail de l’Esprit et résistance de l’entourage.1.2.7 Le charisme, une force «subversive» La résistance du milieu n’a pas cessé avec la mort des fondateurs ou l’approbation de la règle par l’autorité ecclésiastique compétente.Elle peut s’installer dans la congrégation elle-même où, sous le couvert de fidélité et de bon sens, elle tend à ramener le charisme des origines à des dimensions moins dérangeantes.Elle peut continuer son travail d’opposition en sourde connivence avec les traces du péché dans la vie des membres de l’institut.Si le charisme ne dérange rien ni personne, alors il convient de reconnaître qu on en a perdu la trace.Car si le charisme n’est pas «contrariant» par nature, il l’est à la nature.Il invite à un dépassement, à un mode de pensée et de vie que le monde ne reconnaît pas comme siens.Janvier-février 1999 25 PAUL-EMILE VAC H ON, S.M.La lecture critique doit donc se poursuivre au-delà de la période des origines pour repasser tout le déroulement de l’histoire d’un institut.Il faut voir si les adaptations apportées au fil des ans n’ont pas été des accommodements et des compromis plus que des efforts de vérité et d’authenticité.Il faut voir aujourd’hui encore si les tensions dans le groupe viennent d’une recherche d’authenticité plus grande ou d’une volonté de repli vers du plus facile.Qu’il y ait des tensions dans une communauté peut être le signe de bonne santé spirituelle de l’institut, car le charisme est justement un élément qui tire de l'avant, arrache au déjà-en-place pour faire entrer dans le pas-encore.Mais comme tout le monde est pour la vertu, ceux qui tirent de l’avant avec le charisme et ceux qui tirent de l’arrière au nom du même charisme s’affrontent au nom de la fidélité.Nous devons consacrer une sérieuse attention à ce difficile problème.Nous y viendrons dans la seconde partie de notre travail.Disons d’ores et déjà qu'il faut une grande écoute de l’Esprit pour s’avancer dans la lecture critique de la situation actuelle.Il est nécessaire d’ouvrir son âme aux suggestions intérieures de l’Esprit qui seul permet de saisir en profondeur les desseins de la Providence.Car ce qui est en Dieu, personne ne le connaît, sinon l’Esprit de Dieu (1 Co 2, 11b).C’est bien la soumission active à l’Esprit qui reçoit ici un accent de première grandeur.Il me semble que les communautés religieuses le reconnaissent de mieux en mieux, elles qui conçoivent de plus en plus la tenue de chapitres ou de conseils comme d’abord un exercice de prière et de discernement spirituel, et non une simple discussion d’affaires.Le discernement n’est toutefois pas une remise paresseuse des décisions à une intervention magique de l’Esprit Saint.Et ce ne sont pas seulement les chapitres et les conseils qui sont invités à se soumettre à l’action de l’Esprit, ce sont tous les membres d'un institut donné.En parlant des sources d’inspiration et de dynamisme sur le chemin de la croissance et de la fidélité, Vita Consecrata disait: 26 Ea Vie des communautés religieuses FIDÉLITÉ CRÉATRICE AU CHARISME DE FONDATION La vie dans l’Esprit est naturellement première.En elle, la personne consacrée retrouve son identité et une sérénité profonde; elle accroît son attention aux appels quotidiens de la Parole de Dieu et elle se laisse guider par l’intuition originelle de son institut.Sous l’action de l’Esprit, les temps d’oraison, de silence et de solitude doivent être préservés avec persévérance, en demandant avec insistance au Très-Haut le don de la sagesse dans le labeur de chaque jour (VC, § 71d).On notera comment cette vie dans l’Esprit n’est pas quelque chose de vague et de vaporeux, mais elle atterrit dans le concret: oraison, silence et solitude à préserver et don de sagesse à demander pour que le labeur quotidien en soit pénétré.Que le labeur quotidien ne soit pas accompli dans un esprit de routine, comme un devoir toujours le même, mais comme une réponse intelligente à des besoins clairement perçus.On ne peut pas réinventer la roue tous les jours, mais on ne peut pas s’enfermer dans un ronron d’activités sans une réflexion sur le sens de nos engagements, leur pertinence, leur cohérence dans un ensemble et dans une situation de vie.1.2.8 Optimisme et dynamisme L’Église primitive a été secouée par le dynamisme des divers mouvements charismatiques.De même encore lors de la première apparition de la vie religieuse et lors de la naissance des divers instituts religieux tout au long de l’histoire, on a assisté à des réveils religieux ou à des mouvements d’enthousiasme et de ferveur où il était facile de déceler la présence agissante de l’Esprit.Les charismes de fondation portent tous la marque de cet élan communiqué par l’Esprit.Ils créaient un optimisme parfois méprisé par l’entourage qui n’y voyait souvent que rêverie et absence de réalisme; mais la marque de l’Esprit n’en devenait que plus évidente.Janvier-février 1999 27 PAUL-EMILE VAC HON, S.M.1.2.9 Tension et soumission en Église Comme le charisme libère des forces neuves, suscite des initiatives originales et les soutient avec vigueur, on comprend que des tensions puissent naître entre les autorités ecclésiastiques et les «charismatiques».Il est normal pour les gens en autorité de vouloir canaliser toutes les forces vives vers le maintien, le soutien et l’expansion des œuvres déjà existantes ou pour la réalisation des projets qu'ils souhaitent réaliser.C’est également leur devoir de veiller à l'unité et à l’organisation de la vie au sein du peuple de Dieu.Les fondateurs doivent faire face à des tensions assez inévitables mais porteuses de vie s’ils les accueillent comme des occasions de sonder leurs propres dispositions, de vérifier leurs appels et d’en soumettre filialement l’authentification auprès des autorités ecclésiastiques compétentes2.1.3 Essai de synthèse Il ressort de ces brèves réflexions qu’un charisme de fondation doit être perçu comme une force de l’Esprit, une forme stable de son intervention qui déborde la vie des fondateurs, qui vient toucher la vie de tous les membres de l’institut.Cette intervention de l’Esprit crée une sorte de noyau nucléaire au sein d’une communauté religieuse.Il fait de ce rassemblement au milieu de la communauté ecclésiale, une source de bouillonnement de vie, un foyer de dynamisme, un lieu d’incubation d’initiatives nouvelles, un centre de rayonnement et de renouvellement.Il faut en prendre bonne note pour saisir ce que peut signifier la fidélité au charisme des origines.11 - Fidélité créatrice Cette partie de notre entretien va obéir à une structure binaire très nette.Nous parlerons d’abord de fidélité, puis de créativité.Du côté de la fidélité, nous en regarderons les deux sujets puis les deux objets.Quant à l’aspect créatif que la fidélité doit avoir, nous en 28 La Vie des communautés religieuses FIDÉLITÉ CRÉATRICE AU CHARISME DE FONDATION ferons ressortir deux raisons majeures.Mais avant d’aborder notre binôme, disons un mot de l’importance de la fidélité en rapport avec les charismes de fondation.L’appel lancé par l’Église aux instituts religieux de renouer le plus fidèlement possible avec leurs charismes d’origine ne manque pas de solides fondements.Lorsque Vita Consecrata parle de fidélité au charisme (§ 36), elle ne le fait pas à l’intérieur de la mission des instituts en tant que telle, mais dans la présentation de la nature fondamentale de la vie consacrée que l’exhortation post-synodale appelle bellement une confessio Trinitatis.Vita Consecrata range cette fidélité dans les points touchant au progrès de la sainteté qui méritent spécialement d’être mis en relief.Elle en fait ressortir l’importance en montrant comment tout charisme comporte consti-tutivement une orientation trinitaire: vers le Père dont elle est une recherche filiale de la volonté; vers le Fils avec qui elle invite à maintenir une communion de vie intime et joyeuse à l’école de sa générosité au service de Dieu et de ses frères; vers l’Esprit en incitant la personne à se laisser guider et soutenir par Lui non seulement dans l’action apostolique, mais dans son propre chemin spirituel et dans sa vie de communion.Il est encore une réflexion qu’il importe de faire ici.La fidélité dont nous parlons, c’est d’abord celle de l’Esprit Saint lui-même à son action dans l’Église, dans cette cellule d’Église qu’est un institut religieux.À ce propos, on lit dans Vita Consecrata: C’est précisément lui, l'Esprit, qui introduit l'âme dans la communion avec le Père et avec son Fils Jésus Christ (cf.1 Jn 1, 3), communion qui est source de la vie fraternelle.Par l’Esprit, les communautés de vie consacrée sont guidées dans T accomplissement de leur mission de service de l'Église et de toute l'humanité, selon leur intuition originelle (§ 42).Janvier-février 1999 29 PAUL-ÉMILE VAC H ON, S.M.2.1 Les sujets de la fidélité 2.1.1 Fidélité de l’Esprit Vita Consecrata affirme que les vrais appels de notre monde seront fidèlement perçus par les seules âmes habituées à chercher en tout la volonté de Dieu (§ 73).Fidèlement perçus, ces appels vont déclencher dans ces âmes les réponses qui seront des choix conformes au charisme originel de l’institut en même temps qu’adaptés aux réalités de la situation historique concrète.Les communautés ne sont donc pas invitées à s’engager indistinctement dans toutes sortes d’œuvres, belles et bonnes en soi, mais à discerner celles qui font appel justement au charisme que tel institut porte dans son patrimoine spirituel le plus profond.Car l’Esprit ne peut se contredire lui-même.S’il a suscité un institut en Église, s’il l’a habilité à un service particulier au sein du Royaume en construction, il va poursuivre cette action maintenant dans les membres de l’institut, tant et aussi longtemps que cette grâce correspond à un besoin dans le peuple de Dieu, et tant et aussi longtemps que l’institut demeure fidèle à son appel premier.Son action dans ces personnes a déjà laissé deviner son orientation, si l’on peut dire, elle a eu ses visées, ses intentions profondes, car l’Esprit continue d’agir selon le charisme premier qui est une forme stable de son action.C’est dans cette lumière qu’une congrégation — et que tout membre au sein de cette congrégation — doit lire les situations de vie et y découvrir les signes des temps.Dans la lecture spirituelle des signes des temps faite en profonde fidélité au vrai charisme de l’institut, les religieux vont trouver la façon d’apporter une réponse originale aux attentes de notre monde.Dans la fidélité à l'Esprit qui a inspiré la fondation de l’institut et qui continue de travailler dans le cœur de tous ses membres, la communauté va découvrir les chemins qui déjà, à son insu, se dessinent pour elle dans notre monde en constante transformation.Cela peut sembler théorique, mais il n’en est rien.Car l’Esprit, ja- 30 La Vie des communautés religieuses FIDÉLITÉ CRÉATRICE AU CHARISME DE FONDATION mais ne fait faux bond.Du lieu où il habite, des tréfonds de l’être, il anime sourdement et fidèlement la personne et la rend apte aux appels de la grâce.Mais à la fidélité de l’Esprit doit correspondre la fidélité des personnes consacrées.Parlant du charisme des origines, Vita Consecrata dit expressément: Cela comporte pour tous les membres une étude assidue de T esprit de T institut d’appartenance, de son histoire et de sa mission, pour mieux l'assimiler personnellement et en communauté (§ 71).2.1.2 Fidélité des membres L’institut pourra faire preuve d’originalité d’autant mieux qu’il est plus sûr de son charisme de fondation et plus en prise sur lui.L’invitation faite aux congrégations religieuses de revisiter leur charisme de fondation ne vise pas un retour dans le passé, mais une plongée dans l’avenir à partir du tremplin que l’Esprit lui-même a façonné pour chaque institut: son charisme d’origine.Si l’on recherche le charisme d’origine, ce n’est pas pour refaire ce que la fondatrice ou le fondateur ont fait, mais pour savoir ce qu’il convient de faire aujourd’hui et demain.Seule la fidélité au charisme des origines permet à une communauté de découvrir les voies originales qu’il convient d’emprunter aujourd’hui.Sans fidélité, l’originalité est dispersion et appauvrissement; mais sans originalité, la fidélité est bientôt stagnation et racornissement.Ce n’est donc pas une mince affaire que de planifier les engagements d’une communauté religieuse dans cette double dimension de fidélité et d’originalité, ou de fidélité créatrice comme dit Vita Consecrata.Il convient de citer le texte dense de l’exhortation: Les instituts sont donc invités à retrouver avec courage l'esprit entreprenant, l’inventivité et la sainteté des fondateurs et des fondatrices, en réponse aux signes des temps qui appa- Janvier-février 1999 31 PAUL-ÉMILE VACHON, S.M.raissent dans le monde actuel.Il s agit là surtout d’un appel à persévérer sur la voie de la sainteté, à travers les difficultés matérielles et spirituelles rencontrées dans les vicissitudes quotidiennes.Mais c’est aussi un appel à acquérir une bonne compétence dans son travail et à garder une fidélité dynamique dans sa mission, en adaptant lorsque c est nécessaire les modalités aux situations nouvelles et aux besoins différents, en pleine docilité à l’inspiration divine et au discernement ecclésial.En tout cas, il faut rester fermement convaincu que chercher à se conformer toujours plus pleinement au Seigneur, c’est la condition d’authenticité de tout renouveau qui veut rester fidèle à V inspiration des origines (§ 37).Cette tâche de trouver des réponses neuves aux besoins nouveaux ferait peur si un institut ne pouvait compter sur des appuis et des liens fraternels en Église.On voit par là comment le charisme des origines déborde les finalités apostoliques d’un institut donné, et qu’il rejoint au premier chef la vie spirituelle des membres et leur communion.C’est pourquoi la fidélité incite à porter un long regard sur les fondateurs, pour bien mettre en lumière non seulement les travaux qu’ils ont entrepris, mais leur vie intérieure; non seulement les œuvres qu’ils ont bâties, mais le climat qu’ils ont instauré, la qualité des relations interpersonnelles qu’ils ont établie et maintenue dans leur institut, tant à l’interne qu’à l’externe.2.2 Les objets de la fidélité Vita Consecrata distingue deux objets ou deux champs d’application à la fidélité dont nous parlons: on cite d’abord le charisme en tant que tel, puis le patrimoine spirituel constitué dans chaque institut.32 La Vie des communautés religieuses FIDÉLITÉ CRÉATRICE AU CHARISME DE FONDATION 2.2.1 Le charisme des fondateurs Dans la perspective de Vita Consecrata, en effet, on sent que le charisme recouvre plus spécifiquement l’inspiration des fondateurs, la grâce qui a mû leur vie, les touches de l’Esprit qui leur ont donné telle allure particulière, les ressorts profonds qui ont soutenu leur engagement en Église.À ce niveau, on voit combien il est important de connaître la personnalité des fondateurs, de se familiariser avec les événements qui ont buriné leur visage intérieur, d’inventorier les circonstances qui ont entouré la fondation.Les études historiques sont indispensables, mais elles ne suffisent pas; il faut encore des analyses plus proprement spirituelles.Une approche dite plus «mystique» s’avère souvent nécessaire (Ibid.).2.2.2 Le patrimoine spirituel Le patrimoine spirituel auquel il faudra s’attacher fidèlement, c’est d’abord et avant tout les constitutions et règles dont les fondateurs ont doté leur institut.Vita Consecrata y insiste expressément.Qu’elles aient été écrites de la main des fondateurs ou rédigées à la lumière de leur pensée et de leur grâce propre, elles constituent un itinéraire [.] tracé pour la sequela Christi, correspondant à un charisme propre authentifié par l’Église (Ibid.).Il importe toutefois de voir comment la règle — ou les constitutions — est un instrument à deux tranchants.Sans elle, le charisme risque de se perdre à la mort du fondateur; avec elle, en revanche, le charisme risque de se scléroser et de devenir inopérant.Sans la règle, le charisme fondateur demeure un charisme purement privé.Ce que l’Église reconnaît et approuve, c’est la règle ou forme de vie.Mais lorsque le charisme se codifie, il risque fort de perdre sa richesse, sa mobilité, sa vie.À ce stade, le charisme court le plus grand risque: celui d’être noyé par l’institution, laquelle fonctionne déjà de manière autonome.De là s’impose la nécessité de mettre en question continuellement l’institution à la lumière du charisme fondateur.A ce propos, sont pertinentes et névralgiques les questions suivantes: Janvier-février 1999 33 PAUL-EMILE VACHON, S.M.- La règle se substitue-t-elle à la vie?- Noie-t-elle la mission?- Respecte-t-elle les personnes?- Les observances passent-elles avant les engagements?- L’être est-il plus estimé que le faire?- Y a-t-il initiation à l’expérience spirituelle des fondateurs?- La disponibilité et l’ouverture à l’Esprit se maintiennent-elles?C’est particulièrement à cause de données de ce genre que la fidélité dont nous parlons ici doit être une fidélité créatrice, inventive qui refuse justement la sclérose et l’enfermement dans un passé magnifique mais révolu3.Mais avant d’aborder cet aspect de créativité, il me semble important de réfléchir sur la rénovation des codes fondamentaux terminée maintenant depuis quelques années déjà.Un effort considérable et remarquable a été consenti pour Yaggiornamento des constitutions en réponse à l’invitation pressante de Rome.Ils serait regrettable que ces efforts tombent à plat, soit parce qu’on ne se reconnaît pas dans le nouveau code, soit parce qu’on est trop attaché à la lettre du code antérieur que l’on estime trahi par le nouveau.Si ce problème se pose, il faudrait avoir le courage d’y consacrer temps et attention.Il faut que la congrégation se sente en prise avec son charisme des origines à travers sa nouvelle charte.Si cette perception est faible ou floue, il importe d’y apporter remède.Comment le neuf traduit-il fidèlement l’ancien?Comment le texte nouveau nous est-il donné de la main du fondateur en quelque sorte?Répondre à ces questions, c’est éclairer l’ancien et le moderne, voir les nécessaires ruptures dans l’essentielle continuité.Les personnes qui ont beaucoup travaillé à la rédaction des textes modernes savent les réponses à ces questions.Ce peut ne pas être le fait de tout le monde.Des commentaires autorisés sur les points principaux du code voient-ils le jour dans la congrégation?34 La Vie des communautés religieuses FIDÉLITÉ CRÉATRICE AU CHARISME DE FONDATION 2.3 Créativité ou fidélité créatrice La patiente recherche du charisme des origines et la courageuse refonte des codes fondamentaux ont été des exercices de fidélité créatrice.C’était un premier pas, coûteux et hautement louable, mais la route devait se poursuivre.Déjà dans le décret conciliaire Perfectae Caritatis (§ 13), l’Église invitait les religieux à faire preuve d’esprit d’invention.Parfois cet esprit a malheureusement été freiné par un attachement trop absolu à la tradition, gêné par une routine qui semble demander moins d’effort.Au nom de la fidélité, on a parfois été bien infidèle au noyau nucléaire de l’institut.Disons tout d’abord que pour être fidèle à une option, à une cause, voire à une idéologie, il en faut une solide connaissance des données fondamentales; c’est l’évidence.Mais cette connaissance ne se résume pas à une saisie de simple matérialité.Elle doit être une entrée dans le dynamisme profond, une communion dans les intentions premières, un accord avec les visées fondamentales.La fidélité demande une connaissance qui est au fond des choses.Sinon la «création» peut consister à coudre une pièce neuve sur un vieux vêtement.On tombe dans le disparate et on crée la confusion.Pour être créateur dans la fidélité, il faut connaître comme de l’intérieur un esprit, une règle.Alors on peut lui ajuster un vêtement neuf qui lui sied véritablement.Sans créativité, la fidélité n’est que répétition bientôt sans âme.Sans fidélité, la créativité est vite dispersion bientôt ruineuse parce que sans lien avec le noyau générateur.Fidélité et créativité s’appellent mutuellement.À le bien prendre, il n’y a d’autre fidélité que créatrice.Deux considérations pourront nous aider à voir la vérité de cette affirmation.2.3.1 Le charisme est une richesse personnelle Si on n’est pas créateur dans le champ du charisme de sa communauté, on n’y est pas fidèle.Dans une extrême concision, on peut dire qu’un charisme est une grâce pour une mission.Cette grâce est Janvier-février 1999 35 PAUL-ÉMILE VACHON, S.M.conférée à un groupe et lui propose une finalité précise.Cette manière de dire évoque aussitôt comme une certaine massification et l'idée d’un plan de Dieu que nous serions invités et habilités à réaliser.Cette image de plan préétabli ne plaît pas beaucoup à la mentalité contemporaine si éprise de liberté, de mise en valeur de l’individu et d’épanouissement de soi.On se voit assujetti à un cadre brimant, utilisé, voire manipulé.Mais il faut bien voir que le plan divin ne fait rien de cela.Dieu, malgré sa transcendance, ne nous est pas extérieur, comme un patron d’atelier, comme un chef d’entreprise.Il est à la racine de notre être, il est la source intime d’où découle notre vie.Et son plan ne nous vient pas du dehors, comme une télécommande, mais il se trouve inscrit au cœur de notre existence, comme la loi de sa croissance l’est au cœur d’une fleur.Dieu est l’artiste qui nous invente et donne à notre être ce qu’il lui faut pour se réaliser.Son plan est en quelque sorte à l’intérieur de nous.Aussi bien, le charisme d’un institut ne doit-il pas être perçu comme un cadre dans lequel il faille entrer, mais comme une richesse intérieure à découvrir et à mettre en œuvre.C’est si bien une richesse déjà dans le cœur, qu’il suffit de parler de leur fondateur et de leurs origines d'une manière compétente à des religieux pour provoquer immédiatement une vive réaction des plus positives.Or il n’y a d'autre réponse pour expliquer cette réaction que celle-ci: on parle à des religieux de quelque chose que le Saint-Esprit leur avait déjà mis dans le cœur4.2.3.2 Charisme et responsabilité personnelle Il faut distinguer charisme et grâce de fondation.Sans doute, seuls les initiateurs d’un projet religieux ont la grâce qui les soutient dans la fondation de leur institut.Mais le charisme ne se limite pas à leurs personnes; il perdure après leur mort.L’intervention de l’Es- 36 La Vie des communautés religieuses FIDÉLITÉ CRÉATRICE AC CHARISME DE FONDATION prit dépasse et déborde les fondateurs pour se prolonger dans l’institut; disons mieux: dans ses membres, car le charisme, c’est Faction de l’Esprit dans les personnes.Chacun est donc, dans un sens très vrai, responsable du charisme de son institut.Il est un souffle vivant chez les membres de l’institut à travers les âges.C’est un don actuel aujourd’hui.Le charisme n’est pas contenu dans des livres, dans des lettres, dans des documents, mais il ne se retrouve de façon vivante et opérante que dans les cœurs.Chaque membre reçoit le charisme de son institut ou en porte mystérieusement la marque.Cela ne fait pas de lui un fondateur, mais un porteur, un témoin, un lieu de réalisation.Pour lire ce charisme dans son cœur comme une force agissante aujourd’hui, pour en déceler le mouvement et en saisir les appels, il faut l’éclairage des origines, des initiateurs tout particulièrement.Mais il ne faut pas lire le charisme d’origine dans sa formulation comme une conclusion, comme un chapitre final, le dernier mot qui ferme la boucle.Il faut plutôt le voir comme un mot d’ouverture, une parole d’envoi, une clé de lecture pour les signes des temps comme le dit Vita Consecrata (§ 73).En effet, lorsque Vita Consecrata convie les communautés religieuses à se faire inventives et audacieuses, elle ne les invite pas à délaisser leur charisme des origines, mais à le relire dans la lumière de l’Esprit qui continue de soutenir le peuple de Dieu et de l’éclairer sur les chemins d’aujourd’hui.Le charisme n’est pas enfermé dans le passé.Il doit être perçu comme une force qui aujourd’hui sonde nos reins et nos cœurs.C’est pourquoi il ne peut être considéré exclusivement comme objet d’étude.Il est plus encore sujet de prière et de supplication.Il est de grande importance de le relier au centre de la vie chrétienne qu’est l’Eucharistie, de le relire dans la lumière que projette sur lui le mystère eucharistique.Janvier-février 1999 37 PAUL-ÉMILE VAC H ON, S.M.2.3.3 Charismes et mystère eucharistique Tout dans la vie chrétienne est en lien de source et de forme avec ce mystère de vie.Les charismes à l’origine des communautés ne peuvent évidemment faire exception.Le charisme est action de l’Esprit qui configure de quelque manière au Christ ressuscité, le Vivant, celui qui nous rassemble dans son corps livré et son sang versé.Le mystère du Christ est multiforme et d’une inépuisable richesse, mais il est un.Son unité n’est nulle part plus évidente que dans l’Eucharistie où, dans la puissance de l’Esprit Saint, il est uniquement référence amoureuse au Père pour le salut de ses frères et sœurs.C’est là que l’Esprit nous fait entrer dans le Christ pour devenir nous aussi une éternelle offrande à la gloire du Père.Le Christ que l’Esprit m’invite à rencontrer et à imiter pour témoigner de sa présence et prolonger son action dans P ici et maintenant de notre monde, c’est le Vivant qui me redit: Vous aussi, vous ferez cela en mémoire de moi.C’est le Fils offert qui me fait partager le pain de son obéissance amoureuse au Père.C’est lui qui me fait comprendre dans le mystère de son Passage que le salut est dans le désistement total de soi pour n’être plus que fils devant le Père.L’action de l’Esprit à travers les charismes multiples des instituts religieux nous conduit vers ce cœur brûlant du salut que nous célébrons dans l’Eucharistie.C’est bien ce que nous laisse entendre l’exhortation Vita Consecrata lorsqu’elle présente l’action de l’Esprit: La vie consacrée a été, à travers Vhistoire de l’Église, une présence vive de cette action de l’Esprit, comme un espace privilégié d'amour de Dieu et du prochain témoignant du projet divin de faire de toute l’humanité, dans la civilisation de l’amour, la grande famille des fils de Dieu (§ 35).Le charisme de ma communauté, quel qu’il soit, trouve son lieu d’ancrage, son terreau de croissance et son milieu de vie dans le 38 La Vie des communautés religieuses FIDÉLITÉ CRÉATRICE AU CHARISME DE FONDATION cœur où a été scellée l’alliance nouvelle et éternelle.C’est de ce cœur que je le reçois et dans lequel j’apprends à le lire et à l’embrasser.Parce qu’il est don de l’Esprit, le charisme de fondation échappe aux contingences pour dire du neuf sans se renier lui-même.Parce qu’il est grâce, il n’a d’autre support que le cœur du croyant ainsi mû par une touche divine.Comme le charisme n’ existe pas en dehors des personnes, la recherche du charisme d’un institut est tout d’abord une recherche profondément personnelle, avant de devenir une recherche communautaire et, puisqu’il s’agit de charisme, cette recherche doit être priante.[.] S’il s’agit du charisme d’un institut religieux, il faut y voir une intervention authentique de T Esprit Saint dans la vie de T institut.Or, si T on y croit, il faut en tirer toutes les conséquences.Il faut s’en remettre à son imprévisible liberté et se garder de chercher le charisme là où il n’est pas; il faut se garder d’avoir plus de confiance dans une formule que dans T Esprit Saint agissant dans les cœurs de tous les religieux5.111 - Le charisme, un mystère En abordant notre sujet, nous évoquions la réserve et la prudence des théologiens lorsqu’il faut parler des charismes.Des considérations comme celles que nous venons de faire expliquent en partie les précautions de langage auxquelles ils ont recours.Nous venons de signaler le lien très fort qui existe entre charisme et personnes dans un institut religieux.Il y a en effet une mystérieuse appétence entre un institut dans son noyau générateur qu’est son charisme et les membres qui viennent à lui.Peut-on dire qu’un institut attire — et retient dans ses rangs — les personnes qui ont déjà une sorte de parenté spirituelle, tout au moins une sorte de connivence, avec lui?Doit-on dire qu’une personne découvre dans un institut ce qui l’ha- Janvier-février 1999 39 PAUL-EMILE VAC H ON, S.M.bite elle-même dans ses tréfonds?Il ne faut pas exclure trop rapidement une réponse affirmative à ces questions.Nous touchons là à un immense mystère qu’il faut traiter avec beaucoup de prudence, mais qui dérange nos désirs de certitude sans faille ni surprise.Sans doute, nous ne sommes pas programmés; aussi bien les fausses orientations demeurent possibles.Mais l’Esprit nous fait découvrir peu à peu ce pour quoi nous sommes créés, choisis et mis à cette place.Paul-Émile Vachon, s.m.1520, av.de Parc-Beauvoir Sillery, QC G1T2M4 NOTES 1.La théologie de l’Esprit Saint est en développement, y compris dans l’Église orthodoxe.On le considère comme le principe actif de l’activité de Dieu en nous, se manifestant dans les dons et charismes.L’action de l’Esprit peut donc être connue de manière empirique dans ses effets, mais elle demeure toujours recouverte d’un grand mystère, insaisissable et inconnaissable.Le Christ donne un visage à Dieu; l’Esprit nous ramène à l’inconnaissable qui s’est manifesté parmi nous (Marc Pelchat, Prêtre et Pasteur, mai 1997, pp.285-286).2.La vie en Église ne peut pas échapper à la dimension institutionnelle.Cela ne doit pas faire oublier qu’elle est aussi le domaine de l’Esprit.La force personnelle et la capacité d’agir qui étaient données librement aux membres des communautés croyantes, en recevant l’Esprit Saint, a revêtu dans l’organisation ecclésiale une forme de plus en plus standardisée qui a continuellement besoin d’être revisitée (Marc Pelchat, op.cit., p.284).3.Les théologiens Victor Codina et Noé Zevellos écrivaient naguère : La resocialisation (comprenons l’intériorisation du charisme à travers la formation initiale et la formation continue) présente des problèmes difficiles à résoudre, car elle implique une relecture du charisme fondateur qui a été lié à un contexte historico-ecclésial donné.Il s’agit d’une opération complexe de discernement ne pouvant se faire qu’à l'intérieur de l’institut, et qui doit distinguer entre les éléments essentiels originaux et primitifs du charisme fondateur et la concrétisation historique et conditionnée du charisme lors de son institutionnalisation (La vie religieuse, Le Cerf, Paris, 1992, p.164).4.Paolo Molinari, s.j., dans Review for Religious, 1968, no 27, p.802.5.Teresa Ledochowska, o.s.u., Vie consacrée, 1977, no 1, p.19.40 La Vie des communautés religieuses FIDÉLITÉ CRÉATRICE AU CHARISME DE FONDATION AVIS Lorsque vous avez à communiquer avec le secrétariat de la Revue %/ veuillez toujours donner le numéro de votre abonnement (indiqué au haut de votre adresse) |/ et en plus, s'il s'agit d'un changement d'adresse, indiquez votre ancienne adresse.Ces précisions nous aideraient à vous donner un meilleur service.Nous vous remercions à l'avance.La Direction Janvier-février 1999 41 «TU ES MON ENFANT BIEN-AIMÉ» Soeur Lorraine Caza, c.n.d.Avant toute chose, je voudrais commencer cette réflexion sur «Tu es mon enfant bien-aimé» avec un poème de Marie Noël.Il est sous forme de prière.Il est tiré de son livre «Les chansons et les heures».Père, porte mon âme en son insouciance, jusqu’où tu veux et qu elle dorme dans ta main sans demander le sens et le but du chemin.Qu elle soit, n ayant plus ni dessein ni science, légère, détachée et joyeuse au réveil comme les moucherons qui dansent au soleil.Détourne d’elle une inquiète défiance qui mesure avant toi le fil de l’avenir et qui pèse l’espoir avec le souvenir et l’analyse accroupie dans la confiance dont l’ongle sans repos fouille de son labour l’ombre, l’ombre de l’ombre, et n’y fait pas de jour.Je m abandonne à toi, divine sapience.Ma force sera prête à l'heure du besoin, comme un manteau d’enfant dont la mère a pris soin.Ce que j’attends, je l’attends sans impatience, ô mon Père, ô ma Mère, ô mon unique foi.Au destin qu’il me faut, loin ou près, porte-moi.Tu vois le temps et tout s’offre à ta prescience: les fruits en moi comme le germe dans le grain.Tu connais ma fatigue, ma soif et ma faim.Et ton enfant n a pas besoin d’expérience.42 La Vie des communautés religieuses TU ES MON ENFANT BIEN-AIMÉ Il me semblait que ce poème manifestait quelqu’un qui avait approché beaucoup le mystère de cet amour extraordinaire de Dieu pour nous qui essaie de se dire sous le titre «Père».Je ne voudrais pas commenter cela très longuement, mais peut-être que lorsqu’on parle de la confiance qui va avec l’acceptation profonde de l’amour que Dieu a pour nous, du fait qu’il prend soin de nous, il me semble que Marie Noël a bien saisi la chose quand elle dit: «Détourne de mon âme une inquiète défiance qui mesure avant toi le fil de l’avenir.» Peut-être avons-nous, tous et toutes, nos journées où nous sommes portées à mesurer avant Dieu le fil de l’avenir, et à peser l’espoir avec le souvenir, c’est-à-dire: ne pas attendre plus de demain que ce que l’on a connu hier.Me semble aussi tout à fait dans la même ligne de la confiance, le: «Je m’abandonne à toi.Ma force sera prête à l’heure du besoin.» C’est vraiment cela l’attitude de confiance: être certaine que la fidélité de Dieu me permet de penser que ma force sera prête à l’heure du besoin, comme un manteau d’enfant dont la mère a pris soin.Il y a aussi cette grande espérance de Dieu en nous que Marie Noël se trouve à exprimer dans les dernières lignes: «Tu vois les fruits en moi comme le germe dans le grain.Tu connais ma fatigue, ma soif, ma faim.Ton enfant n’a pas besoin d’expérience.» C’est sous cet horizon que j’aimerais répondre à l’invitation que Soeur Martine m’avait faite dans sa lettre du 25 juillet 1998 où elle me demandait de présenter en quelques lignes le thème de la conférence qu’elle et Soeur Yvette Labbé m’avaient proposé auparavant.Elles suggéraient que je contemple avec les participantes ce que signifie pour le Christ et pour nous d’être les enfants bien-aimés du Père et que, si possible, je relie ce thème à l’Eucharistie.Au sortir de l’année préparatoire au Jubilé consacrée à l’Esprit Saint, entrons, avec le secours et les lumières de l’Esprit Saint, dans cette contemplation.Faisons-le sans perdre de vue que nous som- Janvier-février 1999 43 SOEUR LORRAINE CAZA, C.N.D.mes au seuil de la dernière année avant la célébration du grand Jubilé, qui scellera le 20e siècle et le deuxième millénaire après Jésus Christ.Ceci veut dire que nous commençons une période de bilans: bilan de tout ce qui s’est passé au 20e siècle, bilan de tout ce qui s’est passé au cours du second millénaire.Alors qu’on nous proposera toutes ces relectures, il sera aidant, je crois, de nous rappeler que notre identité la plus profonde, c’est que nous sommes fils, filles bien-aimés du Père, enfants bien-aimés du Père.Vous savez, il y a les textes que l’on connaît si bien, que l’on connaît trop bien; il y a aussi cette habitude qui nous fait ne plus apercevoir l’extraordinaire de ce qui nous est dit par Dieu.JJier, je rencontrais un groupe de personnes associées à notre Congrégation.Une participante confiait au groupe que, dans une réunion, le prêtre qui présidait avait utilisé l’expression: «Frères et sœurs bien-aimés».Ce n’était pas la première fois qu’elle entendait cela, disait-elle, mais, probablement à cause du ton sur lequel cela avait été dit, cette expression avait nourri sa foi durant plusieurs jours.Comme si, tout à coup, elle avait pris conscience de cette réalité profonde de l’amour de Dieu qui fait de nous des fils et des filles de Dieu, ainsi que des frères et des sœurs bien-aimés les uns des autres.Elle a même ajouté: «Cela m’a amenée à retourner au Baptême de Notre-Seigneur Jésus Christ!» C’est de là que nous allons partir.I- La filiation de Jésus Dans un premier moment de notre méditation, nous ferions bien d’aller dans l’évangile, aux scènes où cette expression de «Fils aimé du Père» est appliquée à Jésus et mise au compte du Père lui-même.Il s’agit des deux événements du Baptême et de la Transfiguration de Jésus.44 La Vie des communautés religieuses TU ES MON ENFANT BIEN-AIMÉ» 1.Le Baptême de Jésus Ouvrons, si vous le voulez bien, l’évangile de Marc.C’est dès le premier chapitre que nous est proposée cette scène du Baptême de Jésus par Jean dans le Jourdain.Lorsque Jésus remonte de l’eau, nous dit le texte, il voit les cieux se déchirer et l’Esprit comme une colombe descendre vers lui.Il entend alors une voix venant des cieux qui lui dit: «Tu es mon Fils bien-aimé, tu as toute ma faveur.» Prenons le temps de nous arrêter au fait que ce message s’adresse à Jésus, que c’est lui qui voit les cieux se déchirer, l’Esprit descendre sur lui, sous forme de colombe, et qui entend la déclaration venant des cieux dont le contenu nous dit qu’elle est déclaration du Père.Quelle est la signification de cet événement dans la vie de Jésus?Il semble bien qu’il s’agit d’un moment lumineux qui précède et prépare le temps d’épreuve au désert et tout le ministère qui va suivre.Parole de réconfort, parole d’illumination, parole qui met en route.Parole adressée à Jésus, mais qui est destinée aux auditeurs et aux lecteurs de l’évangile à travers le temps.Parole qui présente donc la mission de Jésus dans des termes qui nous renvoient au Serviteur souffrant de Yahvé, évoqué en Isaïe 42, 1-4: «Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu que préfère mon âme.J’ai mis sur lui mon Esprit pour qu’il apporte aux nations le droit.Il ne crie pas, il n’élève pas le ton, il ne fait pas entendre sa voix dans les rues; il ne rompt pas le roseau froissé, il n’éteint pas la flamme vacillante.Fidèlement il apporte le droit, il ne vacille ni n’est broyé jusqu’à ce que le droit soit établi sur terre car les îles attendent ses instructions.» Celui qui est présenté dans Isaïe, est un missionnaire de Dieu.Il est présenté comme un serviteur élu, aimé par le Père, un serviteur discret, qui agit avec douceur et fermeté.La voix qui parle du ciel dit, selon le texte de Luc: «Tu es mon Fils; moi, aujourd’hui, je t’ai engendré».Encore ici, le message est Janvier-février 1999 45 SOEUR LORRAINE CAZA, C.N.D.adressé à Jésus, mais la formulation nous renvoie plutôt au psaume 2, 7.C’est un psaume où l'on voit qu’il y a beaucoup de souffrance et de violence parmi les peuples, et tout à coup, arrive le Messie présenté comme un roi qui a pour mission d’établir un monde où Dieu règne.Ici donc, le Fils est vu moins comme serviteur souffrant, que comme roi-messie que le Père intronise, en cet événement du baptême par Jean, comme celui qui établit le Règne de Dieu dans le monde.Avec lui, il y a quelque chose qui va changer sur la terre, il y a une ouverture sur un monde où les valeurs de Dieu et son plan feraient loi.Ici, il semble bien que le Père déclare que Jésus est son Fils.Il s’agit donc d’un événement de révélation, mais ici aussi la déclaration est missionnaire en ce sens qu’elle parle de la mission de Jésus non en termes de Serviteur souffrant, mais en termes de royauté.Ce dont Jésus est chargé, c’est d’établir le règne de Dieu sur la terre.En même temps, c’est comme si nous étions invitées à lire tout l’évangile, tout le ministère de Jésus, comme toujours orienté à l’établissement du Règne de Dieu dans le monde: règne de justice, de paix et d’amour.C’était là une première piste pour prier et contempler le Père qui révèle à Jésus et nous révèle à nous la grandeur de qui il est et la grandeur de sa mission.2.La Transfiguration N’est-il pas intéressant que les trois synoptiques nous présentent un second moment particulièrement lumineux au cours du récit évangélique?En Luc, le texte suit la première annonce de la passion, les conditions exigeantes de la suite de Jésus, le fait que le Royaume approche.On a Jésus qui gravit la montagne pour prier.On nous dit que c’est au cœur de sa prière qu’il est apparu si lumineux: visage autre, vêtement d’une blancheur fulgurante.Il apparaît entouré de Moïse et d’Elie, en gloire.Le sujet de conversation est la passion, 46 La Vie des communautés religieuses «TU ES MON ENFANT BIEN-AIME» le départ vers Jérusalem.Il est à noter aussi qu’à un moment si important et lumineux, les disciples dorment ici comme on les verra faire au Mont des Oliviers (Le 22, 45).C’est comme pour dire qu’il est très difficile pour des êtres humains de savoir quoi faire avec les événements trop lumineux et les événements trop obscurs.Une façon de réagir peut être de s’endormir.Ensuite, ils se réveillent, voient la gloire, voient Moïse et Élie qui se retirent.Pierre parle des trois tentes pour demeurer dans l’événement.Pendant qu’il parle, ne sachant ce qu’il disait, une nuée les prend sous son ombre et ils sont saisis de peur en entrant dans la nuée.Une voix parle alors de la nuée: «Celui-ci est mon Fils, l’Élu, écoutez-le.» Après que la voix a retenti, Jésus se retrouve seul.Si nous regardons la même scène en Marc, nous pouvons noter que là aussi, elle est située entre la première et la seconde annonces de la Passion.Chez lui, cet événement de révélation est entouré de références au monde final: «Le Royaume de Dieu venu avec puissance, le moment où Élie revient tout remettre en ordre.» Remarquons autre chose: cette expérience lumineuse est placée six jours après ce qui précède (temps) et sur une haute montagne (lieu).Je lis cela comme une manière de nous dire que ce devant quoi nous sommes à la Transfiguration, c’est devant un joyau précieux, un diamant; il s’agit d’un niveau de récit plus élevé.Ceci dit, il me semble que la conséquence est que nous devons accueillir le «Celui-ci est mon Fils bien-aimé; écoutez-le» comme une révélation éminemment précieuse.C’est une parole de révélation, de réconfort, qui relance pour une mission.Et si vous vous souvenez bien de ce qui est dit dans l’exhortation post-synodale sur la vie consacrée, on fait une grande place au récit de la Transfiguration.Notez comment on y dit qu’il faut toujours se rappeler que les moments lumineux sont là pour donner la force pour d’autres moments à vivre.Janvier-février 1999 47 SOEUR LORRAINE CAZA, C.N.D.Le moment de la Transfiguration prépare la passion.Il donne les forces et la lumière nécessaires pour être capable de passer à travers l’expérience si difficile de la passion.En même temps, cela annonce qu’il y a une lumière plus grande encore qui s’en vient: celle de la Résurrection.Au Baptême, la parole entendue était en «Tu», d’après la présentation.Celle-ci était dite pour Jésus.A la Transfiguration, le «Celui-ci est mon Fils bien-aimé» est prononcé pour les lecteurs et les auditeurs.Ces paroles sont une lumière et une force pour être capable, au moment où tu serais porté à dire: «Est-ce comme cela que l’on traite un fils et une fille bien-aimé?» de retourner à ce moment lumineux.3.Transfiguration - Golgotha Permettez-moi, à partir du récit de la Transfiguration en Marc, de regarder le récit de la mort de Jésus dans le même évangile.Je viens de souligner combien l’événement de la Transfiguration se détachait du contexte par les deux références au monde de la fin dont l’une précède et l’autre suit le récit, combien aussi la précision que l’événement vient six jours après ce qui précède et se situe sur une haute montagne, se trouve à placer cet événement de révélation dans un contexte unique: il y a plus que le quotidien de votre vie; vous entrez dans le monde de Dieu.Et maintenant, transportons-nous au Golgotha: Et à la neuvième heure, Jésus clama en un grand cri: «Eloï, Eloï, lama sabachthani» ce qui se traduit: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?» Certains des assistants disaient en /’entendant: «Voilà qu’il appelle Elle!» Quelqu’un courut tremper une éponge dans du vinaigre et, l ayant mise au bout d’un roseau, il lui donnait à boire en disant: «Laissez! que nous voyions si Elie va venir le descendre! Or Jésus, jetant un grand cri expira.48 La Vie des communautés religieuses «ru ES MON ENFANT BIEN-AIMÉ» Ces versets 34 à 37 sont encadrés par l’annonce, d’un côté, que «quand il fut la sixième heure, l’obscurité se fit sur la terre entière jusqu’à la neuvième heure.» (v.33) et par l’annonce de l’autre côté que «le voile du Temple se déchira en deux, du haut vers en bas.» Or, ces deux éléments du récit nous situent dans un monde autre que ce qui précède et ce qui suit.Ce qui m’amène à croire que la révélation qui est faite à la mort de Jésus a une certaine correspondance avec celle qui est faite à la Transfiguration.Quand on entend: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?» il ne faut jamais oublier qu’il y a eu: «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écou-tez-le!» et au Baptême: «Tu es mon Fils bien-aimé, l’objet de tout mon amour.» À la Transfiguration, Jésus apparaît dans sa gloire: son visage est transfiguré et ses vêtements sont d’une blancheur éblouissante, mais il ne parle pas.La voix qu’on entend, qui prononce la parole de Révélation, c’est la voix qui part de la nuée: «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le.» À la Croix, Jésus est totalement défiguré, dépouillé de ses vêtements, dans un état d’abaissement sans nom.C’est sa voix qu'on entend, qui prononce la parole de révélation et cette voix part de la croix et est dirigée vers le ciel: «Éloï Éloï, lama sabachthani, ce qui se traduit: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?» Et il n’est pas question de réponse venant du ciel.Ce pour quoi je trouve cela si important de mettre ces deux événements ensemble, c’est pour éviter d’avoir une conception «petite fleur bleue» de «Tu es mon enfant bien-aimé!» Cela n’introduit pas dans une vie facile; ça donne du pain, de la force et de la lumière pour être capable d’aller au bout de la mission qui nous est confiée.Il ne faut jamais perdre de vue que Dieu n’a pas changé d’idée, qu’il n’est pas distrait.Janvier-février 1999 49 SOEUR LORRAINE CAZA, C.N.D.Il me paraît extrêmement important de ne jamais oublier la voix venant de la nuée lorsque nous entendons le grand cri venant de la Croix et également, de ne jamais oublier le grand cri de la Croix lorsque nous écoutons le «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le.» En d’autres mots, l’assurance de la fidélité du Père dans la déclaration qu’il reconnaît Jésus comme son Fils bien-aimé n’a pas soustrait Jésus à l’expérience des ténèbres qui lui fait dire: «Tu m’as abandonné et je ne sais pourquoi.» Bien plus étonnant encore, toujours dans ce même récit de Marc, c’est le centurion romain, le chef du peloton de l’exécution de Jésus qui va utiliser l’expression «Fils de Dieu» pour évoquer Jésus: «Vraiment, cet homme était Fils de Dieu!» Sentez-vous comment cela est paradoxal?Voyez-vous comment nous sommes invités à convertir quelque chose dans notre manière de regarder les événements si on veut les voir du point de vue de Dieu?Que s’est-il passé?C’est celui qui avait Fair le plus loin qui est capable de dire: «Cet homme était Fils de Dieu!» Le fait que Jésus consente à venir habiter nos ténèbres, permet à qui est dans les ténèbres d’être capable de reconnaître qui il est.Cela est grand et déroutant! Quand on creuse un peu l’expérience humaine dans ses moments les plus creux, il y a ordinairement quelque chose de ce mystère qui se vit.Je souhaite que nous regardions tous les récits de la Transfiguration et de la mort de Jésus comme des diamants — dans le sens de quelque chose qui est extrêmement précieux pour éclairer notre histoire humaine et pour éclairer tout notre itinéraire personnel.4.Baptême de Jésus — Crucifixion de Jésus Je ne m’attarderai pas à situer l’une par rapport à l’autre la révélation au Baptême de Jésus et celle de la Croix.Je nous invite cependant à noter quelque chose d’assez saisissant: 50 La Vie des communautés religieuses «TU ES MON ENFANT BIEN-AIME Dans le récit du Baptême en Marc, on dit que le ciel s’est déchiré, que l’Esprit est descendu sous forme de colombe; que la voix venue des cieux a déclaré: «Tu es mon Fils bien-aimé, tu as toute ma laveur.» Dans le récit de la mort du Christ, on trouve, dans l’ordre inverse, le grand cri de Jésus : «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné»; puis, Jésus expire, le souffle sort de sa bouche; enfin le voile du temple se déchire.Tout semble nous inviter à ne pas dissocier la révélation du Baptême, celle de la Transfiguration et celle de la Croix.Quand Jésus expérimentait, partageait et se faisait solidaire de nos ténèbres les plus profondes, de nos «pourquoi», de nos sentiments d’être abandonnés, il demeurait le Fils bien-aimé du Père.Les paroles du Baptême et de la Transfiguration n’étaient pas révoquées, quoique imperceptibles extérieurement.C’était le Fils bien-aimé, celui qui a toute la faveur du Père, celui que le Père demande d’écouter qui a connu l’épreuve, mais II était, Il est et II sera à jamais le Bien-aimé.Il pouvait donc faire parfaitement confiance au Père, continuer à faire ce que voulait le Père.II- Notre filiation Jésus, le Fils bien-aimé; nous les fils et filles bien-aimés dans le Fils.Est-ce légitime, pourrions-nous penser, de nous dire fils et filles bien-aimés du Père?Prenons le temps de nous rappeler dans la foi ce que les évangiles nous disent.1.Les enseignements sur la prière Un jour, Jésus priait quelque part et quand il eut cessé, un de ses disciples lui dit: «Seigneur, apprends-nous à prier comme Jean l’a appris à ses disciples.» Jésus leur dit: «Lorsque vous priez, dites: “Père, que ton nom soit sanctifié.”» (Le 11, 1-2) Janvier-février 1999 51 SOEUR LORRAINE CAZA, C.N.D.Ce n’est pas nous qui, lisant le récit du Baptême ou de la Transfiguration de Jésus, disons: «C’est arrivé à Jésus.Je vais faire comme si cela m’était arrivé!» C’est Jésus qui nous dit: «Quand vous priez, dites: “Père”».Un peu plus loin, exhortant ses disciples à demander, à chercher, à frapper, il les invite à réfléchir: «Quel est d’entre vous le père auquel son fils demandera un poisson et qui à la place lui remettra un serpent?Ou encore s’il demande un œuf, lui remettra-t-il un scorpion?Si donc vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui l’en prient.» Ce que nous faisons dans la prière, c’est que nous habitons cette parole.Nous nous laissons surprendre par le fait que Jésus, quand on lui demande comment est-ce qu’on s’y prendrait pour prier, dit: «Appelez Dieu “Père”».Il nous dit aussi: «Soyez sûrs d’être exaucées parce si les pères de la terre qui sont dignes de ce nom, sont si généreux avec leurs enfants, comment à plus forte raison, le Père du ciel ne le serait-il pas?» 2.L’apparition du Ressuscité Rappelons-nous l’apparition du Ressuscité à Marie de Magdala et la commission apostolique qu’elle reçoit: «Va trouver mes frères et dis-leur: “Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.”» (Jn 20, 17) Ce n’est pas nous qui inventons cela.Jésus nous dit de penser à Dieu comme étant notre Père.Pendant l’année préparatoire au Jubilé de l’An 2000, portant sur le Père, cela vaudrait la peine de prendre l’évangile de Jean et d’écouter en communion profonde avec Jésus, ce qu’il nous dit de sa relation au Père.«Ma nourriture c’est de faire ce que veut le Père.Je fais toujours ce qui lui plaît.Je suis sorti, venu ici, et maintenant je retourne.» C'est comme s’il nous disait: «Si vous voulez me 52 La Vie des communautés religieuses TU ES MON ENFANT BIEN-AIMÉ» comprendre, il faut me penser tout accordé à la volonté et au plan du Père.Sans cela, il est impossible de comprendre qui je suis!» 3.La parabole de l’enfant prodigue Revisitons la troisième des paraboles de la miséricorde en Luc 15, où Dieu est présenté comme le Père qui, alors que son fils qui a dilapidé sa fortune est encore loin, l’aperçoit, est pris de pitié, court se jeter à son cou et l’embrasse tendrement.Cela met du contenu sous l’étiquette «Père»! Qu’est-ce que cela veut dire lorsque j’affirme que je suis «enfant bien-aimé»?Cela veut dire que même si j’avais fait les pires choses, dilapidé tous les biens, dès que j’entreprends de me retourner vers lui, il me voit de loin, il court vers moi, il m’embrasse et avant tout, il a pitié.Son cœur et ses entrailles sont remués.On se souviendra que, dans son exhortation post-synodale sur La réconciliation et la pénitence (2 décembre 1984), Jean-Paul II avait écrit: L’homme, tout homme, est ce fils prodigue séduit par la tentation de se séparer de son père pour vivre dans T indépendance sa propre existence; tombé dans la tentation, déçu par le vide qui, comme un mirage, T avait fasciné; seul, déshonoré, exploité alors qu’il cherche à se bâtir un monde entièrement à soi; travaillé, même au fond de sa misère, par le désir de revenir à la communion avec son père.Comme le père de la parabole, Dieu guette le retour du fils, l’embrasse à son arrivée et prépare la table où le père et les frères célèbrent la réconciliation.L’homme, tout homme, est aussi le frère aîné.4.L’expression «Votre Père.» L’évangile de Matthieu place souvent sur les lèvres de Jésus s’adressant à ses disciples la formule: «Votre Père qui est dans les Janvier-février 1999 53 SOEUR LORRAINE CAZA, C.N.D.cieux» (Mt 16, 45; 6, 1.4.6.14s.18.26.32; 7, 11).«Votre lumière doit briller devant les hommes afin qu’ils voient.et glorifient votre Père qui est dans les cieux » (5, 16).«Aimez vos ennemis et priez pour vos persécuteurs afin de devenir fils et filles de votre Père qui est dans les cieux» (5, 45).«Gardez-vous de pratiquer vos bonnes œuvres devant les hommes.sinon vous n’aurez pas de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux» (6, 11).«Quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite afin que ton aumône soit secrète; et ton Père, qui voit dans le secret te le revaudra» (6, 4).«Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est dans le secret.Et ton Père qui voit dans le secret, te le rendra » (6, 6).«Dans vos prières, ne rabâchez pas.car votre Père sait bien ce qu’il vous faut avant que vous le lui demandiez » (6, 8).«Vous donc, priez ainsi: Notre Père qui es dans les cieux» (6, 9).«Si vous remettez aux hommes leurs manquements, votre Père céleste vous remettra aussi.» (6, 14s).«Pour que ton jeûne soit connu, non des hommes mais de ton Père qui est là dans le secret; et ton Père qui voit dans le secret te le rendra » (6, 18).«Regardez les oiseaux du ciel; ils ne sèment ni ne moissonnent, ni ne recueillent en des greniers et votre Père céleste les nourrit » (6, 32).«Si donc vous qui êtes mauvais vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l’en prient » (7, 11).5.La prière à Gethsémani et deux lettres de Paul Plaçons l’une devant l’autre la prière de Jésus à Gethsémani et le conseil que Paul donne aux Romains et aux Galates.Ils parviennent, nous dit Marc, à un lieu appelé Gethsémani.Ayant laissé derrière lui huit des onze apôtres, (Judas a déjà quitté) il dit qu’il s’en va prier.Il s’avance avec Pierre, Jacques et Jean (les trois qui l’ont accompagné à la maison de Jaïre, le chef de la synagogue, au moment où il a ramené à la vie la fille de ce dernier) (Mc 5,37); 54 La Vie des communautés religieuses TU ES MON ENFANT BIEN-AIMÉ» les trois qui ont été les témoins privilégiés de la Transfiguration.(Mc 9,22) On nous dit que Jésus commence à ressentir effroi et angoisse.Jésus dit: «Mon âme est triste à mourir; demeurez ici et veillez.» Alors, nous dit-on, il s’avance un peu, il est donc en solitude avec Dieu.Sa prière demande que, s’il est possible, cette heure passe loin de lui: «Abba Père! Tout t’est possible, éloigne de moi cette coupe; pourtant, pas ce que je veux, mais ce que tu veux!» Dans notre contemplation, n’oublions pas de rejoindre non seulement le Abba, mais la densité de cet Abba alors que Jésus expérimente effroi et angoisse, que son âme est triste à mourir.À la lumière de cette appellation particulièrement familière du Père, nous accueillons l’enseignement de Paul aux Romains: «Tous ceux qu’anime l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu.Aussi bien n’avez-vous pas reçu un esprit d’esclaves pour retomber dans la crainte; vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait écrier: Abba! Père! L’Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu, enfants et donc héritiers; héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ, puisque nous souffrons avec lui, pour être aussi glorifiés avec Lui.» Ce que Paul nous dit ici, c’est que se dire enfants de Dieu, c’est se reconnaître animés de l’Esprit de Dieu; c’est ne plus être dans une attitude de crainte; c’est développer une telle familiarité avec Dieu qu’on peut l’appeler: Papa! Abba; c’est se reconnaître héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ.Si on nous demande: «Quelle est ta plus grande dignité en ce monde?», à quoi pensons-nous?Sommes-nous convaincus que notre plus grande dignité est d’être «enfant de Dieu»?Si nous pouvons dire «Abba!», nous ne sommes pas des esclaves et nous ne devons pas vivre comme des esclaves en face de Dieu; nous devons vivre comme des enfants de la maison, avec le cœur léger devant Dieu.Janvier-février 1999 55 SOEUR LORRAINE CAZA, C.N.D.Dans le même sens, Paul s’adressant aux Galates «sans intelligence, ensorcelés » (Ga 3,1) leur dit:« Mais quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils né d’une femme, né sujet de la Loi afin de racheter les sujets de la Loi afin de nous conférer l’adoption filiale, Et la preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie: Abba, Père! Aussi, n’es-tu plus esclave mais fils; fils et donc héritier de par Dieu.» 6.Bénir pour le don de la filiation adoptive Nous devons à l’auteur d’Éphésiens une magnifique hymne de bénédictions qui se trouve au début de la lettre.Elle nous est très familière car nous la proclamons tous les lundis à l’office de Vêpres.Arrêtons-nous quelque peu sur cette prière d’action de grâce afin de devenir plus conscients de ce que nous disons en Église chaque lundi soir et d’adhérer plus pleinement au contenu de la foi que cette hymne propose.1- L’hymne commence avec la reconnaissance de Dieu comme Dieu et Père de Notre Seigneur Jésus Christ, et donc avec la reconnaissance de la Filiation unique de Jésus.Cette reconnaissance prend la forme d’une bénédiction: c’est dire du bien que de confesser Dieu comme Père de notre Seigneur Jésus Christ.2- Après cette première bénédiction en vient une seconde: Béni soit le Dieu qui nous a bénis dans le Christ.3- L’auteur précise: Dieu nous a élus dans le Christ avant la fondation du monde.Notre filiation adoptive est donc depuis toujours dans le cœur de Dieu.Elus pour être saints et immaculés en sa présence dans l’amour.Qu’est-ce que c’est le plan de Dieu sur nos vies?Que nous soyons saints en sa présence.On aura noté qu’il est question de la pureté que donne l’amour.On pense aux serviteurs de l’Agneau dans l’Apocalypse qui lavent leur robe dans le sang de l’Agneau.La pureté du christianisme a donc à voir avec la vie livrée par amour.56 La Vie des communautés religieuses «TU ES MON ENFANT BIEN-AIMÉ» Déterminant d’avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs par Jésus Christ.C’est dans le Christ, le Bien-aimé, que nous vient notre filiation.Et cette filiation, elle est dans le cœur de Dieu depuis longtemps; il s’agit de quelque chose qui a été déterminé d’avance, qui témoigne de la fidélité de Dieu.Il s’agit du fruit du bon plaisir de la volonté de Dieu.Il s’agit d’une réalité de l'ordre de la grâce, de la gratuité: trois fois dans ce texte, on entend comme en refrain le: À la louange de gloire de sa grâce.(Ép.6, 12) C’est une grâce reçue dans le Bien-aimé; c’est une grâce de rédemption par le sang du Christ, de rémission des péchés.Conclusion Au terme de notre réflexion, il pourrait être intéressant de retourner à Tertio Millennio Adveniente, au paragraphe 49 où Jean-Paul II développe le thème de Dieu, Père.Nous remarquerons les suggestions à scruter, comme nous avons commencé à le faire, les perspectives de Matthieu, de Luc 15, de Jean, de la bénédiction qui ouvre la lettre aux Éphésiens.Il pourrait également être bénéfique de reprendre les paragraphes 17 et 111 de Vita Consecrata et de noter comment nous sommes invités à scruter les récits de la Transfiguration dans notre approfondissement de la paternité de Dieu.J’avais promis à Martine de relier le thème de Dieu, Père, avec l’Eucharistie de l’Église.Magnifique image du Père et de la Mère qui nourrissent au quotidien la vie de leurs enfants.Image également magnifique des parents prêts à livrer leur vie pour que leurs fils et filles aient la vie en surabondance.Image non moins émouvante de l’amour qui se veut présent fidèlement, à jamais, à tout ce qui fait la vie de ses enfants.L’Eucharistie parle de tout cela! Le sujet vaudra un plus ample développement.Soeur Lorraine Caza, c.n.d.2330, rue Sherbrooke Ouest Montréal, Québec, Canada, H3H 1G8 Janvier-février 1999 57 VIE RELIGIEUSE ET VIE DIOCÉSAINE P.Denis Dion, o.p.Texte préparé en vue d'une intervention à l’assemblée plénière du Synode diocésain de Montréal Il est bon que notre Synode parle de la vie religieuse.Car la promouvoir relève de la responsabilité de toute l’Église, et non seulement des membres des congrégations religieuses.Tout comme nous sommes responsables ensemble de la vocation au laïcat.Les vocations sont toutes importantes pour la vie de l’Église, et complémentaires.La vie religieuse est une des formes du témoignage rendu à l’évangile, dans l’Église et dans la société.L'attachement à l’évangile suscite chez certaines personnes le désir de le vivre selon une des formes de la vie religieuse, ou consacrée.On dit parfois que c’est une volonté de vivre l’évangile dans sa radicalité, ce qui ne veut pas dire que d’autres, dans la vie de famille, par exemple, le vivraient moins intensément.Bien plutôt, c’est une façon de le vivre sans les médiations habituelles.Chercher Dieu dans le silence, en communion avec toute l’humanité, peut remplir le coeur d’une moniale ou d’un moine, en prenant une partie de l’espace affectif qu’occupe habituellement l’amour 58 La Vie des communautés religieuses VIE RELIGIEUSE ET VIE DIOCÉSAINE d’une famille; même s’il demeure un vide, qui est comme un appel à Dieu.Le service des pauvres, des malades ou des enfants, au nom de Dieu et de Jésus, peut tellement occuper le coeur d’une soeur de vie apostolique qu’il devient prioritaire par rapport aux autres options de vie chrétienne.Ces formes particulières du témoignage rendu à l’évangile et au mystère de la présence de Dieu sont une richesse pour toute l’Eglise.Elles sont une richesse pour toute personne chrétienne, même si ce n’est pas sa vocation personnelle.Tout comme la vocation des gens mariés est une richesse commune, y compris pour les religieux, même si ce n’est pas leur vocation personnelle.Les diverses vocations manifestent, avec des accents différents, des aspects de la vocation chrétienne et humaine commune.Il ne s’agit pas de se demander laquelle est la plus grande, de la vie religieuse ou de la vie dans le mariage, par exemple.Il faut de toutes les vocations pour manifester la richesse et la polyvalence de l'évangile.Ne pas faire sa place à la vie religieuse, dans l’image que nous nous faisons de l’Église, ce serait laisser de côté certaines des voies possibles pour vivre l’évangile dans une vie humaine, et des manières qu’a l’évangile d’inspirer et de donner forme à une vie humaine.Il faut que la vie religieuse fasse partie du visage de l’Église pour que ce visage ait tous ses traits.Il est donc important d’encourager des jeunes à embrasser ce genre de vie, cette vocation, et de les accompagner, comme les propositions devant nous nous y invitent; il l’est aussi d’inclure la vie religieuse dans les traits du visage que nous voulons donner à notre Église diocésaine, pour que son témoignage de l’évangile soit intégral.P.Denis DION, o.p., Prieur provincial 2715, Chemin de la Côte-Sainte-Catherine Montréal, Québec, Canada, H3T 1B6 Janvier-février 1999 59 S 0 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 m 1 1 1 1 l 1 Nous nous unissons à la joie des Frères Maristes et nous leur adressons nos vives félicitations à l’occasion de la canonisation de leur saint fondateur, Marcellin CHAMPAGNAT à Rome dimanche, 18 avril 1999.U S 1 1 I 1 1 i 1 i 1 1 1 i 1 I m 1 1 i m i 0 0 60 La Vie des communautés religieuses CENTRE INTERCOMMUNAUTAIRE QUATRE SAISONS INC.Les membres du Conseil d’Administration du Centre Intercommunautaire Quatre Saisons inc.sont heureux de présenter aux religieuses la programmation de ses activités pour 1999-2000.MISSION Le programme offre aux religieuses de langue française un milieu de vie favorisant: - la croissance aux plans physique, social, psychologique et spirituel; - l’intégration de l’expérience de vie; - le développement des potentialités de la personne; - une contribution enrichie dans l’Église et la société.CLIENTÈLE Le programme s’adresse à toute religieuse: - désirant un ressourcement, une période d’exploration en vue d’une nouvelle mission; - désirant s’engager dans un processus de croissance personnelle; - désirant participer à des activités et à des cours comme résidantes; - désirant bénéficier d’un temps d’arrêt, de repos, prendre des vacances, vivre une retraite privée lorsqu’il y a des chambres disponibles.La religieuse a accès à différents programmes décrits dans un feuillet publicitaire (mis à jour), disponible sur demande.Le programme “Ma vie au rythme des saisons” est réparti sur une période de dix (10) mois, début de septembre à fin juin.11 comprend 4 saisons: - lère saison: Mon histoire - 2ème saison: Mes richesses - 3ème saison: Mon cheminement - 4ème saison: Ma voie d’avenir.Chacune des saisons poursuit des objectifs spécifiques en relation avec les thèmes et comprend des cours, des activités variées, dans les dimensions physique, sociale, psychologique et spirituelle.APPROCHE Le Centre adopte une approche “existentielle humaniste”.L’accent est mis sur l’essence de la condition humaine, sur le vécu de la personne, sur la capacité de chacune d’être consciente de soi, de son présent, de ses potentialités et de ses limites comme lieux de croissance, sur la liberté de faire des choix en fonction de son expérience de foi et de son devenir comme personne consacrée.POUR INFORMATION Veuillez communiquer avec: Jean Fortin, directeur général Centre intercommunautaire Quatre Saisons inc.104, Chemin Gendron, St-Élie d’Orford (Québec) JOB 2S0 -Tél.: (819) 565-7554- Fax: (819) 565-7615 Janvier-février 1999 61 Cfjrisl uÿ 1999 Cours (après-midi: 14h à 15h45 - soir: 19h30 à 21hl5) lundi soir 1er au 22 mars mardi p.m., 9 au 23 mars mercredi soir 10 au 24 mars jeudi p.m.11 au 25 mars mercredi soir 7 au 28 avril lundi soir 12 au 26 avril Le symbolisme de l’eau dans la Bible Jacqueline Brunette, s.s.a.et dans la liturgie (4) Comme un feu dévorant : Jérémie (3) Yves Guillemette, prêtre Les 7 paroles du Christ en croix (3) Nos fragilités: chemins vers Dieu (3) Le don: un bonheur à saveur d’Evangile (4) Foi et équilibre psychique (3) André LeBlanc, p.m.é.Yvon Poitras, f.i.c.Claude Mayer, o.m.i.Dr Nathalie Beaudet Sessions du vendredi (9h30 à 12h - 13h30 à 15h45, sauf indications contraires) 12 mars, 14h à 17h Appelé(e)s à l’invincible espérance Dr Joseph Ayoub 23 avril Prendre soin de soi en prenant soin Johanne De Montigny des autres Sessions (fins de semaine - pause-dîner: 12h à 13h30) samedi, 27 février La Passion selon s.Mathieu de 9h30à 16h30 samedi, 20 mars lOhà16h30 samedi, 17 avril, 9h30 à15h45 J.S.Bach Récollection du Carême avec Eucharistie Vie consacrée et grand Jubilé ETE 1999 André LeBlanc, p.m.é.André LeBlanc, p.m.é.Lorraine Caza, c.n.d.Session et retraite 25 juin, 20h au 30 juin, 12h (5jrs) 15 août, 20h au 21 août 12h (6 jrs) (demander formulaire spécial d’inscription au Centre Christus) Session-retraite: Croissance psycho- Yvette Bellerose, s.s.a.logique et spirituelle au mitan de la vie public: de 35 à 65 ans lieu: Manoir d’Youville - Ile St-Bemard Retraite: Recréé(e)s dans Jacqueline Brunette, s.s.a.la compassion du Père lieu: couvent de Ste-Geneviève Informations et inscriptions : Centre Christus 6450, av.Christophe-Colomb Montréal Qc H2S 2G7 tél.: (514) 276-9433 62 RETRAITES ACCOMPAGNÉES 1999 Dates : 31 mai à 14 hOO au 7 juin à 12 hOO 12 juillet à 14 hOO au 19 juillet 12 hOO Accompagnatrices : Julienne Bélanger, s.s.c.m.Rita Comeau, s.p.Françoise Perreault, s.p.Endroit : Soeurs de la Providence 5655 rue de Salaberry Montréal QC H4J 1J5 (514) 331-4810 Coût : Inscription : 15$ non remboursable Accompagnement : 60$ payable à Sr Rita Corneau 1112 rue de Louvain Est Montréal QC H2M 1B5 Pension : 210$ payable aux Soeurs de la Providence Livre reçu Duval, Armand C'était une longue fidélité.A l’Algérie et au Rwanda, Paris, Médiaspaul, 1998, 235 p.Le Père Duval nous introduit avec ce nouvel ouvrage dans la vie des sept Pères Blancs missionnaires qui, par solidarité avec les peuples algériens et rwandais, ont donné leur vie en 1994 et 1997.Un ouvrage qui nous permet de découvrir une fidélité à l’Evangile, qui va jusqu’au don total de soi, pour le peuple.A travers cet hommage de “longue fidélité” l’auteur nous livre “un enseignement sur la mission”.La flamme évangélique qui anime ces témoins de l’amour de Dieu nous fait signe là où nous vivons.63 Journée de la VIE CONSACRÉE Le/2 février Par décret de Sa Sainteté Jean-Paul II, la Journée de la Vie consacrée est célébrée dans le Calendrier de l’Église le 2 février, fête de la Présentation de Jésus au temple.Le 2 février peut alors devenir une journée vocationnelle.Eduardo Card.Martinez Somalo, préfet.8 septembre 1996 64 La Vie des communautés religieuses ABONNEMENTS À l’une des adresses suivantes Sr Hélène Grudé 8, boulevard des Déportés b.p.28 35404 Saint-Malo Cédex France 251 St-Jean-Baptiste Nicolet, Qué.Canada J3T 1X9 La Vie des Communautés religieuses Les Éditions FIDÉLITÉ a/s M.Jean Hanotte Rue de Bruxelles 61 B5000 NAMUR BELGIQUE BULLETIN D’ABONNEMENT 25,00$ (taxes incluses) (105 FF) (650 FB) de surface ?29,00$ (taxes incluses) (125 FF) (750 FB) par avion ?40,00$ (taxes incluses) de soutien Q Nom: ___________________________________________________ Adresse: Code postal: N° TPS: 141050025 - N° TVQ: 1019014190 Vie consacrée, présence spirituelle éducative et caritative en Eglise ENVOI DE PUBLICATION ENREGISTREMENT No 0828 La vie des communautés religieuses 251, St-Jean Baptiste! Nicolet, Québec! Canada, J3T 1 X9|
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.