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Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Septembre-Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
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  • En son nom
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La vie des communautés religieuses /, 1999-09, Collections de BAnQ.

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LA VIE DE/ COMMUNAUTÉ/ _ RELIGIEU/E/ rar I It 1 1 I I 11 III 111 111 I 1 t S S ¦ i i i l A BhB * * fi MIS « ¦ mu m Vol 1999 57 sept oct no LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES ISSN 0700-7213 Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Canada Bibliothèque nationale du Québec N° TPS: 141050025 N° TVQ: 1019014190 Envoi de Poste-publication Enregistrement no.09280 Production: Hughes Corn.Dessin des couvertures: Rita Montreuil, s.s.a.Direction André Bellefeuille, f.i.c.Tél.: (418) 877-5341 abellefeuille@videotron.ca Téléc.: (418) 877-7810 Comité de rédaction Gilberte Baril, o.p.André Bellefeuille, f.i.c.Lorraine Caza, c.n.d.Denis Gagnon, o.p.Yvette Poirier, s.s.a.Madeleine St-Michel, r.h.s.j.Secrétariat Pauline Michaud, s.a.s.v.Madeleine Paquin, s.a.s.v.Rédaction et administration La Vie des Communautés religieuses 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué., Canada J3T 1X9 Tél.: (819) 293-8736 Téléc.: (819) 293-2419 La revue paraît cinq fois par an Abonnement: surface : 25$ taxes incluses (105 FF) (650 FB) avion : 29$ taxes incluses (125 FF) (750 FB) soutien : 40$ taxes incluses SOMMAIRE Vol.57 - no 4 - septembre-octobre 1999 Du silence à la Présence Claude Sumner, s.j.Page 195 Le Père Claude Sumner, s.j., philosophe et poète, canadien de naissance, éthiopien d’adoption, chante le silence précurseur de Présence et célèbre l’âme de l’Afrique mystique et profonde.in hymnis et canticis (Eph.5, 19).Les psaumes au jour le jour Soeur Annette Parent, o.s.c.Page 202 Soeur Annette Parent, Clarisse, éclaire l’emploi des psaumes et en restaure la saveur.Elle donne le goût d’approfondir la richesse et la pertinence de la prière psalmique, âme de la Liturgie des Heures.Prier dans la chair vive de l’humanité P.Benoît Fortin, o.f.m., cap.Page 215 Faut-il prier les yeux fermés ou les yeux ouverts?L’auteur est convaincant : Il faut réapprendre à prier le coeur rempli de la douleur et de la joie des hommes; accueillir dans sa prière la plainte des humiliés; vivre sa prière comme on observerait, ému et attentif, une vigile sur la nuit du monde : Veillez et priez! Saint Jean-Baptiste de La Salle et le culte marial Frère Gilles Beaudet, é.c.Page 239 Il y a cent ans, s.Jean-Baptiste de La Salle était canonisé et proclamé, à juste titre, patron universel des éducateurs chrétiens.L’auteur remet en lumière et analyse brièvement la théologie mariale du Fondateur, contemporain des grands noms de l’école de spiritualité française. LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Echéancier pour réservation de pages publicitaires 1999-2000 Revue Réception de la publicité Parution de la avant le revue semaine du septembre- 23 août 20 septembre octobre 1999 1999 novembre- 18 octobre 22 novembre décembre 1999 1999 janvier- 13 décembre 24 janvier février 1999 2000 mars- 14 février 20 mars avril 2000 2000 mai- 17 avril 22 mai juin 2000 2000 Prix : une page : 100,00$ 251, rue St-Jean-Baptiste une demi-page : 50,00$ Nicolet, Québec J3T 1X9 Téléphone: (819) 293-8736 Télécopieur : (819) 293-2419 194 La Vie des communautés religieuses DU SILENCE À LA PRÉSENCE P.Claude Sumner, s.j.Les textes de ces pages ont fait l’objet de soirées de poésie et de musique présentées par la Clarté-Dieu ci Québec et à Cap-Santé en juin 1999.Du silence à la Présence LE SILENCE DES PLAINES Choeur L’homme est fait pour lire dans les choses et les assimiler, Les recevoir dans toute leur compréhension avec ses doigts et son coeur et son esprit Et parvenir ainsi à la simplicité presque absolue.Père Claude Il écrit son poème ou sa symphonie pour posséder.La poésie n’apprend rien; pour apprendre il faut dissocier, rompre, identifier.Elle est une création toute gratuite, une réalité nouvelle que l’artiste ajoute à l’univers.Nul autre que lui ne peut créer le même chef-d'oeuvre.La symphonie inachevée de Schubert restera pour toujours inachevée.Septembre-octobre 1999 195 CLAUDE SUMNER, S.J.La mort de l’artiste est une diminution de la valeur du monde.Mais avant de mourir il nous laisse son silence.O la plénitude des silences! Le silence des plaines a bercé mon enfance Dans ses grands bras maternels.Terre primitive, intérieure, profonde, Frémissante et absolue, dont les racines Me possédèrent avant de m’introduire au silence viril de la muskeg, Pleine d’attraits, de risques, d'efforts, Où les pas de l’homme sur le sol spongieux S’enfoncent comme dans un champ labouré — Immense vestibule de mousse juteuse Que le Grand Nord déploie au seuil de la cathédrale Vide et chaste des glaces polaires.Bien au-delà, le silence bleu de l’espace, Que le sifflement creux des réactés ne parvient pas à troubler Inonde l’univers.Des icebergs moutonneux dérivent parmi les brumes plates.Et les rayons fermes et droits de l’aurore ou du crépuscule se bousculent ou s’éternisent au-dessus de l’Atlantique ou du Pacifique.Voix de femme Mais de tous les silences, le plus beau et au fond le seul authentique Est le silence de l’amour.196 La Vie des communautés religieuses DU SILENCE A LA PRESENCE L’amour n’est pas une science que l’on formule, Mais un art que l’on vit.Le plus profond dans l’amour, cela même que l’on sait être au coeur de tout, comme l’âme dans le sang et l’esprit dans la chair et le souffle dans les os, Cela qui est tout et qui est rien, Cela seul qui est vraiment nôtre, notre création la plus belle, Est tellement simple qu’on ne réussit jamais à la dire.Il y a dans la vie des choses si sérieuses et si pleines de sens Qu’il faut être enfant pour les comprendre.Choeur Et les enfants ne les disent pas.Père Claude O nuit de l’amour! Nuit noire et claire, nuit opaque et lumineuse, nuit d’agonie et de résurrection, nuit dure et douce, ô silence.Voix de femme Mon coeur est trop petit pour tant de joie, Trop étroit pour tant de liberté.Choeur Sommes-nous vraiment faits pour l’amour, Nous, les humains, qui ne savons ni en pénétrer la profondeur, Ni en exprimer le mystère?Père Claude O viens, viens mon ami, viens mon silence! Donne-moi la main que nous marchions ensemble, Septembre-octobre 1999 197 CLAUDE SUMNER, S.J.L’un près de l’autre tout le long des longs chemins de la vie! Toi seul comprends, toi seul sais dire les choses! Reste avec moi, car il se fait tard.Et même si tu ne me parles jamais et si je ne te connais pas encore vraiment, J’aimerais ce soir rompre le pain avec toi.Et demain nous reprendrons la route des vertes collines.MUSIQUE Est-ce moi qui te fais, musique de mon gré?Ou toi qui m’accomplis?Sommes-nous à l’écoute?La rosée, est-ce l’oeil ou sur les fleurs la goutte?Où donc est la chanson?en l’âme ou sur les prés?Là-bas vibre le son, l’orchestre inexploré.Les fifres du soleil, les violons de la voûte, Les hautbois du roseau, le cor le long des routes: C’est là-bas qu’ils se jouent loin du front inspiré.Mais de tous ces roseaux, qui relie la courbure?Qui fait de la lumière une mélodie pure?Les violons d’ombres pleins, quelle main les sous-tend?Il n’est de mélodie sous la rumeur du monde Que celle d’une voix que personne n’entend, La parole à l’écho de silence profonde.L’AFRIQUE La voix de l’Afrique a longtemps manqué au concert total de la musique du monde.198 La Vie des communautés religieuses DU SILENCE À LA PRÉSENCE Et pourtant quel apport de richesse, d’unité, de vie, de plénitude! Il y a plus de deux mille ans, la Grèce était parvenue à l’oeuvre parfaite: La tragédie où tous les arts concouraient à produire l’oeuvre une Qui exprimait la nature où tout est uni.Puis l’humanité s’est éloignée de la nature.Au lieu de la saisir dans sa plénitude, On l’a analysée, triturée, détruisant ainsi la vie.Beethoven, il est vrai, tandis qu’il parcourait les champs, en composant sa Neuvième Symphonie, Transporté d’une fureur démoniaque, comme un vieux roi Lear au milieu de la tempête, Rêvait de rendre la musique aussi parlante que la parole même.Le choeur va naître de la symphonie.Le drame wagnérien, où l’orchestre joue un rôle semblable à celui du choeur dans la tragédie grecque, Recherche la pénétration réciproque de la poésie et de la musique.Et pendant tout ce temps l’Afrique, isolée derrière ses forêts et grands lacs, Gardait intacte son intuition mystique et profonde: La saisie totale du réel.Ce que Beethoven, inquiet et sourd, découvrait à travers la souffrance et les incertitudes Septembre-octobre 1999 199 CLAUDE SUMNER, S.J.Et Wagner dans un sérieux pathétique, L’Afrique le possède avec la plus grande simplicité dans sa vision unitaire du monde.En Afrique, le même esprit anime, en les liant, tous les domaines de la vie.La parole, qui exprime la force vitale, est liée au rythme; Et toute parole rythmée, tout poème devient musique; et il n’y a pas de musique sans le geste, la danse qui en incarne l’esprit, le drame, le mystère; Et pas de danse sans peinture sur tissu et le masque sculpté par lequel le danseur vit un ancêtre ou un génie.Les arts sont si intimement associés à la vie que le musicien-chanteur considère les sons de son instrument comme sa propre voix Et bien que l’articulation disparaisse, le ton, le rythme, l’intonation suffisent pour reconstituer l’intégralité du message.Les arts, liés entre eux, enveloppent toute la vie depuis les vagissements de l’enfant jusqu’aux plaintes funéraires.Toute activité sociale n’atteint sa plénitude que par la vertu de l’art.La danse et les tambours illustrent l’épopée; Ils entrent dans le jeu de la divination; Ils complètent le langage de l’initié; Ils servent le spectacle, la détente, la joie.Tous les arts concourent à identifier l’homme à l’Ancêtre et à intégrer à la Force vitale de Dieu, source de la vie.Tout cela ensemble, c’est l’âme de l’Afrique.200 La Vie des communautés religieuses DU SILENCE A LA PRÉSENCE Lorsque cette âme vibre, tout vibre ensemble: La mélodie transparente des oiseaux vibre sur les lèvres humaines autant que sur la flûte du berger ou la branche de l’arbre; La symphonie des tambours et la polyphonie des voix humaines et la sombre colère des tourbillons de sable semblent faire écho À une profondeur de vie Qui s’enfonce dans la terre Bien au-delà des racines musclées des sycomores géants.O mon Afrique que j’aine! Ô mon Éthiopie, patrie, non de ma naissance mais de mon choix, Dont les hauts plateaux élèvent dans le bleu limpide de son ciel, La dignité des hommes libres Et la splendeur de la croix! Père Claude Sumner, s.j.Addis Abeba University B.O.Box 15002 Addis Abeba, Éthiopie Septembre-octobre 1999 201 LES PSAUMES AU JOUR LE JOUR * Soeur Annette Parent, o.s.c.La Liturgie des Heures, vécue au fil des jours et au rythme du temps de l’Église, établit dans un contact permanent avec les psaumes.Elle leur accorde une place importante, comme dans la tradition juive.André Chouraqui les décrit ainsi : “Un petit livre: 150 poèmes, 150 marches érigées entre la mort et la vie; 150 miroirs de nos révoltes et de nos fidélités, de nos agonies et de nos résurrections.Davantage qu’un livre, un être vivant qui parle — qui vous parle — qui souffre, qui gémit et qui meurt, qui ressuscite et chante, au seuil de l’éternité — et vous emporte, vous et les siècles des siècles, du commencement à la fin.” Psalmodiés, antiphonés, déclamés, récités par coeur, repris par des générations de priants, les psaumes doivent cette importance à l’inspiration qui leur a toujours été reconnue: De son esprit, le Seigneur a rempli ses serviteurs afin que ceux-ci puissent le louer.1 Le Bréviaire, comme on appelait autrefois cette forme de prière, est devenu la prière de l’Église pour le peuple chrétien.Elle n’est plus une spécialité monastique ou cléricale.Tout baptisé peut y avoir accès.Dans le Livre des Heures, les psaumes nous sont présentés selon la traduction oecuménique propre aux diverses confessions chrétien- 202 La Vie des communautés religieuses LES PSAUMES AU JOUR LE JOUR nés.Le développement des sciences bibliques et le progrès du mouvement oecuménique ont ouvert la voie à cette entreprise et rendu possible sa réalisation.Le choix des psaumes dans la Liturgie des Heures Sur l’ensemble des psaumes, tous ont été retenus, sauf les psaumes 57, 82 et 108.Ils n’ont plus leur place dans le cycle du psautier liturgique, de même que certains versets pris dans d'autres psaumes.La violence qui s’y exprime pourrait sembler incompatible avec la prière chrétienne.Faut-il les passer aux ciseaux?Marc Girard2 pose la question, citant le psaume 136, 8,9.O Babylone misérable, heureux qui te revaudra les maux que tu nous valus; heureux qui saisira tes enfants pour les briser contre le roc! Et de poursuivre : “Pour éviter de jeter l’huile sur le feu de nos susceptibilités chrétiennes, on a amputé la prière officielle de l’Église de ces passages embarrassants”.Je retiens cette porte de sortie parmi celles qu’il a ouvertes: “Pourquoi ne pas faire de ces imprécations bibliques une arme de combat contre tous les pouvoirs oppressifs, contre tous les systèmes qui favorisent la fraude, l’exploitation, le mensonge, le terrorisme?Pourquoi ne pas en faire une arme de combat contre les forces obscures et mystérieuses du mal que la Bible présente comme extérieures et supérieures à l’être humain?” Un choix vivant Depuis la rénovation de l’office, les psaumes sont répartis sur quatre semaines.Cette ordonnance n’a rien d’arbitraire.Les psaumes ne se présentent pas habituellement selon l’ordre numérique du psautier, mais selon un ordre vivant.Il ne s’agit en aucun cas d’une dose quotidienne, prise globalement comme une masse homogène.Chaque moment de la prière comporte deux psaumes, parfois trois.S’ils sont trop longs, ils sont partagés en fragments.L’office avant le repos de la nuit fait cependant exception, avec un seul psaume, sauf les mercredis et samedis où ils sont plus courts.Septembre-octobre 1999 203 SOEUR ANNETTE PARENT, O.S.C.Pour entrer dans le mouvement des psaumes qui nous sont proposés dans la Liturgie des heures, des signaux indicateurs sont là sur notre chemin de prière, à la manière de nos signalisations routières.Ils précèdent chaque psaume et font coips pour ainsi dire avec lui.Ce sont les titres et les antiennes.D'abord, le titre en lien avec le contenu du psaume.Suit le titre chrétien, tiré des écrits de la Nouvelle Alliance ou des Pères.Il invite à prier le psaume dans son sens christologique.3 L’antienne met en valeur le genre littéraire, rythme la structure, en intervenant à la manière d’un refrain, souligne une phrase importante en lien avec un temps liturgique, donne une nuance particulière à la prière, prévient les interprétations arbitraires.Ainsi, quand le scribe écrit: Ta Parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route (Ps 118, 105), il glorifie la Torah.Le chrétien lui, se tourne vers la Parole de l’Évangile, sa loi suprême.Sauf exception, il n’y a pas d’antienne passe-partout.En regard de ces considérations, nous allons nous arrêter au psaume 106 indiqué pour l’office des lectures.Il a pour titre: Action de grâce.Dieu tire son peuple des crises qu’il traverse au cours de son histoire.Et cet autre comme titre chrétien: Il a envoyé sa parole aux fils d’Israël pour leur annoncer la paix par Jésus-Christ (Ac 10, 36).Tout d’abord, un regard sur les antiennes.Celles-ci sont proposées au choix, selon le temps de l’Église.En A vent: Le salut vient de Dieu: c’est par sa grâce que nous sommes sauvés.En Carême: De toute inquiétude déchargez-vous sur Dieu, car il a soin de vous.Au temps pascal: Béni soit le Père des miséricordes: il nous console dans toutes nos afflictions.Alléluia.Au temps ordinaire: Qu’ils rendent grâce au Seigneur de son amour, de ses men’eilles pour les hommes.Un bref parcours de ce psaume (il compte 43 versets, sans être le plus long puisque le psaume 118 en compte 176) nous permettra de constater la cohérence qui existe avec les antiennes qui le situent et l’actualité de son message en notre monde contemporain.204 La Vie des communautés religieuses LES PSA U MES AU JOUR LE JOUR Dans ce texte, s’étalent des situations de détresse de toute nature: - Des voyageurs qui errent sur des chemins perdus.- Des captifs de la misère et des fers.- Des égarés ayant perdu le goût de vivre.- Des angoissés dans la tempête.Puis s’intercalent en écho deux refrains qui reviennent chacun quatre fois: Dans leur angoisse, ils ont crié vers le Seigneur et lui les a tirés de la détresse.Ici, le cri de supplication et l’intervention du Seigneur voisinent comme pour exprimer la promptitude du Seigneur à y répondre.Qu ’ils rendent grâce au Seigneur de son amour, de ses merveilles pour les hommes.Ce refrain proclame l’amour du Seigneur et son action efficace.Un choix vivant, s’il en est, parmi les autres! Derrière les voyageurs perdus, comment ne pas voir tant de personnes se demandant si leur vie a du sens, si elle mène quelque part.Derrière les captifs, c’est nous et d’autres, enchaînés par des habitudes sociales, prisonniers de la publicité ou de la consommation.Derrière les égarés, nous devinons ceux qui ont perdu le goût de vivre, qui désespèrent.Derrière les angoissés, nous pouvons nommer les victimes des cataclysmes naturels, des situations inextricables, des tempêtes intérieures.Et si nous voulions continuer la liste de nos détresses, nour pourrions ajouter les “Sans.” de tout acabit.Les sans-travail, les sans-toit, les sans-droit, les sans-voix, les sans-papiers, les sans-amis.Mais retournons à l’épilogue du psaume 106, où nous est donnée une leçon de sagesse sur la puissance et la bonté du Seigneur.Reconnaître cet amour, voilà la vraie sagesse! En priant avec les mots de ce psaume, nous pouvons répercuter vers le Seigneur le cri de ceux qui souffrent et être la voix des sans-voix.Septembre-octobre 1999 205 SOEUR ANNETTE PARENT, O.S.C.Un bon commencement On se met à la page pour le premier office du jour.Le psaume 94 est là pour un bon départ matinal.Ce psaume n’apparaît pas ailleurs dans l’office à la différence des autres qui peuvent revenir plus d’une fois.Terre entière acclame Dieu, chante le Seigneur.Et voilà lancée la journée qui commence par cette antienne — d’autres sont possibles.Elle situe d’emblée dans une communion priante avec le cosmos et les personnes qui l’habitent.Une première invitation est lancée: Venez, crions de joie pour le Seigneur, acclamons notre Rocher notre salut! Allons jusqu ’à lui en rendant grâce, par nos hymnes de fête, acclamons-le! La réponse suit par un oui entier, accompagné d’un éloge du Dieu créateur.Une seconde invitation poursuit: Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous, adorons le Seigneur qui nous a faits.C’est le moment de faire sien le oui d’acquiescement qui est proposé et de l’exprimer par un geste d’adoration ou de descente dans la profondeur de soi.Il est notre Dieu, nous sommes son peuple.Quelle aventure extraordinaire! Dieu le Tout-Autre, qui se lie d’amour à un peuple, à de pauvres humains.Dans l’oracle qui suit, le psalmiste rappelle les exigences de cette Alliance que Jésus est venu porter à son accomplissement.Aujourd'hui, écouterez-vous sa Parole?nous situe non dans le courant légaliste, mais dans le courant prophétique d’un vécu à la lumière de l’Évangile.Ce n’est pas un hasard si l’Église nous propose de prier ce psaume chaque matin.L’invitation du début à la joyeuse louange est une invitation journalière.Un temps pour chaque psaume Le temps qui rythme la vie de l’être humain sur la terre et sous les milliers de galaxies de l’univers, rythme aussi sa prière.La réparti- 206 La Vie des communautés religieuses LES PSA U MES AU JOUR LE JOUR tion des psaumes en regard de l’Heure que l'on célèbre, des saisons de la Liturgie ou des festivités particulières en est un rappel.C’est bien un temps pour chaque psaume et chaque psaume en son temps À l’office du matin (laudes) certains psaumes se réfèrent au lever du jour, à la lumière: Au matin je me prépare pour toi et je reste en éveil (Ps 8).Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l'aube (Ps 62).Envoie ta lumière et ta vérité (Ps 42).Il y a place aussi pour des psaumes insistant sur la louange, la joie, l’espérance, la résurrection après la mort dont le sommeil est l’image.L’aurore symbolise la résurrection du Christ.Elle nous entraîne à aller plus loin que le lever du soleil.Elle nous tourne vers l’avenir non seulement de notre journée, mais de la vie du monde et de notre destinée ultime comme participants à la gloire du Ressuscité.L’office du soir (vêpres) est marqué par le moment de la fin du travail et de la tombée de la nuit.Que ma prière s’élève comme l’offrande du soir (Ps 140).D’autres psaumes sont prévus en accord avec la fin du jour.Tous visent à favoriser la participation de la communauté chrétienne.Ils chantent la confiance, l’action de grâce, la louange pour l’action de Dieu dans l’histoire de son peuple, pour sa présence au coeur de chacun; ils évoquent aussi la marche vers la maison du Seigneur, une marche semée parfois d’embûches.Le dimanche et durant l’octave de Pâques, les psaumes choisis expriment le mystère pascal.Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie (Ps 117)! Le vendredi est davantage marqué par la pénitence et la Passion de Jésus.Le psaume 50 revient tous les matins.Les psaumes 21, 34, 37 et 66 prennent place aux différentes semaines.Accablé, prostré, à bout deforces, tout le jour j’avance dans le noir (Ps 37).Rends-moi la joie d’être sauvé; que l’esprit généreux me soutienne (Ps 50).Septembre-octobre 1999 207 SOEUR ANNETTE PARENT, O.S.C.L’heure “médiane” se situe entre laudes et vêpres, les deux pôles de la Liturgie des Heures.Cette prière part des réalités concrètes du travail et de l’éclatante lumière du jour (quand elle est là!) pour demander au Seigneur sa bénédiction sur les projets en cours.Elle fait aussi appel à son intervention pour marcher d’un coeur libre sur la voie d’une vie intègre, à la lumière du Christ.On trouve à ce moment de la journée une section du psaume 118, puis des psaumes en lien avec l’orientation de cette Heure.Le Seigneur est ma force et mon rempart, mon coeur lui fait confiance (Ps 27).Béni soit le Seigneur qui entend la voix de ma prière (Ps 27).Que vienne à moi, Seigneur, ton amour, et ton salut selon ta promesse (Ps 118).Un bon temps pour reprendre haleine dans le Seigneur.Pour l’office des lectures, on a réservé des psaumes plus longs, souvent historiques (cf.Ps 77, 104, 106).Ces psaumes établissent un contact avec Y histoire sainte du peuple de la Première Alliance.Pour les bien saisir, une ouverture sur l’histoire d'Israël est souhaitable.On peut y reconnaître notre propre histoire avec ses interrogations et ses doutes.Dans mon trouble je disais : je ne suis plus devant tes yeux (Ps 30).Réveille-toi! Pourquoi dors-tu, Seigneur (Ps 43)?A complies, la dernière prière avant le repos de la nuit, les mêmes psaumes sont répétés chaque semaine et sont choisis en fonction de leur contenu pour suggérer une prière confiante mais aussi lucide.La nuit est symbole du péché et de la mort.Une psalmodie très réduite, convient à des gens fatigués de leur journée.Le psaume 4 choisi pour cette Heure se termine ainsi: Dans la paix, je me couche et je dors, car tu me donnes d’habiter, Seigneur, seul dans la confiance.Mon âme attend le Seigneur plus qu’un veilleur ne guette l’aurore (Ps 129).Je bénis le Seigneur qui me conseille, même la nuit mon coeur m’avertit (Ps 15).On pourrait s’étendre longuement sur les choix opérés dans le psautier pour la prière aux jours de fêtes et aux solennités qui culminent 208 La Vie des communautés religieuses LES PSA U MES AU JOUR LE JO U R à Pâques par le triomphe de la vie en Jésus ressuscité.Rappelons le psaume 109, prié depuis les origines, au jour pascal du dimanche et aux fêtes du Seigneur.Plus de soixante fois par an! Un psaume qui a été maintenu dans le nouvel office romain issu de la réforme de Vatican II.Il y a là sûrement plus qu’une raison de tradition.De prime abord, ce psaume est loin de nous livrer la richesse du contenu qu’il recèle.C’est un psaume difficile.Aucun psaume aussi court n’a fait couler plus d’encre, tant par son importance christologique que par les migraines qu’il cause aux exégètes.Voyons ce que nous en dit Marc Girard4 et nous en saisirons mieux le jaillissement pascal: Tout dans ce psaume dit d’avance l’événement du matin de Pâques: la session à la droite du Père lb) [ascension]; la diffusion de la puissance de l’Évangile à partir de Jérusalem (][ 2 ab); l’écrasement sans merci de l’ennemi par excellence, la Mort (i 2c, 5b-6), avec Dieu le Père comme bouclier (f 5a); la naissance [ou intronisation! céleste à l’aurore du troisième jour (f 3); l’entrée de l’unique grand prêtre dans le Saint des saints du Temple céleste 4cd), l’accès aux sources d’eau, symbole de la vie étemelle qu’il partage en plénitude avec le Père (Jt 7a); enfin, le relèvement de la tête comme signe de victoire sur le mal, le péché, la mort 7b).C’est dans cette perspective christologique et pascale que la relecture du psaume atteint son sommet.Jésus est le point d’aboutissement et de rencontre définitif de toutes les royautés et de tous les sacerdoces de l’histoire.Comment ne pas voir dans ce psaume une prophétie du mystère et de la mission du Christ dans sa totalité et son accomplissement, dont Luc (22,44) se fait l’écho: Voici les paroles que je vous ai adressées quand j’étais encore avec vous: il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes.Septembre-octobre 1999 209 SOEUR ANNETTE PARENT, O.S.C.Le déroulement journalier du psautier, tel que présenté dans la Liturgie des Heures, nous conduit à la présence du Christ, prophétisée dans les psaumes et exprimée dans la prière.D’autres choix possibles Un temps pour chaque psaume, ce qui implique, par voie de conséquence: chaque psaume en son temps.Faudrait-il alors s’en tenir exclusivement à la coulée régulière?Les personnes qui ont reçu un mandat spécifique dans l’Église pour célébrer la prière officielle adoptent, de façon générale, le cycle proposé dans la Liturgie des Heures.Toutefois, notre liturgie nous situe dans l’histoire du monde, comme auteurs et prophètes de la nouveauté en Celui qui est avant toute chose et en qui tout subsiste (Col 1, 17).Il existe donc des possibilité de remplacement.Certains choix occasionnels permettent d’écarter une célébration rigide ou artificielle, de rendre vivante la tradition dans notre culture et d’être la voix de l’homme d’aujourd’hui.D’autres motifs spirituels ou pastoraux peuvent aussi entrer en ligne de compte pour assurer une initiation progressive à un groupe de débutants, mieux s’ajuster à des circonstances particulières, mais toujours selon un choix conforme aux différentes Heures.Nous savons que François d'Assise composa pour sa prière personnelle son propre psautier.Quinze psaumes regroupant des versets choisis çà et là dans le psautier avec quelques retouches et des emprunts à la Bible.On y retrouve d’autres ajouts, tirés des Évangiles de Luc et de Jean, qui se réfèrent à Jésus dans le mystère de sa naissance, de sa mort, de sa résurrection et de son ascension dans la gloire.Une note néo-testamentaire qui est à retenir.210 La Vie des communautés religieuses LES PSA U MES AU JOUR LE JOUR Des orants et orantes en éveil Que l’on soit laïc, religieux ou clerc, il serait trop facile, le Livre des Heures en main, de s’en tenir strictement à un schéma préétabli, sans référence à sa vie propre et à son expérience spirituelle.Quoi de plus simple, en effet, que d’enfiler une Heure sans y chercher la vraie prière ou de dévider deux ou trois psaumes dont le sens profond nous échappe?Pour prier les psaumes avec intelligence et saveur, nous avons besoin d’une approche studieuse avec ses plages de contemplation.Une vraie intelligence du psautier appelle une recherche des résonances qu’éveillent ces textes de la Première Alliance, chez les héritiers et héritières de la Nouvelle Alliance que nous sommes depuis la venue du Christ.C’est un moyen à ne pas écarter pour permettre à la Parole de Dieu véhiculée dans les psaumes d’étendre à la durée du temps, à l’histoire humaine et cosmique, la présence du mystère du salut et, par là, faire participer à ce mystère le déroulement de l’histoire et l’activité de la création.D’autre part, la contemplation situe le priant dans un état de réceptivité pour accueillir le salut: ainsi la totalité de la vie devient susceptible d’être transformée.La scission s’abolit peu à peu entre le moment où l’on prie avec les psaumes et celui où l’on retourne à sa vie ordinaire, dans une continuité dynamique entre prière et vie nouvelle dans l’Esprit.C’est lui l’iconographe du Christ total, capable d’écrire les traits du Christ sur nos pauvres visages.Cette perspective sous-tend le choix et l’organisation des psaumes, tel que prévu dans la Liturgie des Heures, avec des silences possibles après chaque psaume, laissant des espaces à la liberté spirituelle.Mais n’en faut-il pas davantage?À remarquer aussi que la qualité de la prière, dans sa dimension contemplative, n'a pas à être sacrifiée au profit de l’intégrité quantitative, ni à se limiter aux prescriptions rubricales.Septembre-octobre 1999 211 SOEUR ANNETTE PARENT, O.S.C.Les moines d’Égypte ne connaissaient pas les petites heures.Les Syriens les ont encore aujourd’hui, selon que l’affirmait Cassien en son temps, au 4e siècle.Pourquoi cette différence?Et il donne la réponse : “Le fait que les moines égyptiens ne célèbrent pas les petites heures ne peut se justifier que parce qu’ils sont déjà plus contemplatifs que les moines syriens qui, moins avancés dans la voie de la prière, ont grandement besoin des petites heures.” Et d’ajouter qu'il en va de même pour les moines de Provence, auxquels il adresse ses Conférences et dont il estimait que la contemplation n’était pas d’une teneur assez élevée; aussi insistait-il pour qu’ils insèrent à nouveau les petites heures dans leur horaire.Un pasteur presbytérien, passé au catholicisme, s’adressait ainsi à ses nouveaux frères catholiques au sujet de la Bible : “Croyez ce que vous lisez.Faites-en part aux autres.Priez avec elle.Apprenez-la par coeur.Baignez en elle comme dans un bain chaud! Apprenez-la bien afin d’en vivre plus pleinement et de la répandre avec plus de joie.C’est la façon de rendre votre foi contagieuse.Nous avons besoin d’un plus grand nombre de catholiques contagieux.” Pourquoi ne pas risquer une longue immersion dans les psaumes, pour se laisser ensuite entraîner dans leur courant qui oriente, purifie et transfigure.C’est une plongée contemplative qui en a séduit plus d’un!5 Et nous pensons à Ernesto,6 s’arrêtant longuement à la dernière page du psautier, au psaume 150, et le priant dans le silence de la nature.La prière qu’il nous livre avait d’abord germé dans son coeur avant de se dire par l’écriture.Le cosmos est son sanctuaire Louez le Seigneur dans le cosmos son sanctuaire d’un rayon de 100,000 millions d’années-lumière Louez-le par les étoiles et les espaces interstellaires Louez-le par les galaxies et les espaces intergalactiques Louez-le par les atomes et les vides intra-atomiques 212 La Vie des communautés religieuses LES PSA U MES AU JOUR LE JOUR Louez-le avec le violon et la flûte et avec le saxophone Louez-le avec les clarinettes et le cor avec des clairons et des trombones Louez-le avec des violes et des violoncelles avec des pianos et des pianos mécaniques Louez-le avec le blues et le jazz et avec les orchestres symphoniques avec les négros spirituels et avec la 5e de Beethoven avec des guitares et des marimbas Louez-le avec des tourne-disques et avec des bandes magnétiques Que tout ce qui respire loue le Seigneur toute cellule vivante Alléluia A travers le changement des cultures, le psautier demeure, comme on l’a dit, une sorte de brasero toujours veillant sous la cendre et qui attend notre souffle.1 A notre tour de poétiser pour le Christ Jésus, comme l’ont fait pour Yahvé nos ancêtres de la Première Alliance.Soeur Annette Parent, o.s.c.1200, Chemin des Patriotes Sorel, Qué., J3P 2M7 Septembre-octobre 1999 213 SOEUR ANNETTE PARENT, O.S.C.Textes d’accompagnement rédactionnel Présentation générale de la Liturgie des Heures, début du tome I de la Liturgie des Heures, Paris, Cerf-Desclée-DDB-Mame, 1980, pp.17-80.La Maison Dieu, no 105, Paris, Editions du Cerf, 1971.NOTES 1.Saint AUGUSTIN, au sujet du psaume 144,1.2.Marc GIRARD exégète.Université du Québec à Chicoutimi, Les prières violentes de la Bible, revue Parabole, janv.fév.1998, pp 9 à 11.Voir aussi à ce sujet : André ROSE, Les Psaumes, voix du Christ et de l’Église, coll.Bible et vie chrétienne, Paris, Éd.P.Lethielleux, 1981, art.Comment comprendre les “malédictions”, pp.45 à 47.3.André CHOURAQUI, Les Psaumes, louanges, traduction et commentaires, Éd.du Rocher, 1996, 764, p.En aidant à creuser le sens originel des psaumes, cet ouvrage pourrait ouvrir de nouvelles perspectives d’interprétation chris-tologique.4.Marc GIRARD, Les psaumes redécouverts.De la structure au sens.Éd.Bellarmin 1994, tome III, pp.160 à 169.5.Cf.Philippe WARNIER, Prier avec la Bible, 215 prières bibliques, Paris, Bayard, éditions du Centurion, 1996,271 pages.Voir pp.97- 2007.L’auteur nous présente plus de cent psaumes.Il se les réapproprie pour en faire une prière personnelle ou collective actualisée, mais sans trafiquer la Parole de Dieu.6.Ernesto GARDENAL, Psaumes, collection “Terre de feu”, Paris, Édition du Cerf, 80 p.7.Cité par Jean-Claude ESLIN dans Aujourd’hui la Bible, tome 12, 4/99.214 La Vie des communautés religieuses PRIER DANS LA CHAIR VIVE DE L’HUMANITÉ P.Benoît Fortin, o.f.m., cap.Mon coeur et ma chair sont un cri vers le Dieu vivant (Ps.83,3) Il est plus facile de prier le ventre plein quand les oiseaux chantent, quand les sources coulent et que le soleil se couche.! Mais dans une situation d’oppression où le souffle manque, comment prier à la façon de Jésus?Quelle est la prière de Chantale le coeur rempli de la faim de ses enfants debout près de son frigidaire vide à chaque fin de mois?Comment Mario, atteint du sida, peut-il se tourner vers Dieu?Quelle est la prière de la chômeuse, du prisonnier et de la femme violentée sous le regard de ses enfants?Pouvons-nous prier les mains sales dans l’épaisseur troublante de la vie quotidienne?Nous devons réapprendre à prier le coeur rempli de la douleur et de la joie du monde.Les prières ont souvent tué la prière et étouffé la contemplation profonde dans notre vie.Pourtant toute notre vie chrétienne et la vie religieuse apostolique doivent se nourrir dans une mystique à partir du monde et de l’engagement.Le monde n’est- il pas le lieu de la présence de Dieu?Comment être des mystiques dans la cité séculière?J’ai réappris à prier sur le terrain des humbles, dans la rue, dans la cave du Hilton, dans les groupes et dans les manifestations, en écoutant les pleurs et les cris de joie du Septembre-octobre 1999 215 P.BENOÎT FORTIN, O.F.M., CAP.peuple de Dieu d’aujourd'hui.Il me semble que nous devons réapprendre à prier à partir des cris et des pousses de vie dans une nouvelle culture à la façon de Jésus.Le temps est venu de développer une mystique à partir du monde et de nous libérer d’un certain cadre de prière qui ne nourrit pas notre passion ardente pour la venue du Règne.Avec Jésus, nous luttons pour le triomphe de la vie en abondance, dans la force de son Esprit.La prière nourrit la passion pour le triomphe de la vie.1.Récupération de la contemplation chrétienne Il faut ici reconnaître que notre contemplation chrétienne a été souvent récupérée par l’influence des philosophes grecs qui nous incitaient à chercher Dieu en dehors du monde.Dans cette logique, la contemplation était vue comme une prise de distance par rapport au créé pour monter vers Dieu et devenir uni à Lui.Il fallait se libérer du corps et des activités quotidiennes pour accéder au sacré.Les écrits de saint Jérôme et de Cassien (Ve siècle) ont introduit ces tendances orientales dans la spiritualité latine.Cassien, qui est l’auteur le plus lu de l’antiquité, a influencé la vision de la contemplation: La contemplation est une mort, un exode qui sépare de toutes les choses terrestres, mais en même temps c’est aussi une nouvelle vie dans le ciel.Le contemplatif, arrivé au sommet du mont de la contemplation, ne vit plus réellement dans ce monde, mais dans la vraie patrie.Semblable aux saints anges, il jouit déjà de leur compagnie.Le monde et l’action ne sont pas alors perçus comme des lieux d’expérience spirituelle, mais plutôt comme des occasions de s’éloigner de Dieu.Car la contemplation est vue comme la perfection de la vie chrétienne.Origène a insisté sur le modèle de Marthe et de Marie pour montrer la supériorité de la prière.L’action est considérée avec soupçon, comme un obstacle à la prière.L’amour de Dieu et du prochain sont alors en état de divorce.Des Pères de l’Église, 216 La Vie des communautés religieuses PRIER DANS LA CHAIR VIVE DE L’HUMANITÉ comme saint Grégoire le Grand, ont plutôt cherché une tension créatrice entre la prière et l’action.Saint Benoît a, de son côté, uni la prière et le travail, alors que François d’Assise a sorti, pour ainsi dire, la prière des monastères pour l’amener sur la rue.Le monde deviendra sa cellule et il contemplera Dieu dans dans la création, dans le lépreux, dans l’humanité entière.Nous avons quand même été marqué profondément dans notre formation et toute notre vie religieuse par cette vision de la contemplation influencée par la philosophie grecque.La vie religieuse apostolique s’est souvent vu imposer un cadre de vie quasi monastique au niveau de sa vie de prière et de sa vie fraternelle.Nous avons eu la clôture et un style de vie qui nous éloignaient de la mission du disciple de Jésus qui était tourné radicalement vers le Règne.Pour ma part, j’avais appris à chercher Dieu en fermant les yeux, les lumières et les rideaux et en faisant le vide.Plus tard, j’ai dû réapprendre à prier en ouvrant les yeux parmi le peuple des pauvres et en écoutant leurs cris et leurs joies.Trop souvent,nous avons entendu dire dans nos communautés: Quand tu reviens de la mission, tu montes sur la montagne de la contemplation pour te remplir et puis tu repars en mission! Il y avait dans cette remarque une vision incomplète de la prière et de l’action.Pour devenir une Eglise et des communautés prophétiques en ce nouveau temps, il est essentiel de retrouver l’expérience profonde de la prière chrétienne.Nous sommes trop souvent installés dans une pratique de prière sans feu ni passion.Nous vivons sur l’acquis de notre recherche de Dieu dans un horaire de prière qui s’accommode du minimum.Voila pourquoi, nous répondons si peu à la grande soif spirituelle de notre temps.Inutile alors d’organiser des croisades contre les sectes et les gourous si notre vie de prière ne séduit plus personne.Il faut se remettre à l’école de Jésus comme les premiers disciples: Maître où demeures-tu?Venez et voyez (Jn 1, 38-39).Septembre-octobre 1999 217 P BENOÎT FORTIN, O.F.M., CAP.2.Se situer dans le souffle de la prière de Jésus.La prière chrétienne n’est pas n’importe quelle prière.Elle est la prière de Jésus qui monte vers le Père.C’est notre prière qui monte dans celle de Jésus vers le Père.Elle se situe dans le souffle de toute la prière biblique.Jésus a été dur pour la prière des gens religieux de son temps: Ne faites pas comme ceux qui disent: ‘Seigneur’ pour entrer dans le Royaume des deux sans faire la volonté de Dieu qui est dans le deux (Mt 7, 21).Pour lui, c’est d’abord par notre engagement dans les options du Règne que nous nous identifions comme disciples du Christ: Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice et le reste sera donné par surcroît (Mt 6, 33).Il préfère la prière du pauvre publicain sans prétention (Luc 18,11) à celle du pharisien vantard.Il est plein d’admiration devant l’offrande de la veuve (Luc 21,1-4) qui donnait de son nécessaire.Jésus a eu une vie de prière.Il se rend au temple pour prier, mais sa prière n’est pas liée aux endroits religieux.Il va aussi dans les endroits déserts et retirés pour chercher la volonté de son Père: Lui se retirait dans les solitudes et priait (Le 5, 16).La nouvelle adoration devra se faire dans l’Esprit et la vérité, car il est le nouveau Temple (Jn 4, 2; Jn 2, 13-22).Jésus prie dans les moments décisifs de sa vie et de sa mission: après la multiplication des pains, avant la résurrection de Lazare, pour le choix des Douze, à la Transfiguration, etc.Avec Jésus, un nouveau temps est arrivé dans notre façon de prier puisque: Il est le chemin, la vérité et la vie (Jn 14, 5), le véritable chemin de notre prière.En Lui, avec Lui et en Lui notre prière montera vers le Père.La prière de Jésus est constamment tournée vers la volonté du Père.Je fais toujours ce qui lui est agréable (Jn 8,29).Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son oeuvre (Jn 4, 34).Que ta volonté soit faite et non la mienne.(Mt 6, 10).Jésus a invité ses disciples dans le silence de l’autre côté du lac (Mc 218 La Vie des communautés religieuses PRIER DANS LA CHAIR VIVE DE L’HUMANITÉ 6, 31) pour se reposer, mais c’est dans sa Passion et sa mort qu’il leur a révélé la profondeur de sa prière.D’abord durant son agonie au Jardin des Oliviers, il est les a amenés à vivre le temps de Dieu: Veillez et priez pour rester debout devant le Fils de l'homme (Luc 21, 36).La prière de Jésus fait corps avec sa mission et sa passion pour le Règne comme Paul nous le souligne: Dans les jours quand il était dans la chair, il offrait des prières et des supplications avec des grands cris et des larmes à Dieu qui était capable de le sauver de la mort (Hé.5, 7).Sur la croix, le Serviteur souffrant, entre dans la volonté du Père et prie avec les mots des psaumes: Père, en tes mains, je remets mon esprit (Le 23, 46).Dans ce grand cri, la grande prière de Jésus est montée vers le Père pour que sa volonté s’accomplisse.À travers les cris des pauvres, nous avons à reconnaître le cri de Jésus qui résonne encore aujourd’hui: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné (Mc.15, 34; Hé.5, 7)?Dans le sillon de Jésus, tout notre être est saisi dans notre prière: Je vous exhorte donc à offrir vos personnes en hosties vivantes, saintes et agréables à Dieu: c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre (Rm.12, 1-2).Que vous mangiez ,que vous buviez, faites tout pour la gloire (1 Cor.10, 31).C’est l’Esprit qui vient au secours de notre faiblesse et nous soutient dans ce travail pour la vie en abondance: Pareillement l’Esprit vient au secours de notre faiblesse; car nous ne savons que demander pour prier comme il faut; mais l’Esprit intercède pour nous en des gémissements ineffables (Rm 8, 26).Pour prier à la façon de Jésus, il faut entrer dans son chemin et dans la lutte pour le Règne.Jésus s’est situé dans la prière des prophètes qui faisait de la charité et du partage avec le faible le culte véritable (Isaie 58): Ce que Yahvé réclame de toi: rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer la bonté et de marcher humblement avec ton Dieu (Mi 6, 8).Il est important de mettre ensemble l’expérience du Thabor, celle du lavement des pieds et celle de Gethsémani pour entrer totalement dans la suite et la prière de Jésus.Le disciple du Christ est en mission avec Jésus et il l’accompagne dans l’histoire.Il est témoin de ses merveilles et il comp- Septembre-octobre 1999 219 P BENOÎT FORTIN, O.F.M., CAP.te sur sa force: La Vie, qui était auprès du Père, s’est manifestée, elle nous est apparue (Un 1,2) En disant le Notre Père, il proclame la fraternité universelle et il dénonce toute exclusion.Dans la prière, il se tient constamment dans la mission de Jésus pour la réalisation de la volonté du Père: Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi (Gai 2, 20).3.Contempler dans l’action libératrice C'est toute la vision de la contemplation chrétienne, de la prière et de l’action qui est questionnée en notre temps.Quel est le sens de la prière chrétienne et apostolique?Comment contempler le Christ dans notre action?L’authentique prière biblique est enracinée dans la vie et le vrai culte se vit dans une action pour un changement en faveur de ceux et celles dont la vie est menacée.Le jeûne que Dieu aime exige un engagement libérateur (Isaie 58; Ps.145).Les prophètes ont souvent rappelé que connaître Dieu, c’est faire justice.Ils proclament que Dieu est plus sûrement rejoint dans la défense des pauvres que dans la pratique cultuelle (Isaie 1, 12-17: Jér.22, 3).La prière chrétienne n’est pas une évasion de l’histoire ou une fuite par en haut dans une conjoncture sociale et économique difficile, mais plongée profonde au coeur de l'histoire au service de la Résurrection en marche, là où les pauvres sont les artisans de leur histoire.Dans ce contexte, il nous faut approfondir l’expérience spirituelle de Marthe et Marie qui a été interprétée à partir de la philosophie des Grecs (Luc 10, 38-42).La contemplation y a été exaltée au détriment de l’action.Quel fut le sens de l’interpellation de Jésus à Marthe?Elle s’énervait trop et jalousait sa soeur qui se préoccupait uniquement de Jésus?Marthe aurait bien pu parler à Jésus tout en travaillant et Marie aurait bien pu aider sa soeur pour mieux accueillir Jésus.Dans l’Évangile, l’action et la contemplation n’ont pas à entrer en compétition.Jésus nous place devant l’absolu de l'amour et du Règne.Notre prière comme notre travail doivent être en recherche continuelle de la volonté du Père: Nous avons reconnu et nous avons cru que l’cimour de Dieu est parmi 220 La Vie des communautés religieuses PRIER DANS LA CHAIR VIVE DE L'HUMANITÉ nous.Dieu est Amour: celui qui demeure dans T amour demeure en Dieu, et Dieu en lui (Jn 4, 16).Nous sommes invités à aller dans la profondeur de notre expérience de la prière et de l’action.A-Vers line prière chrétienne Au coeur de notre prière, il y a notre expérience de Dieu.Qui est notre Dieu?Nous devons d’abord nous libérer des faux dieux et des idoles et nous mettre à la recherche du vrai Dieu.Trop souvent notre prière est païenne parce qu’elle est trop tournée vers nous, parce que nous prions par peur ou par intérêt.Pourtant notre Dieu nous cherche et nous séduit en nous invitant à entrer dans un grand mystère d’amour: Si quelqu’un m’aime, je me manifesterai à lui, mon Père l’aimera, nous viendrons en lui, nous ferons en lui notre demeure (Jn 14, 21).Nous devons avouer une grande souffrance face à notre vie de prière dans notre Eglise et nos communautés.Nous sommes souvent enfermés dans un système religieux d’observance de rites et de prières où nos pleurs et nos rêves ne montent plus.Plusieurs membres de nos communautés ont souvent réappris à prier à l’extérieur dans d’autres groupes.Je me rappelle cette femme pauvre qui arrivait parfois dans notre maison durant notre prière.Elle s’assoyait devant nous, nous regardait attentivement et nous disait à la fin: Pourquoi vous priez?Etes-vous au courant que c’est pire aujourd’hui qu’hier dans le monde?Le Bon Dieu ne vous écoute pas et vous vous illusionnez.En plus, vous n 'aimez pas prier.Vous avez l’air triste le nez dans vos livres et vous vous dépêchez pour en finir au plus vite.! Ses remarques nous dérangaient et nous nous sommes demandés si nous allions continuer à prier quand elle serait là.Pourtant, nous devons être capables de prier en présence des pauvres.Il faut bien avouer que les prières ont souvent étouffé la prière chrétienne profonde.Vivre sans passion peut nous conduire dans l’ennuyant recto tono d’une prière du bout des lèvres et du coeur qui ne nourrit plus notre marche vers le Règne.Septembre-octobre 1999 221 P.BENOÎT FORTIN, O.F.M., CAP.La vie religieuse apostolique est un style de vie où le Christ se rencontre au coeur du quotidien, dans Faction de la mission.Nous avons besoin d’approfondir la spiritualité de Flncamation.Si nous voulons prier comme Jésus, nous devons vivre la même cause et avoir les mêmes moeurs: Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus.lui qui s’anéantit, prenant condition d’esclave et devenant semblable aux hommes (Phil 2, 5-12).L’Exhortation sur la vie consacrée parle de la nécessité d’une solide spiritualité de Faction (74), mais sans trop préciser les modalités.L’engagement chrétien n’est pas une distraction de Dieu, mais une collaboration avec le Seigneur de l’histoire dans la construction de son Règne.Nous pouvons contempler dans Faction libératrice le Vivant à l'oeuvre.Il y a aussi place pour l’adoration et la louange.Nous contemplons le Christ dans cette humanité en marche, car II suit son chemin de Résurrection à travers la vie des hommes et des femmes qui rebondissent dans des gestes de solidarité et de résistance.Dans les années qui viennent, nous avons des énergies à investir pour entrer dans la prière de Jésus.B- Contempler Dieu au travail Le Dieu que nous contemplons est sans cesse au travail, car son projet est en marche.C’est la grande réalité de notre foi.Le monde est habité par une présence libératrice qui nous conduit à la vie en plénitude.La prière nous fait entrer en présence de ce grand mystère à la source de notre prière.Ma mère, comme bien d’autres mères, me disait: «J'ai trop de travail, je ne peux pas prier».Il y avait derrière sa remarque une façon de voir la prière et son travail.Pourquoi ne pas pouvoir prier en faisant le pain ou en faisant mijoter la soupe pour la famille?Qui donc peut prier?Seulement ceux et celles qui n’ont rien à faire?Il est important de se rappeler que le Dieu que l’on contemple dans le silence est au travail dans le monde et que la création entière est en gémissement par Faction de l’Esprit du Ressuscité (Rm 8, 21-25).Il y a dans le travail une dimension sacrée, puisque nous communions au travail de Dieu lui- 222 La Vie des communautés religieuses PRIER DANS LA CHAIR VIVE DE L’HUMANITÉ même: C’est en Lui qu’il nous est donné de nous mouvoir, de vivre et d’exister (Act 17,28).Le travail quotidien est le lieu privilégié de la présence de l’Esprit en qui nous prions.Jésus dira: Mon Père travaille toujours et moi aussi (Jn 5, 17).Quand je travaille et quand je vois les multiples activités autour de moi, je reconnais Dieu au travail pour le pain quotidien et l’humanité nouvelle.Dans notre énergie et notre créativité, nous communions au souffle créateur de Dieu lui-même.Devant les événements du monde, mon regard essaie de déchiffrer les actions de Dieu.Nous cherchons Dieu sans nous lasser dans l’espérance de le voir comme il est: Nous le savons: lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est (1 Jn 3, 1-2).C- Contempler dans l’action Nous ressentons la nécessité d’une spiritualité de l’action qui nous aide à reconnaître le Christ au coeur du quotidien de l’engagement.Trop souvent, nous déplorons qu’il y ait dans nos groupes des gens qui ne font pas le lien entre la prière et l’engagement.Il faut réconcilier le militant et le contemplatif, la passion de Dieu et celle du monde nouveau en naissance.Le Dieu que l’on contemple est au travail dans le monde actuel.Jésus est au coeur de notre vie quotidienne.Le disciple qui se situe dans la mission de Jésus contemple en pleine action: Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous donniez beaucoup de fruit (Jn 15, 8).Notre travail pour le Règne nous relie constamment avec Celui qui nous a envoyés.Au coeur de notre action, il y a une présence continuelle du Ressuscité: Jésus est le même hier, aujourd’hui; il le sera pour l’éternité (Hé 13, 8).Nous entrons dans le mystère de la présence libératrice de Dieu dans notre histoire.La prière est un regard qui veille sur une présence.Dieu est sans cesse présent dans ce travail pour la vie en abondance et la prière nous fait entrer dans le regard, la passion et l’action de Dieu dans le monde.Nous devons développer des atti- Septembre-octobre 1999 223 P BENOÎT FORTIN, O.F.M., CAP.tudes d’écoute et de discernement devant les signes des temps.Où donc le Vivant est-il à l’oeuvre aujourd'hui?Pour être dans la passion de Dieu pour son peuple, nous avons sans cesse à réapprendre à prier (Mt 6, 9-13).La prière devient un combat pour résister à la tentation de mettre Dieu à son service et de lui donner son image.La lutte de Jacob avec l’ange se continue encore aujourd'hui (Gn 32, 23).Comme Abraham, nous sommes invités à l’aventure insécurisante de la foi: Marche en ma présence et sois parfait (Gn 17, 1).Nous contemplons dans l’action libératrice: Celui qui m’a envoyé est avec moi; il ne m’a pas laissé seul parce que je fais toujours ce qui lui plaît (Jn 8, 29).Nous prions à partir des clameurs et des joies du peuple d’aujourd'hui.Nous sommes les témoins de la Vie que nous avons vue et touchée (1 Jn 1).Nous retrouvons dans les psaumes les colères et les jubilations des gens d’aujourd’hui: Mon coeur et ma chair sont un cri vers le Dieu vivant (Ps 83, 3).Notre prière n’est pas une montée vers Dieu dans laquelle nous laissons le monde derrière nous pour nous perdre en Lui.Notre prière ne se limite pas à une paisible intimité individuelle avec Dieu, mais elle est aussi un envoi pour que sa volonté se réalise.Dieu ne nous demande pas de le contempler, mais de l’imiter et de travailler avec lui à son projet: Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait (Le 6, 36).Comme pour les disciples d’Emmaüs, nos yeux s’ouvrent pour reconnaître la présence du Ressuscité sur nos chemins, en marchant, en relisant la Parole et en rompant le pain (Luc 24, 13-36).D- Le Corps du Christ dans l’histoire Nous développons une vision contemplative du monde.Nous y voyons le Christ présent sous diverses formes.Il est dans le pain, dans les rassemblements et dans la générosité quotidienne des gens qui donnent leur vie.Il est aussi dans le petit, l’humilié, l’affamé, le torturé: C’est à moi que vous l’avez fait (Mt.25).Le peuple des pauvres est le corps du Christ dans l’histoire.Le pauvre devient le 224 La Vie des communautés religieuses PRIER DANS LA CHAIR VIVE DE L’HUMANITÉ sacrement du Dieu vivant.Ce que nous faisons au plus petit est un acte de tendresse pour le Christ parmi nous (Mt 25, 34-40).Cette contemplation du Christ parmi nous nous conduit à poser des gestes libérateurs qui font arriver le Règne dans les faits (Luc 17, 21).Saint Jean Chrysostome a écrit un beau texte sur notre discernement du Corps du Christ dans T histoire: Tu veux honorer le Corps du Christ, ne le méprise pas lorsqu’il est nu.Ne Ehonore pas dans l’église par des tissus de soie tandis que tu le laisses dehors souffrir de froid.Je ne peux plus dire le Corps et le Sang du Christ sans penser à tous ceux et celles qui ont le ventre creux ou qui sont torturés et tués pour le projet de Jésus.Je ne puis célébrer l’Eucharistie, pain rompu pour le monde nouveau, sans avoir dans le coeur et la mémoire ceux et celles qui laissent leur peau dans ce monde en enfantement.Pour célébrer vraiment le Corps et le Sang du Christ, il faut avoir mal à la douleur du monde et raviver sa mémoire du Dieu de la «sortie» qui est sans cesse avec nous dans les délivrances actuelles.Notre Dieu se révèle Dieu quand il fait sortir, quand il est sauveur et libérateur (Ex 14, 18).Le «Ceci est mon Corps» et le «Ceci est mon Sang» me renvoient au corps broyé et au sang répandu dans l’histoire.Je reconnais et contemple le Christ dans le visage des crucifiés et des ressuscités d’aujourd’hui.J’ai reconnu Jésus-Christ à travers les résurrections de mon milieu, là où un monde nouveau dans un pénible enfantement cherche à poindre.J’ai vu du monde se mettre ensemble pour tenir devant l’oppression et risquer leur vie pour la justice et j’ai senti que le Royaume était proche.Chaque jour, à travers les nouvelles, les événements et les solidarités, j’entends battre le coeur du monde et je peux vivre en état continuel de contemplation du Vivant.E- Prier en terre séculière Toute cette mystique à partir du monde se vit dans un monde cassé et dans un autre contexte que celui de la chrétienté.Notre recherche Septembre-octobre 1999 225 R BENOÎT FORTIN, O.F.M., CAP.de Dieu fait face à de nouveaux défis pour nous comme pour les nouvelles générations.Il y a toujours la tentation des cénacles ésotériques pour initiés.Nous cherchons Dieu dans un nouveau monde où il nous devance.Au coeur d’un monde séculier, nos yeux sont parfois déçus de ne pas reconnaître facilement le Christ ressuscité dans les morts actuelles.Dans ce climat désertique pour la foi, nous éprouvons les sentiments angoissés de Marie de Magdala devant le tombeau vide: On a enlevé mon Seigneur du tombeau et je ne sais pas où on Ta mis (Jn 20, 2).Il faut vraiment reprendre le chemin de la prière dépouillée.Comme pour Elie qui, au désert, découvre Dieu là même où Moïse l’avait vu «de dos» (1 R 17, 9-14), Dieu se manifeste d’une façon non spectaculaire dans le bruit d’une brise légère (1 R 19, 12).Le Dieu de la Vie est devenu le Très-Bas, selon la belle expression de Christian Bobin, qui se tient là où la vie est petite et fragile.Dans un monde sécularisé, nous avons à chercher la présence de Dieu dans d’humbles signes, dans les petits chemins du quotidien, dans les surgissements de vie, dans le peuple des pauvres.Nous sommes attentifs à la force cachée du levain dans la pâte et de la plus petite graine qui devient un grand arbre (Marc 4, 30-31; Luc 13, 18-19).Nous sommes renvoyés à l’expérience du lévite en exil à Babylone dont la détresse et la prière nous sont parvenues à travers le psaume 42 (43).Il a perdu ses repères précis de la présence de Dieu: le temple, les fêtes, le peuple, la terre.Il doit vivre la pauvreté de la recherche de Dieu devant ceux et celles qui lui demandent: Où est-il ton Dieu?La présence discrète et cachée du Christ dans notre histoire est un mystère à déchiffrer: Jacob se réveillant de son songe surprenant à Béthel s ’écria: «en vérité, Yahvé est en ce lieu et je ne le savais pas» (Gn.28, 16).Dans une culture postmodeme, nous devons prendre de nouveaux chemins et libérer notre prière et celle de l’Église.Il me semble que nous devons apprendre à prier en ville.Notre prière, comme notre foi, se sent souvent étrangère dans le monde de béton et de gratte-ciel.Quelle est la prière de cette foule silencieuse des métros et des autobus qui court à son travail 226 La Vie des communautés religieuses PRIER DANS LA CHAIR VIVE DE L’HUMANITÉ chaque matin.Comment reconnaître le Vivant dans les bruits stridents de la ville, dans les longues files d’attente sur les routes, dans les lumières énervantes des cinémas?Pourtant, Dieu est toujours là dans cette vie qui court et qui s’épuise.La sécularité est le nouveau lieu d'une expérience spirituelle fascinante au coeur de la cité.Notre prière doit inspirer les hommes, les femmes et les enfants de notre temps.Comme les disciples d’Emmaüs qui se sont sentis le coeur brûlant en marchant avec Jésus, notre prière sera une brûlure qui séduira par sa passion pour la victoire de la vie: Celui qui demeure en moi,et moi en lui celui-là porte beaucoup de fruits (Jn 15,5).4.Prier à partir des appauvri(e)s Nous devons apprendre à prier dans le trafic, aux feux rouges comme dans les nuits blanches, à partir des cris et des germes de vie nouvelle.Au coeur de la mission, nous contemplons le Vivant à l’oeuvre: Au torrent, il s’abreuve en chemin, c’est pourquoi il redresse la tête (Ps 109).Nous sommes sans cesse à la recherche du bien-aimé qui nous a séduits et avec qui nous travaillons: Toute la nuit, j’ai cherché celui que mon coeur aime.je ne l’ai pas trouvé.Il faut que je me lève, que je parcoure la ville, ses rues et ses carrefours.Je veux chercher celui que mon coeur aime.J’ai rencontré les gardes qui parcourent la ville: Avez-vous vu celui que mon coeur aime?A peine les avais-je dépassés, j’ai trouvé celui que mon coeur aime.Je l’ai saisi, je ne le lâcherai pas (Ct 3, l-4a).Pour cela, il faut approfondir la démarche de Marie au pied de la Croix des douleurs du monde qui exprime dans le Magnificat son émerveillement devant des faits de son histoire (Luc 1, 52-53) et qui part en Visitation là où la vie tressaille (Luc 1, 39-45).Marie se tenait près de la Croix de son Fils et gardait tout dans son coeur (Jn 19, 17-30).La Mère des douleurs s’est rendue disponible à la volonté du Père et s’est émerveillée devant l’arrivée des temps nouveaux.Cette manière de prier comporte des exigences d’incama- Septembre-octobre 1999 227 P.BENOÎT FORTIN, O.F.M., CAP.tion et de solidarité: l’insertion, l’information, l'analyse, la compassion, etc.Où avons-nous les pieds et le coeur pour entendre les cris et voir les pousses de vie?A- Faire monter la plainte des humilié(e)s et des exploité(e)s Dieu, aujourd’hui comme au temps de l’Exode, se laisse toujours rejoindre par la clameur de son peuple écrasé par les corvées et l’humiliation (Ex 3, 7-11).Les Lamentations et les psaumes ont fait retentir ces cris des pauvres au cours des temps: Réveille-toi, Seigneur.Pourquoi restes-tu inactif (Ps 44)?Seigneur, ne m’abandonne pas.ne reste pas loin de moi (Ps 38).Faites droit au faible, à l’orphelin.Rendez justice au pauvre, au misérable (Ps 82).Dans toute la Bible, la prière du Peuple de Yahvé est montée comme un grand cri: Vers toi, Seigneur, j'élève mon âme (Ps 25,1).Le cri des Israélites écrasés dans les corvées est le modèle de cette prière d’Israël (Ex 2, 23-24; 3, 7-9).Dieu s’est toujours laissé rejoindre par cette clameur des faibles qui réclament la justice (Jb 19, 7; 27, 9).Les prophètes rappellent que les idoles ne peuvent sauver parce qu’elles n’entendent pas (Is 46, 7; 65, 14).Dans les Évangiles, la prière se fait aussi cri et gémissement devant Jésus qui apparaît : des malades (Mt 9, 27; 15, 22-23; Mc 9, 23-24), des disciples effrayés (Mt 14, 26).Jésus, lui-même, dans un grand cri remettra toute sa vie entre les mains de son Père (Mt 27, 46-50).Dans l’Église primitive, les cris des persécutés montaient aussi vers Dieu (Ac 4, 24-31 ; 7, 33; 6,10).Leur prière se situe dans le gémissement de toute la création en douleur d’enfantement (Rm 8, 20-23).La première communauté , soutenue par le souffle de l’Esprit qui nous apprend à prier, lance un dernier grand cri d’espoir: Viens, Seigneur Jésus (Ap 21, 20).L’homme et la femme faibles et exploités n’ont plus de voix, ni le temps ni les formules pour prier.Ils ne sont pas sûrs d’être écoutés et pris au sérieux.Leurs poumons se sont vidés à crier! La Bible contient des prières extraordinaires d’hommes et de femmes en si- 228 Fa Vie des communautés religieuses PRIER DANS LA CHAIR VIVE DE L’HUMANITÉ tuation de détresse et d’oppression: celle de Job, les Lamentations de Jérémie, plusieurs psaumes, etc.Pour ma part, je prie dans la douleur du monde où je suis témoin d’une espérance têtue et obstinée dans la construction du projet de Jésus.Au milieu de ce peuple opprimé, comme serviteur des hommes, des femmes et des enfants en marche, les Alléluias m’apparaissent souvent indécents puisque la libération se manifeste si peu.Je me sens mal à l’aise lorsque je me retrouve dans une foule jubilante qui frappent des mains et qui multiplient les Alléluias.Je me demande s’ils sont au courant que le monde meurt de faim, qu’il y a la violence et l’injustice.Je me demande quels faits de libération sont à la base de leur émerveillement.Si je suis vraiment membre du Corps des hommes et des femmes opprimés, ma prière devient un défi douloureux à porter.Mon Corps entier doit devenir prière et participer à cette immense Passion du Christ dans ce corps meurtri des hommes et des femmes qui, au Jardin des Oliviers, suent le sang et demandent qu’on éloigne le calice: Venez à moi vous qui ployez sous le fardeau et moi je vous soulagerai (Mt 11, 28).Dans la prière, nous écoutons aussi les cris de notre époque et nous faisons monter la plainte de tous les souffrants vers le Dieu fidèle qui entend.C’est notre fonction d’intercession devant Dieu.Le cri du Christ résonne à travers ces cris de notre temps: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi ni’as-tu abandonné (Mc 15, 34)?Notre prière fait monter la douleur de cette multitude de frères et de soeurs vers le Dieu proche et plein de tendresse.Notre prière passe par les gémissements du monde pour rejoindre le Dieu de délivrance.B- Célébrer les victoires du peuple Notre prière est tournée vers la vie, car elle s’appuie sur les faits de libération du Dieu de la Vie.Nous prions parce que Dieu intervient.Elle est un lieu de grande espérance.Notre Dieu a fait merveille, car il a terrassé les adversaires pour faire sortir son peuple et il marche avec nous, car éternel est son amour (Ps 18, 78, 89, 136).Il Septembre-octobre 1999 229 P BENOÎT FORTIN, O.F.M., CAP.est vraiment juste et bon de louer notre Roc et notre Défenseur, car ce Dieu nous rend victorieux (Ex 15; Jg 5; Ps 113 et 118).La louange et l’adoration sont au coeur de cette prière dans la chair vive de l’humanité.Nous nous souvenons de ce Dieu de l’Alliance et nous cultivons la mémoire de la «sortie».Comme les trois enfants dans la fournaise, nous associons tout le cosmos à cette louange (Dn 3, 51-90).Les psaumes du Règne proclament cette assurance et nous invitent à reconnaître dans les pousses de vie d’aujourd’hui le même souffle libérateur.Dans les quartiers populaires, les fêtes deviennent importantes pour souligner le travail et la beauté des personnes, mais aussi pour nommer la vie qui se manifeste humblement: En ce jour-là, jleurira la justice, grande paix jusqu’à la fin des lunes.il délivrera le pauvre qui appelle.que la terre jusqu ’au sommet des montagnes soit un champ de blé (Ps 71 ).Depuis l’Incarnation, nous savons que Dieu est avec nous sur nos routes et qu’il est le Vainqueur.Avec Marie, nous vivons en attitude d’émerveillement devant les surprises de la vie: Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son coeur (Luc 2, 16-21).Le Magnificat est le chant d’une opprimée qui relève la tête et qui acclame Dieu au nom des gens de sa race.Ce chant d’admiration plonge des racines profondes dans toute la Bible.Les promesses du Dieu de la Vie sont en train de se réaliser.Comme Marie, avec les pauvres, nous célébrons les avancées timides de la vie en marche là où les boiteux marchent, là où les faibles se dressent, là où l’espérance a un visage et des mains.Le Christ ressuscité est le chemin de notre prière au Père.La prière nous fait entrer dans ce monde nouveau selon le rêve de Dieu.Pour chanter Alléluia, il faut, avec la force de Dieu, avoir donné un visage à l’espérance parmi les pauvres et les humbles.C- Être vigilants dans la douleur et la nuit Dans le désert et la nuit, la prière se fait souvent silence et résistance pour soutenir l’espérance en marche.Elle devient un acte prolongé d’espérance dans l’attente patiente de la réalisation de la 230 La Vie des communautés religieuses PRIER DANS LA CHAIR VIVE DE L’HUMANITÉ promesse.Nous sommes amenés au désert et nous avons besoin de séduction devant les impuissances et la dureté de la vie: C'est pourquoi, je vais la séduire, je la conduirai au désert et je parlerai à son coeur (Os 2, 16).Dans la prière, nous insistons sans cesse pour que l’avenir demeure ouvert aux surprises de Dieu.Nous exposons devant Dieu notre vulnérabilité et notre disponibilité.C’est pourquoi, il faut prier sans cesse pour demeurer debout (Mt 7, 7-11; Luc 11, 5-13).La prière garde le regard pétillant dans la détresse et elle permet d’échapper aux récupérations du fatalisme et de la mort.La lutte pour la vie, pour la dignité et la justice dans un monde de marché et de compétition est souvent dure à porter puisque les pauvres sont de plus en plus exclus d’une vie décente dans un monde à deux vitesses.La prière nous fait relever la tête vers un Dieu qui a promis un changement: Mais gardez courage! J’ai vaincu le monde (Jn 16, 33).Nous nous tenons devant un Dieu qui est fidèle.Notre prière devient une lutte avec Jésus pour que son Règne arrive.La prière prend une dimension militante et est une manière de lutter pour l’annonce de l’Évangile: Je vous le demande par Notre Seigneur Jésus Christ et la charité de l’Esprit, luttez avec moi dans les prières que vous adressez à Dieu pour moi (Rm 15, 30).La prière chrétienne n’est pas une prière à l’eau de rose et une sorte de bronzage intérieur! Elle nous fait entrer dans la passion de Jésus lui-même.Nous tenons dans la nuit parce que nous savons que le Seigneur intercède pour tous (Rm 8, 34), qu’il veille sur sa parole pour l’accomplir (Jr 2, 12), qu’il ne dort ni ne sommeille afin de garder son peuple (Ps 121, 4), qu’il prépare une demeure pour les siens (Jn 14, 2).C’est aussi vers ce Dieu que monte comme un grondement la louange des vivants (Ap 4).Cette option pour la vie en abondance nous conduit à lutter contre les forces et les idoles de la mort pour que les promesses se réalisent: Ils briseront leurs épées pour en faire des socs et leurs lances pour en faire des serpes.On ne lèvera plus l’épée, nation contre nation, on n’apprendra plus à faire la guerre (Is 2, 4).Septembre-octobre 1999 231 P.BENOÎT FORTIN, O.F.M., CAP.D- Vivre dans la vigilance Cette mystique à partir du monde suppose une attitude de vigilance prophétique dans le monde pour saisir les chemins de l’Esprit: Restez éveillés et priez en tout temps: ainsi vous serez jugés dignes de paraître debout devant le Fils de l'homme (Luc 21, 36).Où l’Esprit du Christ ressuscité est-il à l’oeuvre en notre histoire?Comme Adam et Ève, au jardin, il nous faut être attentif pour reconnaître les pas de Dieu qui nous cherche: Ils entendirent le pas de Yahvé Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour (Gn.3, 8).Le rôle du silence et du désert est à retrouver pour résister aux récupérations et se tenir en état de liberté et de passion.Nous devons nous donner du temps pour vivre cette vigilance, pour lire les signes des temps dans des attitudes de dépouillement qui nous situent dans l'optique du Règne.Le prophète, encore aujourd’hui, doit résister aux récupérations de l’heure et demeurer libre pour répondre aux appels du radicalisme évangélique.Notre vie religieuse apostolique doit aussi retrouver le sens profond du silence au coeur du travail pour le Règne.Solidaires avec ceux et celles qui n’ont plus de parole, nous écoutons Celui qui est le Verbe.Le désert est un lieu de discernement pour découvrir le temps de Dieu dans l’histoire et pour continuer le combat pour le Règne.Dieu veille sans cesse sur le monde: Dieu veille pour les délivrer de la mort, les garder en vie au jour de famine (Ps 19).Il serait aussi intéressant qu’un lien vital s’établisse entre les communautés contemplatives et les communautés apostoliques pour creuser la recherche de Dieu en ce monde séculier.Il y aurait un enrichissement mutuel.Même si la vie religieuse apostolique doit renommer sa démarche originale de fraternité et de prière en pleine mission, il est important d’en approfondir la dimension contemplative.Les communautés de vie contemplative témoignent par leur vie que Dieu est l’unique nécessaire et que c’est en lui que nous avons la croissance et l’être.C’est aussi par l’information, l'analyse et les solidarités que le regard du missionnaire peut découvrir les signes de la présence du 232 La Vie des communautés religieuses PRIER DANS LA CHAIR VIVE DE L’HUMANITÉ Vivant dans notre histoire: Mon Père est à l'oeuvre jusqu 'à présent et j’oeuvre moi aussi (Jn 5, 17).Le missionnaire est un guetteur d’aurore qui ne se laisse pas récupérer par les mauvaises nouvelles de la nuit: La mort a été engloutie dans la victoire.Quelle est, ô mort, ta victoire?Ô mort, où est-il ton aiguillon (1 Co 15, 55)?Dieu veille sans cesse sur le monde et les forces de Résurrection travaillent notre histoire.La mystique chrétienne en est une d’espérance passionnée: Dans le Christ, nous sommes tous vivifiés (1 Co 15, 20-22).Nous savons que le monde est dans un mouvement de vie: Si nous sommes morts avec Lui, avec Lui nous vivrons (2 Tm 2, 11) et que la vie aura le dernier mot: Nous le savons, celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus nous ressuscitera, nous aussi, avec Jésus (2 Co 4, 14 et 5, 1).Pour tenir debout dans l’espérance, Jésus nous envoie l’Esprit Saint comme une force au coeur de notre histoire.Nous ne serons plus jamais seuls dans notre marche vers le Règne: Nous attendons de voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ.C’est lui qui nous fera tenir solidement jusqu ’au bout, et nous serons sans reproche au jour de notre Seigneur Jésus Christ.Car Dieu est fidèle, lui qui nous a appelés à vivre en communion avec son Fils ( 1 Co 1, 7b-9).L’Esprit, celui que la liturgie appelle «Père des pauvres», est agissant d'une façon privilégiée là où le Règne arrive, là où le peuple se redresse dans la dignité.Il est l’énergie toujours vigoureuse au coeur de notre histoire d’amour et de liberté.La vie quotidienne est le lieu privilégié de l’Esprit.Je me souviens de Diane qui me révélait où elle puisait l’énergie de mener une lutte pour le transport scolaire dans son quartier: C’est l’Esprit qui me tient debout et m’empêche de reculer devant les difficultés.Il faut passer de la modestie des yeux à un regard perçant sur le monde pour découvrir dans les os desséchés de notre histoire le monde nouveau en train de se mettre debout (Ez 37).Le monde est habité par cette présence attentive de Dieu à notre temps: Voici que je me tiens à la porte et je frappe, dit le Seigneur; si quelqu’un entend ma voix, s’il m’ouvre, j’entrerai chez lui, je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi (Ap 3, 20).Septembre-octobre 1999 233 P BENOÎT FORTIN, O.F.M., CAP.D- Rendre gloire au Vivant Nous pouvons entrer dans la grande prière d’actions de grâces de Jésus pour cette vie en train de se manifester dans le peuple des pauvres: Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits.Oui, Père, tel est le choix de ton amour (Luc 10, 21).Nous vivons dans l’étonnement devant la Vie qui se pointe dans la vie des humbles: En vérité, je vous le dis: cette pauvre veuve a mis plus que tout le monde (Luc 21, 1-4).C’est tout l’univers qui se joint à cette prière (Dn 3, 51).Nous contemplons Dieu en plein monde dans sa création et son humanité.Nous expérimentons la grandeur de l’amour de Dieu: Alors vous recevrez la force de comprendre la Largeur, la Hauteur et la Profondeur, vous connaîtrez Vamour de Dieu (Ep 3, 18-20).La Création nous fait aussi remonter au Créateur.Nous nous associons à la prière des arbres, des fleurs et de l'eau.Comme François dans son Cantique des créatures, nous faisons monter notre louange vers le Dieu qui est source de toute Beauté.Dans notre mission nous sommes sans cesse en communion avec le Vivant: Et moi,je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde (Mt 28, 20).C’est une mystique d’incarnation, de solidaire tendresse et d’espérance qui nous invite à vivre à contre-courant à la suite de Jésus.Cette prière apostolique se vit dans différentes modalités: prière personnelle, prière communautaire et contemplation dans le quotidien de la vie.À la manière de Jésus, notre prière entre dans les gémissements d’un monde qui est travaillé par la vie.Nous sommes en mission dans la force de Celui qui a vaincu la mort: Nous travaillons et luttons, car nous avons mis notre espérance dans le Dieu Vivant qui est le Sauveur de toute l'humanité (1 Tm 4, 10).5.La prière pour le triomphe de la vie Dans un monde où la vie est menacée, nous sommes provoqués à travailler pour un changement.À cause de notre foi à Dieu le Père, 234 La Vie des communautés religieuses PRIER DANS LA CHAIR VIVE DE L’HUMANITÉ nous ne pouvons tolérer que des fils et filles de Dieu soient exclus de la famille humaine par la faim et la misère.La prière nous conduit à une sainte indignation, comme nous le suggère Mgr Romero: Nous ne pouvons pas nous taire comme Église prophétique dans un monde aussi corrompu, aussi injuste.Ce serait la réalité de cette terrible comparaison: des chiens muets! A quoi peut bien servir un chien muet qui ne garde pas la maison?(Homélie du 8 juillet 1979 et Isaïe 56, 10).Toute notre vie est tournée vers le Règne.Nous sommes en lien avec le Vivant sur le terrain de la mission: Nous appartenons au Christ ressuscité d’entre le morts, pour porter du fruit à la gloire du Père (Rm 7, 4).Nous sommes des disciples séduits et envoyés pour que la vie triomphe pour ceux et celles qui en sont exclus.Nous avons à oeuvrer dans sa cause jusqu’au bout du don de notre vie: Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu ’on aime (Jn 15, 13).Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire (Mt 20, 22)?C’est l’Esprit qui entraîne dans ce courant de vie et de libération.Nous pouvons le reconnaître là où la vie et l’amour avancent, là où l’audace nous fait sortir de nos tombeaux: Vous n ’avez pas reçu un esprit qui vous rende esclaves et vous ramène à la peur, mais un Esprit qui fait de vous des fils adoptifs et par lequel nous crions: «Abba, Père» (Rm 8, 14, Ga 4, 4-7).Notre prière se situe au coeur de la réalisation du projet de Dieu dans l’histoire, dans la recherche de la volonté du Père qui rêve de la vie en abondance pour l’humanité.Notre prière se nourrit dans l’action pour le Règne.Nous pouvons y reconnaître Sa présence ardente partout où des hommes et des femmes au nom de ce projet sont en train de donner leur vie.Les Béatitudes annoncent le renversement de situation pour les affligés et les exclus.Dans la prière, nous puisons le souffle pour travailler avec Jésus pour que son jour se lève sur le monde.Il est au coeur de nos luttes pour la vie du Règne: Au milieu de vous, il y a quelqu ’un que vous ne connaissez pas (Jn 1, 26).Nous célébrons dans l’Eucharistie le pain rompu Septembre-octobre 1999 235 P.BENOÎT FORTIN, O.F.M., CAP.pour un monde nouveau et nous nous souvenons qu’il est le Dieu de la «sortie»: En définitive, rendez-vous puissants dans le Seigneur et dans la visueur de sa force.Tenez-vous donc debout.(Ép 6, 10-14).Ceux et celles qui veulent accompagner Jésus dans sa mission pour l’établissement du Règne doivent consentir à aller jusqu’au bout avec lui.Cette lutte pour la défense de la vie les amènera à vivre à contre-courant et à devenir signe de contradiction: Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous?Qui nous séparera de l’amour du Christ (Rm 8, 31-35)?Cette résistance passionnée qui se nourrit dans un contact constant avec le Vivant les soutiendra pour être avec lui dans les épreuves (Le 22, 28) jusque dans la persécution (Jn 15, 20; Mt 10, 24-25) et même la mort (Jn 11, 16).La prière nous tient en état de passion avec Lui jusqu’à son retour dans l'énergie de l’Esprit du Ressuscité qui renouvelle la face de la terre: Le connaître, lui et la puissance de sa Résurrection et la communion à ses souffrances, devenir semblable à lui dans sa mort, afin de parvenir si possible à la résurrection des morts (Ph 3, 11).6.Conclusion La prière chrétienne est une école d'amour, d’espérance et de liberté.Elle nous met à l’écoute et à la suite du Vainqueur du monde et nous donne un Esprit d’audace.Elle est une grâce à accueillir et à cultiver: Nul ne peut venir à moi, si mon Père ne l’attire (Jn 6, 44).Elle nous fait entrer dans le grand souffle du Ressuscité et dans les gémissements du monde en enfantement: C’est ainsi qu’il nous a élus en Lui dès avant la fondation du monde.pour être saints et immaculés en sa présence dans l’amour.pour la louange de sa gloire (Ép 1, 1-15).Comme les disciples de Jésus, nous devons sans cesse réapprendre à prier, car de nous-mêmes, nous ne savons prier (Mt 6, 9-13).Nous devons nous donner un cadre de vie de prière souple et créateur qui 236 La Vie des communautés religieuses PRIER DANS LA CHAIR VIVE DE L’HUMANITÉ lie ensemble notre passion de Dieu et du monde: Celui qui dit aimer Dieu qu'il ne voit pas et qui n'aime pas son frère qu’il voit est un menteur (1 Jn 4, 20).Nous devons aussi libérer la prière de la communauté chrétienne où l’Esprit est à l’oeuvre dans des formes nouvelles malgré les résistances.Les communautés de vie apostolique doivent aussi se libérer d’un cadre de vie de prière et de fraternité qui les éloigne de la communauté de mission.Comme les Douze en mission avec Jésus, elles sont dans la mission de Jésus pour que la vie arrive pour ceux et celles qui en sont le plus exclus: Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant?Il n 'est pas ici, il est ressuscité (Le 24, 5-6).Nous devons sans cesse nous situer dans le grand projet de Dieu pour la vie en abondance de l’humanité.Le Dieu de l’Alliance ne se contente pas, comme les dieux païens et les idoles, qu’on le reconnaisse comme «vrai», qu’on l’adore et qu’on lui rende un culte.Il lie sa vérité à l’histoire des hommes et des femmes à qui il se révèle comme Père.C’est pourquoi, le vrai Dieu s’irrite devant un culte qui n’est pas enraciné dans un amour des plus faibles: Je hais, je méprise vos fêtes; vos offrandes, je ne les aime pas.mais que le droit coule comme de l’eau, et la justice comme un torrent qui ne tarit pas (Am 5, 21-24).Opprimer le faible, c’est outrager son Créateur; c’est T honorer que d’être bon pour les malheureux (Pr 14, 31).La prière chrétienne est une prière enracinée dans les pleurs et les espoirs de la vie quotidienne.Pour prier à la façon de Jésus, il faut un coeur de pauvre qui affirme sa vulnérabilité et sa confiance: Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain (Ps 126, 1).Notre première école de prière, c’est le cri sourd des millions de pauvres et d’opprimés qui chaque jour supplient Dieu de les sauver de la mort et de l’humiliation.C’est la clameur du Tiers-Monde et de ses enfants affamés.Leur cri prolonge dans l’aujourd’hui le cri de Jésus qui s’identifie à tous les crucifiés de notre temps (Mt 25).Le Dieu de la Vie continue aujourd'hui d’être rejoint par la clameur des opprimés.Nous devons réapprendre à prier à partir d’une nouvelle culture séculière et Septembre-octobre 1999 237 P.BENOÎT FORTIN, O.F.M., CAP.d’un monde où la vie est menacée de bien des façons.Nous devons réapprendre à prier à partir de nos propres cris et des pousses de vie sur le terrain du monde, nous devons apprendre à prier dans la chair vive de l’humanité.Comme les disciples, nous aussi nous demandons: Seigneur, apprends-nous à prier! (Le 11, 1).Benoît Fortin, o.f.m., capucin 165, rue Kent Hull, Qué., J8X 3K9 AVIS Lorsque vous avez à communiquer avec le secrétariat de la Revue ?veuillez toujours donner le numéro de votre abonnement (indiqué au haut de votre adresse) ?et en plus, s'il s'agit d'un changement d'adresse, indiquez votre ancienne adresse.Ces précisions nous aideraient à vous donner un meilleur service.Nous vous remercions à l'avance.La Direction 238 La Vie des communautés religieuses S.JEAN-BAPTISTE DE LA SALLE ET LE CULTE MARIAL F Gilles Beaudet, é.c.Un tel sujet demanderait une vaste étude.Dans l’espace de ces quelques pages, je situerai brièvement le courant de spiritualité marial français dans lequel s’inscrit Jean-Baptiste de La Salle.Je signalerai quelques études sur la dévotion mariale du fondateur.Je m’arrêterai à l’intéressante synthèse que nous offre le chanoine B lain, son biographe.Et, surtout, je m’efforcerai de mettre en valeur, quoique très partiellement, on le comprend, le théocentrisme et le christocentrisme de la doctrine et de la piété lasalliennes.Le courant de spiritualité en France au 17e siècle et la dévotion mariale Les écrits spirituels de Jean-Baptiste de La Salle n’ont pas connu en son temps le type de notoriété qu’ils auraient mérité d’avoir.Dans le courant de spiritualité qui se développait en France à partir de Pierre de Bérulle, La Salle est resté comme en retrait et plutôt ignoré, par la suite, en tant qu’auteur spirituel.Consultez une liste des écrivains spirituels du grand siècle français dont les noms soient venus jusqu’à nous auréolés d’un certain panache.Vous rencontrerez Bérulle et les écrivains de l’Oratoire: Condren, Bour-going, Gibieuf, Amelote, Larchevêque et Cloyseault.Septembre-octobre 1999 239 F.GILLES B EAUDET, E.C.En dehors de l’Oratoire, on verra d’abord des disciples de Bérulle: Olier, Vincent de Paul, Bossuet; plusieurs Jésuites: Saint-Juré, Louis Lallemant suivis de Rigoleuc, Champion, Huby, Surin, Guilloré, Nouet, Jean Crasset (cher à notre Fondateur).On devra signaler d’autres célébrités: Jean de Bernières de Louvigny, Grignon de Montfort, Henri-Marie Boudon (un peu plus tardif).En 1630, le père François Poiré, s.j.s’était signalé avec La Triple Couronne de la Mère de Dieu.Son ouvrage sera repris et perfectionné par la mère Marie- Jacqueline Bouëtte de Blémur, bénédictine, qui le publie en 1681 sous le titre de Grandeurs de la Mère de Dieu.Je tire une bonne partie de cette nomenclature du livre de A.Mo-lien, oratorien: Les Grandeurs de Marie d’après les écrivains de l’école française1.Je serais fier d’y voir figurer le nom de Jean-Baptiste de La Salle.Hélas, cet ouvrage ne contient pas le moindre texte du saint chanoine de Reims.Parmi quelques ouvrages mineurs, naguère, des auteurs ont célébré la Mission eucharistique du Bienheureux Jean-Baptiste de la Salle2, tel Albert Tesnière, s.s.s., ou l’ont présenté comme Gloire et modèle du clergé, comme l’a fait l’abbé J.Cellier, mais, à ma connaissance, rien d’aussi important n’a été publié sur le coeur marial et la théologie mariale de Jean-Baptiste de La Salle.Je connais quelques travaux canadiens qui ont ébauché quelque chose dans cette direction.Ce qui serait vraiment satisfaisant pourrait ressembler à une thèse de licence’.Il est évident que dans un article sommaire, je ne compenserai pas l’absence d’une étude d’envergure.C’est pourquoi il me faudra adopter un aspect assez précis en ce qui touche la dévotion mariale de saint Jean-Baptiste de La Salle.240 La Vie des communautés religieuses J.-B.DE LA SALLE ET LE CULTE MARIAL Un témoin bien informé et réfléchi : Jean-Baptiste Blain Nous ne devons pas oublier un témoin de première loge, le chanoine Blain, qui a vécu dans l’immédiat voisinage de saint Jean-Baptiste de La Salle.Dans Esprit et Vertus, Blain consacre cinq belles pages denses pour nous parler du sens marial de notre auteur spirituel.C’est le chapitre V du livre IV4.Elles méritent qu’on les lise.On n’est pas surpris de voir le chanoine Blain commencer par un “hors-d’oeuvre” intitulé: Abrégé des raisons qui montrent que I ’amour de Marie est inséparable de celui de Jésus.Il expose ensuite l’apport propre à La Salle.Blain présente son point de vue en deux volets.Il parle d’abord du zèle de La Salle pour la dévotion à la très sainte Vierge, en nous disant qu’il “avait cette dévotion extrêmement à coeur”, et il nous le montre prêt “à défendre et à étendre” cette dévotion.Blain considère La Salle comme “éloquent à persuader une dévotion si raisonnable, si juste, si aimable”.Dans son éloquence à persuader, le saint prêtre rémois mettait en avant certains points doctrinaux qui montrent ce que Dieu a fait pour la Vierge Marie.Il nous l’a donnée pour mère, il l’a établie Reine des Anges et des hommes, il nous engage à la distinguer dans le culte qu’on rend aux autres saints.Parmi les titres qui honorent la Vierge Marie, se placent au premier rang celui de Mère de Dieu, la plénitude de ses grâces, sa sainteté, la grandeur de son autorité et de ses pouvoirs.Comme Mère de miséricorde, elle s’intéresse à notre salut, n’ayant rien de plus à coeur que de faire valoir et profiter le sang précieux de son Fils.C’est aussi Marie, qui est en quelque façon comme le canal des grâces5 acquises par les mérites de Jésus, et qui nous les distribue par elle.Cet ensemble d’éléments doctrinaux fondent notre fervente amitié pour Marie.C’est l’aspect positif.Nous sommes ici en présence de propos qui appartiennent bien à La Salle et non pas à Blain lui- Septembre-octobre J 999 241 F.GILLES BEAUDET, É.C.même.En douter serait inélégant envers la loyauté habituelle du chanoine Blain.Dans une seconde tranche, les idées attribuées au Fondateur des Frères des Écoles chrétiennes semblent constituer un arsenal contre les arguments qu’on veut opposer à la dévotion mariale.Si l’on avançait que la dévotion mariale était une “nouveauté”, Fa Salle montrait au contraire qu’elle est une dévotion universelle, ancienne, bien établie, appuyée sur le sentiment des Pères et des Conciles, sur l’exemple des saints et des Docteurs et que c’est vouloir prendre parti parmi les protestants que de la faire passer pour une nouveauté.Insistons quelque peu, sur la place importante que prend l’enseignement des Pères dans la doctrine mariale de Jean-Baptiste de Fa Salle: les Anselme, les Augustin, les Jean Damascène, les Ambroise, les Épiphane, les Bernard y tiennent un noble rang.Sur ce seul aspect, il y aurait de la matière pour un bon développement.S’opposer à la dévotion mariale représente une témérité, puisque Dieu s’est plu à la confirmer par une infinité de miracles opérés dans tous les temps et dans toutes les parties de l'Église.Refuser cette dévotion, enfin, c’est s’opposer à la volonté de Dieu, puisqu’il manifeste en tant de manières le désir de la voir honorée dans l'Église.Il n’est pas impossible que telle ou telle de ces idées viennent sous la plume du chanoine Blain, par le biais de Grignon de Montfort dont il fut aussi le biographe.Mais on ne saurait démêler cela avec certitude, sans une étude bien minutieuse qui ne manquerait pas d’intérêt.On est cependant en droit de présumer que Blain était à même de faire personnellement le partage de ses sources.242 La Vie des communautés religieuses 5.J.-B.DE LA SALLE ET LE CULTE MARIAL Traits caractéristiques de la dévotion à Marie chez La Salle.J’ai parlé du premier volet.Voici que Blain, dans le second volet, va mettre en évidence les caractéristiques concrètes du culte marial chez notre saint Fondateur.Elles tiennent, pour la plupart d’entre elles, à des faits qui nous ont été souvent rapportés; nous pourrons donc abréger sans inconvénient pour nos lecteurs.Blain signale la pratique des pèlerinages: Notre-Dame de Liesse.(Il ne dit rien cependant de celui d’Aubervilliers en 1690).La confiance en Marie dont témoigne La Salle repose sur le titre de :“trésorière des grâces de Dieu”.La Salle fait tous ses efforts pour faire honorer Marie.Blain oublie l’épisode où le saint Docteur en théologie, se trouvant dans une église le jour de l’Assomption, alla admonester le prédicateur parce qu’il avait omis de parler de Marie.Blain avait-il en tête cette anecdote lorsqu’il écrit: “II ne pouvait quelquefois, trouver d’expressions assez fortes pour invectiver contre ceux qui, par une témérité qui ressent l’impiété, condamnent cette dévotion”.Honorer la Très Sainte Vierge, c’est la nommer avec respect en mentionnant toujours (ou presque) la “très sainte”, parce qu’elle le mérite bien.C’est aussi célébrer toutes ses fêtes avec une dévotion singulière.C’est, plus spéficiquement, dire le chapelet chaque jour.Blain insiste sur l’usage du chapelet: La Salle est réputé “prêtre au chapelet”.Il établit dans ses écoles la présence, par roulement, de deux élèves qui vont assurer la récitation du chapelet pendant le jour.Cette coutume fut suspendue, pour des raisons pratiques, quelques années, après la mort du Fondateur.Blain aime aussi marquer combien La Salle se dit fièrement: Serviteur de Marie.Sa dévotion est cordiale et chaleureuse: “Par la faveur de la très sainte Vierge, il obtint des grâces abondantes.Il se jetait en toutes occasions entre les bras de Marie comme un enfant entre ceux de sa Mère.Il n’entreprenait jamais une affaire importante sans l’avoir recommandée à la très sainte Vierge.Il finissait chaque action de la journée, par un Sub tuum praesidium.Après l’oraison et le chapelet, il faisait ajouter la récitation de TO Domina meaf apprise à Saint Sulpice peut-être.Septembre-octobre 1999 243 F GILLES BEAUDET, E.C.On sait que La Salle faisait réciter à ses Frères le chapelet de six dizaines qu’on nomme parfois chapelet de sainte Brigitte et aussi Couronne de Notre-Dame.Cette couronne de Notre-Dame, due à saint Jean de Capistran, contient un total de 63 ave qui veulent honorer les prétendues soixante-trois ans de vie de Marie sur terre6.Notre Fondateur a expliqué une manière de dire le chapelet (DB 4,13).On sait quelle estime il avait pour les litanies de Lorette, l’Angelus, la Salutation angélique, et la strophe Maria Mater gratine7, qu’il inclut dans la prière du soir et qu’il avait sur les lèvres au moment de sa mort: Tu nos a b hoste protege, et mortis hora sus-cipe.La Salle couronnait toutes ces dévotions par la pratique de dire le Petit Office de la Très sainte Vierge.Pierre Damien a popularisé la récitation de ce Petit Office que les chanoines et les moines ajoutaient au grand Office.La Salle le réservait à ses novices mais, occasionnellement, les dimanches, quelques Frères restés à la maison avaient à le dire ensemble.Enfin, nous retiendrons que le Fondateur faisait, les jours de fêtes de la très sainte Vierge, une exhortation d’une demi-heure aux Frères, le soir, avant le souper.Cette panoplie de dévotions, de pratiques et de prières, est justifiée par un point de vue théologique sur la force d’intercession que possède la Vierge Marie: “S’il nous est utile, dit Jean-Baptiste de La Salle dans son Traité de la Prière, [et à propos] de prier tous les saints, il nous est bien plus avantageux d’adresser nos prières à la très sainte Vierge puisqu’étanf la créature la plus parfaite et la plus élevée dans la gloire, elle a un très grand pouvoir auprès de Dieu et elle nous peut beaucoup aider pour notre salut et pour tous nos besoins par son intercession qu 'elle ne refuse pas à ceux qui la lui demandent avec une piété sincère et un coeur entièrement dégagé de toute affection au péché” (DA 404,3,1).Voilà dans l’ensemble un assez bon tableau de ce que fut la dévotion mariale de saint Jean-Baptiste de La Salle, selon la perspective 244 La Vie des communautés religieuses S.J.-B.DE LA SALLE ET LE CULTE MARIAL de son premier biographe publié.Nous avons donc de quoi admirer dans les lignes, même imparfaites, qu’a tracées Blain.Doctrine mariale théocentrique L’aspect que je veux mettre en lumière, dans la dévotion mariale de saint Jean-Baptiste de La Salle, c’est son théocentrisme et son christocentrisme.L’écueil qui a toujours guetté l’hommage rendu à la Vierge Marie c’est celui qui voudrait en faire presque une divinité.La Salle nous montre avec vigueur que la Vierge Marie, tout en étant Mère de Dieu fait homme, demeure dans la sphère de la créature humaine.“La très sainte Vierge est proprement et véritablement la mère de Jésus-Christ, parce qu’elle l’a conçu et mis au monde, elle est aussi véritablement mère de Dieu, non pas qu ’elle ait engendré la divinité, mais parce qu 'ayant engendré le corps de Jésus-Christ qui est uni à la personne du Fils de Dieu et qui est Dieu aussi, elle est effectivement la mère de celui qui est Dieu et homme [.]” (DA 104, 1,7).J’aimerais citer intégralement toutes les pages mariales de Jean-Baptiste de La Salle dignes de constituer une anthologie.Cela prendrait trop de place, on le devine.Bien que je doive me limiter, pour le moment, à citer des passages de Jean-Baptiste de La Salle traitant de la Nativité de la très sainte Vierge, cela représentera un excellent échantillon du théocentrisme de son attachement marial.Laissons parler le fondateur des Frères des Écoles chrétiennes: Dieu qui conduit toutes choses avec sagesse, ayant dessein de sauver les hommes et de naître comme eux, s’est choisi par préférence une Vierge qui fût digne d’être son temple et sa demeure; et, pour se la préparer telle qu ’il la souhaitait, il Ta fait orner par le Saint-Esprit, de toutes les qualités naturelles et surnaturelles qui pouvaient convenir à la Mère d’un Dieu.[.]”(MF 163.1).“Admirons de combien de grâces Dieu a orné l’âme de la très sainte Vierge au moment de sa naissance.Elle en a été si remplie Septembre-octobre 1999 245 F GILLES BEAUDET, É.C.qu ’il n’y a point eu de pures créatures semblables à elle et qu ’il n 'y en aura jamais de telles; le Saint-Esprit lui faisant part de sa plénitude lui a communiqué tous ses dons, et a fait dès lors en elle sa résidence pour la disposer à recevoir et contenir dans son sein le Fils de Dieu fait homme.Il lui a même donné un coeur si pénétré de l’amour de Dieu qu’il ne respirait que pour Dieu.Tout en elle n’avait rapport qu’à Dieu: son esprit ne s’occupait que de Dieu et de ce qu’il lui faisait connaître lui devoir être agréable.Toutes les facultés de son âme n’avaient de fonctions que pour rendre hommage à Dieu.Son corps même servait d’instrument aux actions saintes qui s’opéraient en elle et qui aidaient à le spiritualiser autant qu ’il le pouvait être, et à en faire un sacré sanctuaire où Jésus-Christ devait entrer une fois et s’y offrir lui-même intérieurement à Dieu comme une victime sans tache pour achever de purifier tout à fait l’âme de cette sainte Vierge que l’Esprit de Dieu s’était acquise dès sa naissance.Oh, qu 'heureux a été ce jour pour Marie, et même pour tous les hommes qui trouvent en elle tout leur refuge à cause du trésor de grâces que Dieu a mis en elle, dès quelle a paru dans le monde.[.] Si Marie a reçu une telle abondance de grâces, ç’a été pour en faire part aux hommes qui auraient recours à elle.[.] " MF 163.2,3.Pour Jean-Baptiste de La Salle, la Vierge Marie est, comme pour saint Bernard, “dispensatrice des grâces de Dieu." Il n’y a pas en elle l’ombre d’un repli complaisant sur ses propres qualités.Elle rapporte à Dieu tout ce qu’il y a de bien en elle.: “Et, se regardant et contemplant Dieu en elle-même, toute étonnée de voir les profusions de Dieu dans sa créature, elle était persuadée et même pénétrée que tout en elle devait rendre honneur à Dieu et dire continuellement avec David que “jusqu 'à ses os même étaient si redevables à Dieu, qu ’ils ne pouvaient se dispenser de s’écrier: qui est semblable à Dieu9?” C’est là une réflexion admirable où nous rencontrons des expressions originales à La Salle et très riches sur le plan spirituel: “Marie 246 La Vie des communautés religieuses 5.J.-B.DE LA SALLE ET LE CULTE MARIAL contemple Dieu en elle-même”, c’est-à-dire “Dieu agissant en elle-même”.Elle s’étonne de voir “les profusions de Dieu dans sa créature”.Dans cette prise de conscience des grâces singulières dont elle est favorisée, Marie éprouve le besoin de chanter son Magnificat, et aussi de reprendre le cri d’admiration du psalmiste: Qui est semblable à Dieu (Adonai mi kamocha10)?Oui, qui est comparable à ce Dieu de bonté qui inonde d’amour la race humaine en lui faisant cadeau de son Fils ?Ainsi, pareille à la lune à laquelle les mystiques l'ont comparée ou à laquelle ils l’ont associée, la Vierge Marie est un miroir lumineux qui nous rappelle que la lumière jaillissant en elle, prend sa source dans le Soleil sans limites de l’Amour Divin.Doctrine martiale christocentrique Je ne peux clore sans m’arrêter brièvement au christocentrisme qui ressort des prières mariales nombreuses dans l’Explication de la Méthode d’oraison.Qu’il soit permis d’en suggérer un ou deux exemples “Vous êtes la mère de mon Créateur et la mienne.Vous êtes ma reine et ma maîtresse.Je vous honore, je vous respecte et je vous aime, après Dieu et votre divin Fils, par-dessus toutes choses.Je me soumets à votre doux empire pour le temps et pour l’éternité.Hé! Mon aimable mère, qui peut se défendre de s’y soumettre depuis que Dieu même a bien voulu se soumettre à votre obéissance en qualité de votre enfant.Oh! Je m’y soumets de tout mon coeur.Je vous prie, très sainte mère de Dieu, de m’obtenir de votre très cher Fils, la grâce de vivre et mourir dans son obéissance et la vôtre.” (EM 8,216, 2,3).Une des plus belles prières de Jean-Baptiste de La Salle s’adresse à Jésus Enfant, trônant entre les bras de sa mère: “Je vous adore entre les bras de votre sainte mère comme sur le trône le plus digne de votre majesté après le sein de votre Père céleste.Je m’abîme aux pieds de ce trône de grâce pour rendre à votre majesté suprême Septembre-octobre 1999 247 F GILLES BEAUDET, É.C.tout l’honneur qu’il m’est possible.Je vous reconnais pour mon Dieu, mon rédempteur et sauveur, qui venez pour me racheter et délivrer de mes péchés” (EM 8,215, 2).Cette prière rappelle le “O Jésus vivant en Marie, venez et vivez en moi.” de Bérulle qui l’a inspirée à Olier.Elle exprime bien le christocentrisme de la dévotion mariale.Théologiquement fondée, la dévotion mariale de saint Jean-Baptiste de La Salle ne souffrirait pas qu’il en soit autrement.Marie est présente, honorée, mais c’est Jésus qui conserve, comme il se doit, le premier rang.F.Gilles Beaudet, f.é.c.300 ch.Du Bord-de-l’Eau LAVAL, H7X 1S9 Courriel: fecfgb@ videotron.ca NOTES 1.Desclée de Brouwer, 1936 2.Il s’agit d’un panégyrique prononcé dans la chapelle de la maison mère en mai 1895 et publié par la suite dans Le Petit messager du Saint-Sacrement.3.On a pu apprécier Marie, dans la traditon lasallienne par Gérard Champagne, é.c., et Marie au temps de s.Jean-Baptiste de La Salle, paru en 1988 tous les deux.J’ai parcouru les feuillets complémentaires au Cours de Mariologie du frère Gignac, é.c.Et je garde la conviction qu’on peut développer cette recherche.4.Voir les Cahiers Lasalliens 7 et 8.5.S.Bernard a composé sur ce thème (l’aqueduc ou canal) son Sermon pour la Nativité de Marie.6.Blémur, Grandeurs de la Mère de dieu, p.494.La mère de Blémur indique aussi l’hypothèse de 72 ans de vie pour la Vierge Marie, et la manière dont la dévotion s’est adaptée au progrès.Notons que certaines sources attribuent le chapelet à six dizaines à une sainte Brigitte d’Irlande qui a vécu dans le cinquième siècle.Les martyrologes ne mentionnent rien du chapelet de sainte Brigitte ni de celui de Jean de Capistran, qui vécut au 15e siècle.7.Ce serait la seconde strophe de l’hymne ambrosien O gloriosa Domina.8.À la différence de Blain, le texte de DA porte ici : “parce qu’étant”.9.He 9, 12.On note l’aptitude spontanée chez La Salle d’intégrer le Nouveau Testament aux idées spirituelles qu'il expose.10.Ps 35, 10 : Tous mes os diront : Yahvé, qui est comme toi.248 La Vie des communautés religieuses anniversaire s Les Sœurs du Bon-Pasteur de Québec ciel ef potir /a& Aux ami-es du Bon-Pasteur de Québec, Nous, Servantes du Coeur Immaculé de Marie, dites Soeurs du Bon-Pasteur de Québec, sommes au-delà de 2000 membres depuis la fondation de notre institut, ce 12 janvier de l'an 1850.Du ciel à la terre, entre nous sur la terre et de la terre au ciel, nous avons comme point commun: la gloire de Dieu, notre Père et l'extension de son Royaume.Au début du 3e millénaire, environ 1235 d'entre nous ont déjà traversé sur l'autre rive et scrutent, sans doute, l'horizon pour s'assurer que le charisme d'amour et de bonté de Marie Fitzbach, notre fondatrice, s'exerce encore dans le monde.Elles y aperçoivent nos 800 soeurs et une bonne quarantaine de jeunes en formation qui sont à l'avant-garde dans les oeuvres de miséricorde et d'éducation.Ces dernières réinventent, pour l'an 2000, les façons de vivre ces ministères préconisés par nos fondatrices.Marie Fitzbach et ses six compagnes venues la rejoindre au cours de l'année 1850 mettent au point toute une pédagogie de la réhabilitation dans le but d'aider les femmes qui sortent de prison.Elles inventent, pour le milieu du XIXe siècle, des stratégies sociales dont voici les caractéristiques: un dévouement et une bonté extraordinaires, une prière fervente unie à une foi profonde, un zèle ardent pour remettre les femmes debout dans leur dignité, une confiance affectueuse témoignée aux protégés de tout âge et de toute condition.Notre fondatrice elle-même est alors la première à joindre les gestes aux attitudes.Un jour, on vient l'informer qu'une indocile veut à tout prix quitter la maison et retourner dans le monde.La bonne Mère descend, met la clé dans la serrure, puis, les larmes aux yeux: Ma fille, dit-elle, j'ouvre la porte de grand coeur quand il s'agit d'admettre une pénitente; pour la faire sortir, je n'en ai pas le courage.ouvrez-vous-même ! A ce moment, la cloche annonce le dîner et la Mère directrice dont la voix est émue: Tiens, le Bon-Pasteur veut vous donner un dernier repas.vous partirez après dîner, je laisse la clé à la porte.Au sortir de table, la jeune fille promet de faire mieux et l'avenir fit voir que la grâce avait remporté sur elle une victoire complète et définitive.Le Bon-Pasteur, une présence d'avenir au cœur du monde! 2550, Marie-Fitzbach Sainte-Foy (Québec) Canada G1V2J2 Téléphone: (418) 656-0650 Télécopieur: (418) 656-9737 Septembre-octobre 1999 249 Au cours de l'histoire de la Congrégation, ces manières d'être et de faire ont été diffusées aux quatre coins du Québec, dans les États franco-américains, au Lesotho, en Afrique du Sud, au Rwanda, au Brésil et en Haïti.Partout, des îlots de miséricorde sont apparus pour le bonheur et la joie des pauvres.Aujourd'hui comme hier, le Bon-Pasteur donne au monde un message d'accueil sans distinction des personnes dans une société qui ne manque pas de misères de toutes sortes.Nous du 3e millénaire, nous expérimentons, chaque jour, que le coeur humain a bien peu changé depuis 150 ans.Aussi, la soeur du Bon-Pasteur ne peut être dépassée, quand elle circule dans les rues, revêtue de son charisme d'amour et de compassion pour les petits de ce monde.Avant de fermer les yeux aux beautés de la terre, notre fondatrice s'était écriée: Que le ciel est beau! Qu'il est beau le ciel! Dieu avait transfiguré, en amour du ciel, son amour pour les malheureux de cette terre, car elle avait su créer, pour eux, un peu de ciel sur la terre.Oui, les temps étaient bons, en 1850, quand elle cheminait dans les rues de Québec et manifestait son amour de Dieu et des pauvres en gestes de bonté.Pourquoi les temps ne seraient-ils pas aussi bons en ce 3e millénaire pour les marginaux encore nombreux?Puissiez-vous, cher-es ami-es, à la lecture de cette lettre, sentir le ciel frôler doucement vos épaules et, les pieds sur la terre ferme, entrer avec nous, en l'an 2000, le coeur plein d'allégresse pour célébrer le 150e anniversaire de fondation du Bon-Pasteur de Québec.En toute amitié fraternelle, S l Soeur Marie-Paule Blanchet, s.c.i.m.présidente du comité-organisateur du 150e Québec À l’aube de l'an 2000 Le Bon-Pasteur, une présence d'avenir au cœur du monde! 250 RETRAITES IGNATIENNES - 1999-2000 - Septembre 19-26 Les voeux, une libération dans l’Esprit Alfred Ducharme, s.j Octobre 03-10 “Tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du Paul Morisset, s.j prix et je t’aime” Is.43,4 10-15 SESSION SACERDOTALE Equipe Latourelle 17-24 Contempler Jésus pour assumer mon expérience Hervé Gaulin, s.j.Novembre 31oct-02déc.TRENTE JOURS Jacques Levac, s.j.07-14 Je suis venu mettre le feu sur la terre Jacques Martineau, s.j Février 2000 06-13 Parle-moi de Jésus et de son Père 21-25 RETRAITE SACERDOTALE Mars 12mars-12avril TRENTE JOURS 12-19 “Tu comptes beaucoup à mes yeux.” 19-26 Suivre Jésus au milieu de mon peuple 26-02 avril Lectio Divina Avril Jacques Levac, s.j J.-M.Archambault,s.j Jacques Martineau, s.j.Paul Morisset, s.j.Bernard Bélair, s.j.Ghyslaine Salvail, s.j.s.h.02-09 Le Mystère pascal dans la vie courante Jacques Beaupré, s.j 09-16 La “Koinonia” ou l’amour solidaire dans Edouard Hamel, s.j le Nouveau Testament 16-23 Semaine sainte priée et vécue en communauté Jacques Levac s.j de foi 20-23 TRIDUUM PASCAL Jacques Levac, s.j 30-07 mai Une foi qui fait vivre Alfred Ducharme, s.j Mai 07-14 “Mon amour pour toi ne changera jamais”(Is.54,10) 14-21 “Seigneur, apprends-nous à prier” 21-27 Dieu m’aime sans mesure.Et moi?28-04 juin “Toi, suis-moi” (Mc 2,14) Paul Morisset, s.j Jacques Martineau, s.j Marcel Grand’Maison, s.j André Gélinas, s.j 251 Juin 04-11 Vie trinitaire et engagement apostolique J.-M.Archambault, s.j 11-18 Sachez rendre compte de l’espérance Jacques Levac, s.j qui vous habite 18-25 Le Mystère pascal dans la vie courante Jacques Beaupré, s.j 25-02 juil.Ma vie en action de grâce J.-M.Rocheleau, s.j Juillet 02-09 “Tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix Paul Morisset, s.j.et je t’aime” (Is.43,4) 09-09 août TRENTE JOURS J.-M.Rocheleau, s.j.09-16 “Du désert, tu fais jaillir des sources” Ghyslaine Salvail ,s.j.s.h.16-23 Une foi qui fait vivre Alfred Ducharme, s.j, 23-30 Jubilé : joie de notre foi Pierre Mourlon, s.j, 30-06 août La “Koinonia” ou l’amour Edouard Hamel, s.j, solidaire dans le Nouveau Testament Août 06-13 Parle-moi de Jésus et de son Père Jacques Levac, s.j.13-20 Suivre Jésus au milieu de mon peuple Bernard Bélair, s.j.20-27 Vie trinitaire et engagement apostolique J.-M.Archambault, s.j.27-03 sept.“Le Maître est là et il t’appelle”(Jnl 1,28) André Gélinas, s.j.Octobre 01-08 “Mon amour pour toi ne changera jamais” Paul Morisset, s.j.08-13 SESSION SACERDOTALE Equipe Latourelle 15-22 Une étoile dans la nuit : Jacques Martienau, s.j.les Exercices spirituels 22-29 Les yeux du disciple Gilles Pelland, s.j.29 oct.-30 nov.TRENTE JOURS Jacques Levac, s.j.29-05 nov.Contempler Jésus pour assumer Hervé Gaulin, s.j.mon expérience spirituelle Novembre 19-26 Sur le fondement “En fait de fondement, Bernard Carrière, s.j nul ne peut en poser d’autre que celui qui est en place : Jésus-Christ” (1 Cor 3,11) Inscription ou information: Centre Notre-Dame de Montserrat C.P.130 SAINT-JÉRÔME Qc J7Z 5T8 Tél.: (450) 438-3593 252 CctiTre [Ctjrisl us OCTOBRE-NOVEMBRE-DECEMBRE 1999 Activités de l’après-midi: 14h à 15h45 Activités du soir: 19h30 à 21 h 15 Octobre vendredi, 1er oct., La concentration créatrice, voie de 9h30 à 15h45 samedi, 2 oct., 9h30 à 15h45 lundi soir, 4, 18, 25 oct., mardi soir, 5 oct.mere, soir, 6 oct.au 3 nov.mardi p.m., 12 oct.au 2 nov jeudi p.m., 14 oct.au 4 nov samedi, 16 oct.9h15 à 15h45 sagesse et d’harmonie La force du spirituel Edith Stein : Une philosophe chez les mystiques Ouvertures sur la mystique de Dina Bélanger Le vécu trinitaire de la foi chrétienne Éveil à la vie spirituelle Jean-Paul Simard Jean-Paul Simard Martin Laramée Fernand Ouellette Jean Genoud ptre Claude Roy, c.s.v.Commentaire spirituel du Cantique André LeBlanc, p.m.é.des Cantiques Les mains, prière silencieuse du coeur André Cormier (Atelier “corps et prière”) nombre-lim.: 35 pers.vendredi, 22 et 29 oct., Communications et relations Hélène Filiatreault 9h30 à 15h45 inter-personnelles - nombre-limite : 20 pers.sam.et dim., L’Ennéagramme: une sagesse Yolande Frappier,s.n.j.m.30-31 oct, 27-28 nov.pour la croissance psychologique et spirituelle 9hà 15h30 Novembre lundi soir, 1er au 22 nov.lundi p.m., 8 nov.au 6 déc.nombre-limite: 60 personnes La grâce de la prière Claude Mayer, o.m.i.Nicole Morin Atelier de calligraphie nombre-limite: 16 personnes mere, soir, Le Christ dans la grande musique 10 nov.au 1er déc.religieuse vendredi, 12 nov., Critères de maturité psychologique Yvon St-Arnaud, o.m.i.9h30àl5h45 et spirituelle Fêter le grand jubilé et l’entrée dans l’an 2000 lundi soir, 29 nov.et 6 déc Décembre samedi, 4 déc.13h30 à 16h sam.et dim 11-12 déc.9h à 15h30 André LeBlanc, p.m.é.Jean-Yves Garneau, s.s.s.Célébrer les temps nouveaux avec l’icône de la Nativité Vers l’intégration de la “blessure au moyen de l’Ennéagramme - pré-requis: L’Énn.: une sagesse ( nombre-limite: 60 pers.) Michel Saint-Onge Yolande Frappier, s.n.j.m.Informations et inscriptions : Centre Christus 6450, av.Christophe-Colomb Montréal, QC H2S 2G7 téL: (514) 276-9433 253 Relance en Qualité-Vie Formation - Automne 1999 Session 1 L’autorité, une présence qui accompagne - Montréal: 5-6 oct.Les personnes en autorité sont à la fois celles qui écoutent,celles qui accompagnent celles qui interpellent.Voilà ce qui constitue une animation au coeur du vécu.Cette session offre, aux supérieur-es et aux membres de leur conseil, la possibilité de développer des attitudes et des habiletés pouvant soutenir la qualité de leurs interventions auprès des personnes et des groupes.Session 2 Négocier avec les personnalités difficiles - Québec: 19 oct.- Ottawa 2 nov.Dans tous les milieux, on rencontre de ces personnalités difficiles qui, non seulement causent beaucoup de soucis à leur entourage mais aussi se nuisent à elles-mêmes.Cette session vous permettra de mieux les comprencre, de mieux les accepter donc, de mieux négocier avec elles.Session 3 Transition dans la vie et réorientation - Québec: 16 nov.- Ottawa 23 nov.Multiples sont les transitions par lesquelles peut passer un individu au cours de sa vie adulte.Cette session vous offre la possibilité de voir comment se dégager d’une étape qui se termine pour se rendre à nouveau disponible.S’ouvrir à de nouveaux défis, c’est s’ouvrir à la Vie! Session 4 Lintelligence émotionnelle - Québec: 20 oct.- Ottawa: 3 nov.- Montréal: 17 nov.Longtemps perçue comme un défaut gênant, voire une faiblesse, l’émotion est maintenant élevée au rang d’aptitude essentielle pour la réussite de sa vie personnelle et professionnelle.Cette session vous aidera à découvrir comment l’intelligence émotionnelle s’identifie à cette capacité de percevoir ses propres émotions et de les contrôler, de détecter les émotions d’autrui, de stimuler la faculté de s’automotiver et d’entretenir des relations harmonieuses.Personnes-ressources: Michelle Audet, r.s.r.et Manon Tanguay, psychologues accréditées par Emploi-Québec (Loi 90) Pour inscription et informations: -Relance en Qualité-Vie 2233, Sherbrooke Est, bureau 200 Montréal (Québec) H2K 1E2 Tél.: (514) 529-7249 Télec.: (514) 845-0472 Lieux: Montréal: Centre St-Pierre 1212, rue Panel Québec Maison Jésus-Ouvrier 475, boul.Père-Lelièvre Ottawa Centre diocésain d’Ottawa 1247, place Kilborn Réservations: A Québec, les participants qui désirent loger sur place ou prendre le dîner doivent obligatoirement s’inscrire une semaine à l’avance, chambre et déjeuner: 23,50$ dîner: 6,50$ Partipation: Ces sessions sont offertes aux religieux et religieuses ainsi qu’au personnel laïc offrant des services dans les communautés.Horaire: Sesssion 1: 9h/16h Session 2-3-4: 9h/16h30 Frais Inscription: 10$ (non remboursable) Session 1 : 130$ Session 2-3-4: 70$ Chèque à l’ordre de: Relance en Qualité-Vie 254 24 octobre JOURNÉE MONDIALE DES MISSIONS 1999 En cette dernière année du siècle qui nous prépare au Grand Jubilé de l’an 2000 l’invitation est forte d’élever le regard et le coeur vers le Père, pour Le connaître comme il est et comme le Fils nous l’a révélé.En lisant dans cette optique le Notre Père, prière que le Divin Maître lui-même nous a enseignée, nous pouvons comprendre plus facilement quelle est la source de l’engagement apos- / tolique de l’Eglise, et quelles sont les raisons fondamentales qui la rendent missionnaire jusqu’aux extrémités de la terre.Que Marie, l’Étoile du Matin nous aide à répéter avec une ardeur toujours nouvelle le Fiat au dessein de salut du Père, afin que tous les peuples et toutes les langues puissent voir sa gloire.(Extraits du Message du Pape Jean-Paul II) 255 Livres reçus Paul, VENARD, Jacques, Saint Jean Eudes, Desclée de Brouwer, 1999,161 pages.Une existence mêlée à la grande histoire du XVI le siècle français et présente à l’extraordinaire nouveau de la vie chrétienne qui marque cette époque : telle est la vie de saint Jean Eudes (1601-1680).Ardent prédicateur de missions populaires, il voit combien il est urgent de former un clergé conscient de sa mission spirituelle.Il se consacre alors à la création et au développement des séminaires.Il invite les chrétiens à contempler le Coeur du Christ et celui de sa mère, enrichissant ainsi la spiritualité de l'École française.La Bible de Jérusalem.Nouvelle version en gros caractères.Coédition Novalis/Le Cerf, 1999, 2076 pages.Elle a été conçue pour permettre à un public de plus en plus nombreux d’accéder aux textes sacrés qui reflètent l’histoire de l’humanité.Revue Lumen Vitae.Des gens passionnés.Volume LUI, septembre 1998, no 3.LIVRETS ILLUSTRÉS ZAMBELLI, Raymond.Lisieux parle de Thérèse.Éditions du Signe, Barcelone, 1998, 64 pages.HARI, Albert.Le livre des jours.Éditions du Signe, Italie, 1998, 80 pages.HERBSTRITH, Waltraud.Viens Esprit Saint.Prier et méditer avec Edith Stein.Éditions du Signe, Strasbourg, 1998, 32 pages.SOEURS de l’Enfant Jésus.Prier avec Nicolas Barré.Éditions du Signe, Italie, 1998, 29 pages.Jean-Paul 11.Thérèse de Lisieux, docteur de l’Église.Éditions du Signe, Strasbourg, 1998, 48 pages.JACQUES, Père, o.cist.Je ne lui dis rien, je l’aime.Bellarmin, 1999, 155 pages.“Je ne lui dis rien, je l’aime.” Thérèse de Lisieux résumait sa prière en ces quelques mots.Comment s’étonner dès lors que ce livre consacré à la prière parle tout autant de la relation amoureuse.L’amour.la prière.Une même réalité, un même langage.La démarche proposée guide le lecteur pour qu’il trouve en lui le coeur profond, ce lieu d’où jaillit la prière tout comme l’expérience amoureuse.Apprendre à faire silence, à se rendre disponible afin de percevoir Dieu.Et finalement, à se tenir en toute quiétude en sa présence.256 La Vie des communautés religieuses ABONNEMENTS À l’une des adresses suivantes Sr Hélène Grudé 8, boulevard des Déportés b.p.28 35404 Saint-Malo Cédex France 251 St-Jean-Baptiste Nicolet, Qué.Canada J3T 1X9 La Vie des Communautés religieuses Les Éditions FIDÉLITÉ a/s M.Jean Hanotte Rue de Bruxelles 61 B5000 NAMUR BELGIQUE BULLETIN D’ABONNEMENT 25,00$ (taxes incluses) (105 FF) (650 FB) de surface ?29,00$ (taxes incluses) (125 FF) (750 FB) par avion ül 40,00$ (taxes incluses) de soutien ?Nom: _______________________ Adresse: Code postal: N° TPS: 141050025 - N° TVQ: 1019014190 Vie consacrée, présence spirituelle éducative et caritative en Eglise ENVOI DE PUBLICATION ENREGISTREMENT No 0828 La vie des communautés religieuses 251, St-Jean Baptiste Nicolet, Québec Canada, J3T 1X
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