La vie des communautés religieuses /, 1 janvier 2000, Janvier-Février
La DXC des communautés religieuses Vol.58 - no 1 - janvier-février 2000 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES ISSN 0700-7213 Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Canada Bibliothèque nationale du Québec N° TPS: 141050025 N° TVQ: 1019014190 Envoi de Poste-publication Enregistrement no.09280 Production: Hughes Corn.Maquette de la couverture Hughes Communications Direction André Bellefeuille, f.i.c.Tél.: (418) 877-5341 abellefeuille@ videotron, ca Téléc.: (418) 877-7810 Comité de rédaction Gilberte Baril, o.p.André Bellefeuille, f.i.c.Lorraine Caza, c.n.d.Denis Gagnon, o.p.Ghislaine Roquet, c.s.c.Madeleine St-Michel, r.h.s.j.Secrétariat Pauline Michaud, s.a.s.v.Madeleine Paquin, s.a.s.v.Rédaction et administration La Vie des Communautés religieuses 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué., Canada J3T 1X9 Tél.: (819) 293-8736 Téléc.: (819) 293-2419 La revue paraît cinq fois par an Abonnement: surface : 25$ taxes incluses (105 FF) (650 FB) avion : 29$ taxes incluses (125 FF) (750 FB) soutien : 40$ taxes incluses SOMMAIRE Vol.58 - no 1 - janvier-février 2000 Les religieuses et les religieux sont-ils et seront-ils encore parmi les forces prophétiques de l’Église ?Jean-Marie-Roger Tillard, o.p.Page 3 L’entrée dans un siècle, voire dans un millénaire nouveau, incite à s’interroger sur le présent et sur l’avenir.Le R.P.Tillard pose un regard lucide sur la situation actuelle des communautés religieuses.Non sans courage, il ébranle les colonnes de quelques fausses certitudes pour dégager des perspectives nouvelles.La mission des communautés dans l’Église s’en trouve réconfortée.Spiritualité du vieillissement.Soeur Lorraine Caza, c.n.d.Page 20 Le grand âge: une grâce ?L’auteure plaide la cause et cite à la barre trois témoins de notre temps : Thérèse, Marie-Flore et Fernand.Ils s’entourent des grandes figures bibliques qui, comme Abraham, ont nourri leur attente, ont vu de loin le Jour du Seigneur et s’en sont réjouis.Poèmes Claud Sumner Page 34 L’Esprit souffle sur la terre.Il anime la chair même jusqu’à la faire chanter comme une voix humaine, jusqu’à faire naître l’amitié comme une présence. Le rapport Proulx : Laïcité et religion à l’école.Jean-Paul Desbiens, f.m.s.Page 36 Laïcité et religions; place de la religion à l’école.Au Québec, le débat est relancé.Une commission parlementaire siège suite au dépôt du rapport d’un Groupe de travail mandaté par le ministère de l’éducation et présidé par M.Jean-Pierre Proulx.Jean-Paul Desbiens s’est plusieurs fois exprimé publiquement sur cette question.Il fait, ici, une analyse critique des arguments et des recommandations du rapport.La revue a fait peau neuve.Elle entre dans le troisième millénaire sous une livrée symbolique : lumière dans la nuit, aurore qui pointe à Vhorizon.Un proverbe chinois dit : Toutes les ténèbres du monde ne pourront jamais éteindre, à force d'être noires, la flamme d'une bougie.Jésus dit : “Je suis la Lumière du monde''.2 La Vie des communautés religieuses PARMI LES SONT-ILS ET SERONT-ILS ENCORE LES RELIGIEUSES ET LES RELIGIEUX Jean-Marie-Roger Tillard, o.p.FORCES PROPHÉTIQUES DE L’ÉGLISE ?Il m’a fallu beaucoup de temps pour préparer puis écrire ce papier.En effet, le sujet qui m’est proposé se situe au confluent de deux graves problèmes qui marquent aujourd’hui l’Église de Dieu.D’une part, les forces de la vie religieuse classique y sont en crise: peu de vocations, peu de lignes directives précises, peu de sursauts.«Nous n’intéressons plus les nouvelles générations chrétiennes» écrit un ancien maître des novices.D’autre part, la plupart des grandes Églises regardent l’avenir avec une profonde inquiétude.Sous des expressions comme «nouvelle évangélisation», en passe de virer au slogan en certains milieux, «objectif 2000» et sous les discussions du Conseil oecuménique préparant la complexe réunion de Harare se cache une angoisse.Ce n’est plus purement et simplement celle qui habitait les missionnaires partant annoncer la Bonne Nouvelle en Asie, en Afrique, aux «Indes».Car s’y mêle un très fort sentiment d’échec, de recul.Non seulement un certain athéisme pratique s’est installé, pour lequel l’Église est de moins en moins significative, mais d’autres forces spirituelles gagnent de proche en proche.L’islam (non l’islam fanatique mais l’islam religieux sain) grignote les chrétientés d’Afrique et d’Asie.En Occi- Janvier-février 2000 3 JEAN-MARIE-ROGER TILLARD, O.P.dent un bouddhisme syncrétiste fait de plus en plus d’adeptes.Le New Age et ses satellites attirent ceux et celles qu’un vague besoin de religieux tourmente.On comprend que les responsables des Églises (même, aujourd’hui, les orthodoxes) soient troublés par cette situation impensable au début de ce siècle qui s’achève.D’où la question que je trouve dans un dossier oecuménique: «Le christianisme est-il encore une espérance pour notre monde?» C’est sur cette toile de fond que je veux inscrire notre réflexion sur le sujet difficile mais crucial, que nous m’avez demandé de traiter.Une réflexion que je veux sérieuse, réaliste, en évitant de sombrer dans un piétisme niais ou un défaitisme non-évangélique.I Où en est la vie religieuse?Il convient de commencer cette recherche par un regard lucide sur l’état de la vie religieuse en Occident.Notons d’emblée comment il est impossible de généraliser, certaines familles religieuses des plus anciennes sont encore attirantes pour la nouvelle génération chrétienne.J’étais il y a exactement un mois à la profession solennelle de huit jeunes dominicains au couvent de Lille et trois de leur noviciat faisaient cette même profession en Scandinavie.J’ai des liens étroits avec la communauté monastique de Bose, où les jeunes vocations sont la majorité.Certains monastères d’hommes et de femmes, très ouverts, reçoivent régulièrement des novices.Ce sont là des faits dont il faut tenir compte.C’est pourquoi je ne pourrai que donner un regard d’ensemble face auquel chaque famille religieuse peut se situer en évaluant sa propre situation.I.Une première constatation s’impose.La vie religieuse a, peu à peu, perdu ses repères, et cela est grave.De quoi s’agit-il?4 La Vie des communautés religieuses RELIGIEUSES ET LES RELIGIEUX, FORCES PROPHÉTIQUES DE L’ÉGLISE ?1.Pour cerner la spécificité de la vie religieuse, certains théologiens — auxquels je me suis toujours fortement opposé, flairant le danger au risque de recevoir des coups — ont tablé sur le célibat.On connaît les positions des Pères Schillebeeckx, Matura, Azevedo.Elles ont été introduites dans beaucoup de nouvelles constitutions.Le fait de vivre sans conjoint d’un autre sexe serait la caractéristique essentielle du projet religieux.Cela le distinguerait même de la vocation sacerdotale puisque par le passé, et aujourd’hui encore — dans les Églises orientales, y compris celles en communion avec Rome — les presbytes peuvent se marier.On écrivait: «Qui voit un homme normal, une femme normale, sans conjoint pense spontanément que seule une grande cause, humanitaire ou religieuse, peut expliquer une telle exception».Or l’évolution actuelle des moeurs me donne raison.Le célibataire de quarante ans est vu spontanément plus comme un homosexuel avoué ou inavoué — surtout s’il est sans enfants — que comme le généreux témoin d’un admirable don de soi qui exigerait un dépouillement radical impliquant jusqu’à la sexualité.Qu’il s’agisse soit de l’homosexualité aujourd’hui légalement reconnue, soit du refus du mariage par des femmes acceptant pourtant la maternité (plusieurs vedettes, la princesse Stéphanie, Claire Chacal.) et la condition de «maman célibataire», le célibat devient de plus en plus «un état normal de vie».Ce n’est pas là ce qui peut caractériser la sequela Christi.2.Pour beaucoup de congrégations féminines et masculines, surtout si elles sont nées aux dix-huitième et dix-neuvième siècles, la raison d’être s’enracinait dans ce que j’ai appelé un «charisme de fondation», c’est-à-dire la perception d’un besoin de la société auquel on voulait répondre par l’Évangile.Cette réponse s’incarnait dans les oeuvres: orphelinats, hôtels-Dieu, hospices, écoles, collèges, soin des pauvres.Or, à part de rares exceptions, celles-ci ont été prises en charge par la société, sous la poussée soit des mouvements de sécularisation (l’État étant en mesure de s’en occuper et tenant à le faire en dehors de toute préoccupation religieuse), soit d’une certaine agressivité à l’endroit d’une Église jugée trop omniprésente et dominatrice.D’ailleurs, Janvier-février 2000 5 JEAN-MARIE-ROGER TILLARD, O.P.même là où la société aimerait encore qu’on puisse les conserver, la baisse des vocations rend cela impossible.Là où on les maintient à bout de bras il faut engager du personnel.Celui-ci n’ayant pas toujours les convictions de foi désirables, il en résulte parfois que l’oeuvre n’est plus dans la droite ligne de ce que la congrégation voulait.Je connais le cas d’un professeur d’histoire dans un collège catholique de haute réputation ayant fait de sa chaire la tribune d’un anti-cléricalisme militant.3.À cela s’ajoute une pénible impression de mise un peu à l’écart.Pendant des siècles, les congrégations ont été au coeur de la vie ecclésiale, sollicitées par les évêques eux-mêmes en dépit des agressivités jalouses de plusieurs prélats en particulier à l’endroit des congrégations masculines «voleuses de vocations».Or la diminution des vocations religieuses a été contemporaine d’une insistance sur les laïcs souvent signe d’une manifeste préférence de ceux-ci même si parfois ils étaient moins compétents, moins formés.Dans un diocèse confronté à une grave déchristianisation on a préféré confier la direction de la catéchèse à un laïc marié alors qu’une religieuse très compétente, ouverte d’esprit et riche d’expérience était disponible.Les religieux admettent qu’à égalité de compétence on leur préfère des laïcs.Mais ils sont blessés dans leur vocation ecclésiale lorsque leur identité de religieuses ou religieux leur apparaît comme l’explication de la préférence accordée aux laïcs.4.Vous devinez que si j’évoque ainsi cette perte des repères ce n’est pas dans un but négatif, pour vous convaincre que la situation est irréversible.Je le fais dans une perspective de lucidité car il nous faut bien ou repenser en profondeur nos repères traditionnels ou bien nous mettre en quête de nouveaux repères.Il n’y a pas d’autre chemin d’espérance, d’autre ouverture sur l’avenir.Hors de cette démarche, il devient inutile même de parler de prophétisme.6 La Vie des communautés religieuses RELIGIEUSES ET LES RELIGIEUX, FORCES PROPHÉTIQUES DE L’ÉGLISE ?II.Mais parler ainsi de repensée en profondeur du déjà ou de quête de l’inédit exige au point où nous en sommes de faire une importante distinction.Car il ne faut pas confondre les exigences de la fidélité au déjà et le rêve du demain.On risque autrement de «jeter le bébé avec l’eau du bain».1.Nous connaissons bien ce déjà et tout ce qui aujourd’hui l’affecte.C’est celui d’une profession religieuse vécue au jour le jour dans des congrégations et des communautés souvent de plus en plus réduites et vieillissantes mais qu’il serait tragique de considérer comme des «groupes morts» (sic).Les divers chapitres généraux ou provinciaux ont réorganisé, dans cette perspective, la vie des communautés.Là encore les situations diffèrent.Certains savent qu’après elles la congrégation s’éteindra lentement.D’autres, en particulier si elles ont essaimé hors de l’Occident, s’efforcent de puiser en ces terreaux différents du nôtre une sève nouvelle et une nouvelle jeunesse.Car dans ces chrétientés - copiées sur le modèle occidental - nos formes de vie religieuse apostolique trouvent encore leur place et parfois jouent un rôle essentiel pour les Églises locales.Certes, là aussi une évolution profonde est en cours, mais on peut la prévoir, s’y préparer et ne pas se laisser prendre par surprise comme ce fut le cas en Amérique et en Europe, Permettez-moi de noter combien je m’étonne que des chapitres généraux élisant des conseils comprenant des personnes de ces régions, semblent ignorer cette nécessité de prévoir les bouleversements que l’évolution sociale y provoquera.Certains actes capitulaires récents me paraissent gravement myopes, légers dans leur façon de traiter des implantations en Afrique, en Asie, en Océanie.2.Quoi qu’il en soit, il est évident qu’en Occident la plupart des communautés sont à l’âge des cheveux gris.J’ai souvent écrit qu’il y a des âges dans la vie religieuse.Ce que je disais alors des personnes vaut maintenant des communautés comme telles.Devant Dieu, nous avons alors à continuer d’être ce que nous avons promis d’être, avec des forces qui ont plus des couleurs d’automne que de printemps.Or ce que nous avons promis d’être se résume en quelques mots: des chré- Janvier-février 2000 7 JEAN-MARIE-ROGER TILLARD, O.P.tiens qui essaient ensemble de vivre l’Évangile non comme un fardeau mais comme une libération.Il est évident que dans nos sociétés en quête de sens il y a dans cette option quelque chose de prophétique.Le tête-à-tête absolu est impossible.Le petit nid d’amour est une dangereuse utopie, de nos jours d’emblée équivoque.Mais la résignation souvent portée par une agressivité diffuse nimbée de haine, ou la pure et simple cohabitation trahissent le projet religieux.Celui-ci est un projet de communion, de koinônia, jusqu’à la mort.Seule la prière commune peut aujourd’hui permettre de souder cette communion, là surtout où la réduction des espaces de vie accroît, voire exaspère, le choc des générations.Dans nos sociétés, le témoignage de jeunes et de vieux, de personnes encore actives et de personnes réduites à l’inactivité, est crucial.C’est une forme importante de l’Agapê évangélique à laquelle nous nous sommes voués.J’ai été frappé par la réflexion d’une des locataires d’un grand immeuble dont une communauté religieuse féminine occupe une partie du dernier étage: «C’est ainsi que cela devrait être partout! Ah! si ma fille se comportait avec moi comme le fait avec les plus vieilles soeurs la plus jeune d’entre elles, lorsqu’elle rentre de son travail.c’est à cause du Bon Dieu qu’elles sont comme cela.Le Bon Dieu c’est une bonne chose! Il fait les gens s’aimer.».Si je disais à cette communauté de six soeurs qu’elle est prophétique, elle me rirait au nez.Pourtant je lui dirais la vérité.3.Il est un autre point très important à souligner, là surtout où religieuses et religieux s’engagent soit dans des tâches paroissiales, soit dans des groupements sociaux et amicaux.Il faut s’efforcer de devenir des personnes agréables, rayonnant (sans artifice et sans fadaise) une vraie joie.La prévenance, la délicatesse, l’affabilité, l’attention à l’autre, le sourire, bref tout ce qui rend la personne agréable n’est en rien étranger à notre fidélité au Christ.Un jour, est arrivé à Saint-Pierre et Miquelon un groupe de personnes retraitées venant du Nouveau-Brunswick.«Il y avait certainement une Soeur parmi elles.” m’a dit la propriétaire de la pension où elles logeaient.«Comment le 8 La Vie des communautés religieuses RELIGIEUSES ET LES RELIGIEUX, FORCES PROPHÉTIQUES DE L’ÉGLISE ?savez-vous?» ai-je demandé.«À son visage, rayonnant la paix et la bonté, bien qu’elle soit handicapée; la regarder m’a fait du bien, alors que j’ai tant de problèmes».Notre visage doit être prophétique.Emmanuel Lévinos n’a cessé de le dire.II Je tenais à évoquer cette situation d’aujourd’hui, pour rappeler que tous et toutes nous pouvons toujours, dans notre humble quotidien, annoncer le Dieu et Père du Seigneur Jésus Christ.Il est toutefois évident que la grande inquiétude porte sur l’avenir.Y aura-t-il un demain à la vie religieuse comme telle?Peut-on discerner dans les remous de nos sociétés des pierres d’attente permettant d’espérer?I.Commençons par prendre acte d’une évidence.Il y a encore dans l’Église de Dieu un espace d’attente pour ce que nous appelons la vie religieuse, comme un soupir vers elle, une nostalgie.La preuve en est la floraison, en tous sens, de ce qu’il est convenu de nommer les «nouvelles communautés» de toute couleur, de tout sexe.Plusieurs sont florissantes.Il serait gravement injuste de porter sur elles un jugement global.Certaines dureront.Toutefois beaucoup d’entre elles se construisent sur une sorte de récupération des formes et des styles que, pour marcher avec l’Église, nous avons cru devoir abandonner.Par exemple, une certaine façon de concevoir dans l’obéissance la relation aux supérieurs et la relation fraternelle, un genre étrange d’habit, une visibilité quelque peu agressive, un accent sur la dévotion la distinguant mal du sentiment.Plusieurs de ces groupes sont plus le souvenir quelque peu outré de nos anciennes performances que le pont jeté vers l’avenir.D’autant plus — et c’est là pour moi un élément clé — qu’elles s’appuient très souvent sur une théologie mal digérée, où un esprit exercé discerne vite des déséquilibres, une vision durcie de la Providence, une doctrine de l’Esprit Saint plus proche des prêcheurs pentecôtistes que des Pères de la grande Tradition ecclésiale, dans la Liturgie une saveur New Age.Mais j’ai eu soin de noter que certaines de ces nouvelles fondations dureront.J’y reviendrai à l’instant.Qu’il Janvier-février 2000 9 JEAN-MARIE-ROGER TILLARD, O.P.me suffise maintenant d’ajouter, sans pouvoir faute de temps m’y attarder (Voir mon petit livre Dialoguer pour vivre, Paris, Montréal 1998), que c’est dans cet espace d’attente que s’engouffrent des mouvements s’abreuvant à l’Orient non chrétien et n’accordant qu’une faible attention aux besoins de la société, le bien-être spirituel personnel comptant par-dessus tout.Il reste que cet espace existe.Dieu nous y attend.Je reviens à ma remarque.Certaines façons d’être, certaines valeurs mises en relief par certains groupes chrétiens me paraissent être des ponts jetés vers l’avenir, annonçant des formes authentiquement «prophétiques» de la sequela Christi.J’entends évidemment ici «prophétique» au sens biblique de la prophétie, qui est de «parler pour» et non seulement de «dire d’avance».1.Il me semble donc d’abord que le recentrement sur Dieu, le regard porté sur lui au-delà de tout intérêt de tout repliement sur la quête des consolations spirituelles et psychologiques, loin du sensationnel et de l’étrange — donc en toute pauvreté — est l’option essentielle autour de laquelle se reconstruira la vie religieuse.Cela, dans la droite ligne de la grande Tradition patristique, en se distançant de l’amalgame de dévotions, de piétismes, de mièvreries qui a asphyxié la vie de beaucoup de congrégations et que, hélas, on s’applique parfois à ressusciter sous d’autres noms.Ce centrage sur Dieu et ce dépouillement de la prière expliquent pour une très large part pourquoi les monastères attirent aujourd’hui ceux et celles que travaille le désir religieux.Il est clair que nous pouvons tous et toutes créer dans l’Église un climat à l’unisson de ce besoin ressenti par les jeunes générations et cela .déjà.2.Il est toutefois essentiel pour le futur de relier profondément ce devant-Dieu à la situation réaliste de l’humanité inquiète, insatisfaite de son état, en recherche.Le «qu’as-tu fait de ton frère?» demeure la question clé que le Christ pose à ses disciples.Il ne s’agit plus avant tout des besoins de la vie en société auxquels à une étape précédente de la vie ecclésiale nous avons cherché à répondre, bien que certains de ces besoins puissent encore mobiliser des membres de ces com- 10 La Vie des communautés religieuses RELIGIEUSES ET LES RELIGIEUX, FORCES PROPHÉTIQUES DE L’ÉGLISE ?munautés du futur.Ce qui est en cause est le sens, la finalité de l’aventure humaine, la frontière entre le Bien et le Mal, l’écoeurement devant les ruses du pouvoir.S’il fut un temps où dans les Églises il était mal vu de porter un jugement dur et impitoyable sur le monde, on comprend maintenant comment cela était un piège.Il y a dans nos sociétés un besoin, quasi irrésistible, d’une autre chose, capable de les faire se dépasser non par le bas, mais par le haut.Cette tension entre les forces qui poussent vers le bas et les aspirations vers le haut est au coeur des malaises de notre monde.Elle explique son drame.L’humanité ne se réduit pas à ses intérêts.Elle a besoin de transcender ses besoins par un besoin radical: savoir que la Bonté existe et que le Mal n’est pas destiné à avoir le dernier mot.Là s’inscrit, me semble-t-il de plus en plus, le lien entre le Christ et la société.Le Christ — avec son appartenance à l’Évangile de Dieu, qui est Miséricorde et Espérance — est celui qui vient, selon une expression de Paul Ricoeur, «libérer le fond de bonté de l’homme» que le Mal ne peut pas dévorer.Ce qui tourmente aujourd’hui les hommes et les femmes n’est plus la culpabilité.Il est coutume de dire qu’on a perdu le sens du péché.Par contre on a gardé la nostalgie de la bonté.Je suis depuis longtemps convaincu que l’être et la responsabilité de l’Église de Dieu s’enracinent là.L’Église est chargée par l’Esprit de révéler, d’éveiller, de dégager la bonté qui dort dans le coeur humain.Vécu devant Dieu, le projet religieux appartient à cette volonté de libérer le fond de bonté de la personne et d’en témoigner pour Dieu, Les trois voeux classiques, dont je parlerai, doivent être relus et repensés dans ce sens.De nouveau, nous pouvons déjà être à ce registre de ceux et celles qui préparent l’avenir.Lorsque religieuses ou religieux réfléchissent sur leur expérience, ils savent bien que leur fidélité est un combat pour que dans leur propre coeur la ligne de partage entre le Bien et le Mal se déplace au profit du Bien.Impossible pour eux d’idéaliser leur propre vie.En particulier la rude épreuve qu’est l’existence communautaire leur a appris qu’à la moindre occasion le Mal peut resurgir: haine, jalousie, coalition contre le faible ou le différent, replis sur des affections équivoques, égoïsme malsain les guettent.Janvier-février 2000 11 JEAN-MARIE-ROGER TILLARD, O.P.Mais ils savent aussi que l’intention profonde de leurs voeux n’est pas l’ascèse, le refus de vivre, encore moins la «réparation» des torts que le Mal causerait à Dieu lui-même.Cette intention est — comme celle de l’homme riche qui interroge Jésus (Mî 19: 16-17) — de vivre en sorte qu’en dépit de tout, en eux la Bonté triomphe car dans la langue de l’Évangile le Bien et la Bonté sont la même chose.Devenir bons à cause de Dieu et de son Évangile, rayonner cette bonté, la pauvreté, la chasteté et l’obéissance ont cet objectif et c’est pour cela qu’elles visent à mettre en harmonie avec le Dieu Bon, à glorifier son oeuvre.Nous avons à préférer le langage de la Bonté à celui de la perfection.Question de nuances, certes.Mais ici les nuances comptent, dans une Église et des sociétés où les valeurs elles-mêmes sont en pleine mutation.3.Je parlais d’une libération du fond de bonté de l’homme que le Mal laisse encore intact.On devine que l’engagement apostolique des communautés religieuses de demain trouvera là sa caractéristique essentielle.En communion avec tous les mouvements essayant de briser la carapace de violence, de désespérance dans laquelle l’humanité agonise, on cherchera à faire émerger ce fond de Bonté, à le révéler aux consciences, à lui donner forme, à l’actualiser en des démarches positives.Le service de l’Évangile passera par ce filtre, en deçà d’une annonce immédiate, sans que pour autant on voile l’identité chrétienne.Cette dernière remarque est essentielle, car on est dans cette entreprise à cause de Dieu et pour lui, au nom du Christ.Évidemment on ne peut plus y être seul.On y est avec les autres chrétiens, les autres adorateurs d’un Dieu unique, même avec ceux qui se perçoivent comme des athées en quête de morale.Nous venons de redécouvrir — et l’inspiration est venue des Églises, surtout de l’Église catholique — la place du dialogue interreligieux.Nous savons maintenant que les frontières ne sont pas étanches.Il faudra renoncer à l’engagement en solitude.Mais c’est dans cette communion que les communautés — accueillant toutes les semences de Bonté (les semi-na Boni) qui sont dans l’humanité — se feront servantes du dessein de Dieu.12 La Vie des communautés religieuses RELIGIEUSES ET LES RELIGIEUX, FORCES PROPHÉTIQUES DE L’ÉGLISE ?J’écris au futur.De nouveau je pose la question: ne pouvons-nous pas déjà amorcer ce futur?Nous centrer sur la Bonté.Nous appliquer à révéler la bonté des êtres qui nous entourent (sans naïveté et sans sottise) et celle qui inspire certains mouvements.Viser à éduquer les coeurs.Non seulement aider.Mais pousser les autres à s’entraider.Qu’on me comprenne bien.Je ne prône pas des communautés de pacifiques illuminés.Je pense à des communautés capables de capter la Bonté et de la rayonner.Des communautés eucharistiques, c’est-à-dire rendant grâce à Dieu par leur vie de Bonté.4.C’est surtout aux communautés dites de vie apostolique que s’applique ce que je viens de dire.Il me paraît pourtant que beaucoup d’Ordres anciens peuvent, à cette lumière, donner au charisme de fondateur qui les a suscités une nouvelle vigueur.Je pense au charisme de Dominique, avec son angoisse de la Vérité mais, inséparablement d’elle, son accent sur la miséricorde: «Seigneur, que deviennent les hommes entre les griffes du péché?».La Bible dit déjà que Amour et Vérité s’appellent, et Thomas d’Aquin précise que Bonum et Verum ne font qu’un.Je pense aussi au charisme de François d’Assise qui n’est que Bonté.II.Dans la grande évolution de nos sociétés, beaucoup des éléments qui tissent le projet religieux ont considérablement changé de sens ou sont vécus d’une façon totalement nouvelle.Ma ferme conviction — qui, je le signale par honnêteté, n’est pas partagée par tous ceux qui réfléchissent en ce domaine — est qu’il faut impérativement tenir compte de cette évolution.Sans cela les communautés qui naîtront ne seront rien d’autre que des musées d’Ancien Régime.Elles créeront l’impression que nous avons aujourd’hui face aux communautés lefebvristes.Elles choquent, mais ne témoignent plus de rien.Faute de temps, je me bornerai à évoquer ce qui touche directement aux grandes articulations de notre vie.1.Aucune personne sensée ne mettra en cause l’impossibilité d’exercer l’autorité, et corrélativement d’accepter l’obéissance, en repro- Janvier-février 2000 13 JEAN-MARIE-ROGER T ILLARD, O.P duisant sans nuances les moeurs du passé.Or en soi cela n’a rien d’un problème d’insubordination, d’«orgueilleux refus de l’humilité évangélique» (sic).Non seulement la philosophie et la théologie mais le droit ecclésial lui-même ont reconnu les droits de la personne et affirmé que l’Église doit en assumer la réalité et les conséquences.Car ils relèvent de Yoikonomia créatrice.Il est évident que la prise au sérieux de ce fait modifie considérablement à la fois la relation entre supérieurs et communautés et les relations mutuelles entre membres de celles-ci.Certes, l’Évangile ne cessera jamais de proclamer que l’obéissance au sens biblique de upakoê (non au sens de upotagê) est au coeur de l’oeuvre du Christ.Elle est donc aussi au coeur de la sequela Christi.Mais celui ou celle qui écoute le fait comme une créature libre, ayant à exercer son jugement.Autrement on n’agirait plus comme un être humain.Or dans ce jugement, la conscience des droits fondamentaux que l’on a comme personne chargée par Dieu lui-même de sa propre destinée intervient.Il peut arriver que ce qui est demandé apparaisse inconciliable avec le Bien personnel.Les nouvelles générations hésiteront alors à accepter.Situation difficile car là peut se cacher une insidieuse tentation.Il s’agira de fuir l’esclavage des caprices, des confusions entre les désirs égocentriques ou égoïstes et les authentiques appels de Dieu inscrits dans les talents (naturels ou spirituels) de chacun pour qu’ils portent fruit.Ce discernement, radicalement indispensable, prendra le pas sur les autres éléments de la relation entre responsable du bien commun et communauté.L’obéissance trouvera là son nerf.Elle visera moins la soumission que la pleine mise en oeuvre des dons que chacun a reçus de Dieu.La responsabilité des supérieurs n’en sera en rien diminuée.Elle devra toutefois compter avec l’honnêteté, la droiture, la sincérité évangélique des membres de la communauté.Notons que le recul des oeuvres (au sens habituel du terme) avec la charge administrative et financière qu’elles impliquent, rendra infiniment plus aisée cette relecture de l’obéissance.J’ai évoqué le bien commun.On sait l’importance de celui-ci dès qu’il est question d’obéissance.Cela me conduit à une remarque qui me 14 La Vie des communautés religieuses RELIGIEUSES ET LES RELIGIEUX, FORCES PROPHÉTIQUES DE L’ÉGLISE ?paraît capitale.L’évolution de l’Église se frayant péniblement un chemin dans les taillis de nos sociétés et les imbroglios de la pensée contemporaine impose une communion étroite avec les Églises locales.Or le bien commun de celles-ci est, sous la «garde» (épis-kopè) des évêques, confié à la responsabilité de tous les chrétiens.Dans le discernement dont j’ai parlé ci-dessus, cette responsabilité de l’Église doit être un élément déterminant.Le bien propre de Tordre, de la congrégation, ne peut que s’y subordonner et par conséquent, celui des personnes.Impossible de se protéger, à l’abri de la dévotion.Je crois que les nécessités de la vie nous ont déjà conduits à agir, en de nombreux cas, selon les perspectives que je viens de dégager.Il ne faut pas s’arrêter en chemin.Une chose est sûre: aux candidats qui se présentent — il y en a encore quelques-uns — on ne saurait aujourd’hui proposer une obéissance qui mette entre parenthèses cette question des droits de la personne.Il faut non la repousser mais l’évangéliser.Cette nuance est capitale.2.Tout aussi radicaux sont les changements touchant au registre de la chasteté.En matière de sexualité nos sociétés ont opéré un virage considérable.La liberté de moeurs est devenue comme un état habituel.Si bien que rares seront les candidats, jeunes ou moins jeunes, se présentant sans avoir d’une façon ou de l’autre baigné dans ce climat.L’époque des novices tourterelles est révolue.Plusieurs arriveront à la communauté en étant blessés, émergeant parfois de drames intenses, cherchant dans la communauté une guérison.Mais celle-ci peut être longue car elle passe par la conversion.À un autre plan, l’attachement à la fidélité comme norme essentielle de l’existence personnelle et sociale recule dans tous les domaines.Les vieux textes s’appuyant sur le parallèle avec le mariage pour expliquer la fidélité religieuse ont perdu leur impact.Car le mariage est en crise.Le divorce est, en certains milieux, devenu si normal qu’on hésite à se marier.On a écrit qu’aujourd’hui, «il n’y a rien de plus instable que l’amour conjugal».La cohabitation durable est Janvier-février 2000 15 JEAN-MARIE-ROGER TILLARD, O.P.perçue comme l’étui fragile «d’un insupportable désamour».Toute une génération, témoin de la dérive de la fidélité des pères et des mères, voit ses certitudes sur l’amour voué une-fois-pour-toutes se fissurer.Elle est sur ce point extrêmement fragile.Dans l’élan du don de soi demeure toujours une question.Elle porte à la fois sur la crainte de sa propre faiblesse, de sa lassitude face aux exigences de la parole donnée dans un moment d’exultation spirituelle et sur ce que j’appelle un doute métaphysique sur la fidélité inaltérable.On opte d’emblée pour des fidélités successives ou une fidélité morcelée.Dans une vision volontariste de la sequela Christi, il était concevable de durer en dépit de tout, en cachant sa désillusion et en se consolant par une théologie du mérite.Dans une culture attentive avant tout à la satisfaction immédiate et travaillée par «le droit au bonheur», cet en dépit de tout apparaît impossible.Un amour peut survenir dira-t-on.Il me semble de plus en plus que nous aurons à réfléchir sérieusement sur ce point.Peut-être même en arriverons-nous à des engagements plusieurs fois répétitifs dans le style des soeurs de Saint-Vincent-de-Paul.Je dis cela sur la base de l’expérience.Je connais deux jeunes hommes qui ont quitté l’Ordre dominicain parce qu’ils avaient peur de la profession solennelle mais qui seraient restés si on leur avait permis de renouveler indéfiniment leurs voeux.Fragilité de la foi ou manque de confiance en Dieu?C’est ainsi qu’on jugeait leur décision.J’ai toujours cru qu’elle provenait plutôt de l’insurmontable marque en eux de la culture où ils ont été pétris.Or dans la mesure où elle est l’un des traits de Yhumanum et de la pauvreté humaine que Yoikono-mia du salut peut assumer, je suis persuadé qu’il est possible au projet religieux d’en tenir compte.J’ose même avancer qu’il faudra s’orienter dans ce sens avec mesure et discernement.Non pas donc l’infidélité, mais fidélité réactualisée à périodes fixes, avec l’intention profonde de durer quoi qu’il puisse en coûter.Un moment viendra sans doute où l’on se sentira prêt — enfin! — à la profession solennelle ou perpétuelle.Canonisation de l’instabilité?C’est ce qu’on m’objecte.Je réponds: reconnaissance, toute miséri- 16 La Vie des communautés religieuses RELIGIEUSES ET LES RELIGIEUX, FORCES PROPHÉTIQUES DE L’ÉGLISE ?cordieuse, de la fragilité de l’humain que nous voyons naître.L’Évangile veut cette reconnaissance.3.Tout aussi profonde est l’évolution de la pauvreté.De plus en plus, dans les Églises mais aussi hors de celle-ci, elle n’est plus perçue simplement sous son aspect de manque ou de pénurie de ce qu’exige pour toute personne une existence saine et normale.On l’associe indissociablement au scandale de l’injustice, à l’exploitation des pauvres par les riches et les puissants.De plus en plus à l’immoralité des politiques au service de la puissance et de la finance.Dans l’Église catholique, la théologie de la libération et l’engagement sur lequel elle s’appuie ont suscité un vaste mouvement aux conséquences doctrinales et politiques si cruciales que le synode des évêques pour l’Amérique (1996) a dû en tenir compte.Il y a collision des valeurs chrétiennes et des moeurs politiques.L’Église se dresse contre les idoles de l’aliénation et de l’oppression qui ont pour nom l’Argent, la Bourse, le Marché, le Capital.La Rédemption eschatologique dans l’Au-delà s’inaugure d’une certaine façon dans l’histoire par la libération du pobretariado, le «pauvrérariat» (cf.M.LOWY, La guerre des dieux, religion et politique en Amérique latine, Paris, éd.du Félin 1998).On a en outre pris conscience d’une pauvreté psychologique, affectant toutes les classes sociales.La crise du SIDA, la prise de conscience de la solitude des vieillards, les débats autour de l’homosexualité ont révélé des zones de pauvreté jusque-là peu prises en compte.Que dire des foyers dans lesquels l’épouse ou l’époux sont dans «l’enfer du désamour»?La situation des enfants de certains couples en est une d’extrême pauvreté.La pauvreté librement choisie dans la sequela Christi porte nécessairement — à cause de l’Évangile — l’empreinte de cette situation.Elle ne saurait plus être pure et simple décision d’appauvrissement individuel.Encore moins pure et simple démarche ascétique.Elle n’est d’Église que dans la mesure où elle communie à l’entrée de Janvier-février 2000 17 JEAN-MARIE-ROGER TILLARD, O.P.l’Église de Dieu dans l’histoire des pauvres même — et j’ose dire surtout — si l’on travaille avec les riches et les puissants ou chez eux.De cette insertion découlent des conséquences nouvelles.De par l’acte même qui scelle sa «profession religieuse», le religieux ou la religieuse s’inscrit de plain-pied dans le réalisme de l’histoire humaine.En conséquence, des hommes et des femmes profondément engagés peuvent trouver dans la vie religieuse l’aide ou l’appui que requièrent leur affermissement et leur croissance dans la Bonté et l’émergence de celle-ci dont j’ai déjà parlé.Le dynamisme auquel je pense ici n’est pas celui de nos moeurs actuelles.Nous, nous nous faisons religieux, puis la communauté nous “envoie”.Dans les prochaines décennies, je crois que beaucoup de communautés se présenteront comme le groupe fraternel «accueillant, recevant des chrétiennes et des chrétiens déjà engagés dans des tâches sociales ou ecclésiales et les insérant dans le grand projet de la sequela Christi qui est projet de Bonté.Elles auront à nourrir, fortifier cet engagement.Les communautés ne seront plus par définition lieu où se décide un type particulier d’engagement dans une tâche du Royaume.Elles seront plutôt lieu évangélique de ressourcement dans l’expérience de la communion fraternelle avec le Christ et tous les frères et soeurs, soudés par une même Règle de Vie, de personnes souvent engagées dans des tâches extrêmement diverses mais désireuses de vivre la radicalité évangélique.La nuance est considérable.J’en reviens à ma question.Ne pouvons-nous pas déjà prospecter dans ce sens, et avec les personnes les plus jeunes, gardant les tâches où la congrégation les a envoyées, créer une ou deux communautés du type que j’ai décrit.Je connais des chrétiens et des chrétiennes entre trente-cinq et quarante ans qui seraient tentés par ce que j’appelle cette.seconde vocation.Même des veufs.18 La Vie des communautés religieuses RELIGIEUSES ET LES RELIGIEUX, FORCES PROPHÉTIQUES DE L’ÉGLISE ?Voilà ce que j’ai cru nécessaire de nous dire.Je suis convaincu qu’il y aura toujours dans l’Église de Dieu un espace pour la vie monastique et la vie religieuse apostolique.C’est de cette dernière qu’il a été ici question parce qu’elle est plus inquiète sur son avenir.Il ne faut pas que l’on s’y contente de «préparer la mort».Des germes d’avenir peuvent y être ensemencés.Évidemment, ce problème est étroitement lié à la qualité de la vie chrétienne dans les Églises locales.Il y a avenir de la sequela Christi dans la mesure où le Christ représente encore l’Espérance et où l’Eglise est encore perçue comme lieu de vie et servante de l’humanité.Qu’en est-il?Jean-Marie-Roger Tillard, o.p.Collège dominicain 96, av.Empress Ottawa, Ont.Canada K1R7G3 1.Voir mon petit livre Sommes-nous les derniers chrétiens?, éd.Fides; et Dialoguer pour ne pas mourir, éd.Fides.J’y développe plusieurs des points simplement abordés dans cette conférence.Janvier-février 2000 19 SPIRITUALITÉ DU VIEILLISSEMENT Soeur Lorraine Caza, c.n.d.L’auteure participait à un forum au Centre d’Action Bénévole Émilie-Gamelin, à Joliette, Qué., Canada, en octobre dernier.On me confie aujourd’hui la responsabilité de réfléchir devant vous sur une spiritualité du vieillissement dans une perspective chrétienne.Permettez-moi d’évoquer, d’entrée de jeu, le philosophe Henri Bergson qui, au tout début du 20e siècle, appelait sur le monde «un supplément d’âme».Il ne pouvait deviner, à ce moment, comment son cri d’alarme trouverait d’écho à la fin du siècle.Une société aussi matérialiste, aussi technicienne, aussi scientifique que la nôtre a tant de raisons de s’émerveiller des réalisations de l’intelligence humaine qu’elle prend du temps avant de prendre une conscience vive qu’elle pourrait se dessécher, s’étouffer si elle ne se situe pas sous un horizon plus large.L’écrivain Sôren Kierkegaard, dans son traité sur le désespoir, dirait que nous avons besoin d’espoir de la même façon qu’une personne asphyxiée a besoin d’air.Il n’utilise pas le mot spiritualité, mais la réalité qu’il évoque se rattache à cette dimension de l’existence.20 La Vie des communautés religieuses SPIRITUALITÉ DU VIEILLISSEMENT Trois témoins à écouter Afin de ne pas être trop abstraite dans ce que je veux partager avec vous, permettez-moi de présenter trois témoins dans la vie quotidienne de ce que j’appellerais un vieillissement profondément enrichi par une perspective spirituelle très forte.Deux de ces personnes sont des soeurs dans la Congrégation de Notre-Dame dont je suis membre; la troisième, beaucoup plus jeune, semble avoir opéré dans son existence un important passage, un retournement, qui met bien en évidence, je crois, combien la dimension spirituelle de l’existence, lorsqu’elle est pleinement reconnue, assure à une personne humaine une vie plus féconde, plus relationnelle, davantage savourée.Mon premier témoin, Thérèse1, est une octogénaire qui vit présentement un déclin de sa capacité de vision physique, mais dont la capacité d’écoute et de vision intérieure est remarquable.Lorsqu’elle a franchi ses 80 ans, elle a rédigé un court texte qu’elle a intitulé : Ma mission en 1996.Un Credo.Pour moi, ce texte est une remarquable déclaration de la douce puissance d’un vieillissement vécu dans la lumière d’une vision spirituelle : Je crois à l’insertion que je vis ici dans ce milieu ordinaire, tout au bout d’une petite rue agrémentée d’une rivière, d’arbres et d’horizon.Je crois à l’inédit des rencontres, près des arrêts d’autobus, chez le dépanneur du coin, ou ailleurs.Je crois à la présence stimulante du monde concret : aux gens qui partent le matin et reviennent du travail en fin d’après-midi, aux enfants qui s’amusent dans la rue et savent se mettre sagement en ligne dès que pointe à l’horizon le transport scolaire.Je crois aux jeunes qui jouent autour de la maison, même si un jour ou l’autre leur maladresse peut risquer de casser une vitre.Janvier-février 2000 21 SOEUR LORRAINE CAZA, C.N.D.Je crois aux autres locataires du bloc et aux personnes âgées et malades du Centre d’accueil, avec qui des liens sont à inventer, à leur mesure et à la mienne.Je crois aux salutations, aux gestes d’amitié distribués sur la route, et aux paroles d’encouragement reçues.Bref, je crois à la vie sur le chemin, dans le « trafic» , à la vie de Marie et de Marguerite Bourgeoys, «voyagères conversantes», portant leur cloître au-dedans d’elles-mêmes.Je crois à l’Association à la Congrégation de Notre-Dame comme à une action prolongée de Marie et de Marguerite Bourgeoys, action qui se veut secours à toute vie qui commence, réponse aux soifs de dignité, de justice et d’amour de notre monde, étincelle d’espérance capable d’éclairer la vie à son dernier souffle.Je crois aussi aux valeurs d’équilibre et de satisfaction ressentie dans l’accomplissement des menues tâches domestiques à la résidence.Je crois à l’intérêt porté aux projets de mes deux compagnes : soeur Cécile Fiset, c.n.d., et Huguette Boulet, associée, ainsi qu’à ceux proposés par la communauté provinciale.Je crois au support mutuel, à la collaboration complémentaire, à la solidarité des aînées avec qui je travaille, à la ferveur de leur ministère de présence, de souffrance et de prière.Je crois à la couleur des fleurs, au rythme des chansons, aux loisirs pris ensemble, aux amitiés privilégiées et à la communion fraternelle.22 La Vie des communautés religieuses SPIRITUALITÉ DU VIEILLISSEMENT Je crois enfin à la prière : mystérieuse présence de Dieu dans le quotidien, dialogue intérieur prolongé ou belle liturgie du peuple de Dieu en marche.Exposée à l’imprévisible vent de l’Esprit, je vis ces années charnières entre mes jubilés d’or et de diamant de vie religieuse, comme un don offert à ma liberté pour qu’elle devienne de plus en plus amour, respect de moi-même, joie et service, à la suite de Jésus.Ce Credo, il me révèle une personne qui a découvert et savoure les joies de la quotidienneté de la vie, qui alimente sa vie avec les joies que donnent l’observation et la contemplation des beautés de la nature, les rencontres les plus ordinaires, la participation avec d’autres à des projets qui apportent vie aux personnes avec qui nous cheminons.De toute évidence, cette femme a appris la joie et l’exigence du don, du service, du partage, mais elle a tout autant développé l’aptitude à recevoir, à être nourrie, à accueillir une parole.Cette femme est une artiste de la communication, elle approche les personnes avec grande délicatesse, consciente du mystère dont chacune est porteuse.Elle semble avoir acquis une remarquable liberté intérieure, une capacité d’habiter avec elle-même, avec les complexités de son propre devenir.On la perçoit fragile, mais d’une fragilité qui s’est muée en sagesse de vie, en vulnérabilité qui permet d’être compatissante.Thérèse nous dit quelque chose de sa source, de ses appuis, lorsqu’elle se présente comme une femme «voyagère conversante», inspirée par Marie et par Marguerite Bourgeoys, lorsqu’elle parle de sa prière en termes de présence de Dieu, de dialogue intérieur, de célébration en communauté de foi.C’est encore sa source qu’elle évoque lorsqu’elle se voit «exposée à l’imprévisible de l’Esprit», recevant les années de pèlerinage qui lui restent comme un cadeau de Dieu offert à sa liberté pour poursuivre sa route dans le respect d’elle-même, dans la joie et le service à la manière de Jésus.Janvier-février 2000 23 SOEUR LORRAINE CAZA, C.N.D.Le deuxième témoin que j’appelle à la barre, c’est Marie-Flore2, une nonagénaire qui vit en dialogue très familier avec Jésus dans la prière.C’est une femme de la terre, qui a géré d’importantes fermes pour la Congrégation, à une époque où les fermes jouaient un rôle primordial pour la subsistance des jeunes qui pensionnaient dans nos institutions aussi bien que pour les soeurs qui y enseignaient et les administraient.À l’âge de 85 ans, Marie-Flore tenait encore à faire son jardin, mais elle ne se sentait plus la force de transporter la terre que requérait son impressionnant projet.Y eut-il incompréhension ?Toujours est-il que Marie-Flore se voit refuser l’aide nécessaire au transport de la terre.Elle décide donc de procéder elle-même et subit bientôt les conséquences d’une initiative téméraire à son âge.Suite à cet accident de santé, interdiction complète de poursuivre ses activités de jardin.Elle m’avoue avoir pensé perdre la tête lorsqu’on a ainsi limité son champ d’activité et avoir prié Dieu de toute son âme pour qu’il lui inspire un projet capable de lui redonner son âme.Elle eut alors l’inspiration de rédiger les Mémoires de sa vie.Elle m’a fait l’honneur et la confiance de les lire et j’ai trouvé qu’ils avaient une telle saveur qu’il fallait à tout prix les protéger pour les générations à venir.Écrire ses Mémoires, ce fut pour Marie-Flore l’occasion de relire sa vie, d’apercevoir à quel point, si elle avait été, à son niveau, artisane très active de sa croissance, de son mûrissement et de la fécondité de sa vie, elle était, au niveau le plus profond, le chef d’oeuvre, la réalisation de Celui qu’elle reconnaît comme son créateur, Celui qui, en son fils Jésus, l’accompagne comme II l’a toujours fait et lui donne tellement de communier à sa Bonté, à sa Beauté, qu’on a l’impression, en la rencontrant, en l’écoutant, que sa vie dit Dieu, bien simplement mais combien réellement.Écrire ses Mémoires, ce fut, pour Marie-Flore, la possibilité de partager, de transmettre sa joie de vivre, ses enthousiasmes face aux fruits de la terre et du travail humain, face à ses poules, ses dindes, son chien Noiraud.Ces mémoires, ils nous disent aussi comment, 24 La Vie des communautés religieuses SPIRITUALITÉ DU VIEILLISSEMENT dans les travaux de la ferme, dans les constructions qu’elle a entreprises et achevées, elle a éduqué plusieurs jeunes gens qui lui doivent d’avoir ensuite pu trouver leur place dans le monde du travail.Ces Mémoires, ils nous livrent même son secret le plus intime : sa confiance inébranlable en Celui à qui elle avait consacré sa vie, Notre Seigneur Jésus Christ, avec qui, m’a confié un des employés qui a longtemps collaboré avec elle, elle parlait familièrement tandis qu’elle effectuait toutes ses tâches.Pour moi, Marie-Flore incarne cette sagesse à laquelle une longue expérience de vie permet souvent de parvenir.Elle a «trimé dur», mais elle n’a pas été avalée par la matérialité des travaux.En septembre dernier, à la maison Saint-Gabriel, alors qu’on l’honorait comme la dernière survivante des grandes femmes fermières de la congrégation, elle avait un message d’espérance, de foi, d’amour, de paix pour nous tous et toutes qui l’écoutions.La dimension spirituelle qui inspirait son vieillissement lui donnait une nouvelle jeunesse, la vraie jeunesse de qui a découvert l’essentiel et, pour cette raison, simplifié ses relations à Dieu, aux autres, à elle-même, à la nature.Mon troisième témoin, Fernand3, est un poète renommé de chez nous qui, au milieu de la soixantaine, a semblé opérer un revirement à 180° dans sa vie.Ce qui est particulièrement frappant dans cet itinéraire de ce qu’il n’hésite pas à appeler sa «conversion», c’est que, quelque part au début de cette conversion, il y a un tout petit poème que sa petite-fille de six ans a composé pour son 66e anniversaire : Une colombe blanche comme la neige qui vole dans la nuit.Elle viendra se poser sur toi.Chante, grand-papa chéri.Ce qui est également renversant, c’est que cet homme qui a vécu tous les questionnements et les bouleversements de notre époque et qui Janvier-février 2000 25 SOEUR LORRAINE CAZA, C.N.D.appartient, de toute évidence, à «Père du soupçon», à l’ère des mille soupçons, revient non pas à la foi de son enfance, mais à une expérience de maturité, de beauté de la foi, dont on sent bien que, mystérieusement, elle est rattachée intimement à la foi de son enfance.Il faut entendre Fernand parler, dans l’émerveillement, de l’événement de Pentecôte, de toute la vie sacramentelle dans l’Église, des grands mystères de la Transfiguration, de la Résurrection et de l’Ascension du Seigneur pour savoir que le vieillissement est accès à une jeunesse étemelle quand il accepte de mûrir sous les rayons de Celui qu’en Christianisme on appelle notre Soleil Levant, Jésus Christ, quand il accepte, pour reprendre les mots de Thérèse, de s’exposer à l’imprévisible vent de l’Esprit de Dieu.La spiritualité du vieillissement me renvoie à des réalités qui ont nom : qualité des relations interpersonnelles, écoute de la vie qui commence, qui peine, qui exulte, mais aussi partage de ce que la vie nous a appris.J’associe aussi cette spiritualité du vieillissement à un élargissement du concept de fécondité de la vie.Passé le temps des grandes constructions, des grands projets de transformation, il y a la mystérieuse fécondité de la vie qui se fait silence, prière, diminution à la manière du «Il faut qu’il croisse et que je diminue», à la manière de qui veut laisser de la place aux autres, laisser à Dieu toute la place.Cette spiritualité du vieillissement, je lui vois aussi des affinités avec le concept du plaisir, avec la dimension «saveur de la vie».Dans le brouhaha des tâches, des discussions, des combats, dans le rythme parfois effréné de la vie professionnelle, nous n’arrivons pas toujours à savourer les joies toutes simples de la vie.C’est toujours bon lorsque des personnes, parce que les contraintes d’horaires sont moins grandes et qu’un certain nombre de soucis se sont estompés, peuvent être des rappels vivants que la vie est cadeau, que la vie nous sert des petites joies toutes simples qui sont pain pour la route et nous aident à devenir des êtres de gratitude, d’émerveillement.26 La Vie des communautés religieuses SPIRITUALITÉ DU VIEILLISSEMENT Des pages d’Écriture à méditer 1.Au troisième siècle avant l’ère chrétienne, Qohélet, un juif de Palestine, probablement de Jérusalem même, réfléchit sur la condition humaine.Il n’a pas la lumière qu’apportera la résurrection du Christ pour considérer la vieillesse, mais quelle émouvante description il en fait : Douce est la lumière et il plaît aux yeux de voir le soleil; si l’homme vit de longues années, qu’il profite de toutes, mais qu’il se rappelle que les jours de ténèbres seront nombreux, tout ce qui vient est vanité.Réjouis-toi, jeune homme, dans ta jeunesse, sois heureux aux jours de ton adolescence, suis les voies de ton coeur et les désirs de tes yeux, mais sache que sur tout cela Dieu te fera venir en jugement.Éloigne de ton coeur le chagrin, écarte de ta chair la souffrance, mais la jeunesse et l’âge des cheveux noirs sont vanité.Et souviens-toi de ton créateur aux jours de ton adolescence, avant que viennent les jours mauvais et qu’arrivent les années dont tu diras : «je ne les aime pas», avant que s’obscurcissent le soleil et la lumière, la lune et les étoiles, et que reviennent les nuages après la pluie; au jour où tremblent les gardiens de la maison, où se courbent les hommes vigoureux, où les femmes l’une après l’autre cessent de moudre, où l’obscurité gagne celles qui regardent par la fenêtre.Quand la porte est fermée sur la rue, Janvier-février 2000 27 SOEUR LORRAINE CAZA, C.N.D.quand tombe la voix du moulin, quand on se lève à la voix de l’oiseau, quand se taisent toutes les chansons.Quand on redoute la montée et qu’on a des frayeurs en chemin.Et l’amandier est en fleur et la sauterelle est pesante et la câpre perd son goût.Tandis que l’homme s’en va vers sa maison d’éternité et les pleureurs tournent déjà dans la rue.Avant que lâche le fil d’argent, que la coupe d’or se brise, que la jarre se casse à la fontaine, que la poulie se rompe au puits et que la poussière retourne à la terre comme elle en est venue, et le souffle à Dieu qui l’a donné (Qo 11:7-10; 12).Ce poème, si émouvant, si nostalgique, dit Raymond Pautrel, s.j., exprime en images la peur de la mort, le regret de la jeunesse, la vie au ralenti, l’attente de l’irréparable4, qui font partie de l’expérience du vieillissement, qui en sont la face d’ombre, qui appellent la lumière de la Résurrection, la promesse de Vie nouvelle, de la nouvelle naissance apportée par Jésus.C’est beau que Le Livre nous présente cette réflexion humaine comme parole de Dieu.2.L’Ecclésiastique (vers 190-180 avant J.C.) et la lettre aux Hébreux nous proposent chacun une galerie de témoins, pris parmi les ancêtres dans la foi.Ce que nous devons comprendre, c’est que Si 44 à 50:21 et He 11:1-40 nous rappellent qu’il y a une responsabilité de transmettre les valeurs qui nous font vivre, de rappeler la mémoire de ceux et celles qui ont témoigné vigoureusement, souvent dans l’ombre, de ces valeurs, de garder vivante leur mémoire.Alors qu’avec quelques consoeurs d’autres congrégations, je participais à une entrevue avec Madame Denise Bombardier, cette dernière nous a souligné combien nous semblons aidées, inspirées, relancées dans nos vies par 28 La Vie des communautés religieuses SPIRITUALITÉ DU VIEILLISSEMENT la mémoire de nos fondatrices.Et elle d’ajouter : il me semble que c’est une richesse dont la majeure partie de nos contemporains sont privés parce qu’ils semblent coupés de leurs racines, de leur source, de leur passé.3.L’évangile de l’enfance, en Le 1-2, contient de très belles figures marquées par l’âge, par la sagesse.Nous ferions bien de nous arrêter un moment à l’expérience de Zacharie et d’Élisabeth : des justes, des passionnés de la volonté de Dieu, des gens avancés en âge, appelés à une fécondité inespérée.Par Jean le Baptiste, ils ont joué un rôle extraordinaire dans l’histoire de notre salut à tous et à toutes.Pour la visite de Dieu, on n’est jamais trop vieux (Le 1:5-25, 39-56, 67-79).Il semble bien que le vieux Siméon et la prophétesse Anne, dont on dit qu’elle était fort avancée en âge, diraient la même chose.Ils se présentent comme des êtres qui ont attendu Dieu, attendu l’heure de Dieu, reconnu que tout recommençait avec Jésus.Siméon s’écrie : Maintenant, Souverain Maître, tu peux, selon ta parole, laisser ton serviteur s’en aller en paix, car mes yeux ont vu ton salut que tu as préparé à la face de tous les peuples, lumière pour éclairer les nations et gloire de ton peuple Israël (Le 2:29-32).Il dit à Marie : Vois, cet enfant doit amener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël; il doit être un signe en butte à la contradiction — et toi-même, une épée te transpercera l’âme afin que se révèlent les pensées intimes de bien des coeurs (Le 2:34-35).Anne, la prophétesse de 84 ans, qui ne quittait pas le temple et qui servait Dieu nuit et jour dans le jeûne et la prière, lorsqu’elle vit Jésus au temple, «louait Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem» (Le 2: 38).Janvier-février 2000 29 SOEUR LORRAINE CAZA, C.N.D.Zacharie, Élisabeth, Siméon, Anne : des hommes et des femmes d’espérance, et donc des personnes d’attente, de confiance, de patience; des figures inspiratrices qui ont longuement écouté et courageusement parlé; des amis de Dieu qui ont si bien conversé avec les humains.Cinq objectifs à prendre au sérieux En sa participation à l’Année internationale des personnes âgées décrétée par l’Assemblée générale des Nations Unies pour 1999, le Canada s’est donné cinq objectifs : • accroître la compréhension, l’harmonie et l’entraide entre les générations; • reconnaître davantage la contribution des aînés à leur famille, à leur collectivité et à leur pays; • aider les Canadiens à comprendre comment les décisions et choix individuels et collectifs d’aujourd’hui se répercuteront sur les personnes de la société de demain; • encourager tous les secteurs de la société à être à l’écoute d’une population vieillissante et variée, dans un monde qui évolue rapidement; • créer un potentiel de commerce en produits, en technologie et en services liés au vieillissement.Il me semble que ces objectifs nous fournissent une autre piste pour réfléchir sur une spiritualité du vieillissement; ils nous rappellent que le vieillissement de la société engage toutes les personnes vivant dans cette société dans une certaine croissance spirituelle.Le premier objectif dit aux aînés : ne manquez pas d’occasions d’augmenter votre compréhension des autres générations, de cultiver l’harmonie et l’entraide avec elles.Du même souffle, cet objectif dit aux générations plus jeunes : vous aussi, «élargissez l’espace de votre tente», ne ménagez pas vos efforts pour comprendre les aînés, pour vivre en harmonie avec eux et elles et pour leur apporter votre aide.30 La Vie des communautés religieuses SPIRITUALITÉ DU VIEILLISSEMENT Le second objectif dit aux aînés : c’est honorer le Dieu de tous les dons que d’identifier soigneusement, de vous nommer à vous-mêmes ce que vous reconnaissez comme étant votre apport à la société.En l’identifiant et en le nommant, vous êtes en quelque sorte confirmés, encouragés à participer toujours mieux.Quant à vous, des générations plus jeunes, cultivez-vous suffisamment l’émerveillement devant les chemins de fécondité nouvelle que tant de personnes découvrent et parcourent alors que leurs années s’accumulent ?Prenez-vous le temps de faire le bilan des soins, des services, du soutien, du partage de connaissance et d’expérience dont vous avez bénéficié grâce à vos aînés ?Le troisième objectif dit aux aînés : ne vous laissez pas berner par les clichés touchant le vieillissement, n’abandonnez pas la vie avant qu’elle ne vous quitte, ne renoncez pas à des activités qui recréent.Allez au bout de votre âge.Ne laissez personne vous enfermer dans des concepts rétrécis de l’évolution d’une personne humaine.Pensez qu’on peut donner la vie jusqu’à son dernier souffle.Je pense ici à ma propre mère (92 ans) qui m’a si souvent dit : «Il ne faut pas dire son âge, parce que trop souvent les gens se croient alors le droit de nous dire ce que nous pouvons faire ou ne pas faire.» Ce même objectif rappelle aux générations plus jeunes qu’elles doivent applaudir ces victoires de la vie qui permettent à des gens comblés d’années d’être encore en service, de collaborer avec d’autres, de continuer de cultiver des amitiés.Le quatrième objectif dit aux aînés : vous rendez service à la société lorsque vous faites connaître vos besoins, ce qui vous tient à coeur, ce qui vous paraît essentiel.Une société a une meilleure qualité lorsqu’elle est capable de s’avouer ses forces et ses fragilités, de se vivre dans une plus grande vérité.Du même coup, cet objectif rappelle aux générations plus jeunes comme il leur est indispensable d’écouter les aînés, d’entendre les préoccupations qu’ils portent touchant le présent et l’avenir de notre société, de recueillir l’héritage spirituel dont ils sont porteurs.Janvier-février 2000 31 SOEUR LORRAINE CAZA, C.N.D.Le cinquième objectif dit à toute la population : il y a un souhait qu’on voudrait faire à toute génération, c’est qu’elle évite de se leurrer et de donner l’impression que la vieillesse est un naufrage à nier le plus longtemps possible.Nous nous rendons service à nous-mêmes lorsque nous acceptons de nommer notre réalité telle qu’elle est, avec ses fragilités comme avec ses forces.Ce serait un bien mauvais calcul que de ne s’occuper, dans la fabrication des objets, dans la mise sur pied des services, que des besoins de certains groupes d’âge.Souhaitons-nous un monde respectueux des personnes de toutes les catégories d’âge, éminemment soucieux que toute personne humaine soit traitée avec dignité.En guise de conclusion Nous avons écouté des coeurs humains qui battent bien fort, peu importe le poids des ans : les coeurs de Thérèse, de Marie-Flore, de Fernand.Dans les profondeurs des âges, nous avons rejoint le Qohélet, le Siracide, l’auteur de la lettre aux Hébreux, Zacharie, Élisabeth, Siméon, Anne.Nous avons aussi écouté la société de cette fin de millénaire se donner des objectifs pour traiter avec plus de dignité ses aînés et ainsi être davantage fidèle à sa vocation de «société pour tous les âges».Chaque voix entendue nous a parlé de la spiritualité du vieillissement parce qu’elle nous a sensibilisés à la GRACE du vieillissement.Soeur Lorraine Caza, c.n.d.2330, rue Sherbrooke Ouest Montréal, Qué., H3H 1G8 32 La Vie des communautés religieuses SPIRITUALITÉ DU VIEILLISSEMENT NOTES 1.Il s’agit de soeur Thérèse de Bellefeuille, c.n.d.2.Il s’agit de Soeur Marie-Flore Fleurant, c.n.d.3.Il s’agit de Monsieur Fernand Ouellette 4.R.Pautrel, s.j., Qohélet dans la Bible de Jérusalem (1993), p.943, notes a et c.Janvier-février 2000 33 LAMITIE J’ai trouvé l’amitié aux chemins d’ombre et d’eau, Au fond rapide et clair où l’aurore se mire.J’ai trouvé l’amitié frémissant sur la lyre Qu’étend de cime en cime un vaste crescendo.Le moindre coup de vent sur les plis du rideau Que le reflet déplie comme au ciel son sourire Dissipe l’illusion du miroir qui chavire : Brisures plus battues que celles d’un radeau.Mais rien, ni vent, ni nuit ne disjoint cette joie Qui pousse tout le long dans le frais de la voie.Qu’il est doux sous nos pas, qu’il est vert le sentier Où l’herbe est le ruisseau moite de son mystère ! Parmi les buissons drus, rayonne l’églantier.J’ai trouvé la présence aux tiges de la terre.P.Claude Sumner 34 La Vie des communautés religieuses LESPRIT L’Esprit souffle en trombe sur un monde qui l’ignore.Il anime sa symphonie cosmique d’un même mouvement Qui palpite depuis la quasi-étoile qui s’inscrit à peine sur la plaque photographique Jusqu’à la nervure de la plus humble feuille d’eucalyptus Et qui pénètre plus profondément encore jusqu’au point d’insertion de l’infiniment petit sur l’infiniment grand dans le coeur humain Et le fait battre de la joie de les contenir tous deux et de les exprimer.L’Esprit a tellement pénétré la terre Et a tellement pétri, moulé, enduit l’argile humaine, Il s’est à ce point insinué dans notre tissu d’hommes, au centre même de notre être et de tous les noeuds de forces vives, Il a tellement animé notre amour et gonflé notre espérance, Qu’à la fin la chair elle-même s’est ébranlée Et s’est mise à chanter comme une voix humaine Chantant à elle seule toute la symphonie À l’unisson de l’univers.P.Claude Sumner Addis Abeba Éthiopie Janvier-février 2000 35 LE RAPPORT PROULX: LAÏCITÉ ET RELIGIONS À L’ÉCOLE F Jean-Paul Desbiens, fm.s.i.i.-S.-.«Y L’auteur s’adressait à l’Association québécoise des conseillères et conseillers au service de l’éducation chrétienne et à l’Association québécoise des professeurs de morale et de religion, à Québec, le 6 novembre 1999.Remarques préliminaires L’occasion de notre rencontre, c’est la publication du Rapport Proulx1 et le débat qu’il a engagé depuis le printemps dernier.Durant mon exposé, je dirai simplement « Rapport Proulx » dont le titre complet se lit ainsi : Laïcité et religions.Perspective nouvelle pour l’école québécoise.Je confesse qu’à la lecture du titre de ce rapport, je n’ai pas noté du premier coup d’œil le « s » à la fin du mot « religions ».Le premier mot du Rapport Proulx, c’est laïcité.Les mots ne sont pas innocents.Rappelons tout de suite que la distinction entre clercs et laïques apparaît nettement pour la première fois vers l’an 95, quelque 60 ans après la mort et la résurrection de Jésus.Le laïque, ce fut donc d’abord tout simplement le baptisé qui n’appartient pas au 36 La Vie des communautés religieuses LE RAPPORT PROULX : LAÏCITÉ ET RELIGIONS A L’ÉCOLE clergé.C’est ainsi que Voltaire, quelque 1600 ans plus tard, pouvait écrire : « Nous sommes, Diderot et moi, des missionnaires laïques qui prêchons le culte de sainte Catherine.» Aujourd’hui encore, les membres des communautés religieuses de frères, par exemple, sont des laïques et non pas des clercs.Le terme « laïcité », par contre, n’a guère plus d’un siècle d’existence.Il est entré dans la langue à l’occasion de la guerre scolaire déclenchée, en France, par Jules Ferry en 1880.L’origine et l’histoire de la laïcité scolaire montrent bien qu’il ne s’agit aucunement de neutralité, mais d’une volonté délibérée d’exclusion de toute référence à Dieu.La laïcité devint rapidement le laïcisme, i.e.la doctrine qui tend à donner aux institutions un caractère non-religieux et même antireligieux, comme le montre la guerre scolaire française au début du siècle.La généalogie du Rapport Proulx Sans remonter plus loin que 1960, si je retrace la généalogie du Rapport Proulx, je trouve ceci : Le Mouvement laïque de langue française; le Mouvement laïque québécois; les États généraux de l’éducation de 1996; un horizon démocratique pour l’école et le collège; sans mentionner la dizaine de livres jaunes, verts, blancs du ministère de l’Éducation.Notons ici deux choses : 1) Le rappel litanique des termes « mouvement », « école nouvelle », « moderne », « démocratique »; « an 2000 », etc.Il est implicitement suggéré que toute autre position est rétrograde, dépassée, antidémocratique.2) Le fait que le ministre actuel de l’Éducation est le 20e, depuis la création du ministère de l’Éducation, le 13 mai 1964, tandis que la Centrale de l’enseignement du Québec en est à son cinquième président seulement.Tirez-en vos conclusions quant à la maîtrise des dossiers et, surtout, quant à la permanence de l’orientation idéologique.En ce qui a trait à la Centrale de l’enseignement du Janvier-février 2000 37 F JEAN-PAUL DESBIENS, F.M.S.Québec, il est notable, en effet, que d’un comité à l’autre, d’un document à l’autre, d’un groupe d’experts à l’autre, on retrouve souvent les mêmes noms et, parfois, le frère et la sœur d’une même famille.Je dis famille au sens biologique.Venons-en au sujet proposé : L’école et la religion.Le terme école désigne, bien sûr, l’institution sociale qui va de la prématemelle à l’université inclusivement.Dans mon exposé, je réduis, à toutes fins utiles, le terme « école » aux niveaux primaire et secondaire.L’école catholique idéale Puisque nous avons à réfléchir sur l’école et la religion, il convient de rappeler ce que c’est que l’école catholique idéale.Je le fais à partir de la déclaration de Vatican II (1965) et du document de la Sacrée Congrégation sur l’école catholique (1977).L’école catholique a pour mission d’éduquer à la foi (§ 9).Il s’agit d’une école centrée sur Jésus-Christ.(§ 33) C’est proprement dans cette référence explicite à la vision chrétienne partagée par tous les membres de la communauté scolaire que l’école est catholique.(§ 34) Les devoirs de l’école catholique peuvent se résumer dans l’obligation de tendre à assurer la synthèse entre la culture et la foi, d’une part; entre la foi et la vie, d’autre part.(§ 37) Elle est consciente de l’importance qui revient à l’enseignement de la doctrine évangélique telle que l’Église catholique la transmet.(§ 49) Cet enseignement ne peut se limiter aux cours de religion prévus dans les programmes scolaires.Un tel enseignement ne se propose pas comme fin d’obtenir une simple adhésion intellectuelle à la vérité religieuse, mais l’adhésion de tout l’être à la personne de Jésus-Christ.(§ 50) En regard d’une telle description de l’école catholique, on est en mesure de constater qu’il y a bien peu d’écoles catholiques.Songez seulement aux contraintes des chartes des droits qui interdisent, au moment de l’embauche, par exemple, toute forme de discrimination 38 La Vie des communautés religieuses LE RAPPORT PROULX : LAÏCITÉ ET RELIGIONS À L’ÉCOLE fondée sur la religion.Songez aussi aux contraintes des conventions collectives de travail des diverses catégories du personnel.Le document romain reconnaît d’ailleurs qu’un projet éducatif fondé sur une conception qui engage profondément la personne ne peut être réalisé qu’avec le libre concours de tous ceux qui y participent.Il ne peut être imposé à personne.(§ 59) C’est aux parents que revient le droit de choisir l’école qui réponde le mieux à leurs vues éducatives.(§ 14) Les États imposent la fréquentation scolaire, mais ils ne peuvent pas imposer la fréquentation d’une école catholique.Peuvent-ils imposer un certain nombre d’heures hebdomadaires d’enseignement catholique?Le document est formel, là-dessus: le projet éducatif catholique ne peut être imposé à personne.On peut imposer l’éducation physique, car même si l’élève résiste intérieurement, il se fait quand même les muscles.Il n’en va pas ainsi en matière religieuse, laquelle exige l’adhésion libre.En ce qui concerne les autres disciplines, l’État impose l’enseignement du français, de l’histoire, des sciences, des métiers, etc.Cela ne fait aucune difficulté.Au contraire, si le français, la mathématique, etc.faisaient l’objet d’une option de la part des familles ou des élèves, ce serait la catastrophe.La confessionnalité (enseignement et pastorale) institutionnelle, même au niveau primaire, pose un problème particulier.Aussi bien, à l’heure qu’il est, deux mécanismes sont prévus: • La demande de reconnaissance de la part des parents.• L’exemption pour les enfants des parents (ou les élèves eux-mêmes) qui en font la demande.Idem pour les maîtres que les conventions de travail amèneraient à devoir assumer l’enseignement religieux contre leur gré, soit parce qu’ils se jugent incompétents ou par objection de conscience.2 Janvier-février 2000 39 F JEAN-PAUL DESBIENS, F.M.S.Ajoutons que le système scolaire ou, à défaut, les Épiscopats et les communautés chrétiennes ont l’obligation de « garantir et promouvoir la formation des maîtres grâce à une pastorale adaptée.» (§ 78) Je précise que « pastorale adaptée » doit signifier autre chose que l’obligation d’aller se bûcher un certain nombre de crédits universitaires.Les certificats façon courtepointe (peu importe la discipline) sont un alibi ou une fumisterie.La formation à l’enseignement catholique et à l’exercice de la pastorale suppose un enseignement structuré de la doctrine catholique et, indivisiblement, de la Bible.S’agit-il de plus ou moins neuf crédits?Je n’en tranche pas.Aussi bien, le document romain affirme que l’Église préconise le principe du pluralisme scolaire, c’est-à-dire la coexistence et si possible la coopération de systèmes scolaires variés.(§ 13) Je veux maintenant jeter un regard rétrospectif sur l’école que j’ai connue soit comme écolier, soit comme professeur ou administrateur scolaire.L’école catholique de 1940 En 1940, je fréquentais dans mon village une école catholique non point idéale, mais aussi catholique que possible.Tous les parents étaient catholiques, de même que les maîtres et la direction desdites écoles.Plus tard, j’ai enseigné dans des écoles catholiques.Au plan administratif, le système scolaire était totalement catholique : le comité catholique du Département de l’Instruction publique était composé de tous les évêques du Québec et d’un nombre égal de laïques catholiques.Et cependant, même à cette époque, les parents et les élèves n’assistaient pas tous et toujours à la messe dominicale.Aux processions de la Fête-Dieu, il y avait autant de monde sur les galeries le long des rues du parcours qu’il y en avait dans le cortège.40 La Vie des communautés religieuses LE RAPPORT PROULX : LAÏCITÉ ET RELIGIONS À L’ÉCOLE Il n’y avait pas de drogue à l’époque, mais la condition sexuée de l’homme existait, pensez donc! Jusqu’en 1952, à Montréal (et 1954 pour les autres régions), il n’y avait pas de télévision, mais Tino Rossi et assimilés ne chantaient pas l’amour selon Thérèse de Lisieux.Ô Marinella! Et les affiches annonçant les films présentaient, par exemple, Dorothy Lamour dans Toura, déesse de la jungle, plutôt dévêtue en peau de léopard.L’école catholique de 1960 Dans Les Insolences, on peut lire ceci : « Les jeunes gens à qui nous faisons la classe sont aussi loin qu'on peut l’être, sans bruit, du christianisme.Leurs idées, leurs sentiments, leurs sentiments surtout, sur l’argent, les femmes, le succès, l’amour, sont aussi étrangers au christianisme qu ’il est possible.» On pourrait donc dire que « l’école catholique de 1940 », 20 ans plus tard, n’avait pas produit les résultats escomptables.Ce n’est pourtant pas le statut ni la performance de l’école catholique qui ont amené le gouvernement Lesage à créer la Commission royale d’enquête sur l’enseignement; c’était la nécessité de moderniser et de démocratiser le système scolaire québécois.En ce qui a trait directement à notre sujet, qu’il suffise de dire que le problème de la confessionnalité des écoles fut alors réglé par la création de deux comités confessionnels (un comité catholique et un comité protestant) placé, chacun, sous la responsabilité d’un sous-ministre associé de l’une ou l’autre confession religieuse.Pour l’essentiel, ces deux comités avaient le pouvoir d’émettre les règlements régissant les écoles catholiques ou protestantes; le pouvoir de les reconnaître comme telles et le pouvoir d’approuver les manuels scolaires quant à leur contenu touchant la confession religieuse et la morale.Janvier-février 2000 41 F JEAN-PAUL DESBIENS, F.M.S.Je fais ces rappels pour vous inviter à ne point glorifier rétroactivement le caractère et les bienfaits confessionnels de l’école de jadis et de naguère.Car enfin, les décideurs d’aujourd’hui, les parents et les familles d’aujourd’hui, les écoliers d’aujourd’hui sont tous les produits d’une école confessionnelle.De plus, le Québec s’est radicalement transformé depuis 1960.L’école de l’an 2000 Pour une fois, on peut parler de l’an 2000 sans céder au réflexe millénariste entretenu par les médias.Un quotidien de Québec publie, chaque jour, avec le symbole du sablier, le nombre de jours avant l’an 2000.Si je parle ici de « l’école de l’an 2000 », je ne parle pas de l’école du 1er janvier prochain.Je parle de l’école que recommande le Rapport Proulx.Le Rapport Proulx n’est pas tant le résultat d’une enquête que le développement d’une thèse.À ce compte-là, il eut été plus simple et plus transparent de recommander carrément des écoles laïques.Il se caractérise par son légalisme et son égalitarisme.Son premier principe est le suivant : « Le Québec est une démocratie libérale qui doit, dans tous les domaines, respecter la norme de l’égalité fondamentale de tous les citoyens.» Le deuxième principe se lit ainsi : « Toute politique de l’État québécois doit s’imposer l’exigence de la neutralité de type égalitaire.» Dans l’abstrait, ces principes sont indéfonçables.Ainsi, selon toutes les chartes que l’on voudra, je suis, comme citoyen, titulaire de la liberté d’opinion.En fait, la liberté d’opinion est hors d’atteinte de quelque pouvoir que ce soit.Disons plutôt que je suis titulaire de la liberté d’expression.Mais je n’ai pas un accès égal à ma liberté d’expression que, disons, un animateur de tribune radiophonique.Et cela est dans l’ordre des choses.L’égalité absolue n’existe qu’en mathématique.Sous prétexte que tous les citoyens ne peuvent pas être Pre- 42 La Vie des communautés religieuses LE RAPPORT PROULX : LAÏCITÉ ET RELIGIONS À L’ÉCOLE miers ministres, ou simplement députés, allons-nous supprimer l’Assemblée nationale?Ou l’Opposition parlementaire?Sous le sous-titre « Les questions à résoudre », le Rapport Proulx pose les deux questions suivantes : « Sur le plan scolaire, faut-il que l’État demeure neutre ou qu ’au contraire, s’appuyant sur la tradition ou la culture majoritaire, il favorise une ou des religions?» Dans une entrevue accordée au Devoir (13 septembre 1999) M.Proulx déclare : « Voulons-nous que l’école soit inscrite autour de la tradition ou des droits de la personne?C’est un choix de société qui exige un débat public.» Je ne vois pas bien l’opposition qu’il peut y avoir entre « tradition » et « droits de la personne ».Chaque être humain est tributaire d’une tradition.Les « droits de la personne » sont justement le fruit d’une longue tradition, pour ne rien dire du mot « personne » lui-même.Les Grecs ont dégagé le concept d’individu; les Romains ont dégagé le concept de citoyen; c’est le christianisme qui a dégagé le concept de la personne.Que des traditions se perdent, c’est fatal, et ce n’est pas toujours un profit humain.Ainsi, 1’Halloween était une tradition d’origine chrétienne.C’est maintenant une pratique purement commerciale.Mais on ne peut pas ignorer la tradition judéo-chrétienne en matière scolaire, en l’opposant aux « droits de la personne », qui sont justement un fruit de la tradition judéo-chrétienne.Il s’agit là d’un tour de passe-passe incroyablement inculte ou, plus probablement, léger, de la légèreté propre à l’esprit de système.Le Rapport Proulx reconnaît en effet que ses « conclusions et recommandations marquent indubitablement une rupture avec la tradition plus que séculaire du Québec.» Dans la même page de son rapport, M.Proulx pose sa seconde question : « À qui appartient l’école?À la société civile?Aux citoyens?À l’État?» Il répond que les Québécois, là-dessus, ont des opinions fort partagées.Janvier-février 2000 43 F JEAN-PAUL DESBIENS, F.M.S.Soit dit en passant, le Rapport Proulx, après s’être appuyé sur des principes légalistes abstraits, fait une énorme consommation de statistiques et de sondages.Je comprends la chose : les statistiques sont à peu près tout ce que les sciences « humaines et sociales » ont retenu des sciences expérimentales, lesquelles sont d’ailleurs de plus en plus modestes en comparaison de ce qu’elles étaient aussi peu loin qu’au début du siècle agonisant.À qui donc appartient l’école?Disons mieux : De qui l’école est-elle la propriété exclusive?Réponse : de la société.Mais une société n’est pas un sujet individuel au sens où M.X peut se déclarer propriétaire du lot Y, dûment arpenté, et des bâtiments qui s’y trouvent.L’école n’appartient ni à l’État, ni aux enseignants, ni aux parents, ni aux Églises.Cela ne veut pas dire que l’État, les enseignants, les parents, les Églises n’ont rien à y voir.Ils ont à y voir, mais selon des responsabilités composées verticalement, et non pas exclusives l’une de l’autre.• En ce qui a trait, par exemple, à la répartition des ressources financières, l’État est premier responsable.Il est également le premier responsable de la détermination des niveaux d’apprentissage dans les diverses disciplines.• En ce qui a trait à la pédagogie (enseignement des disciplines et choix des méthodes), les enseignants sont premiers responsables.Nous n’avons pas davantage besoin d’un État pédagogue que nous n’avons besoin d’un État boulanger.Que l’État contrôle la qualité de la farine, les poids et mesures des boulangers, fort bien.Mais qu’il ne se mêle pas de devenir boulanger! • En ce qui a trait au choix de l’école, l’article 41 de la charte québécoise reconnaît aux parents le droit d’exiger un enseignement religieux conforme à leurs convictions.À cet égard, les parents sont premiers responsables.• En ce qui a trait au contenu de l’enseignement religieux, les Églises sont premières responsables.44 La Vie des communautés religieuses LE RAPPORT PROULX : LAÏCITÉ ET RELIGIONS À L’ÉCOLE Faut-il répéter qu’une école catholique doit être d’abord une école?En clair, qu’elle doit transmettre des connaissances.En ce qui a trait au sujet particulier qui nous retient ici, je dis que l’école publique doit assurer le besoin d’instruction religieuse des élèves catholiques exigée par les parents catholiques.L’enseignement culturel des religions Pour se sortir les pattes de la glu de son juridisme et de son légalisme, et pour saluer en passant la tradition judéo-chrétienne, M.Proulx dépose sur son rapport « l’enseignement culturel des religions », comme le couple en chocolat que l’on voit sur les gâteaux de mariage.Il prend d’ailleurs le soin de déclarer qu’il n’a rien à proposer sur les orientations éducatives pertinentes d’un programme concret.« Une telle proposition aurait exigé des ressources et une réflexion pédagogique qu’il n’était pas approprié de mettre en œuvre à ce stade-ci.» (p.68) Mais alors, voulez-vous bien me dire au nom de quoi il recommande (recommandation § 9) que le gouvernement « détermine les buts généraux du service d’animation de la vie religieuse et spirituelle dans les régimes pédagogiques, comme il le fait pour les autres services complémentaires.» Le principe de base de l’enseignement culturel des religions, c’est d’aborder « le phénomène religieux et les courants de pensée séculière selon les perspectives des sciences humaines et sociales.» On fait abstraction des perspectives et des données offertes par les sciences religieuses.La théologie, l’exégèse, par exemple.Je ne confonds pas catéchèse et enseignement de la religion.Peu importe laquelle.Mais s’il s’agit d’un enseignement religieux, il doit s’agir d’un enseignement et non pas d’un simple « service complémentaire ».L’école catholique, c’est d’abord une école.Là-dessus, Jacques Dufresne écrit avec une ironie dévastatrice : « Oublions la réduction de l’éducation religieuse à un quelconque Janvier-février 2000 45 F JEAN-PAUL DESBIENS, F.M.S.service complémentaire.Soulignons plutôt un excès auquel Duplessis lui-même n'aurait jamais osé se laisser aller : mettre l'enseignement religieux dans le régime pédagogique de l'État! » Ainsi donc, après avoir posé, comme principe fondateur de son rapport, les droits de la personne au-dessus de la tradition historique et fondatrice de notre société, M.Proulx s’empresse de remettre la « quête de sens », propre à l’être humain, québécois ou caucasien, entre les grosses pattes de l’État! Le Rapport Proulx « n’a pas jugé bon de proposer le développement spirituel comme but de l’enseignement culturel des religions » (p.69).Dans les démocraties libérales (minoritaires sur cette planète, soit dit en passant), plus personne ne conteste la séparation de l’Église et de l’État.Au Québec, l’Église catholique pourrait réclamer la fierté d’avoir introduit le catholicisme en Amérique du Nord.Elle ne réclame plus rien, sauf, et fort timidement, le droit du choix des parents quant à l’école qu’ils souhaitent pour leurs enfants.Le Rapport Proulx leur concède cette tolérance de façon punitive : l’école privée, l’usage des locaux scolaires publics, et l’enseignement culturel des religions.Dans Le Devoir du 20 octobre, M.François Lepage écrit : « Le Rapport Proulx, sinon le statu quo.» Je ne réclame pas le statu quo.Je réclame le pluralisme.Un État neutre (je préférerais dire : impartial), par définition, n’est pas un État unitaire, un État totalitaire.Un Etat neutre peut parfaitement s’accommoder d’une école pluraliste.Le mot est bien reçu, je pense, au sens où Flaubert parlait des « idées reçues ».Reçues dans les salons.Quoi qu’il en soit, le pluralisme scolaire est le choix de l’Église catholique dans les pays divisés de croyances.Le Rapport Proulx ne retient aucunement le pluralisme scolaire.Il s’avance, masqué, derrière les droits de la personne et l’enseignement culturel des religions.46 La Vie des communautés religieuses LE RAPPORT PROULX : LAÏCITÉ ET RELIGIONS À L’ÉCOLE Je pourrais gloser sur les « buts sociétaux », les « valeurs communes » et, pourquoi pas, le « déficit zéro »?Je pourrais même gloser sur la loi 101.Sur la « langue gardienne de la foi », comme on m’a appris dans mon enfance.Aujourd’hui, je dirais plutôt que la foi a davantage protégé la langue que l’inverse.La ministre Louise Beaudoin vient de déclarer (voir les journaux du 2 novembre 1999) qu’elle rejette l’accès libre à l’école anglaise pour les enfants des parents qui n’ont pas été instruits en anglais.Par rapport à la volonté des parents vis-à-vis de la religion majoritaire, le Rapport Proulx est autrement plus chatouilleux.Conclusion Travaillant sur cette communication, je déniche dans mes papiers la réflexion suivante d’une jeune Vietnamienne nouvellement arrivée au Québec : « vous vous dites respectueux de toutes les religions, sauf de celle que vous avez en propre.On dirait que vous êtes désulfurés de votre propre culture, comme si vous étiez sortis de votre lit de rivière, inondés, vous répandant dans toutes les directions, sans trajet historique, sans orientation d’avenir.» Les parents ont le droit d’exiger des écoles qui soient conformes à leurs convictions religieuses.Le Rapport Proulx nous force à réaffirmer ce droit fondamental.Mais il ne faut pas oublier que ce droit implique, pour les parents, l’obligation de « donner l’exemple ».J’emploie délibérément cette vieille expression à saveur moralisatrice.La famille est la première éducatrice de l’enfant.En matière religieuse, elle est « l’Église domestique », selon l’expression du récent Catéchisme catholique.Si les parents, du simple fait qu’ils sont majoritaires dans une région ou un quartier donnés, se contentaient d’une école catholique pour assurer l’éducation religieuse de leurs enfants, ils se contenteraient d’une fausse sécurité : la sécurité que donnent les structures administratives.Janvier-février 2000 47 F.JEAN-PAUL DESBIENS, F.M.S.À propos de structures, vous savez déjà que le Rapport Proulx recommande « l’abrogation, par voie législative, du Comité catholique et du Comité protestant et de la fonction de sous-ministre associé.» Nonobstant le sort qui pourrait être fait aux recommandations du Rapport Proulx touchant les structures actuelles de l’enseignement confessionnel, je vous signale le document de la Conférence des Évêques de France, daté du 14 mai 1996, sur le Statut de l’enseignement catholique.Le Préambule mériterait une lecture complète, séance tenante.Il est d’une grande densité doctrinale et politique.J’en extrais cependant deux paragraphes : « L’Enseignement Catholique témoigne de la volonté de la communauté chrétienne de prendre part institutionnellement à la responsabilité de la nation vis-à-vis de l’enseignement et de l’éducation.(.) L’Enseignement Catholique ne peut pas renoncer à la liberté de proposer le message et d’exposer les valeurs de l’éducation chrétienne.Il devrait être clair à tous que proposer n ’équivaut pas à imposer.» Malgré son importance, qui est grande, l’école n’est pas tout.Elle ne résout pas, à elle seule, tout le problème de l’éducation religieuse.Si je fais le décompte de mes neveux et nièces et des enfants, neveux ou nièces de mes amis et de leurs enfants, j’arrive facilement, disons, à une cinquantaine de jeunes hommes et de jeunes femmes que j’ai connus, pour la plupart, vagissants ou presque.Ajoutons que les parents des enfants dont je parle forment des couples unis et qu’ils ont élevé leurs enfants aussi bien qu’il est possible.Or, et voici mon point: aucun de ces parents n’a transmis à ses enfants son héritage spirituel.Disant cela, je laisse ouvert, bien entendu, le « retour du prodigue », lequel n’avait pas eu de mauvais parents, si l’on s’en rapporte à la parabole.Je termine avec une remarque qui vous laissera peut-être perplexes : il serait tragique que l’Église se laisse braquer par la défense de l’école confessionnelle.Les récents synodes diocésains (Québec et Montréal) ont bien dû révéler l’ignorance religieuse abyssale des adultes.Je dis « adultes », puisque je parle des personnes qui ont 48 La Vie des communautés religieuses LE RAPPORT PROULX : LAÏCITÉ ET RELIGIONS À L’ÉCOLE participé à divers ateliers ou comités.J’en ai présidé deux lors du synode du diocèse de Québec.L’ignorance religieuse des adultes est abyssale.L’Eglise ne doit pas se laisser distraire de cette réalité.Comment voulez-vous qu’il y ait « école catholique » s’il n’y a pas d’adultes catholiques?Parallèlement à la défense d’une forme de confessionnalité scolaire, il faudrait de toute urgence instruire et former les parents des élèves qui entreront ou qui sont déjà dans les écoles (pour l’heure) confessionnelles.Je peux dire, en tous cas, après l’expérience de la Révolution tranquille, que l’arrangement découlant de la création du ministère de l’Éducation doit être revu.Pourtant, nul effort n’a été ménagé.Nulle structure n’a manqué.Nul budget non plus, tout bien compté.Et alors?Et alors, il est arrivé ceci qu’en dehors de l’école, tout le reste avait basculé.Une récente émission de /toüfio-Canada (19 octobre) était présentée de la façon suivante : première communion, dernière communion.Et notez bien que la « sacramentalisation » des enfants est désormais l’affaire de l’Église et des familles.Mais nous constatons tous un énorme ressentiment vis-à-vis de l’Église, de certains éléments de son passé et aussi en face d’un nombre important d’enseignements qui appartiennent tout à fait au présent.Dans le monde actuel, la foi est difficile et les choses de la foi sont ignorées.La sécularisation de notre société est fort avancée.C’est le choix des parents et le besoin des enfants qui doivent dominer la question posée par le Rapport Proulx.Dans une société donnée, à un moment donné, la réalité, je veux dire la vérité d’une école catholique finira toujours par refléter la situation qui prévaut à l’extérieur de l’école, avant et après l’école.Avant l’école, il n’est pas question du droit des parents; il est question de leurs obligations vis-à-vis de l’éducation religieuse de leurs enfants.Après l’école, c’est-à-dire après le niveau secondaire, il n’est plus question de confessionnalité scolaire au sens où en débat le Rapport Proulx.Janvier-février 2000 49 F.JEAN-PAUL DESBIENS, F.M.S.La responsabilité des parents vis-à-vis de leurs enfants n’est pourtant pas abolie.On le voit bien en ce qui a trait, notamment, aux conditions matérielles d’existence des jeunes.En ce qui a trait à la religion, la responsabilité des parents prend davantage la forme du témoignage discret, silencieux même.Dans l’article que La Presse a publié le 28 mai dernier, j’avais placé en épigraphe la citation suivante d’Emmanuel Mounier : « Dans la diversité des familles spirituelles, seule une structure pluraliste de l’école peut nous sauver à la fois des dangers de l’école ‘neutre ’ et des menaces de l’école totalitaire.» L’article s’intitulait : Vers l’intégrisme laïque.Je suis aussi loin qu’il est possible de l’intégrisme catholique.Je ne veux pas non plus d’un intégrisme laïque.Il peut arriver que l’on trouve l’époque actuelle confondante, désespérante même.Dans Foi et Raison, Jean-Paul II écrit : « Une des plus graves menaces de cette fin de siècle est la tentation du désespoir » (§91).En 1958, Henri de Lubac écrivait : « Toute époque a toujours été la pire.Saint Augustin, c’était, sur sa fin, un petit évêque assiégé par les Barbares qui voyait crouler le grand empire dont l’histoire semblait se confondre avec celle du monde.C’est au Vie siècle, époque de perpétuelle menace et d’affliction, l’Italie étant livrée aux Goths et aux Lombards, que la Liturgie romaine, cette merveille, s’est le plus enrichie.Au milieu du XHIe siècle, ce grand siècle de la chrétienté, le plus grand, le seul, celui qui éveille tant de nostalgies, celui qui ne reviendra plus, la chrétienté crut son dernier jour arrivé.Nul cri de détresse universelle n’est peut-être comparable au discours prononcé par le pape Innocent IV en 1245 : mœurs abominables des prélats et des fidèles, insolences des Sarrasins, schisme des Grecs, sévices des Tartares, persécution d’un empereur impie, telles sont les cinq plaies dont meurt l’Église; pour sauver le peu 50 La Vie des communautés religieuses LE RAPPORT PROULX : LAÏCITÉ ET RELIGIONS A L’ÉCOLE qui peut être sauvé, que tous se mettent à creuser des tranchées, seul recours contre les Tartares.» Nous ne sommes pas entre le « ridicule et le chaos », comme écrivait récemment je ne sais plus qui à propos du débat provoqué par le Rapport Proulx.L’actualité politique des dernières années et même des dernières semaines me permettrait facilement de dénoncer et le ridicule et le chaos.Mais s’agissant de religion, ma foi, justement, me permet de dire que l’Esprit souffle sur le chaos, comme il est dit au début de la Genèse.Le livre de la Genèse ne rapporte pas un événement initial et lointain dans le temps.La création du monde, c’est maintenant.L’Esprit ne boude pas.Il n’est ni à la retraite, ni boudeur, ni en grève.Jean-Paul Desbiens, f.m.s.5050, rue Clément-Lockquell Saint-Augustin-de-Desmaures, Qué., Canada, G3A 1B3 NOTES 1.Le «Rapport Proulx» est le fruit d’un groupe de travail sur la place de la religion à l’école, groupe mis sur pied, en 1997, par la ministre de l’Éducation du Québec, Mme Pauline Marois, et présidé par M.Jean-Pierre Proulx.Le rapport s’intitule Laïcité et religions, perspective nouvelle pour l’école québécoise (Gouvernement du Québec, ministère de l’éducation, 1999).2 L’exemption, comme d’autres aspects de la confessionnalité, pose des problèmes d’organisation scolaire.L’informatique a trouvé moyen d’arranger les horaires en fonction des conventions collectives des enseignants et des chauffeurs d’autobus.Elle pourrait sans doute surmonter non seulement le problème de l’exemption, mais aussi celui de la «ventilation» du temps consacré à l’enseignement religieux et à la pastorale.Janvier-février 2000 51 Faites-vous un cadeau! Offrez-vous un temps de formation personnelle.Quelle espérance pour la vie religieuse?Depuis trente ans, la vie religieuse connaît des parcours déroutants.Alors que certaines communautés sont en train de disparaître, d’autres se renouvellent ou naissent.Ce n’est pas la première fois dans l’histoire, mais ces changements posent question.Cette session permettra de dégager des observations sur la situation actuelle de la vie religieuse, d’examiner les conditions de son renouveau et de partager des convictions sur ses voies d’avenir.Dates: 5 lundis soir: du 21 février au 20 mars 2000 Horaire: 16h30 à 21h20 Responsable: Daniel Cadrin, o.p., ancien assistant du Maître de l’Ordre des Dominicains directeur de l’Institut de pastorale 52 Prière et liturgie des Heures Depuis sa naissance, l’Église ne cesse de prier, de jour comme de nuit, à l’invitation du Seigneur.Progressivement, au cours des siècles, s’est élaborée une liturgie des Heures.Celle-ci constitue un moment privilégié de la «prière du temps présent».Pour favoriser une meilleure participation à cette action liturgique, la session permet de réfléchir à la théologie, à l’histoire et à l’aménagement de cet héritage ecclésial.Dates: du 1er au 4 février 2000 Horaire: mardi et jeudi: 9h à 15h20 mercredi et vendredi: 9h à llh50 Responsable: Denis Gagnon, o.p.ancien maître des novices dominicains professeur de liturgie Institut de pastorale des Dominicains 2715, chemin de la Côte-Sainte-Catherine Montréal (Québec) H3T 1B6 Tél.: (514) 739-3223 Téléc.(514) 739-1664 53 RETRAITES IGNATIENNES 2000 (mise à jour) Fév.06-13 21-25 Parle-moi de Jésus et de son Père Jacques Levac, s j.RETRAITE SACERDOTALE J-M.Archambault, sj.Mars 12-12 av.12-19 19-26 26-02 av.TRENTE JOURS Jacques Martineau, s.j.“Tu comptes beaucoup à mes yeux, Paul Morisset, s.j.tu as du prix et je t’aime” Is.43,4 Suivre Jésus au milieu de mon peuple Bernard Bélair, s.j.Lectio divina Ghyslaine Salvail, s.j.s.h.Avril 02-09 09-16 16-23 20-23 30-07 mai Le Mystère pascal Jacques Beaupré, s.j.dans la vie courante La “Koinonia” ou l’amour solidaire Edouard Hamel, s.j.dans le Nouveau Testament Semaine sainte priée et vécue en Jacques Levac, s.j.communauté de foi TRIDUUM PASCAL Jacques Levac, s.j.Une foi qui fait vivre Alfred Ducharme, s.j.Mai 07-14 “Mon amour pour toi Paul Morisset, s.j.ne changera jamais” 14- 21 “Seigneur, apprends-nous à prier” Jacques Martineau, s.j.15- 19 RETRAITE SACERDOTALE 21-27 Dieu m’aime sans mesure.Et moi?28-04 juin “Toi, suis-moi” (Mc 2, 14) Edouard Hamel, s.j.M.Grand’Maison, s.j.André Gélinas, s.j.Juin 04-11 Vie trinitaire et engagement apostolique 11-18 Sachez rendre compte de l’espérance qui vous habite 18-25 Le Mystère pascal dans la vie courante 25-02 juil.Seigneur, apprends-nous à prier J.-M.Archambault, s.j.Jacques Levac, s.j.Jacques Beaupré, s.j.Jacques Martineau, s.j.Juil.02-09 “Tu comptes beaucoup à mes yeux, Paul Morisset, s.j.tu as du prix et je t’aime”(Isaie 43,4) 09-16 “Du désert, tu fais jaillir Ghyslaine Salvail, s.j.s.h.des sources” 54 02-02 août TRENTE JOURS J.-M.Rocheleau, s.j.16-23 Une foi qui fait vivre Alfred Ducharme, s.j.23-30 Jubilé : joie de notre foi ! Pierre Mourlon, s.j.30-06 août La “Koinonia”, ou l’amour solidaire Edouard Hamel, s.j.dans le Nouveau Testament Août 06-13 Parle-moi de Jésus et de son Père Jacques Levac, s.j.13-20 Suivre Jésus au milieu de mon peuple Bernard Bélair, s.j.20-27 Vie trinitaire et engagement J.apostolique -M.Archambault,s.j.27-03 sept :.“Le Maître est là et il t’appelle” (Jn 11,28) André Gélinas, s.j.Oct.01-08 “Mon amour pour toi ne changera jamais” Paul Morisset, s.j.08-13 Session sacerdotale Equipe Latourelle 15-22 Une étoile dans la nuit: Les Exercices spirituels J.Martineau, s.j.22-29 Les yeux du disciple Gilles Pelland, s.j.29oct-30nov.TRENTE JOURS Jacques Levac, s.j.29-05nov.Contempler Jésus pour assumer mon expérience spirituelle Hervé Gaulin, s.j.Nov.19-26 Sur le fondement: Bernard Carrière,s.j.“En fait de fondement.nul ne peut en poser d’autre que celui qui est en place : Jésus-Christ (ICor 3,11) Déc.03-10 Les sens et l’expérience Jean-Guy St-Arnaud, s.j.spirituelle Inscription et information : Centre Notre-Dame de Montserrat C.P.130 Saint-Jérôme QC J7Z 5Y8 Tel.: (450) 438-3593 55 RETRAITE Printemps - Été 2000 20-27 mars Et.il a demeuré parmi nous, Jn 1,14 Germain Grenon, m.s.a.08-15 mai Cheminer avec le Christ dans l’évangile de Marc Bernard Carrière, s.j.05-12 juin Ma prière dansera sur la lyre à dix cordes Gaston Vachon, ptre 14-21 juin Les béatitudes, le Christ et nous André LeBlanc, p.m.é.03-10 juillet Et.il a demeuré parmi nous, Jn 1,14 Germain Grenon, m.s.a.10-17 juillet Avancez au large et jetez vos filets Michel Vigneau, o.ss.t.Réservation et inscription : Joindre à sa réservation un montant de 45$ pour frais d’inscription.Les retraites débutent à 19h30 et se terminent après le dîner.Frais de séjour : 185$ (inscription non comprise) Adresse: Maison Rivier Tél.: (819) 562-2184 999, rue du Conseil ou (819) 569-9306 Sherbrooke QC JIG 1M1 56 RETRAITE POUR L’AN 2000 31 juil-06 août La suite de Jésus dans Marc (2,14) André Gélinas, s.j.07 au 13 août Le désir dans la vie spirituelle Benoît GarceaUyO.m.i.et S.M.Beaulne,s.n.j.m.14 au 20 août Dieu, Être de communion J.-J.Robillard,o.p.prieur 21 au 27 août Prier dans la chair vive de l’humanité Benoît Fortin,o.f.m.28 août -04 sept.Le rôle des vertus dans la vie religieuse et chrétienne Michel Couture,o.c.d 11 au 17 sept.Une spiritualité de l’attention amoureuse Claude Mayer,o.m.i.Ces retraites débutent le lundi soir à 19h00 et se terminent le dimanche suivant après le dîner.Frais : Inscription : 25,00$ Pension : 210,00$ Frais pour autres activités : Locaux : 75,00$ par jour pour la salle de conférence 35,00$ par jour de semaine Pension : 35,00$ par jour de semaine 70,00$ du vendredi 19h00 au dimanche 15h00 5,00$ par repas supplémentaire Ermitage Sainte-Croix 21269 boul.Gouin Ouest Tél.: (514) 626-6379 PIERREFONDS QC H9K ICI Téléc.: (514) 620-6070 57 AN 2000 : GRAND JUBILÉ DE LA REDEMPTION Janv.21-23 (2) 24-28 (4) Fév 7-14 (7) 12 18-20 25-3m (7) Mars 3-5 20-27 (7) 31 -2av.(2) Avril 3-7 (4) 7-9 (2) 17-23 (6) Mai 5-7 (2) 15-22 (7) 22-29 (7) 29-5 juin (7) Juin 9-16 (7) 16-23 (7) Juil.1-8 (7) 8-15 (7) Une année d’action de grâces! A.M.Syrard, o.s.m.Guérison intérieure Le Jourdain Inc.648-5111 Retraite avec l’évangéliste saint Jean A.M.Syrard o.s.m.Journée d’intériorité Alain Dumont Journée eucharistique Une équipe La prière du coeur ou du “Nom de Jésus” Lucien Coutu c.s.c.Retraite de langue anglaise (à préciser) Père donne-nous l’oeuvre de l’Esprit, le Pain de vie Ernest Sherstone o.m.v.L’expérience pascale de Jésus et la nôtre Richard Dandeneau p.v.Allez: de toutes les nations faites des disciples Pierre Smith, ptre Session d’intériorité Alain Dumont Dans le retournement du coeur, célébrons le don de Jésus Christ Gaston Vachon, ptre Guérison intérieure Le Jourdain Inc.648-5111 Toi, suis-moi! Mc 2,14 (sur l’év.de Marc) André Gélinas, s.j.Courage, j’ai vaincu le monde ! Gérard Marier, ptre Ma vie en action de grâce Jean-Marie Rocheleau s.j.Mon enfant tout ce qui est à moi est à toi Michèle Lamoureux c.n.d.L’an 2000.quel avenir ! Regards de foi sur l’avenir Richard Guimond, o.p.Jubilé 2000.Prier la 1ère épître de s.Jean P.Mourlon Beemaert, s.j Toi, suis-moi! Mc 2,14 (sur l’év.de Marc) André Gélinas, s.j 58 Août 6-12 12-17 17-24 (6) Celui qui aime le prochain est dans la lumière Yvon St-Amaud,o.m.i.(5) Des lueurs d’espoir Alain Dumont, laïc (7) Retraite avec Elisabeth de la Trinité A.M.Syrard, o.s.m.Sept.8-10 (2) Retraite contemplative- accompagnement individuel Eq.M.-Réparatrice 10-18 (8) Cheminer avec le Christ dans l’Évangile Bernard Carrière, s.j.Retraite de la communauté S.M.R.Oct.20-22 (2) Découvrir l’Eucharistie Gérard Marier, ptre Nov.7-14 (7) Retraite sur la prière du coeur A.M.Syrard, o.s.m.17-19 (2) Guérison intérieure Le Jourdain Inc.648-5111 24-26 (2) Retraite de langue anglaise (à préciser) Déc.1-3 (2) Vierge adoratrice du don de Dieu A.M.Syrard, o.s.m.GLOIRE À LA TRINITÉ SAINTE ! Centre Marie-Réparatrice 1025 , boul.Mont-Royal Ouest OUTREMONT PQ H2V 2H4 Tél.: (514) 279-5619 59 Heureux Jubilé, Emilie! 1800-2000 De ces illustres noms.pierres vivantes au coeur d'une cité naissante.prémices d'une Église en voie de croissance, un peuple debout chante la gloire!.De ces illustres noms, un peuple en liesse a reconnu le tien, Vénérable Émilie! Terre Providence! Doux lieu de ton berceau! Joie d'un foyer divinement comblé! Terre providence! "Un arbre y est planté: ses rameaux s'étendront jusqu'à l'infini, son feuillage ne flétrit pas, ses fruits seront plus délicieux que le miel au palais"! (Ps 1,2) Sous les portiques de Notre-Dame, un vingt février, pour la première fois l'Eglise acclame ton entrée! Les cloches à toute volée annoncent ton baptême, heureuse Émilie! Avant les balbutiements d'un âge puéril, tu découvres la présence invisible de Celui qui veille sur l'herbe du matin, sur le premier vol de l'oisillon, sur le vagissement du nouveau-né dont il soutient les jours! Tu découvres la douceur d'un Dieu Providence dont le nom vient, comme un céleste chant, caresser ton oreille! Au fil des jours l'oeil vigilant d'une mère initie sa fillette à la vie domestique, au souci quotidien des enfants oubliés, des vieillards délaissés! Tendresse et compassion très tôt se révèlent en ton coeur trop sensible! Un trait le prouve éloquemment alors qu'à trois ans, ta naïve ambition veut décidément remplir le sac d'un mendiant, 60 dont le vide.un gouffre à tes yeux de bambine, te fait verser tant de larmes, mais qui, selon le calcul maternel, sera comblé lorsque viendra le soir! À la "Table du roi", l'indigent tu reçois! Geste que méconnaît l'opulence des grands! Aux salons somptueux.aux cercles élégants, ton altruisme préfère la masure du gueux occultant sa misère! Et les jours passent! Tu vas d'un pas certain, servante au coeur de flamme! Car, le creuset des deuils, au matin de la vie, a réveillé chez-toi le culte des souffrants! Marie compatissante, en te tendant la main, t'offre désormais son auguste oriflamme! Avec vénération, ton "coeur" le portera! Femme forte et sans crainte, tu défies la fatigue et la longueur des jours! Sans esquiver les sentiers mal battus, tu cours porter secours au faible, apaiser du mourant les angoisses et les peurs, consoler l'orphelin au plus fort de ses pleurs! 61 Vénérable Emilie! Tout comme aux premiers jours ton charisme est vivant! Tes filles, sous ton égide, poursuivent ta mission sur les places où sévissent la détresse et la faim! A tes fières émules tu passes le flambeau de ta sage vaillance pour que luise toujours dans l'oeil inquiet du pauvre l'espoir d'un jour serein.d'un lendemain plus beau! Puisse ton feu briller aux dimensions d'un monde en quête de valeurs que ni le temps ni la rouille n'épuisent! Que la nappe du pauvre reste mise en tout temps, et tous seront servis.même après deux cents ans! Qu'ils aient gîte et couvert! Bannie soit l'indigence! Sonne l'heure où ne règne aucune indifférence! Si tu donnes trois pains au voisin dans la nuit! (Le 11,51), si pour le rassurer, tu reviens avant l'aube.au lieu de ses haillons, s'il revêt ta tunique."alors en plein midi, brillera ta lumière, resplendira ton jour et, celui de ton frère"! (Is 58,10) Sr Annette Aspirot, s.p.62 Livres reçus Provencher, Normand.Dieu, le vivant.Editions Novalis, 1999, 224 p.Cet ouvrage s’inscrit dans la foulée du grand Jubilé de l’an 2000.D’une manière à la fois personnelle et dynamique et dans un langage accessible à tous, l’auteur propose une vision renouvelée de la paternité de Dieu, une réflexion sur les dons de l’Esprit Saint et pose un regard sur l’humanité de Jésus.Ce livre de spiritualité s’adresse à tous ceux qui souhaitent profiter de l’esprit de cette grande fête planétaire pour approfondir leur foi et la revitaliser.Monbourquette, Jean A chacun sa mission.Novalis, 1999, 208 p.L’auteur propose au lecteur de découvrir la mission “unique et personnelle” qui pourrait donner un tout autre sens à sa vie.Le modèle suggéré s’inspire d’un processus en trois temps que l’on retrouve dans tous les rites initiatiques.Il commence par le détachement d’une période dépassée de sa vie, évolue vers la perception de son identité et de sa mission et se concrétise par la réalisation de cette mission.À travers ce livre, le lecteur trouvera des techniques précises et efficaces pour apprivoiser sa peur du changement, découvrir son projet de vie et trouver la force de s’engager dans la mission personnelle qui lui convient le mieux.63 Centre Christus février-mars 2000 .près-midi: 14h à 15h45 - soir: 19h30 à 2lh 15 mere, soir 2- 9-16-23 fév.La vie spirituelle au quotidien A.-Marie Aitken, Xav.jeudi (p.m.) 3- 10-17-24 fév.Connaître le Christ par s.Paul André LeBlanc, P.M.É.vendredi 11 et 18 fév.9h30 à 15h45 Un temps pour le deuil Hélène Filiatreault sam.et dim.12 et 13 fév.9h à 15h30 L’écoute: une rencontre évangélique Yolande Frappier, S.N.J.M.lundi soir, 6-13-27 mars Revenir à son coeur, s.Augustin Claude Mayer, O.M.I.mere, soir, 15- 22-29 mars Jalons vers Pâques Adèle Brodeur jeudi (p.m.) 16- 23-30 mars Les béatitudes, une sens à la vie Yvon Poitras, F.I.C.sam.18 mars, lOh à 16h30 Récollation du Carême André LeBlanc, P.M.É.Informations: Centre Christus 6450 av.Christophe-Colomb Montréal, Qc, H2S 2G7 (métro Beaubien) Tél.: (514) 276-9433 64 La Vie des communautés religieuses ABONNEMENTS À l’une des adresses suivantes Sr Hélène Grudé 8, boulevard des Déportés b.p.28 35404 Saint-Malo Cédex France 251 St-Jean-Baptiste Nicolet, Qué.Canada J3T 1X9 La Vie des Communautés religieuses Les Éditions FIDÉLITÉ a/s M.Jean Hanotte Rue de Bruxelles 61 B5000 NAMUR BELGIQUE BULLETIN D’ABONNEMENT 25,00$ (taxes incluses) (105 FF) (650 FB) de surface ?29,00$ (taxes incluses) (125 FF) (750 FB) par avion ?40,00$ (taxes incluses) de soutien ?Nom: _______________________ Adresse: Code postal: N° TPS: 141050025 - N° TVQ: 1019014190 Vie consacrée, présence spirituelle éducative et caritative y en Eglise : .•.*512-, : - - .-•> \; La vie des communautés religieuses 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué., Canada Envoi de Poste-publication J3T 1X9 Enregistrement no.09280
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