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Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Janvier-Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • En son nom
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La vie des communautés religieuses /, 2003-01, Collections de BAnQ.

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La 7JI& des communautés religieuses Vol.61 - no 1 - janvier-février 2003 \y Lumière dans la nuit, aurore qui pointe à Vhorizon La Vie des communautés religieuses est publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec Administration et secrétariat 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué., Canada J3T 1X9 Téléphone: (819) 293-8736 Télécopieur.: (819) 293-2419 Courriel : viecr@sogetel.net r SOMMAIRE Vol.61 - no 1 - janvier-février 2003 Présentation Monique Thériaulî, s.n.j.m.1 Prendre le virage prophétique Benoît Fortin, o.fm.cap.2 Les nouveaux agents de la mission Agathe Durand, m.i.c.17 Au fil des ans : la grâce Henriette Cantin, s.a.s.v.35 Evangélisation et Internet Yves Bériault, o.p.39 François de Laval et la vie religieuse : regard sur le passé Doris Lamontagne, p.f.m.48 PRÉSENTATION Vol.61 - no 1 - janvier-février 2003 Monique Thériault s.n.j.m.À vous, lectrices et lecteurs de la Revue, C’est à un virage prophétique que nous sommes principalement conviés dans ce numéro.Prophétisme: voilà un mot répété à satiété ces dernières années.Mais toujours il y a eu des prophètes.Ces personnes dérangent par leur lecture de la réalité, elles interpellent au nom de Dieu, elles montrent des voies inexplorées.La plupart du temps, elles ne sont reconnues comme telles qu’après leur mort.Il y a aussi des personnes prophètes pour notre temps.Qui sont-elles?Où sont-elles?Savons-nous les reconnaître?Notre coeur est-il ouvert à leurs interpellations, à leurs perspectives?En voyons-nous?Depuis Vatican II, la vie consacrée, invitée à retourner à ses sources, cherche des voies nouvelles, peine sur des chemins inconnus, expérimente des situations inédites.C’est sans doute là un signe qu’elle est toujours vivante, mais est-elle prophétique?«J’ai la conviction qu’il est urgent de prendre un virage prophétique.Ce nouveau prophétisme comporte des exigences d’incarnation, d’information, d’analyse et de solidarité» affirme avec conviction le premier auteur.Les nouveaux agents et agentes ‘ad gentes’ et de l’évangélisation en sont des illustrations.Ils prennent des chemins risqués mais sans doute pleins d’avenir pour l’humanité.Ce nouveau prophétisme ne nous fait pas oublier que, dans le passé, ont été inventées de toutes pièces des façons alternatives de vivre: des congrégations religieuses qui vivent toujours après 150 ans d’existence, ceux et celles qui, comme Mgr François de Laval, ont pris le pari de fonder notre Église.Ce sont des figures de pointe.Aujourd’hui, virage prophétique ou bogue prophétique?À nous de décider sous l’inspiration de l’Esprit qui plane sur notre temps.Janvier-Février 2003 1 PRENDRE LE VIRAGE PROPHÉTIQUE Benoît Fortin, ofm.cap.Au dernier Sommet de la Terre sur le développement durable à Johannesbourg, un grand cri a retenti: “La terre et l’humanité sont dans une situation d’urgence.” Nous devons sauver la planète et opérer un virage global.Notre vie religieuse doit se situer dans ce grand mouvement de résistances et d’alternatives pour défendre la vie.Ne sommes-nous pas une société alternative proposée par Dieu à la face de notre monde?A quoi bon faire canoniser la fondatrice ou le fondateur à grands frais et avoir leur statue au bout de l’allée du jardin si nous n’actualisons pas leur courage et leur folie prophétiques?Pour ma part, après plusieurs années sur le terrain des pauvres et celui des communautés religieuses, j’ai la conviction qu’il est urgent de prendre un virage prophétique.Nous ne sommes pas les fonctionnaires fatigués d’une organisation religieuse en décroissance ni des petits vieux et des petites vieilles qui fuient les courants d’air et qui se bercent dans un confort insouciant en attendant l’éternité.Nous sommes avant tout des prophètes en mission jusqu’au bout.À partir des pleurs et des joies de notre époque et avec tous ces gens qui travaillent à mettre debout quotidiennement le monde nouveau, nous devons avoir le courage de proposer de nouvelles façons de vivre.Nos communautés religieuses enracinées dans les mouvements prophétiques de notre temps doivent se situer dans le grand projet du Dieu de la Vie et dans le souffle prophétique de leur charisme.Toute notre animation à la recherche de stratégies prophétiques sera marquée par cette vision d’avenir à l’imagination créatrice.2 La Vie des communautés religieuses 1-Faire la vérité sur notre prophétisme Les courbes des âges et les prévisions des actuaires hantent nos chapitres.Sommes-nous les derniers d’une série ou une espèce en voie de disparition en cette fin d’un temps de la vie religieuse?Les consolants petits pas de nos chapitres et nos fusions administratives risquent de nous conduire dans une sorte d’euthanasie tranquille si nous ne risquons pas des audaces nouvelles devant les défis d’une nouvelle culture et d’un monde où la vie et la dignité sont menacées.Quel est le sens de la vie religieuse dans un monde séculier où la vie est menacée?Dans nos institutions centrées trop souvent sur le vieillir et le mourir, vivons-nous un bogue prophétique face à ce nouveau millénaire ?Face au danger d’une sorte de “pépérisation et de mémérisation” de la vie religieuse, nos communautés doivent retrouver le prophétisme de leur vie: «Il arrivera, en ces derniers jours, que je répandrai de mon Esprit sur toute chair.Vosjils et vos filles seront prophètes» (Ac 2,17).Les communautés religieuses se situent toujours par choix dans ces perspectives prophétiques.Malgré des pas véritables dans la ligne du renouveau, nos communautés trop souvent tournent en rond et ont peur de faire des choix radicaux pour ne pas apeurer la majorité.J’ai la conviction que nos communautés sont remplies de personnes admirables et fidèles qui sont prêtes à prendre un virage prophétique.Nous devons avoir le courage prophétique d’oser de nouveaux pas pour les autres générations qui vivront notre charisme.C’est aujourd’hui l’heure des choix prophétiques face à Dieu, face au monde et à notre charisme.a- Reconnaître la dimension prophétique de notre vie Notre vie religieuse est essentiellement prophétique.Elle remet en question la situation présente et elle ouvre l’avenir.Notre vie religieuse apostolique, très marquée par le modèle conventuel, a hérité d’un style de prière, de vie communautaire et de présence au monde qui nous éloigne de la vie de mission des Douze.Après un passé glorieux, nos communautés se retrouvent dans le dépouillement et la fragilité.Je suis convaincu que cette situation de pré- Janvier-Février 2003 3 carité est une visite de Dieu qui nous invite à renaître à partir de nos sources profondes.Cette fonction prophétique fut clairement reconnue dans le dernier Synode sur la Vie consacrée: «Le caractère prophétique de la vie consacrée a été fortement mis en relief par les Pères synodaux.comme une forme spécifique de participation à la fonction prophétique du Christ.Ce prophétisme est inhérent à la vie consacrée comme telle » (V.C.no 84).Les communautés religieuses ont amené l’Église à lire les signes des temps et à se remettre en route avec les pauvres.Si les communautés perdent leur fonction prophétique, Dieu n’a plus besoin d’elles.Elles ont un rôle correctif et désinstallant pour l’Église, selon l’expression de Metz, et elles secouent les léthargies: «Les ordres religieux agissent.ils sont une sorte de thérapie de choc opérée par l’Esprit Saint pour la grande Eglise.En ce sens, ils représentent la forme institutionnalisée d’un souvenir “dangereux” au sein même de l’Eglise» (cf.J.B.Metz, Un temps pour les ordres religieux?Cerf, 1981, p.10).b- Aller aux avant-postes de la mission Nous devons nous situer dans les lieux prophétiques de l’Église et du monde et prendre une distance face aux institutions qui nous récupèrent et nous éloignent de notre intuition originelle.Malgré nos belles déclarations de chapitre, nous sommes peu dans des nouveaux chantiers de mission dans cette Église qui veut risquer l’avenir.Pourtant les communautés religieuses se sont libérées pour être aux frontières et dans les endroits périlleux de la mission.Les communautés cléricales, en particulier, risquent d’être confisquées dans les ministères traditionnels et d’oublier leur rôle prophétique.Trop souvent, la vie sacerdotale avale la vie religieuse qui devient comme une musique de fond pour devenir de meilleurs prêtres.Pourtant les communautés religieuses doivent être aux avant-postes de la mission :«Ils sont entreprenants, et leur apostolat est marqué souvent par une originalité, un génie qui force l’imagination.on les trouve souvent aux avant-postes de la mission, et ils prennent les plus grands risques pour leur santé et leur propre vie » (Paul VI, E.N.,69).4 La Vie des communautés religieuses Elles annoncent l’Évangile par le témoignage de leur vie et par l’audace passionnée de leur engagement.Cette vie radicale, qui se situe dans la mission de Jésus, met en question le monde et annonce une société nouvelle: «Le témoignage prophétique s’exprime par la dénonciation de ce qui est contraire à la volonté divine et par l’exploration de voies nouvelles pour mettre en pratique l’Évangile dans l’histoire, en vue du Royaume de Dieu» (V.C.no 84).Nous sommes totalement libérés et notre manière de vivre elle-même est un premier lieu d’évangélisation : «Ils incarnent l’Eglise désireuse de se livrer au radicalisme des béatitudes.ils ont une importance spéciale dans le cadre du témoignage qui est, nous l’avons affirmé, primordial dans l’évangélisation» (Paul V1,E.N.69).Ne sommes-nous pas trop souvent récupérés comme un personnel à bon marché pour soutenir une Église qui a peur de changer et de laisser plus de pouvoir au laïcat?Nous devons retrouver notre manière originale d’évangéliser pour aider notre Église à sortir du temple pour rejoindre la nouvelle culture: «Dans l’histoire de l’Église, à côté d’autres chrétiens, il y a toujours eu des hommes et des femmes consacrés à Dieu qui, par un don particulier de l’Esprit, ont exercé un authentique ministère prophétique, parlant au nom de Dieu à tous et même aux Pasteurs de l’Église » (V.C.no.84).2- Nous enraciner dans le mouvement subversif du Dieu de la Vie Notre vocation prophétique s’enracine d’abord dans la découverte du Dieu vivant et de son projet dans l’histoire.Ne sommes-nous pas devenus des fonctionnaires d’un cadre religieux statique qui nourrit peu notre passion de Dieu?Qui donc est Dieu pour nous?Au coeur du prophète, il y a la séduction ardente pour un Dieu qui ouvre l’histoire: « La véritable prophétie naît de Dieu, de l’amitié avec Lui.Le prophète sent brûler dans son coeur la passion pour la sainteté de Dieu.Le témoignage prophétique exige une recherche permanente et passionnée de la volonté de Dieu» (V.C.no 84).Au coeur de notre prophétisme, il y a la saisie du grand mystère de la présence de Dieu aujourd’hui.Sommes-nous vraiment des hommes et des femmes du Dieu unique et incarné?Nous devons renouveler notre expérience de Dieu et discerner sa présence dans les gémissements et les attentes de notre monde.Janvier-Février 2003 5 a- Dieu a un rêve de vie en abondance pour l’humanité Notre vie religieuse se situe dans le projet de Dieu, dans l’histoire sainte du monde.Notre Dieu est un Dieu de l’histoire.Son peuple marche avec Lui déchiffrant ses préférences, ses appels.Notre foi est une entrée avec Dieu dans une pratique concrète.Nous devons scruter les signes des temps et entrer dans la pratique libératrice de Dieu.Quand il y a la misère, la faim, la torture et l’exclusion, c’est Sa réputation qui est en cause: « Il le rachète à l’oppression, à la violence; leur sang est d’un grand prix à ses yeux » (Ps.72,14).Il se tient d’une façon privilégiée là où la vie est menacée, mais aussi là où la vie se réorganise.Il fait sa gloire du vivant (Ps 82, Ps 115) et il demandera à son peuple de choisir la vie (Deut.30,19).Les droits des pauvres sont des droits divins, parce qu’ils sont créés à l’image de Dieu (Ex 22, 21-22).Le Dieu Défenseur et Libérateur (Ps 68,6-7; Dt 10,18; Ps 146) demandera à son peuple de vivre autrement et d’entrer dans ses moeurs: «Toutefois, il n’y aura pas de pauvre chez toi, tellement le Seigneur t’aura comblé de bénédiction» (Dt 15,4-18).Son peuple devra repartir à neuf à chaque année jubilaire en s’occupant des dettes, des esclaves et de la terre.Dans l’Exode, Dieu s’est révélé d’une façon fulgurante dans une histoire de libération comme le Dieu des opprimés et des humbles: « J’ai vu et entendu le cri de mon peuple.et je suis résolu à le délivrer de la main des Egyptiens» (Ex 3, 7-11).Notre Dieu se révèle Dieu quand il fait sortir, quand il est Sauveur et Libérateur (Ex 14,18).Dieu a pris parti pour libérer les siens de la misère et, en se plaçant du côté des victimes, il a montré son vrai visage.Cet événement de l’Exode, célébré à chaque Pâque, relance le peuple de Dieu vers son avenir: « C’est moi le Seigneur ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude.Tu n’auras pas d’autres dieux face à moi » (20, 2-3).Au temps de l’Exil, les enfants d’Israël sont re-convoqués à l’espérance.Comme des ossements desséchés (Ez 37) le peuple de Dieu est invité à se tenir debout par la force de Dieu.6 La Vie des communautés religieuses b- Jésus propose un projet à contre-courant Notre vie prophétique continue le projet et la pratique de Jésus, le Prophète, qui s’est situé dans le projet du Dieu de la Vie.Il arrive pour la véritable année sabbatique: « L’Esprit est sur moi.Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres.» (Luc 4, 18-20).Les temps vont changer pour ceux et celles dont la vie est la plus menacée.Dieu se fait en Jésus la SOLIDARITÉ dans la chair et le sang de l’histoire avec ce que l’humanité vit: « Et le Verbe s’est fait chair et il habité parmi nous» (Jn 1, 14).La vie religieuse se situe dans cette présence libératrice de Jésus, dans le renversement des Béatitudes (Le 6, 17-26; Mt 5, 1-12).Fréquentant les exclu-e-s du système, il a scandalisé les puissants et les dévots en s’identifiant au plus faible (Mt 25) et il est devenu signe de contradiction.Il fut assassiné à cause de son projet dérangeant.Jésus ne s’annonce pas lui-même, mais il tourne tout le monde vers le Règne.Les temps vont changer, car l’Évangile est une intervention de Dieu qui modifie le monde et qui peut être constatée.Les événements en faveur des pauvres montrent qu’il est Celui qui doit venir et que le Règne est déjà en marche (Mt 11, 3-6).A travers sa mort et sa Résurrection, Jésus a été fidèle à cette passion pour la vie (Jn 10,10).Ses disciples, soutenus par son Esprit, doivent vivre et lutter pour sa cause à contre-courant jusqu’à donner leur propre vie.3- Nous laisser secouer par le souffle des Prophètes Nos fondateurs et nos fondatrices ont ouvert des chemins prophétiques à la suite des prophètes de l’Ancien Testament qui arrivent quand les institutions sont ébranlées.Ils ont une expérience personnelle et profonde de Dieu et de l’histoire.Ils crient, car ils sont comme les oreilles et les yeux de Dieu.Ils questionnent et consolent.Ils sont attentifs à la situation des faibles.Ils sont des veilleurs dans la nuit et des guetteurs d’aurore qui remettent le peuple en marche vers l’espérance, car Dieu marche toujours avec son peuple.Les prophètes montrent les chemins de Dieu dans l’histoire.Ils vivent dangereusement et peu de prophètes sont morts dans leur lit !.Les prophètes ont sans cesse rappelé que le vrai Janvier-Février 2003 7 culte se vérifie dans la bonté envers les faibles et les petits (Isaïe 58).C’est Dieu, le premier, qui a choisi les pauvres: « Il défendit la cause du pauvre et de l’indigent.N’est-ce pas me connaître?Oracle de Yahvé » (Jr 22,16).Nous avons besoin aujourd’hui de nous re-situer dans ce souffle provocateur des prophètes qui ont toujours osé être fidèles à Dieu.Ils ont dés-installé le peuple de Dieu qui voulait se complaire dans son Exil.Maintenant, nous avons à réactiver notre charisme à la suite des prophètes de nos communautés qui nous ont mis au monde.4- Vivre nos voeux comme des alternatives La vie religieuse est nécessairement prophétique, car elle annonce des nouveaux chemins et se situe dans le grand mouvement de Dieu et le projet dérangeant de Jésus.La vie religieuse est une alternative de vie nouvelle donnée par Dieu à son Peuple.Elle ne s’installe jamais et est toujours en marche.La vie religieuse rend visible l’avenir que Dieu prépare.Elle devient le lieu de l’imagination créatrice pour transmettre notre héritage aux générations qui viennent.Notre manière de vivre et notre engagement annoncent une nouvelle façon de vivre l’expérience humaine.Les voeux ne sont pas des fins en soi, mais des moyens pour incarner de nouveaux chemins à la suite de Jésus qui est venu pour ouvrir l’avenir.Nous avons fait profession d’être en état perpétuel de mission et de passion pour le triomphe de la vie.Nous devons vivre d’une façon étonnante et retrouver le souffle profond de nos voeux.a- Vivre en liberté et en solidarité La vie religieuse propose un modèle alternatif pour vivre la vie économique.Elle est un nouveau chemin proposé à un monde axé sur l’argent et la consommation: «Voyez comment nous sommes libres et solidaires face aux biens ».La pauvreté n’est pas une fin en soi, car nous vivons ainsi pour que personne ne soit dans l’indigence (Act.2,44).8 La Vie des communautés religieuses À la suite de Jésus, nous avons promis publiquement de vivre pauvres et de combattre la pauvreté qui écrase.Dans un monde marqué par la faim et la scandaleuse inégalité, notre vie doit devenir protestation contre l’exclusion sociale et annonce d’un temps nouveau.Nous sommes des communautés en rupture avec le monde de l’argent et les puissances du monde.C’est par notre liberté et notre solidarité que notre vie peut devenir signe pour notre temps.Nous aimons aussi d’une manière particulière les plus faibles, parce que Dieu a un penchant pour eux et que Jésus s’est fait pauvre.C’est toute la communauté qui doit vivre l’option incontournable pour les pauvres et non seulement quelques membres !.Nous vivons en pauvres si nous vivons un style de vie simple, si nous nous démarquons de la logique du marché et si nous agissons avec les forces du changement pour que les Béatitudes arrivent dans les faits.Nous avons aussi à vivre des ruptures face au monde de l’argent, de la consommation et des puissants.Pour vivre dans la frugalité et la simplicité, nous devons nous référer au style de vie des pauvres dans l’habitation, la nourriture, les achats, etc.Nous sommes des communautés de résistance à la logique de consommation et de mondialisation néo-libérale de l’économie.Sommes-nous dans des alternatives au niveau de notre vie économique, dans notre façon de vivre et de nos placements?Notre manière de voir la fuite du monde et de vivre l’esprit de la Providence est questionnée.Nous devons continuer de faire des choix prophétiques dans notre façon de vivre la pauvreté.Nous sommes solidaires des organisations que les pauvres se donnent et nous posons des gestes avec eux pour une société nouvelle.Pour cela, il faut les connaître et les appuyer dans leur vie et leur action pour soutenir leur résistance et leur espérance.A travers ces groupes, nous entrons dans la réalisation concrète des promesses des Béatitudes et du Magnificat.b- Vivre en état de passion pour le triomphe de la vie Dans un monde de fragilité affective où l’amour se défait ou se vend, nous avons décidé de vivre en état de passion pour que le Règne arrive.En faisant voeu de chasteté, nous avons opté pour une passion dangereuse et sans frontières pour que la vie triomphe: Janvier-Février 2003 9 «Voyez comme nous sommes en état de passion pour le triomphe de la vie! » L’Amour nous fait signe et nous proclamons que Dieu comble notre coeur.Pour que cette chasteté soit un signe, elle doit s’incarner dans l’audace pour la vie et la tendresse particulière pour les mal-aimés de la société.Nous sommes en amour avec le Christ et nous vivons et luttons avec Lui pour que la vie triomphe: «Je suis venu pour que vous ayez la vie en abondance » (Jn 10,10).La passion pour la vie nous habite jusqu’au don de notre vie.Nous avons le devoir de nous garder en état de passion ardente et dangereuse pour que la vie l’emporte sur la mort dans les faits.Par la chasteté, nous sommes tournés vers le monde nouveau qui naît.Si nous affrontons avec fidélité et audace les pharaons d’aujourd’hui pour que les petits se dressent dans la dignité, notre vie pourra être signe que Dieu fait toujours sortir son peuple.À travers notre vie, l’Amour continue de se faire chair pour ceux et celles dont la vie et l’amour sont menacés.Notre fidélité pour le peuple des mal-aimés et notre lutte pour rétablir la justice révèle au monde que Dieu marche toujours fidèlement avec le peuple des pauvres.La chasteté montre comment l’Amour peut habiter une vie et devenir tendresse et solidarité pour ceux et celles qui ne sont pas aimés.c- Vivre en disponibilité continuelle Où sont les chemins de Dieu, où est la volonté du Père?Nous cherchons dans cette nouvelle culture les nouveaux chemins par où le Règne de Dieu arrive.Par l’obéissance, nous avons promis de chercher continuellement les signes de Dieu dans chaque époque: «Voyez comme nous sommes à la recherche des signes de Dieu!» Nous entrons dans la mission de Jésus venu pour accomplir la volonté de son Père.Nous sommes sans cesse en état de vigilance comme des guetteurs d’aurore dans la nuit.Nous avons les pieds et le coeur là où la vie est menacée, mais là aussi où la vie éclate.Cette recherche patiente et amoureuse des signes des temps pour saisir le temps de Dieu est un des nouveaux visages de l’ascèse chrétienne.L’obéissance est un chemin de liberté qui nous entraîne dans de nouvelles missions.10 La Vie des communautés religieuses Sans la liberté et la passion, nos voeux ne sont pas des signes de vie nouvelle pour le monde.Nous sommes des mutilés!.Nous sommes d’abord des bandes de prophètes séduits par la Vie qui vont avec assurance dans ce monde menacé par tous les bogues!.Comme Abraham, nous marchons dans la passion et la liberté vers l’avenir que Dieu prépare.d- Faire communauté dans un monde d’exclusion Dans un monde d’exclusion, de marchandises et d’intolérance, notre vie fraternelle rend visible la société rassemblée par Dieu dans l’unité.Nous vivons en sauvés et nous proclamons que Dieu nous a rassemblés en un seul corps et une seule âme (1 Jn 3,14).Nous croyons en un Dieu-Communauté pour un salut communautaire.Nous refusons toute exclusion et nous n’acceptons pas la faim, la violence et l’humiliation qui défigurent les visages des créatures de Dieu.Notre vie communautaire est une société qui commence à vivre l’égalité, la gratuité, la solidarité dans un monde de racisme, d’intolérance où le plus fort gagne.C’est une société de contrastes qui montre une nouvelle façon de vivre l’expérience humaine.Elle réintègre les exclus et les marginaux.En elle, le plus fort ne gagne pas, car le plus petit est au centre de la vie fraternelle.Dans une société où les appartenances sont éclatées, la vie fraternelle annonce un modèle alternatif de vie sociale.Le «voyez comme ils s’aiment» de la première communauté primitive est un chemin obligé de notre vie en Jésus.5- Oeuvrer dans les mouvements prophétiques Nous devons nous situer dans les grands mouvements de résistances et d’alternatives de notre époque pour vivre notre engagement prophétique.Le prophète a une expérience vive du monde.Il connaît l’histoire de son peuple avec ses cris de détresse et ses jours de joie.Il plaide la cause des humiliés et expose sa vie pour que les promesses du Dieu de la Vie se réalisent maintenant.Le prophète tire le peuple vers l’avenir et il convoque à l’espérance.Une démarche d’incarnation est nécessaire pour bien nous situer dans ce souffle.Janvier-Février 2003 11 a-Identifier les nouveaux chemins de la vie Le prophète cherche les chemins de Dieu dans l’histoire et les révèle.Pour cette mission, il doit être sans cesse en état de vigilance.Où sont les zones prophétiques de notre histoire?Quels sont les chantiers de l’Esprit du Ressuscité en notre temps?Nous sommes invités à la vigilance pour découvrir l’action de Dieu: «Voici que je fais un monde nouveau.Il germe déjà, ne le voyez-vous pas?» (Isaïe 43,19).Nous sommes invités à une vision contemplative du monde pour y discerner des groupes prophétiques qui nous indiquent des chemins inédits.Les Béatitudes se réalisent aujourd’hui et le Règne de Dieu commence à poindre dans des faits.Nous devons nous situer dans ces mouvements prophétiques qui donnent un visage à la vie en marche.Quelques chantiers en marche dans notre milieu sont un visage de l’espérance des pauvres en action : la grande marche des femmes, le projet de loi sur l’élimination de la pauvreté, le chantier de logement social, les mouvements de paix et de respect de la création, les groupes de non violence et de développement durable, la recherche de spiritualité, etc.La réalisation des Béatitudes passe par le chemin solidaire des gens de bonne volonté.Il y a des milliers de groupes au Québec qui forment un grand mouvement de résistance aux mesures néo-libérales et qui proposent des alternatives pour un avenir de justice et de paix.Nous les voyons dans les quartiers et dans nos propres maisons.Nous devons nous situer dans les mouvances du Dieu de la Vie.A chaque fin de mois, dans des coins obscurs, monte l’odeur des cuisines collectives qui nous fait rêver d’une société rassemblée pour un banquet vraiment partagé où aucune personne n’est exclue: « Je vais créer des deux nouveaux et une terre nouvelle.plus de nouveau-né qui ne vive que quelques jours.on n’y entendra plus désormais le bruit des armes et le son des cris.ils ne peineront plus en vain.» (Isaïe 65, 17-25).b- Refuser un monde inacceptable Nous vivons dans un monde marqué par l’inégalité et l’exclusion sociale.Nous le trouvons inacceptable, parce que trop de fils 12 La Vie des communautés religieuses et de filles de Dieu ne sont pas traités avec dignité et sont sacrifiés sur l’autel du libre marché néo-libéral.Les événements du 11 septembre 2001 ont mis en relief ce terrorisme économique qui programme la mort des pauvres d’une grosse partie de l’humanité.Sur 6 milliards d’humains, seulement 500 millions vivent dans la décence.Cette situation criante de misère engendre la violence.Comme premier geste prophétique, nous devons dire non à ces multiples profanations du Corps du Christ dans notre histoire avec tous ces groupes qui proclament qu’un autre monde est possible.c- Connaître le monde dans sa chair Dans ce monde en mal de partage, les communautés religieuses, souvent menacées d’indifférence, sont appelées à se laisser atteindre par la misère du peuple d’aujourd’hui.Qui doit couper dans la nourriture pour acheter les médicaments, qui se retrouve devant son frigidaire vide chaque fin de mois?Pour mieux saisir les signes des temps, les communautés religieuses doivent se donner du temps et des moyens pour entrer en relation vivante avec le monde.Elles doivent saisir l’urgence d’un changement dans leur façon de connaître, d’aimer et de changer le monde.Nous devons décider d’être attentifs à la situation concrète des pauvres et nous donner du temps pour saisir les enjeux des réformes actuelles et les conséquences de la mondialisation de l’économie.Quelles sont les menaces du vivant sur la planète et quels sont les chemins de vie?Nous pourrons alors découvrir par l’information, l’analyse et les solidarités notre fonction prophétique sur le terrain du politique dans une action solidaire de changement.6- Le temps de l’animation prophétique Les communautés religieuses doivent se situer dans ce grand virage global de la planète et élaborer des stratégies prophétiques.Comment notre charisme sera vécu en 2020?Nous avons la responsabilité de transmettre notre héritage avec audace.Comment nos communautés vieillissantes, formées dans un autre temps, vont prendre de nouveaux chemins?Toutes ces questions sont au coeur de notre animation.Nous avons besoin dans les années qui viennent d’une animation prophétique tournée vers la mission pour le Règne.Janvier-Février 2003 13 a-Un nouveau temps de la vie religieuse Nous sommes à la fin d’une étape de notre vie religieuse.Malgré plusieurs efforts faits pour retrouver le souffle prophétique de nos origines, il nous faudra un courage prophétique encore plus grand pour ouvrir de nouveaux chemins, malgré ce temps de dépouillement.Nous devons renaître face à de nouveaux signes des temps.Des mouvements prophétiques sont aussi en germination dans nos communautés, dans les pays de mission et les regroupements d’associé-e-s Nous sommes coincés entre notre héritage et notre situation présente.Ceux et celles qui rendent le service de l’animation ne sont pas des cadres supérieurs qui gèrent la décroissance et les déficits d’une entreprise religieuse.Ce ne sont pas non plus des généraux d’armées qui ont le monopole de la volonté de Dieu et qui décident des combats.Ce sont d’abord des prophètes qui scrutent les signes des temps et qui tirent leur communauté par en avant vers des voies d’avenir.b-Déchiffrer les signes des temps Nous avons un dur travail de discernement pour les prochains chapitres.Comment vivre l’audacieuse espérance à la suite de nos fondateurs et de nos fondatrices?A leur manière, nous devons défricher de nouveaux sentiers avec audace et confiance.Sommes-nous assez pauvres pour prendre des risques?Il y a toujours le piège du repli institutionnel sans vision d’avenir et sans écoute des signes des temps : une animation d’entretien à la petite semaine.Cette animation concentre le gros de son énergie sur les grosses maisons et est très souvent obsédée par une certaine unité de la communauté qui empêche toute créativité.Elle n’hésite pas à retirer des soeurs et des frères sur le terrain de la mission pour sauver l’institution.Dans l’animation prophétique, il est nécessaire d’avoir une vision et de faire la vérité sur la conjoncture de notre histoire, sur le monde, sur l’Église, sur la communauté.Où le Ressuscité est-il à l’oeuvre dans le monde?Vers où va la vie religieuse?Comment être la mémoire du charisme et renaître à partir des pauvres?Chaque communauté doit prendre le temps pour relire son histoire, pour faire mémoire du charisme et pour retrouver les folies primitives.14 La Vie des communautés religieuses c-Identifier et développer les groupes-porteurs du charisme Nous devons identifier et développer les groupes-porteurs du charisme dans notre communauté.Où se vit le plus visiblement notre charisme?Nous avons la responsabilité de nous ré-approprier le charisme si nous voulons en vivre et partager la grâce que nous avons reçue gratuitement.Où sont les pousses de vie nouvelle dans la ligne du charisme?Un certain nombre de communautés prennent conscience aujourd’hui d’un certain détournement de charisme.Avec le temps, des communautés nées parmi les pauvres se sont retrouvées bien installées parmi les classes riches de la société.Les associé-e-s de nos communautés peuvent alors nous apporter un support précieux dans notre engagement prophétique.d-Libération des prophètes Il faut aussi libérer les prophètes en notre communauté en rendant possibles des petites communautés qui vont au bout du charisme d’une façon claire.Nous devons libérer la parole à la base de nos communautés.Il faut aussi permettre aux jeunes de se regrouper pour continuer le charisme selon leur culture et élaborer un nouveau modèle de vie religieuse.Notre style de formation doit être marqué par cette préoccupation prophétique.Les jeunes ne seront pas nécessairement la relève de ce que nous avons fait ni des copies conformes!.Nos communautés ne sont pas là pour elles-mêmes, car elles sont au service du Règne.Quelle est notre mission en notre époque?Comment le Règne arrive-t-il?Pour cela, il faut consentir au dépouillement et être prêts à laisser tomber des oeuvres.Nous devons avoir le courage de rompre avec un style de vie religieuse et l’Église de chrétienté si nous voulons renaître.Les jeunes des générations futures viendront dans nos communautés si elles incarnent une forme radicale de vivre la vie chrétienne, si elles étonnent par leur vie! e-Vivre une retraite apostolique Il faut aussi être attentifs à notre façon de traiter nos frères et nos soeurs à la retraite.Nous devons favoriser une vision de la retraite apostolique pour les frères et les soeurs âgés pour qu’ils Janvier-Février 2003 15 soient en mission jusqu’au bout (Phil 3,13).Il n’y a pas d’âge pour vivre le radicalisme de l’Évangile.Nous risquons de parquer nos personnes âgées dans des ghettos où elles vivent dans le confort et l’indifférence face au monde des plus pauvres.Il faut les garder sur le terrain de la mission jusqu’au bout et en fidélité avec un peuple.Si elles sont dans les grandes maisons et malades, il y a aussi bien des moyens de les garder en mission: par la prière, l’information, des formes de parrainage, des pétitions, la solidarité dans la maladie, la solidarité avec les plus jeunes, etc.Il serait bon de les relier aux grandes luttes des personnes âgées de notre société qui doivent couper dans la nourriture pour s’acheter des médicaments.Notre manière de vivre la maladie et la mort doit être marquée par notre engagement prophétique.C’est un travail exigeant dans notre animation à ce moment de notre vie religieuse où nous vivons le dépouillement et la fragilité.Pourtant, il y a là aussi des enjeux prophétiques pour nos sociétés vieillissantes et notre animation.7- Conclusion: un peu de folie! Dans cette nouvelle culture, les prophètes devront avoir une vie étonnante qui ouvre de nouveaux chemins et propose des alternatives en un langage visible et crédible.Ce nouveau prophétisme comporte des exigences d’incarnation, d’information, d’analyse et de solidarité.Nous avons à renouer avec notre folie primitive.Je suis convaincu qu’il y a de nouvelles formes de prophétisme qui sont en train de naître dans le terrain séculier comme au temps de Jésus.Nous devons suivre le chemin d’abaissement de CELUI qui s’est anéanti pour que la vie surgisse.Il n’y a pas de prophétisme sans peine, car nous sommes les témoins du Prophète assassiné à cause de son projet à contre-courant: «Vous n’avez pas seulement à vous rappeler et à raconter une histoire glorieuse, mais vous avez à construire une grande histoire.Regardez vers l’avenir, où l’Esprit vous envoie pour faire encore avec vous de grandes choses» (Jean-Paul 11, dans La Vie consacrée, no.110).Benoît Fortin, ofm.cap.165, rue Kent Hull (Québec) J8Y 3K9 16 La Vie des communautés religieuses LES NOUVEAUX AGENTS-AGENTES DE LA MISSION Agathe Durand, m.i.c.Notre responsabilité, comme religieux, religieuses, à l’égard de la Mission ‘ad gentes’ a eu tout son relief dans les années ‘60 où les appels de l’Église se sont faits pressants.Ce que nous vivions si intensément ici dans tous les domaines de l’engagement de notre foi, nous devions et pouvions le partager largement avec les peuples moins avantagés.Les temps ont changé.Il y en a qui disent: «La mission de demain c’est.les laïques.» Nous allons essayer de porter un regard d’ensemble, à partir des appels et des défis déjà sentis ou perçus.Peut-être y trouverons-nous place pour beaucoup de monde.y compris des laïques ?Et puis.de quelle mission s’agit-il dans l’expression la ‘mission ad gentes’?Voyons-nous tous la même réalité sous ce thème ?Il n’y a pas de témoignage sans témoins, de même qu’il n’y a pas de mission sans missionnaires.Pour collaborer à sa mission et continuer son oeuvre, Jésus choisit et envoie des personnes qui seront ses témoins et ses Apôtres: «Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre.» (Redemptoris Missio, #61) De qui parlons-nous dans cette expression: les nouveaux agents de la mission ?• À bien y regarder, je vois ceux et celles qui déjà vivent la mission d’une manière nouvelle, i.e.avec un esprit, un coeur, une mentalité, une spiritualité et un agir différents et neufs ou renouvelés.Janvier-Février 2003 17 • Plus évidemment, l’expression décrit les nouveaux venus, les volontaires, les appelés des jeunes générations pour qui les valeurs de l’Évangile sont importantes et ancrées dans l’humanitaire de ce monde et de ce temps.Ils s’insèrent dans un peuple, apprennent d’abord à le connaître.Ils s’engagent à promouvoir la justice, la paix, l’amour comme Bonne Nouvelle du Royaume à vivre ensemble, en humanité, en Église aussi, à la suite de Jésus, avec toutes les différences que cela comporte.La Mission ‘ad gentes’ des années à venir est déjà commencée.Nous en connaissons assez les indices pour pressentir quels pourront être les nouveaux agents et agentes d’une mission jamais achevée.Mon propos part d’une expérience personnelle de la vie missionnaire pour s’élargir dans une analyse des tendances actuelles qui affectent ou influencent la réalité de la Mission ‘ad gentes’.Chemin faisant, on se posera la question: «Et qui seront les agents de la Mission.dans ces conditions changeantes par rapport à celles de la mission traditionnelle»?Là encore nous serons au rendez-vous des appels et défis dans la perspective de la participation de l’Église canadienne à la mission universelle.1.Une expérience En 1985, à Madagascar, j’accueillais une famille québécoise: Michel, Monique et leurs deux filles de sept et neuf ans.À l’invitation de l’évêque, ils venaient à Antsirabe prendre la charge d’une librairie au coeur du diocèse et former un personnel qui les remplacerait au terme de leur contrat de trois ans.Dans un voisinage quasi quotidien, j’ai été témoin de leur pertinence missionnaire.Ils savaient vivre simplement, travailler, développer des liens, faire large place aux démunis.Doués de talents musicaux, ils chantaient leur foi.Ils aimaient aussi apprendre et rythmer un quotidien à la malgache.En 1995, je me trouvais à Bukavu, à la frontière Est du Zaïre tout proche du Rwanda.Nous étions là pour une mission ponctuelle, hommes et femmes dont les âges variaient entre 27 et 66 ans, laïques, religieux-religieuses et prêtres, regroupés par le Service Jésuite aux Réfugiés, le temps de la durée des camps des réfu- 18 La Vie des communautés religieuses giés rwandais.Pour moi, pendant quinze mois, la mission s’est définie par une présence de réconfort et d’espérance dans un chantier de ‘reconstruction des enfants’.Chaque jour dans les camps, voir de mes yeux, entendre de mes oreilles, me laisser toucher par l’inhumaine conséquence des guerres, de la haine et de l’exil.La mission c’était aussi l’équipe dans les hauts et les bas de l’inédit, les défis du vivre ensemble, la planification stratégique et la joie incomparable du partage dans la foi.En janvier 1997, m’était proposé le dossier du ‘lai'cat missionnaire’, en particulier pour ce qui concerne mon Institut et ‘at large’ pour tout ce que cela pouvait impliquer de participation à des équipes et engagements dans ce secteur.Les deux expériences citées plus haut ont été un point de repère décisif pour renoncer à m’impliquer personnellement, à ce moment de ma vie, dans la mission ‘ad extra’.De nouveaux agents de la mission, des multiplicateurs, allaient bénéficier de ma foi en la pertinence de la vie missionnaire, d’une réflexion sur l’expérience diversifiée de l’appel et de l’envoi, et cela dans une disponibilité pour accueillir la réalité.Je voulais, avec d’autres, contribuer à inventorier ou à ouvrir des sentiers pour les défis d’aujourd’hui et de demain.Récemment, la liturgie proposait un évangile intitulé la mission des disciples.Confrontée à cette parole ancienne, je me suis représenté les missionnaires d’aujourd’hui.Déjà, ma réflexion prenait forme: ça me disait intérieurement: «Prends le texte, élargis-le, appli-que-le à fond aux nouveaux agents de la Mission».C’est en saint Luc, 10, 1-9.Je reprends le texte pour introduire notre réflexion.Parmi ses disciples: ceux qui déjà connaissent plus ou moins Jésus, l’ont suivi un temps, ont été témoins de son amour.ont été touchés par l’impact de sa personne; le Seigneur en choisit 72: un choix, une séduction, une sélection parmi tous ceux et celles qui l’écoutaient et le suivaient; et il les envoya deux par deux devant lui dans toutes les villes et localités où lui-même devait aller: un envoi explicite, un compagnonnage, une destination là où Jésus lui-même ne s’est pas encore montré, dans les villes et localités où il n’est pas encore connu, une mission qui est la sienne propre, là où lui-même devait aller; Janvier-Février 2003 19 Il leur dit: la moisson est abondante.Priez.Allez.des consignes: • prière : Priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson • un déplacement : Allez • courage et audace : comme des agneaux au milieu des loups détachement : ni argent, ni sac, ni sandales • empressement : ne vous attardez pas en salutations sur la route présence et don de la paix : dans toutes les maisons.paix à cette maison • insertion et interdépendance : restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l’on vous servira car l’ouvrier mérite son salaire • stabilité : ne passez pas de maison en maison • accueil de l’hospitalité : dans toute ville où vous entrerez et serez accueillis, mangez ce que l’on vous offrira • partage.crédibilité.annonce du règne de Dieu : là, guérissez les malades et dites aux habitants : le règne de Dieu est tout proche.La Mission, au temps de Jésus, apparaît comme une source intarissable, comme un vécu dont s’inspireront toutes les générations d’envoyés de tous les temps et vers tous les peuples.Une question reste: à la mission de toujours, peut-il y avoir des réponses encore inédites ?En termes chrétiens, la Mission part de la Trinité, de l’envoi du Fils unique dans un ‘ad gentes’ qui va inventer l’incarnation, l’évangile et les béatitudes en faveur des pauvres, et jusqu’à la résurrection, pour ouvrir définitivement des cieux nouveaux et une terre nouvelle.La mission du Fils unique sera de proclamer et mettre en marche un royaume rêvé par la Trinité et ajusté au rêve le plus universel, le plus intime et profond de l’humanité.2.Les tendances actuelles et les nouveaux agents de la mission.Détour historique Pour mieux situer les tendances actuelles, permettez-moi un détour historique.La Mission ad gentes a l’âge du christianisme.Elle a son histoire greffée étroitement sur les courants humains, les humeurs des populations et de leurs gouvernants, la crédibilité plus 20 La Vie des communautés religieuses ou moins consistante de l’Église elle-même.La mission a surtout sa provenance en Jésus et son indéfectible promesse : «De toutes les nations, faites des disciples.(.) Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps» Mt 28, 20-30.Dans l’histoire de la mission universelle, notre pays a été marqué par la mission : mission à couleur d’époque aussi : explorateurs qui implantent la croix dans l’ambivalence de la foi et du prestige, au nom de Dieu et de leur roi.Mais, nous le savons, il s’est trouvé de grands croyants, dans les rangs des explorateurs, des saints et des saintes, laïques ou consacrés, parmi les fondateurs et fondatrices de notre pays.Leur seul motif était de partager la foi reçue aux populations nouvelles, au prix même de leur vie, ceci à compter du seizième siècle.Quant à notre implication, comme peuple, dans le sillage de la Mission ‘ad extra’, il faut repérer la vocation de quelques jeunes gens ou de filles rejoignant au 19e siècle en Europe, les rangs de fondations missionnaires.Le premier Institut proprement fondé dans les Amériques, pour la Mission ‘ad extra’ compte à peine cent ans : celui des Soeurs Missionnaires de l’Immaculée-Conception, né du charisme de Délia Tétreault, à Montréal, en 1902.À cette époque, la mission rejoignait, dans une sorte d’héroïsme, les peuples étrangers, dits ‘païens’, pour les attirer vers le christianisme et les faire bénéficier de la foi en Dieu.L’engagement se concrétisait dans les besoins sociaux les plus pressants.Ainsi en témoigne en 1907 la première lettre de l’Évêque de Canton, Chine : «Que vos religieuses viennent partager notre pauvreté et nos travaux.Vous pourrez tenir des orphelinats, des ouvroirs, des dispensaires, des écoles.» Il faut scruter les écrits de l’époque pour découvrir avec suavité et émerveillement toute la gratuité de l’évangile cachée dans la détermination et le courage des envoyés.L’appel missionnaire venant de Dieu semble bien avoir été, en ce temps comme hier et aujourd’hui, une séduction, une mystique et une mobilisation.Qu’en est-il des tendances actuelles?Qu’est-ce qui se fait, se vit, se réalise ?A quoi sont appelés les nouveaux agents de la mission?Janvier-Février 2003 21 Passage à l’aujourd’hui de la mission Ceux que beaucoup de générations ont appelé ‘les missionnaires’ existent toujours, même s’ils ne font pas la une des journaux.La plupart sont religieux, religieuses ou prêtres.Plusieurs prennent de l’âge; les uns se retirent, les autres tiennent dans la mission qui a été leur vie.Ils sont originaires en général d’Europe ou d’Amérique du Nord.Leur mission est localisée dans l’Asie, en Afrique, dans le Grand Nord canadien ou en Amérique du Sud.Avant-garde Un certain nombre sont à l’avant-garde de la réflexion sur la mission, à l’affût de la compréhension profonde des grandes mutations et des questionnements.Ils ont vu venir les changements et leur complexité, se sont engagés autant dans la recherche que dans des chantiers de libération des peuples.Ils, elles donnent la vie à la façon de l’Évangile de Jésus: les boiteux ont pu marcher; les aveugles ont trouvé des habiletés et des instruments pour percevoir ce que leurs yeux étaient incapables de voir; les analphabètes ont été instruits; les personnes handicapées ont été reconnues; les réfugiés ont gardé espérance; la bonne nouvelle a percé les horreurs des épidémies, de la guerre, des cataclysmes et même la grisaille des bidonvilles.Eux, les missionnaires, souvent inconnus de leur milieu d’origine sont adoptés par des populations entières qui les nomment par leur nom et les suivent avec conviction dans la foi.Instituts missionnaires et laïques en mission Les sociétés et instituts de fondation typiquement missionnaire ont gardé leur vitalité dans la mesure où l’évolution historique du dernier demi-siècle les a stimulés à repenser leur approche et leur pratique de la mission ‘ad extra’.Comme ils s’étaient recrutés massivement entre 1930 et 1970, un grand nombre de leurs membres sont maintenant âgés.Mais avant même de sentir le poids de l’âge, ils ont partagé charisme et mission avec de nouveaux-nouvelles appelé-es de différents peuples, langues, couleurs et cultures.Ils ont favorisé la vie en communautés à plusieurs de nationalités, âges, types de service différents.Missionnaires venu-e-s d’ailleurs chez nous Missionnaires à leur tour, heureux de l’être, des enfants de peuples plus récemment initiés à la foi chrétienne, viennent du Sud 22 La Vie des communautés religieuses et de l’Asie, appartiennent souvent à des Instituts dits missionnaires et vivent à l’étranger dans des groupes interculturels.Ils ont divers métiers et professions.Ils voient la mission plutôt comme un partage, font confiance au temps, s’initient aux traditions locales et arrivent souvent à rendre significatif en termes de foi chrétienne ce qu’ils trouvent déjà présent dans la culture qu’ils adoptent.Mission ‘inversée’ Nous avons gardé les images de l’envoi missionnaire à partir de nos diverses Églises locales.C’est maintenant à partir du Sud et de l’Asie que mûrissent les appelés à la mission ‘ad extra’.Un défi est certainement celui de leur faire place dans nos Églises, de leur faciliter l’inculturation et d’apprendre à leur école une pratique missionnaire encore assez inédite.Leur regard neuf, leur simplicité, leur proximité de l’Évangile portent une espérance pour l’évangélisation de notre monde.Le dépaysement peut devenir pour nous celui de la mission inversée.De nouveaux agents de la mission se trouvent dans nos communautés chrétiennes, non à cause d’une pénurie d’abord, mais par la grâce d’un appel missionnaire.Est-ce comme cela que nous les voyons ?Et puis, leur présence peut libérer ceux et celles qui chez nous souhaitent partager leur foi, leur vie et leur charisme en quittant leur monde familier pour la mission ‘ad extra’.Un passage est en cours.Est-ce qu’on le récupère à la façon traditionnelle, est-ce qu’on garde les commandes ou si l’on fait l’espace voulu à l’inspiration nouvelle reconnue et favorisée ?La mission passée au crible C’est surtout dans les régions traditionnellement chrétiennes que la réalité de la mission est passée au crible d’une critique, dans le sens qu’on n’impose pas sa foi aux autres.Les populations ont accès à la connaissance de diverses religions et expressions croyantes, et cela par des moyens de tous les jours: relations de travail, amitiés, informations télévisées, périodiques, films, témoignages, études, internet.Nos grandes villes de tradition chrétienne ont vu s’édifier des temples, non seulement de religions millénaires mais aussi de multiples dénominations et tendances.La soif de rapprochement des peuples et des cultures se signale de partout sur la pla- Janvier-Février 2003 23 nète.Les voyages ouvrent les jeunes comme les retraités à l’évidence de magnifiques traditions et religions qu’ils ignoraient auparavant.Dialogue inter-religieux La foi chrétienne, l’identité baptismale, ne vont pas de soi dans notre société vivement touchée par la sécularisation.Devient croyant, croyante, celui et celle qui, ayant questionné sa propre religion, choisit d’accueillir le don de Dieu et qui initie la génération suivante à la communauté chrétienne pour cheminer dans la foi et s’engager dans le milieu selon l’Évangile.Les nouveaux agents de la mission auront appris l’ouverture, le discernement et l’humilité dans la fréquentation de nombreuses personnes de différentes religions.Stimulés par ce phénomène, ils s’y seront intéressés, se seront renseignés.Il se seront exercés au dialogue interreligieux et souvent aussi interculturel.Ils seront ceux et celles qui, ayant découvert la foi chrétienne comme leur trésor le plus précieux, seront disposés à en témoigner.Ils entendront un ‘veux-tu ?’ intérieur et choisiront parfois de se déplacer pour aller ailleurs vers ceux et celles qui ne connaissent pas encore Jésus-Christ et son Évangile.Les nouveaux agents missionnaires auront-ils en plus la joie de se sentir à l’aise dans un réseau oecuménique où la foi en Jésus-Christ s’exprime dans une diversité qui appelle le respect et la différenciation ?Plus que jamais, les agents de la mission devront être disposés à un dialogue éclairé; ils sauront être à la fois fiers et modestes dans leur proposition de Jésus et son évangile au coeur de leur engagement social, familial, pastoral ou professionnel.Langage Les mots ont aussi évolué, souvent entachés des interprétations et bavures de l’histoire.Beaucoup dans nos milieux, au contact de films ou de récits connexes à la mission, ont développé une allergie à la religion, à l’Église, à l’évangélisation, à la mission, au catholicisme.Qui se vante d’être catholique au Québec ?La Bible pourtant exerce une mystérieuse fascination, en particulier chez les intellectuels, à la façon d’un best-seller.Le lien n’est cependant pas évident entre la Bible, la foi chrétienne et la Parole de Dieu.24 La Vie des communautés religieuses Cheminements.temps Envahis que nous sommes par les médias de communication, stimulés à la consommation, habitués au prêt-à-porter, aux menus à la carte et aux solutions techniquement préfabriquées, comment nous donner la chance d’aller à la vie avec ses cheminements, ses étapes et ses maturations ?La mission est une histoire de vie en harmonie avec la création, en alliance avec un Dieu incarné, une loi d’amour et une tradition.Les nouveaux agents de la mission sont devant le choix non négociable de se préparer dans un cheminement suffisamment long pour se situer comme personne et comme croyant, une démarche assez engageante pour stimuler la conscience sociale, l’appartenance à l’Église et se reconnaître envoyé au nom de sa foi.On veut faire vite.On se croit tout de suite prêt pour la mission ‘ad extra’.Mais la mission ne ressemble en rien à un coup de coeur, à une formalité, à un sauf-conduit, à une échappatoire dans l’exotique, le rêve ou encore le bénévolat qui apaise notre conscience de gens bien nantis.Ceux et celles qui consentent à passer l’épreuve du temps se rendent aptes à relever un incontournable défi dans la Mission ‘ad gentes’.Nouveau style de communautés La mission devient plus que jamais communion et solidarité.C’est un accent qui ressort du document L’Eglise en Amérique.Certains agents de la mission sont issus de mouvements sociaux ou spirituels.Ils se regroupent pour donner à leur engagement le dynamisme d’un élan à plusieurs.J’ai visité l’été dernier le groupe Marie-Jeunesse qui se décrit comme une famille spirituelle de jeunes, une communauté nouvelle dans l’Église catholique.Depuis vingt ans, leurs membres, jeunes gens et filles poursuivent un objectif d’évangélisation des jeunes par les jeunes, ici et ailleurs.J’ai aussi rencontré en Haïti, en janvier, des jeunes, croyantes et témoins engagés; elles étaient européennes et appartenaient au groupe Points-Coeur qui n’a que dix ans de fondation et compte trente communautés établies dans quinze pays.A l’étranger, ils témoignent de leur foi en se faisant proches des plus démunis.Au fond, la communion dans la mission de Jésus porte encore, sous des formes apparemment nouvelles et variées, son caractère radical.Les nouveaux agents de la mission, confrontés à un vécu solidaire au-delà de leurs propres frontières, voudront relever dans la Janvier-Février 2003 25 communion à plusieurs les défis de la solitude, de l’insertion, de la durée, du témoignage évangélique, plus que dans des oeuvres structurées.Ils auront appris à faire équipe et à relire ensemble les signes de Dieu dans le monde où ils se trouvent.Ils seront apprivoisés à vivre en groupes diversifiés d’hommes et de femmes de diverses nationalités et cultures, partageant une vocation identique.Stages Un autre phénomène social accuse une croissance marquante : je veux parler des stages à l’étranger, très en demande, tels des projets mobilisateurs.Des jeunes en grand nombre souhaitent vivre une expérience outre frontières: immersion culturelle, sensibilisation Nord-Sud, projet missionnaire, stage d’apprentissage: on veut aller voir, partager.Selon une étude réalisée par Jeunesse du Monde, les communautés religieuses sont très souvent sollicitées : «Avez-vous une adresse à me donner là-bas ?» Il faut bien comprendre, dit le rapport, que pour la majorité des hôtes (.) il s’agit plutôt d’une surcharge de responsabilités et de travail, voire même de frais.(.) Des missionnaires doivent parfois inventer des projets à la mesure des stagiaires».A long terme, quel est l’impact des stages sur l’ouverture à la Mission ad gentes ?La question se pose-t-elle ?Estelle une préoccupation chez les accompagnateurs et accompagnatrices ?Jeunesse du Monde demande : « Les objectifs éducatifs d’un tel projet s’achèvent-ils avec la réalisation du séjour ?Comment maintenir un intérêt et tabler sur l’expérience vécue (.) pour favoriser un engagement au retour ?» Quant au lien entre la foi et l’expérience du stage, entre l’appel missionnaire et le séjour à l’étranger, il y a des efforts et une certaine concertation pour que cela devienne plus explicite, compte tenu des évaluations faites à partir des Eglises soeurs.Par ailleurs, des personnes indécises en matière religieuse, un jour ou l’autre, sont émues de compassion devant la souffrance, comme le samaritain de l'évangile.Devant la misère insoutenable des appauvris, une blessure intérieure leur fait murmurer : «Plus jamais!» Guidées par la force intérieure que donne l’Esprit, elles en rencontrent d’autres qui portent semblable appel, retrouvent les chemins de la foi et sont prêtes à tout quitter pour donner un temps de leur vie aux plus démunis parmi les peuples.Ils/elles s’adres- 26 La Vie des communautés religieuses sent souvent aux communautés religieuses et/ou missionnaires, ignorant la réalité et les chemins de la mission.À un autre niveau, la plupart des peuples exigent aujourd’hui des missionnaires des compétences et des qualifications qui compliquent le processus d’approche et d’entrée dans les pays.L’étiquette ‘missionnaire’ ne suffit plus pour obtenir un visa, une autorisation de résidence permanente, un permis de travail.Au contraire, il n’est pas rare que l’expérience missionnaire ‘ad extra’ s’exerce dans la clandestinité, grâce à la pertinence d’une offre contractuelle.Les disciples ne sont-ils pas appelés à être «prudents comme des serpents et simples comme des colombes» pour être signes du Royaume?Ailleurs a aussi ses règles du jeu.Communautés et sociétés missionnaires à Vécoute Depuis des décennies, des communautés et sociétés missionnaires ont écouté, accueilli, réfléchi, partagé avec de nouveaux, nouvelles venu-e-s les chantiers de la mission.Rompus à la mobilité des arrivées, des départs, des apprentissages de langues et de l’inculturation, les missionnaires ont perçu dans l’ouverture faite aux laïques en mission une dimension de leur charisme.Habitués à une forme d’appartenance et de lien aux Églises locales, ces prêtres, religieux, religieuses ont souvent été confrontés aux changements de mentalité, de vision de la mission, de mobilisation pour le service des plus démunis.Avec les laïques, ils ont senti la nécessité d’une préparation adéquate pour la reconnaissance et la viabilité de projets conjoints.Ces mêmes sociétés et instituts religieux missionnaires ont senti le besoin et la pertinence de se regrouper pour évoluer ensemble dans des sentiers inédits.Laïques en mission L’émergence d’une pratique missionnaire des laïques est encore récente, vingt-cinq ans environ.Les missionnaires de Scarboro, à l’instar des Mary knoll en font un processus solidement intégré à leur compréhension de la mission.La Société des Missions Étrangères de Pont-Viau fait de l’association avec des laïques pour la mission une priorité depuis environ dix ans.Les associés aux P.M.É., hommes et femmes, vivent la mission ‘ad extra’, surtout dans des expériences de petits groupes missionnaires: équipes Janvier-Février 2003 27 communautaires avec un engagement reconnu en Église.La plupart des communautés religieuses se risquent lentement dans le domaine de l’association pour la mission ‘ad extra’.Les Soeurs Missionnaires de l’Immaculée-Conception ont fait du partenariat avec les laïques pour la mission une priorité pour l’ensemble de l’Institut; cela s’inscrit dans une démarche en continuité depuis vingt-cinq ans.Issu de personnes ayant expérimenté la mission ‘ad extra’, le Regroupement des Laïques Missionnaires a maintenant plus de dix ans d’organisation et de réalisations.Je lis dans le bulletin de liaison Le Saint-Glé, avril 2001 : «Malgré des ressources financières limitées et un personnel restreint, le R.M.L.répond depuis dix ans au meilleur de ses capacités au désir des gens d’ici de s’engager dans une option préférentielle pour les pauvres».Plusieurs personnes se voient soutenues dans leur vocation missionnaire et peuvent trouver où l’exercer en concertation avec un tel groupe d’appartenance.Vocation missionnaire Parmi les nouveaux agents de la mission, des chrétiens et chrétiennes de plus en plus nombreux se portent volontaires en dehors de tout cadre religieux ou clérical.Les laïques qui les ont précédés ont ouvert des voies inaccoutumées.Différentes formes d’association sont nées dans le sillage des instituts et sociétés missionnaires.L’évolution porte de nouveaux enjeux parmi lesquels la différenciation et le développement de la vocation comme missionnaire laïque et la formation.Différentes expériences d’association ont eu tendance à assimiler aux missionnaires traditionnels les nouveaux volontaires dans la mission, souvent dans un rapport satisfaisant et maintes fois aussi dans un total inconfort de part et d’autre.L’expérience d’une saine collaboration devra encore faire évoluer la compréhension de la vocation missionnaire vécue dans différentes formes de vie.Au début des années ‘60, le décret du concile Vatican II sur L’activité missionnaire de l’Eglise soulignait le spécifique de la vocation missionnaire différente de l’identité “missionnaire” de tout baptisé: 28 La Vie des communautés religieuses Ils sont marqués d’une vocation spéciale ceux qui - doués d’un caractère naturel adapté, aptes en raison de leurs qualités et de leur intelligence - sont prêts à assumer l’oeuvre missionnaire, qu’ils soient autochtones ou étrangers: prêtres, religieux, laïcs {#23).Et Paul VI, dans son exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi de 1976 renchérit : Nous devons aussi notre estime particulière à tous les laïcs qui acceptent de consacrer une partie de leur temps, et parfois leur vie entière, au service des missions.Pour tous les ouvriers de l’évangélisation, une préparation sérieuse est nécessaire (#73).A la lecture de l’exhortation apostolique L’Église en Amérique (1999), à la suite du Synode d’Amérique, je note l’insistance mise sur la préparation à l’engagement en Église.En particulier, au numéro 44, intitulé Les fidèles laïcs et le renouveau dans l’Église, je lis: Il est urgent de former des hommes et des femmes capables d’agir selon leur vocation propre.(.) Il est nécessaire qu’ils soient formés aux principes et aux valeurs de la doctrine sociale de l’Église, aussi bien qu’aux notions fondamentales de la théologie du laïcat.(.) Il est nécessaire de promouvoir la collaboration bénéfique de fidèles laïcs bien préparés, hommes et femmes.(.) Ces tâches de laïcs ne doivent être conférées qu ’à des personnes qui ont acquis une formation nécessaire.Ce double aspect de la ‘vocation spécifique’ c’est-à-dire de l’appel missionnaire reconnu et de la nécessité d’une ‘formation adéquate’ impliquant un cheminement, ne saurait échapper à notre analyse.Se nourrir d’une spiritualité missionnaire constituera un aspect essentiel de la préparation à la mission ‘ad gentes’.Expérimenter en communauté chrétienne la relation entre le disciple et Celui qui envoie ne s’improvise pas.Car l’envoyé aura aussi à rendre présent Celui qui l’envoie.Janvier-Février 2003 29 Formation missionnaire Les nouveaux volontaires pour la mission se présentent pour la plupart compétents, ouverts et généreux, prêts à plier armes et bagages pour débarquer là où leur vigueur et leur habileté seront utiles pour soulager la misère en quelque pays défavorisé.Dès les premiers pas, un choix s’impose.S’agit-il d’un volontariat de type coopération ponctuelle ou d’un appel inscrit en soi pour le service de l’Évangile ?Une démarche personnalisée et en dialogue s’avère nécessaire pour une sélection initiale.Puis une formation est offerte pour discerner, comprendre et développer la vocation missionnaire, pour développer des liens, vivre une expérience ecclésiale.Car les nouveaux agents de la mission, dans nos milieux, ont presque toujours à défaire l’image d’une Église méconnue et mal médiatisée pour s’initier à un partage de foi, de communion et de service en Église.Que dire par ailleurs de ceux et celles qui sont issus d’une école de pensée intégriste et y ont calqué leur foi comme leur image de l’Église ?Pour eux aussi la formation comprendra un cheminement, une transformation que Dieu seul peut opérer.Formation pour s’ouvrir à l’autre, à la différence, à partir d’une identité personnelle mieux située.Formation pour identifier une séduction, celle de Jésus Christ, et apprendre à le suivre.Formation encore pour réapprendre à apprendre grâce à la relecture des apprentissages nouveaux dans un accompagnement par un témoin attentif et compétent dans les voies humaines, spirituelles et missionnaires.Formation pour se rompre à l’analyse sociale et porter dans une conscience sociale vigilante les enjeux collectifs des populations et du monde.Formation.afin de connaître et choisir une communauté, un groupe avec lequel s’engager dans l’expérience missionnaire.Formation enfin pour faire éclater un projet personnel (“mon appel” -“mon projet”) en ouverture et en disponibilité dans une vision chrétienne plus universelle des réalités et des besoins.3.Les appels et défis La Mission ‘ad gentes’ des années à venir est déjà commencée.Nous en connaissons assez les indices pour pressentir quels pourront être les nouveaux agents d’une mission jamais achevée.Après le tableau déjà brossé, comment résumer les enjeux qui sont à la fois questions, prises de conscience et pistes de lancement?30 La Vie des communautés religieuses Croire à la vocation Oser envoyer Tant que notre humanité sera divisée, souffrante, en quête de bonheur, tous ses cris comme ses silences interpellent notre amour, notre foi à un Dieu amour au-delà de toutes limites et de toutes frontières.Certains se sentiront appelés à aller dire ce Dieu, là où le dépaysement sera un signe évident d’amour universel, signe aussi de l’audace et de la force qu’il y a dans leur foi, dans un style d’aujourd’hui.Le défi pour l’Église canadienne n’est-il pas de croire à la vocation missionnaire spécifique, de ne pas vouloir se réserver les agents de la mission sous le prétexte subtil qu’il y a la mission ici.• Éduquer aux valeurs évangéliques, au partage universel et laisser partir, je dirais même accompagner de ses meilleurs encouragements ceux et celles qui se sentent appelés à se consacrer à la mission.• Sortir des rituels d’envoi trop ritualisés et trop pompeux, pour inventer un ‘envoi missionnaire’ simple, où sont ressentis les liens réels d’une communauté chrétienne qui ose donner de son nécessaire.Puis apprendre à accompagner ceux et celles qui rentrent de la mission ‘ad extra’, les aider à se réintégrer, à témoigner de leur vécu, à rendre grâce ensemble, dans la joie et la foi.On est à l’ère des remises en question fondamentales.Le jour où le clonage humain sera pratique courante, il sera normal de croire plus que jamais à la famille, de donner sens à la fécondité dans l’amour, de soutenir ceux et celles qui génèrent la vie dans l’épanouissement de la nature humaine voulue par Dieu.Côté Église universelle, rien de plus actuel et intéressant que d’aller explorer ce qui se vit ailleurs.La mission ‘ad gentes’ sans se modeler sur ce phénomène, demeure une manière vitale d’actualiser la foi révélée en Jésus-Christ.Il n’y a pas de capsule scientifique, biblique ou théologique ou même mystique, qui puisse remplacer le nécessaire processus de transmission de la foi à la manière de Jésus, selon son mode de présence.Lui qui, de condi- Janvier-Février 2003 31 tion divine ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu (.) devenant semblable aux hommes.(Phil.2).La mission ad gen-tes comprend un désistement de soi, l’enracinement dans une culture, dans un processus qui implique des réalités aussi précieuses que le temps (durée), le partage de ses biens, l’insécurité et qui porte fruit: Les aveugles voient - les boiteux marchent - les sourds entendent - les muets se mettent à parler - la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres.Et cela dure.Ne pas céder à la facilité d’assimiler à la mission ad gentes tous les stages qui se proposent, tous les coups de coeur qui nous émeuvent.pourra devenir un enjeu à la mesure de notre foi en la vocation missionnaire.Oser accueillir L’Eglise canadienne a encore le défi d’ouvrir son coeur à l’accueil de ceux et celles qui viennent d’un ailleurs et sont prêts à travailler à la mission chez nous.Je veux parler tout autant des personnes qui appartiennent à divers peuples que des nôtres, en particulier les laïques, ayant expérimenté la mission ailleurs une partie de leur vie.Ouvrir son coeur, oui, et modifier sa pratique : accueillir, c’est se laisser apprivoiser, même sur son propre terrain; c’est avancer en changeant.L’étranger dérange, questionne nos manières de faire, au nom de l’Évangile, met en relief ce qu’on ne voyait plus à force d’habitude.Une réflexion s’impose.C’est à ma connaissance un domaine qui n’a pas beaucoup été exploré.Les expériences heureuses sont-elles assez nombreuses pour être relues, proposées à nouveau.Où se trouvent chez nous les besoins les plus cruciaux de nouveaux agents de la mission?N’est-il pas vrai, par exemple, que les chrétiens et chrétiennes d’Amérique du Sud sauraient nous rendre la pratique croyante plus joyeuse en nous faisant aimer la Parole et en partageant la fierté d’une vie qui proclame Dieu?Avons-nous pressenti que des chrétiens d’Asie ou d’Afrique peuvent accompagner nos communautés chrétiennes dans la compréhension et le dialogue avec nos frères et soeurs d’ailleurs, ou d’autres religions, avec les musulmans, les hindous, les bouddhistes et tant d’autres?Par leurs relations sociales, professionnelles ou de travail, il leur est parfois tout naturel d’atteindre des gens qui ignorent tout de la foi chrétienne, en lien avec les valeurs qu’ils portent.Quel souci 32 La Vie des communautés religieuses avons-nous de favoriser l’inculturation des nouveaux/nouvelles venus ?Comment leur permettons-nous de nous connaître et de se faire connaître?Quel est au fond notre désir de favoriser leur insertion comme agents de la mission parmi nous?Former à la mission ad gentes L’Église canadienne se montre très soucieuse de l’éducation chrétienne à partir de l’enfance.L’évolution vers un pluralisme qui affecte tous les groupes et va dans toutes directions, est peut-être une chance.Elle rend possible la libre confession religieuse et favorise la tolérance.En même temps, chaque individu est devant un choix.Si la foi est un don, comment mettre les jeunes en état de réceptivité puis d’accueil et de cheminement dans la foi reçue?Au coeur de l’accompagnement des enfants et des jeunes, la préoccupation du sens missionnaire est essentiel pour authentifier le spécifique du catholicisme : son universalité.La vocation missionnaire origine souvent dans l’enfance.A travers des témoins, l’enfant, le jeune est amené à percevoir dans le fait de connaître Jésus-Christ et son Évangile, le cadeau le plus précieux de toute son existence; il sera amené à développer ce don, à répandre la nouvelle qu’il contient.Les nouveaux agents de la mission auront surtout appris jeunes à partager leur foi hors frontières, à travers des projets et avec les moyens de leur temps.Ils seront devenus familiers de la Parole de Dieu étudiée, priée, goûtée et partagée dans leur entourage.Ils auront appris à devenir des ‘bâtisseurs de ponts, pour la paix ’au milieu de toutes les différences de races, de cultures, de religions, de valeurs privilégiées.Ils auront perçu leur habileté à le faire en lien ave leur propre foi.Mais il faut aux nouveaux-nouvelles missionnaires des communautés d’alliance, où s’apparenter à un charisme, s’enraciner dans une authentique spiritualité missionnaire.Inventorier ou inventer en Église les lieux et les modalités propices pour affiner la formation, préparer les projets missionnaires, accompagner les cheminements, voilà un autre enjeu qui s’impose pour que l’appel à la mission s’actualise chez nous et porte fruit.Cela nous demande de consentir des lieux, des ressources, un personnel qui rassemble, relance, évalue les expériences et surtout croit profondément à la Mission universelle.Janvier-Février 2003 33 Je pense à l’immense projet collectif que représentent les JMJ.L’Église canadienne a eu la chance inouïe d’être au coeur de ce chantier d’apprentissage à la mission.Dans le grand silence et la grande réserve qui planent dans nos milieux en matière religieuse, les JMJ sont apparues comme un droit de parole, un événement qui a mérité d’être médiatisé, exploité dans ses symboles les plus authentiquement chrétiens.Les jeunes ont pu acquérir ou conquérir par leur engagement, l’enthousiasme à cause de Jésus-Christ que les aînés avaient perdu.L’échange entre jeunes pèlerins du monde entier et jeunes d’ici, l’hospitalité, se révèlent une expérience à soutenir par la suite.Les nouveaux agents de la mission ne sont-ils pas en germe dans un événement de foi où les jeunes ont pu prendre une large place, et creuser le thème: Vous êtes le sel de la terre.Vous êtes la lumière du monde.L’événement passé, il nous appartient d’assumer en Église un suivi à caractère missionnaire.Les nouveaux agents de la mission, une piste dynamique d’engagement et d’espérance, quand on s’y arrête.Les appels surgissent au coeur de la vie parmi ceux et celles qui ont souffert pour leur foi et en connaissent le prix.Les appels éclatent aussi dans le cri des pauvres et la soif ardente des chercheurs de justice, de paix, de vérité.Les appels s’éclairent dans l’inusable lumière des béatitudes portée par des témoins actuels, nourris de la Parole de Dieu et donnés comme un pain à leurs frères et soeurs.La Mission qui bat au coeur de l’Église ne manque pas de sang neuf pour faire circuler la vie.A nous d’en reconnaître les signes, de donner sens au risque dans les chantiers de la mission aujourd’hui.Les nouvelles vocations missionnaires n’ont pas fini de nous étonner, de nous émerveiller, tel un don précieux fait à l’humanité pour que vive au coeur du monde toute la vitalité du Royaume.Agathe Durand, m.i.c.10710, Grande-Allée MONTRÉAL (Québec) H3L 2M7 34 La Vie des communautés religieuses AU FIL DESANS : LA GRÂCE ANNIVERSAIRE SŒURS DE L’ASSOMPTION DE LA SAINTE VIERGE Derrière les visages humains, il y a le visage de Dieu Et dans la vie humaine, la Vie divine se joue.Maurice Zundel Henriette Cantin, s.a.s.v.Le désir de servir Dieu en servant les autres fit naître en notre Québec, au milieu du dix-neuvième siècle, plusieurs communautés religieuses féminines, la plupart orientées vers les services sociaux, particulièrement le soin des malades, l’éducation chrétienne de la jeunesse ou l’accueil des orphelins.Les villes centres, Québec et surtout Montréal, privilégiées dès leurs débuts, par des fondations providentielles eurent encore, par la force des circonstances, la part belle dans cette floraison d’oeuvres de bienfaisance.Comme il fallait s’y attendre, un peu partout à cette époque, les villages quelque peu populeux souhaitèrent partager ces privilèges en se dotant d’une maison d’éducation pour jeunes filles.Janvier-Février 2003 35 Dans tout foyer une femme instruite et cultivée faisait en effet espérer qu’on y trouve, un meilleur niveau de vie, une piété plus éclairée, et donc une famille plus heureuse.Compréhensives, et soucieuses de répondre à cet appel, les congrégations existantes s’efforcèrent généreusement d’étendre leur action le plus possible, mais le manque d’effectifs, les contraignit à plus d’un refus pénible.C’est, faisant face à une telle situation, que le curé de Saint-Grégoire, comptant sur l’aide de Dieu Providence, décida de contourner le problème en créant de toutes pièces, avec l’aide enthousiaste de son vicaire, une congrégation locale.Il fit alors appel à quatre jeunes institutrices de l’endroit, qui portaient au cœur le désir de se consacrer au Seigneur, et les gagna à son projet de faire d’elles les pierres de fondation de l’institution projetée.On était en septembre 1853.Et ainsi naissait la Congrégation des Sœurs de l’Assomption de la Sainte Vierge.Cent cinquante ans de prière, de travaux, d’alternance d’épreuves et de joies, de longs quotidiens répétitifs, facteurs d’usure aussi bien que créateurs de sagesse, cent cinquante ans, soutenus d’une confiance absolue en la fidélité du Seigneur, ont coulé depuis.Durant ce siècle et demi, le généreux fiat des quatre vaillantes du début a entraîné à leur suite plus de deux mille six cents compagnes, qui, du village de Saint-Grégoire se sont mises en service, d’abord « A mare usque ad maris » puis au Japon, au Brésil, en Côte-d’Ivoire, au Burundi, en Nouvelle-Calédonie, en Équateur et en Haïti.« Non pas à nous, Yahvé, non pas à nous, mais à ton nom donne la gloire, pour ton amour, et ta fidélité » chante le Psal-miste.En cette année jubilaire, devenues dépositaires des promesses et engagements de nos devancières, nous avons voulu, nous aussi, chanter Dieu et témoigner à haute voix notre admiration, notre reconnaissance pour la geste merveilleuse qu’il a fait jaillir de nos pauvretés.36 La Vie des communautés religieuses Nous avons aussi voulu reconnaître que, au long de ces cent cinquante ans, la bienveillance divine a pris, pour soutenir notre élan, de nombreux visages.Nous avons voulu nous souvenir de ces guides spirituels au dévouement inconditionnel, de ces collaborateurs et collaboratrices qui ont partagé avec nous, travaux, joies et peines, et bien sûr de cette jeunesse, dont le contact chaque jour, remettait chacune de nous face à la divine promesse: « Ce que vous aurez fait au moindre de ces petits, c’est à moi que vous l’aurez fait».Durant les mois qui suivront, ces rappels, ces souvenances trouveront, à tour de rôle, des heures privilégiées d’échanges, mais comme il se devait, le 8 septembre dernier, jour anniversaire de fondation, la célébration fut marquée d’une grande solennité.C’est d’abord, sous la présidence de l’évêque de Nicolet, Mgr Saint-Gelais, une messe à la liturgie très festive qui, à Saint-Grégoire, dans l’église même où, en 1853, nos Mères avaient pris l’habit et prononcé leurs vœux religieux, nous a réunies en congrégation, comme filles de l’Église.Dans ce temple splendide, rendu plus beau encore par l’atmosphère de jubilation, les évêques des diocèses où nous avons œuvré, nos aumôniers, un grand nombre de prêtres, des délégués-es de nombreuses communautés, répondant à notre invitation, ont bien voulu partager avec nous cette eucharistie, mémoire des merveilles du Seigneur.La cérémonie officielle d’ouverture de l’année jubilaire reçut aussi un éclat particulier par la présence de Madame Lise Thibault, lieutenant-gouverneur du Québec, qui avec sa bienveillance coutumière, accepta de présider ce moment de commémoration, dont chaque instant fut pour nous rempli d’émotion.Enfin, un souper de fête réunit nos distingués invités et les religieuses présentes, et malgré l’inconfort de la température, les conversations animées, les échanges de souvenirs, donnèrent à cette heure un agréable goût de retrouvailles.Le coup d’envoi ainsi donné, le climat de fête colorera de tons joyeux l’année jubilaire.Pourtant dans nos cœurs, l’attitude qui primera sans doute sera celle de nos quatre premières sœurs Janvier-Février 2003 37 face à un lendemain plein de mystère.Elles étaient responsables d’une mise en marche, et en ont remis le déroulement aux mains de la Providence.Pour nous, c’est l’heure où le rideau descend sur nos vies actives.Tout en ne négligeant pas une saine planification, nous voulons continuer à la fois de semer d’un geste large et généreux et de garder l’oreille attentive aux signes des temps, convaincues que Dieu dans sa Providence continuera de nous guider avec sagesse.Henriette Cantin, s.a.s.v.251, rue St-Jean-Baptiste Nicolet, (Québec) J3T 1X9 AVIS Les pages publicitaires pour la revue de mars-avril 2003 devront entrer avant le 6 février 2003 38 La Vie des communautés religieuses ÉVANGÉLISATION ET INTERNET Yves Bériault o.p.Introduction Chers amis des conférences de SEDOS, il me fait plaisir de me retrouver ici afin de partager avec vous quelques réflexions et quelques convictions qui me sont chères au sujet du monde de l’Internet et de ses implications pour l’évangélisation.Bien sûr, ce nouveau médium suscite encore des controverses, il nous confronte à une surabondance d’informations devant lesquelles parfois nous ne savons plus où donner de la tête.S’agit-il d’une mode passagère, se demandent certains ?Ou encore partageons-nous la réaction de ce philosophe qui devant la masse d’informations qui l’assaillait s’exclamait : « Cette horrible quantité de livres imprimés qui m’arrive tous les jours sur ma table va sûrement ramener la barbarie et non pas la culture.» Cette citation est du philosophe Leibnitz qui a vécu au XVIIe siècle.Nouveau siècle, nouveaux défis que nous devons assumer à notre tour, même s’ils perturbent notre manière de penser, de communiquer et de nous relier les uns aux autres.Dans cette conférence intitulée « Evangélisation et Internet », je voudrais tout d’abord développer quelques convictions personnelles autour de la notion d’évangélisation, pour ensuite jeter des ponts entre cette action évangélisatrice et le monde virtuel de l’Internet.Évangéliser Épître aux Romains 10, 13-14 : « En effet quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.Or, comment l’invoqueraient-ils, sans Janvier-Février 2003 39 avoir cru en lui ?Et comment croiraient-ils en lui, sans l’avoir entendu ?Et comment l’entendraient-ils, si personne ne le proclame ?» Voilà un texte qui a une résonance toute particulière en ce début de millénaire où la question du dialogue inter-religieux occupe une large place à la fois dans la société et à l’intérieur même de l’Église.C’est le défi du XXIe siècle, dans la suite de celui de l’Oecuménisme, toujours actuel, mais mis de l’avant au siècle dernier.Nous assistons depuis un siècle à un vaste mouvement de dialogue, de coopération et de rencontre, de solidarité, tant au plan international, pensons à l’émergence de la Société des Nations qui a ensuite donné naissance à l’ONU, tant au plan interreligieux, pensons à la rencontre d’Assise initiée par Jean-Paul II, il y a 15 ans, et qui a constitué un nouveau point de départ dans le dialogue inter-religieux.Nous ne pouvons douter qu’il y ait là au coeur de ces dialogues qui s’amorcent, tant entre pays qu’entre religions, l’empreinte de l’Esprit de Dieu, une présence du Ressuscité qui ouvre devant nous des chemins, qui parfois nous font peur; sur lesquels il y a bien sûr des risques objectifs d’égarement, d’affadissement de la proclamation du message évangélique.Mais la route qui mène en Galilée, celle que l’Ange du matin de la Résurrection propose aux disciples, est cette même route qu’il nous faut emprunter jusqu’à la fin des siècles et qui est une voie de rencontre avec l’autre, avec le distant, l’étranger, l’ennemi.C’est là le défi de l’Évangélisation, qui en est un non seulement d’annonce explicite de l’Évangile, mais avant tout un défi de présence au monde, une présence qui relève d’une action que Jésus compare au levain dans la pâte, une action d’humanisation, de fructification, de bonification de notre monde.L’Église ne sera jamais dispensée de sa mission première qui lui a été confiée le matin de la Résurrection : « Va annoncer que celui qui était mort est ressuscité! » Va annoncer! Il y un peu plus d’un an le document « Dominus Jesus » de la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi, avait créé un certain émoi dans les cercles inter-religieux à cause de son affirmation jugée trop explicite 40 La Vie des communautés religieuses de la valeur unique du christianisme.Jean-Paul II, quelques semaines plus tard avait soutenu ce document dans une lettre, mais tout en re-situant avec beaucoup de délicatesse le sens même de l’action évangélisatrice de l’Église.Il avait répondu essentiellement ceci : Pour nous, annoncer le Christ c’est une nécessité, comment pourrions-nous cacher la joie qui nous habite.Je dois bien avouer que c’est cette joie qui m’anime, cette foi au Christ, au coeur même de mon existence, qui me soutient dans cette entreprise de missionnaire de l’Internet.C’est le « contem-plata aliis tradere » des Dominicains qui justifie ma nouvelle vocation de webmestre, ce « contemplata aliis tradere » de notre tradition médiévale qui signifie ni plus ni moins de transmettre au monde le fruit de notre contemplation.Pour saint Thomas, la contemplation est le but même de l’existence humaine, puisqu’elle est tout orientée vers l’amour de Dieu.En ce sens, la vie contemplative est une voie de perfection, une voie de salut, car elle est une recherche incessante de Dieu.Elle fait sien le cri du psalmiste : « C’est ta face que je cherche mon Dieu, ne me cache pas ta face ».Saint Thomas nous rappelle à juste titre, que l’action d’évangéliser, qui s’enracine dans la prédication et l’enseignement, doit non seulement procéder de la contemplation, mais qu’elle en est son développement naturel.Pour saint Thomas, contempler c’est admirable, mais la contemplation qui devient prédication, évangélisation, est le sommet même de la vie religieuse.« Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie.nous vous l’annonçons à vous aussi, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous.Et notre communion est communion avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » (1 Jn 1, 1-3).Saint Thomas l’affirme : « de même qu’il est préférable d’éclairer que de seulement briller, de même il est préférable de donner aux autres les fruits de sa contemplation que de simplement contempler » (Ila-IIae, q.188).Voilà un beau sujet de controverse, Janvier-Février 2003 41 mais qui n’est pas l’objet de cette conférence.Mais en apportant cette belle réflexion de Thomas d’Aquin, je voulais simplement mieux faire comprendre en quoi ce ministère d’évangélisation sur Internet rejoint pour moi non seulement la grande tradition de prédication de mon ordre religieux, mais la mission de l’Église elle-même, la vocation de tout baptisé.Ainsi donc, mon ministère sur Internet est l’une des manières que j’ai trouvées afin d’actualiser dans ma vie de croyant et de prédicateur de la Bonne Nouvelle, cet appel pressant qui traverse tout le Nouveau Testament comme un trait enflammé, et qui est la voix du Christ lui-même qui enjoint ses disciples à annoncer la bonne nouvelle du Royaume.Présence sur Internet J’aimerais maintenant partager avec vous ce qu’a été pour moi depuis maintenant plus de six ans cette aventure virtuelle et spirituelle, aventure dans laquelle je suis engagé plus que jamais puisque le supérieur de mon ordre religieux m’a demandé d’en faire mon principal apostolat en devenant le promoteur de l’Internet pour la famille dominicaine.Au cours de ces dernières années, où j’ai oeuvré sur Internet, j’ai eu l’occasion de travailler sur plusieurs types de projets et j’aimerais présenter maintenant cinq de ces projets afin de permettre aux néophytes parmi vous de mieux saisir les possibilités du médium Internet, et aussi afin de vous donner des pistes d’échanges bien concrètes pour la deuxième partie de cette conférence.C’est aussi à partir de ces projets que je développerai mon constat personnel quant à la pertinence de l’Internet pour l’Église.Voici tout d’abord une simple énumération détaillée des principaux projets que j’ai mis sur pied.Chronologiquement, les sites que j’ai conçus sont les suivants: 1.Un site Internet pour l’aumônerie universitaire où j’ai œuvré pendant treize ans, le Centre étudiant Benoît-Lacroix (http:// www.benoitlacroix.org), site sur lequel il est possible de trouver à la fois des textes de réflexions et, surtout, la liste des activités, les horaires du centre ainsi que ceux de notre communauté 42 La Vie des communautés religieuses chrétienne universitaire.Ce site s’adresse aux étudiants et étudiantes de l’Université de Montréal, une université de plus de 50,000 étudiants.2.Deuxième projet: un site pour la province dominicaine à laquelle j’appartiens, soit celle du Canada (http://www.domini-cains.ca), et où j’ai commencé à offrir, en plus de toutes les informations pertinentes sur la vie de ma province et la vie dominicaine en général, des commentaires de l’Évangile du dimanche et surtout un service d’accompagnement spirituel, qui fonctionne toujours après plus de six ans.3.Troisièmement : j’ai créé une fraternité dominicaine virtuelle, la Fraternité Sainte-Catherine de Sienne (http://www.spiri2.com), offrant à ses membres, en plus des textes de réflexion sur la vie dominicaine et la théologie en général, un forum de discussion, ainsi que la possibilité d’échanger des textes, la possibilité pour les membres de se présenter, de se faire connaître les uns aux autres.Je dois dire qu’assez rapidement certains membres de la fraternité ont souhaité s’engager davantage et qu’ils ont mis sur pied un service de ‘lectio divina’, comme eux-mêmes l’ont appelé.Ainsi, les membres intéressés font parvenir aux autres membres leurs réflexions, leur méditation personnelle sur le texte de l’Évangile du dimanche.Certains membres européens se sont même donné un rendez-vous annuel en Suisse autour du Nouvel An.Un temps de retraite et de partage.4.Quatrième projet : le site « Spiritualité 2000 » (http://www.spm-tualite2000.com), le projet sur lequel j’ai le plus travaillé jusqu’à maintenant.Ce site a célébré le 1er novembre dernier son premier anniversaire et reçoit plus de 425 visiteurs par jour.Il s’agit essentiellement d’un magazine de spiritualité chrétienne auquel collaborent avec moi, bénévolement, douze personnes, dont plusieurs membres de la famille dominicaine.Le but de ce projet était d’offrir sur Internet un lieu de découverte et d’approfondissement de la spiritualité chrétienne.Ce site a repris le service d’accompagnement spirituel que j’avais inauguré six années auparavant et six frères reçoivent maintenant les demandes des visi- Janvier-Février 2003 43 teurs.Je me permets de mentionner le commentaire de l’un de ces frères qui a 80 ans et qui me disait : « Tu sais, ce ministère sur Internet constitue un nouveau départ pour moi, car ma surdité m’empêchait de recevoir des gens pour la confession ou l’accompagnement spirituel.Je me sens maintenant revivre.» Il serait trop long de développer ici tout ce que l’on retrouve sur ce site de « Spiritualité 2000 », mais je mentionnerais néanmoins la présence d’une galerie d’art chrétien, ainsi qu’une section offrant des textes de réflexion aux personnes aux prises avec un deuil, confrontées à la mort.5.Enfin, le dernier projet fut celui d’un site ayant une durée limitée, soit un mois (bien qu’il soit toujours possible de le visiter).Il s’agit du site du Chapitre général des Dominicains tenu l’été dernier à Providence (RI) aux USA (http://www.providence 2001.org.Le but du site était de permettre aux membres de la famille dominicaine et à tous ceux et celles qui s’intéressaient à notre chapitre, d’en suivre le déroulement via Internet.Le jour de l’élection du nouveau Maître de l’Ordre, la nouvelle, avec la photo du nouvel élu, était disponible immédiatement après l’événement et, ce jour-là, plus de trois mille visiteurs sont venus sur le site.Pour la durée du chapitre, ce sont près de 60,000 visiteurs qui sont venus.Voici ce qu’on retrouve sur le site : des textes généraux et des statistiques sur l’Ordre, des albums-photos permettant de vivre les grands événements du chapitre, les liturgies, les temps de fêtes, de vie fraternelle.On y trouve aussi de nombreuses entrevues avec les capitulaires, tant écrits qu’en audio, et l’on y présente même une entrevue-vidéo avec notre nouveau Maître de l’Ordre, le frère Carlos Azpiroz Costa.D’ailleurs, quand le frère Azpiroz a téléphoné aux siens en Argentine afin de leur communiquer la nouvelle de son élection, toute sa famille était déjà au courant.grâce au site Internet.Ce site a été l’occasion d’une grande convergence de la famille dominicaine autour du chapitre.Plus de mille personnes ont signé le livre d’or du chapitre.De 50 à 100 personnes par jour nous ont fait parvenir leurs messages d’encouragement et de félicitations via le courriel.Un frère de 85 ans qui a visité le site, émerveillé, m’a dit : « Tu sais, c’est la première fois de toute ma vie religieuse que je vois ce qui se passe à un Chapitre général.» 44 La Vie des communautés religieuses Voilà un survol rapide des principaux projets Internet sur lesquels j’ai été impliqué depuis six ans.J’aimerais maintenant vous partager quelques-unes de mes convictions suite à ces expériences au sujet de la pertinence d’une présence d’Eglise sur Internet.Le constat Petite anecdote se passant au Moyen-Âge.Trois maçons qui travaillent sur un même projet sont à l’œuvre sur un chantier au cœur de la ville.Un passant s’arrête et leur demande ce qu’ils font : 1-Je suis tailleur de pierre, dit le premier, je taille des pierres.2.Je suis tailleur de pierre, répond le second, je construis un mur.3.Je suis tailleur de pierre, dit le troisième, je construis une cathédrale.Pour moi, qui n’a pas l’habileté d’un constructeur de cathédrale ni la prétention d’être un artiste, la conception de sites Internet vise néanmoins la création d’un lieu qui soit beau et accueillant pour le visiteur, car le site Internet est un lieu public.C’est la nouvelle place publique du XXIe siècle et l’Église a besoin de bâtisseurs de cathédrales virtuelles où la foi puisse être dépeinte, contemplée, annoncée, débattue.La création d’un site Internet pour grand public est une œuvre d’art en soi, où se rencontrent à la fois les langages de l’architecture, de la peinture, de la musique, même de l’urbanisme (pensons ici à la navigation sur un site).Le webmestre devant son site est non seulement un architecte, mais il est semblable au peintre devant sa toile.La toile est virtuelle mais l’inspiration doit être au rendez-vous.L’internaute Essayons de voir maintenant qui est l’internaute qui se présente sur les sites Internet et, dans le cas qui nous intéresse, qui se présente sur les sites chrétiens.Tout d’abord, ce visiteur inconnu n’est pas sans visage, sans nom, sans histoire, ni dépourvu d’une recherche de sens.L’internaute qui visite un site chrétien est comparable à tous ces touristes en Europe qui passent une bonne partie de leurs vacances à visiter cathédrales, basiliques, églises, monastères, en quête de beauté, d’histoire, de spiritualité.Sont-ils tous chrétiens Janvier-Février 2003 45 ou croyants?Loin de là.Seront-ils tous transformés par leur visite?Certainement pas.Mais à travers les peintures, les vitraux, les mosaïques, l’architecture, l’espace, la beauté, le silence, tous se sont approchés du mystère, d’un certain langage qui exprime à la fois l’ineffable et le mystère d’un Dieu trine : Père, Fils et Esprit.Pendant quelques minutes ou quelques heures, ces visiteurs se font pèlerins de l’Absolu.Pourquoi un tel voyage ne serait-il pas possible sur Internet?Les sites chrétiens sur Internet sont parfois comme des cathédrales virtuelles.Pour certains visiteurs, ils sont l’occasion de s’approcher, anonymement, de la vie de l’Église.Une occasion de poser des questions sur un forum ou service d’accompagnement spirituel.Des questions qu’ils n’oseraient jamais poser à leur curé! Le site leur offre une occasion soit de lire des textes sacrés, de fureter dans des livres religieux sans être vus ou même de laisser un graffiti injurieux sur la page d’un livre d’or.C’est déjà un premier pas vers un dialogue éventuel.Le visiteur a pu s’exprimer.Il a pu satisfaire une certaine curiosité, trouver réponse à certaines questions, avoir fait la connaissance d’un accompagnateur dans son cheminement ou même avoir laissé une prière.Les sites Internet, en plus d’être des mines d’information, des lieux de regroupement pour des associations, peuvent aussi être des lieux de ressourcement, et tout particulièrement pour des chrétiens isolés.Je pense à cette chrétienne de Tunisie, seule en milieu musulman, me disant trouver sa principale nourriture spirituelle sur certains sites Internet.Les sites peuvent être des lieux de catéchèse, de formation théologique : je pense à ce projet d’université sur Internet, DOMUNI (http://www.domuni.org).qu’ont mis au point mes frères dominicains de Toulouse.Ou encore les sites Internet peuvent aussi être des lieux de solidarité et d’engagement pour des personnes partageant une même cause.Je pense à une amie au Canada qui gère un site Internet pour venir en aide aux enfants d’Haïti (http:// www.projetoa-sis.ca.tc).un projet virtuel qui s’enracine au cœur même de sa propre famille de cinq enfants, dont une jeune haïtienne adoptée, un projet qui s’étend maintenant à quinze classes d’étudiants dans les écoles de 46 La Vie des communautés religieuses sa ville et qui commence à intéresser amis et voisins.Voilà un projet Internet qui rapproche des gens et qui devient une occasion d’engagement à l’endroit des plus démunis.Qui l’aurait cm?On est bien loin ici de l’anonymat tant reproché à l’Internet, bien que cette facette du médium ne soit pas un désavantage quand nous le situons dans un contexte d’évangélisation.Conclusion Il y a à peine quelques semaines, soit le 21 novembre dernier, le pape Jean-Paul II envoyait officiellement la lettre apostolique « Ecclesia Oceania » via Internet.Ce fut une première dans la vie de l’Église.Un événement médiatique qui ne fait qu’illustrer à quel point l’Internet est devenu un moyen incontournable en tant que média à l’intérieur même de la vie de l’Église.Nous sommes en présence d’un outil de communication aux multiples possibilités et proprement révolutionnaire.Avec l’Internet nous assistons à une démocratisation sans précédent d’un outil de communication, grâce à son économie d’utilisation et sa facilité d’accès.Un médium qui conjugue à la fois l’art épistolaire, le journal, le bulletin, le magazine, la vidéo, l’audio, la place publique via les forums, la communication en direct via le « chat » ou même la téléphonie.Dans la suite des moyens de communication tels que l’imprimerie, la radio et la télévision, l’Internet à son tour constitue un rendez-vous à ne pas manquer pour l’Église.Et pour les irréductibles sceptiques, une brève histoire pour terminer.C’est l’histoire d’un ancien hussard qui vivait dans la forêt.Las d’avoir guerroyé, il n’en sortait que pour s’approvisionner en détroussant quelques passants.Il rencontra un jour un enfant dont le regard l’intrigua.Il lui tendit dix roubles en disant: « Ils sont à toi si tu m’indiques où est Dieu?» L’enfant lui répondit: « En voici cent.Ils sont à toi si tu me dis où Dieu n’est pas.» F.Yves Bériault, o.p.Promoteur de l’Internet pour l’Ordre des Prêcheurs 2715, ch.de la Côte Ste-Catherine MONTRÉAL (Québec) H3T 1B6 Janvier-Février 2003 47 FRANÇOIS DE LAVAL ET LA VIE RELIGIEUSE: REGARD SUR LE PASSÉ Doris Lamontagne, p.f.m.Sœur Doris Lamontagne, p.f.m., est responsable, depuis sa fondation, du Centre d’animation François-de-Laval situé à la Basilique Notre-Dame-de-Québec.Son travail à ce centre lui a permis de mieux approfondir le rôle de Mgr de Laval comme fondateur de l’Église canadienne à l’égard de la vie religieuse au début de la colonie.C’est à ce titre que nous lui avons demandé cet article.Introduction Parler de la vie religieuse au 17e siècle en lien avec le premier évêque de Québec apparaît comme un sujet vaste et même complexe.L’histoire de la Nouvelle-France ne donne pas toujours bonne presse à François de Laval.En 1993, lorsque j’acceptais de devenir responsable du Centre d’animation François-de-Laval, j’ai découvert que la mémoire du temps impute à François de Laval plusieurs querelles avec les Gouverneurs comme avec les institutions religieuses de son époque.Qui n’a pas entendu parler des démêlés concernant le commerce de l’eau-de-vie?Qui ne se rappelle pas de ses disputes avec les Récollets et les Ursulines?Est-ce toujours exact, quels sont les enjeux mis en cause dans ces conflits?Peut-on dire autre chose qui soit pertinent pour la vie religieuse du 21e siècle?48 La Vie des communautés religieuses Fondation - Source d’inspiration Je suis entrée en communauté en 1982 au temps où ma Congrégation, comme la plupart d’ailleurs, était soucieuse de revenir au charisme de la fondation.Après plus de trois siècles de fondation, est-il possible de retrouver le charisme du Fondateur de l’Eglise en sol d’Amérique?Plus j’approfondis la vie de François de Laval, moins il semble être conservateur mais plutôt très novateur.Si l’évêque vivait encore, il chercherait sans doute à mettre en application les décrets d’une réforme conciliaire survenue l’année de ma naissance.En effet, je suis née en 1962 à l’heure d’un changement important au sein de l’Église, le Concile Vatican II.Je me surprends parfois à faire des parallèles entre la vie du premier évêque et la mienne.Puiser à la spiritualité des commencements afin de s’aventurer sur des sentiers nouveaux, n’est-ce pas un mouvement déjà vu suite à une réforme importante?En relisant l’histoire du christianisme, nous voyons comment chaque réforme provoque le renouvellement d’ordres anciens et voit naître de nouvelles formes de vie religieuse.N’est-ce pas un siècle après la réforme grégorienne que Dominique et François fondent les ordres mendiants?Héritier d’une Église réformée, le Fondateur de notre Église me semble être une source d’inspiration très pertinente pour l’Église actuelle.Plusieurs défis de son époque ont des points communs avec les pages d’histoire que nous sommes en train d’écrire.Pour en saisir la pertinence et y trouver des pistes pour la vie religieuse actuelle, il importe de replacer François de Laval dans le contexte où il a évolué.Par quelle école de vie religieuse a-t-il été formé?En reste-t-il des traces dans sa vie spirituelle?Quels furent ses liens avec les communautés religieuses de son temps?Peut-on trouver dans cet héritage spirituel des pistes pour éclairer les défis d’évangélisation du monde d’aujourd’hui?Telles sont les questions auxquelles j’ai cherché à donner réponse.Janvier-Février 2003 49 François de Laval, héritier d’une réforme François de Laval naît au 17e siècle dans un environnement de renouveau spirituel important.En France, la réforme du Concile de Trente vécue au 16e siècle enclenche un renouveau spirituel majeur au sein de l’Église.Pour parler de cette phase historique, le terme contre-réforme a souvent été utilisé en analysant cette période comme une réaction de l’Eglise catholique en lutte contre les protestations initiées, entre autres, par Luther et Calvin.De plus en plus d’historiens soulignent que la réforme est attribuable à une conscience du peuple et que des changements devaient s’opérer pour répondre à des questions formulées depuis plus d’un siècle.Avant la modification de structures et la révision de décrets disciplinaires, déjà au 16e siècle, le moine Gilles de Viterbe rappelait l’importance de la conversion.«Ce sont les hommes qu’il faut changer par la religion, et non la religion par les hommes1.» Le besoin de réforme spirituelle se fait sentir par l’augmentation de livres religieux et de méthodes d’oraison, témoignant ainsi de la préoccupation d’une transformation intérieure.Dans les différents mouvements spirituels, une unité du message confirme l’importance de trouver Dieu au centre de l’âme et de se laisser transformer par Jésus-Christ.La valorisation de la pratique de l’oraison a pour but d’aider à faire l’unité entre la foi et la vie.Or, plusieurs constatent que cette réforme ne peut être effective sans un renouveau clérical important.À cette époque, les prêtres reçoivent très peu de formation, la prédication est réservée aux ordres religieux tels que les Dominicains ou les Franciscains.Des initiatives diverses viennent de différents coins de l’Europe pour apporter des changements aux ministères cléricaux.Une idée nouvelle apparaît sous l’appellation de clercs réguliers.Des regroupements de clercs se forment à l’oraison méthodique pour approfondir leur expérience spirituelle.Plusieurs des dé- 60 La Vie des communautés religieuses crets du Concile toucheront donc la formation des prêtres, les paroisses et l’épiscopat.Le Concile de Trente opère une modification importante dans le ministère pastoral des prêtres en faisant passer le service du peuple chrétien avant celui de l’office divin.La formule des Séminaires est instituée pour garantir une formation solide en mettant les Écritures au centre de la formation théologique des clercs.Pour pallier aux abus d’amasser plus de bénéfices en cumulant les diocèses ou les paroisses, le procès pour examiner les mises en candidature de futurs évêques devient plus rigoureux, les contrôles sont de plus en plus sévères et on institue la visite ad limina.La réforme épiscopale du Concile de Trente a porté fruit.De nombreux évêques s’inspireront de Charles Borromée pour ne pas répéter les erreurs du passé.Les évêques sont présents dans leur diocèse et visitent les paroisses comme les institutions religieuses.Bien que le Concile de Trente statue sur des changements qui étaient souhaités, la période qui suit est capitale voire même déterminante pour le renouvellement de l’Église.Si plusieurs pays européens vont de l’avant suite au Concile, la France attendra une vingtaine d’années avant de mettre les décrets conciliaires en application.Aussi, le 17e siècle de l’Église de France est marqué par un renouveau spirituel sans précédent.Pour illustrer cet essor spirituel, les historiens parlent du grand siècle des âmes.Toute la vie de François de Laval s’enracine au cœur de cette effervescence.Avant qu’il ne devienne évêque de Québec à 36 ans, François de Laval reçoit une formation spirituelle des plus innovatrices et adaptées.Par l’entremise des collèges jésuites et de leur Confrérie, François est initié à la spiritualité ignatienne.Après son ordination sacerdotale, avec les disciples de Bérulle, il développe une spiritualité du sacerdoce qui influencera son ministère pastoral.Janvier-Février 2003 51 François de Laval à l’école des Jésuites.François de Laval naît à Montigny-sur-Avre dans le diocèse de Chartres en France, le 30 avril 1622.Dans la même année, Ignace de Loyola et François-Xavier, missionnaire jésuite, sont canonisés.Également, l’Église fonde la Propagation de la Foi en favorisant la vie missionnaire comme moyen de reconquête spirituelle.Étant le troisième fils de la famille Laval et destiné à la carrière cléricale, dès l’âge de huit ans, François va étudier au Collège La Flèche tenu par les Jésuites.De 1631 à 1641, il reçoit une formation académique solide en lien avec la réforme et nourrie par une vie spirituelle intense.Dès l’âge de douze ans, François de Laval fait partie de la Congrégation mariale.Les congrégations des Jésuites sont de véritables écoles de spiritualité où l’on s’exerce à l’oraison, à la pratique des sacrements et aux œuvres de charité2.Lorsqu’il vient étudier à Paris au Collège de Clermont, François de Laval est toujours membre de cette Congrégation.Après ses études, il fera partie de la Congrégation des Externes confiée à ce moment au Père Jean Bagot jusqu’à son ordination sacerdotale en 1647.Cette spiritualité prise au sein des Congrégations mariales inspirera toute la vie spirituelle de François de Laval et il y restera fidèle.Cette dévotion mariale va traverser l’océan et laisser des traces.En 1664, il érige la première paroisse de Québec sous le vocable de l’Immaculée-Conception.Cette église sera consacrée à la Vierge le 11 juillet de l’année 1666.En 1665, avec les prêtres de son Séminaire, il reprend, tout comme les Pères Jésuites, le vœu à l’immaculée.La dévotion à Marie chez François de Laval s’exprime dans un climat marial dont il vit intensément.Dans l’ensemble de ses écrits et de ses lettres, on y retrouve plusieurs mentions de Marie.52 La Vie des communautés religieuses Les influences de la spiritualité ignatienne La compagnie de Jésus s’inscrit dans l’élan du renouveau spirituel.Ignace fut l’une des figures marquantes proposant une réforme intérieure.L’outil majeur qui a permis l’héritage de sa spiritualité fut ce livre connu sous le vocable des Exercices spirituels.Dans une lettre datée de 1687, François de Laval écrit : « Il y a longtemps que Dieu me fait la grâce de regarder tout ce qui m’arrive en cette vie comme un effet de sa Providence.»3 Est-ce l’écho de quelqu’un qui s’est initié à la relecture spirituelle tel que le veulent les Exercices?A la suite d’Ignace, les Jésuites véhiculent cet outil dans leur collège.La relecture conduit à voir Dieu présent en toutes choses.Aussi la prière fut-elle très importante comme l’ascèse et la discipline mais les actes attestent l’authenticité de l’apôtre.Selon les propos d’Ignace de Loyola: «Ce n’est pas dans les paroles qu’il faut d’abord mettre l’amour mais dans les actes.»4 Lorsqu’il s’adresse aux missionnaires en 1668, François de Laval rappelle la primauté de la prédication par l’exemple.«La langue est nécessaire pour agir avec les Sauvages; c’est toutefois une des moindres parties d’un bon missionnaire (.) Les talents qui font les bons missionnaires sont : 1° Être rempli de l’esprit de Dieu.Cet esprit doit animer nos paroles et nos cœurs (.).4° N’avoir rien dans notre vie et dans nos mœurs qui paraisse démentir ce que nous disons ou qui mette de l’indisposition dans les esprits et dans les cœurs de ceux qu’on veut gagner à Dieu ».5 Cette cohérence entre les paroles et les actes est si importante que François de Laval souligne que se laisser emporter jusqu’à perdre le contrôle pendant un court moment, cela est suffisant pour détruire ou enlever toute crédibilité à son ministère pastoral.« Il faut se faire aimer par sa douceur, sa patience et sa charité et se gagner les esprits et les cœurs pour les gagner à Dieu; souvent une parole d’aigreur, une impatience, un visage rebutant, détruiront en un moment ce que l’on avait fait en un long temps.»6 Le but ultime de la réforme intérieure proposée par Ignace de Loyola est qu’«une seule réponse s’impose : la gloire de Dieu.Janvier-Février 2003 53 Tout le reste est vain et dérisoire.»7 Dans les écrits de François de Laval, l’expression «pour la gloire de Dieu» revient sous différentes formes : « afin que Notre-Seigneur se glorifie en tout », « pour procurer la plus grande gloire de Dieu et le plus grand bien des âmes » «Notre Seigneur tirera sa gloire de tout».8 La gloire de Dieu prime sur ses intérêts personnels et influence son ministère épiscopal.Marie de l’Incarnation en donne d’ailleurs le témoignage : « Mgr notre Prélat est tel que je vous l’ai mandé par mes précédentes, savoir très zélé et inflexible : zélé pour faire observer tout ce qu’il croit devoir augmenter la gloire de Dieu et inflexible pour ne point céder en ce qui est contraire.»9 L’influence de la spiritualité ignatienne est bien réelle dans la vie de François de Laval.Il le confirme lorsqu’il écrit au supérieur des Jésuites pour leur manifester sa reconnaissance.« [Les Jésuites] m’ont appris à aimer Dieu et ont été mes guides dans la voie du salut et des vertus chrétiennes.»10 François de Laval et l’école bérulienne ou l’école française Au terme de ses études avec les Jésuites, François de Laval est ordonné prêtre le 1er mai 1647.Il continue à cheminer comme membre de la Société des Bons Amis.Cette Société regroupe des prêtres et des laïcs s’aidant à vivre l’idéal évangélique.François de Laval se fait remarquer dans l’exercice de son ministère pastoral par sa piété et son zèle alors qu’il est archidiacre d’Évreux.Dans les années 1650, il frappe à la porte de l’Ermitage de Caën dirigé par Jean de Bemières de Louvigny.Bemières est disciple de Pierre de Bérulle et compte parmi les laïcs qui permettront à la doctrine bérulienne d’être à l’origine de l’École française.Si Pierre de Bérulle a initié le courant spirituel appelé l’École française, l’expansion de sa doctrine se fera davantage par ses disciples dont plusieurs furent contemporains de François de Laval.Au 17e siècle, lorsqu’un prêtre veut se consacrer à Dieu, il doit se faire religieux.Bérulle est soucieux que les prêtres, tout en exerçant leur ministère, développent une vie spirituelle qui alimente leur sacerdoce.Ce phénomène marquant de la première moitié du 54 La Vie des communautés religieuses 17e siècle connaîtra différents maîtres et diverses fondations dont celles de Philippe Néri à Rome, de Pierre de Bérulle avec l’Oratoire en France, de Vincent de Paul avec les Lazaristes, ou encore de Jean Eudes avec la Congrégation de Jésus et Marie.Ces fondations variées ont des traits communs.Elles cherchent un style de vie en rupture avec le comportement clérical de l’époque valorisant la pauvreté et le partage des ressources entre leurs membres.Nourris par le zèle apostolique, ces prêtres orientent leur ministère auprès des paysans et sont soucieux de donner une bonne formation religieuse à tous les baptisés.François de Laval s’inspire de cette école spirituelle lorsqu’il fonde le Séminaire de Québec en 1663.Il l’associe au Séminaire des Missions Etrangères de Paris fondé la même année.« Il y a un esprit de partage évangélique et de soutien fraternel que François de Laval et les ecclésiastiques qu’il amène avec lui au Québec en 1659 avaient en commun.C’est à l’école de M.de Bemières à Caen qu’ils avaient vécu la communauté fraternelle et la mise en commun des biens.»u C’est d’ailleurs M.de Bemières qui donne par écrit la règle aux Frères du Canada pour former ce qu’il appelle l’Ermitage de Québec.L’influence de l’École française dans sa vie spirituelle Pierre de Bérulle a développé une doctrine spirituelle d’abnégation.La désappropriation ou l’abnégation est au cœur de la spiritualité de François de Laval.« C’est l’abnégation de soi-même selon l’Évangile.Mais, pour lui, l’abnégation n’est pas un but.Elle se justifie dans une perspective de partage et de soutien fraternel.»12 Dans cet esprit de détachement, en 1654, François de Laval fait don de son patrimoine familial à son frère cadet, Jean-Louis et, en 1680, au Séminaire de Québec, le don de son patrimoine ecclésial.La mise en commun des biens est présente à l’esprit de François de Laval lorsqu’il fonde le Séminaire de Québec où les prêtres sont au service de la mission et envoyés dans des cures qu’il aurait voulu garder amovibles.Un des règlements du Séminaire fait part de cette préoccupation de ne pas devenir propriétaire dans les char- Janvier-Février 2003 55 ges ecclésiales : « Qu’ils (les prêtres) ne se regarderaient point comme propriétaires de ce qui leur est assigné pour leur subsistance, mais que pour pratiquer le détachement, ils lui rendraient compte tous les ans de l’administration de leur temporel.»13 La prière d’adoration est au cœur de la réforme bérullienne.Elle aide à maintenir l’équilibre de vie menacée par la dispersion en raison des actions.Lors de son séjour à l’Ermitage de Caën, François de Laval intensifie cette formation particulière à l’oraison.A sa mort, plusieurs témoignages confirment l’importance de la prière dans sa vie.Ayant partagé les vingt dernières années de la vie de François de Laval, le frère Houssart14 le mentionne à plusieurs reprises.Suite au décès de François de Laval survenu le 6 mai 1708, dans l’oraison funèbre, de la Colombière rappelle : « Passer plusieurs heures devant le Saint Sacrement, c’était la manière dont l’évêque se délassait de la fatigue que lui procurait son zèle.»15 En 1687, lorsque François de Laval apprend que le Pape ne lui permet pas de revenir à Québec suite à sa démission comme évêque, il écrit aux directeurs du Séminaire du Québec en ces termes : « Adorons les conduites de Dieu sur nous et toutes ses œuvres (.).Je n’eus pas plus tôt reçu ma sentence que Notre-Sei-gneur me fit la grâce de me donner les sentiments d’aller devant le Très [Saint-] Sacrement lui faire un sacrifice de tous mes désirs et de ce qui m’est de plus cher en ce monde.»16 Affecté par la maladie en 1706, François de Laval ne quitte plus sa chambre.Aussi, de la France, Mgr de St-Vallier autorise Mgr l’Ancien à aménager un oratoire privé non loin de sa chambre.« J’ai écrit à Mgr de Québec sur ce que vous me proposiez, si ayant près de votre chambre une chapelle bien ornée, vous ne pourriez pas avoir le Saint-Sacrement pour votre consolation, ne pouvant aller à l’église.Ce prélat trouve très bon, Monseigneur, que vous l’y ayez et on convient que cela se peut en pareille occasion pour un évêque comme vous.»17 Un autre trait hérité de l’école bérulienne tisse la vie spirituelle de l’évêque, soit l’abandon.Le terme abandon est évoqué dans la chapelle funéraire de l’évêque que l’on peut voir dans la Cathé- 56 La Vie des communautés religieuses drale de Québec.Le mouvement spirituel promu par l’École française s’apparente peut-être à ce qu’on appelle aujourd’hui le «Lâcher prise».Pour l’École française, l’abandon est une manière d’entrer en relation avec Dieu, origine de tout, conduisant à un esprit d’abandon sans limite en la divine Providence de Dieu.François de Laval l’expérimente à un degré remarquable suite au refus difficile où il lui est demandé le sacrifice de ce qui lui est « le plus cher en ce monde ».Dans la lettre aux directeurs du Séminaire, il écrit : « Il est bien juste cependant que nous demeurions perdus à nous-mêmes et que nous ne vivions que de la vie du pur abandon en tout ce qui nous regarde au-dedans comme au-dehors.»18 Pour François de Laval, Dieu est au centre de tout, il le sait et le dit.Relevant d’une maladie où il a failli mourir en 1689, il écrit: « C’est en cet état qu’on reconnaît qu’il n’y a que Dieu seul et que tout le reste n’est rien qu’un pur néant.»19 La vie religieuse au temps du Concile de Trente Dans cette Église en mutation, les Ordres religieux sont des artisans majeurs qui ont contribué au renouvellement spirituel.Des ordres anciens se réforment et des communautés inaugurent des formes nouvelles de vie religieuse.Dans cette période de l’histoire, les Capucins naissent au sein de la famille franciscaine et Ignace Loyola promeut la vie missionnaire comme moyen d’évangélisation.Du côté féminin également, un vent de renouveau est initié apportant une problématique jamais vue.Dans les monastères féminins, une tension existe entre la vie monastique et la vie religieuse qui questionne la règle du cloître.Les congrégations nouvelles s’engagent plus activement au service de la charité et dans l’enseignement.Notons la fondation des Ursulines par Angèle de Mérici et les Filles de la Charité par Vincent de Paul.Cette originalité conduit à un nouveau type d’engagement où l’on introduit les vœux simples par opposition aux vœux solennels.Ces institutions nouvelles sont confiées à l’autorité épiscopale et sous son entière dépendance.En France, ce nouveau type de vie Janvier-Février 2003 57 religieuse s’intégre plus difficilement en raison, selon les historiens, d’une vision plus négative de la femme.« Toutefois, une historiographie récente souligne que l’innovation que représentent les congrégations à vœux simples marque une victoire des femmes dans l’institution ecclésiastique.»20 Les monastères et couvents féminins seront des agents efficaces qui ont aidé à la promotion du renouveau en oeuvrant dans des secteurs nobles de la société.Les rapports que François de Laval aura avec les institutions présentes en Nouvelle-France se réclament de ce renouveau religieux.Avec les Institutions féminines de la Nouvelle-France En prenant connaissance des rapports que François de Laval a eus avec les institutions religieuses, ceux-ci ne sont pas toujours faciles à nuancer.La rareté de documentation occasionne des lacunes au plan de l’information et peut entraîner une interprétation inexacte de ce qui s’est réellement passé.Rappelons par contre que François de Laval a étudié en droit canonique.Alors archidiacre d’Evreux, il aidera à la réforme de deux communautés religieuses féminines.Aussi, concernant l’attitude du clergé français à l’égard des femmes au 17e siècle, on peut se demander quelle a été celle de François.L’histoire demeure très discrète à ce propos.Par contre, François de Laval posera des actions en faveur des femmes lorsqu’il autorise la fondation de la Confrérie de la Sainte-Famille pour ces dernières.Une Confrérie similaire existait exclusivement pour les hommes et François de Laval autorise la fondation d’une Confrérie pour les femmes de la Nouvelle-France.À Paris en 1659, François de Laval donne l’autorisation à Marguerite Bourgeoys de fonder la Congrégation de Notre-Dame pour tenir des écoles dans tout son diocèse.De passage à Montréal, le 6 août 1676, il approuve définitivement cette fondation canadienne de religieuses à vœux simples.Le 7 octobre 1671, il accorde les mêmes autorisations pour les Hospitalières de St-Jean qui oeuvrent à F Hôtel-Dieu de Montréal avec Jeanne Mance.58 La Vie des communautés religieuses Les relations avec les Ursulines diffèrent de celles qu’il a avec les autres congrégations féminines de l’époque.Grâce aux écrits de Marie de l’Incarnation, des témoignages éloquents sur le nouvel évêque de Québec nous sont connus, mais également, des divergences de points de vue y sont notés.Le point majeur concerne la règle du cloître.Dans le contexte de la réforme du Concile, une modification majeure est apportée dans la vie consacrée avec l’introduction des vœux simples.Or, les Ursulines en France sont reconnues comme moniales à vœux solennels.Les Ursulines de Québec ont écrit une nouvelle constitution pour les religieuses établies ici.Cette règle ne fait pas l’unanimité au sein de l’Institut.Suite à sa visite régulière en 1681, après avoir parlé avec toutes les sœurs, l’évêque demande aux Ursulines de reprendre la constitution des Ursulines de France.Toujours dans ses relations avec les Ursulines, on sait que François de Laval est très attentif aux besoins temporels et spirituels des religieuses.Il permet qu’un directeur spirituel accompagne les Ursulines dans leur cheminement.Il est ravi de l’éducation que ces jeunes femmes prodiguent au sein de la colonie.Ses relations avec les sœurs de l’Hôtel-Dieu de Québec manifestent cette même sollicitude pastorale.Pour un homme qualifié d’austère, il est surprenant de constater qu’il allège la règle de vie des moniales.« Pour adoucir un peu leur vie pénitentielle, il les obligea aussi de faire gras le samedi, depuis Noël jusqu’à la Purification et diminua les rigueurs de l’Avent.»21 Les annales de F Hôtel-Dieu témoignent de l’évêque comme étant un «père tendrement aimé ».Suite à la mort de Catherine de St-Augustin en 1668, il demande, dès 1671, qu’une biographie soit écrite pour faire connaître cette jeune religieuse.Avec les institutions masculines de la Nouvelle-France Étant un ancien élève des Jésuites, François de Laval est très reconnaissant de l’éducation et de la formation qu’il a reçues de ses maîtres.Ces liens sont maintenus en Nouvelle-France.Janvier-Février 2003 59 En ce qui concerne les Sulpiciens à Montréal, on note que les deux Séminaires sont unis mais demeurent distincts.Cette unité est déjà présente en France entre le Séminaire des Missions Étrangères et celui de St-Sulpice à Paris.Avec les Récollets, les relations ont été vécues différemment.François de Faval approuve le retour des Récollets au sein de la colonie le 10 novembre 1670.Ces derniers avaient dû quitter la Nouvelle-France en raison de la conquête par les frères Kirke en 1629.Dès leur retour, François de Faval leur confie des missions.Il est en faveur de leur implication évangélique et pastorale au sein de la colonie.Il les autorise à s’établir en haute-ville mais François de Faval limite leur ministère public parce qu’il considère qu’il y a déjà beaucoup d’églises en haute-ville.Fes Récollets désobéissent aux consignes de l’évêque.Dans ce conflit, il est ardu de démêler les liens que les Récollets ont avec le roi qui leur a concédé des terres, avec le gouverneur Frontenac, syndic des Récollets, de même qu’avec l’évêque, au service de l’Église.Fes risques d’ingérence, les luttes d’autorité et de pouvoir se chevauchent et s’entremêlent.À qui donner raison?Il est consolant de voir qu’au fil de l’histoire, la purification des intentions et des intérêts est toujours nécessaire et qu’un discernement continu doit s’exercer pour valider de qui ou de quoi nous sommes réellement serviteurs.Ce survol historique atteste que les conflits entre les institutions et l’autorité ecclésiale concernent l’application de normes canoniques et des règles d’interprétation disciplinaire.Dans un contexte de renouveau spirituel où une Église nouvelle s’implante en sol missionnaire, il est difficile de référer à des expériences antérieures pour éclairer les décisions.On peut expliquer ainsi les tensions saines et normales qui surviennent dans pareille situation! En ce qui touche la vie spirituelle, les témoignages réciproques manifestent appréciation et encouragement de part et d’autre entre des hommes et des femmes qui cherchent à missionner avec zèle et audace pour la cause du Règne de Dieu au sein d’une colonie naissante.Par l’esprit de désapprobriation qui le caractérise, on peut conclure en disant que François de Faval a cherché à servir l’Église 60 La Vie des communautés religieuses tout en prenant le risque de perdre sa réputation au nom des valeurs évangéliques qu’il fut entêté à défendre.Doris Lamontagne, p.f.m.20, rue de Buade Québec QC GIR 4A1 Références 1.Daniel Rops, L’Église de la renaissance et de la réforme, une ère de renouveau : La réforme catholique, Tome IV, vol.2, Fayard, Paris, 1955, p.10.2.Marc Venard, Hist, du christianisme des origines à nos jours, tome 8, le temps des confessions (1530-1620/30), Deuxième partie, La carte du christianisme éclaté, ch.2, Desclée, 1942, p.469.3.Hermann Giguère, L’expérience de Dieu, F.de Laval, Fides, 2000, p.88.4.Daniel Rops, op.cit., p.57.5.Hermann Giguère, op.cit., p.57-58.6.Ibid., p.58.7.Daniel Rops, op.cit., p.49.8.Hermann Giguère, op.cit., p.47, p.70, p.92.9.Altera nova positio, p.54.10.André Vachon, F.de Laval, Diet, de biographie du Canada, tome, 11, p.374.11.Hermann Giguère, op.cit., p.14-15.12.Ibid., p.13.13.Altera nova positio, p.561.14.Cf.: Hubert Houssard, Mgr de Laval vu par son serviteur, Qc, 1961, 35 p.15.Altera nova positio, p.646.16.Hermann Giguère, op.cit., p.90.17.Ibid., p.622-623.18.Hermann Giguère, op.cit., p.91.19.Ibid., p.50.20.Bernard Dompnier, Histoire du christianisme des origines à nos jours, L’âge de raison (1620/30-1750), Continuité de la réforme catholique, Regard à l’intérieur des Églises, tome IX, deuxième partie, ch.1, Desclée, 1997, p.284.21.Émile Bégin, François de Laval, PUL, 1959, p.90.La suite de cet article paraîtra plus tard “ François de Laval et la vie religieuse : lumière pour aujourd’hui?” Janvier-Février 2003 61 TRICENTENAIRE DES FILLES DE LA SAGESSE -02 FÉVRIER 2003 Le 02 février 1703, saint Louis-Marie de Montfort fondait à Poitiers en France, la Communauté des Filles de la Sagesse.La bienheureuse Marie-Louise de Jésus (Louise Trichet) fut la première à porter ce nom.Au cours de leur histoire plus de 18 000 Filles de la Sagesse ont marché à la suite de ces deux chefs de file et se sont impliquées dans 30 pays sur les cinq continents.Arrivées au Canada en 1884, les Filles de la Sagesse françaises ont répondu à un appel pour un orphelinat dans le petit village de Montfort dans les Laurentides.Elles ont travaillé dans les hôpitaux , les foyers de personnes aînées, les sanatoriums, les foyers pour handicapés, dans des maisons d'enseignement.Elles ont toujours répondu à des besoins sociaux nombreux et variés.Elles se sont rapidement implantées du Nouveau-Brunswick jusqu'en Colombie-Britannique.Actuellement elles sont environ 2 500, dans 23 pays.de, aux Philippines, entiaïi bientôt en IndonésîST^ Au Canada, elles oeuvrent au Nouveau-Brunswick, au Québec, en Ontario et en Alberta.Plusieurs canadiennes sont impliquées en Papouasie, velle-Guinée, en Inde, Brésil, en Afrique et www.sagesse.ca 62 La Vie des communautés religieuses LIVRES REÇUS Comme un feu dévorant.La Sagesse, Claire Dumont, Abbaye de Bellefontaine, 2002, 271 pages.“À toute personne qui ouvre ce livre, je souhaite la curiosité et l’audace nécessaires pour entreprendre un pèlerinage intérieur qui la conduira de sa tête à son coeur.Rencontre lumineuse et intime avec la Sagesse.” “Plus que santé et beauté je l’ai aimée, je l’ai préférée à la lumière”.(Sg 7,10) Écoutez ce que je vous dis, André Myre, Éditions Paulines, 2002, 182 pages.Le Sermon sur la montagne n’a rien à dire à qui ne cherche pas.Car il ouvre - ou creuse - un chemin, et ce chemin, personne ici-bas n’en a jamais connu la fin.On n’aura profit à lire le Sermon sur la montagne que si l’on cherche sérieusement le chemin du bonheur.La formation à la vie religieuse, Être formateur aujourd’hui, Guy Lespinay, o.p.Médiaspaul, 2002, 224 pages.Aujourd’hui, la formation constitue un défi majeur pour les communautés religieuses.Cet ouvrage, en amorçant une réflexion sur la démarche d’accompagnement auprès de ceux et celles qui désirent se consacrer à Dieu dans la vie communautaire, voudrait relever ce défi.L’auteur tient compte des réflexions sur la formation des adultes développées et expérimentées dans les trente dernières années de même que des difficultés actuelles de la formation à la vie religieuse.Pour permettre à chaque vocation de s’épanouir et de se réaliser, un long terme de formation est donc nécessaire, démontre l’auteur, temps pendant lequel l’interaction positive et compréhensive entre le formateur - la formatrice, la communauté et le candidat, la candidate demeure cruciale.Janvier-Février 2003 63 RETRAITES IGNATIENNES 2003 Mars 09-16 À la découverte de Jésus de Jacques Martineau, s.j.Nazareth 30-06 La sagesse de l’Amour Gilles Pelland, s.j.Avril 06-13 Vers le Père miséricordieux Roger Poudrier, o.f.m.13-20 Semaine sainte priée et vécue en communauté de foi Jacques Levac, s.j.17-20 TRIDUUM PASCAL Jacques Levac, s.j.Mai 05-09 RETRAITE SACERDOTALE Sermon sur la montagne Édouard Hamel, s.j.11-18 “Maître, où demeures-tu?” “Venez et vous verrez” Hervé Gaulin, s.j.25-01 Etre avec Jésus (le disciple dans l’évangile de Marc) Bernard Carrière, s.j.Juin 08-15 “Je me réjouis en ton secours” 1, Sam 2,1-2 Yvon Saint-Arnaud,o,m.i.15-22 Parle-moi de Jésus Jacques Levac, s.j.22-29 Vers le Père miséricordieux Roger Poudrier, o.f.m.29-06 juil.“Je le sais, Dieu est pour moi” Ps.56, 10 Yvon Saint-Arnaud,o.m.i 29-30 juil.TRENTE JOURS J.-M.Rocheleau, s.j.Juil.06-13 Marie, Mère de l’Église Édouard Hamel, s.j.13-20 Toi, suis-moi André Gélinas, s.j.20-27 Le Maître est là et il t’appelle André Gélinas, s.j.27-03 “Pour que nous restions libres” Gai 5,1 Richard Guimond, o.p.Août 10-17 Pierre, Jean, Jacques et Jésus (Réflexion sur notre appel) Jacques Levac, s.j.17-24 Retraite personnelle sans prédicateur 24-31 Seigneur, apprends-nous à prier Jacques Martineau, s.j.Oct.05-10 Session sacerdotale Équipe Latourelle 12-19 Le visage de Jésus Gilles Pelland, s.j.19-26 Les sens et Vexpérience spirituelle J.-G.St-Arnaud, s.j.Nov.02-04 déc.TRENTE JOURS Jacques Levac, s.j.23-30 Où en est notre espérance.au moment d’entrer en Avent ! Richard Guimond, o.p.Centre Notre-Dame de Montserrat C.P.130 SAINT-JÉRÔME (Québec) J7Z 5T8 Tél.: (450) 438-3593 Courriel : jesuitsjerome@videotron.ca 64 La Vie des communautés religieuses Rédaction Direction Monique Thériault, s.n.j.m.Tél.: (514) 274-4721 Téléc.: (514) 274-3550 Courriel: monther@total.net Membres de la rédaction Gilberte Baril, o.p.Lorraine Caza, c.n.d.Denis Gagnon, o.p.Micheline Marcoux, m.i.c.Ghislaine Roquet, c.s.c.Monique Thériault, s.n.j.m.Secrétaires Pauline Michaud, s.a.s.v.Madeleine Paquin, s.a.s.v.Production et design Hughes Communications inc.Dépôt légal Bibliothèque nationale du Canada Bibliothèque nationale du Québec Numéro international des publications en séries ISSN 0700-7213 Membre de l'Association canadienne des périodiques catholiques.ABONNEMENTS La revue paraît cinq (5) fois par année Pour le Canada : vous adresser au Secrétariat surface: 25$ avion: 29$ soutien: 40$ Outre-mer : surface: 35$ 28 euros avion: 45$ 35 euros Pour la France: vous adresser à Sr Hélène Grudé 8, boulevard des Déportés B.P.28 35404 Saint-Malo Cédex France Pour la Belgique: vous adresser à Les Éditions FIDÉLITÉ a/s M.Jean Hanotte Rue de Bruxelles 61 B 5000 Namur Belgique BULLETIN D’ABONNEMENT Nom:_____________________________________ Adresse:_________________________________ _____________________________Code postal: No de téléphone:_________________________ N° TPS: 141050025 - N° TVQ: 1019014190 Poste publication enregistrement no 9280 convention no 40011751 Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Programme d’aide aux publications «PAP», pour nos dépenses d’envoi postal Vie consacrée, présence spirituelle éducative et caritative * en Eglise ai ;
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