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Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Novembre-Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
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  • En son nom
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La vie des communautés religieuses /, 2003-11, Collections de BAnQ.

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La VtC des communautés religieuses _____Vol.61 - no 5 - novembre-décembre 2003 Lumière dans la nuit, aurore qui pointe à Vhorizon La Vie des communautés religieuses est publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec Administration et secrétariat 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué., Canada J3T 1X9 Téléphone: (819) 293-8736 Télécopieur.: (819) 293-2419 Courriel : viecr@sogetel.net SOMMAIRE Vol.61 - no 5 - novembre-décembre 2003 Présentation Monique Thériaulî, s.n.j.m.258 Pour une vie religieuse citoyenne quelques repères en complicité avec la bonne nouvelle aujourd’hui - 2e partie Yvonne Bergeron, C.N.D.259 Les Filles de Marie-Auxiliatrice Lise Guitard, FMA 277 La spiritualité contemporaine A.Ducharme, s.i.283 Comme personnes, guérir la création Reine Magnan, ss.cc.j.m.301 Offrir une belle ou une vraie image de soi ?Charles Gagnon, f.i.c.311 2003 ANS APRÈS.C’est curieux comme à Noël, on se sent tout remués, remués jusqu’aux tripes par l’évocation de la joie, de la paix, de l’amitié, pour ne pas dire l’amour qu’un Enfant-Dieu a proclamés il y a longtemps.longtemps.si longtemps.Et tous les humains, aujourd’hui encore, chacun à sa façon, se remémorent cet événement majeur de l’histoire de l’humanité! Cet enfant, ce tout petit, qui ne parlait pas, qui ne marchait pas, qui ne produisait pas mais qui vivait et puis qui souriait a laissé sa marque même pour les gens de maintenant qui valorisent la performance, l’efficacité, les relations d’affaires et l’économie.C’est drôle comme à Noël, nos yeux voient autrement, peut-être à travers l’émerveillement des enfants, avec la simplicité des yeux du coeur, au-delà des apparences peut-être.2003 ans après, n’oublions pas les enfants du monde, aussi bien ceux qui connaissent une enfance heureuse que ceux qui ne connaissent que misère, exploitation et guerre.Pour l’année 2004, je nous souhaite de garder la mémoire du cœur, le courage du don sans attente de retour, la joie au plus profond de notre quotidien.Ainsi nous participerons à la beauté de notre planète et au bonheur de ceux et celles qui l’habitent Novembre-Décembre 2003 257 PRÉSENTATION Vol.61 - no 5 - novembre-décembre 2003 Monique Thériault s.n.j.m.A vous, lectrices et lecteurs de la Revue, Citoyenneté active, spiritualité contemporaine, guérison de la création, image de soi : voilà les thèmes du présent numéro.Quels liens organiques les unissent ?En quoi la vie religieuse est-elle concernée?Nos auteurs nous fourniront quelques pistes.Depuis toujours, religieux et religieuses ont joué un rôle social important reconnu.Aujourd’hui, « c’est solidement chevillées aux cris et aux espoirs de leur peuple que nos communautés peuvent donner corps à ce qu’elles annoncent par une forme de vie religieuse citoyenne ».Voilà le défi que nous lance la première auteure.Défi qu’ont déjà entendu et considéré les Filles de Marie-Auxiliatrice : une participante à leur dernier Chapitre général nous dit comment cette communauté prévoit incarner cette orientation, à la fois dans leur vision et dans leur action.Puis on parle « spiritualité contemporaine ».L’exégèse moderne qui a « libéré la culture chrétienne de ses emprisonnements culturels et de sa vision étriquée pour l’ouvrir à une perspective globale et holistique » l’ouvre aussi à une spiritualité renouvelée.« La spiritualité contemporaine est cosmique et embrasse toute la vie » affirme cet auteur après un survol des cultures et spiritualités à travers les âges.Ces propos sont aussi ceux de l’auteure qui suit.Elle nous amène à considérer « les défis écologiques, économiques et politiques » en lien avec les situations d’aujourd’hui pour avoir « la vie en abondance ».Enfin un auteur parle de l’image de soi en lien avec la « désirabilité sociale ».Ses quelques pages nous font réfléchir à cette image, réelle ou souhaitée.Sujet à poursuivre?Incarnation, approche globale, prophétie animées par l’Esprit vivant: voilà le lien qui unit les thèmes annoncés.Bonne lecture! 258 La Vie des communautés religieuses POUR UNE VIE RELIGIEUSE CITOYENNE QUELQUES REPÈRES EN COMPLICITÉ AVEC LA BONNE NOUVELLE AUJOURD’HUI Yvonne Bergeron, C.N.D."N.D.L.R.Cette deuxième partie, tout comme la première parue dans la revue de sept-oct.2003, est une communication qui a été faite dans le cadre d'une session offerte, en novembre 2002, aux supérieures et supérieurs majeurs et aux membres de leur conseil." DEUXIÈME PARTIE REDÉCOUVRIR LA DIMENSION CITOYENNE DE NOTRE VIE RELIGIEUSE Les questions sociales, économiques et politiques sont beaucoup trop importantes pour qu’on les abandonne aux seules mains des technocrates, des financiers, des partis politiques.Et si nous voulons que la voix des plus pauvres se fasse entendre, il nous faut demeurer dans l’arène.La pire des attitudes serait celle du retrait.Dans cette deuxième partie, il me paraît important d’évoquer d’abord brièvement cette Source qui continue de nous rejoindre sur nos terrains avant de pointer quelques repères pour la suite du parcours.Novembre-Décembre 2003 259 A.Une conviction de foi qui nous inspire et nous garde en mouvement Ce n ’est pas à la façon dont quelqu ’un parle de Dieu que je vois s’il est passé par le creuset de l’amour divin, mais à la façon dont il me parle des choses d’ici-bas.Simone Weil En revisitant notre tradition spirituelle à partir de la question que nous approfondissons aujourd’hui, j’ai cru bon m’arrêter sur quelques éléments qui me semblent incontournables si nous décidons de « refonder » notre pratique citoyenne.Un Dieu historiquement solidaire Dans la Bible, avant même de révéler son nom, Yahvé exprime sa communion à la détresse des humains : il entend les cris de son peuple accablé, prend parti pour lui et agit en sa faveur (Ex.3, 7-12).Il est appelé LIBÉRATEUR.Ses priorités vont dans le sens d’une vie en abondance pour chacun et chacune.Aussi tout ce qui menace cette vie (la faim, la misère, l’injustice, l’inégalité, l’exploitation, la domination, l’exclusion, l’abus de pouvoir.) constitue une négation de l’éthique de son Royaume.Cela, en effet, correspond à une logique de mort et contredit radicalement la logique de l’Alliance qu’il a établie avec son peuple.Pour le théologien Douglas Meeks, Yahvé est un « Dieu économiste », c’est-à-dire un Dieu qui prend jalousement soin de sa maison qu’est l’humanité.D’ailleurs le signe d’appartenance au peuple de Dieu n’est-il pas Vagir social et solidaire?Cet agir étant la voie qui rend possible le partage universel des biens, le peuple se donne des lois sociales de solidarité.A titre d’exemple, rappelons ici la belle tradition biblique du Jubilé (Lév 25, 1-55) qui témoigne d’une remarquable éthique en faveur des humains laissés-pour-compte.Cette législation d’une « année de grâce » demande au peuple croyant d’empêcher que l’accumulation des richesses détruise la vie des personnes et des collectivités.Elle demande l’affran- 260 La Vie des communautés religieuses chissement de l’esclavage de la dette, exige une redistribution de la richesse et appelle au repos de la terre, des bêtes domestiques et des travailleurs.Tout le contraire d’une autonomie de totale indépendance et de repliement sur soi.Le peuple comprend que la fidélité à l’Alliance exige une nouvelle organisation sociale, une communauté où chaque être humain a sa place.Il s’agit d’une autonomie dans Y interdépendance et la réciprocité9.La relation aux pauvres devient une dimension de l’existence croyante et la pratique de la justice engage l’attitude envers Dieu lui-même.Quant aux dires des prophètes, ils confirment cette conviction fondamentale.D’une force remarquable, leurs messages affirment que nous rencontrons plus sûrement le Dieu solidaire en défendant les pauvres qu’en pratiquant le culte ou le jeûne (Am 5, 21-24; Is 1, 12-17; 58, 3b.6-9).1.Jésus de Nazareth : un citoyen actif Jésus vit avec son peuple.Il le connaît et il sait de quoi est fait son quotidien.Il partage la double captivité qui affecte les siens : captivité de la religion officielle entretenue par les autorités religieuses et captivité politique maintenue par le système en vigueur et par l’Empire romain.Devant une telle conjoncture, il ne reste pas neutre : il prend position en faveur des personnes dont la vie est menacée et accepte d’aller à contre-courant.Fidèle à la tradition prophétique, il réclame lui aussi l’authenticité du culte et donc l’exigence d’un engagement au service des autres, en priorité des plus délaissés.Et sa prise de position à l’endroit de ceux-ci entraîne une lourde conséquence car l’attitude à l’égard des pauvres décide de la validité des comportements religieux.N’est-ce pas d’ailleurs le message fondamental que nous laisse le texte de Mt 25, 31-46 où le « sacrement du pauvre » apparaît comme le seul « sacrement absolument universel »?Dénonçant la désintégration des conditions faites à son peuple, Jésus le citoyen impressionne par ses gestes et par la vigueur de sa critique sociale, économique, politique et religieuse.Il questionne une certaine compréhension de la loi, de la justice, du péché et du rôle social attribué à Dieu.S’il refuse le messianisme politique, il fait face aux réalités de l’univers politique et il se Novembre-Décembre 2003 261 situe clairement à cet égard.Son projet, son message et la logique de sa pratique dérangent les règles du jeu par leurs répercussions sur la vie des gens et sur les différents plans de la vie sociale.Axés sur la venue du Royaume (Mt 6, 33), son enseignement et son action réfèrent à des gestes concrets (Le 4, 18; Mt 11,5), voire citoyens et politiques, car ils concernent l’organisation du vivre ensemble.S’il cherche à réintroduire dans la communauté les gens exclus, c’est à partir d’une nouvelle façon d’être et d’agir.Et ce qui est central quand le prophète de Nazareth donne des signes de la présence du Royaume apparaît dans le changement de la situation : des aveugles voient, des boiteux marchent droit.La dynamique de transformation annonce un avenir différent.Le Règne de Dieu n’est-il pas l’annonce d’un ordre nouveau?Et pour comprendre davantage quel est cet ordre nouveau, regardons encore Jésus le Galiléen.Or, ce qu’il veut c’est le bonheur des gens, c’est-à-dire la vie en abondance (Jn 10, 10).L’Alliance qu’il accomplit renvoie à cette promesse, à ce « pacte » de vie.Il vise l’équilibre en toute réalité : équilibre des personnes dans toutes les dimensions de leur être; équilibre de la communauté incluant la réintégration des exclus; équilibre du peuple appelant la libération de toute tutelle.Pour lui, tout cela parle de Dieu.Au coeur des appels à travailler en faveur des humains rejetés, il rencontre son Dieu.L’ordre nouveau c’est le retournement de la situation et ce, je le redis, en des réalités aussi concrètes que le pain sur la table, une terre à cultiver, un travail accompli dans le respect de la dignité.C’est le « chambardement » du système au profit de celles et ceux qui sont relégués dans la marginalité.C’est l’entrée dans un monde où sont renversées les structures sociales et religieuses entachées d’injustice, de domination, d’inhumanité : « Il a renversé les potentats de leur trône et élevé les humbles.Il a rassasié de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides » (Le 1, 51-53).Il s’agit d’une transformation qualitative et globale.En effet, s’il ne faut pas confondre libération politique, libération de l’être humain et libération du péché, il ne faut pas non plus les isoler.Il importe surtout de saisir le rapport qui existe entre elles et la dif- 262 La Vie des communautés religieuses férence de profondeur qui les caractérise.Pour le Nazaréen, les causes réelles de l’injustice et de l’oppression ne pourront être éliminées que si nous allons à la racine du mal, à savoir le manque de fraternité et de communion.Sans se limiter au spirituel, un tel affranchissement supprime les confusions entre politique et religieux : « Pour Jésus, la libération du peuple juif n’était qu’un aspect d’une révolution universelle et permanente; loin de se désintéresser de cette libération, il la situait à un niveau plus profond en vue de conséquences fécondes »10.Ainsi donc, par sa vie, ses paroles et sa pratique, Jésus le citoyen devient bonne nouvelle pour son peuple et d’abord pour les gens marginalisés.À cause des répercussions de cette bonne nouvelle qui est « révélation de Dieu », il entre en conflit avec la politique alors en vigueur et avec la religion officielle.Toutes deux le condamneront.Voilà la Source qui nous rejoint aujourd’hui au cœur et au creux de nos quotidiens! La Source qui inspire notre marche citoyenne avec d’autres.B.Des repères à ré-inventer maintenant Si nous n’orientons pas toutes nos énergies communautaires vers les besoins spécifiques et les questions sociales actuelles, de façon à éveiller les personnes à leur importance, provoquant le changement, et formulant de nouvelles réponses, la question qui nous sera posée de savoir pourquoi nous restons ensemble sera une question valable et en même temps nécessaire11.Chacune ou chacun de nous peut, en regard de sa propre communauté, s’approprier et prolonger cette affirmation de Sr.Joan Chittister.Personnellement, je tente de le faire en proposant quelques repères susceptibles d’accompagner notre réflexion, sans oublier toutefois combien il sera important de prêter attention à l’inédit des jours à venir.1er : Apprendre à aimer « politiquement » Seul l’amour peut venir à bout des inégalités, des injustices, de l’oppression, de la violence, de l’exclusion.La Révolution Novembre-Décembre 2003 263 française parlait de liberté, égalité, fraternité.Sans la fraternité, les deux premières ne peuvent faire long feu : « l’amour, dira Leonardo Boff, peut connaître la défaite, mais il gagnera la bataille finale et définitive.L’ultime désir camouflé dans toutes les batailles de l’existence humaine est que nous nous aimions affectueusement les uns les autres ».Cela nous le savons, nous le répétons avec une profonde conviction et, souvent même, nous insistons sur le devoir de l’amour.Peut-être faudrait-il aussi nous demander de quel amour il s’agit.Est-ce un amour qui se contente de nourrir des relations chaudes, courtes, de « personne à personne »?Se pourrait-il que nous « rapetissions » l’amour auquel Dieu nous convie?Celui-ci n’ouvre-t-il pas aussi sur un amour de solidarité?L’amour libérateur de l’évangile ne nous invite-t-il pas à allonger jusqu’au politique le regard et le geste du cœur?Car, pour changer les situations en profondeur, pour supprimer les causes de l’inacceptable, c’est jusque-là qu’il faut aller.L’amour citoyen et politique.L’amour politique ne néglige pas la sympathie naturelle, la connivence, l’amitié, l’accord spontané mais il ne s’arrête pas là.Il donne le goût de lutter contre toute espèce de domination et d’exclusion.C’est un amour traversé par une indéracinable confiance dans les humains et qui choisit de travailler pour faire advenir un monde différent.Et ce, chacune, chacun à notre mesure! Finalement, pour aimer les humains concrètement et avec une réelle compassion, il importe de bâtir des organisations sociales et politiques qui rendent possible leur épanouissement maximal.Chose certaine, si nous priorisons les valeurs de justice, de liberté et d’égalité, nous ne pourrons pas ne pas aimer politiquement.Enfin, consentir à entrer dans ce type d’amour citoyen nous amène comme naturellement à approfondir le vœu de célibat.Cela permet, me semble-t-il, de nous renforcer dans le passage d’une conception du vœu envisagé surtout comme pureté morale, comme vertu de renoncement à des biens réels (dont celui de la maternité) et comme facteur de mobilité apostolique, à une conception du célibat vécu comme expression personnelle et communautaire d’accueil, de solidarité, d’amour humain authentique.264 La Vie des communautés religieuses Amour de surabondance en ce sens que non seulement personne n’est exclu, mais qu’à chacun et chacune est offert un amour libérateur capable de faire surgir les autres de leur propre liberté créatrice.Amour de radicalité aussi en ce sens que, sans nier la dimension corporelle, il tend à la « dépasser » en situant les relations hommes/femmes sur l’horizon d’une réalité autre, appelée eschatologique, déjà présente dans notre histoire.Amour signe de l’absolu de Dieu.Disponible d’abord pour les humains délaissés, et à partir d’eux pour les autres, la pratique du célibat invite à établir en tous lieux des relations d’égalité essentiellement opposées aux rapports de domination, à la condescendance, au maternalisme ou au paternalisme.Soucieuse de se vivre en solidarité, elle cherche à produire des signes de l’espérance du Royaume, c’est-à-dire d’une vie pleinement réconciliée.Enfin, demeurant enracinée dans le réel, cette pratique conduit à consentir à la vulnérabilité et à la vérité des longs apprentissages.Les frustrations, les échecs et les découragements peuvent venir, mais ils peuvent aussi dessiner progressivement la route de notre maturité.Chose certaine, la pratique de la chasteté ne doit pas être déséquilibrée par un excès de protection ou par la peur, quelle qu’en soit la nature.Toujours il importe de garder le cap avec confiance sur cette intégrité du cœur dans laquelle il demeure possible de grandir.Quant au cadre qui supporte et dynamise le célibat, ne doit-il pas devenir une manière d’accompagner l’évolution, l’humanisation, la libération des femmes et des hommes de notre temps?2e : Vérifier la vitalité de notre caractère prophétique Sans la prophétie, le langage de la contemplation court le danger de manquer de prises dans l’histoire où Dieu agit et où nous le rencontrons.Sans la dimension mystique, le langage prophétique peut rétrécir ses perspectives et affaiblir la perception de Celui qui rend toute chose nouvelle ( Ap 21,5 )13.J’articule ici mon propos à partir d’une démarche communautaire permettant d'écouter la Parole de Dieu dans l’aujour- Novembre-Décembre 2003 265 d’hui14.En premier lieu, Dieu parle dans la réalité historique elle-même (dans le pré-texte) : la vie des gens, les faits, les événements, le vécu collectif que nous devons analyser et interpréter comme des « signes des temps ».Écouter la voix provocante, interpellante, de Dieu dans la situation.Puis, en tenant compte de ce que nous avons vu, entendu et compris, nous posons des questions à la Parole écrite (au texte ), c’est-à-dire aux documents bibliques, à ceux qui évoquent la grande Tradition, à la pratique de nos ancêtres dans la foi et à l’expérience d’autres personnes croyantes.Nous questionnons la Parole de Dieu et nous recevons également de celle-ci des interpellations qui nous permettent d’identifier les connivences et les contradictions entre la conjoncture sociale ou ecclésiale actuelle et ce qui nous paraît être le bon vouloir de Dieu.Finalement ce double questionnement éclaire la communauté (le con-texte) de façon nouvelle et fait surgir des appels à changer les situations inacceptables.Reste aux personnes et à la communauté de répondre à ces appels, selon leur possibilité, en s’engageant en des lieux précis et concrets.Et c’est là, au cœur même des pratiques citoyennes libératrices, que les communautés ou leurs membres exercent la fonction prophétique : • en dénonçant ce qui est injuste, oppressif, dominateur, appauvrissant, marginalisant, bref, déshumanisant à la lumière de l’évangile; • en annonçant un monde différent où les relations soient harmonieuses, où les institutions, les organisations, les systèmes financiers ou autres soient au service du respect de la dignité et du bonheur des gens; • en fabriquant des signes montrant que cette société différente est déjà en voie de construction.Enfin, faut-il y insister, nous portons la même responsabilité prophétique à l’endroit de l’institution ecclésiale.Or, comme l’affirme justement la théologienne Sandra Schneiders : « Il est beaucoup plus facile pour les religieux/religieuses de critiquer les maux de la société séculière.que de protester contre l’hypocrisie, l’injustice et l’infidélité au sein de l’Église.» À son point 266 La Vie des communautés religieuses de vue, l’effort pour transformer l’Église « en communauté de disciples à part égale (.) demande une préoccupation constante et une lutte active ».Puis elle ajoute que la plupart des Congrégations religieuses « souvent ne voient pas ces luttes comme étant des expressions de la vocation prophétique de la vie religieuse dans l’Église »15.N’oublions surtout pas que la tension avec l’institution ecclésiale demeure un aspect historique dans la vie des Congrégations religieuses.Il le restera dans la mesure où nous chercherons à vivre et à agir en fidélité avec ce que nous sommes.D’ailleurs cette tension ne renvoie-t-elle pas naturellement au rapport charisme/institution?Et le charisme, comme réalité toujours historique, nous relance constamment afin que, citoyennes et citoyens de plein droit dans l’Église, nous refusions que des pratiques et des lois sclérosantes empêchent la vie de circuler et la bonne nouvelle de se réaliser.3e : Préciser le visage contemporain de notre spiritualité La spiritualité, telle qu ’elle se présente à l’aube du troisième millénaire, est fortement marquée par le déchirement entre le sentiment d’impuissance face à un monde que nous ne pouvons pas changer et le désir de nous embarquer sur une route nouvelle sans trop savoir où cela nous mènera16.Pour nourrir la dimension citoyenne de notre vie religieuse, il nous faut une grande et forte spiritualité soutenue communau-tairement, capable d’inspirer et de renforcer des façons nouvelles d’habiter nos rues, nos quartiers, nos Églises, nos communautés et d’être présentes ou présents aux besoins des gens les plus mal pris.Tout le contraire d’une spiritualité de repliement sur soi qui se refuse à la rencontre d’autres recherches de sens et d’autres itinéraires spirituels.Ici encore, l’expérience de nos ancêtres dans la foi demeure éclairante.À titre d’exemple, si la spiritualité de l’Exode continue de nous alimenter, celle de l’Exil me paraît singulièrement appropriée à notre époque.Pourquoi?Rappelons-nous que l’Exil est un temps de captivité pour Israël.Confronté à un immense empire et à une autre culture, déstabilisé, le peuple a des choix à Novembre-Décembre 2003 267 faire.Heureusement des prophètes l’accompagnent et lui rappellent la fidélité du Dieu de l’Alliance sur lequel il peut toujours s’appuyer.Israël retrouve son espérance et, acceptant de dialoguer avec « l’autre culture », il s’ouvre également à la nouveauté de Dieu et à la recherche de solutions créatrices.Or, face à l’empire de la globalisation du marché, ne vivons-nous pas présentement la perplexité d’un Exil?Comment ranimer notre espérance et celle des humains maganés quand les murs de l’inconscience, de la fermeture et même de la répression bloquent nos efforts de changement?Resurgit ici le risque de la foi!.Peut-être expérimentons-nous d’une manière différente ce que veut dire vivre ou prier « dans la nuit obscure » de l’injustice structurelle, de l’aveuglement des oppresseurs, de l’angoisse des sans-avenir?Peut-être marchons-nous ensemble sur une voie de sainteté invitant à lutter non seulement contre nos passions destructrices personnelles, mais aussi contre tous les mécanismes qui engendrent la déshumanisation.Heureusement aussi, cela peut nous entraîner à approfondir les dimensions du vœu de pauvreté et la spiritualité qui l’inspire.Car, dans son rapport avec la pratique de la citoyenneté et la mission évangélique, le vœu de pauvreté n’exprime-t-il pas quelque chose du risque de la foi?Rien, en effet, ne nous garantit le succès de notre travail missionnaire.Toujours il nous incombe d’assumer cette incertitude personnelle et communautaire.En ce sens la pauvreté renvoie à l’expérience vécue que tout nous est donné sur la plan de l’être et de l’existence.Expérience de la gratuité de Dieu qui nous incite à demeurer en tenue de service pour aller, dans la liberté, là où l’amour et la vie nous attendent.À la question de savoir comment vivre le vœu de pauvreté de manière à pouvoir « parler de Dieu avec autorité », le Père Timothy Rad-cliffe affirme : Une façon de répondre serait d’examiner comment la pauvreté touche aux aspects fondamentaux de ce sacrement de l’amour qu ’est l’Eucharistie.L’Eucharistie est le sacrement de l’unité que la pauvreté détruit; c ’est le sacrement de la vulnérabilité que le pauvre endure; c ’est le temps du don que 268 La Vie des communautés religieuses notre société de consommation refuse.Nous demander comment nous pouvons vivre de façon eucharistique17.Convaincus de la gravité de la situation, nous devenons de plus en plus conscientes et conscients des passages à opérer si nous voulons partager la précarité des gens appauvris, endosser leurs causes et participer aux efforts de changement.Cela nous conduit, par exemple, à une compréhension plus large de l’appauvrissement en lien avec des mécanismes, des structures, des systèmes d’injustice et de marginalisation sociale.Nous réalisons alors que les gestes d’assistance ne suffisent pas à renverser la situation : en même temps sont exigées des actions de transformation.Cela nous conduit également, par une réinterprétation du sens de ce vœu, à passer d’un vécu de pauvreté intimiste, privé et ascétique, à un engagement de solidarité publique avec les personnes et les groupes économiquement et socialement rejetés.Dans une telle optique, la pauvreté ne consiste pas tant à « posséder moins » qu’à s’engager à contester et combattre l’appauvrissement, la misère, l’oppression et l’exclusion de tous ordres.Elle comporte aussi une exigence de rupture à maints égards dont les suivants : complicité avec des systèmes déshumanisants, support aux idéologies génératrices de domination, style de vie en contradiction avec les priorités évangéliques, politiques de partage des ressources et de placements financiers qui contredisent l’option en faveur des plus délaissés.Chose certaine, quels que soient les passages auxquels nous sommes conviées comme personnes et comme Congrégations, il importe d’en évaluer l’urgence et la portée à l’aune de leurs conséquences sur notre pratique missionnaire citoyenne.Voilà, à titre d’illustration, à quoi pourrait ressembler notre spiritualité en ce temps de perplexité, d’incertitude, de fragilité individuelle et collective où retentit toujours l’appel à poursuivre avec courage et audace la reconstruction de cités plus humaines.4e : Nous laisser « surprendre » par l’agir citoyen des femmes Bien sûr, la présence des femmes sur les multiples terrains du domaine politique n’est pas à démontrer.L’impact de leur action, Novembre-Décembre 2003 269 l’ampleur et l’importance du mouvement qu’elles ont initié, tout cela parle éloquemment des changements majeurs auxquels elles ont donné naissance et dont les conséquences n’ont pas fini de se faire sentir.Et quand nous observons les pratiques des femmes en exercice de citoyenneté dans leur quotidien, certaines caractéristiques émergent plus particulièrement.J’en fais état brièvement à cette étape de la réflexion, convaincue qu’elles pourront servir de repères concrets et interpellants dans la mise en œuvre de notre engagement citoyen18.Premièrement, dans leurs interventions, les femmes accordent la priorité aux personnes (leurs conditions de vie, leurs valeurs, leurs projets.).Attentives à la fois à ce qui promeut la vie et à ce qui dévalorise, dépossède et humilie, elles refusent les comportements dominateurs ou infantilisants et les structures productrices d’inconscience.Elles dénoncent les situations, les lois, les institutions qui affectent la santé, la qualité de la vie, la croissance et la prise en charge personnelle.Globalement leurs pratiques parlent d’écoute, de confiance, de complicité; elles cherchent à favoriser l’expression de la liberté, l’autonomie dans le respect des droits collectifs et la participation sociale personnalisée.Deuxièmement, les citoyennes actives s’organisent en réseaux.Elles consolident leurs groupes, créent des alliances et tissent des liens serrés pour fortifier leurs pratiques et leurs acquis.Elles partagent des idées, des projets, des méthodes, des outils d’animation, de formation ou autres.Convaincues que la participation populaire peut contribuer à trouver des alternatives aux impasses dans lesquelles nous enferme le modèle économique actuel, elles entendent bien être associées aux prises de décision.Troisièmement, la communauté demeure un lieu privilégié de leur pratique.Conscientes de l’importance de leur accès aux lieux de pouvoir et aux outils de développement, ces femmes travaillent non seulement à la reconnaissance de leurs multiples implications, mais encore à la mise en place des conditions permettant l’exercice de leurs droits sociaux, spécialement celui de 270 La Vie des communautés religieuses la participation au vécu citoyen collectif.Elles interviennent sur différents plans tels que le développement régional, la lutte à la pauvreté, l’utilisation équitable des ressources, la formation et l’information, la promotion de la non-violence.Quatrièmement, la pratique quotidienne des femmes devient comme une matrice où prend vie et forme leur action collective.Portant une vision de plus en plus transformatrice, elles modifient les types de comportement, de pouvoir et de rapports sociaux qui ne leur conviennent pas.Et c’est à travers ces changements qu’elles découvrent à la fois l’énergie du « je » et la force d’un « nous » capable d’opérer progressivement des changements sur les plans économique, politique et culturel.Il y a certainement quelque chose de majeur dans la manière féminine d’exercer la citoyenneté.Cela, me semble-t-il, pourrait contribuer à infiltrer au coeur des institutions le sens de la proximité des personnes, de la démocratie et des valeurs communautaires auxquelles les femmes réfèrent spontanément dans leurs pratiques.Quant à celles qui oeuvrent dans l’institution ecclésiale, elles composent avec des problématiques semblables à celles de leurs consoeurs syndiquées, politiciennes ou autres.Leur engagement citoyen implique à tous les niveaux une lutte contre toutes les formes d’injustice, d’appauvrissement, de domination, de violence et d’exclusion.Chose certaine, qu’il s’agisse des organisations civiles ou religieuses, le changement ne se fait pas sans conditions.Il exige la capacité de prendre une distance critique par rapport aux modèles en cours et celle d’imaginer ce changement à partir surtout des rêves d’avenir que portent les enfants.5e : Nous éduquer quotidiennement à la citoyenneté Vivre en citoyenne ou en citoyen au quotidien, là où le politique, l’économique et le culturel sont à portée de main, voilà un repère dont l’importance se révélera dans la mesure où nous le prendrons au sérieux.Avouons-le, la tentation de la démobilisation est parfois forte et nous ne sommes pas épargnés du risque d’exister en spectateurs et en spectatrices qui abdiquent devant la Novembre-Décembre 2003 271 possibilité même de faire bouger les choses.Et en plus de résister à ce défaitisme, il nous faut dans l’Église, comme le signale Gérard Delteil, lutter contre deux autres tentations.La tentation du refuge d’abord qui consiste à « s’absenter de la mêlée pour préserver son territoire » : soigner son identité communautaire ou ecclésiale, peaufiner sa spiritualité, sa liturgie, répondre aux attentes de l’intérieur.Bref, se préoccuper à un point tel du levain qu’on oublie la « pâte ».Puis la tentation du magistère, c’est-à-dire celle de se situer au-dessus de la mêlée en prétendant soumettre les réalités sociales aux orientations et aux lois de sa propre organisation19.Résistant à ces tentations, nous nous éduquons à la pratique citoyenne en choisissant de devenir partenaires des êtres les plus fragilisés.Partenaires, c’est-à-dire avec : marchant avec eux, imaginant avec eux des façons nouvelles de vivre ensemble socialement, cherchant avec eux des solutions adaptées aux besoins et au respect des droits.De plus, en portant leurs causes, nous pouvons investir dans les lieux de décision (conseils d’administration, assemblées générales, comités décisionnels, conseils municipaux ou autres) dans le but de faire avancer le changement en leur faveur.Nous nous éduquons également à la citoyenneté en travaillant, avec lucidité et audace, à vivre quotidiennement comme membre à part entière dans l’Église.Selon l’historien Jean Delumeau, « l’irritation contre l’Église dépasse les problèmes moraux, car ce qui heurte le plus les gens, c’est la façon dont les décisions y sont prises »20.Certes, il existe un décalage marqué entre l’aspiration de ceux-ci à vivre des pratiques sociales démocratiques et le fonctionnement centralisé des autorités de l’Église.Aussi nous faut-il encore demeurer en état de créativité pour identifier avec à propos les transformations prophétiques qui sollicitent notre contribution.Vivre comme des membres de plein droit dans les comités, les équipes, la communauté croyante, et intervenir auprès des autorités si nécessaire pour que cela devienne possible.À titre d’illustration, j’évoque à ce sujet l’événement éloquent du Synode du Peuple de Dieu qui s’est tenu à Rome en octobre 2001.Ce rassemblement des délégations venant de qua- 272 La Vie des communautés religieuses tre continents fut, par sa démarche et son contenu, la démonstration d’une citoyenneté-en-acte au sein de l’Église.La Déclaration finale en fait d’ailleurs largement état et, au paragraphe 12, nous en trouvons une illustration parlante : Nous préconisons une Église fondée sur la responsabilité de tous les baptisés.La prise de décision, la direction et la responsabilité devraient être largement partagées afin de promouvoir la participation de tous et de toutes.Des synodes ou des conciles locaux peuvent réaliser cet objectif.Enfin, c’est à l’intérieur de nos propres Congrégations que nous apprenons au fil des jours le vivre ensemble citoyen car les équipes, les groupes, les réseaux, les communautés elles-mêmes peuvent devenir des ateliers pratiques de citoyenneté.Consentir à ces divers apprentissages nous entraîne à « dé-privatiser » plus encore la vie religieuse en nous rapprochant des grandes causes humanitaires non seulement pour y clamer nos inquiétudes, mais surtout pour contribuer avec d’autres aux changements qui s’imposent.Cela nous permet également une formation plus adéquate à l’analyse, à la compréhension des problèmes sociaux, à la critique sociale et à la confrontation des systèmes déshumanisants ou marginalisants.Et c’est au cœur de ces apprentissages que nous pouvons par exemple regarder, confirmer ou questionner certaines habitudes de vie sur le plan de nos relations avec des personnes et des groupes d’autres cultures, sur le plan de l’écologie, du recyclage, de l’utilisation de l’énergie, sur le plan de nos résistances à intervenir dans les domaines économique et politique ou en tout autre domaine susceptible de concerner la réalisation de la bonne nouvelle.Vécue ensemble, comment une telle démarche ne nous conduirait-elle pas à approfondir le vœu d’obéissance?En effet, située dans le mouvement de l’obéissance de Jésus le citoyen qui cherchait à accomplir la volonté de Dieu dans les événements, l’obéissance religieuse demeure intimement liée à la mission.Elle consiste essentiellement à écouter la voix incitante de Dieu au cœur des situations humaines, historiques, sociales ou ecclésiales et à y répondre en fidélité à l’évangile.Tenant compte des Novembre-Décembre 2003 273 réalités actuelles et ouverte sur l’infini, elle se présente comme une grande décision à l’égard du monde et d’un Dieu dont le pouvoir tient non pas de la domination, mais de la bonté d’un amour libérateur.Acte de liberté, l’obéissance n’a rien à voir avec la passivité, la conformité matérielle ou l’identification aveugle aux volontés d’une autre personne.Elle est bien plutôt recherche de consensus, voire d’unanimité, supposant l’attention aux autres et le respect des points de vue différents.Dynamisme d’un consentement qui considère la volonté des autres non pas comme le mobile de la décision mais comme l’un de ses éléments constituants, l’obéissance n’appelle-t-elle pas une forme de gouvernement où la parole de chaque personne est entendue et valorisée, où vérité et communauté sont intimement liées?Mettant l’accent sur la responsabilité de tous les membres, l’actualisation d’une telle obéissance laisse transparaître l’égalité des chances, l’authenticité des relations et l’exercice de la créativité individuelle et collective.Vécue comme une liberté qui refuse le fatalisme, l’obéissance nous incite à croire que le changement est encore possible.Elle suscite la recherche d’alternatives et consent à l’audace des choix prophétiques.Quel puissant levier pour la mise en œuvre de la citoyenneté! Une conclusion qui reste à faire.Redécouvrir, réveiller ou renforcer la citoyenne ou le citoyen en nous, voilà l’interpellation qui nous rejoint aujourd’hui! Choisir et bâtir la maison sociale dans laquelle nous rêvons de vivre, rendre l’espace social plus habitable pour les jeunes, les familles, les personnes aînées, construire avec d’autres des zones d’espoir où les humains soient au centre, apprêter solidairement une table où chacun, chacune, ait « sa » place et puisse exercer « sa » responsabilité, voilà la tâche qui nous sollicite! Tâche qui s’inscrit dans un processus où le moindre petit geste a son importance.Comme l’exprime bien Fabien Leboeuf, « ce sont précisément les petites gens qui, lorsqu’elles se décident à poser de petits gestes suffisamment longtemps, possèdent le pouvoir de changer la réalité en profondeur et dans un sens irréversible »21.Chose certaine, c’est solidement chevillées aux cris et aux espoirs de leur peuple, que nos communautés peuvent donner corps à ce 274 La Vie des communautés religieuses qu’elles annoncent par une forme de vie religieuse citoyenne.Et, en refusant ce qui empêche de vivre debout, en choisissant la passion pour la vie et Faction libératrice, ne retrouvent-elles pas le sens premier de cette Résurrection dont elles entendent témoigner?Oui, la conclusion reste à faire.Yvonne Bergeron, c.n.d.1336, La Rocque Sherbrooke QC J1H4S2 9 À cet égard, il est intéressant d’entendre Danièle HERVIEU-LÉGER, sociologue des religions, lorsque, parlant d’une nouvelle conception de l’autonomie, elle affirme : « Et de ce point de vue, le christianisme a ce qu’il faut ‘en magasin’ pour aider à penser ces nouvelles perspectives, parce qu’il est, avec le judaïsme, pensée de l’Alliance, pensée du lien, pensée de l’autre.Il est donc, à mon avis, formidablement disponible pour aider à reformuler une conception de l’autonomie accordée aux urgences du temps.» Voir « Une crise dont l’Église pourrait ne pas sortir », dans Chrétiens, tournez la page, Paris, Bayard, 2002, p.104.10 Gustavo GUTIERREZ, Théologie de la libération, Perspectives, traduit de l’espagnol par François Malley, O.P., Bruxelles, Lumen Vitae, 1974, p.238.11 CHITTISTER, Joan, Sœurs Bénédictines de Erie, Pennsylvanie, USA, « La chute du temple : un appel à la formation », dans UISG - Bulletin no.118, 2002, p.38.12 Plaidoyer pour la paix, Une nouvelle lecture de la prière de saint François, traduit de l’anglais par Robert Prud’homme, Montréal, Fides, 2002, p.67.13 Gustavo GUTIERREZ, Job, Parler de Dieu à partir de la souffrance de l’innocent, coll.« Théologies », Paris, Cerf, 1987, p.159-160.14 Démarche inspirée de Carlos MESTERS, théologien et bibliste brésilien.15 Les textes de Sandra SCHNEIDERS ont été cités dans le Bulletin de la CRC, volume XLII, no.1 (printemps 2002) aux pages 15 et 5.16 Achiel PEELMAN, « Spiritualité et conscience planétaire », dans Spiritualité contemporaine, Défis culturels et théologiques, coll.« Héritage et projet » no.56, Montréal, Fides, 1996, p.23.17 « Donner sa vie pour la mission », Lettre du P.Timothy RADCLIFFE, Maître général des Frères Prêcheurs, à l’Ordre dominicain.Texte français dans Informations dominicaines internationales no.319 (avril 1994).Novembre-Décembre 2003 275 18 Pour approfondir cet aspect, voir Lise BARONI et Yvonne BERGERON, « Le mouvement des femmes : pour une politique ‘autre’, dans À nous le politique, Parcours pour la société civile, coll.« Défis de société », Montréal, Fides, 2001, p.147-152.19 L’auteur signale ces deux tentations dans un texte publié par Droits et Libertés dans les Églises et intitulé « L’évangile et l’institution ».20 « L’atout majeur du christianisme, sa capacité d’adaptation », dans Chrétiens, tournez la page., p.55.21 Conférence donnée lors d’une rencontre de l’organisme Développement et Paix.AVIS Les pages publicitaires pour la revue de janvier-février 2004 devront entrer avant le 02 décembre 2003 276 La Vie des communautés religieuses LES FILLES DE MARIE-AUXILIATRICE S’ENGAGENT COMME CITOYENNES ACTIVES SELON L’ESPRIT DES BÉATITUDES Sr Lise Guitard, FMA Notre XXIe Chapitre général, « temps fort de vérification, de réflexion et d’orientation pour une recherche en commun de la volonté de Dieu »' s’est engagé à être vraiment une assemblée représentative de tout l’Institut.Elle était composée de 194 capitulaires, provenant de 52 pays : 12 de l’Afrique, 68 de l’Amérique, 29 de l’Asie, 82 de l’Europe, 3 de l’Océanie.Elle représentait environ 15466 sœurs et 392 novices qui vivent et travaillent en 89 pays des 5 continents.Du Canada, nous étions deux représentantes des 28 sœurs présentes ici au pays : Sr Lise Guitard et Sr Alphonsine Roy.Multiculturelle de par ses provenances, ses langues et ses mentalités, l’assemblée capitulaire a vécu l’expérience de l’inter-cul-turalité comme une exigence pour reconnaître et valoriser les diversités et comme un don de convivialité des différences.Apprendre à dialoguer avec les différences n’a pas été un parcours facile mais ensemble, il nous a paru possible.Bien sûr, la dimension internationale de l’Institut nous a aidées à reconnaître que toutes les cultures sont porteuses de valeurs authentiques, même si elles sont marquées par des limites et qu’elles ont besoin du ferment évangélique.Par le partage de la vie et de l’expérience que les consoeurs ont exprimé, lors de leurs Chapitres provinciaux, nous avons approfondi le thème du Chapitre : Novembre-Décembre 2003 277 Dans VAlliance renouvelée, nous nous engageons pour une citoyenneté active.A travers la réflexion personnelle, le travail en commission et les échanges en assemblée, nous avons repéré, avec l’aide de l’Esprit, des chemins de fidélité et de nouveauté pour nous aider à réaliser des mutations et des choix décisifs pour notre vie et notre mission.L’écoute attentive de l’aujourd’hui a été une attitude constante pour regarder notre temps.Cette écoute a fait jaillir en nous l’exigence de faire mûrir une conscience nouvelle de notre identité de FMA (Filles de Marie-Auxiliatrice) où l’agir et l’être ne sont pas des réalités distinctes, mais un unique mouvement d’adhésion à Dieu, qui trouve dans la vie quotidienne son expression de profonde unité vocationnelle.Dans cette perspective, nous avons réfléchi et échangé sur les trois grandes lignes qui se dégageaient des travaux pré-capitulaires et qui ont été exprimées comme suit: • demande d’une expérience renouvelée de Dieu • demande de communion • demande d’éducation.De ces demandes émergèrent des "convictions" qui contenaient les lignes de force qui nous permettront de "tisser l’unité v dans notre histoire à la fois merveilleuse et dramatique.L’assemblée capitulaire a réaffirmé ses convictions ainsi : Nous croyons que notre vie de FMA s’enracine dans l’expérience de Dieu-Trinité, entendu, touché, contemplé sur le visage du Christ; reconnu sur le visage des jeunes, de nos frères et sœurs, et accueilli dans l’histoire de chaque jour.Nous croyons que la spiritualité de la communion 278 La Vie des communautés religieuses est la force qui régénère l’esprit de famille.Elle est participation à l’amour accueillant et miséricordieux de Dieu qui nous appelle à humaniser la vie et les relations.Vécue dans la gratuité et dans la joie elle est prophétie et passion pour le Royaume.Nous croyons qu’aujourd’hui, notre passion missionnaire s ’exprime dans le choix déterminé de l’éducation comme chemin de citoyenneté évangélique.Elle nous demande de devenir des présences solidaires auprès des jeunes et des pauvres, afin de leur offrir un service courageux en faveur de la justice et de la paix, et en vue d’une convivialité humaine plus respectueuse de la dignité de tous.UNE VISION DE FUTUR : LA COMMUNION La relecture des convictions du point de vue du Dieu de l’Alliance nous a permis de saisir un élément unificateur, appel incontournable, pour nous Filles de Marie-Auxiliatrice, sur le chemin de ce nouveau millénaire.Nous l’avons appelé " vision parce qu’il porte en lui, la force des convictions mais aussi l’espérance du possible et la dynamique de l’avenir.LA COMMUNION RÊVE DE DIEU ET CRI DE L’AUJOURD’HUI EST L’URGENCE QUI INTERPELLE NOS COMMUNAUTÉS.UNE STRATÉGIE : LE DISCERNEMENT L’Esprit nous a appelées à renouveler notre manière d’être, et de travailler pour exprimer dans la communion le visage du Dieu des Béatitudes et vivre en citoyennes de l’Évangile.La situation actuelle de nos communautés nous invite à vivre une attitude d’exode, à nous décentrer, à accepter le manque de garanties et les Novembre-Décembre 2003 279 logiques de la minorité.Il nous faut un enracinement plus fort dans la Parole et une nouvelle croissance dans l’unité vocationnelle pour nous engager à vivre, ouvertes aux exigences et aux prospectives du Royaume de Dieu, la prophétie des Béatitudes.Voilà pourquoi nous avons choisi: LE DISCERNEMENT COMME CHEMIN ET FORCE DE TRANSFORMATION Le thème du discernement n’est pas neuf pour nous.D’autres chapitres généraux l’ont souligné et proposé à la réflexion des provinces et des communautés.Il est un élément constitutif de notre histoire de FMA.Marie-Dominique Mazzarello, notre fondatrice était une femme de discernement.Guide et formatrice, elle a consolidé nos premières sœurs, dans la fidélité face aux défis de l’inculturation de notre charisme dans le monde.Aujourdhui, le discernement nous est proposé comme chemin et force de transformation, spécialement en ce temps de pluralisme, de changement rapide, de superficialité et de fragmentation dans lequel nous vivons et qui exige à la fois clarté de vision et flexibilité dans la recherche de nouvelles routes pour évangéliser en éduquant.Marie, celle qui écoute et réalise la Parole, est pour nous, une éducatrice et une guide sûre pour le discernement.De plus l’écoute est essentielle au discernement, elle implique une attitude constante de conversion et d’humilité.Le coeur est le lieu de l’écoute, c’est là que nous faisons l’expérience d’être accueillis et aimés par Dieu et où nous apprenons à accueillir, à aimer, et à prendre soin des autres.Il est le lieu où se vit la dimension unifiante de la foi.Le discernement nous met en route.Il est une stratégie confiée à chaque personne, aux communautés FMA, et à nos communautés éducatives comme occasion de grandir dans la relation avec Dieu et avec les autres, comme responsabilité évangélique dans les engagements fondamentaux de la vie et dans les décisions qui regardent la mission éducative parmi les jeunes.C’est un engagement : nous voulons qu’il caractérise notre manière d’être et de travailler.Nous désirons le partager avec les 280 La Vie des communautés religieuses jeunes et les laïques avec lesquels nous travaillons.Par le choix de cette stratégie, nous voulons exprimer le courage de croire en la puissance transformante et vivifiante du levain.Ainsi, à la lumière du discernement, nous avons regardé nos réalités et les possibilités de chemins pour l’avenir.Nous avons déterminé trois lignes d’orientation pour l’action que nous avons relues à partir de la spiritualité de la communion.Celles-ci nous aideront à opérer des choix basés sur des priorités bien plus que sur des urgences.Voici ces lignes d’action: * Nous former à l’écoute attentive et à la lecture croyante de la réalité, par l’expérience quotidienne de Dieu et l’exercice du discernement.* Réexprimer la richesse charismatique de l’esprit de famille, par l’expérience de la spiritualité de la communion et par un style d’animation co-responsable.* Renouveler notre engagement éducatif avec la force prophétique du “Système Préventif’ (méthode éducative promu par Don Bosco), par une éducation à la justice et à la paix, par des choix courageux de vie et de culture solidaires et par la valorisation de l’interculturel.Il reviendra ensuite aux provinces et aux communautés de préciser et d’enrichir les parcours et les modalités, et ce à partir des situations locales diversifiées et des exigences spécifiques.Conclusion Cet exposé n’exprime pas toute la richesse de vie, de réflexion, de partage, qui a caractérisé ce temps de Chapitre.Cette expérience diversifiée et interculturelle a ouvert les horizons sur des visages de jeunes, d’enfants, de femmes et de sœurs de chaque coin du monde.Nous nous sommes mises à l’écoute du cri qui monte de tant de cœurs, cri d’un besoin de reconnaissance, d’éducation, de présence et de solidarité, d’accueil et de soutien; besoin de Dieu, le Dieu des Béatitudes révélé en Jésus, comme Père de miséricorde et de paix.Novembre-Décembre 2003 281 En ce moment particulier de l’histoire, nous avons accueilli comme un don de l’Esprit, l’appel à faire de la communion un choix auquel nous ne pouvons renoncer et du discernement, la stratégie fondamentale pour opérer le renouveau dont nous sentons le besoin pour parcourir des chemins nouveaux de citoyenneté évangélique.Chaque Fille de Marie-Auxiliatrice continue à écrire le document de ce Chapitre dans les différentes réalités où Dieu l’appelle à collaborer à la transformation du monde.Que Marie nous accompagne dans l’engagement quotidien à vivre la communion, à ouvrir des chemins peuplés d’enfants et de jeunes, à raviver l’espérance et à construire la joie.C’est un engagement pour une Mission nouvelle.Comme nos premières sœurs missionnaires, il y a 125 ans, chaque fois que nous sommes prêtes à repartir, nous découvrons Marie-Dominique Mazzarello, notre fondatrice, nous recommandant encore de sillonner courageusement les mers, pour rejoindre la jeunesse lointaine, dans l’abandon total à Dieu qui nous précède et nous accompagne.Texte tiré en grande partie des Actes du XXIe Chapitre général des Filles de Marie- Auxiliatrice ROME, 18 SEPTEMBRE - 16 NOVEMBRE 2002 Lise Guitard, fma 14 rue Principale Pointe Verte, NB E8J 2W3 1 Constitutions FMA 135.282 La Vie des communautés religieuses LA SPIRITUALITÉ CONTEMPORAINE Alfred Ducharme, s.j.INTRODUCTION Les personnes vivant une expérience spirituelle l’approfondissent par leur foi et l’incarnent dans leur culture.Pas étonnant alors si la notion de spiritualité a évolué au cours des âges avec le développement des cultures1.C’est ainsi qu’au terme de l’évolution sociale qu’a connue la fin du dernier millénaire, un nouveau regard sur la spiritualité s’est développé.On parle de spiritualité contemporaine (GS 6-7-8).Vatican II invite à préciser ce qu’elle est en effectuant les changements qui s’imposent avec la culture contemporaine (GS 7)2.1- LES ENRACINEMENTS DE LA CULTURE CHRÉTIENNE La vie spirituelle est l’expérience d’une rencontre de l’Esprit et de son cheminement avec lui.Or chacun vit ses expériences dans sa culture et les formule avec ses mots.Au XVlle siècle, une théologie coupée de la vie s’est imposée et a prétendu contrôler la vie des chrétiens.On peut alors assimiler cette théologie à une “culture chrétienne”.À la source, la culture hébraïque Jean-Luc Hétu (16) écrit: “Les mots spiritualité et vie spirituelle proviennent de la tradition biblique qui présente Dieu Novembre-Décembre 2003 283 comme intervenant dans l’histoire pour ‘donner son Esprit’ aux humains, et où l’essentiel de l’expérience religieuse est compris comme le fait de s’employer à vivre ‘selon cet Esprit’, de ‘vivre’ spirituellement”.L'homme biblique vivait son expérience spirituelle à même sa vie naturelle et il la vivait comme l’accueil d’un souffle nouveau qui la vivifiait.Selon les moines de Maredsous, le mot coeur revient plus de mille fois dans la Bible.C’est une notion centrale.Le coeur est le tout de l’homme.C’est le lieu en lui où l’intelligence, la volonté, l’affectivité et le corps s’intégrent en un seul être dynamique et vivant.C’est là, que l’intelligence s’habille de tendresse et que l’affectivité devient sage; là, que dialoguent animus et anima; le coeur est le foyer d’où la vie rayonne à travers le corps et où le corps précise les limites de l’esprit.Le coeur, c’est le tout de l’homme dans sa vérité, son authenticité et sa globalité.Or c’est dans le coeur qu’habite l’Esprit (Ez 36,26).Les Pères de l’Église l’appellent l’hôte intérieur ou le maître intérieur.Il est l’eau vive qui imprègne tout ou le souffle qui occupe tout l’espace.En un sens, vie spirituelle et vie, c’est tout un.Il ne faut pas séparer dans l’homme le spirituel et le naturel, comme s’ils existaient coupés l’un de l’autre ou comme si l’un remplaçait l’autre.Le spirituel se coule dans le naturel et passe par lui.On pourrait, comme le fait Hétu (23), définir la vie spirituelle « comme le besoin d’être en harmonie avec soi-même, avec les autres et avec l’univers, et comme les différents moyens que l’on met en oeuvre pour combler ce besoin ».En l’homme, il n’y a qu’un seul principe de maturation à la fois psychologique et spirituel parce que l’être humain n’a qu’un seul organisme psychique.Il s’ensuit que mûrir humainement, c’est mûrir psychiquement et j’ajouterais spirituellement (voir Hétu, 27).« La gloire de Dieu, écrivait saint Irénée, c’est un homme bien vivant.» La vie spirituelle trouve son expression et son langage dans la vie humaine conditionnée par ses dynamismes vitaux, ses connaissances et sa culture.La journée de la création il y eut un soir, il y eut un matin, dure vingt-quatre heures pour l’équatorien et un 284 La Vie des communautés religieuses an pour l’esquimau, he Au commencement de la Genèse datait de cinq mille ans pour l’Hébreu, il date de quinze milliards d’années pour l’astrophysicien.Or le peuple hébreu a formulé son expérience spirituelle avec les mots et les traits de sa culture.La Bible a retenu les textes exprimant cette expérience.Il nous faut donc comprendre l’expérience qu’elle révèle, en la situant dans la culture hébraïque.Les influences grecque et romaine La vision spirituelle dont nous avons hérité a été formulée dans la culture occidentale.Une culture issue de la tradition hébraïque, mais qui a aussi intégré la philosophie grecque et le juridisme romain.C’est ainsi que la notion de spiritualité s’est enfermée dans une culture précise et s’est développée parallèlement aux cultures asiatique, africaine, sud-américaine et autochtone.Elle s’est aussi, du même coup, coupée des grandes traditions religieuses au point de s’enfermer dans un hors de l’Église pas de salut mal compris, qu’on déplore aujourd’hui.La culture chrétienne Au treizième siècle, la théologie, sous l’influence de la philosophie grecque, se coupe peu à peu de l’expérience spirituelle et se sépare de la spiritualité.Si bien, qu’au seizième siècle, la rupture est consommée.La théologie est devenue une science objective, technique, désincarnée.Elle est spéculation plus que vie.Au lieu d’être l’expérience de sa relation avec un Dieu aimant au sein de la création, la théologie devient un pouvoir, celui de la raison.Au lieu d’exprimer la vie spirituelle, elle la contrôle.Sous l’influence du juridisme latin, la morale, devenue une norme, impose son contrôle.De là, une religion souvent tyrannique qui tenait lieu de culture.Pensons à l’Inquisition.Parallèlement, les théologiens suspectent la spiritualité qu’ils abandonnent aux spécialistes et refoulent dans les monastères.Ils la regardent de haut et avec méfiance.Elle comprend, d’une part, la mystique, cette action mystérieuse de Dieu et des esprits en l’homme, et d’autre part l’ascèse qui encadre ses efforts libres et Novembre-Décembre 2003 285 volontaires pour se purifier et communier avec Dieu, en se soumettant à l’action de son Esprit3.Notre héritage spirituel Du XVIe siècle à Vatican II, la vie spirituelle a été étouffée et contrôlée par la vision théologique étriquée et juridique de cette culture chrétienne.La théologie de la rédemption La vie spirituelle dont nous avons hérité était contrôlée par une vision théologique coupée du souffle de l’Esprit, dont on parlait d’ailleurs très peu.C’était la théologie de la Rédemption.Elle contrôlait la culture et la vie chrétiennes.Ses balises sont connues: Dieu est parfait, éternel et infini; il crée l’homme et la femme.L’homme désobéit aux interdits que Dieu lui a imposés; c’est le péché.Dieu punit tous les descendants d’Adam et d’Eve qui portent le châtiment du péché.Il leur impose ses "commandements' qui les rendent conscients de leur péché.Le Verbe s’incarne, vit notre vie et meurt; Dieu le ressuscite.Le Christ paie pour les péchés et nous réconcilie avec le projet de son Père.Ceux qui croient au Christ et qui respectent ses commandements seront sauvés.Ils ont la mission de "sauver le monde' avec le Christ.De nombreux chrétiens éclairés par l’Esprit et fidèles à leur conscience ont atteint une réelle libération au sein de cette spiritualité.Mais la vie spirituelle issue de cette théologie s’est le plus souvent éloignée de la perspective biblique et pose beaucoup de questions.Notre sens de la justice hésite à accepter que tous paient pour la faute d’un seul.Le Dieu exigeant et vengeur que nous présente cette théologie ne ressemble pas au Dieu miséri- 286 La Vie des communautés religieuses cordieux de l’Évangile.C’est le Christ qui sauve, mais qu’en est-il de ceux qui ne le connaissent pas?La foi est un don, comme la grâce, pourtant l’ascèse invite à un effort volontaire pour conquérir la perfection.Cette attitude engendre des sentiments de peur et de culpabilité difficiles à concilier avec l’Évangile.La Constitution apostolique, Gaudium et Spes, de Vatican II présente une vision plus large et plus positive du mystère du salut.Les définitions anciennes de la spiritualité Les grands dictionnaires définissent le spirituel comme le transcendant, comme ce qui dépasse la matière.Ils ne font aucune référence au christianisme.Il semble que, pour eux, la spiritualité ne soit pas de soi chrétienne.La spiritualité chrétienne est une spiritualité particulière.Les dictionnaires respectent ainsi le fait que cinq milliards de personnes ne connaissent pas le Christ et peuvent quand même vivre une vie spirituelle.Abraham et Moïse ont vécu une vie spirituelle sans connaître le Christ.Par contre, plusieurs spirituels chrétiens restreignent le sens du mot spiritualité comme s’il n’y avait de spiritualité que chrétienne4.La spiritualité est la mise en oeuvre de l’action salvifique de Dieu dans le Christ par 1’ Esprit Saint, en chacun des chrétiens et dans la communauté qu’est l’Église, (J.Weismeyer, 1975, D.Sp., T.XIV col.1253).En 1986, C.-A.Bernard écrit: La théologie spirituelle est une discipline théologique qui, fondée sur la révélation étudie l’expérience spirituelle chrétienne, en décrit le développement progressif et en fait connaître les structures et les lois (Bernard, 66).Beaucoup de grands spirituels chrétiens endossent ces perspectives5.Les limites de cette approche Certaines limites de cette spiritualité la feront rejeter par la société contemporaine.En se limitant à une perspective chrétienne, elle se ferme au dialogue avec les grandes religions porteuses de valeurs authentiques.Elle s’est exprimée dans la culture chrétienne et a refusé de le faire dans d’autres cultures; de là, son incapacité de prendre son envol et de pénétrer l’Asie, l’Afri- Novembre-Décembre 2003 287 que et les cultures autochtones.Au lieu d’être une expérience de vie globale, libérant tout homme et tout l’homme, elle s’emprisonne dans une ascèse de type moralisateur et volontariste.Elle favorise enfin une pédagogie magistrale.Des théologiens assènent une vérité à laquelle il faut se soumettre.La foi tombe des chaires et s’impose.C’est pourquoi, malgré la soif de spiritualité et le retour à la croyance qui marque la fin du vingtième siècle, la foi dont nous avons hérité n’emporte plus un assentiment inconditionnel.Beaucoup de chrétiens disent: Je crois en Dieu, mais j‘ai pris mes distances face à l’Église.La montée de la rationalité sous l’influence de la philosophie et des sciences positives, l’aspiration à la liberté et à l’autonomie, le culte des droits humains, l’essor des communications, bref toutes ces tendances lourdes s’opposent aux orientations de la spiritualité héritée du passé.Vatican II se situe d’emblée dans une perspective universaliste et nous demande d’ajuster le tir (GSI, 2 et 3).2- LES GRANDS CHANGEMENTS DE LA FIN DU XXe SIÈCLE La fin du siècle dernier a vécu deux changements majeurs.Le premier a ébranlé la vie chrétienne, l’a libérée d’une théologie fermée pour l’ouvrir à une vision cosmique.Le second a rendu les hommes conscients de la structure relationnelle de l’existence humaine et leur a rappelé que Dieu est le créateur de tous les humains et le maître de l’histoire et du cosmos.Le mouvement biblique L’interprétation des textes sacrés - l’exégèse et l’herméneutique - a évolué au cours des siècles.Pourtant, elle tenait peu compte de l’apport des disciplines nouvelles, histoire, archéologie, anthropologie, etc.Elle connaissait même un certain retard face aux sciences humaines.Vers 1930, s’amorce le mouvement biblique.Il est né du désir de certains exégètes d’avant-garde, de retrouver le sens authentique du texte sacré et du message divin.Pour cela, il faut lire la Bible en la re-situant dans le contexte 288 La Vie des communautés religieuses humain et anthropologique dans lequel a vécu le peuple hébreux.Les sciences humaines offrent des instruments nouveaux pour atteindre ce but.Le mouvement démarre lentement et connaît une vive opposition de la part de certains théologiens.Les exégètes affinent les méthodes de recherche.Diverses publications préparent les chrétiens à ce changement.Vers les années quarante les collections de Daniel Rops (Histoire sainte, 1943; Le peuple de la Bible, 1943; Jésus en son temps, 1945) connaissent un grand rayonnement et suscitent l’intérêt pour les Ecritures saintes.En français, on utilisait une traduction littérale, la Bible Crampon (1894-1899).Des exégètes audacieux préparent des traductions critiques, rigoureuses et scientifiques.Plusieurs ont été publiées depuis: La Bible de Jérusalem (1948-1955); La Bible des moines de Maredsous (1950); La traduction de la Pléiade (1956-1971); La traduction oecuménique de la Bible (TOB, 1973); La Bible des communautés chrétiennes, (1994); la traduction de Chouraqui et, tout récemment, La nouvelle traduction de la Bible (2001).Les exégètes ont accompli un travail énorme et permis une meilleure compréhension du message divin.Bref, l’exégèse moderne a libéré la culture chrétienne de ses emprisonnements culturels et de sa vision étriquée pour l’ouvrir à une perspective globale et holistique.En la situant dans la théologie de la Création qui donne à la théologie de la Rédemption un sens positif d’une grande profondeur on lui insuffle un dynamisme nouveau.La spiritualité renouvelée Le mouvement biblique a libéré la vie spirituelle de la tutelle tyrannique de la théologie, fl a permis à la culture chrétienne de retrouver ses racines bibliques et de se redéfinir à partir de l’action de l’Esprit en l’homme plutôt qu’à partir d’une doctrine.On parle désormais de théologie et même d’anthropologie spirituelles.Ce changement a revivifié la théologie de la Rédemption en la situant dans le courant puissant de l’amour de Dieu qui enveloppe toute la création.On peut parler d’une théologie de la Novembre-Décembre 2003 289 Création qui élargit la notion de spiritualité.La restreindre à sa seule dimension chrétienne, c’est faire de la création, de l’incarnation et de la sanctification trois événements sans lien, au lieu de les voir comme trois temps dans la réalisation du projet de l’amour de Dieu qui se déploie dans l’histoire.Dans cette perspective, la spiritualité est l’accueil par les hommes du flot de l’amour que Dieu déverse sans cesse sur eux.La spiritualité ne peut plus être séparée de la vie; elle est vie; elle est la vie.Le projet de Dieu Dieu est amour (1 Jn 4,8.16).Or l’amour se donne sans cesse.Dieu se manifeste alors continuellement.Ses manifestations sont sa gloire, comme les rayons sont la gloire du soleil.Il s’est manifesté dans ses anges.Il a aussi voulu se manifester dans la matière et dans le temps.Il crée alors un univers matériel et temporel.Le Fils, en s’incarnant, assume cette création que l’Esprit rassemble dans l’unité du Père et du Fils.Cette manifestation du Dieu trinitaire s’exprime dans le temps et ne sera complétée qu’à la parousie, à la fin des temps.Ce projet de l’amour de Dieu se réalise en trois étapes.La première, c’est la CRÉATION.Il y a 15 milliards d’années, dans un néant de temps et dans le grand boum initial, le PÈRE amorce l’engendrement de l’univers.En créant l’univers, il avait déjà en vue le Christ, son Fils incarné.Tout fut par Lui (le Verbe) et rien de ce qui fut ne fut sans lui (Jn 1,3).En lui, tout a été créé (Co 1,16).Créer pour Dieu, dit G.Martelet, c’est sortir de lui, ou plus exactement, c’est poser hors de Dieu quelque chose qui est autre que Dieu.Si Dieu est parfait et éternel, et qu’en créant il fait de l’autre un autre que Lui, il fera nécessairement du non-éternel et de l’imparfait, et s’il est infini, il fera forcément du fini.Le Père donne au peuple juif la loi.Pour l’hébreux, le don de la loi est une révélation.Le Père révèle aux hommes la route du bonheur et les accompagne sur cette route.Il n’est pas question de commandement et de châtiment si on désobéit, mais d’alliance.290 La Vie des communautés religieuses Puis c’est l’INCARNATION.L’incarnation, est une dimension irremplaçable de la création, dit G.Martelet.Elle en est le second temps.Il y a deux mille ans, quand le monde est prêt à l’accueillir, le VERBE se fait chair (Jn 1,14).En prenant chair, il fait du monde un constituant de sa Personnalité étemelle de Fils en qui le Père s’exprime.Le Fils de Dieu se rend solidaire de l’humanité et assume, dans le temps, l’univers matériel dont il fait son corps mystique.L'Incarnation n’est pas relative au péché d’abord; elle est d’abord relative au non Dieu, c’est-à-dire à la finitude de l’homme (G.Martelet).Par sa mort et sa résurrection personnelles, le Christ entre, avec son corps dans la communion de son Père.Il acquiert le pouvoir d’entraîner les hommes et l’univers dans sa montée (Co 1, 19-20; Rm 5,10).Ainsi grâce au Christ et à l’Esprit, le monde créé par le Père peut devenir pour toujours le corps du fils de Dieu et les humains, des fils et des filles de Dieu.Le Père engendre l’univers matériel, corps mystérieux de son Fils.Tu es mon fils, moi, aujourd’hui je t’ai engendré (Le 3,22).La SANCTIFICATION se réalise au cours de l’histoire.Le pouvoir du Christ ressuscité est retenu pour permettre à l’histoire de poursuivre sa marche.L’ESPRIT établit les chrétiens en communion intime avec le Christ pour que, par lui et en lui, ils participent à la gloire et à la sainteté de Dieu.Le père Durrwell écrit : Ce dont rêve l’amour humain, mais qu’il n’arrive jamais à réaliser, à deux n’être qu’un seul, le Christ le réussit par l’Esprit qui est un amour tout-puissant, un amour qui crée ce qu ’il désire.En lui, le Père est un avec le Fils, le Christ et son fidèle sont un en ce qui est personnel et très intime à chacun (45).Ainsi grâce au Verbe incarné et à son Esprit, les hommes et les femmes deviennent dans le Christ, fils et filles de Dieu.Le Père animé par l’Esprit engendre son Fils dans le temps, l’espace et la matière.La création tout entière gémit maintenant encore dans les douleurs de l’enfantement [.] nous aussi, nous gémissons intérieurement, attendant l’adoption, la délivrance de notre corps (Rm 8,22).La Trinité tout entière s’exprime à travers la longue histoire de l’univers.Novembre-Décembre 2003 291 La PAROUSIE marquera la pleine et totale réalisation de la gloire du Christ, le fils de Dieu, avec son corps mystique incluant les humains et, par eux, l’univers matériel qu’il a assumé dans son incarnation.Au ciel, nous ferons partie de la famille de Dieu.Nous vivrons de sa vie.Nous connaîtrons le Père dans le Fils et nous l’aimerons dans l’Esprit.Le père Teilhard de Chardin a raison d’écrire: L’amour est la plus universelle, la plus formidable et la plus mystérieuse des énergies cosmiques.L’explication du monde, c’est l’Amour.Je résume.Pour Dieu, engendrer, c’est rester en sa divinité; et créer, c’est poser hors de Lui quelque chose qui est autre que Lui.La coulée continue de l’amour de Dieu hors de Lui crée donc du limité, du fragile, du non Dieu6.L’Esprit, l’amour personnel de Dieu pour son Fils, déborde alors dans la création et le Verbe se fait chair.L’Esprit d’amour qui lie le Père et le Fils supplée à la finitude de l’être humain pour qu’il participe dans le Christ à la vie trinitaire.En ce sens, on peut parler de rédemption.Il n’y est pas question de châtiment, mais d’amour.La culture mondiale Les hommes prennent conscience que les relations entre eux, ainsi que la biosphère et la terre font partie essentielle de la structure de l’humanité.Le monde est en gestation, il engendre un vivant qui se déploie à la dimension du monde et qui inclut la terre, la biosphère et la noosphère.Pour devenir un seul corps du Christ, le monde doit d’abord devenir un seul peuple humain.Un monde en gestation Un vivant est composé de plusieurs membres et de cellules fonctionnant en symbiose.Chaque membre existe dans, par et pour le tout.Le membre coupé du tout meurt de gangrène.La cellule qui dévore tout est cancéreuse; on l’arrache ou la brûle.Le sommet de la montée des êtres dans la complexité, c’est l’homme.Quarante mille milliards de cellules qui fonctionnent en symbiose et de membres qui s’entraident.Une épine blesse le pied; le corps souffre; l’oeil cherche l’épine; la main l’arrache.Tous les 292 La Vie des communautés religieuses humains sont irrémédiablement engagés dans la gestation d’une nouvelle vie, mondiale celle-là.L’intégration de la terre, de la biosphère et de l’humanité en un seul vivant de dimension planétaire est amorcée.Malgré l’éclatement apparent du monde, l’Église peut désormais espérer devenir un jour mondiale et assumer l’humanité.La création tout entière gémit encore maintenant dans les douleurs de l’enfantement (Rm 8,22).Un réseau de relations vitales se développe entre les humains.Ils se regroupent en familles.Celles-ci forment des peuples.A leur tour les peuples s’adaptent à leur environnement et engendrent des cultures.Après la guerre, un réseau de relations humaines se met en place et se développe à un rythme effarant.Les guerres provoquent des brassages de cultures.Des masses de soldats et de journalistes se déplacent à travers le monde: Japon, Corée, Viêt-nam, Allemagne, Russie.La télévision (1950-1955) promène les humains à travers le monde et les cultures.L’avion, la multiplication des agences de voyage, le développement du commerce international provoquent des échanges, accentuent les relations.La culture devient mondiale: un spectacle de ballet, une pièce de théâtre font leur tour du monde.Pensez au Cirque du Soleil, à Notre Dame de Paris, aux trois grands ténors, à la circulation des disques et des cassettes.Le cinéma s’alimente à toutes les cultures et à toutes les nations Les Jeux olympiques, les grands tournois sportifs, les carnavals rejoignent le monde entier.L'internet affine, personnalise et ramifie ce réseau de relations jusqu’à permettre de causer avec tout individu, d’effectuer une opération chirurgicale à distance et de dévoiler l’intimité d’un foyer.Le monde devient une immense cellule où bouillonne une même vie.Ce réseau mondial nourrit une même humanité comme le réseau sanguin alimente un même corps.Chaque personne est liée aux autres comme les sources qui jaillissent d’une même nappe d’eau, écrit Jean Desclos (51).Des relations vitales manifestent que la dépendance de l’être humain s’étend jusqu’à la faune, la flore et la terre.Les revendications des autochtones qui défendent notre mère la terre, le cri des écologistes, la peur des organismes génétiquement modifiés (OGM), la pénurie d’eau potable, l'épuisement des ressources Novembre-Décembre 2003 293 naturelles, le drame que deviennent une panne d’électricité, une inondation ou une tornade, tout cela affecte chaque personne.L’ouragan de Californie me prive de raisins.La pollution d’Ame-rican Airlines ou d’Air Canada influe sur la production de sirop d’érable en Beauce.Elle amincit la couche d’ozone et le soleil menace la santé de l’humanité.L’extinction de milliers d’espèces animales ou végétales inquiète.Bref, l'être humain prend conscience de la structure essentiellement relationnelle de son existence.Il devient conscient que son insertion dans ce monde global fait partie de son être humain.L’homme seul n’existe pas; il est membre d’une planète, d’une biosphère, d’une humanité.La montée de la complexité accède à un nouveau palier.La souffrance est partout.Elle manifeste la gangrène qu’est l’isolement et le cancer qu’est l’égoïsme.L’oppression des femmes, le racisme, la guerre, le terrorisme, le fanatisme religieux nous rendent conscients que l’isolement engendre la gangrène et la mort.L’égoïsme vorace, la consommation effrénée, le refus de partager, la volonté de domination sont les cancers qui font souffrir l’humanité en attendant de la tuer.Les exclus, les opprimés, les affamés, les humiliés, les moribonds sont le terreau où pousse le terrorisme destructeur.L’impression éprouvée lors des événements du onze septembre au World Trade Center, d’être tous menacés, nous rend conscients que nous ne formons qu’un seul vivant.La menace n’est plus extérieure, elle est dans notre sang, dans les relations mêmes qui lient les êtres humains.L’anthrax circule dans le réseau même de la vie et se moque des boucliers anti-missiles sophistiqués et dispendieux.Oui, vraiment la terre, la biosphère et la noosphère sont en gestation et deviennent un immense vivant de stature mondiale animé par un même souffle et une même vie.Cette prise de conscience est une chance pour la vie et une invitation à purifier la spiritualité qui nous anime.Tout effort, en effet, pour humaniser la terre et pour civiliser les cultures répond au projet créateur.Cet effort doit nourrir la solidarité et la fraternité mondiales.Une spiritualité qui isole, qui enferme, qui devient sectaire est gangrène.Une spiritualité fanatique qui mange ou étouffe les autres est un cancer.Une spiritualité qui tue la liberté tue l’homme.294 La Vie des communautés religieuses La mondialisation commerciale, vorace et gloutonne, qui prétend se justifier par les structures d’injustice (l’expression est du pape) qu’elle a mises en place est un cancer.Nouvelles orientations L’avant-propos de la Constitution pastorale, Gaudium et Spes, situe d’emblée la spiritualité dans le monde de ce temps (1 et 3) Après s’être efforcé de pénétrer plus avant dans le mystère de l’Église, le Concile n’hésite pas à s’adresser [.] maintenant à tous les hommes (2,1).Il fait éclater le cadre restreint où l’Église enfermait autrefois la vie chrétienne.Il rappelle la très noble vocation de l’homme et affirme qu’un germe divin est déposé en lui (3, 2).Dieu veut les sauver tous.Le salut vient du seul Christ, (hors de l’Église pas de salut), mais il est offert à tous.Je suis venu pour que tous aient la vie et qu’ils l’aient en abondance (Jn 10,10).La Constitution invite les chrétiens à vivre en solidarité avec la grande famille humaine.Elle circonscrit le lieu de la mission chrétienne.Le monde qu’il a en vue est celui des hommes, la famille humaine tout entière avec l’univers au sein duquel elle vit.Pour la foi des chrétiens, ce monde a été fondé et demeure conservé par l’amour du Créateur [.] le Christ, par la Croix et la Résurrection, a brisé le pouvoir du Malin et l’a libéré pour qu’il soit transformé selon le dessein de Dieu et qu’il parvienne ainsi à son accomplissement (2, 2).Bref, Il faut revoir notre conception de la spiritualité, renoncer à la spiritualité de “club de sauvés” qui veut convertir les autres, pour accéder à une spiritualité qui consiste à vivre à plein au sein de notre monde torturé avec la certitude que l’Esprit y est présent pour l’orienter vers Dieu.Une approche contemporaine Des spirituels ont exprimé leur vision de la spiritualité contemporaine.Dans une conférence donnée en 1966, La vie chrétienne hier et aujourd’hui, Karl Rahner écrivait: Le chrétien pieux de demain sera “un mystique” c’est-à-dire quelqu’un qui a expérimenté quelque chose ou il ne sera plus.Pour lui, le mystique est celui qui a expérimenté un Dieu qui ne se laisse pas comprendre, mais qui continue à interpeller.Il précise trois orien- Novembre-Décembre 2003 295 tâtions que l’Église et les chrétiens doivent adopter pour assurer que la vie spirituelle soit vraiment une expérience de vie et de foi.L’Église doit avoir beaucoup de souplesse et accompagner ses membres dans leur recherche de Dieu sans couler cette expérience dans un moule imposé.Elle doit, en second lieu accueillir les signes par lesquels Dieu l’interpelle.La sécularisation, par exemple, rappelle que Dieu est incompréhensible et qu’il faut sans cesse le redécouvrir comme fondement de sa vie.La dimension ascétique enfin doit être regardée comme une modération acceptée librement pour permettre d’assumer sa responsabilité face au monde.Le cardinal Urs Von Balthazar définit ainsi la spiritualité: Elle est “ l’attitude foncière, pratique ou existentielle, qui est la conséquence et l’expression de la conception qu’un homme se fait de son existence religieuse - ou plus généralement de son engagement éthique ” (D.Sp.T.XIV, col.1151).La spiritualité est l’opposé du monde matériel ou animal, l’homme se définit par l’esprit; il ramène tout ce qu’il est à sa nature d’esprit comme principe unificateur.Or l’esprit est un dynamisme.Il veut se réaliser en s’exprimant dans ce monde pour s’accomplir et pour transformer le monde.Pour atteindre ce but, l’esprit humain doit se laisser régir par l’Esprit absolu.Kees Waaijman définit ainsi la spiritualité: elle est la transformation continue impliquée dans la relation engagée ou engageante avec l’Inconditionnel7.Il la voit comme une forme de vie, un équilibre dynamique ou un processus par lequel le sujet humain s’engage en tant que relationnel dans une transformation continuelle.Ce processus comporte toujours une référence explicite à un Inconditionnel qui s’impose au sujet et qui transcende toujours ses idées et ses représentations.Richard Hardy décrit la spiritualité comme une attitude ou un état d’esprit qui permet à la personne humaine de sortir de son isolement et de créer des relations avec autrui en vue de sa croissance.John Macquarrie enfin se situe d’emblée dans une perspective anthropologique: Elle est un effort pour devenir intégralement humain.296 La Vie des communautés religieuses 3- LA SPIRITUALITÉ CONTEMPORAINE La spiritualité contemporaine est cosmique et embrasse toute la vie.Elle est donc apte à entrer en dialogue avec une société post-moderne qui se mondialise et s’ouvre à la dimension de l’univers.J’en dégage les caractères et je la présente d’une façon plus descriptive.Les caractères de la spiritualité contemporaine 1- La spiritualité est une expérience humaine Elle est inséparable de la personne qui l’expérimente et qu’elle implique dans toutes ses dimensions personnelles et relationnelles.Elle est une vie et non une doctrine.2- La spiritualité est activée par ses prises de conscience Prendre conscience des interpellations de Dieu par les tendances lourdes, les signes des temps et les événements douloureux provoque sa créativité.3- Le partage mutuel Venrichit Accueillir avec empathie l’expérience des autres enrichit son propre cheminement.De plus la convergence de ces cheminements pointe vers un même absolu.4- La spiritualité est une recherche d’intégration En quête d’unité, le spirituel cherche à intégrer sa vie dans une conscience commune permettant ainsi d’envisager un avenir pour l’humanité et toute la création.5- Elle est polarisée par la recherche d’un Absolu Cet Absolu se situe au-delà des personnalités individuelles pour pouvoir les intégrer.6- Son dynamisme prioritaire est intérieur à chacun Il se trouve dans l’énergie spirituelle, le germe divin (GS 3,2), qui habite chaque personne.Novembre-Décembre 2003 297 7- Elle situe la société dans l’univers La société est alors vue comme une extension ou un prolongement du cosmos.Essai de description de la vie spirituelle contemporaine Elle est la transformation continuelle de l’homme dans ses dimensions personnelles et relationnelles en vue de son intégration dans l’humanité en route vers un Absolu qui l’attire.Ou encore elle est la recherche continue d’une fraternité universelle polarisée autour de valeurs transcendantes qu’on découvre dans le partage mutuel et par ses réponses aux interpellations de la vie.Un tel processus est possible parce que l’Esprit du souffle créateur (Gn 1,2) habite chacun, grâce au Christ.CONCLUSION La société contemporaine cherche laborieusement à devenir une fraternité universelle.L’isolement et la volonté de pouvoir de certains groupes en paralysent la réalisation.De là, les affrontements et la souffrance.Le mouvement biblique a ouvert les coeurs à une spiritualité de la Création.Dieu enveloppe l’univers entier dans son amour pour le ramener dans son sein.Les tendances lourdes de la société actuelle et le mouvement de l’Esprit soufflent dans la même direction.C’est en vivant dans cette société et en se laissant conduire par l’Esprit que l’homme réalise le projet de Dieu.Le royaume de Dieu est parmi vous, disait Jésus, il est dans le monde, mais il n ’est pas du monde.La vie spirituelle concerne tous les humains.Un germe divin (GS 3,2) est présent en eux dès leur naissance.L’Esprit agit dans leur coeur.Ils sont les prophètes du temps présent.Les différentes cultures et les cheminements particuliers des humains portent à la fois le souffle infini de Dieu et le souffle périssable de la matière.Leur inspiration vient et de l’homme spirituel et de l’homme matériel.Leur prophétisme est brouillé par leurs tendances terreuses.Pour accueillir Dieu, il faut être attentif à toute la réalité.Le chrétien doit donc vivre au sein du monde et porter ses souffrances avec lui (GS 1).Elles lui révèlent les ratés et les insuffi- 298 La Vie des communautés religieuses sances de son action.En le rendant conscient de ces souffrances, Dieu interpelle la qualité de son activité.Il doit discerner où souffle l’Esprit.C’est ainsi qu’il est un levain et fait lever un monde conforme au projet de Dieu.La spiritualité consiste à être consciemment présent dans le monde en étant attentif à l’Esprit pour le laisser agir en soi.Bibliographie Beauchamp, André Conférence d’ouverture du Congrès des ministères de V Assemblée des évêques du Québec.Université Laval, 15-17 août 2001.Collectif, (sous la direction de C.Ménard et de F.Villeneuve) Spiritualité contemporaine, Défis culturels et théologiques, Mtl, Fides, coll.Héritage et projet 56, 1996.Collectif, (direction J.Desclos).L’anthropologie spirituelle.Jalons pour une nouvelle approche théologique, Mtl, Médias-paul, Coll.Croissance humaine et culturelle 6, 2001 Collectif, Dictionnaire encyclopédique de la Bible.Jean-Paul II, Entrez dans l’espérance, Paris, Plon/Mame , 1994, 335 p.Hétu, Jean-Luc, L’humain en devenir.Une approche profane de la spiritualité, Mtl, Fides, 2001.NOTES 1 Sur cette évolution, voir D.Sp.T.XIV, coll.1123-1150.2 GS renvoie aux numéros de Gaudium et Spes.Les chiffres après un nom d'auteur, renvoient aux pages.3 Sur ce sujet, voir Simon Dufour, Une dislocation ruineuse, in Desclos, p.84-87.4 II y a des exceptions.Le père De Guibert définit la spiritualité comme la vie intérieure d’un homme.Novembre-Décembre 2003 299 5 Le père Bernard (25) reconnaît une spiritualité non chrétienne: Au sens large [.] ; l'expression vie spirituelle en arrive à désigner toute forme de vie, même non chrétienne, qui s'inspire de la recherche de valeurs élevées (scientifiques, esthétiques, morales) et en particulier de la valeur religieuse: en ce sens, on parle de spiritualité chrétienne, hindoue, platonicienne (25).Leur donne-t-il toute leur place?6 Dieu disait à Catherine de Sienne : L’être que tu es vient de l’amour que je suis.7 Waaijman, Toward a Phenomenological Definition of Spirituality, dans Studies in Spirituality, 3 (1993), 45; R.Hardy, Christian Spirituality Today: Notes on its Meaning, dans Spiritual Life, 28 (1982), p.154 J.Macquarrie, Paths in Spirituality, N.Y.Harper & Row, 1972, p.40.Alfred Ducharme, s.j.175, boul.des Hauteurs C.P.130 Saint-Jérôme Qc J7Z 5T8 Note : Une partie de cet article a été publiée dans Cahiers de spiritualité igna-tienne: Alfred Ducharme, s.j.anthologie, juillet-septembre 2003, pp.14-23.300 La Vie des communautés religieuses COMME PERSONNES, COMMENT GUÉRIR LA CRÉATION ET LA RENOUVELER?Reine Magnan ss.cc.j.m.Voici quelques éléments de réponse regroupés sous trois thèmes : FEMME.CRÉATION.GUÉRISON.Je fais d’abord un lien entre femme et féminisme.Le féminisme est ce grand courant de pensée, une vision qui propose notamment deux valeurs fondamentales pour notre époque et les défis qui y sont rattachés : compassion et inclusion.Ce sont en fait deux facettes de l’amour universel.La compassion c’est l’attitude du coeur qui compatit avec l’autre, qui porte dans son coeur la détresse des êtres souffrants.La compassion nous fait proches de tous les vivants et préoccupés devant la vie menacée comme elle l’est actuellement.La deuxième valeur : l’inclusion.L’inclusion nous fait refuser le rejet, la violence et la destruction de l’autre quel qu’il soit.C’est le chemin obligé de la guérison de la Création que doivent entreprendre toutes les personnes et tous les peuples de la terre.Quels que soient notre âge, notre état de santé et notre emploi du temps, nous avons à nous entraîner à la compassion et à l’inclusion.Chaque fois que nous vivons véritablement la compassion et l’inclusion, nous créons des relations égalitaires, nous contribuons à la Création nouvelle, nous devenons des êtres non-violents.Une première piste d’action peut s’en dégager : Quels sont les groupes et les personnes que j’exclus?Novembre-Décembre 2003 301 Comme femmes, ou comme personnes partageant la vision féministe, nous avons la mission d’enfanter la vie, de faire naître la beauté, la tendresse.Nous avons à créer de la paix, de l’amour.Voici quelques considérations au sujet d’une femme que vous connaissez bien et qui inspire nos vies.Marie!!! • Vous êtes-vous déjà demandé quelle sorte de personne et quelle sorte de personnalité avait cette femme pour élever un garçon de la trempe de Jésus qui aimait la nature, s’en inspirait pour ses enseignements, y priait et refaisait ses énergies pour reprendre la lutte, la mission?• Quelle sorte de mère elle était pour lui avoir transmis le sens des autres, l’importance de la réconciliation, le respect des êtres brisés et marginalisés, la tendresse pour son entourage, l’ouverture à son milieu, des attitudes non-violentes?• Quelle sorte de citoyenne était-elle pour lui avoir inculqué le sens de la fête, la passion du collectif et du communautaire et la détermination à s’impliquer dans les causes sociales de son époque : l’exclusion des femmes, des malades, des pauvres, des veuves, des orphelins et des étrangers?• Quelle sorte de croyante était-elle pour avoir guidé ses pas dans une religion qu’il a vécue avec tant de liberté, lui avoir insufflé un tel amour et une telle passion de la Vie qui ont fait de lui un homme qui engage sa jeunesse.sa tranquillité.sa carrière.sa réputation.et sa vie?Une seconde piste : • Quelle sorte de personne, citoyenne et croyante suis-je?• Quelle est ma manière de donner la vie?• Quelles traces je laisse sur mon passage?Comment est-ce que ma manière d’être, de vivre, de prier et de parler révèle que la vie est sacrée pour moi et manifeste mes valeurs et mes opinions profondes?302 La Vie des communautés religieuses LA CRÉATION : QUELLE CRÉATION ?Celle qui vient du fond des temps, du profond des mers, celle qui se crée et se recrée constamment depuis des milliards d’années.Celle qui est racontée si bellement dans les pages de la Genèse quand l’auteur fait dire au Créateur de la Vie : «Voici la terre, cultivez-la comme un Grand Jardin, habitez-la et multipliez-vous».Multipliez-vous! Est-ce qu’aujourd’hui nous nous trompons un peu dans nos façons de calculer?Je crois que nos logiques et nos mathématiques ne contribuent pas toujours à honorer la Création confiée par le Dieu de l’Univers.On multiplie .oui, mais sans une vision remplie de respect de la vie.C’est la richesse qui se multiplie pour les uns alors que d’autres s’appauvrissent.Les revenus des uns : individus et peuples, sont des centaines de fois plus élevés que ceux des autres.On divise aussi.On sépare.on exclut.divisions entre les familles, les peuples, les religions, les vivants, oubliant notre dénominateur commun, notre interdépendance vis-à-vis de la terre, de l’eau, de l’air.DE LA VIE.On entretient une vision dualiste de la vie ensemble, on crée des catégories et cela nous mène souvent à des attitudes de supériorité et à de l’exclusion de personnes et de groupes.On additionne : On entasse des biens, des drames, des soucis, des suicides, des pertes de vie.Les colonnes s’allongent pour lister les menaces, notamment les changements climatiques et les conflits armés.On soustrait également : On ne compte plus le nombre de personnes, d’espèces de plantes, d’animaux qui disparaissent chaque année sur la planète.On réduit la qualité de l’eau, de l’air et des semences.Novembre-Décembre 2003 303 QUESTION : Comment pouvons-nous être concernés, directement ou indirectement, par l’une ou l’autre de ces opérations?PISTES DE RÉFLEXION ET D’ACTION : • Voir ce qui se passe au niveau mondial, comprendre avec d’autres, comparer nos analyses et nos connaissances.• Agir localement par des dénonciations, des prises de parole.• Proposer des solutions et s’impliquer dans des voies alternatives.• Penser à long terme.Concernant la nourriture, les vêtements, les articles de toilette, de ménage, faire nos choix dans le sens de ce qui ne nuit à aucune espèce de vivant et tenir compte de nos besoins réels.• Se demander si cela créera de la pollution ou si cela est biodégradable.LA NOUVELLE CRÉATION Au sujet de la Création nouvelle, la Parole de Dieu nous fournit quelques indications et nous enseigne en quels termes elle doit être nouvelle.Je m’inspire du texte d’Isaïe (Isaïe 65, 17-21) «Oui, je vais créer un ciel nouveau et une terre nouvelle, on ne se rappellera plus le passé, il ne reviendra plus à l’esprit.Réjouissez-vous de ce que je vais créer.Je crée une Jérusalem de joie.On n ’y entendra plus de cris ni de pleurs.On n ’y verra plus de nouveau-né emporté en quelques jours Ni d’homme qui ne parvienne pas au bout de sa vieillesse.On bâtira des maisons et on y restera, On plantera des vignes et on pourra en manger les fruits.» 304 La Vie des communautés religieuses C’est du neuf pour vrai.si on pense aujourd’hui au nombre effarant de suicides, à toute la tristesse qui s’empare de nous, à la détresse, à la dépression, aux besoins de s’évader et d’oublier avec des médicaments et des drogues.Je vais créer une Jérusalem de joie! Ça c’est de la nouvelle Création! C’est du neuf aussi.si on pense aux cris et aux pleurs des enfants, des femmes et des hommes tués, violés, assassinés, privés de leurs droits.à cause des religions, des guerres, des déportations, des génocides, des catastrophes écologiques.On n’entendra plus de cris ni de pleurs! Ça c’est de la nouvelle Création! C’est du neuf pour vrai.si on pense aux enfants qui meurent à la naissance à cause du sida, de la malnutrition, du manque d’eau.Quand on voit tant d’aînés qui meurent d’ennui et d’isolement.On ne verra plus de nouveau-né emporté en quelques jours! Ça c’est de la nouvelle Création! Encore du neuf.si on pense aux populations expatriées et aux paysans sans terre.Ou encore aux semences de nos fruits et légumes, tellement génétiquement modifiées qu’elles menacent notre santé et notre vie.On bâtira des maisons qu’on habitera et on plantera des vignes dont on pourra manger les fruits.Ça c’est de la nouvelle Création! S’engager à faire advenir la nouvelle création, c’est cultiver le respect de la vie.Comme personnes participant au processus de la transformation de la Création, nous sommes appelées à contempler longuement la vie sous toutes ses formes : humaines, animales, végétales et minérales.car la vie c’est la Vie.et la vie, c’est sacré.Novembre-Décembre 2003 305 Nous sommes appelés à beaucoup de patience pour voir, apprendre et comprendre les rouages des mécanismes de destruction et ne pas baisser les bras devant l’ampleur de la tâche.Il est important de bien saisir que comme humains, nous sommes en train de dénaturer la vie.et de dénaturer la mort aussi.Et c’est urgent de voir la différence entre la vie naturelle et la mort naturelle.Réapprendre la beauté de la vie et la grandeur de la mort.C’est un défi pour nous aujourd’hui de choisir de laisser la vie vivre et mourir selon la sagesse de la Création.nous n’avons pas à traquer la vie pour la modifier et tenter de l’immortaliser (clonage).sous prétexte de l’améliorer alors que l’on fait simplement des expériences en vue de breveter le vivant.Quand on modifie les gènes des semences et des embryons, on trafique la structure même de la sagesse de vie.On est en train de trafiquer la vie pour empocher des profits gigantesques.Quand on s’empare des mers, des airs, des terres et des forêts, on menace la chaîne alimentaire au grand complet.On menace la vie de toutes les espèces vivantes, y compris la nôtre.Cette création blessée par les humains nous réclame pour participer à sa guérison.Piste : En quoi et avec qui sommes-nous associés, de près ou de loin, à l’un ou à l’autre des aspects de la Création nouvelle?Créer de la joie! Cultiver de l’espérance! Nous démener pour le droit aux logements décents! Nous impliquer dans la protection des enfants! Militer en faveur de la protection de l’environnement! Offrir une présence aimante aux aînés! GUÉRIR LA CRÉATION «Jésus apprit l’arrestation de Jean-Baptiste, il se retira en Galilée.A partir de ce moment, Jésus parcourait toute la Galilée, 306 La Vie des communautés religieuses enseignait dans les synagogues et guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple.On lui amena tous ceux qui souffraient, atteints de maladies et de tourments de toutes sortes : possédés, épileptiques, paralysés : et il les guérit.» Mat.4,12-17.23-25 Avec un coeur compatissant pour tous les vivants de ce monde, nous avons à voir la Création avec le coeur de Dieu et à guérir à la manière de Jésus, Jésus qui a aimé cette terre comme le dit le psaume 84.Jésus est une personne aimante, responsable, libre et engagée : quelqu’un dont la vie PARLE.Jésus est la Parole créatrice de vie.À la manière de Jésus, quand nos vies parlent de justice, de bonté, de beauté, du respect de la vie, alors l’influence de notre prise de parole, de nos prises de position, de nos déclarations écrites peut retentir et proclamer du neuf.Nous devrons prendre conscience de la puissance de la parole quand les gestes appuient les mots.Le mode de vie de Jésus, le guérisseur, était marqué par un amour inconditionnel pour tout être vivant au ciel et sur la terre.Le Dieu de la vie l’a confirmé en le faisant revenir de la mort.Jésus qui fréquentait les bords de lacs et les villages et se laissait interpeller par la vie et les événements vécus par les gens.Lui qui passait du temps au puits et sur les routes à la rencontre de personnes à comprendre, à aimer.Lui sur qui le Souffle de Dieu reposait, celui qui était envoyé pour guérir les coeurs brisés, libérer les captifs, rendre la vue aux aveugles et apporter une bonne nouvelle aux pauvres.Dans le texte de Matthieu, il est question de guérison de personnes.cependant, il n’est pas question de guérison de la terre.Jésus vivait à une époque où les relations avec l’environnement étaient harmonieuses et remplies de sagesse.Novembre-Décembre 2003 307 Je serais très curieuse d’entendre ses enseignements aujourd’hui.juste pour voir la place qu’auraient les porcs dans la Parabole du Prodigue.car Jésus serait sans doute sensible à la situation des méga-porcheries et à leur impact sur les sols et sur la race humaine.Ou encore sa réflexion après une journée à traverser les champs de maïs génétiquement modifiés.Continuer la mission de Jésus à notre époque où la création est menacée de toutes parts, consiste à nous approprier sa mission de guérison en l’appliquant aux situations d’aujourd’hui avec leurs défis écologiques, économiques et politiques.Les maladies, les paralysies, les tourments sont nombreux, autant chez les humains que chez les animaux, les végétaux.l’air et la mer et les sols.les groupes environnementaux et dans les découvertes scientifiques d’aujourd’hui.Guérir tout en nous associant à la création elle-même.afin de lui donner un coup de main.à elle qui.en douleurs d’enfantement (Romains 8, 22).met toutes ses énergies et ses forces à réparer les entailles à son intégrité et à se régénérer, à combattre les assauts et à se débarrasser des polluants de toutes sortes qui sont déversés en ses entrailles à coeur de jour.Guérir en nous inspirant de la Création.La fréquenter, l’admirer, la contempler, écouter l’harmonie des chants d’oiseaux ou lui manifester de la reconnaissance en communiant avec respect aux ressources qu’elle met généreusement à notre disposition.Expérimenter à son contact les relations égalitaires dans lesquelles se vivent l’accueil et le don.Guérir avec patience.pas à pas! Guérir avec espérance.humblement! Guérir avec créativité.avec d’autres! 308 La Vie des communautés religieuses Guérir.en s’associant à d’autres groupes, car ni vous, ni moi, ni personne n’y réussira tout seul.Poser des gestes concrets et à notre portée, des gestes de guérison comme offrir un appui financier à une association, prendre sa carte d’adhésion à un regroupement ou s’informer en lisant des revues scientifiques et écologiques, c’est un défi à taille universelle qui demande une solidarité universelle.Guérir la terre, c’est s’engager, à sa manière, selon ses forces, là où on est, à redéfinir nos relations avec la terre.c’est passer de la consommation qui est relation de domination, à des relations de communion avec tout ce qui est mis à notre disposition.Dans la consommation, il y a un sujet qui prend, qui utilise un objet pour ses soi-disant besoins, qui sont souvent davantage de l’ordre du désir ou des caprices.Il y a un produit qui est pris, utilisé et jeté sans considération.Bon nombre de ces objets s’entasseront ensuite dans des sites d’enfouissement ou pollueront l’air, l’eau, les sols.Cette attitude plutôt égocentrique se situe souvent dans une logique de destruction et de violence.Mais la responsabilité de guérir est la même.Nous avons encore à guérir.au Nom de Jésus! La communion serait davantage dans la ligne d’une relation égalitaire dans laquelle se vivrait un échange fait d’accueil et de don entre deux vivants.Dans ce mode de rapports, on retrouve le souci de protection et de renouvellement des ressources ainsi que le sens des responsabilités envers la qualité de vie de cette génération et de celle des générations à venir.Vit la communion un citoyen, une citoyenne responsable qui répond à ses besoins en vivant des relations de respect et de reconnaissance envers les ressources de la Création : air, eau, sol, terre, mer, forêt, nourriture, vêtement, logement.Guérir la terre, c’est honorer le Dieu de la Vie.Novembre-Décembre 2003 309 « La gloire de Dieu c’est l’être humain vivant.» disait saint Irénée.Guérir la terre, c’est la considérer comme notre prochain, notre Mère-Terre, c’est «l’aimer de tout son coeur, de toutes ses forces, de toute son âme», comme nous y invite l’évangile.Nous avons à croire en notre don de guérisseur, de guérisseuse et à collaborer à la conservation et à la restauration du chef-d’oeuvre de l’univers à la manière de Jésus qui «est venu pour que nous ayons la vie et la vie en abondance».Saint Jean Reine Magnan, ssccjm 3205 chemin du lac Corbeau St-Damien-de-Brandon, Qc JOK 2E0 POUR CONTINUER LA RÉFLEXION Magnan, Reine Vers une spiritualité de la Création, compte d’auteure, 64 pages, 2001.Pour se procurer le livre s’adresser à : Sr Réjeanne Moreau, ssccjm 260, rue Lévis Joliette, Qc J6E 2N8 310 La Vie des communautés religieuses OFFRIR UNE BELLE OU UNE VRAIE IMAGE DE SOI ?Charles Gagnon, f.i.c., Ce texte traitera de la désirabilité sociale.Il résume un article paru dans la Revue québécoise de psychologie, vol.23, no 2, 2002, article intitulé «Répondants défensifs et désirabilité sociale des plus âgés : une certaine conséquence associée à l’organisation de la société techno-médicale», par Philippe Gaulin et al., pp.73-85.Cet écrit m’a paru devoir nous intéresser car des religieux se trouvaient dans l’échantillon des 780 personnes qui participèrent à la recherche.La désirabilité sociale est la « tendance d’un individu à s’attribuer les traits positifs et à dénier les images négatives associées au contenu des énoncés d’un questionnaire.» Le répondant à la désirabilité sociale ne réussit pas à se décrire réellement : il décrit une image de soi socialement désirable ou correcte, qui représente un modèle bien équilibré : bien-être, autonomie, absence de détresse psychologique.On répond pour impressionner favorablement, on ne peut s’imaginer en dehors d’une image valorisée de soi, on s’attribue systématiquement les images positives d’une évaluation.Recherche et résultats Nos chercheurs ont donc soumis un échantillon de 780 personnes, ayant de 60 à 85 ans, à deux questionnaires : Novembre-Décembre 2003 311 1.Un test d’actualisation du potentiel sur deux dimensions : a) Référence à soi (adaptation et autonomie); et b) Ouverture à l’expérience (ouverture à soi, ouverture aux autres et ouverture à la vie); 2.Une échelle de défense de soi ou échelle « critique de soi », qui permet de reconnaître les sujets « défensifs », portés à présenter une image favorable d’eux-mêmes ou socialement désirable.Sur les 780 personnes de l’échantillon, il s’en est trouvé 157 plus sensibles à la désirabilité sociale : les femmes, les plus âgés, ceux ayant un revenu plus faible, les célibataires ou personnes habitant seules, les veufs et veuves, les religieux et religieuses en hébergement ou en communauté.Les plus sensibles à la désirabilité sociale, dont les religieux, ont tendance à sous-évaluer leur détresse psychologique, leurs affects négatifs, le nombre d’événements de vie stressants et d’embêtements, à l’exception de ceux liés aux problèmes de santé physique.Même s’ils disent avoir moins de disponibilité de la part de leur réseau social, ils ne définissent pas ce réseau comme déficient ou insatisfaisant.Ils pratiquent moins d’activités physiques et plus d’activités spirituelles que les répondants moins sensibles à la désirabilité sociale.Et, du point de vue de la santé physique, comme on vient de le sous-entendre, ils ne se perçoivent pas différents des autres : ils consultent autant, sont autant médicamentés, vivent autant d’événements stressants liés à la santé.Quant à l’ouverture à soi : estime de soi, ressenti ou émotions, ils obtiennent des scores significativement moins élevés que ceux des moins sensibles à la désirabilité sociale.Par contre, ils offrent des scores significativement plus élevés pour l’ouverture à la vie, l’adaptation et l’ouverture aux autres.Discussion Les religieux et religieuses de 60-85 ans feraient partie du groupe des personnes sensibles à la désirabilité sociale.Qu’est-ce à dire?312 La Vie des communautés religieuses Outre ce qui a été écrit plus haut de ces personnes, ajoutons ou précisons que le sujet sensible à la désirabilité sociale a tendance à répondre constamment de façon positive à un test mesurant une qualité de la personne en croyant qu’il s’agit de la vérité, à s’attribuer systématiquement les images positives d’une évaluation en référence à une qualité de soi perçue comme socialement désirable.Ainsi, il répond affirmativement aux énoncés : « Je ne mens jamais.- Je ne me mets jamais en colère.- J’aime tout le monde que je connais.- etc.» Une personne sensible à la désirabilité sociale montrerait, selon nos chercheurs, un trait de personnalité associé à un ratage du processus d’identification : le « chez soi » lui est probablement inconfortable, voire contraignant.C’est pourquoi « le monde de l’autre » (autre imaginaire), qui doit avoir atteint le modèle tant recherché, est si attirant pour elle.La désirabilité sociale est l’expression d’une organisation de contrainte qui place l’autre dans une position de contrôle : le sujet doit répondre aux impératifs de cet autre.Alors, le répondant sensible à la désirabilité sociale projette une image qui tend vers la perfection.Il fuit une réalité insatisfaisante et se construit une autre image de soi socialement correcte.Pour maintenir cette fausse image supportable, il est essentiel de ne pas trop se questionner, d’éviter Vouverture à soi et de vivre loin de son univers intérieur.Et, pour conserver son équilibre en alimentant une autre image de soi, il est bien vu de présenter le modèle d’un personnage qui s'ouvre à la vie, personnage vivant ailleurs, c’est-à-dire tout près des autres et faisant confiance à la vie.Le groupe des répondants sensibles à la désirabilité sociale, donc des religieux et religieuses de 60-85 ans, tente de se détourner de Y ouverture à soi, de ses ressentis, sentiments et émotions, pour laisser apparaître sur la scène de son imaginaire un personnage qui crie haut et fort de surenchérir le contact avec la vie, vœu pieux pour attirer l’autre à soi, déni de ce qui appartient au soi et au vécu personnel, surenchérissement de ce qui appartient à l’expérience du monde extérieur.Novembre-Décembre 2003 313 Curieusement, ces répondants ne cherchent aucunement à cacher leurs déficits et incapacités physiques : ils en parlent sans retenue.Paradoxe intéressant.Lorsqu’il s’agit de se considérer psychologiquement, les répondants les plus sensibles à la désirabilité sociale sont unanimes à se décrire sous leur meilleur jour : population plus équilibrée, plus épanouie, moins embêtée.Par contre, lorsqu’il s’agit de présenter leur état de santé physique, ils n’ont plus rien à cacher et ne sont pas différents des autres.Pourquoi?C’est que, pour ces répondants, les problèmes de santé physique ne concernent aucunement la psychologie de l’image ou une qualité de la personne.La personne n’est pas responsable de ses déficits « naturels », génétiquement programmés.S’ils sont dépossédés de leur corps, ils sont toujours responsables des vues de leur esprit.En mal d’exister, expliquent les chercheurs de cette intéressante étude, ces répondants sont prêts à tout.S’il y a un avantage à tirer, une autre image positive à s’attribuer, ils se portent volontaires.Ce sont des collectionneurs de belles images de soi bien qu’ils ne jurent que par l’ouverture aux autres et à la vie.N’est-ce pas que cette recherche soulève des questions, incite à la réflexion, mérite un approfondissement et invite à un complément de discussion?Charles Gagnon, f.i.c., psychologue 2364, Place Dubose Jonquière QC G7S 1B5 314 La Vie des communautés religieuses RETRAITES 2004 Janvier Session 23-25 (Jeunes 18-30 ans seul ou en couple) Dans les cartes de ta vie se joue Diane Foley,o.s.u.une espérance (418) 688-2731 Jocelyne Mailloux,o.s.u.(418) 683-3640 Mai 03-10 “Il s’est rendu visible à nos yeux” Michel Mieux voir aujourd’hui et demain Villemure, ptre Mai 16-23 L’espérance : le souffle de Dieu sur nos vies essoufflées Jacques Gourde, ptre Mai 30-06 juin Vivre et annoncer l’Evangile dans un monde sécularisé Pierre-René Côté, ptre Juin 13-20 ‘Pour que nous restions libres ’ Gai.5,1 Richard Guimond, o.p.Juin 27-04 juil.Le Père - “Qui m’a vu a vu le Père” Jn 14,9 Jacques Gourde, ptre Juil.18-25 Août 16-23 Sept.14-21 “Va chez toi” Le 5,24 Luc, peintre de la tendresse du Christ Rita Gagné, o.s.u.André Gélinas, s.j.“Voici, je fais toutes choses nouvelles “ Ap.21.5 Jacques Bélanger, cap.Frais : 255 $ + inscriptions 15$ (non remboursable) Total : 270$ Services offerts: Nos activités et notre Centre sont ouverts à tous pour une démarche spirituelle de groupe ou individuelle.Périodes de relâche : 01 au 04 janvier; 04 au 12 avril; 27 août au 10 septembre; 19 au 31 décembre.Pour réservations : Entre 8 hOO et 21 hOO Frais de séjour: TéL: (418) 842-1421 37$/jour Téléc.: (418) 842-4111 76$/fin de semaine de goupe Les activités débutent le premier jour à 20 hOO et se terminent avec le dîner du dernier jour.CENTRE DE SPIRITUALITÉ DES URSULINES 20 rue des Ursulines, C.P.276 LORETTEVILLE QC G2B 3W7 Novembre-Décembre 2003 315 I Sessions psycho-spirituelles au Centre Christus - hiver 2004 25.Grandir en sérénité après la cinquantaine?- 3 rencontres Comment les éléments de pesanteur peuvent se métamorphoser en sérénité.Mardi 13 janvier, 9h30 à 15h45, mardi 10 et 24 fév.,13hl5 à 15h45 avec Marie-Anne Quenneville, o.s.u.spécialisée en psychologie et en sc.rel.Inscription : 10$ participation : 50$ 33.Communication et relations interpersonnelles - 2 jours Explorer nos façons de communiquer et nous exercer à faire mieux.Vendredi 6 et 13 février, 9h30 à 15h45 avec Hélène Filiatreault, pédagogue et psychothérapeute Inscription : 20$ participation : 50$ 34.Vivre au coeur de notre être - 4 jours Atelier inspiré de Simone Pacot pour nous permettre de choisir la Vie et ouvrir à Dieu les replis amers de notre existence.Samedi et dimanche 7-8 et 21-22 février, 9h30 à 15h45 avec Ghislaine Tlircotte, infirmière et psychothérapeute Inscription : 20$ participation : 80$ Programmes complets du Centre Christus disponibles sur demande.Centre Christus 6450, av.Christophe-Colomb Montréal Qc H2S 2G7 Tél.: (514) 276-9433 316 La Vie des communautés religieuses Ouvrage récent LAMOTHE, Marthe, Des horizons nouveaux, Montréal, Novalis, 2003, 296 p.Beaucoup d’hommes et de femmes de notre monde poursuivent une recherche de Dieu.Celui qu’ils ont connu ou qui leur a été présenté les a souvent déçus dans leurs attentes.Aujourd’hui, ils désirent se retrouver, sortir de situations qui ne leur apportent que rejet et mépris.S’ouvrir à l’amour et au bonheur.C’est alors que “Des horizons nouveaux” s’ouvrent devant eux.L’auteure présente, dans son volume, une démarche qui veut faciliter la rencontre d’un Dieu qui redonne vie.A partir de leur expérience, les personnes sont invitées à clarifier leurs désirs, à regarder le chemin parcouru à la lumière des récits bibliques, à repenser leur option de foi pour repartir par un autre chemin, le temps d’une rencontre avec Jésus-Christ.C’est alors que “Des horizons nouveaux” seront découverts et inviteront à un engagement.Des suggestions de prières, de poèmes, de chants religieux ou profanes; des suggestions d’articles de revue ou des extraits de volumes; des suggestions de lectures pour les recommençants, voilà ce dont disposent les accompagnateurs(trices) pour l’animation des rencontres.“Des horizons nouveaux”, une richesse précieuse pour notre monde d’aujourd’hui.Novembre-Décembre 2003 317 Tables de l’année 2003 1.Auteurs et articles BARBOSA de Souza, Carlos Frederico La coresponsabilité des laïcs dans la mission et dans le charisme des instituts religieux 130 BERGERON, Yvonne, c.n.d.Pour une vie religieuse citoyenne: quelques repères en complicité avec la Bonne nouvelle aujourd'hui no 4 225 259 BÉRIAULT, Yves, o.p.Evangélisation et internet 39 BIGAOUETTE, Francine, o.p.Devenir pain de la vie et vin du royaume 156 CANTIN, Henriette, s.a.s.v.Au fd des ans : la grâce 35 CADRIN, Daniel, o.p.- Questions sur le présent et l’avenir de la vie religieuse 72 - La vie consacrée comme vie eucharistique : le corps du Christ 169 - Un leadership pour les passages 106 DUCHARME, Alfred, s.j.La spiritualité contemporaine 283 DURAND, Agathe, m.i.c.Les nouveaux agents- agentes de la mission 17 FORTIN, Benoît, ofm.cap.Prendre le virage prophétique 02 GAGNON, Charles, f.i.c.Offrir une belle ou une vraie image de soi?311 GUITARD, Lise, f.m.a.Les Filles de Marie-Auxiliatrice s'engagent comme citoyennes actives selon l'esprit des Béatitudes 277 HAMEL, Nicole, o.c.d.Vivre l’Eucharistie de tout mon être 182 LAMONTAGNE, Doris, p.f.m.François de Laval et la vie religieuse:regard sur le passé 48 lumière pour aujourd’hui 80 LANEUVILLE, Louisette, s.a.s.v.Le congrès vocationnel, 18-21 avril 2002 150 MAGNAN, Reine, ss.cc.j.m.Comme personnes, comment guérir la création et la renouveler ?301 MALONE, Janet, c.n.d.Deux voyages : Revenir chez-soi et partir en pèlerinage no 4 207 MARIE-ANCILLA,o.p.L’affectivité spirituelle aujourd’hui dans la vie consacrée et dans la vie communautaire no 4 186 PAGEAU, René, c.s.v.La vie fraternelle sous le regard de Madeleine Delbrêl no 4 174 318 La Vie des communautés religieuses PETIT, Johanne, s.g.m.Les défis et questions de la vie religieuse aujourd’hui 75 THÉRIAULT, Monique, s.n.j.m.Leadership : qu ’est-ce à dire ?87 TURCOT, Gisèle, s.b.c.Lavie religieuse après la sortie du Titanic 6 2.Sujets Affectivité spirituelle/vie consacrée, vie communautaire : divers niveaux de l’affectivité : no 4 186-192; vivre l’affectivité aujourd’hui : no 4 192-198; affectivité sensible/affectivité spirituelle : no 4 199-204.Chapitre général des FMA : citoyennes actives selon l’esprit des Béatitudes : 277-282.Citoyenneté/relation avec la mondialisation : rappel de la situation au Québec : no 4 226-231 ; refonder la citoyenneté : no 4 231-236; redécouvrir la dimension : citoyenne de notre vie religieuse : 259-276.Création : quelle création : 303; femme et création : 301-302; nouvelle création : 304-306; guérir la création : 308-310.Eucharistie : présentation des dons au début de la liturgie : 158-163; sanctification des dons en vue de la communion : 163-168; vie religieuse et sens eucharistique : 172-175; nos communautés comme Corps du Christ : 175-179; rencontre privilégiée avec Jésus par l’Église : 184-188.François de Laval/vie religieuse: héritier d’une réforme : 50-54; influence de l’école bérullienne : 54-57; institutions féminines et masculines en Nouvelle-France : 58-61; orientations pour aujourd’hui : 82-86.Image de soi : recherche : 311; résultats : 312; discussions : 313-314.Internet : évangélisation : 39-42; présence : 42-45; internaute : 45-47.Leadership : une ère de changement incessant : 87-92; classification du terme “leader” : 92-97; besoin et caractéristiques du leadership prophétique : 98-104; leadership dans un contexte de transition : 109-114; modèles inspirants pour le leadership : 114-119; traits paradoxaux face aux défis actuels : 119-123; défis particuliers : 123-126.Novembre-Décembre 2003 319 Nouveaux agents-tes de la mission une expérience : 18-20; tendances actuelles et nouveaux agents de la mission : 20-30; appels et défis : 30-34.Spiritualité contemporaine : enracinements de la culture chrétienne : 283-288; grands changements de la fin du 20e siècle: 288-296; spiritualité contemporaine : 297-299 Vie religieuse : questions actuelles sur la vie religieuse : 66-70; défis de la vie religieuse aujourd’hui : 75-79; semences d’espérance à découvrir: revenir chez-soi : no 4 208-217; partir en pèlerinage : no 4 217-244.Vie religieuse et laïcat : nouveau chapitre de l’histoire de l’Église : 133-139; pistes pour réflexion : 139-145.Vie fraternelle : commentaire de quelques sentences d’Alcide, personnage imaginaire devenu prieur de son monastère et double de Madeleine Delbrêl : no 4 174-185.Virage prophétique : vérité et dimension prophétique : 03-04; enracinement dans le mouvement subversif de Dieu : 05-06; projet à contre-courant de Jésus-Christ : 07-08; vivre nos voeux comme des alternatives : 08-11 ; oeuvrer dans les mouvements prophétiques : 11-14; nouveau temps de la vie religieuse: 14-16.150e anniversaire de fondation des SASV : au fil des ans : la grâce : 35-38.320 La Vie des communautés religieuses Rédaction Direction Monique Thériault, s.n.j.m.Tél.: (514) 274-4721 Téléc.: (514) 274-2794 Courriel: monther@total.net Membres de la rédaction Lorraine Caza, c.n.d.Denis Gagnon, o.p.Raymond Leroux, f.s.g.Micheline Marcoux, m.i.c.Ghislaine Roquet, c.s.c.Monique Thériault, s.n.j.m.Secrétaires Pauline Michaud, s.a.s.v.Madeleine Paquin, s.a.s.v.Production et design Hughes Communications inc.Dépôt légal Bibliothèque nationale du Canada Bibliothèque nationale du Québec Numéro international des publications en séries ISSN 0700-7213 Membre de l'Association canadienne des périodiques catholiques.ABONNEMENTS La revue paraît cinq (5) fois par année Pour le Canada : vous adresser au Secrétariat surface: 25$ avion: 29$ soutien: 40$ Outre-mer surface: 35$ avion: 45$ Pour la France: vous adresser à 28 euros 35 euros Sr Hélène Grudé 8, boulevard des Déportés B.P.28 35404 Saint-Malo Cédex France Pour la Belgique: vous adresser à Les Éditions FIDÉLITÉ a/s M.Jean Hanotte Rue de Bruxelles 61 B 5000 Namur Belgique BULLETIN D’ABONNEMENT Nom:_____________________________________ Adresse:_________________________________ ______________________________Code postal No de téléphone:_________________________ N° TPS: 141050025 - N° TVQ: 1019014190 Poste publication enregistrement no 9280 convention no 40011751 Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Programme d’aide aux publications «PAP», pour nos dépenses d’envoi postal Vie consacrée, présence spirituelle éducative et caritative en Eglise La Vie des communautés religieuses Nicolet, Québec, Canada ¦
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