La vie des communautés religieuses /, 1 janvier 2004, Janvier-Février
La vie des communautés religieuses Vol.62 - no 1 - janvier - février 2004 Lumière dans la nuit, aurore qui pointe à Vhorizon La Vie des communautés religieuses est publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec Administration et secrétariat 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué., Canada J3T 1X9 Téléphone: (819) 293-8736 Télécopieur.: (819) 293-2419 Courriel : viecr@sogetel.net SOMMAIRE Vol.62 - no 1 - janvier-février 2004 Un congrès sur Marie ?Pourquoi ?Gilles Ouellet, eudiste 2 Entre imagination et doute : le leadership religieux dans la culture post-moderne Mary V.Maher SSND 15 Oser risquer des chemins d’espérance Sr Monique Thériault s.n.j.m.41 « L’Amour éternel » Les Carmélites de Trois-Rivières Pauline Vertefeuille, s.j.s.h.56 PRESENTATION Vol.62 - no 1 - janvier - février 2004 Monique Thériault s.n.j.m.À vous, lectrices et lecteurs de la Revue, L’année 2004 commence.Une nouvelle oeuvre dans l’histoire humaine.Une nouvelle création dans l’histoire des congrégations religieuses.De quoi cette année sera-t-elle tissée?Sans aucun doute des fils de chaîne de nos engagements profonds auxquels nous avons à ajouter les fils de trame de la vie quotidienne qui créeront l’harmonie du grand oeuvre.Nous nous souhaitons un produit fini tel que Dieu le souhaite pour nous toutes et tous.Durant cette année 2004, le comité de rédaction se propose de vous présenter des sujets qui rejoignent vos questionnements, vos réflexions, votre désir de vivre.Ainsi les sujets plus théologiques se mêleront aux témoignages de vie, les sujets anciens côtoieront les nouveaux, les questions de toujours confronteront les questions inédites.Nos auteurs apporteront leur contribution pour nous aider à réaliser ce grand projet.Ce numéro présente tout d’abord un écho à un congrès sur Marie.« Après un certain silence sur Marie, il semble que l’on retrouve la place de cette femme dans l’économie, c’est-à-dire dans le dessein de salut tel qu’il nous est révélé en Jésus-Christ.» Le volet oecuménique est particulièrement mis en relief.Puis la vie religieuse est mise sur la sellette par deux auteures: l’une du point de vue du leadership «entre l’imagination et le doute» et l’autre nous invite à «oser risquer des chemins d’espérance».Ces deux réflexions se complètent et appellent à un même engagement en vue de la refondation de la vie religieuse pour aujourd’hui, donc pour demain.Enfin un commentaire sur un reportage télé-visuel mettant en vedette des moniales montre l’importance d’une présence significative dans le monde des communications.Encore une fois, oser, « oser s’adjoindre les témoins qui n’attendent qu’un émetteur pour transmettre ce qui les fait vivre.» Bonne lecture! Janvier-Février 2004 1 UN CONGRÈS SUR MARIE ?POURQUOI ?Sur le campus de l’Université de Montréal, du 25 au 28 juin dernier, un grand nombre de communautés religieuses appartenant à ce qui est communément appelé ‘l’École française de spiritualité’ ont été invitées à participer à un congrès qui avait pour titre Marie aujourd’hui.Afin de répondre à la légitime question du «pourquoi» ce thème, nous tenterons de présenter en un premier temps le parcours suivi par le comité organisateur du Congrès; puis nous examinerons ce qui, dans les dernières années, nous permet de parler de l’actualité de l’École française; et enfin nous ferons le point sur le chemin parcouru par les congrégations appartenant à cette tradition au Canada et aux États-Unis.Le contexte L’histoire de l’implantation de l’Église française de la vallée du St-Laurent, laisse apparaître au fil de son développement, une spiritualité chrétienne et missionnaire à forte couleur mariale.La majorité des instituts et congrégations venus de France ou fondés ici portent, dans leur tradition, une référence particulière à Marie.La transmission de ce précieux héritage à nos amis et à nos associés est un souci légitime à cette étape de la vie de nos groupes religieux.Et ce, non seulement par souci de survie, mais surtout pour éviter que les frères et soeurs de notre Église ou des Églises-soeurs ne soient attirés ou repoussés par le ‘sentimentalisme’ ou le ‘sensationalisme’ ambiant.Un certain nombre de congrégations d’ici souhaitent prêter main forte à ce « chantier d’Église ».Gilles Ouellet, eudiste 2 La Vie des communautés religieuses L’après-concile fut, on le sait, une période difficile.Dans l’enthousiasme, on appliqua les décisions de Vatican II; mais, parfois aussi, dans la confusion.La recherche de la place à accorder à Marie dans l’Église catholique romaine n’échappa pas à ces turbulences.Il nous faut reconnaître qu’il n’était pas si facile de passer d’une dévotion mariale parfois excessive à un culte conforme à la place éminente que tient Marie dans le plan du salut, tel que l’avait rappelé le chapitre VIII de Lumen Gentium.D’où le déclin apparent du culte marial pour un temps.Après un certain silence sur Marie, il semble que l’on retrouve la place de cette femme dans l’économie, c’est-à-dire dans le dessein de salut tel qu’il nous est révélé en Jésus-Christ.On retrouve Marie, mais autrement.Se pose aujourd’hui une question essentielle : « spiritualité mariale » ou « spiritualité chrétienne »?« Ou, ne vaudrait-il pas mieux parler de l’aspect marial de la spiritualité chrétienne ?Toute spiritualité, quand elle est chrétienne, doit conduire au Christ.Mais il est par ailleurs impensable qu’une spiritualité chrétienne ne fasse pas mention de Marie ».' Les tendances contemporaines Avant de choisir un thème pour le congrès 2003, les membres de la ‘famille eudiste’, responsables de l’organisation de cet événement, ont pris en compte deux tendances significatives dans les mouvements d’Église depuis la tenue de nos précédents congrès.La première tendance : l’augmentation significative du nombre de laïques associés ou affiliés à chacune des sociétés ou congrégations inscrites aux congrès précédents.Dans chacun des groupes, de nombreux efforts sont accomplis pour accueillir les personnes intéressées aux projets apostoliques, pour leur offrir des parcours de formation à l’esprit de la communauté, pour les inviter à partager les fêtes communautaires et les diverses spiritualités.Voilà une nouvelle donne, un phénomène incontournable dans la plupart des congrégations.La deuxième tendance s’est manifestée au niveau des dialogues oecuméniques dans les Églises chrétiennes.La commission de dia- Janvier-Février 2004 3 logue luthéro-catholique des États-Unis a publié en 1992 un document intitulé The One Mediator, the Saints, and Mary.Lutherans and Catholics in Dialogue VIII.2 Et le groupe de dialogue français, entre catholiques et réformés, connu sous le nom de groupe des Dombes, parce qu’ils tiennent leurs réunions à l’abbaye de ce nom, en est également arrivé, en 1997, à un accord substantiel.Leur document porte comme titre : Marie dans le dessein de Dieu et la communion des saints?Les richesses d’une tradition A l’écoute des signes de notre temps, nous sommes aussi conscients de la richesse des courants spirituels qui ont traversé nos histoires.Quand on connaît l’importance accordée à Marie dans la tradition spirituelle de l’École française, il s’imposait que, vingt ans après le premier congrès, malgré ou à cause du silence de la culture sur le sujet, on porte un regard sur la Mère de Dieu.Les intervenants Pour nous aider à amorcer une réflexion un peu plus critique sur nos traditions respectives à partir des critères proposés dans le document du groupe oecuménique des Dombes, nous avons fait appel au Père Bernard Sesboüé, jésuite, membre de ce groupe.L’examen du dossier biblique a été confié à Jean-Pierre Prévost.Chacune des journées du congrès nous a permis d’entendre des conférenciers présentant la spiritualité de leur fondateur et provenant des grandes familles présentes au Canada : Rénald Hébert et Gilles Ouellet, de la famille eudiste, Georges Madore, de la famille montfortaine, Lorraine Caza et Marie-Thérèse Nadeau, de la famille sulpicienne.La dimension musicale liturgique n’a pas été négligée.Nous avons entendu Robert Lebel, en concert, chanter Marie.La prise de parole sur la pratique oecuménique a été faite par des femmes : Denise Couture, théologienne catholique, Elisabeth Bachem, pasteure de l’Église Unie et Holly Ratcliffe, pasteure de l’Église anglicane.Et la journée de clôture a été pensée spécialement pour pouvoir accueillir en plus grand nombre les personnes amies ou associées.Elle s’est terminée par une célébration à la Basilique Notre-Dame.L’animation de ces journées a été confiée à Pierrette Daviau, de la famille montfortaine.4 4 La Vie des communautés religieuses Les groupes visés Si l’on cherche à savoir qui sont les groupes qui peuvent être intéressés par cette réflexion sur Marie aujourd’hui, il suffit d’indiquer les noms de quelques-unes des congrégations qui se réclament de cette tradition.La communauté fondée par le cardinal de Bérulle s’appelle l’Oratoire de Jésus et se caractérise, dans ses débuts, par un voeu de servitude à Jésus et à Marie; Jean Eudes, de son côté, fonde la Congrégation de Jésus et Marie, connue plus commodément sous le nom d’Eudistes et promeut la dévotion liturgique aux coeurs de Jésus et de Marie; Olier est l’un des membres de la Société de Notre-Dame de Montréal, à l’origine de la fondation de Ville-Marie; qui mettra en doute pour Grignon de Montfort ce beau titre d’apôtre de Marie?Ici, en Nouvelle-France, les filles de Marguerite Bourgeois portent le nom de Congrégation de Notre-Dame.De plus, il suffit de parcourir le bottin de la Conférence Religieuse Canadienne pour se rendre compte que non seulement les communautés se rattachant à la tradition de l’École française portent des noms célébrant la Mère de Dieu comme patronne, mais aussi la grande majorité des communautés tant masculines (Ma-ristes, Oblats de Marie Immaculée, etc.) que féminines (Présentation de Marie, Notre-Dame de Charité du Bon-Pasteur, des Saints Noms de Jésus et Marie, des Saints Coeurs de Jésus et Marie,.) issues du dix-septième siècle ou des siècles subséquents.L’actualité de l’École française de spiritualité Qu’est-ce que l’École française de spiritualité ?Nous connaissons tous et toutes des représentants de cette école, sans toujours connaître celui qui en est l’inspirateur.Si je vous soumets les noms de quelques fondateurs de congrégations d’origine française, comme ceux de Olier et de Jean Eudes, ceux de laïques comme le baron de Renty et Jean de Bemières, les noms de quelques initiateurs de fondations canadiennes comme Marie de l’Incarnation et Monsieur de la Dauversière, voilà qui évoque des références familières.Mais sommes-nous en mesure de faire des rapprochements entre ces personnages de divers milieux, apparus en France tout au long du dix-septième siècle?Janvier-Février 2004 5 Quelques événements littéraires Au début du siècle dernier, Henri Bremond publie un ouvrage imposant qui a retenu l’attention : L’Histoire littéraire du sentiment religieux.Le troisième volume de cette oeuvre gigantesque, paru en 1921, s’intitule précisément L’Ecole française.5 Bremond semble pouvoir justifier ce titre par le fait que de Bérulle à Grignon de Montfort, toute une série de maîtres de vie intérieure forment, selon lui, un groupe parfaitement cohérent, exposant la même doctrine, celle élaborée par le cardinal Pierre de Bérulle.Voilà enfin un nom qui permet de relier les divers personnages déjà évoqués, même si l’expression ‘École française’ ne réussit pas à rallier, à cette époque, tous les groupes concernés.Monsieur Raymond Deville, supérieur général des Sulpiciens, dans le premier chapitre de son livre sur L’École française de spiritualité,6 s’interroge encore; est-il préférable de parler d’École française ou d’École bérullienne ?A l’issue du travail d’un groupe de recherche intercommunautaire accueilli par la Faculté de théologie de Lyon vient de paraître (1998), sous la plume de l’historien Yves Krumenacker, L’École française de spiritualité, Des mystiques, des fondateurs, des courants et leurs interprètes.'’ Le premier chapitre nous y fait l’histoire détaillée de l’expression «École française».Deux conclusions semblent se dégager : l’expression ‘école’ est impropre au sens où celui qui en est l’inspirateur n’a jamais voulu initier un courant dont on pourrait se réclamer, ses disciples demeurant très libres dans leurs évolutions personnelles.Deuxièmement, l’expression école ‘bérullienne’ aurait l’avantage de mieux identifier la personnalité autour de laquelle se cristallise ce mouvement spirituel; cependant l’on s’entend pour continuer à parler, par commodité, de l’École française.Un effet de Taggiornamento’ Dans la foulée du concile, les congrégations et instituts avaient été invités à un retour aux sources, à travailler sur leur identité.Aujourd’hui une multitude de groupes revendiquent leur appartenance à l’École française: Oratoriens, Sulpiciens, Eudistes, Lazaristes, Frères des Écoles chrétiennes, Montfortains, Spiritains, Oblats de Marie-Immaculée.Et, le plus étonnant, on retrouve aujourd’hui beaucoup de congrégations féminines du dix-septième et du dix- 6 La Vie des communautés religieuses neuvième siècles (Filles de la Sagesse, Filles de la Charité, Notre-Dame de Charité du Bon-Pasteur, etc.) qui se réclament de ce même courant.Le cas de l’intérêt des communautés religieuses féminines pour les propositions spirituelles de ces auteurs dont la plupart sont des fondateurs de congrégations cléricales, oblige à voir dans les textes autre chose qu’une spiritualité uniquement sacerdotale.Décisions audacieuses de chapitres généraux On peut encore noter, en France, dans la congrégation-mère de l’Oratoire, l’apparition d’une nouvelle forme de regroupement : la Communion oratorienne, ‘association de fidèles du Christ' fondée en 1985, qui regroupe des baptisés, de quelque statut qu’ils soient dans l’Église, en liaison étroite avec la congrégation de l’Oratoire.D’autres congrégations ont également créé des ouvertures à différentes formes d’appartenance au groupe communautaire.Tout cela vient nous interroger sur l’évolution du statut des membres associés, affiliés ou rattachés selon tout autre lien d’appartenance à un institut; eux aussi participent à la diffusion de nos traditions et se montrent des témoins convaincus de nos spiritualités respectives.Un intérêt des centres de formation Enfin, même les institutions universitaires se montrent de plus en plus sensibles aux besoins spirituels actuels : « Le P.Deville, sulpicien, a donné un cours en 1980 sur ‘l’École française’ à Paris, au Centre Sèvres, qui a été plusieurs fois répété.Depuis 1990, la faculté de théologie de Lyon offre des cours sur le même sujet.Des initiatives analogues ont été prises dans les facultés de théologie de Paris (Institut catholique) et de Strasbourg.Plusieurs sessions et congrès ont eu lieu depuis 1992 en France, au Canada et aux États-Unis ».8 L’accueil reçu de la part du doyen de la faculté de théologie de l’Université de Montréal quant à l’idée de parrainer notre congrès manifeste la même ouverture en terre québécoise.Janvier-Février 2004 7 Historique des congrès au Canada En 1985, les responsables provinciaux des communautés masculines et féminines de la famille eudiste canadienne, avaient entrepris la mise en commun de leurs ressources, devant le défi de former à la tradition spirituelle les quelques jeunes hommes et femmes choisissant de se joindre à eux.Les premiers efforts ont porté sur la réalisation de ‘week-end’ intercommunautaires.Puis l’idée a germé de pouvoir offrir à tous les membres de nos communautés un tel res-sourcement spirituel.Bien timidement d’abord, le conseil provincial des Soeurs des Saints Coeurs de Jésus et Marie (Joliette) et celui des Eudistes se sont entendus pour la réalisation d’un tel projet.Des supérieur-e-s majeurs de quelques autres communautés amies ayant entendu parler du projet se sont dit : « pourquoi ne pourrions-nous pas y aller?» Avec l’aide de la Conférence Religieuse Canadienne, nous avons lancé alors une invitation à toutes les communautés intéressées.L’ampleur de la réponse nous a surpris.Pour une première fois au Canada, vingt-quatre communautés de l’Ecole française se sont rassemblées sur le campus de Cap-Rouge en 1987.Notre défi : identifier à quel réseau, à quelle famille de la tradition Ecole française, chacune des communautés présentes se rattachait.Il s’agissait pour la plupart d’un moment de découverte, d’apprivoisement.Mais également l’occasion d’un constat étonnant : à partir des statistiques obtenues par la Conférence Religieuse Canadienne, ce regroupement de communautés formait près de la moitié des communautés francophones canadiennes, l’autre groupe majoritaire étant les communautés se rattachant à la spiritualité jésuite.Ce premier congrès tenu sur le campus de Cap-Rouge a vu naître le voeu d’une seconde rencontre, qui pourrait avoir lieu cinq ans plus tard et confiée cette fois aux premières communautés montréalaises, membres de la famille spirituelle de Jean-Jacques Olier : les Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph, la Congrégation de Notre-Dame, les Soeurs Grises de Montréal, les Prêtres de Saint-Sulpice.Dans le cadre des fêtes du 350e anniversaire de fondation de Montréal, le deuxième congrès tenu au Grand Séminaire de Montréal, nous a permis de rencontrer, le premier soir, dans les jardins, 8 La Vie des communautés religieuses quelques-uns de nos maîtres dans la foi, témoins de l’École française ici et intervenants majeurs au sein de la colonie naissante de Ville-Marie : Marguerite Bourgeois, Maisonneuve et Jeanne Mance, Marguerite d’Youville.Monsieur Raymond Deville, supérieur général des Sulpiciens et soeur Lorraine Caza de la Congrégation de Notre-Dame, nous ont aidés à approfondir la relation au Christ telle que présentée dans l’École française, ainsi que sa dimension apostolique et missionnaire.Cinq ans plus tard, la famille montfortaine nous convoquait sur le campus de l’Université de Trois-Rivières pour nous proposer, en préparation au jubilé de l’an 2000, et compte tenu des sensibilités actuelles portant sur les quêtes de sens, une réflexion sur le thème : « Une Sagesse pour aujourd’hui ».Parmi les principaux intervenants on y a entendu Jean-Pierre Prévost, bibliste et Bertrand Ouel-let, alors directeur du Centre d’information sur les nouvelles religions de Montréal.La logistique de notre organisation Le congrès de Cap-Rouge nous avait permis d’identifier parmi les congrégations canadiennes la présence de ‘trois grandes familles’ de cette tradition particulière : les familles eudiste, sulpicienne et montfortaine.En France, les Lazaristes et les Filles de la Charité forment la quatrième famille importante rattachée à cette tradition, mais très peu représentée au Canada.Vous avez pu le constater, à tour de rôle, chacune des familles a organisé un des rassemblements.Monsieur Jean-Bernard Allard, sulpicien, dans son mot de clôture du congrès de Montréal, souhaitait également que les prochains rassemblement puissent accueillir d’autres communautés liées à l’École française, de près ou de loin, favoriser une participation plus grande de laïques ‘associés’ à nos instituts et de membres de nos communautés chrétiennes.Après la rencontre de Trois-Rivières, il revenait donc à la famille eudiste de reprendre le flambeau.En reprenant les Actes des Janvier-Février 2004 9 congrès précédents, nous avons revu quelques-unes des suggestions faites dans les évaluations et nous avons repéré une attente exprimée à la fin des deux derniers congrès: approfondir la place de Marie dans l’École française.Si l’on se reporte au projet missionnaire conçu au moment de la découverte de la Nouvelle-France, il nous faut noter une inspiration mariale assez forte.Soeur Ghislaine Boucher en a fait la démonstration dans les publications de la collection Aux sources mariales de VÉglise canadienne.Je lui emprunte quelques lignes de sa conclusion du cahier qui a comme titre : Des femmes missionnaires dans le sillage de Marie: « S’il n’y a pas eu d’apparitions mariales au Canada, ne peut-on pas dire que Marie est ‘apparue’ dans notre histoire d’une façon plus éloquente par l’envoi de ces femmes missionnaires ?(.) Il semble indiqué de parler d’une mariologie fonctionnelle pour ces femmes.En effet, dans le songe de Marie de l’Incarnation, la figure mariale se fait rassurante au-dessus de ces ‘grandes vastitu-des’ qui semblent au premier abord aussi ‘pitoyables qu’effroyables’.Chez Marguerite Bourgeois, la ‘sainte voyagère de l’Évangile’, la figure mariale de Marie semble ouvrir dans l’espace immense de notre pays un chemin de Dieu comme à la Visitation.Marguerite (.) voyage à pied, dans les glaces de la rive, de Montréal à Québec pour instruire les filles du pays.(.) La mystérieuse Catherine voit pour sa part le visage marial conjurer pour elle les forces du mal installées depuis des siècles.(.) C’est sous le signe de Notre-Dame de la Providence que Marguerite d’Youville entreprend de soulager toute misère physique et morale.Première infirmière de l’Amérique du Nord, Jeanne Mance fonde avec Maisonneuve une cité mariale dans le Nouveau Monde.(.) 10 La Vie des communautés religieuses Marie inspire donc une spiritualité apostolique à ces femmes sur le chantier de la Nouvelle Église où elle ‘apparaît’ pour qui sait la voir à l’oeuvre».9 Est-il possible de mieux reconnaître que nous avons été pétris, façonnés par les personnes et les institutions qui nous ont portés et qui nous portent encore dans notre milieu ?Est-il possible aussi de ne pas nous interroger sur la continuité de la transmission de cet héritage, partie intégrante de notre culture québécoise ?Avec l’arrivée de groupes d’associés à l’intérieur de nos diverses communautés, nous sommes entrés dans un processus de transmission de nos charismes et de nos traditions spirituelles.Nous invitons des personnes de plus en plus nombreuses à participer à nos rassemblements communautaires, à nos fêtes liturgiques propres.Notre volonté et notre souci de faire partager les richesses qui nous ont fait vivre depuis nos origines sont des attitudes honorables.Jusqu’à aujourd’hui, ces richesses ont été portées dans le cadre de style de vie communautaire et religieuse.Nous sommes-nous déjà interrogés sur la pertinence de notre héritage pour les laïques qui ont à se confronter à la culture d’aujourd’hui ?Et nous devons être conscients qu’une part du travail consistant à clarifier la juste place de Marie dans la vie chrétienne revient en grande partie aux congrégations religieuses d’ici.Pour la majorité de nos pasteurs, isolés et débordés par leurs tâches pastorales actuelles, il ne s’agit pas là d’une tâche urgente et prioritaire.Puisque nous sommes les principaux artisans du renouveau dans ce domaine, nous devons nous préoccuper d’entrer dans ce chantier d’Église ouvert par les dialogues oecuméniques et nous laisser interpeller par les questions de nos frères et soeurs des autres confessions chrétiennes.Il apparaît urgent de vérifier si nous transmettons à nos héritiers de ‘saines traditions’ ou des ‘dévotions issues d’une autre époque ou d’un autre contexte’ et qui, malgré tout le poids de leur histoire, pourraient s’avérer non recevables pour nos frères et soeurs des autres Églises.Janvier-Février 2004 11 Une référence : le groupe des Dombes Composé de pasteurs et de théologiens catholiques et réformés de France, ce groupe de quarante personnes a travaillé la question de Marie pendant plus de cinq années à l’abbaye des Dombes.Ils ont tenté de faire une ‘lecture commune de l’histoire et de l’Écriture’ avant de « proposer des démarches concrètes de conversion aux chrétiens et aux Églises concernées ».Même si le sujet est relativement nouveau dans le débat oecuménique, « en raison d’un regain désordonné de piété mariale mal fondée, qui ne fait qu’exacerber au lieu d’apaiser les tensions qui demeurent à l’endroit de Marie entre nos Églises », il leur a semblé urgent de répondre à ce besoin qui surgit de l’écoute de notre temps.Dans la présentation de leur travail, les coprésidents du groupe de travail ont tenu à préciser : « Il est à rappeler avec force que Marie n’a jamais été une cause de séparation entre les Églises.(.) Sur un point délicat, qui met en jeu la sensibilité et la piété des uns et des autres, pouvait-on dire une parole commune et induire une conversion mutuelle?»10 La démarche habituelle de ce groupe de dialogue comporte la plupart du temps des propositions pour un cheminement de conversion de la part de chacune des Églises concernées.La fin du document propose donc à la partie catholique : une conversion d’attitude : No 294 Les théologiens catholiques ont eux aussi une grande responsabilité dans la manière de proposer le rôle de Marie dans la foi chrétienne.Ils serait très souhaitable qu’ils renoncent à toute ‘mariologie’, considérée comme un chapitre isolé de la théologie et centrée exclusivement sur la personne de Marie, pour retrouver une authentique ‘théologie mariale” intégrée au ‘mystère du Christ et de l’Église’; une conversion doctrinale, particulièrement dans la présentation des deux dogmes catholiques récents de l’immaculée Conception et de l’Assomption; 12 La Vie des communautés religieuses une conversion du culte marial : No 303 La difficulté de la conversion catholique vient de ce que l’authentique doctrine catholique aurait dû éviter les excès de la dévotion mariale.Après le Concile, dans une Exhortation apostolique remarquable," Paul VI avait tenté de réfléchir davantage à la place que tient Marie dans le culte public de l’Église et dans la dévotion privée des fidèles.Il y traçait déjà pour le peuple catholique un chemin de conversion et l’invitait à un meilleur discernement de la piété mariale.Dans son numéro 306, le groupe des Dombes s’y réfère explicitement.Nous reprenons à notre compte les quatre orientations données par Paul VI à la piété mariale : • une orientation biblique : la dévotion mariale doit être marquée par les thèmes fondamentaux du message chrétien; • une orientation liturgique : les exercices de piété doivent s’harmoniser avec la liturgie et non se confondre avec elle; • une orientation oecuménique : la dévotion envers la Mère de Dieu doit acquérir une ‘empreinte oecuménique’ (.) • une orientation anthropologique : Marie constitue un modèle non dans son mode de vie, aujourd’hui dépassé, mais dans sa foi courageuse et son amour actif.Et enfin une recommandation encore plus pratique, comme lieu de conversion, la prédication et la catéchèse.No 313 (.) Il faut aussi se libérer des abus de langage dans le discours théologique et pastoral et des excès dans le culte et la pratique populaire.(.) Il faudrait que certaines pratiques locales soient passées au crible d’une saine critique, pouvant même amener à leur abandon.Alors, pourquoi un congrès sur Marie ?La réponse semble un peu plus évidente maintenant.Nous pouvons faire exactement le même constat chez nous qu’en Europe.Devant les débordements d’une certaine piété mariale populaire mal Janvier-Février 2004 13 fondée, les communautés religieuses n’ont pas le choix de pratiquer ce devoir de vigilance et d’entrer dans ce processus de conversion auquel ont appelé le Concile, l’Exhortation apostolique Marialis cultus et en ce moment, les dialogues oecuméniques.Le congrès de Montréal s’est voulu une occasion de revisiter nos traditions respectives pour y reconnaître les richesses de notre héritage mais aussi pour les purifier des ‘irritants’ de langage ou de pratique qui auraient pour effet de tenir éloignés nos frères et soeurs chrétiens ayant développé d’autres sensibilités.Il s’agit là d’un beau ‘chantier d’Église’.Les théologiens et théologiennes de chacun de nos groupes, sensibilisés aux enjeux des rapprochements oecuméniques ont pu nous aider à développer un regard plus critique sur la place de Marie dans la vie chrétienne et à opérer une nécessaire traduction, dans la culture moderne, au profit des personnes intéressées à recueillir et à transmettre l’héritage spirituel de nos fondateurs et fondatrices.Gilles Ouellet, eudiste Champboisé C.P.113 Buckingham Qc J8L 2X1 * Ce texte sera publié dans les Actes du Congrès, Éditions Novalis au début de 2004.1.J.P.Michaud, Marie dans le discours théologique actuel, Prêtre et pasteur, avril 1988, p.210.2.H.Georges Anderson, J.Francis Stafford, Joseph A.Burgess (eds), Augsburg, Minneapolis, 1992.3.Bayard Éditions/Centurion, 1997 ou La Documentation Catholique, no 2175, août 1997 et no 2187, août 1998.4.Pour information, s’adresser à Congrès 2003-E.F.S., Casier postal 55016, CP Place Montmorency, Laval, Qc., H7N 6G5; Téléphone: (450) 669-8916; Courriel: congres2003.efs@laposte.net.5.T.III, La conquête mystique.L’École française, Paris, Bloud & Gay, 1921.6.R.Deville, L’École française de spiritualité, Collection Bibliothèque d’Histoire du christianisme, no 11, Desclée, 1987.7.Paris, Cerf, 1998.8.Krumenacker, p.42.9.Collectif, Des femmes missionnaires dans le sillage de Marie, Collection: Aux sources mariales de l’Église canadienne, Cahier no 4, p.78-79.10.La Documentation catholique, no 2165, p.722.11.Paul VI, Le culte de la Vierge Marie, Paulines, 1974.14 La Vie des communautés religieuses ENTRE IMAGINATION ET DOUTE : LE LEADERSHIP RELIGIEUX DANS LA CULTURE POST-MODERNE Mary V.Maher SSND Conférence donnée au LCWR aux États-Unis en août 2002.Traduction : Ghislaine Roquet, esc.J’ai dû tenter mille façons différentes de commencer cette causerie.On aurait pu penser qu’il serait facile de dire quelque chose de significatif et d’utile à propos du thème de l’Assemblée de cette année : Le leadership en tension dynamique.Quel leader aujourd’hui, après une très courte réflexion sur son expérience, ne pourrait pas nommer cinq ou six tensions difficiles et profondes expérimentées dans la vie religieuse aujourd’hui?Et quel leader n’est pas au courant d’une multitude d’écrits d’experts, éclairant à peu près chaque tension possible et imaginable?J’ai pris un long moment à comprendre pourquoi je n’aboutissais qu’avec la sensation de me noyer ou tout au moins d’être à la dérive sur une mer de complexités, d’idées et d’orientations conflictuelles.Dès le départ, j’étais convaincue de deux choses.D’abord, j’ai tout de suite su que ce travail serait très différent de ce que j’aurais écrit il y a un an à peine, avant que je ne sois moi-même élue à un poste de leadership.J’aime croire que j’aurais présenté une bonne réflexion sur “le leadership en tension dynamique”, mais je sais qu’elle aurait été différente.Ensuite, je savais que je voudrais mettre à profit ma formation de théologienne pour traiter ce sujet.Je savais que je voulais essayer de “théologiser” à propos du leadership en tension dynamique - de creuser dans les profondeurs, sous la surface des façons quoti- Janvier-Février 2004 15 diennes dont nous expérimentons les tensions dans le leadership et de découvrir, peut-être, une ou deux intuitions utiles que nous pourrions toutes rapporter chez nous.Un noble objectif.Mais à mesure que je creusais, j’étais presque submergée sous l’effort.Pourquoi?Cela dépendait entièrement de la façon dont j’envisageais la tâche.J’avais compris qu’un discours d’ouverture exigeait une vue d’ensemble de la culture contemporaine, situant la vie religieuse dans ce contexte, puis découvrant, grâce à cette analyse, un sens pour le leadership religieux aujourd’hui.Le piège, c’est que le contexte culturel contemporain est universellement décrit comme “incontrôlable”, “imprédictible”, “chaotique”, “pluraliste” et “relativisé”, au point d’être d’après quelques-uns “insignifiant”.Nous vivons notre vie religieuse et nous exerçons le leadership dans une période de profond bouleversement culturel, captifs de tensions dynamiques dont les racines rejoignent les profondeurs de ce qui nous est le plus précieux.J’ai hâte de voir comment notre poète, David Whyte, développera sa métaphore centrale, “Traverser la mer inconnue”1, quand il nous adressera la parole mardi, car cette expression est devenue pour moi l’image du lieu où nous sommes culturellement et ecclésiastiquement comme religieuses dans l’ère postmodeme.Nous traversons une mer inconnue.Cependant, je crois encore que ma tâche actuellement consiste toujours à découvrir quelque sens dans cette traversée, en d’autres mots, je crois toujours à la nécessité de réfléchir en profondeur sur le contexte culturel contemporain et d’y situer la vie religieuse dans le but de proposer quelques intuitions sur le leadership.Cependant, je vous demande de réaliser avec moi que nous ne pouvons nous payer le luxe de nous préparer pour ce voyage.Contrairement aux anciens navigateurs qui pouvaient prendre le temps de consulter leurs cartes, d’évaluer le vent et les courants marins, d’accumuler des réserves avant de partir, nous sommes déjà à mi-course, déjà en mer dans nos grands transatlantiques ou nos petits bateaux, selon le cas.Notre tâche consiste à tenter de déterminer une direction, quitte à apprendre, à chercher, à décider et à être ballottées en nous en allant.16 La Vie des communautés religieuses C’est pourquoi je me sentais comme engloutie ou en danger de me noyer lorsque j’ai tenté de mesurer les profondeurs de la mer imprévisible où nous voguons.Nous sommes toutes passablement éloignées là-bas, détachées de nos amarres habituelles, quoique nous n’ayons pas souvent le temps de réfléchir là-dessus.Notre expérience nous dit sûrement que nous en savons déjà assez pour négocier jour après jour les multiples tensions et défis que nous rencontrons en tâchant de garder notre bateau à flot.Nous réussissons sans doute assez bien à faire cela.Et nous y consacrons probablement pas mal de notre temps.Mais la question que nous devons aborder aujourd’hui, c’est : sommes-nous assez renseignées sur cette mer inconnue pour vraiment tracer notre route, fixer notre direction, surtout au milieu du brouhaha des opinions et des conseils contradictoires?On pourrait poser la même question autrement.Admettons que nous savons être plongées dans la culture occidentale postmodeme et en être sérieusement influencées, avons-nous encore l’imagination et la volonté pour contribuer à façonner cette culture au lieu de seulement y réagir?Voilà, d’après moi, la question à propos de l’avenir de la vie religieuse.Et cette question, pour moi, révèle la source de toutes les tensions dynamiques que connaît le leadership aujourd’hui : la tension entre l’imagination et le doute.Prenons le temps d’explorer cela ensemble, en procédant en trois étapes.D’abord j’aimerais partager quelques hypothèses que je formule à propos de la culture, de la vie religieuse et du leadership.Je ne veux pas revenir sur des idées traitées au cours des dernières années par plusieurs orateurs et écrivains.Mais je crois qu’il est important que vous sachiez, dès le point de départ, ce que je prends pour acquis.Ensuite, portons un regard critique sur la culture postmodeme où nous sommes plongées, en vue de discerner avec imagination comment nous pouvons et devons tenter de transformer et d’influencer cette culture au lieu de seulement lui céder ou réagir à son endroit.Ceci pourrait nous fournir quelques intuitions intéressantes en vue de tracer notre route ou de fixer notre direction pour la Janvier-Février 2004 17 refondation ou la transformation de la vie religieuse aujourd’hui.À tout le moins, cette analyse répandra de la lumière sur les sources profondes des tensions dynamiques qui sont l’objet de nos réflexions pendant ce congrès.Enfin, nous tirerons de cette analyse des conclusions possibles.POSTULATS Mes études et mes expériences m’ont conduite à plusieurs convictions qui sont à la base de ma conférence.Je ne puis prendre le temps de les “prouver” mais je me dois de les partager avec vous pour que vous sachiez quel est mon point de départ.D’abord, avec plusieurs autres, je suis convaincue que nous sommes au cœur d’un bouleversement radical dans la culture occidentale moderne, un changement dans les valeurs et les normes fondamentales et dans les perceptions de la réalité.Que l’on considère ces changements avec soupçon ou qu’on les saisisse comme porteurs de promesses et d’espoirs nouveaux, on ne peut nier que la rencontre désintégration-créativité que nous expérimentons mérite d’être considérée comme une nouvelle ère.Nous allons l’appeler postmodeme et tenter d’expliquer clairement ce que nous voulons dire par cela.J’apprécie l’honnêteté du Professeur Tyron qui définit le mot “postmodeme” comme un mot dont on se sert tellement et de façon si différente qu’il s’est vidé de tout sens .Il a écrit: “ Chaque fois que j’utilise le mot “postmodeme” dans un de mes cours, je me sens comme Warren G.Harding.” Les discours de Harding ont déjà été décrits comme “ une armée de phrases pompeuses traversant le paysage à la recherche d’une idée”.Je vous promets de faire de mon mieux pour ne pas m’engager dans une armée de phrases pompeuses.Cependant, je crois que le fait de comprendre notre expérience contemporaine en terme de postmodemité, c’est-à-dire en termes de notre relation d’amour-haine vis-à-vis le monde moderne, peut être très fécond.Cela peut nous aider à comprendre et à avoir prise sur des expé- 18 La Vie des communautés religieuses riences aussi diverses que le 11 septembre, la faillite des institutions comme nous l’avons constaté dernièrement dans le monde des affaires et dans l’Église, l’explosion du savoir dans la nouvelle science et la nouvelle cosmologie.Deuxièmement, je suis persuadée que beaucoup de congrégations religieuses en Amérique du Nord en sont à un stade précis dans le cycle de vie des organisations.Je crois que nous en sommes à ce point critique qui suit une période de déclin où nous devons choisir entre la refondation ou la mort.Plusieurs d’entre vous connaissez le travail de Robert Hoover, même si vous ne savez pas son nom, ce chercheur qui a développé une analyse sociale globale du changement.Hoover était un planificateur urbain de l’Université de Cincinnati dont les travaux ont fourni à Lawrence Cada2 et à ses collègues ce diagramme bien connu et souvent utilisé du cycle de vie des organisations.L’analyse sociologique qui a donné lieu à ce diagramme énonce simplement qu’il est dans la nature de groupes comme nos congrégations de croître et de changer, de résister au changement et, en conséquence, de décliner.En d’autres mots, il est dans la nature des organisations de grandir et de décliner.Tout cela est bien connu.On a dépensé beaucoup d’encre dans l’analyse de la vie religieuse selon cette métaphore.Parmi les congrégations religieuses et les fédérations représentées ici, certaines peuvent se trouver à des stades différents de ce mouvement de flux et de reflux.Sans doute, les groupes récemment fondés en sont-ils aujourd’hui au commencement et font-ils l’expérience d’une montée impressionnante, entrant par la puissance de leur mythe fondateur dans une période d’expansion.La plupart d’entre nous, cependant, savons bien que nous avons atteint un sommet de cohésion identitaire commune dans les années 1950 et début des années 1960.Depuis le Concile Vatican II, le renouveau et le déclin ont marché main dans la main.En fait, le renouveau et la décroissance ont constitué les deux facettes de notre expérience, luttant pour déterminer laquelle aurait le dernier mot.Et ce sont les deux facettes par lesquelles nous sommes identifiées dans le monde, tant par ceux qui nous connaissent bien que par ceux qui s’interrogent simplement à notre sujet.Janvier-Février 2004 19 Cette concordance entre renouveau et déclin qui a caractérisé notre expérience de la vie religieuse au cours des trente-cinq dernières années, est le résultat de nos réactions aux différents niveaux de doute et d’interrogation portant sur tous les aspects de notre vie, à partir des réalités superficielles du vêtement et de l’horaire quotidien jusqu’au cœur de notre foi en Dieu et dans l’Évangile de Jésus-Christ.Nous en sommes maintenant à cet ultime niveau où nous devons trouver le moyen de refonder notre vie sur la base de l’Évangile ou décider de laisser notre forme de vie disparaître.Ce que j’espère pouvoir mettre en lumière dans l’analyse qui suit, c’est que notre engagement dans la culture postmodeme, avec ses doutes profonds au sujet de la faisabilité de n’importe quel système de sens, nous amène à ce point critique dans le cycle de vie de nos organisations religieuses.Donc peu importe où nous pensons être ou bien où nous aimerions être situées sur la courbe de viabilité, je crois que le fait d’être en relation avec la postmodernité nous conduit forcément à un point critique concernant notre avenir.Je crois aussi que cela va nous fournir les signes et les indices dont nous avons besoin pour tracer la route vers la refondation.Nous découvrirons alors, je crois, que c'est la postmodernité qui a affaire à nous.Et qui sait maintenant ce que cela voudra dire pour l’avenir de la communauté humaine! Troisièmement, je pense que Sandra Schneiders, lors de sa causerie au LCWR en 1997, a défini correctement et bellement le rôle du leadership religieux dans l’ère postmodeme comme celui de faciliter “le processus d’auto renouvellement de la congrégation, grâce à l’attention donnée au cœur de son identité, à son cadre de sens.” Mais elle remarque aussi que cela se produit dans un contexte et un environnement “où l’impossibilité de prévoir et de contrôler est pandémique”.C’est pourquoi un quatrième postulat s’impose à nous.Nous ne pouvons absolument pas tout dire.Vous serez peut-être surprises d’apprendre que nous ne discuterons ni de la nouvelle science, ni de la cosmologie, au-delà d’une simple mention, quoique l’une et l’autre aient une si profonde influence sur notre expérience du monde moderne.Nous ne nous occuperons pas non plus des di- 20 La Vie des communautés religieuses mensions positives et négatives de la globalisation qui ont une importance critique dans le débat sur l’avenir de la communauté humaine et sa demeure planétaire.De même, la caractéristique de la postmodemité comme “l’âge de l’information” sera presque absente de notre analyse.Le fait est que nous avons toutes accès à de nombreuses sources d’informations sur ces sujets et à bien des experts qui en savent beaucoup plus que nous.Ce qui m’intéresse ici, c’est de rejoindre les profondeurs de certains aspects de la culture postmodeme qui affectent la vie religieuse de façon insidieuse.Qu’est-ce qui s’insinue en nous à notre insu et sape notre capacité d’avancer, en approfondissant nos doutes, en nous paralysant peut-être, ou même en menaçant notre espérance la plus fondamentale en l’avenir?Alors, allons de l’avant en portant ces postulats : notre contexte culturel est de plus en plus postmodeme, même si nous ne le saisissons que partiellement; plusieurs congrégations religieuses sont rendues au point de choisir entre refondation ou déclin et les leaders religieux sont, dans ce contexte de bouleversement culturel et à ce moment critique, chargés du soin de la communauté et de la tâche de faciliter sa démarche en avant vers la refondation ou le déclin.UN REGARD CRITIQUE SUR LA POSTMODERNITÉ Notre analyse comportera deux étapes.Quoique je ne veuille pas abuser de la métaphore du voyage en mer, je suggère de considérer la première étape comme un regard à la surface de l’immense esprit postmodeme sur lequel nous voguons.Nos questions seraient donc : Qu’est-ce que la postmodemité?Quel est l’esprit “moderne” par rapport auquel nous sommes “post”?Et qu’est-ce que cette analyse première nous apprend au sujet des tensions dynamiques dans lesquelles nous, religieuses de l’Église catholique d’Amérique du Nord, nous trouverions?La seconde étape sera comme un départ vers les eaux profondes.Nous allons tenter de sonder les profondeurs du contexte postmodeme en considérant trois “définitions” de la postmodemité.Ou Janvier-Février 2004 21 encore nous pouvons y référer comme à trois dimensions de la postmodemité ou à trois façons de vivre dans le monde postmo-deme.Nous allons parler du postmodemisme libérationniste, du postmodemisme culturel et du postmodemisme déconstructif.1 Nous espérons que ces réflexions nous prépareront pour la dernière partie de notre causerie où nous tenterons de suggérer des directions pour la vie religieuse, dans sa relation critique avec la culture postmodeme.Qu’est-ce que nous, religieuses, apportons au monde postmodeme?Considérant que le monde postmodeme nous influence, comment pouvons-nous l’influencer?Avec quoi, dans le monde postmodeme, sommes-nous en collusion?A quoi nous opposons-nous?Pouvons-nous montrer ce que signifie pour nous l’expression “contre-culturel” dans le contexte actuel?Voilà des questions pour un discernement, créateur d’orientations d’avenir.Première étape: un regard initial Ce qui frappe d’abord quand on essaie de traiter de la postmodemité, c’est sa nature dérivée.Comme l’indique le mot, nous parlons de quelque chose qui vient après, qui renverse peut-être, ou rejette, ou possiblement transcende la modernité.Le postmodeme n’a pas de contenu ou de définition en soi, mais c’est plutôt un post-scriptum à quelque chose d’autre Ce quelque chose, c’est la vision du monde moderne.Pour comprendre le postmodeme, il nous faut définir ce qu’est le moderne.Un mot devrait vous venir à l’esprit quand vous entendez le terme “moderne” pour décrire toute l’époque moderne.Ce mot c’est la RAISON.La conviction fondamentale de l’époque moderne est la primauté de la raison, une confiance dans le pouvoir, la pureté et la capacité de progresser de la raison humaine.Nous parlons ici de la confiance totale dans le fait que l’humanité, en se servant de sa raison, peut maîtriser, comprendre et manipuler le monde de son expérience.Cette confiance est devenue le principe de base, la conviction fondamentale par quoi le monde moderne s’est constitué.22 La Vie des communautés religieuses Quel don cela a été! Quelle lutte nous avons dû mener pendant des siècles pour nous libérer des modes suffocants de la pensée prémodeme avec ses superstitions et ses déductions abstraites à partir du monde idéal des essences, des déductions qui ont servi dans les temps prémodemes comme moyen d’imposer des structures monarchiques et hiérarchiques à la communauté humaine comme si elles étaient des reflets terrestres du royaume céleste.Si nous nous retrouvons aujourd’hui à lutter pour nous libérer de la tyrannie de la modernité, des effets destructeurs d’une confiance indéfectible dans notre pouvoir de “maîtriser” le monde, nous ne devons pas oublier quels gains impressionnants l’humanité a retirés de la recherche moderne de liberté individuelle de pensée et de l’exigence démocratique d’avoir son mot à dire dans la façon de créer, de structurer et de gouverner la société.Néanmoins, les effets destructeurs de la modernité sont visibles.Quand la raison fait son travail sur la réalité, elle s’établit en quelque sorte au-dessus et contre ce qu’elle veut connaître.Il en est résulté qu’un certain principe de séparation ou un dualisme fondamental agit dans la conscience occidentale, ce qui fait du monde occidental ce qu’il est.Et cette “objectification” de la réalité a eu des conséquences désastreuses sur l’histoire humaine.Car le dualisme (esprit-matière; âme-corps; homme-femme; ami-ennemi) comporte toujours implicitement, sinon explicitement, une hiérarchie.Si tout est toujours ceci ou cela, un élément aura tendance à dominer et l’autre devra être subordonné, car l’égalité n’est possible que si l’on peut transcender les distinctions entre l’un ou l’autre, les situant dans le contexte plus fondamental de l’unité ou de la totalité du réel.Nous découvrons que la conscience moderne est si totalement imbue de dualisme qu’elle colore la vision moderne de tous les niveaux de la réalité-Dieu, l’humanité et la création elle-même.Le seul point que je veux souligner ici, pourtant, c’est que, même d’un seul coup d’oeil superficiel sur là où nous en sommes aujourd’hui dans la conscience des effets destructeurs de la modernité, nous avons déjà une bonne idée des tensions dynamiques que nous éprouvons aujourd’hui dans la vie religieuse.Janvier-Février 2004 23 David Tracy, dans un article théologique, fait remarquer que la “tentative postmodeme pour libérer la théologie chrétienne de l’emprise actuelle étouffante de la modernité est un événement aussi difficile, aussi conflictuel et aussi pénible que la tentative antécédente (également nécessaire).pour libérer la théologie de l’emprise suffocante des modes prémodemes de pensée ”.Considérons cela un moment.Considérons la chronologie à l’œuvre ici.Les modes prémodemes de pensée, la vision prémo-deme du monde ont eu cours, comme perspective généralement partagée, à partir des origines du christianisme jusqu’au début du 17e siècle.La vision moderne du monde a commencé vers la seconde moitié du 17e siècle avec la montée de la science et de la méthode scientifique, avec le Siècle des Lumières et l’Age de la Raison, et elle a duré jusque vers la fin du 19e siècle.Depuis lors, c’est-à-dire depuis le début du 20e siècle, la critique postmodeme s’est développée.Le postmodemisme a gagné énormément de puissance au cours de la seconde moitié du 20e siècle sous forme de désillusion à l’égard de la modernité et ses promesses de progrès, en regard des guerres mondiales, de l’Holocauste et des atrocités massives infligées par les guerres atomique et conventionnelle.Réfléchissons un moment à ce déroulement temporel, avant que nous n’en considérions les détails.Que remarquez-vous?Chronologiquement, nous avons toutes vécu nos vies au début du monde postmodeme.Cependant, n’est-il pas vrai que, en termes de ce qui compte pour nous (notre vie de foi, notre prière, notre compréhension des vœux et du ministère, de l’Église et de la doctrine), la plupart d’entre nous qui sommes dans la vie religieuse aujourd’hui en Amérique du Nord, avons grandi dans ce qu’on pourrait décrire comme une vision du monde prémodeme?En fait, on pourrait dire que la forme de vie religieuse que la plupart d’entre nous avons connue est vraiment entrée dans le monde moderne seulement lorsque l’Église elle-même y est venue lors de Vatican IL Et évidemment nous réalisons maintenant que lorsque l’Église à ce moment a finalement adopté le monde moderne de façon critique, la modernité elle-même était déjà en bonne voie de s’effondrer.24 La Vie des communautés religieuses Déjà, sans même quitter la surface des choses, nous avons mis en lumière plusieurs sources des tensions dynamiques que nous éprouvons aujourd’hui dans la vie religieuse.D’abord, en termes de la manière dont nous vivons actuellement nos vies, nous religieuses de l’Eglise catholique, avons dû faire en 35 ans ce que le monde occidental a accompli dans les 350 dernières années.Nous avons dû passer d’une vision prémodeme à une vision moderne, puis postmodeme, couvrant les trois visions du monde dans chaque aspect de nos vies : habillement, ordre quotidien, ministères et vie communautaire, compréhension de l’idéal de sainteté et images de Dieu.Nous nous retrouvons passant toujours d’une vision du monde à l’autre, allant en avant et en arrière, en arrière et en avant, vivant dans les trois époques à la fois, en essayant de trouver notre voie.Deuxièmement, nous sommes aux prises avec le fait que trop souvent les structures ecclésiales et les pratiques pastorales sont encore à mener l’ancien combat entre les modes de pensée prémodeme et moderne.4 Combien longtemps pourrons-nous participer à des échanges qui nous semblent à toutes fins pratiques dépassés depuis longtemps?Cette question est au cœur de plusieurs des tensions que nous devons gérer.Et regardons en face cet autre fait : les membres de nos communautés vivent de diverses combinaisons de visions du monde : prémodeme, moderne et postmodeme, vivant de façon éclectique selon toutes à la fois.Vous savez déjà alors que nous partageons, dans nos communautés, la vie de sœurs qui ont des idées très différentes à propos de ce qui est important, de la façon dont le monde fonctionne, à propos du travail que nous devrions accomplir, de la manière dont nous devrions vivre, prier, décider de notre avenir.Tensions dynamiques en effet.Et tout cela à partir d’une vue superficielle.Et maintenant allons plus profondément.Deuxième étape : Avancer vers les profondeurs Arrivée à ce point de l’analyse, j’ai su pourquoi ma causerie serait très différente de ce que j’aurais écrit avant d’être élue au leadership.J’étais là (dans ma première année de leadership) à ten- Janvier-Février 2004 25 ter de me mettre à la tâche, de “tracer une route” pour la vie religieuse dans les mers inconnues de la postmodemité! Et j’arrivais à la fin de certains jours où j’avais “guidé le bateau de l’État” en me sentant comme Charlie Brown dans une des remarquables bandes dessinées de Peanuts créées par Charles Shultz.Lucy et Linus ont une discussion philosophique au sujet des points de vue sur la vie.“Certaines personnes, disent-ils à Charlie Brown, aiment à installer leur chaises longues à l’avant du bateau afin de voir où elles vont et de voir venir les nouvelles possibilités, les nouvelles aventures.D’autres préfèrent placer leurs chaises à l’arrière du bateau afin de voir où elles sont allées et en acquérir de la sagesse.Et toi, Charlie Brown?Où aimes- tu placer ta chaise?” “Je ne sais pas, dit-il.Je ne réussis jamais à ouvrir ma chaise.” En essayant d’écrire ce texte, j’étais comme vous toutes, tiraillée dans des milliers de directions différentes.Vous connaissez la liste des choses que nous faisons.C’est cette liste qui constitue la description de notre tâche actuelle, celle qui traduit en mots de la vraie vie les nobles termes de nos Constitutions sur le leadership.Je gage que, probablement, aucune d’entre nous ne s’est demandée pourquoi trois des causeries de ce congrès sont intitulées respectivement: “ Gérer les tensions ”, “ Prendre soin de soi comme leader ” et “Honorée par la tension”.Néanmoins, nous sommes appelées à faire davantage.Nous sommes appelées à nous préparer pour les eaux profondes avec nos lumières les meilleures, avec les quelques étoiles que nous avons pour nous guider, nous avons à tracer une route pour l’avenir de la vie religieuse.On trouve dans le Jules César de Shakespeare un merveilleux passage qui convient particulièrement bien ici.Il est une marée dans les choses humaines, Qui, prise à la montée, conduit à la fortune; Si on la néglige, tout le voyage de la vie Reste captif des bas-fonds et des malheurs.Nous voguons maintenant à marée haute; Et nous devons prendre le courant qui nous sert, Ou perdre tout ce que nous avons risqué.5 26 La Vie des communautés religieuses Mes amies, quoi que nous fassions, ne descendons pas vers les bas-fonds.Prenons le courant de la marée haute à ce moment-ci.Mais prenons-le avec un soin, une sobriété et une urgence qui conviennent à des femmes qui ont bien des choses en tête.Nous allons maintenant examiner trois courants principaux de la postmodemité et tracer une voie pour la vie religieuse par rapport à eux.Trois courants de la postmodernité 1.La postmodernité libérationniste.Le libérationnisme est la forme de postmodemité qui nous est la plus familière à nous, les femmes.C’est la manière de vivre dans le monde postmodeme avec laquelle nous sommes le plus “en accord”, pourrait-on dire.Elle réfère “à la libération des structures du pouvoir politique de la modernité, le passage du pouvoir politique et économique européen et nord-américain et à leurs paradigmes sociaux vers de nouveaux paradigmes et de nouveaux centres de pouvoir qui émergent sur d’autres continents comme dans ces deux continents.”6 Au cœur de cette vision des choses se trouve la conviction que la modernité s’effondre sous la seule masse de l’énorme souffrance qu’elle a causée.Tant en étendue qu’en profondeur, la souffrance résultant de la mise en œuvre de l’ordre du jour moderne est à peu près impensable.Elle serait impensable, si ce n’est que cette souffrance s’est produite et continue en quelque sorte à se produire en ce moment même, dans le monde entier.On pourrait être tenté de demander comment on peut blâmer la modernité pour l’étendue et la profondeur de la souffrance que nous avons vu s’abattre sur le monde au cours des quelques cent dernières années?N’en a-t-il pas toujours été ainsi?Peut-être.Mais une chose est indéniable, c’est que la modernité avait promis un monde si différent, elle avait tant promis.L’Âge de la Raison et des Lumières a abouti aux grands mouvements et révolutions démocratiques, brandissant la promesse de sociétés libres et égalitaires.L’Âge des Sciences avait promis d’alléger les fardeaux de la vie quotidienne et de produire une existence plus riche et plus humaine.Laites confiance à la science et le progrès s’ensuivra! Janvier-Février 2004 27 Le désespoir et la désillusion qui ont affligé l’humanité depuis cent ans viennent pour une grande part de l’échec de la modernité à réaliser ses promesses.Les grands mouvements démocratiques n’ont pas accordé la liberté et l’égalité à tous et toutes, mais seulement à quelques-uns, aux privilégiés, habituellement les mâles blancs des classes moyennes et supérieures.Au lieu d’une vie plus épanouie et plus humaine pour tous, la technologie nous a donné l’ère industrielle et la naissance du Tiers-monde.Comme le souligne si justement Jurgen Moltmann, professeur de théologie à l’université de Tubingen : “Le Tiers-monde est apparu lorsque le monde moderne a commencé.En effet, ce sont uniquement l’asservissement moderne des masses d’Africains et l’exploitation des ressources naturelles de l’Amérique latine qui ont fourni la main-d’œuvre et le capital pour le développement et l’avancement du monde occidental ou Premier-monde.”7 La production de la richesse et le “progrès” du Premier-monde sont advenus au prix de destructions effrayantes et des souffrances qui en résultent.Le monde moderne nous a donné beaucoup de choses merveilleuses, mais un accès égal à l’autodétermination et la possibilité d’une vie humaine épanouie ne sont pas de celles-là.Le mythe du progrès du monde moderne croule sous la prise de conscience que les idéaux de liberté et d’égalité pour tous sont loin d’être réalisés.Cette prise de conscience s’est produite grâce à la reconnaissance progressive, venant de plusieurs parties du globe et de plusieurs secteurs de la société, des réalités envahissantes et interreliées de l’oppression raciale, ethnique, sexuelle, politique, religieuse, culturelle et économique.Les enjeux de cette prise de conscience dans la postmodemité tournent autour de “l’autre” si souvent ignoré ou opprimé dans l’ordre du jour de la modernité.L’élément important consiste à saisir les interconnections entre ces différentes formes de souffrances.Elles renvoient toutes à l’incapacité de la modernité à traiter de ce qui est différent et autre, sauf par la violence ou la domination.Aujourd’hui, nous sommes conduits, par la simple étendue et extension de la souffrance dans notre monde, à voir le défi du pluralisme et la nécessité de nous occuper de la différence comme du problème le plus fondamental confrontant la communauté humaine.28 La Vie des communautés religieuses Un autre aspect de la postmodemité libérationniste nous est également familier : l’émergence de la prise de conscience cosmique née de l’effort pour joindre libération et écologie.Ceci comprend le rejet de la notion typiquement moderne que la nature est simplement le sol toujours fécond où les humains vivent leur existence comme des acteurs sur une scène.Les libérationnistes post-modernes sont plutôt convaincus que nous sommes essentiellement connectés à la nature et, qui plus est, que la nature connaît des limites, limites qui sont dangereusement tendues par la consommation acharnée des ressources naturelles, en particulier des combustibles fossiles, surtout par les consommateurs du Premier-monde.Ce qu’on retrouve dans la postmodemité, dans la plupart des cas par les cultures qui ont le plus souffert d’être ignorées, c’est 1’interrelation organique de tous les êtres vivants.Pour certains postmodemes, y compris quelques-unes de nos sœurs, cette “prise de conscience de la création” comme nous pouvons l’appeler, est devenue tout l’horizon de leur vie, la lentille à travers laquelle elles voient toutes choses, et qui leur fournit les seuls critères grâce auxquels elles croient pouvoir juger notre style de vie et nos orientations futures.2.La postmodernité culturelle.La postmodemité culturelle fait “référence à un bouleversement radical de la dimension socioculturelle dans la culture moderne”, un complet “réarrangement des valeurs et des normes qui caractérisaient la vision du monde moderne”.Le mot a d’abord été utilisé dans le monde artistique dans les années 1930, mais s’est depuis répandu dans plusieurs domaines pour caractériser un mouvement qui s’éloignait de la prétention moderne à une connaissance globale et à une interprétation objective de l’expérience.Les postmodemes ont d’abord exigé une déconstruction de toute perspective qui prétendait accorder une autorité absolue à un point de vue en particulier.Ils ont réclamé la reconnaissance d’un pluralisme radical des perspectives dans la culture occidentale, un pluralisme et une diversité qui ne pouvaient être réduits à un unique système objectif de vérité.La personne ordinaire, dans la culture postmodeme, est très habituée à être confrontée à la diversité.Nous existons dans une Janvier-Février 2004 29 sorte de mentalité ou d’esprit de pluralisme et de fragmentation.Toute prétention à la vérité universelle, applicable à tous et signifiante pour tous, nous est devenue suspecte, au plan intuitif.Nous soupçonnons que prétendre connaître “toute Y histoire”, le vrai sens de toutes choses, cache tout simplement de l’intérêt personnel et de la promotion personnelle chez ceux qui affirmeraient un tel système global.De même, “les postmodemes culturels sont portés à se méfier des institutions pour la même raison, à savoir que les institutions elles aussi sont, en fin de compte, au service de ceux et celles qui les dirigent”8.Il est difficile de s’opposer à une telle méfiance à la lumière des échecs publics de tant d’institutions au cours des dernières années : de l’éducation publique au système de santé, en affaires, chez les comptables ainsi qu’au gouvernement et, plus récemment, dans notre propre Église comme institution.L’effet cumulatif de tout cela, c’est une impression qu’il n’y a plus de fondations solides, que la vérité est relative, qu’on fait ce qu’on veut.Un cynisme galopant s’établit, cynisme qui peut, à la rigueur, conduire au nihilisme.Ceci accompagne un déclin désolant dans la qualité de l’éducation dans notre société, et par une aussi désolante réduction de la culture à des battages publicitaires et des slogans et des octets sonores, le tout destiné à promouvoir une consommation effrénée qui produit en retour “une avidité contagieuse”, selon Alan Greenspan.De trois façons importantes, le relativisme et la méfiance à l’égard des institutions, présents dans la postmodemité, sont très significatifs pour la vie religieuse.D’abord, nous sommes intrinsèquement reliées à des institutions au sens large.La nature sacramentelle du catholicisme signifie que nous cherchons toujours des façons d’incarner, de concrétiser notre médiation avec le divin.Ce qui est, comme nous le savons bien, aussi dangereux que merveilleux.Mon idée, c’est que nous faisons cela instinctivement.La crise des institutions est donc aussi notre crise.Nous ne pouvons pas nous en abstraire.Deuxièmement, nous participons à l’énorme augmentation de popularité à l’égard de la “spiritualité”, quoique, dans notre culture, la spiritualité soit assez individualisée.Je parle de cette sorte 30 La Vie des communautés religieuses de spiritualité qui est si populaire aujourd’hui parce qu’elle est particulièrement adaptable à la postmodemité.Elle permet aux personnes de s’engager à la fois dans une recherche spirituelle, tout en contestant leur engagement dans une religion institutionnelle précise.On va de l’avant dans sa propre quête spirituelle, sélectionnant et choisissant parmi la multitude des pratiques et des idées, et faisant ce qui convient selon le jour et l’humeur.La diversité des perspectives disponibles dans la culture post-moderne encourage les gens à explorer des traditions différentes, avec le résultat que, souvent, les pratiques et les notions spirituelles sont détachées de leur contexte culturel.Ainsi, selon un auteur, “On peut écouter du chant grégorien sans comprendre son rôle pour le moine, ou participer à une cérémonie dans une salle de sudation sans saisir sa place dans la culture des Sioux ou s’engager dans un processus de discernement ignatien sans connaître ses racines dans l’expérience d’Ignace ou sa place dans un style de vie fondé sur son enseignement.Quand les pratiques sont détachées de leur tradition, on peut les mêler sans égard aux traditions”.9 La seule chose qui compte, c’est ce qui “marche” pour la personne.Bientôt donc le chercheur spirituel “devient un consommateur plutôt qu’un disciple”.Cela n’est qu’un des effets du relativisme et de l’effondrement des institutions dans la postmodemité culturelle, mais il est très significatif pour des religieuses comme nous.Troisièmement, nous dans la vie religieuse célébrons la diversité, l’incorporons à nos objectifs dans nos institutions et chez nos membres.Du même coup, le pluralisme que nous célébrons et préconisons peut créer une situation de profonde fragmentation.Nos communautés sont-elles réellement diverses et multiculturelles ou sont-elles simplement composées d’individus et de groupes qui de plus en plus vivent côte à côte, parfois en conflit, le plus souvent dans une sorte de tolérance polie qui garde à bout de bras la véritable unité dans la communauté et l’authentique identité communautaire?Comprenez bien que j’emploie ici l’expression “multi- Janvier-Février 2004 31 culturel”, pas uniquement en termes d’ethnicité, mais aussi de façon plus vaste, en termes de perspectives idéologiques et théologiques en passant par toute la gamme du prémodeme au moderne jusqu’au postmodeme.Avec une bonne mesure d’affection, nous pouvons dire que nous sommes une équipe variée, allant dans toutes les directions, tout l’opposé d’homogène, vraiment.Mais aussi, avec une bonne mesure d’inquiétude, nous pouvons dire que la diversité théologique dans nos congrégations menace de paralyser notre mouvement commun vers la refondation.3.La postmodernité déconstructive.La postmodemité déconstructive intensifie et conduit à un niveau radical le relativisme du postmodemisme culturel.Elle réagit, en la critiquant, à l’importance exagérée du soi autonome promu par l’époque moderne.Comme seul siège de la raison, des droits et privilèges, l’individu des Lumières modernes, non seulement se dirige lui-même, il se maîtrise lui-même.En effet, la situation centrale du soi autonome “est devenue la principale caractéristique identifiant l’ère moderne”.La postmodemité déconconstructive vise à humilier l’orgueil (f hubris) du soi moderne en prenant sérieusement en considération le fait que nous sommes situés dans l’histoire, et que nous sommes nécessairement en relation.En d’autres mots, l’individu n’est pas un centre autonome de raison, existant au-dessus ou en dehors de l’histoire et de la culture.L’individu en postmodemité est plutôt décentré, constitué par des relations, relations à d’autres et au monde naturel et il ne peut être conçu comme soi sans ces relations.En d’autres mots, il n’est pas exact de croire que je suis un individu qui peut avoir ou ne pas avoir de relations.Au contraire, je suis mes relations, je suis constituée par elles et je n’existe d’aucune autre façon.Ce qui revient à dire que je suis constituée par mes traditions, ma culture, mon langage et je n’existerais pas autrement.Disons-le d’une autre façon.La postmodemité radicale affirme que nous ne rencontrons pas simplement un monde qui est “là dehors”.Nous constmisons des explications du monde à partir des perspectives que nous y apportons; en d’autres mots, ce n’est pas tellement que nous connaissons le monde mais plutôt que nous l’interprétons.Parce que nous ne pouvons pas mesurer la vérité de 32 La Vie des communautés religieuses nos explications par comparaison avec un absolu objectif et éternel, nos prétentions à la vérité sont tout au plus relatives et jamais absolues ou universelles.Parce que nous n’avons aucun point de repère déterminé, à part notre propre interprétation du monde basée sur notre expérience particulière, tout ce que nous pouvons faire, c’est de donner notre meilleure interprétation ou explication du monde tel que nous le percevons.En ce sens, les postmodemes désespèrent de découvrir une vision du monde unique et exacte.A la place, “ils sont satisfaits de parler tout simplement de plusieurs visions et, par extension, de plusieurs mondes.” Cela nous aide à comprendre le sens du soi-disant rejet de la métanarration.comme il est impossible d’aller au delà du langage vers la “réalité”, toute vision du monde qui prétend connaître “toute l’histoire”, posséder le sens de l’histoire, doit être rejetée comme oppressive et exclusive.Des implications profondes pour le christianisme - qui prêche que la résurrection est le sens (la signification) de l’histoire, cosmique et humaine - résultent assurément des façons dont le postmodemisme déconstructif renverse la notion de vérité universellement significative, une notion que partageaient, quoique de manières différentes, les mondes prémodeme et moderne.Si nous sommes intéressées à approfondir les façons dont l’esprit postmodeme frappe au cœur notre espérance et vide la vie religieuse de son sang, on n’a pas à aller plus loin que les doutes au sujet de la résurrection de Jésus-Christ.FIXER LE CAP DE LA VIE RELIGIEUSE POSTMODERNE Même si j’appelle cette section finale: “Fixer le cap de la vie religieuse postmodeme”, je reconnais l’orgueil (l’hubris) de ce titre.Je ne vois pas clairement le but, c’est-à-dire de quoi la refondation aura l’air, ni selon quelle nouvelle image la vie religieuse évoluera.Cependant, j’affirme avec insistance que nous avons tout ce qu’il faut pour fixer une direction dans ce sens.Permettez-moi de proposer une thèse et ensuite de la développer brièvement.Je prétends que : La vie religieuse postmoderne se définira par l’appel à offrir l’antique sagesse du Christianisme, Janvier-Février 2004 33 accompagnée d’une nouvelle justice, pour un monde marqué par le pluralisme radical et l’incapacité à traiter la différence10.Je crois que cette thèse nous oriente dans la bonne direction parce qu’elle nous aide à discerner quels aspects de la culture post-moderne nous devrions soutenir et lesquels nous devrions combattre par un témoignage authentiquement contreculturel.Développons cette idée et, ce faisant, tirons quelques conclusions concernant le leadership au cours de ce voyage sur des mers inconnues.On peut en tirer trois conclusions.D’abord, la thèse exprime clairement que le point de départ pour fixer notre cap est le même que dans toute l’histoire de la vie religieuse, à savoir, l’évangile de Jésus-Christ.Nous serons définies par notre appel à porter, dans le monde postmodeme, l’antique sagesse du christianisme, accompagnée d’une nouvelle justice.Je crois qu’il est d’une importance capitale pour la refondation de la vie religieuse en notre temps que nous nous libérions du rejet absolu de la métanarration par la postmodemité.Pour couper court à ce jargon, disons simplement : je crois que le sens le plus fondamental de la dimension contreculturelle de la vie religieuse est notre refus d’abandonner la foi et l’espérance en la résurrection de Jésus-Christ comme révélation du dessein gratuit de Dieu à l’égard de toute la création.Voilà “l’antique sagesse” que nous apportons au monde.Il m’est impossible d’imaginer que nous puissions vivre longtemps en doutant profondément de l’espérance sur laquelle se fonde cette affirmation.C’est le pivot de la vie religieuse.Pour moi c’est, dans le sens le plus profond, le point où nous pourrons refonder sur l’évangile, ou nous éteindre.Sans notre espérance dans le Dieu qui a ressuscité Jésus d’entre les morts, nous sommes des vagabonds à la dérive, incapables de rien ajouter à la recherche de sens de l’humanité, sauf ce que nous pouvons produire par nos faibles efforts contemporains pour intégrer notre expérience, isolée de la longue tradition des générations qui nous ont précédées.Je le concède, nous devons accepter la validité de la critique postmodeme de la métanarration dans le sens où elle met en évidence les façons dont l’évangile a été utilisé comme une massue 34 La Vie des communautés religieuses religieuse, politique ou culturelle.“Nous avons la vérité et c’est notre devoir de vous l’asséner, même si cela supprime votre altérité et votre différence.” Nous devons reconnaître que cela a parfois été notre conception de la mission dans le passé.Cependant, je trouve également troublant le fait que plusieurs de nos sœurs partagent l’approche postmodeme de “consommation” à l’égard de la spiritualité.Nous pouvons être facilement déracinées de nos traditions, en nous engageant dans les pratiques d’autres religions et traditions, en sélectionnant ce que nous aimons et ce qui nous convient.Ce relativisme minutieux qui affirme qu’un point de vue est aussi valable qu’un autre, peut nous conduire à une foule de confusions et nous dépouiller de toute sagesse à offrir au monde.Il n’est pas rare de rencontrer des sœurs qui ne voient aucune inconséquence à caresser la croyance en la réincarnation en même temps qu’elles célèbrent la foi de Pâques ou qui acceptent la croyance animiste dans la divinité de toutes les créatures sur terre et dans le cosmos, et ne trouvent aucune contradiction entre cette croyance et la révélation judéo-chrétienne d’un Créateur transcendant.Cette inclusion sans frontière s’oppose à l’effort désirable pour respecter la diversité des points de vue dans le monde postmodeme parce qu’elle implique que les points de vue sont interchangeables.Ce qui équivaut à affirmer qu’ils sont insignifiants.Plutôt que de créer un climat d’échanges entre croyances véritablement différentes, croyances en Dieu et dans le sens du monde humain et naturel, chaque personne vit comme si elle pouvait s’ouvrir à tous les points de vue à la fois.Nous devrions nous méfier de ceci, car un doute complet et radical n’est jamais loin du cœur de quelqu’un qui pense qu’elle peut croire en tout! Je pense que ce genre d’inintelligent accueil de tout et de tous les points de vue touche au cœur même des effets débilitants du relativisme et du pluralisme postmodeme sur la vie religieuse aujourd’hui.C’est insidieux parce que cela semble si inoffensif, vertueux même, cela nous affecte profondément sans que nous n’en prenions conscience.Ce que je concède, c’est que la foi chrétienne dans la résurrection, et son implication pour une espérance radicale, doit être Janvier-Février 2004 35 repensée dans le contexte postmodeme.En effet, nous ne pouvons adhérer à cette foi sauf comme à une espérance tout à fait radicale.La théologie et la spiritualité doivent développer cette foi et nourrir cette espérance, surtout en relation avec trois profonds défis du monde postmodeme : la profondeur et l’étendue de la souffrance dans le monde; la nouvelle science et la critique féministe du patriarcat.Et nous devons faire de notre mieux pour collaborer à ce développement ou du moins pour en suivre les progrès.C’est, je crois, le seul moyen pour nous de dépasser, d’une part, les polarités du fondamentalisme (qui consiste à simplement réaffirmer la foi chrétienne de manière de plus en plus véhémente sans se donner la peine de bâtir un pont vers ce à quoi le postmodemisme est sensible), et d’autre part une approche libérale inutile (qui cesse de faire quelque affirmation de la foi chrétienne que ce soit ).Ceci m’amène à suggérer une implication de ces constatations pour nous en tant que leaders.Il me semble que nous devons faire tout en notre pouvoir pour procurer à nos sœurs une formation continue en théologie, et dans la tradition chrétienne, cette sagesse toujours ancienne et toujours nouvelle qui est notre don pour le monde.Et nous devons concevoir ce développement, cette formation non comme un geste généreux, quelque chose que nous offrons par bonté ou par largesse quand c’est possible ou pas trop dispendieux, nous devons plutôt les considérer comme une composante essentielle de notre mouvement vers l’avenir.J’estime que cette responsabilité du leadership est si significative qu’elle est indispensable.Là où elle se réalise, de grandes choses se produiront pour la transformation de la vie religieuse.Je précise pourquoi je pense qu’il en est ainsi en développant le point suivant.Deuxièmement, la thèse, avec “son appel à offrir l’antique sagesse du christianisme avec une nouvelle justice”, atteint le cœur du rapport entre la vie religieuse et la culture postmodeme.S’il est vrai de dire, et je crois que c’est vrai, que le plus grand problème irritant qui confronte l’humanité aujourd’hui, c’est son incapacité à résoudre le défi du pluralisme, de ceux et celles qui sont “autres”, alors c’est là que la vie religieuse, sous toutes ses formes et avec la variété de ses charismes, doit se trouver.Dans la perspective d’une conscience postmodeme, nous voudrions peut-être voir le monde 36 La Vie des communautés religieuses comme une seule communauté interreliée, un seul écosystème de relations, où tout dépend de tout.Toutefois, nous ne pouvons échapper au fait que le monde aujourd’hui est fracturé par des différences raciales, par des conflits entre différents groupes ethniques et différentes nationalités, différents styles de vie, orientations et philosophies de la vie, différentes cultures et religions.L’incapacité à traiter avec la différence, sauf par l’hostilité et la violence, détruit les familles, les cultures, les sociétés, voire la planète elle-même.En conséquence, “le vrai visage de la postmodemité”, comme Emmanuel Levinas l’a saisi si clairement, “c’est le visage de l’autre, le visage qui commande “Ne me tue pas”, le visage qui insiste, au-delà de ce qu’affirme Levinas, à ne pas être réduit ni lui, ni personne d’autre à ta grandiose histoire.11 Nous devons donc agir, je crois, de connivence avec les post-modernes libérationnistes, avec tous ceux et celles qui cherchent à compléter l’ordre du jour moderne en rendant les idéaux de dignité humaine, de droits humains, de liberté et d’égalité, réalisables pour tout le monde, tout en évitant les aspects d’exclusion et d’oppression de l’esprit moderne.Et nous devons ajouter à cet ordre du jour l’attention à la terre, notre chez-nous planétaire, qui a été tellement violée au cours de l’ère moderne.Tout ceci pris globalement est ce que je désigne par le terme “nouvelle justice”.Les façons dont nous travaillons déjà à réaliser cet ordre du jour postmodeme sont très nombreuses et constituent, je crois, le signe le plus clair que nous avons, en effet, découvert une vision dynamisante pour la prochaine grande refondation de la vie religieuse.Ce sont précisément de nouvelles intuitions à propos du sens de l’Évangile, grâce au meilleur de la théologie contemporaine, qui, combinées à une lecture en profondeur des signes des temps, nous ont quelque peu éclairées au sujet de la direction future de la vie religieuse.Car nous ne nous entendons pas avec les postmo-demes libérationnistes pour travailler à la nouvelle justice seulement comme des libéraux des Lumières jouissant d’une vision renouvelée.Nous le faisons comme des chrétiennes et des chrétiens profondément engagés, comme des gens qui, des profondeurs d’une lecture renouvelée de la tradition chrétienne, sont motivés par l’espérance en la résurrection, l’espérance que rien, ni la vie ni Janvier-Février 2004 37 la mort, ni le présent ni l’avenir, ni aucun pouvoir ou énergie ou force cosmique, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui nous vient en Jésus-Christ .'2 S’il en est ainsi, alors, comme leaders, nous sommes mises au défi de rendre nos congrégations capables de modifier nos charismes, nos choix de ministères, notre vie de communauté, la direction fondamentale de tous nos efforts, au service de la nouvelle justice, au service de cet “autre” qui est aliéné .La seule question à considérer lors d’une prise de décision, d’une planification stratégique à long terme est alors celle-ci : “ De quoi le travail en faveur de la nouvelle justice a-t-il l’air dans cette circonstance particulière?Que votre charisme vous centre sur la prière ou l’éducation ou les soins de santé ou le travail social, quelles formes concrètes prendront les modifications pour la nouvelle justice?” Ce que je tente de dire ici, c’est que répondre à ces questions équivaut à déterminer le cap pour la vie religieuse postmodeme.Troisièmement et finalement, puis-je suggérer que tout ceci concerne les tensions dynamiques que nous expérimentons, jour après jour, comme leader religieux?D’une part, nous pouvons nous attendre à ce que des agents modificateurs “incontrôlables”, “chaotiques”,“relativisés” continuent de caractériser le monde postmodeme pluraliste dans lequel nous vivons.D’autre part, je crois que nous avons quelque indice de la forme que doit adopter notre leadership dans cette culture.Comme bien des gens aujourd’hui, les leaders religieux peuvent expérimenter des niveaux de doutes accablants.Où tout cela nous conduit-il?Cela en vaut-il la peine?Avons-nous les personnes indispensables pour porter la vie religieuse en avant?Est-ce que nous insufflons tout simplement de la vie dans des institutions ou des aventures ou des comités ou des projets qui devraient disparaître?Cette nouvelle idée est-elle authentique ou est-ce un autre faux départ, un feu de paille?Vous connaissez toute la litanie du doute.Si l’analyse précédente a du sens pour le leadership religieux, je crois que nous sommes appelées à surmonter le doute, non avec de la certitude, ni avec de la clarté, mais avec de l’imagination.Le leader qui trace sa route dans une mer inconnue n’a pas le luxe de 38 La Vie des communautés religieuses la certitude, ne connaît pas sa destination en toute clarté, il possède plutôt une imagination qui sent les courants du possible, qui poursuit son voyage à cause d’une intuition profonde, pas entièrement rationnelle, que c’est Dieu qui mène, Dieu qui crée l’avenir à partir d’une combinaison indéfinissable comprenant un très grand risque, notre profonde faiblesse et notre constante fidélité aux responsabilités quotidiennes.En finale, nous pouvons nous inspirer de Christophe Colomb, ce personnage dont les réalisations, je le sais, sont considérées avec une si profonde ambivalence selon nos sensibilités postmodemes.Cependant, quoi qu’on puisse dire de Colomb, il fut en fait “L’Amiral de la Mer Océane”13, un navigateur extraordinaire de la mer inconnue.Ce n’est pas une légende que, deux ou trois jours avant de toucher terre, il conjura une mutinerie.Il convainquit l’équipage de maintenir le cap pour un peu de temps encore.Il pouvait sentir qu’ils approchaient de la terre.Il pouvait en sentir l’odeur.Il le sentait.Épuisé, rongé de doute, il ne pouvait pas abandonner son intuition que le but du voyage était tout proche, même s’il ne pouvait pas le voir.Il ne pouvait que l’imaginer.Et cela lui suffisait.Cela suffit aussi pour nous, mes chères sœurs.Adelante! Au large Au large.Mary V.Maher, SSND 345 Belden Hill Road Wilton CT 06897-3898 USA Notes et références 1 WHYTE, David “ Crossing the Unknown Sea: Work as a Pilgrimage of Indentity”, New York Riverhead Books, 2001.2 CADA, Lawrence, “ Shaping the Coming Age of Religious Life, New York, The Seabury Press, 1979 Voir le chapitre trois, The Vitality Curve, pp.77-88 dans une note de fin de page qui accorde le crédit du développement de cette théorie interdisciplinaire du changement social.3 Ces catégories sont utilisées par Tyron Inbody comme une manière d’explorer le sens du “postmodernisme”.Voir “Postmodernism: Intellectual Velcro.” pp.527 et ss.Janvier-Février 2004 39 4 Par exemple, considérons la difficulté du passage à la conscience historique moderne, à l’étude critique des livres de la Bible et des traditions doctrinales de l’Église, ce qui exige de les explorer d’un point de vue accueillant des contextes historiques qui les ont produits.Nous sommes toujours à nous battre pour opérer ce passage, aux prises avec des interprétations littérales prémodemes et des tentatives de transformer certaines circonstances historiques en dogmes irréformables.5 Acte 14, scène 3.6 INBODY, Posmodemism : Intellectual Velcro, p.528.7 MOLTMANN, Jorgen, Theology and the Future of the Modem World, Session plénière, American Academy of Religious/Society of Biblical Littérature, Novembre 21, 1994.Pittsburg L Association of Theological, p.4.8 Voir VAN GELDER, Craig, Postmodernism as an Emerging Worldview.Calvin Theological Journal 26, 1991, p.412-413.9 LESCHER, Bruce, Catholicism and Postmodernity, p.250-251.10 La phrase bien trouvée : « portant la sagesse ancienne avec une nouvelle justice », apparaît à la dernière ligne du travail fructueux de Elizabeth Johnson, She Who Is : The Mystery of God in Feminist Theoloogial Discourse, New York, Crossroad, 1992, p.273.11 TRACY, David, Theology and the Many faces of Modernity, p.108.12 Voir Romains 8; 35-39.13 Voir la biographie de Colomb, gagnante du prix Pulitzer par Samuel Eliot Morison, Admiral of the Ocean Sea : A Life of Christopher Colombus, Boston : Little, Brown and Company, 1942.AVIS Les pages publicitaires pour la revue de mars-avril 2004 devront entrer le 9 février 2004 40 La Vie des communautés religieuses OSER RISQUER DES CHEMINS D’ESPÉRANCE Sr Monique Thériault s.n.j.m.NDLR.Cet exposé a été donné à un groupe de soeurs de 65 ans et moins, dans le contexte d’un Congrès des religieuses les plus jeunes de cette Congrégation.Ce thème comporte, il me semble, trois composantes très claires et également dynamisantes : le risque, les chemins et l’espérance.Tout un programme!!! J’aborderai ces trois éléments, de manière plus ou moins explicite, et cela en lien très étroit avec les réalités de la société, de l’Église et de la vie religieuse.Dans une première partie, j’essaierai de brosser, à vol d’oiseau, le contexte dans lequel nous sommes, dans une deuxième partie, je m’attarderai à évoquer les femmes de l’Évangile pour en arriver, dans une troisième partie, à pointer des chemins d’espérance.Je vous apporterai sans aucun doute plusieurs questions mais tout de même quelques pistes afin de poursuivre votre réflexion même et surtout après cette session.Je veux aussi apporter à mes propos une couleur féminine et féministe pour deux raisons évidentes.D’abord, c’est en tant que femme et religieuse que je suis avec vous et puis je crois, à la suite de l’auteur Juan Arias dans son livre «Un Dieu pour l’an 2000»1, que:«.le féminin jouera un rôle fondamental au cours du XXIe siècle, lequel d’ailleurs a déjà été appelé par quelqu’un le “siècle de la femme”.Le même auteur affirme aussi: « ., si le prochain siècle se profile comme le siècle de la femme, Dieu peut y avoir de plus grandes espérances ».Et enfin: « En définitive, ce que l’on Janvier-Février 2004 41 désire pour les années 2000, c’est un Dieu qui soit plus féminin, moins oppresseur, plus aimant de la nature, plus proche de l'humanité, moins juge et plus mère, moins souverain et plus ami des humains.» La première question qui se pose à nous est donc celle-ci : Quel Dieu est le nôtre : un Dieu fabriqué ou celui de Jésus-Christ qui nous permet d’espérer contre toute espérance?Est-ce bien le Dieu du troisième millénaire?Je crois que nos chemins d’espérance seront teintés par l’image même que nous avons de Dieu, c’est cette image de Dieu qui nous amènera à risquer ou non des chemins d’espérance pour aujourd’hui.PREMIÈRE PARTIE LE CONTEXTE DANS LEQUEL NOUS VIVONS 1.LE MONDE « Dieu a tant aimé le monde.» Est-ce seulement le monde des origines ou aussi celui dans lequel nous sommes?Quelle est la réalité de ce monde dans lequel nous évoluons?Depuis de nombreuses années maintenant, nous faisons face à des changements rapides et imprévisibles (parfois nous les subissons), il y a une instabilité généralisée dans le monde, nous avons conscience de grandes mutations, aussi bien au niveau local qu’international.Le domaine des connaissances semble repousser les limites que lui imposait jadis une vision plus compartimentée de la réalité.L’histoire, l’exégèse, l’archéologie, la psychologie, la futurologie, la sociologie peuvent cheminer la main dans la main pour s’éclairer l’une l’autre.De leur côté, la science et la technologie épatent tous les observateurs par leurs prouesses: l’aéronautique, l’informatique, la cybernétique, l’exploration du cosmos, la science spatiale.Très peu de barrières résistent au génie humain.En même temps, la personne d’aujourd’hui réorganise ses priorités et ses valeurs personnelles et collectives, recherche un nouvel ordre social, culturel, politique, économique et culturel, elle fait face à la globalisation de l’économie, à la disparition des bar- 42 La Vie des communautés religieuses rières entre nations, à la recherche de croyances religieuses sous toutes sortes de formes, le cerveau humain se métamorphose sous l’influence de la logique informatique.Qui peut mesurer l’impact de tous ces phénomènes sur la planète et surtout sur les humains qui l’habitent, et même sur l’image que les humains se font de Dieu.Nous avons toutes entendu un astronaute dire après être allé dans l’espace : « Dieu, je ne l’ai pas vu ».Ce que nous savons, c’est que le monde, tel qu’il est, est chemin d’espérance.Notre foi nous assure que Dieu y habite avant même que nous y soyons.D’où la nécessité d’avoir un regard positif sur ce monde, sur notre monde, nécessité également d’aimer notre monde tel qu’il est afin de le rendre tel que Dieu le veut.2.L’ÉGLISE Le groupe “Femmes et Ministères”, dans une récente publication et outil d’animation, parle de “La 25e heure pour l’Église”2.« Pourquoi ce titre?Parler de la 25e heure, c’est sonner l’alarme d’une situation d’urgence.Annoncer que nous sommes à la 25e heure, c’est rappeler l’impératif d’amorcer des changements fondamentaux dans l’Église.Celle-ci est à l’heure d’un tournant inéluctable si elle ne veut pas perdre toute signification.» (p.9) De son côté, Jean Rigal parle d’“Horizons nouveaux pour l’Eglise”3.« Ah! Si l’on pouvait rénover le visage humain de l’Église et faire qu’elle apparaisse mieux comme l’Église de l’Évangile! N’est-ce pas là le souhait de nombreux chrétiens?L’Église existe par l’Évangile et pour l’Évangile.Telle est sa raison d’être.L’Évangile n’est ‘réel’ que s’il prend un visage, en l’homme (sic) et au coeur de l’Histoire » (p.9).Il cite le cardinal Marty : « L’Église change parce qu’elle est fidèle.» Et encore: « Il faut choisir entre le vieux levain des habitudes et l’Évangile toujours neuf.» (p.16).En résumé, Jean Rigal nous invite à vivre une ecclésiologie de communion qui est « le concept central et fondamental dans les documents du Concile.» (Synode extraordinaire de 1985) Notre espérance est mise à l’épreuve par la situation de l'Église actuelle : désertion, indifférence, remise en question, scandales.Janvier-Février 2004 43 Nous laisserons-nous gagner par la morosité ambiante?ou nous rappellerons-nous que, dans l’histoire, la vie religieuse, quand elle a le mieux rempli son rôle prophétique : son rôle de mémoire pour l’Église, elle s’est retrouvée à la marge, à la frontière?Où nous situons-nous aujourd’hui : au centre du Peuple de Dieu ou à la marge avec les personnes exclues, les sans-voix?C’est à partir de ce lieu que nous pourrons créer du neuf, le neuf puisé à même l’Évangile.3.LA VIE RELIGIEUSE Qu’en est-il de la vie religieuse?L’histoire de la vie religieuse nous fait voir clairement qu’aux grands moments considérés comme de grands tournants de civilisation, un nouveau type de vie religieuse a vu le jour.En considérant l’historique de la vie religieuse depuis ses débuts, nous y voyons une constante à travers les âges : quand un nouveau type de vie religieuse apparaît, il est influencé par deux phénomènes.À l’interne, il y a une réaction des religieux et religieuses à une façon de vivre la vie religieuse qui n’est plus significative, parfois ni pour eux-mêmes ni pour les autres.A l’externe, une civilisation nouvelle se forme avec de nouvelles valeurs et mentalités, ce qui demande une nouvelle façon de vivre la consécration.Ainsi la vie monastique (5e-11e siècles) a fleuri après la vie érémitique (3e-4e siècles), puis les Ordres mendiants (12e-15e siècles) et les Ordres apostoliques (16e siècle) ont attiré de nombreuses personnes, enfin sont apparues au XIXe siècle, les Congrégations de vie apostolique active.Ces dernières étaient principalement vouées à l’éducation et aux soins de santé et fortement marquées par le droit canonique, ce qui correspondait aux cris des gens d’alors et aux exigences de l’Église.Or, actuellement, tous les signes nous indiquent la fin d’une ère et le début d’une nouvelle étape dans l’histoire de l'humanité.Nous le savons, la terre est devenue un immense village.De plus, nous savons toutes que Vatican II, en nous demandant de retourner aux sources, a sonné le glas d’un certain type de vie religieuse.Depuis ce temps, nous en cherchons un autre avec tous les tâtonnements qu’une recherche aussi importante suppose.La vie religieuse est en transit : c’est la mort à une certaine forme de vie religieuse et l’apparition de nouvelles formes.44 La Vie des communautés religieuses Par tous les biais de la réalité, on est en train d’entrer dans une ère qui demain n’aura plus rien de semblable à hier.Si nous regardons la pensée et l’action féministe, une repensée fondamentale de la théologie chrétienne, la montée de l’écologie comme une nouvelle manière de vivre, la civilisation différente du travail, il semble que c’est beaucoup de biais par lesquels il est clair que le monde devient différent.La vie religieuse ne peut pas rester ce qu’elle était.Et une mort suppose et appelle un deuil.La vie religieuse est un mode de vie qui se situe à la fois dans la continuité dans ce qu’elle a de spécifique, d’essentiel et dans la rupture dans ce qu’elle présente d’accessoire et de particulier à une époque donnée.Ces dernières années, nous avons assisté à une accélération de notre histoire comme religieux, religieuses : à une période d’adaptation, lancée par Vatican II a succédé une période de renouveau, puis nous sommes entrées dans une période de confusion quant à notre identité et notre mission, période dont nous ne sommes pas entièrement sorties.Actuellement nous sommes appelées à une transformation radicale qui, cette fois-ci, doit aller jusqu’aux racines de notre être et dépasser les changements purement cosmétiques : cela est, à mon avis, ce que la vie religieuse n’a pas encore réussi à faire.Nous avons eu beaucoup d’aptitude pour la continuité et peut-être un manque d’audace dans les ruptures qui sont des brèches par lesquelles peut s’engouffrer la créativité.Notre défi actuel est encore de continuer à discerner ce qui fait l’essence de notre vie religieuse et ce qui est de l’ordre des moyens pour arriver à une transformation vers une vie vécue de façon globale, holistique et interdépendante.Déjà nous avons ‘laissé aller’ beaucoup de bonnes choses, qui relevaient plus ou moins des habitudes d’une époque, nous en avons fait notre deuil, il en reste encore beaucoup à abandonner.Et encore plus pour nous, religieuses de vie intégralement apostolique féminine qui avons toujours essayé de vivre notre vie religieuse apostolique dans un cadre plutôt monastique, et il faut le dire, dans un cadre masculin.J’ai même entendu le P.Arbuckle dire que la vie religieuse apostolique féminine n’a jamais été réellement fondée.Janvier-Février 2004 45 Le XXIe siècle pourrait-il être celui de cette vie religieuse apostolique féminine, comme l’avaient conçue et imaginée certaines fondatrices exceptionnelles qui avaient eu cette intuition novatrice ?Mon espérance est dynamisée quand je vois l’évolution de la vie religieuse au Québec depuis le Concile Vatican II : vie de plus en plus orientée vers une spiritualité centrée sur le Christ, une vie basée sur l’expérience vécue plutôt que sur les lois, une vie apostolique où la justice sociale, la participation, la collaboration, l’in-clusivité, l’insertion dans le milieu, la conscience sociale, la solidarité avec les plus démuni-e-s trouvent une place de plus en plus significative.Pour moi, la vie religieuse apostolique de demain est tout entière dans ces germes de vie et d’espérance, en marche vers une intégration harmonieuse entre l’être et l’agir.Nous vivons, et nous avons vécu depuis au moins quarante ans pour les plus sages parmi nous, des années dynamiques en même temps que très difficiles comme le sont tous les temps de transition.Comme le mentionnait la Mère générale émérite des FMA, sur le site Vidimus Dominum, le 11 octobre 2002, : « Les vrais documents post-conciliaires ont (.) favorisé considérablement le progrès de la vie religieuse, qui peut continuer à être pour les gens d’aujourd’hui un point de repère dans les choix évangéliques les plus explicites pour tout le monde.» Vie religieuse: un point de repère dans les choix évangéliques pour nos contemporain-e-s, voilà une assise solide à mon espérance.DEUXIÈME PARTIE: LES FEMMES DE L’ÉVANGILE Pour donner une autre assise à notre espérance, je vous invite à contempler les femmes de l’Évangile.Nous sommes des femmes qui nous situons dans la lignée des “Femmes d’Évangile” et qui cherchons à devenir toujours davantage “Femmes d’Évangile”.Qu’est-ce que c’est “être femme d’Évangile”?Comment “être femme d’Évangile” aujourd’hui?46 La Vie des communautés religieuses Il faut dire d’abord que les femmes sont assez présentes dans la Bible, dans l’Évangile.De fait, dans l’histoire sainte du peuple élu, il y a eu des femmes de grande envergure dont l’action a constitué un tournant dans l’histoire du peuple de Dieu, il y a eu aussi des femmes effacées, des femmes saintes et des pécheresses, des femmes fidèles à l’appel de Dieu et d’autres qui ont été infidèles, comme aujourd’hui, quoi! En consultant un site Internet sur la Bible, je remarque que le mot “femmes” revient 241 fois dans l’Ancien Testament et 57 fois dans le Nouveau Testament, sans compter les femmes nommées par leur nom propre, pour faire ressortir leur action.Pour ce qui est de l’Évangile, il est assez intéressant de noter que c’est dans Luc (14) et dans les Actes des Apôtres (11) que le mot revient le plus souvent, suivi de 1 Tim.(7).Je ne suis pas ici pour faire l’exégèse de ces nombres, mais je trouve une certaine signification dans le fait que, par son Évangile ou par les Actes, dont on reconnaît qu’il en fut l’auteur, ce soit Luc qui mentionne le plus souvent les femmes comme corps social présent à la suite de Jésus.Même si le mot “femme” n’apparaît qu’une seule fois dans l’Évangile de Jean, il parle non pas de celles qui exercent des rôles ou réalisent des actions, mais il présente des rencontres de Jésus avec des femmes, il se situe au niveau symbolique de l’être, de la diaconie.En voici quelques exemples : • Avec Marie, c’est la diaconie (fonction) de la médiation; • avec la Samaritaine, c’est la diaconie de l’universalité (elle fait que Jésus sort de ses limites culturelles, des frontières de sa tradition); • avec Marthe et Marie, c’est une diaconie solidaire des femmes; • avec Marie de Béthanie, c’est la diaconie du regard amoureux, c’est une diaconie totale de la profusion de l’amour de compassion : les larmes et le parfum; • la diaconie de Marie au pied de la croix est celle de l’Incarnation de toute l’Église; • avec Marie-Madeleine, c’est la diaconie de la foi, de l’espérance suprême, non seulement de l’Amour fort comme la mort mais l’Amour plus fort que la mort.4 Janvier-Février 2004 47 a.Jésus a mis la femme debout Nous connaissons toutes la situation de la femme au temps de Jésus.De multiples façons, Jésus a mis la femme debout, que ce soit la femme courbée, la Samaritaine, Marie de Béthanie.Jésus a aussi loué les qualités des femmes : la persévérance de la femme cananéenne, la délicatesse de la femme atteinte de maladie depuis très longtemps, l’audace de la mère des fils de Zébédée, la prévenance de sa propre mère aux noces de Cana, etc.Oui, Jésus a mis la femme debout.Rappelons-nous l’épisode de la femme courbée qui peut nous inspirer, à la fois dans notre vie personnelle et dans notre ministère auprès des personnes méprisées de notre temps.Jésus met les femmes debout.Comment ne pas être inspirées et dynamisées par ce que Jésus a réalisé.Qui sont les femmes, et plus largement, les personnes courbées d’aujourd’hui?En connaissons-nous dans notre entourage : des femmes à qui on refuse la dignité d’être humain, des femmes qui sont plutôt des objets que des sujets, des femmes qu’on montre du doigt comme coupables de tout ce qui arrive, des femmes victimes de violence qui se courbent sous les coups physiques ou autres qui les atteignent, des femmes abandonnées par leurs conjoints parce qu’il y en a de plus jeunes et de plus belles, des jeunes femmes victimes de la publicité, des petites filles qui, au lieu « de jouer à la marelle » sont initiées à des jeux d’adultes, des femmes qui forment la majorité des personnes pauvres.Quand quelqu ’un contribue à mettre des femmes ou d’autres personnes debout, j’ai de l’espérance.Comment contribuerons-nous à mettre des femmes et/ou d’autres personnes debout?b.C’est Jésus qui donne aux femmes leur mission J’aimerais reprendre les paroles du R Jesus Castellano Cerven, ocd, qui, à l’occasion de la parution de l’Exhortation apostolique sur la dignité de la femme, écrivait dans un article pour l’UISG:5 « J’es- 48 La Vie des communautés religieuses saierai de faire résonner les textes de la liturgie byzantine et de la poésie liturgique sur laquelle elle se fonde, pour qu’en respirant « avec les deux poumons » de l’Orient et de l’Occident, le message évangélique apparaisse en toute sa splendeur, tel que l’Esprit Saint l’a fait comprendre et chanter à nos frères et soeurs de l’Orient byzantin.» Il continue en mentionnant que, dans l’Église d’Orient, trois noms sont donnés aux femmes: myrophores, évangélistes et isapôtres.Le nom de “myrophores” signifie littéralement “porteuses de myrrhe ou d’onguent parfumé”, ce sont les femmes de la Résurrection qui, avec beaucoup de tendresse, ont suivi Jésus jusqu’au tombeau, et parmi elles, Marie de Magdala.«Le nom d’“évangélistes ”, qui nous est familier pour désigner les quatre auteurs des évangiles canoniques, est employé au féminin par la liturgie byzantine pour désigner les femmes qui entendirent la première annonce de la résurrection et furent, à leur tour, les premières à l’annoncer aux Apôtres.(.) elles sont “porteuses de la bonne nouvelle”.« Le troisième nom théologique est celui de “isapôtres” ou, à la lettre, “égales aux apôtres”.Ce nom qui a quelque chose d’audacieux, exprime simplement que les femmes qui suivirent Jésus furent disciples comme les autres apôtres et furent aussi envoyées annoncer le Règne, elles furent également reconnues par les Apôtres dans leur ministère de prédication, comme les diaconesses dont nous parle saint Paul.» Parmi les femmes qui ont suivi Jésus, Marie de Magdala, “l’Apôtre des Apôtres”, a été à la fois myrophore, évangéliste et isapôtre.L’épisode de la rencontre entre Marie de Magdala et Jésus ressuscité rapporté en Jean 20, 11-18 peut être une inspiration pour nous, religieuses de vie apostolique, contemplatives dans l’action, avant tout femmes d’Évangile.Arrêtons-nous au titre de “femme évangéliste” pour nous inspirer dans notre propre vocation de femmes évangélistes comme religieuses apostoliques.Janvier-Février 2004 49 TROISIÈME PARTIE - DES CHEMINS.a.1er chemin: Vivre et annoncer la « nouveauté » de l’Evangile Peut-être nous sommes-nous habituées à l’Évangile et à son message?Jour après jour, nous lisons les textes et des commentaires, nous étudions et nous méditons la Parole, nous la partageons en groupes.Parfois, nous aurions besoin d’une nouvelle paire de lunettes ou des yeux tout neufs pour dégager la nouveauté présente dans l’Évangile.Quelle est cette nouveauté?Paul dans la lre Épître aux Thessaloniciens 5, nous dit, lui qui a les yeux d’un néophyte : « En effet, notre annonce de l’Évangile chez vous n’a pas été simple parole, mais puissance, action de l’Esprit Saint, certitude absolue.» Je crois qu’il y a dans l’Évangile avant tout un renversement de valeurs par rapport au monde dans lequel Jésus vivait, mais aussi un renversement de valeurs par rapport au monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.« On vous a dit.et moi je vous dis.» : combien de fois lisons-nous cette affirmation dans le Nouveau Testament.La nouveauté de l’Évangile ne serait-elle pas tout entière dans l’Incarnation, la Parole faite chair, Jésus parmi nous.QUESTIONS VITALES Dans notre monde, marqué avant tout par la technologie et la mondialisation, je constate que les questions vitales qui se posent à nous aujourd’hui sont les mêmes qu’autrefois.Il s’agit des cris du CORPS, DU COEUR ET DE L’ESPRIT.Se posent alors des questions de liberté, d’amour, de reconnaissance, d’espérance, de respect de la vie, d’harmonie, d’équilibre, de qualité de vie, d’accueil, de don, de fraternité, de foi vivante, de recherche, d’engagement, de paix et de justice.Il y a aussi des cris en vue de la libération, libération de l’embourgeoisement, de la possession, des peurs, des insécurités, de l’agressivité, de l’orgueil, de la superficialité, d’une vision matérialiste et individualiste, d’un manque d’humanité, de confiance et d’espérance, de ce qui s’oppose à la vie, à l’amour et à la liberté.50 La Vie des communautés religieuses L’Évangile est Parole toujours neuve pour notre vécu humain, il nous invite à procurer le PAIN pour la libération du CORPS, P AMOUR pour la libération du COEUR et le SENS DONNÉ À LA VIE pour la libération de l’ESPRIT pour contrer l’injustice, l’exclusion et le non-sens.En somme, nos chemins d’espérance gravitent autour de ces trois dimensions de l’être humain et sont interreliées.Les trois voeux que nous faisons ne pourraient-ils pas être vécus et repensés dans cette perspective?Notre espérance est mise à l’épreuve par ces questions vitales et cruciales pour la survie même de l’humanité : des cris se font entendre de partout à la fois.Quelles réponses adaptées y donner?Travailler à ce que chaque être humain ait du pain pour le corps, de l’amour pour le coeur et du sens donné à sa vie pour l’esprit : voilà des points d’ancrage à notre espérance.Ce sont ces questions du salut pour toutes et tous qui interpellent la vie religieuse aujourd’hui.Comment y répondre?Laisserons-nous notre génération crier en vain?b.2e chemin: Vivre et annoncer la «radicalité» de l’Évangile Comme religieuses apostoliques, nous sommes appelées à vivre “à la frontière, à la marge” et de manière radicale.Comme l’écrivait Jon Sobrino, théologien de l’Amérique latine : « La crise la plus profonde de la vie religieuse survient quand les religieux qui ont fait des voeux essaient de vivre un style de vie normal et font un travail normal.Si la vie religieuse implique, par ses structures mêmes, une certaine anomalie, alors, cette vie connaîtra une crise quand elle cherchera à devenir normale et quand elle ne sera plus vécue dans le désert et à la frontière.» Pour sa part, Diarmund O’Murchu parle de “liminalité”6 Qu’est-ce à dire?En 1908, le mot “liminalité” a été inventé pour exprimer la séparation périodique d’une personne de sa famille, comme dans les rites de passage.Dans les années récentes, le terme a été adop- Janvier-Février 2004 51 té pour expliquer les traits des petits groupes ou des petites communautés dans leur relation à la société ambiante et dans leur interaction avec elle.Activer le changement, spécialement à un niveau structurel, c’est une tâche liminale primordiale.La liminalité, ce n’est pas quelque chose que quelqu'un décide de créer.Plutôt, c’est le produit de l’imagination créatrice, qui essaie de répondre aux besoins pressants du monde contemporain, imagination nourrie par une nouvelle vision de l’avenir.La vie religieuse, dans ses expressions variées à travers les différentes religions et cultures, est l’une des formes les plus pénétrantes de liminalité.La civilisation humaine a besoin des valeurs de la vie consacrée, mais d’une manière qui interpelle et inspire dans le contexte de chaque nouvelle période de l’histoire.Quand les religieux n’arrivent pas à produire la contre-culture appropriée, la liminalité ne meurt pas, elle trouve son centre ailleurs.Ces dernières années, la fonction liminale de la vie religieuse a été renversée et elle réapparaît maintenant en des endroits étranges et inattendus.Cela va des communautés chrétiennes de base aux mouvements du Nouvel Âge, aux coopératives industrielles et d’agriculture, aux cultes, sectes, partis verts, féminisme, groupes écologiques et une foule d’autres.Où cela nous mène-t-il pour la vie religieuse?Dans une sorte de dilemme je suppose.L’image dominante de la vie religieuse, à la fois à l’Est et à l’Ouest, a perdu son attrait liminal et sa pertinence culturelle.Comment retrouverons-nous cet attrait et cette pertinence?Que disent les religieux-ses au monde d’aujourd’hui?Comprennent-ils ce monde avec ses attentes, ses aspirations et ses caractéristiques souvent dramatiques?Aiment-ils le monde?C’est seulement quand les religieux-ses abordent le monde en étant sensibles à ses besoins et à son évolution, avec une vision afin de répondre d’une façon des plus appropriée au présent, qu’ils peuvent espérer retrouver le caractère de liminalité qui fait partie de son essence.Le programme de cette conversion implique un changement drastique et profond.52 La Vie des communautés religieuses c.3e chemin: Vivre et annoncer l’Évangile comme « Bonne Nouvelle » Ou mieux, être soi-même Bonne Nouvelle pour l’humanité dont nous sommes partie prenante.C’est quand ça va mal que nous avons besoin de bonnes nouvelles : l’Évangile a une pertinence évidente pour ce qui va mal dans notre monde, notre Église et notre vie religieuse actuelles.Quelqu’un a déjà dit que nous devrions être audio-visuelles, dire la Parole et en être un exemplaire vivant.Les femmes évangélistes de l’Évangile ont annoncé la Bonne Nouvelle de la Résurrection de Jésus, la réalisation d’une promesse, cette promesse de Jésus d’être de retour, de se montrer de nouveau bien vivant et toujours présent : promesse qui se répercute jusqu’à nous aujourd’hui.Nous avons la promesse.Vivons-nous comme des femmes d’espérance et qui disent l’espérance?Voilà un défi pour notre temps : devenir nous-mêmes une parole par notre vie religieuse, non seulement une parole personnelle mais aussi une parole collective, une parole qui est langage, une parole qui est geste, une parole créatrice d’humanité et de spiritualité.Dans la Bible, quand Dieu parle, D crée.« Que la terre soit ! Et la terre fut ! » Au premier chapitre de Jean, « Et le Verbe,(la Parole) s’est fait chair ».Encore Paul dans la lre Épître aux Thessaloniciens 2, 7-8, nous dit : « Avec vous, nous avons été plein de douceur, comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons.Ayant pour vous une telle affection, nous voudrions vous donner non seulement l’Évangile de Dieu mais tout ce que nous sommes car vous nous êtes devenus très chers.» Sommes-nous appelés nous-mêmes à devenir, par notre “être” de ces paroles créatrices d’un monde nouveau et d’une terre nouvelle?Je le crois.Nos Fondateurs et nos Fondatrices, au-delà des mots qu’ils nous ont laissés, sont devenus “parole” pour les autres, ils continuent de nous parler, même à travers les siècles, ils nous permettent de nous forger un “être” spirituel et humain incarné.La vie religieuse a une parole à dire au monde, elle a à dire Jésus-Christ qui apporte une vie nouvelle, telle que le monde ne la connaît pas.La vie religieuse a sa façon d’être prophétique, elle a Janvier-Février 2004 53 à annoncer que l’Esprit est agissant dans l’Eglise et dans le monde et donner, dans son style de vie, des signes crédibles de sa présence.C’est en étant à l’écoute de Dieu qui parle à travers le monde que la vie religieuse apostolique féminine trouvera de nouveaux modes de présence à ce monde, de nouvelles manières d’être au monde.Nous sommes dans un monde en quête de vie spirituelle, dans un temps de mutations profondes et d’insécurité, de remises en question, de prises de conscience et de créativité, dans un monde des communications.C’est dans ‘ce monde’ que la vie religieuse apostolique féminine s’incarne.Il n’y a pas de route toute tracée d’avance, c’est en marchant que nous trouverons le chemin.Il n’y a pas de modèle tout fait, c’est en taillant dans le vif du vécu qu’il apparaîtra.Il n’y a pas d’orientation infaillible, c’est dans les essais et le risque que nous le trouverons.CONCLUSION J’aimerais conclure cette intervention en empruntant une réflexion à Helen Lombard, religieuse australienne : « Pour mettre le monde moderne en contact avec les énergies vivifiantes de l’Évangile, nous, femmes et religieuses, sommes douées et porteuses de possibilités : • la possibilité de ne pas seulement envisager une forme de vie différente mais d’organiser notre vie sous des formes nouvelles selon les voeux; • la possibilité de soutenir les personnes à vivre hors des systèmes dominants avec courage et imagination pour construire des contre-systèmes de la réalité; • la possibilité de fournir des lieux hors du système d’où évaluer, critiquer et peut-être même changer le système; • la possibilité de libérer une nouvelle imagination sociale, de vivre dans notre société en espérant, imaginant, créant et réalisant des scénarios alternatifs de comment ce serait si toutes les choses étaient ordonnées en Christ et si le Christ était tout en tous et toutes.»7 54 La Vie des communautés religieuses Comme Femmes d’Évangile, nous sommes d’une race qui ne s’éteindra pas, si nous savons vivre et annoncer: la nouveauté de l’Evangile, sa radicalité et sa Bonne Nouvelle et être Bonne Nouvelle.Nous avons vu le Christ ressuscité, tout comme les femmes myrophores et nous voulons être des femmes évangélistes pour le temps d’aujourd’hui et de demain.Nous sommes des femmes dont la foi en Christ ressuscité dont l’espérance en la promesse et l’amour en actes les tiennent debout.Nous sommes d’une race qui ne s’éteindra pas.Monique Thériault, s.n.j.m.6895, rue Boyer Montréal Qc H2S 2J6 Notes 1.Anas, Juan, Un Dieu pour l’an 2000, Contre la peur - pour le bonheur, Fides, 1999, 252 pages, p.27 à 37.2.Femmes et ministères, La 25e heure pour l’Église - Guide d’animation - Femmes et pouvoir - Femmes et violence - Femmes et pauvreté, 164 pages, 2002.3.Rigal, Jean, Horizons nouveaux pour l’Église.4.Dr Maria Teresa Porcile Santino, Femmes Témoins de la nouveauté de Vie donnée par l’Évangile in Bulletin de l’UISG, no spécial 92, 1993.5.P.Jesus Castellano Cervan, ocd, in Bulletin de l’UISG,no 102, 1996.6.Diarmund O’Murchu, msc, Religious Life : A Prophetic Vision, p.36 -Traduction : Monique Thériault, s.n.j.m.7.Helen Lombard, Comment mettre le monde moderne en contact avec les énergies vivifiantes de l’Évangile in Bulletin de l’UISG, no 86, 1991.Janvier-Février 2004 55 «UAMOUR ÉTERNEL » LES CARMÉLITES DE TROIS-RIVIÈRES Pauline Vertefeuille, s.j.s.h.NDLR - Cette intervention a été faite au colloque de l’OCS, le 21 février 2003.Le reportage a été présenté à rémission Culture-choc de RDI en décembre 2002.D’abord, je veux féliciter Geneviève Tremblay de nous avoir préparé un si beau reportage ! Son propos sonne juste par rapport à la réalité de la vie consacrée, non seulement dans le texte qui soutient l’image mais aussi dans l’échange avec Grégory Charles, à la fin de l’émission.« In cauda venenum ».« dans la queue, le venin », disait mon professeur Guy Marchesseault,1 de l’Université Saint-Paul, pour nous signifier que les journalistes se servaient souvent de la fin d’un article pour lancer une petite flèche aux interlocuteurs.Dans ce reportage, L’amour étemel, on pourrait davantage dire : « in cauda divinum.» « Dans la finale, le divin.» car Geneviève nous a livré un message porteur de divin.Juste à la fin de l’entrevue, elle y est allée d’un témoignage personnel: « Dans notre société, on oublie l’importance de la spiritualité, on peut courir après l’amour, l’argent, le succès mais il nous manque quelque chose.» Et Grégory d’ajouter : « Tu crois à ça ?» - Oui ! Oui ! de répondre Geneviève.Son non-verbal était tellement explicite qu’on ne peut pas douter de la sincérité de sa réponse qui devient, en fait, une conviction! Conviction qu’elle a marquée au coin de l'objectivité journalis- 56 La Vie des communautés religieuses tique car elle se défend bien de prétendre être une recrue potentielle, pour le Monastère.1er atout : Le partenariat.Le reportage L’amour étemel, voilà, me semble-t-il, un bel exemple qui met en valeur un des atouts indispensables à notre mission de répandre la bonne nouvelle : le partenariat.Le thème de notre colloque pose la question : « Notre Église sur la place publique, problème d’image ou d’imagination?Quels sont nos atouts?» Oui, comme Église, je crois que nous avons un problème d’image et des personnes plus compétentes que moi pourront en faire l’analyse.Quant à l’imagination, nous en avons à revendre mais souvent, nous n’avons ni le temps ni les budgets nécessaires pour mettre à exécution toutes nos belles inspirations.Alors, il faut faire avec ce qu’on a ! Nous savons que nous devons compter sur la collaboration des médias de nos milieux pour passer la rampe et transmettre nos valeurs.Particulièrement en régions, nous avons des chances de coopération extraordinaires auxquelles il faut correspondre avec enthousiasme.Je dirais, avec la fierté de ce que nous sommes et la beauté du message que nous voulons transmettre, comme chrétiens ! Oserais-je avancer que nous sommes parfois frileux de témoigner de ce qui nous habite.Ces moniales carmélites ont relevé tout un défi en ouvrant la porte de leur vie privée à cette « étrangère ».Ça a été un risque calculé, comme le précise Geneviève, mais un risque quand même.Elles ont osé! Et voyez quels en sont les résultats.Nous avons pu découvrir : • Des femmes inutiles.et indispensables, à la fois ! • Des femmes invisibles et tellement fécondes ! - comme le levain dans la pâte humaine.• Des contemplatives, solitaires.mais ô combien solidaires ! Chez nous, à Saint-Hyacinthe, nous avons vécu une situation de partenariat, semblable à celle des Carmélites, dans le sens que les médias sont venus au-devant de nous pour nous demander d’être leurs partenaires.Janvier-Février 2004 57 Figurez-vous qu’à pareille date, l’année dernière, une journaliste de notre hebdo local, Le Courrier de Saint-Hyacinthe, Denyse Bégin, demande à son rédacteur en chef, Monsieur Jean Vigneault, de faire un reportage sur chacune des cinq Congrégations religieuses de la ville, parce que, dit-elle, « je voudrais montrer que ces femmes apportent quelque chose à notre société.» Ces reportages se sont échelonnés tout au long de l’année, du 15 avril 2002 au 12 février 2003.2 Oui, à Saint-Hyacinthe, nous avons une bonne collaboration : • Nous avons une bonne place dans la grille horaire de Cogéco Câble (télévision) 1.la messe et la récitation du chapelet, tous les jours, en direct de la cathédrale; 2.une émission hebdomadaire, genre magazine, intitulée Signes d’évangile, sans compter les émissions réseaux Parole et vie et Une Église en amour; 3.et la diffusion des grands événements religieux locaux : • la célébration pour la paix du dimanche 23 février 2003; • la Marche du Vendredi Saint, chaque année; • l’ordination de Mgr Lapierre; • la venue des reliques de sainte Thérèse, et j’en passe.• Une autre forme de partenariat que nous voulons instaurer, en ce 150e anniversaire de fondation de notre diocèse : remettre un prix à un média du diocèse qui s’est distingué dans la promotion des valeurs chrétiennes.Le Prix Monseigneur-Prince sera remis le 1er avril 2003.Comme institution, il faut miser sur un partenariat aller-retour, en ce sens que souvent c’est nous qui avons besoin des médias et d’autres fois, ce sont les médias qui ont besoin de nous.Je sais que, dans les grands centres, comme Montréal, Québec, Ottawa, ce n’est pas aussi facile.Et les médias d’envergure, tant écrits qu’électroniques, aiment bien se mettre sous la dent quelque événement croustillant pour vendre leur produit.58 La Vie des communautés religieuses Pouvons-nous alors nous orienter vers les journaux de quartier de ces grandes villes, qui sont là pour servir le milieu et qui, parfois, attendent des nouvelles de l’entourage, pour remplir leurs colonnes ?Pourquoi viser haut et loin, quand on peut faire simple et proche ?Peut-être que ces médias à petite échelle peuvent devenir une rampe de lancement pour un projet de plus grande envergure.Je serais curieuse de savoir quel événement déclencheur a bien pu inciter Geneviève à s’intéresser aux discrètes Carmélites de Trois-Rivières ?2e atout : L’audace Un deuxième atout pour nos chances d’avoir une place dans les médias, c’est l’audace.« Ces femmes retranchées derrière leurs barreaux », comme le mentionne Grégory Charles, n’ont rien en commun avec notre société de consommation, centrée sur l’immé-diateté et l’attitude extrême (en publicité, on parle de sport extrême, de “shows” d’une intensité extrême, il y a même du désodorisant extrême.).Ces femmes vieillissantes ne font RIEN, sinon du ménage et des hosties.Leur activité principale est de se tenir devant Dieu et d’attendre qu’il leur parle.La belle affaire ! Et pourtant, elles ont eu l’audace de se montrer telles quelles, dans leur fragilité humaine et leur joie toute simple.Et cela a eu pour effet de conquérir le cœur de Geneviève : Écoutons-la.• « Leur humanité, leur pureté, leur beauté allaient me bouleverser.» • « Cette expérience m’a plongée dans un grand moment de paix ! » • « Comment rester indifférente devant ces femmes qui m’ont confirmée qu ’on n ’a pas besoin de chercher loin pour accéder au vrai bonheur.et ce, peu importe où on se trouve ! » • « Ça ne peut pas faire autrement que de nous amener vers l’essentiel, parce qu’elles ont accès à un bonheur qui est non conditionnel aux événements extérieurs.» • « J’ai vécu ces cinq jours, connectée sur l’essentiel.» Geneviève a eu de l’audace et les Carmélites aussi, de l’audace et de l’authenticité.L’authenticité ! Voilà qui est parlant pour nos contemporains ! Janvier-Février 2004 59 3e atout: La confiance Autrefois, dans notre société québécoise, il y avait trois lieux de médiation pour la transmission de la foi : la famille, l'école et l’Église.Et dans ces trois lieux, on transmettait à peu près le même message.Tout porte à croire que ce n’est plus le cas.C’est pourquoi, nous cherchons à ouvrir une vitrine sur l’évangile, autrement que sur le perron de l’église.Et notre moyen privilégié, à nous, communicatrices et communicateurs chrétiens, ce sont, bien sûr, les médias.Une fois que nous avons fait notre travail, une fois que le message est lancé, il faut faire confiance ! Faire confiance au lecteur ou à l’auditeur.Nous devons nous rappeler que nous sommes des transmetteurs et que nous n’avons aucune prise sur le récepteur.Nous faisons face ici à deux impondérables : • le monde de la liberté humaine • et le mystère de la grâce de Dieu.Dieu, notre Dieu, qui est toujours neuf, sait comment rejoindre les gens en leur cœur.Dans notre monde médiatique, il suscite sûrement d’autres « Geneviève » et d’autres « Denyse », à l’affût d’une idée originale et qui goûte vrai.Par exemple, j’ai appris, par Sœur Louise Stafford, de la CRC, que la maison de Communications Avanti, est à monter un reportage sur la chasteté.Qui l’eut cru ?Un reportage sur la chasteté, en 2003.Autre exemple : Imaginez qu’en novembre dernier, quatre jeunes du Cégep d’Ahunstic débarquent chez nous, à Saint-Hyacinthe, pour faire un devoir en cinéma, sur.les Sœurs.Heu ! Quel est l’objectif ?Pascale Gendreau, la jeune réalisatrice, nous dit :« À la télévision, on nous montre toujours la religion comme insignifiante.Nous autres, on veut montrer que ça peut faire vivre.» Vous pensez bien qu’on a mis toutes voiles dehors pour les accommoder.60 La Vie des communautés religieuses Pour conclure, je redis il faut oser ! Oser faire des liens avec les médias locaux et oser s’adjoindre des gens du milieu, les témoins vivants qui n’attendent qu’un émetteur pour transmettre ce qui les fait vivre.Sur le petit Larousse, on peut lire : « Je sème à tout vent ! » Eh bien.Semons à tout vent ! et l’Esprit Saint se chargera bien de féconder nos efforts.En n’oubliant pas ce qui est de notre responsabilité : le partenariat, l’audace et la confiance, la confiance en Celui qui est LA Parole ! Pauline Vertefeuille, s.j.s.h.2427 Notre-Dame, Saint-Hyacinthe J2S 2R3 450-773-9111 (résidence) Notes : 1 Marchesseault, Guy, Médias et foi chrétienne, Deux univers à concilier, Fides, 2002, 183 p.2.Sœurs de Saint-Joseph de St-Hyacinthe : Une communauté en marche', Sœurs Adoratrices du Précieux-Sang : Contemplatives, mais ô combien solidaires]; Sœurs de Sainte-Marthe de St-Hyacinthe : Pour Dieu, elles ont tout donné; Sœurs de la Présentation de Marie : Elles ont dit oui; Sœurs de la Charité de St-Hyacinthe : Magiciennes des gens mal pris.Grâce à ces reportages Madame Bégin a remporté le Prix Mgr-Prince mentionné plus bas.Janvier-Février 2004 61 Livres reçus DAIGNAULT, Yvon, Rassasié de ta présence, Invitation à rencontrer le Christ par l’Eucharistie et méthode simple de prière adoratrice, Médiaspaul, 2003, 95 pages.Inspiré par les exemples de ceux et celles qui cherchèrent Jésus en des circonstances semblables aux nôtres, ce livre propose des chemins d’approche, des mots et des silences qui aideront « à le reconnaître à la fraction du pain.» PEYROUS, Bernard, L’itinéraire de la vie spirituelle, Comment vivre avec Dieu?, Éditions de l’Emmanuel, 2003, 270 pages.La vie spirituelle est une aventure fascinante.Tant d’hommes et de femmes en ont fait l’expérience.Ce livre est une présentation moderne de cette vie avec Dieu, tenant compte à la fois d’une longue expérience spirituelle et des besoins des humains de notre temps.Autres livres GAUTHIER, Roger, Prier les psaumes avec le Christ, Fides-Médiaspaul, Socabi, 2003, 251 pages.Le Père Roger Gauthier, o.m.i., a tenté de récrire les psaumes en s’éloignant de la mentalité propre à 1 Ancien Testament pour favoriser une vision évangélique de l’existence afin de soutenir une rencontre filiale avec le Dieu-Père annoncé par Jésus.recueil que l’on peut aussi bien utiliser pour nourrir sa prière personnelle que pour renouveler la prière communautaire.CHITTISTER, Joan.D., Scarrerd by Struggle, transformation by Hope, Wm B.Eerdmans Publishing Co., Grand Rapids, Michigan, 2003, 111p.Novalis St-Paul University, Ottawa.En espérant que ce livre soit traduit en français.BONNE ANNÉE 2004 ! 62 La Vie des communautés religieuses Manoir D’Youville Maison de Ressourcement - Sessions -Repos et Vacances - 120 chambres disponibles Programme de retraites inter-communautaires Piscine extérieure chauffée durant la saison estivale 300 pommiers vous attendent pour la cueillette de leurs fruits Salles de réunion disponibles (de 8 à 100 personnes) N.B.Les tarifs comprennent l’hébergement et les repas.Chambre régulière simple sans salle de bain 50.00$ Chambre simple avec salle de bain 60.00$ Chambre double avec 2 lits sans salle de bain 80.00$ (pour 2 personnes) Chambre double avec lit double et salle de bain 90.00$ (pour 2 personnes) Petite salle (Séminaire) 75.00$ Grande salle - Du vieux Moulin - Marguerite d’Youville - 75.00$ à - Les Bosquets 200.00$/jour RETRAITES 2004 5 au 12 mars 4 au 11 avril 30 avr.au 7 mai 4 au 11 juin “Revenir à la Parole de Dieu” Gérard Lemire, s.m.m.“Intériorité et présence au monde de notre temps” Richard Guimond,o.p.“Le Dieu de ma joie” Noël Poisson, o.m.i.“Conversion : vision de grands maîtres spirituels” Pierre Francoeur,c.s.v.Pour des réservations : Tél.: (450) 692-8291 Télec: (450) 692-7370 Courriel : manoirdvouville @ qc.aira.com www.sgm.qc.ca/manoir Manoir d’Youville 498, boul.d’Youville, île Saint-Bernard, CHÂTEAUGUAY QC J6J 5T9 * Veuillez noter que tous nos prix sont sujets à changement sans préavis et sont valables jusqu’au 31 décembre 2004.Janvier-Février 2004 63 RETRAITES IGNATIENNES 2004 Mars 14-21 Découverte du Nazaréen, lre partie Jacques Martineau, s.j.28-04 Découverte du Nazaréen, 2e partie Jacques Martineau, s.j.Avril 04-11 Semaine sainte priée et vécue en communauté de foi Jacques Levac,sj 08-11 TRIDUUM PASCAL René Champagne, s.j.Mai 02-07 Retraite sacerdotale : Sermon sur la montagne Édouard Hamel, s.j.16-23 “Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi”, Jn 7,32 J.-M.Rocheleau.,s.j.23-30 “Abba, Père des Miséricordes”, Eph 3,4 Roger Poudrier, o.f.m.Juin 30-06 Luc, peintre de la tendresse de Dieu André Gélinas, s.j.20-27 Qui nous séparera de l’amour du Christ?Rm 8,35 Y.St-Amaud,omi Juillet 29-3 TRENTE JOURS Jacques Levac, sj.04-11 Sermon sur la montagne Édouard Hamel, s.j.11-18 Retraite biblique avec Simon-Pierre : ses appels, ses doutes, ses élans Pierre Mourlon,s.j.18-25 En réponse aux bienfaits de Dieu : ma vie en actions de grâces J.-M.Rocheleau,s.j.25-31 Un seul chemin : ta liberté Alain Dumont Août 01-09 Thème à venir Pierre Gervais, s.j.08-15 Les béatitudes Richard Guimond,o.p.15-22 En retraite avec mon peuple Bernard Bélair, s.j.Octobre 17-24 Pierre, Jean, Jacques .et Jésus Jacques Levac, s.j.24-31 À la recherche de la joie, avec l’évangile de Luc Bernard Carrière, s.j.Novembre 31-07 Jérémie, homme de lucidité, de courage et d’intériorité Julien Rainville,c.s.v.07-14 “Abba, Père de miséricordes” Eph 1/3-14 Roger Poudrier, o.f.m.21-28 Introduction à la pédagogie des Exercices spirituels de St-Ignace J.-G St-Arnaud, s.j.Centre Notre-Dame de Montserrat C.P.130 SAINT-JÉRÔME (Québec) J7Z 5T8 Tél.: 450 438-3593 Courriel : jesuitstjerome@videotron.ca 64 La Vie des communautés religieuses Rédaction Direction Monique Thériault, s.n.j.m.Tél.: (514) 274-4721 Téléc.: (514) 274-2794 Courriel: monther@total.net Membres de la rédaction Lorraine Caza, c.n.d.Denis Gagnon, o.p.Raymond Leroux, f.s.g.Micheline Marcoux, m.i.c.Ghislaine Roquet, c.s.c.Monique Thériault, s.n.j.m.Secrétaires Pauline Michaud, s.a.s.v.Madeleine Paquin, s.a.s.v.Production et design Hughes Communications inc.Dépôt légal Bibliothèque nationale du Canada Bibliothèque nationale du Québec Numéro international des publications en séries ISSN 0700-7213 Membre de l'Association canadienne des périodiques catholiques.ABONNEMENTS La revue paraît cinq (5) fois par année Pour le Canada : vous adresser au Secrétariat surface: 25$ avion: 29$ soutien: 40$ Outre-mer : surface: 35$ 28 euros avion: 45$ 35 euros Pour la France: vous adresser à Sr Hélène Grudé 8, boulevard des Déportés B.P.28 35404 Saint-Malo Cédex France Pour la Belgique: vous adresser à Les Éditions FIDÉLITÉ a/s M.Jean Hanotte Rue de Bruxelles 61 B 5000 Namur Belgique BULLETIN D’ABONNEMENT Nom:__________________________________ Adresse:_________________________________ _____________________________Code postal: No de téléphone:_________________________ N° TPS: 141050025 - N° TVQ: 1019014190 Poste publication enregistrement no 9280 convention no 40011751 Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Programme d’aide aux publications «PAP», pour nos dépenses d’envoi postal Vie consacrée, présence spirituelle éducative et caritative * en Eglise
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