La vie des communautés religieuses /, 1 septembre 2005, Septembre-Octobre
La vie des communautés religieuses Vol.63 - no 4 - septembre - octobre 2005 "'S IfÉpjl UMtllM Lumière dans la nuit, aurore qui pointe à Vhorizon La Vie des communautés religieuses est publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec Administration et secrétariat 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué., Canada J3T 1X9 Téléphone: (819) 293-8736 - Télécopieur.: (819) 293-2419 Courriel : viecr@sasv.ca SOMMAIRE Vol.63 - no 4 - septembre - octobre 2005 DOSSIER « INTERGÉNÉRATIONS » Introduction Rick van Lier o.p.194 Exposé Michelle Audet r.s.r.196 PANEL Les 20 ans Danny Roussel f s.c.206 Les 50 ans Gilbert Racicot o.p.211 Les 60 ans Cécile Gagné r.h.s.j.214 Les 70 ans et plus Jeanne Dussseault c.s.c.219 ATELIERS Bilan 225 RELECTURE ET SYNTHÈSE Daniel Cadrin o.p.232 Gisèle Turcot s.b.c.237 RENCONTRES Oui je le « voeu » Patsy Morency m.i.c.240 Réflexions d’après forum 2005 Monique Thériault s.n.j.m.242 RÉFLEXION Le renouveau sans la nostalgie Doris Gottemoeller r.s.m.246 V Convention de la poste-publications N° 40011751.N° d’enregistrement 9280.Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada au 251, rue Saint-Jean-Baptiste, Nicolet, Qué., Canada J3T 1X9.Courriel : viecr@sogetel.net PRÉSENTATION Vol.63 - no 4 - septembre - octobre 2005 Monique Thériault s.n.j.m.À vous, lectrices et lecteurs de la Revue, Si vous en doutez encore, le présent numéro vous amènera à constater la vitalité de la vie consacrée aujourd’hui.Nous voulons rendre compte ici de quelques événements qui ont marqué le printemps 2005 au Québec, événements dont nous voulons partager les fruits avec vous toutes et tous.En avril, a eu lieu une journée qui a porté sur les relations intergénérationnelles dans les communautés religieuses actuellement.Ce sujet est d’actualité pour nos congrégations en manque de nouvelles entrées et dont le personnel vieillit inexorablement.Des personnes de tous les âges s’expriment mais jamais n’y a-t-il de sentiment de défaitisme : comment répondre aux appels de Dieu en ces temps qui sont les nôtres?L’avenir est toujours devant.Dans la même veine, en mai, de jeunes religieux et religieuses réaffirmaient : « Oui, je le vœu! » Leur rencontre, devenue une tradition pour elles et eux, leur permet de partager le meilleur d’eux-mêmes, de faire le plein d’énergie et de poser leurs questions « sans frontières ».En juin, un forum organisé par la Conférence religieuse canadienne a regroupé plus de 500 personnes consacrées de tous horizons et de toutes les parties du pays.Une personne partage librement ses réflexions au sujet de ce forum qui a sans doute été à l’image de ce qu’est la vie consacrée de nos jours : éclatée, plurielle, diversifiée, mouvante, en quête d’elle-même mais remplie de belles pousses pour l’avenir.Enfin, une réflexion au sujet du renouveau nous rappelle que ce renouveau commencé il y a plus de quarante ans, est toujours à réali-oser dans la foi, le courage, le risque mais jamais dans la nostalgie.C’est dans toute l’épaisseur et la clarté de cette réalité que Dieu est présent et qu’il nous montre la voie à suivre.La vie est là et elle se renouvelle chaque jour.Bonne route et bonne lecture! Septembre-Octobre 2005 193 DOSSIER «INTERGÉNÉRATIONS» LES ENJEUX DES RAPPORTS INTERGÉNÉRATIONNELS DANS LES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Rick van Lier o.p Samedi, le 10 avril, quelque 200 religieux et religieuses étaient rassemblés à l’Institut de pastorale des Dominicains à Montréal.Ils avaient une préoccupation commune : les rapports entre les générations au sein des communautés religieuses.Un sujet d’actualité pour ces communautés qui, au Québec du moins, sont marquées par des moyennes d’âge élevées (79 ans pour les hommes, 84 ans pour les femmes) et où les générations descendantes sont souvent sous-représentées.Dans l’ensemble, les communautés font face à un débalancement démographique important.Comment penser les rapports entre les générations dans un tel contexte ?A travers des ateliers par génération, une conférence et un panel, les participantes ont pu exprimer les souffrances et les joies vécues dans les rapports entre les différentes générations.Ensemble, par ateliers intergénérationnels, ils ont aussi cherché à nommer des urgences et à dégager des pistes d’action concrètes pour favoriser les liens entre les différents âges.Au total, 16 % des participantes avaient moins de 40 ans; 8 % étaient âgés entre 41 et 50 ans; 33 % entre 51 et 65 ans; 33 % entre 66 et 75 ans; et enfin, 10 % avaient plus de 76 ans.Les communautés religieuses ne sont pas les seules à réfléchir à ces questions.La problématique touche l’ensemble de notre vie sociale et ecclésiale.La grande longévité d’âge actuelle est un phénomène inédit dans notre histoire.Et la représentation 194 La Vie des communautés religieuses minoritaire des plus jeunes, bien que ressentie avec une acuité particulière dans les communautés, est un fait qui s’observe autant dans l’Église que dans la société.Dans ce contexte, l’expérience des communautés religieuses peut être une interpellation pour nos milieux.Dans une société qui compartimente les générations - les aînés d’un côté, les jeunes d’un autre.-, les communautés religieuses sont un des rares lieux où des personnes d’âges différents partagent au quotidien un même projet de vie.La journée sur les rapports intergénérationnels était le premier événement public organisé par la Chaire Tillard, une équipe de recherche sur la vie religieuse, rattachée à l’Institut de pastorale des Dominicains et composée de religieux et religieuses de générations, de communautés et de formation diverses.On trouvera dans ce numéro de Vie des Communautés religieuses les textes des interventions de la journée.Rick van Lier, o.p.2715 chemin de la Côte Ste-Catherine Montréal, Québec H3T 1B6 (514) 739-3223 www.institutdepastorale.org Septembre-Octobre 2005 195 OSER UN DIALOGUE INTERGÉNÉRATIONNEL QUI ENGENDRE DE L’ÉNERGIE Michelle Audet R.S.R.Une grande joie habitait mon cœur lorsque, le 9 avril 2005, je me suis retrouvée en présence de religieux et de religieuses de tous âges et de toutes cultures.Oui, tous et toutes ont répondu en grand nombre à l’invitation des membres de la Chaire Tillard d ouvrir un dialogue sur « les enjeux des rapports intergénérationnels dans les communautés religieuses ».C’est avec la force de mes convictions, la richesse de l’expérience acquise auprès de différentes communautés religieuses et la foi en un Dieu de l’Espérance que j’ai donné la conférence d’ouverture qui s’intitulait : « Un appel à se ressourcer et à grandir au contact de nos différences ».J’ai maintenant le privilège de partager avec vous ces mêmes pistes de réflexion qui, je 1 espère, susciteront en vous le désir d’un dialogue intergénérationnel qui engendre de l’énergie! Des « communautés en devenir ».Au cours des années, nous avons beaucoup investi pour développer notre savoir-faire et notre savoir-être comme personnes et comme communautés.Où en sommes-nous face à notre savoir-devenir?Une personne ou une communauté en devenir est ouverte à un apprentissage continuel.Elle cherche à découvrir le sens dans le mouvement au sein d’une société en constante évolution.Elle s’ouvre à de nouvelles approches pouvant favoriser la croissance relationnelle et le leadership partagé.Elle pense ses activités de façon à ce que celles-ci engendrent des effets béné- 196 La Vie des communautés religieuses fiques pour tous les membres concernés.Bref, elle privilégie tout ce qui peut favoriser des expériences de co-évolution créatrice dans un contexte où la différence et le changement sont au rendez-vous! Quel grand défi à cette étape de notre histoire où, je dirais, nous sommes appelés-es à gérer la croissance dans la décroissance! Riccardo Petrella, penseur de l’École de Strasbourg disait ceci : « Il n’y aura pas d’avenir si on ne peut trouver d’alternatives dans le présent! » Notre rassemblement m’est apparu comme une alternative à saveur de nouveauté.Nous allions oser un dialogue entre les membres de générations différentes et cela, à partir de nos vécus respectifs.Chaque personne avait le droit d’exprimer son vécu, ses croyances, ses attentes, ses rêves, ses cris du cœur et cela, sans crainte d’être jugée.La règle du jeu était claire : un vécu, ça ne se discute pas, ça s’accueille! Le partage du vécu demeurera toujours un lieu privilégié pour vivre la rencontre et laisser émerger la sagesse collective dans l’aujourd'hui de notre devenir! Un « appel » à se ressourcer et à grandir Dans l’encyclique « Repartir du Christ », Jean Paul II nous interpelle à partir de trois éléments essentiels à notre devenir et je cite : « La nécessité de la qualité de la vie et l’attention aux exigences de la formation dans les Instituts de vie consacrée apparaissent comme les aspects les plus urgents.Le soin des vocations est une tâche cruciale pour l’avenir de celles-ci ».Qui ne désire pas cette qualité de vie où la croissance est possible et où une spiritualité de la rencontre devient une nouvelle source d’énergie et de communion, au-delà de nos différences?Le style de vie peut varier d’une génération à l’autre mais les critères d’évaluation d’une qualité de vie sont souvent liés à la satisfaction de besoins psychologiques fondamentaux propres à tout être humain : sentiment d’accomplissement personnel à l’intérieur de sa mission, relations harmonieuses et capacité de faire des choix.Quand je pense aux exigences liées à un vécu au quotidien, je ne peux m’empêcher de rappeler l’urgence d’apprendre Septembre-Octobre 2005 197 à tenir compte de ces besoins qui sont présents en nous et dans les autres, quel que soit l’âge ou quelle que soit la culture.Je reste cependant convaincue que notre relation à Jésus-Christ, en lien avec notre spiritualité comme personnes consacrées, demeurera toujours la véritable Source de notre Bonheur et de notre Espérance J’entends des cris du cœur qui s’expriment de différentes façons.Lorsqu’il s’agit de désirs, d’aspirations ou de valeurs, la connivence affective est assez facile à développer entre les membres d’une même communauté.Mais que dire des exigences de plus en plus grandes qui se manifestent quand vient le temps de développer cette connivence au quotidien?Oui, c’est là qu’apparaissent les incompréhensions et les insatisfactions, non seulement entre les membres de générations différentes, mais entre toutes les personnes désireuses d’affirmer leur vérité.Quelle grâce est la nôtre lorsqu’on peut s’entraider dans cette croissance vers une plus grande qualité de vie! Se laisser habiter par les sentiments de Jésus peut alors devenir une source d’inspiration des plus précieuses si l’on se réfère à la façon dont II a accueilli les gens dans leurs différences, les a rejoints au cœur de leur vécu et a suscité en eux le désir de la Rencontre.Quand on pensz formation, il y a un piège à éviter et c’est la perte de l’envie d’apprendre que l’on rencontre chez la majorité des adultes.Allons-nous nous installer dans des habitudes, des façons de voir ou des positions bien arrêtées?L’opportunité est là pour nous de nous ressourcer et de grandir ensemble dans notre compréhension d’une mission qui se redéfinit avec l’âge et avec les signes des temps.Dans nos communautés religieuses, nous avons des acquis, une expérience passée et différentes formes de ressourcement qui nous aident à approfondir le sens de notre engagement.Le grand défi est peut-être celui de voir dans la formation continue un puissant levier pour s’enrichir de nos compétences respectives, jeunes et moins jeunes, pour acquérir de nouvelles façons d’être, de travailler ensemble et de favoriser notre engagement au cœur du monde.Une formation qui nous aide à passer de la logique indi- 198 La Vie des communautés religieuses viduelle à la logique collective.Celle où on apprend ensemble à poser les bonnes questions plutôt qu’à apporter les bonnes réponses.L’expérience m’a permis de découvrir combien il peut devenir revitalisant et mobilisateur, pour les personnes de tous âges, d’apprendre à mettre leurs différences en relation dans un climat de confiance et de collaboration.Apprendre à cueillir l’authentique joie de vivre dans les événements de la vie quotidienne constitue sûrement un atout privilégié pour « ouvrir nos cœurs et nos maisons » à ceux et celles qui sentent un appel à la vie consacrée.Le témoignage de notre bonheur de vivre et de grandir ensemble dans l’accueil des différences et l’ouverture à l’Amour est sans aucun doute une attitude fondamentale à cultiver quand on pense projet vocation-nel.Je ne crois pas que les jeunes craignent les cheveux gris.Ils ont plutôt besoin de trouver parmi nous des personnes habitées du désir de VIVRE jusqu’au dernier souffle, quelle que soit la forme que prend ce témoignage de Vie.Les personnes qui assument bien leur avance en âge sont à même d’accueillir les plus jeunes dans l’expression de leurs différences et de les soutenir dans leur élan créateur.Le chant-thème de notre rassemblement illustrait bien ce désir qui habite le cœur de beaucoup de personnes : « Bâtir avec nos différences, franchir nos barrières de silence et remplir notre vie d’espérance pour tracer le chemin de la paix ».N’est-ce pas ainsi que nous apprendrons à rester en mouvement, même dans des situations-limites qui pourraient facilement nous conduire à une déprime personnelle ou institutionnelle?Nous ouvrir ensemble à la Vie : voilà un rêve qui nous invite à nous dépasser, à nous réinventer comme communautés.Des « personnes » au cœur de notre dialogue Même si notre rassemblement mettait l’accent sur les rapports intergénérationnels, j’ai choisi de regarder la « personne humaine » comme la valeur fondamentale à privilégier tout au long de ce processus.Ceci nous permet d’aller au-delà des frontières ou des catégories d’âges, de générations, de cultures, de Septembre-Octobre 2005 199 styles de vie, etc.L’accueil de l’autre avec ses valeurs, ses croyances, ses forces, ses limites, ses aspirations, sa différence.devient alors possible pour toute personne désireuse de vivre la rencontre.Nous sommes avant tout des personnes-en-relation\ Rémi Tremblay, dans son volume « Découvrez le bonheur au boulot », décrit l’expérience vécue dans une entreprise où il assurait la présidence.Une meilleure compréhension des êtres humains constituait une valeur non négociable au cœur de cette entreprise.Voici comment il l’exprime : « Pour survivre et retrouver du sens, nous n’avons pas d’autres choix que d’aller chercher le meilleur en nous-mêmes et dans les autres.».Voyons comment nous pouvons nous laisser inspirer au contact de ces deux croyances qui ont contribué, non seulement à la survie de l’entreprise, mais à son évolution vers une véritable communauté de sens et d’intérêts.1) Croire au potentiel des personnes dans ce qu elles sont ou deviendront et dans leur capacité d’évoluer.La reconnais- sance de ce potentiel, parfois sous-exploité chez l’autre, ne peut que créer un effet positif sur l’estime de soi, l’évolution des individus et des communautés.Il existe un grand risque dans les relations interpersonnelles et c’est celui de limiter une personne ou une génération à la perception que l’on a d’elle.Lorsqu’on est convaincu que les personnes peuvent évoluer, c’est dans la confiance que l’on entre en relation avec elles, que l’on valorise leurs forces et que l’on voit leurs erreurs comme des occasions d’apprendre et de grandir.Gandhi disait : « On reconnaît l’homme grand dans la façon dont il traite celui qui n’a pas grandi ».Quel beau défi quand on pense aux nombreuses différences qui co-existent dans nos milieux communautaires et en lien avec nos contemporains! 2) Croire que chaque personne a un pouvoir qui est le sien et qui lui permet d'influencer le cours des choses.Quelle que soit la génération à laquelle on appartient, chaque personne porte en elle ce besoin de sentir que les autres tiennent compte de son opinion et font appel à son sens des respon- 200 La Vie des communautés religieuses sabilités.Je vois là un enjeu important dans les rapports intergénérationnels, surtout lorsqu’il s’agit de prises de décisions ou de choix collectifs en lien avec notre « devenir ».J’encourage beaucoup les gens à accueillir les divergences d’opinions ou les résistances comme des oppositions créatrices.C’est alors que naît un climat de confiance où chaque individu se sent accueilli dans sa différence, valorisé dans son expression et partie prenante du processus décisionnel ou de la vision commune.Une belle synergie émerge habituellement de ces moments privilégiés de rencontre! Nous pouvons facilement, comme membres de communautés religieuses, ajouter une troisième croyance et je la présente ainsi : Croire que nous sommes des personnes appelées.Isabelle Parmentier, dans son volume « Appelés?» nous dit ceci : « Jamais l’appel de Dieu ne nous referme sur nous-mêmes.Au contraire, il nous déplie et nous ouvre sur le dehors.L’individualisme est toujours un risque ».N’est-ce pas là une interpellation qui dérange dans un contexte où l’on parle d’établir un dialogue avec la différence?Mettre la « personne » au cœur de nos priorités exige qu’une attention particulière soit accordée à l’animation du vécu et ceci devient la responsabilité de tous les membres de la communauté.Rappelons-nous que dans un univers aussi complexe que le nôtre, organiser, ce n’est plus mettre de l'ordre mais c’est créer et entretenir la Vie ! La « rencontre » des générations L’expérience m’a appris qu’il est de plus en plus urgent d’énergiser les forces de vie propres aux différentes générations ou aux différentes étapes de la vie.Parler des forces vives, c’est habituellement faire référence aux plus jeunes.Je crois que nos communautés retrouveront un souffle nouveau, seulement si on sait reconnaître et faire grandir « toutes les forces de vie » présentes dans nos milieux et celles à venir! Septembre-Octobre 2005 201 Jacques Grand’Maison et son équipe nous laissent un bel héritage lorsqu’ils nous fournissent une clé de compréhension apte à susciter un désir de rapprochement entre les générations et je cite : « Nos attitudes face à l’avenir se révèlent avant tout dans nos rapports avec la génération montante.Les jeunes sont en recherche de fondements moraux et spirituels plus solides, de projets réalistes et stimulants et d’alliés pour refaire leurs solidarités après le sauve-qui-peut individuel des derniers temps.» N’y a-t-il pas un appel à revitaliser nos forces de vie, comme communautés vieillissantes, lorsqu’il ajoute : « Nous avons trouvé chez les aînés beaucoup d’indices qui nous incitent à voir en eux une éventuelle clef de voûte de la solidarité des générations ».Ce n’est là qu’un avant-goût de la richesse qui peut émerger d’une prise en charge communautaire de la rencontre des générations.Saurons-nous donner à la reconnaissance une place de choix dans nos relations?La reconnaissance est cette capacité de faire émerger notre propre potentiel et celui des autres, potentiel peut-être encore sous-exploité chez plusieurs.C’est entrer dans l’univers de l’autre afin qu’explose ce qu’il y a de meilleur en lui ou en elle.Seul le dialogue peut rendre transparent ce que nous sommes et que nous masquons peut-être inconsciemment par crainte d’incompréhension.Où en sommes-nous face à l’expression de cette reconnaissance et à l’accueil des valeurs, des désirs, des opinions, des contributions, des besoins, etc.propres aux membres de générations différentes?Notre rassemblement avait pour objectif de favoriser cette expression.Je laisse à nos panellistes le soin de vous présenter les cris du cœur de chacune de leur génération.Une synthèse des données recueillies, lors des échanges entre les participants-es, vous donnera peut-être le goût d’ouvrir un tel dialogue dans vos communautés respectives.Je vous le souhaite! Un « dialogue » qui engendre de l’énergie Nous avons su prendre les moyens pour nommer et consolider notre «Raison d’être » comme communautés.Où en sommes-nous face à notre «Façon d’être?202 La Vie des communautés religieuses Pour développer notre façon d’être, il importe d’encourager et de faciliter l’évolution de processus où se crée une interdépendance dynamique et créatrice entre les personnes d’une même génération ou de générations différentes.Sentons-nous ce besoin d’unir nos forces?Si oui, nous avons à retrouver le sens de ce qui nous relie au contact de nos différences et avec toutes les richesses qui sont les nôtres! Il est tellement facile de baisser les bras face aux différences! Rappelons-nous ceci : dès que l’on découvre ce qui réunit, les rapprochements deviennent possibles entre les personnes qui jusque-là se voyaient comme « elles » et « nous ».Oserons-nous rêver lors de nos dialogues?N’oublions pas qu’en restant seuls-es avec nos rêves, ceux-ci demeurent des rêves.Quand on partage nos rêves avec d’autres, ils deviennent réalité! Nous avons besoin de vibrer à un rêve ou à une passion commune pour mobiliser les cœurs! Oser un dialogue qui engendre de l’énergie prend ici tout son sens! Le dialogue est ce processus qui aide à diminuer les idées toutes faites et la vitesse de la pensée.Il est aussi une façon de reconnaître que chaque personne ou chaque génération a une manière de penser qui lui est propre, une façon de comprendre et de regarder le monde autour d’elle.Un conflit surgit habituellement quand une personne ou un groupe croit détenir la vérité.Oser l’autrement de notre devenir ne pourra se réaliser qu’à travers des expériences de co-évolution créatrice où les membres de différentes générations sauront laisser évoluer leur pensée au contact de l’expression des autres et ouvrir leur cœur à l’action de l’Esprit.C’est alors que pourra émerger une sagesse collective et une nouvelle forme d’énergie.Je continue à croire que le dialogue est un outil indispensable au discernement spirituel et une voie privilégiée où Dieu peut se révéler dans la différence! « Oser » la VIE ! Sur la route d’Emmaüs, Jésus a transformé la lassitude et la détresse des disciples en une nouvelle énergie et en un nouveau désir de partager avec les autres en communauté.Voulons-nous cette « nouvelle énergie »?Si oui, repartons du Christ et développons ensemble une « passion du possible », une « passion pour l’autrement » et surtout une « passion pour la Vie »! Septembre-Octobre 2005 203 Multiples sont les forces de vie dans nos communautés.Oserons-nous aller au-delà de certaines peurs, de préjugés souvent aliénants et d’un pessimisme parfois paralysant pour nous ouvrir à F autrement de notre « devenir »?Tout ce dont nous avons besoin pour le faire se trouve en NOUS, comme individus et comme communautés, et en LUI comme Source de notre Espérance.Michelle Audet, r.s.r.Psychologue et formatrice Membre de la Chaire Tillard 1497 boulevard St-Joseph Est Montréal (Qué), H2J 1M6 Téléphone : (514) 522-4535 Télécopieur : (514) 527-1476 Courriel : audetm@ svmpatico.ca 204 La Vie des communautés religieuses PANEL Les enjeux des rapports intergénérationnels dans les communautés religieuses Les interventions ont porté sur les points suivants : 1.Profil communautaire de votre groupe d’âge : • Brève présentation en situant les différents groupes d’âge de ma communauté.• Comme représentante de votre génération, comment vous vous percevez à l’intérieur de votre communauté dans ce rapport intergénérationnel?2.Beautés, difficultés et défis Septembre-Octobre 2005 205 Les 20 ans F.Danny Roussel, s.c.Je suis un frère du Sacré-Cœur et j’ai 27 ans.Je fais partie d’un Institut religieux de Frères1 consacrés à l’éducation de la jeunesse.La situation des différents groupes d’âge de ma communauté est la suivante : Âges des Frères du Sacré-Cœur canadiens au 20 avril 20052 Groupe d’âges (ans) Nombre de frères Pourcentage 20-29 3 0,83 30-39 8 2,20 40-49 14 3,86 50-59 36 9,92 60-69 73 20,11 70-79 124 34,16 80-89 92 25,34 90-99 13 3,58 Total 363 100 Ces statistiques révèlent que notre communauté au Canada ne connaît pas de « trous » générationnels : toutes les tranches d’âges sont représentées.De plus, il existe un nombre assez important de jeunes frères, si l’on compare cette situation à la situation générale des autres communautés religieuses « traditionnelles » du Québec : 206 La Vie des communautés religieuses les moins de 50 ans représentent 25 frères, soit 6,89 % des frères canadiens.Notre noviciat canadien n’a connu, jusqu'à présent, qu’une seule année de répit.Il faut toutefois dire que pour la première fois de notre histoire, il semble que notre province ne recevra pas de nouveaux novices avant quatre ou cinq ans, à moins que l’inédit de Dieu ne nous cause quelque surprise! Dans cet ensemble, je me situe comme le plus jeune frère canadien de ma province.Évidemment, les frères dans la vingtaine, même s’il n’y en a que trois, établissent des rapports bien différents avec les autres tranches d’âge de la communauté : si les frères dans la trentaine et la quarantaine sont, pour l’essentiel, nos confrères de mission et représentent les forces vives de l’Institut, notre rapport aux confrères dans la cinquantaine est plus marqué par le service de l’autorité que plusieurs d’entre eux sont appelés à remplir.Enfin, nous avons la chance de compter sur de nombreux grands-pères qui, exerçant peu ou n’exerçant plus de fonction de direction ou d’autorité, établissent une relation souvent plus facile avec nous.Je crois qu’on peut y voir le reflet de ma génération qui a eu la chance d’établir de bonnes relations avec ses grands-parents.Je dois ajouter que le nombre de frères canadiens étant assez nombreux (environ 350), je ne puis connaître tous les frères qui forment ma province.Différents groupes d’âges, donc, avec lesquels je n’entretiens pas, en général, le même type de relation.Devant ce constat, je peux identifier quelques éléments positifs de ma situation.Premièrement, je ne sens pas une perte de contact entre les frères des différentes générations, particulièrement entre les frères de la vingtaine et les autres tranches d’âges.Comme il n’y a pas de « trous » générationnels, il a été plus facile aux frères des différentes générations de se laisser déranger par la fougue impétueuse de mes 20 ans.Deuxièmement, je sens un émerveillement et un soutien très fort de la part des frères aînés.J’entends souvent des frères âgés me dire leur admiration face à des jeunes frères qui ont réussi un beau projet dans une école, un camp, une maison, etc.Face aux difficultés que vivent les œuvres, ils apportent un soutien par leur prière et leur encouragement.De plus, j’apprécie beaucoup l’exemple que donnent Septembre-Octobre 2005 207 les frères malades que j’ai l’occasion de visiter.Leur expérience est pour moi une source d’inspiration.Troisième et dernier point, j’apprécie les responsabilités qui sont confiées aux jeunes frères de ma province.Dès ma première année de profession, le supérieur provincial m’a demandé de faire partie du comité voca-tionnel.Aussi, j’exerce la fonction de responsable de la programmation dans le camp de vacances où j’œuvre l’été (le Camp Le Manoir de Charlevoix), ce qui implique d’être membre du comité de direction.Je connais aussi des frères dans la trentaine qui ont été nommés conseiller provincial, membre du chapitre provincial, enseignant à temps plein, supérieur local, directeur d’œuvre, etc.Bref, je perçois une confiance de la part de l’autorité pour les jeunes frères et elle n’hésite pas à faire appel à eux pour des tâches de responsabilité.Sans compter qu’elle a toujours été à l’écoute, je peux au moins parler pour mon cas, des insatisfactions ou des joies que je pouvais vivre.La preuve en est que certaines manières de fonctionner ont été modifiées après que j’aie eu manifesté mon questionnement.Évidemment, tout n’est pas rose! Les frères dans la vingtaine vivent aussi des difficultés.D’abord, la formation initiale ne me semble pas encore adaptée aux jeunes qui demandent aujourd’hui à entrer au noviciat.Pour avoir suivi les cours de l’intemoviciat de Québec et pour avoir côtoyé les novices des autres communautés religieuses, je dois avouer qu’il existe actuellement de grands tiraillements dans la manière dont est vécu le noviciat.J'ai l’impression que la formation initiale actuelle est une reproduction diluée de la formation initiale d’avant Vatican II, qui était pensée pour des jeunes garçons de 16 ans, encore adolescents, et ayant besoin d’un cadre plus strict.Sauf que maintenant, les novices sont dans la vingtaine ou la trentaine (parfois même plus), et il ne suffit pas de diminuer les exigences du noviciat d’antan pour en faire une réussite.En outre, je me suis souvent posé la question sur la pertinence du noviciat actuel pour une communauté apostolique comme la mienne.En deux ans de noviciat, je n’ai fait qu’un stage de deux mois qui m’a mis en contact avec les jeunes, alors que c’est là la mission de mon Institut.D’un côté on me disait qu’il fallait développer ma relation à Dieu dans la solitude; de l’autre, on me parlait de prière 208 La Vie des communautés religieuses apostolique où contemplation et action sont intimement liées.En d’autres mots, je crois que les communautés apostoliques comme la mienne n’ont pas encore trouvé un programme de formation adapté à leur réalité.Je ne tire pas la pierre aux frères qui m’ont formé, car je n’ai pas moi-même de solution miracle.Mais je pense que pour les prochains novices, il sera important de se pencher sur ce problème et de tenter des expériences.L’incertitude face à l’avenir représente une autre difficulté qu’éprouve tout jeune frère.Qu’arrivera-t-il de ma province dans quelques années?Que ferai-je quand le grand nombre de frères âgés aura quitté cette terre?Comment faire pour recruter d’autres jeunes?Toutes ces questions témoignent de la non-clarté de ce qui nous attend.Cette situation n’est pas sans créer une certaine inquiétude.En même temps, cela demande aux jeunes frères de s’impliquer davantage dans la vie de leur province, ce qui, je dois l’avouer, ne semble pas aller de soi pour un certain nombre de jeunes frères de ma communauté, surtout ceux qui sont fortement impliqués dans une mission et qui se rendent peu disponibles pour apporter leur réflexion et leur action à la pastorale vocationnelle ou encore qui refusent d’occuper certains postes de responsabilité.Devant un avenir à penser, il devient nécessaire et essentiel de mettre en commun les idées, de réfléchir et de prier ensemble.Pourtant, je ne sens pas un très grand enthousiasme en ce sens de la part de quelques frères dans la trentaine ou la quarantaine.Pour terminer, on m’a demandé d’exprimer le défi le plus important que je perçois pour les frères de mon groupe d’âge par rapport aux relations entre les différentes générations de ma communauté.Pour moi, ce défi se résume en cette expression : penser la mission communautaire.Je m’explique.Quand je parle avec les frères âgés de mon Institut, je remarque qu’ils ont été formés à se sacrifier pour le groupe3.Les notions de devoir et de responsabilité occupaient une place importante dans le discours.Ce que chacun désirait ne comptait pas vraiment : tous devaient intérioriser la mission de la communauté et obéir dans la confiance aux obédiences proclamées par le supérieur.Cette génération a vécu dans un style de vie consacrée où le pôle communautaire occupait une place prépondérante.Septembre-Octobre 2005 209 La génération qui a connu les années 60 et 70 me semble avoir misé, en général, sur le pôle individuel.Chacun devait identifier ses forces, ses qualités, ses charismes, etc.Le développement personnel comptait beaucoup (les sessions de psychologie et de connaissance de soi ont fait florès).Ce fut aussi une période où l’on tentait de répondre à de nouveaux besoins en quittant les œuvres traditionnelles (ayant ici un sens nettement péjoratif).Toutefois, les deux générations de frères que je viens de décrire (en caricaturant un peu je l’avoue) sont arrivées devant des impasses.Les plus âgés se sont sentis écrasés par la communauté et n’avaient plus d’espace pour la liberté de leur personne tandis que la génération suivante a vu le nombre de vocations s’effondrer malgré les œuvres de pointe qui avaient été fondées.De plus, elle a manifesté une difficulté à se placer du point de vue de l’ensemble.Devant ce constat, je crois que ma génération de frères devra apprendre à concilier le pôle communautaire et le pôle individuel sans retomber dans les ornières des générations précédentes.Comment respecter la personne de chacun tout en ne s’éparpillant pas dans les besoins du monde?Comment concilier mon projet personnel avec les besoins de la mission?Je remarque que les plus jeunes frères du Sacré-Cœur ont, en majorité, été interpellés par des frères qui oeuvraient en commun dans une œuvre, souvent une œuvre traditionnelle (comme un pensionnat, une école, un camp de vacances, etc.).Pourtant, il est difficile, je trouve, de sortir des préjugés suivants : « Comme frère éducateur, nous n’avons plus notre place dans les écoles » ou bien « Je suis seul dans une œuvre, mais l’important est de répondre à un besoin ».Je crois que ma génération devra sortir de cette impasse.La vie religieuse, au XXIe siècle, ne peut témoigner que quand plusieurs frères travaillent ensemble à l’avènement du royaume.De plus, celui-ci n’advient pas seulement dans des œuvres qui seraient sans cesse à réinventer.Dieu agit aussi dans les écoles.Je termine par une constatation : je crois que les communautés religieuses doivent relever le même défi que les sociétés contemporaines4 : qu’est-ce qui nous réunit?Quelles sont nos 210 La Vie des communautés religieuses « raisons communes »?N’est-ce pas la mission?C’est en réfléchissant à l’aspect communautaire de cette mission que nous pourrons surmonter les difficultés inhérentes à un individualisme poussé à l’extrême ou à un « communisme » qui nie la subjectivité des individus.F.Danny Roussel, s.c.École secondaire de Bromptonville 125, rue du Frère-Théode C.P.250 Bromptonville QC JOB 1H0 daroussel01@hotmail.com 1 Expression utilisée dans l’exhortation apostolique de JEAN-PAUL II Vita consecrata au numéro 60.2 Merci au frère Paul Cauchon, s.c.d’avoir compilé ces statistiques.3 Les types de personnalité énumérés dans ce paragraphe sont inspirés de Marcel GAUCHET, La démocratie contre elle-même, Paris, Gallimard (coll.«Tel»), 2002, p.251-255.4 Voir : Jacques BEAUCHEMIN, La société des identités.Éthique et politique dans le monde contemporain, Outremont, Athéna éditions / Chaire de recherche du Canada en mondialisation, citoyenneté et démocratie, 2004, 184 p.Pour Beauchemin, le défi des sociétés contemporaines est de penser le «commun».Il écrit : «Je crois néanmoins [.] que la fragmentation de la communauté politique et que son ouverture au “particulier” signalent la difficulté dans laquelle nous nous trouvons maintenant de former un projet politique qui puisse nous rassembler autour d’une certaine idée de la responsabilité et de la solidarité sociale.Pour qu’un tel projet soit possible, il est nécessaire de pouvoir le rapporter à un sujet collectif qui en soit en quelque sorte le gardien.Il faut aussi qu’il procède d’une conception de l’être-ensemble de la société suffisamment consistante pour pouvoir inciter les acteurs sociaux à inscrire leurs volontés émancipatoires dans la poursuite du “bien commun”.» (p.8-9) Les 50 ans F.Gilbert Racicot, o.p.Je suis depuis 6 ans dans l’Ordre des Prêcheurs.J’ai fait profession solennelle le 11 janvier 2004.J’ai 53 ans.Actuellement, je suis en formation au Centre de Relation d’Aide de Montréal Septembre-Octobre 2005 211 (CRAM), en psychologie, pour devenir thérapeute en relation d’aide selon l’approche non-directive créatrice.Ma formation générale de base se terminera cette année, soit pour le 24 juin 2005, graduation pour août 2005.Perfectionnement à demi-temps par la suite à partir de septembre 2005.Viendront se greffer des cours occasionnels à l’Institut de Pastorale.Dans l’avenir, j’exercerai à demi-temps un ministère d’écoute et d’accompagnement en relation avec ma formation.Au sein de ma communauté, je suis : adjoint au procureur, portier, membre du conseil financier de la Province du Canada, accompagnateur pour l’Analyse transactionnelle.Profil communautaire • Au Canada, nous sommes 150 Frères Prêcheurs.La moyenne d’âge est de 61 ans.Le nombre de frères en bas de 50 ans au Canada est de 23, incluant les novices et profès simples.• Au couvent St-Albert-le-Grand, 45 frères sont assignés, dont 33 résidants.La moyenne d’âge de l’ensemble est de 69 ans.Plusieurs générations sont présentes: 3 frères de moins de 50 ans; 6 de 50-60 ans; 7 de 60-65 ans; 4 de 65-70 ans; 16 de 70-80 ans; 9 de 80 ans et plus.Les 16 frères de moins de 65 ans forment 35% de la communauté et ceux de 65 ans et plus forment 65%.Perception à l’intérieur de ma communauté dans le rapport intergénérationnel • Spécificité chez les Dominicains : pas d’infirmerie.Donc, nous maintenons un couvent apostolique.• Les relations sont exceptionnelles.Pour la majorité, les frères sont très actifs et engagés, alors vivants.• La retraite ne fait pas partie de la vie chez les Dominicains.C’est le ministère jusqu’à la mort.• Je me sens apprécié et reconnu pour mes talents, encouragé et supporté dans mon projet d’étude.212 La Vie des communautés religieuses Éléments positifs de ma situation (vs.groupe d’âge) • Expériences de vie.• Capacité à exercer différentes activités apostoliques.• Cumuler plusieurs fonctions en même temps.• Personne responsable / engagée • Mi-temps de la vie, (reconnaissance de son HUMANITÉ) Difficultés ( ce qui me questionne ) : • L’individualisme.• Vouloir tout garder / sauver.• Bassin de personnes dans la cinquantaine le plus réduit.• A cause du talent et des expériences spécifiques, qu’on m’appose une étiquette.• Danger de devenir une vocation fonctionnelle, me placer dans un endroit où il y a un besoin (boucher un trou).• Peur anticipée : Sera-t-on capable de tenir compte de ma formation actuelle avant de m’assigner à un poste?Actuellement j’ai été approché par trois couvents pour le même poste.Défis : • Je suis dans le groupe d’âge le plus recherché pour exercer une tâche de responsabilité au niveau administratif, donc ne pas me laisser submerger par les demandes et la tâche.• Accepter qu’il y ait des morts.• Regrouper les forces vives.Se créer un noyau tout en ne négligeant pas ceux qui sont en perte d’autonomie ou de vitalité.Gilbert Racicot, o.p.2715 chemin de la Côte Ste-Catherine Montréal, Québec H3T 1B6 (514) 739-3223 Septembre-Octobre 2005 213 Les 60 ans Cécile Gagné, r.h.s.j.Je n’ai pas de recettes miracles.Je ne suis pas sociologue, ni analyste, mais j’accepte, bien simplement, d’ajouter au questionnement d’aujourd’hui un autre point de vue qui est le mien.Le débat qu’on nous propose aujourd’hui n’est pas nouveau.Ce n’est pas d’hier que « jeunes et moins jeunes » doivent apprendre à s’accueillir dans leurs différences.Mais, à cause de la modernité, de l’interculturalité, de l’informatique, des familles reconstituées et de la baisse des effectifs, les enjeux des rapports intergénérationnels dans les communautés religieuses s’intensifient.Répondre à une commande bien précise dans 10 minutes est tout un défi.J’ai cherché longtemps sur quel pied j’allais danser.J’ai choisi de regarder mon expérience et d’interroger des personnes autour de moi pour mieux cerner les enjeux du groupe d’âge que je représente, soit celui de la soixantaine.PROFIL COMMUNAUTAIRE Nous, les Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph, sommes une congrégation internationale, répartie dans 5 régions : • La région France avec 46 personnes dont les plus jeunes ont fin 60 ans ou début 70 ans.• La région Ville-Marie avec 93 personnes.J’avais l’habitude de dire que j’étais la 5e plus jeune de la région mais maintenant que nous accueillons nos sœurs de l’Amérique latine, 214 La Vie des communautés religieuses elles viennent de me faire reculer à la 10e place.Elles sont 5 en bas de 40 ans.Les autres dans la région ont entre 55 ans et 103 ans.• La région Saint-Joseph avec 68 sœurs : elle compte des jeunes dans la quarantaine venant de la République Dominicaine.Quant à l’Ontario, les plus jeunes se situent dans la cinquantaine.• La région Notre-Dame de l’Assomption au Nouveau-Brunswick compte 127 sœurs.C’est une région florissante en raison de notre insertion au Pérou et au Mexique.C’est là que nous retrouvons 3 professes à vœux temporaires, 1 novice, 2 postulantes et 2 aspirantes.• La région du Pérou compte 17 sœurs et une professe.Les statistiques de la congrégation font état de 359 sœurs au premier janvier 2005 : 28 sœurs nées entre 1940 et 1950; 7 sœurs, entre 1950 et 1975.Je dirais que la communauté des Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph est majoritairement composée d’aînées.Même si des jeunes entrent au Pérou, au Mexique et en République Dominicaine, elles demeurent minoritaires par rapport à l’ensemble de la congrégation.Quand je suis entrée à l’été 1960, j’avais 17 ans.Nous étions alors 8 postulantes; avec les novices, nous formions un groupe de 32 jeunes entre 17 et 30 ans.Dans notre congrégation, nous n’avons pas connu des entrées de 100 personnes; c’était plutôt des petits groupes.De sorte qu’à la période de l’exode commençant vers la fin des années 60 et début des années 70, nous avons continué d’accueillir 2, 3 ou 4 personnes.À l’époque, on ne s’inquiétait pas outre mesure.On ne sentait pas le besoin de faire du recrutement.Nous étions suffisamment nombreuses et bien vivantes pour répondre à nos besoins et à ceux de l’œuvre.Ma perception dans ce rapport intergénérationnel J’ai eu la chance de vivre dans différents groupes communautaires.Par exemple, dans un groupe de 24 sœurs où j’étais une des plus jeunes.J’ai appris à enlever les taches de cire sur la nappe de l’autel avec du shampoing.J’ai appris comment tra- Septembre-Octobre 2005 215 vailler du ruban, envelopper des cadeaux.J’ai appris comment faire du bon ketchup.En échange, mes compagnes accueillaient ma vitalité, mon dynamisme, ma créativité, mon goût de partager la Parole de Dieu et de former des équipes de révision de vie.J’ai vécu aussi dans un groupe de 5 sœurs où j’étais encore la plus jeune, mais cette fois-ci, l’écart d’âge n’était que d’un an : nous avions entre 28 et 32 ans.Un même dynamisme nous habitait pour vivre et partager ensemble, faire du sport.Cependant, le partage se faisait avec plus de tensions.Heureusement que la prière nous rassemblait! Aujourd’hui, je vis avec une sœur du même âge et des jeunes étudiantes et travailleuses de 17 à 33 ans.La situation est inversée : je suis l’aînée du groupe.Le fait de vivre en intergénérations donne des éléments de croissance des deux côtés.Les jeunes nous gardent dans une certaine souplesse d’esprit et de corps, et dans une certaine ouverture de cœur.De notre côté, nous leur permettons de grandir en élargissant leur regard, en leur permettant de voir plus grand qu’elles-mêmes, en relativisant leur expérience.Un jour que je disais à une sœur : « Tu ne devrais pas faire cela comme ça », elle m'a répondu : « Est-ce qu’il n’y a qu’une façon de faire les choses?» Ce jour-là, j’ai appris à relativiser et à accepter la différence entre les personnes.Si je regarde les personnes de mon âge dans la congrégation, nous sommes toujours les plus jeunes de la communauté.Encore hier matin, une sœur nous saluait en nous disant : « Bonjour les jeunes »! L'âge, c’est relatif : pour les jeunes de 20 ans avec qui nous vivons, nous sommes « vieilles ».Mais en communauté, nous demeurons toujours les plus jeunes.Quand nous avions 40 ans, on souhaitait prendre des responsabilités; mais, on remarquait que les «TLM» (Toujours Les Mêmes) occupaient les postes cadres.À ce moment-là, on n’était pas à la recherche de supérieures.Une supérieure finissait un terme à un endroit, on la nommait ailleurs et elle était bonne pour 216 La Vie des communautés religieuses 6 ans encore.C’est sans amertume que je vous cite des faits.Nous avons souffert des réunions communautaires placées sur nos heures de travail.Ou encore des fêtes de congrégations placées le samedi alors que, pour nous infirmières, on n’avait pas toujours nos samedis de congé.La souffrance vécue jadis m’amène à me poser la question : « Sommes-nous capables à notre tour de faire la place aux jeunes si elles venaient se joindre à nous?Sommes-nous capables de nous ouvrir à d’autres cultures et à d’autres âges?Il ne faudrait pas leur faire revivre ce que nous avons vécu.J’en arrive à parler des points positifs, des difficultés et des défis.BEAUTÉS, DIFFICULTÉS ET DÉFIS Les beautés : Les personnes autour de 60 ans dans les communautés religieuses sont très actives, en pleine possession de leur être : • au niveau du corps, au niveau de l’intelligence, au niveau du cœur.• Nous assurons la continuité de la congrégation et de certaines œuvres, et les sœurs aînées s’en réjouissent! • Nous sommes au front avec de multiples engagements.• Nous sentons beaucoup de confiance du côté des responsables.• Nous occupons davantage les postes d’autorité dans la congrégation.Les difficultés : • Difficile de s’ouvrir à une autre mentalité d’âge ou de culture.• Difficile de changer nos routines, nos manières de faire et de voir.• Difficile d’être malade ou en congé ou aux études car il y a tant à faire et les regards sont tournés sur les « jeunes ».• Difficile de trouver des personnes disponibles pour s’engager.Septembre-Octobre 2005 217 • Difficile de se tenir à jour sur les grands dossiers et enjeux de l’heure : mariage gai, mariage des prêtres, euthanasie, éthique, environnement.• Difficile de choisir entre l’interne et l’externe.• Difficile de garder l’espérance pour les vocations quand on regarde tout l’investissement pour la formation de celles qui entrent et le peu de résultats qui en découlent.Les défis : • Être à la fois en dedans au service de la congrégation et en dehors pour continuer la mission.• Risquer de nouveaux projets en intergénérations.Gérer la décroissance est important mais on devrait garder au cœur de nos préoccupations de gérer du neuf avec des jeunes.C’est Gilles Routhier qui disait : « Posez-vous les questions : Avez-vous besoin des jeunes?En voulez-vous ?» • Le plus grand défi est de garder l’espérance que nous travaillons pour l’Église et que, malgré les apparences, nous sommes témoins d’un Dieu amour qui unit et libère.Les jeunes ont de plus en plus besoin de goûter à cette liberté des enfants de Dieu, charisme des Hospitalières de Saint-Joseph.Au-delà de nos âges, l’Esprit du Seigneur nous met en marche.Cécile Gagné, r.h.s.j.www.centrevocationnel.qc.ca 7400 boul.Saint-Laurent Montréal, QC H2R 2Y1 (514) 271-5659 218 La Vie des communautés religieuses Les 70 ans et plus Sr Jeanne Dusseault, c.s.c.Profil de notre communauté En janvier 2005, notre communauté locale compte 12 personnes représentant un mélange de nationalités et de générations.La moyenne d’âge est de 54 ans; la plus jeune est dans la vingtaine, l’aînée a 85 ans.Une soeur vient du Burkina, une vient du Pérou, une autre est haïtienne, quatre sont vietnamiennes, trois sont québécoises de souche et une est albertaine.Notre projet commun : l’accueil Ensemble nous portons un même projet : l’accueil.• Notre maison est effectivement un lieu d’accueil pour les nouvelles membres en formation en Sainte-Croix; • C’est aussi un lieu d’accueil pour des jeunes femmes qui y viennent pour un temps de retraite, d’intériorité, pour différentes sessions, pour de l’accompagnement individuel ou en groupe.• Des groupes de jeunes y sont aussi accueillis soit pour un parcours catéchétique, soit pour poursuivre leur cheminement spirituel par le biais des Exercices de saint Ignace.Septembre-Octobre 2005 219 Comment je me perçois dans ce rapport intergénérationnel Dans ma communauté locale, le rapport intergénérationnel est conditionné par la présence de cultures différentes.Les générations des 20 à 60 ans ont hérité de la culture de leur pays d’origine, culture différente de celle des 70 ans et plus, celles du pays d’accueil.Quant à moi, personnellement, des situations antérieures expliquent et facilitent mon vécu dans cette réalité : de par ma situation familiale, professionnelle et communautaire j’ai toujours été en contact avec des personnes de culture différente de la mienne.En réfléchissant, j’ai constaté que, même si je suis bel et bien dans la catégorie des aînées, je fais, face à cette réalité de l’intergénérationnel, deux prises de conscience : d’un côté, je ne m’identifie pas plus à une génération qu’à l’autre; de l’autre côté, vivant dans un contexte intergénérationnel, je pose des gestes que je crois susceptibles d’aider la cohabitation harmonieuse des générations.Aussi, le respect que je porte à chaque génération, à chaque culture, m’aide à faciliter la transition d’une génération à l’autre et la compréhension de divers aspects culturels.J’essaie de relativiser ce qui n’est pas déterminant, comme par exemple « l’ordre », une valeur pourtant très importante dans notre vécu religieux d’antan, au point que les rapports après une visite canonique, soulignaient souvent ceci : « L’ordre et la propreté régnent dans cette maison.» Dans ma situation actuelle (avril 2005), je me perçois parfois comme une antiquité ou comme une grand-mère inquiète devant les énormes défis qui attendent les générations plus jeunes.A d’autres moments, je me vois comme un « poteau-mitan », un indicateur de certaines valeurs que je considère essentielles, non négociables, entre autres, le primat de la vie et du cheminement spirituel.Les éléments positifs de notre situation Notre situation comporte des éléments positifs.Voici quelques extraits de ce qu'ont dit les soeurs de ma génération.220 La Vie des communautés religieuses Ce qui me touche, c’est la vivacité de la foi des plus jeunes, leur zèle apostolique, leur créativité.la détermination dont elles font preuve quand je considère ce qu’elles ont dû quitter pour répondre à l’appel de Dieu et les apprentissages auxquels elles consentent généreusement, leur ouverture de coeur et d’esprit, leur soif de connaître, de comprendre, leur respect des personnes démunies, appauvries, vieillissantes.Nous, les aînées, nous sommes le sol où s’enracine la mission de la congrégation.Nous avons à surveiller la qualité du sol.Nous sommes rassemblées pour une mise en commun en vue de la mission.Nous avons à assurer un support dans le succès comme dans les échecs.C’est notre part pour assurer l’avenir.Les âges variés assurent un certain équilibre : sagesse, émerveillement, emballement, audace.Nous offrons nos valeurs d’aînées, avec la conscience d’être, dans le temps, gardiennes des racines sur lesquelles nous avons été fondées et avons grandi comme congrégation.Notre service, notre fidélité à la prière, notre attention personnalisée à chacune constituent un mode de langage propre auprès des plus jeunes.Notre milieu comporte bien des variétés : âges différents, mentalités différentes, formations différentes, d’où la richesse des échanges, des perceptions sur les réalités qui nous entourent, les écoles de pensées, etc.La vie bouge autour de nous, chez nous.Ça stimule.Pas moyen de se laisser aller.Les soeurs de notre communauté locale appartiennent majoritairement à la catégorie des 20 à 40 ans et à celle de la fin de la courbe des âges, i.e.70 ans et plus.Ceci crée une relation marquée, d’un côté par le partage des expériences vécues et des valeurs à transmettre et, de l’autre côté, par l’accueil de ce qui est transmis.La relation n’en est pas une de compétition.Elle repose sur le sacré de notre engagement perçu différemment parfois selon les âges.Septembre-Octobre 2005 221 Quelques difficultés rencontrées, constats et questionnements Eléments positifs, difficultés aussi, de même que constats suscitent certains questionnements.Parmi les difficultés rencontrées : • Une certaine vulnérabilité sur le plan affectif a des répercussions psychosomatiques chez plus d’une, paralyse leur cheminement intérieur et a un impact sur leurs relations.Lié à cette vulnérabilité, il y a risque que les aînées enferment la personne dans cette première perception qu’on a d’elle.• Un piège : l’individualisme versus le communautaire.Comment développer le sens de l’appartenance dans un contexte où les âges sont variés, les formations variées, les engagements apostoliques variés?• Les nouvelles membres sont si peu nombreuses que le focus est souvent centré sur elles, les 20-30-40 ans, ce qui peut devenir un fardeau pour elles; d’autre part, elles n’ont pas tout à fait leur place.Cela engendre une certaine solitude chez celles qui vivent comme minorité dans une communauté majoritairement âgée.• Devant les appels, les attentes, les besoins, comment demeurer collées à l’essentiel, comment faire des choix éclairés, comment gérer son temps et ses forces de façon à servir au meilleur de soi en évitant la surcharge qui mène à l’épuisement?• Le monde actuel n'est pas celui dans lequel nous avons grandi.Comme nous l’a rappelé le Père Tillard : « Nous sommes les derniers témoins d’une certaine façon de vivre la vie religieuse.» Il dit bien « d’une certaine façon de vivre » car il y a des fondements de notre vie chrétienne et religieuse qui sont non négociables, sans quoi nous nous renions nous-mêmes.Comment faire la distinction?Comment faire la part des choses?Ce sont des interrogations que je porte constamment dans mon coeur en tâchant de me rappeler que je ne suis pas le sauveur du monde.222 La Vie des communautés religieuses • À cause des expériences accumulées, des habitudes acquises, nous pouvons être tentées, nous les 70 ans et plus, de décider de ce qui est mieux.Ce mieux peut être présenté comme la seule façon de faire, comme « la » chose à faire.Comment prendre conscience de ce fonctionnement?Comment accepter avec humour de faire de la place à l’autre?Comment « être là » mais pas trop?• Autre difficulté : les habitudes alimentaires.Ce qui amoindrit cette difficulté chez nous, c’est que chacune fait la cuisine à tour de rôle, ce qui permet de découvrir des mets savoureux spécifiques à certains pays mais aussi ce qui assure un sain équilibre alimentaire aux unes comme aux autres.Les défis les plus importants pour mon groupe d’âge Deux défis nous apparaissent particulièrement importants : • Savoir discerner et sauvegarder l’essentiel et lâcher prise face à ce qui est relatif et secondaire que ce soit au niveau du langage, des manières de faire, de la façon d’exprimer sa foi, ses croyances, sa vision de la vie religieuse, etc.Lâcher prise sur le « faire à sa façon » pour être attentive à « la façon de faire » que l’autre porte et cela afin de réaliser ensemble un projet, un rêve.• Savoir accepter la remise en question de valeurs qui nous sont chères par les plus jeunes membres qui ont une façon directe de dire leurs pensées, leurs sentiments, leur vécu.Sommes-nous prêtes à accepter la vérité exprimée sans « enjolivure »?Nous sommes conscientes d’avoir d’autres défis à relever: • Trouver un dénominateur commun assez profond, motivant, pour que les différences deviennent richesses complémentaires et ne s’opposent pas.• Laisser la place aux jeunes et leur donner le support nécessaire pour qu’elles aillent de l’avant et osent prendre leur place.Il y a danger que les soeurs aînées assument trop longtemps les Septembre-Octobre 2005 223 responsabilités de leadership dans nos communautés.Comment favoriser la relève dans ce domaine?• Quand les 20-30-40 ans planifient des projets à long terme, accepter que nous, les 70 ans et plus, n’avons pas la vision de ce qui est actuellement projeté.Nous pouvons apprécier ce qui est proposé, nous pouvons appuyer les initiatives, mais nous devons admettre ignorer le « Comment cela se fera-t-il?».• Eviter de multiplier l’utilisation du terme « les jeunes » quand nous parlons des 20-30-40 ans.Cette expression finit par créer une mentalité face aux nouvelles membres et fait apparaître une polarisation : plus jeunes versus soeurs âgées.• Dans une communauté formée de membres qui appartiennent à toutes les catégories d’âges, il faut avoir l’espace physique et l’espace intérieur nécessaires qui favorisent différents vécus, différents besoins, différentes façons de célébrer, en particulier de célébrer notre foi.Conclusion En conclusion, je dirais que nous avons la responsabilité de chercher à bien voir, à bien agir selon les lumières reçues, laissant l’avenir à Dieu ! Effectuer un passage au sens pascal du terme! Sr Jeanne Dusseault c.s.c.5800 chemin de la Côte-des-Neiges Montréal, Québec H3S 1Y9 514-735-3284 224 La Vie des communautés religieuses BILAN DES ATELIERS A) Rencontre en équipes d’une même génération : Le cri du cœur de chaque génération Les ateliers du matin regroupaient les gens d’une même génération qui échangeaient autour des questions suivantes: Comme membre de votre génération, nommez une souffrance que vous vivez dans vos rapports avec les autres générations.Comme membre de votre génération, nommez une joie que vous vivez dans vos rapports avec les autres générations.LES 20-40 ANS Souffrances : • Rythme lent dans les prises de décision.• On travaille peu pour l’unité.• Nous sommes des personnes responsables de nous-mêmes.• Difficulté à trouver sa place les uns, les unes par rapport aux autres (poids des habitudes).• Vivre seul ensemble.« Ça a toujours été comme ça, pourquoi changer?» Ce n’est pas seulement une question de génération! C’est une question de culture, de formation, de mentalité.Joies : • Richesse des partages à tous les niveaux.• L’ouverture avec souplesse.• Enrichissement - ouverture—complicité.• Transmission du charisme et de l’espérance.• Partage des expériences de vie.Richesse des 75 ans et plus.LES 41-50 ANS Souffrances : • Manque de partage en profondeur au quotidien.• La peur des changements.• Besoin d’échanger avec d’autres jeunes.Joies : • Témoignage joyeux (partage d’expériences de vie).• Vie de prière et fraternelle.• Internationalité.Septembre-Octobre 2005 225 LES 51-65 ANS Souffrances : • Manque de jeunes.• Être génération “sandwich” traitée entre deux pôles.• Individualisme qui conduit à l’immobilisme.• Manque de moyens pour actualiser le dynamisme des différentes générations.• Comme génération de transition nous vivons en tension.• Peur de nos fragilités dans la confrontation au niveau de la communication.• Manque de reconnaissance et de confiance.• Génération « sandwich » : Mise de côté - Tiraillement entre les deux générations.• Manque de reconnaissance mutuelle.• Après nous ?• Attitude rigide de la personne (plus que l’âge).Joies : • Dynamisme de tous les âges et sérénité des plus âgé-e-s.• Retour à l’essentiel de la vie religieuse - « continuellement mises à contribution ».• Expériences positives de communication intergénérationnelle.• Flamme pour la mission.• Sagesse, capacité à relativiser et à dynamiser notre vie.• Partage de foi communautaire.• Communion d’énergie entre la sagesse des personnes aînées et la créativité des jeunes.• Dynamisme qui surgit de nos différences.• Etre une génération “sandwich” capable d’écouter / et de rassembler les autres générations.• Ouverture au monde qui maintient le souffle et l’Espérance.• Ouverture aux autres et passion pour vivre la mission jusqu’au bout.LES 66-75 ANS Souffrances : • Manque d’accueil de nos différences.• Manque de souci de « faire advenir » le potentiel de l’autre (jeunes et de tous âges).226 La Vie des communautés religieuses • Génération tampon (trop de responsabilités).• Absence de communication compte tenu des intérêts différents.• Manque d’énergie face au travail.• Individualisme qui génère un manque de communication.• Jeunes : difficulté à durer dans un engagement.• Aîné-e-s : obligation de les déraciner.• Difficulté de reconnaître le potentiel de celles et de ceux qui nous suivent et de leur léguer des postes de responsabilité dans la confiance.• Le style de vie «différent» des plus jeunes nous dérange.• Plafonnement de la passion, climat de morosité.• Communication.• Manque de dialogue.• Rythme de vie différent, de là jaillit la peur de l’individualisme et de l’incompréhension.Joies : • Communion dans nos valeurs fondamentales.• Espérance que fait naître la relève.• Génération plus âgée (ancrage).Génération plus jeune (créativité).• Dynamisme pour avancer ensemble dans des projets communs.• Spontanéité dans l’expression des besoins.• Joie de nous trouver ensemble (célébrer).• Jeunes : regard neuf et enthousiasme.• Aîné-e-s : sérénité et sens de l’engagement jusqu’au bout.• Joie de découvrir la richesse des autres quand on ose accueillir : la sagesse des aînés, la façon de vivre la mission dans un engagement à l’extérieur de la communauté.• Confiance mutuelle et enrichissement dans notre relation.• Existence de rêve et de passion chez certaines personnes aînées.• Ouverture, responsabilité vis-à-vis des jeunes.• Passion dans l’engagement.• Complémentarité, apporte des partages enrichissants à tous les niveaux.LES 76 ANS ET PLUS.Souffrances : • Perte du feu sacré.• Je souffre d’une certaine superficialité dans le traitement des questions sérieuses.Septembre-Octobre 2005 227 Joies : • La source de Vie jaillit encore en chaque personne.• Joie d’être encore active et de rendre service.B) Rencontre en équipes intergénérationnelles : Une interdépendance au cœur d’un projet commun Les 41 ateliers de l’après-midi mettaient ensemble des gens de différentes générations, qui échangeaient autour des questions suivantes: Quelles seraient les deux urgences actuelles auxquelles il faudrait répondre afin de favoriser les relations intergénérationnelles?Afin de répondre à ces urgences, quelles seraient les deux pistes d’action concrètes à proposer au sein de nos communautés?1.Comprendre la psychologie des différents âges pour un « être ensemble ».Se donner une formation psychologique personnelle et communautaire pour une meilleure connaissance des diverses étapes de la vie.2.Développer une culture du « lâcher prise ».S’investir et se compromettre dans un processus de mise en commun de nos richesses et de nos fragilités.3.S’ouvrir et se convertir pour reconnaître et accepter nos différences.Echanger, communiquer, écouter, s’informer.4.Se questionner sur ce que l’on veut vivre comme vie communautaire.Passer du regard humain au regard de foi (second regard).5.Provoquer des espaces de dialogue pour s’écouter, se laisser interpeller pour être prêt-e-s au changement.S’outiller, créer des espaces, libérer la parole pour se dire les vraies choses.6.Dialogue.Redéfinir la mission dans un langage commun.7.Adaptation aux changements.228 La Vie des communautés religieuses Travailler en équipe intergénérationnelle.8.Reconnaître la « personne » dans son originalité et avec ses différences.Prière/ vers une conversion personnelle et communautaire.9.Penser la mission communautaire (individualisme), le charisme de fondation nous unit.Prise de parole de chaque personne dans la communauté où des projets à 2 ou 3 peuvent se dessiner.10.Se libérer de ce qui n’est pas essentiel.Simplicité, souplesse dans la vie courante.11.Ranimer la flamme première au cœur de notre être dans le moment présent.Respecter mon être et celui des autres à la lumière de l’Évangile.12.Connaissance et acceptation des cultures (d’origine et d’âge).Avoir un lieu d’entraide intercongrégations pour connaître les cultures.13.Ouverture, respect, dialogue pour une plus grande communion.Lâcher prise d’une certaine conception de la vie religieuse.14.Accueil de la diversité.Un projet commun.15.Gérer notre croissance personnelle et communautaire comme disciple de J.-C.Dialogue dans l’accueil, l’ouverture.16.Passer de la communication au partage (ce que je suis, vis, rêve).Créer des lieux de rencontre.17.Chercher ce qui nous unit pour accueillir nos différentes façons d’être (dons et défis de chaque génération).Retourner aux sources de notre appel pour retrouver notre flamme intérieure.18.Atténuer l’individualisme par l’interdépendance.Inventer des lieux de rencontre autour d’une même passion.19.Favoriser la reconnaissance des potentialités.Appuyer, participer à des projets (forum, congrès) pour incarner nos rêves.20.Accueil mutuel de nos différences et qualité de présence dans l’écoute.Ouvrir la porte avec confiance aux jeunes membres qui appor- Septembre-Octobre 2005 229 tent leurs richesses et en solidarité, soutenir les projets de tous les membres (se réjouir de leurs succès).21.Interpellation personnelle et communautaire à la question : « En voulons-nous des jeunes?».Encourager une créativité ajustée au temps d’aujourd’hui et donner la chance de se dire.22.Relation.Formation actualisée et continue.23.Communication.Favoriser des rencontres communautaires, diverses et régulières.24.Cultiver la richesse de la complémentarité.Saisir, susciter, oser des rencontres (projets, partages, fêtes dans la gratuité).25.Aller à_l’essentiel de ce qui fait notre vie religieuse.Donner des responsabilités aux jeunes générations, avec formation et accompagnement nécessaires.26.Améliorer le dialogue entre les générations.Favoriser les échanges autour des expériences vécues incluant nos expériences de foi.27.Souplesse et adaptation.Cultiver la liberté intérieure en se rebranchant sans cesse sur le Christ.28.Ecoute et dialogue dans le respect.Oser se dire en vérité en favorisant des rencontres régulières.29.Communiquer en faisant attention à la personne.Vivre et laisser vivre (grâce de l’humour).30.Mettre l’accent sur l’être plus que sur le faire (qualité de présence).« Si mon frère ou ma sœur avait 100 visages, je le-la regarderais par son meilleur côté.» s.François d’Assise.31.Vivre joyeusement nos différences.Favoriser des projets créés et soutenus par toutes les générations.32.Reconnaissance mutuelle (communication).Apprendre à écouter ce qu’est l’autre.33.Reconnaître les différences pour expérimenter la communion en profondeur.Formation continue à tous les âges en privilégiant le dialogue communautaire.230 La Vie des communautés religieuses 34.Changer nos mentalités.Confier des responsabilités d’animation aux jeunes.35.Confronter notre vécu à la Parole de Dieu et revaloriser nos compagnes et compagnons de vie.Ouverture, partage, communication.36.Apprendre à s’écouter pour se comprendre.Confier des défis à des personnes à qui on ne pense pas spontanément les JLM : Jamais Les Mêmes 37.Reconnaître le potentiel de tous les membres de la communauté.Favoriser les petits groupes de partage.38.Se donner du temps pour communiquer afin que l’autre soit un allié et non pas une menace.Témoignages, partages de la part de jeunes de l’extérieur, engagés, religieux, religieuses, communautés nouvelles.Visites, parrainage entre générations.39.Ouverture et conversion du regard.Un projet rassembleur.40.Redécouvrir le sens de la vie religieuse ici et aujourd’hui.41.Refaire le tissu communautaire autour de ce qui est spécifique à la vie religieuse avec une vision de la mission centrée sur l’être plus que sur le faire.Reconnaître ce que chaque génération peut apporter et voir comment on peut y contribuer à l’enrichir; créer des événements pour le partager.Septembre-Octobre 2005 231 D’UNE GÉNÉRATION À L’AUTRE : DES TRAITS ET DES DÉFIS À SOULIGNER RELECTURE ET SYNTHÈSE Daniel Cadrin, o.p.Face à ce que j’ai entendu et lu aujourd’hui, dans les interventions, les ateliers et plénières, voici diverses remarques qui veulent souligner des éléments qui me semblent émerger davantage.Des attitudes En écoutant toutes les pistes qui sont ressorties pour favoriser les rapports entre les générations, je remarque qu’un certain nombre d’entre elles touchent des activités, en termes de rencontres et de projets, mais beaucoup touchent plutôt aux attitudes.Il est alors plus difficile de préciser ce qu’on fera exactement demain matin.Cela dit que le défi des rapports intergénérationnels n’est pas seulement de l’ordre de l’action, d’habiletés à développer ou de connaissances à acquérir, mais du savoir-être.Il met en jeu une dimension très spirituelle.Traits des générations Dans les traits des générations, mon attention est d’abord retenue par le constat suivant : quand on regarde les souffrances, il y a beaucoup de différences entre les générations; ce ne sont pas les mêmes.Mais quand on regarde les joies, cela se ressemble beaucoup plus.Certains traits sont plus marqués selon les générations.Ainsi, chez les 20-40 ans, c’est là que la dimension interculturelle est la plus forte et la plus présente.Et c’est une génération qui vit un cer- 232 La Vie des communautés religieuses tain isolement, une solitude, qui vit une frustration par rapport aux changements qui viennent plus ou moins.La génération des 50-65 ans est présentée comme une génération sandwich, entre-deux, tiraillée, qui vit des tensions.Ces traits sont très nets.C’est peut-être normal: elle est située entre les jeunes et les aînés.C’est une génération qui a beaucoup parlé des tâches, comme elle est prise par les tâches et les responsabilités.On a vu aussi que des difficultés se posent plus souvent entre ces deux générations, celles de 20-40 ans et de 50-65 ans, qu entre la génération plus âgée et les plus jeunes.Cela se comprend très bien.Défis majeurs Un point commun qui ressort clairement des souffrances et joies de chaque génération et des urgences et pistes pour l’avenir, c’est le défi de la communication entre les âges dans les communautés religieuses : partager nos expériences, nous rencontrer, dialoguer, .Ce défi déborde les rapports entre générations mais l’inclut grandement.Il faut se parler et se donner les moyens de se parler.Cela demande d’y investir, de s’engager, non seulement par des paroles mais par des décisions pratiques pour une mise en oeuvre.Un autre défi qui ressort fortement, c’est autour de ce qu’on peut appeler projet commun, projet communautaire.Entre ce qui a été plus connu autrefois, une mission collective, et ce qui souvent a suivi, des projets individuels signifiants mais éclatés, il y a place pour autre chose.On sent qu’on est rendu à un point dans 1 histoire des communautés où il nous faut être capable d’avoir des projets communautaires, avec des frères, des sœurs, de différentes générations.Cela ne peut se faire sans un attachement à un même héritage, un même charisme, et sans une passion commune, qui vient de cet attachement.C’est là une priorité à privilégier.Cela me rend conscient de la chance que j’ai, à l’Institut de pastorale, de vivre un tel projet communautaire : dans notre équipe, il y a un frère dans la trentaine, un dans la quarantaine, un dans la cinquantaine, un dans la soixantaine, un dans la soixante-dizaine.Ce n’est Septembre-Octobre 2005 233 pas voulu comme tel, mais c’est peut-être pour cela que c’est dynamisant comme vie dominicaine.Intergénérationnel et interculturel Dans l’avenir, il est clair que les liens entre les générations auront à se penser en même temps que les liens entre les cultures.L’intergénérationnel rejoint et va rejoindre de plus en plus la question de l’interculturel.Et les générations nouvelles sont beaucoup plus marquées par l'interculturalité, comme on l’a vu aujourd’hui.Chacun ses fragilités La question de nos fragilités a été mentionnée plusieurs fois.Ce que nous avons entendu aujourd’hui nous appelle à être plus conscient-e-s que chaque génération a des fragilités mais ce ne sont pas les mêmes.Chaque génération est invitée à se demander quelle est sa fragilité et à risquer de l’exposer aux autres.On en a tous, on n’a pas à se gêner de la montrer.Et nous n’avons pas non plus à juger que la fragilité d’une autre génération est vraiment plus fragile que la nôtre, alors que nous, malgré nos fragilités, on est solide! Il y a quelque chose d’évangélique à mettre en commun nos fragilités; et cela va nous rendre plus forts.Un lâcher prise À propos de la transmission entre les générations, à plusieurs moments il a été question de lâcher prise.La génération des 50-60 ans est tellement prise, accaparée par les tâches, les responsabilités.Alors elle est appelée à lâcher prise un peu.Nous sommes des communautés en devenir, nous disait Michelle Audet.Dans le devenir à venir, il est important que les générations d’âge moyen et plus âgées voient à ce que les générations qui viennent après elles ne soient pas aussi accaparées par les tâches, absorbées par tout ce qu’il y a à faire.Donc, ces générations, la mienne et celle un peu avant, nous avons du ménage à faire (ne pas tout garder) pour que les générations qui nous suivent soient plus libres.234 La Vie des communautés religieuses La formation La question de la formation est revenue, on a insisté là-dessus.La formation initiale et continue est vraiment cruciale pour rester plus ouvert-e face aux autres générations.Chaque âge de la vie peut continuer à apprendre, à découvrir.Mais cela invite nos communautés à mieux penser la formation continue non seulement dans ses contenus mais aussi dans ses modalités.Cette formation se fera-t-elle purement de façon passive, où on reçoit des données, ou de façon plus interactive?Ce serait déjà un pas en avant pour échanger davantage entre nous.Points de tension Il est toujours intéressant de voir quels sont les points de tension dans un groupe, quels sont les équilibres à trouver, qui ne sont pas toujours faciles.Ces tensions peuvent advenir autour du rapport au passé, du rapport à l’avenir, de la mission, du mode de vie, etc.Quelques points de tension me semblent émerger.Tension entre la parole et le silence, par rapport à nos différences et à ce que nous avons en commun; pour favoriser 1 entente, il y a la tentation du silence et celle de la parole forcée.Tension entre être actif et prendre son souffle.Tension entre être au-dedans et/ou être au-dehors.Un autre point de tension, qui toutefois n’a pas été mentionné aujourd’hui et qui serait à travailler, c’est le rapport à l’Église : selon les générations, ce rapport est très différent.L’événement du décès et des funérailles du pape suscite entre nous des réactions différentes, qui sont liées aussi à la dimension générationnelle.Une culture du débat Reconnaître nos différences, favoriser les relations intergénérationnelles, cela n’est pas possible sans développer dans nos communautés religieuses une culture du débat.Qu il y ait place pour débattre, sans qu’on pense pareil et sans qu’il faille à tout prix qu’on pense pareil.Ce n’est pas facile.La société québécoise n’est Septembre-Octobre 2005 235 pas une société qui valorise le débat.L’Église, aussi, n’est pas une institution qui valorise le débat.Et nos communautés religieuses, traditionnellement, ne l’ont pas fait.Cela part mal! Mais c’est possible.Débat ne veut pas dire chicane.Cela rejoint la question de la communication : nous donner l’espace physique, l’espace communautaire, l’espace intérieur, pour vivre ces débats.On peut même les vivre dans l’humour, dans la joie.Une démarche à poursuivre Une piste d’avenir, concrète et réalisable, c’est de poursuivre la conversation entre générations, comme nous l’avons fait aujourd’hui, dans les communautés locales ou des groupes plus larges.Soit de façon informelle, soit par des rencontres, soirées, journées sur ce sujet.Les ressources dont déjà là, ainsi que la motivation .Daniel Cadrin o.p.2715 chemin de la Côte Ste-Catherine Montréal, Québec H3T 1B6 (514) 739-3223 AVIS Les pages publicitaires de novembre-décembre 2005 devront entrer avant le 13 septembre 236 La Vie des communautés religieuses À QUELLES CONDITIONS BÂTIR UN PROJET COMMUN?RELECTURE ET SYNTHÈSE Gisèle Turcot, sbc Dès l’ouverture de cette journée, Michelle Audet, rsr, affirmait que nous sommes des communautés en devenir, appelées à développer une culture de solidarité et d’interdépendance.En même temps, elle nous rappelait qu’on se mobilise autour d’un rêve, d’une passion.Or Dany Roussel demandait justement quelles peuvent bien être nos « raisons communes », celles qui nous feraient quitter des zones confortables pour explorer ensemble des terres inconnues?Il observe que l’identité des 40-65 est liée au travail, alors que les plus âgés sont attachés à l’héritage des temps héroïques et que les plus jeunes sont à la recherche d’une communauté en dialogue.Comme les citoyens en quête des nouvelles bases d’un tissu social, les religieux et les religieuses s’interrogent sur leurs vraies raisons de vivre ensemble.Fait notoire, les plus jeunes intervenants(es) aujourd’hui ont remarqué chez nous, les plus âgés(es), une tendance à garder nos manières d’agir, manifestant parfois une certaine rigidité qui met en péril l’accueil de la nouveauté.Il s’en dégage une certaine vulnérabilité dans chaque tranche d’âge lorsque viennent les remises en question.Tout au long de la journée, les unes et les autres ont dit souffrir d’un manque de reconnaissance mutuelle entre les générations.C’est un appel en creux à nommer l’apport de chaque groupe, de chaque tranche d’âge qui forme la communauté, car comment pourrions-nous célébrer ce qui arrive difficilement à se nommer?Septembre-Octobre 2005 237 Reconnaissons-le, il existe un premier défi à relever : l’élaboration d’un langage qui favoriserait la rencontre intergénérationnelle.Comment communiquer, entre autres, le vécu personnel et apostolique, vérifier des perceptions, saisir des significations au-delà des apparences et des mots codés?C’est un véritable chantier qui se dessine ici.La qualité du dialogue en dépend.La vitalité de la communion encore davantage, surtout dans un monde où rivalités et conflits sont le lot quotidien de tant de familles et de peuples.Jean-Paul II invite les communautés à donner un vigoureux témoignage : « Insérées dans les sociétés de ce monde - des sociétés souvent traversées de passions et d’intérêts conflictuels, aspirant l’unité, mais incertaines sur les voies à prendre -, les communautés de vie consacrée, où se rencontrent comme des frères et des sœurs des personnes d’âges, de langues et de cultures diverses, se situent comme signes d'un dialogue toujours possible et d’une communion capable d’harmoniser toutes les différences.» (Vita Consecrata, 51) A propos du respect des différences Les rapports entre les générations offrent évidemment un champ privilégié de pratique évangélique du respect de la dignité de l’autre, quelles que soient son expérience, sa culture, ses aspirations.De nombreuses interventions de participants(es) ont pointé l’impérieuse nécessité d’apprendre à respecter les différences, principalement entre personnes d’origines culturelles diverses.On a d’ailleurs remarqué que plusieurs jeunes religieuses et religieux présents à cette journée proviennent d’autres continents.Soit dit en passant, leur présence apportait un vent de fraîcheur à notre assemblée.Reconnaissons d’emblée que maintes congrégations internationales sont engagées dans ce processus de développement du lien interculturel du seul fait que les vocations nouvelles proviennent en majorité de l’Amérique latine, de l’Afrique et de l’Asie.Une prochaine étape de réflexion sur les rapports intergénérationnels en communauté pourrait se concentrer sur cette dimension, en faisant appel à l’expérience des congrégations engagées dans le dialogue interculturel.238 La Vie des communautés religieuses Mais revenons au respect des différences entre générations.Comme Élisabeth reconnut en la jeune Marie la porteuse d’une nouvelle alliance, saurons-nous accueillir les nouveaux porteurs d’espérance issus des générations montantes ?Il nous faudra l’ouverture du vieillard Siméon, la sagesse de la prophétesse Anne pour nous laisser atteindre par les appels - et les silences - des plus jeunes.Ne doutons pas que Dieu prépare déjà en secret les apôtres et les missionnaires dont il a besoin.Ce monde utilitariste et technocratique a besoin de vivre l’expérience de la gratuité et de voir les fruits de la « nouvelle imagination de la charité », selon l’expression de Jean-Paul H.D’ailleurs, affirme-t-il, « le troisième millénaire attend l’apport de la foi et de la créativité de nombreux jeunes consacrés, pour que le monde devienne plus serein et plus capable d’accueillir Dieu et en Lui, tous ses fils et toutes ses filles.» (Vita Consecrata, 106) En même temps, qui dit intergénérationnel dit transmission d’une sagesse acquise, plus ou moins coulée dans un moule institutionnel.Les plus jeunes se heurtent encore malgré tout à ce visage institutionnalisé des valeurs qu’ils recherchent.Ce paradoxe concerne au premier chef l’avenir de la vie consacrée chez nous.A vous, les plus jeunes, de retrousser vos manches pour façonner les outres neuves de la suite de Jésus dans la culture contemporaine.L’ensemble de cette journée permet d’espérer un dialogue fructueux.Jusqu’à quel point sommes-nous prêts(es) à nous avancer les uns vers les autres pour conclure ce fameux « pacte de solidarité intergénérationnel » dont parlent Jacques Grand’Maison et Solange Lefebvre?(La part des aînés, Montréal, Fides, 1994) Si nous sommes assez passionnés pour la suite de Jésus Christ, le jeu en vaut la chandelle! Gisèle Turcot, sbc 1215, boul.St-Joseph Est, Montréal H2J 1L7 turcogi(a)bonconseil.qc.ca Septembre-Octobre 2005 239 OUI JE LE «VOEU»! Patsy Morency, m.i.c.Les 27, 28 et 29 mai dernier s’est tenue la 7e édition du rassemblement des religieux et religieuses de 40 ans et moins autour du thème « oui, je le “vœu” ! » Ces rencontres sont nées d’un besoin de se rassembler entre personnes d’une même génération, la plupart du temps minoritaires dans leur communauté, pour réfléchir à ce qui motive notre vie religieuse et donne sens à notre engagement radical à la suite de Jésus Christ.Cette année, nous étions 31 participants de 18 congrégations différentes et originaires des 5 continents.Ce fut très agréable de faire connaissance, ou de se retrouver pour ceux qui s’étaient déjà rencontrés les années précédentes.Chaque rassemblement se vit habituellement dans un endroit différent qui nous permet de connaître d’autres lieux et d’autres formes de vie religieuse.Cette année nous avons été accueillis à Rawdon par la Communauté du Chemin Neuf, communauté nouvelle fondée en France en 1973.La maison « Val de Paix » est un lieu enchanteur et propice à la réflexion, aux partages et à la prière.La fin de semaine est rythmée par la réflexion et l’échange en petits groupes, en plénière ou dans les temps plus informels.Nos liturgies sont à la fois simples et belles, marquées par la diversité de nos talents.Nos cœurs s’unissent dans la prière pour nourrir nos soifs et nos aspirations profondes à la même source qui nous abreuve.C’est toujours une grande joie de célébrer ensemble et de rendre grâce pour notre consécration au Seigneur par des charismes et des façons de faire bien différentes les unes des autres.240 La Vie des communautés religieuses Ces rassemblements nous aident à reprendre la route enrichis du partage de chacun et de l’interpellation mutuelle.Ils nous invitent à vivre centrés sur l’essentiel de notre engagement religieux.Tout en étant « vitalisants », ils permettent de créer des liens entre nous, et le passé nous démontre que cela nous permet d’être solidaires les uns des autres toute l’année durant dans nos différents ministères.Nous sommes toujours heureux de nous revoir à l’occasion d’autres événements qui se présentent.Le thème choisi cette année nous a permis d’échanger sur nos différentes façons de concevoir et de vivre les vœux dans nos communautés respectives, et de réfléchir ensemble sur les aspirations que nous portons.Une question bien importante nous fut posée comme piste de réflexion : comment les vœux ont-ils encore quelque chose à dire au monde en 2005 et comment pouvons-nous en témoigner de façon significative ?La société actuelle nous renvoie constamment aux choix personnels que nous faisons en donnant notre vie à Jésus Christ.Faire des vœux, c’est choisir de centrer sa vie sur l’essentiel et vivre dans la liberté un appel qui nous est donné gratuitement et dont nous sommes invités à témoigner.Notre option radicale est encore d’actualité et se rassembler pour en parler nous permet d’être solidaires entre pairs et de nous interpeller mutuellement pour continuer la route avec persévérance et espérance.Nous croyons que les vœux sont des moyens pour vivre la mission qui nous est confiée.Mais la vie religieuse c’est avant tout se mettre à la suite de Jésus Christ qui nous invite à lui répondre le plus fidèlement possible, selon notre charisme et nos talents, en disant avec un enthousiasme renouvelé : « oui, je le “vœu” ! » Patsy Morency, m.i.c.2100 rue de Londres Ville St-Laurent, Qc H4L 3A6 (514) 332-1259 Septembre-Octobre 2005 241 RÉFLEXIONS LIBRES POST-FORUM 2005 Monique Thériault s.n.j.m.Michel Rondet, s.j.affirme dans un de ses livres : « La vie religieuse en soi n’existe pas, il n’y a que des familles religieuses ayant chacune leur originalité, leur charisme propre.»' Et je suis d’accord.Durant le Forum organisé par la Conférence religieuse canadienne (CRC) durant la fin de semaine du 3 au 5 juin 2005, dont le thème était « La vie religieuse dans un univers en émergence », j’en ai eu la confirmation car je n’ai pas rencontré la vie religieuse en personne.La vie religieuse, c’est un chapeau qui recouvre une diversité aussi grande que ceux et celles qui s’en réclament.J’ai donc rencontré, en chair et en os, des religieuses et religieux, sœurs, prêtres et frères, vivants, dynamiques, chercheurs de sens et de Dieu.Et j’en ai rendu grâce! Je me rappelle également que le Synode de 1994 a lui-même élargi le chapeau en parlant, dans l’Exhortation apostolique de 1996, de « vie consacrée » plutôt que de « vie religieuse », ce qui inclut d’autres formes de vie donnée.Au cours de ce week-end, j’ai rencontré aussi des membres vivants et dynamiques de communautés nouvelles, de sociétés de vie apostolique, d’ordres contemplatifs.Et j'en ai rendu grâce! Quant à 1’ « univers en émergence », je n’étais pas à l’aise avec cette expression.Si on se réfère au dictionnaire, 1’ « émergence » correspond à une « apparition soudaine ».Or, oui, dans les commencements, l’univers est sorti du chaos initial de façon soudaine et inattendue des mains du Créateur et selon son plan.Depuis ce temps, il se transforme inéluctablement, constamment et dans toutes sortes de directions et cela, sous la poussée de la vie per- 242 La Vie des communautés religieuses sonnelle et collective des êtres qui l’habitent.Et c’est un univers en constante transformation qui est le nôtre.Et puisque maintenant, « le changement est devenu la norme.» ce n’est pas fini.Nous pouvons nous attendre à vivre encore et encore des mutations importantes et tant mieux, c’est comme cela que la vie se manifeste et grandit.Résilience Ma première réflexion porte sur la résilience dont ont fait preuve les religieux et religieuses au cours des quarante dernières années.Pour certaines des personnes rencontrées, ce sont quarante années de continuelles transformations qu’elles ont traversées et ces personnes sont toujours debout, bien enracinées dans le terreau du don à Dieu et plus proches que jamais des réalités humaines.Et j’en rends grâce! Voyons quelques jalons de ce parcours héroïque.Vatican II a rendu mouvante la terre ferme sur laquelle se tenaient religieuses et religieux : appel à retourner aux sources, à l’inspiration initiale, à ouvrir portes et fenêtres.Et quel courant d’air a passé, emportant avec lui non seulement les coiffes et les barrettes mais aussi certaines traditions chères au coeur.Ici c’était l’identité même de la vie religieuse qui a été ébranlée.Au Québec, a suivi ce qu’on a appelé la Révolution tranquille; révolution pas si tranquille que cela pour les congrégations religieuses.D’omniprésents, religieux et religieuses ont dû presque disparaître des champs publics des écoles, des hôpitaux sous la poussée des changements au niveau de la société québécoise.Deuxième choc majeur : la mission même était remise en question parce que les œuvres étaient plus ou moins démantelées et nous n’avions pas voix au chapitre.Aujourd’hui, on parle beaucoup de résilience : résilience des enfants maltraités dans leur enfance et qui s’en sortent, grands accidentés qui retrouvent une qualité de vie, des personnes traumatisées profondément qui arrivent à une vie épanouie.Inspiré du langage propre à la mécanique et repris dans le langage psychologique, ce Septembre-Octobre 2005 243 mot réfère à une « résistance aux chocs » venant de l’extérieur.À ce compte, les religieuses et religieux qui sont toujours là ont sûrement fait preuve de résilience.Certains de ces chocs ont amené, dans les années 60-70, certains, certaines à réorienter leurs priorités mais d’autres ont résisté et résistent toujours et s’épanouissent, vivent une vie nouvelle en répondant aux chocs reçus, tel un arbre bien planté, par un enracinement encore plus profond.Et j’en rends grâce! Comme le soulignaient les facilitateurs/facilitatrices au Forum, par les images du nautile qui se régénère de l’intérieur, du serpent qui change de peau et de l’œuf qui éclôt, du vieux a disparu, du neuf est apparu.Les trois fascicules de réflexion qui ont servi de préparation à ce Fomm en ont déjà rendu compte.2 Fruits du Forum?Qui peut, de manière éclairée, jauger des fruits de ce Forum?Pour ma part, je suis restée sur ma faim et sur ma soif.Pourquoi?Ma réponse, c’est l’absence de contenu motivant et dynamisant, l’absence aussi d’une certaine cohérence entre ce qui avait été annoncé et ce qui s’est vraiment passé, l’absence enfin de points de repère forts.Tout ce que je peux dire, c’est que j’ai vu, j’ai senti, j’ai respiré LA VIE, surtout au hasard des rencontres, dans les expressions libres en assemblée, dans les aspirations exprimées en groupes.La vie fusait de partout, en voici quelques perles : revenir à l’essentiel qui est Dieu, être présent à la vie des gens de notre entourage et de la planète, entendre les cris des jeunes, muer sans cesse, ne pas céder à la tentation de reprendre sa vieille peau, « prêcher l’Évangile et si c’est nécessaire, employer des mots », « avoir des institutions qui ouvrent, qui libèrent, qui envoient », la vie est créative, « mettre la personne humaine au centre de l’Univers avec Dieu », développer un savoir devenir, compassion pour les démunis, « dans la communauté, développer contemplation, respect, révérence », une nouvelle humanité surgit, qu’en est-il de notre visibilité collective?etc.etc.Ce sont là des morceaux d’une vie donnée.244 La Vie des communautés religieuses Qui peut, après avoir entendu cela conclure, comme le font souvent nos contemporains, que la vie consacrée se meurt?Si elle se meurt, elle se meurt plutôt en bonne santé.Il est clair pour moi que de nouveaux types de vie consacrée sont en émergence, que des types anciens vont disparaître, et puis après?Aucune congrégation n’a reçu le gage de la vie étemelle.Je vois là un passage obligé comme ceux qui ont marqué les grandes étapes de l’histoire de l’humanité où s’est incarnée la vie consacrée.Les siècles passés nous ont donné une grande variété de types de vie consacrée, le présent est en train d’y ajouter des fleurs nouvelles.Ne les voyez-vous pas?Pour ma part, j’en rends grâce à Dieu! « La vie religieuse dans un univers en émergence » oui! Mais surtout des personnes consacrées en constante transformation pour une vie en abondance, en fidélité à Celui qui est sans cesse fidèle! Et de nouveau, je rends grâce à Dieu! Sr Monique Thériault s.n.j.m.4035 me de Rouen Montréal, QC H1W 1N6 1 RONDET, Michel, s.j.La vie religieuse, p.8, Desclée de Brouwer, 1994, 148 pages.2 La vie religieuse dans un monde en mutation (2002), La vie religieuse dans une Église en mutation (2004), La vie religieuse en transformation (2004) publiés par la Conférence religieuse canadienne (CRC) Septembre-Octobre 2005 245 LE RENOUVEAU SANS LA NOSTALGIE1 Doris Gottemoeller, r.s.m.Pour les religieuses d’un certain âge, le livre La Religieuse dans le monde, du Cardinal Suenens, symbolise le début d’une période de changements auxquels on ne s’attendait pas quelques années auparavant.Ce livre n’avait pas de précédent dans sa portée - cela demeure vrai 30 ans plus tard.Le Cardinal Suenens disait qu’il fallait des changements afin d’exercer efficacement nos apostolats dans le monde moderne.Quelques années plus tard, le Concile Vatican II répétait cet appel aux changements en nous appelant à renouveler tous les aspects de nos vies et de nos apostolats.C’était le moment, nous disait-on, de retourner aux sources : la Sainte Ecriture, les inspirations de nos fondateurs, et nos traditions solides et d’adapter notre spiritualité et notre style de vie aux besoins de l’actualité.Dans l’euphorie de la période après le Concile, très peu de personnes connaissaient la difficulté de ce processus.Les difficultés du processus des changements demandés par l’Église et acceptés avec enthousiasme par les congrégations religieuses venaient de deux sources dont la première était notre incapacité à tenir compte de la complexité de la relation qui existe entre l’adaptation et le renouveau.La première fait référence à la modification des pratiques externes qui étaient anachroniques ou même dans certains cas, nuisibles psychologiquement.De bien des manières, l’habit, l'horaire, la façon de vivre, et les coutumes familiales de la plupart des religieuses étaient plus proches du 17e siècle en France ou du 19e siècle en Irlande que de la réalité contemporaine.Ces pratiques furent toutes examinées et changées, selon les besoins.Le renouveau fait alors référence à une conversion intérieure, à un approfondissement de la spiritualité personnelle et de 246 La Vie des communautés religieuses celle de la congrégation.De façon idéale, les diverses adaptations devraient découler du renouveau et faciliter la conversion continue en enlevant ce qui fait obstacle à une vie authentique selon l’Evangile.Toutefois, cette réciprocité entre l’adaptation et le renouveau s’est montrée bien plus difficile à mettre en pratique que prévu.Quelques exemples pourraient clarifier le problème.Une des premières adaptations était d’enlever les interdictions concernant le fait de conduire des autos, de sortir le soir, de prendre des repas en présence des laïques, et d’utiliser le téléphone.Tous ces changements voulaient augmenter notre disponibilité pour l’apostolat, qui est une attitude intérieure autant qu’une question de gestion du temps.En même temps, les changements nous ont donné accès au monde culturel, au théâtre, au commerce.On ne dépendait plus d’un théâtre dans le quartier pour programmer une séance de films pour les soeurs.Les soeurs ne dépendaient plus des paroissiens pour les conduire faire leurs achats.Tout d’un coup, nous avions le pouvoir de faire des choix individuels, adultes.Comme résultat de ces choix, nous étions exposées à une ruée de nouvelles expériences et idées, dont toutes ne comportaient pas les fruits des études théologiques après Vatican II ni de la spiritualité renouvelée.Le tissu de la vie communautaire parfois devenait faible et nous avons trouvé que notre disponibilité apostolique était compromise par des pressions sur nos efforts et par les choix individuels.Lorsqu’on s’est rendu compte de ces conséquences inattendues, nous avons su que c’était impossible de retourner à ce qu’on avait laissé tomber, mais nous n’étions pas sûres de savoir comment avancer.En bref, changer des coutumes et des pratiques afin de pouvoir exprimer de nouvelles valeurs ou approfondir celles qui existaient déjà, est un processus compliqué qui demande un discernement soigné et continu.En lien avec cette difficulté, il existait une application inappropriée du concept de l’expérimentation.On devait s’adapter par une série d’expériences conduisant aux nouvelles constitutions après une période définie.L’expérimentation d’une science sociale reconnue implique l’articulation d’une hypothèse, l’identification d’une population définie et d’un groupe de contrôle, la compilation soigneuse de données, d’analyses et une conclusion relative à l’hypothèse.Toutefois, étant donné que tout le monde était mandaté pour Septembre-Octobre 2005 247 participer au processus d’expérimentation, il n’y avait aucune possibilité de prendre du recul pour une critique nécessaire à l’analyse et aux conclusions.Après deux ou cinq ou dix ans de cette nouvelle façon de vivre, nous avons trouvé que nous étions changées irrévocablement.Le processus de changement fut aussi influencé par une évaluation non-critique des “signes des temps”.Dans la première décennie après le Concile, on était tenté “d’ouvrir les fenêtres” et d’embrasser tout ce qui était dans notre culture, toutes ses joies et ses espoirs, ses peines et ses anxiétés, sans beaucoup de discernement.Ceci est en partie la base de la critique que fait Ann Carey (journaliste).Dans son étude du renouveau des congrégations religieuses féminines, elle blâme les congrégations qui ont calqué leur modes de vie sur la politique, la société et la culture environnante.C’est vrai que nous étions influencées par les courants sociaux des années 60 et 70.Le mouvement des droits civils, la guerre du Vietnam, la lutte contre la pauvreté, le mouvement féministe, la théologie de la libération et les mouvements de la libération politique en Amérique Centrale et en Amérique du Sud furent des signes des temps pour nous.Du côté positif, cela a inspiré nos apostolats avec une urgence nouvelle, une compréhension plus profonde de la nature systémique du mal, et un sens nouveau de la solidarité avec les pauvres et les opprimés dans le monde.Du côté négatif, nous étions absorbées par les courants de l’individualisme, de la consommation, de l’anti-institutionnalisme et de l’anti-autorité.Le féminisme que Carey a caractérisé comme démoniaque a réveillé en nous une nouvelle appréciation du potentiel non réalisé chez beaucoup de femmes et de la négation systématique dans l’Église et dans la société des talents et des dons des femmes.L’identification des religieuses avec les besoins et les aspirations des laïques a été un des fruits du renouveau, et non pas un échec.En même temps, nous avions dû reconnaître que nous étions marquées par la colère et des tendances « anti-mâle » qui remplacent un préjugé par un autre.Les influences externes sont réelles et puissantes, mais ambivalentes et demandent un discernement continu.“Les signes des temps”, c’est peut-être la tendance dominante du dernier tiers du 20e siècle dans la culture de la post-modemité.248 La Vie des communautés religieuses Comme Sandra Schneiders le souligne de façon si perspicace, en même temps que les religieuses essayaient de passer d’un style de vie médiéval dans le monde moderne, la modernité s’avançait vers la post-modemité.C’est ce dernier facteur qui souligne le dilemme central que ce document cherche à présenter : Quelle forme doit prendre le renouveau dans une période marquée par la postmodernité ?Une conscience post-moderne Je m’excuse d’utiliser le terme post-modeme qui est devenu presque sans signification car il est utilisé pour beaucoup de choses comme l’art, l’architecture, la littérature, la philosophie, etc.Toutefois, c’est une expression qui convient pour la sensibilité dans la culture d’aujourd’hui.Permettez-moi d’en parler brièvement.Comme nous le savons, la modernité, ou l’âge moderne, a commencé avec l’époque des Lumières.On glorifiait la raison, la science, le progrès, l’autonomie de la personne humaine en vue d’un monde unifié.Ces choses sont toutes bonnes, mais on peut les exagérer et cela peut être nuisible.Les expériences du vingtième siècle : les deux grandes guerres, le génocide, la destruction nucléaire, la dégradation de l’environnement ont fait que les savants ainsi que la culture populaire, ont pris du recul par rapport à l’optimisme de l’âge moderne, et ont remis en question beaucoup de ses présupposés.Aujourd’hui, nous sommes moins confiantes dans l’objectivité et la souveraineté de la raison et nous sommes plus aptes à considérer l’émotion et l’intuition comme des valeurs de la connaissance.Nous reconnaissons que toute connaissance comprend un point de vue.Je sais ce que je connais, en partie parce que (1) j’ai choisi de soulever certaines questions ou d’avoir certaines preuves, (2) j’ai choisi de prendre position sur quelque chose ou avec un certain groupe de personnes.Toute connaissance est partielle et sujette à une révision continuelle.Puisque mon point de vue est différent du vôtre, ma “vérité” est différente de la vôtre, aucune vérité n’est supérieure à une autre dans l’opinion publique.Dans la post-modernité, nous respectons encore la dignité et l’autonomie des personnes, mais nous apprécions aussi l’importance des relations et de la Septembre-Octobre 2005 249 communauté (mais sans être clair sur la façon de créer des structures qui soutiennent la communauté).L’engagement moderne d’une vision mondiale unifiée a cédé le pas à une appréciation post-moderne de vues mondiales différentes qui sont en compétition.Il se peut que nous finissions avec des pluralismes sans limites, sans normes, et même sans relativisme.Ces nouvelles façons de penser ne sont ni toutes bonnes, ni toutes mauvaises; elles demandent un discernement sérieux.Mais pour le moment, nous avons besoin d’être vigilantes pour voir comment cela touche la vie religieuse.Par exemple, nous reconnaissons que des changements continuels rendent problématiques les engagements permanents.Un sens du relativisme, une opinion est aussi bonne qu’une autre, rend toute autorité suspecte.Et un engagement non adapté à la diversité diminue une compréhension commune, et construit des barrières entre les membres, ce qui est problématique.Dans la situation actuelle, il y a, dans les congrégations religieuses, deux tendances que nous devons approcher avec attention : la crainte de la restauration et la tentation de la nostalgie.Le mot “renouveau” et tous ses dérivés tels que : re-fondation, reprise, rénovation, ressourcement, suggèrent un contact vital avec quelque chose du passé, un retour aux sources afin de l’adapter au présent.Dans le processus de renouveau de la vie religieuse, la source originelle est d’habitude, les paroles et l’exemple du fondateur, de la fondatrice ainsi que celui des premières générations qui ont été inspirées par le mythe fondateur.À certains moments, ce contact avec les origines peut inspirer un retour à des pratiques dont on pense qu’elles ont encore une valeur pour aujourd’hui.Suggérer une telle ré-adoption des pratiques du passé, laisse une possibilité de « restauration » et de retour dans le passé.Par exemple le fait de vivre ensemble, en communauté locale, important pour l’identification de la Congrégation devrait être préservé ou retrouvé.Dans quelques congrégations, le fait de vivre seule dans des appartements séparés est tellement courant que si on suggère de le ré-examiner, on est accusé de « restauration ».D’autres pratiques pourraient être : la prière en commun ou la liturgie quotidienne, ou des périodes de silence ou même un uniforme comme symbole commun.250 La Vie des communautés religieuses Ceci n’est pas simple, car ce n’est pas une question de reprendre une pratique du passé, et de l’exécuter de la même façon, avec les mêmes motivations qu’autrefois.Dans certains cas, notre compréhension de la pratique est changée.Il se peut qu’il y ait une nouvelle interprétation du symbole ou d’une pratique du passé qui corresponde à la théologie et à la spiritualité renouvelées.Mais il y a des cas où nous ne pouvons même pas suggérer de réexaminer une ancienne pratique car on nous dirait que « nous ne savons rien » et on nous accuserait de “ retourner en arrière”.Si on a peur de se faire traiter de « restaurationiste » on est incapable de regarder nos anciennes pratiques.Une autre tendance, c’est une tentation vers la nostalgie.C’est une attitude qui se réfère à « l’âge d’or » de la vie religieuse.Nous pouvons certainement reconnaître cette tendance dans les nombreuses critiques de la vie religieuse aujourd’hui.Qui “se souvient” du temps où chaque paroisse avait son propre couvent; chaque école religieuse avait comme professeur une religieuse, en habit religieux, qui était un professeur exceptionnel.La nostalgie est une mémoire sélective.Cela cache les problèmes qui ont incité l’Église au renouveau, et nous nous souvenons seulement des sentiments de certitude et de sécurité qui ont marqué le passé.On pourrait être tenté de continuer comme par le passé, en voyant prospérer des congrégations fondées dans les 25 dernières années qui s’appuient sur la théologie et les anciennes pratiques de nos congrégations, qui elles, ne se développent plus.En résumé, notre dilemme aujourd’hui est de discerner comment avancer, comment faire des choix pour notre avenir, choix qui incarnent les valeurs de continuité avec le passé, sans succomber à la restauration ou à la nostalgie.Une interprétation du progrès des années après le Concile Vatican II, c’est que la vie religieuse a traversé un processus analogue à celui que s.Jean de la Croix appelait « Les ténèbres de l’âme ».Dans son volume, Trouver le trésor, Sandra Schneiders suggère que les décennies du passé, au cours desquelles nous avons perdu présence, pouvoir et position, ont été une expérience de purification graduelle quand nous sommes passées d’une période active à une période de ténèbres, et que la période actuelle est une attente silencieuse, dans l’espérance que Dieu accomplira son travail par Septembre-Octobre 2005 251 nous.Je trouve cette analogie moins convaincante et cela pour deux raisons : (1) un esprit général de résignation ou de suffisance est plus répandu parmi les religieuses qu’un esprit d’humilité, de fidélité, de courage, de désintéressement dans la prière et dans l’apostolat; et (2) l’analogie souligne que ce que nous sommes est plus important que les choix que nous faisons.La crise que nous expérimentons provient en partie de courants qui se passent dans l’Église, la culture et la société, et cela échappe à notre contrôle.Toutefois, nous avons fait des choix qui nous ont menées à des conséquences inattendues, comme la perte du sens commun de la mission et de la spiritualité de groupe.Voilà où nous devons mettre nos priorités : ne pas nous fixer sur le passé, mais apprendre du passé pour avancer.Notre dilemme aujourd’hui est de discerner comment aller de l’avant, comment faire des choix pour notre avenir, choix qui incarnent des valeurs dans la continuité avec le passé, sans se laisser aller à la nostalgie.Nous pouvons penser que des coutumes et des pratiques du passé ont encore de la valeur mais seulement si nous traduisons les valeurs durables dans des déclarations crédibles pour aujourd’hui.Il faut regarder les différents aspects de cette question.Comme prélude, citons une référence qui donne un ton optimiste pour notre temps : “Vous n’avez pas simplement à vous rappeler une histoire glorieuse, mais vous avez aussi une histoire qui est encore incomplète ! Regardez vers l’avenir, où l’Esprit vous envoie afin d’accomplir de plus grandes choses.” Ces lignes prises des derniers paragraphes de l’Exhortation apostolique du Pape Jean Paul II, Vita Consecrata {#110} sont certainement optimistes.En fait, étant donné notre style de vie, nous sommes toutes des optimistes professionnelles.On nous appelle fréquemment à incarner l’orientation et la mission de la vie consacrée, à expliquer en termes attirants pourquoi le monde a besoin de ce témoignage, pourquoi l’Église est plus riche du fait de cette expérience, et plus important encore, pourquoi une personne choisirait cette vocation.Nous sommes appelées à expliquer aux évêques, bienfaiteurs, paroissiens, et membres possibles, notre raison d’être.Je suppose que pour la plupart du temps nous jouons ce rôle d’ambassadeur, d’ambassadrice pour la vie religieuse, avec intégrité et enthousiasme.Et encore, il y a un caractère poignant dans notre situation aujourd’hui.Ce que nous connaissons de la vie de nos congréga- 252 La Vie des communautés religieuses tions nous rend conscientes de nos manques, de nos faiblesses internes qui menacent leur vitalité, même la viabilité de nos congrégations ainsi que de nos apostolats.Nous voyons comment la vie religieuse est devenue fragile dans certains domaines.Le nombre de funérailles dépasse le nombre d’entrées, le choix de nouveaux apostolats est souvent conditionné par l’âge des soeurs, les choix de style de vie laissent peu de communautés locales capables d’accueillir et d’intégrer de nouveaux membres.Même si nous essayons d’ignorer cela, parfois nous sommes obligés de le reconnaître et de réfléchir sur ces réalités.Est-ce que vous sentez cette tension ?Comment pensez-vous qu’une histoire aussi grande puisse s’accomplir dans l’avenir, étant donné les expériences récentes, actuelles et passées, de la vie consacrée ?Est-ce que le pape sait quelque chose que nous ignorons?Regardons ensemble l’avenir et comment nous marchons vers l’avenir sans succomber à la nostalgie.Je propose que nous le fassions en réfléchissant sur trois questions: Comment allons nous vivre dans l’avenir?Qu’allons nous faire dans l’avenir?Comment pouvons-nous nourrir l’espérance qui est en nous?Il y a une note de dynamisme concernant chacune de ces questions, et une note d’urgence.Il y a une certitude : c’est que les choses changeront, et que nous devrons faire des choix pour promouvoir l’avenir.Comment vivrons-nous dans l’avenir?C’est une question primordiale.Je suggère de commencer par la question de manière de vivre qui intéresse des nouveaux membres possibles.Qu’elles viennent d’une famille traditionnelle, fondée sur la foi catholique, ou d’une famille éclatée et divisée qui manque de connaissance, d’expérience ou de compréhension des pratiques religieuses fondamentales, ou d’une autre sensibilité religieuse, toutes veulent savoir comment leurs vies changeraient si elles devenaient membres d’un institut religieux, et elles sont en droit d’avoir une réponse.Septembre-Octobre 2005 253 Aussi étonnant que cela puisse paraître, il est parfois difficile de répondre à cette question.Pour être plus précise : l’interprétation des voeux et de la vie communautaire sont tellement vagues, et la compréhension des obligations auxquelles nous nous sommes engagées est si variée, qu’il n’est pas étonnant que les directrices des vocations hésitent à définir les choses trop clairement.Personne ne veut être confrontée au fait que les paroles ne correspondent pas à une réalité.L’année dernière, j’ai publié un article intitulé “La Vie communautaire : Commencer la conversation.” J’y ai suggéré que notre incapacité à être claire à propos des obligations de la vie communautaire, et notre difficulté à en donner une définition est une faiblesse.J’ai suggéré que même notre manque de volonté pour parler de cette question vient de la crainte, d’un manque de certitudes et d’un refus des changements.Je suis étonnée des réactions à cet article : il a été reproduit dans beaucoup de congrégations, et utilisé pour des discussions; traduit dans d’autres langues; et j’ai reçu des lettres de religieux/religieuses de plusieurs pays.En général, les réactions semblent être (1) oui, la vie communautaire est une question clé, mais nous nous en sommes trop éloignées pour la retrouver; ou (2) oui, la vie communautaire est une question clé, dites-nous ce qu’il faut faire.Je suppose qu’il y a une troisième catégorie qui croit que ce n’est pas une question clé, et que le fait d’en parler est une façon de régresser, réactionnaire, et de retourner en arrière ?On pourrait parler de cette question de la vie communautaire en nous référant aux conseils évangéliques.J’ai parlé de la vie communautaire dans l’article car je crois que cela est un point qui aide à donner corps, à définir comment il est possible de vivre les conseils évangéliques.Regardons chacun et notons l’ambiguïté qui entoure leur interprétation et leur pratique aujourd’hui.Beaucoup de Constitutions constatent que la pauvreté oblige les membres à renoncer au libre usage de leur patrimoine.Ils dépendent de la Congrégation et des supérieurs pour tout ce qui leur est nécessaire.Par la pauvreté personnelle et communautaire, les membres mettent tout en commun, y compris salaires et dons.Cette obligation est souvent remplacée par une nouvelle interprétation du voeu.La compréhension du partage s’est amenuisée par la pratique croissante de vivre seule ou à deux en accumulant ses propres meubles sur lesquels chacune a un droit plus ou moins autonome.Cela limite 254 La Vie des communautés religieuses notre mobilité apostolique.Le voeu d’obéissance oblige les membres à renoncer à la libre disposition d’eux-mêmes dans plusieurs domaines de la vie, comme par exemple : le choix des ministères et du logement.Sous l’inspiration de l’Esprit Saint, ils cherchent dans la foi à discerner la volonté de Dieu, à la fois seul-e-s et en communauté pour répondre aux besoins de l’apostolat.Toutefois, il est assez courant de rencontrer des religieuses, des religieux pour qui l’obéissance consiste à informer les responsables des choix déjà faits.Que la supérieure, le supérieur fasse un changement, ou appelle un membre à considérer une nouvelle mission, ou refuse une demande pourrait être vu comme une “ théologie ancienne”.Le voeu de célibat consacré oblige les membres à renoncer à une relation exclusive, intime et sexuelle avec une autre personne.Acceptant Dieu comme notre premier amour, nous sommes appelés à donner notre amour à nos compagnes en communauté, à ceux et celles qui sont dans le besoin, à notre famille et à nos ami-e-s.Il y a probablement moins d’ambiguïté concernant la signification de ce voeu que dans les autres, mais je me demande comment ceux et celles qui proposent des communautés mixtes de femmes et d’hommes, mariés ou célibataires, verraient cette pratique pour l’avenir?Nous pouvons nous demander : est-ce que les interprétations traditionnelles des voeux ont été remplacées par quelque chose de nouveau et de plus percutant ?Un livre récent, Pauvreté Célibat, et Obéissance, par Diarmuid O’Murchu, essaie de nous dire oui et de le prouver.En lisant sa proposition, je vois que les voeux sont sans contenu, chaque personne les définissant selon son propre point de vue.La pauvreté est “soutien mutuel”, le célibat est “relations mutuelles”, et l’obéissance est “collaboration mutuelle”.La question est ouverte, ce qui est incongru c’est que l’auteur présente les voeux comme des poteaux indicateurs montrant le chemin vers une vie plus élevée et meilleure.Comment est-ce qu’un poteau indicateur sans aucun mot, vide de contenu, peut guider quelqu’un?Septembre-Octobre 2005 255 L’ambiguïté de l’interprétation et de la pratique des conseils évangéliques et de la vie communautaire laisse les religieux et religieuses ouverts au fait que nous ne sommes pas différents des laïques.Avons-nous compromis l’esprit de ce que nous avons promis et de notre position dans l’Église et dans le Monde ?Notre réponse commune doit être claire et ferme.Chaque congrégation aura sa manière d’écrire sa façon de vivre.Nos histoires variées et nos traditions, les circonstances particulières et la diversité des apostolats, nous montrent qu’il y a des différences, par exemple, quand nous décrivons notre pratique de l’obéissance ou comment nous l’intégrons dans notre expérience de la vie communautaire.La vie religieuse sera enrichie par ces différences.Mais la vie religieuse sera diminuée, détruite même, si nous ne sommes pas prêtes à nommer nos convictions en termes concrets pouvant être compris et observés par d’autres personnes.Notre avenir l’exige et les jeunes le demandent.Pensées finales Dans un sens, les choix qui se présentent aux congrégations aujourd’hui sont simples : c’est l’articulation d’une manière de vivre distinctive, appropriée à la culture actuelle, animée par une spiritualité collective et exprimée par une mission collective.Le défi, c’est d’aller de l’avant dans l’appréciation juste des apports du postmodemisme, tout en évitant la tentation de la nostalgie.Les congrégations ont-elles l’imagination et le courage de répondre au défi et aux ressources en vue de soutenir cet effort ?Sr Doris Gottemoeller RSM 615 Elsinore Place Cincinnati, Ohio 45202 1 Traduction libre de Renewal without nostalgia, The Cardinal Suenens Center in Theology &Church Life, Louvain, Belgique, juin 2001 256 La Vie des communautés religieuses Rédaction Direction Monique Thériault, s.n.j.m.Tél.: (514) 255-9372 Téléc.: (514) 255-1088 Courriel: monther@snjm.qc.ca Membres de la rédaction Lorraine Caza, c.n.d.Denis Gagnon, o.p.Raymond Leroux, f.s.g.Micheline Marcoux, m.i.c.Ghislaine Roquet, c.s.c.Monique Thériault, s.n.j.m.Secrétariat Pauline Michaud, s.a.s.v.Madeleine Paquin, s.a.s.v.Production et design Hughes Communications inc.Dépôt légal Bibliothèque nationale du Canada Bibliothèque nationale du Québec Numéro international des publications en séries ISSN 0700-7213 Membre de l'Association canadienne des périodiques catholiques.ABONNEMENTS La revue paraît cinq (5) fois par année Pour le Canada : vous adresser au Secrétariat surface: 25$ avion: 29$ soutien: 40$ Outre-mer : surface: 45$ 30 euros Pour la France: vous adresser à Sr Hélène Grudé 8, boulevard des Déportés B.P.28 35404 Saint-Malo Cédex France Pour la Belgique: vous adresser à Les Éditions FIDÉLITÉ a/s M.Jean Hanotte Rue de Bruxelles 61 B 5000 Namur Belgique BULLETIN D’ABONNEMENT Nom:_____________________________________ Adresse:_________________________________ _____________________________Code postal: No de téléphone:_________________________ N° TPS: 141050025 - N° TVQ: 1019014190 Poste publication enregistrement no 9280 convention no 40011751 Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Programme d’aide aux publications «PAP», pour nos dépenses d’envoi postal Vie consacrée, présence spirituelle éducative et 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