La vie des communautés religieuses /, 1 novembre 2005, Novembre-Décembre
La vie des communautés religieuses Vol.63 - no 5 - novembre - décembre 2005 La Vie des communautés religieuses est publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec Administration et secrétariat 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué., Canada J3T 1X9 Téléphone: (819) 293-8736 - Télécopieur.: (819) 293-2419 Courriel : viecr@sasv.ca SOMMAIRE Vol.63 - no 5 - novembre - décembre 2005 Adorer Dieu Alfred Ducharme.s.j 258 La contemplation, c’est dépassé?Alfred Ducharme.s.j 268 St Jean Baptiste de La Salle -un saint au coeur eucharistique F.Gilles Beaudet, f.é.c.278 T'as pas envie de venir nous rejoindre?Petite Soeur Kathy psj 289 La compassion Sr Suzanne Tremblay, ndbc 296 Marie et la justice Sr Marie-Paule Sanfaçon, m.i.c.310 Communiqué de la Chaire Tillard Sr Gaétane Guillemette, n.d.p.s.316 Convention de la poste-publications N° 40011751.N° d’enregistrement 9280.Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada au 251, rue Saint-Jean-Baptiste, Nicolet, Qué., Canada J3T 1X9.Courriel : viecr@sogetel.net PRÉSENTATION Vol.63 - no 5 - novembre-décembre 2005 Monique Thériault s.n.j.m.À vous, lectrices et lecteurs de la Revue, L’année 2005 proclamée année de l’Eucharistie par Jean-Paul II tire à sa fin.Ce numéro de la revue veut y faire écho et aider à une réflexion plus approfondie sur cette réalité, source et sommet de toute vie chrétienne et consacrée.Les deux premiers articles sur l’adoration et sur la contemplation, se veulent un hommage posthume à celui qui a été pour la revue un collaborateur assidu et qui est retourné vers le Père au début de septembre.Durant de nombreuses années, le Père Alfred Ducharme s.j.a écrit sur différentes facettes de la vie consacrée et nous a fait profiter de ses intuitions dont quelques-unes se sont avérées prophétiques.Une anthologie de ses écrits a paru dans les Cahiers de spiritualité ignatienne no 107, juillet-septembre 2003.Le P.Ducharme nous parle encore au-delà de la mort et nous lui disons merci! Un fils de saint Jean-Baptiste de La Salle présente un « saint au cœur eucharistique »; « les lectrices et les lecteurs moins familiers des écrits du fondateur découvriront des expressions que nous ne pensions pas trouver sous sa plume».Puis une Petite Sœur de Charles de Foucauld partage son témoignage de vie pétri d’adoration et d’incarnation.L’action de grâce de l’Eucharistie était présente dans le Magnificat de Marie; une auteure nous y fait découvrir également un cri du coeur qui chante la justice en faveur des opprimé-e-s.Enfin un autre témoignage nous fait entrer dans le cœur compatissant de Dieu et de ses créatures.« La compassion, c’est une réalité qui nous propulse hors de nous, nous pousse vers les autres, nous rend créatifs et créatives pour sauver nos frères et sœurs dans le besoin.» Réflexions et témoignages eucharistiques : voilà ce à quoi nous convie ce numéro.Bonne lecture et bonne réflexion personnelle et communautaire! Novembre-Décembre 2005 257 ADORER DIEU Alfred Duchartne.s.j Adorer Dieu ce n’est pas seulement dire sa grandeur, affirmer qu’il est le maître de l’univers.Ce n’est pas d’abord le reconnaître comme la norme de ses actions ou comme la volonté qui peut seule assurer son accomplissement.Adorer, ce n’est pas accepter une domination mais accueillir un amour.SE RECEVOIR DE DIEU Adorer, c’est d’abord une attitude intérieure, radicale, existentielle et permanente.Avant d’agir et d’agir de telle ou telle façon, je dois exister.Avant de louer Dieu, je dois être et pouvoir juger.L'adoration s’enracine dans mon existence même, dans mon être.Adorer est plus «ontologique», plus existentiel que la soumission morale aux commandements de Dieu ou que la reconnaissance de sa grandeur.L’adoration est antérieure à tout ça.Dieu seul est.Dieu seul existe et existe vraiment.L’existence de la créature humaine est une dépendance.J’existe non pas en vertu d’un acte que je pose moi-même, mais en vertu d’un acte que Dieu seul pose.En établissant son projet créateur, en jetant dans l’existence, il y a quinze milliards d’années, des miettes de matière, en préparant un univers matériel où sont inscrites les lois de son développement, Dieu permettait déjà que je puisse exister.Il précisait les exigences de mon être.Oh, certes, il ne voulait pas formellement les désordres que mon état de créature terreuse conditionnée par des libertés 258 La Vie des communautés religieuses humaines produiraient en moi.Mais il acceptait ce désordre; il le permettait.Mais alors pour être, pour pouvoir juger mes limites et évaluer l’acte que Dieu a posé en me créant, je dois d’abord accepter d'être et d’être tel que je suis.Je ne peux pas discuter avec Dieu, lui demander des comptes.Avant de pouvoir le faire, je dois être et accueillir l’être qu’il veut bien me donner.C’est Dieu qui pose les règles du jeu.Si je n’accepte pas ces règles, il n’y a pas de jeu.Je ne peux pas dire: « Pourquoi Dieu m’a-t-il fait ça?» ou « Je ne mérite pas ça! » Pour exiger, je dois avoir des droits.Or je n’ai aucun droit à l’existence.Dieu me crée en toute gratuité.Il me donne d’être, d’être comme je suis et cela sans que j’y aie droit.Dieu n’a pas de compte à me rendre; il ne dépend pas de moi alors que je dépends de lui.ACCEPTER SES LIMITES Adorer est donc une attitude fondamentale, au sens absolu; une disposition permanente comme mon existence.C’est l’attitude de la créature qui s’accepte tout entière avec ses limites et ses faiblesses, sans discuter avec Dieu, consciente de jaillir de sa seule gratuité.C’est l’attitude d’une personne habituellement consciente de se recevoir sans cesse de son créateur telle qu’elle est et de dépendre sans cesse de lui.Face à la personne humaine, Dieu est vraiment le Tout-Autre, le Séparé, le Saint.Il est la Sagesse suprême dans laquelle toute créature trouve sa cohérence et la Volonté de laquelle toute créature reçoit son être.Dieu est.La créature se reçoit.Elle dépend.Adorer c’est aussi l’attitude de celui, celle qui accepte de Dieu toutes les conditions et les limites de son existence, sans essayer de les évaluer et de les juger.C’est vivre, conscient d’être en Dieu et de n’être qu’en Lui, avec la certitude que c’est un bien d’exister malgré ses limites et ses faiblesses.Mieux vaut exister même infirme et blessé que de n’être pas.Novembre-Décembre 2005 259 L’ADORATION POUR UN HÉBREU La vie même de l’Hébreu, reçue dans la foi, est son adoration.Il adore Dieu tout simplement en étant.Son acceptation de l’être et de la vie est son adoration.L’Hébreu se voile la face devant Dieu.Il le voit dans une flamme inaccessible, dans la flamme incompréhensible qui brûle sans consumer (Ex.3) ou dans la nuée qui atténue l’éclat de son visage.Dieu est trop grand pour qu’un humain le regarde sans mourir.L’Hébreu l’adore comme le « Tout-Autre ».Il n’ose même pas prononcer son nom.Son adoration s’enracine dans la conscience de Dieu qui est alors que lui n’est rien sans Dieu qui le tient dans l’être.Abraham ne demande pas d’explication à Dieu; il n’exige pas de compte, il adore.Dieu lui promet une riche postérité et lui demande d’immoler son fils unique, l’enfant de sa vieillesse.Sans comprendre, Abraham adore.Il se soumet; il accepte dans la nuit de la foi.L’expérience de l'Hébreu lui a appris à vivre en pauvre, c’est-à-dire dépourvu, démuni face à l’immensité du désert qui l’écrase et totalement abandonné à Yahvé en qui il existe.Il se sent aussi en état d’infériorité sociale, incapable d’assurer lui-même sa propre survie.Il se sait sans défense et s’en remet totalement à Yahvé, son Dieu, pour être, pour subsister et pour vivre.Dieu est l’être suprême en qui tout existe et tout reçoit sa cohérence.Dans l’adoration, il y a une attitude ontologique, existentielle.C’est tout son être qui est adoration.Pour moi alors, adorer c’est m’accepter avec toutes mes conditions d’existence, parce que la volonté qui me donne d’être est incompréhensible pour mon esprit limité.Adorer, c’est exister conscient d’être en Dieu et de n’être qu’en lui, de trouver en lui ma cohérence et ma raison d’être.C’est aussi être conscient d’être une valeur, d’être aimable.Adorer, c’est, en un sens bien réel, m’aimer parce que Dieu m’aime et parce que mon être est un rayonnement de l’être même de Dieu.AGIR AVEC DIEU Dieu m’a créé-e avec un corps bien inséré dans le temps.Mais le temps, dans le regard de Dieu, n’est pas une succession d’ins- 260 La Vie des communautés religieuses tants isolés : hier, aujourd’hui et demain.En Dieu, le temps est un.Il est éternellement présent.Dieu est celui « qui est, qui était et qui vient ».L’histoire de l’humanité est la réalisation du dessein de Dieu, de cet immense projet de libérer totalement chaque humain pour le rendre apte à entrer dans la vie de la Trinité, apte à adorer le Père dans le Fils par l’Esprit.Dans le regard de Dieu, l’histoire, c’est le courant unique qui véhicule la vie et dans lequel la liberté de chaque personne développe, en son temps, son projet personnel.C’est une route balisée sur laquelle chacun, chacune chemine à son rythme.Le temps est limité par l’éternité de Dieu.Mais alors adorer c’est non seulement être en Dieu, c’est aussi accorder totalement son action libre avec le projet divin.Chaque action que l’on pose en l’inscrivant dans l’immense dessein créateur est adoration.Cette action situe son agir quotidien en Dieu, son créateur.Adorer, c’est être et agir en Dieu.« En lui, nous avons la vie, le mouvement et l’être » (Actes.17,28).L’adoration porte nécessairement l’espérance; elle donne un sens à l’histoire.Le projet de Dieu est déjà réalisé dans la Parole de Dieu, le Verbe incarné est la Parole qui dit Dieu dans le temps.L’histoire est le projet de Dieu en voie de réalisation.Elle est le monde dans les douleurs d’un enfantement déjà assuré.L’Hébreu s’avance dans le désert, certain de la victoire et d’atteindre son terme, parce que Dieu a parlé dans sa vie.Son histoire humaine et son odyssée, vécues en Dieu, sont adoration.Aujourd’hui, la certitude et l’assurance du peuple juif étonnent.Il s’empare des territoires palestiniens qu’il occupe; il agit avec la certitude d’être dans la vérité et de réussir.Sa foi l’assure que Dieu est présent dans sa lutte pour conquérir le pays qu’il lui a promis.Son détestable « fanatisme » est adoration pour lui.Il est une exigence de sa foi.La vie humaine dans son déroulement temporel, dans son environnement historique et ses conditionnements humains peut être Novembre-Décembre 2005 261 adoration.Quand j’accorde mon geste libre avec le projet de Dieu, j’adore sa sagesse.La volonté de Dieu c’est que l’humain harmonise sa liberté avec la sienne.Le projet de Dieu c’est de faire participer chaque personne humaine à sa propre vie.Il veut que les humains fassent coïncider leurs actes libres avec son projet d’amour, que l’amour humain rencontre dans le Christ l’amour de Dieu, cet Esprit qui rassemble dans l’unité.Le Fils étemel trouve dans l’Esprit d’amour une telle communion avec le Père qu’il est un avec lui.Mais, Verbe incarné, il entraîne dans son retour vers le Père la création et les humains qu’il porte dans son humanité.Adorer c’est se laisser emporter par cet amour divin et vivre dans l’Église, qui est le corps du Verbe incarné.LA DIMENSION SOCIALE DE L’ADORATION Refuser d’agir et donc refuser d’être créé dans le temps ou agir et croire son action créatrice en elle-même sans que Dieu la féconde, c’est rendre sa vie stérile et s’attaquer au soleil dont son action n’est qu’un reflet.Tout cela c’est déjà ternir le rayonnement de sa vie.Dieu m’a créé essentiellement solidaire des autres.Personne n’est une île, dit la chanson.L’être humain est social et absolument dépendant des autres.Nous sommes tous « d’humanité ».Chacun est différent, unique et c’est à nous tous et toutes que Dieu demande de faire du monde un éden, un paradis pour les humains où chacun, chacune se promènera dialoguant avec Dieu dans la brise du soir.Mais alors adorer, c’est aussi vivre conscient d’être membre -de par le vouloir créateur - d’une humanité dont je suis responsable.Vécues dans cette conscience et dans l’amour, toute ma vie sociale et toute mon activité pour les autres sont, au sens fort du mot, adoration.Accepter cette responsabilité que Dieu me donne de devenir « une femme ou un homme pour les autres » est adoration.C'est accepter de situer pleinement ma vie sociale dans le projet créateur.C’est accepter d’être socialement tel que Dieu dans sa Sagesse et sa Volonté créatrice m’a fait.Mais alors refuser d’ado- 262 La Vie des communautés religieuses rer serait non seulement m’opposer au projet créateur, ce serait me détruire.C’est le péché.LE PÉCHÉ FONDAMENTAL Le Cardinal Martini discerne dans les écrits de Paul, trois plans de péché.Le péché personnel est issu de l’égoïsme et ternit les relations avec ses frères et ses soeurs.(Gai 5,19-21 et Rm 1,28-31).Il manifeste que l’être humain n’est pas totalement libéré.Le péché structural naît des encadrements sociaux ou des façons de penser et de faire non conformes à Dieu.C’est le monde.(Rm 7,24 et « Dives in misericordiae », no 11).Ce péché manifeste que la personne humaine est essentiellement « d’humanité » et non solitaire.Le péché fondamental enfin est le refus de dépendre.Il est l’opposé de l’adoration, la non-adoration.C’est l’idolâtrie, l’adoration de soi.C’est vraiment le péché premier, le péché fondamental, mortel quand il est libre, en ce sens qu'il conduit à la mort la personne qui le commet, puisqu’il la coupe de la source de son être.Ce péché fondamental est le refus d’adorer, de reconnaître sa dépendance de Dieu.C’est l’espérance de se donner soi-même l’existence et de déterminer les conditions de sa vie et de son agir.« Vous serez comme des dieux » (Gn 3,5).L’inanité de ce péché est évidente.Personne ne coupe la branche qui le porte ou ne détruit le sol sous ses pieds.Refuser de me recevoir de Dieu comme je suis, c’est chercher à éteindre le Soleil dont je ne suis que le rayon.Le vase ne dit pas au potier qui le façonne : « Tu ne sais pas comment faire! » LES FORMES DU PÉCHÉ FONDAMENTAL Ce péché prend des formes très diverses.Il est refus de dépendre.Il est aussi refus de s’accepter tel que l’on est.Il prend parfois la forme d’une critique de Dieu et de sa création.Le désespoir est un aspect de ce refus de Dieu.Les traces de ce péché ce sont aussi ces regards pessimistes et sans espérance que nous portons sur le monde, l’univers et les êtres humains.Il y a enfin une forme subtile du refus d’adorer.C’est le péché d’omission.Ce n’est que dans l’adoration et l’abandon de soi à Dieu que ce péché peut être vaincu.Novembre-Décembre 2005 263 Le refus d’adorer est la forme brutale et orgueilleuse du péché fondamental.C’est le péché ontologique, premier, mortel.Il s’attaque à l’existence même, à la vie.C’est sans doute de lui que parle Thomas d’Aquin quand il décrit le péché comme une « aversio a Deo per conversionem ad creaturas ».Un rejet de Dieu pour faire des créatures son idole.C’est le péché de Satan.Le rejet de Dieu dont il ne veut pas dépendre; le refus d’adorer et donc.d’être.Accepter d’être c’est adorer, c’est s’abandonner à Dieu, c’est se recevoir.C’est être vraiment dans la sécurité et dans la joie.Le refus d’adorer est une brisure intime de la personne, sa destruction.Dans son être, la personne humaine est dépendance mais dans sa liberté, elle refuse de dépendre.Elle devient donc mensonge, contradiction et fracture interne.La liberté est détruite dans sa racine même.C’est la peine du dam.Voir avec évidence que je ne peux me recevoir que de Dieu et rejeter consciemment cette source de mon être.C’est donc consciemment et librement me détmire moi-même, me briser intérieurement, refuser d’être libre.Etre libre, en effet, c’est accueillir à pleine main le surplus d’être que Dieu m’offre avec chaque seconde qu’il me donne à vivre.Le refus de ses limites est une forme moins brutale et moins immédiate du péché d’idolâtrie.Tout en acceptant de dépendre de Dieu, je refuse d’être tel qu’il m’a fait.Cela peut être un refus de telle limite particulière mais aussi un refus d’être et d’agir conformément à ma nature terreuse et temporelle.Certains ne sont pas conscients que c’est là un refus d’adorer.Le péché prend parfois la forme d’une critique de la création, de ce que Dieu fait ou a fait.Exiger que Dieu me rende des comptes : « Pourquoi Dieu me fait-il ça?» « Pourquoi cela m’arrive-t-il à moi?» « Je ne mérite pas ça ».Tous ces refus indirects d’adorer sont souvent inconscients et à cause de cela irresponsables.Le refus d’adorer conduit parfois au désespoir.Il engendre ce regard pessimiste et défaitiste sur l’avenir, sur la création, sur tout ce qui arrive.Le monde ne peut déboucher que sur le malheur.C’est une méfiance à l’égard de la création.C’est un jugement sur 264 La Vie des communautés religieuses l’univers formé à partir des événements malheureux, des ratés et des échecs dus à la liberté humaine.Comme si les humains étaient plus puissants que la sagesse créatrice ou comme si le péché pouvait vaincre l’amour de Dieu.Le mur qui s’écroule fait plus de bruit que la moisson qui lève et pourtant.c’est la moisson qui porte la vie.Le péché d’omission est moins évident et plus sournois.Il est un refus de remplir sa responsabilité de créature.Un refus de collaborer avec le créateur dans son oeuvre et son projet.Un refus de la solidarité inhérente à toute personne.Souvent il se camoufle sous l’apparence d’un manque de confiance en soi ou d’une incapacité dont on rend Dieu responsable.Parfois aussi ce refus provient de blocages psychologiques qui paralysent la liberté.Il est ni voulu, ni responsable; il est une souffrance intime plus qu’une faute.Il manifeste un manque de liberté.LE PÉCHÉ VAINCU PAR L’AMOUR Apprendre à s’aimer soi-même, vaincre la peur, croire à l’amour de Dieu, croire que l’amour de Dieu est plus puissant que les erreurs humaines, bref, croire en Dieu et l’adorer, reconnaître sa sagesse infinie, s’abandonner à sa gratuité et à sa volonté, incompréhensible pour la créature que nous sommes, permet de dépasser ces refus.Mais la foi et l’adoration sont des grâces reçues de Dieu qu’il faut demander et accueillir.L’adoration doit être assez profonde et assez enracinée dans son être pour balayer les peurs et les inquiétudes qui proviennent de sa situation et de ses limites.Elle est un abandon plus fort que la méfiance envers soi.Elle apprend à s’aimer soi-même parce que l’amour de soi est alors accueilli par celui qui adore comme un reflet de l’amour de Dieu qui se manifeste en soi.Paul Tillich écrivait : « La foi, c’est avoir le courage d’accepter que Dieu m’aime tel que je suis.» Novembre-Décembre 2005 265 DEVENIR CONTEMPLATIF DANS L’ACTION L’adoration s’exprime dans la prière.Or Paul nous dit : « Priez sans cesse » (I Th 5,7).Le Christ priait en se transfigurant, nous dit saint Luc : « Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage changea et son vêtement devint d’une blancheur éclatante » (9,29).La prière de Jésus est une émergence hors de soi, un oubli de soi-même pour se situer et vivre en Dieu.Cette sortie de soi n’est pas une aliénation de la réalité ou une désincarnation.Au contraire, elle est une plongée au coeur de la réalité pour en saisir la vérité en se situant dans le regard même de Dieu.Elle est une présence à l’essentiel dans les êtres et en soi-même.La prière alors transforme le monde et la vie en leur restituant leur sens profond et vrai.La prière d’adoration est la découverte de la profondeur des êtres.C’est pourquoi adorer, c’est accueillir et vivre toutes les dimensions de sa vie en Dieu; adorer c’est devenir « contemplatif dans l’action »; c’est « trouver Dieu en toutes choses », parce que Dieu seul est.Adorer, c’est aussi entrer pleinement en vertu de son baptême dans 1 adoration du Christ eucharistique.Le Verbe a accepté sa kénose qui le « vidait » de la gloire de sa divinité.Soumis au Père, il s’est fait obéissant dans l’amour au projet créateur qui l’a conduit à la mort.C’est pourquoi Dieu l’a exalté dans la gloire.Adorer Dieu, c’est situer toute sa vie dans le projet de Dieu et intégrer son existence et son action dans l’existence et l’action sacerdotale du Christ.« Dieu est amour », nous dit saint Jean (1 Jn 4,8).Et l’Amour tout-puissant se donne jusqu’au-delà de la mort.« Là où le péché abonde, la grâce surabonde ».CONCLUSION Adorer Dieu ce n’est pas poser un geste particulier, ce n’est pas effectuer un acte ponctuel qui vient couper la monotonie de ses journées.C’est garder dans sa vie même, une attitude intérieure, une attitude existentielle.L'adoration fait de toute sa vie un service de Dieu, une eucharistie; elle est la conscience habituelle de sa grandeur propre et de sa beauté.Elle est la conscience d’être un 266 La Vie des communautés religieuses reflet de Dieu qui rayonne à travers soi-même.Depuis l’incarnation du Verbe, l’adoration situe déjà ma vie dans la vie trinitaire.Ma vie se fond dans la vie du Christ qui dans la communion de l’Esprit entre dans la gloire du Père.« Que ma vie soit prière », demande le cantique.Pour la créature humaine que je suis, adorer Dieu, c’est me reconnaître dans mon existence concrète et limitée, tel que je suis.C’est être heureux d’être ce que je suis parce que mon existence « émane » de l’être nécessaire et premier qu’est Dieu.Adorer, c’est une attitude fondamentale, existentielle.Adorer, c’est m’aimer précisément parce que c’est mon être même qui me situe dans l’Être de Dieu.Mais il y a plus encore.Adorer Dieu, c’est vivre dans le projet divin, inscrire chacun de mes actes libres dans ce projet : réaliser la libération de chaque créature humaine pour la rendre capable de participer à la vie même de Dieu.L’adoration fait de ma vie une prière et une eucharistie continuelles.Parce qu’elle me situe librement et amoureusement dans la prière du Christ, elle me fait être et vivre en Dieu.« Le Verbe s’est fait chair », nous dit saint Jean.Demandons alors au Père que sa Parole « se fasse chair » en nous, habite en nous et nous pénètre à tel point que son Esprit transfigure nos vies temporelles pour qu’elles deviennent, dans le Christ, une proclamation transparente de l'amour du Père.Par le Christ ressuscité, avec Lui et en Lui, à toi Dieu le Père tout-puissant en l’unité du Saint-Esprit, tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles.Alfred Ducharme.s.j.Novembre-Décembre 2005 267 LA CONTEMPLATION, C’EST DÉPASSÉ ?P.Alfred Ducharme, s.j.Une nouvelle culture est en chantier.Pour y trouver sa place, l’Église doit contribuer à son développement.Mais si elle n’introduit pas définitivement la contemplation dans sa vie et dans ses structures, les chrétiens et chrétiennes de demain seront les fonctionnaires d’une nouvelle religion, non les témoins du Ressuscité.L’Église saura-t-elle prendre le tournant?La nouvelle culture Après la seconde guerre mondiale, le chantier d’une nouvelle culture a connu son véritable essor.Deux événements avaient déjà préparé son orientation.La révolution française a inculqué à la masse populaire un besoin de liberté, d’égalité et de fraternité.En 1948, l’organisation des Nations Unies (ONU) reprend cet appel en adoptant “La déclaration des droits de l’homme”.Elle parle aussi de justice, de partage et de solidarité.Après la guerre, l’ère des communications lance d’une façon irréversible le chantier de cette culture.L’information circule partout.Elle envahit la terre à une vitesse effarante.Comme un tsunami, elle emporte tout sur son passage.Elle jette une lumière nouvelle sur le monde, met les humains en relations, les rend conscients de leur solidarité existentielle.Tout est en lien avec tout.Une couche pensante - la noosphère de Teilhard de Chardin - enveloppe la terre dans un vaste réseau.De plus, l’information permet aux humains de prendre conscience des injustices qui se sont installées dans les structures de la société moderne.C’est vraiment une culture du respect des droits humains, de la justice et de la fraternité qui naît et cherche à prendre son envol.268 La Vie des communautés religieuses Dans cette culture, la spiritualité occupe une place importante.Elle constitue un des nombreux éléments dont l’intégration détermine la personnalité de chacun, de chacune.Au cours des siècles, les mouvements spirituels ont évolué.Ils ont emprunté deux routes : celle de la mystique en lien avec la vie consacrée et celle de la pastorale en lien avec la théologie spéculative.Sous l’influence de maîtres spirituels, nous avons vu naître successivement, les spiritualités érémitique, monastique, puis contemplative1.Plus tard, sous l’impulsion des évêques et des prêtres, une spiritualité pastorale s’est développée.Elle s’est donné des structures diocésaine et paroissiale.Chaque spiritualité s adressait à des personnes vivant dans un milieu particulier où dominait, soit la mystique, soit un encadrement “canonique”.Ermites au désert, moines et moniales, dans les abbayes, contemplatifs dans les monastères, urbains, d’une part, diocésains dans les paroisses, les villages ou les campagnes, de l’autre.Puis on a connu des personnes consacrées qui vivaient la vie contemplative et la vie active en alternance.La devise des Dominicains “con-templata aliis tradere” (transmettre aux autres les fruits de sa contemplation) suggère cette alternance de la contemplation au couvent et de la prédication dans les bourgs.La spiritualité igna-tienne prépare des “contemplatifs dans l’action”, aptes à “trouver Dieu en toutes choses.” Elle marie les deux spiritualités.Elle apporte du neuf en invitant à contempler à même l’action ou à être contemplatif dans la cité.Cela défiait les structures et dérangeait le droit canon.La spiritualité de l’Église s’appuyait sur la spéculation des théologiens et des canonistes; celle de la vie consacrée, sur le souffle de l’Esprit.Le leadership des supérieurs religieux s’est heurté aux structures de l'Église.Les voies de la mystique et de la pastorale se sont alors séparées.La mystique s’est dissociée des paroisses et s’est dégagée de la pastorale pour se réfugier dans les cloîtres où elle avait une certaine autonomie.Les paroisses accueillaient ceux-ci dans leur territoire, pourvu qu’ils restreignent leur activité à la prière et la contemplation.Bref, les spiritualités, contemplative et active, se sont développées en voisines qui se respectent, mais sans relations chaleureuses.Novembre-Décembre 2005 269 Les spiritualités ont évolué avec les cultures.Au début de l’Eglise, elles ont donné la priorité à la relation avec Dieu, beaucoup plus tard, leur priorité s’est portée vers le service des paroisses.De nos jours, elles s’orientent vers un engagement dans l’action au milieu des humains en recherche d’un sens à leur vie.Chacune des deux tendances, mystique et pastorale, a ouvert sa route et s’est éloignée de l'autre.La mystique s’est coupée de la réalité et la pastorale a oublié la contemplation.Saint Thomas d'Aquin parle de trois voies spirituelles.La vie active se déroule sans lien intime avec Dieu.Elle est une espèce d’activisme.On donne à Dieu ses mains et son activité, mais sa tête et son coeur sont souvent loin de lui.La vie contemplative s’organise en fonction de la prière, de l’adoration et d’une relation particulière avec Dieu.Le contemplatif, la contemplative donne à Dieu sa tête et son coeur.Ses mains fournissent le minimum de travail - culture du sol, fabrication d’hosties et de lingerie liturgique, - pour assurer le pain quotidien.On appelle vie mixte celle de la personne qui exerce sa créativité dans le monde, mais dont l’action est motivée, nourrie et inspirée par son intimité avec Dieu dont elle jaillit.Elle se donne à Dieu entièrement et habituellement (tête, coeur et mains) par l’engagement de tout son être à son service.C'est une spiritualité extrêmement exigeante.Elle suppose une foi vivante, une liberté totale du coeur, une disponibilité inconditionnelle à Dieu et un engagement actif pour sa plus grande gloire.Sans cela, l’activiste mange le spirituel qui devient un fonctionnaire.Il s’agit de s’identifier au Christ donné totalement et uniquement au Royaume de son Père.Impossible de parvenir à ce sommet sans avoir baigné dans la contemplation et sans être habituellement porté par elle.Avant d’aborder sa vie “publique”, le Christ a vécu “caché” pendant trente ans.L’attente des hommes et des femmes d’aujourd’hui De nos jours, chacun, chacune développe sa spiritualité à même sa personnalité.Or celle-ci intègre tous les dynamismes qui constituent son identité humaine.Sa spiritualité, c’est la valeur qui unifie sa vie et fait vivre en totalité.Elle se déploie 270 La Vie des communautés religieuses dans son milieu de vie.Or les gens engagés dans un même secteur du chantier humain se donnent “une spiritualité de système.” Financiers, gestionnaires, syndiqués, scientifiques, politiciens, militaires, sportifs cherchent un souffle spirituel qui donne sens à leur vie.Chaque groupe se donne alors un but particulier.La spiritualité du financier c’est le profit; celle du gestionnaire, le rendement, celle du syndiqué, un salaire-assuré-à-vie; celle du politicien, le pouvoir; celle du scientifique, le contrôle du monde, celle du sportif, les millions et la gloire.Plusieurs d’entre eux -de plus en plus nombreux - comprennent que ces “spiritualités” conduisent à l’affrontement, à la guerre et à la mort.Pour connaître le bonheur et la sérénité, il faut d’abord chercher le bien des personnes humaines et la justice.Seule, en effet, cette priorité peut assurer l’harmonie et la paix nécessaires pour atteindre ses objectifs particuliers2.Pour ces gens, le besoin de prier, d établir une relation vivante avec Dieu dans et par leur travail est urgent.Les valeurs humaines qui les habitent sont porteuses de valeurs spirituelles.Ce sont vraiment des personnes avec-les-autres et pour-les-autres.Elles cherchent à nourrir le dynamisme spirituel qu’elles sentent naître en elles, mais elles ne trouvent aucune nourriture substantielle et aucun débouché dans l’Eglise.Parallèlement, de nombreux contemplatifs sentent monter en eux une ardeur spirituelle qui unifie leur vie et les incite avec force à partager l’expérience de Dieu qui les comble.Ils désirent ouvrir des routes de vie dans le chantier du monde.L'Esprit prépare parmi eux, les prophètes que le monde attend.Mais, hélas! leur isolement du monde les empêche de répondre effectivement aux poussées de l’Esprit.C’est du milieu de la misère des humains, de leurs souffrances et de leurs pauvretés que l’Esprit inspire et fait surgir les prophètes.“J’ai vu la misère de mon peuple en Égypte et je l’ai entendu crier sous les coups [.] Je suis descendu pour le délivrer.” (Ex.3, 7-8).Bref, un dynamisme humain et un dynamisme spirituel bougent dans les coeurs des gens.Comment coordonner ces deux forces et les diriger dans la même direction?Un dynamisme de service mobilise des travailleurs sociaux, des agents et agentes de pastorale, des bénévoles généreux, des témoins d’injustice en Novembre-Décembre 2005 271 révolte, des ouvriers du tiers-monde et des écologistes.L’Église vivante est présente au milieu d’eux.D’autre part, un puissant besoin de rayonner, d’apprendre aux humains la charité et de les rapprocher de Dieu s’est allumé dans le coeur des contemplatifs, des priants et des mystiques.Par eux, l’Esprit souffle, inspire, donne vie.L’Église est présente au milieu d’eux.Tous ces gens sont les prophètes des temps modernes qui nous interpellent, dérangent nos conforts et nous libèrent de nos structures sclérosées.Leur audace fait peur.L’avenir ne résiderait-il pas dans le mariage de ces deux forces vives?Ces personnes engagées dans l’humanisation du monde sont les prophètes modernes.Elles cherchent un foyer où elles pourraient reprendre contact avec le souffle spirituel qui, consciemment ou non, les anime et les fait vivre.Ces personnes, souvent distantes de l’Église, cherchent une source qui abreuvera leur soif spirituelle.Des agents et agentes de pastorale, devenus fonctionnaires, cherchent le souffle qui ravivera en eux, en elles la flamme de vie.Des spirituels désirent trouver un chantier où agir et réaliser leur foi.L’Esprit dirige les tâtonnements et les recherches des uns et des autres; par eux, il ouvre des routes nouvelles.Ils sont les prophètes de notre temps.Par eux, il exprime la volonté actuelle de Dieu sur le monde.Mais, hélas! parfois, la flamme est réduite en cendres; parfois, enfermées dans des encadrements et des traditions qui empêchent leurs contacts avec le monde, ces personnes hésitent à s’engager dans le chantier du monde.Elles ne trouvent aucun terreau où prendre racine.Elles sont les promesses d’une fleur.sans fruit.Le défi de l’Église Cette situation interpelle l’Église.Son premier défi, c’est de vaincre ses peurs et de se détacher de ses vieilles structures ouvertes aux seuls “croyants-pratiquants.” Son second défi est de rassembler les êtres humains comme tels et de leur offrir un lieu d’échange sur les échecs qu’ils vivent, sur les misères desquelles ils souffrent et sur les pauvretés dont ils sont victimes.Son troisième défi enfin est d’écouter l’Esprit qui inspirera aux personnes les gestes à poser pour soulager les misères et établir la 272 La Vie des communautés religieuses justice.Ce sont ces personnes qui ouvriront des routes nouvelles et mettront en place les structures nécessaires pour que la nouvelle culture soit au service des humains et de la vie.C’est là la route qui conduit à Jésus.“Je suis venu pour que tous aient la vie et l’aient en abondance,” a-t-il dit (Jn 10,10).Les évêques du Québec viennent de présenter un dossier : “Jésus Christ, chemin d’humanisation” qui va dans ce sens3.Mais il est difficile de laisser tomber des structures séculaires sans savoir ce qui les remplacera.Des agents et agentes de pastorale et des prêtres plus actifs que priants sont menacés de devenir des fonctionnaires de Dieu.Des priants, isolés dans leur contemplation, sont menacés de vivre une piété égoïste, coupée des autres.Les premiers ont besoin d'un souffle qui les fasse revivre.Les seconds doivent rencontrer des humains souffrants, affamés ou malades qui les interrogent.La constitution pastorale “Gaudium et Spes” de Vatican II présente un prérequis pour devenir disciple du Christ : “Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout, et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur coeur”4.Cet écho est la Parole de Dieu, le Verbe, répercuté par l’Esprit.L’Église a besoin de mystiques Réunir des humains, chrétiens ou non, dans une quête commune du bonheur humain comporte des risques.Une personne abandonnée à elle-même se laissera emporter par le tourbillon matérialiste.Pour “sentir” dans ce courant le souffle de l’Esprit et décoder ses invitations, il faut des spirituels et des mystiques.L’Église doit leur donner une place de choix dans sa vie.Elle les protégera, les écoutera et leur trouvera un rôle actif dans sa pastorale et dans ses structures.Sans eux, sans elles en effet, la vie mixte se dégrade en un activisme stérile.C’est avec raison que Karl Rahner écrit : “Le chrétien pieux de demain sera ‘un mystique’, c’est-à-dire quelqu’un qui a expérimenté quelque chose, ou il ne sera plus.”5.Dans une société de plus en plus sécularisée et matérialiste, seuls les mystiques sont signifiants.Les Novembre-Décembre 2005 273 paroles n’évangélisent plus.Seule la contagion d’une vie débordante de Dieu est significative pour les gens.Pour Rahner, le, la mystique est une personne qui a rencontré Dieu, un Dieu qui ne se laisse pas comprendre, mais qui continue à interpeller et à se faire désirer.Les communautés contemplatives méditeront cette pensée du Pape Jean-Paul : “Une foi qui ne devient pas culture est une foi qui n’est pas pleinement accueillie, entièrement pensée et fidèlement vécue ”6.Qu'elles se demandent si elles “vivent fidèlement” leur foi.Elles me semblent timides et captives de structures dépassées.Vatican II a invité les religieux et les religieuses à s’adapter au monde contemporain.Cela devrait inciter les monastères contemplatifs à ouvrir leurs portes, à casser leurs clôtures, à prendre contact avec le monde et à chercher des voies nouvelles pour aider les souffrants, les pauvres et les victimes d’injustice à porter leurs fardeaux.Elles reprendront alors leur place dans une Eglise dont la mission réclame l’effort de tous et de toutes7.L'Eglise est significative quand elle intègre foi et action, foi et culture.Vivre héroïquement sa foi et de sa foi, dans un monde passionné d’argent ou de pouvoir et torturé par la souffrance, c’est être un reflet de la gloire de Dieu, vivre l’espérance et la certitude du triomphe dans un monde de misère, c’est anticiper son entrée dans la gloire.Il s’agit d’être engagé à fond dans le chantier du monde au nom de sa foi, de s’incarner comme le Verbe.Sa vie alors témoigne de façon crédible de la résurrection du Christ.Mère Teresa n'a pas à proclamer sa foi, sa présence constante auprès des pauvres, sa sérénité et son courage témoignent.Une foi vécue interpelle toujours.“Il faut toujours prêcher; quand c’est absolument nécessaire, on peut le faire avec des mots,” aurait dit un saint.Nos églises et nos paroisses ne nourrissent pas cette dimension mystique de la vie chrétienne.Les structures pastorales ne font aucune place aux contemplatifs.La paroisse les accepte dans son territoire, elle les considère comme des priants, des priantes, mais elle ne leur donne aucune voix dans les discernements et dans les décisions.Elle les accepte sans les intégrer dans sa vie et 274 La Vie des communautés religieuses ses structures.Pourtant il faut leur confier un rôle essentiel dans sa vie, si elle veut que le monde de demain soit le monde de Dieu.Leur présence est nécessaire pour que des outils nouveaux soient inventés, des routes inconnues, ouvertes, des façons de prier, créées qui permettront l’éclosion de la vie mixte dans un monde qui en a bien besoin.Pour intégrer service de Dieu et service des gens (Mt 25, 31-46), il faut des personnes engagées dans les chantiers humains et des contemplatifs nourris par l’Esprit.Les intérêts mercantiles de la société de consommation nous sollicitent sans cesse.Les appels de Dieu sont plus subtils et moins perceptibles.Donnons-nous les moyens d’entendre ce que Dieu dit dans le secret des coeurs.Aménageons des structures de dialogue, de partage et d’écoute où tous et toutes partageront leurs interrogations et leurs réponses.Inventons et vivons une spiritualité de vie mixte, réali-sons-la au niveau des structures paroissiales pour espérer la faire passer un jour dans la vie des paroissiens.Nous aurons alors les moyens de répondre à la mission que le Christ a confiée à l’Église : “Allez, de toutes les nations, faites des disciples”.(Mt 28,19) En devenant plus humaine, l’Église deviendra universelle comme la nouvelle culture qui envahit toute la terre d’ici-bas.En devenant plus humain, son message rejoindra les personnes engagées dans tous les types d’activité et vivant toutes les situations.L’Église de demain La mise en place de l’Église de demain est amorcée.Dans son exhortation sur “La vie consacrée” (nos 8 et 12), le Pape lui reconnaît des formes nouvelles et des formes anciennes.Or les formes nouvelles s’orientent résolument vers une insertion responsable dans le monde.Les instituts séculiers, les vierges, les ermites et les veufs consacrés - version Vatican II - les nouvelles communautés sont des formes nouvelles de consécration.Toutes prennent racine dans le chantier de la société nouvelle et se nourrissent dans la prière et la contemplation.C’est vers une spiritualité de vie mixte que l’Esprit oriente le développement de la vie consacrée.Il est remarquable que les communautés contemplatives fondées depuis trente ans - et qui se recrutent - plongent Novembre-Décembre 2005 275 courageusement dans l’activité “profane” pour y porter les valeurs humaines9.Le Verbe s’est fait chair; il est entré dans le temps.Son incarnation est commencée depuis 2000 ans.Elle se poursuit en Église pour transfigurer toute chair.Or dans la Bible, la chair, c’est la totalité de l’être humain menant son existence temporelle.Elle inclut la pensée, les sentiments, les choix volontaires tout autant que leurs expressions corporelles et leurs réalisations terrestres.Elle inclut aussi l’usure du temps, ses faiblesses, ses limites et sa mort.Il faut donc toujours rester dans la lumière de la croix, si l’on veut communier à la vie du Verbe fait chair.Saint Paul nous rappelle que le chrétien est baptisé dans la mort et la résurrection du Christ (Rm 6,3).Conclusion Les chrétiens et chrétiennes d’aujourd’hui prépareront l’Église de demain en s’engageant dans le chantier du monde pour y porter le souffle de l’Esprit.Pour cela, ils ouvriront large la place aux contemplatives, aux contemplatifs vivants et actifs pour qu’ils leur apprennent à écouter l’Esprit qui est toujours le contremaître de son chantier.Ils feront Église ensemble.Alfred Ducharme, s.j.Notes diverses 1 Sur l’histoire de la vie religieuse, voir Alfred Ducharme, Pour un chapitre prophétique, tome 1, préparation lointaine, Ottawa, CRC, 1979, 123 p.(Voir les pages 13 à 33).2 Jean-Paul II, Lettre encyclique: L'intérêt actif de l’Église pour la question sociale, Montréal, Fides, 1988, no 37.3 Collectif, Jésus Christ, chemin d’humanisation, dossier de l’assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ).4 Constitution pastorale “Gaudium et Spes” no 1.5 Karl Rahner, “ Frômmigkeit heute und morgen”, Schriften zur théologie (numéro thématique: Zur Théologie des geistlichen Lebens), vol.VII, Einsiedeln, Benziger, 1966, p.22 6 Discours à la “Sacrée Congrégation sur la culture”, 20 mai 1982.276 La Vie des communautés religieuses 7 Alfred Ducharme, s.j« Aux sources du discernement » Cahiers de spiritualité ignatienne (numéro thématique : Le travail : jardin ou prison ?), no 112 (janvier-avril 2005), p.95-108.8 Jean-Paul II, La vie consacrée.Exhortation apostolique post-synodale sur la vie consacrée et sa mission dans l’Église et dans le monde.Montréal, Fides, 1996, nos 5 à 12.9 “Les fraternités monastiques de Jérusalem” et “La Famille de saint Joseph”, deux communautés contemplatives récentes, sont engagées dans les milieux populaires.QUE NOTRE VIE TE RENDE GLOIRE! Tu nous a donné la vie et l’être.Tu nous as donné ton souffle vivant.Tu nous as donné de nommer toutes choses.Tu nous as donné un monde à transformer.Tu nous as donné des sœurs et des frères à aimer.Tu nous as donné une entrée dans ta propre vie.QUE NOTRE VIE TE RENDE GLOIRE! Novembre-Décembre 2005 277 SAINT JEAN-BAPTISTE DE LA SALLE, UN SAINT AU CŒUR EUCHARISTIQUE.A».F.Gilles Beaudet, f.é.c.Avez-vous souvent parcouru les textes que saint Jean-Baptiste de La Salle a rédigés sur le grand mystère d’amour de l’Eucharistie ?Si oui, vous en êtes peut-être enthousiastes pour diverses raisons qui vous sont propres.Si non, vous découvrirez des beautés ignorées et vous serez pris d’admiration pour ce que notre fondateur nous rappelle concernant cette sublime réalité de la vie catholique.Et ce, tout particulièrement, dans le contexte de l’année eucharistique proclamée par Jean Paul II le 17 octobre 2004.Vous ne seriez pas le premier à vous étonner et à admirer la doctrine et la vie eucharistiques du mystique rémois.En 1920, en effet, un écrivain portant le nom de Jean du Cénacle1, de la Fraternité sacerdotale, appréciait ainsi les textes eucharistiques de saint Jean-Baptiste de La Salle : « Ses Méditations pour l’octave de la Fête-Dieu forment dans leur ensemble un traité théorique et pratique d’une valeur inappréciable.Ce chef-d’œuvre mérite d’être placé dans une bibliothèque eucharistique à côté des Octaves du Saint Sacrement de Bourdaloue, du Père Nouet, du Père Texier et même des Méditations sur l’Évangile de Bossuet » (Op.cit.).Voilà déjà une bonne recommandation qui ne nous est pas assez connue, malgré qu’elle ait pu circuler depuis 85 ans ! Les Frères ont commencé à faire valoir les écrits du Fondateur aux approches de sa béatification surtout.Et ce sont d’abord les 278 La Vie des communautés religieuses supérieurs généraux à qui revenait habituellement la tâche de transmettre la pensée de saint Jean-Baptiste de La Salle.Ils n’hésitaient pas cependant à confier à un prédicateur connu, à un théologien de renom, la mission de mettre en valeur la spiritualité du Fondateur.Pour ce qui concerne l’Eucharistie, le frère Joseph, (Joseph Josse-rand) invita le Père Albert Tesnière, de la congrégation du Très Saint-Sacrement, auteur d’un ouvrage sur le Cœur de Jésus-Christ, à prononcer un long panégyrique sur saint Jean-Baptiste de La Salle, en 1895.Le tout fut publié en 1897 sous le titre de : « Mission eucharistique du Bienheureux Jean-Baptiste de La Salle » Dans cet opuscule, le grand prédicateur allait jusqu’à affirmer : « Parmi les Docteurs, [personne] n’a mieux que lui dit les grands effets de la communion et n’en a montré plus nettement la raison dans les propriétés des éléments dont se compose ce Pain divin2 ».Tesnière se permet de caractériser de La Salle comme « le Docteur du mystère de la communion et l’apôtre de sa fréquente réception3 » (Op.cit.p.588).Ce n’est pas rien! Il dira de lui, ailleurs : « Saint Jean-Baptiste de La Salle, par sa doctrine, par sa direction où brille avec tant de force et d’éclat la vérité eucharistique, blessait à mort le monstre du Jansénisme».Léon XIII l’a donc judicieusement qualifié « d’antagoniste victorieux du Jansénisme4 ».Un tel énoncé invite à pondérer les accusations de jansénisme que l’on est tenté parfois de plaquer sur des propos ou des attitudes de La Salle.On devine aisément que c’est dans son ouverture à la communion fréquente et confiante, que l’on perçoit fondamentalement l’anti-jansénisme de La Salle.Mais ce n'est pas là-dessus que cette étude veut se centrer.Elle porte essentiellement sur la recherche des aspects divers par lesquels Jean-Baptiste de La Salle, notre guide spirituel, veut nous aider à vibrer à la force divinisante et humanisante de la sainte Eucharistie et voir comment les propos de La Salle sur l’Eucharistie s’inscrivent dans le « génome » surnaturel que le Christ inaugure dans le mystère du Pain et du Vin.L’Eucharistie est un centre de vie, une énergie de transfert du Christ à ses fidèles disciples, à travers l’histoire.Novembre-Décembre 2005 279 Jésus a annoncé aux foules le cadeau qu’il allait leur faire pour toujours.Une phrase comme : « Je suis avec vous pour toujours5 jusqu’à la fin du monde » marque l’efficacité de la Parole divine dans l’immédiat, et sa pérennité dans la suite des temps.Ce passage (Mt 28,20; Mc 16, 20) ne se rattache pas strictement au sacrement de l’Eucharistie, mais sous-entend une « Consolation » un « renfort » qui évoque l’Esprit Saint.Cependant il n’est pas interdit de l’associer au sacrement qui se prolonge et s’affirme quotidiennement par la force opérante du « Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang; Faites ceci en mémoire de moi ».L’Eucharistie prend naissance dans le cœur de Jésus et se précise comme une source de vie.C’est dans l’Évangile de Jean, chapitre VI, que l’on reprend la grande promesse de l’Eucharistie, principe de vie.Jésus lui-même articule son discours théologique, pour ainsi dire, sur l’expérience du pain multiplié qui, lui, soutient la vie du corps.Dans son discours, Jésus redira souvent : « Je suis le Pain de Vie6 » « Voici le pain descendu du ciel; il n’est pas comme celui qu'ont mangé les pères (ancêtres) et ils sont morts : (Jn 6,58) Qui mange ce pain vivra à jamais.» C’est dans les méditations pour l’Octave du Saint Sacrement que La Salle exprime plus nettement ses commentaires sur le sens et le rôle de l’Eucharistie.Le vendredi, deuxième jour de l’octave, l’Évangile commenté est celui de Jean VI, 31, 32 de La Salle se fait pressant auprès de ses auditeurs.« Jésus est vivant dans ceux qui le reçoivent » (MD 48.1).« Il se répand dans toutes les facultés7 de leur âme8; il y exerce des actions de vie, les conduit et les dirige par son divin Esprit; c’est par cet Esprit que Jésus Eucharistie vit et agit » (Méd 48.1) dans ceux qui mangent son Pain de vie.Aux affirmations, La Salle fait succéder l’interpellation : « Lorsque Jésus est en vous, y est-il un pain vivant ?(Et pour cela), lui laissez-vous toute la liberté de communiquer à votre âme son divin Esprit ?Est-il tellement vivant en vous que vous puissiez dire que « ce n’est plus vous qui vivez mais que c’est Jésus-Christ qui vit en vous » ?280 La Vie des communautés religieuses Pour être une vie en moi, le pain eucharistique ne doit pas rencontrer de phénomène de rejet ou de résistance.Rarement, à ce qu’on répète volontiers, La Salle se laisse aller aux éclats d’enthousiasme.Pour l’Eucharistie, il ne se retient pas d’exulter : « Que l’homme est heureux de pouvoir se rassasier d’un tel Pain, et aussi souvent qu’il le veut ».(MD 48, 2) « Ce Pain le sustente tellement, que l’homme trouve en lui toute la nourriture et la force spirituelle dont il a besoin.» (MD 48, 2) La Salle évidemment met en valeur la promesse de Jésus sur laquelle il fonde sa foi.Selon une pratique assez fréquente chez lui, le fondateur sert à l’appui de son propos, une citation des Pères.« Les Pères disent que « c’est ce Pain qui surpasse toute substance parce que rien n’est [autant] capable de bien soutenir notre âme et de lui donner une telle force pour marcher avec vigueur dans le chemin de la vertu.» Les Pères font cette remarque en relation avec la demande du Notre Père '.Devant les bienfaits attendus de l’Eucharistie, La Salle se fait insistant : « Mangez donc de ce pain divin volontiers, et avec affection, et le plus souvent que vous pourrez.Si vous savez y trouver tout le goût10 qu’il renferme, il donnera à votre âme une vie toute céleste sur la terre.» (MD 48.2) Que sera cette vie « céleste » sur la terre ?La Salle sait ce qu’il dit, mais notre oreille perçoit-elle la pleine dimension de son message ?C’est ce qu’il explique dans la suite de son exposé.« On a l’avantage quand on reçoit le Corps de Jésus-Christ, de participer à la vie du Sauveur, d’avoir en soi un gage de la vie étemelle, d’être même assuré de vivre éternellement, si l'on conserve en soi l’esprit de Jésus-Christ qui est ce qu’il laisse en nous.» (MD 48.3) Cette fin de phrase est lourde de contenu.Le pain, les apparences qui soutiennent le mystère, se décompose, mais il a laissé en nous l’Esprit de Jésus.En cinq ou six mots, un vaste pan de théologie eucharistique se déploie.De plus, cet esprit « actif » en nous, il nous faut le conserver pour être assuré de vivre éternellement.Chez de La Salle, la pensée est dense.Nous devons prendre le temps de lire entre les mots.Étroitement collé à la doctrine de Jésus, La Salle nous convie à l’approfondir avec lui.Novembre-Décembre 2005 281 Dans la Suite eucharistique que La Salle compose pour l’octave de la Fête du Très Saint-Sacrement, ses premières pages exaltent à la fois la grandeur du Mystère et l’Amour qu’il exprime ou qu’il fait surgir.« Rendez à Jésus-Christ dans ce mystère vos très humbles actions de grâces pour la bonté qu’il a de se communiquer à vous dans ce Sacrement, et d’être toujours disposé à vous y faire profusion de ses grâces.» (MD 47.1) L’Eucharistie selon La Salle repose sur un échange d’amour (O admirabile commercium !) « L’Amour que Jésus-Christ vous fait paraître dans cet auguste sacrement mérite bien que vous témoigniez réciproquement un amour tout particulier pour lui » (MD 47.2) « Jésus veut que votre âme se fonde", pour ainsi dire, en sa présence à l’aspect de cet amour.Il veut que vous [.] l’honoriez intérieurement12 [.} et le lui fassiez connaître, par l’attention continuelle que vous aurez aux bontés qu’il a eues pour vous, en se donnant à vous sans réserve dans cet auguste sacrement.» Sacrement d’amour, l’Eucharistie est la fois 1.nourriture fortifiante, (MD 48 et 49) et 2.guérison.Le premier aspect a été présenté au début de cet article.Il est à propos de considérer ici la nécessité de se nourrir de cet aliment (viande11).« Plus votre état demande de vertu et de perfection, plus aussi avez-vous besoin de force et de générosité pour y atteindre et pour ne pas vous laisser abattre par l’appréhension des peines que vous y trouvez.» dit Jean-Baptiste de La Salle.Il met en évidence le besoin et il spécifie ensuite le remède : « Nourrissez-vous de cette viande eucharistique pour vous fortifier intérieurement et pour vaincre tous les obstacles de votre salut » « Cette viande sacrée s’incorpore tellement à l’âme qui la mange avec goût, que cette âme ensuite participe aux vertus de Jésus-Christ et qu’il lui arrive ce qui est dit de l’Épouse dans les Cantiques : « Mon bien-aimé est à moi et je suis tout à lui » (MD 49.2) « Une âme qui a mangé cette chair de Jésus-Christ et qui s’est nourrie de cette viande ne vit plus d’une vie naturelle, ne cherche plus à contenter ses sens et n’agit plus par son propre esprit mais par l’esprit de son Dieu dont elle a fait sa nourriture.» (MD 49.3) 282 La Vie des communautés religieuses Échange d’amour dans l’adoration, échange de force dans la consommation.Cela suffit-il à rapprocher les fidèles d’une fréquentation du saint sacrement ?La Salle vit dans une époque où le Jansénisme mine les esprits .Dans la liturgie de son temps, le dimanche qui suit la Fête-Dieu offre comme lecture d’évangile le repas où les invités refusent de venir.Selon l’habitude pastorale de cette époque, La Salle fait une adaptation allégorique et transforme ce festin en général pour l’appliquer au festin de l’Eucharistie.« C’est vous-mêmes que le Père Étemel convie [aujourd’hui] à venir à son festin pour y recevoir son Fils Jésus-Christ dans l’Eucharistie.».« C’est bien à propos qu’on peut appliquer au refus que font la plupart de communier à cause de leurs affaires temporelles à ce que dit Jésus-Christ dans l’Évangile; lorsque le Fils de l’homme viendra, i.e., s’offrira pour être la nourriture spirituelle des hommes croyez-vous qu’il trouvera de la foi sur la terre ?» (MD, 50.2) Ce qui permet à notre Docteur d’affirmer : « C’est le défaut de foi qui fait que les hommes se retirent de la communion.» (MD 50.2) Et La Salle tente de motiver la fréquence de la communion en évoquant même la notion de contentement et parle de l’Eucharistie comme « un festin délicieux dans lequel un cœur qui aime Dieu a de quoi se contenter.» (MD 50.3).C’est à nouveau affirmer la dimension céleste vécue sur terre par la fréquentation de la communion.Abordons l’aspect de l’Eucharistie comme remède et guérison.Désireux de donner le goût de la communion fréquente et fervente, La Salle se désole de voir les faux prétextes invoqués par ceux qui s’abstiennent de la communion.Certains prétendent qu’ils « ne sont pas disposés pour communier.» La Salle semble dire : examinons de près la valeur de tels arguments.Excuse mal fondée! rétorque le théologien.Il analyse deux cas de figure : « ou bien on n’y est point disposé parce qu’on ne veut pas communier; ou bien parce qu’on ne peut pas communier.L’opposition est claire : vouloir ou pouvoir; vouloir et pouvoir ! » Novembre-Décembre 2005 283 « Si c’est parce qu’on ne veut pas, c’est une marque qu’on a bien peu d’amour pour Dieu qui a une si grande tendresse pour nous jusqu’à nous donner son propre Fils pour nourrir nos âmes et en même temps pour apporter remède à toutes nos maladies spirituelles.» Le zélé pasteur fait encore appel aux ressources d’une expérience mystique nourrie d’amour : la relation de l’âme désireuse de servir le Christ repose sur notre dose d’amour sincère.Et cet amour doit normalement engendrer le désir de laisser le Christ habiter notre cœur où il s’établit par la communion.« Si c’est parce qu’on ne peut pas communier, il faut qu’on examine effectivement s’il est vrai qu’on ne le puisse pas.Il n’y a que le péché mortel qui mette dans l’impossibilité de communier {.}.» « Votre cœur que Jésus-Christ s’est choisi pour être sa demeure et qui devrait toujours se conduire par ses mouvements, pourrait-il faire une telle injure à Dieu que de s’attacher criminellement à des créatures et rendre inutile le fruit de la Passion, devenir l’ennemi de Dieu et l’esclave du démon ?» (MD 51.2) Comme éclaireur et directeur spirituel, La Salle veut activer le remords d’un cœur égaré et éveiller le désir d’une relance dans l’amour.Il a déjà signalé que l’Eucharistie bien reçue offre un « remède qui pourrait en peu de temps dégager votre âme de toute corruption.» (MD 51,1) « Priez Jésus-Christ résidant en vous de suppléer à votre impuissance et de vous préparer à la Communion comme à l’action de grâce, et de faire l’un et l’autre en vous et pour vous.C’est ainsi que Dieu sera très content de vous et de vos communions.» (MD 51,3) La méditation 52 détaille les causes et les remèdes de communions indignes dont La Salle déclare « on ne tombe pas tout d’un coup dans un crime si détestable, mais si on le commet, ce n’est qu’après avoir insensiblement fermé son cœur à la grâce pour l’avoir tenu fermé à ceux à qui Dieu en a donné le soin, pour le conduire au Ciel.Ce cœur est aveugle et il ne sait pas la voie pour aller à Dieu à moins que quelqu’un ne le guide [.](MD 52,3) 284 La Vie des communautés religieuses La Salle explore aussi le cas de la communion tiède faite d’habitude et d’indifférence.« Comme on communie pour se sanctifier, annonce le saint Instituteur, il faut tâcher pour le faire d’être dans une telle disposition qu’on puisse se fortifier dans la grâce, s’en procurer de nouvelles et pratiquer la vertu avec plus de facilité.» (MD 53.1) « Une âme qui se conduit lâchement a souvent peu de soin de se bien préparer à la communion et de rendre grâce à Dieu après l’avoir fait.[.] Faites en sorte que chaque fois que vous vous approcherez de la communion elle ait tout le fruit que Dieu lui destine et que vous n’y mettiez aucun obstacle.» (M 53.3) Il ne faut pas dissocier la communion de la célébration de la Messe.Il est arrivé dans certaines périodes de l’histoire de l’Église qu’on ait tellement exalté l’Eucharistie qu’on a isolé la communion pour en faire une liturgie en soi.Vatican II a ramené la communion à l’intérieur de la Messe où elle se trouvait en principe même au temps de La Salle.Dans son Explication de la Messe,, on lit : Après avoir pris le calice, le prêtre « distribue la communion aux assistants pour marquer que le prêtre et le peuple participent au même sacrifice, prennent un même repas spirituel et sont assis à une même table.Il fait aussi connaître par là qu’il doit nourrir les fidèles de son abondance [des grâces de ce sacrement].» (CL 17 p.41; OC .) Il y a là trois dimensions intéressantes du mystère eucharistique : sacrifice, tel que le démontre la tradition; repas comme le souligne plus volontiers la liturgie contemporaine; fraternité et solidarité : une même table.Dans les « méthodes » qui accompagnent l’Explication de la sainte Messe, La Salle propose quelques prières qui nous font partager la profondeur de sa conception sur le mystère eucharistique.Il y est question de bonheur dès les premiers mots et c’est un nouveau sursaut émotif: « Quel bonheur pour moi, ô mon Dieu, de vous avoir reçu [.] vous qui avez en vous tous les trésors de la science et de la sagesse de Dieu, et en qui réside la plénitude de la divinité.14 [.] Que tout mon plaisir soit de remplir mon cœur de votre saint amour! (CL 17 p.92) Cette dernière demande n’est pas une simple formule gratuite.Elle exprime un rapport de force, une lutte entre la cité de Dieu et la cité du siècle.L’Eucharistie est rappelée ici, Novembre-Décembre 2005 285 implicitement comme remède.Le remède à la propension maladive au plaisir désordonné : « Que je n’aille point, contre vos intentions, en m’abandonnant comme les bêtes aux plaisirs des sens ».L’Eucharistie pour La Salle est promesse de vie, de vie sainte, d’union au Christ et de bonheur.Les valeurs et les bienfaits que le fondateur reconnaît à l’Eucharistie sont placés ici au premier rang; on pressent bien qu’il faut y mettre des conditions.Nous n’avions pas pour objectif de présenter une étude exhaustive des considérations de saint Jean-Baptiste de La Salle sur l’Eucharistie.Il y faudrait une bonne quantité de pages et une rigueur d’analyse qui ne s’imposait pas ici.Nous avons offert quelques éclairages sur le discours du fondateur en vue de valoriser l’Eucharistie dans notre vie de chrétiens et de religieux/religieuses.Nous aurions aimé trouver de la place pour de nombreuses prières eucharistiques composées par La Salle et qui me paraissent extrêmement touchantes.C’est par elles que je conclurai cette présentation.La joie de l’intimité eucharistique.« Que c’est un bonheur inexprimable de posséder en soi ce même Dieu, et de pouvoir traiter avec lui des affaires de son salut, cœur à coeur et comme un ami qui communique ses secrets à son intime ami, lui demande les grâces qu’il peut obtenir de lui! J’y trouve un Dieu qui me traite comme son ami, qui partage mes intérêts et qui ne cherche que le bien de mon âme.(CL 17 p.175) « Ô Jésus, fondez et liquéfiez15 mon cœur pour se répandre en vous afin qu’étant tout en vous, il puise en vous tout ce dont il a besoin pour aller à Dieu et pour s’affermir dans son saint amour.» (CL 17 p.177) De magnifiques analogies viennent à l’esprit de La Salle lorsqu’il s’arrête à la présence de Jésus habitant l’âme du communiant.« Mon corps est maintenant votre tabernacle, ô Dieu mon Sauveur, et mon cœur est devenu votre sanctuaire depuis que vous êtes venu en moi dans la Sainte Communion.Je peux donc dire avec vérité que je suis un temple portatif de Dieu, temple dans lequel Jésus-Christ est venu établir sa demeure.» (CL 17 p.179).Enfin il a associé le cœur porteur du Christ eucharistique à l’Arche d’alliance : « L’Arche était ce qu’il y avait de plus précieux dans la loi 286 La Vie des communautés religieuses ancienne, mais votre divin Corps est le vêtement du grand Dieu vivant, l’objet de la vénération des anges et le trésor de la loi de grâce.L’Arche était l’oracle des Israélites.[.] je n’ai qu’à rentrer en moi pour vous consulter résidant en moi, ô Jésus mon Sauveur.Ayant en moi votre sacré Corps, Arche sainte de la divinité, il est bien raisonnable que vous laissiez en moi des marques de votre venue : laissez-y, ô Jésus, le trésor de la grâce, l’or de la charité et ce bois de votre croix qui par l’amortissement de mes passions, [par] les impressions16 [effets] de la mortification, rendent mon âme incorruptible; c’est le fruit que j’espère de votre venue en moi.» (CL 17 p.181) Dans ces extraits de prières lasalliennes, les lectrices et les lecteurs moins familiers des écrits du fondateur découvriront des expressions que nous ne pensions pas trouver sous sa plume, des images qu’il ne sert pas à profusion.Que notre regard sur les textes eucharistiques17 de notre fondateur nous aide à entrer plus à fond dans un renouveau et un approfondissement de vie eucharistique, comme le souhaite le Pape Jean Paul II en instituant l’année de l’Eucharistie.Gilles Beaudet f.é.c.5714 av.Darlington Montréal, Qc H3S 2H7 1 Jean du Cénacle, Fleurs d’autels, no 2, Saint Jean-Baptiste de La Salle, Paris, Maison du Bon-Pasteur, 1920, 72p.2 Tesnière, A., Mission eucharistique de S.Jean-B.de La Salle, 1897 in Messager ou ( Annales?) du Saint-Sacrement, p.579.3 Tesnière, A., op.cit., p.588.4 Tesnière, A.op.cit., p.608.5 La BJ dit « pour toujours » mais les plus courantes traductions ont conservé : « Tous les jours » y compris Chouraqui dans Pacte neuf.6 Jean 6, versets :33, 35, 40, 48, 51, 54, 57, 58.7 Le mot « facultés » n’a pas ici un sens philosophique.8 Perçue comme principe de vie physique et moteur de vie spirituelle; elle est l’être profond et souvent La Salle utilisera le terme « au plus profond de l’âme » « le fond de l’âme ».L’âme combine dans un même réseau : cœur, cerveau et esprit.La Salle pourrait employer aussi : « puissances » de l’âme.9 La Salle l’affirme explicitement.En fait il songe entre autre à saint Augustin auquel il réfère dans les Devoirs I (texte suivi) p.447 10 « omne delectamentum in se habentem » .Novembre-Décembre 2005 287 11 Retenons cette expression d’émotivité.Elle est un héritage des psaumes aussi bien que de ses lectures de François de Sales.Le psaume 21 (22), 15 « Mon coeur est pareil à la cire, il fond au milieu de mes viscères » (Bible de Jérusalem).François de Sales reprend l’image du Cantique des Cantiques 5, 6.« anima mea liquefacta est, ut locutus est » selon la version Vulgate.La BJ dit autrement, hélas !: « Sa fuite m’a fait rendre l’âme ».Chouraqui traduit élégamment : « Mon être s’extasiait à sa parole » (Poème des poèmes).12 La syntaxe de la dernière phrase est complexe et lourde, nous l’avons allégée pour mettre en évidence ce que La Salle désire souligner.13 Viande est le mot qu’emploient les traductions anciennes au sens d’aliment, de victuailles, de vivres.14 II est fréquent que La Salle prie avec les mots de l’Église, les lettres de saint Paul, Ici il emprunte à Colossiens 2,3 et 2,9.(« in quo sunt omnes thesauri sapientiae et scientiae absconditi »; l’ordre des mots est renversé).15 L’image scripturaire du « cœur fondu » du « cœur liquéfié » revient sous sa plume par l’influence de saint François de Sales particulièrement.16 Molière écrivait par exemple : « La jalousie a des impressions dont bien souvent la force nous entraîne » (Amphytrion v.1276) 17 Nous aurions aimé tirer parti aussi des pages du Recueil qui ont trait à la Communion ou à la Messe toutes redevables qu’elles soient à Hayneufve et à Crasset.Et nous voulons rappeler que Jean-Baptiste de La Salle recommandait la lecture cyclique du quatrième livre de l’Imitation de Jésus-Christ « Brûlante exhortation à la sainte Communion ».AVIS Les pages publicitaires de janvier-février 2006 devront entrer avant le 7 novembre 2005.288 La Vie des communautés religieuses T’AS PAS ENVIE DE VENIR NOUS REJOINDRE ?Petite Soeur Kathy psj Il y a quelque temps je visitais un ami dominicain.Un de ses confrères s’est approché, et sachant que j’étais une Petite Soeur de Jésus, m’a demandé si je ne pourrais pas parler à la communauté, un jour, à propos de l’adoration.J’ai répondu : « Oh, peut-être un jour » dans l’espoir que ce « un jour » ne viendrait pas.D’abord parce que je serais très intimidée de donner une conférence à des Dominicains, mais surtout, parce que je sentais qu’à ce sujet je n’avais pas grand-chose à dire.La seule chose dont je suis vraiment consciente ce sont mes manquements.et tout ça malgré le fait que j’y consacre au moins une heure par jour depuis plus de vingt ans.Par la suite, le fait que je n’avais rien à dire me mettait mal à l’aise.Après tant d’années, vraiment rien à dire?Une histoire que mon père aime à raconter m’est revenue à l’esprit.« Vous avez entendu parler de l’homme qui avait cinq théories sur comment élever les enfants.Après quelques années, il avait cinq enfants et plus aucune théorie.» En effet, je m’imagine qu’il y a vingt ans, j’aurais eu plus à dire qu’aujourd’hui.Mais peut-être que l’homme avec cinq enfants a quelque chose de plus précieux que des théories à partager, et peut-être que je pourrais faire un effort pour ne pas démissionner avec les paroles trop vite.Je ne serais pas disciple du fr.Charles de Foucauld si je ne commençais pas avec le lien fondamental qu’il a fait (à la suite de Jean Chrysostome) entre deux phrases clés de l’évangile.Car c’est de la même bouche que sont sortis : « Ceci est mon corps » et « Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, Novembre-Décembre 2005 289 c’est à moi que vous l’avez fait ».Sa vie est dirigée par le désir d’être avec Jésus présent dans l’Eucharistie et dans les plus pauvres.Ça semblerait être deux directions différentes, mais en fait, elles trouvent leur unité dans le mystère de l’Incarnation.C’est là que s’enracine la fondation de notre vie contemplative dans le monde.Ceci est mon corps livré pour vous J’aime à penser que les origines de l’Eucharistie remontent à la manne mystérieuse qu’ont trouvée les Israélites dans le désert.« Lorsque les Israélites virent cela, ils se dirent l’un à l’autre : « Man hu?car ils ne savaient pas ce que c’était » (Ex 16,15).Avant tout, l’Eucharistie est une question qui nous est adressée.Y venir trop vite avec nos doctrines et nos définitions l’étouffe.Les amis de Job ne sont pas condamnés car ils n’ont pas les bonnes réponses, mais parce qu’ils n’ont pas de questions.Dieu et son agir, c’est un sujet qui ne détient aucun mystère pour eux.Ils « savent » tout comme les gens de Nazareth « savent » d’où vient Jésus.Je me rappelle avoir suivi un cours sur l’Eucharistie.Le professeur ne manifestait pas trop de sympathie pour notre façon de faire l’adoration! Jésus avait dit de « prendre et manger » et non pas de « prendre et regarder ».Malgré la vérité fondamentale de ce qu’il disait, il est évident qu'oeil et bouche ne sont pas sans lien.Adam et Ève l’ont bien prouvé.Et c’en est de même pour notre foi.Si c’est notre Amen qui nous nourrit, cet Amen se fortifie de ce que le regard de foi apporte.On ne peut durer devant cette manne, sans garder vivante l’interrogation.Ou bien nos yeux nous ouvrent au signe ou bien on en a marre! Ça me frappe qu’une fois que les Israélites se soient un peu habitués à l’apparition de la manne, ils se plaignent.« Ah! quel souvenir! le poisson que nous mangions pour rien en Égypte, les concombres, les melons, les laitues, les oignons et l’ail! Maintenant nous dépérissons, privés de tout; nos yeux ne voient plus que de la manne! » (Nb 11,5) Le Cardinal Danneels a écrit un article sur la joie' où il parle du « fléau qui dévaste à midi » (Ps 91, 6) dont souffrent beaucoup de gens aujourd’hui.C’est l’acédie, l’ennui.le même fléau dont souffraient les Israélites quand ils en ont eu assez de la manne.Ce mys- 290 La Vie des communautés religieuses tère quotidien ne les étonnait plus.ça les ennuyait.De même on peut devenir terriblement habitué à l’Eucharistie.Une vie d’adoration porte inévitablement avec soi la question de comment dépasser le sentiment pour arriver à la fidélité, En fait, on n’entre que peu à peu dans l’émerveillement qui répond à la question « Man hu?» Un regard d’adoration c’est comme beaucoup de choses dans la vie, où tu apprends en faisant.Jésus n’a pas commencé en donnant des cours de théologie aux disciples, mais il leur a dit de le suivre.Frère Charles nous a légué la pratique de l’adoration.On ne m’a jamais vraiment expliqué ce qu’il fallait faire, mais simplement dit de le faire.Le plus souvent j’ai eu de la chance si une heure devant le Saint Sacrement contenait quelques miettes de vraie prière.D’habitude je suis assaillie par une forêt vierge de préoccupations qui s’imposent ou bien une espèce d’état où je suis perdue dans le vague et « il n’y a plus personne chez moi ».Parfois ça m’a aidée de me servir d’une phrase de l’évangile ou de la liturgie pour frayer un chemin à la prière.J’aime beaucoup le Gloria ou bien les Cantiques de l’Apocalypse.« Car toi seul es saint, toi seul es le Seigneur, toi seul es le Très Haut ».Mais il me semble que la plus belle phrase de tout, c’est : « Nous te rendons grâce pour ton immense gloire.» Ça exprime une reconnaissance pour l’immense beauté de Dieu.Pas un bien « utile », mais un bien qui nous permet une démarche gratuite.Je peux adorer Dieu, non parce qu’il me rend heureux, mais parce qu’il est Dieu.« Si j’avais à choisir entre Dieu et le ciel, je choisirais Dieu » a dit sainte Thérèse.La voilà la source de la joie, elle qui s’élève sur les ailes de la reconnaissance.J’ai beaucoup aimé une conférence de Timothy Radcliffe sur l’affectivité et l’Eucharistie2.Parfois, quand j’ai traversé des périodes de désert où la chasteté semblait impossible, j’ai voulu prendre des distances par rapport à l’Eucharistie.« Ce n’est pas la direction à prendre » m’a conseillé un ami prêtre.Jésus dit « Ceci est mon corps livré pour toi.» Une heure d’adoration peut devenir un vrai désert où toutes sortes de choses me viennent à l’esprit.Timothy Radcliffe parle de « Nourriture et de Faim.» Ma liste serait sûrement beaucoup plus longue.Mais ces choses ne sont jamais en lien avec le moment présent.Elles appartiennent à un autre lieu, un autre temps.L’Eucharistie me rappelle au maintenant, ici.« Ceci est mon Novembre-Décembre 2005 291 corps livré » .temps présent.La manne, tout comme l’Eucharistie est une nourriture de l’aujourd’hui.Je n’aime pas qu’on dise que l’on va à la chapelle pour « refaire le plein » comme si on était une auto.On y voit l’aspect utilitaire.Et justement c’est l’aspect gratuit qui est primordial.Mais, en revanche, je ne peux pas dire que cette heure passe sans me changer.Être pour l’autre, même dans une mesure très pauvre, me rend à moi-même.Jésus livre son mystère dans ce pain et il dit qui est Dieu.Le mystère de la Trinité veut être l’expression de l’extase qui est au coeur de Dieu.Des personnes qui sont toujours en voie de se quitter afin de rejoindre l’autre.Je suis invitée à rentrer dans ce mouvement par Celui qui dit « Cela est mon corps pour toi.» L’amour appelle l’amour, on le sait bien.C’est sûrement le sens de la communion.C’est se quitter soi-même afin de se centrer sur l’autre.J’ai l’impression qu’elle me refait mon visage.J’aime beaucoup une citation d’un de nos petits frères qui est chauffeur d’autobus à New-York : La Bible nous le répète sans cesse : l’adoration qui sait reconnaître le don de Dieu est la matrice hors laquelle rien de valable ne sait naître.L’humain est un adorateur.C’est quand il se tient en silence face à son Créateur qu’il est vraiment humain dans toute sa dignité et sa plénitude.Dans notre culture où tout devient efficacité, production, maximisation des résultats, gratification immédiate, est-ce que les humains n’ont pas surtout besoin de redécouvrir leur vocation « d’adorateurs?» Réapprendre à perdre du temps dans l’attente de l’Autre; réapprendre à répéter « Tu » dans une invocation inlassable.Oser s’exposer aux rayons de la Présence, même quand elle adopte le langage de l’absence.Persévérer avec la tête levée vers un ailleurs qui est dedans.Savoir attendre une vie entière face à un « Tu » qui demeure voilé, mais qui sans cesse renouvelle ses séductions mystérieuses mais réelles.C’est comme si ce n’était que face au plus grand que je deviens moi-même.Je crois qu’à un niveau que n’atteignent presque jamais les sentiments, l’adoration me fait entrer dans la prière du Christ à son Père.C’est entrer dans un terrain où oeuvre l’Esprit qui est Donateur de vie, et me rend vivante.292 La Vie des communautés religieuses Devenir plus moi-même veut dire devenir plus pour les autres.Il est rare que ma jungle intérieure ait fait beaucoup de place aux autres, et pourtant je suis convaincue que c’est le face-à-face avec Dieu qui fonde et précède la rencontre avec mes frères et soeurs.Ça façonne peut-être un regard de gratuité sur l’autre qui est capable de rejoindre le regard de Dieu qui a de la joie à nous regarder.« Je le regarde et il me regarde » disait le vieil homme en prière devant le tabernacle dans la paroisse du Curé d’Ars.Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.Notre fondatrice, Petite Soeur Magdeleine, aimait qu’on prie devant un ostensoir en forme de calice.C’est une façon de garder visible le lien entre ce pain et l’invitation qu’elle nous adresse.Il n’y a pas de vraie adoration sans entrer dans une dynamique de vie offerte à « l’immolation ».Petite Soeur Magdeleine tenait beaucoup à ce mot d’immolation à cause de sa richesse biblique et à cause de ce que frère Charles avait vécu.Elle a même pensé en faire un quatrième voeu.« Mais, n’ayez pas une immolation tragique et ne recherchez surtout pas la souffrance.» Il suffisait d’accepter celle qu’apportait le jour.J’ai entendu parler d’un film qui s’appelait Pleasantville.C’est l’histoire d’un type qui aime regarder la télévision.Sa grande joie, une fois par semaine, c’est de regarder une émission qui s’appelle Pleasantville.Et voilà qu’un jour, pendant qu’il regarde son émission, un des acteurs se tourne vers lui tout à coup et s’adresse à lui : « Eh toi, oui toi! T’as pas envie de venir nous rejoindre?» Et il « rentre » dans l’écran et commence à partager sa vie avec les gens du programme.D’observateur il devient participant.Je crois que quelque chose d’un peu pareil s’est passé avec notre frère Charles.Il a passé trois ans en ermitage à Nazareth, goûtant une délicieuse solitude avec Jésus quand cette phrase de l’évangile est venue le déranger.Ce même corps du Christ qu’il adorait dans le tabernacle était celui des pauvres de la ville, et des populations abandonnées qu’il avait connues au Sahara.Si sa vie devait vraiment se passer en compagnie de son bien-aimé frère et Seigneur, pouvait-il rester là?« Eh toi, oui toi! T’as pas envie de venir me rejoindre?» lui a demandé Jésus.Novembre-Décembre 2005 293 Être avec Jésus ce n’est pas juste vivre là où il aurait vécu.Mais ça veut aussi dire entrer dans son attitude d’être pour l’autre.C’est faire de l’adoration un mode de vie.J’ai été très touchée d’écouter une méditation de ma grand’mère qui vient d’avoir 100 ans.Ses enfants, c’est ce qu’elle aime le plus au monde.Elle a une grande affection pour la Vierge.« Elle, au moins, elle était mère, alors elle peut comprendre.» « Tu te rends compte de ce que la Vierge a dû ressentir à voir son fils crucifié comme ça?Ça a dû être horrible.Moi, je ne pourrais pas voir mon fils en croix sans vouloir être crucifiée avec lui.» C’est comme ça que notre vie d’adoration nous a amenées à mener notre vie contemplative sur les lieux de fracture du monde.L’accent est sur « être avec », « tenir compagnie » comme le disait frère Charles, et non sur « faire pour.» Il est allé au désert afin d'être avec les gens et nous aussi nous allons dans nos déserts modernes avec la même intention.Ça m’a amenée à travailler dans des cuisines, en usine, à être femme de ménage en plus d’être, souvent, une des milliers de personnes qui passent leurs journées en recherche d’emplois.Depuis quelques mois on m’a demandé de venir à notre maison générale à Rome.La vie avec les plus pauvres prend un autre visage, souvent celui de ma soeur.Mais, de temps en temps, je sors en ville et j’arrive à rencontrer des habitants de cette grande ville avec mes trois mots d’italien.Dernièrement, j’ai longuement attendu un bus.J'ai bien eu le temps d’observer un monsieur qui se tenait à l’intersection de deux grands boulevards.Il tenait à la main une boîte de mouchoirs en papier et des briquets.Dès que la lumière devenait rouge, il avançait patiemment entre les voitures en proposant sa marchandise.Je n’ai vu personne acheter la moindre chose.Les visages se détournaient de lui ou bien les fenêtres se remontaient.Une fois la lumière devenue verte, il regagnait le trottoir et redescendait au feu.Je l’ai observé faire ce circuit plusieurs fois.Il avait des sandales usées et un pantalon trop large.J’ai pensé qu’il ne devait pas manger un bon repas trop souvent.À un moment, nos regards se sont croisés, et on a échangé un sourire.Il s’est approché et je lui ai demandé comment allaient ses affaires.«Je suis là depuis midi et je n'ai encore rien vendu.» Il était six heures du soir.« Mais ça va.Les matins, je travaille au marché et l’après-midi, je “travaille” ici » m’a-t-il dit fièrement.Il venait du 294 La Vie des communautés religieuses Bangladesh.Ce qui m’a frappée par-dessus tout, c’était sa fierté.Malgré tant d’humiliations survenues jour après jour afin de survivre, sa dignité était restée intacte.« Ecce homme ».voilà un vrai homme.Peut-être plus homme que ceux qui, dans leurs belles voitures, se détournaient le visage pour ne pas le voir.Cet homme a habité mon temps de prière.Une rencontre d’une minute peut prendre des dimensions d’éternité à cause de l’Incarnation.Je prie vraiment le Seigneur de me donner des yeux qui voient afin que mon coeur puisse chanter : « Vraiment nous te rendons grâce pour ton immense gloire.» Petite Soeur Kathy, psj Picolle Sorelli di Gesù Via di Acque Salvie 2 Tre Fontane 1.00142 Rome Italie 1 Message pour l’Avent 2004 2 Madrid, octobre 2004 - à lire sur le site : www.dominicains.ca/documents, paru dans Documentation catholique, 2 janvier 2005, no 2347, p.38 à 46.Et vous ?.Quelle est votre réflexion en cette année de l’Eucharistie Novembre-Décembre 2005 295 LA COMPASSION1 Sr Suzanne Tremblay, ndbc « Une manière privilégiée d’avoir Dieu dans la peau.» (Lytta Basset) Dans la biographie de Khalil Gibran écrite par Jean-Pierre Dahdah, Khalil dit : « Il est impossible d’écrire sans être traversé par ce dont on parle.» Quand Frédéric m’a téléphoné pour m’inviter à faire un bout de chemin avec vous autour du thème de la compassion dans une vie vécue avec passion à la suite de Jésus, j’ai dit « oui ».J’ai dit oui par compassion pour lui car ce n’est pas toujours facile de trouver réponse à ce genre de demande, mais j’ai surtout dit oui parce que d’une part, je peux dire que j’ai été traversée par la compassion de Dieu et que d’autre part, depuis longtemps, l’appel premier en moi, où que je sois et quoi que je fasse, est de laisser transparaître de mon mieux dans ma personne et mes actions cette qualité première de l’amour de notre Dieu qui n’est que « compassion.» Comment la compassion a-t-elle habité ma vie?Quels fruits génère-t-elle?Comment s’est-elle développée et a-t-elle pris chair dans mon quotidien?Qu’est-ce qui m’aide à la vivre?À quoi oblige-t-elle?Qu’est-elle finalement?Voilà autant d’aspects que je vais essayer de développer bien partiellement, car la compassion que nous sommes invité-es à vivre à la suite de Jésus est de l’ordre de l’infini.Je le ferai en intercalant mon vécu à la suite de Jésus, ce qu’il m’enseigne dans 296 La Vie des communautés religieuses le secret de mon cœur, certaines de mes convictions que j’ose croire enracinées dans son Esprit et qui sont également partagées par d’autres.Peut-être reconnaîtrez-vous également certains aspects de votre propre expérience de compassion car je sais que je m’adresse à des personnes déjà bien engagées sur cette route.C’est volontairement que j’ai choisi de ne pas toucher la question des situations qui, aujourd’hui, font appel à notre compassion dans le monde, dans l’Église, dans notre milieu.Il m’est apparu que les activités de cet après-midi vous permettront de trouver vous-mêmes réponse à ces questions que vous ne vous posez sûrement pas pour la première fois.Je suis convaincue cependant qu’il est essentiel d’aller jusque-là et que, ce n’est qu’ensemble, que vous saurez le faire de façon ajustée, surtout en ce qui concerne les lieux qui appellent particulièrement la compassion de l’Église aujourd’hui et les conversions qu’elle doit continuer de vivre pour répondre à son appel à vivre radicalement la compassion à la suite de Jésus.1.COMMENT LA COMPASSION A-T-ELLE HABITÉ MA VIE?SES FRUITS?Je vous partage deux événements qui ont marqué des tournants importants dans ma vie et qui sont en lien direct avec la compassion.Deux événements qui correspondent à la définition que donne Christian Bobin de l’événement dans son livre le Très Bas : « L’événement est la vie qui survient dans une vie.Elle survient sans prévenir, sans éclat.» « Du fond de ma misère, je crie.» Qui dit compassion dit appel d’une souffrance en besoin d’être soulagée.Telle était ma situation à seize ans lorsque, pour la première fois, j’ai été visitée par « Dieu compatissant ».Je me sentais seule, abandonnée, sans appartenance, sans importance pour qui que ce soit, sans raisons de vivre.Bien des épreuves avaient déjà jalonné ma vie : mort de ma mère à ma naissance, changement de famille trois fois de zéro à trois ans, relations délicates dans ma nouvelle famille à cette époque.Je vivais une situation de Novembre-Décembre 2005 297 solitude qui engendrait en moi un grand désespoir et ce soir-là, j’ai quitté la maison avec le goût d’en finir avec la vie.Passant devant l’église toute proche de chez nous, bien que je ne puisse pas dire que j’étais une fille pieuse, j’ai été poussée à y entrer et me suis retrouvée aux pieds d’une statue de Marie, pleurant mon désespoir.Et c’est là que j’ai été visitée.En mon cœur, j’ai su que j’étais voulue et aimée depuis toujours et pour toujours par Dieu, que Jésus connaissait ma souffrance, qu’il savait, qu’il était avec moi, qu'il souffrait avec moi, qu’il s’occupait de moi.(Psaume 139) Ce fut un revirement total en moi.Je me suis retrouvée le cœur rempli d’une « joie parfaite », comme Jésus nous l’a promise, et je me sentais dilatée aux dimensions du monde.J’ai quitté l’église, je suis retournée dans ma même situation, mais je n’étais plus seule.Quand je relis mon histoire, tout gravite autour de cet événement spirituel de mes seize ans que j’appelle « mon Annonciation » gravée en moi avec ces Paroles : « tu seras consolée; je mettrai en toi ma joie parfaite ».Cette Annonciation n’a jamais cessé de se déployer dans ma vie.Par la suite, dans ma soif d’amour et de bonheur, j’ai cherché cette consolation et cette joie parfaites dans bien des directions « culs-de-sac » et cela durant un bon nombre d’années.Mais jamais je n'ai pu oublier cet événement de mes seize ans; jamais, la compassion et la compréhension de Dieu ne m’ont fait défaut.Alors que mon cœur m’accusait souvent, Dieu ne m’accusait jamais.Il m’attendait.Il marchait avec moi.Il était beaucoup plus grand que mon cœur.A quarante ans, alors que je me retrouvais encore devant un grand vide intérieur, Dieu m’a de nouveau visitée.Cette fois, il a pris chair dans une personne qu’il m’a envoyée pour l’aider à me sortir de la mort jusque dans ma chair, c’est-à-dire jusque dans mon histoire.Avec cette personne, j’ai entrepris un long cheminement de conversion.J’ai laissé mes yeux s’ouvrir lucidement sur les misères entrées en moi bien malgré moi et sur les comportements désajustés qu’elles engendraient.J’ai accepté d’apprendre à changer, à me rééduquer, c’est-à-dire : 298 La Vie des communautés religieuses • rétablir les perspectives dans la lecture de mon histoire et le regard que je posais sur moi-même; • nommer en vérité mes souffrances, mes désajustements, mes limites et mes forces; • modifier mes façons de penser et mes comportements; • m’ouvrir à l’espérance et à la vie.et surtout apprendre à toujours choisir la vie, beau temps, mauvais temps.C’est ainsi que l’Annonciation de mes seize ans : « tu seras consolée; je mettrai en toi ma joie parfaite » a pris davantage chair à travers le regard plein de compassion de la personne qui m’accompagnait.Il n’y a jamais eu en elle ni jugements, ni attentes vis-à-vis de moi mais seulement une grande passion pour ma vie, passion qui lui a permis de me conduire doucement en même temps que fermement vers le goût profond de faire la vérité en moi, d’apprendre à me regarder moi-même avec compassion, de reconnaître la vie intacte en moi et de la choisir.C’est donc à travers l’accueil de ces deux regards de compassion posés sur moi et à travers mon choix personnel de me regarder moi-même avec compassion que la passion pour la vie et la compassion sont entrées toujours plus profondément en moi et n’ont jamais cessé de m’habiter.L’expérience de cette compassion toute gratuite de Dieu pour moi dans ma propre souffrance et de ses effets puissants de libération dans ma vie a été fondamentale et a déterminé la couleur de mes engagements : vivre la compassion même de Dieu pour les autres et ainsi Lui permettre de leur offrir son salut, c’est-à-dire, son Amour et sa Joie.Car le salut est, selon mon expérience, le premier grand fruit de la compassion.Être aimée d’une telle qualité d’amour m’a sauvée de la mort en me rendant capable de m’aimer moi-même, de reconnaître ma propre dignité, la valeur infinie de ma vie, d’entrer dans la lumière, la vérité, la foi en la vie plus forte que la mort.Simultanément, mon cœur s’est ouvert à l’amour de l’autre, la reconnaissance de sa dignité, l’importance de sa vie et est né en moi un élan irrésistible pour m’engager avec d’autres pour que cette qualité d’amour qui sauve grandisse de plus en plus dans mon milieu, dans l’Église, dans le monde entier.Novembre-Décembre 2005 299 Un autre fruit non moins important est cette joie parfaite dans laquelle je peux dire que je suis entrée définitivement; cette joie pleine, expérimentée et annoncée dans l’événement spirituel de mes 16 ans.Oui, je peux toujours retrouver au fond de moi une sérénité profonde qui ne me quitte jamais même quand mon cœur pleure face à certaines souffrances ou événements douloureux.Cette sérénité en moi est profondément enracinée dans ma foi inébranlable dans l’Amour infini de Dieu pour moi, ma foi dans la victoire du Ressuscité sous toutes formes de morts et de souffrances, foi elle-même enracinée dans mon expérience de la puissance de sa victoire dans ma propre vie.2.COMMENT LA COMPASSION SE DÉVELOPPE-T- ELLE DANS MA VIE?COMMENT S’EXPRIME-T-ELLE?Mes engagements ont été très diversifiés : enseignement, engagement au niveau du catéchuménat en Afrique, animation au niveau d’une télévision communautaire, relation d’aide et maintenant animation au niveau de ma Congrégation.J’ai également vécu dans plusieurs communautés locales où j’étais appelée à vivre les missions qui m’étaient confiées en communion avec mes sœurs.Le fil directeur qui a tissé et tisse toujours ces différentes relations de ma vie, tant au niveau de mon travail que de ma vie quotidienne, est mon amour que j’ai toujours voulu sans condition pour toute personne et mon engagement à être au service de sa vie.Ayant reçu de Dieu tout son amour de compassion je veux, avec Lui, donner tout mon amour de compassion car je sais dans toute ma personne que seule cette qualité d’amour sauve et fait vivre.Mais plus j’avance, plus je prends conscience qu’aimer d’un amour de compassion est loin d’être chose facile.Aimer toujours d’un amour de compassion?« Soyez compatissants, compatissantes, comme Dieu Lui-même est compatissant.»« Qui peut donc y arriver, Seigneur?» Je l’entends répondre ; « Pour vous, c’est impossible, mais rien n’est impossible à Dieu.» Si Jésus nous invite à vivre cette qualité d’amour, c’est que nous avons en 300 La Vie des communautés religieuses nous un minimum nécessaire pour y arriver avec son aide?Mais, quelle part devons-nous apporter pour que le Dieu de l’impossible puisse agir?Je vous partage ce qui m’aide à répondre à cette invitation première de Jésus, les difficultés que je rencontre et les chemins que Dieu ne cesse d’ouvrir dans mon cœur.2.1 CE QUI M’AIDE A.Contempler Jésus compatissant, Lui-même Sujet de la compassion de son Père.Plus je contemple Jésus, plus je découvre combien, dans sa vie, sa façon de vivre ses engagements, ses actions, ses relations s’enracine dans son expérience de la compassion de son Père à son endroit.Il se sait le Fils Bien-Aimé, envoyé précisément pour révéler cet Amour infiniment compatissant de son Père pour Lui et pour toute personne.Il fait l’expérience de son Père-Mère ému jusqu’aux entrailles pour ses enfants et qui veut que rien ni personne ne se perde.Mais comment Jésus a-t-il pu si bien vivre cette compassion, même dans ses relations les plus difficiles?Comment a-t-il pu saisir toujours profondément la souffrance de l’autre, ami-e ou ennemi-e, pour lui offrir sa compréhension, sa consolation, croire en lui, en elle et lui donner sa chance toujours?Beaucoup diront : Il était Dieu.Réponse trop facile qui risque de remettre en cause la réalité de l’Incarnation.Jésus a-t-il été assez humain en vérité pour nous indiquer un chemin que nous puissions suivre pour aimer toujours d’un amour de compassion comme son Père le lui demandait et comme Lui-même nous le demande?Paul répond on ne peut plus clairement à cette question dans son épître aux Hébreux.Je cite : « En Jésus, ce n’est pas un grand prêtre incapable de compatir à la souffrance que nous avons là : comme nous, il a été éprouvé en tous points, mais sans jamais se séparer de Dieu.» He 4,15.« C’est lui qui, aux jours de sa fragilité humaine a offert, hurlant et pleurant, prières et supplications à Celui qui pouvait le Novembre-Décembre 2005 301 sauver de la mort.Exaucé en raison de sa piété, et tout Fils qu’il était, Il a néanmoins appris par la souffrance à écouter.» He 5, 7-8.« Avec une fière assurance, approchons-nous donc de la demeure de Dieu où règne la grâce, de telle sorte qu’en y trouvant grâce et pardon nous soyons secouru-es en temps opportun.» He 4,16.Je crois qu’en Jésus, la compassion est née et n’a cessé de grandir comme le fruit de sa capacité à accueillir ses propres souffrances et à crier vers son Père qui seul pouvait le sauver.Les Evangiles font souvent mention de la prière de Jésus.Maintes fois également, dans ses relations avec ses apôtres et ses ami-es, il a fait l’expérience de sa fragilité et de la compassion de son Père pour Lui : des anges le consolent, ses apôtres ont foi en Lui, sa Mère et d’autres femmes l’accueillent et lui apportent leur soutien.autant de signes de la compassion de son Père qui le soutient lui-même sur sa route et dans sa mission.Accueillir dans la compassion ma propre misère, ma vulnérabilité et mon besoin d’être sauvée a été et continue d’être pour moi aussi, à la suite de Jésus, un chemin privilégié pour m’ouvrir toujours plus à la compassion envers les autres.Faire mémoire de la compassion infinie de Dieu à mon endroit, de l’événement de mes 16 ans, de la compréhension et de la fidélité invincibles de Dieu à mon endroit, de son acharnement à me sauver jusqu’à la fin, de son respect infini de ma liberté et de sa patience non moins infinie.Je l’entends me dire : « Ne faut-il pas que tu sois aussi compatissante que je le suis pour toi?» Reconnaître et accueillir sa fragilité, son besoin d’être sauvé-e et faire l’expérience de la compassion de Dieu à son endroit sont, selon moi, des conditions essentielles pour pouvoir vivre envers les autres la compassion que Jésus nous demande.Mais, accueillir profondément sa vulnérabilité existentielle n’est pas un mouvement facile.Il fait partie de ces choix évangéliques à contre-courant dans une société qui prône la puissance, f autosuffisance, qui camoufle la mort et qui supporte mal les plus faibles et les plus démuni-es.Et pourtant, c’est dans la reconnaissance et l’accueil de 302 La Vie des communautés religieuses sa propre faiblesse qu’on peut accueillir la puissance du salut de Dieu, son amour de compassion pour soi, s’ouvrir à la compassion pour l’autre et devenir pour lui, pour elle, en toute humilité et solidarité, une présence qui sauve.B.« Mon prochain, c’est Dieu.» (Maurice Zundel) J’emprunte ce titre à Maurice Zundel pour traduire la deuxième réalité qui m’aide à devenir toujours plus compatissante.Jésus dit : « Ce que vous faites aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites.Qui vous accueille, m’accueille.J’étais nu, vous m’avez vêtu, affamé, vous m’avez donné à manger, étranger, vous m’avez accueilli, en prison, vous m’avez visité.» Je ne m’habitue pas à cette identification de Dieu avec la personne humaine.Dans la souffrance de l’autre, c’est Dieu lui-même qui demande à être compris et soulagé, c’est Lui qui vit un deuil, une maladie, un abandon, un handicap et qui sollicite ma compassion.Et je dois dire que, dans ces genres de situations, j’arrive assez facilement à vivre la compassion attendue.De nature, je suis sensible, je vibre assez naturellement aux souffrances des autres et je suis assez empressée pour leur apporter soutien et aide quand je le peux.Mais là où ça se complique, c’est quand la souffrance en l’autre s’exprime par la violence, l’agression ou toute espèce d’autres comportements désajustés qui font mal aux autres et parfois à moi-même.J’atteins également mes limites assez vite quand l’autre m’apparaît se complaire dans ses malheurs, durer dans ses désajustements.Dans ces situations, le mal qui tue, qui agresse ou qui semble être recherché et même aimé parfois me fait facilement perdre de vue la souffrance qui l’engendre en l’autre et mon premier mouvement naturel n’en est jamais un de compassion.Je dois m’arrêter, me rappeler que la personne qui fait mal ou qui va mal, a mal elle-même, qu’elle est une enfant de Dieu comme moi, faire mémoire de ma propre violence et de mon besoin d’être comprise, au-delà de certains comportements désajustés qui m’échappent Novembre-Décembre 2005 303 parfois à cause de ma misère, pour permettre à la compassion d’envahir de nouveau mon cœur et me rendre capable de considérer l’autre avec autant de compréhension et d’égards que Dieu.C’est dans ce genre de situations que j’entends l’invitation de Jésus : aime tes ennemi-es; fais du bien à ceux et celles qui te persécutent ou persécutent les autres, à ceux et celles qui souffrent, à ceux et celles qui ne pensent pas comme toi.Ne juge pas.Et là je dois admettre qu’aucun mouvement naturel ne peut me permettre de vivre cette qualité évangélique de compassion.Et pourtant, Jésus m’y invite.donc je continue de croire, qu’avec la grâce de Dieu, c’est possible si je dis oui à le laisser sans cesse travailler mon cœur.Il y a une disproportion immense entre mon cœur et l’énorme appel de la compassion, mais c’est chaque matin que je commence en sachant que la route ne m’est jamais fermée sous l’action de l’Esprit.Je dois également faire bien attention à la justification.Dans de nombreuses situations, des valeurs aussi importantes les unes que les autres s’entrechoquent souvent, et c’est facile d’en défendre une en en violant une autre.Et c’est ainsi que je peux me permettre au nom de la vérité de tuer quelqu’un, au nom de la justice de faire injustice, au nom de la morale et de la doctrine, d’exclure, au nom de la discipline, de l’ordre, d’exiger l’impossible, au nom de l’efficacité de devenir intransigeante.Dans tout cela, où est Jésus, le Bon Pasteur compatissant qui veut que personne ne se perde?Où est en moi, la compassion qui me ferait toujours accueillir la personne pour marcher avec elle à partir de là où elle est et chercher, avec elle, le meilleur pour elle dans sa situation du moment?Je crois profondément, qu’à la suite de Jésus-Christ, la compassion est l’unique chose nécessaire qui m’est demandée, qui nous est demandée.Je crois qu’une congrégation qui exclurait et condamnerait, et cela au nom des plus belles valeurs de discipline et de doctrine, ne pourrait pas se réclamer de Jésus-Christ.Je crois également qu’une Eglise qui exclurait et condamnerait, et cela au nom des plus belles valeurs de discipline et de doctrine ne pourrait pas non plus se réclamer de Jésus-Christ.Jésus a vécu de façon radicale cette attitude de non-jugement, de non-exclusion, de compassion envers les personnes et c’est ce qui l’a conduit à la mort.304 La Vie des communautés religieuses À la fin de sa vie, Il pouvait dire à son Père : « Je n’ai perdu aucun de ceux et celles que tu m’as donné-es ».Je crois que ce « ceux et celles » incluait Judas et tous ses ennemis, les pharisiens et autres à qui, jusqu’à sa mort, il a voulu donner une chance ici-bas et surtout ne jamais exclure de la présence et du salut de son Père.Je ne laisse pas tomber l’importance des valeurs de vérité, de justice, de cohérence, d’appartenance.Non.Pour garder un certain équilibre, je vis parfois des tiraillements intérieurs souffrants et j’ai bien besoin de l’aide de l’Esprit Saint pour savoir quelle décision prendre.Mais je reste convaincue que, quand il s’agit des personnes, je dois prendre soin d’elles là où elles sont et comme elles sont, que je ne dois sacrifier personne au bien commun et que si celui-ci doit prévaloir parfois, je dois agir avec beaucoup de vérité et de compassion envers la personne qui sera touchée de sorte qu’elle n’en ressorte pas trop blessée.Ce n’est jamais facile et je ne peux malheureusement empêcher que la personne souffre.Heureusement, cela n’arrive pas trop souvent.L’Évangile parle bien également de situations où le scandale est possible.Oui, cela peut arriver.Mais encore là, combien il nous faut être vigilants, vigilantes avant de crier au scandale.Scandale pour qui?Jésus a scandalisé bien du monde, et pourtant.Une chose est sûre, quel que soit le genre de situation, en aucun cas, je n’ai le droit d’exclure qui que ce soit de l’amour de Dieu et de son salut sans cesse offerts, même si cela devait entraîner l’incompréhension des autres et des jugements défavorables à mon endroit.Je crois qu’une congrégation et que l’Église qui se réclament de Jésus-Christ doivent s’ouvrir aux différents cheminements, accepter de ne pas tout comprendre en l’autre, respecter son mystère, s’ouvrir à la compassion, à la bienveillance, savoir pardonner et surtout refuser d’exclure qui que ce soit du salut de Dieu.Comme il est important que nous laissions Dieu être Dieu, que nous demeurions nous-mêmes simples sujets du salut de Dieu sans nous mêler de juger et de sauver à sa place.Novembre-Décembre 2005 305 2.2.À QUOI OBLIGE-T-ELLE?A.Une distance à ne pas franchir Dans son livre « La joie imprenable », Lytta Basset, parlant de la compassion du père de la parabole de l’enfant prodigue, insiste sur l’importance de respecter la distance entre l’autre et soi pour pouvoir vivre la vraie compassion.Je suis bien d’accord avec elle.La compassion exige que je clarifie sans cesse mon regard pour voir l’autre dans le mystère de son identité unique et de sa façon également unique de voir et de ressentir et ses joies et ses souffrances.Je ne peux pas me mettre dans la peau de l’autre, comme nous disons si facilement parfois.Je ne peux non plus me permettre de lire la souffrance de l’autre à partir de la mienne.Dans ce mouvement de retour sur moi, je court-circuite le mouvement de la compassion.La compassion exige que, tout en demeurant bien située au meilleur de moi, je porte mon regard uniquement sur la personne souffrante, que je communie à son vécu de tout mon cœur, que je m’agenouille devant son mystère, que j’accepte mon impuissance à la sauver mais que je sois si présente à elle qu’elle sache qu’elle n’est plus seule avec sa souffrance.Peu de mots, un silence qui écoute et accueille, voilà un aspect important du langage de la compassion.B.Croire en la force de l’autre, en la victoire du ressuscité agissant dans sa vie Laisser la personne à elle-même tout en me faisant proche par la compassion est une autre exigence qui me demande beaucoup de vigilance.Je ne peux pas enlever à l’autre sa souffrance, encore moins la prendre sur moi.Pour pouvoir offrir à l’autre une « compassion dynamique qui l’aide à trouver le chemin de sa joie », de sa libération, comme le faisait Jésus avec les personnes qu’il rencontrait, et comme II l’a fait avec moi, je ne dois pas me noyer dans la souffrance de l’autre au point de vouloir la lui enlever ou la prendre sur moi.306 La Vie des communautés religieuses J’expérimente que le chemin de libération que j’ai vécu face à mes propres souffrances et l’expérience de la Victoire du Ressuscité dans ma propre vie, m’aident à rester suffisamment dégagée, non insensible cependant, pour pouvoir tout entendre et demeurer dans la confiance que l’autre aura ce qu’il faut pour s’en sortir.Je souffre avec elle, avec lui, mais non à sa place.L’expérience spéciale de compassion que j’ai vécue avec mes sœurs rwandaises suite au génocide m’a révélé de façon évidente combien la force de vie dans les personnes est plus forte que les souffrances les plus horribles.Chaque fois que je suis avec elles, compassion et émerveillement pour leur courage me montent spontanément.C.Demeurer dans la conscience que la compassion est un don de Dieu et la demander Je crois qu’il est évident pour nous tous et toutes que la qualité de compassion à laquelle nous invite Jésus n’a rien d’un mouvement naturel.Comme le dit si bien Lytta Basset, la compassion évangélique est une réalité hors norme, qui va nettement du côté de l’exagération.Elle fait fi de toute logique et se vit au niveau de cœurs ayant la même soif pour la vie.Elle ne s’enseigne pas.Elle n’est pas le fruit de l’apprentissage.Elle s’enracine profondément dans le mystère de notre propre souffrance reconnue et assumée; elle est elle-même un mouvement mystérieux qui monte en nous devant la souffrance de l’autre, souvent à notre insu, sous l’action de l’Esprit.Nous nous retrouvons ému-es jusqu’aux entrailles face à la souffrance de l’autre et tout mobilisé-es pour lui venir en aide.Le mouvement de la compassion est à accueillir; je ne le provoque pas, je ne le décide pas; il m’est donné comme une grâce.J’ai vécu fortement cette expérience de la compassion comme donnée en moi pour mes sœurs rwandaises.Ça s’est répété à Rome, à notre dernière rencontre des supérieures générales, où je me suis retrouvée profondément émue face à la souffrance des sœurs Burundaises et Irakiennes.Il m’arrive également d’être remuée jusque dans mes entrailles face à la souffrance de mes sœurs malades ou souffrantes.Cette compassion m’est vraiment donnée du dedans, me prend par surprise, et c’est en tout moi que Novembre-Décembre 2005 307 je la sens porteuse de tellement plus grand que moi.Dans l’accueil et l’écoute de ce mystérieux mouvement me sont donnés les silences, les paroles et les gestes compatissants de Dieu lui-même pour la personne dans le besoin.Je suis sûre de cela.Quand j’ai trop d’interférences pour que cette compassion me soit donnée dans certaines circonstances où je devrais en manifester, je reconnais ma misère, mes limites.Je prie Dieu d’élargir mon cœur, j’accepte humblement mon incapacité et je cherche qui d’autre que moi pourrait venir en aide à cette personne dans le besoin.Ce que j’expérimente dans ces situations, c’est que je ne peux forcer ce mouvement en moi.Je ne démissionne pas cependant.Je travaille ce qui bloque l’amour en moi et je prie pour que Dieu puisse élargir mon cœur toujours davantage à la mesure du sien, de sorte que la compassion en moi puisse se donner sans frontières.3.LA COMPASSION, C’EST.Je crois qu’il n’y a qu’une façon de définir la compassion et c’est de la contempler sans cesse en train de se définir à travers les personnes qui en vivent.La compassion c’est : • l’infirmière qui soigne ma sœur malade avec respect et amour; • le cuisinier qui, bien que débordé, prépare avec joie un plat spécial pour une sœur dans le besoin; • une sœur qui écoute avec attention sa consœur qui lui raconte la même histoire pour la dixième fois; • c’est mon autre sœur qui travaille auprès de femmes en difficultés, des jeunes en recherche, et qui donne de son temps jour et nuit; • c’est cette autre qui aide, au niveau de cours privé, cet étudiant, cette étudiante qui a pris du retard; • c’est cette mère qui prend soin de ses enfants et les console même quand ils sont devenus grands; • ce père qui donne une tape sur l’épaule de son grand gars en difficulté; 308 La Vie des communautés religieuses • c’est Vivian Labrie qui donne son temps et ses énergies pour que toute personne ait le droit de vivre décemment; • c’est Leonard Desroches qui se tient aux barrières des usines d’armements, qui dénonce la guerre et se retrouve souvent en prison parce qu’il ne peut supporter qu’on collabore à tuer ses frères et sœurs au loin; • c’est cette foule qui s’oppose à la guerre et crie pour la paix; • c’est Martin Luther King, c’est Mère Térésa, • c’est Zahra Kazémi avec ses photos qui dénoncent.• c’est cette journaliste qui s’aventure sur les champs de bataille pour dénoncer le mal qu’on fait aux autres, spécialement aux femmes et aux enfants; • c ’ est ce médecin africain dont j ’ ai oublié le nom et qui travaille à améliorer le sort des malades mentaux dans son pays; • c’est toute une foule de compatissants, de compatissantes, en marche à la suite de Jésus compatissant, consciemment ou non, qui s’engagent pour soulager les misères rencontrées qui peuvent leur être confiées.La compassion, c’est une réalité qui nous propulse hors de nous, nous pousse vers les autres, nous rend créatifs et créatives pour sauver nos frères et sœurs dans le besoin.C’est une réalité qui tisse des liens et nous garde dans la communion au cœur de nos vulnérabilités existentielles.Sr Suzanne Tremblay, ndbc 700 rue Racine Est Chicoutimi, QC, G7H 1V2 1 Retraite des agents et agentes de pastorale laïques, Alma, Québec, 18 août 2004.Novembre-Décembre 2005 309 MARIE ET LA JUSTICE Sr Marie-Paule Sanfaçon, m.i.c.Plusieurs écrits récents parlent de la justice en lien avec le Magnificat de Marie.Ce cantique de Marie nous entraîne à la louange mais aussi à la conversion.Il possède une force révolutionnaire, une invitation à entrer dans la construction d’un monde nouveau, celui de Dieu.Un monde de justice, de paix et d’amour.« Amour el vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent; la vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice.» Ps.84 Qu’est-ce que la justice?Pourquoi cet intérêt soudain pour la justice?Le défi du troisième millénaire ne serait-il pas la recherche d’un nouvel ordre mondial qui reconnaît l’égalité des peuples et la dignité de la personne?Un défi qui dépasse le plan strictement économique : il s’agit du destin même de l’humanité.Et pourquoi parler de justice à l’occasion de notre fête patronale de l’immaculée Conception?Selon les valeurs judéo-chrétiennes, Marie, mère de Jésus, peut nous apporter des lumières sur le sens de la justice pour aujourd’hui.Marie est la graciée de Dieu par excellence.Depuis sa naissance, Marie est ajustée au plan divin et elle en répond totalement par son « oui » à l'Annonciation.Ce « oui » de Marie ouvre les portes de la justice, c’est faction de Dieu qui réalise sa promesse de salut, l’avènement de son Règne.Dieu agit dans l’histoire pour instaurer parmi son peuple une situation de justice, de paix et d’amour.« Ouvrez-moi les portes de justice : j’entrerai, je rendrai grâce au Seigneur.» Ps.117, 19.Voilà la condition par excellence pour 310 La Vie des communautés religieuses chanter les merveilles de Dieu.Marie du Magnificat proclame à la Visitation que les portes de la justice se sont ouvertes pour l’humanité entière.L’icône de la Visitation d’un artiste inconnu du Vietnam l’illustre très bien : Marie radieuse de lumière illumine sa cousine Élisabeth en lui transmettant la grâce de Dieu.Et elle prophétise un nouvel ordre de valeurs par le Magnificat.«Jar*! En déclarant le dogme de l’immaculée Conception en 1854, le Pape Pie IX annonce la justice de Dieu pour son peuple.Marie, par son Immaculée Conception, est le prototype de l’humanité, une humanité réconciliée, ajustée au plan divin.C’est pourquoi, tous les chrétiens et chrétiennes sont conviés à vivre et à proclamer les valeurs du Royaume.A peine 50 ans plus tard, par la grâce de Dieu, nous, les M.I.C., étions bénéficiaires de ce nom de l’immaculée Conception de la bouche même du saint Pape Pie X.L’année 2004 a marqué le centenaire du don de notre nom.Célébrer ce jubilé nous a rappelé la vocation d’être toujours plus ajustées au plan divin et la mission qu’il contient comme nous le mentionnait notre Vénérable Fondatrice, Délia Tétreault : « Pesons bien toute la portée de notre titre : nous sommes les Missionnaires de l’Immaculée-Conception, c’est-à-dire que nous avons la mission de porter le nom de la Sainte Vierge, de la faire connaître et aimer.aussi loin que nous pourrons.» Novembre-Décembre 2005 311 Comment répondre à cette mission spécifique?Comment travailler à la promotion de la justice et de la paix dans notre monde confronté à la violence et à l’injustice?Comment être ces témoins du Royaume comme nous le recommandait l’orientation de notre chapitre général 2000?Deux sources s’ouvrent à nous pour notre réflexion : • Premièrement, les paroles du Pape Jean-Paul II au Congrès mondial sur la justice et la paix, tenu à Rome en octobre 2004.• Deuxièmement, les Plans Pastoraux de nos Provinces.1.Le Pape Jean-Paul II nous donne des moyens simples et concrets pour être des artisans, artisanes de paix et de justice, pour faire advenir le Règne de Dieu dans nos milieux de vie.« Avoir les yeux ouverts » : Etre attentives aux signes des temps pour voir le monde avec les yeux de Dieu, avec un regard d’amour sans discrimination, mais aussi voir Dieu dans les personnes et les événements.Spécialement pour nous, M.I.C., le « voyez comme elles s’aiment » de Délia Tétreault nous interpelle chaque jour et s’applique autant au niveau de notre vie communautaire qu’à celui de nos engagements apostoliques.Ce n’est pas simple de proclamer un Evangile d’amour et de réconciliation dans les contextes difficiles de notre époque.Demandons la grâce d’avoir cette vision des choses comme Marie, mais dans un ordre inversé, considérant l’histoire de l’humanité sous l’angle de l’espérance, dans la perspective du Royaume de Dieu.« Avoir un cœur sensible » : Un cœur de compassion, de sympathie et d’attention pour ceux et celles qui sont différents, qui souffrent dans des contextes insoutenables d’injustice.Il suffit de penser aux régions dévastées par la guerre, le terrorisme, aux camps de réfugiés et à tous les exilés et à tant de contextes où l’équité et la paix sont absentes.Quelle est ma solidarité avec les gens pour combattre l’exploitation?« Un petit grain de solidarité a plus de poids qu’une montagne de mots et de rêves.» Le chant de Marie est le cri du peuple tendu vers 312 La Vie des communautés religieuses le pain de la justice.Marie prend prophétiquement position, car elle aperçoit les signes de l’invisible à travers le visible, les signes de l’approche du Royaume de Dieu.« Avoir la main prête à faire le bien » : Être des artisans, des artisanes dans la construction de la civilisation de l’amour.Construire un monde plus humain pour le rendre conforme au Royaume de Dieu.Nous ne pouvons pas oublier toutes ces personnes troublées qui cherchent dans le noir, qui vivent le découragement et la solitude.Tendre une main secourable à ces gens qui vivent des souffrances intérieures, qui cherchent un sens à leur vie et qui ne trouvent pas de paroles réconfortantes sur leur passage.Que nous prenions Marie comme guide, comme modèle d’humanité et qu’avec elle nous chantions le Magnificat comme un avertissement prophétique servi aux superbes, aux puissants et aux riches qui ne veulent pas entendre le cri des pauvres.Demandons la force de nous mettre du côté des pauvres pour leur offrir amour, écoute, bienveillance dans un cœur attentif et compréhensif capable de gratuité.2.Nous venons de voir le comment de notre engagement pour la justice au niveau personnel, et au niveau communautaire.qu’en est-il de nous aujourd’hui, M.I.C.de par le monde ?Regardons les Plans Pastoraux de nos Provinces.Où en sommes-nous en ce qui concerne nos projets d’être des « témoins du Royaume »?C’est avec un grand intérêt que j’ai dépouillé les Plans Pastoraux renouvelés en regard de notre engagement envers la justice.Je vous partage avec joie quelques-unes de mes découvertes : • Autant en Afrique qu ’en Amérique du Sud, au Canada, à Cuba, en Haïti, à Hong Kong, au Japon, à Madagascar, aux Philippines et à Taiwan, des orientations communes sont exprimées de diverses façons : justice sociale, paix, écologie, option évangélique pour les exclus, nouvelles formes d’évangélisation et de présence parmi les pauvres et les marginaux, respect et protection de l’environnement, non-violence, droits des femmes et des familles, éducation libératrice, activités Novembre-Décembre 2005 313 œcuméniques, solidarité avec les personnes immigrantes et/ou réfugiées.A travers les Plans Pastoraux, nous pouvons déceler admirablement les désirs qui nous habitent pour construire la civilisation de l’amour, le Royaume de paix, de justice et d’amour.Se mettre au service de la libération de la personne et de la dignité des humbles et des petits, c’est cela chanter le Magnificat avec Marie.En célébrant le centenaire de notre nom, j’ai voulu apporter une attention spéciale sur la signification du Magnificat pour en saisir les deux dimensions fondamentales.Il est un chant merveilleux de louange mais aussi un chant qui nous engage au plus profond de notre cœur en faveur des pauvres et des délaissés.Justice et louange sont indéniablement liées l'une à l’autre comme le témoigne le prophète Isaïe, 61,11 : « Comme la terre fait éclore son germe, et le jardin, germer ses semences, le Seigneur Dieu fera germer la justice et la louange devant toutes les nations ».Dans le grand plan de Dieu, nous sommes ses collaboratrices, des instruments de libération pour les peuples où nous œuvrons pour faire advenir son Règne.Que ton Règne vienne! Qu’est-ce à dire, si ce n’est que chaque personne soit reconnue dans toute sa dignité d’enfant bien-aimée du Père pour qu’à son tour elle puisse chanter le Magnificat dans toute sa réalité et devenir collaboratrice de Dieu pour 1 avènement du Royaume de paix, de justice et d’amour, et « .lui donner des élus qui eux aussi chanteront ses bontés pour les siècles des siècles.» D.T.Cette réflexion sur le Magnificat à l’occasion de notre fête patronale se situe dans le cadre du chapitre général 20051 dont le thème est : Dans l'esprit du Magnificat, relevons avec audace les défis de la communion et de la mission.Notre chant préféré nous interpelle plus que jamais dans le contexte actuel de tension que nous vivons.Nous pouvons poursuivre cette réflexion personnellement sur le Magnificat de Marie.L'Icône nous la présente « pieds à terre » 314 La Vie des communautés religieuses c’est-à-dire une Marie réaliste qui voit les misères du peuple mais sait reconnaître l’action de la grâce de Dieu agissant au cœur de chaque personne.Comme elle, soyons au cœur de notre monde des femmes du Magnificat, des femmes d’action de grâces.N’est-ce pas la part d’héritage que nous avons reçue dans le grand champ missionnaire de l’Église?Afin qu’ayant été visitées nous soyons à notre tour « Visitation » pour toutes les personnes qui croisent notre route : « Seigneur, sur toute la terre ceux qui t’ont rencontré proclament ta louange : tu es toute justice.» Ps.47,10.Bonne fête de l’immaculée et avec Marie du Magnificat, bonne mission dans la construction de la civilisation d’amour, de paix et de justice.« Ouvrons les portes de justice » et que Jésus ressuscité, le Soleil de Justice brille glorieux sur toutes les nations.Magnificat! Sr Marie-Paule Sanfaçon, m.i.c.314 chemin de la côte Ste-Catherine Outremont Qb H2V 2B4 1.La Vie des communautés religieuses, Vol.63 - no 1 - janvier-février 2005, p.6 Novembre-Décembre 2005 315 COMMUNIQUÉ DE LA CHAIRE TILLARD Gaétane Guillemette ndps Le 22 août 2005, avait lieu à l’Institut de pastorale des Dominicains, le lancement des actes du colloque Laïques et personnes consacrées : quel arrimage ?publiés dans les Cahiers de spiritualité ignatienne.Ce lancement rassembla plus de 115 personnes laïques et consacrées de la région de Montréal.Sœur Bernadette Delizy, auteure de Vers des « Familles évangéliques » : le renouveau des relations entre chrétiens et congrégations, (Les éditions de l’Atelier, 2004), apporta un éclairage nouveau à propos de cette rencontre entre laïques et instituts de vie consacrée en nous montrant la grande variété de formes que prend cet arrimage, les défis qu’il pose ainsi que le cheminement vers une nouvelle façon d’être ensemble chrétiens et chrétiennes, membres d’une même famille évangélique, dans la mission.Bien que cette réalité ne soit pas nouvelle dans l’Église, elle prend aujourd’hui une dimension nouvelle et des proportions de plus en plus importantes.Elle conduit sur des sentiers inédits et Organisatrices : Mireille Éthier, Bernadette Delizy ssc, Gaëtane Guillemette ndps, Lise Barbeau csl et Louise Stafford fsp.316 La Vie des communautés religieuses participe à la mutation de la vie consacrée et des ministères en Église.Les défis de cet arrimage demandent que nous poursuivions la réflexion sur ce sujet.La Conférence religieuse canadienne a mis sur pied un comité pour continuer d’alimenter les communautés religieuses et les personnes associées dans leur cheminement.D’autres pas restent à faire et le concours de la Chaire Tillard sera sûrement requis dans le suivi de cette expérience ecclésiale.Merci à tout le personnel de l’Institut de pastorale des Dominicains pour leur engagement dans ce projet de lancement des actes du colloque.Gaétane Guillemette, n.d.p.s.Directrice de la revue Cahiers de spiritualité ignatienne membre de la Chaire Tillard Depuis plus de vingt ans, des relations se sont tissées de manière nouvelle entre chrétiens, chrétiennes et instituts.Pour désigner ce phénomène, l’expression « laïques associés » a fleuri, un peu partout dans le monde, en différentes langues.De même le partage du charisme (de l’institut) a semblé convenir à tous pour exprimer le contenu de ce nouveau rapport.Aujourd’hui, l’ampleur et la diversité des relations amènent à reconnaître l’insuffisance de ce langage spontané et quasi unanime, et, aussi bien au plan descriptif qu’au plan de l’interprétation théologique.Ce constat conduit avant tout à porter un autre regard sur cette réalité afin d’entrer dans une compréhension renouvelée, et par là, de recueillir un dynamisme pour vivre.Bernadette Delizy Laïques et personnes consacrées Quel arrimage?Actes du Colloque 2004 Cahiers de spiritualité ignatienne, p.59 Novembre-Décembre 2005 317 TABLES DE L’ANNÉE 2005 1.Auteurs et articles AMBEAULT, Alain, c.s.v.Réflexions avant et après le Congrès 2004 ] 76 AUDET, Michelle, r.s.r.Oser un dialogue intergénérationnel qui engendre de l’énergie 196 BEAUDET, Gilles, f.é.c.St Jean-Baptiste de La Salle, un saint au coeur eucharistique 278 BILAN des ateliers - Congrès 2004 225 BISSON, Carmelle, a.m.j.Impacts de la réalité socioculturelle et religieuse sur la vie consacrée 137 CADRIN, Daniel, o.p.Pistes d’avenir et chemins d’es pérance pour la vie consacrée 66 D’une génération à l'autre : traits et défis à souligner 232 CAZA, Lorraine, c.n.d.Approfondir avec le Père Timothy Radcliffe certains aspects de la vie religieuse 152 DUCHARME, Alfred, s.j.Adorer Dieu 258 La contemplation, c’est dépassé?268 DUSSEAULT, Jeanne, c.s.c.Les 70 ans et plus 219 ECHEVERRIA, F.L’enchantement de la vie consacrée 182 ÉCHOS du Congrès 2004 sur la vie consacrée 8, 10.54, 91, 118 GAGNÉ, Cécile, r.h.s.j.Les 60 ans 214 GAUDREAULT, Noëlla, o.s.u.Passion pour le Christ, Passion pour l’humanité J 30 GOTTEMOELLER, Doris, r.s.m.La vie religieuse aujourd’hui, vers l’avenir 7g Le renouveau sans la nostalgie 246 GRAVEL, Carmen, p.f.m.Congrès 2004 sur la vie consacrée 171 GUILLEMETTE, Gaétane, n.d.p.s.Chronique de la chaire Tillard 02 316 JULIEN, Danielle,f.m.i.c.Le modèle de leadership féminin et franciscain de Claire d’Assise 32 LALANDE, Graziella, c.s.c.Regard sur Marie, Mère de douleur et de compassion 56 LANE, Gilles, s.j.L'affectivité dans notre vie 16 LEBLANC, Fernande, m.n.d.a.La vie religieuse dans l’avenir 160 MARIE-ANCILLA, o.p.Impact de la société actuelle sur la vie religieuse - Conditions favorables et défavorables 95 MORENCY, Patsy, m.i.c.Oui, je le “voeu ”! 240 PETITE SOEUR KATHY, p.s.j.T’as pas envie de venir nous rejoindre?289 RACICOT, Gilbert, o.p.Les 50 ans 211 318 La Vie des communautés religieuses ROUSSEL, Danny, s.c.Les 20 ans 206 SANSFAÇON, Marie-Paule, m.i.c.Marie et la justice 310 THÉRIAULT, Monique, s.n.j.m.Vieillir et vivre en abondance 11 Réflexions libres -Post-forum 2005 242 TREMBLAY, Suzanne, n.d.b.c.La compassion 296 TURCOT, Gisèle, n.d.b.c.À quelles conditions bâtir un projet commun?237 VADNAIS, Aline, s.a.s.v.Icônes de la vie consacrée 133 VAN LIER, Rick, o.p.Enjeux des rapports intergénérationnels 194 2.Sujets Adorer Dieu : Se recevoir de Dieu : 258; agir avec Dieu : 260; dimension sociale de l’adoration : 262; le péché vaincu par l’amour : 265; devenir contemplatif dans l’action : 266; présence de Jésus dans l'Eucharistie et dans les plus pauvres : 294; perdre du temps dans l'attente de l’Autre : 292; l’adoration, un mode de vie : 291.Affectivité : Fraternité, amour, amitié, charité ; 19-25; affectivité de Jésus dans les Évangiles : 25-31.Compassion : présence de la compassion dans une vie et les fruits rapportés : 297; développement et expression de la compassion : 300; Contemplation de Jésus compatissant : 301; Compassion envers le prochain : 301; obligation que suscite la compassion : la compassion, c’est.: 308.Congrès mondial sur la vie consacrée 2004 : leadership et autorité : 54-55; communauté/mission : 81-94; vie con-sacrée/inculturation : 118-124; passion pour le Christ, pour l’humanité : 130-132; vie religieuse samaritaine : 133- 136; impacts de la réalité socioculturelle et religieuse : 137- 151; vie religieuse/ présence en temps de crise : 152-159 ; vie religieuse dans l’avenir : 160-170; réflexions avant et après le Congrès : 176-181; enchantement de la vie consacrée : 182-189; réflexions libres/post-forum 2005 : 242-245.Contemplation : attente des hommes et des femmes d’aujourd’hui : 270; le défi de l’Église : 292; l’Église a besoin de mystiques: 273; l’Église de demain : 275.Enjeux des rapports intergénérationnels dans les communautés religieuses : Oser un dialogue : 196-204; les différents âges : 206-224; joies et souffrances de chaque génération : 225-231 ; traits et défis à souligner : 232-236; conditions pour bâtir un projet commun: 237-239.Leadership féminin et franciscain : Concept d’autorité de Claire d’Assise : 34-45; leadership de Claire d’Assise : 45-49; principes pour un gouvernement féminin et franciscain : 49-51.Marie et la justice : Artisans et artisanes de paix et de justice dans nos milieux : nouvelles Novembre-Décembre 2005 319 formes d’évangélisation et de présence parmi les pauvres et les marginaux : 310-315.face à ce monde : 99-103; société de consommation : 103- 104; société médiatique ; 104-105; monde individualiste: 105-112; Marie, mère de douleur et de com- raison malmenée : 112-117.passion : regard sur la Vierge du Stabat :57- Vie consacrée : 59; regard sur la Pietà : 59-61; regard Point de départ : 67-69; premiers pas sur Marie en marche vers la maison vers l’avenir : 69-72; mission et de Jean : 61-62.charisme : 73-77; prophètes : Jonas et Élie : 77-78.Saint-Jean-Baptiste de la Salle : L’Eucharistie, un centre de vie : 279; Vieillir et vivre : l’Eucharistie, un échange d’amour : Enracinement, croissance, floraison : 282; l’Eucharistie, nourriture forti- 11-15.fiante et guérison : 283; l’Eucharistie, promesse de vie sainte, d’u- Vie religieuse : nion au Christ et de bonheur : 286.faim de spiritualité : 80-84; nourrir l’espérance qui est en nous: 84-90; Société actuelle/ impact sur la vie renouveau sans nostalgie : 246- 256.religieuse : un monde mouvant : 95-99; attitude RETRAITE ACCOMPAGNÉE MIGS Du 20 novembre 2005 à 16h 00 au 27 novembri CHASTETÉ ET CÉLIBAT CON Le 5 et 6 novembre de 9 h 00 à 17 h 0i Pour informations Johanne Campb Tél.: (418) 650-1184 Fax : (418) 682-5023 Courrier ; info @ iidicanada.com 320 La Vie des communautés religieuses Rédaction Direction Monique Thériault, s.n.j.m.Tél.: (514) 255-9372 Téléc.: (514) 255-1088 Courriel: monther@snjm.qc.ca Membres de la rédaction Lorraine Caza, c.n.d.Raymond Leroux, f.s.g.Micheline Marcoux, m.i.c.Ghislaine Roquet, c.s.c.Monique Thériault, s.n.j.m.Rick Van Lier, o.p.Secrétariat Pauline Michaud, s.a.s.v.Madeleine Paquin, s.a.s.v.Production et design Hughes Communications inc.Dépôt légal Bibliothèque nationale du Canada Bibliothèque nationale du Québec Numéro international des publications en séries ISSN 0700-7213 Membre de l'Association canadienne des périodiques catholiques.ABONNEMENTS La revue paraît cinq (5) fois par année Pour le Canada : vous adresser au Secrétariat surface: 25$ avion: 29$ soutien: 40$ Outre-mer : surface: 45$ 30 euros Pour la France: vous adresser à Sr Hélène Grudé 8, boulevard des Déportés B.P.28 35404 Saint-Malo Cédex France Pour la Belgique: vous adresser à Les Éditions FIDÉLITÉ a/s M.Jean Hanotte Rue de Bruxelles 61 B 5000 Namur Belgique BULLETIN D’ABONNEMENT Nom:_____________________________________ Adresse:_________________________________ _____________________________Code postal: No de téléphone:_________________________ N° TPS: 141050025 - N° TVQ: 1019014190 Poste publication enregistrement no 9280 convention no 40011751 Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Programme d’aide aux publications «PAP», pour nos dépenses d’envoi postal Vie consacrée, présence spirituelle éducative et caritative A en Eglise es communautés colet, Québec, Ca
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