La vie des communautés religieuses /, 1 mars 2006, Mars-Avril
La vie des communautés religieuses Vol.64 - no 2 - mars - avril 2006 Lumière dans la nuit, aurore qui pointe à Vhorizon La Vie des communautés religieuses est publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec Administration et secrétariat 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué., Canada J3T 1X9 Téléphone: (819) 293-8736 - Télécopieur.: (819) 293-2419 Courriel : viecr@sasv.ca SOMMAIRE Vol.64 - no 2 - mars - avril 2006 CHRONIQUES « Cailloux » : Un nouveau projet de jeunes religieux et religieuses Ginette Généreux, r.m.et Marie de Lavinfosse, c.n.d.page 66 «Chaire Tillard » : L'interculturalité : risque ou enrichissement?France Royer-Martel, m.i.c.page 75 DOSSIER « PERSONNES ASSOCIÉES » Arrimages entre laïques et personnes consacrées Léonard Audet, c.s.v.page 79 Un charisme en partage Mireille Ethier, associée page 88 VIE RELIGIEUSE ET ARGENT Pour mieux saisir notre lien avec l’argent.Marie-Marcelle Desmarais, c.n.d.page 95 Économie et mission : défis pour la trésorie Daniel Cadrin, o.p.page 114 J Convention de la poste-publications N° 40011751.N° d’enregistrement 9280.Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada au 251, rue Saint-Jean-Baptiste, Nicolet, Que., Canada J3T 1X9.Courriel : viecr@sogetel.net PRÉSENTATION Vol.64 - no 2 - mars - avril 2006 Monique Thériault s.n.j.m.À vous, lectrices et lecteurs de la Revue, Dieu est toujours nouveau et il promet « des cieux nouveaux et une terre nouvelle »! La proximité du printemps fait surgir, au plus profond de notre être, des rêves de nouveauté, de nouvelle germination, de nouvelle vie, quoi! Nous voulons rendre compte de cette vie qui, sous la poussée de sève nouvelle, surgit ici et là en des germes nouveaux et sans cesse inattendus pour la vie consacrée.Une nouvelle chronique intitulée Les Cailloux marque le début d’une collaboration de jeunes religieux et religieuses.Ce sont les « cailloux de David., de l’Apocalypse.et de la construction de l’Église » qu’ils, elles choisissent d’évoquer, tout cela bien enraciné dans leur vie concrète.Longue vie aux Cailloux.La chronique de la Chaire Tülard présente « l’interculturalité : risque ou enrichissement?» Cette réalité est vécue quotidiennement dans nos communautés, mais, nous rappelle l’auteure, « on ne vient pas au monde interculturel, on le devient ».Notre Dossier poursuit sur l’arrimage entre laïques et personnes consacrées.Lors d’une rencontre organisée par la Conférence religieuse canadienne, en novembre 2005, des auteurs ont invité à aller plus loin.Leurs réflexions, leurs intuitions, leurs questions ouvrent des voies nouvelles à explorer, non seulement entre nous mais aussi avec les personnes associées à nos groupes.La vie est déjà là, ne la voyez-vous donc pas?Enfin, une question, ancienne mais traitée de façon inédite : notre rapport à l’argent.Dans le cadre d’une rencontre, en 2004, de l’Association des trésoriers et trésorières des instituts religieux, une psychologue religieuse trace d’abord la voie d’« un chemin de liberté intérieure » enracinée dans la foi.Puis un penseur établit la relation entre économie et mission avec ses défis pour la trésorerie mais, à bien y penser, défis pour chacune et chacun de nous.Bonne lecture! Mars-Avril 2006 65 « CAILLOUX » : UN NOUVEAU PROJET DE JEUNES RELIGIEUX ET RELIGIEUSES De gauche à droite, de haut en bas: Bruno-Emmanuel, Stéphane, Sylvain, Nadège, Ginette et Marie Notre leitmotiv : un symbole biblique Le mot « caillou » évoque pour nous trois passages bibliques : 1.Il y a d’abord le caillou de David (cf 1 Sa 17, 49) manifestant d’une manière inattendue combien Dieu se plaît parfois à choisir ce qui est fou, ce qui est faible, pour construire avec notre humanité une alliance marquée de force et de sagesse.2.Il y a aussi le caillou de l’Apocalypse sur lequel un nom nouveau est inscrit (cf.Ap 2, 17).3.Nous pouvons voir aussi dans le symbole du caillou, chaque pierre à travers laquelle l’Église se construit tant matériellement que spirituellement (cf.1 P 2, 1-9).Ces trois évocations se retrouvent facilement au cœur de notre nouveau projet.1.L’appel reçu et le choix de suivre le Christ dans la vie religieuse sont représentés par le caillou de David.2.La spiritualité de la communauté dans laquelle nous nous sommes engagés et qui approfondit notre identité personnelle, nous aide à découvrir notre nom nouveau.3.La diversité au sein de l’équipe, nous fait expérimenter la pluralité nécessaire pour témoigner de manière authentique de l’universalité de l’Église.66 La Vie des communautés religieuses Qui sommes-nous et qu’est-ce qui nous rassemble ?Le projet « cailloux » relie ensemble six jeunes (trois hommes et trois femmes de 40 ans ou moins) engagés dans une communauté religieuse d’appellation soit apostolique, soit contemplative ou semi-contemplative, soit nouvelle.Chacun de ces trois styles de vie religieuse est représenté par un jeune religieux et une jeune religieuse.Nous nous rassemblerons deux fois par an.Nous voulons chercher et partager avec d’autres les « cailloux » constructifs dont notre quotidien est parsemé mine de rien.En posant chacun et chacune nos cailloux les uns avec les autres au cœur de la communauté (ecclésiale, religieuse et humaine), nous voulons apprendre à collaborer davantage ensemble à l’œuvre de l’Esprit Saint : • rebâtir l’Église (cf.François d’Assise) • refonder la vie religieuse • vivifier l’humanité.Les « cailloux » que nous voulons poser avec les autres, prend la forme d’un article à proposer à la revue La vie des communautés religieuses.Le thème est choisi en équipe.Les quatre articles à proposer annuellement, seront écrits par des membres de l’équipe, en étant aussi attentifs à faire appel à d’autres jeunes.Ce qui nous a d’autant plus incités à embarquer dans ce nouveau projet, c’est de pouvoir ainsi nous retrouver pour prier et partager fraternellement notre vécu en lien étroit avec celui de nos contemporains.Des visages et des noms Lors de notre première rencontre, le 19 novembre 2005, nous avons échangé à partir de cette question : Qu ’est-ce que je cherche à bâtir à travers mon choix de vie religieuse?Voici un bref résumé de ce partage qui permet aussi de présenter chaque membre du groupe.Mars-Avril 2006 67 Pour Sylvain Brabant, frère de la communauté des Clercs de St-Viateur, c’est une vie consacrée aux jeunes qui donne sens à sa vocation.Il est professeur au Collège Champagneur de Rawdon et il est aussi responsable d’une résidence où six jeunes adultes aux études partagent la vie de la communauté.Chercher à bâtir une présence auprès de ces jeunes, c’est ce qui anime sa vie de jeune religieux.Il veut cette présence accueillante et aimante, et cela donne sens à son engagement.L’engagement premier de Stéphane Demers, o.praem., c’est la vie fraternelle, la communion.Le charisme des chanoines est la prière de la liturgie du temps présent.Comme frère, il s’occupe de l’entretien du monastère, de la conciergerie et des réparations.Son apostolat est vécu auprès des adolescents du mouvement « La Relève », pendant la messe communautaire du dimanche et auprès des personnes handicapées à l’APHRSO (Association des Personnes Handicapées de la Rive Sud-Ouest).Pour Marie de Lovinfosse, ce qui anime sa vie de jeune professe à la Congrégation de Notre-Dame, c’est de façonner l’unité et de bâtir des ponts, entre les générations et auprès des personnes aux frontières de l’Église ou de la société.Elle apprend à le vivre en particulier avec ses sœurs bien-aimées, avec les aîné-e-s du Carrefour Marguerite-Bourgeoys et avec les jeunes du Centre Étudiant Benoît-Lacroix.Pour Bruno-Emmanuel, être frère de la Communauté Saint-Jean à Saint-Jérôme, signifie être avec les jeunes et servir en paroisse.Il cherche à construire avec eux des projets qui les feront cheminer : vivre avec eux les Journées Mondiales de la Jeunesse, monter avec eux une petite pièce sur un saint ou un futur saint de la région, etc.Tout prochainement, il partira avec quelques jeunes sur les pas de Charles de Foucauld en Algérie, au désert du “Hoggar”, nom aussi donné à la petite école de vie qui ouvrira à l’automne 2006 à Saint-Jérôme et où il servira.Pour Ginette Généreux, jeune professe chez les Recluses Missionnaires, chercher à bâtir la foi, l’espérance et la charité est ce qui l'habite.Stimuler et raffermir la vie intérieure en elle et chez 68 La Vie des communautés religieuses les autres, c’est ce qu’elle désire par son engagement dans la vie monastique.Prier avec ses sœurs, s’investir dans la vie communautaire, écrire des icônes et s’impliquer dans le site web de la communauté sont des moyens pour elle de nourrir la vie spirituelle.Nadège Sophiyair, sœur de la Communauté du Chemin Neuf, cherche à permettre au plus grand nombre de rencontrer personnellement le Christ à travers : la mission auprès des jeunes adultes, la maison d’accueil «Val de Paix », la mission d’évangélisation et de formation.Cette recherche se vit avec d’autres personnes engagées de la Communauté : consacré-e-s, couples, prêtres ainsi que des membres d’autres églises chrétiennes.« Que tous soient un afin que le monde croie.» Jn 17, 21 Partage autour d’une expérience de vie Une deuxième question a animé notre partage : A partir d’une expérience concrète que j’ai vécue dernièrement, qu’est-ce qui vient me chercher ou m’interpeller au cœur de ce que je vis?Quelles questions ou aspirations cette expérience suscite-t-elle en moi ?Nadège : le difficile combat pour la Vie Au cours des retraites « Cana pour couples et Jéricho pour jeunes adultes » que nous avons animées à la maison Val de Paix en décembre dernier, j’ai été interpellée par la souffrance de chacun, chacune et par ce difficile combat pour la Vie.Nous étions également témoins des merveilles du Seigneur qui vient faire toutes choses nouvelles ! C’est bien dans la ville de Jéricho que Zachée a accueilli Jésus chez lui.Il lui a ouvert sa porte et Jésus s’est révélé comme son Sauveur.• Donner aux jeunes cette possibilité d’être libres pour choisir la Vie ! « Voici : je te propose la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction, choisis donc la vie! » Dt.30, 19 • Leur donner la possibilité de s’arrêter pour un temps, afin de laisser Jésus entrer dans toute leur histoire, leurs peurs, leurs désirs.Mars-Avril 2006 69 Il y a là tout un enjeu de liberté et de vérité ! Le monde ne nous permet pas de choisir librement.Le plus souvent il n’y a qu’une seule proposition, une seule voie : celle qui est bien large et au cœur de laquelle tout est permis (Mt 7, 13).Mais on peut sentir, au cœur de chacun d’eux ce désir de vérité, d’amour, de fidélité.On le sent également à travers le témoignage des couples qui choisissent de mettre le Christ au cœur de leur vie tout autant que nous, personnes consacrées, religieux, religieuses et prêtres.Ils ont cette grâce de pouvoir dire ouvertement, de par leur vécu, que ce que propose le monde en matière de liberté sexuelle, de réalisation personnelle à outrance (carrière qui passe avant le couple, la famille et Dieu), mène davantage à l’isolement, à Venfermement qu’à la Vie.« Vous êtes le Sel de la terre.Mais si le sel vient à s’affadir, avec quoi le salera-t-on ?» Mt 5, 13.Soyons toujours plus des témoins authentiques de cette Bonne nouvelle du Christ qui vient « annoncer aux captifs la délivrance.renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur » Le 4, 18-19 Sylvain : la pédagogie de la présence, à l’exemple de Marie Franchir le cap de la quarantaine fut pour moi l’occasion de prendre un temps d’arrêt en vivant la grande retraite avec les Exercices de st-Ignace.Quel beau temps de grâces afin de saisir l’appel renouvelé du Christ dans ma vie! A travers cette rencontre intime de trente jours, le Seigneur m’invite à réviser ma vie afin de me rapprocher davantage de Lui, de me consacrer davantage à la mission de Le suivre, de montrer des chemins qui mènent à Lui, de participer activement à l’instauration de son Royaume, royaume qui s’établit sur l’amour, la foi, l’espérance, dans le partage, le pardon, la souffrance, l’abandon.Le Seigneur m’a donné la grâce de cheminer avec les jeunes, de les accompagner, de Le faire connaître davantage.Je remercie le Seigneur de m’avoir consacré pour cette mission et de m’avoir accordé ses grâces pour l’accomplir dans la joie et la sérénité.Au niveau de la mission, le Seigneur m’a confié les jeunes.J’aime 70 La Vie des communautés religieuses beaucoup le travail que je fais depuis quinze ans en éducation.Je rends grâce également d’avoir la chance de vivre au quotidien avec des jeunes à la résidence.Les jeunes sont pleins de vie, de questions, de peurs, de recherche dans un monde en ébullition.A l’exemple de Marie, je choisis la pédagogie de la présence, de l’é-coute.J’ai choisi les Clercs de St-Viateur pour cette mission auprès des jeunes et des laissés-pour-compte.J’admire son fondateur, Louis Querbes, qui a lutté afin que les jeunes de son époque reçoivent une éducation chrétienne.Je crois que l’éducation est un champ privilégié pour faire connaître l’Evangile et qu’il y réside la promesse d’un avenir plus humain et d’une société plus solidaire.Marie : Des profondeurs d’un cri à la danse des béatitudes ! Au Carrefour Marguerite-Bourgeoys, j’ai l’occasion de vivre des expériences « façonnantes » avec ces personnes porteuses d’un trésor unique et confrontées à l’isolement.Cet isolement n ’est pas uniquement lié aux conditions matérielles mais aussi parfois à un parcours de vie marginalisant, à une personnalité ou une orientation sexuelle difficiles à assumer ou encore à un entourage avec lequel ce n ’est pas toujours évident de décompresser.Tout récemment, une femme m’adresse des paroles dures et ambiguës.Sur le coup, ce n’est pas facile de recevoir ce message.Deux paroles me viennent à l’esprit.La première est une prière de Jean-Jacques Olier (Mémoires, Tome I, p.395-396) qui reprend des paroles de saint Paul : « Esprit Saint (.) toi dont la paix surpasse tout sentiment.» La seconde est le titre d’un livre de Jean Monbour-quette : « Apprivoiser son ombre » (Editions Novalis, 1997).Ainsi, tout en étant disponible à me remettre en question, j’ai pu aussi accueillir par-delà la dureté, le cri de cette femme.Je lui ai dit que j’accueillais son message avec ses non-dits et qu ’il me semblait important qu ’elle puisse exprimer jusqu ’au bout sa vérité que je respecte pleinement.Ces quelques mots l’ont interpellée.De fil en aiguille, elle m’a avoué avec humilité le fond de son cri.J’ai été témoin de l’ouverture d’une brèche dans une impasse.Oui, Dieu ne descend pas du ciel mais il se plaît à passer humblement à tra- Mars-Avril 2006 71 vers nos ronds-points de solidarité, dans l'amour et la vérité, dans la confiance et la liberté.J’aime beaucoup danser.Même quand je traverse des creusets, il y a toujours quelqu’un qui danse au-dedans.Il y a plusieurs jours, je disais à Dieu qu’il me semblait que la danse faisait partie intégrante de ma vocation —Et pas seulement de cœur mais aussi de corps!— Je trouvais que cela faisait longtemps que je n ’avais plus vraiment dansé.Lors d’une fête au Carrefour, j’ai dansé avec quelques personnes aînées : l’une au dos voûté, l’autre à la cheville fragile.J’ai souri en reconnaissant la réponse de Dieu.Merci, Dieu vivant, de te révéler « Verbe incarné » à travers ces frères et sœurs qui sont tes invités de premières places à ton banquet! Stéphane : « On ne voit bien qu’avec le cœur.» (Saint- Exupéry) J’ai choisi comme expérience celui de mon séjour à « l’Arche » de Beloeil.Qu’est-ce qui m’attirait à l’Arche?Leur vie de prière, leur spiritualité car avec les personnes handicapées avec qui je travaille à La Prairie, il n ’y a pas cet aspect-là de spiritualité.Ça se veut social seulement.A travers ce séjour, j’ai pu voir et vivre leur foi et leur spiritualité dans leur quotidien.J’ai constaté que pour eux la prière est importante, qu’ils aiment ça et qu’ils sont à l’aise d’en parler.C’est quelque chose de sérieux pour eux, cela répond à un besoin chez eux.Ils sont heureux de croire et de participer à la vie de prière, aussi bien à la communauté de prière de l’Arche qu’à la communauté paroissiale du dimanche.Ce qui m’a beaucoup touché, c’est le dimanche : les huit personnes que nous étions (cinq personnes handicapées et les trois responsables), nous sommes tous partis pour aller à la messe.Et chacun venait avec joie ! J’ai remarqué que même si les personnes handicapées ne comprennent pas grand-chose dans la prière et dans leur foi, ils cultivent et nous rappellent le plus important : aimer le Christ et aimer comme le Christ.N’est-ce pas cela avoir la foi?72 La Vie des communautés religieuses Ginette : N’est-ce pas Lui, le Christ, que nous devons annoncer ?En février 2005, nous avons offert pour la première fois une fin de semaine de réflexion sur les valeurs monasticpies de silence, de solitude, de prière et de vie fraternelle.Huit jeunes femmes de 23 à 40 ans y ont pris part et ce fut une expérience enrichissante autant pour elles que pour nous.Et après.que se passe-t-il ?Comme communauté monastique cloîtrée, le défi est de conjuguer retrait du monde et visibilité.Nous n ’avons aucune œuvre apostolique, si ce n ’est la prière et l’accueil.Nous avons tous conscience du peu d’entrées dans nos communautés, que nous soyons apostoliques ou contemplatives.En tant que seule jeune, nécessairement la question de vocations me trotte dans l’esprit.Des vocations il y en a; j’en suis convaincue, considérant mon propre cheminement.Mais comment en éveiller ou en susciter quand nous sommes cloîtrées ?Suite à cette première expérience appelée « Week-end Effata », ma réflexion s’est approfondie dans le sens de ma propre mission de contemplative : accepter de vivre le dépouillement dans la prière et l’abandon, tout en jetant une semence gratuite selon l’appel du Seigneur.Je ne peux pas cacher mon désir de voir d’autres jeunes s’engager sur le chemin de la vie consacrée.mais je réalise que ce ne sont pas nos communautés qui attirent, mais uniquement le Christ.Alors, n ’est-ce pas Lui que nous devons annoncer ?Bruno-Emmanuel : Quand une personne autiste vient ouvrir notre regard.Comment Vaccueil de Julien, autiste de 31 ans, nous a-t-il permis d’ouvrir notre regard?Julien vient régulièrement à la messe paroissiale où mes frères et moi vivons notre ministère.Julien a pour Jésus un amour très démonstratif et un peu plus bruyant que la moyenne des gens qui viennent rencontrer « leur Jésus ».Mais se pourrait-il que « leur Jésus » se cache derrière les traits de ce jeune, si simple de cœur?C’est sûr que son attitude gêne parfois, jusqu ’à sa chère maman qui voudrait bien qu ’il soit plus discret.Or c’était le 31 janvier dernier, lors de la messe de 16 heures.Mars-Avril 2006 73 Julien était particulièrement agité, et, en me voyant, son agitation grandit.Il voulait voir « son pote » comme se plaît à m’appeler son père.Cet homme est mon plus ancien ami, ici, à St Jérôme.J’ai fait sa connaissance à l’aide alimentaire, dans les premiers jours de mon arrivée ici.J’ai tout de suite senti très fort la gêne qui s’emparait du cœur de la mère de Julien, et aussi du cœur de son père.Alors je me suis précipité sur Julien pour le serrer dans mes bras en lui disant d’une voix forte, un peu plus forte que la sienne qui dérangeait un peu tout le monde: « Julien, Jésus est content que tu sois là ce soir.Et moi je te souhaite une très bonne et heureuse année!!! » Et j’en ai ensuite profité pour saluer aussi ses parents.Et là, c’est sûr que ce fut mon tour, d’en déranger plusieurs, qui essayaient de réciter pieusement leur chapelet, en attendant que la messe commence.Mais dans le fond mon cœur vivait une double joie : celle d’accueillir un tout petit de la part de Jésus, dans Sa maison, et celle de bousculer légèrement ces bonnes personnes que le handicap et l’attitude de Julien dérangeaient.Mais comme je les comprends, ces chères bonnes personnes qui viennent nourrir leur foi au Corps de Christ! Pourtant, c’est Julien qui m’a donné la joie la plus profonde, par sa simplicité et sa candeur; peut-être une joie proche de celle du cœur de Jésus qui exulte : « ce qui est caché aux sages et aux savants, Il le révèle aux tout-petits » Le 10, 21.CONCLUSION.POUR MAINTENANT Nous avons beaucoup apprécié cette première rencontre préparatoire « cailloux ».Même si la plupart d’entre nous ne nous connaissions pas, des liens fraternels se sont créés dans l’espace de quelques heures, sans doute à cause de notre engagement commun à suivre le Christ, Lui qui nous apprend à découvrir en l’autre, notre prochain.Au nom de l’équipe, Ginette Généreux, rm Marie de Lovinfosse, end Mon.N.-D.de l’Annonciation 5035 av.Notre-Dame-de-Grâce 12050 boul.Gouin Est Montréal Qc HIC 1B8 Montréal Qc H4A 1K2 74 La Vie des communautés religieuses CHRONIQUE DE LA CHAIRE TILLARD L’Interculturalité : risque ou enrichissement?France Royer-Martel, m.i.c.Toutes les raisons du monde me semblaient bonnes pour décliner l’invitation à écrire cette chronique en vue de la Journée annuelle de la Chaire Tillard qui se tiendra le 8 avril prochain.Pourtant, me voici! En vérité, le sujet m’intéresse beaucoup'.Et vous.?D’emblée, il m’apparaît important d’établir certains critères de base en vue de créer un cadre théorique pour mieux comprendre de quoi il est question lorsque l’on parle d’interculturalité.J’aime souligner, à titre d’information, que le mot « interculturalité » est un néologisme des années quatre-vingts; l’auteur, le lieu et la date exacte de création sont encore inconnus.Ce nouveau mot contient trois éléments qui nous permettent d’en tirer illico une courte définition : Inter - culture - ité.Le préfixe inter signifie entre et exprime une relation de réciprocité.Quant à la culture, elle est au cœur de cette réalité et le suffixe ité a le sens de qualité.L’interculturalité désignerait donc une relation de réciprocité qualitative entre deux ou plusieurs cultures et relèverait de l’anthropologie et de la sociologie.Allons plus loin.Étudions le cadre conceptuel de Francesco Grasselli sur lequel reposent trois processus étroitement liés entre eux mais distincts, sur le plan opérationnel : Vinternationalisation, Vinterculturalité et l’inculturation du charisme.L’étude de ces notions nous donnera une vision d’ensemble du cadre théorique escompté et nous permettra d’acquérir une connaissance plus précise de notre sujet.Mars-Avril 2006 75 L’internationalisation (1er processus) évoque un processus d’expansion, considéré comme normal, que développe un institut missionnaire d’origine nationale ou même régionale.Il se produit lorsque cet institut se met à compter aussi parmi ses membres d’autres nations, « fondant en ces lieux leurs propres communautés ».Selon la logique de Grasselli, l’internationalisation est première et correspond à un fait sociologique que l’on peut démontrer.Ce processus d’internationalisation appelle l’interculturalité qui, à son tour, exige l’inculturation du charisme de l’institut missionnaire.Les trois processus s’imbriquent l’un dans l’autre.Quant à l’interculturalité (2e processus), l’auteur la définit d'abord et avant tout comme un processus riche, lent, voire pénible à certains moments à cause des résistances psychologiques et d’autres facteurs anthropologiques, philosophiques, sociologiques, religieux, etc.D’où l’importance de donner du temps au temps.Car, « les processus culturels sont toujours lents et ne supportent pas des accélérations artificielles ».Cette dynamique implique patience, tolérance, et acceptation « sans compréhension totale des modes de faire et d’agir des autres.Il faut avancer même si on ne voit pas la fin de la route ».Grasselli parle ensuite de l’interculturalité comme d’un long cheminement positif vers l’intégration des différences culturelles, tant au niveau de la vie apostolique que de la vie communautaire.« L’interculturalité est non seulement un fait, mais elle implique un choix de valeurs et débouche sur une attitude ».De ce point de vue, l’interculturalité met en relief la dimension universelle du charisme de l’institut missionnaire dans sa manière de vivre et d’agir.Elle présuppose la présence de deux cultures ou plus; d’où la nécessité du dialogue, de l’adaptation, de la réciprocité, de la capacité de se comprendre et de s’accepter.Finalement, l’inculturation du charisme (3e processus) est cette capacité de vivre le charisme de l’institut missionnaire dans un lieu humain et social déterminé, dans une Église locale bien précise, avec une vision large du monde, de l’Église et de la mission universelle, selon le fondateur, la fondatrice.C’est concret; c’est « l’incarnation d’un esprit particulier », spécifique à l’évangélisation (pour les M.I.C, c’est la spiritualité d’Action de grâces).L’inculturation du charisme comprend à la fois et la vie communautaire et la vie apostolique.76 La Vie des communautés religieuses Avec cette vision globale, revenons maintenant à l’intercultura-lité, objet du présent article.Qu’est-ce qui justifie une personne à croire que l’interculturalité - accueil et intégration positive des différences (altérité) - présente un risque ou un enrichissement; un danger, voire une menace ou, encore, une richesse?Bon nombre de religieux et de religieuses ont vécu et continuent de vivre, jour après jour, ces différences culturelles.Plusieurs appartiennent à des congrégations essentiellement missionnaires.Unanimement, ces gens vous diront qu’un vécu au sein de communautés multiculturelles renvoie forcément la personne à l’identification à sa propre culture, ses valeurs et ses limites.Le retour à sa propre culture est capital.De là dépendent certaines attitudes comme la capacité de s’ouvrir aux autres cultures, considérées à leur juste dimension, la compréhension, l’enrichissement mutuel, etc.Car aucune culture n’est parfaite et tout vécu interculturel comporte cette exigence de l’identité culturelle.L’interculturalité soulève aussi le problème de l’égalité des cultures.Ce n’est pas la théorie qui fait problème, mais le vécu quotidien des personnes.Aucune personne ne sera choquée ou surprise de lire que c’est au creux des relations humaines, journalières, que se pointent, en rapport avec les cultures, les supériorités ou les infériorités, les peurs, les rejets, les jalousies, l’autodéfense, la dépendance, etc.Toutefois, les communautés interculturelles offrent un lieu concret d’où l’on peut vérifier non seulement la disposition, mais aussi l’ouverture réelle à la diversité des cultures.Je suis profondément convaincue que /’interculturalité est un beau cadeau à l’humanité.Elle renferme une richesse extraordinaire.Il nous faut seulement consentir à en faire l’apprentissage (positif et négatif) et conscientiser qu’il s’agit d’un devenir.On ne vient pas au monde ‘interculturel’; on le devient.Consciente qu’il y aurait encore bien des choses à dire, je choisis tout de même de conclure et de vous laisser sur une phrase d’Andrée Laberge3, espérant ainsi vous donner le goût de réfléchir et de vous « embarquer » dans le projet du rassemblement d’avril.« Je ne supporte pas la différence.Elle me rappelle qui je suis ».La journée « L’interculturalité dans les communautés religieuses : menace ou richesse ?», se tiendra le 8 avril 2006, à l’Ins- Mars-Avril 2006 77 titut de pastorale des Dominicains.Renseignements : (514) 739-3223, poste 323 ou secretariat@ipastorale.org.France Royer-Martel, m.i.c.Parral, 2269 Casilla 4122 Santiago 21, Chile America del Sur francemic @ hotmai 1 .corn 1 À la base de cette contribution : France Royer-Martel, m.i.c., L’interculturalité chez les M.I.C.: lieu d’émergence de l’universel signe prophétique d’une humanité nouvelle, mémoire de maîtrise en sciences de la mission, Ottawa, Université Saint-Paul, Faculté des sciences humaines, 2003.2 Responsable du secteur théologique et pastoral de la maison d’Édition Missionnaire Italienne et secrétaire de la Revue «Ad Gentes - Teologia e Antropologia della Missione».3 L’aguayo, Montréal, Courte échelle, 2001 78 La Vie des communautés religieuses ARRIMAGE ENTRE LAÏQUES ET PERSONNES CONSACRÉES LéonardAudet, c.s.v.Préliminaire : le contexte ecclésial d’aujourd’hui Depuis le Concile de Vatican II, les laïques ont peu à peu pris conscience de leurs responsabilités dans l’Église en tant que membres à part entière du Peuple de Dieu.Aujourd'hui, l’aspiration des laïques chrétiens à prendre en mains la responsabilité de leur foi et à s’engager activement dans la pastorale ecclésiale est un véritable signe des temps et une promesse pour l’Église.En raison de son baptême, tout chrétien, toute chrétienne a une vocation à la sainteté et à la mission de l’Église dans le monde.De plus, se manifeste actuellement dans l’Église un courant associatif qui prend de plus en plus d’importance et qui se concrétise de différentes façons.Il s’agit de nouveaux modes d’alliance entre laïques et personnes consacrées.On peut citer comme exemples les « communautés nouvelles » où l’on retrouve des laïques et des personnes consacrées par des vœux, ou encore les groupements de vie évangélique.C’est là un phénomène important en émergence dans l’Église.Les associations à des Instituts religieux font partie de ce nouveau courant et constituent un signe manifeste de l’Esprit à l’œuvre dans son Église pour la renouveler dans sa marche vers le Royaume.Ce sont autant de nouveaux bourgeons qui sont en train d’éclore sur l’arbre deux fois millénaire de notre Église.Mars-Avril 2006 79 Le thème unificateur de mon exposé d’aujourd’hui est le suivant : la vocation de la personne associée et sa participation au charisme de fondation.Dans mon exposé, je traite exclusivement des laïques associés à des Instituts religieux.Je ne parlerai pas explicitement des communautés nouvelles, des mouvements ecclésiaux, etc.1- La vocation de la personne associée.Les mots appels et se sentir appelé(e)s se retrouvent dans la plupart des programmes qui traitent de l’association de laïques à l’Institut religieux concerné.Ces termes sont, à mon avis, des expressions qui font directement référence au concept de vocation.En effet, le mot vocation vient du latin vocare qui signifie littéralement appeler.Dans ma propre Communauté, les Clercs de Saint-Viateur, on affirme communément que les associé-e-s ont une vocation particulière à vivre le charisme du Fondateur.A noter qu’il ne s’agit pas d’une vocation à l’association mais bien d’une vocation à un charisme institutionnalisé en Église, une vocation à vivre le charisme de tel ou tel institut.Mais, au juste, c’est quoi une vocation?Comment peut-on la définir?A mon avis, toute vocation comprend les quatre éléments suivants : • un appel de Dieu perçu dans un processus progressif de discernement; • un appel à une forme particulière de vie évangélique et de mission ecclésiale; • une réponse qui s’exprime dans un projet d’engagement dans la durée; • un appel et une réponse confirmés par l’Autorité religieuse compétente.Je reprends maintenant le premier élément : un appel de Dieu perçu dans un processus progressif de discernement.Beaucoup de personnes associées à différents Instituts décrivent d’ailleurs leur cheminement comme un itinéraire de vocation, avec sa dimension d’appel et de réponse libre et progressive.Cet appel est souvent perçu ou vécu comme une lumière, un dynamisme 80 La Vie des communautés religieuses intérieur, une impulsion.Saint Paul dit, pour sa part, avoir été « saisi par le Christ » (Ph 3,12).Il exprime ainsi la force de l’action du Seigneur en lui.Mais comme le note l’apôtre Paul, toute vocation naît d’une rencontre personnelle avec le Seigneur.C’est là le cœur et la source de toute vocation.Bien sûr, les modalités de l’appel du Seigneur sont différentes d’une personne à l’autre.L’appel n’a pas toujours le caractère inattendu et décisif d’un « chemin de Damas » à la façon de saint Paul.Parfois il empruntera la voie d’une réflexion intérieure; ou encore il se présentera sous la forme d’une inspiration qui s’installe en soi, d’une rencontre importante qui incite à prendre une orientation particulière, d’un événement interpellant, d’une expérience spirituelle forte, du goût de cheminer avec un groupe significatif au plan de la foi, etc.Il serait intéressant, en ce sens, d’identifier l’origine du sentiment d’avoir été appelé à vivre le charisme du fondateur ou de la fondatrice en entrant dans une association arrimée à un institut religieux.De considérer aussi comment on a répondu à cet appel ressenti et qui a été confirmé par des personnes en autorité.Et comment on a décidé de s’engager de façon stable dans la durée.Comme deuxième élément de la vocation, j’ai parlé d'un appel à une forme particulière de vie évangélique et de mission ecclésiale.Mais précisons d’abord les divers types de vocation.Il en est souvent question dans la Bible et en théologie.En effet, tous les livres du Nouveau Testament nous parlent d’abord de la vocation fondamentale de tout chrétien ou chrétienne, c’est-à-dire l’appel (en latin vocatio) à devenir disciple du Christ.Saint Paul écrit : « Pour ceux qui sont appelés, tant Juifs que Grecs, Jésus est Messie.»(lCol,24).Il s’agit là de l’appel à devenir chrétien.C’est le sens le plus fréquent.De nos jours, on parle tantôt de vocation chrétienne, tantôt de vocation baptismale.C’est la première vocation, la plus fondamentale, de tous les membres de l’Église.Mais à côté de cette vocation fondamentale qui est le lot de tout chrétien et de toute chrétienne, on parle en théologie d’un deuxième type de vocation : la vocation propre ou spécifique.Mars-Avril 2006 81 Elle est un appel personnel du Seigneur pour un état de vie spécial, par exemple le mariage ou la vie religieuse.En plus de ces deux types de vocation, on fait souvent référence à un troisième type : la vocation particulière, i.e.une vocation pour une mission particulière en Eglise (v.g.: les missionnaires) ou pour vivre l’Évangile de façon spéciale et originale.C’est sur ce dernier type de vocation que je vous partage quelques réflexions en présentant l’appel de la personne associée comme une vocation à une forme de vie particulière en Église.Ou encore, une vocation à « un style particulier d’existence chrétienne »'.Dans cette perspective, je considère que la personne associée possède une vocation particulière à vivre un charisme, celui du Fondateur ou de la Fondatrice, qui est en même temps celui de l’Institut.Par ailleurs, si on accepte le fait que l’appartenance à une association est une vocation à vivre le charisme fondateur, il faut en tirer les conclusions qui s’imposent à tout point de vue.On n’entre pas dans une association de laïques comme on entre dans un club social ou dans une organisation caritative.La vocation est une façon particulière de vivre la vie évangélique à la suite d’un appel du Seigneur.Elle n’est pas un élément statique figé dans le passé, mais un don de Dieu constamment réactualisé au fil des événements.Elle dynamise tous les aspects d’une vie et est constituée d’un ensemble d’inspirations de l’Esprit et de réponses inscrites dans le cheminement concret d’une personne.Elle implique donc l’idée de durée dans le temps.C’est pourquoi est absolument nécessaire un réel discernement avant de s’engager dans une vocation, quelle qu’elle soit.A partir de ces considérations, on peut donc affirmer que religieux ou religieuses et personnes associées ont une même vocation chrétienne fondamentale du fait de leur baptême; on peut aussi ajouter que toutes ces personnes ont une vocation particulière commune en tant qu’elles participent à un même charisme.Par ailleurs, consacré-e-s et associé-e-s ont des vocations propres (ou spécifiques) bien distinctes.En effet, les personnes consacrées vivent de plein droit la vie religieuse, les personnes 82 La Vie des communautés religieuses associées ont le statut de laïques dans l’Église, qu’elles soient mariées ou célibataires.La vocation propre de la personne associée est donc un état de vie ou une forme de vie baptismale différente de celle des consacré-e-s.Mais les deux états de vie permettent de vivre une vocation particulière commune par le partage d’un même charisme.Cette vocation commune aux deux groupes se réalise, bien sûr, selon des modalités différentes.Le tableau suivant illustre bien, à mon avis, les vocations spécifiques différentes et la vocation commune aux associé-e-s et aux con-sacré-e-s : Les vocations Fondamentale Spécifique (propre) Particulière Les religieux et les religieuses Vie chrétienne (Baptême) Vie religieuse Charisme de fondation Les associé(e)s Vie chrétienne (Baptême) -Laïc at -Mariage -Célibat Charisme de fondation II- La participation à un même charisme Mais qu’est-ce donc au juste un charisme?Selon la définition classique, un charisme est un don de l'Esprit fait à l'Eglise en vue de sa construction.En un certain sens, on peut dire que la grâce nous est donnée pour nous-mêmes, pour notre sanctification et pour notre vie personnelle, alors que le charisme est d’abord donné pour les autres, pour la mission de l’Église dans le monde.Le charisme d’un Institut a été accordé à la fondatrice ou au fondateur, d’abord en vue d’une mission particulière dans l’Église et dans le monde.Le charisme d’un Institut, même s’il se définit d’abord par sa mission, comporte trois aspects et doit toujours être considéré et présenté dans ses trois composantes : la vie spirituelle, la vie fraternelle et l’engagement apostolique.Un de ces trois aspects Mars-Avril 2006 83 peut prévaloir sur les deux autres, mais ne peut les exclure.C’est une question d’accentuation de l’un des trois pôles.La façon de vivre l’association est bien différente d’un Institut à l’autre.Certaines personnes associées vivent surtout la vie spirituelle caractéristique de l’Institut; d’autres l’engagement apostolique; d’autres, peut-être, la vie fraternelle.Mais pour participer à un charisme dans son intégralité, on ne peut vivre qu’un aspect seulement, en excluant totalement les deux autres.Car il s’agit en définitive de vivre l’ensemble de la vie évangélique de façon particulière et originale en mettant en valeur certains aspects de l’Évangile plus que d’autres.Les études récentes de Bernadette Delizy2 en France et de Mireille Éthier3 au Québec attirent l’attention sur le fait que c’est un visage singulier de Jésus Christ qui est au centre de la relation entre l’Institut et l’association de laïques.A ce visage singulier de Jésus Christ, elles donnent le nom de « figure évangélique ».Aux groupes unis autour d’une même figure évangélique, elles donnent le nom de « familles évangéliques ».Si, avec Mireille Éthier, nous transposons ces nouvelles notions dans notre compréhension du charisme fondateur, nous pouvons affirmer que c’est la figure de Jésus Christ qui est au cœur du charisme.Le charisme partagé par l’Institut et l’association consiste donc à déployer un visage particulier de Jésus Christ, à lui « donner chair » et à le traduire solidairement dans l’Église et la société.Les relations mutuelles entre consacré-e-s et associé-e-s se nouent à partir de cet unique centre : Jésus Christ connu d’une manière particulière, aimé et servi d’une manière particulière.Il s’agit d’un visage préférentiel de Jésus Christ à incarner dans l’Église et la société : « Jésus au service des pauvres, soignant, enseignant, retiré au désert, au cœur des foules.» (Mireille Éthier).Quels gestes ou attitudes de Jésus sommes-nous invités à reproduire de préférence en raison du charisme fondateur?Comment ressaisir le charisme qui nous rassemble « en référence à tel passage précis de l’Évangile, telle parole du Seigneur, telle scène, tel mystère de la vie du Christ » (M.Dortel-Claudot)?Serait-ce le récit de Jésus en route avec les dis- 84 La Vie des communautés religieuses ciples d’Emmaüs (Le 24.13-35)?Jésus accueillant les enfants (Mt 19, 13-15)?Jésus prêchant aux foules le Royaume de Dieu?Jésus à l’écoute de la misère humaine?Dans quels passages des Ecritures nous reconnaissons-nous davantage comme « famille évangélique »?Quel visage de Jésus incarnons-nous dans notre vie communautaire, spirituelle et apostolique?Quel aspect du Règne de Dieu voulons-nous inscrire dans le monde d’aujourd’hui?Jusqu’à tout récemment, dans les instituts, les religieux ou les religieuses se sentaient les seuls héritiers ou héritières du charisme de la fondatrice ou du fondateur et les premiers responsables de son développement et de la façon de le vivre.Ce sentiment était bien normal, mais il faut maintenant évoluer vers un véritable partage d’un héritage commun.Car l’Institut n’est pas propriétaire du charisme.Jusqu’à tout récemment, il en a été le seul dépositaire.C’est l’Esprit Saint qui a fait le don du charisme à la fondatrice ou au fondateur et qui l’a confié à l’Institut pour lui faire porter des fruits à travers les âges.Mais les temps sont changés et l'Eglise évolue.L’Esprit suscite maintenant la venue de laïques qui collaborent à rendre le charisme encore plus fécond, comme le signale d’ailleurs Jean-Paul II dans son exhortation apostolique Vita consecrata ( La Vie consacrée): « La participation des laïques suscite souvent des approfondissements inattendus et féconds de certains aspects du charisme, en leur donnant une interprétation plus spirituelle et en incitant à en tirer des suggestions pour de nouveaux dynamismes apostoliques ».Il y a là un phénomène porteur de vie et de promesses.Les personnes associées sont maintenant appelées à développer fortement chez elles la conscience d’être porteuses du charisme fondateur en coresponsabilité avec les religieuses ou les religieux.J’estime que les associé-e-s sont appelés à devenir peu à peu, avec les membres de l’Institut, les héritiers et les héritières légitimes du charisme, les coresponsables de sa croissance, de sa façon de le vivre, de sa « mise à jour » et de sa fécondité apostolique.Mars-Avril 2006 85 Les associé-e-s ne jouissent pas toujours d’un statut d'égalité dans la différence par rapport aux religieuses et religieux.Il était bien normal qu’au début de l’association s’établisse une relation de filiation par rapport à l’Institut.On pouvait même parler d'une certaine subordination ou dépendance des associé-e-s par rapport à l’Institut.Mais il est temps de passer de la relation de filiation à la relation de fraternité, ou encore, à la relation de partenariat dans la coresponsabilité et le respect des identités respectives.Si ce n’est déjà fait, il faudra trouver une forme d’organisation qui convienne à ce statut d’égalité dans la différence et qui favorise l’unité dans la diversité.Car partout se pose le problème d'inventer une forme légitime de structure entre l’Institut et les asso-cié-e-s qui faciliterait l’intégration de deux groupes tout en sauvegardant leurs différences inaliénables.C’est là une question difficile mais incontournable.Religieux ou religieuses et personnes associées ne sont certes pas appelés à vivre la vie commune sous un même toit, mais plutôt & former ensemble de véritables communautés de foi.En quelque sorte, des « communautés nouvelles ».Sœur Bernadette Delizy parle de « familles évangéliques ».En tout cas, il s’agit bien d’un nouveau type de rassemblement communautaire en Église.Et d’un nouveau visage de la fraternité évangélique dans le monde de ce temps.En plus de livrer au monde un témoignage interpellant de communion, il me semble important que les deux groupes, consacré-e-s et associé-e-s, constituent ensemble des communautés chrétiennes qui soient des lieux de croissance spirituelle et apostolique.Dès lors se posent les questions suivantes : Comment pouvons-nous devenir ensemble des petites cellules ecclésiales capables de donner le goût de l'Évangile à ceux et celles qui nous entourent?Comment pouvons-nous être ensemble Bonne Nouvelle dans notre milieu?C’est sans doute là un grand défi, mais c’est, à mon sens, un enjeu capital dans le contexte de l’Église et de la société d’aujourd’hui.Conclusion On peut dire en un sens que l’institut et l’association sont deux branches distinctes d’un même arbre; deux branches reliées 86 La Vie des communautés religieuses au tronc commun qui plonge ses racines dans le charisme de fondation d’où il puise force et nourriture.L’association a introduit dans les Instituts une nouveauté et une valeur qui invitent à une nouvelle construction à bâtir ensemble.Ce nouveau mode d’alliance entraînera peut-être une mutation de la vie religieuse, comme le laisse entendre le théologien Gilles Routhier.Une mutation qui la ferait renaître sous des modalités inattendues.S’agira-t-il, de fait, d’un développement, d’un tournant de la vie religieuse ou d’une véritable mutation?Personne ne peut le dire avec certitude.Il est cependant certain que la situation exige de tous, de toutes, une attention particulière aux signes des temps pour y découvrir ce que l’Esprit Saint est en train de nous dire.Et pour demander d’avoir le courage d’avancer avec audace et détermination.L’Esprit du Seigneur ouvre de nouvelles voies de vie chrétienne à la suite de Jésus et au service de l’avancement du Règne de Dieu en notre monde.Ces nouvelles voies sont une chance pour l’Eglise en même temps qu’une grâce spéciale pour notre temps.Saurons-nous profiter de ce moment favorable?Saurons-nous entrer dans ce nouveau printemps de l’Évangile (Redemptoris missio) ?Ensemble, religieuses ou religieux et personnes associées, sommes invités par l’Esprit à continuer d’avancer vers le « pays » que le Seigneur nous indiquera, à l’exemple d’Abraham, notre Père dans la foi (cf.Gn 12,1).Léonard Audet, c.s.v.450, av.Querbes Outremont, (Québec) H2V 3W5 1 Laurent Boisvert, Laïcs associés à un institut religieux, Bellarmin, 2001, p.19.2 Bernadette Delizy, r.s.c., Vers des «familles évangéliques ».Le renouveau des relations entre chrétiens et congrégations, Paris, Les Éditions de l’Atelier, 2004.3 Mireille Ethier, Au cœur de nos arrimages, laïques et personnes consacrées sur des chemins d’alliance, dans Cahiers de spiritualité ignatienne n.113, mai-août 2005, pp.45-58.Mars-Avril 2006 87 UN CHARISME EN PARTAGE Mireille Éthier, associée Des groupes différents se lient en famille spirituelle, évangélique1.Nous parlons de plus en plus d’« arrimage », non tant spatial ou maritime, mais pour faire référence à deux parties solidement attachées ensemble.Arrimage d’un groupe à l’autre, ou l’un à l’autre, ou arrimage des groupes au même charisme?Pouvons-nous aller jusqu’à parler de charisme en partage, voire de coresponsabilité par rapport au charisme?Cette expérience fait son chemin dans de nombreuses familles spirituelles.La perspective de coresponsabilité soulève une gamme de réactions, teintées de crainte et d’attrait.Du côté des personnes consacrées, elles vont de l’indifférence ou du rejet, à un intérêt timide ou enthousiaste, jusqu’à une ouverture courageuse et joyeuse.Du côté des personnes laïques, il y a souvent de l’enthousiasme et un profond désir d’avancer sur ces chemins d’alliance, mais on voit aussi de l’étonnement, de la curiosité, du refus, de la timidité (se sentant inférieures aux personnes consacrées), de l’incrédulité jusqu’à la démission, sentant trop loin l’heure d’une reconnaissance équitable.Toutes ces réactions cohabitent, elles sont à accueillir simplement.Nous n’en discuterons pas ici, je veux surtout continuer de soulever non pas tant des convictions2 que des défis et perspectives.Un défi de vocabulaire à saisir à bras le corps C’est connu, on ne peut continuer à parler de « laïques » pour désigner les personnes « associées » alors que religieuses et reli- La Vie des communautés religieuses gieux sont aussi laïques.Et on ne peut réserver « consacrées » aux religieuses et religieux quand tous les chrétiens et chrétiennes sont consacrées par le baptême.De même, on ne peut donc se contenter de les identifier comme « baptisées » ou « chrétiennes », comme c’est parfois suggéré.Si beaucoup de congrégations, ordres, instituts, communautés .ont des « laïques associés », la réciproque n’est pas.Toutes les personnes laïques dans l’Église, chrétiennes et baptisées, ne sont pas associées.Il faut préciser davantage un appel, un choix qui n’est pas commun à tous.Une nouvelle terminologie évoquera l’arrimage, mais à qui, à quoi?C’est un enjeu actuel.Les personnes de vie consacrée ont entamé la réflexion.Il y a défi de s’asseoir ensemble, personnes laïques et consacrées, pour clarifier ce que nous voulons vivre, pour trouver les mots pour dire la réalité, en évitant de s’enfermer dans des catégories obsolètes.Dans une fidélité créatrice, s’il faut bouger des choses, bougeons-les.L’ajustement du langage évitera d’induire ou de perpétuer des faussetés, d’ici là, nous sommes contraints au malaise d’un vocabulaire bancal.Au coeur : le charisme, ou une figure évangélique Traditionnellement, le groupe de personnes consacrées bénéficie d’une reconnaissance, d’un statut privilégié par rapport aux autres groupes de personnes (laïques associées, amies, employées.).Un phénomène semblable s’observe dans la dynamique du colonialisme.Mais le phénomène anthropologique actuel de métissage3, qui voit les groupes se tisser ensemble, n’est pas étranger au renouvellement de l’arrimage que l’on observe dans les familles spirituelles en Église.Métissage et arrimage ne font pas que rimer, la différenciation des groupes est de moins lieu d’autorité d’un groupe sur les autres.Les différents groupes mettent au cœur le charisme (ou figure de Jésus Christ4) plutôt que le groupe religieux.Cette perspective est nouvelle.Personnes laïques et consacrées quittent l’assimilation d’un groupe par l’autre et s’engagent comme groupes autonomes, en profonde communion qui prend figure d’alliance, au service de la mission de vivre et déployer ensemble le charisme qui leur est confié à tous et toutes par l’Église.Mars-Avril 2006 89 Il apparaît dynamisant et gratifiant, parce que vrai pour de plus en plus de personnes laïques, de déplacer leur engagement auprès des religieuses et religieux vers un engagement envers la figure évangélique particulière qui les rassemble.Ce déplacement ne réduit en rien leur reconnaissance et affection envers les personnes consacrées.Plutôt, vivre leur baptême, s’engager et se laisser transformer par telle intuition évangélique léguée par une personne fondatrice, cela donne, à leur engagement, un sens, un enracinement solide, une motivation mobilisatrice.Le déploiement d’un charisme a tout à y gagner.S’engager en coresponsabilité Développer la coresponsabilité par rapport au charisme apparaît un défi.Il y a défi pour les associées de se considérer non plus seulement comme des observateurs, imitateurs, consommateurs, exécutants, ressources financières extérieures ou roues de secours, mais bien comme des acteurs, des sujets essentiels du charisme, conscients d’apporter quelque chose d’unique qui ne se déploiera pas si elles et ils n’en prennent pas toute la mesure.Défi donc d’appropriation et de responsabilisation.Il y a défi de partage pour les personnes consacrées, d’ouvrir les mains, de se laisser déposséder d’une autorité qui leur a semblé légitime.Les personnes laïques qui s’engagent ne sont plus leur prolongement, elles ont à se situer elles-mêmes directement face au charisme.Nombre d’associées n’osent pas l’autonomie et la coresponsabilité quand les personnes consacrées ne soutiennent pas l’envol.Le don de ces dernières va donc dans le sens d’accepter les perspectives de partage du charisme dont elles ont été longtemps considérées comme uniques dépositaires.Mais plus, il y a invitation à tout mettre en œuvre pour favoriser l’autonomie des laïques par rapport à la communauté et leur responsabilisation par rapport au charisme.Il y a donc défi que de plus en plus de personnes laïques engagées et de personnes consacrées s’éveillent aux enjeux de la 90 La Vie des communautés religieuses coresponsabilité et qu’elles se laissent concerner par les enjeux de l’arrimage.Si l’on est famille, il ne peut suffire d’y déléguer quelques membres, tous et toutes sont concernées.Dans une famille, quand les jeunes ont grandi, vient l’heure où ils s’assoient avec les parents autour de la table pour discuter et décider ensemble des enjeux les concernant.C’est la maturité de l’alliance.Dans le défi du renouvellement chez les laïques comme chez les personnes consacrées, une piste : la coresponsabilité face au charisme.Les personnes peuvent disparaître, la figure de Jésus Christ ne meurt pas.Loin d’y perdre ou de se diluer, le prisme d’un charisme déploie ses multiples facettes quand ensemble, différents groupes arrimés à Celui qui les rassemble contribuent de leur propre dynamisme et originalité à son déploiement.Ce n’est pas de s’arrimer à des personnes, laïques ou consacrées, qui est exaltant à long terme.La jeunesse s’enthousiasmera d’une manière durable pour déployer une figure de Jésus Christ.Les personnes consacrées auraient tort de s’engager sur la voie de l’arrimage par peur de disparaître.Les personnes laïques feraient fausse route de s’y engager dans un rapport de force.Même décroissants, les instituts ne sont pas morts, ils ont déjà été dans d’autres pays et d’autres temps, dans un état plus lamentable.La figure de Jésus Christ qui nous est confiée ne meurt pas et l’Esprit Saint n’a pas dit son dernier mot pour un renouvellement.Des passages qui ont des implications structurelles Il y a un courageux passage à opérer, des ordres, instituts .aux familles évangéliques, dans une cohérence entre structure, parole et acte.Il est difficile d’ouvrir les mains, de laisser aller des privilèges, du pouvoir.Parce que quand il est question de décisions prises par un groupe seulement, qu’on le veuille ou non, il est question d’autorité et de pouvoir.Qui doit les exercer, comment, avec qui?Même lorsqu’on se croit avancé sur le chemin de la coresponsabilité, il est étonnant de repérer longtemps un vocabulaire, Mar s-Avril 2006 91 des structures, des us et coutumes qui gardent la trace d’une filiation aux groupes religieux plutôt qu’au Christ.S’il y a lieu de les modifier, il importe de reconnaître les dysfonctionnements.C’est un passage d’aller de la conception des groupes « associés » qui désignent habituellement les laïques, à des groupes « arrimés », qui impliquent que chaque groupe qui constitue la famille est arrimé, solidement lié à l’autre, aux autres, en mode d’alliance.Il importe donc d’articuler des modélisations où des groupes distincts de baptisées sont rassemblés, selon leurs statuts spécifiques.Ils mettent au cœur le charisme.Ces différents groupes ne sont ni prolongement ni subordonnés les uns aux autres, mais chacun communion au Christ.Une logique associative d’alliance, en réseau, est une piste à explorer, où les représentants des différents groupes de religieux et religieuses, clercs, laïques (certains de ces groupes n’étant pas étanches) se retrouvent autour de la table pour donner les orientations, prendre les décisions.Pour aussi parler de sous, en tenant compte de la distinction des groupes sur le plan financier par mesure de protection pour chacun.Les statuts et engagements de chaque groupe devront refléter cette autonomie.Il y a donc défi de réfléchir ensemble aux impacts structurels et canoniques de l’arrimage.Quand personnes laïques et consacrées sont assises à cette même table de discussion, les germes de la coresponsabilité deviennent plante pour donner des fruits.« Vie engagée » et « vie consacrée » Ainsi des personnes laïques, baptisées, célibataires ou mariées, parfois aussi des clercs, sont progressivement interpellées par une figure spécifique de Jésus Christ, jusqu’à l’engagement dans une famille spirituelle.Ils et elles reçoivent l’appel à être plus que des amies, spectateurs ou collaborateurs, mais parties prenantes de la famille.Souvent un groupe de personnes consacrées les a précédées et guidées sur le chemin de l’arrimage-1’association, pas nécessairement.Ils et elles répondent à l’appel, jusqu’à l’engagement, de vivre telle harmonique du Christ comme tracé spirituel et/ou reçoivent la 92 La Vie des communautés religieuses mission de la déployer, selon leur état de vie.La « vie consacrée » (à mieux nommer), où des vœux sont prononcés, a longtemps résumé la forme d’engagement en Église.Les grands ordres monastiques ont été suivis par les instituts et congrégations, les sociétés de vie apostolique, les instituts séculiers, les associations de fidèles, dont les communautés nouvelles.Les personnes engagées dans les familles spirituelles ne forment pas une entité reconnue en elle-même, elles sont définies par rapport à la vie consacrée dans chaque famille.Pourrions-nous voir surgir, parallèlement et en communion avec la vie consacrée, quelque chose de l’ordre de la « vie engagée » (à mieux nommer aussi)?Cette perspective est évoquée actuellement en France.Un regroupement des laïques engagées Ces groupes de « vie engagée » sont isolés, sans reconnaissance ecclésiale sinon d’être identifiés à travers le groupe religieux avec lequel ils partagent le charisme.Pourtant ils constituent une forme de vie particulière en Église, et de plus en plus depuis Vatican II.Un regroupement des laïques de « vie engagée » dans une famille spirituelle voudrait voir le jour pour prier ensemble, partager leurs expériences variées, recevoir et se donner une formation de base commune.Ce regroupement de personnes laïques engagées aura à se définir et appréciera le faire dans la communion avec les personnes consacrées.Il est remarquable que les premières n’osent le faire quand les secondes, de leur famille, n’en soutiennent pas l’élan.Signe que l’autonomie nécessite la maturité, qui est un long et lent chemin de confiance et de reconnaissance mutuelle.Ce sont des réflexions, des pistes, elles ne sont pas figées, elles tentent d’écouter la vie.Communion, Mireille Éthier mirethier@oricom.ca Delizy, Bernadette, r.s.c.2004.Vers des ‘Familles évangéliques’.Le renouveau des relations entre chrétiens et congrégations.Paris : Les éditions de l’Atelier.585 p.Mars-Avril 2006 93 2 Des convictions?Personnellement engagée comme laïque dans une famille spirituelle, je poursuis également une recherche doctorale ayant pour titre : « Le phénomène de la coresponsabilité par rapport au charisme dans l’arrimage entre personnes laïques et personnes consacrées dans une famille spirituelle ».J’essaie de comprendre ce phénomène à partir de ce que des laïques associées en disent dans différentes familles.Je ne puis livrer pour l’instant des résultats de ma recherche.J’évoque plutôt le fruit d’une expérience vécue personnellement, doublée de l’observation suite à de nombreuses rencontres, animations, rassemblant des personnes laïques et des personnes consacrées sur le thème de « Un charisme en partage ».3 Audinet, Jacques 1999.Le temps du métissage.Paris : Les éditions de l’atelier.156 p.4 Delizy, Bernadette, r.s.c.2004.Vers des 'Familles évangéliques’.Op.cit.POUR ALLER PLUS LOIN Et vous, quelles sont vos intuitions par rapport aux questions que pose Mireille, aux affirmations qu’elle partage?1.« Pouvons-nous aller jusqu’à parler de charisme en partage, voire de coresponsabilité par rapport au charisme?» p.88 2.« Il apparaît dynamisant et gratifiant, parce que vrai pour de plus en plus de personnes laïques, de déplacer leur engagement auprès des religieuses et religieux vers un engagement envers la figure évangélique particulière qui les rassemble.» p.90 3.« Il y a un courageux passage à opérer, des ordres, instituts.aux familles évangéliques, dans une cohérence entre structure, parole et acte.» p.91 4.Comment identifiez-vous vous-même les défis de ce passage?94 La Vie des communautés religieuses POUR MIEUX SAISIR NOTRE LIEN AVEC L’ARGENT Marie-Marcelle Desmarais, end, I.CONTEXTE 1 • Sur un chemin de liberté intérieure Que faut-il construire en soi pour devenir de plus en plus autonome psychiquement?Autonome psychiquement, c’est-à-dire sensible à l’entourage et aux autres, toujours plus libre intérieurement afin de mieux percevoir les signes en soi et chez les autres, les signes dans le milieu aussi, de manière à participer de façon responsable à une mission d’ouverture de plus en plus large.Les expériences vécues au quotidien sont le chemin le plus sûr pour faire découvrir où en est son autonomie psychique.2 • Une session de formation humaine intégrale En 2001, dans le cadre de la formation humaine intégrale1, processus auquel je participe comme formatrice à l’Institut de formation humaine intégrale de Montréal (IFHIM), j’expérimente un séminaire intitulé « Composantes de l’autonomie psychique ».Près de cent adultes participent à ce séminaire.Des femmes et des hommes engagés dans différents pays, des personnes à qui l’on confie des responsabilités.La plupart sont des religieux et religieuses qui entreprennent une formation humaine en profondeur afin d’assumer par la suite des services de pointe dans leur milieu.Mars-Avril 2006 95 Avec eux, je serai amenée à scruter de plus en plus profondément le rapport à l’argent.Depuis quatre ans, ces personnes me permettent de voir avec une clarté accrue combien l’argent peut facilement être une cloison à part dans l’organisation psychique de la personne.Si la personne ne travaille pas à intégrer la façon dont elle vit l’argent pour qu’il y ait une unité entre ses valeurs et sa manière de traiter l’avoir, on pourra découvrir des incohérences entre ses priorités et ses actions, du moins dans ce domaine.3.Des expériences qui déclenchent ce travail en lien avec l’argent >¦ En 2000-2001, une mise en situation centrée sur le rapport avec l’argent m’a alertée.Dans le cadre d’un autre séminaire « Avoir-Pouvoir et Sexe2 » initié par Denise Amyot.Alors que j’agis comme remplaçante, je propose un mandat aux étudiants.Répartis en petits groupes de huit, chacun a 25 cents.Ensemble, ils ont à faire un projet avec cet argent.Ceux qui retiennent l’argent ont du mal à laisser aller leur 25 cents.D’autres doutent : même si on rassemble le montant, que peut-on faire avec 2.00$?D’autres pensent immédiatement à multiplier.Des femmes venant de pays à lourds défis d’Afrique et d’Amérique latine ont des idées pour faire fructifier cette somme de 2.00$ qui, pour elles, est une richesse.Que de familles pourraient manger quelques repas avec cet argent.Un groupe a même entrevu donner l’argent pour qu’une famille achète une poule.Des poulets naîtront, seront vendus et l’argent reçu permettra de nourrir des dizaines de personnes.Les nationalités et les expériences colorent les décisions.Dans des groupes, l’harmonie s’installe rapidement.Dans d’autres, on perd le temps à vouloir imposer sa vision des choses.C’est alors que je perçois encore plus combien l’argent nourrit des divisions dans les familles, les communautés et les sociétés.96 La Vie des communautés religieuses > À la même époque, j’apprends aussi que quelques anciens étudiants qui semblaient avoir fait un cheminement sérieux en formation humaine intégrale ne savent pas comment gérer l’argent une fois revenus dans leur milieu.Même s’il s’agit de quelques faits, on peut poser l’hypothèse que cette dimension ne s’intégre pas sans un travail sérieux et en profondeur pour y parvenir.Jusqu’à ce moment, en formation humaine intégrale, nous n’avons pas encore inséré cette dimension qui marque tellement les relations humaines comme un volet à faire intégrer spécifiquement.Même si des personnes font la promotion de la formation humaine intégrale, même si elles veulent aider d’autres en les ouvrant à leurs forces vitales3, elles peuvent encore mettre l’argent dans un compartiment à part.Elles dépensent l’argent reçu, sans balises, avec des irrégularités.Elles ne se rendent même pas compte qu’en procédant ainsi, elles pourraient ressembler à ceux et celles qui détournent l’argent.A la limite, ces personnes diront qu’elles ont un objectif, que c’est important, que cet argent est employé pour aider.On utilisera même les indices des forces vitales4 pour se justifier.En me souvenant qu’au temps de la formation de ces personnes chez qui l’argent ne semble pas intégré dans un ensemble harmonieux, on ne travaillait pas le rapport à l’argent, je réalise que nous avons sans doute cru qu’en aidant à intégrer les facettes de son identité5, avec ses forces vitales, tout le reste va s’intégrer, dont ce lien avec l’avoir.C’est à ce moment que se dessine l’hypothèse qui oriente notre travail sur le rapport à l’argent : il n’y aura pas d’intégration sans un travail soutenu avec la personne, un travail basé sur ses expériences vécues au quotidien.Nous en sommes seulement dans les débuts de cette exploration.Mars-Avril 2006 97 IL LES « COMPOSANTES DE L’AUTONOMIE PSYCHIQUE » ET LE VOLET « ARGENT » >- Dès que j’aborde ce sujet avec les étudiants, des faits confirment l’importance de ce travail avec toute personne, quelles que soient ses particularités de fonction, de nationalité, de classe sociale.Nous verrons que le rapport à l’argent s’enracine très loin dans notre histoire psychique.Personne ne devrait fuir ce travail sur soi dans ce domaine, s’il veut acquérir plus de liberté intérieure et mieux aimer par la suite.Si la liberté consiste à discerner jusqu’où retenir à bon escient pour laisser aller à bon escient, avec ouverture, dans une juste représentation de soi, de l’entourage et des autres6, on saisira que ce travail d’humanisation concerne tout le monde.La liberté intérieure permet des décisions libres, responsables et appropriées dans le contexte qui est le sien, dans un monde qui nous relie.Or, un travail de prises de conscience ne se fait pas magiquement.Il faut des temps, des moyens, des apprentissages et des conditions créées pour y parvenir.>• Depuis quatre ans, près de soixante adultes de plus de 20 pays, de tous les continents, mettent la main à la pâte dans ce domaine.Avec une honnêteté qui renverse.Avec une humilité qui déroute.Ces femmes et ces hommes de partout veulent arriver à une représentation différenciée d’eux-mêmes, de l'entourage et des autres7 pour qualifier leur amour de réciprocité, de sollicitude et d’universalité.La force vitale de l’amour8 rend capable de regarder et de traiter chaque personne comme une personne, non comme un objet, et d’élargir de plus en plus son ouverture.La manière de traiter l’argent a un impact dans ce domaine.Pour y arriver, les étudiants apportent sans hésiter leur manière de s’y prendre avec l’argent.Quel est leur rapport avec l’avoir?Affectivement et non seulement au plan cognitif, comment vivent-ils par rapport à l’argent et comment le traitent-ils?98 La Vie des communautés religieuses III.UN TRAVAIL SUR SOI À PARTIR DES EXPÉRIENCES VÉCUES À partir de quoi travaillons-nous?>* La dernière semaine, comment ai-je dépensé?Dans quoi?Choisir une dépense que j’ai faite et comment je l’ai vécue?Qu’est-ce qui se passait en moi, comment ai-je vu les choses quand, cette fois-là, j’ai dépensé?>- Comment ai-je préparé mon budget?Qu’est-ce que je vivais et voyais devant des items précis sur lesquels j’avais à apposer un chiffre?>- Ce sont divers questionnements dans lesquels toutes et tous se retrouvent.Dans le groupe, il y a des laïques, des célibataires et des gens mariés, quelques prêtres séculiers mais un très grand nombre de religieuses et religieux.IV.DES FAITS EN VUE DE NOUS ÉCLAIRER.1.Un homme de grande qualité, anciennement provincial, aime faire plaisir.Quand il veut faire plaisir, il lui arrive aussi de vouloir plaire.Dans ces situations, il ne se pose pas de question face au prix des choses.Il dépense sans se soucier.Le charisme qu’il a choisi l’appelle pourtant, lui et ses frères, à des choix de pauvreté.S’ils veulent être cohérents dans leur choix de vie, dans le monde de ce temps, le prix des repas au restaurant pourrait le signifier.Mais faire plaisir à quelqu’un est plus fort.Il rapporte un fait.Il y a quelques jours, il a invité un ami au restaurant.Ce soir-là, il veut que cette personne soit heureuse.Il n’anticipe pas du tout quelle sera la somme de leurs deux repas s’il ne met pas de balises.La facture ne l’effraie pas.Il veut faire plaisir.En un clin d’oeil, en travaillant avec lui, il se rend compte de ce qu’il a perdu de vue.Ses pièges à lui sont clairs.Vouloir faire plaisir peut lui faire perdre de vue son engagement, le charisme qu’il a choisi.Il aurait pu faire plaisir dans un restaurant plus simple.Il n’y a pas pensé.Il aurait pu opter pour la table d’hôte au lieu d’offrir à l’autre de prendre tout ce qu’il voulait à la carte.Il n’y a pas non plus songé.Mars-Avril 2006 99 Cet homme-là est saisi.Il est bon, engagé et responsable.En un rien de temps, il prend conscience de l’incohérence qu’il peut vivre lorsque l’argent est en cause en même temps que le lien avec l’autre.Pour lui-même, il est sobre.Il ne multiplie pas l’achat des vêtements.Cette prise de conscience lui suffit pour décider de transformer son rapport à l’argent.Des choix et des renoncements en découlent.Son travail de l’année avec l’argent prend une dimension nouvelle.2 • Immédiatement après lui s’exprime une religieuse d’un pays confronté à la pauvreté matérielle.Elle, elle a vécu une tout autre histoire.La semaine précédente, il lui faut demeurer à l’Institut pour une activité imprévue en soirée.Elle sait que sa congrégation débourse pour sa scolarité, sa pension dans une résidence d’étudiantes et elle en connaît le coût.La situation qui se présente à elle, ce soir-là, elle ne s’y attendait pas.Elle n’a pas apporté son souper.Après un après-midi chargé de travail et une soirée qui s’annonce, elle a besoin de manger.Mais elle est très mal à l’aise car elle n’a rien.La voici dans un magasin pour regarder ce qu’elle pourrait se procurer.Une boîte de soupe coûte 99 cents.Elle ne parvient pas à l’acheter.Elle revoit son papa qui gagne ce montant (monnaie de son pays) seulement après quelques jours de travail.Elle revoit la somme versée par sa congrégation pour sa formation.Elle repart sans avoir acheté la boîte de soupe et ce soir-là, elle se prive du repas.Elle découvrira qu’en se différenciant de sa famille, en retrouvant l’objectif et le sens de sa formation qui est d’aider son peuple, elle a besoin de se nourrir.Elle découvrira aussi un appel à faire confiance encore plus à sa congrégation.Si sa responsable avait connu le contexte, lui aurait-elle demandé de ne pas manger ce soir-là parce que la pension était payée?Lors de l’échange avec les étudiants, je demande aux participants de partager ce qu’ils voient dans cette situation.Les hommes la jugent étroite, rigide, exagérée alors que les 100 La Vie des communautés religieuses femmes comprennent sa situation.L’une d’elles, mariée et mère de famille, se rappelle qu’elle a déjà fait quelque chose d’analogue lorsque leur famille était dans une situation précaire.Elle économisait tout ce qu’elle pouvait.3 • Une autre voudrait faire sa 3e année d’immersion.On lui offre mais elle est mal d’accepter cet argent.Son cheminement sera de parler avec les responsables et de décider de le recevoir.4 • Une autre qui vient d’Europe se sent mal à l’aise de dépenser de l’argent pour acheter des timbres et envoyer des cartes.En lui faisant voir qu’elle tisse des liens affectifs via ses lettres, qu’elle en a besoin pour grandir, elle aperçoit un chemin.Sa transformation vise justement cet engagement dans des liens.Entre l’argent retenu et le lien alimenté, qu’est-ce qui est le plus important pour sa croissance?5 • Une autre, anciennement responsable dans une congrégation européenne, achète des feuilles en quantité qu’elle offre aux soeurs provenant d’Afrique.Dans le travail effectué avec elle, elle se rend compte qu’en donnant ainsi, elle ne les responsabilise pas.De plus, se voyant en train de donner parce qu’elle vient d’Europe, elle se rend compte qu’elle se place dans une position de supériorité face aux soeurs africaines, qui nourrit son pouvoir face à elles.Veut-elle vivre des échanges ou donner?6 • Une autre, engagée mais désireuse de plaire à l’autorité, suit son émotion (énergie mobile) et achète un gâteau pour le partager avec son groupe de travail en vue de souligner l’anniversaire de la responsable du groupe.Une manière, découvre-t-elle, de prendre une place de choix dans le groupe, ce qu’elle a toujours fait avec l’autorité et qu’elle veut pourtant dénouer.Le gâteau et l’argent pris pour l’acheter sont devenus des moyens de séduction.7* Un religieux partage qu’il a eu de grandes responsabilités et il utilisait sa carte sans problème.Régulièrement, pour Mar s-Avril 2006 101 favoriser les échanges au sein de son équipe, dit-il, il amène au restaurant des professionnels dont il est responsable.Il ne s’est jamais questionné sur les coûts répétés de ces repas pris au restaurant.La carte paye.Sa responsabilité justifie la dépense.Sa fonction et la carte qui l’accompagne semblent lui donner ce pouvoir d’inviter, de dépenser pour d’autres.8 • D’autres situations parlent aussi très fort.>- Des personnes n’ont aucun malaise en dépensant parce que l’argent leur a été donné, leur sera donné et qu’il n’y a aucune inquiétude à avoir pour en recevoir de nouveau.L’argent n’a pas un sens transformateur au plan social.Il n’est pas un « trésor » que l’on reçoit pour le faire fructifier et le partager avec d’autres.Il est un acquis.C’est comme un puits sans fond.La personne ne sent pas de responsabilité devant cet argent.Aucune conscience sociale d’être intendante.C’est un dû.Nous observons ce comportement dans un milieu culturel précis où l’argent vient d’un autre pays.Il coule comme l’eau de nos robinets.Sans s’arrêter.La congrégation peut devenir cet autre pays qui donne l’argent qui va répondre à tous les besoins, sans discernement et sans engagement devant ce cadeau social.Nous verrons dans le développement humain comment on peut toute sa vie compter sur des pourvoyeurs de soins.C’est l’attitude de réception passive qui cache des frustrations et beaucoup d’hostilité.>- Une religieuse a toujours peur de manquer d’argent.Et pourtant, elle n’a jamais eu à en chercher pour sa nourriture, ses vêtements, ses soins médicaux, sa vie de tous les jours.Mais elle retient ce qu’elle a.Et elle accumule.Sa consoeur qui lui ressemble demande toujours plus, exige même parfois, au cas où l’argent viendrait à manquer.Chez les deux, l’insécurité est présente.Elle n’est pas reliée à l’expérience ou encore à la réalité.Le non conscient a enregistré autre chose.Le développement de ces deux personnes a sûrement ses répercussions dans cette peur.On 102 La Vie des communautés religieuses peut tenter d’interpréter le passé mais comment aider la soeur dans l’actuel?Le travail sera de construire la confiance en elle-même, dans ses perceptions, dans les initiatives qu’elle prend pour se rendre compte qu’elle n’a rien à craindre lorsqu’elle prend les moyens et met du temps pour atteindre un objectif.9 • La personne est un tout.Je ne peux oublier cet homme si engagé qui travaillait l’intégration de sa sexualité9 en découvrant la force vitale de son amour.Il apprenait à prendre en charge ses pulsions sexuelles, ses désirs et à revenir au sens donné à sa vie.Il grandissait en harmonie dans ce domaine mais il n’avait pas identifié que la partie non encore libre en lui, la partie de l’avoir, allait tenter de déjouer ses efforts de cohérence.Il se mit à dépenser.Comme s’il se récompensait et se consolait en dépensant.Aidé à s’en rendre compte, il a perçu tellement plus clairement ce que veut dire l’unité de la personne.Il ne pouvait travailler seulement ses pulsions sexuelles.D’autres pulsions, plus anciennes, se manifestaient avec leur recherche de satisfaction.Même s’il avait parcouru de grands espaces de liberté, un long travail l’attendait encore.y.LES REGISTRES D’ÉNERGIE DANS LE RAPPORT À L’ARGENT 1.Le registre de l’énergie liée et le rapport à l’argent Plusieurs se sentent liés par le budget, les comptes à rendre.Dans les expériences vécues au quotidien, nous agissons toujours sur un des trois registres d’énergie que je nommerais les « trois chemins ».Sur un chemin, le registre de l’énergie liée, il y a des mines.Si l’on marche dessus, elles explosent.De ces explosions découlent les frustrations, l’impatience, la colère, la révolte parfois.Les mines, ce sont habituellement les contraintes intérieures et extérieures.Ce sentiment d’obligation.Ce « je dois » garde captif et paralyse les forces vitales de la personne : son objectif, son ouverture, ses initiatives dans les Mars-Avril 2006 103 moyens et le temps, ses choix et ses renoncements, ses apprentissages.Des observations disent que plusieurs religieux, des religieuses tout particulièrement, ont ce rapport pénible avec l’argent.Il ne faut pas dépenser.Comme s’ils n’avaient pas choisi de faire entrer l’argent, l’avoir dans un grand projet de vie, un projet d’amour universel.2.Le registre de l'énergie mobile Les actions viennent des émotions.J’aime cette robe, je l’achète.Sans discernement en lien avec mon objectif, le sens de ma vie et du charisme choisi, la représentation de l’entourage et des autres.Utiliser l’argent n’est pas une décision.Je me dépasse dans mon travail?Je me récompense en achetant davantage.Dans de telles expériences, on laisse aller l’argent mais il part à cause des émotions, des pulsions, de ce qui part, revient et repart en soi.3.Le registre de l’énergie autonome Sur ce chemin, l’amour prend sa place.C’est là que la personne qui a remis sa vie et ses biens à Dieu et à l’humanité peut donner des mains, des pieds, un souffle à son choix.C’est le registre de la participation active et engagée dans le rapport à l’argent.C’est le lieu des décisions libres, responsables, appropriées.Des décisions qui viennent parce que l’objectif est clair et en lien avec le sens donné à sa vie.Des décisions qui tiennent compte du charisme choisi.Des décisions qui ne font pas reculer devant les renoncements et les obstacles.Des décisions qui appellent à faire des apprentissages dans la manière de vivre son lien avec l’argent.Des décisions qui ouvrent sur le monde.Des décisions qui engagent à grandir soi-même avec d’autres.C’est le chemin de la liberté intérieure.C’est avec cette énergie que l’on peut raffiner son rapport avec l’argent.C’est aussi sur ce terrain que l’on peut, sans crainte ni culpabilité, défaire des noeuds et travailler à refaire ce qui a été mal fait dans son développement.C’est le chemin que ce religieux qui aimait faire plaisir en dépensant a choisi d’emprunter afin d’arriver à plus de cohérence dans son engagement de vie religieuse.104 La Vie des communautés religieuses VI.Le travail sur soi-même et en interaction avec d’autres pour arriver à une liberté intérieure et pour que s’actualise en quelqu’un la force vitale humaine de l’amour Pour saisir le sens de ce travail sur soi-même, il est important de repasser comment se fait le développement épigénétique” (par étapes successives qui se construisent les unes sur les autres).Je m’arrêterai particulièrement au deuxième niveau d’organisation psychique qui se situe entre I et 3 ans12, niveau auquel personne n’échappe et qui a un grand impact sur sa manière de vivre le rapport avec l’argent.Il donne naissance à des fonctionnements qui se répètent et se répercutent dans les façons de vivre d'autres dimensions de sa vie dont ses rapports avec les autres.Les expériences vécues à ce niveau demeurent non conscientes.La manière dont les apprentissages se font dans la famille, la façon dont les consignes sont données, la mutualité plus ou moins forte au sein de la famille, avec les parents, la fratrie, orientent et marquent la relation avec la propriété, l’avoir, le pouvoir, la place, le travail, les lois.Aucune famille n’a été et n’est parfaite si on s’arrête à la manière dont les parents font vivre les expériences aux enfants.Aucun parent n’est parfait.Chacun, chacune a ses forces vitales mais aussi ses contre-forces.Il a fait des apprentissages qui sont à l’origine de son fonctionnement et que, très souvent, il répète avec ses enfants.Les jeunes qui sont entrés dans la vie religieuse et qui optent encore pour ce choix de vie ont un bagage qui vient de cette étape de leur vie.Ils arrivent avec des forces mais aussi avec des noeuds.S’ils ne sont pas aidés, ils auront un rapport pas toujours harmonieux à l’argent mais ils le justifieront.Des expériences propres à cette étape de la vie 1.L’apprentissage à la propreté - II y a un lien très étroit entre cet apprentissage et la manière dont on traite l’argent.Comment cela se fait-il?C’est à ce moment de la vie que tous les enfants sont confrontés au défi d’apprendre à être propres.Mars-Avril 2006 105 Etre propre, qu’est-ce que cela veut dire?Pour la première fois de sa vie, l’enfant a le pouvoir sur son corps.C’est à cet âge que les selles deviennent solides et consistantes.En les retenant jusqu’à un certain moment, l’enfant éprouve un plaisir et, s’il décide de les laisser aller au moment où il ressent le bien-être, il ressent une détente et il vit que c’est plaisant.Retenir et laisser aller à bon escient ne devient pas forçant.Il peut décider peu à peu de retenir et de laisser aller.Cette décision lui appartient.Cet apprentissage lui permettra d’apprendre à retenir et à laisser aller à bon escient dans d’autres expériences vécues.Plus tard, il retiendra et laissera aller l’argent.A bon escient?Avec une décision et un plaisir?Il a besoin de l’avoir appris et de l’avoir vécu pour qu’il en soit ainsi.Décider de conserver l’argent pour le faire fructifier et non le ramasser de façon compulsive par peur d’en manquer mais décider de le laisser aller pour des priorités et vivre ce double mouvement avec un grand amour, une décision et un plaisir, n’est-ce pas un apprentissage qu’il faudrait faire vivre dans le cadre de la formation?Car elles sont rares les personnes qui ont vécu une expérience très harmonieuse à ce moment de leur vie.Les familles ont toujours eu et ont encore des contraintes de toutes sortes.De plus, combien de parents sont éveillés à cette expérience fondamentale dans la vie d’un enfant de sorte qu’ils s’habilitent à en créer les conditions?> Commander l’enfant dans ce domaine a pu être considéré comme la vraie façon de l’aider.La petite fille est sur le petit pot et elle doit laisser aller à tel moment.C’est ce temps qui convient à tout le monde.L’enfant se sent commandée de laisser aller ce que, pour la première fois, elle peut décider de laisser aller.Si le combat commence entre la maman et la petite fille, s’il ne se termine pas, il risque de continuer avec toute personne en autorité.Qui n'a pas vu des enfants se retenir sur le petit pot parce que maman attendait que sorte le produit?Pour l’enfant, c’eût été un« cadeau » à offrir et il aurait été heureux de l’apporter à sa famille.Mais il fallait qu’il vienne.car ce n’était pas 106 La Vie des communautés religieuses un cadeau.On a vu des enfants se retenir et quand ils n’étaient plus sur le petit pot, laisser aller au désespoir des parents.Ce n’était plus un cadeau.L’impatience de maman en faisait une bataille.L’hostilité13 prenait la place de la mutualité qui aurait rendu harmonieuse cette expérience d’apprentissage à retenir et à laisser aller avec plaisir, sans effort, par décision.Si les parents (maman souvent) savent établir une mutualité avec l’enfant, observent quand son corps dit que le cadeau est sur le point de venir, créent les conditions à ce moment pour qu'il arrive au bon endroit, si l’enfant est applaudi pour ce qu’il donne, il vivra de la fierté.La mutualité avec les membres de la famille est capitale lors de cet apprentissage qui va orienter toute la vie : la manière de conserver et de laisser aller l’argent mais aussi le travail, les idées, les valeurs, les relations.Lorsque les parents se forment pour saisir le vécu psychique de l’enfant, ils font de belles choses.Ils apprennent eux aussi à créer la mutualité, à l’alimenter au fur et à mesure de ces apprentissages.Ils saisissent le sens de cette décision.Mais combien de parents ont appris et ont saisi que cette étape était décisive pour sa vie future?> Dans certains milieux, certains pays même, il n’y a pas de petit pot.L’enfant va où il veut et il fait comme il veut.Il n’a pas de balises.Même si ses parents ont du discernement, ils ne lui apprennent pas nécessairement qu’il est important de retenir et de laisser aller à bon escient.Il se peut que cette expérience marque son fonctionnement ultérieur.Laisser aller lui sera plus facile que de retenir.Le renoncement aura moins de prise sur lui.Mais il se peut que les parents aient prévu des modalités qui tiennent compte de leur milieu et que les enfants vivent un soutien dans cet apprentissage même s’ils n’ont pas de petit pot ou encore même s’ils vont dans la forêt pour laisser aller.Certains savent comment utiliser un petit trou.Mars-Avril 2006 107 2.D’autres apprentissages préparent le rapport de l’adulte avec l’avoir Ces deux années de vie de 1 à 3 ans sont pleines d’expériences.La musculature est développée et l’enfant veut explorer l’espace.Il tente de retenir tous les objets qui lui tombent sous la main.La délimitation de l’espace, l’attribution d’une place pour lui sont essentielles pour qu’il ait des balises dans l'utilisation de la propriété.Que chacun ait une place, oui, mais aussi qu’il en ait une, lui.L’enfant tient à sa place.Il la retient et si on la lui enlève, il se sent mis de côté.Mais la place de l’autre est aussi un territoire à respecter.> Il veut conquérir l’espace mais il apprend aussi que tout l’espace ne lui appartient pas.Retenir et laisser aller à bon escient se vivra aussi dans ces expériences qui sont au coeur de la croissance psychique à ce moment de la vie.Combien d’enfants n’ont pas eu une place?Combien d’enfants ont eu tout l’espace ou peu de limites pour apprendre quel espace leur appartenait et quel espace ne leur appartenait pas ?Les enfants rois de notre siècle ont une grande place.Il se peut qu’ils aient du mal à mettre des frontières à l’avoir.L’espace et la place, ce sont des formes de territoire.Le territoire est un avoir.Les places, ce sont des avoirs.Avoir un terrain, une maison, c’est un espace mais c’est aussi un avoir.En 2004, à l’IFHIM, nous vivions une expérience qui nous révélera l’impact du territoire et des objets (avoir) dans le fonctionnement d’une personne, quel que soit son pays et quelle que soit son évolution.Comme l’hostilité peut resurgir quand son territoire est menacé.Comme elle peut venir à son insu quand les objets que l’on croit à soi se retrouvent sur un autre territoire.On verra ce que veulent dire des négociations dans ce contexte.D’ici la fin octobre 2004, un numéro sur ce sujet sera publié dans la revue « Formation humaine intégrale ».Il peut éclairer énormément sur les colères, les revendications, les guerres, la violence quoi! lorsque l’avoir, la propriété, les biens, le territoire sont en cause.108 La Vie des communautés religieuses Le fait que cette expérience ait été vécue avec une trentaine d’étudiants ayant cheminé en formation humaine intégrale durant deux ans, le fait que ces personnes avaient déjà vécu un cheminement de qualité, a permis de mieux saisir à quel point est ancrée en nous, chacun, chacune de nous, cette étape de vie.Cette expérience montre aussi combien l’avoir et le pouvoir s’imbriquent dans le vécu.Dans une situation tout à fait imprévue et inattendue, alors que l’émotion (registre d’énergie mobile) prend le dessus sur l’objectif, la perception, le discernement des personnes (énergie autonome), on voit combien les questions d’avoir, d’espace, de territoire, sont une bombe qui peut exploser.> La manipulation des objets est décisive dans cette étape d’organisation psychique.Pour l’enfant, c’est l’expérience de la propriété et non seulement de l’exécutant.Il devient propriétaire de ce qu’il réalise.Quelque chose lui appartient.Ce ne sont plus seulement ses selles mais aussi des objets qu’il explore et manipule, des objets qu’il fabrique, très modestement, mais il le fait quand même.Il devient producteur.L’objet qu’il vient de manipuler, il le retient si on ne lui arrache pas.Or, pour être en mesure de partager, un jour, l’enfant a besoin d’être propriétaire de ces objets.Il a besoin qu’ils soient bien à lui.Que ce soit clairement reconnu dans le milieu.Ce ne sont pas les richesses des objets qui le rendent propriétaire.J’ai vu des enfants dire qu’un petit bout de bois était à eux.Ils faisaient des maisons avec des branches d’arbres.Une fois la maison construite, ils pouvaient la laisser aller et la défaire pour la refaire car ils voulaient aussi la montrer aux personnes qui s’intéressaient.Mais leurs petites branches d’arbres étaient pour eux ce que sont pour d’autres des jeux plus flamboyants.Pour un enfant, une boîte de métal est aussi importante qu’un objet de grand prix.C’est l’expérience de la propriété qui est essentielle à la croissance, non le contenu de l’objet.Mars-Avril 2006 109 L’enfant qui entend très souvent « Ne touche pas » et l’autre à qui les parents ne donnent aucune balise, aucune frontière, aucune limite, auront tous les deux du mal à délimiter l’avoir.L’un pourra être très mal à l’aise d'avoir quelque chose entre ses mains et l’autre pourra s’installer partout comme si tout lui appartenait.>¦ A cette étape de la vie, l’enfant apprend « ce qui doit être fait et ce qui ne doit pas l’être ».C’est le temps de l’approbation et de la désapprobation.Au moment de l’apprentissage à la propreté, alors qu’il explore et manipule les objets, quand il explore l’espace, demande sa place, apprend à respecter celle des autres, la manière dont on l’approuve ou le désapprouve a un impact sur sa manière de vivre ces réalités.Quand il fait ce qui est approuvé par la famille, l’enfant prend sa place dans la famille.Il devient membre de la famille.Souvent, il se conformera.Si les parents s’intéressent à lui, dans ce qu’il fait, dans le comment il fait (cheminement ou productivité) au lieu de se centrer sur le résultat (production), il deviendra fier.L’estime de lui se construira.Les limites posées l’aideront à discerner.A travers le discernement de ses parents, il apprendra ce qu’il peut faire et ne pas faire, d’où l’importance que les parents discernent avec ouverture et liberté intérieure.Dans les générations qui ont précédé, le retenir, les principes, les lois, avaient une grande place.Des rigidités se sont installées dans le fonctionnement des personnes.Il s’est répercuté dans le rapport avec l’argent.Dans un monde où le laisser-aller est valorisé, il se peut que le rapport à l’argent soit vécu différemment.Ce fait n’indique pas une plus grande liberté intérieure.La liberté est dans la décision responsable et appropriée, une décision qui tient compte de tous les éléments de la réalité.Une décision qui ouvre à une croissance pour soi et les autres.110 La Vie des communautés religieuses Quand on se rend compte d’être piégé-e dans son rapport à l’argent, on peut le travailler sur son terrain.Il est possible de défaire des noeuds mais encore faut-il être conscient qu’il y en a et aussi actualiser ses forces vitales pour qu’avec ce bagage intérieur, nous parvenions à labourer notre terre.Le besoin est grand.Et il paralyse souvent l’amour.Que de personnes contrôlent l’argent.Souvent, elles contrôlent aussi les idées, les plans, les fonctions, les interactions.>• Quant à l’insécurité qui viendrait de la première année de vie14 nous ne la traiterons pas dans cet exposé.Mais il peut y avoir des répercussions d’expériences mal vécues durant la première année de vie.L’enfant n’a pas reçu gratuitement avec plaisir et depuis, il répond par l’exigence et la passivité qui cachent une profonde hostilité.Ou encore il n’a pas été stimulé ou soutenu pour aller chercher l’objet convoité avec ses sens et il ne cesse de capter les biens de façon hostile depuis.Une séparation à cette étape de sa vie a fait une telle blessure que, dans la vie adulte, il craint toujours de se retrouver à nouveau dans le vide.Les biens sont une sécurité face à ce vide.VII.L’ARGENT EST SOUVENT UNE MANIÈRE DE GARDER LE POUVOIR Celui qui a l'argent est le plus fort.Dans la vie courante, celle qui tient la bourse peut impressionner l’autre qui osera à peine demander ce dont elle a besoin.L’autre qui invite et donne des cadeaux entretient le pouvoir.Comment se sent l’autre qui reçoit?Le pouvoir, c’est aussi ces conditions que je maintiens, ces exigences pour que ce soit fait à ma façon.Pour sortir de l’emprise du pouvoir, de part et d’autre, il y a un chemin à parcourir.Avec des prises de conscience des pièges et avec ses forces vitales humaines dont les indices sont : un objectif qui est enraciné dans le sens donné à sa vie, un objectif qui ouvre à l’entourage et aux autres, avec des moyens pour atteindre ce but et en Mars-Avril 2006 111 prenant le temps également, en percevant, discernant pour choisir ce qui me conduit au but et pour renoncer à ce qui m’empêche d’y parvenir, en apprenant d’une expérience à l’autre, en dépassant les difficultés, il est possible de devenir libre intérieurement et donner la place à l’amour.VIII.EN GUISE DE CONCLUSION.Si on ne laboure pas sa terre, on peut demeurer toute sa vie avec des comportements rigidifiés.Ils ont commencé dans les premières expériences de la vie.Ils se sont alimentés par la suite dans la famille, à l’école, dans les groupes.Les noviciats ont souvent nourri le registre de l’énergie liée.La culture canadienne-française n’a pas toujours mis en lumière le sens de l’argent.Mieux valait être généreux et ne rien avoir que de posséder des biens.Par ailleurs, si quelqu’un n’a pas eu d’argent, qu’il en trouve dans ses poches et qu’il n’est pas accompagné dans ses discernements, il se peut que le registre de l’énergie mobile prenne alors le dessus.Le travail de liberté intérieure nous appartient.En fait, il s’agit de décider de retenir et de laisser aller à bon escient ce qu’on a car on l’a donné à Dieu et aux siens.Le sens profond de nos renoncements se loge dans la force vitale de l’amour qui, en chacune et chacun de nous, veut prendre toute sa place.L’amour nous appelle à regarder la personne comme une personne et non comme un objet.L’argent est un moyen et non une fin, Il peut nous enfermer.Nous ne voyons alors que des objets, non des personnes.Mais le choix de regarder les personnes comme des personnes donne une nouvelle dimension à l’argent.C’est l’appel à l’expérience de l’intendant qui donne à chacun sa mesure de froment.S’il n’a pas de froment, comment pourra-t-il le distribuer?Marie-Marcelle Desmarais, CND, M.S.S.Institut de formation intégrale 55, boul.Gouin Ouest Montréal (Québec) H3L 1H9 112 La Vie des communautés religieuses 1.Jeannine Guindon.Vers l’autonomie psychique, de la naissance à la mort.Paris, Fleurus, 1982, 445 p.(Pédagogie psychosociale, 40) 2.Marie-Marcelle Desmarais.L’IFHIM et la formation humaine intégrale : des racines profondément ancrées dans la terre.Montréal, 2003, p.86-92.3.Jeannine Guindon.Vers l’autonomie psychique., p.29-126.4.Marie-Marcelle Desmarais.«Grille d’analyse pour la relecture des expériences vécues », Le Magazine de la personne, Montréal, vol., no 2 (décembre 1998), p.16.5.Jeannine Guindon.« L’identité de soi et ses facettes », 2e édition, Smsfrontières, les forces psychologiques, Montréal, vol.2, no 1 (printemps 1995), p.3-21.6.Jeannine Guindon.Vers l’autonomie psychique., p.122-139 Claire Hamel.« Vraie et fausse représentation [par l’actualisation des forces vitales humaines, 1989-1995]», Sans Frontières : les forces psychologiques, Montréal, vol.10, no 2 (automne 1995), p.3 à 12.7.Jeannine Guindon, Vers l’autonomie psychique,, p 388-389, 8 8.Ibid., p.43-45, 57-58.9.Helen Kilimnik.« Le développement de l’identité psychosexuelle », Sans frontières: les forces psychologiques, Montréal, volumes 7-9, no 1 (printemps 1992-1994).Marie-Marcelle Desmarais, L’IFHIM., p.74-77.10 Jeannine Guindon.Vers l’autonomie psychique., p.75, 302-,303.Marie-Marcelle Desmarais et Jeannine Guindon.« Formation initiale et continue basée sur le processus de formation humaine intégrale selon l’actualisation des forces vitales humaines.», Le Magazine de la personne, Montréal, vol.1, no 2 (déc.1998), p.17.11.Jeannine Guindon.Les étapes de la rééducation des jeunes délinquants et des autres.Paris, Fleurus, 1971, p.24-44 (Pédagogie psychosociale, 13).12.Jeannine Guindon.Vers l’autonomie psychique., p.49-63.13.Rita Beauchamp.« Hostilité et objet affectif », Sans frontières, les forces psychologiques, Montréal, vol.12, no 1 (printemps 1997), p.3-15.Rita Beauchamp.« L’hostilité et l’accès aux forces vitales », Sans frontières, les forces psychologiques, Montréal, vol.10, no 1 (printemps 1995), p.3-13.14.Jeannine Guindon.Vers l’autonomie psychique.p.29-48.Mars-Avril 2006 113 ÉCONOMIE ET MISSION : DÉFIS POUR LA TRÉSORERIE Daniel Cadrin o,p, Introduction : la voix d’un non-expert C’est un peu étrange pour moi de venir vous parler d’économie et mission.Je suis bien sensible à la mission des communautés religieuses, mais sa dimension économique n’est vraiment pas mon expertise! J’ai été économe mais dans deux petites communautés, où ce n’était pas très compliqué et où les enjeux étaient bien limités.Par ailleurs, une porte d’entrée que je peux utiliser pour oser venir vous parler de ce sujet, c’est ma participation à plusieurs conseils dans ma communauté, du conseil local au conseil provincial et au conseil général, où les questions qui vous préoccupent étaient débattues, et où j’ai vu des économes exercer leur difficile rôle.Une autre porte, ce sont mes contacts avec plusieurs communautés autour des défis plus généraux de l’avenir de la vie religieuse, qui me permettent de situer l’économie à l’intérieur de ces défis et de percevoir que les questions de gestion ont des effets majeurs sur l’avenir des communautés.Et puis, comme directeur d’une petite institution ecclésiale, l’Institut de pastorale des Dominicains de Montréal, je suis confronté à des questions bien pratiques de financement et de gérance, même si ce n’est pas mon charisme.Ceci dit, ce que je vais faire, c’est simplement vous partager des perceptions, perspectives et même des conseils.Bien franchement.À vous de voir ce qui peut vous être utile.114 La Vie des communautés religieuses 1.Une question cruciale Des réalités très actuelles Pour l’avenir des communautés religieuses ici, dans le contexte actuel, la question de l’usage des biens n’est pas périphérique mais centrale, cruciale, car son impact est grand sur ce que nous pourrons encore être et faire demain, au plan apostolique et communautaire.« La mission ne peut pas faire abstraction de l’économie.».C’est une question cruciale : or, dans « cruciale », il y a crux, croix : donc, il ne faut pas se surprendre si c’est parfois crucifiant! Cette question comporte plusieurs aspects qui sont d’une actualité immédiate, dans laquelle vous êtes plongés: les immeubles à garder, réparer, mettre aux normes ou vendre, avec les complications qui s’ensuivent; les études actuarielles qui nous annoncent habituellement une durée de vie plutôt courte; les infirmeries qui requièrent des ressources majeures disant notre fraternité, mais qui par définition n’ont pas d’avenir; les projets et institutions à soutenir, relancer ou initier, qui assurent la vitalité de notre mission; les unions d’entités, de provinces, qui ont des dimensions juridique et économique; le nombre plus élevé d’employés à qui assurer des conditions de travail justes sans perdre le contrôle de notre mode de vie; les consultations d’experts devenues nécessaires mais qui augmentent notre dépendance; le choix des placements et investissements pour que cela rapporte mais sans qu’on se sente trop coupables; les nombreuses demandes de dons pour des collaborations et organismes, qui nous prennent parfois pour un gouvernement avec commandites; etc.Un rôle ingrat Tout cela, c’est votre réalité quotidienne, qui n’est pas toujours réjouissante, et encore moins reconnue et valorisée par vos soeurs et frères.Votre fonction dans la communauté, c’est vraiment de l’ordre du service, au sens évangélique.Cela peut être parfois ennuyeux, inquiétant, ou harassant.Votre tâche est ingrate, vous êtres perçus souvent, j’imagine, comme des éteignoirs, des empêcheurs de danser, des surveillants tatillons.Ce n’est sûrement pas agréable.D’où l’importance, pour votre travail souvent très technique, où l’on peut avoir le sentiment d’être bien loin de la mis- Mars-Avril 2006 115 sion de la communauté et de ce pourquoi nous avons fait profession religieuse, de nourrir consciemment votre motivation plus profonde.C’est un service de la mission et de la vie communautaire, ce n’est pas seulement un job.Vous demeurez pleinement membres de cette communauté, participant de son charisme et de sa vie fraternelle.Alors, ne vous isolez pas.Et lisez non seulement les colonnes de chiffres mais assurez-vous des lectures et moments qui touchent les colonnes que sont votre vie spirituelle et communautaire et qui vivifient les sources de votre engagement religieux.Il s’agit de ne pas se dessécher, mais aussi de mieux comprendre finalement ce que vous faites.Et restez intéressé-e-s à ce qui se passe sur le terrain de la mission de votre communauté, ici ou ailleurs, aux réussites et déboires de vos frères et soeurs, aux genres de projets qui répondent à de nouveaux besoins.Vous n’avez pas le temps d’y être engagé-e-s, d’autres le sont au nom de tous, toutes, mais demeurez capables d’entendre ce que les sœurs et frères portent et vivent.Cela pour nourrir les motivations de votre service mais aussi pour avoir une vue plus exacte et ouverte de la réalité et de votre communauté même.Et aussi, parce que, quand vous terminerez votre fonction, vous serez peut-être moins perdu-e-s dans le monde actuel et dans votre communauté.Litanies de la trésorerie Un autre conseil : il est important pour vous de pouvoir exprimer vos frustrations dans l’exercice de votre rôle, de ne pas tout garder cela en dedans.Si vous n’avez personne avec qui le faire, vous pouvez vous composer des litanies, à chanter dans votre chambre, ou au sous-sol, ou en plein champ pour le faire à pleine voix.Pour vous inspirer, voici quelque exemples de ces Litanies des trésoriers et trésorières : Délivre-nous, Seigneur, Des mises aux normes qu’on nous impose, avec des longues listes.Des supérieur-e-s et inférieur-e-s, qui ne savent pas qu’on existe.Des frères et soeurs qui dépensent, comme si ça ne coûtait rien.Des frères et soeurs qui dépensent moins, 116 La Vie des communautés religieuses mais qui ne rapportent rien.Des vieux édifices, qui coûtent trop cher.Des nouveaux édifices, qui coûtent aussi cher.Des experts, qui coûtent encore plus cher.Des médias qui veulent nous caler, et qui mélangent le fiel au miel.Des entités qui ne paient pas leur contribution, même après trois rappels.Des mille demandes de dons, qu’on reçoit à chaque mois .Des marathons de réunions, qui n’aboutissent pas.2.Nous situer dans une perspective plus large Un contexte de transition Les communautés religieuses d’ici sont actuellement engagées dans une période de transition qui met en jeu non seulement leur adaptation et rénovation, pour prendre les expressions du document de Vatican II sur la vie religieuse, mais leur existence même.À cause de facteurs externes, liés au contexte de la société canadienne et québécoise : le vieillissement, phénomène d’abord démographique que nous reflétons plus que d’autres groupes sociaux, la pluralité morale et religieuse et la décroissance de l’appartenance à l’Église et de l’adhésion à la foi chrétienne devenue minoritaire, ce qui ne peut que réduire considérablement le renouveau de nos effectifs; les changements affectant la condition féminine, (et la vie religieuse est majoritairement féminine.) Nous subissons l’impact direct de ces situations.Nous pouvons les accepter ou en être bien attristé-e-s mais cela ne change pas leur impact objectif.Il faut partir de cela pour envisager l’avenir avec une espérance lucide.Nous ne pouvons pas nous attendre à ce que la vie religieuse soit plus prospère et abondante que celle de l’Église à laquelle nous appartenons.Difficultés qui peuvent être liées aussi à des facteurs internes : le sentiment de défaitisme, « nous n’avons pas d’avenir », qui contribue par lui-même à accentuer le déclin; un certain laisser-aller de la vie communautaire; la perte d’horizon de la mission; un leadership pas assez dynamique et encourageant; le nombre plus limité des personnes que nous pouvons engager dans la mission; Mars-Avril 2006 117 sans compter le fait aussi que nous tâtonnons dans l’inconnu et que nous ne pouvons faire autrement.Ce contexte socio ecclésial par ailleurs nous oblige, ce qui est sain, à retourner aux sources de notre vie religieuse elle-même, de son sens comme signe de vie évangélique.II nous remet en perspective le défi de l’évangélisation, ce pour quoi nous sommes faits.II nous permet de redécouvrir le sens plus profond de nos voeux : la pauvreté, la chasteté et l’obéissance prennent plus de relief dans un monde où l’économie domine tout, où la sexualité est une préoccupation explicite et omniprésente, où l’autonomie individuelle est sacralisée.Il nous aide à développer des solidarités, tant entre communautés qu’avec l’Église, et des alliances avec des ami-e-s et des associé-e-s.Et il nous invite à respecter davantage notre charisme, notre identité même, et à faire des choix conséquents.C’est à l’intérieur de ce contexte et de ces défis que s’exerce votre rôle.Ce n’est pas une période où il suffit de continuer sur l’erre d’aller; c’est plus exigeant.Cela demande de votre part de porter attention à une vision plus large et de rester éveillé-e-s aux divers facteurs qui composent le portrait actuel et à venir.Des défis pour notre avenir Dans ce contexte de transition, certains défis majeurs occupent actuellement l’énergie de bien des communautés et il importe que ce soit ainsi.Je vous les rappelle car les réponses à ceux-ci vont déterminer, pour une bonne part, le degré de vitalité et de survie même de la vie religieuse ici.1.Le choix de vivre, de vivre autrement, plus modestement, car le passé ne reviendra pas, mais en croyant que cela vaut la peine de vivre comme religieux, religieuse, et comme communauté spécifique.Ce choix conditionne tout le reste.Il appelle à changer notre imaginaire de la vie religieuse et à nous parler en vérité.Cela demande des assemblées et échanges, et ce n'est pas gratuit, sauf de la gratuité de vivre que cela peut renouveler en nous.2.La relance de la mission, en respectant notre charisme, cet oeil unique qui nous rend plus attentifs à des besoins et détresses dans la société, et en faisant des choix : fermer des maisons et 118 La Vie des communautés religieuses projets, en relancer ou créer d’autres, regrouper des forces, assurer la viabilité des projets, pour que notre mission, i.e.notre passion partagée, ait un visage concret et visible.Et faire en sorte que les soeurs et frères qui portent directement la mission soient vraiment soutenus et non pas marginalisés dans les préoccupations et décisions.Tout cela touche directement la question économique, car ces choix ont des conséquences.3.Reprendre en mains notre vie communautaire pour qu’elle soit plus relationnelle, communicative, solidaire et interculturelle, et qu’ainsi elle nous soutienne davantage et témoigne de la communion du Corps du Christ.C’est notre rôle comme communautés, comme Jean-Paul II nous l’a rappelé dans Vita conse-crata (nos 42-47).Cela demande aussi des ajustements qui touchent l’économie, comme le partage équitable des coûts et des revenus entre les communautés et entre les individus.4.Ressourcer notre vie spirituelle, approfondir la spiritualité propre à la communauté et savoir la transmettre et partager à d’autres qui recherchent des sources de vie.Cela est moins coûteux financièrement mais ce l’est autrement.Notre mission s’enracine dans une spiritualité et s’exprime dans un mode de vie communautaire.Les trois sont liés.5.Oser inviter des gens de différents âges à se joindre à nous, ce qui suppose que les défis précédents sont pris en compte car ils sont les premiers facteurs d’attrait actuellement; si des entrées se présentent, assurer une formation solide, tant spirituelle que professionnelle, et cela aussi a des coûts; et faire des efforts sérieux pour améliorer les relations entre les générations dans les communautés.6.Fonctionner en famille élargie, de toutes sortes de manières, développer des collaborations avec des communautés et en Eglise, être présents, présentes à des réseaux sociaux et ecclésiaux pour sentir la vie qui monte et participer aux semences de vie nouvelle; et il y en a dans l’Église et la société du Québec et d’ailleurs.Cela demande aussi des partages financiers.L’intendance dont vous portez la charge s’inscrit comme un outil pour favoriser une réponse vivante à ces défis.Et chacun d’entre eux est affecté par la gestion des ressources et biens de la communauté.Cette intendance apporte avec elle le poids de réel qui Mars-Avril 2006 119 délimite l’espace de manoeuvre à identifier et à élargir pour que cette réponse soit possible et elle permet d’évaluer à quel prix, car il y a un prix, cette réponse est réalisable.Ce que je veux souligner en parlant de ces défis plus larges, c’est simplement de ne pas les perdre de vue dans votre tâche qui, au quotidien, est confrontée à des défis plus immédiats.Votre travail trouve son sens, sa motivation dans la contribution qu’il apporte à la réponse à ces défis, cruciaux pour notre avenir.3.Des défis plus immédiats Espérance et réalisme L’espérance, comme j’en ai parlé ailleurs en d’autres interventions, est faite de quatre attitudes, de quatre coins, entre lesquels se promener : le réalisme qui garde les yeux ouverts et évalue la situation, comme Moïse et Marie; la confiance qui voit plus loin, qui voit l’invisible, comme Abraham et Paul; l’imagination qui voit autrement et ouvre des brèches, comme la femme syro-phénicienne et les douze apôtres; et le courage qui ose bouger les pieds et avancer, comme Élie et Jésus.Les communautés ont besoin, pour que l’espérance soit vivante, que ces quatre attitudes soient présentes, particulièrement dans leurs conseils, mais chaque membre apporte sa part; c’est ainsi qu’une espérance vivante et plus complète est maintenue.Vous, vous avez à assurer le coin du réalisme : l’évaluation claire, objective, avec les yeux bien ouverts, des ressources, de leurs capacités et de leurs limites, à court et moyen terme.C’est essentiel pour que le reste soit enraciné dans la situation présente et prenne en compte ce qui est raisonnablement prévisible.Cela ne remplace pas les trois autres et n’est pas suffisant pour qu’il y ait des décisions d’espérance, mais c’est un point cardinal, sans quoi les autres ne peuvent exercer leur rôle spécifique avec les données adéquates.La clarté des comptes Cet apport se vit en étant le plus clair possible dans l’information communiquée : donner les vrais chiffres, et les donner, pour que les responsables et l’ensemble des membres prennent conscience, aient conscience de la réalité économique de la communauté, de ses 120 La Vie des communautés religieuses forces et de ses faiblesses.Dans nos communautés, nous sommes tous et toutes des adultes, nous ne sommes pas une famille avec parents et enfants.Etre le plus transparent possible, cela est plus fécond à long terme.Cela se fait en assurant un service de comptabilité le plus clair possible et en préparant des budgets qui mettent toutes les cartes sur table.Quand les entités, locales ou provinciales, en cachent sous le manteau ou les égarent dans des états financiers bizarres, il vaut la peine d’aller voir de plus près.Parfois, c’est simplement par manque de connaissance et compétence; on peut y remédier par une formation.Mais parfois aussi, cela peut être par manque de solidarité; on peut y remédier par des exhortations, mais cela peut être plus long et demande une fermeté, quelque part entre les mots doux et les éclats de voix.Vous n’êtes pas là pour faire plaisir ou pour faire peur ou pour faire semblant, mais pour donner l’heure juste.Cette heure comprend justement des chiffres précis : on est en déficit, on a des surplus étonnants, on peut tenir tel projet encore trois ans.Votre rôle est non seulement informatif, mais aussi éducatif, pour veiller à ce que, aux niveaux local ou provincial, une gestion saine et claire soit garantie.Et le besoin de formation touche aussi les exigences de la vie concrète, le coût des choses, les revenus à assurer, les dons à recevoir.Tout projet, toute vie communautaire et apostolique, a des coûts : vous êtes bien placé-e-s pour le savoir, vous recevez les factures! Une auto a besoin de gaz, et c’est rendu maintenant à 0,94$ et non 0,64$.Ce fait, et bien d’autres, n’est pas toujours connu des religieux, religieuses.L’apprentissage à faire un budget personnel et collectif est un bon outil pour sensibiliser les soeurs et frères.Le rapport aux experts Nous faisons appel à beaucoup d’experts : avocats, notaires, comptables, actuaires, architectes, conseillers en ceci et cela.Nous n’avons pas le choix, nous avons besoin de ces expertises dans une société plus complexe et réglementée, qui fait paraître les Pharisiens, dits légalistes, pour des amateurs dans le genre.Autrefois, les Mars-Avril 2006 121 communautés féminines ont été très dépendantes des évêques et des prêtres; elles sont maintenant plus autonomes à cet égard, mais d’autres clercs apparaissent.Cette dépendance demande de la vigilance, simplement parce que ces experts, comme nous, sont des êtres humains qui peuvent connaître fatigue et confusion, et avoir des intérêts.Mais en même temps, certains sont d’une compétence et d’un dévouement admirables, sans lesquels nous serions encore plus dans la jungle.On pourrait faire une béatitude en ce sens : « Heureuse la communauté qui a trouvé des conseillers fiables, compétents, .et discrets.Cela lui sauvera bien du trouble et des trous futurs dans le budget.» C’est précieux, mais il faut s’assurer de deux choses : qu’ils soient attentifs à notre réalité de communauté religieuse, avec son caractère spécifique : nous ne sommes pas des entreprises, des compa -gnies; nos résidences regroupent des soeurs et frères à qui appartiennent les institutions et non pas des employés, clients ou bénéficiaires, qui seraient extérieurs à la communauté comme telle et à son gouvernement.Nos maisons, pour tous les frères et soeurs, c’est notre chez nous.Enfin, nous aider entre nous pour vérifier la fiabilité des experts, je présume que cela se fait déjà par des organismes comme le vôtre.Le rapport aux instances décisionnelles Il est important pour vous de garder une saine distance intérieure par rapport au goût que vous pourriez avoir d’être l'instance finale.Car vous voyez des choses que d’autres ne voient pas; vous avez un pouvoir, même si vous n’avez pas le droit de vote, par les informations mêmes que vous avez et communiquez et par les plans et budgets que vous préparez.Mais vous n’êtes pas l’instance finale.Pour ma part, c’est probablement ce que je trouverais le plus difficile dans cette fonction! Cela demande un respect strict des instances décisionnelles comme telles : conseils, supérieur-e-s, etc.Vous dites ce que vous avez à dire, clairement, franchement, autrement vous manqueriez à votre service même, mais vous acceptez que vous n’êtes ni provincial-e ni général-e.Cela demande vraiment ce qu’il faut bien appeler de l’humilité (de humus, la terre, le terre à terre), plus que d’autres rôles; vous n’êtes pas en avant.J’ai vu des cas où les économes avaient le vrai pouvoir plutôt que 122 La Vie des communautés religieuses les supérieur-e-s légitimes : les soeurs et frères s’en aperçoivent et cela mine la crédibilité des institutions.Ou encore des cas où les économes, par crainte ou par désir de plaire, sont trop serviles et silencieux, sans utiliser leur cadran pour faire sonner l’heure juste.Cela n’est pas mieux.Pour la santé d’une communauté, le respect de ses institutions est primordial (conseils, responsables, comités, procédures.).Quand deux ou trois décident, en fait, sans respecter cela, ou quand des préférences personnelles créent des iniquités et inégalités entre individus ou groupes, cela produit avec le temps des fruits de discorde, de perte de motivation, et accentue l’individualisme déjà présent.Il y a une sorte d’objectivité de votre service à assurer, liée au sens de l’humilité.Gouvernement et solidarité Économie : cela est fait de oikia et nomos (en grec), la maison et la loi, le sens de la maison fraternelle et sa gouvernance.Les questions autour de l’économie font partie du gouvernement d’une communauté, gouvernement qui est au service du bien commun, de la mission et de la communion d’une communauté religieuse.Cela est différent des autres corps sociaux, où le gouvernement n’inclut pas autant les dimensions affectant toute la vie personnelle et le mode de vie des individus, et où les personnes sont plus extérieures au gouvernement même.Notre gouvernement est engagé au service d’un mode de vie très particulier qui se veut évangélique.Mais cela dit, les modèles de gouvernement qu’on trouve dans les communautés ne sont pas uniformes, les traditions sont différentes.Certaines communautés, la plupart en fait, ont des modèles plus centralisés pour la gestion des biens et argents.D’autres, comme les o.p., sont plus décentralisés (je fais partie à cet égard d’une tradition minoritaire), et d’autres, de type monastique, encore davantage.Il y a des avantages et inconvénients à chaque modèle, modèle qui se comprend aussi en rapport avec la spiritualité de la communauté.Il importe de réfléchir sur sa propre tradition de gouvernement et gestion, d’en être plus conscient-e-s, pour la respecter mais aussi, Mars-Avril 2006 123 au besoin, pour l’adapter là où elle n’est plus opératoire.Des blocages et dysfonctionnements peuvent être liés aux faiblesses humaines, mais d’autres à la forme même du gouvernement, dans sa structuration et son mode d’opération.Je pense ici à ce qui touche aux processus de consultation et décision, à la communication de l’information, aux façons de choisir les responsables, au jeu entre l’autonomie locale et le gouvernement provincial, entre l’autonomie provinciale ou régionale et le gouvernement général.L’enjeu à travers ces modalités du gouvernement, c’est notre solidarité.« Notre plus grand espoir comme Institut et notre plus grand défi en termes pratiques, c’est de développer une culture de la solidarité dans nos institutions et dans nos administrations.» 4.Détour évangélique Plusieurs textes des Évangiles, particulièrement les paraboles, se rapportent à la question de l’argent et de la gestion des biens, soit pour en parler directement (Le 16,13), soit comme point de comparaison, image, pour parler du Royaume et de la vie de disciple.Cela nous dit, qu’à cette époque comme aujourd’hui, pour Jésus et ses auditeurs, c’était une question préoccupante, un souci au quotidien.Les gens pouvaient saisir des récits et paraboles qui utilisaient ces catégories, car elles leur étaient bien familières.Intendance et argent La question des dettes à rembourser revient souvent; cela devait marquer la vie de bien des gens.Une figure fréquente y apparaît : celle du gérant ou de l’intendant : l’intendant fidèle (Le 16, 1), le serviteur impitoyable (Mt 18,23), le serviteur inutile (Le 17,7),.Une parabole intéressante est celle des talents (Mt 25,14) où de l’argent, une somme énorme, est confié aux serviteurs pour qu’ils le fassent fructifier: les talents, c’est de l’argent, un trésor, non des dons personnels.Dans les Évangiles, il y a en plus les collecteurs d’impôts, ce que vous avez à faire vous aussi, personnages qui, là aussi, sont mal vus! Et contrairement à vous, en plus, ils en ajoutaient pour leur propre revenu.Mais Jésus va manger avec l’un d’entre eux.Mathieu deviendra apôtre (Mt 5,27), et, on voit même Jésus qui va loger chez l’un d’eux, Zachée (Le 19,1 ).124 La Vie des communautés religieuses Par ailleurs, il faut bien le dire, l’économe de la communauté a laissé une très mauvaise image dans l’histoire, puisqu’il s’agissait de Judas! Mais au moins, en finale, il n’a pas pris les trente deniers que lui ont remis les grands-prêtres (Mt 27,3).Bien que, peut-être, aurait-il pu quand même les remettre à la caisse de la communauté.On voit en plus dans les évangiles, que Jésus, le prophète, soucieux des plus pauvres, ne semble pas gêné de se faire entretenir, lui et ses disciples, par des femmes riches (Luc 8,3).Et Jésus ne s’offusque pas qu’il y ait de temps en temps du gaspillage, comme on le voit quand une femme nommée Marie verse sur lui, au grand scandale de Judas, des parfums très chers (Jn 12,3), en direct de chez Hermès.Des biens confiés, à partager Bref, autour de ces questions, on trouve un peu de tout dans les évangiles.Mais quelques points, qui se tiennent entre eux, sont quand même clairs : on peut parler d’argent et d’intendance, cela fait partie de la vie.Puis, nous ne sommes pas propriétaires des biens : ils nous sont confiés.Et ils sont confiés pour être partagés.Cela rejoint directement notre projet de vie religieuse et votre rôle touche directement la mise en oeuvre de cette dimension de notre vie.Vous gérez ces biens au nom de la communauté et pour elle, ce ne sont pas vos biens personnels, vous êtes vraiment des intendan-t-e-s.Et ce qu'il s’agit d’assurer, c’est que ces biens soient vraiment mis en commun, partagés, et non monopolisés ou injustement distribués.En même temps, c’est une vraie responsabilité qui demande de la fidélité et du risque : les talents ne doivent pas être enterrés, ils doivent servir à quelque chose, ou au moins, comme Jésus le suggère au mauvais serviteur, tu aurais pu les placer.Et vous n’avez pas à vous gêner pour parler de ces questions : l’exemple vient de haut.Conclusion : bénédictions de la trésorerie En terminant, j'aimerais vous inviter aussi, de temps en temps, malgré la lourdeur et l’incertitude qui marquent votre service, à ajouter quelques bénédictions à la suite de vos litanies.Pour vous inspirer, voici quelques exemples : Béni sois-tu, Seigneur, Pour la communauté que tu m’appelles à servir, et que j’aime bien quand même.Mars-Avril 2006 125 Pour l’équipe avec qui je travaille, et qui m’aime bien quand même.Pour les petites surprises, héritages et réduction du déficit, qui parfois nous tombent dessus.Pour les soeurs et frères qui se donnent, qui pardonnent, et surtout qui remettent tous leurs revenus.Pour la solidarité avec tant de gens, qui permet de mettre le beurre sur le pain.Et pour l’espérance, que tu renouvelles en nos coeurs.Daniel Cadrin, o.p.2715 chemin de la Côte Ste-Catherine Montréal, Qc, H3T 1B6 Notes 1 Document de la 60e assemblée de I'USG, dans Économie et mission dans la vie consacrée aujourd'hui Ed.Il calamo, Rome, 2002, p.14 2 (Sean Sammon, id., p.74.) 126 La Vie des communautés religieuses Retraites 2006 23-30 mars Jésus-Christ, chemin de vie Jacques Gourde, ptre 09-16 mai Aime et dis-le par ta vie Jean-Roch Hardy, rsv 23-30 mai Centenaire de la mort André Syrard, osm d’Élisabeth de la Trinité 01-08 juin Du désert à la source de l’Esprit Michel Vigneau, osst 10-17 juin Sur les chemins de la vie Reynald Hébert, cjm 02-09 juillet “Soyez compatissants comme votre Père est compatissant” (Le 6,48) Jean-Marc Tardif, m.Afr 24-31 juillet Marie et le Cantique des Cantiques Francis Demers, omi 17-23 sept.“Par de nombreuses paraboles, il les enseignait.” (Mt 6,48) Gaston Vachon, ptre 03-10 oct.Centenaire de la mort d’Élisabeth de la Trinité André Syrard, osm MAISON RIVIER 999 rue du Conseil SHERBROOKE QC JIG 1M1 Tél.: (819) 569-9306 Courriel : maisonriviersher@hotmail.com Mars-Avril 2006 127 RETRAITES IGNATIENNES - 2006 12- 19 fév.Julien Rainville, c.s.v.19-26 fév.Jacques Martineau, s.j.09-16 avr.Jacques Levac, s.j.13- 16 avr.Jacques Levac, s.j.30-07 mai Jacques Martineau, s.j.08- 12 mai Richard Guimond, o.p.14- 21 mai Denis Pion, s.j.11-18 juin J.-M.Rocheleau, s.j.09- 16 juil.Pierre Mourlon, s.j.16-18/08 Jacques Levac, s.j.16-23 juil.J.-M.Rocheleau, s.j.23-30 juil.Lucie Gravel et Gilles Morissette, s.j.29-06/08 Pierre Gervais, s.j.06-11 août Alain Dumont 20-27août Bernard Bélair, s.j.08-15 oct.Richard Guimond, o.p.15-22 oct.Roger Poudrier, o.f.m.22-29 oct.Bernard Carrière, s.j.12-19 nov.Julien Rainville, c.s.v.19-26 nov.Roger Poudrier, o.f.m.Entrer en Carême avec le prophète Jérémie L’Eucharistie : un mystère de foi sublime Semaine sainte TRIDUUM PASCAL “Je suis venu mettre le feu sur la terre” Le 12-40 Retraite sacerd.: Quelle Eglise souhaitons-nous vivre?Saint Paul : L’Amour passionné du Christ Avec saint Jean, découvrir le Coeur de Dieu “Un seul et même Esprit dans le Christ et les Chrétiens” Lumen Gentium TRENTE JOURS Ma vie entière en action de grâce “La Sagesse est assise auprès de toi”.Et moi, sans cesse je cours! Apprends-nous à prier (saint Jean) Retraite sur l’intériorité : Ta naissance éternelle Suivre le Seigneur au milieu de mon peuple Vivre nos saisons Les paraboles de la Miséricorde Le disciple dans l’Évangile de Marc “Passer du désir de Dieu au dialogue avec le Christ”, selon saint Jean Les paraboles de la Miséricorde 2006: 500e anniversaire de l’aventure spirituelle des 3 compagnons du Christ, Ignace de Loyola, François-Xavier et Pierre Favre.En leur compagnie, des pistes pour reprendre souffle, prier, réfléchir en soi-même et réajuster nos projets de vie en vue d’une plus grande liberté, lucidité et sagesse intérieure.Semaine de solitude et de silence avec un temps quotidien de célébration-partage et un accompagnement personnalisé.Centre Notre-Dame de Montserrat C.P.130 SAINT-JÉRÔME QC J7Z 5T8 Tél.: (450) 438-3593 jesuitstjerome@videotron.ca Nouveau tarif 2006 : 60$/jour www.maisondesjesuites.com 128 La Vie des communautés religieuses Redaction Direction Monique Thériault, s.n.j.m.Tél.: (514) 255-9372 Téléc.: (514) 255-1088 Courriel: monther@snjm.qc.ca Membres de la rédaction Raymond Leroux, f.s.g.Micheline Marcoux, m.i.c.Ghislaine Roquet, c.s.c.Monique Thériault, s.n.j.m.Rick Van Lier, o.p.Secrétariat Pauline Michaud, s.a.s.v.Madeleine Paquin, s.a.s.v.Production et design Hughes Communications inc.Dépôt légal Bibliothèque nationale du Canada Bibliothèque nationale du Québec Numéro international des publications en séries ISSN 0700-7213 Membre de l'Association canadienne des périodiques catholiques.ABONNEMENTS La revue paraît cinq (5) fois par année Pour le Canada : vous adresser au Secrétariat surface: 30$ soutien: 40$ Outre-mer : surface: 45$ Pour la France: vous adresser à Pour la Belgique: vous adresser à 30 euros Sr Hélène Grudé 8, boulevard des Déportés B.P.28 35404 Saint-Malo Cédex France Les Éditions FIDÉLITÉ a/s M.Jean Hanotte Rue de Bruxelles 61 B 5000 Namur Belgique BULLETIN D’ABONNEMENT Nom:_____________________________________ Adresse:_________________________________ ______________________________Code postal: No de téléphone:_________________________ N° TPS: 141050025 - N° TVQ: 1019014190 Poste publication enregistrement no 9280 convention no 40011751 Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Programme d’aide aux publications «PAP», pour nos dépenses d’envoi postal Vie consacrée, présence spirituelle éducative et caritative * en Eglise La Vie des communautés religieuses Nicolet, Québec, Canada
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