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Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Mai-Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
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  • En son nom
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La vie des communautés religieuses /, 2006-05, Collections de BAnQ.

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La vie des communautés religieuses Vol.64 - no 3 - mai - juin 2006 Lumière dans la nuit, aurore qui pointe à Vhorizon La Vie des communautés religieuses est publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec Administration et secrétariat 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Que., Canada J3T 1X9 Téléphone: (819) 293-8736 - Télécopieur.: (819) 293-2419 Courriel : viecr@sasv.ca SOMMAIRE Vol.64 - no 3 - mai - juin 2006 REFLEXION • Comme un oiseau dans une cage de verre, page 130 - Alfred Ducharme, s.j.• Aimer d’amitié, page 132 - Paul-Émile Vachon, s.m.CHRONIQUES • Groupe « Cailloux » : En Montée Jeunesse, page 139 Jean-François Clermont-Legros, Nathalie Roberge, o.p., Gabriel Bourdon • « Chaire Tillard » : Rendez-vous Québec, page 146 Michel Côté, o.p.DOSSIER « PERSONNES ASSOCIEES » • Réflexions d’un théologien, page 149 Gilles Routhier, prêtre.VIE CONSACRÉE • La vie consacrée : un phare aujourd’hui?page 151 Evangeline Plamondon, m.i.c.• Situation de la vie consacrée : instituts religieux masculins, page 167 F.Alvaro Rodrigue Echeverria, f.é.c.• Nos vœux mis en lumière, page 175 - Collectif SNJM • Ne souffririons-nous pas d'hyperdulie charismatique?page 179 Albert Tremblay, fi.c.ECHOS DU CONGRES MONDIAL 2004 • Lettre du 1 er anniversaire, page 186 Présidence de l’USG et de l’UISG • Touches de peinture, bouts de verre et nouvelle création, page 189 Stephen Glodeck, s.m.Convention de la poste-publications N° 40011751.N° d’enregistrement 9280.Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada au 251, rue Saint-Jean-Baptiste, Nicolet, Qué., Canada J3T 1X9.Courriel : viecr@sogetel.net PRÉSENTATION Vol.64 - no 3 - mai - juin 2006 Monique Thériault s.n.j.m.À vous, lectrices et lecteurs de la Revue, L’été s’annonce.La nature a repris ses couleurs.La vie se renouvelle.Ainsi en est-il partout et toujours pour la vie en Dieu, pour la vie consacrée.Ce numéro témoigne, encore une fois, d’une vitalité sans cesse nouvelle chez les personnes données à la suite de Jésus.D’abord deux textes de réflexion.L’un, d’un auteur maintenant retourné vers le Père, nous rappelle la fragilité et la beauté de notre vie.L’autre nous convie à profiter de cette vie pour « aimer d’amitié ».Cette vie grouille chez les jeunes du Groupe « Cailloux » et chez les Dominicains : toutes et tous sont résolument engagés, les uns dans la préparation du Congrès eucharistique de Québec de 2008 et les autres dans un « Venez et voyez » qui représente un pont pour discerner des vocations.Voilà des pousses toute neuves .La vie est également présente dans l’arrimage « laïques - personnes consacrées ».Un théologien poursuit sa recherche et nous pose des questions pour l’avenir, entre autres : Dans ce domaine, « s’agit-il d’une mutation de la vie religieuse ou du développement, en dehors d’elle, de familles qu’elle a suscitées?» À nous d’y réfléchir.Vie consacrée : phare pour aujourd’hui?vie religieuse dans les instituts masculins, les vœux mis en lumière et une question sur une possibilité d’« hyperdulie charismatique » dans la vie religieuse : voilà des aspects intéressants à explorer.Enfin, un an après le Congrès mondial 2004 de la vie consacrée à Rome, une lettre de la présidence de l’USG et de l'UISG nous convie à continuer d’explorer les richesses entrevues alors.Quelques « touches de peinture et de bouts de verre » nous rappellent notre mission de participer à une « nouvelle création ».Et vive la Vie ! ! ! Vive la vie à la suite de Jésus! ! ! Mai-Juin 2006 129 COMME UN OISEAU DANS UNE CAGE DE VERRE (posthume) 1 P.Alfred Ducharme s.j.L’être humain est comme un oiseau dans une cage de verre.De tous côtés, la lumière le fascine, il la recherche comme on cherche l’éclat d’une joie qui comble.Son rêve est hanté par la joie de connaître, de comprendre et de savoir, par la richesse unique de chaque personne ou par la merveille inépuisable et la splendeur d’un corps humain, il admire la souplesse du patineur l’habileté de l'acrobate, la maîtrise de l’alpiniste, la précision du trapéziste.Son désir de connaître s‘évade vers les espaces infinis qui fuient la poursuite des télescopes, vers les infimes miettes de matière que découvre le microscope ou vers la richesse éblouissante des profondeurs de l’océan.Tantôt la passion du chercheur le sollicite ou le plaisir de la découverte.Puis sa fascination se déplace, c ’est l'harmonie d’une symphonie, la souplesse des vocalises, la tessiture d'une tyrolienne, la versatilité de l’acteur ou l’émotion du peintre et du sculpteur qui tour à tour l’habite.130 La Vie des communautés religieuses Bientôt, l’exploit de l’astronaute et l'habileté du chirurgien l’invitent à leur tour.Il veut la joie, la joie de connaître, la joie de créer, la joie de s’émerveiller, la joie d’aimer sans fin ou d’être transporté par une passion large comme l’univers.Puis toutes ces joies, il faut les payer d’un dur labeur, il faut les cueillir une à une, successivement, il faut s’attacher à une seule pour la cueillir totalement, mais renoncer alors aux autres.L’être humain promène son rêve d’un jouet à l'autre, il rejette aujourd’hui la maison qu’il convoitait hier, pour quêter la joie d’un nouveau rêve qu ’il rejettera demain.insatisfait.Rien ne comble vraiment son cœur.II est tiraillé, déchiré entre la joie partielle, unique et éphémère qui lui est laborieusement permise et la joie totale, permanente à laquelle il aspire.« Notre coeur est inquiet tant qu ’il ne repose pas en toi, mon Dieu », disait saint Augustin.L’oiseau réalise un jour que ces lumières qui le fascinent et qu ’il cherche à atteindre ne sont que des reflets, de pâles reflets sur sa cage de verre, du Soleil lointain et brillant d’où elles émanent.Et son coeur se reprend à désirer ce Soleil de toutes les joies, dont les reflets hantent sa vie.C’est la sagesse du vieil âge de découvrir cet horizon lointain d’où coule toute lumière et d’où émane toute joie Le vieil oiseau, devenu sage, aspire alors au jour où la mort ouvrira sa cage et où il s’envolera vers le Soleil.Mai-Juin 2006 131 AIMER D’AMITIÉ P C ' F 1 Paul-Émile Vachon, s.m.Prends Dieu pour ami, et tu ne pécheras plus ( S.Jean de la Croix ) La question la plus difficile à poser à une personne qui compte pour toi et que tu voudrais avoir comme ami, la question qui engendre le plus d’hésitation et demeure le plus longtemps bloquée dans la gorge, c’est probablement : « M’aimes-tu?».Si l’autre allait répondre non; s’il allait se défiler, rester évasif, le prendre à la rigolade, ne pas vouloir se commettre.Quel navrement, quel coup au cœur! Quelle terrible déception.Ne pensons pas ici à une vanité froissée, mais à un appel d’air coupé, une blessure débridée, une ouverture refusée, une confiance bafouée, une avance repoussée.Il est plus facile de dire Je t'aime que de demander M’aimes-tu?Déclarer son amour demande moins de détermination et de courage.Les amoureux le font à cœur de temps.Sans doute n’y vont-ils pas de but en blanc ni sans quelques précautions.De longues préparations ont pavé le chemin; des signes soutiennent l’audace, mais on ose sans trop de peine déclarer à quelqu’un qu’on l’aime.La déclaration est délicate mais possible.Elle ne demande pas de risquer son va-tout; car on reste dans une position de force en quelque sorte, même s’il est vrai que l’amour rend vulnérable.En disant Je t’aime, je t’offre mon amour, on arrive comme un donateur; on ne demande rien, on apporte à l’autre ce que l’on a de meilleur.Si quelqu’un est en redevance ici, c’est l’aimé.Je t’aime.Je t’offre le trésor de mon amour qui ne veut que te combler.132 La Vie des communautés religieuses Mais si je demande : m ’aimes-tu?les rôles sont renversés.Je suis bel et bien en quête de quelque chose.Je cherche un complément; je révèle une faiblesse, une béance en moi.Je suis en manque d’être, comme en dépendance.Cette question, en termes à peine voilés, crie à l’aimé : « J’ai besoin de toi.Sans ton amour, il me manque quelque chose.Un espace vital en moi demeure vide, vide de toi.» L’amour peut être à sens unique : combien d’amours maternelles et paternelles le sont bien souvent et parfois bien longtemps.Mais l’amitié ne peut pas être ainsi.Il demande la réciprocité; sa nature l’exige.Il est réciproque ou il n’est pas.On peut aimer quelqu’un, sans être lié d’amitié avec lui.Mais on ne peut pas être amis sans que l’amour ne soit réciproque.Car dans l’amitié, le bien que l’on échange, c’est précisément l’amour.Ce ne sont pas des biens quelconques : qualités de l’esprit, valeurs morales, similitudes de pensées ou de goûts, tous biens qui inclinent vers l’amitié.Mais celle-ci est entière et authentique seulement lorsque le bien échangé est l’amour lui-même.Mais de quel amour s’agit-il?Il convient de s’interroger là-dessus et de creuser cette notion pour en sentir toute la profondeur, en voir toute la beauté.L’ami ne dit pas à l’ami : Voici mon amour pour toi, voilà ce que je te donne.Il lui dit plutôt : voici ton amour pour moi, c 'est ce que je t'apporte.C 'est le bien le plus précieux que je possède; c’est ma vie; c’est ma joie.On comprend le psalmiste de s’écrier : Ton amour vaut mieux que la vie, tu seras la louange de mes lèvres.( Ps.62,4 ) L’ami n’estime rien plus que l’amour que son ami lui porte.Ton amour pour moi, voilà ce que j’aime; aussi bien voilà le présent que je veux t’offrir.L’un aime l’amour que l’autre a pour lui.Contre toute première apparence, nous sommes ici devant le suprême dépassement de l’égoïsme, car l’un dit à l’autre : Ce que j'aime, c ’est l'amour que tu as pour moi, car cet amour, c ’est toi.Tu te donnes à moi, voilà mon trésor; que puis-je t’apporter de plus beau?Je n ’ai rien qui égale l’amour que tu me portes, je n 'ai rien qui me réjouisse davantage le cœur.Ton amour pour moi, c ’est toi.En toi je trouve toute ma joie.Ne reconnaissons-nous pas là les paroles du Père au Fils de sa dilection?(cf.Mt3,17) Mai-Juin 2006 133 L’indépassable modèle L’amour du Père et du Fils, en effet, remplit parfaitement la définition même de l’amitié, comme Thomas d’Aquin l’a finement compris, (cf.Somme théologique, prima pars, q.20) Le Docteur angélique affirme que l’amitié entre les humains est « la forme d’amour la plus parfaite, parce qu’elle n’est pas possessive; elle exalte plutôt l’égalité des personnes.» L’ami dit à l’ami ce que le Père dit au Fils : En toi, je trouve toute ma joie.Aussi Thomas ajoute-t-il que l’amitié convient parfaitement pour décrire l’amour dans la Trinité.Elle scelle et révèle l’égalité du Père, du Fils et de l’Esprit, le don et l’accueil parfaits qui posent les personnes dans l’être.C’est en Dieu même que l’amitié trouve son modèle et sa réalisation indépassable.Tout ce qui est à moi est à toi comme tout ce qui est à toi est à moi.(Jn 17,10) Un spirituel a pu écrire tout récemment : L’amitié est au cœur de la vie divine.1 Un appel inespéré Telles sont la beauté et la pureté de l’amour d’amitié lorsqu’il est authentique et sans faille.Or l’amitié, c’est tout à fait la relation, le climat que Jésus a voulu établir avec les disciples que nous sommes.A ceux qui étaient à table avec lui lors du repas des adieux, le repas précisément de Y amitié, il déclare : Je ne vous appelle plus serviteurs, car le sénateur reste dans l’ignorance de ce que fait son maître; je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu auprès de mon Père, je vous l’ai fait connaître (Jn 15,15).Pour Jésus, les disciples sont des amis.Il ne fait pas que les aimer dans le déversement d’une certaine bienveillance.Il les établit dans la réciprocité la plus grande, partageant avec eux la seule richesse de sa vie : l’amour qui lie le Père au Fils et le Fils au Père.Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés; demeurez dans mon amour.( Jn 15,9 ) A Pierre qui était à table avec lui dans la salle haute à Jérusalem, lors du repas des adieux, Jésus va un jour poser la question pour nous si difficile, si délicate et décisive.Ils sont tous deux au bord du lac, à faire deux pas en silence sur la grève dans le petit matin lorsque surgit l’appel du cœur : Pierre, m ’aimes-tu?A celui 134 La Vie des communautés religieuses qui l’a trahi, qui ne sait plus très bien où il en est dans son rapport avec Jésus, le Seigneur pose la question brûlante et lancinante : m’aimes-tu?Cette question, Pierre devait d’abord la redouter puis l’attendre depuis le soir fatidique où il avait eu la lâcheté de dire : Je ne connais pas cet homme.(Le 22,57) La question venait à lui non comme un reproche, mais comme une main tendue, occasion si ardemment souhaitée de pouvoir dire à celui qui lui était devenu encore plus cher depuis le reniement : Oui, Seigneur je t’aime, tu le sais.(Jn 21,16b) On a fait remarquer la distance entre ces humbles paroles de Pierre au bord du lac et la déclaration emphatique et présomptueuse qu’il faisait dans la salle haute au cours du dernier repas : Seigneur, pourquoi ne puis-je te suivre à l’instant?Je me dessaisirai de ma vie pour toi.(Jn 13,37) Mais le chemin parcouru par Pierre, ce n’est pas seulement le passage de la présomption orgueilleuse à l’humilité radieuse, mais l’entrée dans l’amour d’amitié.Lorsque Jésus le relance sur le bord du lac, Pierre comprend que Jésus le cherche toujours, que Jésus le désire toujours, que lui, Pierre, le renégat, a toujours sa place dans le cœur de cet Homme.Il voit que Jésus vient le chercher et lui dit non seulement je t’aime, mais qu’il précipite la réconciliation en lui demandant : M'aimes-tu?Pierre, en effet, est invité à sonder son cœur.Confusément, il sent que Jésus lui demande : « Crois-tu que mon amour pour toi peut encore incliner ton cœur vers moi?Crois-tu que nous pouvons encore communier dans l’amour?Tu peux toujours compter sur l’amour que j’ai pour toi; mais puis-je croire que cet amour, tu l’aimes?J’ai besoin de savoir si tu m’aimes.Sans ton amour, il est en moi une place qui reste vide de toi.Pierre, m’aimes-tu?Pierre, es-tu mon ami?Appel démesuré et bouleversant d’un assoiffé d’amour.Pourquoi Jésus quête-t-il l’amour?Pourquoi expose-t-il son besoin d’être aimé, le besoin de se faire dire qu’il est aimé?Parce qu’il sait que l’amour de Pierre pour lui, c’est ce qui fait vivre Pierre et l’arrache à la désespérance.Pourquoi cela?Parce que l’amour de Pierre pour Jésus, c’est Jésus lui-même en quelque Mai-Juin 2006 135 sorte blotti dans le cœur de Pierre qui le découvre, radieux d’un bonheur naissant.Dieu est non seulement la cause en lui de notre amour pour lui, mais en quelque sorte la substance en nous de cet amour.Sans cet amour pour Jésus, l’apôtre est un emmuré, un mort vivant, un désespéré.(Judas avait-il cessé de croire qu’il pouvait aimer Jésus?) Pierre a beau être aimé, s’il n’aime pas, s’il ne chérit pas l’amour de Jésus pour lui, il échappe à l’amour.Il ne croit pas à l’amour.Il est sans vie; il est sans joie.On ne mesure pas la catastrophe de cesser d’aimer Dieu, d’attacher de l’importance à l’amour de Dieu pour nous.Catastrophe pour nous, bien évidemment; catastrophe aussi pour Dieu aussi, oserions-nous dire.Un grand spirituel de notre temps pouvait écrire là-dessus : Lorsque nous cessons d’aimer Dieu, c’est comme si Dieu perdait son Fils.Lorsque nous revenons à lui, il retrouve son Fils.Certes Dieu n 'a pas besoin de nous, mais il a besoin de son Fils.Dieu a besoin de notre amour comme il a besoin de son Fils.Nous avons le très réel pouvoir de le lui donner en nous.Si nous refusons, il y a un certain don du Fils au Père qui n ’a pas lieu?Dieu a besoin de notre amour, car notre amour, c’est le Fils dans la dimension de notre cœur, dans la dimension de notre vie.Jean de la Croix disait audacieusement : En aimant, l’âme donne Dieu à Dieu.elle rend alors à son Bien-Aimé Dieu qui s’est donné lui-même à elle.(Vive flamme d’amour) Invraisemblable réciprocité Et alors, Pierre va donner la réponse la plus merveilleuse qui soit en amitié : tu sais bien que je t’aime.Pierre ne fanfaronne pas.Pourtant, ce n’est pas tout penaud qu’il fait cette réponse, mais le visage rayonnant, le regard plein de lumière, car il sait que cette réponse va panser le cœur qu’il a blessé, combler l’ami à qui il a arraché une partie de sa chair en se refusant à son amour, mais qui lui est resté attaché.Pierre sait que pour cet Homme, il est un bien de vie, une cause de joie.Pierre ne se fait pas d’illusion sur lui-même.De moi-même, se dit Simon, je ne sais pas t’aimer, Jésus; mais je sais que ma valeur, c ’est ton amour pour moi.C ’est ce que j’ai de plus beau.Et cet amour, je peux le toucher pour ainsi dire 136 La Vie des communautés religieuses dans l’inclination de mon cœur vers toi.Cet amour peut rejaillir jusqu ’à toi comme mon amour, mais pourtant il est toi.Si Pierre peut aimer Jésus, c’est parce que Jésus l’aime.Ce qui va de Pierre à Jésus, c’est ce qui vient de Jésus à Pierre.Toi, tu le sais que je t’aime.Heureux que Jésus sache son amour, et lui-même aimant cet amour, Pierre est sauvé; il est arraché à la désespérance et à la mort.Est-ce à dire que c’est notre amour pour Dieu qui nous sauve ?Oui, dans un sens réel; mais il faut bien voir que cet amour nous est inspiré, donné comme notre bien le plus précieux.L’ami dit à son ami en toute vérité : l’amour que j’ai pour toi, c ’est toi qui me l’inspires, c ’est toi qui le fais naître en moi.Je ne fais que m’en réjouir.Je le laisse m ’envahir pour qu ’il occupe tout l’espace en moi pour notre commune joie.Aimer l’amour que Dieu nous porte, ce n’est pas nous complaire en nous-mêmes, mais nous complaire en lui, car il est l’Amour.Et l’ami ne voit pas cette affirmation comme une vérité intemporelle, lointaine, aérienne, détachée, mais comme la réalité la plus prochaine, la plus intime qui l’enserre de toutes parts et le donne à lui-même.Pierre n’a jamais été plus libre que lorsque l’amour de Jésus le libérait de tout remords, de toute crainte et lui permettait de s’avancer radieux dans l’aube neuve que Jésus avait fait se lever dans son cœur et le faisait communier à la joie du Ressuscité.L’ami n’a rien de plus cher que la joie de son ami.Pierre savoure la joie de Jésus, car il y a de la joie au Ciel pour un pécheur qui se convertit, (cf.Le 15,10) Pierre se convertit parce qu’il découvre que l’amour de Jésus l’habite toujours - sans mérite de sa part - et l’incline vers l’ami qu’il avait renié.Pierre en est remué et il pénètre dans les voies mystérieuses de l’amitié.Jésus aime Pierre, c’est merveilleux pour l’apôtre.Jésus se sait aimé de Pierre et c’est encore plus doux pour le cœur de Simon.En effet, ne peut-on pas supposer que, dans la force de l’amitié, il sent intuitivement que pour Jésus, c’est la grande prière de l’unité qui se réalise à l’échelle d’une relation humaine : Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi, qu 'ils soient en Mai-Juin 2006 137 nous eux aussi (Jn 17,21 ).Le projet amoureux du Père touche terre.C’est pour cela que Jésus était sorti; il en est comblé.C’est, en effet, pour Jésus la vie avec le Père qui se dédouble en quelque sorte, ose-t-on dire.L’inimitable amitié du Père et du Fils connaît un retentissement imprévu entre Jésus et celui qu’il appelle ami.Pierre en est à tout jamais changé.Son regard sur Jésus est traversé de fierté, embué de tendresse, illuminé de joie.Dans l’amitié authentique, ce que l’on échange, c’est l’amour.Voici l’amour que tu as pour moi, Jésus.Je te le présente, c ’est le plus beau cadeau que je puisse te faire; je n ’ai rien de plus précieux à te donner.C ’est ma joie pour ta joie.Prends Jésus pour ami.En lui, Dieu a voulu nous regarder visage contre visage et nous établir comme sur un pied d’égalité.En lui, une certaine réciprocité devient vraisemblable, car, se dépouillant de tout, il est descendu jusqu’à nous.Il a voulu avec nous créer l’égalité de l’amitié pour que l’amour de l’un devienne 1 ’amour de 1 ’autre.Vous connaissez en effet la générosité de notre Seigneur Jésus Christ qui, pour vous, de riche qu ’il était, s’est fait pauvre, pour vous enrichir de sa pauvreté.( 2 Co 8,9) Riche de l’amour qu’il te porte, tu peux donner Dieu à Dieu dans cette amitié qui, par nature, demeure tout de même invraisemblable.Paul-Emile, Vachon, s.m.1520 av.du Parc-Beauvoir Sillery, Qc G1T2M4 Références 1 Timothy Radcliffe, o.p.Je vous appelle amis, Paris, 2000, p.53 2 Bernard Bro, o.p.Peut-on éviter Jésus Christ, p.53.138 La Vie des communautés religieuses EN MONTÉE JEUNESSE.Groupe « Cailloux » Nathalie Robe/fle o p V Des jeunes sont en marche.et la vie des communautés religieuses aussi ! Voici un article proposé par l’équipe Cailloux du réseau des Jeunes religieux et religieuses de 40 ans et moins.1.Ou ’est-ce à dire?Le 17 octobre 2004, le bien-aimé Pape Jean-Paul II confiait au diocèse de Québec la mission d’organiser le prochain Congrès eucharistique international de 2008 en l’honneur des 400 ans de fondation de la ville de Québec.Le cardinal Marc Ouellet eut l’idée d’organiser une Montée Jeunesse pour soutenir la préparation spirituelle des jeunes et les inviter à se mobiliser ensemble en vue du Congrès eucharistique.La première Montée Jeunesse a eu lieu en mai 2005.Ce fut un temps de ressourcement, de réflexion et de partage fraternel.Cette occasion permit à 250 jeunes de 17 diocèses de réfléchir ensemble sur les prochaines Montées Jeunesse en 2006 et en 2007.Les jeunes ont exprimé le besoin de revenir aux racines de notre foi et le souci de redécouvrir l’héritage religieux de notre histoire canadienne.Cette année 2006, la Montée Jeunesse aura lieu du 19 au 22 mai.Les jeunes sont invités à se rassembler une nouvelle fois pour vivre une préparation au Congrès eucharistique avec d’autres frères et sœurs chrétiens de partout à travers le Canada.Le thème de la Montée Jeunesse?Me voici! Ce thème est le filon qui guidera les jeunes dans leur démarche personnelle.Il rappelle le chemin de l’appel que nous vivons, la présence de Dieu dans notre vie, et l’engagement que nous sommes invités à prendre comme enfants de Dieu.Mai-Juin 2006 139 La Montée Jeunesse est donc un rendez-vous lancé à tous les jeunes de 18 à 35 ans! Pour plus d’information : visitez le site du Congrès eucharistique, www.cei2008.ca et contactez Chantal Laure Fanéus, Coordonnatrice pour la Montée jeunesse 2006 à Montréal, Centre vocationnel, (514) 271-5659 2.Place aux témoins! Chantal : « vivre une mission spécifique en Église » En mai dernier, j’ai eu la chance d’être la coordonnatrice pour la première Montée Jeunesse 2005 dans le cadre du Congrès eucharistique international de 2008.Cette expérience enrichissante est venue chercher en moi la source de mon appel que je discerne depuis bientôt trois ans au centre vocationnel de Montréal et depuis presque deux ans à Marie-Morin avec les Sœurs Hospitalières de St-Joseph.Je cherchais aussi une occasion de m’arrêter pour vivre un temps consacré à Dieu.Je voulais être à l’écoute de mon appel tout en œuvrant pour Lui en Église.J’ai quitté mon emploi avec cette résolution et j’étais prête à aller où le Seigneur me ferait signe.À la Montée jeunesse 2005, le diocèse de Québec présentait le projet Une année pour Dieu.Il s’agit d’un temps d’arrêt pour être à l’écoute de la Parole de Dieu dans mon cœur tout en étant au service de l’évangile à partir de ce que je suis.De plus, je reçois l’occasion de participer activement à l’organisation du volet jeunesse du Congrès eucharistique international de 2008.Nous sommes cinq cette année à vivre cette expérience : quatre garçons à Québec, et moi, à partir de Montréal.Le projet Une année pour Dieu est l’occasion pour moi de découvrir ma vie à partir de la Parole de Dieu.Chaque jour, j’apprends ce que veut dire marcher à la suite de Jésus-Christ.Avec ce projet, j’approfondis ma relation avec Dieu, et je découvre aussi comment Sa présence s’incarne dans mon quotidien.Je réalise davantage jour après jour la profondeur de l’appel à donner ma vie avec Lui pour ceux et celles que j’aime! Cette initiative du diocèse de Québec d’associer ce projet Une année pour Dieu au Congrès eucharistique international de 2008 donne aux jeunes une place de choix dans la préparation de cet événement.C’est un moyen concret de vivre une mission spécifique en 140 La Vie des communautés religieuses Église et de déléguer aux jeunes une partie des responsabilités.C’est aussi une façon de faire prendre conscience à l’Église du besoin de passer le flambeau de la Foi aux jeunes qui ont tant à exprimer, et de faire réaliser aux jeunes qu’ils sont l’avenir de l’Église! Toute cette expérience suscite en moi une joie profonde et un enthousiasme devant les nombreux défis à relever.Le Christ m’habite et c’est avec Lui que je parcours ce chemin.Je souhaite à d’autres jeunes de découvrir le projet Une année pour Dieu d’ici le Congrès eucharistique, ainsi qu’à d’autres communautés! Chantal Laure Fanéus, 25 ans (Montréal) Célibataire, Rattachée au Centre vocationnel Jean-Francis : « entrer en contact avec l’histoire religieuse du Québec » La Montée jeunesse 2005 m’a rejoint de plusieurs façons.D’abord, cette fin de semaine m’a permis de rencontrer d’autres jeunes qui cheminent dans la foi.J’ai pu fraterniser avec des jeunes chrétiens qui vivent différentes expériences de foi.Cette fin de semaine à Québec m’a donné la chance de partager avec des jeunes de toutes les régions du Québec et d’en apprendre davantage sur la manière dont le Christ affecte nos vies.De plus, cette fin de semaine m’a donné la chance d’assister à une excellente catéchèse sur l’adoration donnée par Mgr Paul-André Durocher d’Alexandria-Comwall.Cette catéchèse a été très éclairante sur la place de l’adoration dans nos vies de foi.Nous sommes passés de la parole à l’acte! Pour moi, ce fut une nouvelle expérience.Je n’avais jamais assisté à un temps d’adoration.La Montée Jeunesse m’a permis de découvrir une nouvelle facette de ma foi.Ce temps d’intériorité a été un très beau moment de réflexion sur la présence du Christ dans ma vie.La Montée Jeunesse m’a aussi permis d’entrer en contact direct avec l’histoire religieuse du Québec.A travers un rallye sur l’histoire religieuse et les expériences de nos saints et bienheureux, j’ai découvert les racines de notre foi au Québec.La catéchèse m’a fait connaître la place centrale qu’occupe l’Eucharistie dans notre foi chrétienne.Présentement, je participe au projet Une Année pour Mai-Juin 2006 141 Dieu qui prépare la Montée Jeunesse 2006.Cette expérience de travail en Église me permet d’intégrer différents aspects de ma foi.Je baigne quotidiennement dans le milieu ecclésial.Cette expérience m’amène à prier et à travailler pour la mise en place de la Montée Jeunesse.À travers différentes tâches, je suis appelé à servir l’Église avec d’autres personnes.De plus, mon expérience d'Une Année pour Dieu m’a amené à demeurer dans une communauté religieuse.Il y a donc une dimension de vie communautaire au projet auquel je participe.Ce travail et ce milieu de vie permettent à ma foi de s’exprimer complètement et concrètement.La Montée Jeunesse 2005 a changé beaucoup de choses dans ma vie.D’abord, elle a contribué à fortifier ma foi et à l’enraciner davantage.De plus, j’ai noué de belles relations d’amitié.A travers de multiples rencontres, je suis entré en contact avec des jeunes qui me sont devenus proches.Mon expérience de la Montée Jeunesse 2005 et, surtout, la préparation de la Montée Jeunesse 2006 a consolidé mon désir d’être baptisé.Actuellement, je suis en cheminement vers le baptême et mon milieu de vie et de travail contribue à solidifier ma démarche catéchuménale.J’ai le sentiment de proximité avec le Christ.Le travail en Église confirme mes intuitions et m’aide dans mon discernement.Je chemine depuis deux ans dans la foi et je découvre grâce à la Montée Jeunesse qu’il est possible d’être jeune et d’avoir la foi.Mon travail pour la Montée Jeunesse 2006 donne un sens à mon année.Jean-Francis Clermont-Legros, 28 ans (Québec) Participant au projet Une année pour Dieu Célibataire, Rattaché à Le Tisonnier et au Centre Québec Ixthus Nathalie : « entraîner les autres en nous entraînant nous-mêmes » En mai 2005 se tenait à Québec la première Montée Jeunesse.Un an plus tard, que reste-t-il de cet événement?Je reprendrais aujourd’hui cette image qui m’habitait le cœur au lendemain de la première Montée Jeunesse : une pierre qu’on jette dans l’eau et qui fait des vagues par cercles concentriques.Je me rappelle la joie de ces jeunes au cours de la fin de semaine, leur joie de partager, de célé- 142 La Vie des communautés religieuses brer, d’adorer, de chanter.Je me rappelle aussi leur soif de savoir, leur désir de comprendre davantage le don de l’Eucharistie que le Christ fait à son Église.Je me souviens avec émerveillement de leur volonté de devenir des témoins toujours plus authentiques du Christ, d’être son corps, l’Église.Je suis encore surprise de leur audace : « Nous en voulons davantage »! Les jeunes délégués sont repartis avec une foi et un élan missionnaire renouvelés.Ils ont demandé des suites.Ils se sont donné le mandat de parler à leurs amis de ce qu’ils avaient vécu, d’aller rencontrer leurs pasteurs pour leur partager leur expérience et leur désir de s’engager.Cet engagement prend déjà corps puisque depuis septembre, plusieurs équipes de travail se sont mises en route pour la deuxième édition de mai 2006.Et puis, bonne nouvelle! Cette deuxième édition élargira ses frontières puisque des jeunes de l’Ontario et même des Maritimes ont manifesté de l’intérêt à y prendre part.Pourquoi cet événement me rejoint-il?Le 8 août 1998, dans l’Église qui m’a vue grandir, je prononçais ces mots lourds de sens : Moi, sœur Nathalie Roberge, à la suite de notre fondatrice, mère Julienne-du-Rosaire, je me consacre au Cœur Eucharistique de Jésus .jusqu ’à la mort.» Le mystère du Christ donnant sa vie dans l’Eucharistie est au cœur de mon quotidien.Ce mystère d’amour que l’Église porte en elle me fascine et me façonne.Depuis quelques années, dans une obéissance joyeuse, ce mystère de l’Eucharistie m’a conduite à poursuivre ma route spécialement avec les jeunes.L’Eucharistie n’est-elle pas « le pain de la personne en route?» Si la Montée Jeunesse est une montée vers le Congrès Eucharistique, elle est surtout et fondamentalement une montée vers Jésus, source de l’amour et de la sainteté.Et cette montée n’est jamais terminée! Jésus, dans son Eucharistie, nous entraîne sans cesse dans son acte d’amour.Il nous entraîne à faire de notre vie, dans ses mystères joyeux, lumineux, douloureux et glorieux, un acte d’amour au quotidien.À sa suite, il nous invite « à entraîner les autres en nous entraînant nous-mêmes » (Mère Julienne-du- Mai-Juin 2006 143 Rosaire).N’est-ce pas cela l’Église?Par grâce, à travers la Montée Jeunesse, à travers la préparation au Congrès Eucharistique, il est donné à l’Église de notre temps de le redécouvrir.Soyons au rendez-vous! Sr Nathalie Roberge o.p., 35 ans (Beauport) Responsable de la section jeunesse du mouvement des Familles Eucharistiques Religieuse Dominicaine Missionnaire Adoratrice Gabriel : « laisser entrer le Christ dans ma vie » Il y a un peu plus de deux ans, je ne participais pas aux activités qui pouvaient se relier à ma foi.Mes frères et sœurs avaient participé à la JMJ 2002 à Toronto.A leur retour, je les voyais transformés.Cet événement a eu pour effet de susciter en moi un intérêt grandissant.Par la suite, j’ai pris part aux rencontres de groupe pour les JMJ 2005.Ceci m’a permis d’être invité à la Montée Jeunesse 2005, avec au cœur cette exhortation de Benoît XVI (2005-04-24) : Chers jeunes, le bonheur que vous cherchez, le bonheur auquel vous avez le droit de goûter a un nom, un visage; celui de Jésus de Nazareth, caché dans l’Eucharistie.Lui seul donne la plénitude de vie à l'humanité! Celui qui laisse entrer le Christ dans sa vie, ne perd rien, rien, absolument rien de ce qui rend la vie libre, belle et grande! J’ai vécu cette Montée Jeunesse 2005 qui fut particulièrement enrichissante au niveau de ma foi, par les catéchèses et par toutes les autres fois où j’ai pu rencontrer Dieu dans ces personnes qui vivent du don d’elles-mêmes.J’ai alors compris que je ne pouvais pas rester indifférent à l’amour de Dieu.Cette expérience fut l’occasion de découvrir aussi l’importance de mon implication.L’Église a besoin de jeunes convaincus pour partager la beauté d’une foi nourrie et engagée.A chaque Eucharistie, une mission m’est confiée : semer l’espérance d’une vie meilleure par mon engagement au quotidien, si petit soit-il.Après la Montée Jeunesse 2005 et les JMJ 2005, j’ai eu l’occasion d’exprimer à mon évêque, Mgr Luc Cyr, combien il me sem- 144 La Vie des communautés religieuses blait important d’offrir des catéchèses aux jeunes de notre diocèse (Valleyfield) tout au long de l’année.Malgré son horaire très chargé, il a répondu à ma demande et m’a proposé de collaborer avec lui pour mettre sur pied un projet de « catéchèse jeunesse ».Nous nous sommes mis à l’œuvre avec ardeur! Une douzaine de jeunes nous ont déjà rejoints pour vivre des rencontres où nous avons l’occasion d’échanger ensemble avec l’évêque, de lui partager nos questionnements et de prier.Depuis février 2006, j’ai aussi été interpellé par un ami pour rejoindre un groupe multiculturel d’une douzaine de jeunes qui ont été rassemblés par sœur Diane Gariépy, sscm (Montréal).Nous cheminons vers le Congrès eucharistique 2008, en nous préparant également à vivre les Montées Jeunesse 2006 et 2007.Ce que nous vivons me fait penser aux rassemblements que les apôtres vivaient avec Marie au cénacle où l’Esprit Saint les préparait à la Pentecôte, à leur insu! J’expérimente davantage ce qu’est l’Église : avec tous nos défauts, nous pouvons néanmoins espérer nous trouver à la suite de Jésus, qui a précisément appelé les pécheurs.L 'Eglise est comme une famille humaine, mais elle est aussi en même temps, la grande famille de Dieu, par laquelle il forme un espace de communion et d’unité dans tous les continents, dans toutes les cultures et dans toutes les nations (Benoît XVI, JMJ 2005).Je suis donc heureux d’appartenir à cette grande famille, heureux d’avoir des frères et des sœurs dans le monde entier.Par les JMJ et les Montées Jeunesse, je fais l’expérience qu’il est beau d’appartenir à une famille qui est vaste comme l’univers, qui englobe le passé, le présent et l’avenir et qui est appelée à se développer en harmonie avec tout être vivant.Dans ce grand rassemblement de pèlerins, nous marchons avec le Christ.Nous marchons animés par l’Eucharistie, notre étoile de Bethléem, qui éclaire l’histoire de l’humanité, qui éclaire aussi mon histoire.Gabriel Bourdon, 27 ans (Saint-Rémi) Agriculteur, Célibataire Rattaché à « catéchèse-jeunesse » et au groupe rassemblé chez sœur Diane (le nom de notre groupe est encore à l’étude!) Mai-Juin 2006 145 RENDEZ-VOUS QUÉBEC: UNE FIN DE SEMAINE SPÉCIALE.F.Michel Côté, o.p.Les statistiques abondent : perte d’effectifs, vieillissement, disparition au sein du monde hospitalier, scolaire et des oeuvres, perte de pertinence, absence de signes visibles.Tous vocables qui visent à minimiser l’importance de la présence chrétienne publique au pays.Nous sommes, religieuses et religieux, en perte de pouvoir, surtout du pouvoir que nous avons exercé dans le passé.C’est que nous en sommes où nous en sommes.C’est tout! Dieu ne nous a pas promis le succès mais seulement sa présence.Rappelons-le-nous : nous ne sommes que les servantes et serviteurs de Dieu.C’est son oeuvre que nous cherchons à réaliser.Tout est dans ses mains.Pour une raison qui me dépasse, il y a toujours eu un, deux ou trois candidats qui sont venus frapper à la porte des Dominicains.Ce n’est sûrement pas à cause de notre sainteté, ni à cause d’efforts multiples que nous aurions déployés pour nous rendre visibles sur la place publique.Cette tendresse de Dieu relève du mystère et je ne peux me l’expliquer.Je ne voudrais surtout pas nous comparer à d’autres qui font des efforts inouïs au niveau de la pastorale vocationnelle avec des résultats qui laissent songeurs.Je veux dans cette chronique simplement rendre compte d’un évènement qui a eu lieu dans la ville de Québec la fin de semaine du 10 au 12 février 2006.Cette rencontre a eu ses racines dans une autre rencontre avec nos frères de moins de 50 ans organisée à Rawdon à la fin d’août l’année dernière.Les participants ' 146 La Vie des communautés religieuses avaient décidé de faire quelque chose pour faire connaître l’Ordre.Six de nos jeunes frères étudiants à Ottawa s’étaient mis d’accord pour organiser une retraite vocationnelle, permettant ainsi à des jeunes gens d’approfondir leur foi et ce, en lien avec les Dominicains.Le but de la fin de semaine était de permettre aux gens présents de faire le point dans leur vie spirituelle, d’explorer leurs aspirations à la vie religieuse et de vivre, prier et de partager avec des frères au quotidien.La rencontre s’est déroulée du vendredi soir au dimanche midi.Pour faire connaître l’événement plusieurs méthodes furent utilisées : des brochures (200 exemplaires), des affiches (150 exemplaires) et l’internet.Le thème peu original de “Venez et Voyez” fut retenu et les imprimés furent distribués dans les centres dominicains, les universités, les collèges, auprès des agents de pastorale, de réseau-jeunesse, des paroisses et enfin des feuillets paroissiaux.Des treize personnes qui ont indiqué un intérêt, aucune n’a été touchée par le feuillet paroissial, une a été convaincue par l’affiche, deux par le www.spiritualite2000.com /index.php et 10 parce qu’elles avaient été contactées personnellement.Conclusion.?Sur les treize, onze se sont rendus à la ville de Québec.Les participants émanaient surtout du monde étudiant mais quatre travaillaient pour gagner leur vie.Six venaient de Québec, deux de Montréal et trois d’Ottawa.Le premier soir, le groupe a été accueilli au couvent de Québec sur la Grande-Allée, les individus se sont présentés et se sont rendus à la prière, pour ensuite entendre une conférence sur le fondateur de l’Ordre.Le samedi, après la prière du matin, on leur parla du charisme de la vie religieuse et des voeux.Après l’eucharistie, un repas festif et un bon temps de détente, deux frères étudiants présentèrent pourquoi ils étaient devenus religieux.Un était de souche asiatique et parla de sa recherche de la vérité en philosophie alors qu’un autre, un frère japonais, présenta sa situation de vulnérabilité devant un Dieu caché.Ce partage des cheminements fut très apprécié.Après Vêpres, le groupe se rendit au défilé du Carnaval.Dimanche s’ouvrit sur la prière de Mai-Juin 2006 147 Laudes, se poursuivit dans une présentation des réalisations et des défis de la Province canadienne et se termina avec une évaluation générale.Que pensaient les participants de l’ensemble de fin de semaine?Ils se sont sentis bien accueillis par les frères du couvent.Ils ont découvert un groupe de religieux actifs qui savaient travailler ensemble.Ils ont été heureux de rencontrer d’autres personnes qui cheminaient comme eux.Ils ont apprécié le contenu des présentations et la chance d’échanger plus en profondeur avec l’un ou l’autre frère durant la fin de semaine.Et.il y avait le Carnaval de Québec! Il y aura une évaluation plus systématique faite par les organisateurs durant le mois de mars 2006.Ceux-ci veulent offrir, en anglais cette fois-ci, une rencontre du genre à Ottawa l’automne prochain et même reprendre une démarche semblable au mois de février l’année prochaine.Les participants de février seront contactés au cours de l’année et invités à revoir les frères d’Ottawa, de Montréal ou de Québec à l’occasion de professions solennelles et d’ordinations.Ils seront également invités à offrir leurs idées pour les prochaines retraites.Que conclure?Si on bâtit un pont sur une rivière, les gens normalement l’utiliseront pour se rendre de l’autre bord.Dans le monde des vocations ce n’est pas toujours le cas.Les “ponts” sont là.Le témoignage de tant de frères et de soeurs encore engagés dans l’apostolat sont autant de signes qui pourraient amener de nombreux coups à la porte de nos maisons.Or, il est évident qu’un effort doit être fait pour permettre aux intéressés de connaître ce qui se fait au niveau de la vie religieuse.Cette fin de semaine de février 2006 à Québec a permis à onze personnes en recherche de repérer et de traverser le pont.Michel Côté, o.p.Membre de la Chaire Tillard 96 av.Empress Ottawa ON K1R7G3 148 La Vie des communautés religieuses RÉFLEXIONS D’UN THÉOLOGIEN Gilles Routhier, prêtre n.d.l.r.- Gilles Routhier, théologien à l’Université Laval de Québec, est intervenu au Colloque 2004 sur L’arrimage entre personnes laïques et consacées'.Il a été sollicité, en octobre 2005, par P.Marc-André Gingras, m.s.c.; pour poursuivre sa réflexion en vue d’une intervention lors d’une rencontre organisée par la Conférence religieuse canadienne.C’est ce que la Revue présente sous forme de questions pour aller plus loin.1.À première vue, ce qui se passe actuellement me semble témoigner de la fécondité de la vie religieuse qui est sans doute en profonde mutation.Alors qu’on pense qu’elle va vers sa fin, elle semble déjouer et renaître sous des modalités inattendues.Elle semble vouloir échapper aux définitions qui l’enfermaient et aux cadres qui l’emprisonnaient.La question est de savoir s’il s’agit d’une mutation de la vie religieuse ou du développement, en dehors d’elle, de familles qu’elle a suscitées sans pour autant que cela ne vienne modifier sa structure génétique.Je crois, pour ma part, qu’il s’agit réellement d’une mutation de la vie religieuse, mais on résistera à cette mutation qui, en même temps, la fait éclater, nous la faisant retrouver sous d’autres formes.Et vous, quelle est votre position : mutation de la vie religieuse ou développement, en dehors d’elle, de familles?2.La question, alors, est de réexaminer les éléments constitutifs de la vie religieuse qu’on a associée aux trois voeux.Il faudrait revisiter cela, et du point de vue théologique, et du point Mai-Juin 2006 149 de vue historique.Je crois que l’association autour d’un charisme est l’élément constitutif foncier et que, sur cette base, on a construit avec les voeux.Et vous, qu 'en pensez-vous?Votre communauté a-t-elle vu le jour d’abord autour d’un charisme?Y a-t-il lieu de « réexaminer les éléments constitutifs de la vie religieuse » pour découvrir de nouvelles voies?3.Au plan de la spiritualité, cela renvoie à la question de l’association comme composante de la vie chrétienne (je crois personnellement qu’il n’y a pas de vie chrétienne vécue toute seule) question aussi de la régulation canonique de cette association en famille, institut ou communauté.Il y a donc des choses à inventorier au niveau historique, théologique, spirituel et canonique, les questions relevant de cette dernière nous rattraperont très vite, je pense.Pour vous, quelle sorte d’association souhaitez-vous avec les personnes laïques?Qu ’est-ce qui vous semble désirable?possible?4.Enfin, une autre question est de rattacher cette émergence actuelle à ce qui se passe dans la société et d’explorer ce que cela produit non seulement dans l’Eglise, mais aussi dans la société.En quoi l’arrimage personnes laïques et consacrées peut-il se rattacher à « ce qui se passe dans la société »?Quels fruits possibles peuvent venir de cet arrimage, à la fois pour l Eglise et pour la société?Gilles Routhier, prêtre Université Laval Sainte-Foy Qc G1K7P4 1 Laïques et personnes consacrées Quel arrimage?Actes du Colloque 2004, Cahiers de spiritualité ignatienne no 113, mai-août 2005, p.71.150 La Vie des communautés religieuses LA VIE CONSACRÉE, UN PHARE AUJOURD’HUI?1 Sr Évangéline Plamondon, itt.i.c.Mm Introduction La vie consacrée, un phare aujourd’hui?Est-ce là un titre surprenant?.^^ prête à confusion?.à maintes interprétations?un petit « brin » orgueilleux, peut-être!.Présenter la vie consacrée comme une lumière.alors que son influence chez-nous semble diminuer.et est si souvent contestée.Dans le monde actuel, la vie consacrée a-t-elle encore sa place?Les personnes de vie consacrée ont-elles encore un rôle à jouer?Et quel est-il?Tel est mon propos et j’ose espérer qu’ensemble, nous allons repartir plus heureux, heureuses de vivre cet aujourd’hui de la vie consacrée.Pourquoi cette discrète comparaison de la vie consacrée avec un phare?Tout d’abord, rappelons ce qu’est un phare, et prenons le temps de regarder le monde dans lequel nous évoluons.Le point d’interrogation court des chances de se changer en une interpellation dynamique.Il existe différents phares et différents usages : phares maritimes, phares aériens, phares de la route.Larousse nous dit qu’un phare est une puissante source lumineuse destinée à guider les navires durant la nuit ou devant des obstacles.Retenons que c’est une source lumineuse et gardons comme images, les phares marins.Mai-Juin 2006 151 Les phares, qu’ils soient situés sur un îlot rocheux ou sur de belles rives, sont des gardiens fidèles qui indiquent la voie maritime; ils servent comme points de rencontre.Leur lumière intermittente et même leur cri qu’on peut trouver lugubre, apportent sécurité et confiance.Ce sont des sentinelles qui éclairent les ombres et l’obscurité.Larousse ajoute qu’on peut également interpréter un phare comme une personne ou une chose qui sert de guide ou de modèle.Restons-en là pour le moment.Bref regard sur notre monde Affirmer que notre société souffre de malnutrition spirituelle n’est pas nouveau : elle a faim d’un plus, d’un ailleurs qui ne finit pas.La recherche spirituelle de paradis, de gourous de différents calibres en est une preuve.Nous vivons dans un monde riche de véritables valeurs et tout à la fois annihilé par mille misères : une grande générosité côtoie un égoïsme meurtrier.La science et la technologie apportent des réponses à bien des questions sur notre univers, son passé et son devenir.Le questionnement sur l’environnement est devenu presque une religion pour un bon nombre.On y découvre un sens, une certaine paix, ou parfois de l’angoisse, avouons-le! Les œuvres de charité qui, à l’origine ont été fondées par des communautés, sont dirigées en grande partie par des laïques.Vous en connaissez sûrement.Le personnel religieux y est absent ou restreint à un membre ou deux ou encore invité à faire partie d’un conseil d’administration.Et pourtant, on vient souvent et très souvent frapper à nos portes pour recevoir de l’aide financière, il nous arrive de nous demander si nous ne sommes pas vus comme des banques de charité identifiées d’abord aux signes d’argent!!! Le travail dans les missions lointaines est confié à des gens du pays, à des Églises locales, à des organismes humanitaires -CECI, OXFAM, DÉVELOPPEMENT ET PAIX, VISION MONDIALE- il 152 La Vie des communautés religieuses en existe des centaines engagés aux quatre coins du globe, de telle sorte que nous pouvons dire que, jusqu’à un certain point, les chantiers planétaires n’ont plus besoin de nous, n’ont plus besoin des missionnaires.Vous vous rappelez, il n’y a pas si longtemps nous affirmions que nous étions pour vivre dans un village global.Nous y sommes! La planète est devenue un village global où les habitants peuvent vivre en direct - comme nous spécifie la TV - la guerre, les catastrophes naturelles sans oublier les débats parlementaires, les changements importants de la société, les découvertes de l’espace, l’arrivée d’un nouveau millénaire ainsi que les grands rassemblements de foi, pensons aux JMJ, aux cérémonies entourant le décès de Jean-Paul II.Nous assistons, pour ne pas dire participons, au fossé qui se creuse entre riches et pauvres ici dans notre propre milieu mais aussi de l’autre côté du globe.Nous sommes devenus citoyens, citoyennes du monde et cela influence la vie consacrée, que nous y consentions ou non.Des questions se posent alors avec beaucoup d’acuité.Où est la place de la vie consacrée dans ce monde?A-t-elle un langage?Un message?Si oui, sont-ils adaptés?Les gens peuvent-ils en saisir le pourquoi?Le comment?La vie consacrée peut-elle être une lumière, petite ou grande, dans le clair-obscur de notre aujourd’hui?Même si toute comparaison est infirme, pouvons-nous la comparer à un phare?Gardien fidèle?Point de rencontre?Sentinelle de l’aurore?Pour y apporter une certaine réponse, j’opte de réfléchir sur trois valeurs qui, me semble-il, sont d’une spécificité correspondante à l’essence de la vie consacrée et peuvent être faisceaux de lumière : Mai-Juin 2006 153 Gratuité Compassion Communion Gratuité O Père des siècles du monde, Voici le dernier-né des jours Qui monte A travers nous, à la rencontre Du Premier-né de ton amour.Hymne du Temps Présent Cette hymne de l’office du matin du deuxième dimanche nous situe dans la gratuité d’un amour qui, depuis toujours nous crée et nous recrée.La création du monde, la création de ma vie appartient à un commencement qui se perd et se nourrit dans le cœur de Dieu.Juliana de Norwich nous a laissé cette phrase lumineuse : Dans notre création, nous avons eu un commencement, mais l’amour dans lequel Dieu nous créa était en Dieu sans commencement.Notre acte de foi nous amène à affirmer que l’amour d’où nous cueillons notre vie tous les matins, à chaque instant du jour, est éternel, nous englobant tout entier, personnellement et communautaire-ment.Partir de là nous stimule à accueillir notre propre humanité et celle des autres car cet amour jailli du cœur de Dieu est un amour gratuit et fidèle, un amour aux mille recommencements.Cette gratuité de la vie est souvent bafouée aujourd’hui de maintes manières et nous sommes appelés à greffer nos combats sur une vie qui ne finit pas, à demeurer émerveillés devant l’ouvrage de ses mains.De cet accueil à la vie - notre première vocation - nous passons à l’appel gratuit, amoureux de Dieu pour les personnes à qui II demande de consacrer entièrement leur vie à son amour, à son service.Vita Consecrata nous rappelle dès le numéro 1 que la vie consacrée est un don de Dieu le Père à l ’Eglise par l’Esprit.Une initiative qui vient tout entière du Père et qui demande à ceux et celles 154 La Vie des communautés religieuses qu’il a choisis lâ réponse d’un don total et exclusif.Ce « oui »àcet amour particulier et désinstallant creuse une disponibilité à se laisser transformer au contact assidu du Fils et à devenir, au milieu du monde, un témoin engagé de cet amour gratuit de Dieu pour l’humanité.Cet engagement est un défi, une longue route.Un oui à redire chaque jour, à toutes les saisons de nos vies, « oui » avec nos richesses, avec nos faiblesses.L’amour gratuit accueilli, reçu, devient dynamisme d’un amour qu'on désire partager gratuitement.Car c’est dans la nature de l’amour que de se donner.L’amour appelle l’amour! La chasteté de nos vies consacrées s’en nourrit et nous amène à être don pour Dieu et pour les autres, gratuitement, amoureusement.Sur cette route que j’appelle une « montée, » nous avons des guides.Rencontrons Marie, l’humble Myriam de Nazareth, Mère de Jésus, notre Mère.Gardons en nous, son oui.Une fois les questions posées, elle s’en remet à l’initiative de Dieu et s’embarque dans une aventure dont elle ignore les détours et l’issue.Regardons-la partir vers le haut pays, en toute hâte, nous dit St Luc, partager sa surprise et sa joie avec Élisabeth.Y a-t-il une situation plus humaine et plus espérante que deux futures mamans qui se rencontrent?Leur cœur est ouvert, l’hospitalité de leur maison.Ces dames de l’Accueil et de Visitation.Elles se sont laissées déranger par l’initiative amoureuse de leur Dieu et à leur tour, elles dérangeront.Pensons aussi à l’attitude de Marie lors de la fugue de Jésus à 12 ans, pensons à Cana, pensons à sa présence au pied de la croix, à son réconfort auprès des apôtres au moment de l’Église naissante.Marie du oui gratuit.Marie du oui fidèle.Nos fondateurs et fondatrices l’ont reconnue, nous l’ont présentée comme guide, tel Mai-Juin 2006 155 un phare éclairant les vagues heureuses et sombres de nos vies, nous enseignant la fidélité.Est-ce trop nous demander d’être au cœur du monde, au cœur de nos divers chantiers communautaires, pastoraux, professionnels, d’être des témoins de cet amour gratuit de Dieu pour ses enfants?Si nous pouvions écrire le compte rendu de tout le bénévolat vécu par les personnes de vie consacrée, que de livres nous aurions à publier! Et nous connaissons aussi l’exigence de la gratuité dans la trame du quotidien communautaire; beaucoup d’entre nous l’expérimentent depuis des années et dans des situations les plus diverses.Etre prière, offrande, partage, être mains tendues, mains qui bénissent, qui guérissent.Etre cœur qui accueille sans condition, qui écoute, qui prend le temps, qui perd son temps, qui sert sans attendre de retour, qui pardonne sans cesse gratuitement : oh! comme c’est difficile parfois! ! ! Dans l’aujourd’hui de ce monde où l’efficacité se conjugue rarement ou si peu avec la gratuité, où la performance se mesure à l’avoir, au savoir et au pouvoir, être là tout simplement offrant nos avoirs, nos savoirs et nos pouvoirs, être là tout simplement, témoins fidèles et engagés d’un amour qui ne finit pas, être là tout simplement rappelant que nous sommes tous et toutes de la même race, appelés à la même vocation : croire et vivre de l’amour infini et gratuit de Dieu pour tous et toutes.N’est-ce pas là une vérité « lumineuse » qui peut guider souvent bien modestement, - avouons-le - le parcours de notre destinée humaine?O Père des siècles du monde, Ranime en nous Cette hymne Qui demeure en genèse Et nous rappelle sans cesse L 'amour gratuit dont nous sommes faits.156 La Vie des communautés religieuses Compassion Un marin, qui avait connu le besoin urgent d’un phare, écrivait un jour que le faisceau d’un phare est comme des bras tendus vers les humains, la terre naît de sa vigie.La compassion, pour un chrétien, une chrétienne et à plus forte raison pour une personne engagée dans la vie consacrée, n’est-elle pas d’offrir des bras tendus?Et de faire naître l’espérance?La compassion vient du latin cum patior qui signifie « souffrir avec ».La personne compatissante prend la souffrance d’autrui pour l’en soulager.C’est plus qu’une sympathie naturelle, elle est communion à la douleur de l’autre : prendre dans son cœur la misère de l’autre pour l’alléger par une action concrète.Notre responsable du noviciat nous répétait : avoir le cœur au ciel, les pieds sur terre et les mains en service.J’y vois là une belle définition de la compassion.Prier et agir.Mais avant tout selon moi, être compatissant, c’est consentir à laisser l’Esprit Saint changer notre cœur de pierre en un cœur de chair à partir de nos propres pauvretés, consentir à nous reconnaître mendiants, mendiantes.Mendiants du jour, mendiants d’espoir, mendiants de pain, mendiants de pardon, de dignité, de paix, mendiants d’un amour.Pour le comprendre, le vivre et le partager, il faut avoir touché sa finitude, ses fragilités, je dirais sa misère personnelle.Accueillir en soi ce besoin d’être sauvé, d’être libéré est, à mon avis, l’expérience de fond pour être capable de vivre la compassion au quotidien.C’est à ce prix-là que la compassion devient cœur ouvert et aimant pour toute humanité blessée.La compassion passe nécessairement par l’expérience de l’humilité.Si la compassion est cette disposition du cœur qui rend sensible aux misères d’autrui, comment en effet, y être sensible, si l’on se prend pour des superfemmes, des surhommes ou encore si nous sommes des craintifs, des craintives qui n’osent pas, qui n’osent rien, ou qui optent, souvent inconsciemment, pour une sainteté désincarnée?Rappelons-nous une hymne que nous chantons au bréviaire : Mai-Juin 2006 157 Mendiant de toi, Je te prends dans mes mains, Comme on prend dans sa main La perle D’un amour; Et tu deviens Le Trésor pour la joie du prodigue.Hvmne, T.P.Office des Lectures.Dim.du St- Sacrement Mendiant du Seigneur, l’accueillir avec humilité, comme un pauvre qui reçoit un trésor, un pauvre guéri, transformé par la perle d’un amour.La compassion va chercher en nous, ce retour vers ce que nous sommes et ce que nous sommes pour Dieu et en Dieu.Joie du prodigue! La compassion fait partie intrinsèque de la vocation à la vie consacrée.Se greffant au cœur miséricordieux de Dieu, elle devient une option non négociable pour les personnes qui suivent le Fils bien-aimé.En effet, si la vie consacrée est appelée à rendre visibles et permanents les traits caractéristiques du Seigneur au milieu du monde, comme nous y invite Vita Consecrata -#?-.ie crois que la compassion en est une.Notre vœu de pauvreté n’a-t-il pas à épouser la compassion agissante du cœur de Dieu?Jésus nous a enseigné par sa vie ce que c’est d’avoir un cœur compatissant et comment y être cohérent dans ses actes.Sa prière demeure une pédagogie de l’acte compatissant.Tout en rendant grâce pour les merveilles, la foi qu’il voyait dans le cœur de ses contemporains, il intercède pour eux, pour nous.Père que ton règne vienne, que ta volonté soit faite.mais n’oublie pas .donne-leur le pain quotidien.pardonne-leur.ne les soumets pas en tentation.Ils sont fragiles et je les aime.Ainsi était la prière de Jésus de Nazareth.Il a pris la misère de l’humanité sur ses épaules, il l’a portée en Lui.Il eut compassion des malades, des boiteux physiques et psychologiques, de Matthieu, de Zachée, de la femme adultère et de combien d’autres.Il eut compassion de l’humanité : au moment de mourir, il pardonna au larron et nous donna ce qu’il avait de plus 158 La Vie des communautés religieuses précieux, sa mère.Vivre la compassion suppose de vivre les bras tendus, ouverts et de connaître souvent la rugosité de la croix.La scène du Bon Samaritain demeure un enseignement bouleversant et toujours d’une actualité interpellante.Peut-être, nous reconnaissons-nous dans ce prêtre, ce lévite qui passent vite, qui changent de côté de route?Ils sont pressés : les occupations, la pastorale, des réunions les attendent.Peut-être, nous reconnaissons-nous aussi, et je le crois, dans ce Samaritain qui fut saisi de compassion, nous dit l’évangile.Saisi!! Timothy Radcliffe dans son livre Que votre ioie soit parfaite écrit que nous avons là un des messages les plus importants de tout le Nouveau Testament.Saisi de compassion ! Le Bon Samaritain est touché au centre de son être, dans ses entrailles.C’est le bouleversement que l’on vit quand on prend conscience de l’autre.Le Samaritain panse les plaies du blessé, le met sur sa propre monture et va jusqu’à payer la note de l’hôtellerie.En bon pédagogue, Jésus questionne : « Lequel de ces trois, à ton avis, s’est montré le prochain de l’homme tombé aux mains des brigands?- Celui qui a pratiqué la miséricorde à son égard.-Et Jésus de répondre : Va et toi aussi, fais de même.» Luc, 10,29-38.Pouvons-nous espérer meilleur maître?Leçon plus claire?La compassion est la manifestation, l’expression d’un amour gratuit; un réel geste compatissant ignore le retour et s’inscrit dans la gratuité d’un amour.Gratuité et compassion! Nous sommes compatissants parce que nous nous sommes laissé toucher par l’amour.La personne de vie consacrée en faisant profession de se donner totalement à Dieu, professe publiquement d’être cœur compatissant pour ce monde, pour les autres qui l’entourent, pour ce prochain « proche » et lointain.L’histoire de la vie religieuse, des personnes consacrées, à travers les siècles, est une merveilleuse réponse aux cris, aux désespoirs, aux interrogations de l’humanité blessée.Sur toutes les surfaces du globe, dans les petits dispensaires de mission, dans les Mai-Juin 2006 159 bidonvilles, dans les bureaux, dans les écoles, chez les riches, chez les pauvres, les plus misérables, on retrouve de ces personnes, témoins de la compassion du Maître de la Vie.Ouvriers, ouvrières du Royaume travaillant pour rendre la liberté aux opprimés de toutes sortes, la délivrance aux captifs, la vue à ceux et celles qui cherchent dans la nuit.Nos fondateurs et fondatrices nous l’ont enseigné par leur vie, par le choix des œuvres qu’ils ont privilégiées.Aujourd’hui, lorsque je vois des religieuses, des religieux, de ces gens donnés totalement au Seigneur prendre la route dès le petit matin pour aller visiter des malades, donner des cours de cuisine et de couture à des femmes de milieux défavorisés, aider des enfants en difficulté, prendre du temps pour écouter et écouter encore des jeunes qui mendient une présence aimante, lorsque je vois de ces témoins mettre leur compétence professionnelle au service des petits et des pauvres, je me dis : la vie consacrée demeure un faisceau de lumière qui réconforte et apaise.Lorsque je vois de ces témoins participer à des manifestations de solidarité envers les plus démunis, prendre position pour les immigrants, les immigrantes, lorsque je constate que leur engagement envers une Église blessée se colore de réconfort gratuit, de soutien, qu’ils apportent leur expérience à de jeunes communautés, lorsque je vois ces personnes partir pour des services missionnaires à l’étranger, je ne puis que rendre grâce et me répéter que dans la nuit de notre monde, leur amour, leur engagement et leur prière sont des phares qui guident vers un port où Dieu nous attend tous et toutes.Enfin, lorsque je goûte à la vie fraternelle vécue en communauté, tissée de prière et de recommencements, je me dis que la compassion est au rendez-vous de tous les jours.Mendiants du cœur compatissant de Dieu, Sommes-nous! Il nous prend par la main Et nous devenons Des envoyés aux mendiants d’éternité.160 La Vie des communautés religieuses Telle est l’aventure spirituelle et profondément humaine à laquelle la compassion vécue dans la vie consacrée lance comme le signal d’un phare dans la nuit de ce monde.Communion Le phare est un point de rencontre entre une vigie et des marins qui cherchent leur route ou qui désirent la poursuivre sans écueils.Des capitaines choisiront le phare comme point de rencontre pour aller se joindre à une flotte.Par temps calme, dans la brume ou dans la tempête, le phare cherche à communiquer, à entrer en relation, à avertir, à servir de guide.Le phare est solitude tout en étant communication : il propose une relation plus intense, plus profonde de communication, nous pourrions même dire qu’il invite à « communier » avec d’autres soit dans la quête d’une route, soit dans la confirmation.Ainsi en est-il de la vie consacrée : solitude et point de rencontre.Solitude et communication, et mieux encore, solitude et communion.Cette dichotomie inhérente à la vie humaine, les personnes engagées dans la vie consacrée l’apprivoisent tous les jours en relation avec leur vocation.Jésus qui m’as bnilé le cœur Au carrefour des Ecritures, Ne permets pas que leur blessure En moi se ferme : Tourne mes sens à l’intérieur.Force mes pas à l’aventure, Pour que le feu de ton bonheur A d’autres prenne.chantons-nous dans le temps de Pâques.Fréquenter les Écritures tout au long de nos saisons, transforme notre solitude en communion.Contempler, adorer le Seigneur rend notre solitude habitée, habitée par un grand amour.Et un grand amour a besoin de se dire, de se communiquer, d’entrer en relation profonde avec d’autres, Un amour ne se vit pas isolé, l’amour crée la communion, se projette dans la communion, Mai-Juin 2006 161 favorise la communion.Ainsi est née l’Église, ainsi naît l’Église dans l’aujourd’hui de ce temps.Ainsi se vit la fidélité de l’Église dans la communion autour d’une table, autour d’un pain partagé.La communion en Lui nous envoie faire communion avec d’autres et sur la table du monde.Regardons les pèlerins d’Emmaüs.Que de fois n’avons-nous pas médité, prié à partir des pèlerins d’Emmaüs?Que de fois, nous avons senti le Seigneur nous rattraper sur les routes de nos engagements, au carrefour de certains discernements, que de fois nous avons senti dans son silence, sa douce présence qui fait confiance et qui donne de l’audace, que de fois, nous l’avons entendu nous dire.esprits sans intelligence.lents à croire.Et comme sur cette route des temps anciens, il s’est mis à nous instruire à partir de cette soif de communion qui nous tenaille.Communion avec Lui et communion entre nous.Le chapitre II de Vita Consecrata offre de magnifiques pages sur la vie consacrée, comme signe de communion dans l’Église.Je cite : « Riches de la présence trinitaire en nous, nous sommes appelés, grâce au don de l’Esprit, à constituer, tels les premiers apôtres après l’Ascension, une communauté fraternelle rassemblée dans la louange de Dieu et dans une expérience concrète de communion.(cf.Ac 42-47; 4,32-35).» Une expérience concrète de communion va plus loin que la vie commune.Nous pouvons, pour maintes raisons et pour un certain temps, être obligé-e de vivre seul-e mais vivre profondément en communion avec l’Église, avec notre communauté religieuse.Il nous est demandé d’avoir un cœur ouvert, de nous laisser façonner par l’Esprit.Sans le travail de l’Esprit Saint en nous, la communion est fade et demeure une juxtaposition pacifique qui ne dérange pas, qui a perdu la saveur évangélique.En acceptant de se donner totalement à Dieu, la personne de vie consacrée recherche une qualité de communion et s’y engage au fil 162 La Vie des communautés religieuses des jours, au fil des années.Pour y être fidèles, nous savons par expérience - notre fmitude fragilise si souvent nos modes de relation, - nous savons que si nous avons besoin de l’Esprit Saint, nous avons besoin également et de façon permanente, des autres qui nous sont proches.La vie fraternelle en communauté est une école de communion et un chemin d’obéissance.Ensemble, écouter le Seigneur, apprivoiser l’écoute mutuelle pour y discerner Sa Volonté, pour répondre aux besoins de l’Église et du monde sont des engagements du vœu d’obéissance qui donnent du souffle à la communion fraternelle.Apprendre à nous connaître, à accepter les différences, à relativiser nos propres expériences et celles des autres, apprendre à pardonner et à recevoir le pardon « soixante-dix-sept fois » (Mt 18,22), apprendre à nous soutenir mutuellement dans le vieillissement, dans la maladie comme dans l’apostolat, apprendre les nuances de la gratuité entre nous sont en soi des actions concrètes qui tissent la communion.Depuis plusieurs années, les différentes communautés religieuses se retrouvent sur le terrain de divers chantiers apostoliques, lors de retraites, de sessions; nous partageons l’expérience, les points d’interrogation, les peines, les joies, les avoirs.Mais surtout nous communions au même Seigneur, à la même foi, à la même espérance.Nous développons ensemble le sens de la communion ecclésiale et une spiritualité de la communion.Nous « faisons Église » ensemble et c’est grâce! Le faisceau du phare nous a montré une route et nous ne voulons pas et ne pouvons pas faire marche arrière.Enfin, prier avec les frères ou les sœurs que le Seigneur nous a donnés est une exigence première de cette communion fraternelle.De la prière personnelle et communautaire, on passera à la prière universelle; la communion s’enrichira des horizons de toute l’Église, de toute la terre.Comme il est bon et nourrissant de penser, lorsque nous récitons les Vêpres dans nos petites ou grandes chapelles, que nous nous unissons à la prière de notre Église diocésaine qui rejoint la prière de toutes les personnes consacrées à travers le monde, de tous les chrétiens et chrétiennes qui ont pensé à Mai-Juin 2006 163 Dieu en ce jour, de tous ceux et celles qui mendient la paix, l’amour, qui tendent les mains pour un morceau de pain.un cachito de pan comme on dit au Pérou.La prière de l’Église, comme elle élargit l’espace de notre tente! Sur les routes de nos Emmaüs, nous sommes souvent comme ces pèlerins qui, tout en marchant d’un pas lourd, échangent sur les réalités qui leur tiennent à cœur.Rappelons-nous que le Seigneur marche au milieu de nous, nous soutenant de sa Présence douce et discrète, partageant le pain de nos quotidiens, devenant en partageant le Pain de Sa Vie, communion avec nous et en nous.Nous ne comprendrons jamais assez que la table eucharistique autour de laquelle nous nous retrouvons, nous permet d’entrer dans l’intime communion du Père, du Fils et de l’Esprit, et d’être au cœur de ce monde, des témoins engagés d’un amour qui rassemble tous les enfants d’un même Père.N’est-ce pas grâce sur grâce?Autour de cette table, nous retrouvons nos familles, les amis, les laïques avec qui nous travaillons, avec qui nous « sommes Église.» Cette communion entre laïques, prêtres et personnes engagées dans la vie consacrée est fondamentale, fait partie de l’identité même de l’Église.Nous sommes tous et toutes du peuple aimé de Dieu et ensemble, nous le découvrons.Que tous soient un.Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu ’eux aussi soit un en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé.(Jn 17,21) De cette manière, nous actualisons le numéro 46 de Vita Consecrata : la communion s ’ouvre à la mission, elle se fait mission, ou plutôt la communion engendre la communion et se présente essentiellement comme communion missionnaire.La Table où tu voulus t’asseoir Pour la fraction qui te révèle, Nous la revoyons : elle étincelle De toi, seul Maître! Fais que nous sortions dans le soir 164 La Vie des communautés religieuses Où trop des nôtres sont sans nouvelle, Et par ton nom dans notre regard, Fais-toi connaître! (Prière du Temps Présent, hymne pascale) Conclusion Le phare, point de rencontre entre les marins du monde.La vie consacrée, point de communion entre les cris de l’humanité et l’inédit de Dieu.Gratuité, compassion, communion : trois faisceaux lumineux que la vie consacrée est appelée à vivre au cœur de ce monde.Aimer avec le cœur de Dieu.gratuitement.avec passion.avec compassion.tissant la communion.parce que notre cœur est en Sa demeure.Comment ne pas rendre grâce?Évangéline Plamondon, m.i.c.1044, av.Murray Québec, Qc GIS 3B6 1 Journée de la vie consacrée, Église St Martyrs.-Canadiens, Québec, 2 février 2006.Mai-Juin 2006 165 Quelques pistes de réflexion.Introduction : Le rôle d’un phare.Regards sur le monde d’aujourd’hui.Liens entre les faisceaux d’un phare et les trois icônes privilégiées en regard de la vie consacrée Gratuité - Compassion - Communion.Le choix de ces valeurs est-il pertinent dans Vaujourd'hui de la vie consacrée?Dans l’aujourd'hui de notre monde?Gratuité de la vie.Gratuité de la vocation à la vie consacrée.Icône : les dames de l’Accueil et de la Visitation.Marie et Elisabeth Notre acte de foi nous invite à affirmer que l'amour d'où nous tirons notre vie tous les matins, à chaque instant du jour est gratuit et éternel nous englobant tout entier.Personnellement et communautairemen t.Comment signifier cette gratuité de Dieu dans l’aujourd’hui de ce monde?Compassion : Avoir un cœur compatissant exige d’avoir accepté sa pauvreté personnelle.Notre vœu de pauvreté n’a-t-il pas à épouser la compassion agissante du cœur de Dieu.Comment être cette compassion de Dieu dans l’aujourd’hui de ce monde?Découvrons les bons samaritains de notre milieu.Communion : Sur les routes de nos Emmaüs, nous sommes souvent comme ces pèlerins.Il se met à nous instruire.Comment dans notre aujourd’hui, nous laissons-nous « instruire » par le Seigneur.pour la communion fraternelle, ecclésiale.pour la mission?166 La Vie des communautés religieuses SITUATION DE LA VIE CONSACRÉE, RÉALISATIONS, DÉFIS, PERSPECTIVES.INSTITUTS RELIGIEUX MASCULINS1 Frère Alvaro Rodriguez Echeverria, f.é.c.Faire une présentation de la Vie religieuse masculine n’est pas facile, parce que, située au cœur même de l’Église (VC 3), elle participe, d’une manière toute particulière à ses vicissitudes, ses aspirations et ses crises.Ce qui veut dire que pour la comprendre, il faut avoir comme toile de fond la situation de l’Église et comment elle répond aux défis que lui lancent l’Évangile et le monde.En second lieu, parler de la Vie religieuse masculine n’est pas facile parce qu’au-delà du genre, elle forme une unité, comme l’ont vécu les deux Unions, en ce moment de grâce que le Congrès du mois de novembre dernier a été pour nous : Passion pour le Christ, passion pour l’humanité, et, finalement, parce que parler de la Vie religieuse masculine suppose que l’on est conscient de la diversité de formes et de charismes par lesquels l’Esprit a enrichi l’Église.De fait, à l’Union des Supérieurs Généraux participent les Chanoines Réguliers, les Congrégations Religieuses Cléricales, les Instituts de Frères, les Sociétés de Vie Apostolique, et quelques Congrégations de Droit Diocésain et autres Instituts de Vie Consacrée.En cette célébration du 40e anniversaire de Perfectae Caritatis, je voudrais partir de la définition de la Vie religieuse donnée par Vatican II et qui a servi pour l’élaboration de cet important document : Compte tenu de la constitution divine et hiérarchique de l'Eglise, cet état n ’est pas un intermédiaire entre la condition de clercs et celle de laïques, mais dans les deux conditions, des fidèles sont appelés par Dieu à jouir dans la vie de l Église d’un don particulier, et, chacun à sa façon, à servir à sa mission de salut.(LG 43).Et nous ne pouvons pas oublier que, d’après les statistiques publiées par l’Instrumentum Laboris du Synode sur la Vie con- Mai-Juin 2006 167 sacrée, 82,2% de la Vie religieuse sont laïques et en majorité des femmes.72,5% sont religieuses et les 27,5% de la Vie religieuse masculine sont constitués par 17,8% de prêtres et 9,7% de Frères.Il me semble que nous vivons actuellement dans l’Église une tendance à apprécier le Monachisme et les nouvelles formes de Vie religieuse qui surgissent.Il est certain que le monachisme est une forme de Vie religieuse qui, du fait de sa profonde spiritualité, a toujours inspiré tous les religieux et les nouvelles formes, par l’apport d’un sang nouveau et sa créativité, sont un nouveau stimulant.Mais il ne faut pas tomber dans un réductionnisme qui nous empêche de voir les chemins de l’Esprit dans ses diverses formes.Personnellement, il me semble que la Vie religieuse masculine a fait un apport très significatif à l’Évangélisation, comme le reconnaissait Paul VI en parlant de la Vie religieuse en général : Mais qui ne mesure la part immense qu’ils ont apportée et qu’ils continuent d’apporter à l’évangélisation?Grâce à leur consécration religieuse, ils sont par excellence volontaires et libres pour tout quitter et aller annoncer l’Evangile jusqu ’aux confins du monde.Ils sont entreprenants, et leur apostolat est marqué souvent par une originalité, un génie qui forcent l'admiration.Ils sont généreux : on les trouve souvent aux avant-postes de la mission, et ils prennent les plus grands risques pour leur santé et leur propre vie.Oui, vraiment, l'Église leur doit beaucoup.(EN 69) Face au vieillissement et à la diminution du nombre de religieux en certains secteurs du monde, la tentation est de nous laisser envahir par le pessimisme et le découragement.Cependant, à partir de la foi et illuminés par l’espérance et par un profond amour de tous ceux que nous devons servir, nous pouvons aussi prendre à notre compte l’expérience de Paul en Asie, en un moment de profond trouble et de danger.Oui, nous avions reçu en nous-mêmes notre arrêt de mort.Ainsi, notre confiance ne pouvait plus se fonder sur nous-mêmes, mais sur Dieu qui ressuscite les morts.C ’est Lui qui nous a arrachés à une telle mort et nous en arrachera.En Lui nous avons mis notre espérance.(2 Cor 1, 9).Ce que nous sommes en train de vivre ne sera-t-il pas une occasion propice, un temps de grâce et de purification pour, du fait de notre fragilité, ne pas tellement nous confier en nous-mêmes, en nos moyens et en notre pres- 168 La Vie des communautés religieuses tige et nous confier en ce Dieu capable de ressusciter les morts et en qui nous avons mis notre espérance?Et sans oublier les nouvelles vocations et les jeunes religieux que nous trouvons dans les continents qui s’éveillent.Aujourd’hui plus que jadis, comme nous le rappelle Ringlet, il s’agit de sortir d'Egypte, de traverser la Mer Rouge et de trouver des peuples étrangers, à la recherche de ce qui est possible et nouveau.* Sortir d’Egypte, de l’Égypte de nos sécurités et de nos certitudes pour regarder avec un regard neuf, celui de Jésus, les urgences que vivent nos contemporains, spécialement les pauvres et les exclus du processus de globalisation que nous sommes en train de vivre dans tous les continents.* Passer la Mer Rouge de nos insécurités et de nos incertitudes, de genres de vie sécularisés, sans enthousiasme, désillusionnés et consuméristes qui ne révèlent pas au monde la passion de Dieu pour les pauvres et pour les plus déshérités de cette terre.Insécurités et incertitudes du fait de la diminution des effectifs.Insécurités et incertitudes en notre vie communautaire et apostolique que nous ne savons pas toujours intégrer.Insécurités et incertitudes du fait de la violence, des guerres, des situations politiques et sociales face auxquelles nous ne savons pas toujours nous situer dans l’optique évangélique.Insécurités et incertitudes devant le peu de crédit que certains secteurs de l’Église accordent aujourd’hui à la Vie religieuse.* Et surtout être ouvert à rencontrer des peuples étrangers, en des nouveaux lieux de service évangélique, dans les nouveaux aréopages dont nous parle la Vie consacrée, en ouvrant nos portes à tant d’hommes et de femmes qui cherchent quelque chose de plus et désirent combler leur soif spirituelle ou qui vivent des manques essentiels, et à ces séculiers qui veulent aujourd’hui partager notre mission et notre spiritualité.Nous pouvons nous demander : jusqu’à quel point notre Vie religieuse est une expérience passionnée de Dieu, et jusqu’à quel point notre vie est avant tout la suite de Jésus dans son abandon à son Père et aux frères/soeurs?Jusqu’à quel point le Règne de Dieu, Mai-Juin 2006 169 qui fut central pour Jésus, a été central et qui est absolu dans les mots de Paul VI, alors que tout le reste est relatif (EN 8), à quel point il est aussi pour nous le centre de notre mission et de nos intérêts?à quel point sommes-nous un cri de l’absolu de Dieu plus qu’une fonction; une présence du Verbe incarné plus qu’une tâche?et également, si notre propre vie spirituelle et de prière est un exercice à remplir ou une nécessité vitale, un impératif moral ou un impératif existentiel?Et nous ne pouvons pas non plus passer par-dessus les défis qui se présentent à nous aujourd’hui ou les perspectives qui s’offrent à nous.Je fais surtout allusion * Au sécularisme.Notre langage est souvent plus timide quand nous parlons de Dieu que celui de beaucoup de séculiers convaincus dans leur vie de foi.Parfois des vocations de jeunes nous arrivant en recherche de spiritualité et de sens, ne trouvent en nous ni réponse, ni aide.Et cependant Paul VI définit le religieux comme un professionnel de Dieu.* La société de bien-être et la contagion du système néo-libéral et du consumérisme.C’est un autre problème qui a envahi nos communautés.Il ne nous manque rien : nous avons tout à notre disposition.Nous pourrions nous demander ce que signifie notre vie pour les séculiers qui doivent travailler durement et lutter pour avoir le nécessaire, alors que nous jouissons de tellement d’opportunités.Le consumérisme est une tentation pennanente et que, dans la pratique, nous vivons facilement.Nous devons nous efforcer de mener une vie plus simple, nous limiter dans les dépenses, dans la soif d’avoir besoin de tant de choses.Nous ne devons pas rendre habituel ce que nous pouvons nous permettre occasionnellement et il ne faut pas oublier que la Vie religieuse est appelée à présenter un modèle de société, plutôt que de copier le style de la société dans laquelle nous vivons.* Oublier que nous, religieux, nous sommes des humains et des frères.Quand dominent en nous d’autres intérêts que ceux de l’Evangile, il est naturel que l’égoïsme et l’individualisme prennent le dessus sur ce qui est constitutif de la personne humaine, du chrétien (frère) et de la Vie religieuse (un projet commun au service du 170 La Vie des communautés religieuses Royaume).D’autre part, la fraternité jaillit spontanément quand se vit l’humanité avec sincérité et vérité.Nier l’humain conduit à vivre de manière in-humaine, et, par conséquent, nier que Dieu, en s’incarnant, “a entièrement assumé la nature humaine” (GS 3).Je pense que le meilleur antidote est la spiritualité de l’incarnation qui nous permet d’intégrer Evangile et réalité, amour de Dieu et amour du prochain, mystique et prophétie, foi et zèle, passion pour le Christ et passion pour l’humanité.* La professionnalisation ou la fonctionnarisation de notre mission.Jean-Paul II, dans son message au Congrès de la Vie religieuse organisé par l’USG en 1993 disait que toute consécration en Église est intrinsèquement liée à une synthèse radicale et vitale entre consécration et mission.On ne peut pas comprendre l’une sans l’autre.Le problème peut surgir quand nous nous transformons en fonctionnaires et vivons notre action apostolique comme une fin en soi ou comme une simple recherche de notre propre réalisation, quand Dieu n’est que relatif ou secondaire, ou, dans le pire des cas, inexistant.Dans ces cas-là, notre vocation est sérieusement en danger, parce que si ce qui me soutient est l’absolu que j’ai donné à mon action, le moment peut arriver où cela ne me dise plus rien, ou que je pense que je puisse mieux le réaliser hors des structures de la Vie religieuse, ou qu’il n’est pas nécessaire de continuer à être religieux pour la vivre de manière efficace, puisque aujourd’hui nous vivons l’association et la mission partagée avec les laïques.Ou quand du fait de l’âge ou d’infirmités on ne peut pas continuer à la réaliser, ça peut engendrer une sérieuse dépression.* La priorité de l’institutionnel.Nous pensons parfois notre mission et nos ministères de manière trop institutionnalisée.Ce qui entraîne comme conséquence de s’appuyer sur des programmes, des structures et un ordre imposé de l’extérieur et non dans l’esprit qui doit animer les religieux et dans le discernement commun de la Volonté de Dieu.Le plus important, en réalité, n’est pas nécessairement de conserver les oeuvres que nous avons et de défendre les structures qui nous animent, le nombre de nos Frères ou le prestige de nos œuvres, mais répondre à partir de la tendresse de Dieu et de l’Évangile aux besoins de ce monde, aux nouvelles pauvretés, être disponibles pour des missions de paix et être défenseurs de la vie Mai-Juin 2006 171 menacée.Être ouverts aux cris des pauvres pour aller où notre présence est la plus nécessaire, de sorte qu’en quelque moment que ce soit nous puissions être destinés aux lieux de plus grande nécessité et urgence de notre monde.Agir plus par intuitions, comme le disait le Frère mariste Benito Arbués, que par sécurités.* La cléricalisation de la Vie religieuse.Il y a presque toujours eu des religieux prêtres, comme les chanoines réguliers, presque contemporains des moines, et nous savons qu’à la fin du XIXe siècle se sont multipliés les instituts de religieux prêtres.Il est clair que ce fut là dans l’Église un mouvement de l’Esprit.Ce qui fait problème, c’est, d’une part, quand le ministère sacerdotal absorbe à tel point le charisme que celui-ci est relégué à une importance de second ordre ou quand, en contradiction avec l’inspiration première de quelques ordres ou instituts, cela tend à une cléricalisation généralisée de ses membres ou à l’incompréhension et à la dévalorisation de ses membres non-prêtres.* La dévalorisation de la Vie religieuse laïque.Malgré ce que PC affirme : la Vie religieuse laïque, qu 'il s’agisse des hommes ou des femmes, constitue en soi un état complet de la profession des conseils évangéliques (PC 10), il me semble qu’elle n’est pas toujours valorisée et comprise par les autres membres du peuple de Dieu, ou est considérée comme incomplète ou de second ordre.Une situation particulière est celle des Instituts mixtes, formés de Religieux prêtres et de Frères.Les pères Synodaux affirmèrent, dans le Synode sur la Vie Consacrée que “dans de tels Instituts, on reconnaît à tous les religieux égalité de droits et de devoirs, sauf ceux qui proviennent de l’Ordre sacré ”(VC 61).Cependant, la commission spéciale constituée à cette fin n’a pas encore apporté une solution satisfaisante qui réponde à cette proposition.D’autres ordres ou congrégations manifestent également le même désir pour ses membres non-prêtres.* Inculturation et interculturalité.A partir de Vatican II, nous avons beaucoup parlé de F inculturation de l’Évangile.Le Pape Jean-Paul II, dans son encyclique Redemptoris Missio (52) nous dit que, grâce à son inculturation en différents secteurs du monde, l’Église arrive à mieux comprendre et à mieux exprimer le mystère 172 La Vie des communautés religieuses du Christ.Dans la Vie religieuse masculine, nous vivons la même réalité et le même défi que nous présente le fait de vivre les éléments fondamentaux du charisme incarné d’une manière unique et originale en chaque culture.Mais, en même temps, il s’agit d’être ouvert à une attitude intellectuelle aux différentes cultures et nous enrichir de ses valeurs.Il s’agit d’un mouvement de réciprocité, qui dépasse la prédominance d’une culture sur une autre, ou l’imposition de ses propres critères culturels.Processus qui implique également un élément affectif, c’est-à-dire sentir comme l’autre sent, en attitude de respect, de solidarité et de témoignage évangélique.* L 'impact des nouvelles technologies nous pose de grands défis au niveau de la formation initiale et permanente.Nous devons nous former et former nos Frères à l’utilisation des nouveaux moyens.Non seulement à cause du danger (dans le cas d’internet, par exemple, du danger de pornographie), mais aussi pour le temps que ça prend et qui, à l’âge de la retraite, peut être un prétexte pour ne pas chercher de nouveaux engagements apostoliques adaptés à cette nouvelle étape, il est important que nous nous demandions : qu’est-ce que nous offrons?Uniquement des facilités?De manière paradoxale, les jeunes d’aujourd’hui cherchent à être provoqués par des offres radicales et exigeantes.CONCLUSION Le 21 mai 1996, furent assassinés, en Algérie, sept moines trappistes.L’Évêque d’Oran, Mgr Pierre Claverie, OP, écrivait, seulement 40 jours avant d’être lui-même assassiné : Depuis le commencement du drame algérien on m ’a souvent demandé : Qu 'est-ce que vous faites ici?Pourquoi y êtes-vous?Nous sommes ici à cause de ce Messie crucifié.Pour rien d'autre, ni personne d'autre.Nous n 'avons aucun intérêt à sauvegarder, ni influence à garder.Aucune perversion masochiste ou suicidaire ne nous fait agir.Nous n 'avons aucun pouvoir, nous restons en Algérie comme au chevet d'un ami, d'un frère malade, lui serrant la main silencieusement, lui rafraîchissant le front.A cause de Jésus, parce que c 'est Lui qui souffre de cette violence qui ne pardonne à personne, crucifié à nouveau dans la chair de milliers d’innocents.Mai-Juin 2006 173 Comme Marie, comme Jean, nous sommes là, au pied de la croix où Jésus meurt, abandonné des siens, bafoué par la foule.Les martyrs d’aujourd’hui sont notre plus grande richesse et le témoignage le plus éloquent de la valeur de la Vie religieuse masculine dans l’Église et pour le monde.Je crois qu’aujourd’hui notre réponse ne peut pas être autre.Nous autres aussi, nous sommes ici à cause de notre Messie crucifié.Nous ne pouvons prétendre être un pouvoir, ou une organisation puissante ou prestigieuse, nous n’avons aucun intérêt à sauvegarder, ni influence à conserver.; pour nous, il s’agit également d’amour, et uniquement d’amour, d’une passion qui, comme celle de Jésus, doit nous conduire à donner notre vie pour les enfants, les jeunes, les pauvres, les malades, les vieillards, les hommes et les femmes que le Seigneur nous a confiés.Il s’agit d’unir mystique et prophétie et de créer des espaces de vie en abondance.Vivre notre vocation d’hommes consacrés doit nous conduire à répondre aux besoins de l’homme et de la femme d’aujourd’hui, à partir du Christ et de l’Évangile, inspirés par “une nouvelle fantaisie de la charité” (Ti.2,5).Ce que le monde attend de nous, c’est surtout que nous soyons “chercheurs de Dieu, du Dieu de Jésus-Christ révélé dans l’Évangile que nous lui offrions des pistes pour sa propre recherche.Que nous soyons aussi “témoins de l’espérance” que nous portons en nous, comme nous y invite saint Pierre.Notre vie doit être le visage de l’espérance, en étant présents, par choix évangélique, aux situations de douleur et de misère, manifestant que la tendresse de Dieu n’a pas de frontières, que la résurrection de Jésus est gage de victoire, que le Dieu de la Vie aura le dernier mot sur les idoles de la mort, qu’au dernier jour Dieu séchera toute larme et que nous vivrons “comme frères et soeurs Frère Alvaro Rodriguez Echeverria, f.é.c.1 A l'occasion du quarantième anniversaire de la publication de « Perfectae Caritatis », la Congrégation pour les Instituts de Vie consacrée et les Sociétés de Vie apostolique ont organisé un Symposium pour examiner quelle direction a pris la vie consacrée sous la mouvance de l'Esprit Saint, et pour chercher quels signes et orientations peuvent être donnés aux personnes consacrées pour les aider à être des « Témoins de la présence transfigurante de Dieu » (Pape Benoît XVI).Le Symposium, appelé « Vie consacrée : Évaluation et orientations futures », s'est tenu au Vatican les 26 et 27 septembre 2005.Pendant le Symposium, le F.Àlvaro Rodriguez, Supérieur Général, en tant que président de l'Union des Supérieurs Généraux s'est adressé à l'Assemblée sur le thème : « La réalité présente concernant la vie consacrée : Réalisations, Défis et Perspectives ».(Frère Donald Johanson) 174 La Vie des communautés religieuses NOS VŒUX MIS EN LUMIÈRE1 Nous, membres du comité des vœux pour la Congrégation des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, avons réfléchi sur notre expérience de la vie consacrée.Nous avons aussi étudié, réfléchi et prié à partir de diverses ressources.L’une des plus valables est le résultat des deux réflexions théologiques sur la vie religieuse et sur les vœux qui nous ont été envoyées par des groupes de sœurs et de personnes associées de toute la Congrégation.Notre expérience a fait grandir notre reconnaissance pour le don de la vie religieuse et de notre engagement par vœux.Nous sommes aussi conscientes du défi constant qui est le nôtre de découvrir une vitalité contemporaine à des valeurs qui durent, quelle que soit l’époque.Nous reconnaissons l’expérience SNJM de plus de 160 ans de vécu des conseils évangéliques comme un acte de foi et un chemin vers la sainteté, même si elle n’est qu’une partie d’une plus vaste et plus longue tradition chrétienne des vœux.Le fondement de toute vie chrétienne, c’est l’engagement baptismal qui nous fait entrer dans le mystère de Dieu par la foi en Jésus Christ.Plusieurs de nos ancêtres dans la foi ont embrassé un style de vie élaboré à partir de vœux plus spécifiques; tels que les vœux du mariage, les vœux particuliers pratiqués dans certaines communautés religieuses, les vœux privés de laïques ou de religieuses vœux vécus en réponse à un appel personnel.Nous encourageons l’approfondissement incessant de notre expression propre des valeurs inhérentes à ces vœux.Les vœux et les valeurs que nous partageons et notre fidélité à la tradition chrétienne sont une source d’unité entre nous.Nous réaffirmons notre engagement public par vœux comme SNJM professant les conseils évangéliques de chasteté, de pauvreté et d’obéissance selon nos Constitutions.Nous désirons aussi explorer une variété d’images, de symboles et de pratiques en lien avec notre diversité de cultures, d’âges et de ministères.Mai-Juin 2006 175 Nous faisons vœu de chasteté.Nous vivons les valeurs d’amour inconditionnel, de communauté, d’inclusivité, de respect de la diversité, de fidélité dans les relations.Nos échanges sur ce vœu parlent de célibat, de célibat consacré, de chasteté dans le célibat et d’amour d’alliance.Comme nous reconnaissons nos corps comme des signes sacrés de la sacramentalité de toute la création, nous nous opposons à la violence faite aux femmes : trafic, violence sexuelle, violence familiale et guerre.Nous condamnons l’usage de la violence envers le corps et l’esprit de tout être humain.C’est là une violation du commandement divin de l’amour universel, qui englobe même nos « ennemis ».Nous reconnaissons le pouvoir des femmes et valorisons les relations humaines, en tant que révélation de la présence et de l’amour de Dieu aussi bien qu’invitation à nous convertir et à vivre une plus grande inclusivité communautaire.Nous faisons vœu de pauvreté.Nous vivons les valeurs de simplicité, de solidarité, de travail pour la justice, de partage communautaire, d’unité avec toute la création.Nous sommes très conscientes du mal de la pauvreté matérielle omniprésent dans notre monde.Nous déplorons que la cupidité et la domination détruisent la vie humaine et détériorent notre planète.Nous ne voulons cependant pas que notre lutte contre la pauvreté matérielle vienne affaiblir la foi sur laquelle s’enracine le vœu de pauvreté.Le vœu de pauvreté reflète la vision de Paul exprimée en Philippiens 2, 5-11 : Jésus se dépouille, se livrant à l’ultime pauvreté de devenir un humain.Le vœu reconnaît la vulnérabilité, la brisure et le vide de notre condition humaine.Nous en arrivons alors à l’intime conviction qu’en définitive, tout est don, depuis chacune de nos respirations jusqu’aux ressources que nous partageons dans le service du peuple de Dieu.Nous faisons le vœu d’obéissance.Nous vivons les valeurs de l’écoute, de l’authenticité de l’amour, du discernement, de la disponibilité pour la mission, de la collaboration et de la co-res- 176 La Vie des communautés religieuses ponsabilité, de la liberté.Notre vœu d’obéissance nous fait pénétrer dans la profondeur de notre appel à être contemplatives dans l’action.Car c’est seulement quand nous connaissons le Dieu de nos aspirations les plus vraies que nous pouvons nous engager à harmoniser graduellement nos désirs avec les désirs de Dieu.Comme le langage et la pratique du discernement imprègnent nos prises de décision et nos choix personnels et communautaires, nous découvrons la force de notre mission collective.L’intégration et l’interdépendance caractérisent notre compréhension contemporaine des vœux.Nous avons évolué à partir d’une compréhension individualiste et privée des vœux, qui les isolait les uns des autres et du reste de nos vies, dans une sorte de piété privée et de jugement moral.Aujourd’hui, nous considérons nos vœux comme une force unifiante.Leur énergie favorise la création de relations justes et responsables dans nos interactions avec les humains et avec la Terre à sauvegarder.Cette énergie nous rend solidaires de toutes les personnes qui partagent notre mission d’éducation de la foi et de promotion de la justice.Nos attitudes et nos façons d’exprimer nos vœux s’influencent mutuellement.Elles ont un effet sur tous les aspects de la vie religieuse : charisme, mission, communauté, culture.En fin de compte, elles définissent notre manière de vivre dans le monde contemporain.Finalement, nos réflexions nous ont amenées à une nouvelle prise de conscience qui nous appelle à approfondir notre expérience vécue des vœux dans le contexte actuel et dans nos vies quotidiennes.Nous voulons poursuivre cette réflexion par un retour sur notre expérience propre pour en dégager le sens et la valeur.Alors, conscientes des choix que nous ferons, nous choisirons d’agir d’une certaine manière ou nous donnerons la priorité à certaines relations, actions ou décisions.Dans une prochaine étape, nous nous engageons à réfléchir plus profondément à nos pratiques, pratiques intentionnellement reliées à notre engagement par vœux.Mai-Juin 2006 177 Alors que dans le passé il n’y avait qu’une seule manière correcte de vivre les vœux, nous comprenons aujourd’hui que leur expression découle de la contemplation qui nous conduit à un vécu plus signifiant, à un cheminement qui n’est jamais terminé.Notre pratique des vœux nomme et exprime notre conviction d’une façon individuelle, communautaire et collective.Nous le croyons, notre pratique des vœux est une source de libération et une force pour la mission, une mission vécue dans la diversité de nos ministères.Denise Riel, s.n.j.m.80 rue St-Charles Est Longueuil, Qc J4H 1A9 POUR ALLER PLUS LOIN 1.Qu’est-ce qui vous inspire dans ce texte?Qu’est-ce qui vous pose question?2.Quels éléments des voeux ne changent pas?Y en a-t-il qui changent?3.La consécration par vœux a-t-elle de l’avenir?Si oui, à quelles conditions?1 Ce texte est l’œuvre des membres du Comité sur les vœux : les sœurs SNJM Denise Amyot, Nancy Clemmons, Mary Garvin, Peggy Kennedy, Denise Riel.178 La Vie des communautés religieuses NE SOUFFRIRIONS-NOUS PAS, PAR HASARD, D’HYPERDULIE CHARISMATIQUE?Albert Tremblay, f.lc.“Aimez-vous la muscade, on en a mis partout.” (Boileau) Il semble impossible aujourd’hui d’écrire douze lignes sur la vie consacrée sans employer au moins une fois le mot ‘charisme’.Je constate pourtant que le Concile Vatican II a écrit le chapitre VI de Lumen Gentium et tout Perfectae Caritatis sans utiliser une seule fois ce terme.Distraction?Parti-pris?L’idée même de don, étroitement lié au concept de charisme, n’est pourtant pas absente de la théologie conciliaire.Elle présente la vie consacrée comme “un don que le Christ a fait à son Église”.On parle de don, non de charisme.Des chercheurs ont par ailleurs relevé que le terme ‘charisme’ paraît à trois reprises dans les seize textes conciliaires, jamais appliqué à la vie consacrée.La seconde vie des charismes Tout le monde sait l’importance que les charismes ont eue dans la primitive Église.Ils étaient un signe étroitement lié à la grâce baptismale et à l’effusion de l’Esprit.Avec l’expansion de l’Église, leur fréquence et leur visibilité, sans doute jugées moins utiles, s’évanouirent.Lorsque Jean XXIII décida la tenue d’un concile, il sollicita instamment la prière de tous les chrétiens pour le succès de l’événement.Mai-Juin 2006 179 J’ai encore à la mémoire cette intervention télévisée restée célèbre où le bon pape, caressant sa figure ridée, souhaitait voir l’Église se débarrasser de ses rides.Est-ce en réponse à ces prières que deux ans après le concile resurgit dans l’Église le phénomène des charismes primitifs?Le mot revint à la mode, surtout dans les groupes dits de renouveau charismatique.On le vit apparaître de plus en plus souvent dans des écrits relatifs à la vie consacrée, même ceux qui provenaient des congrégations romaines.Le terme revient quatre-vingt-trois fois en Vita consecrata.Bien avant, le document Mutuae Relationes avait jugé opportun de préciser le sens du mot (art.11-12).Ce document traite des relations entre épiscopat et vie consacrée.Avant publication, il fut porté à la connaissance de l’Union des Supérieurs généraux pour étude et suggestions.L’exécutif de l’Union, dont j’étais alors membre, fut chargé de ce travail.J’étais aussi un adepte du mouvement charismatique.L’idée de ce qu’était un charisme me semblait très claire.Lorsqu’on arriva à la définition que proposait Mutuae Relationes, j’émis quelques réserves.Après avoir relevé que les documents conciliaires n’utilisaient pas le terme tout en exposant clairement ce qu’était la vie consacrée, je craignais qu’on aboutisse à la confusion entre le sens obvie que le terme avait à l’intérieur des mouvements charismatiques et celui qu’on lui donnait ici.On me répondit que la définition avait précisément pour but d’éviter la confusion.Me trouvant être le plus jeune membre de ce docte aréopage, je n’insistai pas, mais ne pus m’empêcher de constater que la définition proposée ne collait guère, à première vue du moins, avec ce que j’avais appris de mon expérience personnelle en milieu charismatique.Le document MR définit ainsi le terme: « Le charisme des fondateurs se révèle comme une expérience de l’Esprit transmise à leurs disciples pour être vécue par ceux-ci, gardée, approfondie et développée constamment par ceux-ci en harmonie avec le corps du Christ en croissance perpétuelle.180 La Vie des communautés religieuses C’est pourquoi l ’Église défend et soutient le caractère propre de chaque institut religieux, caractère propre qui comporte également un style particulier de sanctification et d’apostolat lié à une tradition déterminée de telle sorte qu ’il est possible d’en analyser convenablement les éléments objectifs ».De ces premiers éléments de description, plus que de définition, je relève ceci.Il s’agit d’abord du charisme du fondateur, et non pas de celui des membres.C’est vrai qu’on le dit transmissible, ce que ne sont pas les charismes à l’intérieur du mouvement charismatique.Il est déclaré élément de sanctification, ce qui ne ressort pas de l’interprétation traditionnelle des charismes pauliniens, tels qu’exposée, entre autres, par le P.Regimbald, expert en la matière.Les premières pages du décret Perfectae Caritatis traitent de plusieurs éléments qu’on trouve dans le texte de MR.Il est précisé que, dans tout effort de rénovation et d’adaptation, il faudra respecter l’esprit des fondateurs et leurs intentions spécifiques, la mission propre et les saines traditions.Serait-ce cela le contenu du charisme?Si tel est le cas, il est permis de se demander s’il est sage de mettre en vrac sous un seul terme des valeurs qui, bien que voisines, restent différentes et n’ont pas nécessairement le même poids surnaturel?Mon langage me semble tellement plus transparent si je parle de l’esprit du fondateur quand je veux parler de l’esprit du fondateur, de ses intentions spécifiques quand c’est de cela qu’il est question, de notre mission propre si tel est le sujet précis de discussion.Une expérience Je réfléchissais sur tout cela quand j’ai lu un article de la Vie des Communautés religieuses qui traitait précisément du charisme.Rien à reprocher à l’orthodoxie de l’article si on donne au terme charisme le sens ouvert mentionné plus haut.L’article couvrait neuf pages et demie et le terme charisme y était employé quarante-trois fois.J’eus alors l’idée de reprendre l’article en me transformant en écrivain spirituel d’avant-concile.Mon défi était donc de respecter le sens aussi honnêtement que possible sans utiliser un terme qui ne figurait pas encore dans la littérature du genre.Le mot charisme Mai-Juin 2006 181 devint successivement esprit prophétique, esprit, apostolat, modèle idéal, esprit propre, identité, vie apostolique, projet original, spiritualité, vocation propre, apostolat, mission, mission spécifique, vocation particulière, vie consacrée, esprit du fondateur, message, expérience de l’Esprit chez le Fondateur.L’un ou l’autre de ces termes revient évidemment à plusieurs reprises.Ai-je appauvri l’article?En ai-je modifié le sens?J’estime pouvoir répondre non aux deux questions.Mais je crois avoir fait ressortir l’élasticité sémantique du mot ‘charisme’ à l’intérieur de la théologie de la vie consacrée telle qu’on en parle aujourd’hui.Il me semble - opinion susceptible de controverse - que le sens adopté ici pourrait se rendre par esprit, originalité, identité.De même qu’on ne pourra jamais trouver deux individus parfaitement identiques, ainsi en est-il des familles religieuses.C’est pour cette raison qu’on dit l’individu indéfinissable.On l’identifie par description : taille, couleur des cheveux, des yeux, démarche, timbre de la voix, traits particuliers de morphologie, voire costume habituel.Ainsi, quand je parle à un étranger du charisme de ma famille religieuse, sans autre précision, je ne dis rien qui puisse la lui faire connaître et la distinguer des autres.Suis-je sûr d’en avoir une idée très nette?En définitive, quel contenu conceptuel y a-t-il sous ce mot utilisé si aisément.Il n’en pourra d’ailleurs rien comprendre si je ne lui dis d’abord que j’appartiens à une communauté enseignante, monastique ou missionnaire, que mon fondateur porte tel nom, qu’il a vécu en tel siècle et que notre spiritualité s’apparente à celle de François d’Assise ou à celle d’Ignace de Loyola.C’est après cela seulement que le vocable charisme prendra quelque couleur.Car de deux choses l’une.Ou bien le charisme recouvre l’ensemble des éléments relevés plus haut, et dans ce cas il est peu éclairant par lui-même.Ou il tente de préciser ce quelque chose d’indéfinissable qui me distingue de tous les autres et qui risque fort de m’échapper à moi-même.Ai-je alors vraiment apporté quelque lumière sur ce que je suis ou je vis?Ne parlait-on pas plus clairement, plus simplement quand, autrefois, on parlait tout bonnement de son esprit propre ou de son oeuvre spécifique?182 La Vie des communautés religieuses A quoi bon, après tout, de telles réflexions?Je ne me fais d’ailleurs aucune illusion : on continuera de parler du charisme des familles religieuses.Le vocable est si riche de suggestions, si polyvalent, si.charismatique.Tant mieux s’il plaît à défaut d’éclairer.Or, voilà qu’à l’époque même de Mutuae Relationes, le P.Tillard publiait un opuscule intitulé II y a charisme et charisme.D’un coup d’aile, il élevait la discussion à un niveau supérieur.Le charisme ne se limitait plus à identifier telle ou telle famille religieuse, il devenait un caractère éminemment et essentiellement caractéristique de la vie consacrée elle-même.Il écrivait ceci : “Il convient donc de distinguer dans l’enthousiasme né de l’expérience de l’Esprit deux niveaux de profondeur.L’un, tout intérieur, où la personne perçoit l’emprise de Dieu sur elle-même de sorte que, poussée par l’Esprit, elle est portée à mettre ses forces vives sous la mouvance de cet Esprit.L’autre, plus extérieur, est une rencontre avec l’Esprit, s’exprime en un faisceau de gestes et de phénomènes n’ayant en soi rien de typiquement évangélique mais appartenant au vieux fond religieux de l’humanité.” Suit une série d’images susceptibles de fixer ce caractère charismatique de la vie consacrée.Retenons celle-ci : « À la racine de toute vie religieuse authentique consciente d’elle-même, se trouve, en effet, comme motivation primordiale et envahissante, non un pour, mais un à cause de.Et l’objet de cet à cause de ne peut être que Jésus Christ.On ne se fait pas religieux pour quelque chose, mais à cause de Jésus Christ et de l’emprise qu’il exerce ».Le pour viendra, et nécessairement, mais dans le rayonnement de Y à cause de, comme son fruit évangélique.Ainsi, le terme charisme peut désigner la vie consacrée elle-même, différencie les familles religieuses et s’applique aux phénomènes courants du renouveau charismatique.Mais aujourd’hui il semble bien que ce terme sert plutôt à sacraliser ce qu’on devrait appeler nos particularismes.Concédons que ce sens n’est pas absent de Vita consecrata.Ne serait-il pas souhaitable alors de tenter d’aller plus loin et d’habiller le terme d’une meilleure compréhension?Une chose est claire : nos fondateurs ignoraient le mot dans le sens où on l’utilise si largement aujourd’hui.Pressentaient-ils la chose?Je le crois.En Mai-Juin 2006 183 avaient-ils un concept bien défini?Rien n’est moins sûr.Tel fondateur à qui on demandait où il voulait vraiment aller répondait : « Je n’en sais rien : je réponds au jour le jour aux besoins qui se présentent ».Pourtant, plusieurs d’entre eux ont tenté de fixer leur idéal dans une phrase inspirée où leurs fils aujourd’hui disent trouver leur inspiration fondamentale.“Ut in omnibus gloriam Dei” proclament les moines.“Ad majorem Dei gloriam!" disent les Jésuites.“Mes écoles sont instituées pour faire connaître Jésus Christ!” clament les Frères de l’Instruction chrétienne.Tous se font l’écho de leurs Fondateurs et prétendent voir là l’expression de leur ‘charisme’.Faux, dira l’objecteur.Tous les religieux travaillent à la gloire et à la connaissance de Dieu.Exprimer ainsi le charisme ne les distingue donc pas.Tout à fait exact, aussi longtemps qu’on se limite à l’essentiel du charisme.Tous les êtres humains sont semblables dans leur essence, dans leur à cause de.Or l’essence, à ce niveau, n’existe que si elle passe à l’existence, substance qui s’habille d’accidents, fonne qui s’incarne en une matière.Elle devient alors connaissable.Il en est ainsi du charisme dans son pour.Issues d’une étincelle de l’Esprit chez un Fondateur ou une Fondatrice, les familles religieuses sont nées à un moment historique donné pour faire face à une situation sociale ou religieuse déterminée.Elles ont grandi, émigré, subi ou épousé les caprices de l’histoire, adopté ou refusé de faire face à de nouveaux appels qui modifient leur image, sans changer leur identité profonde, à condition de discerner à la lumière de l’Esprit l’orientation évangélique constante.De multiples causes peuvent se trouver à l’origine de cette évolution : des événements sociaux ou religieux importants, le passage d’un saint dans une famille religieuse, une administration plus audacieuse, l’action inspirée de petits groupes sensibles à des besoins urgents que le fondateur ne pouvait ni prévoir, ni imaginer.Ce cheminement constitue l’élément vivant du charisme et son originalité, à nulle autre semblable, et qui débordent nécessairement la phrase-synthèse où se condense un charisme.L’équilibre entre nouveauté et tradition constituera toujours un terrain de tension où se jouent soit l’approfondissement, soit le développement du charisme, soit son enfouissement protecteur.Lien vital qui nous relie à un fondateur ou à une fondatrice, dans une mystérieuse et enri- 184 La Vie des communautés religieuses chissante hérédité.Talent confié aux générations successives.Le jour où, fascinés par la richesse de leurs particularismes, les religieux se figeraient dans un immobilisme satisfait, des signes de mort apparaîtraient.Que conclure de tout cela?Au moins ceci : que le vocable ‘charisme’ n’est pas univoque.Il ne signifie pas non plus n’importe quoi.Une certaine rigueur s’impose dans son usage.Albert Tremblay, f.i.c.200 Boul.Wallberg Dolbeau-Mistassini, G8L 6A5 Pour aller plus loin Comment présentez-vous le charisme de votre congrégation à des personnes qui veulent vous connaître ou qui désirent partager votre charisme, par exemple vos associé—e-s?AVIS Les pages publicitaires de septembre-octobre 2006 devront entrer pour le 3 juillet 2006.Mai-Juin 2006 185 LETTRE POUR LE 1er ANNIVERSAIRE DU CONGRÈS SUR LA VIE CONSACRÉE Rome le 26 novembre 2005 Chers sœurs et frères, religieuses et religieux, Nous célébrions il y a un an le Congrès international de la Vie Consacrée, Passion pour le Christ, passion pour l'humanité.Il nous semble que la célébration d’un anniversaire est une invitation, à regarder le passé bien sûr et à se rappeler l’événement vivant, mais que c’est surtout un moment privilégié pour regarder vers l’avenir et nous demander : Que faisons-nous pour que le feu ravivé par cette double passion gagne en force, et que les pistes entrevues deviennent réalité?L’objectif du Congrès, comme cela a été dit plusieurs fois, fut de discerner ce que l'Esprit de Dieu est en train de susciter au milieu de nous pour répondre aux défis de notre temps et construire le Royaume de Dieu.C’est là, nous le croyons, la grande richesse de ce que nous avons vécu car nous pouvons proclamer que l’Esprit nous a conforté-e-s et nous a ouvert de nouveaux horizons.Bien qu’il soit imprévisible comme le vent et que nous ne sachions ni d’où II vient, ni où II va, nous avons écouté le murmure de sa voix à travers les signes des temps et des lieux que nous avons essayé de discerner ensemble dans une foi priante.Notre Congrès - et le pluriel nous indique que nous sentons aujourd’hui que ce fut un moment de grâce qui nous appartient tous et toutes, religieux et religieuses et nous identifie d’une manière particulière - ne peut être simplement considéré comme un événement du passé mais avant tout comme une inspiration pour bâtir un avenir qui soit en syntonie avec ce que l’Esprit nous demande aujourd’hui; une inspiration qui réponde mieux aux attentes de nos contemporains, surtout de ceux et de celles qui à l’heure actuelle ont le plus besoin de nous.C’est là certainement un immense défi, particulièrement aujourd’hui où, plus qu’à d'autres époques, nous sentons nos pauvretés et nos limites, con-vaincu-e-s aussi de l’amour gratuit de Dieu, de son pardon inconditionnel et de sa présence toute proche.186 La Vie des communautés religieuses Suivons d’abord les pistes entrevues comme des guides possibles.Elles nous permettront de répondre aux défis qui nous interpellent en ce début du nouveau millénaire; de répondre aux attentes du Peuple de Dieu, particulièrement des pauvres et des petits, avec une plus grande audace évangélique pour qu’aujour-d’hui plus qu’hier, nous soyons témoins de l’humanité nouvelle manifestée en Jésus Christ.Il s’agit aussi d’aller plus avant, de dépasser les icônes qui nous ont si merveilleusement interpellé-e-s et éclairé-e-s, parce que nous sommes tous et toutes appelé-e-s à découvrir, à la lumière de ces signes de vie, les nouvelles icônes dans l’Eglise et dans le monde d’aujourd’hui : ces femmes et ces hommes, frères et sœurs qui dans la Vie consacrée rendent présente parmi les pauvres et les personnes qui souffrent, la passion pour le Christ, la passion pour l’humanité.C’est un signe d’espérance de constater qu’en bien des pays ont lieu des Congrès, des rencontres nationales de religieuses et religieux, des chapitres généraux et provinciaux, des retraites spirituelles et autres, éclairés par le thème et l’expérience du Congrès.Nous remercions ceux et celles qui publient des réflexions théologiques, des articles, commentaires, critiques dans de nombreuses revues de la Vie consacrée, nous aidant ainsi à approfondir et à communiquer la bonne nouvelle du Congrès, et à compenser ses lacunes.C’est une aide certaine qui nous apporte un éclairage et nous donne la force de poursuivre notre chemin et de vivre la mission au quotidien.Il est vrai que nous ne pouvons ni ne devons réduire le Congrès à quelques textes.Ce serait plus facile mais moins fécond.Les événements importants engendrent toujours un texte et un esprit.Sans l’esprit le texte perd de sa force et s’appauvrit.C’est pourquoi nous désirons que cet événement ne se réduise pas à un Congrès ponctuel et à quelques textes.Mieux encore, nous espérons que le processus de discernement et la méthode que nous utilisons soient comme un point de départ à l’aventure Mai-Juin 2006 187 audacieuse dans laquelle se lance celui ou celle qui, à notre époque, se met à la suite du Christ.C’est pourquoi nous ne devons pas nous lasser de revenir sans cesse à ces signes de vie qui nous furent signalés il y a un an et qui annoncent déjà une aube nouvelle de la Vie consacrée.Entre autres : • Le désir de renaître dans la perspective de l’Incarnation • La fascination qu’exerce aujourd’hui sur la Vie consacrée la personne de Jésus • La place centrale de la « lectio divina » • La passion pour la mission qui stimule notre imagination et nous lance dans de nouvelles initiatives, audacieuses, prophétiques, pionnières.• La recherche d’une communion plus vivante et d’une vie communautaire plus authentique, basées sur des relations plus profondes, inclusives et évangéliques.Le poète et héros cubain José Marti disait que la meilleure manière de dire c ’est de faire.Puisse l’Esprit qui inspira et guida il y a un an la célébration de notre Congrès nous rendre capables aujourd’hui de donner chair et sang à ce qui alors, naissait tout juste comme passion et chemin.Lratemellement, dans l’attente de l’Enfant-Dieu qui vient nous sauver, Lui notre unique espérance.Lrère Alvaro Rodriguez Echeverria Président de l’USG Sœur Therezinha Joana Rasera Présidente de l’UISG 188 La Vie des communautés religieuses TOUCHES DE PEINTURE, BOUTS DE VERRE ET NOUVELLE CRÉATION Stephen Glodek, S.M.Un groupe de travail au Congrès international de la Vie Consacrée tenu à Rome, Italie, en novembre 2004 avait pour thème « Les arts : pour créer une image et exprimer un chant nouveau ».Bien que représentant cinq pays et deux langues différentes, le groupe ne comptait guère que huit des huit cent cinquante participantes et participants.De nombreuses personnes sont passées à notre minuscule salle de travail pour nous dire qu’ils/elles aimeraient vraiment se joindre à notre groupe, seulement, il y avait des « sujets plus importants que cela ».Il était évident que pour certaines personnes les arts sont davantage une activité à laquelle on s’adonne après avoir terminé le vrai ministère.Il nous est apparu clairement que l’un des défis pour que les gens nous comprennent à l’avenir, c’est que les arts soient vraiment considérés comme un ministère; il est crucial et s’exerce conjointement avec d’autres efforts tels que l’action en faveur de la paix, l’incultura-tion, et même la construction de la communauté.Nous étions une petite voix au Congrès.Nous avons été la petite voix qui a proposé les chants à chanter, qui a demandé que la liturgie soit exprimée avec grâce et beauté, que l’on crée des tableaux de peinture, des tissages, des sculptures et des vitraux et un nouveau langage qui soit adapté à l’avenir de la vie consacrée dans notre Église et à son ministère dans le monde.Dans ses formes nombreuses et diversifiées, la vie consacrée concerne fondamentalement des vies engagées dans la découverte de Dieu.La beauté révèle Dieu.La rencontre avec l’être même de Dieu se fait dans l’harmonie et la simplicité de la beauté.Dans notre monde si défiguré par la violence, les abus et la marginalisation, la beauté et l’art sont des icônes d’espérance pour toutes les personnes de ce monde.La « crise de la beauté » dans notre monde appelle un nouveau langage et une vénération renouvelée pour les artistes qui sont capables d’exprimer, d’imaginer et de représenter une nouvelle vision de notre monde.Ce Mai-Juin 2006 189 sont nos artistes qui peuvent apprécier les cultures avec la plus grande profondeur, et sont peut-être les principaux acteurs de l’inculturation de l’Évangile dans les cultures autres que la leur.Il est essentiel de cultiver les arts à l’intérieur des communautés de vie consacrée et de tenir en grande estime les dons artistiques de nos membres.Cultiver les arts et encourager les artistes est un antidote à la violence et au mal dans nos sociétés et fait partie intégrante de l’action pour la justice.Ce sont les artistes parmi nous qui verront et exprimeront le neuf et le prophétique.Quand échouent les mots de la négociation, l’appréciation réciproque de quelque chose de beau, une histoire racontée, un chant entonné ensemble, permettront parfois de sortir de l’impasse.Alors que tant de nos cultures apprécient les personnes selon ce qu’elles sont capables de produire ou produisent effectivement, les artistes interpellent les communautés de vie consacrée par rapport à la mentalité dominante de productivité économique.Le beau se crée, il ne se produit pas; le beau demande du temps pour imaginer à loisir et incarner de façon créative.Le temps artistique n’est pas un vide qu’il faut remplir d’activité mais un espace dans lequel l’on attend patiemment vision et perception nouvelle des réalités.Dans les communautés de vie consacrée, lieux où l’on rencontre Dieu, les artistes aident à créer des espaces de beauté.Ceci constitue l’un des grands trésors de la tradition chrétienne catholique : les espaces de prière sont ornés de signes sacramentaux de la présence et de l’amour de Dieu.Les artistes nous aident à célébrer la liturgie et l’année liturgique par des symboles de nos traditions, vus avec des yeux neufs et exprimés avec des mots nouveaux, car Dieu s’incarne en chaque époque et dans chaque culture.De même, les artistes nous aident à raconter les récits sacrés de notre tradition parlant aux coeurs et aux âmes de nouveaux peuples et de nouvelles cultures qui nous écoutent, comme nous les écoutons eux-mêmes.190 La Vie des communautés religieuses Dans notre monde brisé, violent, consumériste, il faudrait que le dialogue entre la vie consacrée et le monde se situe à des niveaux plus profonds que le seul échange de paroles.Nos artistes donnent forme à la contribution de la vie consacrée pour la construction de la nouvelle terre à travers la musique, la peinture, le vitrail, la pierre, et les mots.Cette communication de la beauté fera naître la joie et la vie au sein de la violence et de la mort.L’art est, de façon très fondamentale, une affirmation pascale de la passion de la vie consacrée pour le Christ, et de notre désir constant de traduire cette passion pour Dieu dans notre passion pour toute l’humanité.Dans notre souci de faire de la vie consacrée une expérience durable pour l’avenir de notre Église, puissions-nous toujours nous souvenir de ces artistes parmi nous, qui nous aident à imaginer et à façonner l’avenir de nos communautés pour qu’elles sachent toujours interpeller le monde.Fr.Stephen Glodek, S.M.Provincial des États Unis Pour aller plus loin 1.Partagez-vous la perception de ce groupe par rapport à l’art en lien avec la vie consacrée?2.Quels sont les moyens à notre disposition pour répandre la beauté dans le monde?Mai-Juin 2006 191 -«¥>- L’Institut International de Développement Intégral - IIDI offre une retraite EXPÉRIENCE SPIRITUELLE AUTHENTIQUE animée par Marie-Paul Ross, m.i.c.« Que vous soyez enracinés et fondés dans l'amour du Christ » Ep.3,17 du 4 juin à 9 h au 10 juin à 13 h.2006 Lieu: Maison du Renouveau 879 Carré de Tracy Est Charlesbourg, Québec Coût: retraite : 350$ hébergement et repas : 350$ Inscription/info : téléphone : (418) 650-1184 courriel : info@iidicanada.com adresse : IIDI 1605 ch.Sainte-Foy Québec QC G1S2P1 192 La Vie des communautés religieuses Rédaction Direction Monique Thériault, s.n.j.m.Tél.: (514) 255-9372 Téléc.: (514) 255-1088 Courriel: monther@snjm.qc.ca Membres de la rédaction Raymond Leroux, f.s.g.Micheline Marcoux, m.i.c.Ghislaine Roquet, c.s.c.Monique Thériault, s.n.j.m.Rick Van Lier, o.p.Secrétariat Pauline Michaud, s.a.s.v.Madeleine Paquin, s.a.s.v.Production et design Hughes Communications inc.Dépôt légal Bibliothèque nationale du Canada Bibliothèque nationale du Québec Numéro international des publications en séries ISSN 0700-7213 Membre de l'Association canadienne des périodiques catholiques.ABONNEMENTS La revue paraît cinq (5) fois par année Pour le Canada : vous adresser au Secrétariat surface: 30$ soutien: 40$ Outre-mer : surface: 45$ 30 euros Pour la France: vous adresser à Sr Hélène Grudé 8, boulevard des Déportés B.P.28 35404 Saint-Malo Cédex France Pour la Belgique: vous adresser à Les Éditions FIDÉLITÉ a/s M.Jean Hanotte Rue de Bruxelles 61 B 5000 Namur Belgique BULLETIN D’ABONNEMENT Nom:_____________________________________ Adresse:_________________________________ _____________________________Code postal: No de téléphone:_________________________ N° TPS: 141050025 - N° TVQ: 1019014190 Poste publication enregistrement no 9280 convention no 40011751 Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Programme d’aide aux publications «PAP», pour nos dépenses d’envoi postal Vie consacrée, présence spirituelle éducative et caritative S en Eglise La Vie des communautés religieuses Nicolet, Québec, Canada
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