Le soleil, 1 septembre 1979, Éditions Québec Régional et Est du Québec
[" ^ Semaine du 1er sept.1979 - Vol.21 No 35 LE SOLEIL SPÉCIAL RENTRÉE GÆJWBI 4».ORon oo î Al n&s BlCNët'sëï _ * \u2014 » âSMïïæ ÏÏÏÏÜJT1 .L.i^ \u20141 -W/i \\\t/¦ j'/'î. LA COMPÉTITION: UNE ARME A DEUX TRANCHANTS Qui sont les vrais perdants?PAR MARIE-ODILE VÉZINA Sur l'écran, une petite fille pleure de douleur en regardant alternativement, d'un oeil horrifié, les barres asymétriques qui lui font face et ses mains gonflées d'ampoules.Elle s'appelle Chantal, elle a 10 ou 11 ans, elle est gymnaste.A ses côtés, son entraîneur, une jeune femme, s'impatiente: «Vas-y Chantal, arrête de faire le bébé, t'es capable» Chantal s'élance sur la barre, fait quelques mouvements et retombe au sol en pleurant de plus belle.Le ton de l'entraîneur monte: «Arrête de brailler, ça ne sert à rien, quand on veut, on peut!» Et Chantal recommence; une, deux, trois fois.Et Chantal réussit enfin, malgré la douleur.«Tu vois que t'étais capable, c'est beau», dit l'entraîneur d'une voix douce et rassurante.Alors, au milieu de ses larmes, Chantal sourit, puis regarde encore ses mains.Cette scène est tirée du film d'André Mélançon, les Vrais Perdants, sorti il y a un peu plus d'un an et accueilli partout au Québec, aussi bien par le grand public que par les gens qui gravitent dans le monde de l'éducation, avec un enthousiasme démontrant à quel point le phénomène de la compétition à la base de notre système de vie suscite de plus en plus d'interrogation, voire de remises en question.Ce long métrage, produit par l'Office national du film, est ce qu'on appelle du cinéma-vérité.Il raconte, par des images et des témoignages, la vie contraignante d'un groupe d'enfants qui pratiquent ce qui normalement devraient être considérées comme des activités récréatives: les sports et les arts; des enfants de spectacle presque, que des adultes, pleins de bonne volonté, sans arrière-pensée malicieuse, «produisent» dans des concours, des démonstrations, pour le bien, prétendent-ils, de ces petites Nadia, de ces jeunes Mozart ou de ces Guy I afleur en herbe.Il montre également les parents, les entraîneurs, les professeurs de ces jeunes-là \u2014 des gens comme tout le monde \u2014 qui les entourent, les poussent à se surpasser, à gagner, à être les meilleurs.Les Vrais Perdants est un film insupportable à voir et à écouter Sans doute parce que la réalité est la chose la plus difficile au monde à regarder en face.Et puis parce que les images d'André Mélançon provoquent des questions fondamentales: Pourquoi, nous, les grandes personnes, imposons-nous aux enfants des valeurs et des exigences qui ne correspondent peut-être pas à leurs besoins?A quelles fins utilisons-nous l'éducation, sinon pour forger des êtres qui s'imbriqueront facilement dans une société bâtie sur le principe de la compéti- tion, une société où il faut constamment prouver à quel point chacun d'entre nous est bon, fort et intelligent; meilleur, plus fort et plus intelligent que les autres, bien sûr! «l'aurais pu faire le même film sur les résultats scolaires, explique André Mélançon.S'il y a un endroit où les grandes personnes exigent des enfants qu'ils soient bons, gentils et respectueux, c'est bien à l'école.» André Mélançon, qui a une formation universitaire en psychologie et qui a travaillé dans le milieu de la rééducation des jeunes délinquants avant de se tourner vers le cinéma, n'aime pas beaucoup qu'on le consulte comme un expert de la question de la compétition dans l'éducation.Les Vrais Perdants, » explique-t-il, c'est un cri.Pas une démonstration, pas un éditorial.Un certain nombre de choses me faisaient mal, j\u2019ai voulu les partager avec les autres car tous les adultes sont « pognés » dans leurs relations avec les enfants, l'aurais aimé que mon film reste un film de cuisine, que des petits groupes de gens s'en servent pour provoquer entre eux des discussions, une réflexion.Moi, je n\u2019ai pas de solution à fournir.D\u2019ailleurs, quand tu veux éduquer un enfant dans les principes de l'autonomie, même là tu peux aller jusqu\u2019à la pression.» DÉTOURNEMENTS D'ENFANTS André Mélançon se méfie un peu du succès commercial de son film: «Tu comprends, c'est facile de se donner bonne conscience en se disant que les Vrais Perdants sont des enfants marginaux et que nous, nous ne sommes pas comme les adultes qui exploitent leurs talents.Or, c'est une erreur.Nous vivons tous dans le même système de rendement et nous exigeons de nos enfants des performances; qu'elles soient sportives, disciplinaires, intellectuelles ou autres.» Le cinéaste dit encore que dans notre monde, les détournements d'enfants se pratiquent couramment.« Nous les détournons de l'enfance, tout simplement, explique-t-il; du droit fondamental d'exister, d'être eux-mêmes, de se développer selon leurs ressources mais aussi selon leurs limites.Nous nous efforçons à les sortir le plus rapidement possible de l'enfance pour les forger à notre image.Nous leur apprenons à fonctionner avec les mêmes schèmes que nous, dont celui de la compétition Nous leur inculquons que hors de la réussite point de salut, que pour être aimé et estimé, il faut prouver que l'on est le meilleur.Sommes-nous si bien dans notre vie d\u2019a- dultes pour désirer que nos enfants.nous ressemblent le plus vite possible ?» Le psychanaliste et auteur québécois (Enfant dans le grenier), lulien Bigras dit soqvent que « l'enfance est la période de vie la plus difficile à traverser, car elle est faite d'une série de désillusions.» Que faisons-nous de l'enfance, en effet, sinon un monde de contraintes et d'obligations à respecter scrupuleusement, sans que d'autres choix puissent intervenir, parce que le rapport de force entre adultes et enfants est toujours disproportionné, à la faveur des premiers?MÊME DANS LE PLAISIR.« Le plus grave, dit Michel Léger, psychologue et directeur général du Centre de services sociaux Laurentides-Lanau-dière, c'est que même au niveau des jeux et des loisirs, on reproduit les mêmes attitudes, fondées sur les mêmes valeurs: le rendement, la compétition, la réussite.Même dans le plaisir, on s'acharne à «spécialiser», ce qui est assez paradoxal car dès qu'il y a contrainte, le plaisir disparaît.Or, on ne pousse pas un jeune vers une activité récréative pour qu'il se divertisse vraiment, s'amuse, mais dans le but de lui apprendre à écraser les autres, à démontrer qu'il est le plus fort.» En discutant avec André Mélançon et Michel Léger, je me suis souvenue du jour où mon fils a manifesté le désir d'apprendre les règles du baseball; (je cite l'exemple car il me paraît typique.) Mon enfant est fils unique II n'a pas de frères, grand ou petit, pour partager ses jeux.Après concertation, nous sommes partis, lui et moi, l'inscrire à une activité de baseball dans le quartier.Nous avons changé d'idée quand l'entraîneur de l'équipe nous a expliqué que les premières semaines l'enfant (qui avait huit ans à l'époque) aurait des pratiques chaque soir, sept jours sur sept! «Dans le but, disait le monsieur, de les préparer très vite, à jouer contre une autre équipe!» Mon fils n'avait pas envie d'entrer dans une espèce d'armée et de prendre sur son dos des obligations sans rapport avec son simple goût d'apprendre le baseball.Un peu triste, il a renoncé.Les Vrais Perdants ne sont donc pas des enfants exceptionnels.Ils vivent ce que tous les enfants vivent, à la différence que le temps en a fait des champions, rôle qui entraîne des obligations encore plus lourdes si on tient à le conserver.Mais tous les petits garçons qui entrent pour la première fois dans une ligue de hockey ou autre organisation sportive du genre se font inoculer le même virus de la victoire.Et toutes les fillettes qui pratiquent le patinage artistique ou la gymnastique, en manifestant un certain enthousiasme et un tant soit peu de talent, toutes se font laver le cerveau pour y insérer le désir de ressembler à Nadia et, surtout, de la dépasser.Tous ces enfants-là ne peuvent pas, bien entendu, devenir des champions.Les moins bons, les moins prometteurs, les moins motivés et les moins dociles, bref ceux qui n'arrivent pas à intégrer la notion de compétition à celle de performance, ceux-là donc se font décourager ou carrément exclure des activités qu'ils pratiquent.C'est le cas de François, 13 ans, trop grand pour entrer chez les débutants de la ligue de hockey, trop inexpérimenté pour jouer avec les jeunes de son âge, sans handicaper leurs résultats.Il est loin le plaisir du sport pour le plaisir du sport, pour avoir un bon rapport avec son corps, pour améliorer sa condition physique d'une façon agréable.Dans le film d'André Mélançon, un père de famille plein de bonne volonté, sacrifiant des soirées entières pour aider son fils à améliorer son style et sa technique au hockey, disait à son rejeton, après une partie entré copains dans la ruelle: : «Cette partie-là n'était pas importante.C'était bon pour te pratiquer, c'est tout.L'important c'est quand t'es sur la glace, en face de l'autre équipe.» «Pour un enfant, la partie dans la ruelle avec ses chums a autant d'importance, sinon plus parce qu'il en tire du plaisir, qu'une autre avec sa ligue, explique Michel Léger.Au nom de quoi la partie dans la ruelle serait moins importante?Au nom de nos valeurs d'adultes que nous transmettons à nos enfants, sans leur donner le choix.» LES ENFANTS JOUENT LE JEU Mais parce qu'ils aiment faire du sport ou jouer du piano, parce que surtout ils ont besoin d'être aimés et estimés, les enfants acceptent les contraintes impo- t sées par les adultes.Cela se traduit par 15 ou 20 heures d'entraînement par se- \\ maine dans le cas des gymnastes, par des pratiques quotidiennes pour les jeunes qui font des sports d'équipe, par des exercices longs et fastidieux plusieurs heures par jour pour ceux qui suivent des activités artistiques, bref, par une série d'obligations que les enfants vi- i vraient différemment s'ils pouvaient eux-mêmes organiser leurs loisirs; du moins si on leur en laissait la possibilité.Une jeune pianiste de 13 ans, dans les * Vrais Perdants, disait naïvement: «l'aime bien gagner parce qu'après, ma mère me laisse deux jours de congé! »\t«.«Ceux qui remportent moins de victoires que les autres, dit encore Michel Léger, finissent, généralement au début de l'adolescence, par tout laisser tomber avec un sentiment d'infériorité et d'é- 2- 1er septembre 1979 1 -5 v: r; Jy *-'\\ «¦Tr1\u201d *5î>» ïséa.1er septembre 1979 - 3 Pourquoi infligeons-nous à nos enfants de telles contraintes ?« Les parents cherchent en général à se prolonger à travers leurs enfants, explique André Mélançon.A se prolonger ou à se réaliser » Cela s'appelle vivre par procuration Fait intéressant: pas un des parents des jeunes athlètes du film de Mélançon ne pratiquait une activité sportive Un père témoignait: «Tant que ce n'est pas parfait, ma fille sait que je ne suis pas satisfait » Pourquoi n'exigeons-nous pas de nous-mêmes ce que nous demandons à nos enfants?«Quand je gagne une partie, disait un jeune hockeyeur, c'est comme si mes parents remportaient le million à la loterie.» En général, nous, adultes, considérons que toutes ces contraintes imposées aux enfants contribuent à en faire des femmes et des hommes «responsables».« De plus en plus, on commence à comprendre qu'il y a d'autres moyens que la discipline et les normes pour permettre aux enfants de développer leur sens des responsabilités et une certaine forme d'autonomie, dit Michel Léger.Les enfants sont très exigeants, très cohérents, ils sont très capables de se donner leurs propres règles.Ils n'ont besoin que de support et d'aide en cas de nécessité.» Mais nous adultes, sommes-nous prêts à les laisser vivre sans leur transmettre nos propres « bibittes »?« Les choses sont en train de changer, prétend Michel Léger.C'est difficile pour nous qui avons été élevés dans le refus du plaisir, à cause, bien sûr de nos racines judéo-chrétiennes.Quand nous aurons compris que le plaisir n'est pas nécessairement synonyme de débauche ou d'anarchie, alors peut-être en aurons-nous moins peur et éduquerons-nous nos enfants autrement que dans le système de la compétition » Comme le dit si bien André Mélançon : « L'éducation ne devrait pas être la transmission d'une technique mais d'une passion.» Comme disait aussi une petite fille, dont le cinéaste a retranché les propos des films les considérant trop «hypothécants» pour le futur de l'enfant: «Des fois, j\u2019aimerais mieux ne pas avoir de parents ! » \u2022 chec.Dégoûtés, ils ne retoucheront jamais plus de leur vie au sport ou à l'art qu'ils pratiquaient Les autres, les gagnants, les champions, vivent également une certaine forme d'insatisfaction car l'énergie qu'ils doivent investir pour obtenir une certaine gratification (amour et estime) devient de plus en plus grande, disproportionnée par rapport à ce qu'ils en tirent.» VIVRE PAR PROCURATION jlflffsM' L\u2019huile 3en1 A pour que \u2014-flea tourne rond.DOMESTIQUE perspectives est publié chaque semmaine par Perspectives Inc.231, rue Saint-)acques Montréal P Q.H2Y1M6Tél 282-2224 Président et directeur général )ean-A Dion Rédacteur en chef lean Bouthillette Rédactrice en chef adjointe Thérèse Dumesml Rédacteurs Edouard Doucet Isabelle Lefrançois Directeur artistique Pierre Legault Chef de la fabrication Michel Brunette Graphiste Jean-Marc Martin Secrétariat Liliane Bitursi Jacqueline Giroux Gisèle Payant Collaborateurs réguliers Raymonde Bergeron Guy Fournier Cité Normand Hudon Claude Landré Henriette Ma|or Margo Oliver Denis Plain Pedro Rodrigues Michèle Thibault Marie-Odile Vézina Président du conseil Charles d'Amour Vice-président Guy Pépin Secrétaire Gaston Vachon Trésorier Denis Laçasse Représentant publicitaire MagnaMedia Limitée 231, rue St-Jacques Montréal P Q H2Y 1M6 Tél 282-2120 AflTOSBEUX )acques-Vvan Morin, ministre de l'Education.4 ¦ 1er septembre 1979 'j\u2019apo, AVIS: Santé et Bien-être social Canada considère que le danger pour la santé croît avec l\u2019usage\u2014éviter d\u2019inhaler Moyenne par Cigarette-Formats King Size & régulier, \"goudron\" 7 mg nicotine 7 mg.ÉfMdnP King size La vraie douceur joue et gagne Photo Deni» Plain ¦* - 35*j* QUAND ON PEUT PLUS L'ÊTRE, ON PEUT PLUS L'ÊTRE.» Louis Paré, 15 ans PAR MICHÈLE THIBAULT l'avais osé lui demander un rendez-vous à 9 heures du matin ! Il m'a dit : « le peux avoir une heure de plus, pour dormir?» Louis Paré va avoir 16 ans en novembre C'est un grand garçon qui n'est pas tout à fait un homme et plus du tout un enfant Louis a quitté l'école il y a un peu plus de deux ans.Il n'aimait pas l'école, depuis longtemps déjà.Aujourd'hui, il travaille, vit seul depuis le mois de juillet et se déclare, sans forfanterie mais avec une certaine fierté, le seul responsable de ses actes.Cette situation, il l'a voulue, même s'il affirme que c'est son milieu social (entre autres, un père intellectuel et anticonformiste) qui l\u2019a conditionné à être autonome si jeune < Le directeur de l'école m'a dit « Va-t-en chez toi et ne reviens plus ! je vais te mettre le minimum dans ton bulletin jusqu'à la fin de l'année » |e suis arrivé chez moi par la porte d'en arrière Mon père jouait du piano, le lui ai dit «L'école, c'est fini pour moi » Il s'y attendait, c'était inévitable II a dit « Ah, bon !» et il a continué à jouer du piano.» C'est le noeud d'une histoire que Louis raconte très simplement, sans faire de manières et, surtout, sans se prendre pour un héros.Il a fait ses trois premières années scolaires dans le secteur public, sans trop de problèmes II n'a sur ces années-là aucun commentaire à faire, sinon qu'elles étaient «correctes».En 4e année, à Saint-Hilaire, ses parents l'inscrivent à l'Ecole libre, qu'il fréquentera un an Déjà, pour Louis, l'école «c'est pas important».Il poursuivra néanmoins ses études à Montréal, où la famille est déménagée, jusqu'au secondaire II.C'est là que tout se gâte: «l'aimais pas les obligations et l'école, c'était une obligation, se contente-t;il de me dire.Dans les écoles où je suis allé, j'ai toujours trouvé que tout le monde jouait un jeu, les élèves et les professeurs.Ils n'étaient pas vrais II y a une école où j'aurais bien aimé rester plus longtemps, à Sainte-Agathe, c'était une école où on faisait beaucoup de sport; mais il y avait trop de violence.La violence, j'aime pas ça » Louis est calme, sérieux et souriant avec, çà et là, des fous rires et des clowneries qui rappellent l'enfance pas si lointaine.Il serait sans doute facile d'a- \u2022 nalyser son «cas», de le récupérer, aussi.|e préfère lui laisser ses mots, avec ce qu'ils contiennent d'inquiétude, d'espoir, de courage et aussi de silences, en faisant le souhait qu'ils touchent tous ceux qui sont concernés de près ou de loin par cette Année de l'enfant \u2014Comment ça se passait pour toi, quand tu allais à l'école ?\u2014 D'abord, je manquais souvent des cours Quand j'étais là, j\u2019étais souvent très arrogant avec les professeurs.Il m'arrivait même de partir en plein milieu d'un cours, l'étais très révolté, très bum aussi.A cette époque-là, entre 10 et 12 ans, je faisais partie d'une bande.On passait des après-midi dans le métro, on faisait peur au monde.\u2014Tes professeurs réagissaient comment ?\u2014 l'étais pas mal le superman des classes et ça les choquait l'étais vraiment le seul à faire ça aussi ouvertement |e niaisais pas à côté.C'est pour ça que la situation est devenue pas mal dégueulasse pour moi, avec le temps.Mais j'ai jamais essayé d'influencer les autres.|e faisais mes affaires, ils faisaient leurs affaires, l'avais pas tellement d'amis à l'école; mes amis ont presque toujours été des gars plus vieux que moi \u2014Quand ton père a accepté que tu quittes l'école, tu as été content ?\u2014 )e l'ai trouvé correct.Après, ç'a été plus facile pour moi parce que c'était officiel.\u2014Tu étais dans l'illégalité.Il faut avoir 16 ans pour quitter l'école.Ça te dérangeait, ça?\u2014 Non, j'ai jamais pensé à ça Cette loi-là, de toute façon, il faudrait la repenser.Il devrait y avoir un système d'analyse pour permettre à certains élèves de ne pas aller à l'école L'école devrait être obligatoire seulement pour ceux qui ne feraient pas mieux en dehors Celui qui ne ferait pas mieux en dehors de l'école, il est mieux à l'école, l'en connais des gars qui ont quitté l'école avant le temps.Il y en a un qui reste ici, dans l'appartement à côté.Mais on n'est pas des amis.Il a mon âge, mais il fait comme moi la première année que j'ai quitté l'école: il bumme tout le temps 'Moi ça m'intéresse plus, maintenant, ça.6 -1er septembre 1979 \u2014Qu'est-ce que tu fais de ton temps, alors ?\u2014Quand j\u2019ai quitté l'école, il y a eu comme un pacte avec mon père.Il m'a dit : « O.K., mais fais de quoi ! » On avait un piano à la maison, l'ai décidé de sui-1 vre des cours.)e joue beaucoup.J'improvise, surtout.J'ai commencé à travailler, aussi, avec mon père.Il est éditeur, il a une machine IBM pour la composition Il fait le brouillon et moi je fais la copie finale.|e suis reproducteur de texte, paraît-il.Je travaille entre 15 et 20 heures par semaine.Mon père ne me paie pas tellement encore, mais j'aime ça travailler avec lui, c'est un bon travail.Si ça ne I m'avait pas intéressé, je serais devenu comme pas mal de monde.Je serais resté au point mort, j'aurais pas débloqué.\u2014 La première année, avant de travailler, tu l'as vécue comment ?\u2014Ç'a été dur! J'étais dans un milieu délinquant.Je faisais seulement des bê- I\" lises.Ensuite, j'ai rencontré des gars plus vieux que moi, qui faisaient quelque chose de constructif.La coupure avec mes chums délinquants s'est faite pas mal radicalement.J'avais l'impression qu'ils profitaient de moi, qu'ils m'exploitaient.Un jour je suis rentré à la maison.Ils étaient une grosse gang en train de virer une orgie dans ma chambre.Je les ai mis à la porte à coups de poing et à coups de pied.J'en avais assez.\u2014Tu as beaucoup changé depuis que tu as quitté l'école ?\u2014 Oui.Quand t'as 10-12 ans, tu ne prends pas de responsabilités, tu ne te poses pas de questions.Aujourd'hui, c'est différent.Je suis totalement responsable de moi.Et puis, j'ai essayé de changer mon comportement pour voir la vie d'une façon positive et pour qu'on I me voie d'une façon positive.Pendant I longtemps, pour mon entourage, j'étais pas si beau que ça.J'ai remonté dans leur estime parce que, maintenant, je fais des choses.Envoyer tout le monde promener, c'est pas une bonne attitude.'Ça aide pas aux relations avec les autres.\u2014Tout compte fait, te trouves-tu chanceux d'avoir le père que tu as ?Un autre t'aurait obligé à rester à l'école.\u2014Je sais pas s'il faut le prendre comme ça.Si j'avais pas eu ce père-là, j'aurais pas été pareil.Je peux pas dire que je suis chanceux, ni malchanceux.Ma situation n'est pas mieux qu'une autre.J'ai un ami qui est d'une famille de cinq enfants.Lui, il va à l'école parce qu'il veut apprendre un métier qui ne s'apprend que là.Il a pas le choix, il aime j] ça, d'ailleurs.Il ne m'envie pas, je ne | l'envie pas.\u2014 Et ta mère, elle la voit comment, ta I situation ?\u2014 Elle est pas mal en retrait.Elle habite Toronto depuis trois ans avec mon frère et ma soeur.Mais je sais qu\u2019elle est inquiète pour moi C'est mon père qui j'ime l'a dit, moi elle m'en parle pas.Elle a peur que je sois alcoolique.Un bout de temps, j'ai pas mal bu.\u2014 Tu bois encore ?\u2014 Non, ça adonne plus.\u2014 Si tu as des enfants, un jour, est-ce que tu leur permettras de quitter l'école aussi jeune ?\u2014 Oui, si la situation se présente, je les laisserai faire.Mais j'aimerais qu'ils puissent se débrouiller mieux avec la si- tuation que j'ai, s'ils viennent à l'avoir.|e voudrais qu'ils soient dans un meilleur quartier que celui où j'étais, où ils auraient moins de chances de se faire influencer par toutes les mauvaises choses qui tournent alentour.Mais avant, je m'arrangerais pour qu'ils soient pas dans la situation de faire ce que j'ai fait.\u2014 Tu t'arrangerais comment ?\u2014C'est difficile à dire encore.\u2014 Il me semble que tu ne te débrouilles pas si mal.\u2014Je m'arrange avec ce qui se passe.\u2014Tu penses à l'avenir, des fois ?\u2014 Pas plus que ça.J'aimerais bien être musicien.\u2014 Si tu veux faire un travail spécifique un jour, on ne sait jamais, et que tu n'as pas de diplômes, qu'est-ce qui va se passer?\u2014 En travaillant un an ou deux les matières scolaires, chez moi, je pourrais les avoir, ces diplômes-là.Ça devrait être faisable, ça.Mais ça se pourrait aussi que je sois obligé d'y retourner un jour ou l'autre à l'école, on ne sait jamais.Par exemple, si je veux devenir typographe, il faudrait que je sache mon français un peu mieux que maintenant \u2014 Comment te débrouilles-tu avec le quotidien ?Tu aimes ça vivre seul ?\u2014 Je suis pas mal habitué à la solitude, j'étais souvent seul quand j'habitais avec mon père parce qu'il travaillait, mais des fois je trouve ça pas facile.Faut pas que ça dure trop longtemps.J'écoute beaucoup de musique, je dessine aussi.Et puis je vais voir ma tante qui habite le même building que moi.Elle est pas mal sympathique.Ça recrée une atmosphère de famille.\u2014Tes amis, ce sont des gens comme toi ?\u2014 Oui et non.Il y en a qui ont une vie plus normale que la mienne, qui sont plus straight que moi.\u2014Vivre en commune, ça t'a déjà tenté ?\u2014 Je n'ai pas un esprit ultra-communautaire, je suis pas mal individualiste.Je me fatiguerais vite du monde.\u2014 Et les filles, tu en connais?Qu'est-ce que tu en penses ?\u2014J'en connais pas tellement pour le moment, ça adonne pas.J'ai pas tellement d'opinions sur elles encore.Il y en a de différentes sortes.\u2014 Est-ce que tu as l'impression d'être en dehors du système, d'être à part ?\u2014 Non, je suis dans le système, mais en retrait.A partir du moment où quelqu'un a besoin d'argent pour vivre, il est dans le système.Je veux voyager, dans deux ou trois ans.Il faut que j'aie un peu d'argent.\u2014 Les adultes, en général, tu les vois comment ?\u2014 Ça dépend du comportement des gens.Il y en a de bizarres.Ceux qui mentent parce qu'ils ont peur de la vérité ou pour se donner de l'importance, je les supporte pas.J'aime pas les prétentieux Mais en général, les adultes, j'aime ça les entendre parler Je les observe beaucoup.\u2014 Beaucoup d'adultes pensent que les jeunes de ton âge ne sont que des tête folle .\u2014 On est tête folle tant qu'on peut Quand on peut plus l'être, on peut plus l'être» PSjTT! DE LA TUQUE A TROIS-RIVIÈRES La rentrée, dont nous faisons le thème de ce numéro de Perspectives, signifie, bien sûr, pour la majorité d'entre nous la fin des vacances, mais nullement la fin de l'été, non plus que celle des fêtes populaires ou des événements sportifs qui ont lieu à travers tout le Québec.A preuve, la «Classique» internationale de canots de la Mauricie, qui tient à la fois de la fête populaire (c'est commencé depuis deux jours) et de l'événement sportif (la course débute aujourd'hui même pour se terminer lundi).Si nous désirons souligner l'événement, c'est qu'il fête cette année ses 45 ans, puisqu'il remonte aux célébrations du tricentenaire de Trois-Rivières, en 1934 Or si nos amis du Saguenay-Lac-Saint-Jean ont pu se glorifier avec raison d'avoir organisé, du 1er au 8 juillet dernier, les championnats mondiaux de canoë-kayak qui se sont disputés à Jonquière et à Desbiens, les Mauriciens peuvent se vanter d'être les pionniers dans ce domaine.Et nous ne nous chicanerons pas sur le sens des mots, à savoir si un canoë est un canot.La première course fut organisée pour commémorer le souvenir du père Buteux, jésuite missionnaire et premier martyr trifluvien, qui fut assassiné et jeté dans les eaux du Saint-Maurice par les Iroquois le 10 mai 1652.Depuis \u2014 pour ne pas éveiller de vieilles chicanes, sans doute \u2014, cette épreuve sportive d'un parcours de 120 milles en trois étapes, de La Tuque à Trois-Rivières, se présente comme un vivant hommage aux pionniers de la Mauricie pour qui le seul moyen de transport était le canot.Ce matin même, quelque 70 équipes provenant des quatre coins du pays et des Etats-Unis ont pris le départ à 7 heures de La Tuque pour se rendre jusqu'à Saint-Roch-de-Mékinac.De là.demain, ils partiront à 10 h 30 pour se rendre jusqu'à Shawimgan Lundi, le départ se fera à 12 h 30 en direction de Trois-Rivières.Aux différentes étapes du parcours, on attend quelque 150000 personnes durant ces cinq jours, qui en plus de surveiller les athlètes peuvent assister à des danses du bon vieux temps, des pièces de théâtre, des expositions d'artisanat, des défilés de corps de clairons et tambours.Et le tout, bien sûr, sans bourse délier.Alors, si vous désirez marquer la rentrée par une sortie, rendez-vous à la 64e édition de la «Classique» internationale de canots de la Mauricie.Après, l'été pourra prendre fin.Et ne nous chicanons pas quant à savoir quand l'été commence et prend fin dans ce pays.NOS LECTEURS RÉPONDENT A L'APPEL Le 21 juillet dernier, sous la signature de Marie-France Bouillon, Perspectives publiait un reportage intitulé Lire avec l'oreille, qui décrivait ce merveilleux service aux aveugles qu'est la Magnétothèque, fondée en 1976 par André Hamel Rappelons qu'il s'agit d'enregistrer sur bande magnétique des livres destinés initialement aux étudiants aveugles.C'est ainsi qu'un jeune Québécois, André Hamel, devenu accidentellement aveugle, a pu terminer ses études universitaires grâce à Recording for the Blind, service qui existe aux Etats-Unis depuis 1951.Tout naturellement lui est venue l'idée d'offrir ici ce service, en français.Rappelons que le sous-titre de notre article se lisait ainsi: «La Magnétothèque 7 700 heures d'enregistrement, 225 bénévoles.Mais ce n'est pas assez.Les 20000 aveugles du Québec ont besoin de votre voix.» Et à la fin de l'article, nous donnions l'adresse et le numéro de téléphone de la Magnétothèque.Eh bien, en date du 3 août, M.André Hamel nous écrivait ceci: «Votre collaboration nous a été précieuse car nous avons reçu jusqu'ici au-delà de 200 appels de personnes intéressées à nous aider.» Nous tenions à transmettre les remerciements de M.Hamel à nos lecteurs.Jean Bouthillette La semaine prochaine Voulez-vous jouer avec nous?Quand l'invitation vient de la télé, la réponse est enthousiaste, dit Louise Leblanc dans son reportage De plus: les Jeux des handicapés; Louise Deschâtelets, comédienne, fermière et syndicaliste, les enfants que beaucoup d'adultes hésitent à adopter; et nos chroniques habituelles.1er septembre 1979 - 7 un pl*n tupurbe ' VU , â£à* r U ptlIU mis «van him.\u2022vail (rind ai au» ira» hli«u4a Vingt ans après les Nations unies, des enfants formulent leurs droits PAR DENISE JOBIN La Déclaration des droits de l'enfant, adoptée à l'unanimité par l'Assemblée générale des Nations unies le 20 novembre 1959, est, en fait, un énoncé de dix principes visant à la protection et à l'épanouissement des enfants à travers le monde.Les principes inclus dans cette Déclara-tion se résument comme suit : \u2022Tous les enfants ont des droits et ce, sans exception ni discrimination ; \u2022Droit à une protection spéciale afin de s'épanouir dans des conditions de liberté et de dignité; \u2022Droit à un nom et à une nationalité; \u2022Droit à une alimentation saine, à un logement, à des loisirs et à des soins médicaux convenables; \u2022Droit à des traitements et des soins spéciaux.en cas de désavantage physique ou mental; \u2022Droit à leur milieu, à l'affection et à la sécurité; \u2022Droit à l'éducation nécessaire au développement de leurs capacités ; \u2022Droit d'être les premiers à recevoir secours et protection en cas de catastrophe, \u2022Droit d'être protégés contre la négligence, la cruauté et l'exploitation ; \u2022Droit de grandir dans la fraternité universelle.A l'école Raymond, à Laval-Ouest, on a invité des enfants de huit à douze ans à exprimer leurs commentaires sur la question Le seul instrument pédagogique utilisé fut une série de dix volumes expliquant chacun des Droits de l'enfant.Il s'agit de la collection Raconte-moi mes droits, publiée aux Editions Dupuis, distribuée par la maison Granger Frères et qui sert d'illustration au présent article.Il est à noter que les enfants n'ont pris connaissance de ces albums qu'après avoir retracé les principes de la Déclaration des Nations unies à partir de leurs propres désirs ou de l'information qu'ils tenaient de leur milieu.Le premier droit qu'ils ont signalé fut le droit à une saine alimentation, assorti de suggestions telles que: «Il devrait y avoir plus souvent du poulet avec des frites au menu.» \u2014 «Moins souvent de steak.» \u2014 «Ne plus manger de foie et de boudin.» \u2014 «Pas s'arrêter de jouer parce que c'est l'heure de manger » Au sujet du logement, le commentaire principal, pour six d'entre eux: «On devrait avoir une chambre à nous ou bien pouvoir faire disparaître de temps à autre le frère ou la soeur avec qui on la partage.» Lorsqu'ils en arrivent à parler d'amour et d'affection, ils paraissent très satisfaits de leur sort, mais avec la remarque suivante: «Nos parents devraient moins souvent nous chicaner.» Quant au droit à l'instruction, il suscite des désirs comme : «Ne plus avoir de devoirs à faire à la maison.» \u2014 «Aller à l'école deux jours et avoir cinq jours de congés.» \u2014 «Plus d'activités et de sorties à l'école.» Des droits plus particuliers et sans doute inhérents à leur situation sociale et familiale sont venus allonger la liste «Il est important de ne pas avoir de vieux vêtements pas à la mode, trop petits ou déchirés, pour pas être regardés par les autres et faire rire de nous autre.» «Nous avons besoin d'argent pour acheter des gâteries comme le chocolat, pour aller voir des films, pour acheter des cadeaux à nos parents, pour apprendre le sens de l'économie ou bien pour le mettre à la banque pour plus tard.» Droit à la parole : «On a le droit de parler et de donner notre opinion, on n'aime pas ça se faire couper la parole.» «Ça serait pas bon que nos parents nous laissent faire tout ce qu'on veut, ça voudrait dire qu'ils ne nous aiment pas et plus tard on serait pas heureux.» Et vos enfants?Et vous, les enfants ?Où en êtes-vous ?\u2022 8 ¦ 1er septembre 1979 JSSS WFM ijtLj ¦%2T* '} w * V\t.iîW mjità wmm la collectionRiconte-moi met'd* just Éditions Dupuis et distribuée 1er septembre 1979 -9 1 y*' A- t5> * 'v ft \\- \t NOTRE PAIN QUOTIDIEN L'émission de radio \"La vie quotidienne\", avec les populaires \"commères\" de Radio-Canada, Lizette Cervais et Andréanne Lafond, revient sur les ondes cet automne de 9h 30 à midi, du lundi au vendredi.Un seul changement: l'équipe qui était dirigée depuis trois ans par André Hamelin, est maintenant sous la responsabilité de Suzanne Mercure, autrefois réalisatrice aux émissions d'affaires publiques télévisées.Suzanne Mercure a voulu faire l'expérience du médium radio, nul doute que son dynamisme et sa vaste expérience apporteront de l'eau au moulin de notre \"Vie quotidienne\".MOT D\u2019ENFANT La veille de son entrée à l'école, une petite fille demande à sa mère d'un ton angoissé : \u2014\tC'est bien demain que |e dois aller à l'école?\u2014\tC'est demain ton premier jour d'école, répond sa mère.\u2014\tEt moi qui ne sais même pas lire! s'écrie la petite fille.R.S.V.P.Qu'est-ce qu'on leur enseigne à l'école ?se demande-t-on parfois en écoutant les étudiants d'aujourd'hui.Un test administré à 376 étudiants de l'université Western Ontario dénote de nombreuses carences dans la connaissance qu'ont les jeunes de leur pays.Par exemple, 60 p.c.d'entre eux ignorent le nom du gouverneur général du Canada, moins du quart ne peuvent dresser la liste des dix provinces et de leurs capitales.Certains étudiants confondent René Lévesque avec René Simard et l'un d'entre eux a affirmé que Pierre Laporte avait été kidnappé par le Parti québécois.Aurions-nous mieux répondu à ce test ?Une, grande.v premiere Pour un certain nombre de jeunes citoyens, la rentrée amène une grande première: la première journée d'école.Il s'agit d'un événement plus ou moins dramatique selon que l'enfant y est bien préparé ou non Même dans les meilleures circonstances, le passage de la petite enfance libre et insouciante à l'embrigadement dans une institution scolaire reste une démarche un peu triste, comme la fin d\u2019un beau rêve.A'partir de ce moment, on «rentre dans le rang», on apprend à penser et à vivre comme tout le monde, on est conditionné aux dures règles d\u2019une société technocratique.Il y a, bien sûr, de bons côtés: l\u2019aventure intellectuelle, l'émerveillement de la découverte, la camaraderie.Mais ces premiers jours d'école sont surtout des jours de contrainte.L'enfant qui a toujours été libre de ses mouvements est immobilisé sur un banc; de lui, qui laissait sa pensée vagabonder, on exige un constant effort d'attention ; sa main qui courait librement sur le papier est forcée de tracer des signes abstraits bien rangés entre des lignes bien droites.Les adultes ne mesurent pas toujours l'effort considérable exigé de ces enfants.Une bonne façon de se mettre dans la peau du jeune écolier, c'est d'essayer d'écrire de la main gauche ( si on est droitier, bien sûr ) : l'adulte le plus discipliné trouvera cet exercice épuisant, ses muscles n'étant pas préparés aux manoeuvres qu'on leur demande.Après une telle tentative, on devient beaucoup plus sincèrement admiratif devant une belle rangée de «bâtons» exhibés par un nouvel élève du cours primaire.L'école d'aujourd'hui a évolué.On y retrouve de moins en moins les rangs de pupitres vissés aux parquets, les consignes de silence absolu, les horaires rigides ponctués de la cloche rituelle.L\u2019école d'aujourd'hui est plus aérée, les classes sont plus gaies, les livres plus attrayants, les professeurs plus permissifs.N'empêche que, quelque détendue que soit l'atmosphère d'un milieu scolaire, il est perçu comme pénible par les jeunes écoliers.A preuve cette anecdote.Un enfant, que ses parents avaient longuement préparé à sa première journée d'école, s'en était sorti avec les honneurs de la guerre.Il n'avait pas pleuré, s'était plié aux règlements, etc.Ses parents le félicitent abondamment, et le gamin est tout fier de sa performance Au moment de le coucher, sa mère lui dit : \u2014 Il faut te coucher tôt si tu veux être en forme pour aller à l'école demain \u2014 Comment! s'écrie le gamin, il faut que j\u2019y retourne demain ?Henriette Major BÉNÉVOLES DEMANDÉS Le bénévolat d'aujourd'hui, c'est un engagement social.Il ne se développe plus grâce à la seule initiative des groupes religieux mais bien davantage avec le concours de toute la communauté.Le bénévole exerce la responsabilité que chaque individu doit de plus en plus assumer envers ceux qui l'entourent, le soutien familial n étant pas toujours aussi fort que par le passé.Le bénévolat, c'est l'affaire du citoyen engagé Les champs d'action du bénévolat se sont considérablement élargis au cours des dernières années ; ils sont maintenant aussi divers que peuvent l'être les intérêts et les aspirations de chaque individu qui veut devenir bénévole.Pour devenir bénévole, vous pouvez vous adresser à: L'Association des centres de bénévolat du Québec, 1224 ouest, rue Sainte-Catherine, Montréal, Tél : 866-3351.METIER: CASSEUR D\u2019OEUFS A la cantine de LC2, on emploie six personnes qui travaillent tous les jours de 4 à 7heures du matin et sept |ours par semaine à casser des oeufs, on n'a pas encore inventé de machine pour faire ce travail.Il passe chaque matin entre les mains de ces employés quarante-sept caisses d'oeufs de quinze douzaines chacune.Propre, propre, propre Depuis deux ans déjà, la polyvalente lean-Nicolet (à Nicolet) confie l'entretien ménager de ses locaux à une coopérative étudiante.Cet été, des équipes de leunes ont fait le grand ménage de leur école.Ils travaillent par équipes de cinq ou six, les garçons se réservant les gros travaux, les filles, les travaux plus légers.On les rétribue en déposant un montant à leur compte en banque, façon de les inciter à l'économie.D'après M.lean Lavallée, technicien en administration, les jeunes font du beau travail; à la rentrée ils reprennent leur contrat pour l'entretien journalier qui se fait après la classe, entre 4 et 6 heures.Cette initiative donne aux jeunes le sens des responsabilités et semble réduire le nombre d'actes de vandalisme, si fréquents dans les institutions scolaires; de plus, l'école économise sur le budget d'entretien Voilà une initiative qui devrait en susciter d'autres semblables L\u2019EDUCATION MISE EN QUESTION « Eduquer, pour une société de consommation, revient à former des consommateurs.La réforme de la classe, sa dispersion ou son agrandissement, ne sont ni plus ni moins que des méthodes qui, en dépit de leurs différences apparentes, visent toutes à la formation de consommateurs de biens aussitôt démodés.La survie d'une société dans laquelle les technocraties peuvent redéfinir le bonheur de l'homme, assimilé à la consommation des produits récents, dépend des institutions éducatives (depuis les écoles jusqu'aux agences publicitaires) qui transforment l'éducation en un moyen de contrôle social.» Ivan Illich « Une société sans école » ( Editions du Seuil ) Un grand pas : la maternelle Sera mieux préparé à profiter pleinement de la maternelle : \u2022\tl'enfant qui ne souffre pas d'insécurité et qui a confiance en lui ; \u2022\tqui sait dire son nom, son adresse et son numéro de téléphone ; \u2022\tqui reconnaît ses vêtements et qui s'habille seul ; \u2022\tqui a été quelques fois séparé de sa mère; \u2022\tqui a connu une autorité autre que celle de ses parents; \u2022\tqui a déjà eu l'occasion de faire des expériences hors du foyer (ex dîner chez un ami) ; \u2022\tqui connaît le chemin de l'école et les lois de la circulation ; \u2022\tqui a déjà manipulé des livres, des crayons, de la peinture, de la plasticine, des ciseaux, de la colle, etc.Histoire de pêche Les histoires de pêche venant du territoire de Baie-lames sont particulièrement époustouflantes.Par exemple, à Baie-)ames, quand on parle d'une truite de vingt centimètres, c'est qu'on l'a mesurée entre les deux yeux.Là-bas, les pêcheurs doivent se cacher pour appâter, sinon, les truites sautent sur l'appât avant qu'on ait eu le temps de le lancer à l'eau.Les premières truites qu'on at-trappe ont un coup de soleil sur le dos: c'est qu'elles se trouvaient sur le rang du dessus, tout près de la surface du lac .10- 1er septembre 1979 wir « *y \\Vs Si ¦«-\u2022Tà^BSÎ -ii\\-.-v^rÿjs.: jT »~ Photos Dtnit Plain La Crand-Place, pavilion ludith-lasmm, est illuminée par la rosace du transept sud de l'église Saint-Jacques, rue Sainte Catherine Ci-dessous, vue de la cour intérieure du pavillon Hubert-Aquin, derrière la chapelle Notre-Dame-de-Lourdes, rue Sainte-Catherine sud\u2022 La Salle des Boiseries, au pavillon ludith-lasmin, tire son nom de l'utilisation qu'on a faite des magnifiques boiseries de la sacristie de l'église Saint-lacques Située derrière le clocher, elle servira de salle de réunion du conseil d'administration, entre autres.FLASH SUR EUQAM Dans quelques jours, ces lieux déserts qui représentent une partie de la Phase I du complexe de l'université du Québec à Montréal recevront 10 000 étudiants.Erigés dans un esprit d'intégration à la vie urbaine, française et culturelle de la métropole, à l'emplacement même de l'ancien Quartier latin, ils englobent le quadrilatère Saint-Denis-de Maisonneuve-Berri-Dorchester.Il est à noter que cette construction moderne a su conserver des éléments architecturaux riches de passé, tel le clocher de l'église Saint-lacques (qu'on ne voit pas ici).Cette passerelle vitrée relie, derrière la chapelle Notre-Dame-de-Lourdes, les deux extrémités du fer à cheval que forme le pavillon Hubert-Aquin. Le pique-nique que je vous offre cette semaine ressemble beaucoup à ceux de mon enfance.Quand la voiture de mes parents et celles de deux ou trois de leurs cousins et amis se suivaient en cortège sur quelque charmante petite route.Nous cherchions soigneusement l'endroit convenable et les adultes, discutant gaiement, examinaient toujours plusieurs terrains avant que nous nous installions.A cette époque, il n'était pas question, pour un repas en plein air, de mets compliqués et de vins chers.Les plats étaient simples, substantiels et.exquis et nous faisions vraiment honneur au menu.C'est en me rappelant ces merveilleux repas sur l'herbe que j'ai choisi les recettes que voici.Le poulet frit se mange froid.Si vous préférez un plat chaud, servez plutôt le ragoût de boeuf.Transportez ce dernier sur les lieux du pique-nique dans un sac isolant.Ou faites comme alors ma mère et ses amies: enveloppez-le d\u2019épaisses couches de papier journal.Vous verrez qu'il se gardera bien chaud.Servez avec des oeufs au vinaigre, une salade de pommes de terre et des petits pains et terminez avec un gâteau.RAGOÛT DE BOEUF FAIT AU FOUR b de tasse de farine Vï de cuil.à thé de paprika 3 livres de boeuf dans le haut de côtes, paré et coupé en cubes de t Vi pouce de côté Vï de tasse d'huile à cuisson 1 cuil.à thé de sel H de cuil.à thé de poivre 3 cuil.à table de moutarde en pâte 1 boîte de 19 onces de jus de tomate 1 tasse d'eau 18 petits oignons blancs, épluchés 18 petites carottes, parées et grattées 1 paquet de 12 onces de grains de mais congelés Mêler la farine et le paprika, dans un plat peu profond Y passer les cubes pour les bien enfariner.Chauffer l'huile dans une grande poêle épaisse et y brunir les cubes de viande de tous les côtés.Mettre ces derniers dans un plat à cuire de 4 pintes, à mesure qu'ils sont de la couleur désirée.Chauffer le four à 350°F.Ajouter, au jus de cuisson qui reste dans la poêle, ce qui reste de la farine au paprika Ajouter, en brassant, le sel, le poivre et la moutarde.Retirer du feu et ajouter le jus de tomate et l'eau, en mêlant bien.Continuer la cuisson, à feu moyen et en brassant, jusqu'à ce que la sauce bouille et soit épaisse et lisse.Verser sur la viande dans le plat à cuire Couvrir hermétiquement et cuire au four pendant IVï heure Ajouter alors les oignons et les carottes, en enfonçant bien ces légumes dans la sauce.Couvrir de nouveau et continuer la cuisson au four, 45 minutes ou jusqu'à ce que les légumes soient presque tendres.Ajouter le maïs et continuer la cuisson 15 MARGO OLIVER \u2022\t\u2022 LA BONNE miISlnB Le bel été, si court chez nous, tire à sa fin.N'en soyons pas tristes, pourtant, et faisons vite un dernier pique-nique.minutes.Pour garder le plat chaud, pendant son transport sur les lieux du pique-nique, l'envelopper d'une épaisse couche de papier journal ou le mettre dans un sac isolant.(6 portions) POULET FRIT 2 poulets à frire, de 3 livres, en morceaux 1 tranche d'oignon 1 carotte, en gros morceaux 1 grosse branche de céleri, avec les feuilles, en gros morceaux 1\tpetite feuille de laurier 6 grains de poivre 2\tcuil.à thé de sel 2 tasses de farine à tout usage, tamisée Friture (au moins 4 pouces d'épaisseur) 2 cuil.à thé de poudre à lever 1 cuil.à thé de sel Vi de cuil.à thé de poivre 1 cuil.à thé de paprika 1\ttombée de muscade 2\toeufs 2 tasses de lait Mettre les morceaux de poulet dans une grande casserole ou une cocotte.Couvrir d'eau.Ajouter l'oignon, la carotte, le céleri, le laurier, les grains de poivre et 2 cuil.à thé de sel.Chauffer jusqu'à ébullition, baisser le feu, couvrir et faire mijoter, 45 minutes ou jusqu'à ce que la chair du poulet soit tendre sans pourtant se détacher des os.Laisser refroidir dans le bouillon.Egoutter alors le poulet.Passer le bouillon et le ranger au réfrigérateur; on pourra l'utiliser un autre jour, pour une soupe par exemple.Chauffer le four à 400° F.Etendre 2 tasses de farine dans une plaque.Chauffer au four, en brassant souvent, 20 minutes ou suffisamment pour brunir légèrement la farine.Laisser refroidir.Chauffer la friture à 375°F.Mêler la farine, 2 cuil.à thé de poudre à lever, 1 cuil à thé de sel, le poivre, le paprika et la muscade.Battre ensemble les oeufs et le lait.Ajouter le mélange sec et battre pour obtenir une pâte claire et lisse.Tremper les morceaux de poulet dans cette pâte, quelques-uns à la fois, et les secouer un peu pour en faire tomber tout excès.Plonger les morceaux de poulet dans l'huile chaude, quelques-uns à la fois, et les faire frire, 5 minutes ou jusqu'à ce qu'ils soient dorés.Les égoutter sur du papier absorbant Laisser refroidir et bien réfrigérer ensuite.Transporter dans une glacière portative 12- 1er septembre 1979 I xtra Spéciale extra Douce Savourez le bon goût Rothmans dans une cigarette spéciale douce1 ou dans un sac isolant.(De6à8 portions) OEUFS AU VINAIGRE 12 oeufs 1 cuil.à table de piment de la Jamaïque (allspice), en grains entiers 1 cuil.à table de gingembre frais finement haché 1\tcuil.à thé de clous de girofle entiers 2\tpiments rouges forts (chillies) entiers, séchés 1 gousse d'ail, broyée 3\ttasses de vinaigre de cidre 1 tasse d'eau 1 cuil.à table de sucre 1 cuil.à thé de sel batteurs.Incorporer à la pâte.Etendre la pâte dans le moule et cuire au four, de 40 à 45 minutes ou jusqu'à ce qu'une légère pression du doigt, au centre du gâteau, ne laisse aucune empreinte.Laisser refroidir dans le moule.Recouvrir de la glace au cacao crémeuse.Apporter au pique-nique dans le moule.Glace au cacao crémeuse ¦A tasse de graisse végétale ramollie (voir note) 2Vi cuil.à table de farine Vï de cuil.à thé de sel Vi tasse de lait 3 tasses de sucre à glacer tamisée Vï de tasse de cacao Vi cuil.à thé de vanille Vï de tasse de noix hachées Vï de tasse de gros raisins de Corinthe Faire fondre la graisse végétale dans une casserole moyenne.Ajouter la farine et le sel et bien mêler Ajouter le lait, petit à petit et en brassant.Chauffer jusqu'à ébullition, en brassant constamment.(Ne pas s'inquiéter si le mélange n'est pas parfaitement homogène).Retirer du feu.Tamiser ensemble, dans le mélange, le sucre et le cacao; ajouter aussi la vanille.Mettre la casserole dans un plat d'eau glacée et brasser la glace jusqu'à ce qu'elle soit suffisamment épaisse pour bien s'étendre Ajouter les notx et les raisins, bien mêler et étendre sur le gâteau.Note : si on le désire, remplacer une partie de la graisse végétale par du beurre* Mettre les oeufs dans une grande casserole.Ajouter de l'eau froide jusqu'à 1 pouce au-dessus des oeufs.Chauffer à feu vif, sans couvrir la casserole, jusqu'à ébullition.Retirer du feu, dès que l'ébullition commence, et couvrir la caoserole hermétiquement.Laisser reposer 20 minutes.Egoutter les oeufs et les rincer à l'eau froide courante pour les bien refroidir.Les écarter alors et les mettre dans des bocaux bien chauds et stérilisés.Enfermer, sans serrer, dans un morceau de gaze dit coton à fromage, le piment de la lamaïque, le gingembre, les clous de girofle, le piment fort et l'ail.Mettre le vinaigre, l'eau, le sucre et le sel, dans une casserole.Ajouter le sachet de condiments et chauffer jusqu'à ébullition.Baisser le feu et laisser mijoter 10 minutes, leter le sachet de condiments et verser le liquide bouillant sur les oeufs dans le bocal.Sceller ce dernier.Réfrigérer et laisser reposer 2 jours avant d'utiliser.GÂTEAU FUDGE AU CHOCOLAT Vï de tasse de beurre ramolli 3 jaunes d'oeufs IVi tasse de sucre Vi tasse de cacao 2Vï tasses de farine à gâteaux tamisée 3 cuil.à thé de poudre à lever 1 tasse d'eau froide 1 cuil.à thé de vanille 3 blancs d'oeufs Glace au cacao crémeuse (notre recette) Chauffer le four à 350° F.Graisser et enfariner un moule à gâteau de 13 x 9x 2 pouces.Battre ensemble le beurre et les jaunes d'oeufs, à la grande vitesse d'un malaxeur électrique, pour obtenir un mélange bien léger.Mêler le sucre et le cacao, dans un petit bol, et ajouter le tout au mélange en crème, petit à petit et en battant bien après chaque addition.Tamiser ensemble la farine et la poudre à lever.Mêler l'eau et la vanille Ajouter, au mélange en crème, les ingrédients secs et l'eau, petit à petit et en alternant; bien battre après chaque addition.Battre les blancs d'oeufs jusqu'à ce qu'ils forment des pics fermes au bout des Avis: Santé et Bien-être social Canada considère que le danger pour la santé croit avec l'usage - éviter d'inhaler Moyenne par cigarette - \"goudron\" 12 mg, nie.09 mg.1er septembre 1979 - 13 L'ÉCOLE CARDINAL-ROY, DE QUÉBEC, SE PENCHE SUR LES ÉLÈVES EN SITUATION D'ABANDON SCOLAIRE IL FAUT QU\u2019UNE PORTE SOIT OUVERTE.v v v m PAR NICOLE BEAULIEU « A la maison, tout allait mal ; à l'école, ça ne marchait pas non plus ( aurais tout laissé tomber si personne n'était intervenu » France, 18 ans, un an de retard pour cause de maladie, termine son secondaire V à l'école Cardinal-Roy de Québec; elle ira au cégep.Il s'en est fallu de peu pour qu'elle abandonne bien avant, comme le font chaque année plus de 60 000 élèves du secondaire au Québec.Elles sont trois autres à se raconter: Francine, aux prises avec des problèmes d'argent depuis que sa belle-mère l'a mise à la porte; Anne, dont le malheur est d'être perçue à tort comme une délinquante par sa famille d'accueil; Lorraine, découragée par les attentes trop grandes de ses parents à son égard.Leurs difficultés familiales les empêchaient de s'intégrer à l'école.Ces «élèves en situation d'abandon scolaire» ont été rescapées par une équipe mise sur pied à l'automne 1977 dans leur école pour réduire l'absentéisme et l'abandon qui y sévissaient à des taux si exagérés que la direction craignait d'en faire le compte Depuis, la situation s'est grandement améliorée En juin dernier, les cas d'absentéisme chroniques avaient diminué des deux tiers et, résultat inespéré, 106 des 909 élèves n'avaient manqué aucun cours.Quant aux 25 drop-out s, ils avaient pu bénéficier d'une aide amicale au moment du départ et même après.L'école, en effet, continue à se préoccuper de ceux qui l'ont quittée trop tôt.« Peu importe le choix de l'élève, l'essentiel est qu'il en arrive à se prendre en main», affirment les membres de l'é- quipe Esas (pour «élèves en situation d'abandon scolaire »).UNE ÉQUIPE DYNAMIQUE L'équipe, c'est d'abord Josette Renaud-Drouin, conseillère en fréquentation scolaire (elle se définit d'abord comme ombudsman.), qui, la première, intervient quand un élève a des problèmes avec un prof ou se signale par ses absences « anormales et prolongées » C'est aussi Carole Ouellet-Rochefort, travailleuse sociale, qui pratique l'écoute active.« Les adultes sous-estiment les problèmes des jeunes, dit-elle.Ils les écoutent souvent pour se donner bonne conscience, sans leur apporter toute l'attention nécessaire.» Et puis, il y a Yves Carrier, homme d'action, tourné vers ceux qui ne veulent plus rien savoir de l'école S'il ne réussit pas à les réorienter, il les guide vers le marché du travail.Estelle et Mario, 17 ans, voulaient à tout prix voler de leurs propres ailes.Yves Carrier a tenté de leur faire voir les deux côtés de la médaille mais, puisque leur choix semblait irrévocable, il les a aidés à faire leur entrée dans le monde du travail.Il leur a d'abord dispensé un cours en « méthode dynamique de recherche d'emploi ».Puis, ils ont visité les centres de main-d'oeuvre, contacté des employeurs.Finalement, Mario s'est retrouvé commis d'épicerie; Estelle, téléphoniste.Déçus, tous deux songent à retourner aux études .(« Ça prend de l'instruction, hein ») Parce que l'école n'a pas rompu tous les liens avec eux, il leur sera sans doute plus facile de revenir sur leurs pas L'histoire d'Esas remonte à l'automne de 1976.Nouvelle venue à Cardinal-Roy, la directrice adjointe à la vie étudiante, Mme Micheline Lavallée, avait été frappée par l'ampleur du phénomène de l'abandon et de l'absentéisme.«Malgré nos contacts répétés avec les parents durant toute l'année, dit-elle, les absences aux cours restaient très nombreuses; les jeunes quittaient aussi en grand nombre et, n'ayant que peu de temps à leur consacrer, je les voyais partir avec un serrement au coeur.» Un bon jour, elle eut l'idée de soumettre un projet au ministère de l'Education, dans le cadre du programme d'aide aux milieux défavorisés.Accepté, le projet se vit accorder $44000 la première année, près de $50000 la suivante.La présence du trio se fit rapidement sentir dans l'école.Non seulement eut-elle pour effet de réduire absences et abandons, elle contribua largement à ranimer le climat: « Le projet a marqué le début d'une prise de conscience, affirme Micheline Lavallée.Il a déclenché chez les adultes le goût de s'engager » Parallèlement, un véritable projet éducatif prenait corps.On instaurait le tutorat, créait un comité de valorisation des plus méritants au plan scolaire et parascolaire et.resserrait la discipline! Virage à droite?Peut-être.Qu'importe?On se dit convaincu que les jeunes apprécient une autorité chaleureuse mais ferme: « Ils ont besoin d'adultes capables de les écouter, de les encadrer, de leur montrer leurs contradictions», soutient Carole Ouellet.CERTAINS PARTENT PERDANTS Située en zone grise, l'école Cardinal-Roy accueille 909 élèves du deuxième cycle du secondaire.« Certains sont mar- qués au fer rouge, constate Yves Carrier.Il y a des élèves bien doués qui, nés dans la haute ville, seraient devenus avocats ou médecins; nés dans la basse ville, ils ne finiront même pas leur secondaire.» La réforme de l'enseignement, en dépit de ses visées démocratiques, n'a pas su assurer l'égalité des enfants de tous les milieux face à l'école.Règle générale, un élève décroche parce qu'il se sent mal dans sa peau d'écolier depuis longtemps.Il connaît l'échec, le conflit avec l'autorité, l'écœurement.Pour lui, fuir c'est survivre.Parfois, la situation est tellement détériorée qu'il vaut mieux partir.Lointaines et multiples, les causes d'abandon et d'absentéisme sont difficiles à cerner.Il y a les problèmes personnels et familiaux: manque de soutien et d'encadrement, conflits de génération, déséquilibres dus à la maladie, la mortalité, la désunion, le chômage, l'alcoolisme, la drogue.Les mauvais élèves ont souvent de bonnes raisons d'avoir la tête ailleurs ! L'histoire scolaire compte aussi : certains partent du mauvais pied alors que d'autres font en cours de route des choix erronés ou irréalistes.Mais ça n'explique pas tout, loin de là.L'école doit aussi être mise en cause : trop théorique, trop éloignée de la vie, trop peu représentative des valeurs des moins-nantis comme le démontrent toutes les études effectuées là-dessus.« Peut-on mesurer l'impact d'un projet comme le nôtre?» demande Carole Ouellet.Les statistiques sont loin de < contenir l'essentiel.Bien sûr, ce projet peut être discutable à certains égards puisqu'il normalise, temporise, visant l'intégration des marginaux dans le système, mais que proposer à ces jeunes 14 - 1er septembre 1979 GuyFOURNIER UNE HISTOIRE DE «Q» GROUPE IMAGE, André Boucher SwjêSpc.?qui, autrement, n'auraient d'autre choix que la rue ?Réaliste, concret, les deux pieds bien collés au présent, Yves Carrier ne se fait pas d'illusions.«On ne changera pas la société, on ne changera pas la famille non plus, on ne réglera pas tous les problèmes des jeunes, c'est évident; mais qu'on les aide à se sentir un peu mieux dans leur présent et ça sera autant de gagné » Avec lui, la bureaucratie se fait souvent déjouer.Un élève s'intéresse à la cuisine.Il lui fait aussitôt visiter une école d'art culinaire; en l'absence des préalables exigés, il ira même jusqu'à négocier son admission! « |e voulais apprendre un métier tout de suite; le lendemain, j'étais ici», m'a raconté sur place un futur plombier apparemment fort satisfait de son choix.Un autre opte pour le marché du travail ?Il lui en fera voir la réalité, sans tricherie, l'encourageant à la persévérance même s'il est difficile de trouver un premier emploi et même si, hélas, il faut bien commencer au bas de l'échelle.«Souvent, le jeune fait le brave mais il a peur de rencontrer un employeur, il ne sait pas comment s'y prendre.» Il lui enseigne donc la manière de procéder: comment préparer un curriculum vitae, comment se présenter devant l'employeur, comment utiliser les services existants, etc.Il l'accompagne dans ses premières démarches et continuera même après son entrée sur le marché du \"travail, à prendre de ses nouvelles Peut-être aura-t-il été nécessaire auparavant de visiter sa famille pour la mettre au courant de ses intentions.Peut-être, entre-temps, aura-t-il suggéré à ce nouveau travailleur de s'inscrire à une école De g.à dr.: Micheline Lavallée, directrice adjointe ( vie étudiante), Carole Ouellet-Rochefort et Yves Carrier, membres de l'équipe Csas.de métier au cas où.DIFFICILE?OUI.La tâche est souvent difficile Peu motivés à l'école, les drop outs ne le sont pas toujours davantage devant le marché du travail qu'ils savent ingrat pour les gens sans qualification ni expérience.Parce qu'ils manquent de confiance en eux, ils s'enferment volontiers dans le rôle du gars (ou de la fille), blasé, que rien ne saurait intéresser Parce qu'ils ont connu l'échec scolaire, ils jouent le rôle du raté.Yves Carrier voit avec inquiétude une certaine partie des décrocheurs lui échapper: les plus démunis, la plupart du temps, qui auraient le plus besoin d'aide II cherche le moyen de rejoindre tous ceux qui, écoeurés de l'école, pas encore mûrs pour le marché du travail, vont flâner dans la rue, leur seule issue En attendant, il leur laisse la porte ouverte Il essaie de leur laisser une image positive de l'école; trop de départs, à son avis, s'effectuent dans l'amertume et l'agressivité L'école Cardinal-Roy n'a certes pas la prétention d'avoir trouvé la réponse aux problèmes que soulève le phénomène de l'abandon et de l'absentéisme scolaire.En se reconnaissant une responsabilité envers ses décrocheurs, elle a cependant franchi un pas impoitant qui ouvrira sans doute la voie à d'autres.Le ministèLe de l'Education suit en tout cas, avec un très net intérêt, le cheminement de cette expérience pilote # \u2014Nous v'Ià encore rendus dans un culle-de-sac.Prenant à témoin tous les saints du ciel et quelques pièces de quincaillerie sacré, mon chauffeur de taxi embraya la voiture en marche arrière et, en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, nous étions repartis dans une autre direction.Non seulement il avait prononcé la lettre «I» mais il y avait ajouté un «e» très sonore, si bien que dans sa bouche le mot était devenu «culle-de-sac».L'observant sournoisement par le biais de son rétroviseur, je lui dis qu'il avait fait ses études primaires chez les frères maristes.Simonaque! comment ça se fait que tu sais ça, toé?le me contentai de lui retourner un sourire énigmatique, et, pendant que défilait la rue à la portière, je me revis des années en arrière à l'école Saint-Bernardin, assis dans la première rangée de la classe, entre mon frère jumeau et le petit Gagné qui puait l'étable à plein nez Enorme dans sa grosse soutane trouée comme une passoire et que les religieuses n'arrivaient plus à rapiécer, le frère Xénophon, debout sur l\u2019estrade, traçait à la craie blanche sur le tableau noir les lettres de l'alphabet Nous avions passé la première journée d'école sur la lettre «A» petite et grande, la deuxième sur la lettre «B» et ainsi de suite jusqu'à ce jour fatidique qui marquait notre dix-septième journée scolaire.|e me souviens très bien de ce matin parce que nous étions au premier jour d'octobre et que ma mère, dans sa hantise de nous voir attraper la grippe, nous avait forcés à enfiler nos combinaisons de coton ouaté malgré le soleil resplendissant de l'été des Indiens De ses doigts noueux et déformés par le rhumatisme, le frère Xéphonon traça un beau grand «Q» qui ferait aujourd'hui la |oie du Parti québécois et, tout à côté, dessina un petit «q» Se retournant vivement vers les élèves qui l'avaient regardé écrire avec une béate admiration, le frère demanda à la cantonade comment s'appelait cette lettre |e ne levai pas la main assez vite et c'est le petit Gagné qui eut l'honneur insigne d'apprendre à tous ceux qui ne le savaient pas que cette nouvelle lettre était un «que» Le frère Xénophon fit avancer d'un cran le cheval de papier du petit Gagné qui prenait ainsi la tête du peloton Chaque élève était représenté sur un mur de la classe par un moyen de transport quelconque découpé dans du papier et monté 'ur un fil II y avait toute la gamme possible de transport chevaux, voitures de course.bicyclettes, tricycles, avions, chaloupes et, croyez-le ou non, j'avais eu le privilège de me voir attribuer un «archange».On retrouvait aussi sur ce mur destiné à jeter une lumière permanente sur nos efforts des moyens de transport célestes.En plus de mon archange, il y avait un ange ordinaire, une colombe ayant toutes les apparences du Saint-Esprit et le robuste saint Georges, dé|à chargé du Petit Jésus sur ses épaules Après avoir fait avancer le cheval du petit Gagné, le frère Xénophon nous fit reprendre en choeur les lettres apprises jusque-là.Sur un ton chantonnant, toute la classe déclama les dix-sept premières lettres de l'alphabet, terminant sur le «que».Ensuite, à tour de rôle, chacun se rendit au tableau noir inscrire un «Q» majuscule et un petit «q», après quoi il ne resterait plus pour finir la journée qu'à faire une belle grande page de cette lettre dans notre cahier d'écolier.Pendant les deux longues heures durant lesquelles nous noircissions soigneusement la page de notre cahier, le frère Xénophon, baguette en main, se promena de banc en banc, nous donnant de petits coups sur les doigts pour corriger nos maladresses ou fouillant insidieusement nos culottes du bout de sa baguette lorsqu'il voulait nous signifier sa plus profonde satisfaction Ce jour-là, même si mes «Q» et mes «q» étaient faits à la perfection, la baguette du frère Xénophon heurta un obstacle inattendu: mes combinaisons d'hiver qui ne laissaient guère d\u2019ouverture Comme la baguette s'obstinait, j'en profitai pour faire remarquer tout haut au frère Xénophon que la lettre faisant l'objet de nos travaux ne s'appelait pas un «que» mais un «q», puisque c'est ainsi que le disait toujours Albert Duquesne invitant ses auditeurs à lui écrire au poste CKAC, Montréal, P Q.La classe pouffa de rire, la baguette du frère Xénophon sortit vivement de ma culotte pour s'écraser violemment sur mes doigts et je perdis mon archange qui fut remplacé par une charrette sans intérêt Elle se retrouva à la queue.L'année suivante, c\u2019est le frère Xénophon encore qui fit perdre la tête du peloton au cheval du petit Gagné parce que celui-ci avait commis l'imprudence d'appeler «cul-de-sac» ce que le frère appelait «culle-de-sac» Et sa baguette fouinait toujours du côté de ce qu'on refusait obstinément d'appeler par son nom! le payai ma course au chauffeur de taxi sans lui expliquer comment j 'avais deviné qui lui avait enseigné l'alphabet.1er septembre 1979 - 15 MK W.\\ AfBWpr?' 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