L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1 novembre 1885, lundi 16 novembre 1885
5me Année 16 NOVEMBRE 1885 Numéro 18 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE JOURNAL D’EDUCATION ET D’INSTRUCTION PARAISSANT LE 1er ET LE 15 DE CHAQUE MOIS, LES VACANCES EXCEPTÉES •Ï.-13.CïiOUTIJEïi, Rédacteur-propriétaire AIDÉ PAR UN COMITÉ DE COLLABORATION Prix de l’abonnement : UN DOLLAR par an, invariablement payable d’avance Toute correspondance, réclamation, etc., concernant la rédaction, devra être adressée à J.-B.Cloutier, professeur à l’école normale Laval ; celles concernant l’administration, à L.J.Demers & Frère, imprimeurs-éditeurs, no.30, rue de la Fabrique, Québec.SOMMAIRE :—Actes officiels : Circulaires de l’Honorable Gédéon Ouimet aux inspecteurs, aux commissaires et syndics d’écoles et aux directeurs des maisons d’éducation, concernant l’exposition scolaire de Londres.— L’exposition scolaire de Londres.— Nominations de commissaires et de syndics d’écoles.—Pédagogie : De la théorie et de la pratique dans l’enseignement, par M.A.Chatigny.—Partie pratique : I, Dictée—Le beau fruit,—II, Dictée —Mon village.—III, Dictée—Mort de l’athée.— Divers : Statistique scolaire.—Télescope gigantesque.—Philologie japonaise____Bibliographie__ Annonces.Actes Officiels Commission chargée de préparer une exposition scolaire pour l’Exposition coloniale de Londres delSSQ.CIRCULAIRE No 1 Aux universités, séminaires, collèges, couvents et autres maisons cV éducation supérieure, et aux écoles publiques élémentaires subventionnées et non subventionnées.Québec, 26 octobre 1885.M.A l’occasion de l’exposition coloniale qui doit avoir lieu à Londres, au printemps prochain, le représentant du Canada en Angleterre, T Honorable Sir Charles Tupper, a invité les départements de l’instruction publique des différentes provinces de la Confédération canadienne à faire les prépa- ratifs nécessaires pour y prendre une part aussi complète que possible.Sur la communication officielle qui leur fut faite des intentions du Gouvernement relativement à cette exposition, les comités catholique et protestant du conseil de l’instruction publique, le premier à sa séance du 23 septembre dernier, le second à sa réunion du 9 du meme mois, décidèrent de prendre les mesures nécessaires pour que nos maisons d’éducation supérieure et élémentaire puissent figurer avec avantage à ce grand concours intercolonial.A cet effet, le Gouvernement provincial, par arrêté du 16 octobre courant, a nommé une commission spéciale composée de l’Ho-norabie Gédéon Ouimet, surintendant de l’instruction publique, de M.l’abbé L.N.Bégin, principal de l’école normale Laval, du Rév.I.Elson Rexford, secrétaire du Département de l’instruction publique et de M.Paul de Gazes, pour surveiller les préparatifs de l’exposition scolaire de la province de Québec, à Londres.C’est donc, comme président de cette commission et comme surintendant de l’instruction publique, que je fais appel à la bonne volonté de toutes les institutions scolaires catholiques et protestantes de la province, pour maintenir le rang honorable qu’elles ont conquis aux deux dernières grandes expositions universelles de Paris.Il est important de prouver l’efficacité de 222 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE notre système scolaire, dont le département de l’instruction publique entend donner un exposé aussi détaillé que possible, parles résultats pratiques obtenus dans son application.Je convie donc chaque institution, quelque soit son rang dans l’échelle de l’instruction publique, à préparer avec soin tout ce qui pourra contribuer à donner une idée aussi exacte que possible de l’état de l’instruction dans notre province.En réunissant tous nos efforts, nous réussirons, j’en suis convaincu, à conserver, sinon à dépasser, le rang honorable que nous avons déjà su gagner ailleurs, dans cette lutte de l’intelligence à laquelle nous allons bientôt être appelés à prendre part.J’ai l’honneur d’etre, M.Votre obéissant serviteur, Gédéon Ouimet, Surintendant de Vinstruction publique, \ Président de la commission.-o-O-o- Commission chargée de préparer une exposition scolaire pour l’Exposition coloniale de Londres de 1886.CIRCULAIRE N°.2.Aux universités, séminaires, colleges, et autres maisons d'éducation supérieure, et aux écoles publiques élémentaires subventionnées et non subventionnées.Québec, 2G octobre 1885.M.Afin de vous mettre à meme de répondre aussi convenablement que possible à l’invitation qui vous est adressée de participer à l’exposition coloniale dont la circulaire ci-incluse vous donne connaissance, j’ai l’honneur de vous communiquer une résolution adoptée par la commission chargée de préparer cette exposition.A la séance de cette commission du 19 octobre courant, à laquelle étaient présents : l’honorable M.Gédéon Ouimet, M.l’abbé Bégin, le Révd.I.Elson Rexford et M.Paul de Gazes, il a été résolu : u Qu’afin de donner plus d’uniformité dans le choix des travaux scolaires qui devront figurer à l’exposition coloniale, les maisons d’éducation supérieure et les écoles publiques élémentaires soient priées d’envoyer, en tant que la chose se-'a possible, plus particulièrement les objets suivants : 1° Une vue photographique de la maison, accompagnée d’un précis historique depuis sa fondation : / 2° Tout ce qui estparticulierà l’institution, tels que livres, appareils et instruments scolaires, etc.; 3° Des copies ou exemplaires des travaux scientifiques ou littéraires faits de i’institu-ou publiés par les professeurs ou les élèves tion ; 4° Des spécimens des exercices journaliers sur l’écriture, le dessin, l’arithmétique, l’histoire, la géographie et les travaux d’aiguille, de tapisserie, etc., etc.“ Gomme il est important que les exercices calligraphiques que les élèves prépareront pour cette exposition soient exécutés sur de bon papier, avec un format uniforme, la commission engage les institutions et écoles françaises à se servir plus particulièrement des cahiers faisant partie des séries des Frères des Ecoles Chrétiennes et de J.A.Langlais, libraire, à Québec, et les institutions et écoles anglaises à n’employer que la série Gage.” J’ajouterai que tous les objets qui seront préparés pour l’exposition devront être adressés au Département de l’instruction publique avant le 1er mars prochain.J’ai l’honneur d’être, M.Votre obéissant serviteur, Gédéon Ouimet, Surintendant de Vinstruction publique, Président de la commission. RENSEIGNEMENT PBIMAIBE 223 Commission chargée de préparer une exposition scolaire pour l’Exposition coloniale de Londres de 1886.CIRCULAIRE N® 3.A MM.les inspecteurs des écoles de la Province de Québec.Québec, 26 octobre 1886.Monsieur l’inspecteur, ' J’ai l’honneur de vous adresser deux circulaires que j’envoie aux maisons d’éducation supérieure et aux écoles élémentaires relativement à l’exposition scolaire coloniale qui doit avoir lieu à Londres, au printemps prochain.Je vous engage à user de tous vos efforts pour que les intentions exprimées à ce sujet par le gouvernement et les deux comités du conseil de l’instruction publique soient suivies avec toute la ponctualité désirable.J’appelle tout particulièrement votre atten- j tion sur la résolution de la commission chargée de préparer l’exposition de notre province, contenue dans la circulaire No.2, : et je vous prie de faire tout votre possible j pour que MM.les Commissaires et Syndics j d’écoles de votre district d’inspection saisis- ] sent bien l’importance que le résultat de j cette exposition scolaire doit avoir pour notre j province.J'ai l’honneur d’être, 1 Monsieur, Votre obéissant serviteur, Gédéon Ouimet, Surintendant de l'instruction publique.Président de la commission.- o-o-o- Commission chargée de préparer une exposition scolaire pour l’Exposition coloniale de Londres de 1836.CIRCULAIRE No 4.A MM.les Commissaires et Syndics d'écoles.Québec, 26 octobre 1885.Messieurs, J’ai l’honneur de vous adresser deux circulaires ci-incluses.Dans la première je vous informe de l’in- • tention que le Gouvernement et les deux comités du Conseil de l’instruction publique 'ont devoir toutes les maisons d’éducation supérieure et élémentaire prendre part, à l’exposition coloniale de Londres, Dans la seconde je vous énumère les principaux objets qui devront faire partie de cette exposition.C’est surtout sur cette dernière que j’appelle particulièrement votre attention, notamment sur la question des cahiers d’écriture qui devront être de la même série pour toutes les écoles d’une même municipalité.Je n’ai pas besoin de vous expliquer, pour vous le faire comprendre, toute l’importance que vous devez attacher aux résultats de cette exposition où un jury composé des hommes les plus compétents sur les matières scolaires sera appelé à prononcer sur l’efficacité du système qui régit nos écoles, J’ai l’honneur d’être.Messieurs, Votre obéissant serviteur, Gédeon Ouimet, Surintendant de Vinstruction publique.Président de la commission.L’EXPOSITION COLONIALE DE LONDRES Nous empruntons à VEducational Record l’article suivant dont nous ne reproduisons que la partie qui peut aussi bien s’appliquer aux école* catholiques qu’aux écoles protestantes.EXPOSITION COLONIALE ET INDIENNE “ Cette exposition qui se tiendra à Londres, Angleterre, commencera le premier de mai prochain, afin de montrer en grand, au monde entier, où.en sont rendues les colonies.Il n’y aura point de compétition du Royaume-Uni, ni des nations étrangères ; l’exposition sera purement coloniale et indienne.Une commission royale a été formée et Bon Altesse le Prince de Galles en a été nommé président.Un espace de 54,000 pieds carrés a été réservé pour le Dominion du Canada par l’ordre du président. 224 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Les Canadiens de toutes les classes et de toutes les parties du pays sont invités à venir de l’avant dans cette grande occasion, afin de placer le Canada au premier rang des colonies de l’Empire Britannique, et de prendre la place réelle qu’il a droit d’occuper dans le monde entier.Chacune des provinces a été invitée à préparer une exposition scolaire.Afin d’en assurer une satisfaisante à la nôtre, une commission a été Dominée par un ordre en conseil du 16 octobre dernier, composée de l’Hon.Gédéon Ouimet, surintendant de l’instruction publique, de M.l’abbé L.R.Bégin, du Bév.Eison I.Bexford et de M.Paul de Cazes, pour s’occuper à préparer l’exposition.La commission s’est assemblée et s’est organisée : M.Paul de Cazes en a été élu secrétaire.Des règles et règlements pour la gouverne de la commission ont été préparés pour être distribués aux inspecteurs, aux commissaires d’écoles et aux supérieurs de toutes les maisons d’éducation supérieure.Cette exposition mérite la plus sérieuse attention de toutes les écoles de la province.Le but de l’exposition est de montrer au public britannique et du continent la condition présente de la vie coloniale, industrielle, commerciale et intellectuelle, ainsi que les avantages que peuvent offrir les colonies à ceux qui désiré-raient venir s’y établir.Le Dominion aura à'sou-tenir la compétition avec les autres colonies, et la province de Québec sera comparée avec les autres provinces sœurs.C’est pourquoi tous les instituteurs doivent montrer le plus grand intérêt à cette œuvre nationale et coopérer avec la commission, afin d’assurer à la province une exposition scolaire qui lui donne le crédit qu’elle mérite.”.La lecture de cet article comme celle des quatre circulaires qui le précèdent démontre toute l’importance que nous devons attacher à cette exposition et le soin, l’empressement que chacun doit mettre pour fournir à la commission tous les matériaux nécessaires.L’Exécutif ne pouvait faire un choix plus judicieux pour former cette commission, car les membres qui la composent ont déjà depuis longtemps donné des preuves manifestes de la plus grande compétence en tout ce qui concerne l’éducation de la jeunesse.Cependant malgré la meilleure volonté du monde, cette commission serait impuissante à remplir la tâche qui lui incombe, sans le concours des institutrices et de3 instituteurs, puisque ce sont eux qui doivent fournir la matière.Il n’y a pas d’école, quelque élémentaire qu’elle soit, qui ne puissent fournir son contingent.Qu’on n’aille pas croire qu’il ne faille présenter que des devoirs parfaits sous tous les rapports ; ce serait chose impossible ; on mettrait par là même les quatre-vingt-dix-neuf centièmes de nos élèves hors de la compétition.Non, les commençants sont les mêmes partout, et l’on ne saurait exiger d’eux plus qu’ils ne peuvent faire, malgré l’excellence de la méthode et le dévouement du maître.D’ailleurs, un juge compétent saura toujours découvrir le bon maître dans les devoirs de ses élèves, quand même ces devoirs ne seraient pas parfaits.Ainsi, mettons de côté toute appréhension puérile, et travaillons, chacun dans la mesure de nos forces, pour fournir à la commission le plus de matériaux possible.-o-O-o- Département de l’Instruction publique.Il a plu à Son Honneur le LIEUTENANT-GOUVERNEUR par un ordre en conseil, en date du 22 octobre courant (1885), de nommer MM.John Bignell, Joseph Morton et William Harding, syndics des écoles dissidentes de la municipalité scolaire de Saint-Roch Nord, comté de Québec.Département de l’Instruction publique 11 a plu à Son Honneur le LIEUTENANT-GOUVERNEUR par un ordre en conseil, en date du 22 octobre courant (1885), de nommer MM.Joseph Rodger et William Adams, syndics des écoles dissidentes de Wickham Ouest, comté de Drummond.Departement de l’Instruction publique Il a plu à Son Honneur la LIEUTENANT-GOUVERNEUR par un ordre en Conseil, en date du 15 octobre courant (1885), de nommer l’honorable surintendant de l’instruction publique, le Rév.L L’ENSEIGNEMENT PKIMAIRh 225 N.Bégin, principal de l’école normale Laval, Rév.E.I.Rexford, secrétaire du département de l’instruction publique, et M.Paul de Cazes, commissaires pour préparer une exposition scolaire, devant figurer k Londres, à l’exposition coloniale qui doit avoir lieu dans le cours de l’année prochaine.DÉPARTEMBNT de l'Instruction publique Il a plu à Son Honneur le LIEUTENANT-GOUVERNEUR par un ordre en conseil, en date du 15 octobre courant (1885), de faire les nominations suivantes, savoir : Membres des bureaux d'examinateurs.Ville de Montréal, section catholique.—Le Révd.John Quinlivan, en remplacement du Révd.James Hogan, qui a quitté la province.Ville de Québec, section catholique_M.l’abbé Louis N.Bégin, en remplacement du Révd.P.Lagacé, décédé.Rimouski.—Révd.Luc Rouleau, en remplacement du Rév.Louis Desjardins, démissionnaire.Charlevoix,—Charles A.Clément, écr., M.D., de la Baie Saint-Paul, en remplacement de Ovide A.Clément, décédé.Iles de la Madeleine.— Révd.Gérard des Finances, curé de Saint-Pierre de l’Etang du Nord, et le Révd.Henri Thériault, curé ; de Saint-François-Xavier du Bassin.Bureau du Secrétaire Provincial.Québec, 6 novembre 1885.Il a plu à Son Honneur le LIEUTENANT-GOUVERNEUR d’associer les messieurs dont les noms suivent à la commission de la paix : Pour le district de Montmagny.—Félix Fortier, écuyer, de Saint-Michel, comté de Bellechasse.Pour le district de Saint-François.— Lucius Norman Emerson, du canton de Compton, dans le comté de Compton.D4**JM!EMBNT DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE Il a plu à Son Honneur le LIEUTENANT-GOUVERNEUR, par ordre en Conseil en date du 19 septembre dernier, (1885), d’ériger en municipalité scolaire la nouvelle paroisse de “ Saint-Jacques des Piles, ” dans le comté de Champlain, avec les mêmes limites qui lui sont assignées comme paroisse.Département de l’Instruction publique Il a plu à Son Honneur le LIEUTENANT-GOUVERNEUR, par un ordre en conseil, en date du 15 octobre courant, (1885), de distraire de la municipalité scolaire de “ Saint-Ignace,” dans le comté de Missisquoi, pour les annexer à la municipalité scolaire de “ Notre-Dame - des - Anges de Stan-bridge,” dans le même comté, les lots ou parties de lots suivants faisant partie du 7e rang du canton de Stanbridge, savoir : la partie sud-est du lot No.15 appartenant à Joseph Lebeau, la parti© nord du lot No.18 appartenant à Zéphirin Laplante, Jean-Bte.Bélisle et Léon Bessette ; le lot No.19 appartenant à Jean-Bte.Bélisle, Joseph Marois, Narcisse Thibault et Alexandre Galipeau, la partie du No.20 appartenant à Narcisse Thibault, et la partie du lot No.23 appartenant à David et Moïse Méthé.-o-O—o- PÉDAGOGIE De la théorie et de lapratique dans l’enseignement Monsieur le Président, Messieurs, De tous les sujets dignes d’attirer l’attention de l’instituteur, il n’y en a pas, selon moi, qui mérite une plus large place dans son esprit que la recherche des moyens à prendre pour se perfectionner toujours de plus en plus dans l’art si difficile, presque toujours ingrat, (tant sous lo rapport de la reconnaissance que de la rémunération pécuniaire), mais si noble, si élevé de l’éducation de la jeunesse.La recherche des moyens à prendre pour y réussir, y exceller même, doit attirer constamment son attention, afin de so tenir au courant des nouvelles méthodes, des perfectionnements qui ont lieu ; il ne doit jamais craindre d’en savoir trop.Cette étude, commencée dans les écoles normales, doit se continuer toute la vie par la lecture des bons ouvrages pédagogiques, des journaux d’éducation, par la comparaison des méthodes, des systèmes recommandés par les meilleurs auteurs qui ont écrit sur ce sujet ; enfin, et surtout par les conseils éclairés de ceux qui ont eux-mêmes pratiqué. 226 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Mais comme il n’entre pas dans le plan de ces quelques notes écrites à la hâte et jetées un peu pêle-mêle sur le papier, de parler du mérite respectif des divers systèmes qui se partagent aujourd’hui le domaine de l’instruction primaire, j’aborde de suite le sujet sur lequel j’ai cru devoir vous entretenir quelques instants et pour lequel je demande votre bienveillante indulgence.De la théorie et de la pratique dans l’enseignement, surtout dans l’enseignement de l’arithmétique.Yoilà, il me semble, un sujet bien digne de l’attention et de l’étude de toute personne qui se voue à l’enseignement ; car, de l’usage judicieux que l’éducateur fera de ces deux moyens, dépend le plus ou le moins de succès qu’il obtiendra des élèves confiés à ses soins.Messieurs, pour atteindre à la connaissance d’une science, d’un art, d’une profession, d’un métier quelconque, il faut d’abord en posséder les principes : voilà la théorie.Mais pour y exceller, pour arriver à la perfection, il faut mettre la main à l’œuvre, réfléchir, travailler et chercher les moyens de perfectionner l’œuvre ébauchée par la théorie ; c’est-à-dire, appliquer les principes posés : voilà la pratique.Ces deux choses sont nécessaires, indispensables même, mais j’affirme et je soutiens que la pratique vaut encore infiniment mieux que la théorie dans presque toutes les affaires ordinaires de la vie.On peut à la rigueur se passer de théorie, mais on ne peut rien faire sans pratique.Bien souvent, messieurs, dans l’enseignement on sacrifie trop la pratique à la théorie, c’est-à-dire qu’on farcit (passez-moi l’expression) l’esprit, l’intelligence des enfants d’une foule de règles, de définitions plus ou moins intelligibles, bien souvent absurdes, presque toujours au-dessus de leur portée, et on ne réussit à la fin qu’à embrouiller leur mémoire et à fausser leur jugement.Pourquoi ?parce que la théorie s’arrête à la spéculation qui indique simplement ce qu’il peut faire, sans passer à la pratique qui montre comment il faut s’y prendre pour bien faire.—Napoléon disait que les lois qui sont, en théorie, le type de la clarté, ne deviennent que trop souvent un chaos dans l’application.Ne pouvons-nous pas en dire autant des sciences que nous enseignons ?Ne rencontrons-nous pas tous les jours, par exemple, des élèves qui possèdent sur le bout du doigt les règles de la grammaire, les définitions les plus abstraites de l’arithmétique, de la géographie, etc., etc., et ne peuvent en faire la plus simple application.Combien d’élèves qui savent par cœur tous les mystères de la syntaxe et qui ne peuvent cependant écrire correctement le moindre petit billet.Nous voyons cela tous les jours.Un jour, dans un examen public, après avoir entendu un enfant intelligent réciter les définitions des fleuves, des lacs, etc., je lui demandai de me nommer un fleuve.Yous croyez peut-être qu’il va me nommer le St-Laurent, sur les bords duquel nous étions.C’eût été trop simple.il me lança les noms de Bralimapoutra, de Ganges et du fleuve Jaune.Pourquoi ?probablement parce qu’il n’avait jamais été habitué à commencer par les objets qui l’entouraient et qu’il considérait que le St-Laurent était trop près de lui pour mériter d’étre cité : il lui fallait du mystérieux, ou plutôt il s’en tenait purement et simplement à la définition de sa géographie, parce qu’on ne lui avait pas enseigné autre chose.—Demandez à un autre élève de nommer une ville, une île ; sortez un peu du programme appris par cœur, et neuf fois sur dix vous recevrez pour réponse : Londres, Paris, Madagascar.il ne pensera nullement à Montréal, Québec, etc.Encore une fois, pourquoi ?Parce que la pratique, la reflexion ont été sacrifiées à la théorie : on a cultivé la mémoire au détriment du jugement.Combien de maîtres, messieurs, très-habiles d’ailleurs, perdent un temps précieux en longues mais vaines et stériles explications.Us ressemblent a ces maîtres-ouvriers qui se contenteraient de dire à leurs apprentis : “ Regardez-nous faire ” et qui ne leur feraient jamais rien exécuter sous leurs yeux.On comprend facilement quel résultat ils obtiendraient, quels hommes ils formeraient.Mgr Dupanloup a dit quelque part : “Ce n’est pas tant ce que fait le maître que ce qu’il sait faire faire à ses élèves qui assure les plus rapides progrès.” Ces paroles constituent, selon moi, la régie d'or d8 tout bon instituteur et devraient être gravées en caractères d’or au-dessus de l’estrade de chaque maître.L’action du maître ne doit se faire sentir que pour apprendre à l’élève à penser, a réfléchir, à faire l’application / L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 221 lui-même, autant que possible, des principes posés.Tous ses efforts doivent tendre à faire sortir l’instruction du domaine des mots pour entrer dans celui des idées.Je le dis sans crainte, messieurs, je considère que le maître qui après de courtes, de judicieuses explications, sait en faire faire de nombreuses applications soit orales, soit écrites, est celui qui formera toujours les meilleurs élèves.Une branche surtout demande de la part de l’élève une pratique constante pour y exceller : c’est l’arithmétique.Autrefois on regardait l’arithmétique comme un art et l’on exerçait les élèves seulement dans les procédés mécaniques sans lui faire voir ses rapports intéressants avec la science.On en appelait plutôt à sa mémoire qu’à son jugement.La règle de Trois était la golden ride par excellence.L’Intérêt, l’Escompte, etc., se faisaient par la règle de Trois.On voit encore quelques auteurs, égarés parmi les livres classiques nouveaux prêcher cette méthode surannée.L’Arithmétique, messieurs, est une science de raisonnements ayant un langage qui lui est propre aussi bien que toute autre science, et à moins que l’élève ne comprenne ce langage, il ne fera que très peu de progrès.Mais avant d’aller plus loin je ru9 permettrai de dire ici, messieurs, que trop souvent en commence en enseignant l’arithmétique par où l’on devrait finir.C’est-à-dire que l’on fait apprendre à l’élève la définition de l’addition avant qu’il sache additionner deux nombres ensemble, et ainsi de suite pour les autres règles.C’est une erreur.D’abord que l’élève apprenne à additionner, à soustraire, à multiplier, à diviser, et quand il saura par la pratique ce que ces opérations veulent dire, qu’on les lui fasse réciter si l’on veut, alors il comprendra ce qu’il dit.De plus, on fatigue trop la mémoire des commençants en les forçant d’apprendre les tables de multiplication, de division, des poids, des mesures, etc., toutes ces choses doivent suivre le cours ordinaire de l’enseignement et ne s’apprendre qu’au fur et à mesure que l’élève travaille aux problèmes qui s’y rapportent.Il n’y .a pas bien longtemps, un instituteur que je devais supposer s’y connaître pourtant, me disait que nos arithmétiques contiennent trop d’exercices pratiques et pas assez de théorie.Messieurs, nous vivons dans un siècle de spéculation, de calcul et de chiffrage.Nous sommes entourés de gens éminemment pratiques, et ce qu’il nous faut former avant tout, ce sont des jeunes gens pratiques qui soient à la hauteur de ceux avec lesquels ils auront plus tard à lutter.C’est à nous, instituteurs, à les former, à leur fournir les armes pour combattre avec avantage.S’il est une science qui doive mettre de côté la théorie spéculative pour ne s’occuper que de la pratique, c’est sans contredit l’arithmétique, puisque dans l’usage journalier qu’un homme, de quelque profession qu’il soit, est obligé de faire du calcul, ce n’est pas une définition savante de l’addition, de soustraction, de l’intérêt, etc., dont il a besoin, mais bien de la célérité, de la sûreté et de l’exactitude dans ses calculs, Quand un jeune homme se présente dan3 un magasin, dans un bureau, dans une administration quelconque, croyez-vous messieurs, qu’on lui pose la question : Savez-vous qu’est-ce que l’arithmétique ?Définissez l’intérêt, l’escompte, etc.Non, car ce serait ridicule ; mais on lui demande invariablement : Savez-vous calculer vite et juste ; pouvez-vous écrire correctement le français et l’anglais.On juge un jeune homme d’après ce qu’il sait faire : c’est l’essentiel.Bien plus, messieurs, on voit bien souvent des personnes qui ne savent ni lire ni écrire et qui cependant éclipseraient nos plus forts élèves dans le calcul des comptes quelquefois les plus compliqués.Si on leur demandait une définition quelconque, elles seraient fort embarrassées de la donner ; maD si elles ne savent pas définir, elles savent faire ce qui vaut infiniment mieux ! N’allez pas croire cependant, messieurs, que je veuille bannir la théorie de l’enseignement, surtout de l’enseignement de l’arithmétique.Non, bien loin de là, car je n’ignore pas que pour bâtir il faut d’abord poser les fondements.mais je soutiens qu’on commet une faute grave en donnant le pas à la première sur la seconde.Bon nombre de maîtres se fatiguent beaucoup pour n’obtenir que de minces résultats.Ils parlent presque toujours, sont continuellement au tableau à faire démonstration sur démonstration et ne laissent à l’élève aucun temps pour réfléchir, pour penser par lui-même.Cette manière de procéder est défectueuse, puisqu’elle a le 228 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE tort de laisser l’élève spectateur passif et bien souvent inattentif du travail du maître.Au contraire, si le maître après avoir donné une explication suffisante au tableau et s’être assuré, par quelques questions posées à propos, que les élèves comprennent bien ce qui leur a été expliqué, il exige qu’ils en fassent eux-mêmes l’application sur leurs ardoises, il s’apercevra bientôt do la différence des résultats.Toutefois, il doit les envoyer à tour de rôle au tableau pour rendre compte de leur travail.Cet exercice a pour bon effet de leur apprendre à s’exprimer clairement et à rendre compte de ce qu’ils font d’une manière précise et intelligente.L’arithmétique est avant tout une science exacte, et bien enseignée elle sert puissamment à développer le3 facultés intellectuelles de l’élève, à former son jugement, à lui apprendre à raisonner juste et à juger sainement des choses.Voilà pourquoi je ne comprends pas les paroles suivantes de Mgr Dupanloup qui pourtant a dit tant et de si belles choses sur l’éducation et sur la manière d’enseigner.—“ Je comparerais volontiers,” dit-il,” les lumières des mathématiques “ à ces pâles soleils du nord, sous lesquels on c‘ reste glacé.Ils ont beau demeurer quelquefois “ vingt heures à l’horizon, comme ils sont sans “ élévation dans le ciel, ils demeurent sans éclat, “ sans chaleur, sans fécondité pour les habitants “ de la terre, et ne font éclore que des fleurs “ sans parfum et des fruits sans saveur.” Ces paroles, messieurs, selon mon humble opinion, sont plus sévères que justes ; car ce qui développe l’intelligence, c’est surtout l’exercice de la pensée, et l’étude des nombres, des mathématiques, dont l’arithmétique fait partie, donne ce résultat.Je vous disais tout à l’heure, messieurs, que certains professeurs parlent trop.Ceci me rappelle l’histoire d’un professeur fort intelligent que j’ai très bien connu.Ce cher homme avait toujours la bouche ouverte du moment de son entrée en classe jusqu’à sa sortie.A propos de tout et de rien il parlait d’un sujet qu’il aimait beaucoup : l’astronomie.A la lecture, il en parlait; pendant l’arithmétique il trouvait toujours le moyen de glisser un mot sur son sujet favori, de sorte qu’il en était venu a n’être plus connu parmi les élèves que par le nom du maître qui parle toujours des étoiles.Il se fatiguait beaucoup et ses succès étaient loin de répondre à ses efforts.Il arrive bien souvent, messieurs, que le livre de texte que l’on met entre les mains des élèves ne contient pas assez d'exercices pratiques ; il faut alors que le maître y supplée en se servant d’autres auteurs.On entend quelquefois des élèves dire : “ Monsieur, je n’ai jamais travaillé dans cette*arithmétique-là.” Mais par de nombreuses applications de problèmes pris dans divei’3 auteurs et donnés toutes les semaines sous forme de revue, on habitue l’élève à résoudre d’autres problèmes que ceux de son livre de texte.Il me resterait encore à vous parler, messieurs, de la manière d’enseigner l’arithmétique.du système unitaire ou de l’analyse, mais je dépasserais les homes que je me suis imposées pour ne pas vous ennuyer trop longtemps.J’ajouterai seulement, messieurs, que ce ne sont pas les plus belles théories qui ont fait le plus de bien dans le monde.Presque toujours les grands théoriciens, soit en moral
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