L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1 février 1886, lundi 1 février 1886
6me Année 1er FEVRIER 1886 Numéro S PARAISSANT LE 1er ET LE 15 DE CHAQUE MOIS.LES VACANCES EXCEPTÉES Rvd M Gagnon Séminaire JOURNAL D’EDUCATION ET D J.» 15.CIOlJTïEïï, îléïlacteuLF-propriétaire AIDÉ PAR UN COMITÉ DE COLLABORxVTION Pris de l’abonnement : UN DOLLAR par an, invariablement payable d’avance Toute correspondance, réclamation, etc.-, concernant la rédaction, devra être adressée à J.-B.Ci.outier, professeur à l’école normale Laval ; celles concernant l’administration, à L.J.Demers & Frère, imprimeurs-éditeurs, no.30, rue de la Fabrique, Québec.SOMMAIRE :—Pédagogie : La grammaire et la langue maternelle, suite, par J.G.Magnan.— Témoignage de sympathie.—Questions de grammaire.—Partie pratique : I, Devoir d’invention.—11, Dictée.—La politesse, (suite)—III, Dictée, Le Roitelet.—L’homme universel—Arithmétique raisonnée.—Tenue des livres.—Divers : Le livre d’or—Pensée du colonel Parker sur l’éducation.— Réponse d’un étudiant.—Annonces.PÉDAGOGIE LA GRAMMAIRE ET LA LANGUE MATERNELLE , Conféreriez donnée d l’école normale Laval par M.Joseph Magnan (Suite) “ Les grammaires en vogue sont uniquement calculées sur une diction et une écriture correcte, et il ne faut que les feuilleter pour s’en convaincre.Avec leur aide des élèves tant soit peu appliqués parviennent à la longue à éviter un grand nombre de fautes de style et d'orthographe pour les détdls qu’ils ont pu saisir, parce qu’ils se trouvent à leur portée ; mais en cela leurs progrès mêmes ne tournent que trop facilement en séduction pour eux.Cette séduction est dans la nature de l’enseignement qu’on leur donne.Comme il est pour le fonds au-dessus de leur intelligence, il devient par là une pure affaire de mémoire, et l’être appelé à devenir raisonnable s’habitue à prononcer des sons auxquels il n’at- tache aucun sens, et croit savoir beaucoup quand il ne sait rien.Ne serait-ce pas l’induire dans une fâcheuse erreur et lui inspirer la plus sotte suffisance 1 II faudrait à l’être intelligent une grammaire d’idées, et, pour me servir de l’expression de l’abbé Sicard, ce n’est qu’une grammaire de mots que l’on cherche à graver dans sa mémoire.Une grammaire de mots ?Oui, bien certainement ; car tout est là pour les mots, leur classification, leurs formes variables, leur arrangement dans la construction pour la rendre correcte ; et si l’on cite des passages des auteurs classiques, ce n’est pas du tout pour la pensée qu’ils expriment (celle-ci n’y entre pour rien) mais uniquement pour les mots qui s’y trouvent.Or, je le demande, des exercices de ce genre et des exercices auxquels les instituteurs consacrent le plus de temps dans leurs leçons, ne sont-ils pas faits pour détourner l’attention des choses sérieuses qui pourtant sont tout dans la vie, et pour la fixer en échange sur leurs signes qui au fond ne sont rien.N03 grammaires de mots (car il faut oser dire toute la vérité), sont la plaie de l’éducation, tout en pensant la servir.Que les adultes en fassent usage pour parler et écrire correctement la langue française, il n’y a rien à redira à cela, puisque leur éducation est faite.Les réflexions que nous venons de faire ont mis en évidence que les plus chers intérêts de l’enfance et le respect qui lui est dû imposent aux instituteurs le devoir sacré de refondre leur enseignement de la langue, et de le mettre désor- 26 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE mais tout entier au service de l’éducation et du coeur, pour continuer ainsi, étendre et perfectionner l’enseignement de la mère de famille,” Puis, parlant de la langue maternelle : “ Cultiver l’esprit de la jeunesse était mon intention comme mon devoir; mais je ne comprenais pas encore bien quel éminent service la langue maternelle pouvait me rendre à cet égard.C’est en visitant d’office l’institut de M.Pestalozzi, à Yverdun, en m’entretenant avec mes deux respectables collègues, M.le conseiller Abel Merian, de Bâle, et M.Frédéric Trechsel, professeur de physique (t de mathématique à Berne, puis en m’occupant très sérieusement du rapport officiel que j’étais chargé de rédiger, que le clair-obscur où j’étais se changea en vive lumière pour moi.Dans une visite précédente j’avais fait à mon vieil ami Pestalozzi l’observation que les mathématiques exerçaient chez lui un empire que je trouvais démesuré, et que j'en redoutais les résultats pour l’éducation.Là-dessus il me répond vivement à sa manière : “ C’est que je veux que mes enfants ne croient que ce qui pourra leur être démontré comme deux et deux font quatre.” Ma réponse fut dans le même genre : “ En ce cas, si j’avais trente fils, je ne vous en confierais pas un ; car il vous serait impossible de lui démontrer comme deux et deux font quatre que je suis son père et que j’ai à lui commander.” ‘‘Ceci amena une explication sur l’exagération qui lui était échappe, et qui n’était pas rare chez cet homme de génie et de feu, et nous finîmes par nous entendre.Cependant la prééminence exagérée des mathématiques existait dans son institut, et cela au détriment de la langue maternelle que l’on cultivait incomparablement moins.Mes collègues et moi nous fûmes frappés d'une autre anomalie.Nous trouvâmes que les élèves avaient atteint un degré éminent dans les mathé- j matiques abstraites, mais que dans les calculs de la pratique ordinaire ils étaient au-dessous de toute attente.Je mis ces observations à profit pour la conduite de mon école.D’abord je supprimai le calcul par les règles abstraites, et je le remplaçai par des problèmes progressifs que les élèves moniteurs apportaient à l’école.Ceci produisait une va’iété en même temps très instruc- tive et très agréable.Les élèves étaient chargés de trouver les règles nécessaires à la solution.Je m’étais dit une chosa toute simple dans ce changement.La voici : “ Dans la vie, l’élève n’aura pas la règle devaut lui, mais le problème ; il faut donc le mettre à son école dans la même position, et lui donner Je moyen de résoudre, avec connaissance de cause, promptitude et sûreté toutes les questions qui se présenteront.” J’étendis la même pensée à l’enseignement de la langue, au sujet de ces squelettes arides et lebutants de définitions et de règles abstraites, et je m’en élo’gaai davantage.En même temps, par opposition à ce que j’avais vu à Yverdun, je résolus de substituer l’enseignement de la langue à l’instrument mathématique, et d’en faire une gymnastique progressive de h esprit.Le maître devait toujours marcher le premier, pour montrer le chemin à ses élèves, comme la mère le montre à ses enfants ; mais immédiatement les élèves devaient suivre avec intelligence et faire aussi eux-mêmes leur grammaire avec leur logique.Une phraséologie bien graduée, sous tous les rapports, m’en offrait les moyens.Je voyais au surplus devant moi et à mon service une foule innombrable de pensées diverses, toutes plus intéressantes en elles-mêmes que ne peuvent 1 être les grandeurs et les nombres, qui ne sont jamais que de simples nombres et de monotones grandeurs.L’enseignement régulier de la langue pourrait, sans rien perdre, se calculer tout entier sur la culture intellectuelle, morale et religieuse des enfants.La raison en est palpable.D’un côté tout est du domaine de la’langue ; car elle ex-piime tout ce que l’homme pense, sent, aime, désire, veut, fait et souffre'.Elle a des expressions pour tout.D’un autre côté l’enseignement régulier de la langue n’exige pas plus telle manière qu’une autre.Tout lui est indifférent, pourvu qu’il ait ce qu’il lui faut pour pouvoir développer, appliquer et régler toutes les formes du langage que l’usage à établies.Ainsi rien n’empêche que l’instituteur, pienant la place de la mère dans ses leçons de langue, ne saisisse le fil de l’instruction éducative de la mère pour la déve’opper de plus en plus, tout comme pour la L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 27 remira indélébile dans la pensée et les sentiments de l’enfance.S’il -n’en fait rien, non seulement il se montre indigne de succéder à la bienveillante et soucieuse mère ; mais il nég'ige C8 que veulent impérieusement les progrès de l’âge dans ses jeunes disciples, joints à l’influence croissante de l’extérieur et aux dangers qui menacent l’innocence.” En comparant celte longue sitation du Père Girard avec la lettre de M.Géhant, on verra qu’il y a entre ces deux éducateurs une identité parfaite de vues et d’idées pratiques.De sorte que si la grammaire que nous devons recevoir sous peu est basée sur les principes rationnels et psychologiques du célèbre corde’ier, et enrichie des profondes études et de la longue expérience de M.le lecteur de l’Université de Munich, elle ne peut manquer de rendre d’immenses services à la jeumsse chrétienne.” C’ç-t donc pour remédier à une infinité de défauts, pour combler cette lacune impardonnable de nos gmmmaiies de ne pas s’occuper de la pensée, mais seulement des mots que nous substituerons à l'enseignement pur et simple de la grammaire, renseignement de la langue ma'.er-nelle.Comment procéderons-nous d'après ce nouveau mode?voilà le point important.La plupart des enfants commencent à fréquenter l’école à l’âge de six ans.La première année dqus nous occuperons de leur approndte la lecture, de l’écriture, un peu de calcul,et nousleur eionnerons des leçons de choses pour enrichir leur jeune pensés par des exercices convtnables d'intelligence et de langage.Ils seront donc âgés de sept ans lorsqu’ils arriveront à l'enseignement de la grammaire par la langue; c’est-à-dire à renseignement de la langue m-iternelle.Jetons un regard sur l’état intellectuel, sur le degré d’avancement des élèves quand ils airivent au cours de langue.(Ici, je m’arrête encore et laisse parler le Père Girard :) “ En arrivant au Cours de langue, les élèves n’ont encore aucune connaissance grammaticale, mais ils comprennent le largage do la famil’e, et le parlent avec facilité.Ceci est une avance énorme pour l’étude qu’ils vont entreprendre.Ces élèves au surplus, en apprenant à lire et à écrire, se sont habitués à la séparation des mots, et un peu aussi à leur orthographe.Ce sont encore là de précietix commencements pour le nouveau travail qu’ils vont entreprendre, et ce travail réussira, si l’enseignement même remplit bien les conditions qui lui sont imposées par la nature des choses.Les élèves apportent de la maison à leur école une multitude de mots toujours significatifs pour eux ; ils ont aussi appris à les combiner pour exprimer leurs pensées.” Voici ce que dit L'Abeille,revue pédagogique de Belgique de Mars —79 : “ Tout enfant qui vient s’asseoir sur les bancs d’une école apporte avec lui, sans en avoir conscience, l’usage des genres, des nombres, des personnes et de presque toutes les conjugaisons.11 apporte son vocabulaire déjà formé, sa langue déjà toute faite ; pour s’en convaincre, il suffit d’écouter les enfants avant qu’ils entrent dans la salle do l’école ; les mots ne leur manquent pas pour se communiquer leurs idées, pour convenir de quelque projet, ou pour discuter un incident qui les touche.S’il surgit une discussion sur le mien et le tien, ils ne sont pas embarrassés pour trouver des pronoms personnels et des adjectifs possessifs.Non seulement ils disposent de tous les mots correspondant aux idées de leur âge, mais ils ont les tours et les constructions et, chose non moins précieuse, le ton et le g-stc.L’instituteur cherchera donc à les amener graduellement à se rendre compte de ce qu’ils savent par routine, et de ce qu’ils répètent machinalement.La méthode socratique employée avec tact et discernement, produira bientôt des résultats qui encourageront les élèves et montreront au maître qu’il est entré dans la bonne voie.Au lieu de donner à ces commençants la définition du nom, du genre, du nombre, de l’adjectif, du verbe, etc ; on la fera trouver par des exemples, par des questions simples, claires et précices.Quelques phrases écrites au tableau noir, et convenablement expliquées, leur apprendront facilement les règles générales relatives à l’accord de l'adjectif et du verbe, comme la forrtfà- 28 L’ENSEIGNEMENT PE IM AIRE tion du pluriel dans les noms et du féminin dans les adjectifs.Inutile d’ajouter que les exceptions seront étudiées plus tard.La leçon de lecture fournira l’occasion de revenir sur les parties principales du discours' et contribuera aveclaleçon d’écriture et le^exercices oraux de conjugaison,à graver dansl’espritdes enfants la signification des mots et les premières notions d’orthographe.Ne l’oublions pas, dans un bon système d’organisation pédagogique, “ toutes les branches d’enseignements doivent se prêter un mutuel concours.” (A continuer.) -o-o-o- TÉMOIGNAGE DE SYMPATHIE On se rappelle que dans notre numéro d’Octobre dernier, nous avons donné un compte rendu d’un livre intitulé : Gram, maire euphonique de M.Géhant, recteur à l’Université de Munich.Ce travail, que nous avons fait dans le seul but d’être utile à nos lecteurs, nous a valu la magnifique lettre suivante que nous reproduisons avec empressement ; car, outre les paroles flatteuses qu’elle renferme, elle est l’expression exacte des vues que nous avons souvent exprimées sur renseignement grammatical.De plus, nous trouvons en M.Géhant un catholique sincère et animé du désir de donner à la religion la place qu’elle doit occuper dans les écoles.Nous n’avons pas encore reçu l’ouvrage qu’il nous annonce dans sa lettre, mais nous espérons le recevoir bientôt.Aussitôt qu’il nous sera parvenu et que nous l’aurons attentivement examiné, nous en ferons un compterendu aussi exact que possible.En attendant, nous donnerons dans notre prochain numéro un extrait du livre dont nous avons déjà parlé ; il a pour titre : Des liaisons.Nous n’avons aucun doute que cet article intéressera infiniment nos lecteurs, car la question des liaisons est un point fort controversé sur lequel les auteurs de prononciation mômes gardent le silence en plus d’un point.M.Géhant l’a traité, ce sujet, avec connaissance de cause, et après plusieurs informations, prises à bonnes sources, nous sommes certain qu’il est dans le vrai, et qu’on peut le prendre comme une autorité compétente en cette matière.Gomme il nous restait quelque doute à l’endroit de l’e muet, pour certains mots, nous avons consulté un Parisien compétent.Voici la question que nous lui avons posée : Eaites-vousquelque différence entre le mot ami, au masculin ou au féminin ; je comprends, d’après M.Géhant qu’au féminin, il faut dire : ami e, Mari e.Non, dit-il, mais il faut au féminin appuyer plus longtemps sur la lettre «'et dire d’une femm e.Cette personne est mon am i i i.On appuie moins longtemps sur l’fde un mari que sur celui du nom propre Mari e.Veuillez bien croire, chers lecteurs, que nous ne voulons pas trancher la question, mais nous désirons attirer votre attention since point, et si vous rencontrez quelque bon juge en cette matière,veuillez bien nous faire part de son opinion.En attendant, nous vous conseillons de lire bien attentivement la belle lettre de M.Géhant.Elle renferme toute une théorie sur l’enseignement grammatical.Munich, Furstenfelderstrasse, 18, le G janvier 188G.A M.«J.-B.Cloutier, professeur à l’école normale Laval.Honoré Monsieur, Je crois commencer par vous remercier vivement de l’excellent compte rendu que vous avez bien voulu faire de ma Méthode euphonique dans votre journal du 1er octobre, comme aussi du No.que vous m’avez envoyé et qui m’a on ne peut plus intéressé.Mes remerciments sont tardifs, et pour-cause.Je travaillais d’arrache-pied à ma “ Grammaire euphonique, analytique et syntaxique,” qui vient de paraître.J’avais dès lors la pensée de vous en adresser franco un i RENSEIGNEMENT PRIMAIRE 29 exemplaire, ce que je puis faire seulement aujourd’hui; veuillez en agréer l’hommage.La méthode donne les principes euphoniques de notre belle langue, et “un maître intelligent, a dit M.L’Aubineau dans son article magistral du 26 avril, en rendra les leçons fécondes.” Mais j’ai cru, avec des hommes très compétents, qu’à côté de la méthode qui convient bien au maître, il fil-lait à l’élève le livre classique indispensable, la grammaire.C’est pourquoi j’ai publié une grammaire dans le but 1° de combler la lacune de nos grammaires françaises actuelles qui ne traitent pas de l'art de parler correctement, qui fait l’objet de la lrc partie de mon travail, 2° de donner aussi, dans les deux autres parties, la connaissance de Vart d'écrire correctement.Bref, j’espère avoir fait une grammaire complète.Un célèbre instituteur de Fribourg, en Suisse, trouvait que les grammaires de mots qui ne disaient lien au cœur ni à l’esprit.Selon lui, le maître de langue devait être un éducateur.J'ai fait un essai dans ce sens et je me permets d’appeler votre attention sur les Exercices du maître de langue éducateur.Selon le rapport de M.l’inspecteur Lippens, “ L’Education chrétienne doit marcher de pair avec l’instruction.L'Instituteur représente les parents, et les élèves lui doivent le respect et l’obéissance.” Voilà le principe.Mais la grammaire ne doit pas être alors seulement une grammaire de mots, de fermes et de sèches règles.14 Les mots pour les pensées, et les pensées pour le cœur et la vie," a dit le célèbre P.Girard.Bref, il faut à l’èlève : Des leçons de choses.Ce qui pique le plus ma légitime curiosité, le désire de m’instruire, c’est, honoré Monsieur, votre 44 Recueil de leçons de choses,” dans lequel j’espère beaucoup puiser pour perfectionner mon essai d’exercices du maître de langue éducateur.J’ajouteria que j’ai fait aussi cet essai pour réagir contre l’enseignement athée de 1’ Université de France.J’ai parlé de Dieu et de l’âme qu’elle veut proscrire des livres scolaires.11 est temps de terminer.Auriez-vous la bonté, Monsieur, de m’inscrire comme abonné de votre journal à partir du 1er octobre 1885, et de m’adresser franco les numéros qui ont paru de cette époque jusqu’à présent, comme aussi de m’envoyer votre Recueil de leçons de choses, dont il me tarde infiniment de prendre connaissance.A l’entrée de la nouvelle année, je fais des vœux pour que les relations que nous nouons dans l’intérêt du progrès Je l’enseignement chrétien qui est la cause de Dieu, se cimentent et se fortifient.Dans cet espoir, veuillez agréer, honoré Monsieur, l’expression de mes sentiments les plus distingués et vivement sympathiques: Gérant, Lecteur à l’Université.t -o-o-o- QUESTIONS DE GRAMMAIRE Q.— 1° Le mot avec est-il toujour?préposition ?Joue t il bien le rôle de préposition dans la phrase suivante ; Le singe avec le léopard Gagnait de l’argent à la foire.” R.—Le mot avec est toujours appelé préposition, quelle que soit l’acception qu’on lui donne ; il remplit cependant le rôle d’adverbe quelquefois, comme dans la phrase suivante : Il a pris mon chapeau et est parti avec.On l’emploie aussi au lieu de la conjonction et, comme dans la phrase ci-dessus.En bonne logique, on devrait donner à ce mot la dénomination de ceux dont il remplit les fonctions, comme cela a lieu pour les autres espèces de mots, mais l’usage ne s’est pas encore établi à cet égard.Q.— 2° “ Infinitif qui suit un verbe neutre.Ex.: Tu semblés hésiter : il paraît être blessé.Je suis tenté d’en faire un qualificatif du sujet tout comme dans : Il se croit loué.” R.—Les verbes sembler, paraître, un cas particulier des verbes neutres.Ce sont des modifi 30 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE catifs du verbe suivant.Ta semblés hésiter équivaut à ; tu hésites en apparence ; il paraît être blessé, à ; il est blessé en apparence.Dans II se croit loué, loué ne qualifie pas le sujet II, mais le complément direct se.Ce cas d’un infinitif qui suit un verte neutre est tout particulier : sauf cinq ou six veibes neutres, qui peuvent se construire aiDsi et qui alors forment autant de gallicismes, les autres verbes neutres ne peuvent être suivis immédiatement d’un infinitif.Q.—3° “ Lorsque même arrive après plusieurs substantifs dont les deux derniers sont liés par et, même est adjectif.Vous déifiez les passions et les vices mêmes.Cette règle est-elle bien admise ?” Nous ne saurions dire si la règle est bien admise, le cas étant excessivement rare, et pour cette raison n’étant pas prévu par les grammairiens.Mais nous pensons que dans ce cas même peut être considéré comme adjectif.Q.-—4° Prière d’analyser grammaticalement les mots soulignés dans la phrase suivante : Je n'ai donc plus que toi, lyre, ma seule amie.” K,—N’.plus ;—Négation, plus marquant en outre l’absence de choses qu’on avait précédemment.Après plus, nous sous-entendons rien.Que : — Conjonction, signifiant si ce n'est excepté.Donc : — Conjonction, servant à rattacher la proposition à l'idée précédemment, exprimée ou sous-entendue.“ Dans ce même exemple, suffit-il de dire, comme on le fait généralement : Lyre : nom en apostrophe, en apposition, vocatif, etc.Ne serait-il pas mieux d’ajouter : Complément explicatif de toi ?” Assurément, D’ailleurs, le vocatif souvent, l'apposition toujours sont en relation avec un mot de la proposition, et l’analyse complète exige qu’on fisse mention de ce rapport.Q.- 5° “ Pourquoi tousles traités de physique écrivent-ils : Principes des vases communiquants ?” E.— D’abord communiquant n’est pas fran- j çais, et ensuite on met un s à la fin, parce que le mot communiquant est adjectif dans cette phrase.Q.— “ Dans une dictée, je vois cette phrase : Marche, marche ! dit-il à l’Egypte ; et le trône majestueux des Pharaons,.passe, etc.L’orthographe du mot Pharaon est-elle correcte.” E.—Pharaon est un nom commun, ou titre par lequel ou désigne les rois de l’ancienne Egypte ; il doit donc prendre la marque du pluriel.On voit cependant ce nom écrit sans 6’ au pluriel ; c’est tans doute parce que la Bible 1 attribue comme un nom particulier à plusieurs rois.Q.—u Doit-on dire : Je me suis permise de solliciter cette faveur, etc.; ou bien je me suis permis de solliciter, etc.1 C’est une institutrice qui parle.) A mon avis la première phrase est correcte et non la seconde.' ” E.— C’est précisément le contraire qui est vrai.' Dans jeme suis permis desolliciter, me est mis pour à moi,'at le complément direct est d ; solliciter.ILq verhe permettre exige un complément direct de chose et un complément indirect de personne.—L’Instruct ion prim aire.¦ -o - o- o- PARTIE PRATIQUE I REVOIR D'INVENTION L’élève remplacera le trait par le mot convenable.* Le lieu où l’on renferme les bœufs et les vaches se nomme 1—L’ 2—est la demeure des chevaux.La 3—est celle des moutons et des brebis.Le 4 — est la loge du chien qui garde la maison.On dit le 5—pour les poules et les coqs, le 6 —ou 7 —pour le3 pigeons et les colombes, la 8 — et la 0 RENSEIGNEMENT PRIMAIRE 31 —pour les oiseaux qu’on apprivoise.Le 10—est le berceau des petits oiseaux.L’ 11—est celui des aiglons ou petits aigles.La 12—est la demeure des abeilles.CORRIGÉ 1.Etable,—2.écurie— 3.brgerie,—4.chenil.—5.poulailler.— G.pigeonnier,— 7.colombier,— 8.cage,— 9.volière,— 10.nid,— 11.aire,— 12, ruche.II DICTÉE La politesse ( Su lie) Dans la rue.— Eu entrant dans un vil’age, on reconnaît à première vue si les enfants sont polis.D’abord ils ne crient pas à tue-tête et de manière à assourdir les passants ; ils ne se querellent point, iis ne se disent pas d’injures et ne se donnent aucun sobriquet; en outre, ils se dérangent pour laisser place au voyageur ; iis le saluent et ne font aucune remarque désobligeante sur sa démarche ou son habillement; ils ne viennent pas le regarder en face comme un animal curieux ; ils lui enseignent son chemin avec un louable empressement, et le guident môme dans les rues du village pour qu’il ne se trompe pas de route.Dans la conversation.—Lorsque quelqu’un vous adresse la parole, vous devez vous tenir debout, rester découveit, écouter attentivement ce qu’on vous dit, et répondre d’une voix claire et haute, afin qu’on puisse vous entendre.Réfléchissez toujours avant de parler.En vous hâtant, vous risquez de commettre des bévues, dont vous pourriez avoir à vous repentir, et, dans tous les cas, vous vous exposez à ce qu’on vous gratifie de l’épithète d’étourdi.Si on vous demande un renseignement, donnez-le d’un ton aimable et complaisant.Ayez l’air modeste quand on vous adresse des éloges, et re paraissez pas effronté devant les personnes dont vous recevez des reproches.EXPLICATIONS A première vue: locution adverbiale: tout d’abord.—A tue-tête : autre locution adverbiale : très fort, en parlant de la voix ; si fort que 1 on tue, que l’on casse la tôle.—Ils ne se querellent point : remarquer l’idée de réciprocité que le verbe indique ici.—Sobriquet : surnom que Ion donne par dérision, par injure.—Us se dérangent : ils quittent leur place.~ Désobligeante (dés-obligeante), malveillante, capable de désobliger.Pourquoi Ve entre oblig et ante 2 Comme un animal : comme on regarde un animal.Découvert : ayant la tète découverte — Bévues ; des erieurs provenant de l’inadvertance, de l’inattention ; de bé, particule qui fait prendre en mauvaise part le mot qu’elle accompagne, et de vue ; proprement, fausse vue, mauvaise vue.Vue, ici dans le sens d'idée, d’opinion —Gratifier : donner comme cadeau ; ici le mot est ironique.— jU épithète : la qualification.— Effronté : rapprocher front : aurez-vous le front de vous exposer à cûs reproches1?III DICTÉES I Le roitelet Le roitelet e-t notre oiseau mouche, c’est le plus petit oDeau do France, et il ne pèse guère plus de six à sept grammes.On l’appelle loitelet à cause de la couronne de plumes qui s5é ève en forme de crête sur sa tête éveillée et spirituelle qui entrerait certainement dans un dé à coudre.Sa patte est une a'guiile, et son aile n’est pas plus grande que celle d’un papillon.Roi charmant qui a pour tronc une tige de fleur ou une branchette d’aubépine, pour palais une cabane ou un buisson, pour royaume la haie d’un jardinet, et pour liste civile un grain de blé, un moucheron.Comme l’hirondelle et 1e rouge-gorge, le roite’et est un familier de la maison, un ami de l'homme; son nid se suspend au toit do nos demeures.Le roitelet, dit-on, s’attache à la maison qu’il a choisie, à la haie 32 qui fut le berceau de sa famille, et cette cabane, ce buisson qu’il ne perd jamais de vue, il se plaît à les visiter de temps à autre avec ses petits.EXERCICES Souligner tous les pronoms.—Relever et analyser les pronoms personnels (genre, nombre, personne), indiquer le mot dont ils tiennent la place.—Expliquer les mots soulignés.=Citei dix diminutifs en et comme jardinet, en ctte, comme branchette.=Donner cinq exemples de ce adjectif, pronom démonstratif.ir L’homme universel Arrias a tout lu, a tout vu, il veut le persuader ainsi ; c’est un homme universel, et il se donne pour tel ; il aime mieux mentir que de se taire ou de paraître ignorer quelque chose : on parle à table d’un grand, d’une cour du nord, il prend la parole, et l’ôte à ceux qui allaient dire ce qu’ils en savent ; il s’oriente dans cette région lointaine comme s’il en était originaire; il discourt des mœurs de cette cour, du pays, de ses lois et de ses coutumes ; il récite des historiettes qui y sont arrivées, il les trouve plaisantes, et il en rit le premier jusqu’à éclater.Quelqu’un se hasarde de le contredire et lui prouve qu’il dit des choses qui ne sont pas vraies ; Arrias ne se troub'e point, prend feu au contraire contre l’interrupteur.“ Je n’avance, lui dit-il, je ne raconte rien que je ne sache cl 'original; je l’ai appris de Sothon, ambassadeur de France dans cette cour, revenu à Paris depuis quelques jours, que je connais familièrement, et qui ne m’a caché aucune circonstance.” Il reprenait le fil de sa narration lorsqu’un des conviés lui dit : “ C’est Sothon à qui vous parlez, lui-même, et qui arrive de son ambassade.” La Bruyère, Caractères, ch.Y.QUESTIONS ET EXPLICATIONS Le persuader; en ce sens, le faire croira.— D’autres fuis, décider à faire : Il veut wc persuader de le suivre à la.campagne.= Un grand : un personnage élevé en digaité.= Un- cour : le palais d'un prince ; de court, grande ferme, nom donné aux domaines ruraux habités par les premiers rois.=Originaire : natif, s’il y était né.— Quels sont les divers sens de original ?il a ici le sens, aujourd’hui peu usité, de source première.=Les coutumes : les manières d’être en général : on dit les coutumes cl’un peuple, les habitudes des individus.=Plaisantes : amusantes; le sens de cet adjectif est différent suivant sa place, donner des exem pies.Jusqu' à éclater : j usqu’à rire bruyamment.—Le sens propre de ce mot ?=Ambassadeur: qu’est-ce qu’un ambassadeur ?un consult un chargé d'affaires l—Le fil : la suite ; d’autres sens de ce mot ?EXERCICES ÉCRITS Relever et analyser tous les pronoms contenus dans la dictée ; indiquer le mot que chacun d’eux remplace, son rôle dans la phrase.=Quelle est la place du pronom personnel employé comme sujet, comme complément î Donner plusieurs exemples des différents cas.=Donner plusieurs exemples du pronom le variable (La reine, oui je la suis); invariable (Vous êtes distraites, le serez-vous toujours).L.S.o-o-o ARITIRUÉTIQUE RAISONNÉE Application des formules précédentes à la solution de quelquesprob‘érnes.(Suite.) 8ille EXEMPLE Un artisan a placé $1 dans une caisse d’épargne le 1er et le 15 de chaque mois.Il a fait son 1er versement le 1er janvier 1860.Le taux de 1860 à 1875 inclusivement a été de 5%, puis il a changé et est devenu de 4% jusqu’en 1885.Les intérêts ont toujours été ajoutés au capital le 1er juin de chaque année.On demande quel capital possède cet artisan le 1er juin 1885 ?Calcu’ons d’abord le capital acquis au 1er juin 1875 ; ¦ poiir y t;;! fe y: H!l( d : Il Lu ioiq ¦fias w : a L’ENSEIGNEMENT FRIMAIRE 3-3 held .as;: lacan lieurs leurs nijej k .éi ïf Posons a = les placements du 1er janvier au 1er juin inclusivement, plus l’intérêt d’iceux au 1er juin.On aura a = 11 + 0.05(f £- + y + 2ST + 27T + 2V + + o\+ df + 224 + Tî'1, a = 11 + 0.05 x §£ = $11.11.et et’ = les placements du 15 juin au 15 décembre inclusivement, plus l’intérêt d’iceux au 1er juin.fl’ — 13 + 0.05(f£ + ?J + fi + ff + fi + fi _l 11 4.1 fi _l 1 r, ! 1 4 1 1 3 4.1 2 _i_ 1 1 \ T'J4 T 24 > Tl » Tl ^ 21 > 2 4 ‘ 24/ «’ = 13 + 0.05 x5aV- = $13.46 Il est évident que a et a’ peuvent, comme dans l’exemple précédent, être considérés comme deux annuités différentes ; toutes deux payées au commencement de l'année.La 1 ère de ces annuités, évidemment, sera j calculée pour une période de 15 ans et l’autre pour 14 ans.Le capital acquis au 1er juin 1875 sera donc égal à la somme des capitaux produits par ces deux annuités, plus (a + a’)ou $24.57, vu qu’on a considéré les annuités comme étant payées au commencement de l’année, et qu’un autre verse— sement égal se trouvera nécessairement fait au 1er juin 1875.Procédons comme à l’exemple piécédent, nous trouvons la valeur de chaque annuité ; ces % aleurs sont : ri = $251.72 pour l’annuité a et A' = 283.44 “ “ a’ Le capital acquis au 1er janvier sera donc de $251.72 + 283.44 + 24.57 = $559.73, et par la formule (1) nous trouvons que ce même capital vaudra 10 ans après, c’est-à-dire le 1er juin 1885 à 4%' intérêt composés $828.53.Il nous reste à ajouter à cette dernière somme, pour avoir le montant total acquis au 1er juin 1885, le capital que la somme d9 $1 placée 2 fois par mois depuis le 15 juin 1875, au 1er juin 1885, à 4%, aura formé.Posons a” = les p’acements du 15 juin au 1er juin inclusivement de l’année suivante, plus les intérêts d’iceux pour le même temps .-.a” - 24 + 0.04 x ye =$24.46.Il est évident que nous aurons dix placements égaux à, a” et par conséquent l’on peut consi- dérer a” comme une annuité payée à la fin de chaque année pendant une période de 10 ans.Par les formules (16) et (25), procédant comme dans l’exemple 2me, nous trouvons que le capital produit par l’annuité a” égale $293.60.Le montant total acquis au 1er juin 1885 sera donc $828.53 + 293.60 = 1122.13.Réponse.Pour compléter cet article, nous dirons un mot de quelques autres cas qui peuvent se présenter.Si l’annuité se payait par semestre, par trimestre, etc., et que l’intérêt à chaque paiement nouveau fût ajouté au capital, nous n’aurions qu’a sub.tituer dans les formules précédentes y, û.etc., pour r et 2n, 4n etc., pour n suivant le cas ; cette substitution étant faite, on emploierait ces nouvelles formules comme dans les exemples précédents.Bans le cas où l’intérêt d’une annuité se capita iserait par semestre, l’annuité étant payée au commencement de l'année, nous aurions, formule (eb pour le capital produit par la 1ère somme payée ; après une période de n années.A 1 =a(l + f)2?l pour somme payée la 1ère année A 2 =«(l+£)2"-2
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