L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1 janvier 1889, mardi 15 janvier 1889
9 m e Année JOURNAL D’EDUCATION ET D’INSTRUCTION PARAISSANT LE 1er ET LE 15 DE CHAQUE MOIS, LES VACANCES EXCEPTEES J.-B.C’ïiOUTIEK, liédacteur-propriétaire AIDÉ PAR UN COMITÉ DE COLLABORATION Prix de l’abonnement : UN DOLLAR par an, invariablement payable d’avance 15 JANVIER 1889 Numéro 2 AVIS Toute correspondance, réclamation, etc., concernant la rédaction, devra être adressée à J.-B.Cloutier, professeur à l’école normale Laval ; celles concernant l’administration, à L.J.Demers & Frère, imprimeurs-éditeurs, no.30, rue de la Fabrique, Québec.SOMMAIRE : — Actes officiels: Nomination de commissairas et de syndics d’écoies.—Délimitation et érection de municipalité scolaire.—Conférence d’instituteurs.—Pédagogie : Méthodes — (Suite)—L’Enseignement grammatical — Reproduit du Moniteur— L’Ecriture dans les écoles —Partie pratique : I, Dictée—Ernest et Léon ¦—II, Dictée—Une tourmente dans les Alpes— III, Dictée—Lettre de Vauban à Racine—Aiith-métique — Problèmes — Divers : Poésies — La double offrande —La première neige.—Rareté d’instituteurs — Le Canada Français — Pensées pédagogiques— Annonces.Actes officiels Département de l'Instruction publique Il a plu à Son Honneur le LIEUTENANT-GOUVERNEUR, par un Ordre en Conseil en date du_ 19 décembre courant (1888), de iaire les nomina tions suivantes, savoir : Commissaires d'écoles Comté de Beauharnois, Saint Timothée.— M.Julien Julien, en remplacement de M.Thomas Poirier, décédé.Comté de Cbâteauguay, Sainte-Philomène___M.Pierre Reid, en remplacement de M.Antoine Mallette.Syndics d'écoles.Comté de Jacques-Cartier, Lachine.— M.Frank Fairman, en remplacement de M.Joseph Tinning, décédé.Comté de Saint-Jean, Saint-Luc.—MM.David Wing et William Higgins, qui avait été élus le 31 juillet dernier (1888), mais dont l’élection n’est pas légale.Département de l’Instruction publique Demande de délimitation de municipalités scolaires, en vertu des 51-52 Viet., chap.36.Détacher de la municipalité scolaire de u Wen-dover et Simpson,” dans le comté de Drummond, la moitié sud-ouest des lots Nos.1 et 2 du premier rang du canton de Wen lover, et la moitié sud-ouest"des lots Nos.1, 2 et 3 du premier rang du canton de Simpson, dans le même comté : de plus, détacher de la municipalité scolaire du canton de “ Grantham,” dans le dit comté de Drummond, les lots Nos.1 et 2 du deuxième rang du canton de Grantham, et de les annexer, pour les fins scolaires à la “ ville de Drummondville ” dans le susdit comte.Département de l’Instruütion publique AVIS Dissolution de la dissidence de la municipalité scolaire de “ Saint-Antoine ” dans le Comté de Chàteauguay, Ordre en conseil du 22 dééembre 1888.Il a plu à Son Honneur le LIEUTENANT-GOUVERNEUR, en conseil d’ordonner qu’attendu que les syndics dissidents de la municipalité scolaire de “ Saint-Antoine, ” dans le comté de Chàteauguay, ont laissé passer une année sans avoir une école, soit dans leur propre municipalité, soit conjointement avec d’autres syndics, dans uni 18 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE municipalité voisine, et qu’ils n’ont pas mis la loi scolaire à exécution, et ne prennent aucune mesure pour avoir des écoles, et de déclarer que la corporation des syndics des écoles dissidentes de la dite municipalité scolaire de “ Saint-Antoine” dans le dit comté de Châteauguay, est dissoute, et elle est par les présentes dissoute, en conformité au statut en tel cas fait et pourvu.CONFÉRENCE D’INSTITUTEURS Samedi le 26 de janvier courant, les instituteurs de la circonscription de l’école normale Laval se réuniront en conférence, au lieu ordinaire, à 9|- h.A.M.Plusieurs nnmbres traiteront différents sujets pédagogiques.Par ordre C.J.Magnan, Sec.PEDAGOGIE PRATIQUE DES MÉTHODES (Suite) Faites connaître en peu de mots les principales méthodes qui portent le nom de leur inventeur ?Parmi les plus importantes méthodes qui portent le nom de leur inventeur, on peut citer : 1° La Méthode socratique, qui consiste dans une série de questions habiles, bien posées, bien amenées, et propres à faire découvrir à l’élève les vérités qu’on veut lui enseigner.Les exercices d’interrogation forment donc la base, le fondement de cette excellente méthode, qui est souverainement propre à développer l’intelligence ; car le travail personnel que l’élève est obligé de faire constamment fortifie toutes ses facultés, en lui rendant en même temps l’étude aussi agréable qu’attrayante.Cette méthode peut être employée avec beaucoup de succès dans toutes les écoles, mais elle exige de la part du maître une grande activité, des connaissances variées et étendues, et de la part des élèves, une attention constante et soutenue, chose souvent difficile à obtenir chez de jeunes enfants.On a essayé de simplifier cette méthode en écrivant, sur les differentes branches d’instruction, des manuels par questions et par réponses, sous forme de catéchisme, mais en croyant porter remède à certaines difficultés, on les a aggravées, car plusieurs se sont contentés défaire apprendre ces livres par cœur, sans en expliquer le sens, et sont tombés dans une routine des plus déplorables ; de sorte que, en croyant se rapprocher davantage de la méthode du grand philosophe, on s’en est diamétralement éloigné, (1) Méthode de Peslalozzi (2).— La base de la méthode de Pestolozzi est l’intuition, c’est-à-dire la perception par les sens, mais principalement par le sens de la vue.Il voulait qu’on fît voir à l’enfant le plus d’objets possible ; qu’il les comptât, qu’il en apprît la forme et le nom.Il exigeait de plus qu’on le fît parler sur ces objets, en l’obligeant à une grande précision dans son langage, afin d’enrichir par là son vocabulaire et d’agrandir graduellement le cercle de ses connaissances.Ainsi, le nombre, la forme, le nom ; voilà les trois propriétés que Pestalozzi considérait comme essentielles à tous (1) S'crate était un philosophe qui enseignait à Athènes 500 avant J.-C.Ses idées sur le dogme de la Providence le firent persécuter et condamner à boire de la ciguë.Il mourut à l’âge de 70 aus.(2) Pestalozzi, c'-Rbre éducateur d’Yverdun (Suisse) de 1755 à 1827.Il est mort à l’âge de 81 ans. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 19 é en- pliait: dogm0 indaffi- yeriii» les objets.Cette classification n’est pas cependant rigoureusement exacte, car tous les objets ne possèdent pas ces propriétés universelles.En effet, on serait fort embarrassé de donner le nombre de l’air, la forme de la chaleur, etc.Ce célèbre éducateur avait pris les mathématiques pour base de ses leçons intuitives.Voici un résumé de son cours d’enseignement.1° Exercice.— Dénomination pure et simple des objets, en commençant par le corps humain, dont il fait distinguer et nommer les différentes parties.2° Exercice.— Examen de la situation, de la position relative de chaque partie d’un tout, et d’abord des parties du corps humain.3° Exercice.— Etude des corrélations de ces parties et de leurs rapports avec l’ensemble : la tête est une partie du corps ; le visage est une partie de la tête; la tête est le siège de la volonté et de l’action, etc.4° Exercice.—Distinction des nombres respectifs des parties : deux yeux, quatre paupières, deux mains, dix doigts, vingt-huit phalanges, etc.5Q Exercice.—Qualités et propriétés des objets, leur forme, les changements qu’ils subissent par le fait des mouvements, des sentiments, etc.6° Exercice.—Etude des analogies ou rapports communs.Exercice.— Etude des fonctions essentielles des parties du corps.8° Exercice.—Etude des besoins de l’enfant ; précautions à prendre pour le grand but de sa conservation avec le moins de souffrances possible.9° Exercice.— Comparaison des parties du corps relativement à leurs divers emplois et à leur utilité.Questions sur leur destination, leur fonction, etc.10° Exercice.—Récapitulation générale.Description complète du corps étudié, du corps humain avant tout.Viennent ensuite les principaux préceptes qui font la base de la méthode : “ 1° La méthode d’éducation doit être, en quelque sorte, la Providence personnifiée dans l’instituteur ; ce que Dieu est pour l’humanité, bonté, justice, respect, sagesse, pour le conduire par le bonheur d’ici-bas au bonheur réel.” “ 2° La mère, dans sa perfection, est le véritable modèle, l’image vivante de l’éducation, qui doit prendre l’enfant au sein de la famille et le conduire doucement dans la société, sans qu’il ait presque pu sentir la privation de l’influence et de la protection maternelle ” “ 3° L’éducation doit rendre tout visible et sensible aux enfants, non par les images,mais par les objets eux-mêmes.”(l) Comme on a pu voir dans ce qui précède, tout, dans la méthode de Pesta-lozzi, tend à développer l’intelligence en ne faisant qu’une bien faible part à la culture du cœur.Méthode du Père Girard.— En 1809, le Père G-irard visita l’institut d’Yverdun et s’inspira des grandes pensées de Pes-talozzi.Mais il s’aperçut bientôt que les mathématiques, qui étaient devenues entre les mains du grand pédagogue le seul moyen de culture et d’éducation, ne pouvaient conduire au but.Il y substitua, dans ses écoles, l’enseignement de la langue maternelle, et prit pour point de départ l’instinct de la mère.Pour apprendre à son enfant, elle lui montre les objets, les nomme et les lui fait nommer.Elle donne donc des leçons intuitives.—1er point.(1) Marc Antoine Julien, exposé de la méthode. 20 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Elle ne parle pas à son enfant pour lui apprendre des mots, mais des choses ; elle veut l’instruire.—2e point.Et si elle est chrétienne, elle cherche toujours à donner à ses leçons un caractère moral ; elle élève son enfant pour le bien et pour son Dieu.—8e point.Yoilà la base, le fondement de la méthode éducative du Père Girard.Il appliqua ces grands principes de morale à toutes les branches.L’arithmétique devint une suite de règles d’économie et de prudence ; la géographie servait d’introduction à la vie sociale, l’histoire fournissait une source de règles de conduite.Mais le Père Girard exagérait les idées morales comme Pestalozzi avait exagéré les études intuitives.Cependant il n’en reste pas moins acquis que le célèbre cordelier a été l’éducateur par excellence de notre siècle.Les paroles suivantes résument toute sa pensée pédagogique: “ Les mots pour les pensées, et les pensées pour le cœur et la vie.” Pestalozzi formait des écoliers instruits par les sens, le Père Girard en faisait des hommes instruits par le cœur.(1) Méthode Jacotot.La méthode Jacotot repose sur plusieurs aphorismes dont les principaux sont les suivants : 1.Toutes les intelligences sont égales.2.Tout homme a reçu de Dieu le moyen de s’instruire lui-même.8.Tout est dans tout.'Par le premier de ces aphorismes, Jacotot entendait que si tous les hommes étaient doués de la même force de volonté pour l’étude, ils parviendraient, dans le meme temps et par les mêmes moyens à (]) Le Père Girard, né à Fribourg en 1763, était d’origine française.Il mourut en 1850.acquérir, à un égal degré, la même somme de connaissances.Il prétendait par là atteindre tous les hommes, et porter à tous les bienfaits de l’instruction.Il n’exprima d’ailleurs cette pensée que comme une opinion.Néanmoins elle lui valut une foule d’attaques et de sarcasmes et attira beaucoup d’ennemis à sa méthode.Le second : Tout homme a reçu de Dieu le moyen de s’instruire lui-même, détermine le moyen, puisque Jacotot ne veut pas que le maître donne d’explications, de peur d’entraver le libre développement de l’élève.Le meilleur maître, selon lui, est celui qui n’explique rien, celui qui laisse faire tout le travail par l’écolier ; cette opinion le conduisit à formuler cet autre aphorisme : “ On peut enseigner ce qu’on ignore”; ce qui signifie seulement que, qui que ce soit peut, avec de la confiance en soi même et avec de la volonté, vérifier si un autre a bien fait ce qu’il devait faire, a bien appris ce qu’il devait apprendre.Le troisième : “ Tout est dans tout,” for-mule le procédé de la méthode.Jacotot veut qu’on fasse apprendre par cœur une certaine partie de la branche que Ton veut enseigner et qu’on y rapporte tout le reste.Pour la lecture, par exemple, on fait apprendre une page et l’élève peut lire tout le livre, parce que tout est dans tout.Il en sera de même pour toutes les autres branches.Exemple : Première leçon de lecture.Le maître lit et l’élève répète : Calypso Calypso ne Calypso ne pouvait Calypso ne pouvait se Calypso ne pouvait se consoler Calypso ne pouvait se consoler du « L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 21 Calypso lie pouvait se consoler du délie | part ait \ Calypso ne pouvait se consoler du départ d’Ulysse.Il fait écrire cette phrase d’après un iée modèle en fin, en procédant de la même ds manière que pour la lecture, de f Cette première phrase apprise, on passe sà a une seconde, puis à une troisième en suivant toujours la même marche, de On procède ensuite à la décomposition ie des mots en syllabes: Ca, pou, pouv, lyp, i | ait, etc., et des syllabes en leurs éléments : Ca, c-a ; pou, p-ou ; ait, a-i-t, etc, etc.Dès que l'élève sait lire, il doit apprendre par cœur ce qu’il lit.Jacotot, comme l’ancienne école, exerçait beaucoup la mémoire.Il faisait apprendre par cœur les six premiers livres de Télémaque, et les faisait réciter deux fois par semaine.Ce q u’on avait appris, il fallait toujours le répéter.Comme on le voit, la méthode de Jacotot est essentiellement analytique.Tandis que les autres procèdent du simple au composé, elle part de l’ensemble pour arriver aux éléments.(1) Méthode récréative de Vabbé Gaultier.— ne I Instruire en jouant, telle était la divise de l’abbé Gaultier, la base de son ensei-l gaiement ; sa méthode, qui n’est que la réunion, des meilleurs principes de Pesta-I lozzi et du Père Girard, est surtout carac-,J ténsée par la tournure récréative qui lui est propre.Elle est intuitive comme la première et morale comme la seconde.Il l’adapta surtout à l’enseignement de la lecture.A cet effet il imagina un casier divisé en vingt-cinq petits compartiments dont chacun contenait deux (1) Jacotot naquit à Dijon en 1770.Il se letira en Belgique en 1815 et fit l’application de sa méthode à Louvain en 1822.Il mourut en 1840.lettres de l’alphabet, une majuscule et une minuscule.En outre chaque élève avait en mains trois petits alphabets semblables dont les lettres détachées étaient imprimées sur des cartons distincts.Pour apprendre les lettres à l’enfant, on lui faisait déposer celles qu’il avait en main dans les casiers désignés par des lettres semblables en les lui faisant nommer.Ensuite, à l’aide de ces petits cartons, il formait des syllabes, des mots, puis de petites phrases.On se servait aussi de moyens simples et ingénieux pour enseigner l’arithmétique, la géographie, l’histoire, etc., tels que tableaux synoptiques, cartes,tableaux chronologiques, etc., etc.Tous ces moyens étaient imaginés en vue d’intruire en amusant.Ces procédés étaient si habilement combinés que tout en se récréant, l’esprit de l’élève était entretenu dans une activité propre à le développer et à le cultiver.Les jetons qu’on distribuait aux élèves avant chaque classe servaient à créer parmi eux l’émulation.Ils équivalaient à nos bons points actuels.(2 ) Les cinq méthodes dont nous venons de parler rentrent toutes par quelque côté, dans l’une ou l’autre des deux grandes divisions : elles sont ou déductives ou inductives.(1) L’abbé Gaultier, né eu Italie en 1746 de parents français, vint se fixer en France en 1780, où il mourut à l’âge de 72 ans.(A suivre.} o-o-o 22 L’ENSEIGfM eMENT PRIMAIRE DE L'ENSEICNEMENT GRAMMATICAL Tous les instituteurs ne sont pas d’accord sur la méthode à employer dans l’enseignement de la grammaire.Les uns font de cette branche une étude régulière, tant théorique que pratique, basée sur la proposition et la phrase ; les autres, au contraire, prônent la méthode dite occasionnelle en enseignant la plupart des règles dans les lectures, dans les dictées, dans les devoirs de style, etc.Il n’v a pas un instant à hésiter dans le choix de ces méthodes, car la première seule offre des avantages sérieux.Seule, disons-nous, elle présente les qualités requises pour répondre au double but de l’enseignement grammatical, lequel est d’apprendre à l’élève à s’exprimer et à écrire correctement.La proposition, qui est son point de départ comme aussi son principe, fait l’objet d’une étude spéciale, méthodique et suivie.Les grammaires françaises en usage dans les classes élémentaires en font à peine mention et s’occupent presque exclusivement soit de la classification et de ia forme des mots, soit de leur syntaxe, c’est-à-dire des règles qui président à leur arrangement.On suppose probablement que l’étude en est superflue ou qu’il suffit de l'usage pour que l’enfant en acquière la connaissance et le mécanisme.Cette opinion est erronée et elle ne saurait soutenir un examen sérieux sur le terrain scolaire.Si elle était fondée, on serait conduit à conclure que pour apprendre la langue française, il n’y a rien de mieux à faire que de ne pas s’en occuper et de s’en rapporter à l'usage ; ce qui simplifierait beaucoup comme on le voit la tâche des maîtres et le cadre de l’enseignement.11 ne faut pas cependant que l’évidente absurdité d’une conclusion aussi absolue nous fasse méconnaître le rôle important que jouent l’usage et la pratique dans la connaissance des langues, car l’expérience de tous les jours prouve qu’en entendant parler et s’essayant à parler une langue, on parvient, sans méthode et sans règle, à l’entendre et à parler soi-même.S’ensuit-il que les règles et la méthode ne servent à rien ?s’ensuit-il que, si l’usage et la pratique eussent été éclairés et rédigés par une bonne méthode et de sages règles, la connaissance de la langue due à l’usage seul n’eût pas été plus prompte, plus complète et surtout plus fructueuse?Toute la question est là.Elle sera promptement résolue, si l’on réfléchit qu’une langue est peut-être de toutes les connaissance que l’homme peut s’approprier, la plus méthodique et la plus logique; et que, de tous les exercices propres à cou-' courir au développement intellectuel et moral de l’enfant, il n’en est pas de plus fécond et de plus efficace que l’étude d’une langue, pourvu que cette étude soit faite avec intelligence et méthode.Que conclure de ces observations ?Que l’enseignement de ia grammaire qui ne repose pas sur l’étude de la proposition, manque de base et reste frappé de stérilité ; Que l’usage et la pratique privés du secours et des lumières de la méthode et de la science et manquant à leur tour de direction et de principes, n’aboutissent qu’à une connaissance grossière et irréfléchie de la grammaire e[ partant de la langue et concourent fort peu au développement intellectuel et moral, qui est le grand but de l’éducation ; Que, par conséquent, l’enseignement de cette branche doit reposer sur la proposition et la phrase et être guidé par la théorie et ia méthode.Rien de plus naturel, d’ailleurs.D’où vient que l’étude grammaticale d’après ce plan trouve encore des adversaires ?d’où vient que les maîtres expérimentés qui en comprennent toute l’utilité ne l’adoptent pas ?Serait-ce que cette étude n’est pas susceptible d’un enseignement régulier, méthodique, approprié à la nature d’esprit des enfants et à la marche des classes ?La grammaire que MM.Courtois et Gillet L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 23 : ont publiée en 1885 a répondu largement à ce doute et a convaincu les critiques qui n’étaient pas fondés.Cet ouvrage dit M.Wagner dans son rapport présenté à l’Académie de Belgique, se distingua d’autres écrits du môme genre, par l’excellence de la méthode.Les auteurs ! -dit VObservateur, page 257 de l’année 1887 —u ont compris que l’enseignement grammatical doit s’attacher à la langue vivante, j telle qu’on la parle ou l’écrit et partir de l'étude de la proposition.Qu’est-ce, en effet, que parler, sinon exprimer des pensées, c’est-à-dire formuler des jugements et les rendre par le langage, dans une série de I propositions ?Pour cette raison, ils font commencer i chacun de leurs trois volumes, qui correspondent aux trois degrés de l’enseignement primaire, par une analyse de la proposition, et divisent le reste en deux cours, le premier consacré à l’étude du nom ou du sujet, le | second à l’étude du verbe ou de l’attribut.Ils invitent l’instituteur à aborder et à poursuivre les deux cours, simultanément.L’élève travaillera ainsi toujours sur des propositions complètes, jamais sur des mots isolés, ces mots n’ayant pas de vie propre et ne prenant de valeur que par leur fonction ! dans la phrase.La méthode n’est pas moins digne d’éto I ges que l’exposé des règles particulières.Depuis longtemps, on préconise pour l’enseignement primaire la méthode intuitive et l’on montre dans les écoles normales comment il faut l’appliquer à l’élude de la grammaire.L’instituteur met sous les veux de l’élève une série d’exemples,‘il attire sou at-tenlion sur les accidents grammaticaux ; qu'on y rencontre, puis il induit des cas observés la règle qu’il désire enseigner.Cette méthode, la seule qui soit rationnelle, est suivie dans tous le cours d’une façon fort heureuse.Il appartient naturellement à l'instituteur de donner à chaque leçon les développements nécessaires ; son enseignement doit se faire oralement avec le livre fermé.Mais la leçon terminée, le maître peut hardiment faire ouvrir le volume : l’ouvrage de MM.Courtois et Gillet donnera non seulement une formule de la règle, mais encore un résumé de la leçon elle-même et l’indication succincte de la marche suivie pour trouver la règle cherchée.La connaissance ainsi acquise doit être maintenue et assurée par l’application.De là la nécessité d’exercices nombreux et variés.Les auteurs en fournissent un grand nombre, tantôt en phrases détachées, tantôt en morceaux suivis ; souvent la phrase est présentée toute faite, souvent l'élève doit la trouver lui-même, en tout ou en partie.Tous ces exercices sont choisis et disposés de manière à développer les facultés de l’enfant, à accroître son vocabulaire et à lui faire acquérir une foule de notions utiles.” Cette double appréciation suffirait seule pour édifier cette méthode et pour confondre ses détracteurs.Mais, disons-le, cette grammaire est sortie saine et sauve du creuset de l’expérience et que force a été de reconnaître qu’elle s’adaptait avec facilité à la marche de l’enseignement scolaire ; qu’elle contribuait puissamment, non seulement à donner une connaissance plus profonde et plus complète de la grammaire, mais un développement intellectuel facile à constater tant dans les compositions écrites que dans les réponses orales.Les deux premiers cours terminés, les élèves sont également en état de rendre compte non seulement de la nature d’un mot mais de lui assigner sans hésitation sa fonction et de justifier son orthographe.Tels sont les résultats obtenus quant à la connaissancede la langue.Les progrès du perfectionnement intellectuel et moral que révèlent dans les jeunes disciples les explications des propositions servant à découvrir les principes et les règles, ne sont pas moins satisfaisants.Un grand nombre de phrases et partant d’idées passent sous leurs yeux.Ges idées sont vérifiées ou acquises, ou rectifiées ou complétées, au grand profit de leur intelligence et de leur jugement.Si l’on songe que de nombreux exercices d’invention viennent corroborer tout cet enseignement 24 L’ENSEIG-NEMENT PRIMAIRE tant théorique que pratique, il sera facile de conclure qu’un tel travail ne peut s’accomplir sans exercer en effet, à un haut degré, l’activité intellectuelle, la sagacité de l’esprit, la justesse du discernement, toutes les facultés en un mot que l’éducation se propose de cultiver.—Au point de vue scolaire, cette méthode n’est pas moins importante.L,élève y prend une part active ; il juge, il raisonne, il rivalise d’ardeur dans les applications qu’il est appelé à faire ; il y trouve du charme et de l’attrait ; la conjugaison perd de son aridité en se faisant toujours en phrases complètes ; les parties du discours prennent une allure qui gagne en unité et en cohésion et tout le travail de la mémoire et de l’intelligence du cours est de beaucoup facilité, car l’enfant travaille sur un fond connu “ la proposition ” ; celle-ci condense les diverses matières grammaticales étudiées en réunissant en elle tous les principes enseignés et en éveillant en môme temps, par sa composition, toute une suite de règles qui se retiennent plus facilement.Toujours utilement occupé, l’enfant est satisfait et contracte insensiblement le goût et l’amour de l’étude.Chaque jour, il voit qu’il fait un pas en avant dans son instruc tion et hâte lui meme par son propre travail son perfectionnement qui est l’idéal vers lequel il doit tendre constamment.Si, de plus, il n’est pas familiarisé avec les parties essentielles et accessoires de la proposition, comment pourra-t-il une fois livré à son initiative, surmonter les difficultés que l’on rencontre si souvent, môme dans une simple lecture ou dans l’analyse grammaticale d’un mot ?11 sera, disons nous, naturellement forcé d’analyser logiquement la phrase ; or, il ne pourra le faire intelligemment que s’il n’a une connaissance parfaite des parties de la proposition.Donc, encore une fois, nécessité manifeste et indispensable de faire de la proposition le principe vital de l’étude de la grammaire.Au surplus, l’élève est mis à même de constater plus tard l’efficacité de la dite méthode soit dans l’étude de la ponctuation, de l’emploi du subjonctif, soit encore dans l’étude des langues étrangères, qui exigent toujours une connaissance approfondie delà phrase.Enfin la tâche du maître est beaucoup allégée par l’emploi du dit ouvrage.Chaque leçon y est préparée et avec un peu de bonne volonté son enseignement doit nécessairement porter des fruits durables sous le double rapport de la science et de la pratique.Il nous reste à dire un-mot de la seconde méthode.Les inconvénients qu’elle offre dans son principe comme dans son objet, révèlent une doctrine antipédagogique et on peut dire qu’elle a vécu : aux fruits obtenus par son application, l’arbre a été jugé.Les inspecteurs français dans leur rapport au ministre de l’instruction publique l’ont con-domnéeetontmontré qu’il y a un'réeldanger de l’employer d’une manière exclusive.Et comment se fait-il qu’plie trône aujourd’hui encore dans tant d’écoles ?Comment se fait-il, disons-nous, que certains instituteurs qui se proclament amis de la science, l’emploient dans leur classe ?Son usags s’explique pour des raisons qui ne souffrent point de discussion : facilité pour l’institeur, manque d’étude de la matière, importance secondaire accordée aux règles.Le jugement de l’enfant reste inactif, le raisonnement ne saurait guère intervenir d’autant plus que l’enfant ne trouve point de principes bien fixes, bien connus sur lesquels il puisse fonder ses assertions.La grammaire est une science, on a même dit qu’elle était la clef de la science; or, celle-ci seule est vraie, celle ci a des lois que l’on doit strictement observer tant dans l’enseignement élémentaire que dans l’enseignement supérieur ; la grammaire doit donc être soumise au même régime que les autres branches ; d’ailleurs, son importance capitale l’exige.Procéder autrement c’est lui ôter Yunité qui doit régner dans toute leçon, c’est confondre en un seul et même tout, une série de faits, de règles dont l’importance n’est L’ENSEIGfNEMENT PRIMAIRE 25 point appréciée.Et de plus, la grammaire enseignée de cette façon risque fort d’être une branche d’une utilité secondaire et partant sans intérêt, sans importance dans son application.Il y a solution de continuité dans la matière et nous pouvons dire qu’il y a également solution de continuité dans l’esprit de l’èlève formé d’après ce plan.Ces remarques faites à tout bout de champ échappent, quoi qu’on en dise, à son intelligence parce que la plupart du temps il est abstrait, d’autres idées le préoccupent, soit le récit, l’histoire, la dictée, etc., dont l’instituteur se sert pour faire de la soi-disant grammaire.Il faut donc u n cours gradué, des excrciees donnés d’un ordre logique.Et voilà pourquoi après trois ou quatre mois d’absence, vos élèves vous reviennent si ignorants, si nuis en fait de grammaire ! Tout est à recommencer.Ces règles, ces principes que j’ai répétés si souvent et auxquels j’ai consacré tant d’heures, sont oubliés, vous dites-vous dans un pénible découragement.Eh ! sans doute ! vous aviez bâti sur le sable.Tandis que si vous eussiez disposé de votre temps en faveur de leçons bien graduées, suivies d'exercices donnés d’un ordre logique, vous retrouveriez toujours des élèves intelligents et votre œuvre ne serait point anéantie, elle ne serait qu’interrompue.Quelques mauvaises herbes auront pu croître, sans doute, sur l’édifice commencé.Mais airachez-les et vous retrouverez les fondements solides et intacts.— Le Moniteur.-ooo- L’ECRITURE DANS LES ECOLES Il existe, entre autres merveilles, à la Bibliothèque nationale, une galerie dite Mazarine, ouverte le mardi et le vendredi, où je vous conseille d’aller faire un tour.Organisée par les soins de MM.Léopold Delis'e et 0.Thierry, cette galerie comprend une collection de chefs-d’œuvre de typographie,' d’enluminures, de reliure, voire de calligraphie, tell* qu’aucune ville du monde ne saurait en réunir ni en présenter de pareille.Cette galerie Mazarine est très visitée et très étudiée par les Allemands et les Anglais ; nos compatriotes y sont inconnus.Eh bien, puisque nous voulons parler de l’écriture, on se persuaderait facilement, après une visite à cette galerie que nos pères étaient des artistes calligraphes incomparables et que nous devons renoncer à imiter ces merveilleux copi-tes du moyen âge, dont les vélins enluminés sont Je véritables miniatures.Tous me direz qu’ai ors l’imprimerie n’était pas inventée et que la calligraphie se trouvait science nécessaire.J’en conviens, mais il ne s’ensuit pas que l’impiimerie doive nous conduire à griffonner et que les caractères de fonte nous obligent à mépriser les nôtres.* * ¥ Le niveau do l’écriture baisse, c’est incontestable.On écrit plus mal que jamais ; encore quelques années, et la France, pays du bon goût et des arts, aura perdu sa réputation de bien écrire.Les professeurs spécialistes sont bannis des lycées et de nos grands établissements d’instruction.Seules quelques écoles supérieures municipales et les écoles commerciales d’initiative privée sont pourvues d’un maître d’écriture.Pourquoi avoir supprimé le professeur d’écriture en confiant cet enseignement, dans certains établissements, à un maître qui ne fait cela qu’accidentellement, et ne peut rendre les services d’un spécialiste 1 Est-ce parce que les programmes surchargés d’aujourd’hui ont rogué le temps accordé autrefois à récriture l Raison de plus pour faire appel aux maîtres d’écriture.Dans la plupart de nos éco’es communales, l’écriture est absolument sacrifiée.On y abuse trop du tableau noir, qui est assurément, au point de vue calligraphique, l’enseignement le plus défectueux.Le tableau noir ne peut être utilement employé que pour faire quelques observations ; mais il ne doit pas entraîner la suppression du modèle, qui est certainement mieux exécuté que le modèle au tableau et qui a l'avantage d’êt”e plus près des yeux de l’écolier. 26 L’ENSEIG-NEMENT PRIMAIRE L’élève ne regarde plus le tableau dès qu’il a écrit une fois le modèle ; il se recopie et travaille sans goût, fatigué par la répétition trop longue du même texte.Si l’on joint à cela la difficulté de la réduction, on peut dire que cette manière d’enseigner l’écriture ne vaut pas la dernière des méthodes en cahier.* ¥ ¥ L’abus du tableau noir et le crayon sur l’ardoise sont fatals à notre écriture.L’emploi du crayon, il est facile de s’en convaincre, retire aux doigts toute leur souplesse, et à la main toute sa légèreté.Si l’écriture était bien enseignée dans les écoles, on verrait fort peu de jeunes gens obligés à la fin de leurs étude?, cl’apprendre à écrire pour embrasser certaines carrières.Il est bon de ne pas perdre de vue que les ministères, les banque?, les administrations et les bureaux du commerce et de h industrie sont inaccessibles aux mauvaises écritures.Il faut donc réagir contre cet état de choses et ne pas délaisser absolument l’écriture.Donnons donc à nos écoliers un maître d’écriture et habi-tuons-les tout jeunes au maniement de la plume, pour qu’ils ne contractent pas des habitudes qui seront toujours funestes à leur écriture, et peut-être un jour à leur situation dans le monde.¦x ¥ ¥ Dans les lycées et dans les collèges, les professeurs ont en général un profond mépris pour le maître d’écriture, et les élèves, forçant la note, ne veulent pas entendra parler de ce collaborateur modeste, mais indispensab'e de leurs études.Sous prétexte que Napoléon écrivait comme un chat et d’après cette légende que les grands hommes ont tous joui d’une vilaine écriture, la génération future s’efforce de leur ressembler sur ce point et de se préparer à la grande vie en écrivant le plus mal possible.Un médecin qui écrirait lisiblement se croirait déshonoré, et un préfet dont la signature ne serait pas suivie du vocable “ illisible ” n’aurait aucun crédit dans son département.Aujourd’hui à quoi distinguer l’élève de sixième du rhétoricien 1 C’est que le premier se laisse encore lire tandis qu’il faut déchiffrer le second, nous revenons aux cunéiformes.Plus que personne, dans les journiux, nous savons les ennuis causés par une vil line écriture ; la perte de temps causée par les patt s de mouche de M.X ou les zébrures mal hachées de M.Z.Telle phrase, bien ciselée, devient informe, grâce à un mot illisible ; tel article bien senti perd tout sens pour une phrase indéchiffrable.Ou celui qui écrit mal ne veut pas en convenir ou il en tire vanité ; dans les deux cas il est inguérissable et malheur aux typographes qui sont obligés de mettre sur pied ses devinettes.Il n’est pas nécessaire d’être calligraphe, mais je crois qu’une écriture nette et lisible est indispensable et ne peut que profiter à son possesseur.Au choix, l’on prendra toujours l’employé qui écrit le mieux, et, dans le commerce, l’industrie, les ministères, etc., etc., l’on préfère l’écriture au style, la prose à la poésie.Napoléon peut-être écrivait fort mal ; mais Molière, Voltaire, Chateaubriand, Lamartine, Alex.Dumas, etc., étaient presque des calli-graphes.Thomas Grimm.Note de Rédaction.—Nous sommes heureux de voir que M.T.Grimm partage les mêmes idées que nous sur la nécessité qu’il y a pour l’institution d’attacher une grande importance à l’enseignement de la calligraphie.Ces idées nous les avons émises dans uue conférence que nous avons faite devant les instituteurs de Québec, et que nous avons ensuite publiée dans Y Enseignement primaire.-c-o- partie pratique i DICTÉE Ernest et Léon Après l’école, deux petits frères, Ernest et Léon, leurs livres et leurs cahiers sous le bras, s’en retournaient gaiement a la maison paternelle. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 21 Ils traversent le village et bientôt Léon s’arrête devant la vitrine d’un épicier : —Ernest, dit-il, viens voir toutes les jolies choses ! —Non, répond Ernest, maman nous a défendu d’arrêter en chemin.—Et il continue sa route.Arrivé à la maison, il fait les commissions de sa maman, lui apporte du bois, de l’eau, puis il prend ses cahiers et ses livres, fait ses devoirs et étudie ses leçons.Le lendemain il rentrait content à l’école et le maître lui donna une récompense.Léon, au contiaire, s’était attardé ; il avait passé son temps à regarder les belles choses installées dans les vitraux.Aussi était-il déjà tard quand il reprit le chemin de la maison, mais il rencontre en route deux de ses petites connaissances qui jouent aux billes.Il se mêle au jeu et perd toutes ses belles billes.Il n’est pas content et appelle ses petits amis des voleurs.Ceux-ci vexés, le chassent honteusement, et dans sa fuite précipitée, il laisse tomber ses livres et ses cahiers dans la boue et déchire son habit.Il rentre à la maison Voreille-basse ; sa mère le met en pénitence et ne lui donne qu’un morceau de pain sec pour son souper.Le lendemain, en classe, il fut puni de nouveau parce qu’il n’avait pas fait ses devoirs et qu’il n'avait pas appris ses leçons.EXERCICES Paternelle : prop, de père, adjectif, règle des adj.en el.Rapprocher maternel, fraternel.\ Voreille-basse : humilié, mortifié.École : comment nomme-t-on celui qui fréquente l'école ?(.Ecolier ; fém.écoli'ere.Frère fém.sœur).Former un nom de fille avec Ernest, Léon-Ernestine, Léontine.Mettre en colonne tous les noms de la dictée et en indiquer le genre et le nombre.-o—o—o- II DICTÉE UNE TOURMENTE DANS LES ALPES La cime du mont, fouettée par le vent, semble fumer comme un cratère ; les innombrables molécules que soulève la tempête s'amassent en nuages qui tourbillonnent au-dessus des som mets.Et dans cet immense tournoiement de la tempête qui siffle sur les hautes cimes, que devient le pauvre voyageur ?Les aiguilles de glace, lancées contre lui comme des flèches, le frappent au visage et menacent de l’aveugler ; elles pénètrent même à travers se3 vêtements ; enveloppé dans son épais manteau, il a peine à se défendre d'elles.Qu'on faisant un faux pas, ou en suivant une fausse trace, il quitte un instant le sentier, il est presque inévitablement perdu.Il marche au hasard, en tombant de fondrière en fondrière ; parfois il s’enfonce à demi dans un trou de neige molle ; il reste quelque temps, comme pour attendre la mort, dans la fosse qu'il vient de s'ouvrir sous lui ; puis il se relève en désespéré et recommence sa marche inégale à travers les nuages de cristaux que le vent lui jette à la face.Les rafales éloignent et rapprochent l’horizon tour à tour ; tantôt il ne voit autour de lui que la blanche fumée des flocons qui tourbillonuent ; tantôt il distingue à droite ou à gauche une cime tranquille qui se dégage de la nuée et le regarde sans haine et sans amour ; indifférente à son désespoir ; au moins y voit-il comme une sorte de repère qui lui permet de reprendre sa course avec un retour d’espérance.E.Reclus.EXPLICATIONS ET EXERCICES Fouettée : litt.qui a reçu des coups de fouet.Il se dit par similitude de ce qui reçoit des coups comparés à ceux d’un fouet.La mer fouettée par les vents.—Cratère : bouche d’un volcan.— Molécules : petites parties d’un corps.—Les aiguilles de glace: en minéralogie, le mot aiguille désigne des cristaux de forme allongée et déliée.—Fondrière : sorte d’enfoncement dans le sol, où les eaux bourbeuses s’amassent.Il se dit aussi des enfoncements remplis de neige dans les anfractuosités des montagnes.—Repère : marque, point qui sert à guider.Cime : un synonyme ?(sommet).—Fouettée : pourquoi ce mot au féminin ?—Innombrable : le sens du préfixe in dans ce mot ?— Que soulève : la fonction de que ?—S'amassent : le nom qui se trouve dans ce verbe ?(Amtw)—Immense : décomposer ce mot en ses éléments 1 (De im, i 28 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE négatif, pour in, et mensus, mesuré) — Que devient le pauvre [voyageur 1 Quelle est la fonct'on de voyageur ?—Lancées contre lui : justifier l’orthographe du participe.— Manteau : former un diminutif ?(Mantelet).— Il a peine ci se défendre d'elles : analyser grammaticalement cette phrase.—Faux : le féminin ?—Il est perdu : quelle espèce de verbe ?— Demi : donner les règles d’accord du mot demi.—Molle : le masculin singulier ?—Qu'il vient de s'ouvrir : la fonction de gu', de s’ ?— Relever : conjuguer et épeler ce verbe à l’indicatif présent et futur au simple.— Inégal : décomposer ce mot.— Que le veut lui jette : analyser que et lui.•—(De T Education.) -o-o-o- ii r DICTÉE LETTRE DE VaUBAN A RaCINE Le traité de Ryswick (1) fut signé le 20 septembre 1697, On avait craint un instant que le roi, pour rendre la paix à l’Europe, ne consentît aux derniers sacrifices.Voici ce qu’écrivait à ce sujet le maréchal de Vauban (2) à Racne le 13 septembre.“J’ai trouvé Paris rempli des bruits de paix que les ministres étrangers y font courir à des conditions très déshonorantes pour nous ; car, entre autres choses, ils écrivent que nous avons olïert en dernier lieu Strasbourg et Luxembourg (3).Si cela est, nous fournissons à nos ennemis de quoi nous donner les étrivières (4).Un pont sur le Rhin et une place de la grandeur et de la force de Strasbourg qui vaut mieux, à elle seule que le reste de l’Alsace (5), cela s’appelle donner aux Allemands le plus beau et le plus sûr magasin de l’Europe pour porter la guerre en France.Luxembourg, de sa part, fera le même effet à l’égard de la Loraine, de la Champagne et des Evêchés (6).Ces deux places sont les meilleures de l’Europe.Nous perdons avec elles, pour jamais, l’occasion de nous borner par le Rhin Nous n’y reviendrons plus.De la manière enfin qu’on nous promet la paix générale, je la liens plus infâme (7) que celle de Cateau-Cambrésis (8) qui déshonora Henri second et qui a toujours été considérée comme la plus honteuse qui eût jamais été faite.” Louis XIV, du moins, garda Strasbourg.EXPLICATION OU SENS DES MOTS ET DES PENSÉES (1) Par le traité de Riswick, le grand roi reconnaissait Guillaume III pourrai légitima de l’Angleterre, donnait à la Hollande le droit de tenir garnison dans quelques places des Pays Bas, près de la frontière française.La France conservait Strasbourg, mais ah an ionn fit toutes ses autres conquêtes, notamment la Loraine qui devait être restituée à son duc.(2) Vauban (1633-1707), homme de guerre, ingénieur, le “ grand patriote ”, selon l’expression de Saint-Simon, a dirigé les sièges mémorables du règne de Louis XIV, a fortifié nos places de guerre d’après un système nouveau et a porté son attention sur tout ce qui pouvait contribuer au bonheur de la France.Il a écrit Mes ois-velcs un Traité de l’attaque et de la défense des places, et ces célèbres Mémoires sur la Dîme royale et sur l'édit de Nantes dont la comdamnation par le Parlement le fit mourir de douleur.(3) Luxembourg, capitale du grand duché de ce nom, q ii est la propriété du roi de Hollande, était une des plus fortes places de guerre de l’Europe ; ses fortifications ont été rasées en 1867 et le grand-duché a été neutra'isé.(4) Elriviere, courroie qui supporte l’é rier.Donner les étrivières, frapper, corriger quelqu un, l’humilier, le déshonorer.(5) En disant que la place de Stasbourg, à elle seule, vaut mieux que le reste de l’Alsace, Vauban en a vu la défense de la France.(6) Evêchés.Il s'agit ici des trois évêchés.Metz, Toul et Verdun, réunis à la France en 1552.(7) Infâme, indigne, honteux, avalissant, qui enlève la bonne réputation.(81 Fatigué de la guerre, Henri II signa, en 1559, cette paix de Cateau-Cambéris par laquelle nous conservions Metz, Toul, Verdun et Calais ; mais nous rendions 189 villes ou châteaux, que nous possédions en Italie et dans les Pay^-Bas ; ce qui fit dire au duc de Guise : Sire, vous don- L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 29 nez en un jour ce que les ennemis ne pourraient vous enlever par 30 année de succès.OBSERVATIONS ORTHOGRAPHIQUES grammaire.— On avait craint que le roi ne consentît.Le verbe de la proposition principale exprime la crainte, celui de la proposition subordonnée s’emploie au subjonctif.Le premier est au passé et le second marque une action future par rapport au premier, mais également passée : le verbe de la subordonnée doit se mettre à l’imparfait du subjonctif.On dirait : on craint que le roi ne consente.formation des mots.— Dés, dé.Ces préfixes indiquent l’action d’ôter, l’action contraire à celle qui est marquée par le radical.On emploie le premier devant les voyelles et devant l’h muette, et le second, qui est une abréviation du premier, devant les consonnes.Exemple : dénicher, débrider, déboucher, désarmer, déshonorer, désespérer, désosser, déjeûner, dévoyer, décolorer, décourager, déformer, déraisonner, désunir, déranger, démasquer, défrichir, dessécher.synonymes.-— Calme, paix, tranquillité.Ces trois mots, appliqués soit à l’état de l’âaie, soit à celui d’une société, expriment également une situation exempte de trouble et d’agitation, mais avec quelque nuance : celui de tranquillité ne regarde que la situation actuelle, indépendamment de toute relation ; celui de paix regarde cette situation par rapport au dehors, et celui de calme par rapport au temps, soit passé, soit futur.On a la tranquillité en soi-même, la paix avec les autres, et le calme après l’agitation.Les gens inquiets n’ont pas de tranquillité dans leur intérieur ; les querelleurs ne sont guère en paix avec leurs voisins ; plus l’orage a été violent, plus on goûte le calme.EXERCICE Soulignez les participes passés de la dictée et expliquez-en l’orthographe.— Décomposez et expliquez les mots cités plus haut, formés du préfixe dé ou dés et des racines que vous indiquerez — Quand emploie-t on le mode subjonctif.— Donnez la règle concernant l’emploie de chacun des temps de ce mode.— Faites l’analyse logique de l’avant-dernière phrase de la dictée : De la manière.été faite.— Dites ce que vous savez de Vauban, Racine, Riswick, Luxembourg, Strasbourg, Catcau-Cambrésis.— Quelles réflexions vous suggère la lettre de Vauban à Racine ?C.G.- O-0-O - ARITHMETIQUE Problèmes 1.Deux bouchers ont tué, l’un 256 bœufs et l'autre 126.Sachant que chaque bœuf, en moyenne, pèse 485 ibs et que le prix de la livre est de 74 cts, on demande le poids total des boeufs tués et la somme qu’ils ont produite ?Solution : 256 +126 = 382 bœufs 382 x 485 = 185270 ibs 7% cts x 185270 = $13,895.25.—Rép 2.Un homme a travaillé 167 jours pour éteindre une dette de $125.25.Combien gagnait-il par jour, sachant que la moitié de son gain était employé à éteindre sa dette ?Solution : $125.25-4-167 = $0.75 $0.75 x 2 = $1.50.—Rép.3.Je dois $1709; je donne un à-oompte de $386.Je doi3 payer la balance en 9 vereements mensuels ; combien aurai-je à donner par mois ?Solution : $1709 -386 = 1323 1323 -r 9 = $147.—Rép.4.Deux personnes sont entrées en société pour dix-huit mois.A a d’abord mis $3000, pour 9 mois, et alors il a ajouté $1000.B a mis au commencement $4000 et au bout de 12 mois, il a remis $500 ; mais au bout de 15 mois, il a retiré $2000.A la fin de 12 mois, ils ont admis C dans la société, lequel a mis un capital de $7333^.Le gain a été de $7920.Combien chaque associé a-t-il reçu? POÉSIE $ $ $ 3000 pour 9 mois= 27000 pour 1 ms.3000-}-1000 = 4000 pour 9 mois= 36000 pour 1 ms.63000 mise de A 4000 pour 12 mois= 48000 pour 1 ms.4000-}- 500=4500 pour 3 mois= 13500 pour lms.4500—2000=2500 pour 3 mois= 7500 pour 1 ms.69000 mise de B 7333-1X6= 44000 mise de G Les mises de A, B et (7=176000 176000 : 63000:: 7920 : x =$2835, gain de A 176000 : 69000:: 7920 : x— 3105, gain de B 176000 : 44000:: 7920 : x— 1980, gain de G.ALGÈBRE Un homme a $10,000 à intérêt.Une partie est prêtée à 5% et l’autre 4%.L’intérêt de la somme à 5% est de $50 de plus que celui de celle à 4%.Quelle est la somme à 5% et celle à4%?Solution : Soit x le nombre de piastres à 5% et y celui à 4%.(1) x -H ?/= $10,000 Comme il reçoit 4% sur x piastre, = Tint, à 5% Vo y tï> o Vo Mais Tint, à 5% est $50 de plus que Tint, à 4% Ainsi, -jâf0 -^^- = 50.Dégagez les fractions.5æ-4y = 5000.Mult.la (1) par 5 et vous aurez 5x + 5y = 50.000.Soustrayez 9y = 45.000 y= 5000 Substituez la valeur de y dans la (1) x + 5000 = 10.000 : æ = 10000 - 5000 = 5000 Chaque somme prêtée est $5000.Preuve : $5000 à 5% = $250 et $5000 à 4% = 200 250-200-$50.Daniel McSweeney.La DOUBLE OFFRANDB La pluie à flots tombait.Un jeudi, quel dom- [mage 1 Deux écoliers joyeux, qu’avait surpris l’orage, S’abritaient sous un porche, ayant dans leur [gousset.Chacun leur prêt au grand complet.Pour échapper comme eux à la pluie, à la brise, Un pauvre s’arrêta sous les piliers aussi.Déjà tout trempé, tout transi, Sous ses haillons de toile grise, il soupirait profondément, Sur sa poitrine nue, il penchait son front triste.Répétant à chaque moment : “ Hélas ! hélas ! que Dieu m’assiste ! ” L’ainé des deux enfants en fut importuné : Pour faire au moins cesser cette plainte navrante : Dans la main de l’infortuné Il vient mettre une part de son prêt, ayant soin De dire au mendiant : “ Allez-vous en plus loin.” Le plus petit, touché de la voix déchirante, Comme le pauvre ailleurs portait ses pas trem- [blants, Accourut, à son tour, soulager sa détresse, Et voyant sa grande vieillesse, Se découvrit devant ses cheveux blancs.Les deux enfants avaient en somme, Donné tous deux la même somme Au malheureux, bien souvent rebuté, Qu’enfin l’espérance avait abandonné ; Mais l’un n’avait fait que l’aumône, L’autre avait fait la charité.Sophih Hue.O—O—O LA PREMIERE NEIGE Voilà que cette nuit la terre est voilée D’une blancheur immaculée.Voyez ce tapis blanc moelleux Qui, comme la toison de la brebis sans tache, Sous son éclatant tissu cache La sombre nudité des prés silencieux.On dirait le parvis d’albâtre D’un temple où marche seule une troupe folâtre D’enfants purs ou d’anges des cieux. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 31 Les arbres des forêts dont les froids et l’orage Aavaient flétri le vert feuillage Balancent amoureusement Tous les feux du soleil, des fleurs étincelantes, Comme les étoiles brillantes Et des rameaux luisants d’or et de diamants.Oh ! non jamais écrin de reine N’égala cet éclat, cette lueur sereine.Si riche que fut son amant, Quelle est belle la terre, aimable, ravissante, Avec sa robe éblouissante, Elle est plus pure que l’enfant Qui sommeille noyé daDs les flots de dentelle ; Plus pure que la jouvencelle Qui dans les prés fleuris conduit l’agneau [broutant : Plus pure que l’ange candide Qui de sa douce main vers le ciel d’azur guide L’âme d’un pêcheur repentant.Tombez, ô blancs flocons comme au printemps [tu tombes Plume soyeuse des colombes, Tombez au souffle matinal, Tombez en tourbillons de blanches étincelles, O trésors des neiges nouvelles C’est l’hiver ! Recouvrez d’un voile virginal La nature qui se repose Comme un jeune epoux sur les feuilles de rose Dont se pare le lit nuptial.M.J.Marsile.-o-o-o- RARETÉ D’INSTITUTEURS M.J.D.Hunt inspecteur d’écoles du district de Brandon, Manitoba, au cours d’une conversation qu’il a eue avec l’un des rédacteurs du Educational Journal d’ontario, a déclaré que les instituteurs qualifiés étaient très rares dans sa circonscription et qu’il y aurait place pour quarante à cinquante avec un salaire variant de $30 à $45 par mois ; et que le titulaire pourrait se procurer une bonne pension pour $10 à $12.Il pense que la même rareté se fait sentir dans les autres districts II s’offre de fournir à ceux qui voudraient s’adresser à lui pour l’obtention d’une place, tous les renseignements dont ils pouvaient avoir besoin.LE CANADA-FRANÇAIS I Les éditeurs du Canada-Français ayant j éprouvé quelque difïiiculté à se procurer un 1 papier parfaitement uniforme pour l’impression de cette Revue, la première livraison du second volume va se trouver retardée de quelques jours et ne paraîtra que dans la j seconde quinzaine de janvier.Comme le Canada-Français a sagement | adope le système du payement invariablement d’avance, MM.les souscripteurs qui j n’ont pa- encore renouvelé leur abonnement j pour 1889 et qui désirent éviter toute interruption dans la réception de la Revue, ne | devront pas oublier d’envoyer le plus tôt possible le montant de leur souscription ($2) soit aux agents autorisés, soit à Mgr.Hamel, gérant du Canada-Français, Québec.-o-O—o- PENSÉES PÉDAGOGIQUES 1.La veritable éducation est aussi éloignée de l’affectation des manières que de la rudesse des formes.2.Il ne faut pas négliger les exercices du corps, même pour ceux de l’esprit.L’équilibre de notre double nature doit toujours être maintenu dans le moi humain.La santé que fortifie et entretient la gymnastique, est une partieessentielledel’éducation* Le caractère se formule plus qu’on ne croit sur le tempéramment.Emile Deschamps.•k * * 3.La jeunesse est la fleur d’une naLion ; c’est dans la fleur qu’il faut cultiver le fruit.Fénélon. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE B2 LEÇONS DE CHOSES à Vusage des Ecoles Primaires, Modèles et Académiques, des Collèges, Couvents, etc., etc., etc.Par J.B.CLOUTIER, Projesscur à l'école normale Laval et Rédacteur de “ /’Enseignement primaire Ce livre est indispensable à tous les instituteurs et institutrices qui ont à cœur de se conformer au désir du Conseil de l’Instruction publique au sujet des leçons de choses.En vente chez tous les libraires de Québec et chez MM.Cadieux et Derome J.B.Rolland, Beauchemin et Yalois, à Montréal.LIVRES CLASSIQUES GRAMMAIRE DE LHOMOND AVEC SYNTAXE Revue par J.B.CLOUTS ER DEVOIRS GRAMMATICAUX PAR LE MÊME OU LE Fimiil IIY11 BIS BUVANTS PAR LE MÊME Tous ces livres ont été approuvés par le Conseil de l’Instruction publique, et sont en vente chez tous les libraires de Québec et de Montréal.
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