L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1 mars 1892, mardi 15 mars 1892
13me Année 15 MAES 1892 Numéro 14 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE JOURNAL ET D’INSTRUCTION >OU J d MOIS, LES VACANCES EXCEPTÉES PARAISSANT LE lt J.-B.CLOUTIER, Rédacteur-propriétaire C.-J, MAGNAN, Assistant-rédacteur Prix de l’abonnement: UN DOLLAR par an, Invariablement payable d’avance Toute correspondance, réclamation, etc., concernant la rédaction ou l’administration, devra être adressée à J.-B.Cloutier, 148, rue St.Olivier, Québec.SOMMAIRE :—Actes officiels : Nominations de commissaires et syndics d’écoles.—Erections et délimitations de municipalités scolaires— Deuxième circulaire de l’honorable Surintendant de l’Instruction publique concernant l’exposition de Chicago.—Pédagogie : Rectification_____Les inspecteurs d’écoles.— Petit cours d’économie politique : Organisation de l’Instruction publique (suite et fin) : Mission des écoles normales—Composition des bureaux d’examinateurs—La cartographie— Correspondance de M.l’inspecteur Hubbard.__Histoire sainte, IV-Partie pratique: I, Dictée : Ni gourmand ni friand—II, Dictée : L’étain_III, Dictée : Les bienfaits de l’association.— Arithmétique : Problèmes— Divers: Poésie: Le Canada—Petite revue— Bulletin géographique—Biographie de Son Eminence le cardinal Taschereau (Suite).ACTES OFFICIELS Département de l’Instruction publique Il a plu à Son Honneur le LIEUTENANT-GOUVERNEUR, en date du 16 février dernier (1892), de nommer commissaires d’écoles de la municipalité de Barford, comté de Stanstead : 1° M.Césaire Charland, en remplacement de, M.Olivier Champagne, qui a quitté la municipalité ; 2° M.Léon Trudeau, en remplacement de M.Honoré Hébert, qui ne fait plus partie de la municipalité.Il a plu à Son Honneur le LIEUTEN ANT-GOU VERNEUR, en date du 15 février dernier (1892)?de nommer M.Thomas Marshall, syndic d’écoles pour la municipalité de Portneuf, comté de Port-neuf, en remplacement de M.W, J.Gillespie, sorti de charge.Il a plu à Son Honneur le LIEUTENANT-GOUVERNEUR, en date du 15 février dernier (1892), de nommer M.Louis Forrest, commissaires d’écoles pour la municipalité d’Aumond, comte d Ottawa, en remplacement de M.George Paquette, qui a quitté la municipalité.II a plu à Son Honneur le LIEUTENANT-GOUVERNEUR, par un ordre en conseil, en date du 18 février dernier (1892), de détacher de la municipalité de Saint-Basile, pour les annexer a celle de Portneuf, les numéros 57, 58, 59, 60, 61, 62, 63, 64, 65, 66, 67, 68 et 69, du cadastre de la paroisse de Saint-Basile, et aussi de détacher de la municipalité de Cap-Santé les numéros 382, 383, 384, 388, 389, 391, 394, 395, 396, 397, 398, 399, 400, 401 et 402, du cadastre de la paroisse de Cap-Sante, et annexer tous ces numéros à la municipalité scolaire de 4 ort-neuf, pour les fins scolaires.Cette annexion ne devant prendre eflet qu au mois de juillet prochain (1892).Il a plu à Son Honneur le LIEUTENANT-GOUVERNEUR, par un ordre en conseil, en date du 18 février dernier (1892), d’ériger en municipalité scolaire, pour les catholiques seulement, sous le nom de “ Sainte-Croix de Dunham ”, le canton de Dunham, comté de Missisquoi, moins les treize derniers lots des 1er, 2e, 3e et 4e rangs ; moins les onze derniers lots du 5e rang ; moins les huit derniers lots des 6e et 7e rangs, et moins enfin les cinq derniers lots du 8e rang du dit canton de Dunham.Cette érection ne prendra effet que le premier de juillet 1892.Il a plu à Son Honneur le LIEUTENANT-GOUVERNEUR, par un ordre en conseil, en date du 18 février dernier (1892), de détacher de la municipalité du Bois-de-l’Ail, dans le comté de Portneuf, la propriété de Xavier Picher, et l’annexer a celle de Saint-Basile, dans le même comté, pour les fins SG3 and the eldest, 20/75=4/15 of $100,000,= $25,GoO.,j7.Your solution gives the elder and younger too _.uch ; the second, too little.Yours respectfully, II.Hubbard, School Inspector.” —— ¦ •vr-# hwmi MISTOIRE SAINTE IV Caïn tue son frère Abel La sentence que Dieu avait prononcée contre Adam et Eve ne tarda pas à être mise à exécution.Le Seigneur envoya un ange armé d’une épée flamboyante et il les chassa du Paradis terrestre. 219 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Alors commencèrent pour nos premiers parents leurs troubles et leurs malheurs.La terre produisit des ronces et des épines, que Adam dut arracher avec beaucoup de labeur pour faire pousser le grain propre à le nourrir.Quelque temps après, Eve mit au monde un fils qui fut nommé Caïn.Un peu plus tard, Ève donna le jour à un second fils qui fut appelé Abel.Caïn et Abel grandirent ensemble comme les enfants de nos O jours, mais l’un était envieux et jaloux ; l’autre, doux, affable, bienveillant.Quand ils furent grands, chacun prit son parti.Caïn cultiva la terre et Abel éleva des troupeaux.On sentait dès lors le besoin d’offrir des sacrifices à Dieu.Les deux frères offraient chacun les leurs : mais comme Caïn était avare et égoïste, il ne donnait au Seigneur que des choses d’aucune valeur, tandis que Abel sacrifiait ce qu’il avait de plus beau et de plus précieux parmi ses troupeaux.Aussi, Dieu rejettait-il les sacrifices de Caïn et accueillait-il favorablement ceux d’Abel.L’envieux Caïn voyant que Dieu préférait son frère à lui, en conçut une haine implacable.Un jour, il lui proposa une promenade à la campagne et au moment où son bon frère causait amicalement avec lui, il l’assomma d’un coup de massue.PARTIE PRATIQUE I DICTÉE NI GOURMAND NI FRIAND Mes enfants, voulez-vous devenir forts, agiles et bien portants ?Ecoutez comment fut élevé Henri IV, un des plus grands rois de France.Sitôt qu’il fut né, son grand-père, Henri d’Albret, roi de Navarre, l’enveloppa dans le pan de sa robe pour le porter dans sa chambre, et donna son testament qui était dans une boîte d’or, à sa fille, en lui disant : “ Ma fille, voilà qui est à vous, et voici qui est à moi ”.Quand il tint l’enfant, il frotta ses petites lèvres d’une gousse d’ail, et lui fit sucer une goutte de vin dans sa coupe d’or, afin de lui rendre le tempérament plus mâle et plus vigoureux.Le grand-père ne voulut pas qu’on le nourrît avec la délicatesse qu’on a d’ordinaire pour les enfants de cette qualité, sachant bien que dans un corps mou et tendre il ne loge ordinairement qu’une âme molle et faible.QUESTIONS ET EXPLICATIONS Comment se forme le pluriel dans la plupart des noms ?—Quels sont les noms où il se forme avec un x ?—Comment se forme-t-il dans ceux terminés par al, ail ?EXERCICES ÉCRITS Relever les noms de la dictée.Placer sur une ligue tous ceux qui sont au singulier, en former le pluriel en le mettant en regard du singulier.II DICTÉE l’étain L’étain est un métal presque aussi blanc que l’argent, mais il se ternit à l’air avec une extrême facilité.II jouit de la précieuse propriété d’être à peu près inattaquable par les acides contenus dans nos aliments ; aussi l’emploie-t-on depuis longtemps pour faire des ustensiles de ménage et pour empêcher ceux de cuivre d’être nuisibles en les étamant.L’étain sert encore à fabriquer une multitude L’ENSEIGNEMENT EKIMAIRË 220 d’objets d’utilité ou d’agrément, des boîtes, des jouets, des flambeaux.Uni au cuivre, il constitue le bronze.Appliqué sur le fer en feuilles, il contribue à la fabrication du fer-blanc.EXERCICES Quelle remarque y a-t-il à faire sur le futur et le conditionnel des verbes constituer, attribuer?Conjuguer ces deux temps.=Relever tous les substantifs en les faisant précéder d’un adjectif démonstratif, ce, cet ou ces, suivant le genre et le nombre.=Conjuguer au présent de l’indicatif et à l’imparfait les verbes jeter, lancer, manger.III DICTÉE LES BIENFAITS DE L’ASSOCIATION L’homme ne saurait se passer de ses semblables.Voulez-vous avoir une idée des bienfaits de 1 association humaine.Considérez seulement le vêtement qui vous protège, vous verrez que Y agriculteur, le flateur, le tisserand, le teinturier, le navigateur, le mécanicien, le tanneur, le tailleur, le cordonnier, le chapelier, l’éleveur de vers à soie et vingt autres industriels exerçant des arts difficiles ou même savants ont appliqué l’étude et l’expérience de cinquante siècles à la confection de notre modeste enveloppe.Le moindre clou de votre chaussure résume en lui la découverte du fer, l’exploitation des mines, la fusion du minerai dans les hauts fourneaux, la construction du soufflet de forge, le travail si rapide et si intéressant du cloutier.Mille générations ont sué sang et eau pour produire cet ensemble simple et commode que l’ouvrier achète avec son salaire de quelques jours.EXPLICATIONS Semblable : Ce mot se dit, avec l’adjectif possessif, d’un ou de plusieurs hommes par rapport aux autres hommes.— Agriculteur : celui qui cultive la terre.La terminaison culteur a servi à former un grand nombre de mots: apiculteur, horticulteur, etc.—Filateur: celui qui dirige une filature ou une usine où l’on fabrique du fil pour étoffe.—Tisserand : ouvrier qui fait de la toile.—Tanneur : celui qui tanne les cuirs.Tanner les cuirs, c’est les préparer avec du tan, de manière à les rendre plus solides et imputrescibles.Le tan est l’écorce pulvérisée du chêne, du sumac, du châtaignier, etc., qu’on emploie à tanner les peaux.—Industriel : celui qui se livre à l’industrie.Sous ce nom d’industrie, on comprend toutes les opérations qui concourent à la production des richesses : l’industrie agricole ; l’industrie commerciale et l’industrie manufacturière.Parfois on emploie le mot industrie pour désigner tous les arts industriels, sauf l’agriculture ; et dans ce cas industrie est opposé à agriculture.— Haut fourneau : bâtiment dans lequel on réduit les minerais de fer à l’aide de la chaleur du charbon et de fondants appropriés ; ainsi dit parce qu’il y a un canal de cheminée très long et très élevé pour augmenter le tirage et activer le feu.—Suer sang et eau : se donner beaucoup de peine pour quelque chose, faire de grands efforts.Le verbe s’emploie dans beaucoup d’expressions figurées.Ainsi l’on dit : suer la peur : c’est-à-dire avoir l’apparence comme si la sueur sortait par tous les pores ; suer Vennui : pour être ennuyeux ; suer Vorgueil : pour être très orgueilleux.1 1° 15o I I pieds d'oi tins le pi iliaque v Prix de $325-, Prix de j $375-¦ 3° Dém ralenrdt •flou mil J femes df nombre) Soit la f le Premier en ' parti PJ%; | Hté, %, I N 13l%, % Hci loti, % L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 221 ARITHMÉTIQUE Problèmes 1° 15 ouvriers ont fait en commun 475 pieds d’ouvrage, qu’on leur paye 30 cen-tins le pied.Que recevront-ils chacun ?Solution : Chaque ouvrier recevra : ^3o=$9.50.—Rép.2° Un marchand a payé $325 pour 150 moutons canadiens.Il veut gagner $50 sur son achat.A quel prix doit-il revendre chaque mouton ?Solution: Prix de vente de 150 moutons : $325 + 50=375.Prix de revient d’un mouton : $375-^150 = $2.50.—Rép.3° Démontrer par un exemple que la valeur d’une fraction ne change pas lorsqu’on multiplie ou qu’on divise les deux termes de cette fraction par un même nombre ?Solution : Soit la fraction f dont je multiplie les deux termes par 4.Elle devient £§.Dans le premier cas, on supposait l’entier divisé en 7 parties et l’on prenait trois de ces parties ; dans le second cas, comme l’entier a été partagé en 4 fois plus de parties, celles-ci sont 4 fois plus petites ; en sorte qu’en en prenant 4 fois plus, on retrouve la même quantité.4° Que devient une fraction lorsqu’on ajoute le même nombre aux deux termes de cette fraction ?Solution : La fraction augmente.Soit la fraction f aux deux termes de laquelle on ajoute 6 ; elle devient T9¥.Or la première fraction est inférieure à l’unité de 4, tandis que la seconde n’en diffère que de T+- La seconde fraction est donc plus grande.5° Une personne reçoit des marchandises au montant de $6,845 qu’elle doit vendre à commission à 20%.Quelle commission doit-elle garder ?Solution : :=$1,369.—:Rép.POESIE LE CANADA Salut, ô ciel de ma patrie ! Salut, ô noble Saint-Laurent ! Ton nom dans mon âme attendrie Répand un parfum enivrant.O Canada, fils de la France, Qui te couvrit de ses bienfaits, Toi, notre amour, notre espérance, Qui pourra t’oublier jamais ?Sur les plages du nouveau monde, Pareil au phare radieux Qui guide sur la mer profonde Le nautonnier aventureux, Tu fais rayonner la lumière De tes souvenirs glorieux, Et tu racontes à la terre, Les grands exploits de nos aïeux.Dans tes verdoyantes campagnes, Où séjourne le vrai bonheur, Le Canadien a pour compagnes Les plus saintes vertus du cœur.Fidèle au culte de ses pères, De leur exemple il suit la loi, Et fuyant les mœurs étrangères, Il garde sa langue et sa foi. 222 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE Ah ! puisse cette union sainte Qui fit nos ancêtres si grands, Ne recevoir jamais d’atteinte Par les crimes de tes enfants.Et si jamais pour te défendre Sonnait le grand jour du combat, Comme autrefois qu’ils sachent prendre Le glaive vainqueur du soldat.Heureux qui dévouant sa vie A la gloire de te servir, Sous ton beau ciel, ô ma patrie ! Peut dire, à son dernier soupir: O Canada, fils de la France, Toi qui me couvris de bienfaits, Toi, mon amour, mon espérance, Qui pourra t’oublier jamais ! Octave Crémazie.PETITE REVUE Le collège Canadien, à Rome, n’est que dans sa quatrième année d’existence, et déjà il a reçu quarante et un élèves.Cette année, il en compte vingt-quatre, répartis entre les diocèses suivants : huit de Québec, cinq de Montréal, quatre de St-Hyacinthe, deux de Chicoutimi, un de Sherbrooke, un des Trois-Rivières, un de Nicolet, un d’Ottawa et un de Toronto.S.G.Mgr.Bégin, archevêque de Cyrène et coadjuteur de son Eminence le cardinal Taschereau, est arrivé à Québec pour y demeurer définitivement.Le plus grand journal du monde a été publié à New-York, en 1759, sous le titre de Illuminate quadruple constellation.Il avait le format d’un billard, huit pieds et demi de hauteur et six de largeur ; il con- tenait huit pagçs de treize colonnes.Un exemplaire de cette feuille colossale est conservé dans un musée de journaux, à Aix-la-Chapelle, Allemagne.La ville de New-York peut justement être considérée comme une ville catholique : elle possède, en effet, 80 églises catholiques, où il se dit chaque dimanche 392 messes.Ces églises peuvent contenir 411,700 personnes assises et 146,740 debout ; ce qui fait un total de 558,440 catholiques qui, aune même heure,peuvent remplir leurs devoirs religieux.Un américain a calculé que tout le tabac consommé en une année, fumé, chiqué et prisé, si on le roulait en forme de corde de deux pouces de diamètre, formerait un serpent gigantesque qui, suivant la ligne de l’équateur, pourrait faire trente fois le tour de la terre.Avec la même quantité de tabac pressé en tablettes solides, on élèverait une pyramide presque égale à la troisième des grandes pyramides de Giseh.Bulletin géographique Canada.—Le Manitoba et les Territoires du Nord-Ouest sont maintenant divisés en cinq vicariats ou diocèses.Le diocèse de Saint-Boniface comprend la province du Manitoba et est sous la direction de Mgr Taché.Le diocèse de Saint-Albert comprend le teritoire d’Alberta et partie de celui d’Assiniboia.Mgr Grandin est le titulaire de ce diocèse.Le vicariat d’Arthabaska-Mackenzie comprend les vastes régions qui s’étendent le long L’ENSEI ENT PRIMAIRE 223 de la rivière delà Paix jusqu’à la meivpBlaire.M.Clut, assisté de Mgr Grouard, est à la tête de cette immense étendue de terrain.La Colombie Britannique forme un quatrième vicariat sous la direction de Mgr d’Herboneez, qui est assisté de Mgr Durieu.Récemment un cinquième vicariat, celui de Prince-Albert, a été constitué avec le territoire de la Saskat-chouan.Mgr Pascal en est le titulaire.Il y a, tant au Nord-Ouest qu’au Manitoba, 111 Pères Oblats et 61 frères du même ordre.Eukope.—Dans le dernier numéro de Y Enseignement primaire nous avons publié un résumé très complet de la Question d’Orient.Terminons aujourd’hui cette étude : La question commerciale complique encore cette situatian déjà fort confuse.Une voie ferrée, qui va aujourd’hui de Belgrade, sur le Danube, à Constantinople, unit le Bosphore et l’Asie-Mineure au réseau des chemins de fer de l’Europe centrale.D’autres voies ferrées nombreuses relient la Hongrie et la Roumanie, la Bosnie et Vienne.Ce sont autant de routes faciles ouvertes aux produits de l’industrie autrichienne et allemande, qui trouve, dans cette péninsule des Balkans longtemps arriérée et encore appauvrie, de précieux débouchés.Ces progrès du commerce de Vienne et de Berlin au sud, que l’industrie russe est incapable d’arrêter à elle seule, nuisent aussi au commerce de l’Angleterre et de la France, dont les vaisseaux avaient conservé jusqu’à ces derniers temps le monopole des relations économiques avec les Etats du Danube inférieur et avec Constantinople.Il en résulte un groupement d’intérêts tout nouveau : l’Angleterre et la France doivent avoir pour but, comme la Russie, de refouler vers le nord l’influence commerciale austro-allemande.Biographie «le Son Eminence le cardinal Taschereau I (Suite) L’épiscopat ne devait pas être la dernière étape de notre éminentissime compatriote dans la voie des honneurs.Après quinze années de labeurs et de peines, de travaux et de luttes, de courses apostoliques et de voyages entrepris pour la cause de l’éducation et pour le plus grand bien de l’Eglise canadienne, il fut jugé digne des plus hautes distinctions, et le Saint-Père voulut le revêtir de la pourpre cardinalice.Ce fut une grande joie pour tous les Canadiens, et la presse, anglaise et française, protestante et catholique, fut unanime à féliciter chaleureusement le nouveau dignitaire, et à remercier le Souverain-Pontife de lui avoir conféré cette honneur.Québec fut alors témoin des fêtes les plus grandioses qu’il ait jamais vues.L’imposition des insignes de la nouvelle dignité et la collation de la barrette cardinalice donnèrent lieu aux plus imposantes solennités et à des réjouissances extraordinaires.Toutes les parties du pays et toutes les classes de la société voulurent prendre part à ces fêtes et s’y firent représenter.Les rues étaient décorées etpavoisees, la ville fut illuminée, les cérémonies furent admirables, et la procession à travers la vieille cité de Champlain se fit avec un incomparable déploiement de magnificence.La musique, la poésie, l’éloquence célébrèrent à l’envi l’éclat de ces grands jours et la gloire de celui qui avait su mériter tant d’honneur.Il a fallu tout un volume de trois cents pages pour contenir le récit des splendides manifestations qui se déroulèrent alors sous 224 L’ENSEIGNEMEN PRIMAIRE nos yeux et dont Québec ne perdra jamais le souvenir.Les fêtes se terminèrent par un grand banquet, pendant lequel le nouveau prince de l’Eglise fit un discours remarquable d’originalité.Il représenta saint Jean-Baptiste apparaissant à Mgr Laval dans un songe et lui prophétisant l’avenir de ce pays où il allait débarquer.Nous détachons quelques phrases de ce récit.“ Regarde, dit le patron du Canada à Mgr de Laval, regarde ces rochers couronnés par une citadelle imprenable ; vois ce que sera dans deux siècles cette cité où doivent reposer tes cendres ; contemple ces nombreux asiles de la piété et de la science.Vois-tu ces immenses constructions ?Ce sont ton séminaire et l’Université qui se glorifieront de porter ton nom.Ecoute les accents de la joie universelle, qui, dans deux siècles, retentiront dans tout le Canada, parce que ton quinzième successeur aura été revêtu de la pourpre ; prends part avec moi à cette réjouissance.“ Vois-tu assis autour de lui, dans un banquet, les représentants de l’autorité civile, de nombreux prélats, une armée de ministres du Seigneur, des convives de toutes nationalités et de toutes croyances, levant les yeux et les mains au ciel pour le remercier d’un honneur qui rejaillit sur tout le Canada ?“ Le Canada, si petit aujourd’hui et qui compte a peine quelque centaines de Français, le Canada s’étendra alors d’un océan à l’autre, et ces océans seront reliés par un chemin de fer, sur lequel rouleront des palais emportés par le feu et l’eau.Sans être une nation indépendante, il en aura tous les privilèges, et l’immortel Pontife qui occupera alors le siège de Pierre fera tomber sur, cette nation un rayon de lumière céleste, et la reconnaîtra comme telle, en appelant un de ses enfants à partager avec lui la sollicitude de toutes les Églises.“ 7 lÊL temps-là, l’Empire Britannique, sur F ¦" .soleil ne se couchera pas, sera g‘>U' , une Souveraine dont les vertus feront 1,0'¦‘miration et l’édification de ses innombm Es sujets, en même temps que sa justice et sa bonté la leur rendront chère comme une mère à ses enfants.“ Que Dieu la conserve longtemps à leur affection.“ A peine saint Jean-Baptiste, le plus canadien des Canadiens, a-t-il prononcé ces paroles de loyauté vraiment canadiennes, qu’un coup de canon annonce l’arrivée au port.Mgr de Laval se réveille tout consolé et émerveillé de cette vision, et se prépare à prendre possession de cette terre qui est devenue sa patrie.“ J’ai fini mon histoire.“ A vous de la juger.“ A moi de vous remercier de la bienveillance avec laquelle vous l’avez écoutée.” Quelques mois après les fêtes cardinalices, notre archevêque partait pour Rome, où il reçut des mains de Sa Sainteté le dernier insigne de sa haute dignité,—le chapeau de cardinal.C’était son huitième voyage à la Ville Éternelle.Depuis lors, le cardinal Taschereau mène la vie calme, laborieuse et sainte qui convient à un évêque.Malgré ses soixante-onze ans révolus, il ne croit pas encore que l’heure du repos ait sonné pour lui, et il travaille toujours, comme on fait au milieu de la vie.Toutes ses journées sont parfaitement réglées, et il partage ses heures entre les exercices de piété, l’étude et les travaux que lui impose l’administration de son diocèse.Maintenant que nous connaissons un peu sa vie, étudions de plus près l’homme et ses œuvres.(à suivre) Imprimé par L.-J.DEMERS & FRÈRE, No.30, rue de la Fabrique, Québec.
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