L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1 juin 1894, vendredi 1 juin 1894
15me Année 1er JUIN 1894 Numéro 19 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE JOURNAL D'ü E Archambault gTRUCTION “ Rendre le peuple meilleur ” PARAISSANT LE 1er ET LE 15 DE CHAQUE MOIS, LES VACANCES EXCEPTÉES J.-B.CLOUTIER, Rédacteur-propriétaire C.-J MAGNAN, Assistant-rédacteur Prix de l'abonnement: UN DOLLAR par an, Invariablement payable d’avanoe Toute correspondance, réclamation, eto., concernant la rédaction ou l’administration, devra être adressée à J.-B.Cloutier, 148, rue St.Olivier, Québec.SOMMAIRE Pédagogie : Avis.—A propos d’enseignement : Une dernière réponse à notre confrère de la Vérité.—Du choix des livres : Nouvelle Epellation.—Un instituteur décoré.—Partie pratique % Langue française : I, Dictée : Bonheur de la vie champêtre.—II, Exercices.— III, Dictée : Le feu de la Saint-Jean.—Actes officiels du département de l’Instruction publique.AVIS Le prochain numéro de Y Enseignement 'primaire ne paraîtra que le 25 de ce mois, afin de pouvoir donner un compte-rendu des séances de fin d’année qui auront lieu à l’Ecole Normale les 18 et 19 de juin M.J.Ahern nous prie d’annoncer qu’il publiera bientôt,en brochure, les 50 premières leçons d’anglais d’après la méthode naturelle, méthode que nos lecteurs ont fort appréciée.Cette première fascicule sera prête pour le mois de septembre prochain.Les autres leçons seront publiées en brochure, à mesure qu’elles auront paru dans YEnsei-gnement primoÂre.A propos d’enseignement UNE DERNIÈRE RÉPONSE A NOTRE CONFRÈRE DE LA “ VÉRITÉ ” I Dans son journal du 12 mai, M.Tardivel trouve étrange que nous ayons affirmé dans Y Enseignement primaire du premier du mois dernier que “ notre organisation scolaire est plutôt paroissiale que provinciale ?” “N os écoles primaires, dit le rédacteur de la Vérité, sont si peu paroissiales que le curé, c’est-à-dire le chef de la paroisse, ne fait pas partie ex-officio, du bureau des commissaires, ou des syndics scolaires.Il peut être élu par les contribuables ; mais s’il ne veut pas subir les désagréments d’une élection—et beaucoup de curés ne jugent pas à propos de le faire, avec liaison, selon nous,—il doit se contenter du rôle de visiteur, rôle qu’il partage avec “ le maire, les juges de paix, les colonels, les lieutenants-colonels, les majors et le plus ancien capitaine de milice,” sans compter les juges, les députés, tant fédéraux que provinciaux, les professeurs des écoles normales, etc.Il a aussi le droit de choisir les livres “ ayant rapport à la religion et à la morale.” Si MM.les curés ne sont pas membres ex-ojjicio du bureau des commissaires de leurs paroisses, c’est que la plupart d’entre-eux ont toujours préféré exercer leur influence sur l’école hors de la commission scolaire.Les évêques de notre province n’ont, en aucun temps, manifesté le désir que chaque curé fût de droit membre du bureau d’éducation de sa paroisse.Us ont bien, de temps en 290 L’ENSEIGNEMENT PEIMAIRE temps, conseillé aux curés d’accepter volontiers la charge de commissaire, “ à la condition qu’elle leur fût offerte par leurs paroissiens (1)”, mais jamais il n’ont protesté contre l’article de loi se rapportant à la composition des commissions scolaires.Est-ce à dire que les évêques qui ’ ont guidé les destinées de notre peuple depuis cinquante ans ont manqué à leur devoir en acceptant, sans murmurer, un état de choses que M.Tardivel trouve si abominable ?Non, certainement non.Voici comment.Sous la loi des écoles de fabrique, qui fut établie en 1824, loi à peu près semblable à celle que demande notre confrère, les habitants se montrèrent si peu disposés à seconder le curé en matière scolaire, que l’on comprit bien vite que, sans l’intervention de l’Etat, jamais le Bas-Canada n’arriverait à posséder un nombre suffisant d’écoles.En 1830, six ans après l’établissement de cette loi, il n’y avait que 68 écoles de fabrique en opération, quand la population du Bas-Canada était à cette époque d’au moins 250,000 âmes.Cette loi donnait de si maigres résultats, qu’en 1829, la Législature passa “ l’Acte pour l’encouragement de l’Education ”.Cette dernière loi n’étant plus en force le 1er mai 1836, Mgr Signay déplora cet événement dans les ternies qui suivent, dans une circulaire en date du 2 mai 1836, bien que l’Acte de la 4e George IV, “ autorisant les fabriques, avec le concours de l’autorité ecclésiastique, à employer le quart de leur revenu annuel au soutien d’une ou de plusieurs écoles, sous leur direction ”, fût encore en force : “ Dans la vue de remédier, autant que possible, aux tristes inconvénients qui doivent résulter de la cessation de la plus grande partie de ces écoles (2), je crois de mon devoir d’en appeler à votre zèle, et de vous inviter à faire ce qui dépendra de vous, pour procurer à votre paroisse au moins une partie des avantages dont elle jouissait sous la loi qui vient d’expirer.” L’apathie des pères de familles,à l’égard de l’éducation de leurs enfants,était si profonde, que les paroisses, en dépit de l’autorité épis- (1) Voir la circulaire de S.G.Mgr Signay, 30 décembre 1841.(2) Ecoles ouvertes sous les auspices de la loi de 1829.copale et des efforts du clergé, n’avaient pas encore compris l’importance des écoles de fabrique, bien que ce système fût en force depuis 12 ans.Un extrait de la circulaire que je viens de mentionner fera foi de mon assertion : “ Il s’agit donc (dit Mgr Signay dans sa circulaire au clergé du 2 mai 1836) pour vous de faire envisager aux membres de votre fabrique tout l’avantage qui doit résulter de semblables établissements, et de leur recommander de ne pas tarder à les mettre sur pied.” Il y avait donc 12 ans que les écoles paroissiales avaient été établies en 1836.Cependant, à cette époque, on en était encore à “ démontrer l’avantage de semblables établis-sements ”, malgré les efforts réitérés et 7 O conjoints de l’évêque et du clergé.Lors des troubles de 1837-38, la constitution fut suspendue et le Bas-Canada resta sans aucun système d’éducation jusqu’à 1841.Seules les écoles paroissiales fonctionnèrent tant bien que mal durant ces trois années.Eh ! bien, ces écoles, absolument paroissiales, servaient si peu les vues de l’Eglise que la loi d’éducation de 1841, malgré ses imperfections notoires, imperfections que l’on corrigea en 1846, fut saluée avec bonheur par l’évêque de Québec.“ Dans la crainte, dit-il, qu’il n’existe quelque doute parmi les membres du clergé, touchant la part qu’il leur convient de prendre à la mise en opération de la loi récemment passée, pour l’encouragement de l’éducation dans la province, je crois de mon devoir de vous informer que je regarde I comme très important qu’ils ne négligent point d’user de leur influence, pour que cette loi atteigne le but que tous les vrais amis du pays doivent avoir ¦ en vue, celui de procurer à la jeunesse une éducation morale et religieuse.” (1) Descendant de Bretons et de Normands, les habitants canadiens sont, de leur nature, chicaniers et entêtés.S’agit-il de construire une église, un presbytère, une école, un pont, etc., dans la localité, aussitôt la zizanie se met dans le camp.MM.les curés savent plus que personne combien les divisions de paroisses, divisions qui ont parfois des conséquences les plus désastreuses, sont fréquentes et difficiles à effacer.Voilà pourquoi les autorités diocésaines consentirent avec grâce (1) Circulaire du 30 décembre 1841. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 291 à ce que l’Etat lui vînt en aide dans l’organisation scolaire.En cette circonstance, l’autorité publique a accompli un devoir rigoureux, en pourvoyant, suivant les besoins/le l’époque, à la création des écoles élémentaires.Les habitants de nos paroisses sont-ils bien différents de ce qu’ils étaient autrefois ?C’est plus que je ne peux dire.Evidemment, il y a eu progrès, et progrès remarquable ; mais je crains bien “ qu’en grattant ” tant soit peu nos paysans canadiens, nous y découvririons maiuts cœurs normands et nombre de têtes bretonnes.A tout événement, nous verrions avec bonheur l’entrée ex-ojfjücio de MM.les curés dans les commissions scolaires, si, toutefois, l’épiscopat jugeait la chose convenable, ce que nous ignorons absolument.Nous aurions, au moins, la certitude que le président des commissaires possède une qualification littéraire nécessaire à l’exercice de sa position.Cette réforme entre tellement dans les vues du législateur que, dans le but de faciliter l’accès de MM.les curés aux commissions scolaires, il a inséré l’article qui suit dans notre loi d’éducation : “ Toute fabrique qui contribue annuellement pour un montant d’au moins cinquante piastres au soutien d’une école sous la direction des commissaires ou des syndics d’écoles, acquiert au curé et au marguillier en charge le droit d’être commissaires pour l’administration de cette école seulement, s’ils 11e le sont pas déjà.S.R.P.Q., art.2222.” Eh ! bien, complétons la loi de manière à ce que le curé soit de droit président du bureau d’éducation de sa paroisse, si, toutefois, l’épiscopat y consent.Je le répète, il n’est pas certain que tous les curés voient cette mesure d’un bon œil.La plupart d’entre eux considèrent que leur influence est plus considérable en dehors qu’au sein de la commission scolaire, où souvent règne le désaccord à propos de taxes scolaires, construction d’écoles, choix d’emplacement, etc.Ce rapprochement du prêtre de l’école primaire est une des réformes que nous souhaitons le plus ardemment.A la réunion des instituteurs catholiques de Québec le 30 septembre 1893, nous suggérions la création de bureaux paroissiaux dont la mission serait d’accorder des certificats d’études primaires.Voici ce que nous proposions : “ Les élèves pourraient subir l’examen du certi- ficat d’études ” (1) de 13 à 16 ans.Bien entendu que la loi s’appliquerait aux villes comme aux campagnes.Il y aurait trois sortes de certificats : 1er degré (école élémentaire), 2e degré (école modèle), 3e degré (école académique).De par la loi, le curé de chaque paroisse, et à défaut du curé, le vicaire serait président ex-officio du bureau paroissial, qui se composerait comme suit : l’inspecteur d’écoles du district ou son délégué, le secrétaire-trésorier de la municipalité scolaire et deux notabilités instruites, de l’endroit, choisies par le curé, l’inspecteur et le secrétaire-trésorier.La création d’une telle loi d’éducation consoliderait notre admirable organisation paroissiale en faisant fleurir l’instruction et l’éducation au sein du peuple canadien.Directement intéressés, les parents des enfants feraient des efforts afin de bâtir des maisons d’écoles convenables et payer raisonnablement les instituteurs et les institutrice.Il est bien certain que MM.les curésaccepteraient avec plaisir la présidence des bureaux ; le contraire serait très surprenant.L’époque de l’examen offrirait aux pasteurs des paroisses une excellente occasion de connaître intimement la partie la plus intéressante de leur troupeau.” La présidence des bureaux d’examen n’offrirait pas les inconvénients de la présidence des commissions scolaires, qui subordonnent presque toujours les intérêts intellectuels aux intérêts matériels.En créant le certificat d’études, tel que ci-dessus proposé, l’influence du prêtre sur l’école serait doublée.M.Tardivel assimile la position du curé, comme visiteur des écoles de sa paroisse, à celle du maire, des juges de paix, etc., qui possèdent le même droit.Cependant, le rédacteur de la Vérité reconnaît “ que le curé a aussi le droit de choisir les livres ayant rapport à la religion et à la morale ”, droit qu’aucun autre visiteur ne possède.Vraiment,nous ne comprenons pas comment le confrère puisse confondre si facilement des rôles si différents.Evidemment, M.Tardivel fait peu de cas de cet article de la loi qui est de la plus haute importance.Quant à moi, je ne puis que louer les autorités civiles de mon pays d’avoir, en cette circonstance comme dans bjfen d’autres, reconnu à l’Eglise seule le droit de déterminer quels livres doivent être mis entre les mains des enfants, afin que les enseignements de la religion et de la (1) Subirait l’examen qui voudrait.Mais si les certificats d’études ainsi accordés avaient une valeur réelle, bien peu de familles, dans chaque paroisse, en priveraient volontairement leurs enfants. 292 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE morale arrivent à ces derniers dans toute leur intégrité.Afin de faire connaître nos lois scolaires à ses lecteurs d’une manière complète, M.Tardivel, après avoir mentionné les droits que la loi d’éducation n’accorde pas entièrement à MM.les curés, aurait dû énumérer ceux que ces derniers possèdent en vertu de cette même loi.Par exemple, quelle lumière les faits suivants n’auraient-ils pas jetée sur le sujet actuel, si notre contradicteur en eût au moins fait mention dans son journal : 1° Aucun candidat n’est admis à subir un examen devant un bureau d’examinateurs s’il n’est muni d’un certificat de moralité et de sobriété signé du curé, d’au moins trois commissaires, syndics ou visiteurs d’écoles de sa paroisse et d’un certificat établissant qu’il est âgé de dix-huit ans, c’est-à-dire d’un extrait baptistaire (voir S.R.P.Q., art.1962 et Règlements du comité catholique, page 11 du code de l’Instruction publique de M.De Gazes).2° Quiconque veut être admis à une école normale doit : 1° remettre au Principal un certificat d’âge (au moins 16 ans), un certificat de moralité signé par le curé, et, s’il désire obtenir une bourse, l’attestation du curé prouvant qu’il n’a pas les moyens de payer sa pension, etc., etc.(Voir Règlements du comité catholique de l’Instruction publique, page 43 du code).Ces règlements ont été sanctionnés par le lieutenant-gouverneur en conseil le 17 juillet 1888.La partie de ces règlements qui concerne les écoles normales existe depuis 1857.3° Pour être admis comme candidat aux fonctions d’inspecteur d’école il faut produire : 1° Un extrait baptistaire ; 2U Un brevet de capacité provenant d’une des écoles normales ou délivrés par un bureau d’examinateurs établis dans la province ; 3° Un certificat du président et du secrétaire-trésorier, des commissaires ou syndics d’écoles de chacune des municipalités où il a enseigné pendant les cinq dernières années ; 4Ü Un certificat de bonne vie et mœurs portant les mêmes signatures que le précédent et de plus la signature du curé de chacune des municipalités où il a enseigné.(Voir mêmes règlements que ci-dessus).Ainsi, tous les membres laïcs du corps en- seignant sont, au préalable, approuvés par l’Eglise, c’est-à-dire par ses représentants, les curés exerçant le ministère paroissial en vertu d’une autorisation de leur Ordinaire.Le choix des principaux officiers du département de l’Instruction publique, les inspecteurs d’écoles, sont également soumis, en premier lieu, au tribunal ecclésiastique.Ces sages dispositions de notre loi d’éducation ne mettent-elles pas virtuellement le choix du corps enseignant tout entier sous la dépendance de l’Eglise ?Et en rapprochant ces dispositions de l’article 1960 des S.R.P.Q., qui dit : “ Tout prêtre, ministre du culte ou ecclésiastique, ou personne faisant partie d’un corps religieux institué pour les fins d’enseignement, et toute personne du sexe féminin étant membre d’une communauté religieuse, sont, dans tous les cas, exempts de subir un examen devant un bureau d’examinateurs,” comme le rôle joué par nos législateurs en cette circonstance est digne d’admiration dans un siècle où les droits de l’Eglise sont presque partout foulés aux pieds ! Dans notre province, les pères de familles, protégés par l’Etat, abandonnent librement l’éducation de leurs enfants à des instituteurs choisis préa-blement par les délégués des évêques.L’école et le collège, chez nous, remplacent le père dans l’office d’enseigner aux enfants et de leur faire pratiquer la religion, et cet enseignement est donné et cette pratique accomplie sous la haute surveillance de l’Eglise.Le maître et le livre, n’est-ce pas là l’école ?Peu importe le site, les murs, les bancs et les pupitres de l’école, au point jxie vue religieux ! Eh bien, le maître et le livre, quant aux qualités religieuses et morales, dépendent absolument de l’autorité ecclésiastique.N’est-ce pas là la mise en pratique du droit chrétien et catholique, le seul droit logique et véritable ?Cette prérogative de notre clergé ne vaut-elle pas infiniment mieux que le droit de s’occuper ex-ojjficio des détails administratifs d’une commission scolaire, besogne souvent ingrate et presque toujours la cause de plus de mal que de bien ?D’ailleurs, il est bon de remarquer que la loi actuelle met le curé de chaque paroisse sur le même pied que les pères de famille, quant à ce qui se rapporte au bureau des commissaires. L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 293 M.Tardivel confond, au grand avantage de sa thèse, les mots municipalité scolaire et municipalité locale.Voici comment il s’exprime : “ A l'heure qu’il est, malgré l’affirmation de M.Magnan, nos écoles ne sont nullement paroissiales ; elles • sont quelque peu municipales, mais surtout provinciales.JSous n’avons pas besoin d’insister sur la différence essentielle qui existe entre la municipalité et la.paroisse.La première, créée exclusivement par l’Etat, est une corporation purement civile ; elle a pour centre l’hôtel de ville, la salle des délibérations du conseil ; la seconde a la religion pour base, l’église pour centre, le curé pour chef ; c’est une corporation surtout religieuse ; les questions matérielles y sont étroitement liées et rigoureusement subordonnées aux intérêts spirituels.C’est de la paroisse, non de la municipalité, que l’école primaire devrait relever.” Eh ! bien, nos écoles ne dépendent en aucune façon de la municipalité “ qui a pour centre l’hôtel de ville ”, mais relèvent entièrement de la municipalité scolaire qu’il ne faut pas confondre avec la municipalité locale.“ Les mots municipalité scolaire, suivant l’article 1860 des S.R.P.Q., désignent tout territoire érigé en municipalité, pour le fonctionnement des écoles sous le contrôle des commissaires ou des syndics d’écoles ”.Et quelles sont les attributions de ces commissaires, véritables mandataires des pères de famille puisqu’ils sont uniquement élus par eux et non nommés par l’autorité centrale?Ces attributions sont presqu’il-1 imitées.En voici quelques-unes' : faire construire les maisons d’écoles, modifier l’évaluation du rôle municipal,quand il le juge à propos, faire un rôle d’évaluation, en certains cas, examiner et amender le rôle de cotisation, fixer le taux de la rétribution mensuelle, percevoir les taxes scolaires, faire des règlements pour la régie des écoles, fixer l’époque de l’examen annuel, éta-établir des ecoles de filles séparées, engager et destituer leurs instituteurs, etc., etc.La municipalité locale, c’est la paroisse érigée civilement doctrine.Cette alliance a fait la joie et la prospérité du pays.La famille, base de la société, est restée pure, les mœurs chrétiennes, l’autorité civile a toujours commandé le respect du peuple, parce que, tout en restant pleinement indépendante dans sa sphère propre d’activité, elle s’est inspirée dans ses institutions et dans ses lois de l’esprit de l’Eglise qui, selon les paroles de Léon XIII, est le garant et l’appui de toute autorité légitime.” Cest nous qui soulignons.Maintenant, peut-on raisonnablement supposer que le E.P.Hamon, ayant à parler des rapports de l’Eglise et de l’Etat dans une circonstance aussi solennelle que la fête Saint-Jean-Baptiste, ne s’était pas donné la peine, avant cette date, de prendre connaissance ou de s’enquérir à bonnes sources du caractère de nos lois d’Education ?Pour ma part, je ne suis pas prêt à injurier aussi gratuitement l’éloquent orateur qui a fait si souvent retentir les chaires de Québec de sa parole aussi harmonieuse qu’autorisée.Dans le cours de l’année 1893, le P.P.Gohiet, O.M.I., donna une série de conférence aux ouvriers de St-Sauveur de Québec, dans leur église paroissiale.Une de ces conférences fut consacrée au sujet suivant : L'ouvrier et Vinstruction.Après avoir démontré la nécessité de l’instruction pour tous, réfuté cette erreur : que plus les hommes sont instruits, plus ils sont méchants, et que l’Eglise est l’ennemi de l’Instruction, énuméré les jouissances que l’ouvrier instruit goûte à étudier la Bible, la Vie des Saints, l’Histoire de l’Eglise, etc., déclaré que si nous voulons assurer à la race française la suprématie absolue qui lui revient de droit dans ce grand pays laurentien, conquis et défriché par les sueurs et le sang de nos aïeux, nous ne devons pas nous contenter d’être, seulement les plus nombreux, les plus religieux, les plus honnêtes, mais aussi les plus éclairés si nous voulons être les plus forts, il ajoute : “ L’instruction populaire devient une nécessité dans un pays de gouvernement constitutionnel,dans un pays où le peuple a voix dans la direction des affaires publiques.Donner le bulletin de vote à un peuple croupi dans l’ignorance, mes amis, c’est donner du feu à un enfant, un glaive à un maniaque.Oui, en dernière analyse, il n’y aura jamais qu’un homme intelligent qui puisse donner un vote intelligent.Il est certains votes, dont l’absurdité est renversante : non loin d’ici, on a battu un candidat en transformant son programme de réciprocité illimitée en celui de rapacité illimitée, et des électeurs ignorants l’on cru ; on en a fait voter d’autres contre un candidat, ancien ministre du gouvernement, en faisant accroire aux foules que c’était un ministre protestant.‘‘Eh ! bien,mes amis,pour cette cause et pour d’autres encore, nous reconnaissons à l’Etat le droit, non seulement de favoriser l’instruction, de bâtir des écoles, de doter l’enseignement, de surveiller les écoles, mais encore et surtout de rendre l’instruction obligatoire pour tous, du moins pour ceux qui veulent jouir des droits de citoyen et d’électeur ! Car l’Etat a été fondé par Dieu pour promouvoir le bien du pays : eh ! bien, le plus grand bien du pays, après la religion et la morale, c’est que le peuple soit instruit.“ Ici nous nous faisons l’écho de la doctrine admirablement soutenue et exposée par le Dr Bouquil-lon, professeur de théologie morale à l’Université Catholique de Washington.Voir son opuscule : Education to whom does it belong '?Si cette brochure a rencontré de vives animosités aux Etats-Unis et ailleurs, elle a eu de plus vives adhésions.“ Qu’on le remarque bien, du reste : l’instruction obligatoire ne rend pas obligatoire l’école de l’Etat ni ne consacre le monopole de l’Etat enseignant.Cela veut dire simplement : que la loi déclare qu’un certain minimum de connaissances élémentaires est requis de tous les citoyens.Maintenant, qu’on puise ce minimum soit dans la famille, soit dans une institution libre, soit dans l’école publique : c’est affaire à la liberté.“ De plus, l’instruction obligatoire n’entraîne point nécessairement ni la neutralité religieuse de l’école, ni même la gratuité.La loi pourrait jjour-tant déclarer la gratuité dans certains cas exceptionnels.Au fond, le Canada a un admirable système scolaire.Mgr Ereppel l’a proclamé en plein Parlement français.Voici ce qu’il disait : “Le Canada est le premier de tous les pays pour l’instruction primaire ”.(Discours du 13 juillet 1880).La loi reconnaît la nécessité de l’enseignement religieux, mais elle sauvegarde en même temps la liberté, en ouvrant des écoles séparées pour les Catholiques et les Protestants.L’instruction est donc confecsionnelle, mais libre.—Eh ! bien, que voulons-nous ?simplement qu’on ajoute à ce beau système scolaire le principe de Vobligation légale, afin que tous en jouissent, Catholiques et Protestants,— mais le pays surtout ”.Evidemment, le P.P.Gohiet, qui doit lire et comprendre les Encycliques, n’interprète pas ces documents de la même manière que M.Tardivel.Cette thèse du distingué Oblat que je viens de citer me semble parfaitement d’accord avec un passage du Droit ecclésiastique qui a pour auteur le docte Phillips, si souvent cité par le P.P.Libérât ore dans L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 299 son livre intitulé : L’Eglise et l’Etat ; voici ce que dit Phillips : “La première condition d’une alliance efficace de la loi de l’Etat avec celle de l’Eglise, c’est l’application des moyens de coercition dont la première dispose, dans tons les cas ou la peine spirituelle est insuffisante.La voix du pasteur n’a pas toujours assez de puissance pour éloigner les loups ravisseurs du troupeau de Jésus-Christ ; c’est alors au prince investi de l’autorité (Dans notre pays ce rôle est dévolu à l’autorité politique, c’est-à-dire à l’Etat qui est la société civile constituée en corps de nation,) du glaive, qu’il appartient de s’armer de sa force, pour réprimer et mettre en fuite tous les ennemis de l’Eglise.” C’est nous qui soulignons.Il n’y a de coercitif dans nos lois d’éducation que juste ce qu’il faut dour suppléer à l’insuffisance des peines spirituelles.Jusqu’à présent, l’Etat, chez nous, en matière d’éducation, “ n’a fait qu’aider la dilatation du règne de Dieu,” suivant l’expression de saint Augustin.” D’ailleurs, “ le pouvoir civil est établi de Dieu pour le bien de l’Etat, comme l’autorité paternelle pour le bien de la famille.” (1) Ne voit-on pas de suite que l’Etat, afin d’atteindre les fins légitimes de la société qui la constitue, non seulement peut, mais doit veiller à ce que la jeunesse s’instruise, dès le bas âge, des connaissances indispensables à tout citoyen digne de ce nom, à la condition, bien entendu, que ces connaissances soient conformes à la religion et à la morale.C’est une erreur de croire avec Hégel “ que la société est le dernier développement de l’être divin,” car la venue de Jésus-Christ a changé les rapports extérieurs du pouvoir politique.Avant la Rédemption du genre humain, ce pouvoir se rapportait à la fin naturelle des individus, maintenant il se rapporte à leur fin surnaturelle: Mais suit-il de là que la société n’ait plus à remplir le devoir de donner à l’homme la somme légitime de bonheur auquel il a droit même ici-bas ?L’Eglise ne l’a jamais prétendu, au contraire.Or, que faut-il aux Canadiens-français pour vivre heureux sur cette terre d’Amérique ?Conserver leur langue et leur foi, propager le culte de leur histoire nationale, apprendre à cultiver avec le plus d’intelligence possible le sol de la patrie, et parvenir un (1) R.P.Schouppe, Cours de Religion.jour à asseoir sur les bords duSt-Laurent un Etat français et catholique, véritablement indépendant du reste de ce qu’il est convenu d’appeler la Confédération canadienne.Mais pour arriver à une fin aussi légitime, il faut de toute nécessité que l’Etat politique intervienne.Et comme le moyeu le plus pratique de former le peuple au point de vue civil est l’école primaire, l’école de tous, il n’est donc pas raisonnable de jeter Y Etat hors ciel’école.Il me semble que la théorie contraire : l’Eglise et l’Etat dans l’Ecole, l’Eglise occupant la première place, l’Etat servant cette dernière, est plus rationnelle et plus conforme aux vues de l’Eglise.Voilà pourquoi, malgré l’opinion de M.Tardivel, opinion que je respecte parce qu’elle est émise par un écrivain distingué et un chrétien convaincu, je persiste à croire qu’il ne serait pas opportun, dans notre province, d’empêcher l’Etat de s’occuper de l’instruction primaire, à la condition formelle que l’autorité civile respecte les droits des évêques en matière scolaire.III Mais, dit M.Tardivel, en terminant son article : “ De son côté, M.Magnan devra admettre qu’un demi-siècle du système actuellement en vigueur n’a pas fait disparaître l’indifférentisme qu’il déplore, le manque d’esprit public sur lequel il gémit.Pourquoi alors ne pas essayer le plan que nous avons proposé et qui est “ admirable en théorie ?” Que l’on veuille bien remarquer qu’en déplorant le peu de résultats que donne nos écoles primaires, je n’ai nullement accusé la loi d’éducation d’en être la cause, mais bien Y esprit public.En appliquant sérieusement le système scolaire que nous possédons, nous pouvons arriver à des résultats magnifiques.Tant que nous bâtirons des écoles basses, étroites et d’aspect repoussant, que l’on n’aura pas le cœur de payer raisonnablement ceux qui entrent dans l’enseignement par vocation, que les enfants seront entassés dans des salles de classes de bien trop petites dimensions, que le personnel enseignant se renouvellera tous les trois ou quatre ans, ce qui ne cessera que le jour où une carrière enseignante sera définitivement créée, aussi longtemps qu’un tel état de choses durera, aucun sys- 300 L’ENSEIGNEMENT PKIMAIRE tème d’éducation ne fera merveille ici.Voilà pourquoi, j’ai reproché si amèrement à mes compatriotes, qui jouissent d’une liberté pleine et entière en matière scolaire, de rester indifférents quand il s’agit des choses de l’éducation et de l’instruction.En terminant, je tiens à déclarer que le jour où nos évêques ne seront pas satisfaits, au point de vue des droits de l’Eglise, de la situation actuelle, je serai le premier à appuyer leurs revendications quelles qu’elles soient.C.-J.Magnan.I>u choix
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