L'enseignement primaire : journal d'éducation et d'instruction, 1 juin 1900, Juin
21e Année Juin 1900 N° 10 Revue illustrée de l’Ecole et de la Famille C.- J.MAGNAN - - - - Propriétaire et rédact&ur-en-chef AVIS OFFICIELS Département de l’Instruction publique Nomination d'un syndic d'écoles.Il a plu à Son Honneur le Lieutenant-Gouverneur, par un ordre en conseil, en date du 20 avril (1900), de nommer M.John Brown, syndic d’écoles de la municipalité scolaire de Lévis, comté de Lévis, en remplacement de M.Wm McMillan.Nomination d'un commissaire d'écoles.Il a plu à Son Honneur le Lieutenant-Gouverneur, par un ordre en conseil, en date du 20 avril (1900), de nommer M.Jérémie Béliveau, commissaire d’écoles de la municipalité de la Pointe - aux - Anglais, comté de Saguenay, pour remplacer le Rév.P.Lemay.Changement de limites de municipalité scolaire.Il a plu à Son Honneur le Lieutenant-Gouverneur, par un ordre en conseil, en date du 20 avril (1900), de détacher de la municipalité scolaire du Sacré-Cœur de Jésus, comté de Beauce, les lots Nos 27 et 28 du VIII rang de Tring, et de les annexer, pour les fins scolaires, à la municipalité de “ Saint-Kphrem, ” dans le même comté.Ce changement de limites ne devant prendre effet que le 1er juillet prochain 1900.Avis de renouvellement de souscription aux abonnés de “ 1/ Enseignement Primaire ” Avec la présente livraison finit l’abonnement pour l’année 1899-1900.Vous êtes prié d’envoyer $1.25, d’ici au Ier d’août 1900, pour payer votre souscription pour la prochaine année scolaire 1900-1901.En envoyant ce montant, les abonnés voudront bien donner leur nom et leur adresse : M.(rue) • • • • :.; • • .(paroisse ou ville).(comté).Cette précaution nous permettra de corriger les adresses et évitera des retards pour l’an prochain. 578 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE On voudra bien remarquer que nous ne donnons plus le sixième abonnement, chaque abonnement doit être payé $1.25.Ceux de nos abonnés qui n’auront pas payé leur souscription après le Ier août seront considérés comme abonnés et devront payer le plus tôt possible.Cet avis 11e concerne pas les écoles sous contrôle des Commissaires d’écoles.L’Enseignement Primaire, Boîte 1094, H.V., Québec.PEDAGOGIE De la récitation ou exercices de mémoire Nous l’avons vu précédemment, l’art de bien lire est un acheminement vers l’art de bien parler.Par conséquent, la lecture expressive ne saurait se séparer de la récitation.Au moyen des exercices de mémoire, on fait acquérir aux élèves ce qui leur manque le plus au point de vue de la langue maternelle : des idées, et avec des idées, un vocabulaire de termes propres, d'expressions choisies pour les rendre.La mémoire et l’imagination, associées par un lien si étroit à tous les actes de la vie intellectuelle, tireront un grand profit des exercices de récitation.Le goût aussi bénéficiera de ce genre de travail, car on est toujours plus touché des beautés des pages qu’on a apprises par cœur et récitées à haute voix.Il faut choisir avec soin le morceau que l’on donne à apprendre aux élèves, afin de profiter d’une occasion certaine de former le goût chez eux.facilitée si peu cultivée dans un grand nombre d’écoles.Donc, à l’école, nous devons faire du par cœur un exercice spécial, ayant en vue la langue maternelle, et, occasionnellement, le développement de la mémoire, l’éducation de Vimagination et la formation du goût.Mais comment procéder ?Avant de faire apprendre par cœur un morceau en vers ou en prose, le maître doit le lire à haute et intelligible voix, sur le ton naturel de la conversation et du récit familier.Puis, poser plusieurs questions aux élèves afin de s’assurer s’ils ont compris convenablement ce qui vient d’être lu, s’ils en ont saisi les beautés et senti la délicatesse, etc.De plus, indiquer soigneusement la prononciation des mots qui offrent quelques difficultés et expliquer les termes et les phrases qui pourraient ne pas être parfaitement compris par les enfants.C.-J.MAGNAN. Dec.I RENSEIGNEMENT PRIMAIRE 579 Nécessité d’une bonne lecture K- sa MX en Aujourd’hui, tout le monde doit apprendre à lire et à parler, parce que tout le monde peut être obligé de parler et de lire.Le mouvement des mœurs multiplie tellement les réunions publiques, qu’à tout moment il y a matière à discours ou à lecture.Comices, comités, commissions, congrès, assemblées électorales, assemblées industrielles, assemblées commerciales, réunions littéraires, réunions savantes, sont autant de formes nouvelles de la vie publique qui enveloppent la presque totalité des citoyens et peuvent, à un moment donné, forcer le plus obscur, comme le plus illustre, au rôle de lecteur ou d’orateur.Les élèves sortis des écoles primaires n’auront-ils pas à lire comme artisans des syndicats, comme fermiers des comices agricoles, comme ouvriers, des réunions politiques ?A ce titre, ne leur faudra-t-il pas souvent lire tout haut un rapport, un compte-rendu, un exposé de situation, un projet ?S’ils lisent mal, ils s’exposent à être mal entendus, mal compris et peut-être quelque peu tournés en ridicule.S’ils lisent bien, leur discours ne sera-t-il pas plus clair, plus convaincant ?C’est incontestable.Les notions de lecture qu’ils auront acquises les suivront donc dans la vie.E.Legouvé.Le “ par cœur ” dans nos écoles (De L'Instruction Primaire de Paris.) On va d’une extrémité à l’autre dans notre cher pays de France ; l’esprit de mesure y est trop souvent méconnu.Après avoir été longtemps en faveur dans nos écoles, les exercices de mémoire, qui y occupaient la place prépondérante,— je n’ose dire la place d’honneur,— en ont été proscrits impitoyablement.Plus de mot à mot : c’était routinier, machinal, sans effet sur l’intelligence et le cœur des élèves ; système défectueux, qui allait contre le but, et qu’il était urgent de réformer au plus tôt pour le succès des études et le bon renom de l’école.A la bonne heure ! la leçon orale du maître, laquelle supprime tout effort chez l’enfant, et le conduit par des sentiers fleuris à travers les difficultés de la science, si aride par elle-même, voilà la vraie voie, celle qu’il convient de suivre.A l’instigation d’instructions parties de haut lieu, et que nos inspecteurs avaient la consigne de faire exécuter partout, nos braves maîtres, qui ont raison d’être disciplinés comme des soldats, ne se le sont pas fait dire deux fois : ils ont mis la mémoire au rancart et ont multiplié les leçons dites orales.Du matin au soir, vous n’auriez entendu que la voix du maître exposant telle leçon sur telle matière du programme ; ce dernier s’interrompait parfois pour poser quelques questions.A cette vie, les forces s’épuisent vite, la gorge et les poumons se détériorent promptement, encore que l’on soit H 580 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE d’une santé robuste.Il paraît que ça se pratique encore dans nombre d’écoles, où le maître parle sans cesse, et où, par conséquent, les devoirs d’application — car ils sont de rigueur—sont rejetés en dehors de la classe.Il paraît, d’autre part, que ce système n’a pas donné les résultats auxquels on s’attendait ; on s’est aperçu que les enfants écoutaient d’une oreille distraite et confondaient tout dans leur frêle cerveau.Quoi d’étonnant à cela ?Est-ce que cette succession de leçons orales ne ressemble pas à un tourbillon qui donne le vertige et au milieu duquel il est difficile, sinon impossible, de se reconnaître ?Avec ce moyen, les élèves retiennent bien quelques bribes, mais elles sont sans consistance, n’ont aucune suite et ne se rattachent entre elles par aucun lien logique ; par conséquent, elles s’effacent, au bout de peu de temps, de leur esprit.Puis c’était accoutumer nos écoliers— que ne l’avait-on prévu dès le début ?— à la paresse et à compter en tout et partout sur le maître.De ce qu’autrefois on a abusé, archi-abusé de l’effort de mémoire qu’on exigeait de l’enfant, était-il raisonnable de sacrifier cette faculté, qui a besoin d’être exercée continuellement comme toutes les autres, et de faire reposer tout l’enseignement sur la leçon orale ?Remarquez que je n’entends pas faire le procès de la leçon orale : elle est utile, indispensable même ; c’est une belle découverte de la pédagogie moderne ; mais à l’école primaire elle doit consister en explications brèves, simples, claires et précises, et n’avoir rien de commun avec ce qui a lieu dans l’enseignement secondaire et surtout supérieur dont nous empruntons trop les méthodes et les procédés.Interprétons le livre mis entre les mains de l’élève le plus intelligemment possible, et répandons-y la lumière là où elle n’apparaîtrait pas dans toute sa clarté.Ne craignons pas de nous rabaisser au niveau des jeunes esprits qui nous sont confiés, de nous faire petits, en laissant de côté toute exposition savante qui ressemblerait par trop à celle du professeur faite du haut de sa chaire.C’est, du moins, mon opinion personnelle.• .Je m’empresse de revenir à la mémoire.C’est une erreur de la négliger sous prétexte qu’elle réduit trop souvent l’élève au rôle de perroquet.Elle a cet immense avantage de réclamer des enfants des efforts personnels, et Dieu sait s’il leur en coûte d’en faire ! Naturellement paresseux et peu désireux, en général, de s’instruire, ils ne se donnent pas la peine d’étudier une leçon dont on n’exige pas d’eux le mot à mot : ils s’imaginent qu’on ne les interrogera pas.Il y a, en effet, neuf chances sur dix pour qu’il en soit ainsi, car le maître—le temps presse—questionnera rapidement.Et quelles réponses obtiendra-t-il ?Réponses incorrectes, vagues, imprécises, qui ne le satisferont nullement.Avec le “ par cœur ” littéral, apres explicatio7is préalables, bien entendu, car je veux que l'enfant comprenne tout ce qu'il apprend et ce qu'il dit, il en va tout autrement.Les élèves empruntent les formules et les définitions exactes du livre, dans lesquelles il n’y a rien d’à peu près ou de livré aux caprices du hasard.On m’objectera que les réponses données ne contiendront rien de leur cru, de leur propre fonds ; c’est possible.Cependant, on conviendra— l’expérience l’a démontré— que, par suite de leur âge et du peu de développement de leur raison, l’étude par cœur, faite après explication, je le répète, facilite l’intelligence du texte.Mais si un court résumé renfermant la charpente et la substance de chacune de nos leçons orales n’était imposé à leur mémoire, il est certain, trop certain L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE 5Sl que la plupart des connaissances que nous nous ingénions à leur inculquer (grammaire, morale, histoire, géographie, etc.) ne resteraient pas longtemps dans leur esprit.Nos leçons ressembleraient à autant de lueurs fugitives, qui éclaireraient peut-être un instant leur intelligence, mais qui ne tarderaient pas à disparaître pour ne laisser aucune trace sérieuse de leur passage.Les ( résumés sont comme autant de jalons, de points de repère, qui permettent à l’enfant de se reconnaître et de comprendre l’enchaînement des leçons du maître.Grâce à ce secours, ils se remémoreront plus tard les faits essentiels qui auraient échappé à leur souvenir.Il faut donc retourner au “ par cœur ”, sans tomber dans l’exagération du bon vieux temps : il y va de la solidité des études.D’autre part, n’aurait-il à son actif que de forcer l’élève à un travail personnel, le “par cœur ” devrait encore figurer dans les exercices de l’école.Mais son rôle ne se borne pas là.C’est une excellente gymnastique, qui assouplit l’esprit, en le meublant de notions utiles, d’idées pratiques, de sentiments louables, sans préjudices de quantité d’expressions et de tournures de phrases que les élèves emploieront à propos, lorsque leur éducation scolaire sera achevée.Ils s’en serviront tout uniment comme de la chose la plus simple au monde, sans se douter de leur origine ou de leur provenance.Cela paraîtra couler comme de source lorsqu’ils prendront la plume ; ils en seront surpris eux-mêmes.Car ce qu’on a appris de mémoire étant jeune se grave, en général, profondément dans l’esprit, et il n’est homme mûr, vieillard même, qui ne se rappelle avec plaisir tels passages importants, dont il récitera sans broncher le mot à mot.Qui n’a assisté à une pareille scène ?C’est ici qu’il y aurait lieu de vanter particulièrement l’excellence des morceaux de récitation proprement dits.Empruntés aux bons auteurs, aux écrivains qui oat le goût sûr et le jugement délicat, ils produisent les effets les plus salutaires sur le cœur et l’intelligence ; ils préparent merveilleusement, en outre, à l’art d’écrire, qui a ses règles, j’en conviens, mais la meilleure n’est-elle pas celle de l’imitation de modèles parfaits, au double point de vue du fonds et de la forme ?A force de répéter le texte d’un morceau choisi, dû à la plume d’une de nos gloires littéraires, pour se l’ancrer dans la mémoire, l’élève fera connaissance avec la langue, la vraie, et s’assimilera les procédés les plus propres à exprimer sa pensée, à composer en français.De même que l’enfant apprend à parler comme ceux au milieu desquels il vit, en prenant leurs expressions, leurs intonations, leurs gestes, de même celui qui s’orne l’intelligence par la lecture fréquente et répétée d’œuvres partielles de grands écrivains s’approprie leur langage et leurs pensées, qu’il fera siennes à la longue.Le “ par cœur ” est donc en éducation et en instruction un facteur puissant qu’il faut bien se garder de considérer comme une quantité négligeable.On se priverait d’un auxiliaire précieux dont l’importance n’est pas contestable.Mais, ai-je besoin d’ajouter, en terminant,—on ne s’est sans doute pas mépris sur ma pensée,—qu’il faut que la mémoire soit toujours accompagnée du jugement et de la raison.Elle doit les servir bien loin de leur nuire.Associée avec ces deux facultés maîtresses de l’intelligence, elle contribue largement à faire la clarté dans l’esprit et à y fixer les notions acquises.C’est donc, en résumé, la culture parallèle, presque au même plan, du jugement et de la mémoire que je préconise, d’accord avec tous les pédagogues qui ont la pratique de l’école primaire.—G.Danais. 582 L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE X MATHEMATIQUES de d’enseignement de d’algèbre élémentaire Nous commençons aujourd’hui, comme nous l’avions promis clans le numéro de mai, une série de petits problèmes pour indiquer la voie à suivre en initiant les élèves aux premières notions d’algèbre.Au lieu de débuter par une suite de définitions, on aborde immédiatement des problèmes.En procédant ainsi on intéresse les élèves à l’étude de ce sujet parce qu’on le débarrasse de tout ce qui peut la rendre aride au début, des théories sans rapport avec la pratique du calcul.Les problèmes que nous donnerons seront gradués de manière à servir de trait d’union entre l’arithmétique et l’algèbre.H âge de Jean augmente de 2 fois son âge est égal à 57 ans ; quel est son âge ?E’âge de Jean plus 2 fois son âge = 57 ans ; “ “ “ “ 2 “ ‘ “ =3 fois son âge, donc 3 fois l’âge de Jean = 57 et 1 fois “ “ “ = g7 = 19 ans.Les élèves remarqueront que cette solution est un peu longue pour un problème aussi simple.On leur présentera alors la solution abrégée suivante : Mettons a pour représenter l’âge de Jean ; Alors 2 a représenteront 2 fois l’âge de Jean.Avec
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