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Titre :
La Nouvelle-France
Éditeur :
  • Québec :[La Nouvelle-France],1881-1882
Contenu spécifique :
dimanche 1 mai 1881
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
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La Nouvelle-France, 1881-05, Collections de BAnQ.

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Pfill DU NUMÉRO—W eemp 1 Mai 1881 JSTuMiéro-Spéeimen 1 Mai 1881 LA NOUVELLE - REVUE BIMENSUELLE , ; PRIX DE L’ABONNEMENT C 12 mois.00 Pour le Canada et les Etats-Unis - I g u .1 uü f 12 mois.12 francs France ¦: ' ,, l 0 “ .ü “ - , F RANG DE PO R T SOMMAIR E 'M.J.Auger M.A.Buies M.F.de KasLuer .M.N.Legendre M.d.Marinette M.Faucher de Saitft-Maurice M.Jj.Fréchette M.F.Gerlué .4 nos lecteurs.La Nouvelle-France.Terre Neuve.Les sucres.Fragment cTun roman inédit.La Galissonnière et la Bourdonnais.Poésie.Causerie bibliographique.QUEBEC IMPRIMÉ PAR JOSEPH DUSSAULT et Cie.1881 • .‘Vv Wmük mm •*:>&*:*?* - '¦ 1 .-% - ., mm mmm ¦ .MS msM.- 15»' :.•• ï"BB»wMaS#WK \y.'} ": - ¦• , v • - • • ,v- i ¦ ' ¦ - >'-V :, ' NOUVELLE - FRANGE Revue bi-mensuelle • u f) ,mVi ^ -r nV ¦ wA < f , noos déclarons, en toute franchise, que nous nous en occuperons p u ; elle sera gmèralement reléguée au dernier plan, jous forme de bulletin de la quinzaine.Sans doute, dans un pays de libertés constitutionnelles, il est impossible, tt nous sommes les premiers à le reconnaître, de se désintéresser complètement des questions politiques qui nous pénètrent toujours par quelque côté : nous ferons une exception pour celles qui pourront avoir un caractère général, et nous aurons alors des écrivains spé ciaux pour les trader au fur et à mesure qu elles se présenteront.Ce sera, si l’on veut, de l’oppor tunism *, qui, dit-on, est le bon sens mémo en politique comme en toute autre chos \ La gravité des sujets que nous voulons traiter, s ira tempérée par des chroniques sur les événements du jour, des Notes” et £- Impressions” où la fantaisie et l’humour auront leur banne part ; et puis, la Nouvelle, ce genre exquis,comme 01 l’a app lée, viendra ajouter à la variété des travaux de la Revue.Cela dit, nous n’avons plus qu'à confier notre recueil à ce grand public dont nous parlions tout à l’heure, sachant qu'il est lion patriote, qu’il a le sentiment des œuvres sincèrement faites et qu’il saluera, en celle ci, une manifestation intellectuelle de plus.Le directeur, J.AUGER LA N OU V ELLE -FU AN CE En quelques jouis seulement les fondateur, de la Revue que nous présentons aujourd’hui au p ihlic en ont conçu le projet et ont résolu de l'exécuter.C’est qu’elle leur est apparue comme un de ces besoins pressants, irrésistibles, qui chussent devant eux comme une folle nuée les arguments pus .'Ranimes, les appréhensions futiles” et la ' aine et banu.e conjuration des méfiances, de-tâtonnement*?, des considérations timorées qui sont comme à l’affût de toute nouvelle entreprise pour lui donner l’assaut et l’étouffer dans le.a débile etreinte.Nous avons repoussé ces terreurs grotesques, ces énervantes alarmes, et nous nous sommes mis à i’œ uvre.Ah ! n’allez pas croire que ce fut chose toute simple.On ne se hasarde pas sans frissonner sur une route semée d’écueils, jonchée de tant d’épaves, où de si nombreux efforts, quelques uns digues de succès, sont venus échouer devant ce qu’on est convenu d’appeler l’apathie et l’indiffe-rence générales.L’apathie ! On a vite jeté de ces mots qui sont comme l’explication trouvée d’avance de tousles avortements.L’indifférence! On s’e.-t élancé sans calculer ses forces, ni la dis-' tance, ni le but, et quand, dès le premier bond, on est retombé comme Icare qui se croyait maître de l’espace avec des ailes d’occasion, c’est le spec-lat ur qu’on accuse, c'est à lui qu’on fait porter la faute de son incapacité ou de son impuissance.Malheureux! qu’alliez-vous faire sur cette mer tourmentée du journalisme, quand vous n’aviez ni baussolm ni sonde, ni connaissance des périls ni aucun d s moyens de les éviter?Quel lambeau ae proie alliez vous tenter d’airacher aux monstres marins, vos confrères en perspective?Qu’attendmz-votis d’un public blasé de désastres, etqui, d’avance, a l’écœurrement des productions éphémères?Comptiez-vous l’affronter aisément, lui déjà accablé de publications qui, presque to it‘s, livrt il' des assauts mortels à la langue et à l’e prit de nos pères ?Suffisait-il de protester de vos bonnes intentions, d’une vertueuse indépendance, d’un rigo risme de principes qui ne céderait à aucun allé-ehemeut, que tien d’humain ne pourrait tenter?Mais le public est las aujourd’hui de tendre aux sollicitent s d’abonnements et d’annonces une main secourable; il est las de prodiguer une trop large complaisance à quiconque ne peut vivre que d ell \ Ii veut entendre autre chose aujourd’hui qu’un incessant appel à ses encouragements, à sou patronage déjà tant partagé ; il veuf autre chose que des occasions réitérées de montrer ses sympathies, il veut que ces sympa thies soient avant tout justifiées et méritées.Mais, cependant, il y a public et public.Quand nous disons le public, nous ne voulons pas dire la foule.Celui auquel nous croyons devoir nous adresser est un public que n’étourdissent pas les vulgaires clameurs de la politique de métier, un pub;ioque n’a pas atteint le délire volontaire et cherché des ambitions, des passions sans frein qui veulent se satisfaire, au risque de compromettre à jamais notre race, et de la perdre à force de l’amoindrir et de l’abaisser.Nous croyons qu’il y a une place îuoccupée encore dans l’œuvre multiple de la publicité ca M.A.BUIES.—La Nouvelle-France.3 nadienne, et nous allons essayer de la remplir en offrant an public d’élite, pris dans toutes les classes, un aliment qui ne soit pas frelaté, qui satisfasse ses goûts et son désir d’échapper à l’acrimonie, à i’âcreté d’une polémique borgne qui entasse gloutonnement ce qui la sert, tout d’un côté, et ne voit rien de l’autre.Ce n'est pas à dire que nous fer ms de l’éclectisme, ni que nous essaierons de maintenir un équilibre mensonger entre les idées et 1rs opinions ; cela équivaut à n’avoir ni opinions ni idées ; mais nous réagirons contre ces procédés d: partisanerie violente qui, loin d’éclairer l’esprit par la discussion, l’embrouillent, le per-plexent et, enfin, l’aveuglent.Nous essaierons de ne pus nous donner comme des oracles, quel que envie qu’on puisse avoir de nous prendre pour tels, et nous discuterons comme des humains peu soucieux de prononcer ex cathædrâ, et trop modestes pour croire à leur propre infaillibilité.Il est très-important pour nous de faire dès U déb.t des protestations de modération; on ne saurait trop en entourer une signature comme celle qui est au bas de cet article, et, meme en nous voyant faire toutes les concessions possibles, beaucoup croiront qu’il r.ous restera encore une large marge pour l’expression d’idées qui auront assurément une couleur et indiqueront des tendances percées à jour.Hélas ! On a beau faire ; il existera toujours, même dans notre pays prêta toutes les audaces, des esprits plus timotés que délicats qui s’effarouchent encore bien plus des noms que des choses, qui ne se forment pas des opinions, mais des préjugés, et qui, une fois prévenus, sont bien plus difficiles à aborder que s’ils étaient convaincus.Nous ne ferons pas le siège de ces sourds inflexibles, et nous les laissions se complaire dans leurs souvenirs fossilisés où ils trouvent un asile contre la tentation de regarder autour d’eux, de se rendre compte de leur temps, et la crainte de découvrir quelque chose à l’ho rizon.Le Canada entre dans une phase absolument nouvelle de son existence, dans une sphère d’action presque subitement et largement agrandie; il a percé brusquement l’enveloppe qui semblait le déiober au reste du monde, et en se révélant avec ses immenses ressources, son territoire ample comme un continent et que les océans entourent au nord, à l’est et à l’ouest, avec sa population vigoureuse qui trouve encore à fournir à l’étranger même un élément considérable, avec ses horizons chargés de promess-s pour l'avenir, il a étonné le vieux monde qui s’est demandé d’où venait: ce géant et comment il avait pu rester si longtemps inaperçu.C’est pour ce Canada nouveau que nous avons fondé la Revue q d s’appelle la Nouvelle-France, et qui sera un i\flet rajeuni de la grande nation qui, la première, a semé des germes durables de colonisation dans l’Amérique septentrionale.Nous apparaissons sur un théâtre prodigieusement vaste ; mais ce que nous ferons sera toujours quelque chose dans la grande œuvre qui va exiger l’effort de plusieurs générations à venir ; nous aurons moins à remuer des questions nombreuses qu’à signaler des faits d’une impor tance vitale pour notre avenir, et à relever des travaux précieux, presque ignorés.A peu près, tout, dans la province de Québec en particulier, est encore à l’état embryonnaire ; la politique a depuis longtemps absorbé à elle seule la .^ajeure partie de notre temps et notre plus grande somme d’énergie et d’activité; il faut absolument créer en dehors ct’elle une force qui n’ait en vue que la prospérité du pays pour lui-mêm-'*, et qui se consacre à l’étude comme à l’emploi de tous les moyens propres à l’assurer.C’est grâce à cette politique outraneière, funeste, que les membres d’un peuple jeune, plein de vigueur, ont été en quelque sorte paralysés ; c’est grâce à elle si ce jeune peuple n’est sorti enfin de sa torpeur que par sa force constitutive, et par la puissance des éléments de prospérité qui l’entourent.A l’œuvre, hommes de l’avenir.Laissez le terrain epineux et stérile d’une politique sans objet comme sans portée ; travaillez à asseoir notre pays sur la base qui lui manque, et sur laquelle viendront s’étager et se grouper progressivement toutes les parties essentielles qui en- feront une charpente bien constitué*! et bien soutenue.Etudiez, étudiez ; savoir, c’est pouvoir.Soyez prêts pour toutes les découvertes, pour toutes les appli cations de la science moderne.C’est pour avoir été pris au dépourvu parle prodigieux épanouissement de cette science que nous sommes restés a l’écart, justement dédaignés, et que les etrangers ont pris notre place.Sachez la reprendre.11 nous manque des institutions essentielles, telles que des écoles spéciales où l’on enseigne les sciences mathématiques, physique-, naturelles, la géologie et la géographie surtout, cette derrière si indispensable aux hommes de notre temps, quels que soient leur état, la profession ou la carrière qu’ils embrassent; eh bien!- sachons 4 M.F.de KASTNER.—'Terre-Neuve.suppléer par le travail individuel à ces institutions, en attendant qu’elles soient établies.Encore une fois, étudiez.Notre siècle appartient aux travailleurs, et nul n’a de place que celle qu’il a conquise.Travail sans relâche depuis l’aube jusqu’à la nuit ; il le faut.Dans notre âge de fer et de feu, où l’on parle par l’électricité et où l’on marche par la vapeur, personne n’a le loisir de s’arrêter; il faut savoir beaucoup pour être dt?quelque service à son pays.Un combat incessant, acharné, qui enfante chaque jour de nouvelles découvertes, se livre autour des trésors de la terre promis aux plus actifs, aux plus entreprenants, et à ceux qui sont le plus avares de leurs heures, parce qu’ils en connaissent mieux tout le prix.Du reste, c’est une loi généreuse et sacrée que celle du travail; par lui i’on remplit et l’on prolonge la vie ; on aime les efforts et les sueurs qui renferment tant de promesses de récompense ; une noble émulation anime sans trêve toutes les facultés; la volonté s’exerce, s’affermit et se re trempe à chaque heure davantage ; la sphère d’action s’agrandit tous les jours ; l’ambition, une fière et légitime ambition, recule incessamment les sommets qu’elle veut atteindre ; et ainsi, de l’ensemble des efforts individuels, de toutes les énergies activement employées, résulte ce mer veilleux spectacle du monde moderne et du globe transformé.Travaillez donc, étudiez, jeunes gens qui avez à faire votre fortune et celle du pays.L’heure est venue.Déjà en maint endroit a cédé l’étrange muraille qui nous isolait presque du reste des hommes ; de nouvelles ressources se découvrent tous les jours, des richesses inattendues s’offrent à nous ; mais il faut savoir exploiter ce sol qui renferme tant de trésors intacts ; l’étude vous apprendra comment cueillir ces dons d’une Providence généreuse, et le travail vous les donnera.Quant à nous, fondateurs de la Nouvelle France, nous essaierons de prêcher d’exemple et de battre les sentiers en invitant la jeunesse et le public intelligent à soutenir notre œuvre.Nous sommes pleins de confiance, parce que nous avons la certitude de pouvoir être utiles ; mais nous ne compterons sur l’encouragement et nous ne lui ferons appel que lorsque nous nous en serons montrés digues.Nous jetons ce grain de sénevé dans une terre profonde ; il grandira.Au reste, nous avons bien choisi notre temps pour cela.Voici l’h»ver qui fuit, le sombre hiver ! Notre u feuille ”, repliée sur elle-même en seize pages pleines de rosée et de matière, va paraître avec toutes celles dont bientôt se pare ront nos bois, nos jardins et nos promenades.Elle va paraître avec la nature qui s’éveille, les champs qu’abandonne leur froid linceul, les gazons qui reverdissent, les oiseaux qui reviennent en chantant.Elle naît à l’heure où tout sent la force et une sève puissante, à l’heure où la vie semble devoir être éternelle.Saluez donc la nouvelle venue.Saluez-la, vous toutes, ses devancières, qui n’êtespas encore flétries, malgré vos rides, et qui montrez avec orgueil vos années comme un encouragement à vos cadettes qui entrent dans la carrière.Ainsi que vous, un jour, nous aurons entassé les lustres sans vieillir,et nous pourrons montrer avec un égal orgueil le chemin parcouru, sans nous effrayer des espaces qui s’é-tendror.t encore devant nous.Nous avons la volonté de réussir ; au public de nous en donner les moyens.Arthur Butes TERRE-NEUVE Analyse de deux conférences faites par Son Excellence le Comte de Prcmio-Rcal, Consul Général d'Espagne au Canada, devant la Société Géographique de Québec.Décidément, ce que l’homme connait le moins, c’est ce globe sublunaire qu’il prétend avoir parcouru en tous sens, et dont il aime à se proclamer le roi.C’est ce que nous démontrait naguère péremptoirement, à propos de Terre-Neuve, Son Excellence le Comte de Premio-Real ; et certes, de toutes les terres américaines, c’est bien celle qui pouvait le mieux servir de preuve à la vérité paradoxale en apparence que nous proclamions en commençant cet article.Une des premières-nées au soleil de l’histoire du Nouveau-Monde, découverte par Cabot quelques années à peine après le premier voyage de Christophe Colomb, que dis-je, longtemps avant cette époque peut être, par les pêcheurs Basques et Bretons, elle était là depuis bientôt quatre siècles, inconnue et dédaignée du monde extérieur qui s’obsti nait à ne voir en elle qu'un poste de pêche, et s’imaginait que ses falaises à l’aspect austère ne cachaient que sécheresse et stérilité.Où êtes-vous, géographes qui berciez notre naïve enfance, et qui faisiez de Newfoundland un simple banc de M.F.de KASTNER.—Terreneuve, S sable?Espérons que vos ouvrages sont allés u où sont les neiges d’antan,” et qu’ils ont cessé de farcir les cervelles enfantines de leurs des cnptions fantaisistes, et de leurs affirmations erronées.' C’est devant la Société Géographique de Québec, à deux reprises différentes, le 28 février et le 7 mars dernier, que M.le Comte de Premio-Real a fait part au public du résultat de ses études et de ses recherches sur la grande île qui entrera peut être un jour dans le giron du Dominion.Si nous sommes bien informé, les deux conférences données par lui au local de la Société ne seraient que des extraits d’un travail beaucoup plus considérable qu’il se propose de publier sur Terre-Neuve.La première de ces études débute par un brillant préambule où le conférencier nous met en garde contre les idées qui ont cours sur cette terre méconnue, annonce l’intention de la réha biliter complètement devant le tribunal de l’opinion, et trace à grands traits le tableau des ressources que tout le monde lui reconnaît, et de celles qui, ignorées de tout le monde, lui sont par cela même inutiles.Si le cadre dont nous disposons ne nous l’interdisait, nous nous ferions un véritable plaisir de citer tout ce morceau qui accusait chez l’écrivain une sympathie profonde pour son sujet, et un enthousiasme qui ne tarda pas à se communiquer aux auditeurs.Qu’il nous suffise de dire que le soi-disant banc de sable n’a pas seulement devant lui ses pêcheries, mais ses mines, ses forêts et ses terres cultivables.Après cette préface à failure entraînante, l’auteur dorme la situation, l’étendue, et l’aspect général de file, dans un premier chapitre qu’il termine par une description de la côte est, em pruntée au rév.Harvey, pasteur presbytérien de St.Jean de Terre-Neuve, et l’un des hommes qui ont le plus contribué â faire connaître la colonie au dehors.Grâce à une excellente carte due à M.Alexandre Murray, directeur du service géo logique de file, et à son auxiliaire M.J.P.How-ley, les personnes présentes pouvaient aisément vérifier les détails sur lesquels on appelait leur attention.Saviez-vous, ami lecteur, que New foundland est plus grande que la verte Erin?Saviez-vous qu’elle a 1,200 milles de côte?Ce développement considérable est dû aux nombreuses baies qui en indentent les rivages.La po pulation est presque tout entière disséminée le long des falaises et des grèves, au bord de la mer, et plus de la moitié habite la seule presqu’île d’Avalon, énorme promontoire qui termine file au sud-est, et dans lequel se trouvent les cités et les établissements Tes plus considérables.Ce serait une erreur de croire, comme on te faisait autrefois, que Terre-Neuve est partout d’une plate uniformité.Bien qu’il s’y déroule de grandes plaines, parsemées de bouquets d’arbres, de lacs et d’étangs innombrables, un certain nombre de chaines de montagnes ou de hautes collines la sillonnent de leurs rameaux, et des pics isolés, nommés “ Toits” par les insulaires, s’aperçoivent à de grandes distances et coupent la monotonie du bas intérieur.L’île offre de nombreuses harmonies géographiques : ainsi, sa forme, en y comprenant les eaux de ses grandes baies, est celle d’un triangle équilatéral; tous les grands traits topographiques, montagnes, cours d’eau et golfes, à l’exception des baies de l’ouest, vont en se dirigeant du sud-ouest au nord-est ; enfin les trois rivières les plus importantes, l’Exploits, l’Humber et Gander River, se composent toutes trois à leur partie supérieure de deux branches qui vont se jeter respectivement dans un des trois grands lacs de File.La description de ces trois rivières, ainsi que celle des autres cours d’eau de Terre-Neuve fait l’objet du deuxième chapitre de la première conférence.Ce qui nous y frappe le plus, c'est que plusieurs vallées importantes indiquent par les belles forêts dont elles sont couvertes une étendue relativement considérable de terre propre à la culture.L’Exploits qui se jette dans l’océan sur la côte est de file, et qui en est la plus grande rivière, rfest malheureusement pas navigable, à cause des chutes et des rapides qui en embarrassent le cours; mais le Gander, tributaire comme fExploits de la grande baie Notre-Dame, et l’Hura-ber qui grossit de ses flots la baie des Iles sur la côte ouest, après avoir traversé le Grand Pond, le plus grand lac de Terre-Neuve (56 milles de longueur), présentent des conditions plus favorables à la navigation.Quant aux rivières secondaires, elles pullulent, et le conférencier fait sourire l’auditoire, lorsqu’il raconte qu’un des anciens gouverneurs, après avoir fait un voyage de circumnavigation autour de son gouvernement, déclarait avec cette ineffable gravité qui sied à tout grand personnage officiel qu’il n’y avait que de simples ruisseaux à Newfoundland.L’appaivnte légèreté des hommes de race française fait qu’on leur attribue généralement le monopole des bourdes de ce genre.Nos semblables appartenant à d’autres origines ne seraient- 6 M.F.de KASTNER.—Terre Neuve.ils pas souvent légers sans en avoir !es apparences ?A tout prendre, de ers deux genres, nous préférons le nôtre.Quoi de plus grotesque qu’un homme qui dit des bêtises en prenant une tète de suisse de cathédrale ! Un des traits les plus frappants de l’hydrographie terre-neuvienne consiste en ce que les déclivités y sont si faibles que des rivières, coulant dans des directions différentes, confondent lews sources, et semblent à leur origine ne pas savoir quel bassin choisir.Ce chapitre se termine par une description pittoresque de rTncliau Brook, petite rivière du nord-est, qui traverse une contrée bien boisée, mais où un grand incendie a exercé il y a quelques années de terribles ravagés, ce qui arrive assez fréquemment à Te ire .Neuve, absolument comme au Canada.On y assiste aux évolutions des bateliers indigènes au travers des rapides qui agrémentent le cours du “Brook”, et aux émotions du voyageur qui ne craint pas d’en affronter les cuvettes bouillonnantes.Le dernier chapitre de la première conférence passe en revue les lacs et les “ponds” qui couvrent une grande partie de la surface de la colonie.L’auteur donne en micmac les noms de quelques-unes de ces nappes liquides, pour faire apprécier, dit-il plaisamment, les charmes de ce langage aborigène.Il nous suffira d’en citer un seul dont nous avons pris note, le Wagedigulsi-boo Gospen (rencontre des eaux).De pareils vocables ont dû évidemment prendre naissance au pied de la lourde Babel, lors de la dispersion des hommes, et nous supposons qn’iis ont été infligés comme expiation aux pires meneurs de la révolte et à leurs descendants.Une description séduisante de Birchy Lake, petit lac de l’intérieur, traduite également du Rév.Harvey, sert de pérorai son à ce chapitre des lacs.Elle nous fait admi rer les magnificences automnales des forêts terres neuviennes, et ne nous laisse qu’un regret, celui de ne pouvoir aller lions promener sur ces eaux tranquilles entourées d’une ceinture sylvestre dont les frondaisons se refléchissent dans leur paisible miroir.M.le Comte de Premio-Real ne reproche à cette description que trop de lyrisme, car elle compare le ciel de Terre-Neuve à celui d’Italie.Il proteste et clôt la conférence eu déclarant qu’aucun des enfants de la grande ile ne pourra jamais dire d’elle comme la Mignon Je Goethe, parlant de son pays natal : “Connais-tu le pays où fleurissent les citronniers.—.etc.” Nons sommes tout à-fait de son avis ; mais il faut bien pardonner quelque chose au patriotisme locaf La première moitié de la seconde conference est consacrée aux chaînes de montagnes de Terre-Neuve, à l’aspect que présente file vue de haut, extrait de la relation du voyage de M.MacCor-mac-k, le premier Terre Neuvien qui l’ait traversée de l’est à foin st, et se tennine par un éloquent dithyrambe en l’honneur d< s voyageurs, grands ou petits, qui ne craignent pas, au péril de leur vie, ou au prix de longues souffrances ‘‘de sonder l’inconnu et d’ouvrir des voies nouvelles.” Le conférencier demande pardon de ne pouvoir abréger ce chapitre ; car, dit-il avec beaucoup d’humour, “Impossible de dissimuler des montagnes qui se perdent à 2,000pieds en l’air entre les feuillets de mon rouleau; cela passerait les bornes de la discrétion.” Suit une liste des chaînes et des “Tolls” les plus élevés.Mais le morceau de résistance est l’extrait du voyage de M.MacCormack, de St.Jean, la capitale, à la baie St.George, où il arriva à demi-mort de faim avec un Indien Micmac, son compagnon (1823).Le tableau qu’il donne de l’intérieur réunit à la fois le coloris et l’exactitude, et témoigne de l’enthousiasme excité dans son âme par la vue de ce petit monde qu’il avait découvert, et qui se révèle à lui si différent de ce qu’on croit encore aujourd’hui.Cepéndant, pour ne pas être accusé d’embellir son sujet, M.le Comte de Premio-Real dit un mot des fameux “ Barrens ” de Terre-Neuve, grands espaces uns couverts de fragments de rocs ou d’une végétation rabougrie, composée de mousse, de bluets et autres arbustes nains à baies, et qui constituent de grands parcs de chasse dans lesquels vaguent les troupeaux de caribous.La deuxième partie de cette conférence, et non la moins intéressante, redresse les opinions courantes sur le climat de Terre-Neuve.Le brouillard ne couvre que les rivages du sud et du sud-est.Dos témoignages divers, parmi lesquels nous citerons celui d’un médecin qui l’a habitée, et celui d’un résident de Québec.M.Heber Buddeti qui a donné l’année dernière, en anglais, devant la Société littéraire et historique, un travail intéressant sur la grande île iauren-tienne, établissent d’urie façon incontestable la salubrité de son climat.Des tableaux climatériques mettent en evidence ce fait que la température moyenne de certaines parties de Terre-Neuve est très supérieure à celle de Winnipeg dans le Manitoba, dépasse d’un ou deux degrés celle de NAPOLEON LEGENDRE.—Les Sucres.7 Windsor dans la Nouvelle-Ecosse, et n’est guère inférieure à celle de Toronto.Le thermomètre y «j monte moins haut l’été et y descend moins bas l’hiver que dans les parties du continent qui ont la même latitude.Le conférencier, il est vrai, fait judicieusement observer que les Terre-Neuviens donnent pour point de comparaison ce qu’ils ont de meilleur, la baie St.George, qui a le climat le plus favorisé de l’île, abritée qu’elle est des vents de l’est.Il se montre aussi quelque peu incrédule aux exemples surprenants de longévité, consignés dans le travail deM.Heber Budden sur la foi des indigènes.Cependant il les accepte provisoirement u à titre d’hypotnèse agréable pour l’humanité.” Il s’agit en effet de compères et de commères qui auraient poussé la plaisante rie jusqu’à vivre 125 ans, ce qui n’arrive plus depuis les temps bibliques.M.le Comte de Premio* Real, sceptique à la façon du sage Montaigne, dit qu’il est impossible de rééditer les Mathusalem dans notre siècle dégénéré, et demande à voir le régistre des naissances.Telle est l’analyse trop courte à notre gré, mais que notre insuffisance a fait paraître trop longue peut-être, de ces deux conférences qui ont tout lieu d’intéresser le public canadien, puisque Terre-Neuve, la proche voisine et la citadelle avancée du Dominion, est appelée presque fatalement à en faire partie plus tard.Il ne nous reste qu’à remercier M.le Comte de Premio-Real et à le féliciter d’employer si bien les quelques instants qu’il parvient à dérober à ses nombreuses occupations.Nous ne saurions assez louer de pareils travaux, non seulement pour leur valeur intrinsèque, mais encore pour l’esprit qui les a inspirés.11 tendent à vulgariser les connaissances géographiques,à en faire non l’apanage d’un petit nombre d’élus, mais le patrimoine commun de tous ceux qui veulent s’instruire.Ils ouvrent souvent des horizons nouveaux à ces esprits entreprenants, auxquels il suffit de quel ques jalons pour créer de nouveaux sillons dans le champ du travail.Enfin, ils nous font de jour en jour mieux connaître ce globe terrestre dont nous ne serons vraiment les rois que lorsque nous en connaîtrons à fond toutes les parties, et que, par le travail, l’énergie et la persévérance, nous aurons arraché à ses entrailles tous les secrets qu’elles recèlent dans leurs profondeurs.Frédéric de Kastner.LES SUCRES ’Voilà une expression essentiellement canadienne.dans l’acceptioa, du moins, que je lui donne ici.Par “ les sucres ”, nous entendons, au Canada, l’ensemble des opéiations que comprend la fabrication du sucre d’érable, et, par extension, l’époque de l’année où le sucre doit se faire.Aussitôt que le soleil devient un peu plus chaud, dans les premiers jours de mars, on commence à préparer tout ce qui est nécessaire pointa sucrerie.On fait les “ goudi elles ” qui sont de petites gouttières en cèdre, de neuf ou dix pouces de longueur, sur une largeur de deux pouces et une épaisseur de deux lignes.Par un des bouts, on les taille en biseau, de façon qu'elle puissent s’adapter exactement dans l’ouverture faite par le tranchant d’une gouge.Ce dernier travail est généralement fait par les enfants.J’eu ai bien aiguisé, de ces bonnes goudrelles, quand j’étais tout jeune,—il y a déjà longtemps ; — rienque d’y penser, il me revient comme un âcre parfum de cèdre qui me reporte à trente années en arrière, et me remet devant les yeux tous ces beaux jours de l’enfance à la campagne, où nous prenions nos libres ébals, au grand air et sous le soleil.Quand les goudi elles sont préparées, on monte sur les £! raquettes ” pour aller visiter et mettre en ordre la “ cabane à sucre ” ou les baquets et les “ cassots ” out été emmagasinés avec les autres ustensiles, chaudrons, moules, ^mouvettes,” &c-., à la fin de la saison précédente.On ouvre la grande porte enfumée et on pénètre avec plaisir dans le petit réduit où se sont écoulées de si bonnes heures, l’année dernière.Les baquets et les cassols sont nettoyés, les grands chaudrons écurés et polis comme de l’argent, les bariques, les bidons et les moules rincés à grande eau.Puis on s’occupe de la provision de bois ; on choisit les arbres secs, érables, merisiers et hêtres que l’on débite et que l’on entasse près de la cabane.Tous ces travaux ont absorbé une dizaine de jours et plus.Enfin, un matin, le sucrier, après avoir consulté les nuages et examiné le soleil, déclare que la journée est bonne pour “ entailler.” On chausse encore joyeusement ses raquettes et on s’élance vers la forêt.Il y a eu des “ ge lées blanches du printemps, la croûte porte,” NAPOLEON LEGENDRE.—Les Sucres.$ et l’on avance rapidement.Le chef de la famille a sa hache, sa gouge et son maillet, quelquefois une tarière.Les garçons voiturent sur les u traînes ” de grosses bottes de goudrelies ; je vous assure que cela n’est pas lourd à tirer.Arrivé au bois, on dépose ça et là les goudrelies, puis, ou va charger suiv ies traînes les baquets et les cassots.On attaque le premier arbre : c’est un moment solennel- On choisit le côté exposé au midi ; on pratique diagonaiement, avec la hache, dans l’écorce et l’aubier, nue petite entaille bien nette.Au-dessous, ou pique l’arbre avec la gouge et l’on introduit la goudrelle dans la piqûre ; puis, on établit le baquet ou le cassot sous l’extrémité inférieure de la goudrelle, et l’opération est terminée.C’est à l’érable, main tenant, de faire son devoir, et je vous assure que, si la saison est bonne, il ne se fait pas prier; lorsqu’on se sert d’auges, au lieu de cassots, le travail est moins long, car on u’a pas besoin d’aller chercher l’auge bien loin, puisqu’elle est restée tout l’hiver appuyée le long de l’arbre ; il n’y a qu’à dégager la partie qui est encore sous la neige.Si l’érable est gros, on met deux et môme trois goudrelies.Lorsque tous les arbres sont entaillés, on u bat ” des sentiers pour pouvoir faire la tournée,” c’^st-à dire recueillir l’eau d’érable.Si la sucrerie est considérable, on fait ties che mins pour une voiture portant une barrique dans laquelle on vide les seaux à mesure qu’ils se remplissent ; mai 5 dans les sucreries de petite étendue,—de trois 0.1 qua're ceuts érables, par exemple,—da tournée se fait à bras, c’est-à-dire que l’on porte deux seaux attachas à un joug ordinaire, et qu’on va les transvaser à la cabane môme.Cette tournée se fait matin et soir et en raquettes.Quand il y a une quantité suffisante d’eau d’érable, 011 commence à faire bouillir.Quelques sucreries ont des fourneaux en brique, bien installés, et des ustensiles assez dispendieux ; mais j’aimo mieux parler de la simple cabane d’autrefois qui coûtait moins cher et où l’on s’amusait bien mieux.Cette cabane est faite on troues d’arbres superposés, avec un toit à pente unique qui forme, à la façade, un auvent de quatre ou cinq pieds.C’est sous cet auvent que se place le foyer.Deux pieux fourchus, bien fixés en terre, une grande barre transversale pourvue de crochets en bois auxquels on suspend les chaudrons : voilà tout.Quand ces chaudrons sont mis en place, on les ernp’it d’eau d’érable, on allume le feu par-dessous, et il n’y a plus qu’à l’entretenir et à remplir à mesure que l’évaporation se produit.Lorsque l’eau d’érable a acquis une belle couleur brune et une consistance un peu moins épaisse que celle du sirop ordinaire, elle forme ce qu’on appelle du u réduit.” Ce réduit est mis dans des bidons ou des quarts après avoir été coulé à travers une épaisse flanelle , et quand il y en a une quantité suffisante, on fait bouillir de nouveau, sans ajouter d’eau cette fois, pour faire du sirop ou un “ brassin ” de sucre.C’est ici l’opération la plus délicate ; les gamins ne sont plus admis à surveiller ; il faut un homme expert, un véritable sucrier.Le foyer flambe jo ir et nuit et les uns veillent pendant que les autres se reposent.On écume, on agite, on empêche de gonfler.Si l’on veut faire du sirop, on ôte du feu le liquide lorsqu’il file, c’est-à-dire lorsqu’il tombe de Ja mouvette sans se diviser eu petites gouttes.Pour le sucre, cela dure plus longtemps.On a d’abord la tire,” qui 11’est qu’un sirop très épaissi et qui devient cassante lo;squ’ou la laisse refroidir sur la neige ; c’est à ce moment qu’elle est bonne à manger et que les enfants s’en barbouillent à bouche que veux-tu.Encore une demi-heure ou trois quarls-d’heure, et le contenu du chaudron offre des bouillonnements aux reflets d'or bruni, semblables aux tourbillons qu’on observe dans les taches du soleil.On sent que la lire devient granule us \ Du reste, on n’a qu’à plonger la mouvette dans le chaudron, et si, en soufflant par' le trou qu’elle porte à son extrémité, on produit une petite bulle bien claire et bien cassante, le sucre est à peu près cuit.Au bout de quelques minutes, on le retire du feu et lorsqu’il s’est un peu refroidi et qu’on voit se former une légère croûte à sa surface, ou sc hâ'e de le mettre dans les moules que l’on a eu la précaution d’humec-ter avi-c de l’eau d’érabl \ Il n’y a pins qu’à laiss r prendre en pain et cristalliser.Voilà une description un peu longue et qui vous a peut être ennuyés.Le fait est que j’ai été égoïste ; j’ai pensé à mon plaisir plutôt qu’au vôtre.En écrivant ces lignes, je me suis 1 appelé le bon tempi d’autrefois où nous faisions du sucre.C’étaient quinze jours ou trois semaines de véritables vacances.Nous passions à la sucrerie toutes nos journées, et, lorsqu’on nous per mettait de co cher à la cabane, c’était une fête qui nous transportait d’aise.Étendus sur nos lits moelleux en fms rameaux de proche et ca M.JOSEPH MARMETTE.—Fragment.9 chés sous de grandes peaux de buffle, nous écoutions avidement les contes fantastiques que nous débitait la voix monotone et un peu fatiguée du sucrier qui était de garde.La flamme du foyer lançait parla grande porte ses reflets qui formaient, sur les pans de ia cabane, des figures aussi mobiles et aussi échevelées que l’imagina tion de notre conteur.Nous nous sentions bercés par ces récits féeriques et par les murmures du vent de la nuit qui chassait jusqu’à nous les vapeurs embaumées du sucre bouillonnant.Aux endroits les plus terribles du récit, c’est à-dire lorsque u des bruits de chaînes et des voix lamentables se faisaient entendre dans tous les coins du château hanté”, ou bien quand u le diable, sous la iorme d’un grand cheval noir, venait s’oflrir au voyageur égaré pour l’emporter à la suite d’un follet ou d’un loup-garou ”, nous nous cachions 11 tète sous nos peaux de buffle pour ne pas voir ces choses épouvantables.De temps à autre, nous voyions une figure aimée s’avancer vurs nous, et nous sentions une main passer autour de notre lit pour s’assurer si nous étions bien bordés,—rem-brissés, comme nous disions alors.Puis une bonne voix nous demandait si nous n’avions pas froid ; on nous faisait boire une tasse de réduit bieu chaud, et le conte fantastique reprenait pour ne se terminer que quand le dernier d’entre nous avait fait entendre un ronflement indiquant qu’il continuait en rêve le récit du patient conteur.Le jour, c’étaient les amis, les connaissances et meme des étrangers qui venaient s’installer à la cabane pour manger de la “tiempette,” du sucre chaud et des œufs cuits dans le sirop.Quelquefois, on apportait un violon, on chantait, on dansait môme sur la neige durcie.C’étaient des cris, des rires joyeux qui retentissaient sous la foret et faisaient déguerpir tous les lièvres et les écureuils du voisinage.De temps à autre, la maman elle-même venait passer une heure avec nous ;—je sais bien, aujourd’hui, qu’elie s’ennuyait de notre absence.Nous faisions alors les petits hommes, nous lui expliquions gravement, et avec cet air de supériorité que donne le savoir, les noms et l’usage des différents ustensiles qui renfermait la cabane.Nous riions à gorge déployée lorsqu’elle nous demandait si nous avions bien dormi su r nos branches de sapin, comme s il eût été possible de ne pas reconnaître à première vue que ces branches de sapin étaient bel et bien des branches de pruche ! Le père nous encourageait sournoisement dans ce déploiement de science enfantine ; il nous donnait raison et eéclarait à la maman qu’elle en savait moins long que nous; toiit le monde riait et avait l’air de s’amuser beaucoup, pendant que nous étions tout gonflés de notre triomphe.Hélas ! je crois bien, aujourd’hui, qu’on se moquait un peu de nous ; j’en suis même à peu près certain, lorsque j’y réfléchis sérieusement.Cependant, il n’importe guère, et, au risque de faire rire encore un peu, je voudrais bien pouvoir recommencer et retourner, enfant, passer une nuit sur ces bonnes branches de sapin qui étaient des branches de pruehe.Mais, c’est inutile, n’est-ce pas ; c’est bien fini, nous n’irons plus aux sucres ; contentons-nous d’y penser de loin et de nous en retracer l’image à travers le brouillard des années.Le souvenir, après tout, est encore une jouissance : c’est la photographie précieusement conservée des bonheurs d’autrefois.Mais je ne vous cache pas que je préférerais ces bonheurs eux-même3 à leur photographie.Napoléon Legendre.FRAGMENT.(D .Eu 185*, Lucien Rainbaud faigait sa quatrième au collège de S*** Né à Montmagny, sur le bord du fleuve, il appartenait à l’une des bonnes familles du pays.Son père était un avocat distingué ; par sa mère il descendait des Grandlieu qui, depuis et même avant la cession du Canada, ont joué un rôle considérable dans la politique, au barreau et dans la magistrature.De sa mère, il tenait beaucoup d’imagination et une extrême sensibilité—ce qui fait les poètes ; de son père, de la volonté, de l’énergie, quelquefois pourtant affaiblies par le tempérament nerveux, mélancolique et un peu timide qu’il devait à sa mère.Quand il ne lisait pas à l’étude,] il rêvait, et, corm e nous étions voisins et même intimes, il me faisait part de ses rêveries.Lucien avait pour sa mère une affection très-vive ; il était l’aîné, elle l’avait gâté plus que ses autres enfants.Dans ses ressouvenirs, il la revoyait souvent : maladive, pâle, blonde, elle lui apparaissait dans son attitude favorite du soir, douillettement enfouie dans un grand - —.¦¦¦ .¦ ¦ -¦¦¦¦ - .i (i).Tiré d'un roman canadien qui doit paraître prochainement. 10 M.JOSEPH MA RMETTE.—Fragment.fauteuil et lisant, tandis que là-haut, dans le salon, M.Rambaud, sur une flûte dont il jouait très agréablement, faisait de la musique.Parmi les morceaux que son père aimait à jouer, il y avait un certain boléro qui avait beaucoup frappé Lucien.— “ Un très curieux air, me disait mon compagnon qui était quelque peu musicien et avait une fort jolie voix de ténor.Figure-toi un air de danse très-vif, écrit en mineur.Le ton plaintif de ce mode musical avec le rythme alerte du boléro forment le plus étrange con traste.Cet air me frappa tellement, la première fois que je l’entendis, que je me rappelle encore ce que je lisais ce soir-là ; il y a sept ans de cela et j’en avais neuf.C’est une étude historique de Henri Berthoud, dans le Musée des Familles, intitulée la Madone de Torquato Tasso.Les personnages qui s’agitent dans cette nouvelle imprégnée de tristesse, comme le sont du reste tous les écrits du sympathique Berthoud, sont le Tasse, l’illustre poète, le grand peintre flamand Rubens, et le caustique philosophe Michel de Montaigne.Chaque fois que je me rappelle ce boléro, je me revois à côté de ma mère, regardant à la lumière d’une bougie, dont la lueur brille douce entre nous deux, une gravure qui représente le cadavre de Tasse porté au capilole sur un char triomphal.Il passe, traîné par quatre chevaux richement caparaçonnés, revêtu delà toge romaine, le front ceint de laurier, le poète immortel, tout roidi par la mort, l’amant infortuné d’Eléonore, sa barbe noir se découpant en pointe sur le ciel clair de Rome ; il dort enfin d’un sommeil éternel et dont les fiévreux transports d’une passion malheureuse ne doivent plus le réveiller.Hier encore, pauvre, emprisonné, fou, maintenant mort on le mène au capitole en triomphateur.Quelle ironie du sort que ces honneurs tardifs au cadavre du sublime auteur de la Jérusalem délivrée !.Je revois cette gravure et j’entends le boléro qui jette dans la maison, d’ailleurs silencieuse, ses notes à la fois sautillantes et tristes.” En dépit de ces impressions mélancoliques, autant dues à ses lectures, considérables pour un adolescent, qu’à son organisation de poète, Lucien n était pas sans avoir des réminicences plus gaies et plus communément de son âge.Alors, dans son imagination si vive revenaient en foule les souvenirs joyeux de ses plaisirs d’enfance, et, suivant la saison, lise remémorait les différents jeux qui avaient marqué ses premières années.Souvent, l’automne, peu de temps après la rentrée, pendant l’heure et demie d’étude qui précède le souper, quand il n’avait rien à lire qui l’intéressât, le front perdu dans la main, il pen sait :—Voici le temps de la cueillette des prunes.Autrefois, quand à quatie heures je sortais de l’école, mon père me disait.“ Lucien, le temps est venu de cueillir les prunes, allons ! 11 Balançant au bout de mon bras un fort panier d’osier, je partais derrière lui, faisant de grandes enjambées pour le suivre.Et nous allions dans le verger, tandis que sous nos pas criaient les feuil les jaunes que le vent d’automne avait arrachées des arbres.—“ Tiens, commençons par les plus mûres, ” me disait mon père en s’approchant d’un prunier couvert de beaux fruits bleus.Et, moi dessous, il donnait, de son bras vigoureux, une forte secousse à l’arbre.Il me tombait sur tout le corps une abondante pluie de prunes; ce qui me faisait rire aux éclats et mon père aussi.Alors, tout en croquant les plus appétissantes, j’en jetais à pleines mains dans le panier.Quand notre arbre était épuisé, nous passions à un autre, et la joyeuse averse de recommencer, et nous de rire, lui de plaisir à la vue de son fils, autre lui-même, croissant en âge et de son verger planté par ses mains et qui produisait une belle moisson de fruits.Une fois le panier rempli et devenu trop lourd pour mes bras, mon père s’en emparait et le portait à la maison, tandisque mes pas s’efforçaient de s’emboiter dans les siens et que j’attrapais au vol, gourmand insatiable, les plus beaux fruits de la cueillette, le dessus du panier.” Quand les premiers froids de l’hiver venaient faire geler les eaux de la rivière du Sud, auprès de laquelle M.Rambaud avait sa résidence, Lucien sortait ses patins, et après en avoir bien lié les courrois à ses pieds, il s’élançait avec un long cri de joie sur la glace polie comme lin miroir.C’était surtout les jours de congé que lui et ses camarades d’école s’en donnaient à cœur joie.Du matin jusqu’au soir, tous ces infatigables petits pieds, couraient, glissaient, tournaient en capricieux zigzags.C’était à qui ferait les plus hardies voltiges.Ou bien on courait à toute vitesse, les uns poursuivant les autres qui s’efforçaient de leur échapper par mainte ruse, par des écarts imprévus.Quelquefois, quand la rivière était tout arrêtée et qu’il n’éîait pas tombé encore assez de neige pour empêcher le patin de glisser sur la glace, on remontait un mille ou deux en amont, s’arrêtant de ci et de là pour examiner les curieux caprices de la gelée, » M.JOSEPH MARMETTE.—Fragment.11 selon les remous, les courants ou les rapides.Dans les endroits où la glace était le plus mince, souvent on s’arrêtait, on se couchait à plat ventre} pour mieux voir, à travers le transparent cristal, s’agiter les petits poissons; l’on s’émerveillait que ces pauvres bêtes pussent vivre dans cette eau si froide et ne pas étouffer sous la couche de glace qui pesait sur les eaux.Et puis, l’on se remettait en marche en échangeant ces singulières réflexions— et à droite, à gauche, défilaient les champs dénudés et saupoudrés d’une légère couche de neige, pendant que, sur les bords, les saules dénudés laissaient pendre leurs branches noires sur lesquelles on voyait parfois se balancer un nid depuis deux mois abandonné.Tout au fond s’élevaient les montagnes, dépouillées de leur manteau de verdure et maintenant d’un bleu rougeâtre avec des taches blanches sur les plateaux défrichés.Le silence de la [campagne déserte n’était troublé que par les aboiements lointains d’un chien qui japait à la lune dont le disque pâle commençait à monter dans le ciel assombri par le jour fuyant.Lorsqu’une épaisse couche de neige avait rendu impraticable l’exercice du patin, venaient les plaisirs de la glissade.Le jeudi, surtout, les enfants du village qui possédaient un traîneau se dirigeaient tous vers la grande côte du moulin, et, là, toute la journée, le soir même, il fallait voir comme ils allaient, glissant avec une rapidité d’éclair sur la p mte raide de la côtp et gravissant la rude montée durant des heures, infatigables, gaillards, couverts de neige, les joues rougies par le mouvement et l’air vif, sans se lasser jamais.Oa bien encore, on creusait des cavernes dans les bancs de neige ; on élevait des forteresses et alors il y avait bataille pour les prendre et les défendre.Et les yeux pochés, les nez déformés que plusieurs combattants rapportaient le soir à la maison, témoignaient qu’il y avait un rude jeu de guerre.Enfin, le soleil finissait par avoir raison de l’hiver.La rivière du Sud, gonflée par les torrents de neige fondue qui s’échappaient des montagnes, soulevait, broyait son fardeau de glace avec de rauques grondements de joie et le jetait dans le grand fleuve où ces débris épars finissaient par s’émietter et se fondre au soleil en descendant à lamer.C’est alors, avant que les jours'chauds fussent revenus que le père Pigeon, le tourneur, avait de la besogné ! Tl ne suffisait pas à fournir de toupies toute la marmaille de Montmagny.Quoiqu’il se fût mis à l’ouvrage bien avant Pâques, sa provision s’épuisait dès les premiers jours.u—Une toupie, monsieur Pigeon ?demandait un retardataire qui n’avait pu se procurer plus tôt les trois sous que coûtait l’objet de sa convoitise.” —Eh ! petit, il n’y en a plus.“—Ah !.faisait le gamin en se passant sous le nez la manche de sa blouse, et demain qui est jeudi !.” Il y avait tant de regret douleureux dans cette exclamation, que le père Pigeon se laissait attendrir, et défaisant de son tour un pied de couchette qu’il était en train de tourner pour quelque jeune gais qui devait se marier après les semai 1 les, il ajustait au toui un bon morceau de cœur de mérisier en disant au gamin : —Petit, reviens demain, tu l’auras, ta toupie.—Vrai ! s’écriait l’enfant ravi, qui sortait radieux, tandis que le bon vieux homme mettant la lourde roue de son tour en mouvement, gromme lait à part soi : —Après tout, il n’est pas si pressé que ça avec sa couchette, le petit Louison Min- ville !.Et dans son petit œil aux paupières toutes ridées dans les coins se reflétait un sourire égrillard, tandis que les copeaux se tordaient sous le tranchant de sa gouge qui mordait dans le bois.Le jeudi matin, sur les neuf heures, les bambins des environs, tous amis de Lucien, se réunissaient auprès de la maison de M.Rambaud.Sur un plateau d’où la neige avait disparu plus tôt qu’aileurs et que le soleil avait déjà séché, on traçait un grand cercle avec le clou d’une toupie et le jeu commençait.Le moins impatient de la bande se résignait à mettre au blanc, dans le cercle, sa toupie que chacun des joueurs visait à tour de rôle.Les toupies qui ne touchaient pas la sienne, il les étouffait dans le rond ou les attra pait au vol en les lançant en l’air avec sa corde et les plaçait prisonnières à côté de la sienne, jusqu’à ce qu’un autre joueur la fit sortir du cercle et lui rendit la liberté.Gomme l’on riait de bon cœur lorsqu’un joueur adroit faisait sauter un éclat de quelque toupie ! Il y avait surtout Je grand Thomas Fournier avec sa grosse toupie de gaïac, chaque fois qu’il frappait en ahauant, il y avait plaie ou trou dans le tas.Aussi restait-il longtemps dans le cercle quand une fois on l’y avait pris ! Tous se liguaient contre lui ; et, l’une après l’autre, les plus habiles joueurs allaient cueillir les toupies qui environnaient la sienne.—Attends un peu, Thomas, lui disait-on, tu vas 12 M.JOSEPH MARMETTE.—Fragment.tout nous payer à la fois 1—Et lui riait de toute sa bonne grosse face ronge épanouie ! Ça n’a l’air de rien ces jeux de l’enfance, tant ça tient à peu de chose ; et pourtant comme les heures s’enfuient rapides à ces simples amusements et quelle santé tous ces enfants aspirent à pleins poumons, dans une pareille journée d’exercice, sous le bienfaisant soleil du bon Dieu ! Les bourgeons des peupliers et des trembles faisaient éclater leur enveloppe duveteuse, les feuilles perçaient et se développaient ; les branches se couvraient de verdure et les arbres fruitiers de fleurs blanches; les oiseaux revenus des régions du sud construisaient avec des cris de joie, sous ces ombrages odorants, des nids nouveaux pour abriter leurs amours nouvelles ; les champs ensemencés peu à peu se couvraient, d’herbe fine, et sur la campagne ensoleillée se promenait le souffle de la nature en travail.C’est alors que se réchauffaient les eaux de la rivière et' que le poisson se remettait à mordre.Près du pont rouge, tout à côté de la maison de M.Ram-baud, Lucien donnait ses premiers coups de ligne.Alors que la rivière était encore gonflée par la crue des eaux du printemps, le goujon et la carpe abondaient dans le grand remou formé par le premier pilier, à l’entrée du pont, A tour de bras, comme les enfants, Lucien lançait sa li gne qui sifflait avant de s’enfoncer dans l’eau ; et, les jambes écartées, serrant sa perche, la tête penchée, il attendait.Toc, toc, la ligne se raidissait avec deux petits coups secs.—Ça c’est un gardon, pensait Lucien.Toc, toc, répétait le goujon que Lucieu lançait à tour de bras sur la berge.Le pauvre poisson tressautait convulsivement laissant sur les cailloux quelques-unes de ses écailles argentées ; Je petit pêcheur l’embrochait sans pitié sur une branchette coupée acl hoc, mettait un nouveau ver sur l’hameçon el rejetait sa ligne à l’eau.Quant le lil s’agitait avec une tension douce et régulière c’est une carpe qui suce mon appât ! se disait Lucien.Il laissait fame.Lorsqu’il sentait que la traction devenait plus pesante, il donnait un bon coup, et tout son être tressaillait d’aise à la vue d’une grosse carpe rougeâtre qu’il sortait bruyamment de l’eau et qu’il envoyait tomber loin derrière lui, pour ne pas la manquer.Du haut du pont, son bonnet bleu sur la tête, le brûle-gueule aux lèvres, le père .Normand, le gardien, appuyé sur le garde-fou, souriait, tout en chauffant ses vieux membres au bon soleil de j«in.'Mais les vraies parties de pêche se faisaient l’été, durant les vacances.Alors, on partait, trois ou quatre, la ligne sur l’épaule et l’on remontait la rivière, courant les fosses, cherchant les bons trous, les endroits connus pour être poissonneux.Lucien se rappelai t bien le jour et l’endroit où il avait manqué son premier achigan.C’était dans la grande fosse, vis-à-vis le champ de Jos.Nichol dont la maison blanchie à la chaux se dressait en face, de l’autre côté de la rivière, avec son toit rouge et ses contrevents verts.On était en août et le soleil dardait tous ses feux sur les champs jaunis.Assis sur une grosse pierre, au bord de l’eau, sous un orme gigantesque dont l’ombre se projetait jusqu’au milieu dn la rivière, Lucien attendait patiemment, sa perche appuyée sur le genou gauche, que quelque poisson voulût bien mordre ; ce qui, ce jour-là, se faisait atten dre.Lassé de regarder la ligue qui s’enfonçait immobile dans l’eau, profonde à cet endroit, son regard examinait avec curiosité tout un tableau qui se réfléchissait sur la surface calme de la rivière.De l’autre côté, sur la rive opposée, une femme et deux hommes, en retard dans la fenaison; chargeaient de foin une charrette.Comme ils se trouvaient sur le point culminant de la rive, et tout près du bord, les travailleurs, la voiture et le cheval était réfléchis dans l’eau.Seulement, les gens et l’animal s’y mouvaient la tête en bas, près d’un gros nuage blanc qui, du fond du ciel, se mirait aussi dans l’eau couleur d'acier bruni.A droite, une clôture dévalait sur la grève, suivant la pente abrupte de la berge, et, sur un pieu dont la base trempait dans beau, un coibeau lissait ses plumes en poussant de temps à autre un rauque croassement; vers la gauche, une vache, la tête passée par dessus la clôture du champ voisin, ruminait lentement et de ses grands yeux paisibles observait les travailleurs.La chaleur du jour, le cri monotone et continu des cigales et des sauterelles qui chantaient à côté de lui, plongeaient Lucien dans un engourdissement semblable à celui du sommeil.Il oubliait qu’il tenait une ligne entre ses mains, quand il fut soudain rappelé à la réalité par une brusque secousse qui fit tremper dans la rivière le petit bout de sa perche.Vivement il la raidit, et tout en voyant la ligne courir dans l’eau, il sentit qu’il y avait au bout quelque chose de lourd.Un bond le mit sur pied.Le poisson était piqué et entraînait avec lui l’hameçon en tournant éperdu.—Un achigan, et un gros 1 se dit Lucien qui connaissait la manière vorace avec laquelle mord M.FAUCHER de SAINT-MAURICE.—La Galissonnière et la Bourdonnais.13 ce poisson.Il se mit à tirer de toutes ses forces en faisant quelques pas pour remonter la berge.Il entrevoyait sa proie dont le ventre jaune brillait avec des reflets d’or entre les cailloux du bord.Il lâcha sa perche et se mit à tirer sur la ligne.Déjà ranimai touche terre, lorsque, d’un vigoureux coup do queue, il casse l’empile, et, en deux sauts, se rejette à l’eau.Lucien se précipite poulie retenir, glisse sur une roche couverte de limon et tombe à plat ventre dans la rivière.Comme il se relevait tout navré, penaud, le corbeau s’envolait de l’autre rive en jetant un cri moqueur.Joseph Mar mette.LA GALISSONNIÈRE et LA BOURDONNAIS ( 1 ) Les hamacs de l’équipage du cuirassé fran çais le7a Galissonnière sont mis en place : les quarts de nuit réglés.On n’entend plus que 1rs vigies.Dès que la cloche du bord pique une heure, elles crient alternativement : —Bon quart tribord ! —Bon quart bâbord ! A six encablures derrière nous se balance, en ligne de file, l’aviso le la Bourdonnais, et pendant que dans la ifuit sereine les hommes de faction veillent sur nous, que tout sommeille, je ne puis m’empêcher de songer à de la Galissonnièrê et à de la Bourd muais.Ainsi vers le passé revient le souvenir.Quel est l’esprit paradoxale qui a dit que la France ne savait ni gouverner, ni développer ses colonies ?Certes, celui-là ignorait les faits et gestes des deux hommes qui avaient mérité de donner leurs noms aux navires de guerre qui, ce soir-là, se berçaient doucement sur les eaux du Saint Laurent.Il y a déjà cent fence ans que ces choses se sont passées.Le Northumberland vient d’ancrer devant Québec.On est au 19 semptembre 1747.Sur le château Saint-Louis on hisse le drapeau (1).Ce fragment est extrait de l’ouvrage que M.Faucher de Saint-Maurice doit publier prochainement sur le Cap-Breton, Louisbourg, Saint-Pierre Miquelon et l’ilede Sable.Une partie de cette croisière a été faite sur le cuirassé français le la Galissonnière, portant le pavillon du contre-amiral Peyron, commandant en chef l’escadre des Antilles.Ce travail doit faire suite aux “ Promenades dans le- Golfe Saint-Laurent,”-les îles, les provinces maritimes-par le môme auteur.fleurdelysé ; les haDitants courrent mettre leurs habits de fête; les cloches carillonnent ; les cauo-niers attentifs à leurs pièces se préparent à tirer le salut royal.Aujourd’hui, Rolland-Michel Barriii marquis de la Galissonnière prend au nom du roy possession de son gouvernement de la Nouvelle France.Petit de taille, légèrement bossu, la physionomie du nouveau gouverneur est si douce, son regard si calme, si droit, si profond, que chacun oublie cette difformité.A peine a-t-il mis pied à terre que tous les cœurs lui sont acquis.Le pays qu’il vient commander est bien le champ d'exploitation qui convient à cette dévorante activité Nommé commissaire pour régler les limites entre les possessions françaises et anglaises, il prévoit toute l’importance que la colonisation du littoral des grands lacs peut donner plus tard à la race anglo-saxonne.Le remède est trouvé.u—Installez, écrit-il au ministre, dix mille paysans de France au sud-est de ces naeis intérieures; iis serviront de noyau à ce qui plus tard peut devenir une confédération française.” L’influence et le développement du prestige français en Acadie est sa préoccupait n de toute heure.A force d’énergie, de perspicacité, il réussit a conserver à son pays la possession du cours, de i’Ohio, dirige et consolide l’émigration acadienne sur ies bords de la baie de Fundy, entretient une longue correspondance diplomatique avec les gouverneurs anglais de la Nouveile-Ecosse, de Boston, de New York, et met celui de la Pennsylvanie en garde contre le traité des Apa-laches.Il relie le Canada à la Louisiane par une suite de forts jetés le long de i’Ohio et du Missis-sipi; u finit par se convaincre que l’isthme qui joint la péninsule acadienne au continent, à l’est, et les Apalaches à l’ouest sont les seuls boulevards de l’Amérique française ; que si l’on perd l’un, les anglais débordent jusqu’au Saiut-Laureut et séparent le Canada de la mer ; que si fou abandonne l’autre, ils se répandent jusqu’aux grands lacs et la vallée du Mississ-pi, isolent le Canada de ce fleuve, lui enlèvent l’alliance des indiens et tls-treigrient les bornes de ce pays au pied du lac Ontario.” (1) La clairvoyance du marquis de la Galissonnière va même jusqu’à prévoir la chute de Louis-bourg, dans le cas où on ne reprendrait pas l’Acadie.(1).Vide Garneau, Histoire du Canada, première éditiorii tome II, p.495. 14 M.FAUCHER de SAINT-MAURICE.—La Galissonnière et la Bourdonnai».Ces préoccupations ne lui font pas négliger ses administrés.Il fait le plus grand cas des Canadiens ; et dans ses dépêches il ne cesse de répéter au ministre, que ce sont de rudes marins, de bons et de fidèles soldats, d’excellents laboureurs.Les grandes lignes d’une politique si sure, si positive dans le résultat prévu, n’empêchent pas l’illustre homme d’état de s’occuper des détails.Le commerce, l’industrie, les ressources minérales, agricoles, forestières, ichthyologiques d’un pays sont à ses yeux les meilleurs appuis du pouvoir.Ils assurent, répète-t-il souvent, la prépondérance d’un peuple sur un autre.Tout ce que produit le Canada lui est aussi familier qu’à ceux qui ont passé leur vie ès pays de Nouvelle-France.Il a créé à Québec un arsenal, un chantier de construction.Les sciences naturelles n’ont guère de secrets pour lui.Les missionnaires, les coureurs de bois, les interprètes, les commandants de poste, les capitaines de navires ont l’ordre de communiquer au gouverneur tout ce qui peut le renseigner sur la géographie, la zoologie, les essences forestières, la minéralogie, la botanique des rivages, des pays qu’ils évangélisent, qu’ils explorent, qu’ils commandent.Nul ne sait mieux causer que lui des richesses de la Nouvelle-France, et le peuple, toujours un peu superstitieux attribue ces connaissances à une puissance occulte.Les savants apprécient mieux ; et lorsque le naturaliste Kalm se trouve pour la première fois devant de la Galissonnière, dont il est l’hôte au château Saint-Louis, il lui semble être en présence du grand Linnée lui-même, tant le marquis sait le tenir sous le charme, en lui causant de botanique, science qui a pris toute la vie du voyageur danois.Le premier, de la Galissonnière propose l’établissement d’une imprimerie à Québe®, projet jugé trop hardi par le ministère de l’époque.Cette activité incessante, ces vastes connaissances sur les affaires d’Amérique, finissent pai faire causer de lui à Versailles.D’avance, il est appelé à jouer un rôle dans la discution des frontières françaises de l’Amérique Septentrionale.Bientôt, un ordre royal le nomme commissaire au sujet de l’Acadie, et le 24 septembre 1749 il s embarque sur le Léopard et retourne en France, après avoir gouverné le Canada pendant deux ans.La Nouvelle France avait contribué à faire de ce marin par vocation, de cet érudit par goût, improvisé administrateur par ordre de ses chefs, un savant, un homme d’état.En le rendant à sa carrière, la France allait lui devoir un triomphe, et lui réservait tous les éuivrements de la gloire.En 1754 et 1755 le ministre de la marine lui confie successivement le commandement de l’escadre de l’Océan et de l’escadre de la Méditerrannée.L’année suivante,il transporte à Minorque l’armée du duc de Richelieu, croise entre cette île et Majorque, et le 21 mai 1756, il rencontre la flotte du contre amiral Byng, de l’escadre rouge.Le capitaine anglais commande à treize vaisseaux de ligne et à cinq frégates.Certain du succès, ayant pour lui le vent et la force numérique, il signale l’attaque à son subordonné, le contre-amiral West.De la Galissonnière monte le Foudroyant ; Byng le Ramillies.Pendant que West obéit à la consigne et engage vivement la lutte, trois navires anglais, la Revenche, la Princesse Louise, le Trident, craignant d’être abordés par les Français, font fausses manœuvres et viennent dans la fumée du combat se jeter sur leur propre vaisseau amiral.Byng ne peut rétablir sa ligne.Seul,West continue à livrer bataille ; mais ses efforts ne parviennent pas à entamer la division Glandevez, nom de l’officier qui commande en sous ordre l’escadre française, et la plupart des vaisseaux anglais sont amarinés ou anéantis.Cette glorieuse journée ne coûta aux Françai s que 38 morts et 76 blessés.Elle décida de la prise de Mahon, du fort Saint-Philippe et de toute File de Minorque.Quant au malheureux Byng il fut accusé de lâcheté devant l’ennemi, traduit devant une cour martiale et condamné à mort.Victime de l'or gueil anglais froissé par sa défaite, il fut impitoyablement sacrifié par un ministère qui ne demandait pas mieux que de détourner sur cet officier général l’attention publique, qui pouvait se porter sur sa propre nullité.Le 14 mars 1757 un peloton d’exécution fusillait sur la dunette du Monarch, en rade de Portsmouth, John Byng qu’on venait de dégrader devant l’escadre anglaise.(1) La mort guettait aussi de la Galissonnière au sortir de sa victoire.Appelé à Fontainebleau par (1) “ The dissatisfaction in England on the news arriving was taken advantage of by the minority to avert the public advisers from their own inefficient measures.Byng was tried by a court martial and condemned to death for a breach of the 12th article of war, but recommended to mercy.Sacrifled to the general indignation he was shot on board the Monarch at Portsmouth, march 14th 1757, meeting his fate with firmness and resignation.In the fleet he was not popular, being a strict disciplinarian.-C7iam5er,*.E?rcych>pcciwr. M.LOUIS FRÉCHETTE.—A la Henriette.15 * Louis XV, qui voulait lui donner le bâton de ma réchal de France, il meurt en route, à Nemours, le 2 août 1756, deux mois après le combat naval de Minorque, et méritant mieux encore que Richelieu, le surnom de vainqueur de Port-Mahon.Toute autre doit être la carrière de Bertrand François Malié, comte de la Bourdonnais.Perdu au fond de l’Orient, lui aussi il lutte et porte haut et ferme le drapeau de la France.Noble de naissance, il ajoute encore à ses quartiers de noblesse, en se voyant décerner par ses troupes le nom de la ville de Mahé, qu’il vient d’assiéger et de pren dre par assaut.En cinq ans de gouvernement, il régénère complètement l’île de France et de Bourbon.Il en fait la grande station navale et commerciale de la mer des Indes.Chargé du commandement d’une division française, il accourt ravitailler le marquis Dupleix assiégé dans Pondichéry, attaque et disperse la flotte de lord Peyton sur la côte du Coromandel, écrase celle de Barnet, met le siège devant Madras, impose à cette ville une capitulation et une [rançon de 9,500,000 francs que Dupleix ne veut pas ratifier et encourt la haine de ce puissant ennemi qui, lui aussi doit connaître plus tard la misère et l’abandon.Emprisonné lors de son retour en France, de la Bourdonnais est pendant trois ans et demi, privé de la vue de sa femme et de ses enfants.11 se voit refuser jusqu’à la communication des charges qu’on entasse contre lui, ne correspond avec le monde extérieur “ qu’à l’aide d’un vieux mouchoir et d’un rameau de bois qui lui sert de plume,” voit ses biens—3,000.000 de francs—confisqués, et ne recouvre sa liberté et son honneur, proclamé par un jugement solennel, que pour mourir, au sortir de la Bastille, d’une cruelle paralysie causée par son emprisonnement, par ses chagrins, par ses inquiétudes, par l’incroyable injustice de ses contemporains.Triste histoire que celle de ce siècle de Louis XV, où Montcalm, Lévis, voulaient à tout prix conserver l’Amérique Septentrionale à la France, et où Voltaire suppliait les ministres, en leur écrivant : “—Tout ce que voudrez, mais de grâce déli-vrez-nous du Canada ! ” Triste époque que ce siècle de dénonciations, de débauches, d’abaissement, où Dupleix, de la Bourdonnais,Lally-Tollendal s’obstinaient à vouloir donner à la France l’empire des Indes, et forçaient un historien anglais-Campbell—à dire d’eux : u—Bien supérieurs à nos agents en talents, s’ils avaient trouvé les mômes ressources,le môme appui qu’eux dans la mère-patrie, il est plus que probable que la royaulé des Indes appartiendrait aujourd’hui à la France ! ” Que reste t-il maintenant de ce qui, il y a cent trente ans, était l’Amérique française du Nord?Saint-Pierre et Miquelon, rochers perdus dans les brumes de Terre neuve, contenant 23,500 hectares.Où flotte maintenant ce drapeau français devant qui se courbaient les rajahs de l’Asie, au siècle dernier ?Sur quelques petites villes éparpillées sur le littoral de l’océan indien : sur Pondichéry, Chandernagor, Karikal, Yanaon, Mahé ! Les de la Galissonnière, les de la Bourdonnais ont-ils emporté avec eux le secret d’étendre les limites de la patrie française ?Faucher de Saint-Maurice.A LA HENRIETTE, LE YACHT DE M.HENRI SAY.Charmant petit vaisseau—naïade ou sirène-— Si gracieux à voir sur ton ancre affermi 1 Orgueil de notre port dont le flot endormi Reflète en son miroir ta beauté souveraine ! Que ta voile, où jamais l’ouragan n’a frémi, Ne s’ouvre qu’à l’effort d’une brise sereine ; Et que nos vagues n’aient, pour ta svelte carène, Charmant petit vaisseau, que des baisers d’ami.Va, cours, élance-toi de rivage en rivages! Dans nos hâvres bruyants, sur nos ondes sauvages, Sur nos grands lacs lointains ou nos fleuves déserts.Va promener, joyeux, ta course vagabonde ; Et qu’on te voie au loin dérouler, dans les airs, Los couleurs de la France au vent du nouveau monde.Loüis FRÉCHETTE; 16 M.FRÉDÉRIC GERBIÉ.—Causerie Bibliographique.CAUSERIE BIBLIOGRAPHIQUE Round my house, par Philip Gilbert Hamerton ; Boston, Roberts Brothers ; l vol.in 12.Parmi les écrivains étrangers qui se sont occupés de la France, depuis la guerre de 1870-71, nul ne s’en est montré plus sympathique, et nul aussi n’est entré plus avant dans l’observation et l’étude des populations des villes et des campagnes que Philip Gilbert Hamertou, auteur doublement apprécié en Angleterre et aux États-Unis comme artiste et comme écrivain.The intellectual life, A painter's camp, The sylvan year, An unknown river sont autant de titres honorables qui le placent au premier rang parmi les écrivains anglais.Et il s’est acquis auprès d’eux unegranie autorité par l’exactitude de ses descriptions, la justesse de ses appréciations, la clarté et l’élégance de son style.L’ouvrage dont nous allons parler un peu,— Round my house,—est d’une lecture facile, et nous pouvons assurer que c’est un des auteurs anglais que nous avons lus le plus aisément.Plusieurs raisons, il est vrai, concouraient à nous rendre cette tâche facile.D’abord Hamerton fait une peinture des mœurs françaises, décrit certains paysages que connaît bien celui qui écrit ces lignes ; ensuite, par un long séjour en France, tant à Paris qu’en Province, il a acquis un esprit primesautier que n’ont généralement pas les écrivains anglais, et qui est le caractère essentiellement distinctif des plumes françaises.A l’action directe exercée par la langue française dans le mouvement des idées, s’ajoute l’influence due aux modifications intimes qui se sont opérées dans les idiomes étrangers.Sans tenir compte des mots que le français leur a donnés ou transmis, toutes les langues euro péennes ont reçu du parler de Pascal, de Lafontaine et de Voltaire une allure plus ferme, un mode d’expression plus clair ; lenr structure môme s’est rapprochée de celle du français.Eh bien 1 plus que tout autre de ses compatriotes, Hamerton a subi cette heureuse in fluence.Marié à une jeune Parisienne, fille d’un préfet de l’Empire, il a vu s’ouvrir devant lui les portes de tous les salons.Et là, au contact des esprits les plus fins, des hommes de lettres et des artistes, qui font le charme de la société parisienne, il a acquis une souplesse et une déli- catesse d’esprit qui percent dans chacune de ses œuvres.Hamerton n’est pas un peintre ordinaire.Peindre la nature sur le vif, la reproduire fidèlement et nous faire illusion, cela ne lui suffit pas.Quels sujets, en effet, s’agitent dans ses paysages ?Quels souvenirs évoquent ces forêts, ces châteaux et ces villes ?Quelles sont les mœurs de leurs habitants ?Le peintre est doublé d’un écrivain, et ce que son pinceau ne peut dire, sa plume nous l’exprimera.Idée excellente et qui nous a valu des chefs-d’œuvre littéraires d’Eugène Fromentin : Le Sahara, le Sahel, &c.A ce propos, il serait fort curieux de mettre en présence les Maîtres d'autrefois de Fromentin, et Etchings and Etchers de l’auteur de Round my house.On pourrait faire une étude très-intéressante de ces deux œuvres, d’où se dégageraient les idées d’esthétique des deux peintres-écrivains.L’exactitude des descriptions chez Hamerton et la véracité des faits qu’il raconte, témoignent d’un esprit consciencieux, et c’est de lui qu’on peut dire qu’il ne parle pas en aveugle des couleurs.Toutefois, sans vouloir l’accuser de partialité, nous ne saurions admettre en tout point ses conclusions.Cette critique des mœurs de la province, l’auteur s’est efforcé de la rendre impartiale ; mais, font en reconnaissant qu’il n’est animé d’aucun sentiment d’hostilité à l’égard de la France, il n’est pas toujours parvenu à se défaire de cette habitude qu’ont tous les écrivains anglais^ sans en excepter Matthew Arnold ) de juger les hommes et les chos3s à un point de vue exclusivement anglais.Pour le montrer, il nous suffira de mentionner les deux chapitres où il traite à'odious custom et d'inhospitality la réserve que les Français sont loin d’avoir, au môme dégré que leurs voisins d’Outre-Manche, à l’égard des étrangers.Après avoir décrit les riantes vallées de la Saône et du Rhône, il consacre la plus grande partie de son livre à l'examen des questions vraiment vitales: le mariage, la condition des femmes et des jeunes filles, l’éducation, l’instruction, &c.Nous voudrions pouvoir parler en détail de ce livre si sympathique à tant dVgards ; mais cela nous entraînerait un peu loin.Il faudrait d’ailleurs, pour bien apprécier l’écrivain, analyser quelque autre de ses œuvres.Une étude d’ensemble serait donc à faire et nous ne pouvons l’entreprendre aujourd’hui. M.FRÉDÉRIC GERBIÉ.—Causerie Bibliographique.17 Nous renvoyons nos lecteurs à l’ouvrage même, non sans leur indiquer cependant les chapitres qui traitent de l’éducation politique des campagnes, des partis dynastiques, et leurs diverses tendances.Si le paysan français, dit-il, conserve toujours une horreur profonde pour tout ce qui porte le nom d’anarchie et de commune, dont certaines villes ont le triste privilège, la République, qui, à ses yeux symbolisait jadis l’anarchie et la guerre civile, n’est plus pour lui un objet d’épouvante depuis que, sous la conduite de Thiers, de grands noms et de grandes fortunes, soutiens de l’Orléanisme, se sont ralliés, par raison et par patriotisme (imitant en cela le duc de Chartres et le prince de Polignac), à cette forme de gouvernement, ont libéré le territoire et relevé la France abattue.La personne qui, lors de la proclamation de la République, entra dans la chambre de notre auteur en s’écriant:—“Elle est déchaînée ! Elle est déchainée ! ” a dû évidemment changer d’avis et trouver que cette hydre comprend aussi ies intérêts de la France et les siens propres.Cependant il ne faudrait pas être trop optimiste ; Haraerton, en tout cas, ne l’est guère, et nous sommes entièrement de son avis quand il dit à ia France qu’elle a encore beaucoup à faire pour son éducation politique, malgré tant d’heureux résultats.Nous pensons, avec lui, que les hommes appelés à présider aux destinées de la France, trouveront toujours un appui sérieux et imposant dans cette partie saine de la nation, tant qu’ils poursuivront la voie du progrès par de sages réformes et non par des moyens révolutionnaires.Et si jamais, Du .omen ave étant! les adeptes de la commune et du nihilisme, car l’un et l’autre se donnent aujourd’hui la main, essayaient de porter une main sacrilège sur le fruit de tant de labeurs, de tant de sagesse et de modération politiques, une pareille tentative serait vite réprimée, et nous croyons-que la nation serait cette fois sans pitié.Sans doute nos lecteurs auront comme nous plus d’une objection à faire à certaines conclusions assez discutables que soutient l’auteur, mais ils auront, chemin faisant, beaucoup appris, tant au point.de vue de l’étude de la langue anglaise que de la connaissance de ce que les anglais pen.-sent de la France.Que Philip Gilbert Hamerton n’ait pas toujours donné la note juste, cela ne doit pas nous-surprendre.Car porter un jugement d’ensemble sur une nation est une tâche bien difficile : les diversités de province, de partis et d’individus ne peuvent que rendre le jugement incertain.Ce n’en est pas moine un grand service que rendent aux Français les écrivains étrangers dans la critique de leurs mœurs.Et nous recommanderons la lecture de Round my house à tout Français, et aux Canadiens-Français qui ne connaîtraient pas les transformations de la vie rurale en France depuis la révolution de 89.Car tout patriote doit arriver à se connaître lui-même, non seulement comme individu , mais comme peuple, afin qu’il cesse d’agir sous l’impulsion de forces dont il ue se rend pas compte, et qu’il puisse travailler résolument à son amélioration.Frédéric Gerrié -Imprimerie de Joseph Dussault et Gie., -39, rue Dorchester, Saint-Rock, Québec ¦¦¦¦ X, •> B SOCIETE PERMANENTE BE # Construction des Artisans FONDÉE EN 1875.CAPJTAL PER MANENT.$ 1 OO.OOfT ACCUMULANT.32.000 Surplus au fonds permanent 31 man I8SI .$8.448.75 Sur-pins paris accumulantes .5,612.53 Total surplus.,.*.SI 4.0(51 28 BUREAU : 105, RUÉ ST.PIERRE, BASSE-VILLE, QUÉBEC.DIRECTION S.LeSage, éciu, Président.J.Plamondon, écr.E.R.Fréchette, écr.3os.Archer, jr., écr J.Blaéchet, écr., G.R.Vice-president J.A.Defoy, écr.George Paquet, écr.Octave Migneh, écr.L.N.Carrier, écr.Banque de la Société : “ LA BANQUE NATIONALE.}1 La société fait des prêts hypothécaires depuis $50.00 et plus avec amortissement et payables mensuellement au taux de 5 o;o capitalisé.Les emprunteurs n’auront à payer aucun frais d’évaluation.Le conseil d’administration de la société, convaincu de l’intérêt et de la eonhance que l’on témoigne à cette institution, a songé que le public de Québec et des campagnes verrait avec faveur la création d’un fonds qui contribuerait à augmenter le capital de la société et faciliterait l’épargne dans les classes laborieuses.La contribution à ce nouveau fonds se ferait au moyen de paiements mensuels, pendant six ans, d’un dollar et vingt cents: ce qui porterait à $86 le montant mensuellement souscrit pour chaque action et l’actionnaire recevra alors le montant entier de sa souscription soit $100.Les actionnaires de cette classe comme de celles qui seront ouvertes plus tard, auront droit en donnant un mois d’avis de retirer les versements qu’ils auront faits avec lo/o d’intérêt de plus que les Banques d’Epargnes auraient fixée à l’époque du retrait de ces versements par l’actionnaire.A.J.AUGER, Secrétai/c Trésoricr.
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