Popular technique / Technique pour tous / Ministère du bien-être social et de la jeunesse, 1 juin 1956, Juin
.• ->• F 3 4 / 1 I î s Tï«S m-A pi i5b LLU1 vj t IN toi j{ont Laurier Arts and Crafts School Robert Ricard Paul Gingras Ecole Technique de Sherbrooke Sherbrooke Technical School section est, École d’Arts et Métiers de Montréal East Section, Montreal Arts and Crafts School Secrétaire — Secretary Wtvfrttv W Wfppv directeur adjoint, École Technique de .Montréal vrttti Assistant Principal, Montreal Technical School ~ -.Rédaction Editorial Offices 29-1, carré ST-LOUIS Square Montréal (18), P.O.- Canada Administration Business Offices 506 est rue STE-CATHERINE St.E.Montréal (24) P.Q.Canada Abonnements Subscriptions Canada: $2.00 Autres pays - $2.50 - Foreign Countries -| O numéros par au L issues per year Autorisé comme envoi postal de 2e classe, Min.des Postes, Ottawa Authorized as 2nd class Mail, Post Office Dept., Ottawa «La seule revue bilingue consacrée à la vulgarisation des sciences et de la technologie NOTRE COUVERTURE An coeur de la forêt du Yucatan se dressent les vestiges d’une civilisation disparue.Ici, une gracieuse jeune fille maya assise au pied d’un monument élevé par ses ancêtres.(Voir notre article en page 4.) Sommaire Summary Civilisation sans lendemain par Alfred Ayotte Le règne de l’artificiel par Roger Boucher 10 1 low to Keep Cool by fane Stafford .13 Les alchimistes par Walston-A.Vachon 13 La Turquie par Eddy-L.MacFarlane 19 L’Amérique du Nord, vaste central téléphonique 26 L’avion, protecteur des forêts canadiennes par Amable Lemoine 29 FRONT COVER In the heart of the Yucatan forest stand the remains of a once great civilization.Here, a graceful young Mayan girl sits at the foot of a monument her ancestors erected.( See our story on page 4.) Model Built to Demonstrate Proposed Rubber Mill Design 33 What about Turboears?34 Le tournage des pièces excentriques par Rolland Drolet .3 8 Sources Credit Lines The Newest in Electrical Equipment and Devices 39 Pp.4 à 9 : Alfred Ayotte et Raoul Clouthier; p.14: Science Service; pp.15 à 17: Wateton-A.Vachon; pp.19 à 25: Eddy-L.MacFarlane; pp.26 à 28: The Blue Bell, The Bell Telephone Co.of Canada; p.29: Joe Stone, Fredericton; p.31: Ministère des Terres et Mines du Nouveau-Brunswick; p.33: The Northern Circuit, Northern Electric Co.; pp.34 à 37: The Lamp, Standard Oil Co.(New Jersey); p.38: Rolland Drolet; pp.39 & 40: General Electric Co.; p.41: R.G.LeTourneau, Inc.; pp.42 & 43: Jacques Boyer; pp.44 & 45: Service provincial de Ciné-photographie; p.46: Rév.Père Henri Laflamme, p.b.; p.47: Service provincial de Ciné-photographie; p.48: Ecole d’Arts et Métiers de Matane ; p.49 : Service provincial de Ciné-photographie; p.50: Marie-Louis Pelletier, Rimouski.Landing Craft Retriever 41 Renaissance de la poterie d’étain par Jacques Boyer 42 Nouvelles de l’Enseignement spécialisé 44 L’Ecole d'Arts et Métiers d'Amos — "Technique" voyage — L'Eeole de l’Automobile de Montréal — Succès remporté par un élève de Louis-Braille — L’abbé R Genest fête le 25e anniversaire de son sacerdoce — Visite de restaurateurs à l'Ecole des Métiers Commerciaux — Trois prix attribués à des élèves de l’Ecole des Arts Graphiques — M.J.-L.Marchand prononce une conférence — Des élèves de Matane visitent le chantier de la future école normale de cette ville — Renommée internationale de l’Ecole de Papeterie de la Province de Québec — Nos professeurs font une retraite — André Beauchamp gagne le tournoi anauel de tennis sur table — Rôle important des cours d’efficacité industrielle — Nouvelles des Technicien» Professionnels.The only bilingual magazine devoted to the popularization of science and technology» 1 \ ¦ 1 mr CZFEZ* :» *^* :.3.*k ,< «.issBS?¦'/Wf ***» ‘*U ^iu "&~y.?** £¥Æ New findings on how the human body’s salt balance is maintained in hot weather, which support his view that people may easily eat more salt than they need, were reported by Prof.Sid Robinson of Indiana University at a meeting of the American Physiological Society.Except for a few first days of hot weather, most persons get enough salt in normally seasoned food, without an extra ration, Prof.Robinson said.Too much salt puts extra work for its elimination on the kidneys and sweat glands, he pointed out.The sweat glands and kidneys change their output of salt to maintain the normal concentration of salt in body cells, he has found.(If the salt concentration falls too low, physiological disturbances such as heat cramps may result.) His tests of men walking on a treadmill in high temperatures help to clear up apparent contradictions in reported results from less extensive studies.He found that the response of the sweat glands and kid- neys in speeding up or retarding salt secretion are all what might be expected in order to maintain a normal salt concentration, but that a time factor is involved.Failure to recognize this time factor has resulted in previous confusion of results.The kidneys begin their salt conserving responses to salt deficiency in one to two hours and complete them in five or six hours.The sweat glands are much slower, responding in eight to 24 hours and requiring several days for the complete response.But, after a few days of sweating, without full replacement of salt losses, a man is “acclimatized,” and his sweat contains little salt.Sweating is one of the ways the body cools itself.Evaporation of the sweat takes away heat.To make the most of this natural cooling mechanism, you should dress suitably.Wear clothing of porous material.White and light colors in clothing will help you beat the heat reflecting it away from your body.Remember the point about light reflecting the heat when you are trying to cool your home.A light colored roof, for example, will make the house cooler than a black or dark colored one.A fully drawn, light colored roller shade at the window is 55% effective in reducing heat load, but a dark shade is only 20% effective.Hang your Venetian blinds on the outside of the windows if you can.The Small Homes Council at the University of Illinois reports that light-colored Venetian blinds outside the house are 70% effective in reducing heat load, but only 40% effective inside the house.The Council also advises that sunlight should be preventing from beating down house walls and windows where possible.Trees, overhangs, window louvers or blinds, awnings, louver-type insect screens and light-colored walls all can help offset the onslaught of a blistering summer sun.THIS IS A FAVORITE WAY TO BEAT THE HEAT FOLLOWED BY ALL WHO ARE FORTUNATE ENOUGH TO GET TO A LAKE, OCEAN OR SWIMMING POOL. Que le risque soit ta clarté! .(René Char) # » 0 • Les Alchimistes par Walston A.VACHON.Chef de la section de chimie à l’Ecole Technique de Hull JE regarde le chef-d’oeuvre MELENCOLIA que le grand peintre allemand Albert Dürer grava sur cuivre en 1514, et j’aime à penser que voici résumés sur cette gravure les symboles de l’alchimie, toute sa figuration allégorique et la signification essentielle du grand oeuvre.Tout est là: le carré magique, — celui-ci du quatrième ordre, et avec au bas la date 1514 de la gravure —, le compas, le polyèdre, la cloche, la sphère, la balance, le sablier et son échelle graduée, tous ces emblèmes symboliques de l’insistance pythagoricienne sur l’importance du nombre et de la forme dans le Cosmos, et qui suggèrent l’un des axiomes favoris de 1 alchimie, emprunté du Livre de la sagesse où il est dit: "Tu as ordonné toutes choses en mesure, en nombre et en.poids”.Puis l’échelle à sept bâtons qui représentent les sept métaux communs associés aux corps célestes, l’arc-en-ciel qui figure les couleurs qui devaient apparaître dans la suite des opérations de l’oeuvre alchimique, l’alchimiste lui-même qui était "l’enfant du feu”, et la scie, le butoir, le rabot et les clous qui symbolisent les travaux du feu.Et dans le lointain, le sbleil qui luit sur la mer Saturnine, les eaüx calmes d’Hermès! Milton nous dit pourquoi le génie ailé de la Mélancolie cache sa face sombre: UN EMBLEME DU GRAND OEUVRE.— Reproduit du VIRIDARIUM CHYMICUM, .de Daniel Stolcius, Frankfurt, 1624.— On remarquera que la légende latine 4 qui entoure le cercle magique: VISITA INTERIORA TERRA RECT1FICAND0 INVEN1ES OCCULTUM LAPIDE AI, forme un acrostiche dont les lettres initiales de chaque mot donnent VITRIOL.Cela peut indiquer que le vitriol — terme général employé pour désigner tout corps cristallin et brillant — était un ingrédient employé dans les opérations du grand oeuvre alchimique.MELENCOLIA.— Gravure sur cuivre d’Albert Dürer (1471-1528).— Le nombre 1, qui accompagne le titre gravé sur la figure, suggère l’idée que Dürer aurait eu -r- l’intention de dessiner et de graver une série de quatre gravures sur cuivre qui eussent illustré les quatre tempéraments : mélancolique, flegmatique, colérique et sanguin, qui étaient liés dans l’esprit médiéval avec certains autres groupes mystiques de 4, nombre magique hérité des civilisations primitives, bien longtemps avant les conceptions de l’école de Pythagore.La date de la gravure — 1514 — apparaît dans les deux carrés du centre au bas du carré magique.Ces deux gravures sont extraites de “The Alchemist in Life, Literature and Art.Thomas Nelson, éditeur, 1947.Hail! divinest Melancholy! Whose saintly visage is too bright To hit the sense of human sight.And therefore to our weaker view O’erlaid with black, staid Wisdom’s hue.Et devant cette femme mélancolique qui compare peut-être la connaissance qu’elle a acquise si longuement à toutes ces espérances qu’elle n’aura pas satisfaites, m’est revenu à la mémoire le vers de René Char.Aussi bien, le risque merveilleux de l’alchimie aura-t-il été sans doute une tentative de dépasser les limites de l’humain, l’élan patient qui la portait vers ces chemins obscurs de la matière au delà desquels jaillissait une clarté qui a illuminé sas -’T WéWj '•tgrxç-mm- iim - Ï&Æï 1 üRa hésitations.A mesure que son passé anonyme commençait de mourir dans une zone d’ombre qui se refermait sur des désirs toujours renouvelés, les mille ans de l’alchimie auront vécu d’une foi agrandie aux dimensions de la terre et sans cesse menacée par l’angoisse d’une interrogation indéfinie.A la lisière des âges de l’alchimie, au moment où elle apparaît dans sa révolte avoir presque atteint à l’humilité, l’alchimiste a été l’homme de passion qui vit dans l’évidence du coeur, qui recommence sans cesse de se tromper pour que d’autres aient plus de chance de savoir, qui a accepté la servitude des échecs pour que d’autres après lui puissent vaincre.NOUS voici loin de l’idée un peu simple qu’on se fait trop souvent de l’alchimie.On a pensé connaître l’alchimie, on aura voulu résumer mille ans de patience et de promesses confuses dans leurs caractères matériels, et cependant il semble qu’on ait oublié certains des aspects de ces âges d’espérances, ou peut-être qu’on ne veuille voir que l’apparente absurdité d’un but que l’alchimie s’était proposé, sans penser que son attente d’une fin impossible n’a pas réussi à détruire la logique des moyens employés.Ses efforts ont pu paraître inutiles selon la logique des hommes, mais dans les diverses perspectives qu’elle embrassait et dans tous les caractères qu’elle a revêtus, la logique de l’alchimie a été de consentir à bouleverser les nécessités pour ne pas accepter ce doute de soi qui est la forme la plus inconsciente, et sans doute aussi la plus insidieuse, de l’orgueil.Et quand elle a été refoulée vers son drame essentiel et vers cet engagement qui la menaçait d’un asservissement, le scandale de l’alchimie, pour ceux qui vivaient encore dans le passé, qui étaient encore courbés vers des âges morts, et qui ont pensé qu’elle se mesurait à une sorte de néant, aura été sans doute cette faculté d’étonnement que les alchimistes retrouvaient sans cesse renouvelée dans la lente patience de tous les détours qui ont constamment séparé l’inspiration de l’effet désiré.Les alchimistes, qui n’ont pas cessé de vivre le drame de l’incertitude et qui cependant se plaçaient hors de l’angoisse, seront peut-être les premiers savants qui aient gardé assez pur ce don de s’étonner pour mériter à la fin l’humilité de s’avouer qu’ils avaient encore tout à apprendre.Si les valeurs n’étaient parfois, sous des apparences transitoires ou fugaces, que les modalités d’une relation entre l’homme et le monde des choses et des êtres, si les faits sont les maîtres de l’homme, et que la vocation des précurseurs soit de créer une foi en ignorant les obstacles qui les investissent, il semble que durant les siècles de l’alchimie, durant toutes ces années qui pour les alchimistes sont demeurées immobiles comme si l’éternité eût envahi le temps, ces hommes qui seuls avec leurs rêves avaient l’air de vivre à la limite du monde, ont cherché à intégrer dans la réalité les formes audacieuses de la pensée qui habitait leur oeuvre et qui nourrissait leurs passions, et qu’ils aient voulu adapter les circonstances, les attitudes et les gestes essentiels de leur destin à la nouveauté quotidienne de leurs espérances.Il y a eu certes une foi vivante dans ce recommencement, dans cette tentative prodigieuse de rechercher la vérité en allant jusqu’au fond de l’erreur, dans l’acceptation d’une défaite qui paraissait s’introduire au moment même où la victoire commençait de s’entrevoir, et dans le fait surtout que l’esprit ait assumé en toute lucidité l’abdication des désirs personnels pour la poursuite de l’oeuvre commune.L’alchimie ne se distingue pas de ceux qui l’ont pratiquée.L’alchimie vraie, ce sont les alchimistes, unis et évadés de l’existence familière, qui se sont dépouillés de tout ce qui n’était pas leur propre pensée jusqu’à faire de leur espérance les voeux de toute une époque Et choisir n’a pas été pour eux autre chose que rejeter leurs désirs à mesure que ces désirs vieillissaient et que leurs rêves mouraient.L’ALCHIMIE se sera trompée sans doute, mais sa force a été de se tromper dans l’audace, dans le défi, dans l’imprévu d’une aventure merveilleuse.Comme ces grandes figures inquiètes qui sont apparues aux frontières de certains âges et qui, plus que des esprits satisfaits et qui ne se surprennent de rien, ont apporté au monde ses plus puissantes attitudes de pensée dans leurs interrogations et dans la critique des impératifs de la connaissance qui avaient été acceptés comme des dogmes de la science, la quiétude des alchimistes aura été dans l’expression parfaite de leur inquiétude.Et c’est peut-être cette inquiétude, cette volonté de perfection et cet effort recommencé d’éliminer de l’oeuvre tout ce qui n’était pas idéal, qui ont sauvé l’alchimie de l’orgueil et du vertige qu’elle eût éprouvés à accumuler des projets qui n’avaient plus figure humaine.Comme elle a été un monde qui s’était constitué un système de valeurs et de structures indépendantes des conventions et de ceux qui voient une menace dans toute pensée nouvelle, l’alchimie se devait d’être assez logique pour refuser une consécration d’un univers qui lui était étranger, d’un temps auquel elle avait renoncé et qui se faisait en dehors d’elle, quand ce n’était pas contre elle.Les âges de l’alchimiste ont été pour lui des âges de solitude.LENGLET Dufresnoy pouvait dire en 1742, à la première page de son Histoire de la Philosophie Hermétique: "Je me propose d’écrire dans ce petit litre l’histoire de la plus grande folie, et de la plus LA LASSITUDE DE LA RECHERCHE — Peinture attribuée à Paul Delaroche ou Eugène Delacroix.(XIXe s.) '¦ ir •- U' f JC v 16 grande sagesse des hommes.” Et telle apparaît bien la pureté de l’alchimie; une folie merveilleuse et une sagesse patiente.Ce n’est que donner quelques éléments d’une définition de l’alchimie que de représenter ses longs travaux comme la recherche d’un élixir de vie et de la pierre philosophale.Et de toute façon, il serait plus juste sans doute de croire que l’alchimie, dans sa poursuite d’une formule magique qui eût permis de transmuter par des moyens chimiques les métaux communs en métaux nobles, soit non pas l’ancêtre de la chimie, mais plutôt un chapitre de la chimie elle-même, un long chapitre de mille ans et au delà, et qui n’a pu se développer qu’à un moment de la connaissance humaine où la technique et les divers arts de caractère chimique avaient réalisé déjà de si grands prodiges qu’il ne semblait pas absurde de se proposer un but aussi extravagant que la recherche de l’immortalité, sous la forme d’un élixir de vie.Sous un autre aspect, c’était l’antique rêve atavique de bonheur que l’homme continuait.L’avenir aura pu ne pas aimer ce que l’alchimie a aimé, mais le grand-oeuvre ne cesse pas d’avoir lieu, et par delà ces mille ans d’inquiétude jaillit encore l’interrogation à laquelle aucun âge n’a répondu.La rêverie de l’alchimie a été un mythe éternel, et après tant d’échecs et d’hésitations, le même désir demeure dans l’homme.La pierre philosophale en effet était au delà de la matière, elle a signifié dans les coeurs ce que la matière devait devenir une fois l’histoire du monde terminée.Il s’agissait pour l’alchimie d’aider le fer, l’étain, le plomb, à se révéler comme lumineux et stables, et elle a eu ainsi le dessein grandiose de reproduire en petit toute l’aventure de la terre, passée et même future, depuis sa création jusqu’à sa transfiguration en paradis.Et quand l’alchimiste du moyen âge s’essayait à la réalisation du grand-oeuvre, c’était en quelque sorte le destin du monde qu’il tenait dans ses creusets ou qu’il cachait dans les labyrinthes de ses grimoires.La vraie postérité de ces démiurges, ce sont les portes qu’ils ont refermées sur des âges révolus et celles qu’ils ouvraient confusément sur l’avenir, et la fertilité du grand oeuvre a été sans doute qu’il n’ait pas recouvert ces espaces nouveaux qu’il laissait deviner, qu’il ait laissé une oeuvre inachevée et qu’il ait seulement orienté l’homme futur vers ces horizons de l’espérance qu’il découvrait.La pierre philosophale, ce rien immense qui a rempli de rêves les voies capricieuses du temps .L’ALCHIMIE aussi bien, qui était la fille de l’erreur, allait devenir, par un heureux retour des choses, la mère de la connaissance.Et devant une estampe de Van Mieris ou de Christoph Janneck, ou à la vue d’un tableau de David Teniers, de Van Ostade ou de Rembrandt, on se rappellera une description célèbre de Paracelse, le maître incontesté de la médecine hermétique.Il nous semble que nous puissions sentir la poussière et le relent d’humidité de ces laboratoires et de ces caves obscures qui paraissent aussi vieilles que le monde, où les alchimistes en tabliers de cuir effectuaient dans le mystère le plus grand les opérations de l’art transmutatoire, au milieu de tout un attirail de vases, de fourneaux qui répan- VALCHIMISTE.— Peinture de Paul Delaroche (1797-1856).— Collection Wallace, Londres.ÜËfeÜii K9® : .'r—ïk dent des odeurs âcres, de sphères et de cornues aux formes étranges; des crânes desséchés et des fragments de squelettes verdis par le temps pendent aux murs, et sur les planchers tortueux traînent des alambics, des polycrestes, des sabliers, des athanors, des astrolabes, des bouteilles ventrues et grises de poussière, des mortiers de plomb et de fer, des bouquins aux feuilles jaunies, à lourdes ferrures, et des parchemins noircis de symboles énigmatiques et de dessins qui ressemblent à des hiéroglyphes; des dragons qui mangent des soleils, des salamandres qui se tordent sur un lac de feu, des phénix qui renaissent de leurs cendres, des serpents qui étouffent dans leurs anneaux, des jeunes filles toutes nues ayant sur le front un croissant d’argent, des lions rouges qui dévorent des métaux entre leurs pattes; les murs sont couverts d’aphorismes et de sentences en toutes les langues connues.Et au milieu de tout cela, nous dit Paracelse, "dédaignant les voluptés faciles, les alchimistes ont pour unique jouissance leurs foyers incandescents, et ils apprennent dans la solitude les diverses étapes de la connaissance alchimique.” Ces alchimistes ont l’air si vieux que l’on dirait que c’est toujours le même qui travaille depuis mille ans.Ces longues figures d’ivoire, penchées sur leurs fourneaux, leur barbe trempant presque dins les bocaux fumants, c’est peut-être Michel Sendivogius dans la cave du château de Hardskin qui oeuvre pour l’empereur Rodolphe II; ou bien Vincent de Beauvais, l’aumônier du roi Louis IX; ou bien John Dee qui cherche l’heure de la mort de la reine Elisabeth I d’Angleterre; ou bien Michael Scot faisant ses trans- mutations et sa magie' pour le .roi de Sicile Frédéric II; ou bien Alexandre Seton travaillant pour l’Electeur de Dresde Christian II; ou bien Jean de Roque-taillade dans la prison où le pape Innocent VI l’avait mis; ou bien Arnaud de Villeneuve, au milieu de ses serpentins et de ses fournaises, qui fabrique de l’or pour le pape Boniface VIII dans la cave du château Saint-Ange, l’ancien mausolée de l’empereur Hadrien.Et cet homme, que nous montre une estampe de Félicien Rops, qui a parfois animé ses fourneaux de flammes de la chair, c’est peut-être seulement l’éternel docteur Faust qui recherche sa jeunesse .Et pour comprendre le sens de cette loi obscure qui a fait de l’alchimie une poursuite de l’avenir, pour connaître comment chaque circonstance et chaque attitude du grand oeuvre se prolongeaient dans les consciences et même dans les corps, il faut pénétrer la solitude des alchimistes et se faire le témoin de leur inquiétude et de l’âpre devoir de cette attention silencieuse où dans un moment incomparable ils ont pensé servir la beauté dans la possession entrevue de la matière; il faut s’identifier à ces promesses confuses, à cette espérance qui après dès siècles d’immobilité semblait mettre en branle des masses pétrifiées depuis toujours; il faut retrouver la sagesse de ces fils du feu, enfants de la philosophie grecque, mais aussi héritiers peut-être de ces antiques "théurges du feu”: les Corybanthes phrygiens, les Telchines de Rhodes, les Curètes de la Crète et les Cabires de l’île de Samothraee, l’île de la Faucille dont parle Hérodote; il faut vivre avec ces hommes qui ont oublié de vieillir, s’enfermer avec eux dans leurs prodigieuses retraites, ces sombres déserts de leurs laboratoires et des caves enfumées qu’ils auront éclairés de leurs rêveries, voir au delà de leur histoire ou mieux encore aller à la rencontre de leur légende, et saisir dans la richesse qu’ils laissaient grandir à l’intérieur d’eux-mêmes la joie patiente à laquelle d’autres âges voudront atteindre.Mais aussi, dans son exigence absolue à faire de l’impossible une expérience révélatrice, le grand oeuvre aura été peut-être une oeuvre d’amour avant tout, et ces sages merveilleux qui ont recherché une pensée cachée dans leurs manuscrits jaunis, qui ont poursuivi dans leurs alambics l’approche d’un mythe essen-t>el au bonheur de l’homme, et qui ont rassemblé dans leur cornues et au-dessus de leurs fournaises les moments d’une histoire inépuisable qui eût été faite d’événements en dehors des âges, ont défié dans une sorte de création au delà du temps la figure mouvante de leurs propres défaites.Ils vont demeurer avec le même visage qu’ils ont eu toujours, immobilisés à travers les millénaires dans l’attitude qu’ils ont choisie, harcelés dans l’angoisse d’une interrogation qui n’aura pas reçu de réponse et qui symbolisait leur impatience d’y atteindre à mesure que le choix de leurs désirs se rétrécissait.Leur expérience a touché aux tourments de l’infini, à la profondeur vide de ce qui ne commence et ne finit jamais.Epuisés et mourants en une oeuvre qui n’en est que plus vivante, leurs gestes et le mouvement de leurs pensées ont exposé ces créateurs de métamorphoses et d’intentions imprévisibles à la menace de la solitude essentielle, et les a livrés à l’interminable.L’INQUIETUDE a-t-elle harcelé l’alchimiste jusqu’à une possession incertaine où il ait pu s’interroger s’il allait vers les formes du passé ou vers les mu ages de l’avenir, et aura-t-il éprouvé l’angoisse de croire qu’il n’attendait rien de l’avenir et n’avait plus jamais de présent?Peut-être.Après avoir grandi dans les puissances du moyen âge, l’alchimie avait eu toutes les forces qu’il lui fallait pour soumettre l’avenir, et pourtant elle a semblé à certains moments être tellement nourrie du passé qu’elle a été accusée de n’avoir fait que du passé.Comme au Second Faust de Goethe, le Souci aurait pu lui dire: "Les hommes sont aveugles toute leur vie; toi, deviens-le à la fin de tes jours!” Car en effet, ayant prétendu appartenir à un monde de formes éternellement jeunes, elle a vieilli le plus rapidement sans doute.De toute façon, l’alchimie n’a pas été un état de choses fixes, mais un chemin à suivre au milieu des voies qu’il fallait éviter, une indication que des âges qui n’auront pas connu les reculs et les recommencements ne connaîtront non plus jamais les réussistes, et l’incertitude féconde de l’alchimiste a rempli les siècles d’une raison d’agir, comme si la condition de son oeuvre et sa mission avaient été justement de ne pas réussir.L’alchimie pourra maintenant disparaître, mais on imagine difficilement qu’elle eût pu ne pas avoir été, et sa disparition même aura été un fait essentiel qui permet au grand oeuvre d’entrer dans l’histoire.Au-dessous des espérances qui sont mortes dans l’inertie de la matière, de cette destinée qui ne s’est pas réalisée et de cette logique à laquelle l’alchimie s’est obstinée pour retrouver des vérités qui avaient l’air de fuir, l’authenticité de ses efforts de création allait faire naître une intention que les générations désormais vont se transmettre l’une à l’autre.Chaque période des âges futurs va porter en elle les vestiges de ses rêves et les survivances de ses désirs.Pour des hommes qui ont mis toute leur âme dans ce consentement à la fidélité d’une idée, qui se seront montrés si exigeants parce qu’à mesure qu’ils se penchaient sur la vie secrète des choses ils recommençaient eux-mêmes de vivre, l’alchimie aura été un moyen de se former, de se chercher aussi peut-être au milieu des métamorphoses imprévisibles des événements et à travers ces voies confuses qui pouvaient paraître sans avenir.Et à mesure qu’ils entrevoyaient des horizons nouveaux et que dans chacun de leurs essais quelque chose d’interminable faisait irruption dans leur oeuvre et illuminait leur solitude, les alchimistes eussent peut-être voulu se désintéresser du passé.Dans ses nuits fécondes, l’alchimie délivre la science de cette sorte de fascination qui l’avait entraînée à vouloir incarner dans des actions vides une réalité qui se dérobait toujours.LE drame humain de l’alchimie qui traverse des siècles de passions et d’amour, cette quête prodigieuse de la reconnaissance dépasse les recommencements et les espérances éteintes.Avec cette richesse qu’ils n’auront connue qu’en autant qu’ils ne se sont pas inquiétés de leur pauvreté et que les défaites ne les aient pas rendus égoïstes, les alchimistes restent vivants au delà de leur interrogation.Renonçant à leur survie personnelle, ils allaient devenir immortels.18 La Turquie qjahdismwL cdbmtiviL daàu aJichwsiAu du, monda.par WacJa SCEAU DE HATTOUSIL III VERS 1278 AV.J.-C.IL n'est peut-être pas un pays dans le monde où le sol offre à l’archéologue un tel champ d’investigation, au touriste curieux des choses du passé, un spectacle aussi varié et grandiose, à l’historien une telle richesse de témoignages, au philosophe des exemples de syncrétisme aussi complet que la Turquie.Sur cette terre exceptionnelle, tout ce qui compte dans l’histoire des civilisations méditerranéennes a laissé une trace tangible; des nations oubliées y ont mis leur marque et il n’est pas vain de penser qu’elle nous réserve maintes révélations capi- tales qui viendront compléter nos données historiques encore fort imparfaites.Sans vouloir nous étendre sur les civilisations lithiques de l’Asie Mineure, étude ingrate pour qui n’est pas passionnément épris de préhistoire, il n’est pas inutile de rappeler que l’homme fut ici le témoin des derniers grands bouleversements géologiques du monde quaternaire : un outillage typique y décelle sa présence.Beaucoup plus tard, c’est d’Asie Mineure que viennent les immigrants qui, au néolitique peuplent les îles de Crête et des Cyclades: ils y construisent des maisons en pierres sèches, pavent le sol de dalles plates.Depuis longtemps, ils connaissent le tissage, — la présence de fu-saïoles dans les couches archéologiques profondes en fait foi — et pratiquent l’élevage; vers 3,500 avant notre ère, ils apportent à la Grèce continentale, — et non la Grèce à eux, comme on le croit confusément, — un savoir déjà considérable dont bénéficiera tout le bassin méditerranéen.De siècle en siècle, d’autres immigrants, bien qu’en retard sur l’Egypte et la Mésopotamie favorisées par la nature, lui continueront cet apport civilisateur et les Achéens, le VUE PANORAMIQUE DES DEUX RIVES DE LA “CORNE D’OR” ET DE STAMBOUL, L’ANCIENNE BYZANCE.}=SPï .- - .l ¦ .- t :1 gk- r r t «r m 'ryCSSS/giÉ S* ' » vW 19 :/"4 waaSÊMêM i (j Nfttt mm miÊÈËMSHh 4r.v ÿK^2*J ifÿÿ: f*.V - &» *Æ; .MMM c&L Jb&awc m&JtWiA.La ferblanterie ’HOMME connaît le fer depuis la plus haute antiquité, mais il lui a fallu de nombreux siècles avant de savoir le transformer en feuilles malléables en vue d’usages pratiques.EN artisanat, le fer-blanc a connu son âge d’or au dix-septième siècle, alors que les auberges et même les modestes ateliers s’ornaient d’affiches découpées dans des feuilles de métal et suspendues à des potences de fer forgé fixées à la façade des édifices.A mesure que se développa la technique de l’estampage, et de l’étampage, l’utilisation du fer-blanc se répandit, puisqu’il devenait possible de produire en grand nombre des pièces de formes constantes.COMME le fer est sujet à une oxydation relativement rapide, on finit par découvrir le moyen de stabiliser son état en le recouvrant d’un métal inoxydable, comme l’étain et le zinc.Dès lors, on put l’exposer à l’humidité sans craindre la rouille.C’est à partir de ce moment que le fer-blanc fit son apparition sur les toitures.A métamorphose du fer blanc en des produits finis est devenue un important métier, et c est la raison pour laquelle on le retrouve au nombre des quelque soixante-dix spécialités faisant 1 objet de cours du jour réguliers dans les écoles relevant du ministère du Bien-Etre social et de la Jeunesse.Près d’une quinzaine d’institutions réparties dans toutes les régions de la province offrent ainsi aux jeunes l’occasion d’acquérir la maîtrise de ce métier.La durée des études s’établit à quatre ou deux ans, selon que le candidat s’inscrit au cours technique ou au cours de métiers.|, N cette sphère comme en toutes les autres, l’Enseignement spécialisé -* - du Québec forme des techniciens et de la main-d’oeuvre experte pouvant participer à l’essor industriel de la Province.MINISTERE DU BIEN-ETRE SOCIAL ET DE LA JEUNESSE Hon.PAUL SAUVE, c.r., ministre.GUSTAVE POISSON, c.r-sous-ministre.{jump Jacques de Lamirande, inc.maîtres-imprimeurs, Garden vale, Que.„ V;
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