Popular technique / Technique pour tous / Ministère du bien-être social et de la jeunesse, 1 septembre 1956, Septembre
OFF ~E 3Af Septembre 1956 September POPULAR POUR TOUS mm ¦ Ir .Ilf wm, ' ¦ ¦yS3KS V \ ,: POPULAR POUR TOUS La revue de The Vocational e l’enseignement spécialisé de la r>D /AVT T\TL'!T7 de A T T1713 T?C ional Training Magazine of the FKU V IIN Li Cj of U U Li t5 R G Ministère du Bien-Etre social et de la Jeunesse Department of Social Welfare and Youth Septembre 1 DCA September A Vol.XXXI No 7 Directeur, ROBERT PrÉVOST, Editor Secrétaire de la rédaction, EDDY MacFarLANE, Assistant Editor Conseil d’administration Le conseil d’administration de la revue se compose des membres du Conseil des directeurs des Ecoles de l’Enseignement spécialisé relevant du ministère du Bien-Etre social et de la Jeunesse (province de Québec).Board of Directors The magazine's Board of Directors consists of the members of the Principals’ Council of Vocational Training Schools under the authority of the Department of Social Welfare and Youth (Province of Quebec).Président — President t_.t Act/-Mure directeur général des études de l’Enseignement spécialisé JEAN DttUKMt Director General of Studies for Vocational Training Directeurs — Directors Maurice Barrière adjoint du directeur général des études Assistant Director General of Studies Sonio Robitaille Gaston Tanguay directeur, Office des Cours par Correspondance Director, Correspondence Courses Bureau directeur des études pour les Écoles d’Arts et Métiers Director of Studies for Arts and Crafts Schools Rosario Bélislb École Technique de Montréal hMontreal Technical School L.-Philippe Beaudoin tti‘,c^ÀrtIcAGooiphigue8 Gaston Francoeur ^fsclooi Jean-Marie Gauvreau ffntutre-l)aion0 school Georges Moore École des Textiles Textile School Darie Laflamme École Technique de Québec.Quebec Technical School t t?Ttrct) tattt T* École Technique des Trois-Rivières J .-I .1 H1K1AUL1 Trois-Rivières Technical School Marie-Louis Carrier |™/,e rfct'^lTscLS'111 Chan.Antoine Gagnon École Technique de Rimouski et École de Marine Rinwuski Technical School and Marine School Albert Landry École Technique de Shawinigan Shawinigan Technical School Abbé Eloi Genest École d’Arts et Métiers de Mont-Laurier Mont Laurier Arts and Crafts School Robert Ricard École Technique de Sherbrooke Sherbrooke Technical School Paul Gingras section est.École d’Arts et Métiers de Montréal East Section, Montreal Arts and Crafts School Rédaction Editorial Offices 294, carré ST-LOUIS Square Montréal (18), P.Q.- Canada Administration Business Offices 506 est rue STE-CATHERINE St.E.Montréal (24) P.Q.Canada Abonnements Subscriptions Canada: $2.00 Autres pays - $2.50 - Foreign Countries 1 A numéros par an L U issues per year Autorisé comme envoi postal de 2e classe, Min.des Postes, Ottawa Authorized as 2nd class Mail, Post Office Dept., Ottawa Secrétaire — Secretary WiTCDm W Wcddv directeur adjoint, École Technique de Montréal »T ILtKlU ty .tv tKKi Assistant Principal, Montreal Technical School «La seule revue bilingue consacrée à la vulgarisation des sciences et de la technologie» NOTRE COUVERTURE Le capitaine Rodolphe Ouellet, commandant du Saint-Barnabe, s’arrête un instant sur sa passerelle pour admirer la masse sombre du cap Eternité.(Service provincial de Ciné-photographie.) OUR COVER Captain Rodolphe Ouellet, of the St.Bamabé, admiring the impressive silhouette of Cape Eternity, in the Saguenay River.(Provincial Bureau of Cine-Photography.) Sommaire Summary Le temps des vendanges par Eddy L.MacFarlane L’Ecole de Médecine Vétérinaire de la Province de Québec par Jacques Saint-Georges, D.M.V.Le chimiste qui découvrit la clé de l’arc-en-ciel chimique Let’s Look at Automation by Joseph E.Hardley Les astronomes se préparent à scruter la plantète Mars par Ann Ewing Calculus for the Technician by J.Wylam Price Le travail aérien agricole au Canada par Amable Lemoine La croisière du "Saint-Barnabé” Si Marguerite Bourgeoys revenait .1 11 15 16 19 21 22 25 31 Sources Credit Lines Pp.4 à 10 (haut et bas, gauche) : Eddy L.MacFarlane; p.10 (bas, droite): Garcia; p.11: Armour Landry; p.12: Service provincial de Ciné-photographie; p.13 (haut) : Ecole de Médecine Vétérinaire; pp.13 (bas) et 14: Service provincial de Ciné-photographie ; p.15: Du Pont Co.of Canada, Ltd.; pp.16-18: The Northern Circuit, The Northern Electric Co.; p.19: Science Service; pp.22 & 23: Quebec Forest Industries Association; pp.25-30: Service provincial de Ciné-photographie; pp.31-34; The Blue Bell, The Bell Telephone Co.of Canada; p.35: Science Service; pp.37 & 38 (haut) La Tribune; p.38 (centre et bas) : Technique pour tous; p.39 (haut) : Ecole d’Arts et Métiers de Lauzon; p.39 (centre et bas) : Technique pour tous; pp.40 et 41: Jean-Guy Lo-cas; p.42: Ecole Technique de Trois-Rivières; pp.43, 44, 47, 48 & 50: Service provincial de Ciné-photographie.New Machines and Gadgets .Nouvelles de l’Enseignement spécialisé Les besoins de notre province en techniciens —» Nouveau blason pour nos Ecoles de l’Automobile — Nécessité de la formation professionnelle — L’Ecole Technique de Trois-Rivières rénove sa section d’électricité — Ici et là dans nos écoles — Défilé d’élégance à l’Ecole des Métiers Commerciaux — Journées d’études sociales des étudiants de l’Enseignement spécialisé — Nouveaux honneurs remportés au 20e Salon culinaire — M.Emile Puvilland reçoit la médaille du mérite Escoffier —- Elu représentant de sa promotion — Décès d’un pionnier de notre école de Joliette — L’Enseignement spécialisé fait l’objet de sept autres émissions de télévision — L’Ecole Technique de Montréal fête cinq jubilaires — MM.Saint-Arneault et Robitaille à la radio — Revue annuelle des cadets du Mont-St-Antoine — MM.Antonio Robert et Lucien Normandeau partent pour l’Europe — Intérêt manifesté par les associations professionnelles __ La Société Royale vient d’honorer deux de nos éducateurs — L’Ecole d’Arts et Métiers de Cabano — Reportage télévisé sur notre école de Mont-Joli — Une nouvelle étape en rééducation.The only bilingual magazine devoted to the popularization of science arid technology f¥TTf 9 i# :ÏP# sssdlbi -^f ?4 fp%.LES VENDANGES "Le Livre des Prouffitz Champestres” Enluminé pour le Grand Bâtard de Bourgogne Ce célèbre manuscrit d’une oeuvre de Pierre de Crescenz fut par la suite imprimé à de nombreux exemplaires et les miniatures furent remplacées par des gravures sur bois (voir page 7).Ici l’artiste a représenté le cycle complet de la vigne; les deux types de culture: treille et taille courte; cuve et pressoir à vis, dans la tour.Le Maître et l’intendant estiment la récolte.Dans le chaix, à gauche, des vendangeurs se désaltèrent.Au-dessus de la porte du chaix, l’effigie de saint Martin symbolisant la charité.Ce manuscrit appartient à la Bibliothèque de l’Arsenal.Paris, mn.5064.U LE TEMPS i eô VENDANGES par £cUy J.Wlac^c ac ^Tartane Maitre-Epistolier de la Confrérie des Fins-Gousiers d’Anjou CEUX qui n’ont jamais assisté aux vendanges en quelque lieu de l’Ancien Continent, ne peuvent se faire une idée de l’extraordinaire ambiance qui y règne.Des villages aux hameaux une activité fébrile déborde jusqu’au bourg proche.Ce n’est pas encore l’atmosphère de fête, qui, la dernière grappe mise au fou-loir, clôturera la récolte, mais ç’en est le prélude.Pour l’instant, chacun s’affaire, car il s’agit de se hâter, un orage peut tout compromettre ou une gelée prématurée.De l’aube au couchant, on travaille dur, au maximum de ses forces, ce qui n’exclut ni les rires ni les chants, les plaisanteries rustiques, les interpellations cocasses, les quolibets.Le soir venu, après le repas pris en commun, la peau saturée de soleil, les membres lourds, vendangeurs et vendangeuses n’aspirent plus qu’à s’étendre, à dormir; demain, il faut être à la tâche dès les premiers rayons du soleil.Ainsi des jours durant.Petit clos familial ou grande exploitation connaîtront un surcroît de vie mais d’un rite semblable.Dans l’un ou l’autre, le “Maître” a fixé les emplois: tel cueillera la grappe sans offenser la vigne, tel autre en remplira la hotte transportée à dos d’homme jusqu’au chemin où attendent les charrois, tirés ici par un cheval et là par une mule ou des boeufs selon les lieux et la coutume.Car la coutume a prévalu.Du geste inconsciemment noble, geste millénaire, de la cueillette, jusqu’à la mise au pressoir, le raisin a encore échappé à toute dégradante souillure mécanique.La récolte à l’abri, il faut s’en réjouir; le maître-vigneron ne sera pas chiche de son vin; un plantureux repas récompensera les artisans des cuvées de demain.Violons, cabrettes, biniou, inviteront à la danse.En bien des régions de France et d’Italie, sur la côte dalmate, au long du Rhin, pour ce jour de liesse, on offrira les premières grappes à l’église du bourg et du minuscule pressoir posé sur l’autel sortira un verjus que l’officiant lors de la messe bénira.AINSI sont renouvelés les gestes ancestraux; car l’homme depuis sa très lointaine prise de conscience, ému devant les mystères de la germination a offert les prémices à l’Etre Suprême qu’il percevait au-delà des rites, bien avant d’être instruit des possibilités de Rédemption, bien avant d’être touché par la grâce.Ainsi, nombre de végétaux furent déifiés par besoin de croire à une intervention extra-terrestre: le chêne chez les Celtes pour sa robustesse et sa longévité; la fève par Pythagore, qui lui attribuait une “nature animée” — pour ce qu’elle était sans doute, la h^se énergétique de l’alimentation du travailleur — ce qui lui fut funeste si l’on en croit l’épigramme funéraire attribuée à Diogène Laerce: “Hélas! Pourquoi Pythagore a-t-il eu tant de respect pour les fèves?Il en est résulté sa mort au milieu de ses proches disciples.Il y avait là un champ de fèves; pour éviter de les fouler sous ses pieds, il se laissa tuer dans un carrefour par des Agri-gentins”.La récolte du "Chenin blanc” en Anjou.Est-il plus péremptoire exemple de conviction que celui qui atteint au suprême sacrifice?Pour les anciens Grecs, la beauté du laurier en fleur ne s’explique que par la métamorphose de la nymphe Daphné et l’on tresse avec les feuilles de ce délicat arbuste des couronnes qui seront la plus haute récompense des vainqueurs: poètes, athlètes ou empereurs.Sylvains, et faunes chez les Romains, sont honorés en tant que génies bienfaisants des forêts et des champs; grenade, myrte au feuillage toujours vert et pomme sont symboles d’Eros, la pomme étant plus spécialement consacrée à Cypris; la belle Cérès est déesse des moissons.Plus haut dans la hiérarchie règne Pomone sur les jardins et les vergers mais parmi touted ces divinités Bacchus, grand protecteur des ceps, a une éminente préséance.Fils de Zeus, sauvé du brasier, qui consuma Semele, sa mère, par les Nymphes qui l’emportent à Ny-sa en Egypte et l’y élèvent, on lui donne en souvenir de ces événements le nom de Dionysos.C’est après Zeus et avant Apollon le plus honoré, le plus fêté des dieux de l’Olympe.Son pouvoir est immense.Il est incorporé aux rites agraires très anciens de Demeter et de sa fille Core et plus tard associé avec eux au culte d’Eleusis.Il a pour servante les Menades et les Thyades qui ont par lui le don de prophétie qu’elles exercent au Temple de Delphes et lorsqu’au Vile siècle Apollon s’implante dans le célèbre sanctuaire, ses prêtres se gardent bien de 5 A * IS * % * .*%***}, y *x^c^£%*y .< CHEIKH Abd-el-QOURNAH.— Fresque du tombeau de l’astronome NAKHT.Des esclaves cueillent les grappes d’une treille, d’autres foulent le raisin en s’aidant de cordes pour maintenir leur équilibre; le jus est recueilli et sera mis à fermenter dans de grandes amphores.(XVIIIe Dynastie; (1580-1320 av.J.-C.) l’évincer tant il est redoutable.Mais Bacchus est surtout un dieu tutélaire aimant les humains, les incitant aux chants, à la danse; il leur dispense l’enthousiasme par la “liqueur de Bromios”; il est le “délieur” dit Diogène Laerce, faisant un jeu de mot avec le surnom de Bacchus: Lyée.Il veille sur les vignes et malheur à qui les saccagera: Lycurgue, roi des Edo-niens de Thrace en fit la triste expérience et fut atteint de cécité et plus tard mis à mort par ses propres sujets pour avoir proscrit le culte du dieu et l’usage du vin; Penthée, tyran de Thèbes, pour s’être moqué de Bacchus devint fou “son palais fut détruit, les remparts se dressèrent au son de la lyre et gémirent en tombant au son des flûtes” nous dit Philippe de Thes-salonique.Toute l’histoire de l’antiquité est jalonnée de ces représailles exemplaires dont il est difficile de déceler si les vic- times appartiennent à la mythologie ou à l’histoire.EVOHE .! Evohe .! crient les bacchantes en l’honneur du dieu abondant.Ainsi commencent les plus grandes fêtes de l’ancienne Grèce: les Lénées ou fête du pressoir, immédiatement après la vendange; les An-thestéries et Grandes Dionysies au printemps, moment où l’on goûte le vin de la précédente récolte.Un cortège se forme avec en tête les Thyades, prêtresses du culte de Dionysos qui par des cris et des danses tournoyantes parviennent à l’extase et prophétisent; puis les chars débordant de grappes, ornés de pampres et autour d’eux les Lènes servantes du pressoir, armées de thyr-ses, sorte de long sarment terminé par une pomme de pin.On parvient ainsi à l’autel dédié à Bacchus, on lui offre soit les premières grappes soit le pre- • « * iMHfe.' ¦ :A.: * ¦ ««B î WÆI as*- ggaaasaas-r >• mier vin au son des flûtes, des tambourins et des cymbales, parmi les cris d’une population émerveillée d’avoir si belle récolte.Mais ce culte agraire qui, à l’origine, se célèbre dans les dèmes, à la campagne, sera vite adopté par les citadins.Il prend bientôt une telle ampleur qu’à la spontanéité des premiers participants exprimant leur reconnaissance selon leur inspiration, on substitue un rite, disciplinant du même coup la foule et les offrandes.Ce furent d’abord des jeux et des concours de chants et de danses, puis au Vie siècle des représentations de “mystères” telles qu’en connut le Moyen-Age.Les premiers concours de tragédie ont lieu dans le cadre de ces fêtes rustiques.Bientôt d’opulents bourgeois, les “chorèges” habillent et font répéter à leurs frais les oeuvres distinguées par le Magistrat.Aux pièces de circonstance succèdent des tragédies d’inspiration plus large: ainsi naquit le théâtre antique.Athè- Pour transporter les liquides, les Gaulois avaient inventé le tonneau tel que nous le connaissons encore aujourd’hui.Il avait par sa solidité une nette supériorité sur l’amphore chère aux Romains.On voit sur ce bas-relief en pierre conservé au Musée d’Orange (France) des bateliers halant sur le canal Marius une cargaison de vin.6 nés protégeant cette nouvelle expression artistique, le succès fut rapide mais les fêtes de Dionysos servirent longtemps encore de stimulant à la formation intellectuelle et esthétique de la Grèce.Mieux encore, elles participèrent à la survivance de l’hellénisme submergé par la barbarie romaine.En 54 avant J.-C.on donnait encore avec un plein succès dans la capitale de l’Arménie, Artaxata, les “Bacchantes” d’Euripide pour le mariage du fils du roi des Parthes avec la soeur ou la fille du roi arménien.Qu’on ne s’imagine pas cependant que la forme la plus naturelle du culte bachique soit l’ivrognerie.Il n’est pour s’en convaincre qu’à relire nos classiques.La tempérance pour les platoniciens est l’une des quatre vertus cardinales avec le courage, la sagesse la justice; et les poètes, les philosophes qui à l’époque ont quelque autorité sur le comportement de leurs contemporains ne se gênent pas de stigmatiser les ivrognes.C’est Diogène Laerce qui anathémise le cadavre d’Arcesilaos, corrupteur de la jeunesse et débauché notoire: “.pourquoi, dis-moi, pourquoi as-tu bu avec excès tant de vin que tu en as perdu la raison et que tu es tombé en trébuchant?Je ne gémis pas tant sur ta mort que sur l'outrage par toi fait aux Muses, en vidant une coupe excessive .”.Le rhéteur Antipater de Sidon flétrit ainsi une ivrognesse: “cette amie de la boisson, cette babillarde perpétuelle ne pleure ni sur ses enfants, ni sur leur père indigent .” et pour de semblables buveurs Callimaque, Leonidas, Dioscoride, Aristion n’ont pas de mot assez cinglant pour exprimer leur indignation.Peut-on guérir de ce vice, de cette dipsomanie pour employer un charmant euphémisme médical?Oui, sans doute, par la vertu d’une pierre précieuse qui doit justement son nom à ses vertus prophylactiques: l’améthyste (1).Ce n’est pas qu’elle empêche de boire mais elle protège de l’ivresse et des manifestations intempestives de celle-ci; c’est pourquoi tant de coupes antiques retrouvées au cours des fouilles portent, sertie dans leur fond cette pierre merveilleuse ou tout au moins l’alvéole qui la recélait.ttT E vin a été créé dès le com- B j mencement pour le bonheur de l’homme” lit-on dans l’Ecclesiaste, mais par quels mystérieux cheminements, du mont Ararat, où échoua l’arche, la vigne plantée par Noé, premier vigneron, aboutit-elle, — grappe merveille ou liquide précieux, — sur nos tables?Bien avant l’âge des métaux ses fruits étaient consommés par nos ancêtres puisque l’on en a retrouvé les pépins mélangés à des détritus d’aliments provenant d’habitats néolithiques.Sous quelle forme les employaient-ils?Nous ne sommes pas encore en mesure de le dire; ce que l’on sait c’est que la vigne poussait naturellement dans toutes les zones tempérées et même un peu chaudes du globe et que les premiers visiteurs de l’Amérique, bien avant Cabot et Christophe Colomb furent quelque peu surpris de la rencontrer à l’état sauvage mais parfaitement comestible, aux abords du golfe du Saint-Laurent ainsi que le relate une “Saga du Groenland” datant approximativement du XI-XIIe siècle.Il s’agit du périple d’Eric le Rouge qui nomme cette région: Vinland, pays du vin.Le savant explorateur norvégien Nansen a dénié toute vraisemblance à ce qu’il appelle Une des gravures sur bois orne, nt la première édition imprimée du "Livre des ruraulx prouf-fIts du labour et des champs”.Edité par Jean Bonhomme à Paris en 1486.un conte merveilleux issu de l’imagination Viking.A cette prise de position Paul Herrman dans une excellente étude sur «l’Homme à la découverte de la terre» répond très pertinemment: Nansen a tort.(2) Aujourd’hui encore, une baie secondaire du golfe Saint-Laurent s’appelle “La Baie du Vin”, nom qui remonte à la colonisation française et une île du détroit de Nantucket, beaucoup plus au sud il est vrai, porte le nom de “Mar- NOE, PREMIER VIGNERON.Gravure sur bois extraite de la Bible imprimée à Strasbourg en 1486 par Jean Griininger.Ce dernier s’établira plus tard à Lyon et s’associera avec un autre imprimeur célèbre: Nicolas Philippe.7 * O *>*¦ r ''' mm MP1// ^mm^A tAa’s Vineyard”.Il cite à l’appui de cette thèse un rapport daté de 1524 de l’Italien Verrazano sur la région : Les vignes grimpent le long des arbres, exactement comme dans le midi de la France.Si on les soignait et les cultivait, il serait certainement possible de faire avec leurs raisins un vin excellent.Car ces raisins sont sucrés et à peine inférieurs aux nôtres.” Certains ont contesté la présence possible de la vigne dans les régions baignées par le Saint-Laurent et veulent voir dans le Vinland un pays situé au sud de Boston.Les “sagas” néanmoins signalent la présence de nombreux saumons au Vinland et l’on sait que ce poisson ne descend jamais au delà du 41e parallèle nord.QUOI qu’il en soit, la vigne prospérait en Amérique du Nord, ce qui n’a pas manqué d’étonner les premiers explorateurs Scandinaves et plus tard les émules de Colomb.Par quelle malédiction divine la Gaule en aurait-elle été privée?Car c’est là ce que voudrait nous faire admettre les enragés contempteurs du “génie” romain qu’intoxiquent encore, malgré les faits, 2000 ans de propagande pro-latine.D’après eux, le conquérant aurait introduit la vigne ou tout au moins la vinification en Gaule! (3) Ce pays dont on sait maintenant qu’il était prospère bien Détail du chapiteau dit "des Vendanges” de la cathédrale de Reims (France XIIle siècle).Fragment de tympan et voussures d’une église monastique copte.Les grappes de raisins et les feuilles de vignes que l’on aperçoit sont caractéristiques de la période chrétienne du IVe siècle.— Musée copte du Caire.Egypte.Jean Chièze en gravant sur bois ce saint Vincent rend hommage au Protecteur des vignerons.Cette image fait partie d’une série de 12 saints patrons des corporations. S I avant la conquête de César n’avait certainement rien à apprendre de son vainqueur.La longue migration des Celtes en effet, à travers l’Europe, leur activité commerciale et industrielle — n’oublions pas qu’ils étaient passés maîtres en métallurgie — a mis ceux-ci en contact avec les vieilles civilisations, montantes ou décadentes, sans pour autant perdre leur caractère ethnique.Or les plus anciens documents égyptiens sur la vinification remontent à 6000 ans; les Sémites avec lesquels ils eurent des rapports nombreux la connaissaient également.Les boissons fermentées sont à tel point répandues que Pline dans son “Histoire Naturelle” en énumère jusqu’à soixante-dix sortes: vins de palme chez les Assyriens, de sève de bouleau chez les nordiques; vins de mûres, de framboises, de poires, de pommes etc.Les Gaulois, important rameau celtique, au terme de leur migration, avaient fait de leur nouveau pays un pays de riches cultures ce qui n’a pas été une des moindres raisons de la conquête romaine; d’autre part, il n’est pas exclu qu’avant l’arrivée des Gaulois les autochtones aient connu le principe de la vinification: depuis longtemps ils commerçaient avec les Baltes et les Méditerranéens; la route de l’ambre et du corail longeait le Rhône et le Rhin, pays de la vigne par excellence et Lyon, — qui dès le 2ème siècle a sa corporation de Vinarii dont les entrepôts sont situés au confluent de la Saône et du Rhône, — est depuis le néolithique, peut-être Eglise St-Lazare à Avallon en Bourgogne.On aperçoit entre les deux colonnettes supportées par le pied-droit des pampres et grappes stylisées.fM w w MOINEAU DANS LA VIGNE.— Détail d'un des chapiteaux de la Sainte-Chapelle de Paris construite d’ordre de saint Louis pour y déposer la couronne d’épines.(XlIIe s.) avant, un lieu d’échange traditionnel entre le nord et le sud.Que nous manquions encore de documents sur la fabrication du vin en Gaule avant l’invasion romaine n’implique nullement son inexistence.A ce compte, bien des faits historiques aujourd’hui incontestables pouvaient être niés il y a cinquante ans.Us n’en étaient pas moins réels.En tous cas, on a d’ores et déjà retrouvé à proximité de l’antique via Agrippa des serpes en tous points semblables à celles qu’employent les vignerons bourguignons.Elles datent de trois ou quatre siècles avant J.-C.Au surplus, la linguistique nous apporte un témoignage de poids.Si le vin est doté d’un terme spécifique en celte: gwin, gwid, c’est probablement qu’il représente une idée concrète.Ce mot il le doit au sanscrit: vêna.Il a laissé une telle empreinte que nous le retrouvons tout au long des chemins suivis par les migrations celtiques: ghini en Arménien, gvino en Géorgien; vin, wein, wine en français, en allemand et en anglais.La confusion vient sans doute de ce que les Romains introduisirent en Gaule un vin qui n’a rien de comparable avec la production locale.Un texte de Martial, en effet, parle avec admiration d’un certain vin de Fa-lerne auquel on mêle du miel attique; d’autres sont violemment parfumés aux épices! Ces vins, lourds, sophistiqués ne doivent pas être très prisés des Gaulois habitués à des breuva- ges plus rudes.Il en arrive à pleins bateaux.Les dignitaires romains, les officiers des légions, et aussi ceux qui ont jugé préférable de pactiser avec l’ennemi s’en repaissent, les uns par goût, les autres par veulerie ou par snobisme.Qu’à cela ne tienne! En bons commerçants, les vaincus en feront de semblables; ils en exportent même en Italie.La concurrence est si forte que Domi-cien en l’an 96 prend un décret ordonnant l’arrachage des ceps, non seulement dans la Gaule récemment conquise mais aussi en Narbonnaise qui cependant a rang de Province romaine et dont les habitants sont citoyens de plein droit.Ce décret toutefois ne fut pas appliqué et l’ancien secrétaire de Trajan, l’historien Sue-tone, auteur de “Vies des douze Césars” nous en donne la raison: “Toujours tremblant et inquiet, Domitien se préoccupait outre mesure des moindres soupçons ; et ce qui l’engagea dit-on à laisser sans effet l’édit qui ordonnait de couper les vignes, c’est qu’on avait fait courir un écrit avec ce distique: Même si tu me manges jusqu’à la racine, je produirai encore assez de raisin pour la libation qu’on te fera, ô César, lorsqu’on te sacrifiera, faisant ainsi allusion à la coutume qui consistait à arroser de vin le sang de la victime qu’on immolait.Ce typique paysan du Périgord Noir (France) foule sa vendange familiale.Bois gravé par Maurice Albe.t" K- f J N*< mvet COMO* '
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