Popular technique / Technique pour tous / Ministère du bien-être social et de la jeunesse, 1 février 1958, Février
FEVRIER 1958 FEBRUARY _ POPULAR POUR TOUS .MSbS POPULAR POUR TOUS La revue de l’Enseignement spécialisé de la r)T?de fil TCH.C/'"' The Vocational Training Magazine of the *¦ -*Xv9 ’ il 0j Vj' UCDEv^ Ministère du Bien-Etre social et de la Jeunesse Department of Social Welfare and Youth Rédaction Editorial Offices 294, carré ST-LOUIS Square Montréal (18), P.Q.- Canada Directeur, Robert Prévost, Editor Secrétaire de la rédaction, Eddy MacFarlane, Assistant Editor Février February 1958 Vol.XXXIII No 2 Rédacteur, Jacques Lalande, Staff Writer Conseil d’administration Le conseil d’administration de la revue se compose des membres du Conseil des directeurs des Ecoles de l’Enseignement spécialisé relevant du ministère du Bien-Etre social et de la Jeunesse (Province de Québec).Board of directors The magazine’s Board of Directors consists of the members of the Principals’ Council of Vocational Training Schools under the authority of the Department of Social Welfare and Youth (Province of Quebec).Administration Business Offices Président — President I directeur général des études de l’Enseignement spécialisé J KAN UFLOHME Director General of Studies for Vocational Training Directeurs — Directors Maurice Barrière adjoint du directeur général des études Assistant Director General of Studies Sonio Robitaille directeur, Office des Cours par Correspondance Director, Correspondence Courses Bureau Gaston Tanguay directeur des études pour les Ecoles d’Arts et Métiers Director of Studies for Arts and Crafts Schools Rosario Béusle Ecole Technique de Montréal Montreal Technical School L.-Philippe Beaudoin Ecole des Arts Graphiques Graphic Arts School Gaston Frâncoeur Ecole de Papeterie Paper-Making School Jean-Marie GaUVRE.au Furntture^Making School Georges Moore Fe^'scZT'*8 Darie Laflamme Ecole Technique de Québec Quebec Technical School J.-F.Theriault Ecole Technique des Trois-Rivières Trois-Rivières Technical School Marie-Louis Carrier Ecole Technique de Hull Hull Technical School Chan.Antoine Gagnon Ecole Technique de Rimeuski et Ecole de Marine Rimouski Technical School and Marine School Albert Landry Ecole Technique de Shawinigan Shawinigan Technical School Paul-Emile Lévesque Ecole des Métiers Commerciaux School of Commercial Trades Omer Gratton Ecole d’Arts et Métiers du Cap-de-la-Madeleine Cap de la Madeleine Arts and Crafts School Roger Laberge Ecole d’Arts et Métiers de Plessisville Plessisville Arts and Crafts School Secrétaire — Secretary Wilfrid W.Werry directeur adjoint, Ecole Technique de Montréal Assistant Principal, Montreal Technical School 8955, rue ST-HUBERT St.Montréal (11) P.Q.Canada Administrateur, Fernand Dostie, Administrator Secrétaire-trésorier, Omer Desrosiers, Secretary Treasurer Abonnements Subscriptions Canada : §2.00 Autres pays - $2.50 - Foreign Countries 10 numéros par an issues per year Autorisé comme envoi postal de 2e classe, Min.des Postes, Ottawa Authorized as 2nd class Mail, Post Office Dept., Ottawa «la seule revue bilingue consacrée à la vulgarisation des sciences et de la technologie » NOTRE COUVERTURE Trois étudiants suivent de près les gestes d’un expérimentateur qui, vêtu d’un costume spécial fait de nylon, soumet une mine à des essais à hautes et basses températures, aux laboratoires du Dépôt de l’Artillerie navale des Etats-Unis, à White-Oak, Maryland.Science Service FRONT COVER Three students watch a researcher decked out in a special nylon suit test a mine for efficient functioning at both high and low temperatures at the U.S.Naval Ordnance Laboratories, at White Oak, Maryland.Sommaire Summary 4,000 ans de serrurerie 4 Un immeuble construit sur un « bateau » en béton par Roger Champoux 7 The Challenge of the Global Skyways by G.W.G.McConachie 13 Mouvement de retour au Canada chez les Franco-Américains ?par J.-B.Nolati 18 Arts et techniques millénaires par Hermas Bastien 21 Le tatouage à travers les âges par Philippe LaFarrière 25 Pour une réhabilitation de Fust et de Sehoeffer par Eddy-L.MacFarlane 31 \ew Machines and Gadgets .38 Nouvelles de l’Enseignement spécialisé 40 Sources Credit Lines Pp.4-6: Central Feature News, Inc.; pp.7-11: La Presse, Montréal; pp.13-17: Canadian Pacific Airlines; p.19: L’Opinion Publique; pp.21-24: Eddy-L.MacFarlane; p.25: Ph.LaFerrière; p.26: Biographies du XIXe siècle; p.28: Les tatouages du milieu ; pp.38 et 39 (haut): Science Service, Washington; p.39 (bas) : Canadian General Electric Co., Ltd.; p.40: Ecole Technique de Québec; p.41: Service provincial de Ciné-photographie; pp.42 et 43: Régor; p.45: Studio B.-J.Hébert, St-Hyacinthe; p.46: Studio Lauzanne; p.50: Service provincial de Ciné-photographie; pp.51 et 52: Science Service.Petit-neveu d’un Prix Nobel, M.Marc Giauque compte 43 ans d’enseignement à l’Ecole Technique de Québec — Le montage des fleurs naturelles à l’Ecole des Métiers Féminins — Régor a dessiné les uniformes que portera le personnel de l’hôtel Reine-Elizabeth — L’enseignement technique rend de précieux services aux agriculteurs — Métiers de l’automobile à la télévision — Nos cours spéciaux à Sherbrooke — Manuel qui suscite un bel intérêt — Comité d’industriels en textiles — « Sa Majesté Béatrice 1ère » à l’Ecole des Métiers Commerciaux — L’hon.Paul Sauvé rappelle les humbles débuts des écoles d’enseignement technique — Sept promotions chez nos éducateurs — Reportage filmé à l’Ecole du Meuble — Délinquance juvénile et interprétation des statistiques — La chorale de l’Ecole des Métiers Commerciaux — Récital à CKAC — Un nouveau manuel : « Finition des Bois » — Les cours spéciaux à l’Ecole des Textiles — Départ d’un boursier — Bien équipé pour taquiner .la truite.« The only bilingual magazine devoted to the popularization of science and technology » Celle paire de menottes date de l’époque de la Révolution américaine.Actionnées par une clé-vis, ces menottes s’ouvrent dès que la clé est habilement retirée.4000 ANS VE SERRURERIE BIEN qu'il soit impossible de déterminer exactement l'époque où l'homme qui désirait la sécurité de ses biens fit usage de la première serrure, on en lit les allusions dans de vieux mythes, des contes chinois, des légendes du Proche-Orient, dans l'Odyssée ainsi que dans la Bible.La plus ancienne serrure fut découverte par un Italien, Joseph Bonomi, qui, la déterrant du château de Sargon, à Khorsabad, à vingt milles de Ninive, en prit note par écrit.On la dit de type égyptien parce qu'on retrouve son dessin sur les fresques tombales de la vallée du Nil.La découverte de cette ancienne serrure de Khorsabad et les peintures murales égyptiennes indiqueraient que son spécimen remonte à plus de quatre mille ans.Cependant, il est surprenant de constater que dans les serrures à gorge mobile, mises en valeur en 1868 par Linus Yale (fils), on retrouve le même système égyptien appelé cylindrique.Faites de bois, les serrures égyptiennes étaient fixées à l'extérieur des portes.La clé de bois aux chevilles de même matière ressemblait à une énorme brosse à dents faisant office de déclencheur dans la gorge du verrou.La clé introduite, la main s'en servait comme d'un levier pour libérer le verrou des chevilles et on la retirait de la gâchette.La parade des serrures à travers les siècles prouve que l'homme est sans cesse en quête de sécurité, qu'il a un sens inné de la beauté et un besoin naturel de tout embellir.Une petite serrure de la collection Yale témoigne de la pompe et du faste de l'ancien empire Perse.Décorée de perles incrustées magnifiquement, cette petite serrure, de type égyptien servit au roi Darius III de Perse, à Abydos, environ 336 ans avant Jésus-Christ.Les artistes égyptiens étaient si habiles qu'on les faisait venir de partout à travers les anciens empires.Leurs serrures étaient si populaires qu'en l'an 1192 avant le Christ, l'on fixa l'une d'elles à l'entrée du Saint Sépulcre, à la demande de Richard-Coeur-de-Lion et des Croisés.La serrure du Saint Sépulcre était faite de Lignum Vitae, bois du désert très résistant et à l'épreuve des insectes.Aussi incroyable que cela puisse paraître, cette serrure défia l'usure pendant 600 ans.Des millions de pèlerins allant à Jérusalem s'agenouillèrent pour baiser cet objet de vénération.Puis, elle fut enlevée et secrètement copiée pour assurer plus de protection.Le gouvernement turc l'avait cachée, ne voulant pas la détruire.Il en fit un jour cadeau à un célèbre journaliste américain, M.James Creelman, qui lui-même l'apporta aux Etats-Unis où elle fait à présent partie de la fameuse collection Yale.C'est à l'ingéniosité des Grecs que l'on doit de pouvoir fermer une porte à clé en dedans et au-dehors.Ils furent d'ailleurs les premiers à découvrir l'utilité des trous de serrures.4 Ces serrures, dont les bords sont en fer et les poignées en cuivre, pourraient être celles qu’employait Paul Revere.Datant de l’époque révolutionnaire, elles font maintenant partie des spécimens en montre dans la section historique du “Yale Lockorama”.Ces serrures à palastre furent obtenues de la succession Laura Revere Little, descendante du fameux patriote.et obtenir ainsi une plus grande sécurité.Les clés grecques étaient cependant lourdes et gênantes, on les devait porter sur l'épaule et faire ainsi des voyages extrêmement pénibles.Ce sont les Romains qui les premiers développèrent les spécimens les plus variés.Ils firent un usage grandissant d'un type de serrures appelées de sécurité, beaucoup plus élaborées que celles des Grecs.Plusieurs sortes de chevilles furent inventées pour empêcher une serrure de s'ouvrir, à moins d'avoir la clé correspondante.Perfectionnant le type égyptien, les Romains parvinrent à créer de multiples serrures et clés dont la délicatesse ne le cédait en rien à celles qu'on fabriquait dans la vallée du Nil.Le port de la toge sans gousset par les Romains incita les dames de leur société à porter leurs clés aux doigts sous forme de bague.Ces cadenas miniature étaient vraiment de petits chefs-d'oeuvre d'un goût raffiné avec lesquels on pouvait fermer son réticule ou son poudrier.C'est là un exemple du progrès de l'artisanat chez les Romains qui employaient le fer, métal mou, dans toutes leurs industries.Au moyen âge, les serruriers tentèrent en vain de perfectionner les serrures dites de sécurité.Ils ne découvrirent que des stratagèmes truqués pour confondre les voleurs.L'une de ces ingéniosités consistait à placer un plateau perçé de cinq trous dans un coffret.Le premier geste du voleur, en l'ouvrant, était d'y plonger la main pour atteindre le dessous où se trouvait le trésor.Immanquablement, une trappe se refermait et le voleur restait pris jusqu'à l'arrivée du propriétaire qui lui faisait son compte.D'autres boîtes étaient munies de trous de serrure cachés ou de boutons dissimulés dans la décoration externe.Parfois, il fallait même déplacer les feuilles scuptées ou autres ornements dans un certain ordre pour que la serrure cédât.De plus en plus les serrures s'agrémentèrent de dessins compliqués et minutieux propres au style du Voici une serrure-pistolet en cuivre lourd qui servait d’alarme au début du XIXe siècle.Au premier plan, des cartouches percutantes.L’une d’elles était introduite dans l’orifice rectangulaire, en haut vers la droite, et lorsque, après la fermeture pour la nuit, un voleur tournait la poignée de la porte, le mécanisme déclenchait une détonation.A noter, la chambre à expulsion des gaz, à l’extrémité droite, en haut.La clé grecque avait la forme d'une faucille dont le bout recourbé, introduit dans la serrure, déclenchait le verrou intérieur et ouvrait la porte.C'est à cette époque que les Grecs profitèrent du système égyptien dit cylindrique pour s'en servir à l'intérieur 5 ' t / i fé/ > >*/ vr‘*^v-4 'l*#ES,G‘'E°n'* HOLY SEPULCHHt « (OM *0.moyen âge.Bien qu'il ne se fit aucun progrès dans le mécanisme des serrures, cette période produisit cependant, dans ce domaine, des joyaux délicatement travaillés en métal.Plus tard, les pionniers d'Amérique devinrent les émules des artisans du moyen âge par leur habileté dans cette industrie.Entre autres, ils perfectionnèrent une serrure-pistolet qui semblerait être la première alarme en Amérique.Cette petite serrure de la collection Yale a en effet la forme d'un fusil.Des cartouches percutantes sont introduites dans un orifice rectangulaire et, lorsqu'un voleur touche à la poignée de la porte, le mécanisme déclenche une détonation assourdissante.Cette espèce de gros cadenas, habilement fabriqué, possède une petite chambre d'échappement pour l'expulsion des gaz.Les serruriers du XIXe siècle s'enorgueillirent des perfectionnements qu'ils apportèrent en enrichissant ce domaine de plusieurs spécimens propres à frustrer les voleurs.Les serruriers étaient si contents de leur habileté que mutuellement ils se lançaient le défi d'incapacité à ouvrir leurs serrures.Très efficaces, celles-ci étaient pourtant trop compliquées et trop coûteuses pour devenir utilisables aux maisons ordinaires.En 1860, Linus Yale (fils), co-fondateur avec Henry R.Towne de la Yale Towne Manufacturing Company, patenta une serrure qui revint à l'ancien principe égyptien dit cylindrique.Quelques modifications extérieures apportées à cette serrure la rendirent universellement célèbre.Par la simplicité de sa forme, surtout par sa solidité, elle est la sauvegarde idéale pour ce qu'on possède de plus précieux.Ce collier de chien du début du XIXe siècle, avec plaque d’identification, chaîne et serrure, fut employé par Marcus Cooper (1817-1889) à Yaleville, Guilford, New-York.Les six trous visibles sont faits pour ajuster le collier à mesure que le cou du chien grossissait.Cette serrure s’ouvre au moyen d’une clé cylindrique.Cette jeune dame est en admiration devant une vieille serrure de bois qui a plus de mille ans d’existence.C’est celle que Richard-Coeur-de-Lion plaça à la porte du Saint Sépulcre au temps des Croisades en Terre Sainte. CHARLES DURANCEAU L; U.• !>: I GENERAI GENERAUX CONTRACT PJEU X PARCO 18 ESSAI DE CAPACITE PORTANTE 3&CATfôHS E-&JTKS LA mSSî'Ar ?t>h PlcDÏ ae' SAK5 StaiSC-tEXPUKAilW C3 1T& SH8VEYE8 «aees&cfflm! ’SGEH1PJRS CONSEILS ¦ Le difficile problème technique posé par une nappe d'eau UN IMMEUBLE CONSTRUIT SUR UN “BATEAU” EN BETON .! par Roger CHAMPOUX Le modernisme doit faire place à 1 histoire.Rançon du progrès, n’est-ce pas ! Sur un emplacement qui fut celui des anciennes fortifications de Ville-Marie, la Compagnie de publication de la Presse, s’étant portée acquéreur d’un terrain considérable (242 pieds de longueur sur 91 pieds de profondeur) a entrepris la construction d’un nouvel immeuble rendu nécessaire par l’essor du plus grand quotidien français d’Amérique.Huit bâtisses abritant douze commerces ont dû être démolies et ces travaux préliminaires ont exigé une quarantaine de jours.Le terrain déblayé, les entrepreneurs-constructeurs en prirent possession.Nous sommes dès lors devant une série de problèmes inusités et il n’est pas exagéré d’écrire que les techniciens eurent à faire preuve d’initiative, voire d’audace, pour leur apporter d’heureuses solutions.Ce qu’on découvre en creusant De l'avis des spécialistes, le sous-sol de la rue Craig est à la fois le plus difficile et le plus délicat à préparer pour recevoir un immeuble lourd, si celui-ci doit être construit sous le niveau de la table d’eau.Il faut savoir que l’ancienne rivière Saint-Martin a longtemps coulé dans un lit qui est devenu 1 actuelle rue Craig.Les ingénieurs savent que la table d’eau existe toujours.En fait, elle n’est qu’à quelque vingt pieds sous le niveau de la rue Craig.Doit-on se limiter à construire au-dessus de cette table d’eau ou peut-on, en pompant, en abaisser le niveau sans mettre en danger les édifices importants construits aux alentours et qui ne reposent que sur le sol sans supports solides au roc ?Comme les besoins d’espace d’entreposage du papier sont de première nécessité pour un journal, il a fallu étudier toutes les façons possibles de creuser en profondeur.Les architectes et les ingénieurs ont consacré des milliers d’heures à la découverte des difficultés pouvant surgir de ce fait.Et voici qu’ils découvrent que l’emplacement du nouvel édifice est entouré de services électriques d’importance majeure à l’industrie montréalaise ; que les conduites d’eau, d’égouts (grand collecteur et circuits secondaires), de gaz, de téléphone et d’électricité se trouvent sous les rues et trottoirs voisins.A certains endroits, ces conduites touchent presque la ligne de propriété de la future bâtisse.De plus, ces conduites électriques à proximité des fondations doivent être protégées afin de n’être pas endommagées par l’excavation ou autrement.Signalons que l’une de ces conduites électriques est de l’ordre de 120,000 volts, logée dans des tubes remplis d’huile sous pression à quelques pouces à peine du mur le long de la rue Craig ! Et voici également que les sondages et les puits d’essai indiquent une formation de sol très inusitée et difficile à travailler.La technique a des limites Plusieurs solutions seront examinées.Encore faut-il qu’elles s’avèrent pratiques et économiques à la fois.Nombre de propositions mises à l’étude furent finalement rejetées parce qu’impraticables dans le terrain Cette photo s’explique d’elle-même.Il s’agit d’un des deux essais de capacité portante des pieux « Parco » sur lesquels repose le radier et conséquemment l’immeuble.De g.à d.MM.Yves Paré, gérant général de “Parco Drilling 8c Exploration’’, Guy Sicard de la « Société Franki », qui a fourni les appareils de précision pour conduire l’essai, et l’ingénieur Lucien Corriveau, en charge des travaux pour le compte de « Surveyer, Nenniger & Chênevert », ingénieurs conseils. % ¦- • ¦ 7 ?r r rj : : Cette photo prise au dernier sous-sol permet de voir une section de la membrane d’imperméabilisation bâtie selon le procédé “Icoss-Weder”.A noter que cette membrane n’est pas un mur de fondation .ce qui explique la présence du treillis d’acier qui sert d’étançon alors qu’on s’apprête à construire précisément les fondations de l’immeuble.en question, ou trop dangereuses, ou encore économiquement impossibles.Sous la direction des experts du bureau Surveyer, Nenniger & Chênevert deux puits d’essai furent partiellement forés, mais les méthodes employées ne permirent pas de percer ces puits au niveau requis.Tout au plus six pieds plus bas que la table d’eau.La compagnie Collet & Frère exécuta le premier puits, mais dut abandonner la tâche dès que la table d’eau fut rejointe.Le second puits fut exécuté par les experts en fondation Spencer, W hite and Prentis of Canada, suivant la méthode américaine (soldier piles & planking), c'est-à-dire à l’aide de sections d’acier en « H » et de Avant de couler le radier proprement dit, une première couche de ciment a été épandue au dernier sous-sol de l’immeuble.Précaution nécessaire pour faire échec à la moindre infiltration d’eau.madriers épais servant à retenir les terres à mesure qu’augmente la profondeur.Un puits de pompage et huit puits d observations furent préparés de façon à suivre l’action du pompage sur le niveau de l’eau.Ce second essai ne fut guère plus heureux que le précédent et après sept semaines de travail et le bris de plusieurs pièces d’équipement, la société Spencer, W'hite & Prends abandonna l’essai et se retira du chantier.Toutefois, ces diverses initiatives ne furent pas totalement inutiles.Grâce à elles, on se rendit compte que la percolation à travers le sol était presque nulle (porosité négligeable) et que les méthodes utilisées pour forer les puits d’essai ne pourraient servir à l'exécution du projet.Avant de prendre une décision d’abandon, c’est-à-dire ne pas construire un sous-sol, les ingénieurs songèrent à deux autres solutions.La première : construire par caissons pneumatiques un mur de béton solide jusqu’au roc faisant le pourtour de l’édifice et servant de mur et de support aux charges fantastiques prévues.Hélas ! ce procédé s’avéra trop coûteux.La toute dernière solution Il ne restait que la seconde et dernière solution, et peu d’espoir.Cette fois, il s’agissait d’un procédé absolument inédit au pays.La société italienne I.C.O.S.est alertée et l’inventeur du procédé qu’elle exploite, le Dr Chs.Veder, vient au Canada et les pourparlers commencent.Bientôt il devient apparent que le procédé nouveau peut solutionner des problèmes jusque-là insurmontables.Chaque problème est étudié minutieusement et les ingénieurs reconnaissent que la proposition Veder est économiquement réalisable.Plans et devis sont préparés, des soumissions demandées, la compagnie Charles Duranceau est choisie et les travaux débutent pour de bon.Décision est d’abord prise d’étançonner les terres du pourtour de même que la fameuse conduite électrique, à l’aide de poutres en « H » pour ensuite procéder à la construction de la membrane LC.O.-Veder jusqu’au roc solide, en sections de quatre mètres de longueur.Mais on doit tout de suite modifier le procédé et construire la membrane en pieux individuels de 60 centimètres, foncés par pieux alternatifs et pieux intermédiaires.En outre, il est décidé que toutes les charges de l’édifice porteront sur des pieux Parco, c’est-à-dire sur des pieux de béton coulés dans une gaine d’acier foncée au roc et ancrée solidement au fond.La compagnie Parco Drilling & Exploration Limited est engagée et procède au fonçage de 275 pieux en groupes de trois, de quatre et de cinq pieux.Le problème en trois temps De tout ce qui précède, il ressort trois points essentiels : (1) le roc solide se trouve à 60 pieds sous le niveau de la rue Craig ; (2 ) la table ou nappe d’eau est à quarante pieds environ au-dessus du roc et (3) le fond de l’excavation finale sera à l’élévation 13.0 c’est-à-dire à 20 pieds au-dessus du roc ou 21 pieds SOUS la nappe d'eau.Il est à remarquer que la pression hydrostatique à ce niveau est de 1,300 livres au pied carré, pression qui n’est pas tellement considérable si on considère que dans certains projets hydroélectriques québécois, cette pression (à l’usine) s’élève quelquefois jusqu’à 10,000 livres au pied carré, voire plus.1,300 livres au pied carré .ce n’est pas à mépriser quand même. Cette coupe verticale de l’immeuble sert deux objets : elle révèle l’ordonnance des divers services du journal, de l’entrepôt de papier aux bureaux de l’administration ; surtout, elle permet de mieux comprendre le rôle du radier qui repose sur des pieux ayant rejoint le roc à soixante pieds du niveau de la rue Craig.Le mur « Icoss », qui occupe tout le périmètre du terrain, autant que le radier lui-même, a été construit pour combattre la pression hydrostatique car, comme on le sait, l’actuelle rue Craig est le lit de l’ancienne rivière Saint-Martin.Le travail est d’autant plus long et délicat qu’il a été demandé aux architectes et aux ingénieurs d’édifier une structure en béton sans une seule colonne intérieure à partir du plancher de la salle des presses.Toute la section gauche de l’immeuble sera en porte-à-faux, c’est-à-dire sans appui, au-dessus de la ruelle des Fortifications.E X.PE.DI 7 IOK1 Y Y Aad/er il % fi*i ** Le radier doit être solide puisqu’il doit combattre à jamais la pression hydrostatique des eaux souter raines.Conséquemment il a été armé d’un treillis d’acier.La photo montre le carrelage des tiges métalliques d’un pouce et demi de diamètre.Ce treillis a été placé à la partie supérieure du radier afin que la résistance soit absolue.Le contreventement nécessaire pour tenir la membrane en place sera impressionnant et l’excavation pas facile d’exécution.Revenons maintenant à l’immeuble.Pensez qu’il faut élever une bâtisse de 242 x 91 pieds, ayant une superficie totale de plancher de 150,000 pieds carrés et 2,500,000 pieds cubes.Toutes les dalles doivent être construites pour supporter des charges vives de 200 livres au pied carré, à l’exception de la dalle de la stéréotypie qui, elle, aura une charge de l’ordre de 500 livres au pied carré.Sans parler des dalles sur lesquelles reposera la lourde rotative ; sans parler de la dalle du radier (base) qui doit contenir la pression hydrostatique de la nappe d’eau souterraine et la membrane de pourtour.Le procédé I.C.O.S.-Veder Nous l’avons dit plus haut, la société italienne I.C.O.S.-Veder a été chargée de la construction de cette membrane étanche.Tentons de la décrire, sommairement.Elle consiste en trous cylindriques alternatifs d’environ vingt pouces de diamètre, forés dans le sol jusqu’au roc solide à l’aide d’une foreuse à percussion.A mesure que l’on descend, on remplace la terre forée par une boue de bentonite très dense.Une pression de huit atmosphères est exercée afin que la boue de bentonite sous pression remplisse tous les pores du sol sur une distance de plusieurs pouces.Le bentonite se congèle, pour ainsi dire, et en arrive à former une paroi relativement étanche autour du pieu.Ceci fait, on dilue le fluide du bentonite à l’intérieur du pieu jusqu’à ce qu’il ne reste plus de pierre ou de terre.Ce travail terminé, on coule un béton très lourd dans le pieu, après y avoir inséré une cage d’acier d’armature.Ainsi nous obtenons un cylindre solide de béton.Les pieux alternatifs sont d’abord complétés puis viennent ensuite les pieux intermédiaires.Petit à petit, on érige un mur qui devient une membrane étanche et solide servant à étançonner les terres de chaque côté et qui fera échec à l’infiltration de l’eau.Etanchéité à toute épreuve En quelques mois, la membrane était parachevée sur le pourtour de la propriété.Simultanément à ce travail, on avait procédé à la mise en place des 245 pieux sur lesquels reposera tout l’édifice.Si l’immeuble en voie de construction était statique (un immeuble à bureaux par exemple), certaines précautions ne seraient pas nécessaires.Mais, on aura compris que la puissante rotative, dès sa mise en marche quotidienne ( sauf le dimanche), et à l’année longue, va exercer sur les fondations un constant mouvement de vibration.Si réduit qu’il puisse être, il n’en existera pas moins.Dans cette ligne de pensée, les ingénieurs ont donc été tenus d’obtenir des tests de résistance des pieux.Le règlement 1900 Il faut savoir qu’il existe dans le code montréalais du bâtiment un règlement qui gouverne toute construction élevée sur pieux.Ce règlement porte le numéro 1900 et stipule qu’avant l’érection de la structure, peu importe la nature du matériau, acier, bois ou ciment, il sera fait un essai de la capacité portante d’un ou de deux pieux, ceux-ci étant désignés par les ingénieurs en charge des travaux.La ville de Montréal, en attendant la revision de son code, s’en remet présentement au code national du bâtiment.Or, ce dernier va plus loin encore dans ses exigences puisqu’il stipule que l’essai doit être établi au double de la capacité portante prévue.Donc, dans le cas présent : 340 tonnes par pieu.Pas question de passer outre au règlement, et les ingénieurs consultants Surveyer, Nenniger & Chêne-vert, ceux de la société Parco et le directeur de la production de la Presse, M.Elzéar Gougeon, imaginaient le dispositif requis pour entreprendre l’essai.208 blocs de béton Où trouver une masse de 340 tonnes ?Certes, il eut été possible par une méthode de fractionnement et de calculs de réussir l’expérience sur une échelle réduite et en laboratoire.Mais l’essai étant, sauf erreur, unique dans les annales canadiennes du génie civil, il a été décrété qu’elle serait conduite dans sa totalité de poids et sur le chantier même.D ailleurs le code du bâtiment l’exigeait ainsi.Il fut donc demandé à une maison spécialisée de fournir 208 blocs de ciment pesant chacun 3,500 livres .un total de 728,000 livres ou 364 tonnes.Cependant que ces blocs étaient amenés sur le chantier, on disposait au-dessus d'un pieu Parco désigné par les ingénieurs consultants S.N.C.deux vérins hydrauliques manuellement actionnés et ayant chacun une capacité de levage de 190 tonnes.De chaque côté des vérins, les manoeuvres étagèrent des poutres en bois qui vont servir d’appui à l’immense plateforme en acier (un poids de dix tonnes) sur laquelle vont, à leur tour, s’étager les 208 blocs de ciment.Donc, directement au-dessus des vérins qui reposent sur la tête du pieu, vous avez une charge de 364 tonnes, ce qui est le double (et plus) de la charge portante exigée de chaque pieu.Le long du pieu dans le sol, on a disposé deux appareils ultra-sensibles, des fleximètres qui, sur un cadran, vont indiquer au 5-10,000e de pouce l’affaissement du pieu au moment où les deux vérins exerceront une pression entre la masse de béton et le pieu lui-même.10 âsÀJÇf ¦'3LïS.Le lecteur doit retenir qu’il ne s’agit pas du tout d’essayer de soulever la masse de béton, proposition impensable, mais de calculer la résistance du pieu sous la pression d’une masse ayant le poids d’une corvette de guerre.Si le pieu se fendille, si le pieu bouge, si le pieu s’enfonce dans le roc, etc., au-delà des affaissements tolérés, aux ingénieurs de tirer les conclusions ad hoc.Si, au contraire, le pieu résiste à une pression aussi considérable, il va de soi qu’il obtient automatiquement une approbation totale.Le premier essai Aux premières heures de la matinée du jour choisi, l’ingénieur Lucien Corriveau, après avoir passé l’inspection du dispositif, donnait le signal du début de l’essai.M.Germain Guitard, de la maison Franki, actionnant le levier d’une pompe hydraulique, mit les vérins en marche.Une façon de dire, car il s’agit d’imprimer une pression sur la masse des blocs de béton.ce qui ne saurait être perçu visiblement.Deux manomètres reliés aux vérins, deux fleximètres fixés au pieu ont enregistré sur quatre cadrans des chiffres que les ingénieurs colligèrent soigneusement.A la cadence de 42)/£ tonnes à l’heure, il a fallu huit heures pour que toute la charge de 340 tonnes (il n’a pas été nécessaire d’aller au-delà) pèse sur le pieu.Or, cette masse pressa sur le pieu durant 24 heures.Puis la pression fut relâchée progressivement, opération qui dura 4 heures.A chaque nouvelle pression de 42) tonnes, l’ingénieur Corriveau, secondé de l’ingénieur géologue, Guy Sicard, l’oeil rivé à une lunette, devait observer le comportement du pieu par le moyen de la lecture des cadrans, des manomètres et des fleximètres.Nous sommes ici dans le domaine de la plus rigoureuse exactitude.Un second essai Répétons que l’affaissement du pieu -— si affaissement il y a eu — a été enregistré sur cadran au 5-10,000e de pouce .! A la lecture des manomètres de la pompe hydraulique et à l’examen des cadrans des deux fleximètres, il semble que l’essai se soit déroulé sans accroc.Il a fallu quelques jours pour étudier les chiffres révélés par la lecture des cadrans, et un rapport a établi de Cette photo prise de surplomb montre l’etat des travaux en fin novembre 1957.Sur le radier, on commence à couler en sous-sol le béton des colonnes d’appui du plancher du rez-de-chaussée sur lequel sera installée la très lourde rotative.Bien entendu, toutes les poutrelles d’acier vont un jour disparaître, leur rôle en étant un d’étançonnage uniquement.A partir de ce niveau, l’immeuble sera sans une seule colonne intérieure.Tous les services du journal auront donc une surface utile de plancher de 210' x 70' sans aucune obstruction.Dispositif de charpente absolument unique. façon définitive le comportement du pieu sous la pesée d’une charge de 340 tonnes ! L’essai a été concluant.Un autre test sur un second pieu donna des résultats tout autant catégoriques.La membrane terminé^ les pieux Parco enfoncés et prouvés, l’on pouvait dé-soimais entreprendre la troisième phase de 1 ouvrage, c est-à-dire la coulée de la j)remière section du radier.Expliquons ce qu’il faut entendre par radier.Un « bateau » en béton Les lecteurs qui ont quelques notions de physique doivent se souvenir du principe d’Archimède : Tout corps plongé dans un fluide subit une poussée verticale de bas en haut égale au poids du fluide déplacé.Les siècles et la science moderne n’ont modifié en rien ce principe premier.Donc, quand vous plongez un corps I ici, il s agit d un immeuble) dans un fluide (ici, c’est 1 eau) vous devez tenir compte de la poussée verticale ( 1,400 livres au pied carré) et prendre les moyens d’y laire échec.Pour faire image, disons que les fondations en cours de construction sont tout simplement un bateau à cale de béton.Or, pour recevoir ce bateau il a fallu, au préalable, ériger une cale qui, dans le cas actuel, a pris la forme d’un mur diaphragme de béton courant sur tout le périmètre du terrain (210 x 70 pieds) et construit selon le procédé italien Icoss-" eder.Cependant que ce diaphragme était parachevé, la société Parco disposait 265 pieux qui ont rejoint le roc à soixante pieds de profondeur.Ces travaux majeurs (et basiques) ont requis huit mois de labeur.Désormais, le chantier en arrive à la phase élévation proprement dite.A fond de cale et sur les pieux de béton armé, il faut établir le radier.Ce mot vient de radeau et, en technique, veut dire : un revêtement de protection contre le travail des eaux.Ce radier devant subir l’incroyable poussée hydrostatique et, d’autre part, servir de plancher à tout 1 immeuble, on imagine aisément 1 ampleur des calculs qui ont présidé à sa préparation.Les ingénieurs en vinrent à la conclusion de couler le radier en trois sections, en débutant du côté ouest du périmètre.Cette première section occupe une surface de 5,600 pieds carrés.Un bloc monolithe Or, le mercredi 18 septembre dernier, à 6 h.30 exactement, 1 opération coulée numéro un débutait.Une condition sine qua non dominait toute l’entreprise : obtenir un bloc monolithe et de 4 pieds et demi d’épaisseur.MM.Lucien Corriveau, pour le compte de la société Surveyer, Nenniger & Chênevert ; René Martin, pour celui de Charles Duranceau, entrepreneur général, et les techniciens de Montreal Paving, fournisseur des 976 verges cubes de béton, avaient mis au point un dispositif étudié de façon que l’opération pût être terminée en dix heures.Elle le fut en 9 h.et demie, compte tenu d’une demi-heure pour le lunch des manoeuvres, servi sur le coup de minuit.A la cadence de plus d’une verge cube à la minute déversée par treize bétonnières venant prendre place a tour de rôle devant 12 chutes (58 pieds de longueur chacune), disposées en groupe de quatre sur le côté Craig et sur le côté ruelle des Fortifications, il a été possible d’établir une manière de record : 414,500 livres de béton coulées par heure.Si l’on retient que le poids d’un pied cube de coulée est de 150 livres, on imagine quels hommes costauds et ayant une longue pratique de ce genre de travail il fallait pour manier les chutes afin de diriger le jet à travers le treillis de l’armature métallique du radier.C’est ici qu’entrent en scène MM.W.Cousineau et Jos.Bernier, respectivement contremaîtres des travaux et des journaliers.Dirigeant quatre équipes (au total: 55 hommes), ces deux contremaîtres ont réussi à maintenir la cadence requise, à éviter les embouteillages et les accrochages et à rythmer en quelque sorte l’ordonnance de l’opération.De six heures à l’aube Si la technique était au point à l’arrivée des bétonnières, elle l’était tout autant au point de départ, c’est-à-dire à l’usine de béton de la Côte Saint-Paul (de 6 h.à minuit), puis à celle de la rue Beaubien, de minuit à l’aube.D’un véhicule stationné près du chantier, M.Rouleau était, par radio, relié à ces deux usines et signalait les instructions nécessaires.Chaque bétonnière, lourde de 8 verges cubes de béton liquide, devait exécuter une manoeuvre habile pour stopper devant la bouche des chutes.Le béton versé, le chauffeur reprenait le chemin de l’usine ; une autre bétonnière occupait la place laissée libre et cette rotation dura jusqu’à 4 h.30 a.m.On aura compris que le béton était malaxé au fur et à mesure ; que des échantillons étaient puisés des chicanes des malaxeurs avant la livraison aux bétonnières.Ceci pour assurer un produit de qualité constante.Du béton pervibré Identiques précautions sur le chantier où l’archi-tecte-conseil, M.J.Massue, observait de près le travail d’épandage.Très important ce travail.Il faut surtout éviter que le béton bloque et que des poches d’air se forment, qui pourraient provoquer des fissures aux conséquences graves pour la solidité du radier.On obvie à pareille éventualité par deux moyens : (a) dans l’aggloméré de pierre concassée et de ciment, on incorpore une composition chimique qui a pour effet de retarder de deux heures le temps de prise de béton ; (b) chaque équipe de manoeuvres est nantie d'un vibrateur qu'un ouvrier spécialisé plonge dans la coulée (entre les interstices de l’armature) afin que le béton soit également distribué et jusque dans les coins.De plus, une fois la coulée totalement épandue, on procède à un pilonnage au moyen de dames en bois qui tassent l’aggloméré.Dans ces conditions, la compacité est à toute épreuve.Sans aucune colonne Tant de précautions peuvent apparaître superflues.Toutes sont pourtant nécessaires.Non seulement nous aurons vaincu la poussée de la tête d’eau, mais nous pourrons, sur ce radier, dresser les murs de fondation sur lesquels s’élèvera la structure (entièrement en béton — et sans colonnes) intérieure de l’édifice.Armée de 60 tonnes d’acier, reposant sur 85 pieux Parco, la section un du radier a exigé 120 voyages de béton, soit un poids de près de 4 millions de livres.D’ici quelques semaines, les deux autres sections du radier auront été coulées et ce gros oeuvre terminé on procédera à l’érection de la charpente.Nombreux sont les techniciens qui suivent ces travaux avec une extrême attention.Sur le plan du génie civil il est désormais admis que les fondations de l’immeuble sont absolument uniques au Canada, tant pour les difficultés offertes par le terrain que pour les solutions qu’il a fallu imaginer pour les contourner.Couler un bateau en béton en plein coeur de ville, cela, en effet, ne se voit pas tous les jours.12 THE CHALLENGE OF THE GLOBAL SKYWAYS AS we stand in the middle of the first flying century, the most casual observer is aware of momentous achievements in the air.Yet even those of us most closely involved in the living history of air transportation, do not fully realize the true significance of these events until we adjust the focus of historical perspective.It is rather startling to recall that as recently as 20 years ago the solo flight of Charles Lindbergh across the Atlantic made bigger headlines and created a greater sensation than the recent launching of Russia's satellite.Even 12 years ago, at the end of the war, the air crossing of the Atlantic was widely regarded as an adventure reserved for the heroic or the foolhardy.MR.G.W.G.McCONACHIE, PRESIDENT OF C.P.A., AT THE CONTROLS OF ONE OF HIS COMPANY’S PLANES.With this in mind, it is astounding to realize that last year, nearly one million people have followed Lindbergh's trail, flying across the Atlantic.Statistics of the air travel trend speak in eloquent terms.Between 1950 and 1956, trans-ocean air travel increased by 141%, while sea travel increased 16%.In 1956, for the first time, more people crossed the Atlantic by air than by water.During the peak travel period last summer, there were 100 airline flights every day between this continent and Europe.If you were able to take a flash photograph of the Atlantic airways, at any given moment of the night or day, it would reveal some 60 intercontinental airliners in flight with an airborne population of some 2,000 people.It is a fact that an airliner completes a crossing of the Atlantic or the Pacific oceans every 18 minutes of the night or day.Since 1948, there have been 145,000 scheduled passenger flights across these vast oceans.It is a significant commentary on the achievement of reliable flight that in all these flights, not a single passenger has even got his feet wet crossing the Atlantic routes, and the Pacific record for reliability is equally impressive.This same amazing pattern of routine air service extends across every ocean and over every continent around the world.Someone with a hobby of statistics, and a lot of time on his hands, has calculated that world air transportation has logged enough miles since the war to equal 22,000 round trips to the moon, approximately five a day since 1945 ! Very few passengers are interested in the moon as a destination just yet, but in the meantime, millions today are making casual flights that even 20 years ago would have seemed just as fantastic.It is an astonishing fact that some 90 million passengers have flown on the international air routes alone last year, and the "floating population" for this year is estimated at 100 million people flying between nations.It is obvious that, in itself, the airplane is no more than an instrument, whether for good or evil, and the effect of modern global air transportation will depend on human rather than purely mechanical achievements.By G.W.G.McCONACHIE, President, Canadian Pacific Airlines Limited At the same time, it is worth noting that the world airlines and the related government agencies have set a splendid example of international cooperation.Consider, for instance, the case of a Dutch pilot landing a British airplane at a Venezuelan airport, using an American-designed radio system operated by a Czechoslovakian controller.This is no freak example.That sort of thing is happening hundreds of times every day at airports all over the world.The International Civil Aviation Organization is a world-wide group of technical experts appointed by some 70 member-governments.With its headquarters in Montreal, ICAO, as it is called, has achieved the miracle of devising an international language and establishing universal safety standards and procedures for the safe operation of airliners in all the skyways of the world.Perhaps I could give you some idea of the extreme complexity of ICAO's task by giving you a specific example of the technical facilities required to support even one of the low-density air routes.You might say the Polar Route, Vancouver to Amsterdam, crosses the empty end of nowhere, featuring ice caps and northern seas.Yet consider the fact that a polar flight A FUTURE PILOT LISTENS TO THE FRIENDLY VOICE OF THE CONTROL TOWER OPERATOR, FROM THE CABIN OF A SUPER DC-6.V ,mn m is sustained by 23 reserve of alternate airports, all taken into consideration in flight planning.Before take-off the Captain is briefed on the weather along the route.This information has been gathered, over an intricate communications network, from several hundred reporting stations.In flight, the navigation is assisted by a network of 70 short-distance radio stations, in addition to a LORAN, or long-range system which provides night coverage for the entire route and up to the extreme northern rim of Canada.For most of the flight, the airliner's progress is checked by a series of 10 flight information or area control centres.The Captain maintains radio contact at all times with one or another of 28 terminal and enroute communication stations.For the entire duration of his flight, he receives current weather reports every 30 minutes.Even over these barren regions, the flight is backed up by nine rescue co-ordination centres deploying 17 search units, as well as by three ocean station vessels.On this particular route, of course, a large number of these facilities happen to be Canadian, but a great many are maintained by the United States and by European countries as well.Even more intricate ground systems sustain the regular air services between such terminals as Mexico and Montreal, Tokyo and Hong Kong, Karachi and Calcutta.In all cases, they are co-ordinated, and the safety standards are laid down by ICAO.A similar ground-support pattern covers the many thousands of miles of the world wide system of air services between more than 3,500 cities.Thus a Canadian airliner can rove routes to the Orient, to Europe, to South America, to the Antipodes, in fact virtually anywhere, and encounter the same uniform high standard of ground facilities and the same recognized airway procedure.This is a great tribute to the success of ICAO in transforming a technical Tower of Babel into a model of international cooperation and understanding.Closely related to this government body, and another excellent example of international harmony, is the world airline organization known as the International Air Transport Association, or IATA.Incidentally, IATA, like ICAO, makes its headquarters in Montreal.Considering the example of a Mexico-Vancouver flight.The passengers on this particular service may have bought their tickets and made their reservations though any of the 71 airline members of IATA, or from any one of some 6,000 approved travel agents anywhere in the world.They may have originated anywhere in South or Central America, connecting with CPA at Mexico.If they are proceeding onward from Vancouver, as most of them are, to the Orient, to Europe, or elsewhere, their tickets, wherever purchased, will be valid on any other airline.These passengers may have purchased their tickets in any one of a score of currencies, but at a standard price established by international agreement.Like millions of others, they are able to move through the air ocean on their widely divergent journeys, transferring from one airline route to another, perhaps encircling the globe.They all may travel with ease, with a minimum of complications, because of the universal cooperation of the international airlines.14 SWSpSij Of course, this cooperation in the universal interest does have its qualifications.And these apply to the granting of route licenses and traffic rights between nations.When many nations assembled at Chicago in 1944 to lay the foundation for international aviation, there was a bright hope that they would realize freedom of the skies.The nations did agree to the first two freedoms, that is the right to fly over another country without landing, and the right to land for fuel.Incidentally, two nations were hold-outs on these two freedoms, for opposite reasons.Chile wanted all available air service, so has insisted that any airline desiring to fly over their country must land and carry traffic.The Russians, of course, wanted no part of any capitalist airlines, although there have been recent indications of a change in their attitude.The other freedoms have been defined as follows : No.3 — The right to deliver passengers from the home origin to the foreign country ; No.4 — The right to pick up passengers in the foreign country for flight to the home country ; No.5 — The right to carry traffic between two foreign countries ; the sixth freedom, known as "cabotage”, involves the right to carry passengers between two or more terminals within another country.These flight freedoms have been the subject of intricate bilateral agreements between the countries involved in international air travel.For example, a Canadian airline is awarded traffic rights at the Amsterdam terminal in exchange for corresponding rights for the Dutch airline at Montreal.We have traffic rights at Mexico City.The Mexican airline has rights at Windsor.TCA serves London, and in return BOAC flies to Montreal.Canadian airlines are presently interested in extending their services to Rome, but this must await the signature of a bilateral agreement between the Italian and Canadian governments.This will specify equivalent rights in Canada for an Italian airline.From all of this you will realize that world air transportation today offers more than the opportunity for the intermingling of nations.Through its own organizations, the air transport industry provides significant examples of cooperation transcending the barriers of race and politics.As prospective passengers on the air routes of the world, however, I am sure you are at least equally interested in what the immediate future promises in terms of faster, more comfortable, and more extensive air transportation for your travel dollar.I believe the prospects can be summarized accurately with the prediction that during the next 10 years, the air traveller may expect a much-improved product from the airlines.In fact the imminent introduction of turbine-powered transportation to the international routes will offer the customer the best buy in the entire history of travel.This does not suggest a significant lowering of prices.I believe the airlines have already achieved economic miracles in actually holding their prices below the 1939 level in the face of the steadily rising costs.I do predict, however, that with no increase in fare, the passenger will have a faster, smoother, THE STURDY DC-3 IS STILL WIDELY USED ALL OVER THE WORLD.THIS ONE IS BRINGING GAZOLINE TO AN OUTPOST IN NORTHERN CANADA. yyjm.' and more direct ride from origin to destination.The trend is to long-range-non-stop flights, at higher altitudes and free from the noise or vibration of the piston engines.The big turbine-powered intercontinental airliners of the near future will fly in the placid substratosphere eight miles above the earth, well above the weather/'sjhey will fly so fast they will actually leave the noise of their engines behind.Canadian Pacific Airlines has ordered six long-haul Bristol Britannia turbo-prop airliners, and we are expecting delivery of the first of these in February.They will be in service on our international routes this year.These airplanes represent an investment of $21 million but they will more than pay their way in greater efficiency, speed and comfort of flight.Each of these "whispering giants" will cruise at 400 miles an hour.They will carry 100 passengers, and they will fly 5,000 miles without landing for fuel.The big turbo-props in time will be succeeded or perhaps supplemented, by the pur e-jets or turbojets, such as the Boeing 707 and the Douglas DC-8.The price tag on these is in the neighborhood of $5 million, and we have to admit that's a pretty ex-elusive neighborhood.But their speed of 550-600 miles an hour, their capacity of 150 passengers, and their range of 6,720 miles, justify the very substantial investment involved.You may well wonder how the airlines can even contemplate the expenditure of $5 million for a single airplane, but the secret is in the productive capacity of high speed coupled with large passenger capacity.To illustrate : a single DC-8 will be able to make 450 Atlantic crossings in a year with considerable ease.This means that it can deliver 60,0000 passengers over the Atlantic route in 12 months.This is comparable to the transportation capacity of the most modern passenger steamship, which costs $70 million and requires a crew of 1,000 people to operate, compared with 10, at the most, on an airliner.Prophecy, as applied to air transport, is an exceedingly risky business particularly with such power prospects as rocket engines and atomic fuel on the horizon.It is almost certain that the experts will be confounded by the developments in the next quarter century of flight.I believe it is safe to predict, however, that with the advent of the 600-mile-an-hour jets, the airlines will reach a 10-year plateau.During this period there will be route changes and variations in passenger service, but no significant increases in aircraft performance.It will take time for the airlines to recover their multi-million-dollar investments in this fabulous flying equipment.Another consideration is the fact that beyond 600 miles an hour, the airplane designers encounter the sound barrier.II will take an enormous boost in power, plus new shapes in wings and fuselages, to crash through.Once through the sound barrier, however, commercial airplanes should spurt ahead to the performance region of 2,000 miles an hour.This is a prospect perhaps 20 to 25 years in the future.It will mean flying from Montreal to London, England, in 97 minutes and from Montreal to Vancouver in one hour and 14 minutes.Beyond the 2,000 mile-an-hour region, the designers will encounter the heat barrier.The intense heat of skin friction at those super speeds will call for special metals and possibly refrigeration of aircraft surfaces.I am confident that the navigation aids, the air traffic control facilities, and the runway requirements will be developed to keep pace with the remarkable improvements assured for the airliners in the next 10 and 20 years.Unless there is a drastic change in our air terminal policy, however, there is no assurance that our passenger handling facilities in Canada will ever catch up.So far, as most of you know from exper- f COMFORT ALOrr.RECLINING SEATS ARE ALWAYS WELCOMED ON LONG NIGHT FLIGHTS. V ience, the ground handling of passengers in this country has lagged ten years behind air transportation.This unfortunate situation will become progressively more acute, and more serious from the passenger view.As the speeds of travel increase, the ground delays assume ever greater significance.To a 600-mile-an-hour passenger, a 30-minute delay in customs and immigration is just the same as a 300-mile set-back in his journey.I must admit at the same time that we, in the airline business, can still do much to improve our passenger-handling procedures.Every once in a while, for example, someone's baggage goes astray, and in the international flying business that can mean really astray.There was one disgruntled passenger who wrote us with such a complaint.With a fine touch of irony, he suggested the following slogan for our Atlantic routes : "Breakfast in Montreal.Dinner in Madrid.Baggage in Mexico." This mid-century generation to which we belong has scored amazing achievements, but faces terrifying problems.We are up against the harsh fact that the airplane has a black record as a destroyer and offers even more terrifying prospects as an instrument of long-range atomic warfare.I believe, however, that we can draw hope and courage from the positive elements in our flying future.True, we may be more vulnerable to our enemies, but we are also more accessible to our friends.The belligerent impulses in mankind are deep-rooted, but so are the instincts of friendship, and the urge of survival.With all the fabulous discoveries in science, perhaps our next great achievement will be in the realm of human relations.Let us hope that our generation will discover the secret which will enable us to penetrate the hate barrier and to win through to the calmer regions beyond, free at last from the tragic turbulence of strife and destruction.IN 1956, MORE PEOPLE CROSSED THE ATLANTIC BY AIR THAN BY WATER.WHAT MAY WE EXPECT IN TEN OR FIFTEEN YEARS FROM NOW WITH THE YOUNGER GENERATION BROUGHT UP IN AN AIR-MINDED WORLD ?m DINNER FOR TWO IN A C.P.A.DC-6. Mouvement de retour au Canada chez les Eranco-Américains?par J.-B.Nolan DEPUIS quelque temps, et plus particulièrement au cours des récents mois, on se préoccupe, tant au Canada que dans les Etats de la Nouvelle-Angleterre, d’une question qui, autrefois, semblait ne jamais devoir être soulevée.Il s’agit du retour possible d’un certain nombre de Franco-Américains vers le pays de leurs ancêtres.Dernièrement, certains journaux ont fait écho à des aspects du problème, car c’en est un, et nous croyons faire oeuvre utile en esquissant brièvement les causes qui ont conduit à ce retour des choses.Ce n’est plus un secret pour personne, les Franco-Américains de la Nouvelle-Angleterre, ceux du Vermont comme ceux du Rhode-Island, du Massachusetts, du New-Hampshire et du Connecticut, passent par une crise économique qu’ils étaient loin de redouter il y a cinquante ans ou plus.Les filatures de coton, notamment, qui avaient assuré à la plupart de nos émigrés québécois non seulement le gagne-pain quotidien mais une certaine aisance, ne donnent plus à la population cet élément de sécurité auquel elle était habituée jusqu’ici.Devant une concurrence inexorable, tant de l’intérieur que de l’extérieur, les moulins ont dû déménager plus au sud, où la main-d’oeuvre coûte moins cher et où certaines conditions de travail, inacceptables, en Nouvelle-Angleterre, s’avèrent tolérables.Il est vrai que certaines industries ont remplacé les anciennes, mais il n’en reste pas moins évident qu’elles ne suffisent plus à absorber le grand nombre d’artisans que des conditions économiques nouvelles, la nécessité de survivre aux exigences de l’heure, avaient pour ainsi dire jetés sur le pavé.Il y a eu des déplacements très nombreux d’une ville à une autre, d’une région à une autre ; dans l’ensemble, cependant, les Franco-Américains n’ont pu profiter d’une prospérité qui régnait tout autour d’eux, mais dont ils étaient exclus par la force des choses.C’est ainsi que des villes au tiers franco-américaines se sont pour ainsi dire vidées de leurs spécialistes d’autrefois, et il n’est pas rare de voir des sections de rues commerciales abandonnées en tout ou en partie dans maints secteurs.Quelques entreprises nouvelles ont pu surgir, financées même par nos compatriotes, mais elles ne se sont pas avérées suffisantes pour recevoir ceux que le destin avait voués au chômage.Dans plusieurs villes, les femmes ont dû se charger du gagne-pain en plus grand nombre que jamais.Dans plusieurs cas, la vie de famille en a souffert, même si le salaire de la femme pouvait suffire à assurer le nécessaire aux siens.De tout ceci, il est résulté un malaise général, malaise à peine perceptible au début, mais qui se concrétise de plus en plus à mesure que les mois passent.Par ailleurs, ceux qui ont pu se payer le luxe d’une visite en terre canadienne se sont vite rendus compte que nous n’avions rien à envier à nos cousins d outrefrontière et que, dans l’ensemble, notre situation nous offrait .des avantages que nous n’aurions pas osé prédire il y a une quarantaine d’années.En d’autres mots, les rôles sont renversés.Nous, qui avons longtemps végété au point de vue économique, avons réussi à édifier un patrimoine qui fait l’envie de ceux qui dans le passé nous avaient délaissés pour tenter fortune sous d’autres cieux.Nous ne sommes plus les parents pauvres.Nous vivons des jours passablement heureux aussi bien dans les villes que dans les campagnes, et les cas de misère réelle sont de moins en moins nombreux.Nous avons à portée de la main tout ce qui faisait notre envie autrefois.Nous vivons dans une ambiance de sécurité et, disons-le, dans une atmosphère de prodigalité dont nous aurons peut-être à nous repentir plus tard.Aujourd’hui, le Franco-Américain peut envier notre sort, et ceux qui ont gardé quelques attaches avec notre pays, soit par les liens du sang, soit par ceux de l’amitié, regrettent sans doute d’avoir quitté le Canada, pays d’avenir par excellence, pays aux ressources illimitées.Et parlant de ressources, il est peut-être opportun de rappeler que les Etats-Unis, avec tout le respect que nous devons à leur génie industriel, ont peut-être dépassé les bornes de la prudence en produisant plus que ne le voudrait une saine économie.Le pays, par ailleurs, a absorbé d’un seul coup trop d’immigrants, semble-t-il, et les ressources qui abondaient dans les quatre coins du pays se sont épuisées à une cadence telle que les gouvernants doivent tourner les yeux vers d’autres régions afin de s’assurer les matières premières indispensables au bon fonctionnement de leurs industries.Nous ne voulons pas déprécier la grandeur du pays voisin, ses grandes qualités, son immense potentiel dans tous les domaines de l’activité humaine.Mais il est parfois bon de se ressaisir et de regarder bien en face ce qui peut se produire.Sans être prophète, nous croyons que les Etats-Unis s’acheminent vers une situation qui nuira peut-être à sa productivité et pourra conduire à la fois à une dépression si redoutée.La prospérité d’un pays doit reposer en grande partie sur une exploitation raisonnée des ressources naturelles sans quoi, c’est le marasme éventuel.Si nous abordons la question de langue et de religion nous devons constater que le vaste creuset américain a tôt fait d’absorber un certain nombre des nôtres qui, tout en conservant jalousement une certaine part des traditions d’autrefois, ont laissé s’effriter le respect dû à la langue de leurs pères pour se perfectionner dans la nouvelle.Peu à peu, entourés de gens qui, sans nécessairement s’efforcer de leur faire perdre la langue, travaillaient sans trop s’en apercevoir à sa disparition, un trop grand nombre de nos bons Canadiens d’autrefois et de leurs descendants ont délaissé le verbe de leurs ancêtres pour ne songer qu’à celui de leur patrie d’adoption.Avec le temps, la langue ayant perdu tout attrait, l’oubli de la culture française et de tout ce qu’elle représente ne pouvait tarder.Dans les écoles, la part du français était plus ou moins négligeable, quand elle n’était pas nulle.La jeune génération, imbue d’un patriotisme dont il faut reconnaître la sincérité, et noyée pour ainsi dire dans 18 une ambiance où elle ne respirait qu’un américanisme de bon aloi, n’a pas appris à conserver le patrimoine de la langue.Les paroisses, les écoles, les oeuvres surgies ici et là autour des colonies franco-américaines au prix de grands sacrifices n’ont pas su, dans bien des cas, conserver intact le mobile si pur qui les avait inspirées.Nous avons vu des paroisses florissantes à tous les points de vue démembrées sans merci pour être fusionnées à d’autres où la conservation du français et de nos nobles traditions constituait le moindre souci de leurs administrateurs.Connivence ou désintéressement de l’autorité ?L’un ou l’autre, peut-être les deux.L’ingérence de certains éléments qu'il n’est pas besoin de désigner dans le domaine de l’éducation n’a pas peu contribué à amener cet état de choses que nous déplorions il y a un instant.Malheureusement, de nombreuses personnalités, occupant des postes de commande dans un domaine ou l’autre, ont semblé faire la sourde oreille à cette vague de défections qui déferlait sous leurs yeux.Elles ont tergiversé d’abord, puis ont jeté bas les armes, parfois avant d’avoir combattu, exception faite de certaines campagnes menées ici et là et dont il est inutile d’évoquer les péripéties.Par ailleurs, les plus vaillantes sentinelles, les journaux français, qui depuis les débuts de la colonie franco-américaine veillaient sur les intérêts supérieurs de la race nouvellement implantée aux Etats-Unis, après un encouragement prometteur, ont dû abandonner la partie les unes après les autres, à quelques exceptions près.Les plus ardents défenseurs des droits de nos compatriotes qui sont restés debout demeurent ignorés par le grand nombre, répudiés par d’autres.Une arme précieuse est disparue et il ne reste à vrai dire que le patriotisme éclairé d’un certain nombre pour assurer la perpétuation de notre verbe français en terre américaine et sauver de la ruine les monuments que les nôtres ont érigés pour attester de leur foi et de leur fidélité à la culture française.En nous basant sur des statistiques remontant à 1946 (les plus récentes sur lesquelles on puisse se fier), l’on peut dire que la population franco-américaine se répartit comme suit dans les six Etats de la Nouvelle-Angleterre : Connecticut, 135,000 ; Maine, 195,000 ; Massachusetts, 605,000 ; New-Hampshire, 155,000 ; Rhode-Island, 166,000 ; Vermont, 85,000 ; soit un total de 1,341,000.De ce nombre plus d’un million parlent sûrement le français, même si dans certains secteurs il n'est pas aussi châtié qu’on pourrait le souhaiter.Un mouvement de retour au Québec serait logique parce que, de tous les citoyens non canadiens à venir s’installer dans notre pays, les Franco-Américains seraient ceux qui s’adapteraient le plus facilement et le plus rapidement à notre milieu, et ce, grâce à nos affinités religieuses, ethniques, historiques, sociales, etc.Nous pouvons les considérer comme nôtres, puisqu’il s’agit de Canadiens ou de fils de Canadiens qui ont émigré à un moment ou l’autre de leur existence.Ils pourraient facilement s’adapter à notre mode de vie qui ressemble beaucoup au leur et dont ils connaissent d’avance tous les aspects.Ils poursuivent les mêmes buts que nous, nourrissent les mêmes aspirations, nous comprennent et se font comprendre, et ils nous apporteraient cet esprit d initiative propre aux Américains et que nous n’avons peut-être pas assez cultivé au pays dans le passé.Les deux groupements trouveraient profitable de se coudoyer davantage et la population du Québec se pencherait plus naturellement sur les problèmes et les difficultés auxquels se heurte 1 élément franco-américain outre-frontière.Il y aurait nécessairement une période de réadaptation, mais celle-ci ne poserait probablement pas de graves problèmes.Le Canada absorbe chaque année un fort contingent de futurs citoyens provenant de tous les pays d’Europe.Les statistiques démontrent que les immigrants de langue française, pour qui la province de Québec pourrait constituer un milieu tout naturel, ne représentent qu’un faible indice de l’immigration.Grâce à son essor industriel, le Québec pourrait accueillir et garder chez lui les fils et petits-fils de ses anciens citoyens qui l’ont quitté au moment où il n’était pas en état de leur offrir des garanties matérielles suffisantes.L’exploitation de nos ressources naturelles trouverait chez les Franco-Américains des mains expertes dont l’apport serait précieux au point de vue économique.Certes, ici comme ailleurs, il faut peiner pour se tailler une place au soleil ; l’inexorable loi du travail existe chez nous comme ailleurs, mais le Canada est le pays de l’avenir, et les Franco-Américains y trouveraient l’occasion de faire fructifier ce goût de l’initiative qu’ils ont développé par leur séjour dans la république voisine.EST-CE REVERIE ?A ce propos, il convient de citer un éditorial paru récemment dans Le Travailleur, de Worehester, sous la signature de M.Roland Girard.Nous le reproduisons ici de façon intégrale afin que I on puisse juger «g SSt: MS Ferdinand, Gagnon, que l’on a appelé l’apôtre des Canadiens-français aux Etats-Unis.Né à St-Hyacinthe le 8 juin 1849, il s’installa dans la république voisine le 7 janvier 1868.Il fut rédacteur et administrateur de « L’Etendard National ».Ce portrait parut dans nos journaux à la suite d’un grand congrès des Canadiens émigrés tenu sous sa présidence à Worcester, Mass., les 15, 16 et 18 septembre 1871.19 ties sentiments que certains chefs de file franco-américains entretiennent sur ce sujet : Il y a quelques semaines, j’ai tâché de soulever quelque peu le voile de l’avenir du groupe franco-américain.J’ai cru entrevoir que le jour du retour au Canada était arrivé pour bon nombre des nôtres.Ai-je rêvé ?Ai-je vu juste ?L’avenir le dira.Entre temps, des deux côtés de la frontière on entretient des propos semblables aux miens.Me Ernest-R.D’Amours, de Manchester, N.H-, un homme reconnu pour sa sincérité, regarde à travers ses lunettes l’ensemble du problème franco-américain depuis des années.On sait que ses conclusions sont souvent aux antipodes des miennes.Mais sur la question du rapatriement des Francos, sa pensée paraît suivre les mêmes sentiers que la mienne.Dans le numéro de juin-septembre du Canado-Américain de Manchester, il dit : Nous avons surtout visité (cet été) la province de Québec presque dans ses quatre coins.Au cours de nos voyages, il nous est arrivé de nous demander pourquoi nos ancêtres ont quitté ce beau pays pour s’établir aux Etats-Unis où nous avons tant de misère à survivre comme entité distincte dans l’immense creuset américain.Les historiens de nous répondre immédiatement : c’est pour les motifs matérialistes du gagne-pain qu’ils sont partis .bien intentionnés de conserver leur foi, et de garder leur langue, si possible.Hélas ! comme c’est difficile dans l'ambiance qui nous enveloppe .d’autant plus que l’esprit matérialiste qui a présidé à l’émigration de nos aïeux n’a pas encore abandonné leur progéniture.C’est pourquoi le rapatriement prêché par Ferdinand Gagnon autrefois et suggéré par Roland Girard aujourd’hui est peut-être plus sage qu’on ne pense — l’un et l’autre ayant vu mieux que nous les desseins de la Providence.Quoi qu’il en soit, un chef du vieux Québec nous a demandé sérieusement et carrément ce que nos enfants faisaient ici aux Etats-Unis, puisque le Canada était, de l’avis de tous, le pays de l’avenir, même au point de vue matérialiste.Comme il serait paradoxal de voir un autre exode de notre peuple vers le Canada, cette fois, mais poussé par le même esprit matérialiste qui y trouverait en même temps un sol plus fertile et mieux adapté à sa foi, sa langue, ses moeurs, son sang.Est-ce rêverie ?Un retour au pays des ancêtres est-il désirable ?Les événements du jour semblent prouver sa désirabilité à tous les points de vue.Bon nombre de Franco-Américains ne sont plus satisfaits des possibilités d’avancement matériel en Nouvelle-Angleterre.Par contre, tout le Canada est en pleine effervescence.Les occasions de se bien caser deviennent chaque jour plus nombreuses.La main-ci’oeuvre est abondante en Nouvelle-Angleterre .elle est particulièrement rare dans maintes régions du Canada.L’immigration au Canada joue actuellement contre Vélément français.Une immigration franco-américaine, même modérée, pourrait rétablir l’équilibre.Le Franco-Américain est à quelques heures des centres prospères du Canada, tandis que les immigrés en puissance d’Europe sont si loin et — disons-le — bien moins aptes à s’adapter rapidement au mode de vie canadien que ne le sont les Franco-Américains.Tout concorde donc à créer une atmosphère favorable au retour du Franco-Américain au Canada.Mais cette immigration à rebours est-elle possible ?On nous dira que lorsqu’un pays perd des ci- toyens, il ne les reprend jamais.Peut-être.Mais l’histoire nous démontre qu’un autre rameau français en Amérique s’est rattaché au tronc après en avoir été arraché bien plus brutalement que le rameau franco-américain.Un nombre important de ces Acadiens, qui ont été chassés de leur Acadie natale, ont rebroussé chemin.Ils ont réintégré non pas la riche région de la Nouvelle-Ecosse, mais la région relativement pauvre du Nouveau-Brunswick.Pourtant, il n’y avait ni industrie, ni mines, ni commerces florissants pour les y attirer.Il n’y avait que cette Etoile de la mer qui fit naitre chez ces pauvres épaves le désir du retour .un peu comme cette autre étoile qui fit naître chez les Mages le désir de voir leur Créateur.Oui, le retour d’un bon nombre de Franco-Américains au Canada est désirable .à tous les points de vue.Il semble qu’il y a partout les éléments nécessaires à un tel retour.Il ne manque qu’un catalyseur pour déclencher une réaction à chaîne.11 serait superflu de commenter cet éditorial.M.Girard se pose lui-même la question : cette immigration à rebours est-elle possible ?Quoi qu’il en soit, nous savons pertinemment que les autorités canadiennes ont déjà été saisies de nombreuses demandes de retour.Si un tel mouvement prenait quelque proportion, un comité formé spécialement à cette fin pourrait, en Nouvelle-Angleterre même, recueillir les demandes, quitte à les transmettre à qui de droit en temps et lieu.Ces demandes devraient être fort explicites, indiquer la nature du travail auquel l’aspirant est habitué, sa situation familiale, son âge, son état de santé, etc.Cette formule devrait contenir en plus les emplois facultatifs que le requérant serait disposé à accepter advenant son retour au Canada, la région qui lui conviendrait le mieux, bref tout ce qui serait susceptible de préparer les voies à une orientation sûre.Il nous semble que le comité d’orientation, dont l’appellation a été changée récemment au congrès de Woonsocket, serait tout désigné pour s’occuper de ce travail en collaboration avec les gouvernements intéressés.Il ne faudrait pas oublier que toute émigration vers notre pays devrait être ordonnée, coordonnée, se poursuivre par étapes, à un rythme qui permettrait au Canada d'absorber cette population sans nuire à son économie et surtout sans exposer les Franco-Américains à des déceptions, car il faudrait n’induire personne en erreur et écarter toute possibilité de mécontentement.Il faudrait surtout ne jamais oublier qu'au cours des années, les Franco-Américains ont forgé de nombreux liens matériels en pays américain et qu'ils se sont imprégnés de la façon de penser, de la façon de vivre de leurs compatriotes.Il s'imposera de leur souligner qu’ici comme ailleurs, la fortune ne s’acquiert que par l’effort, et que même si les ressources abondent, il faut se donner la peine de les exploiter, de les faire fructifier.Autrement dit, la représentation qu'ils se feront de la prospérité du Canada tout entier et du Québec en particulier devra être sans mirages.Cette immigration à rebours s’effectuera-t-elle dans des proportions importantes ?Seul l’avenir le dira ; seules les conditions économiques des Franco-Améri-cains de la Nouvelle-Angleterre le détermineront.Quoi qu’il en soit, une chose est certaine : si le départ des Canadiens français pour les Etats-Unis, il y a 80, 60 ou 40 ans, a été pour le Québec une bien pénible saignée, le retour de leurs fils et de leurs petits-fils n’en serait que plus consolant.20 ARTS ET TECHNIQUES MILLENAIRES L'histoire de la technique se confond avec l'histoire de l'humanité, car, dès l'origine, l'homme s'avère capable d'inventer des outils appropriés à ses besoins.La science fixe cet événement à quelque cinq cent mille ans environ.Un instant décisif dans l'évolution des hominiens fut la station verticale ; cette acquisition oblige les mains et les pieds à se spécialiser ; ceux-ci réservés à la locomotion, celles-là deviennent des instruments pour saisir, soulever, déchiqueter, protéger ou attaquer.Les sensations tactiles et la vue permirent à la main d'explorer la nature.Ajoutons que le langage des signes lui procura un moyen de communication avec ses semblables.Main et cerveau associés firent la fortune de l'homme.Un bâton pour abattre un gibier fut le premier outil.La supériorité du préhominien sur le singe apparut quand, au lieu de jeter le bâton après s'en être servi, il le garda pour plus tard.Quand surtout il eut l'idée de le rendre pointu en le taillant avec un caillou.Certes, il accomplit un autre progrès quand, plus tard, il fit jaillir une flamme en frottant deux morceaux de bois pour les travailler.La coordination de la main et du cerveau mit donc le préhomme en possession de deux talismans : le feu et l'outil.La chronique préhistorique se reconstitue au moyen des vestiges que les hommes ont laissés, surtout des pierres : quartzite, do-rite, grès, ardoise, obsidienne etc., dont ils faisaient des outils.C'est ainsi que l'on trouve des silex taillés, grosses amandes dégrossies sur deux faces, qui servaient d'outils à tout usage.En 1954, c'est Camille Arambourg qui a découvert, au cours de fouilles à Ternifline, en Afrique du Nord, l'être qui fabriquait ces outils li-thiques : l'Atlanthrope.par Hermas BASTIEN, professeur, Ecole Technique de Montréal A l'époque du Paléolithique moyen, l'Europe était peuplée d'hominiens appelés Néanderta-liens qui vivaient dans la vallée de Néandertal, en Allemagne.Les premiers fossiles déterrés montrent des hommes authentiques, possesseurs du feu, de l'outil et de la parole.Ils habitaient selon les régions au fond des cavernes, à l'orée des bois, dans les plai- OUTILLAGE EN SILEX ('/2 GRANDEUR) .STATION DE VIERSET - B A R S E (PROVINCE DE LIEGE, BELGIQUE) RECUEILLI AU NIVEAU DU PALEOLITHIQUE SUPERIEUR.Fig.11, 12, 13, 14, : burins ; fig.17 : pointe de la gravette ; fig.15 : perçoir ; fig.8.9, 10 : grattoirs ; fig.16 : lamelle retouchée.(D'après J.Hamal-Nandrin).nés ; ils s enduisaient le corps d'ocre et d'oxyde noir de manganèse, vivaient de chasse.Leur outillage était d'os, de bois et de pierre.Ils fabriquaient, outre leurs gros coups de poing, des couteaux, des tranchets et des grattoirs.Ces hommes primitifs furent remplacés, il y a quelque cent mille ans, par la race de Cro-Magnon. On a retrouvé des crânes de ces hommes.Les circonvolutions cérébrales manifestent des capacités psychiques supérieures dont ils ont laissé des preuves tangibles.L'outillage lithique du Cro-Magnon se diversifie ; non plus une grosse pièce de pierre, mais des éclats travaillés en pointes, en lames, en masses.Des outils : grattoirs, perçoirs, burins, poinçons.Et des armes : poignards à cran d'arrêt, pointes de sagaie ou de flèche.A côté de l'industrie de la pierre, l'industrie de l'os : des aiguilles, des sifflets, des harpons, des hameçons, des propulseurs pour lancer les flèches, des pics, des poignards.On note aussi une industrie de luxe : la bijouterie.Sur les peaux de bête qui le revêtaient, l'homme paléolithique portait des colliers de coquillages ou de galets, des amulettes d'os ou d'ivoire, d'ambre ou de schiste.LA TERRE NOURRICIERE Les avances du progrès technique sont proportionnelles aux progrès déjà acquis.Ceux-ci furent lents durant le paléolithique, mais l'âge néolithique est marqué de cinq progrès capitaux à l'actif de l'homme : le polissage de la pierre, l'agriculture, l'élevage, la poterie et la technique de l'habitation.Ces progrès ne se produisirent toutefois pas en même temps, ni avec une égale évidence sur toute la terre.A cette époque, le Sahara densément peuplé se dessécha ; les habitants en remontèrent vers le nord.Le Nil, la côte syrienne, la Mésopotamie, le fleuve Jaune furent les premiers centres de population.Le gibier devenu insuffisant, le problème alimentaire s'imposa.On mangea des herbes et des baies.Orge et blé sauvage furent au menu, mais on remarqua qu'il était plus pratique de le cultiver sur place.On le sema.On le récolta à l'aide d'une faucille de silex dentelé.On le conservait dans des fosses.Au moyen de broyeurs à main, on en obtint une farine dont on fit une pâte que l'on versait sur une pierre chauffée pour en faire une galette.L'agriculture donna donc le pain.La culture du blé serait apparue, cinq ou six mille ans avant notre ère en Turquie et, de là, par l'Egypte, se propagea en Europe et en Asie.C'est en Iran que par hybridation le blé dur engendra le blé tendre que nous mangeons aujourd'hui.Les néolithiques songèrent ensuite aux approvisionnements de viande ; le cochon d'abord, puis le chat, le chien, le chameau, la chèvre, le boeuf.L'homme nomade devint sédentaire.La civilisation néolithique l'emporte sur la paléolithique par l'habitation.Aux grottes ont succédé de vrais villages.La Suisse a livré plus de trois cent quatre-vingts de ces villages lacustres, appelés palafittes.Les pilotis de ces habitations supposaient une technique assez avancée.L'outillage était encore la pierre, mais on la polissait en la frottant sur un morceau de grès ou avec du sable comme abrasif.La collection d'outils comportait des haches, souvent emmanchées sur une corne de cerf, des couteaux, des ciseaux à froid, des forets, des scies.Les archéologues ont retiré de ces palafittes de nombreux spécimens de poteries décorées et peintes d'ocre ou de manganèse : assiettes, bols, urnes, jarres, tasses à anses qui ornent les vitrines des musées spécialisés.L'habillement a fini d'être une peau de bête.A Roben-hausen, grand village lacustre de quatre hectares, un métier a été exhumé ; c'était un cadre planté verticalement en terre et d'où pendaient des fils tendus par des poids.Le tissage consistait à introduire des fils de trame horizontaux alternativement par dessus et par dessous les fils verticaux, les fils de chaîne.Ajoutons que ces primitifs n'étaient pas confinés à leurs villages.Il y avait des routes et des centres commerciaux, comme en fait foi l'exportation.Ainsi, l'osidienne, extraite de Sicile ou de Sardaigne, était expédiée jusqu'en Suisse ; l'ambre rayonna de la Baltique jusqu'en Angleterre.On a découvert près de Mons, en Belgique, une mine préhistorique ; un squelette de mineur en a été retiré.LA PROTOHISTOIRE Les hommes s'établirent le long des cours d'eau, car les fleuves sont des chemins de civilisation.Sur l'un d'eux, le Nil, vivaient les ancêtres des Egyptiens.Un jour, un riverain alluma un feu.Ayant construit son foyer de pierre, comme à l'accoutumée, il vit avec étonnement les pierres, sous l'effet de la chaleur, suinter un liquide visqueux qui se solidifia, une fois le feu éteint.Les Egyptiens profitèrent de cette découverte et exploitèrent le minerai du Sinaï.Les vestiges de ce premier Age du métal, on les a trouvés en Haute Egypte, à Badari : des perles de cuivre que Ton devait enfiler en collier.De là à fabriquer des outils de cuivre, il n'y avait qu'un pas, ce qui advint vers l'an — 4,000 ( — 4,000 signifie avant notre ère ).La civilisation égyptienne était alors fort avancée.C'est avec des outils de cuivre que Ton construira les grandes Pyramides.Le métal se répandit en Mésopotamie ; une race nouvelle, les Sumériens, apportait avec elle l'écriture idéographique, l'architecture et la métallurgie du cuivre.Ce métal ouvre la protohistoire.Sumer découvrit le bronze, alliage de cuivre et d'étain.Découvert par hasard probablement comme le cuivre, le bronze s'avéra plus utile, parce que plus dur.Il permettait de fabriquer des couteaux, des poinçons, des rasoirs.Aussi le bronze se répandit- PIC DE MINEUR POUR EXTRACTION DU SILEX.VRAIE GRANDEUR.CIVILISATION NEOLITHIQUE.FOUILLES DE MESNIL-ESNAUD, NORMANDIE.(Collection E.McF.).s- - 22 PETITE HACHE EN FER (VRAIE GRANDE U RI.CIVILISATION RHETIQUE.CA.Vie S.AV.J-C.(Collection E.McF.) il plus vite que le cuivre.Les Crétois inondèrent les rivages méditerranéens de bibelots et d'outils de bronze.A cette époque, l'Europe n'était peuplée que de tribus restées au stade de la pierre polie, mais le métal ne fut pas lent à s'y infiltrer.LA CIVILISATION PROTOHISTORIQUE Les rives des fleuves sont alors des foyers de civilisation agricole ; les limons des fleuves débordants font germer les épis blonds.On songea donc à endiguer les inondations capricieuses par des bassins et des chenaux, des barrages et des digues.Ces ouvrages hydrauliques faisaient de leurs responsables des chefs puissants.Empires et royaumes se préparent ; les clans s'agglomèrent et les tribus fusionnent sous le sceptre de Ménès, en Egypte.En Mésopotamie, surgissent de grandes cités : Our et Babylone, entre autres.Les jardins suspendus du palais de Na-buchodonosor illustrent arts et métiers, techniques et génies de l'époque : terrasses supportées par des salles voûtées, où l'eau d'un puits tirée par une machine élévatrice arrosait les plattes-bandes fleuries.A l'Egypte, le sol fournissait dattes, oignons, ail, orge et blé.On y labourait la terre en accouplant deux boeufs par un joug ; la charrue était un morceau de bois coudé et un soc de métal.Finie l'utilisation de l'énergie humaine que remplace l'énergie animale, multipliant ainsi le rendement jusqu'à 30 ou 40 pour un.LA ROUF.Cette invention capitale pour la technique n'a pas été enregistrée, mais on sait qu'elle est très ancienne, puisque l'archéologue américain Speiser a découvert un char dans les fouilles de Gawra, à un niveau remontant à quelque trois mille ans avant notre ère.Le savant anglais Wooley en a exhumé un autre des tombes royales d'Our.Il est facile de supposer que le paléolithique transportait ses fardeaux sur des branches, puis, ayant observé comme il est facile de mouvoir un tronc d'arbre, il eut l'idée de monter son véhicule sur deux troncs d'arbres morts.C'est en effet du rouleau que l'historien Maccurdy fait dériver la roue.Une fois inventée, la roue pouvait être accouplée sur un essieu.Cette ébauche se perfectionna vite ; voici la voiture à quatre roues pleines tirée par un âne sauvage.Ce sont des nomades asiatiques qui inventèrent le mors.Elles encore qui firent cadeau à l'homme du cheval.Le char tiré par le cheval, au moyen de traits de cuir que l'animal portait à la gorge, fut d'abord un engin de guerre avec lequel les cavaliers assyriens préparèrent la voie aux conquérants d'Alexandre.Mais la roue eut des usages pacifiques.Deux industries en sont tributaires : la céramique et la métallurgie.Un potier eut un jour l'idée de placer l'argile sur un plateau tournant.Plus tard, on entraîna le plateau par un volant monté sur le même axe.Telle est l'origine des poteries dans les vitrines du Louvre et du British Museum : faïences égyptiennes d'émail bleu, cratère de Suse, gobelets à pâte rose de l'Indus, vase tripode de la Chine du Nord-Est.Surtout, les vases de l'île de Crète aux décorations raffinées.L'argile blanche ou kaolin vient de Chine.Parallèle à la production, l'exportation- se développait : à dos d'âne, ensuite de chameau, puis par bateaux, grains, parfums, cuirs, tissus, marbres, ivoires, etc.se répandaient dans le monde millénaire.Les échanges favorisaient aussi les objets de bronze ; les fondeurs savaient ménager des trous en plaçant dans le moule des noyaux.L'orfèvrerie se développe avec ses métiers connexes : pendants d oreilles, bracelets, colliers, diadèmes, pectoraux.Egyptiens et Mésopota-miens raffolaient, à preuve les sépultures du Louristant, des bijoux et bibelots.L'archéologue Wooley a mis à jour, en 1927, dans le cimetière de l'Our biblique, une tombe où le souverain avait été inhumé avec toute sa maison, sa garde, ses chars — y inclus leurs palefreniers et leurs boeufs — ses neuf femmes et tout le personnel du palais avec armes et bagages.Incroyable richesse : armes de cuivre et d'or, vaisselles d'argent, bijoux de lapis et de cornaline, pierres précieuses.Cela, trente siècles avant notre ère, donne une idée de l'opulence, de l'art, de la technique de ce monde protohistorique.Cnossos dans la mer Egée, Memphis et Thèbes sur le Nil, Babylone sur l'Euphrate, Ninive sur le Tigre, Mohenjo-Daro sur l'Indus, sont des cités témoins.ARCHITECTURE GIGANTESQUE Ces arts et métiers millénaires, tous contenus en germe dans le premier outil lithique, ont laisse, comme témoignages de la technique antique, ce que l'historien Pierre Rousseau appelle les monuments de l'épisode du gigantesque.Jamais, en effet, on ne devait bâtir avec des moyens aussi simples, monuments plus imposants.Jamais, dans l'histoire du monde, les ambitions des empires ne devaient plus complètement s'exprimer par l'énormité démesurée de leur architecture.Rappelons quelques exemples.Cnossos était une petite agglomération de quatre-vingt mille habitants dont les maisons, aux briques séchées au soleil, manifestaient une grande passion artistique.Mohenjo-Daro était un modèle d'urbanisme avec ses larges avenues.Mais Babylone est titanesque.A cheval sur l'Euphrate, enfermée dans une double muraille longue de dix-huit kilomètres, quarante kilomètres de quais desservaient la ville.Au coeur de la cité, quadrillée de rues harmonieuses, la masse compacte du palais, protégé, du côté du fleuve, par des murs de vingt-cinq mètres d'épaisseur.23 v\VN> y\- •; .< * nf; ¦: ' I î*T*^ BB&!€ que : pics, ciseaux, scies, pour détacher, découper, équarrir les rocs.Enfin, ils avaient des machines simples : le plan incliné, le levier et le rouleau.Des bas-reliefs nous font voir des blocs de pierre tirés par des cordages, par simple glissement sur une route dallée ou par roulage sur des troncs arrondis.Pour le hissage vertical, la route se changeait en plan incliné.Plus le plan était long, moins l'effort à fournir était considérable.Quand il s'agissait d'un chapiteau à placer sur une colonne, les ingénieurs égyptiens enterraient les fûts sous un amas de sacs de sable, à mesure qu'ils s'élevaient, constituant ainsi un plan incliné.C'est en fouillant ailleurs qu'à Rome ou Athènes que les archéologues ont découvert des civilisations antérieures à celle des Romains ou des Athéniens.Le mérite des inventions techniques primordiales ne revient pas à celles-ci : ainsi la charrue, l'attelage, le mors, la roue, le cuivre, le bronze.Le fer a été découvert par les Hittites d'Asie Mineure, 1,300 ans avant notre ère.Nous leur en devons l'industrie.Ce métal, connu depuis longtemps, était si rare qu'on le rangeait avec les métaux précieux ; à Babylone, il coûtait trois fois plus cher que l'argent et les trois quarts du prix de l'or.Il tarda à devenir d'usage courant parce que son minerai se présente toujours sous forme d'oxyde et qu'il faut, pour le débarrasser de son oxygène, lui fournir en grande abondance un réducteur énergique.Or, les Hittites avaient une technique fondée sur l'emploi des hauts-fourneaux.Elle était efficace, car les Hittites entreprirent l'exportation du fer sur une grande échelle.Sa diffusion fut extrêmement rapide et le fer transforma l'industrie, l'art et la technique.Mais l'âge du fer ouvre l'histoire, environ mille ans avant Jésus-Christ.Grecs et Romains vont bientôt surgir.Les Hellènes passèrent ensuite le flambeau aux Romains dont les légions sillonnèrent l'Europe, porteuses de lumière dans tout l'Occident.BIBLIOGRAPHIE Histoire des techniques, Pierre Rousseau, Les Grandes Etudes historiques, Fayard, Paris, 1956.Les étapes de l’archéologie, M.Griaule, Coll.Que sais-je ?Le problème des pyramides d’Egypte, J.P.Lauer, Paris, 1952.24 CHAPITEAUX D'UN TEMPLE A K A R N A K (HAUTE EGYPTE).Ca.1470 avant J-C.Quittant le Proche-Orient pour l'Egypte, examinons le temple de Karnak.C'est un immense ensemble long de plus de 350 mètres, se développant dans une série de cours, de salles et de portiques monumentaux.Au centre, la grande salle hypostyle mesurant 106 mètres de largeur sur 52 de longueur.Les colonnes centrales atteignent 21 mètres et leurs fûts de grès rouge mesurent 3 m.57 de diamètre.Quand le temple de Karnak fut construit, le record du colossal était battu depuis mille ans, par la grande Pyramide, le plus gros monument humain jusqu'au barrage américain de Grande-Coulée.La pyramide de Chéops est un bloc compact de maçonnerie de forme quadrangu-laire, de 233 mètres de côté à l'ori- gine et 146 de hauteur.Un cubage de 2,352,000 mètres, à peu près 2,300,000 pierres d'environ deux tonnes et demie.Ces pierres étaient si bien jointoyées qu'on n'aurait pu entre elles glisser une aiguille ou un cheveu.Selon Hérodote, il fallut 100,000 hommes travaillant trois mois de l'année — pendant les crues du Nil — durant dix ans pour effectuer le travail préliminaire : la construction de la chaussée, longue de 925 mètres et large de 19, sur laquelle on amenait les matériaux.Le technicien se demande comment les Egyptiens pouvaient soulever à 150 mètres des pierres de deux tonnes et demie.Ils avaient d'abord l'énergie humaine ou animale, en quantité illimitée.Ils avaient aussi un outillage métalli- X e tatouage à travers les âges U par Philippe La FERRIERE Secrétaire de la Société historique de Montréal, Directeur technique de la Bibliothèque Saint-Sulpice.LE tatouage consiste à imprimer dans la peau du corps, d’une façon indélébile, des ornements, des signes distinctifs, des emblèmes.Suivant les procédés employés, on distingue : 1° le tatouage par piqûre ; 2° le tatouage par scarification ; 3° le tatouage par cicatrices ; 4° le tatouage par ulcération, brûlures et bourgeonnements ; 5° le tatouage sous-épidermique ; 6° le tatouage mixte.Chez les Tchoukches, Nordenskiold (1) a observé le tatouage sous-épidermique signalé auparavant chez les Esquimaux.Il s’opère en passant entre 1 épiderme et le derme des aiguilles armées d’un fil enduit de graisse mêlée de suie de lampe.Il ne s applique évidemment chez ces peuplades boréales que sur les parties qu’on peut voir, le visage, les mains, les pieds.Le tatouage par piqûre est le plus connu, le plus répandu : il permet seul l’application de dessins ou de figures d’un caractère vraiment décoratif.Il consiste dans l’introduction de particules colorantes dans le derme, qui est, à cet égard, d’une tolérance illimitée, à l’aide de petites piqûres multipliées à volonté.Les particules colorantes sont empruntées au charbon pulvérisé, aux sucs rouges de certaines plantes, à l’indigo, à l’encre de Chine.Les instruments dont on se sert sont l'aiguille, en Europe, les arêtes de poissons, les esquilles d’os, les épines végétales.Les parties les plus souvent tatouées sont la figure et les bras.Mais chaque peuple barbare se couvrant peu ou point avait son genre d’ornementation, ou un dessin particulier appliqué à un endroit, toujours le même.Ainsi, chez les Aïnos, les femmes seules sont tatouées, et elles le sont uniquement sur les lèvres, autour de la bouche et sur le dos des mains.Et ce tatouage sur les lèvres les distingue de tous les autres peuples.Chez les Maoris, vieille race guerrière des îles polynésiennes, des artistes, souvent d’une habileté rare, s’appliquent à grandir, par l’ornementation, les lignes du corps et les traits du visage.Ils réussissent ainsi à rendre l’expression plus terrible et plus imposante.On pratique le tatouage de trois façons : par incision, par brûlure et par piqûres.Comme, sur l’épiderme des nègres, le plus beau tatouage multicolore manquerait son effet, le décor clair s’impose.Aussi, les nègres du Sénégal et des Philippines n’hésitent-ils pas à se faire ouvrir sur tout le corps de larges entailles maintenues béantes pendant de longs jours.Dès lors, le nègre verra, sa vie durant, ce décor indélébile étaler sa blancheur sur le noir de sa peau.Les naturels de la Nouvelle-Guinée et les Négritos supportent pour leur part un véritable supplice.Ils s’enfoncent minutieusement dans la peau des charbons de bambous poussés au rouge et mettent leur point d’honneur à ne pas trahir leurs souffrances ; le moindre murmure équivaudrait à une lâcheté.Les femmes kabyles qui ornent souvent le visage de leurs enfants ne portent elles-mêmes généralement qu’une petite croix étoilée sur le front.Des peuples se sont rendus célèbres par la profusion et la complication des lignes décoratives dont ils se couvraient tout le corps, notamment les Polynésiens (Marquisiens, Samoans, Néo-Zélandais).En Polynésie, les Marquisiens avaient des tatouages particuliers pour les esclaves, les guerriers, les veuves, les faits de guerre notables.Et ces derniers, véritables décorations, se transmettaient comme des titres de noblesse.Les Birmans exécutent leurs tatouages en deux couleurs, noir de fumée et vermillon, délayées à 1 eau, de manière à former un liquide un peu dense.D ordinaire, on se sert du noir pour les cuisses et les jambes ; le rouge est réservé aux dessins de la poiti'ine.A ces deux tons, les Japonais ont ajouté le vert et le bleu, et, en les combinant harmonieusement, ont réussi à exécuter de véritables oeuvres d’art variées à 1 in- Au Japon, les porteurs et conducteurs de voitu-rettes, les plongeurs, avaient toute la peau couverte de dessins linéaires et de figures tatouées.Et partout où l’habitude des tatouages compliqués et plus ou moins douloureux existait, ils n’étaient imposés que successivement, comme les épreuves de l'initiation à la vie complète.Ces usages se sont déjà altérés au contact des Européens et tombent en désuétude.Au Congo, des femmes se font tatouer la poitrine, et leurs tatouages ont l’aspect de tiges feuillues.Les femmes Gombé ont toute la figure garnie de petits champignons de chair provoqués par le procédé de tatouage par ulcération ou brûlure.Ces pratiques barbares sont aussi répandues chez les Malanésiens de l'Océanie.mm h-/y M .m0:, mêà ifi'.gîmrsa fyyïXi ËÜÉ 1ÜÊ&i BERNADOTTE, FONDATEUR DE LA MAISON ROYALE DE SUEDE, PORTAIT L’INSCRIPTION “MORT AUX ROIS !" TATOUEE SUR UN BRAS.fini ; reproductions de combats, emblèmes sacrés, portraits de dieux ou de guerriers.Parfois de véritables compositions couvrent la poitrine ou le dos ; lutteurs terrassant des serpents monstrueux, oiseaux de proie luttant entre eux, faucons qui fondent sur le gibier qu’ils poursuivent, etc.Cependant, les Japonais, comme les Birmans des classes aisées, ont délaissé le tatouage depuis la première Grande Guerre.Les jeunes gens d’aujourd’hui dédaignent cette tradition et la laissent au menu peuple, artisans, coolies et traîneurs de pousse-pousse.La mode de se faire illustrer l’épiderme semble avoir été prise en France dès la fin du XVIe siècle.On peut citer à l’appui de ce dire l’exemple de Claude de Lorraine, dit Chevalier d’Aumale (1563-1591), un des chefs de la Ligue, tué au siège de Saint-Denis, en combattant contre Henri IV, et reconnu grâce aux chiffres gravés sur son bras droit.Le tatouage en Nouvelle-France Sous le régime français, des Canadiens se faisaient tatouer pour en imposer aux Sauvages.Dans son Dictionnaire généalogique, Mgr Tanguay fait mention d’individus qui étaient cadets à l’aiguillette.Dans le Bulletin des Recherches Historiques (Vol.XXVIII, p.30), un passage du Journal du marquis de Montcalm nous explique en quoi consistait l’opération du piquetage ou du tatouage : Le 8 (octobre 1758), retour de M.le chevalier de Lévis, de Saint-Frédéric.Il y a trouvé neuf cent cinquante Canadiens et ce détachement est de la bonne espèce, presque tous voyageurs.On les reconnaît aisément à la mine, à la taille et à ce que tous se font piquer sur le corps la figure de quelque plante ou animal, opération longue et douloureuse.La figure se trace en piquant la peau avec une aiguille et s imprime en faisant brûler de la poudre dans les trous.On ne passerait pas pour un homme parmi les Sauvages des pays cTEn-Haut, si on ne se faisait piquer.Le tatouage en France Jadis, en France, dans les hospices, les sages-femmes tatouaient les nouveaux-nés.Mais, cette fois, toute idée de décor était écartée.C’était une mesure de précaution.Il s’agissait de prévenir les échanges, et de garantir aux mères qu’elles n’emmèneraient pas plus tard l’enfant d’une autre.L’usage était courant au XVIIIe siècle, puisque Figaro, dans la pièce de Beaumarchais, veut, en montrant son bras droit, que Marceline reconnaisse son fils à l’hiéroglyphe dont elle avait eu soin de le faire tatouer au moment de sa naissance.A la veille de la Révolution, le tatouage semblait totalement disparu, mais cette mode réapparut avec les guerres du Premier Empire.Les grognards, crainte de n’être pas identifiés s’ils étaient ramassés morts ou grièvement blessés sur le champ de bataille, faisaient tatouer leur nom, leur numéro matricule et l’indication de leur régiment sur le bras gauche ; certains même répétaient l’opération sur l’autre bras, prévoyant le cas fâcheux du boulet qui rend manchot.Sous le Second Empire, la mode du tatouage se généralisa ; elle devint une folie, à l’instar de l’Angleterre où toute l’aristocratie était tatouée.A l’heure qu’il est, à Paris même, dans les bas-fonds de la société, des lutteurs de foire, des débardeurs, des serruriers, bouchers, etc., semblent se désintéresser de cette mode.Mais il n’en était pas ainsi vers la fin du siècle dernier, alors que des marchands de vin exerçaient le métier de tatoueur.L’un d’entre eux, un nommé Jacob, acquit une retentissante célébrité dans cet art.Il possède en des albums une magnifique collection de ses plus curieux travaux.La plupart des tatouages de cette époque étaient faits pour commémorer des souvenirs d’amour qui se manifestaient par des coeurs enlacés, enflammés ou percés d’une flèche.Et ces dessins étaient accompagnés du prénom de la bien-aimée.D'autres fois, on employait le discret langage des fleurs, souvent accompagné d’une devise énergique comme celle-ci : Pour la vie ! En France, les tatouages perdirent leur vogue à la fin du siècle dernier.Ainsi disparurent les tatouages des honnêtes gens pour laisser subsister uniquement les tatouages de la pègre, bien différents par leur signification psychologique générale.Historique du tatouage Théophile Gautier a écrit : L’homme le plus brut sent d’une manière instinctive que Vornement trace une ligne de démarcation infranchissable entre lui et l’animal, et, quand il ne peut broder ses habits, il brode sa peau.Cette citation apparaît en exergue au début d’un article intitulé Les merveilles du tatouage, publié dans le premier numéro de la revue Lectures pour tous (octobre 1898), qui traite du tatouage dans l’histoire, en Europe, en Asie et chez les sauvages.Il y est fait, mention que cette coutume remonte aux origines les plus lointaines de l’humanité, chez les races les plus variées des cinq parties du monde.De sorte qu’elle prouve à quel point est développé chez l'homme le 26 goût de se singulariser, de se donner un aspect plus séduisant ou plus redoutable.A l’origine, l’homme préhistorique se peignait le corps, dans le but d’obtenir un camouflage lui permettant des ruses de cliasse ou de guerre.Mais ces peintures s’étant avérées trop fragiles, il chercha le moyen de consolider ce camouflage chromatique et découvrit ainsi le tatouage.Dans l’antiquité, le caractère magique du tatouage s’accentua.Le tatouage devint de plus en plus un signe sacré, chargé de protéger ou de guérir.C’est la naissance du tatouage thérapeutique ou du tatouage prophylactique.Le tatouage thérapeutique était en usage chez les Egyptiens.Citons, comme preuve, les Tamahous figurés sur le tombeau de Séti 1er (2), qui étaient tatoués en signe de Neït (quinze siècle avant notre ère).La présence de ce tatouage, qui est d’origine libyenne, semble indiquer que le tatouage a été importé en Egypte par une tribu du Haut-Nil.Certains archéologues estiment que le tatouage en Egypte existait sous sa forme thérapeutique environ trois mille ans avant notre ère.On se tatouait, il y a 6,000 ans, à la cour des Pharaons d’Egypte, comme chez les Thraces, au temps d’Alexandre le Grand, et, de nos jours, en Polynésie, au Japon, en Birmanie ou chez les peuplades perdues au centre de l’Afrique.Hérodote rapporte que, lorsque Paris eut enlevé Hélène du palais de Ménélas, le couple ne s’enfuit pas sans danger.Sur le point d’être pris par les coureurs du mari outragé, Paris n’eut d’autre ressource, en abordant au promontoire de Canope (3), que de courir au temple d’Hercule et de s’y faire tatouer selon le rite qui consacrait au dieu et rendait inviolable.Respectons le tatouage ! dit le docteur Edmond Locard (4), il se percl dans la nuit des temps.Les Grecs se tatouaient.On m’a montré, dit-il, de bien authentiques statuettes helléniques qui portaient très exactement les mêmes tatouages que ceux des Arabes et des Berbères de 1956.Le tatouage était connu des Hébreux et Moïse, dans un passage du Lévitique (5), le défend aux Juifs.Chez certains peuples de l’antiquité, les prisonniers, les esclaves, les déserteurs étaient tatoués.Chez les Romains, les esclaves portaient, écrit sur leurs corps, le nom de leur maître.César nous dit aussi que les guerriers bretons se peignaient en bleu pour rendre leur visage plus effrayant dans la mêlée.Quelques peuplades de la Gaule devaient leurs noms à l’habitude qu’elles avaient de porter des dessins sur le visage.Mode de traitement L’ancienneté du tatouage employé comme mode de traitement remonte au temps des Pharaons.Au cours d’un voyage en Egypte, vers 1896, le professeur Lannelongue, de l’Académie des Sciences de Paris, eut à examiner une momie remarquable par le tatouage qu’elle portait sur le ventre.Elle avait été développée en 1892 par les conservateurs du musée et par le Dr Fouquet, du Caire.C’était, dit Lannelongue, une prêtresse de Hâtor (6), la dame Ament, vivant à Thèbes sous la Xle dynastie.Lorsque la momie fut mise à nu, le Dr Fouquet se trouva en présence d’une femme jeune encore, d’une extrême maigreur, la bouche ouverte et tendue par la souffrance.Le ventre portait trois séries de tatouages et de scarifications (7).La prêtresse était morte, sans doute, affirme le Dr Fouquet, d’une péritonite généralisée.Ce médecin fit connaître le résultat de ses recherches sur la pratique du tatouage antique.Il réussit à obtenir, non sans peine dit-on, d un certain nombre de malades, des révélations curieuses.Il paraît que, maintenant encore, le tatouage est pratiqué pour combattre les péritonites, arthrites, synovites, migraine, névralgie, rhumatismes.Sur 15 malades examinés par le Dr Fouquet, 7 affirmèrent avoir retiré de bons effets du tatouage, 6 rien ; 2 regrettaient le traitement.Sur ces 15 malades, il y avait 10 femmes.Le Dr Fouquet ajoute que l’opération était pratiquée aux temps anciens, par des femmes qui traversaient les quartiers indigènes du Caire en criant : Faire des tatouages, percer les oreilles, etc.L’Egypte semble donc avoir été le premier pays à utiliser le tatouage à une fin purement utilitaire.Le bétail, les captifs et les condamnés de droit commun étaient tatoués.Les prisonniers figurant sur le tombeau d’Ousireï 1er, à la nécropole de Thèbes, portent cette marque.En Allemagne au XXe siècle Ajoutons que ce procédé fut employé dans différents cas.Il a même été repris, il n’y a pas si longtemps, en Europe.Les Allemands employèrent le tatouage pour marquer les déportés et les SS.Les déportés étaient, à leur arrivée au camp, marqués d une lettre et d’un groupe de chiffres tatoués sur l’avant-bras.La lettre était l’indice du convoi ayant amené le déporté au camp, le chiffre était son matricule personnel.Quant aux SS, leurs tatouages étaient destinés à empêcher une fuite possible ou une désertion.Chaque SS portait, en effet, tatoué sous l’aisselle, à côté des lettres SS, un signe indiquant son groupe sanguin.Ce tatouage donnait droit à la priorité des soins dans les hôpitaux des zones de combat, et, par l’indication du groupe sanguin, permettait en cas de besoin de procéder sans délai à une transfusion (8).Si la pratique du tatouage remonte à la plus haute antiquité, l’introduction du terme dans notre langue est relativement récente.C’est le traducteur du Second Voyage de Cook en Océanie (1772-1775) qui l’emploie pour la première fois, en 1778, selon Jacques Delarue qui a écrit, en 1950, un ouvrage sur les Tatouages du Milieu.Cependant, le verbe tatouer existait dès 1769 ; on le trouve dans la traduction de Hawkesworth.L’origine du mot est océanienne.Il vient de l’expression tatou (que les indigènes prononcent Tata-hou), dérivée de la racine ta (dessin) et qui signifie : dessin inscrit dans la peau.On retrouve la racine à peine altérée dans le polynésien Tahuka, le tahitien Tahua, l’indien Tahua tatau.Le serment du général Bernadotte D’après une ancienne revue historique, le 2 pluviôse an V, on célébrait, sur la place publique de Toul, la cérémonie civique de haine à la royauté.J.-B.Bernadotte, depuis roi de Suède et de Norvège sous le nom de Charles-Jean XIV, et alors général de division dans l’armée française qui traversait Toul, voulut assister à la cérémonie avec les troupes sous ses ordres.Après le serment prêté par les autorités civiles et par la garde nationale, ce général s’avança au milieu du carré formé par les troupes et prononça d’une voix forte la formule suivante : Je jure haine à la Royauté et fidélité inviolable à la République ! Puis il signa le procès-verbal de la cérémonie.Il convient ici de souligner que l’original de ce document existe encore dans les archives de la ville de Toul.Thierry, dans son Histoire de Toul, note que le procès-verbal en question se trouve inséré dans le registre des délibérations de l’hôtel de ville, du mois 27 K.ÉLM #vigf de pluviôse an V (janvier 1797) ; au bas, on lit la signature suivante : Le général de division, J.-B.Ber-nadotte.Mais voici un détail peu connu : d’après M.Bré-mond, dans YHygiène pour tous, un jour que le roi de Suède était souffrant, son médecin lui déclara qu’à moins d’une saignée, il ne répondait pas de sa vie.Je veux bien — dit alors le monarque ¦— mais auparavant, jurez-moi de ne révéler à personne ce que vous allez voir sur mon bras.Le docteur donna sa parole, et Bernadotte, retroussant la manche de sa chemise, découvrit ce tatouage : un bonnet phrygien, avec cette devise : Mort aux rois.Un correspondant de Y Intermédiaire des Chercheurs et Curieux, qui signe T.Pavot, ajouta à la suite de ce renseignement qu’il venait de fournir à la revue, le quatrain suivant : L'inscription datait Du temps où Bernadotte, Soldat et sans-culotte, De sa peau se fichait.Cette anecdote relative au tatouage du roi de Suède est reproduite, sous une autre forme, dans une comédie en deux actes de Vander Burch et Langlé : Le Camarade de lit, représentée pour la première fois sur la scène du Palais-Royal, le 10 mai 1833.Le menuisier Thiébaut, ancien grenadier au régiment de marine, s’en va à Stockholm pour y retrouver LE DOS DE RICARDO, L'HOMME LE PLUS TATOUE DU MONDE, QU'ALBERT LONDRES SURNOMMA "LE GOBELIN VIVANT".son camarade de lit, Bernadotte.La reconnaissance a lieu, et les deux compagnons d’armes endossent, pour aller dîner ensemble, le vieil uniforme de leur régiment.C’est alors que Thiébaut (acte 1er, scène 10) s’écrie en relevant la manche du roi : Un moment, il faut que je vérifie quelque chose .C’est bien cela — Thiébaut pinxit avec de la poudre à canon, le bonnet phrygien, et Vive la République ! sur le bras d’un roi.Nul doute que les auteurs de la pièce connaissaient l'anecdote.Malheureusement, nous ne saurons jamais de qui ils la tenaient puisqu’ils sont morts il y a plus de cent ans.Le tatouage en Angleterre L’Angleterre est le seul pays européen où le tatouage soit en usage dans la bonne société.Il est courant de porter ses armoiries tatouées, ou de petits emblèmes, ou de simples initiales.Pour ne citer que quelques noms parmi les plus célèbres, rappelons qu’Edouard VII se fit tatouer, étant prince de Galles, et que le duc d’York, le duc d’Edimbourg, ainsi que certains membres de la Chambre des Lords l’imitèrent.Certaines femmes de la haute aristocratie anglaise sont également tatouées.La plupart de ces tatouages furent exécutés par un spécialiste londonien à l’aiguille électrique, et en plusieurs couleurs, parfois jusqu'à sept.L’opération coûtait assez cher.Ce spécialiste du tatouage, un nommé Williams, ne demandait pas moins de cinquante livres, soit près de $250 au taux d’avant-guerre, et cela pour chaque opération.Un jour, un membre du Parlement anglais vint, accompagné de sa femme et de ses cinq enfants, trouver cet homme de l’art qui dut leur tatouer à tous, père, mère et mioches (coût, $1,750 de notre monnaie), leurs noms et adresse sous prétexte qu’un accident est si vite arrivé.De nos jours, les piétons du Grand Montréal, qui ne sont pas munis de cartes d’identité, feraient bien de suivre cet exemple afin d’épargner à la police les ennuis d’une longue identification si jamais ils sont réduits en pièces détachées par un automobiliste ! Tatouages royaux L’Opinion (mai 1912) a publié un article ayant pour titre : Tatouages royaux.Le Journal, de Paris, en date du 19 mai 1912, en reproduit les lignes suivantes : Le prince Albert, second fils de George V, qui se destine à la marine, a profité de ce qu’il était embarqué avec son père pour se conformer à Fun des usages de la marine britannique : il s’est fait tatouer ; son père lui avait donné l’exemple.En effet, au cours de son voyage au Japon, George V, alors duc d’York, se fit tatouer en bleu et rouge, aux couleurs anglaises, deux superbes dragons sur chacun des bras.Comme on le voit le tatouage n’est plus, comme le voulait le Dr Chérosle, vêtement des sauvages et criminels.Dans un de ses ouvrages, Witkoski cite, parmi les personnages de marque qui se sont fait tatouer, Lady Churchill, pairesse du Royaume-Uni ; la princesse Waldemar, du Danemark ; des souverains ou souveraines, comme Bernadotte ; la reine de Grèce, dont les épaules sont parées de piqûres artistiques ; et encore Edouard VII ; Oscar de Suède ; Nicolas, l’empereur de toutes les Russies ; le grand duc Alexis, dont le torse est couvert de tatouages fantaisistes et quelque peu rabelaisiens ; enfin le prince Georges de Grèce qui, d’après le Dr Baratier, aurait la poitrine ornée d’un immense dragon bleu, aux ailes déployées, de près de 50 centimètres d’envergure.ii Soit dit en passant, il eut été curieux de connaître le sujet de ces différents tatouages chez les grands et quels étaient, notamment, les tatouages de Pex-tsar Nicolas et de l’ex-reine de Grèce.Un bibliophile comtois, dont nous ignorons le nom puisqu’il signe d’un pseudonyme, raconte dans V Intermédiaire des Chercheurs et Curieux (vol.LXXVI, p.375) qu’au Japon, où il a résidé de 1883 à 1885, c’était alors une mode parmi les Européens, sauf toutefois chez les Français, de recourir aux habiles tatoueurs du pays.C’était surtout, dit-il, un sport en honneur parmi les équipages des navires britanniques et les officiers de la garnison anglaise de Hong-Kong, qui venaient passer l’été à Yokohama.J’en ai vu plusieurs, ajoute le narrateur, qui portaient à l’un des poignets un bracelet bleuâtre, représentant généralement un serpent se mordant la queue.Ce bibliophile comtois raconte que le duc d’Edimbourg, amiral de la flotte anglaise, avait profité d’un séjour au Japon pour se faire tatouer tout autour du torse une belle chasse au renard ; l’animal traqué, était représenté se réfugiant dans un terrier, et duquel ne saillaient que sa queue et ses pattes de derrière.Lorsqu’il s’agit de procéder, en 1874, au mariage du prince anglais avec la grande-duchesse Marie, fille d’Alexandre II, la cour de Russie, qui connaissait l'existence du tatouage en question, craignit que la jeune épousée ne fût effrayée par la vue d’un mari si brillamment et si copieusement illustré, et lui dépêcha la Maîtresse de la Cour, vieille dame pleine d’expérience et de tact, qui expliqua à la grande-duchesse que tous les hommes, ou du moins la plupart d'entre eux, étaient, comme son futur époux, tatoués des pieds à la tête et l’engagea à ne point s’émouvoir à ce sujet.Se non è vero .Disons tout de suite que les tatouages sont plus rarement en faveur auprès du beau sexe, dans le grand monde, s’entend, et on ne les rencontre guère que chez certaines personnes de moeurs douteuses, sur lesquelles on trouve des inscriptions telles que : J’adore mon Pitou ou Mort aux flics.Pour en finir avec notre bibliophile, qui se garde bien de donner son véritable nom, citons un autre extrait de son article : Je me souviens, dit-il, qu’à Copenhague, lorsque la feue princesse Valdemar, fille du duc de Chartres, était en toilette de soirée, on pouvait, si Vépaulette de sa robe venait à se déplacer quelque peu, apercevoir une petite ancre que la princesse s’était fait tatouer sur le haut du bras, en l’honneur de la marine danoise à laquelle appartenait son époux.Criminologie Il ne peut être question de parler longuement de tatouage en général et l’extension de ce sujet n’est pas possible à cause même de l’espace qui nous est forcément réservé ; la littérature criminelle et médico-légale est en effet considérable sur ce sujet.Qu’il nous suffise de référer le lecteur aux notices bibliographiques mentionnées à la fin du présent article.Qu’il nous soit permis, cependant, de citer l’opinion de quelques experts en criminologie.On a voulu voir dans la persistance du tatouage en Europe un signe de tendances criminelles.Rien de plus naturel, écrit Lombroso (9), que de voir un usage si répandu chez les sauvages préhistoriques reparaître dans les classes qui, de même que les bas-fonds marins, gardent la même température, ont conservé les coutumes, les superstitions, jusqu’aux hymnes des peuples primitifs et qui ont, de même qu’eux, des passions violentes, une sensibilité engourdie, une vanité puérile, une longue inaction .Des statistiques d’hommes tatoués qui ont été dressées avec indication des circonstances dans lesquelles leurs tatouages ont été exécutés, il résulte que les criminels sont plus souvent et plus abondamment couverts de tatouages, uniquement en raison de leur séjour dans les prisons.Le goût du tatouage n’est pas autrement natif chez eux, affirme Lombroso.Il est inspiré par certaines conditions de la vie, surtout l'oisiveté, le laisser-aller sous un climat chaud.Quoi qu’il en soit, dans les classes populaires, le tatouage perd du terrain et n’est guère plus en honneur dans les rangs de l'armée du crime.Jadis les malfaiteurs se faisaient tatouer par vanité, par bravade.Chez quelques repris de justice, le tatouage devenait pour ainsi dire une autobiographie illustrée ; et, dans cette prédilection que, d’instinct, les criminels montraient pour le tatouage, le professeur Lombroso reconnaissait un phénomène d’atavisme.Ces natures brutales retournaient d’elles-mêmes, disait-il, aux pratiques clés ancêtres lointains.En France, écrit le Dr Locard, la mode du tatouage dans le monde interlope passa .au grand chagrin de la police dont les tatouages facilitaient beaucoup le travail d’identification des récidivistes.Maintenant, le tatouage chez les apaches est mort.Plus de ces points cerclant le cou des durs et qu’accompagnait l’inscription : Pour détacher la tête, suivez le pointillé.Les collectionneurs Je ne sais pas si l’on a jamais tenté une monographie du tatouage ; j’ai lieu de croire qu’elle ne manquerait pas d’intérêt.Dans un article sur la peau humaine et ses amateurs, publié dans un journal médical, un certain Pont-Calé rappelait, en 1888, qu’un chirurgien des hôpitaux, mort en 1887, recommandait, à chaque autopsie, de scalper soigneusement la peau des sujets portant des tatouages.C'est ainsi que 1 on pouvait voir, vers 1890, à l’hôpital de Lourcine (10) des empreintes aussi bizarres que sentimentales.De son côté le Dr Hamy, professeur d’anthropologie, signalait dans ses cours sur l’histoire naturelle de l’homme qu’il existait des collections semblables prélevées sur les criminels et souvent sur leurs victimes.On peut lire dans le journal des Concourt, ce merveilleux document humain, qu’il y avait chez Flaubert un jeune étudiant en médecine, Pouchet, s’occupant de tatouages.Il en avait relevé de fort curieux, l’un provenant du front d’un forçat, légende pessimiste : Pas de chance.Dans un des premiers volumes des Causeries d’un curieux, de M.Feuillet de Conches, se trouve l’énumération de collections plus singulières les unes que les autres.Un ancien externe de feu Gillette, chirurgien de l’hôpital Tenon, en France, prétendait que son illustre maître recommandait instamment à ses élèves de scalper, avec toutes les précautions possibles, les fragments de peau de macchabées, portant des tatouages plus ou moins bizarres.Cette collection un peu macabre devait-elle servir à un travail projeté par 1 éminent praticien ?Cruelle énigme aurait répondu le romancier Paul Bourget.Quoi qu’il en soit, un rapprochement s’impose avec une autre collection tératologique formée avec infiniment de soin par le Dr Jules Guérin, vers la fin du siècle dernier.Cette collection, dit-on, pourrait faire le chapitre d’une monographie sur les Médecins collectionneurs, si l’on s’avisait d’exécuter ce travail de recherches.En feuilletant l’album du professeur Locard, dit Robert Corvol qui a eu l'occasion d’interviewer le célè- 29 .MH .bre criminologiste, on ne peut que constater l’extraordinaire et bien inutile courage de certains tatoués dont le corps est une véritable fresque.Détatouage Il y a des spécialistes du détatouage.C’est une opération bien ennuyeuse, dit le Dr Locard : on pique avec une baguette munie d’aiguilles les parties tatouées, puis on repique à la pointe en faisant très attention de ne pas faire saigner, ce qui rendrait l’opération inutile, et l’on traite au permanganate de potasse.L’opération est très longue, parce que l’on ne peut traiter chaque fois qu’une surface grande comme une pièce de dix sous.C’est assez douloureux, parfois dangereux.Ajoutez à cela, dit encore le Dr Locard, que lorsqu’on nous amène un homme dont nous supposons qu’il s’est détatoué pour éviter une identification, il suffit de frotter vigoureusement la partie suspecte avec le dos de la main ; le tatouage reparaît.C’est pourquoi beaucoup de tatoués préfèrent, avec raison, recourir aux offices d’un autre tatoueur qui modifie le premier dessin en le transformant en un autre.Parmi les collections du docteur Locard, se trouve celle des tatouages conscieucieusement photographiés sur le corps des délinquants.Dire de certains tatoués qu’ils avaient l’âme gauloise et l’esprit jovial serait insuffisant, écrit Corvol (11).Mais il n’entre point dans l’esprit de cet article d’en faire état.En guise d’épilogue, soulignons que le célèbre Charcot (12) insistait sur ce besoin qu’on les nerveux et les impulsifs de se faire remarquer, et de forcer l’attention par l’éclat des bijoux ou la splendeur des étoffes.Si, des déchus, on passe aux intellectuels, on reconnaîtra, avec Max Nordau, que, de même que l’attrait qu’excitent de vieux meubles d’un usage incommode, la passion nouvelle pour les peintres primitifs, pour les poésies mystiques et les coutumes d’un autre âge, sont autant de symptômes de dégénérescence.Le goût du tatouage en est un signe également frappant.L’homme, à un haut degré de culture, doit avoir son cerveau orienté vers des spéculations dignes de son génie, et non vers les puérilités ancestrales.Ici, la philosophie, la religion et la science sont d’accord pour flétrir ces retours aux curiosités historiques.Le tatouage des intellectuels, affirmait le docteur Charcot, est un signe de décrépitude et de sénilité.Comme un vieillard qui retombe en enfance, disait-il, un adolescent vieilli retourne aux enfantillages primitifs.Sans doute, il n’y a là qu’affaire de mode, fantaisie passagère.Mais, comme le goût pour le roman naturaliste, pour la poésie symboliste et pour toutes les formes de la littérature morbide, Vengouement, même momentané, pour le tatouage, est un indice de déchéance.J’allais m’éloigner du sujet et faire le procès de la peinture abstraite et des danses dites modernes ! Ajoutons tout simplement, avec le Dr Charcot, que ce n’est point par la rareté ou l’originalité d’une gravure encrée sur sa peau, mais par la bonté, l’utilité et la noblesse de ses efforts que l’homme moderne doit affirmer sa supériorité.Souhaitons que le souci de vérité, d’équilibre et de clarté et la vigueur de notre vieux bon sens latin nous préserve toujours de la contagion, d’où qu’elle vienne, de France, d’Angleterre, des Etats-Unis ou des peuplades africaines ou polynésiennes.BIBLIOGRAPHIE et NOTES (1) Nils Adolf Eric, explorateur suédois, né à Helsingfords (1832-1901).Il a découvert 1 e passage du Nord-Est (1878-1879).(2) Séti 1er, roi d Egypte de la XIXe dynastie, dont le tombeau a été découvert près de Thèbes.Père de Ramsès IL (3) Canope, ancienne ville de la Basse-Egypte, non loin de la Méditerranée, dans le delta du Nil.(4) Dr Edmond Locard, professeur de Droit à la Faculté de Lyon.(5) Lévitique : Ille livre du Pentateuque, ainsi appelé parce qu’il contient les règlements et observations qui regardent les prêtres et les lévites.On y trouve le récit de ce qui s’est passé dans le premier mois de la deuxième année de la sortie d’Egypte.C’est comme le rituel de la religion juive (Larousse).(6) Hâtor ou Hathor, une des prêtresses égyptiennes, que les Grecs identifièrent avec Aphrodite.(7) Scarifications, incisions superficielles faites avec le scarificateur.Le scarificateur est un instrument de chirurgie, composé de dix à douze pointes de lancettes qui partent au moyen d’un ressort et font autant d’incisions à la peau.(8) Voir Les tatouages du « milieu », par Jacques Delarue, inspecteur à la Direction des Services de Police judiciaire de la Sûreté nationale (France).(9) Lombroso (Cesare), médecin et criminaliste italien, né à Vérone (1836-1909).Le criminel est, à ses yeux, un malade plus qu’un coupable.Le livre de Lombroso, avec un curieux atlas, est bien connu.C’est l’ouvrage le plus complet sur la matière.(10) Lourcine (hôpital de), à Paris.Depuis 1893, cet établissement porte le nom d’hôpital Broca.On y traite les maladies qui relèvent de la thérapeutique.(11) Voir les Mémoires d’un criminologiste, par le Dr Edmond Locard, Librairie Arthème Fayard, 1957.(12) Charcot (Jean-Martin), médecin français, né à Paris (1825-1893), connu par ses travaux sur les maladies nerveuses.OUVRAGES A CONSULTER Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales de Dechambre, tome 16 ; on trouve un article très intéressant sur le tatouage, par Lacassagne et Ma-gitot.A la suite de cet article se trouve une bibliographie abondante des divers ouvrages qui ont paru sur la même question.L’Histoire médicale des tatouages, par le docteur Berchon, Paris, 1869.Les Tatouages, étude anthropologique et médico-légale, par le docteur Lacassagne, qui fut professeur à la Faculté de Lyon, Paris, 1881.Revue Lecture pour Tous, 1898, Vol.1, pp.27 à 32 ; Les merveilles du tatouage.L’on peut consulter cette revue à la Bibliothèque Saint-Sulpice ; l’on y trouvera, avec vignettes à l’appui, une curieuse étude sur ce sujet.La Revue encyclopédique, Tome VII, p.131.L’Art du tatouage.Jacques Delarue et Robert Giraud : Les tatouages du « Milieu », avec 82 photographies hors texte et 80 dessins de tatouages.Ed.La Roulotte, Paris, 1950.La collection des Archives d’anthropologie criminelle (Lyon).On y trouve tous les renseignements historiques, descriptifs et bibliographiques nécessaires sur cette question et, notamment des études sur le tatouage chez les criminels.Dr Charles Perrier : Du Tatouage chez les criminels (Lyon, A.H.Storck, éditeur, 1897), avec figures.30 POUR UNE REHABILITATION de FUST et de SCHOEFFER par Eddy L.MacFARLANE MOINS d'être atteint d'idiotie congénitale n'importe quel humain appartenant à notre civilisation dira sans hésiter au seul nom de Gutemberg (1) : « il a inventé l'imprimerie » ; mais qui sont Fust ?Schoeffer ?Hors quelques esprits curieux de l'histoire du livre, les réponses seront beaucoup plus hésitantes.L'un et l'autre, cependant, en compagnie de Gutemberg, ont présidé, à des titres divers sans doute mais combien étroits, à la naissance de l'art typographique, lequel aida si puissamment au développement de son aînée : IEÆ GVT HUMBERT, M VENTEVR dz {Imprimerie,.l5»>.Î5» l'imprimerie.La voix populaire les a néanmoins dissociés, fort injustement.Aujourd'hui encore de nombreux historiens du livre, esclaves inconscients de la légende, s'en tiennent aux traditions sentimentales en dépit des documents, des faits, de la logique.D'autres au contraire, aveuglés par un chauvinisme annihilant, ont dénié à Gutemberg toute part dans l'invention ; ou mieux encore, en ont fait un compagnon infidèle, un parjure, un voleur de secret professionnel.Essayons de nous affranchir des routines livresques ; sans idée préconçue dégageons de leur gangue les rares éléments formels qui nous permettent de mieux situer ceux que nous voulons appeler les trois «pères » de la typographie.On a longtemps présenté et l'on présente encore souvent Gutemberg comme une victime de Schoeffer et surtout de Fust; on l'a dit spolié, ruiné, condamné à l'exil par ce dernier.L'imagerie populaire nous le montre finis- sant ses jours, obscur et misérable, abandonné des siens, en butte aux tracasseries de ses concurrents.Et ces images, bien faites pour attendrir le peuple toujours compatissant aux malheurs et aux injustices, ont prévalu au détriment de la vérité historique.La rareté des documents, il est vrai, le mystère dont s'entoure encore la vie du prototypographe étaient propres à entretenir la légende dont furent victimes nombre d'historiens souvent trop romantiques.Que sait-on exactement de Johann Gensfleisch, dit Gutemberg ?Peu.Pas même sa date de naissance située approximativement vers 1400, ni même le lieu sinon que Mayence, avec d'excellentes raisons, en revendique l'honneur contre Strasbourg qui y émit jadis des prétentions ; cependant il est prouvé que par son père, Frielo Gensfleisch, maître des Comptes du Prince-Electeur Archevêque de Mayence, il appartient à la bourgeoisie influente du pays ; par sa mère à la petite noblesse.Il meurt en décembre 1467 sans que l'on puisse pré- J.Gutemberg.Portrait gravé sur bois d’après une estampe du X Vile (archives de Strasbourg).Ci-dessous le « Weltgericht » (Jugement dernier) attribué au Maître.Cet essai est antérieur à 1450.Il a été trouvé à Mayence en 1892 (Musée de Berlin).atiff efiErtjr ÆtiCtus mil ïo urtri me éditer JDnmilaür bofcbtirmbm B>îcnîe ge* ùatr ira roîUr tin 2mi mil et cteùj tmig?pin IDn mil erngutr gebî ibp rra foute an emîglrtjf $>ijr oiemtrlr on ail?Oing $ïe in S merit gtfomBJ f int £211 gmt anmtttt aurb su nîtbt jîlsntan mol 31 inm-ltte fi-ttfeis ffi iiomtem PlfpME 33fMiroct nwwn-afs (nnnpuna^ nolo: iwnna*Dinn o»pinm Portrait apocryphe de Peter Schoeffer et ci-contre le « colophon » d’un manuscrit exécuté par le maître calligraphe avant son retour à Mayence, en 1449.ciser le quantième et, probablement à la demande de son protecteur Adolphe de Nassau, est inhumé dans l'église des Récollets de Mayence.Voilà pour ce qui concerne l'état civil.La vie de l'homme est plus obscure encore.Sans ses procès dont les minutes ont été retrouvées, nous n'aurions aucune date précise, hormis une inscription à la puissante corporation des orfèvres de Strasbourg qui l'agrée comme membre en 1434 et les lettres d'anoblissement que lui confère le Prince Archevêque de Mayence, avec droit à pension sa vie durant.Tout le reste de son histoire n'est qu'hypothèses, — dont certaines, il est vrai équivalent à de quasi certitudes, — et témoignages recueillis plusieurs années après sa mort.Voyons les procès.Ils sont trois.De l'un, dont la cause est assez banale : rupture de promesse de mariage, nous ne dirons rien car il n'apporte aucune lumière, ni sur l'homme, ni sur ses techniques.Par contre l'instance introduite à Strasbourg en 1439, par les héritiers d'un associé défunt, est la source de renseignements précieux.Rappelons les faits.Pour des raisons mal définies, — troubles politiques, déboires familiaux ou économiques?—Gutemberg quitte Mayence et s'installe à Strasbourg avant 1434, date de son inscription à la corporation des orfèvres.Il y exerce simultanément diverses industries.C'est un esprit curieux, un chercheur toujours à l'affût des perfectionnements possibles d'une technique, mais ombrageux, méfiant, — ce qui se conçoit aisément à une époque où nul brevet ne protège l'inventeur, •—- d'un caractère ap- paremment difficile.Il semble avoir trouvé un nouveau procédé de taille ou de polissage du diamant.Il est aussi imprimeur de « donats » (2), de livres de piété.Il s'agit là, évidemment, d'impressions tabellaires qui n'ont rien à voir avec la typographie.Il intéresse à ses affaires un important négociant, Hans Riffe, maire de Lichtenow, commune des environs de Strasbourg.Viennent bientôt s'adjoindre à celui-ci les frères André et Antoine Heilman et André Dritzehem.Il est bon de souligner ici le comportement de Gutemberg, comportement qui explique ses rapports ultérieurs avec Fust et Schoeffer : Hans Riffe ne participe pas aux travaux, il apporte de l'argent et se réserve une part des bénéfices éventuels de l'exploitation ; les autres sont des « élèves » que Gutemberg initie à ses « secrets » à 32 titre onéreux.Libres à eux d'aller exploiter ailleurs leurs connaissances.Cependant l'inventeur ne révèle rien de ses préoccupations et recherches concernant l'imprimerie.Ce n'est que plus tard, pressé par les besoins d'argent, — qui l'assailleront sa vie durant, — et sur leurs instances, car ils soupçonnent le maître de travailler à une invention capitale, que moyennant un nouvel apport financier il les acceptera alors comme associés actifs, c'est-à-dire participant effectivement à la production.Cependant l'inven- une clause du contrat qui les lie prévoit qu'en cas de décès leurs héritiers ne pourront prétendre qu'au remboursement du capital engagé par le de cujus.Cette clause motivera la sentence rendue le 12 décembre 1439 par le tribunal de Strasbourg, déboutant de leurs prétentions les héritiers d'André Dritzehem.Les juges malgré tout ont tenu à connaître les faits de la cause.Une enquête fut prescrite, des témoins, pour la plupart fournisseurs de l'association, interrogés.Ce sont ces pièces, trouvées en 1745 par un archiviste de Strasbourg, qui nous renseignent sur l'activité de Gutemberg.Certes les révélations techniques restent souvent ambigües, les témoins ne sachant rien des détails de l'entreprise ; les associés, et pour cause, ne révélant rien d'essentiel.Au surplus les juges, commerçants ou artisans notoires, connaissent trop la valeur d'un secret de fabrication pour en divulguer délibérément et inutilement le procédé.Ils jugent « en Droit.» Le 29 décembre 1438, André Dritzehem meurt ; ses héritiers tentent d'entrer dans l'association et de connaître la nature du « secret » auquel oeuvraient si mystérieusement leur parent, les Heilman, le Mayençais.Ces derniers repoussent énergiquement toute participation et ne révèlent rien des travaux en cours.Aussi bien Les dépositions des témoins n'en sont pas moins précieuses.Conrad Shaspach, menuisier, rapporte une conversation qu'il eut avec Heilman peu après la mort de Dritzehem : « Tu as fait les presses, tu les connais, enlève donc des pièces, sépare-les les unes des autres afin que personne ne puisse savoir ce que c'est.» Ainsi l'atelier possède déjà en 1439 plusieurs presses.Celles-ci inspirées du pressoir viticole comportent des modifications majeures puisque les associés veulent en cacher les détails spécifiques.L'invention capitale de Gutemberg est donc réalisée.Elle permet d'imprimer des feuilles recto-verso, chose jusque-là impossible avec le procédé du frotton.On y gagne également en rapidité et en « Lettres d’indulgences » (réduction).1454.Première oeuvre typographique exécutée par Gutemberg et Schoeffer.On remarquera l’introduction dans une même ligne de deux corps différents, ce qui nécessite un « parangonnage », opération toujours délicate, même actuellement.Il y eut trois éditions dans ces « Lettres » en 1454 ; trois autres en 1455 alors que Gutemberg a quitté l’Atelier.y' * JfïftJator gÇTîtrtiJtB - ¦ _ _ .£ha.popaN>£'aftl*crùnt{# rmlCv’p» rtjilc^îçorbttcr cpatics-confia pfibiflîôs riucis jrpi boftes-CbcUC.to« a iôaîaccnos gratis conflit oihib, xpifCyhf?rN?bd)bâ Ç afpfioncm fa gu fs 5m mfibii m Pic «xbortaio qui infra tricniu a pnma 5 te OOatranni »üi OOscccm mopieuMi» isf^v&keattvlicc fiî>C) a Rcgnt pbictt îtcfacultatif fui* magiV'ocl min?piout ipôi;''oi5eb».Folunihw.pioauibi^rnûeuigdib cc, oçtattqui t 'XU CortfeflôicS pMrici fcculaies^ocl RcgftUwa-pc* ipfos eligcnM ofdTiomb; eoi; auMas.y vnunis'cna îofi* apticcTifciliatHCYsf(lîbpctmtf b$ atq; îwlicm quatücüqj giauif p^naAîice tâtü icbuâabfoludonc impciae a DemutiafàfhfaJ/ Imüctttcftecnôfiii builitcr pcticift ipoVaquibufcitq} «xcôicationû fufpenfiotm a3iitc2iictt aiiifqj fcntétii*celim« apcin?4tdcFui, l3ci» el fi fo2fart p2optot amiflîonem loqucie ofitcriittmpOtonMtfrçpta-îtâ «S^'otiehMrpio plcifilma ofm'pcto2;fuo2Ü 5c quibj02c ofcffi a ouie Ptiiti fuezit Iniulgctia ac plccuiâ tcmiihoi’c fcrtidiiOoitail ipîs aücte âptica occiae'\)a(cât.£>ati(factoe p cos fcfa fi fupuixeimt aut p coy bcieics fi tuncttaficiiift 2>\a rZi ¦*i7î P i - v.,r.(UGwfîc f>Wi* funiA"VirI aùaMîalia Mc ieiuncVJciritîo tmnrimw cto earlcfic rccoto Rorndafl «tbliwâthLpih*mtuaa wiouetaua».v.-^-''7""cJrr AT- ' —• • 1 1.r - ¦T.- ."V» J N» rts > i.mmui iiitAtm 1.* lit ( 11 H Wr.lA IA il A’ MT ' odmupCiLum îciunab'Unt.Gt fi faltquo anoîOoel ecu; parte iictü iciuniû comoM: aMmplc2c ncquiuciint ConfdTôra5 ihclcctus inà&Cÿmlltàkpbhgtfcarttatis okpa que ;pîfac«e ctia tcrtcat'&umoio tn ex sfiietitia réifTiotue bmm quoi abfit pcccrtrfrnon ÿjîfumaitt alwquf îiaa çonccflïo[quo aî> plcnanâ rcmilTumc’ui moitié articula et tcmiffio quo ai pcfa ex chien tLAnpnhraf »miflftttuHi?-f»itt tobortéuelmonuH'Gtquuiieuoricfc Ott .vxc7itatjftc nmo tskneîavbaniut v-4-s fcrcuaa.\)(fcMiwt s^oînia pimiumiE abfnlutianfe ttttmrfîiimiB în uixn glmTCCratUrtUI Î>n9 nt 1 befu« xps p fua'fctlflima et piiflîma’tViia; teat>fM>fat €>f auctc ipi7 beatox;q>.ptîâ n pctrtQ -'JàxAa^ o) ac Siicte aptka midji omifTa et hbi occfla Ggotc abfoluo ab offnf ptfts mrs 2tnti« sfcfiîé 1 obltus Gvâ ab ofnib3 cafi b?cvcdlîbj criûiif atq; ieliais quatucûq} giauif £>cit aptice refciuatisflccnon a qvtibufcücy ^côtcat'tonû fufpenfion et InteiMcU ûDifqj fiineccfune 1 pertié ecdiafticié a jure Niel abbofc ymulgrttiêfiquaêiiiaurifii ianii tibi pleiflima ofm PcfÔ2;tuop miul • CCnüa •a tctmOioiu juquaul çlhuçêfanctc mattiécalie in b«ac ptc lê extcniût.ln nomme patri® a fuü et fpmtué Icuçti amen .Lfcrotui plmajjt rcmifftnms m mmrisartiruia ïftttamrmnt Oné^iôTtei ut tîipra Ggo te abfoluo ab ami bj pcfîs.trn® otritis jfeflîs a 6 fiieliü a lâcramaitisecetic Rehtîffcj)So tib^peila* puigatorii qua* p2opter culpas et of feu fa si nau r 1 ft 1 5anN?tibi plenaiuqp fiîhjycfvi}5,];uo2U rfnufjioiiT^^qirai\f cÜiics ftc truîsecdi£-irt b>4C voxtt (c cxtihiut .In uoFc pris et filli ce (pus fhncu dmcit. C’Olilil omutû îrum noftr IBcmtr mil-alU&uiamtr /Hnratc t)omi quîamirabüi Uitfibiîittrra _________Gmdumcius falutare Tuuntnu confpe uutuftmamfumn.t nroîDie fur irtumtatis f _ iTXitnut ontiifo ccrmim noftn.ulnlatctotmo tare et milrarc rfpfallicc, tu rptpara in tptljara tr v Détail du « Psautier » nn-prune en 1457 par Schoeffer.Il s’agit d’une xy-lotypie (caractères mobiles en bois).Le « colophon » porte pour la première fois une identification : date (14 août 1457) et « marque » de l’imprimeur.(Voir celle-ci en fin d’article) qualité.L'inconvénient est qu'avec la presse, les planches xylographiques s'écrasent rapidement.Pour y pallier on emploie le métal.La comparution de Hass Dünne, orfèvre, est des plus intéressantes.Il reconnaît avoir touché en 1436 près de 100 florins ¦— somme importante pour l'époque pour « des choses qui appartiennent à l'imprimerie ».(3) Gutemberg a-t-il déjà résolu le problème de la composition métallique mobile ?Et Strasbourg vit-il naître la première impression typographique ?Une analyse minutieuse des pièces d'audience conduit à la négative.Cette analyse, nul ne l'a faite avec autant de lucidité et de bonne foi que Maurice Audin, fils de notre regretté maître et ami : Marius Audin (4).Sauf éléments nouveaux à découvrir c'est à ses conclusions que nous nous rangerons : Gutemberg a un atelier de métallogra-phie ; ses textes, gravés, font l'objet d'un moule dans lequel on coule un métal.Il obtient ainsi des formes stéréotypées qu'il utilise sur sa presse.Au reste ce procédé n'est pas précisément une innovation ; il vient des Pays-Bas et est employé dans plusieurs villes rhénanes.De là à prétendre que Gutemberg s'est indûment approprié une invention hollandaise, que cette invention est proprement la typographie, il n'y avait qu'un pas, allègrement franchi par certains tenants de Laurens Jansz de Haarlem dit Laurent Coster.S'il règne une telle confusion dans l'histoire de la naissance du nouvel art, c'est que les uns, en l'absence de documents irréfragables, ont nié toute participation de Gutemberg à l'invention ; que les autres ont voulu voir en lui le seul et unique père, en même temps concepteur et réalisateur, de la typographie.Ces deux tendances pêchent par excès.Rien ne les justifie.Tout, au contraire, s'explique assez bien si l'on admet qu'il s'inspire en partie de procédés existants, cherche à les perfectionner, s'entoure pour ce faire d'individus particulièrement aptes à l'aider.Que des fondeurs aient, dès le XlVe siècle, coulé occasionnellement des caractères destinés à hâter le travail des miniateurs, cela est prouvé aujourd'hui ; que des lettres ou des groupes de lettres aient été gravés pour réparer la ou les parties défaillantes d'un bloc d'impression ne fait aucun doute ; que de ces techniques soit née l'idée de composition par types individuels ou groupes de types, c'est la logique même.Des aînés de Gutemberg et quelques-uns de ses contemporains ont réalisé des essais en ce sens avec plus ou moins de bonheur.Il restait au Mayençais à résoudre les problèmes que pose l'assemblage de ces caractères et leur fabrication en série, tout en gardant au résultat obtenu, ne l'oublions pas, une apparence de manuscrit.Personne en effet, pas même Gutemberg, ne souçonne encore que cette technique supplantera bientôt le livre savamment copié.UE se passe-t-il après le procès de Strasbourg ?Pourquoi ayant eu gain de cause, les associés se séparent-ils au moment d'atteindre leur but ?A défaut d'autres explications ne serait-ce pas que Gutemberg, privé du précieux Dritzehem, découragé, se sent incapable d'achever la matérialisation de ses conceptions ?Il quitte Strasbourg au lendemain du procès.On le suppose à Mayence entre 1444 et 1448.Qu'a-t-il fait entre temps et durant cette dernière période, nul ne le sait exactement.La première date certaine de sa présence à Mayence est le contrat qu'il signe en 1450 avec un riche bourgeois de la ville : Johann Fust.Celui-ci, quoi qu'on en ait dit, ne s'associe pas à Gutemberg.Le contrat est formel.En quête d'affaires à lancer Fust commandite de 1,100 florins une entreprise qui lui semble intéressante moyennant un intérêt de 6% plus une part des bénéfices nets.En outre, cette commandite a un objectif limité ; elle ne porte nullement sur l'exploitation générale de l'atelier mais sur une oeuvre déterminée dans le contrat : l'impression d'une Bible.Cette spécification est assez, on l'a vu plus haut, dans la manière de Gutemberg qui aime à séparer ses diverses activités.En cas d'échec, — cette réserve indique bien que le procédé n'est 34 pas définitivement mis au point, — il est prévu un remboursement des 1,100 florins plus les intérêts.Le gage est représenté par le matériel de l'emprunteur.Voilà qui est précis.Il ne s'agit ni en droit, ni en fait, d'une association.Le temps passe.Visiblement Gutemberg s'occupe de travaux d'impression : speculum, donat, calendrier .mais point de Bible.Fust s'impatiente.C'est un homme d'action, un positif ; il ne se paie pas de vagues promesses.Cet imprimeur a une idée géniale mais la gestion de son atelier est catastrophique ; plutôt que de parfaire son procédé il s'éparpille en menues besognes.Fust, lui aussi, a une idée.Il a récemment engagé un jeune homme remarquablement doué : Peter Schoeffer.Celui-ci a 25 ans ; il est né à Gernsheim, petit bourg du Cercle Electoral du Rhin, dans le Landgraviat de Hesse ; excellent calligraphe, il a depuis peu terminé ses études à l'Université de Paris.Schoeffer ira mettre un peu d'ordre dans les affaires de l'imprimeur, le secondera, le stimulera, protégera du même coup la commandite, fera un rapport sur la rentabilité de l'entreprise.Quel accueil fit Gutemberg à cet intrus ?Froid sans doute, mais il est vite conquis par le dynamisme, les facultés d'assimilation de son nouveau compagnon.Est-ce le « Dritzehem » qu'il attendait ?Mieux encore ; Schoeffer sait dessiner d'élégantes lettres, en graver les poinçons, chose que Gutemberg semble incapable de faire convenablement puisqu'au moment où le « secret », à Strasbourg, lui paraît essentiel, il a recours à un étranger, à l'orfèvre Dünne.L'envoyé de Fust d'autre part se passionne pour son nouveau métier, engage son patron à augmenter sa mise.On met en oeuvre les premières pages de la fameuse Bible.Mais Gutemberg n'est pas satisfait.Avant de commencer un travail d'aussi longue haleine, il veut perfectionner le système, chercher encore.Cher- cher quoi ?Il passera sa vie à chercher si on l'écoute, sans jamais rien produire d'important.Un objectif atteint, un autre surgira qu'il voudra atteindre avant de commercialiser le premier.Las d'attendre, Fust se fâche.Avec les moyens techniques tels qu'ils sont, on a déjà exécuté dans d'excellentes conditions diverses oeuvres mineures.Les essais sont concluants.Cela paraît suffisant à l'homme d'affaires pour réaliser l'objet du contrat.Oui ou non va-t-on imprimer cette Bible avant que l'un ou l'autre des ouvriers de l'atelier ne l'exécute pour son propre compte ?Déjà un certain Mentel ou Mentelin, dit-on, après avoir fréquenté les Mayençais .On imagine très bien Gutemberg, buté comme peuvent l'être certains chercheurs, tenir tête à Fust, l'accuser d'incompréhension ; mépriser ou injurier en lui l'homme d'argent.L'autre, considérer l'inventeur comme un raté : un frise-poulet, un ferreur de cigale, ainsi qu'on dit à l'époque.Atelier de Schoeffer.Détail d’une colonne de la Bible à 42 lignes dite Bible Mazarine (1456).On remarquera la sûreté de la gravure.C’est le premier livre connu exécuté en typographie.(grosseur d’oeil exacte.) ûotota ratera aûïpit ftladmaaira îuflî ecuiitt înfima.print?apuû tas übet-untaf brefirtjttpŒ non gtnr&nt ûîritu?.fetûa rMntûttptjut ooîma aflttUat.ïerciua uagectattû f Iruîtit?.Puart?uagtitatcrrquc nuttttp unra-ntue.ftutc?rUeaUiatarimrq îeutono* mm pnotat.lpji If quttp tibri raotfi: quno.fime tfjoradîjûel^f aprilât.étûntgpfiap otûhte £anut:rt tttnpù unt a îiju film naunqut apuû îUna îoTur btnnunt ûiar.fcmtùc fubtqût fapripw îû rli îuûîtü lita^er în rüfem rôpîngüt ruttpquta în ûîrto mût ni : frâ ci?narra?tpftoria.raxîue fcqu'n tur famudtquent noa regnop pnrii i &8ntûîeint?.t2uart?raaladjint îû t Atelier de Gutemberg.Détail de la Bible dite à 36 lignes (1458) qui lui est attribuée.Les caractères groupés sont plus nombreux ; la gravure plus hésitante.La grosseur du caractère est en vraie grandeur.nouas aûîflt tplbs maria tr â * fifft :ut ma quos lîtms no titrant rata q?uitcrit-J&u pîta -goias mmtptpflms oaers-fir «j r em j r\ mm iliï num ramqt 02a ptalîr qut quo bam magna gtrria bûchât* la-bojîofiiïimr pagtatnt*ut quî atbmîs ragt mit tt potntsmi > îurqi îottnnas aitjattnrit jpg nafta pfonabât4mt ptgrin?arep biEripulus malms altata uttccûix bîtee quâ üia trapu* Miter ingtce-Ëmîqi nî buttas quart toto D2bt fugîms .pftq* timtaptus aprotus 1 uniting Eternel conflit du capital et de la théorie.Fust ne veut plus rien entendre ; d'autres affaires le sollicitent.Il exige un remboursement.Gutem-berg, malgré le désir qu'il en a, ne peut se libérer de sa dette et en même temps de cet importun matérialiste.D'où le procès intenté en 1454.Schoeffer témoigne devant le tribunal que le procédé est apte à réaliser l'oeuvre litigieuse.Et c'est le jugement de novembre 1455 qui condamne l'ar-chitypographe.a ' ES ardents défenseurs de JL Gutemberg n'ont pas manqué d'affirmer qu'une pression fut exercée sur les juges par le riche marchand, frère du bourgmestre de Mayence.En était-il besoin ?Les termes du contrat ne prêtaient pas à discussion et la négligence, sinon la mauvaise volonté de l'imprimeur, trop patente.Au surplus, il semble que Fust se désintéresse de cette affaire.Le matériel est vendu par autorité de justice.Ce n'est que sur l'insistance de Schoeffer, qui se fait fort de poursuivre l'oeuvre et de la terminer rapidement, que Fust avance l'argent nécessaire au rachat d'une partie de l'outillage.Il semble d'autre part que Gutemberg se porte acheteur d'une police de grosse gothique, celle utilisée dans les Lettres d'indulgence » de 1454, qui lui servira pour la Bible de 36 lignes, — police que l'on retrouvera plus tard dans l'atelier de son élève Albert Pfister, imprimeur à Bamberg.Et Schoeffer tint parole.Fin 1455 ou début 1456 sortait la première oeuvre notoire imprimée en typographie : La Bible de 42 lignes, dite Mazarine.Les neuf premières pages ont 40 lignes, la dixième 41 : celles-ci furent probablement composées et tirées avec la participation de Gutemberg.L'ouvrage comprend 1200 pages à 2 colonnes, réparties en 2 volumes in-folio.De son côté celui qui reste malgré tout l'inventeur de la presse à imprimer et le premier concepteur de la lettre coulée semble être piqué au vif de son amour propre par la perte de son procès.Veut-il montrer à ses adversaires que lui aussi est capable de réaliser une oeuvre ?Toujours est-il qu'une Bible, dite de 36 lignes, voit le jour vers 1458-1459.Aucun document il est vrai ne la désigne comme Jim t Diro uoB uraifr^roîa ff gme rarôj tftnJrFm itfm ij orriDîa $1$ raa i Dilapida coa a& tntiifli lut Èuariêauolui rôcrpre Mioa tuoa tjuêa&mofi gallîa ogr gat pulloa (0 i alaa'inoluî&i, to tmlîqf uolito m9 ufa trfcrm &irocm uofrnô ntt Uîfebîna atno îoncr DiratiQ,^iïîrir Spécimen des caractères (en vraie grandeur) du « Missale Spéciale» de Constance.Attribué à Gutemberg et imprimé sur sa presse avant 1450.Xylotypie.imprimée par Gutemberg —- sauf un texte maintes fois cité de la « Chronique des Souverains Pontifes et Empereurs », éditée à Rome en 1474, où pour l'année 1459 il est dit que « Fust et Gutemberg, chacun chez soi, tirent 300 feuilles de Bible par jour ».Au surplus on ne sait même pas exactement où il installe son atelier ; les uns disent : dans les faubourgs de Mayence ; d'autres à Bamberg.Certains concluent qu'il n'en est pas l'auteur.Mais quel homme à l'époque, en dehors de Schoeffer, éventuellement de Pierre Mente-lin, —- ils n'en réclamèrent jamais la paternité, — était apte à exécuter un tel monument ?Certes ! elle n'a pas la noblesse de la Bible Mazarine.Aucune des oeuvres attribuées à Gutemberg, d'ailleurs, n'égale celles de Schoeffer.C'est que celui-ci est devenu un technicien hors de pair.D'actives recherches l'ont amené à modifier totalement l'alliage du métal de fusion ; ses moules à épaulement assurent une hauteur uniforme des types, et ceux-ci, admirablement gravés, sont dignes de l'ancien calligraphe de F Université de Paris.Il manquera toujours à Gutemberg de retrouver un « Pierre Schoeffer ».Fust ne s'y trompe pas ; pour s'attacher cet artiste, qui est aussi un réalisateur, il lui fait épouser sa petite-fille peu avant 1460, l'associe à ses affaires ; lui aussi, désormais, deviendra imprimeur.Il semble même qu'il ait monté à Mayence un atelier indépendant de celui de Schoeffer.Quant à Gutemberg, si toutefois il ne produit plus par lui-même, il prodigue ses judicieux conseils dans une imprimerie dont le matériel, après sa mort, est donné à Conrad Homery, par Adolphe de Nassau, le 25 février 1468.Trois ans plus tôt, ce dernier avait attaché Gutemberg à sa cour, avec droit de résidence en son palais d'Eltvil.Il n'est pas dans notre propos d'étudier ici les oeuvres des trois prototypographes de Mayence.Il est quand même intéressant de signaler que dès 1457, Fust et Schoeffer utilisent une marque les identifiant et qu'ils datent leurs livres dans des colophons c'est-à-dire des « achevés d'imprimer ».Pourquoi Gutemberg ne le fait-il pour aucun ouvrage ?Il n'y a plus désormais d'équivoque possible entre le livre manuscrit et le livre typographié.Aucunes représailles non plus, car il est protégé par Adolphe de Nassau alors que Fust et Schoeffer, considérés par le Prince Archevêque comme ennemis politiques, sont contraints, pour un temps, à l'exil.Alors ?On a dit qu'il n'osait signer des oeuvres dont il n'était qu'en partie responsable.M.Philippe Beaudoin dans une étude consacrée à « Gutemberg et l'imprimerie » (5) 36 NOTES ET BIBLIOGRAPHIES propose une explication : l'extrême modestie de l'homme devant une réalisation extraordinaire dont il attribue tout le mérite à Dieu.Nous avouons n'être pas convaincus.D'autres grands chrétiens se sont fait gloire de leurs succès « avec l'aide de Dieu ».Au surplus, le tempérament de l'inventeur nous paraît beaucoup plus complexe.Nous le croyons plus conscient de sa valeur et c'est pourguoi nous avançons ici une hypothèse sans prétendre la faire partager : Gutemberg publie des ouvrages dont il tire un profit légitime et nécessaire, mais gui lui permettent surtout de poursuivre ses recherches, d'atteindre à un autre perfectionnement.Trop lucide pour mésestimer les travaux de Schoeffer, conscient de l'infériorité de ses types par rapport à ceux de l'ancien compagnon, il brûle du désir de le surpasser et ne daignera signer gu'une oeuvre inégalable.La mort le surprend, hélas ! sans qu'il ait pu atteindre sa chimère, alors que Schoeffer, plus modeste dans ses ambitions, produira jusqu'en 1502 des ouvrages qui seront des modèles.'UNE telle confrontation Gutemberg ne sort en rien diminué, au contraire.Il reste l'élément essentiel, le concepteur.Schoeffer d'autre part est l'homme dynamique, celui qui acquiert rapidement la maîtrise de cette nouvelle technique de l'imprimerie.Ses qualités artistiques contribuent au plein épanouissement du procédé naissant.C'est l'homme complet par excellence.Quant à Fust, son rôle ingrat de bailleur de fonds ne saurait en rien l'avilir.Que serait-il, sans lui, advenu des deux autres ?Jugeant en homme d'affaires, non en théoricien, il estime que l'invention arrivée à un certain stade est rentable.Les perfectionnements possibles s'effectueront peu à peu, selon les problèmes qui se présenteront et en fonction de la production.Il faut commercialiser.De gré ou de force les deux techniciens se voient obligés de réaliser une oeuvre, qui, sans Fust.Peut-on dissocier ces trois hommes avons-nous demandé ?En bonne justice nous croyons sincèrement qu'ils se sont magnifiquement complétés et ont, par là, hâté l'exploitation d'un procédé d'impression, qui, sans eux, n'en aurait pas moins vu le jour, mais peut-être beaucoup plus tard.Variations orthographiques sur les noms de Gutemberg et de Schoeffer 1°) Quelques-uns de nos lecteurs, et certains de nos élèves, habitués ci la graphie Gutenberg, se sont étonnés de trouver dans nos précédents articles le nom du génial inventeur écrit avec un m.Voici la justification de cette orthographe ; nous l’avons adoptée sans toutefois prétendre avoir raison contre l’usage.Comme le lieu et la date exacte de sa naissance, l’orthographe de ce nom reste indécise : fils de Frie- 10 Gensfleich indiquent certains documents, ¦— de Erich, ou Frielo Gentzfleich disent d’autres, — et de Else von Gudenberg, ou Gü-demberg, Johann porte généralement dans les pièces de ses procès, mais avec de nombreuses variantes orthographiques, le nom du domaine apporté en dot par sa mère, nom qui peut se traduire en français par : Bon Mont.Dans l’épitaphe gravée avant 1499 sur sa pierre tombale, en l’église des Récollets, de Mayence, 11 est appelé: Johanni Gentzfleich ; mais en 1507 une autre épitaphe porte : Jo.Gutenburgensi Mogun-tino .On le trouve également désigné sous le nom de Henn Gens-fleich von Sulgeloch.Voyons maintenant les auteurs.Le plus ancien, sauf erreur, son contemporain Ulrich Zell, qui imprime à Cologne dès 1466, écrit dans une chronique (1499) que Johan Gudenburch est né à Strasbourg ; l’abbé Jean de Trithème (ou Trit-teheirn) vers 1502 esquissant une histoire de l’imprimerie —• il prétend tenir les détails de Schoeffer en personne, — orthographie, dans les Annales de l’abbaye d’Hirschau (Wurtemberg) : Gudemberg.On trouve encore : Guttembergs (in Koehler, Leipzig 1741); Gut-temberg (in Gott, Fischer, Mayence 1802 ; et Dominguez, 1882); Gutemberg (dictionnaire de More-ri 1718 ; Firmin Didot à plusieurs reprise ; quelques auteurs du XIXe siècle).A choisir nous avons adopté cette dernière graphie.Elle nous semble plus conforme à l’usage français, à défaut d’une règle absolue, dès l’origine.Les noms de Fust et surtout de Schoeffer ont connu les mêmes vicissitudes : S c h o f e r, Schoiffher, Schoiffer, Scheffer etc.L’intéressé lui-même orthographie son nom différemment d’un colophon à l’autre.Là encore nous suivons la graphie qui nous semble la plus logique.2°) de Donatus, célèbre grammairien du IVe s.Ses traités toujours en usage au XVe siècle faisaient l’objet d’impressions tabellaires à l’usage des élèves des Universités.Par extension et fort improprement on désigne sous le nom de « donat » les divers manuels scolaires xylographies.3°) « das zu dent trucken gehoret » dans le texte original 4°) Maurice Audin.L’évolution prétypographique, in Somme typographique.Paris 1948.5°) Montréal 1940.Thérien Frères Limitée.Editeurs.« Colophon » de la deuxième Bible, avec date (1462) et « marque » de la firme Fust-Sclioeffer.Ce dernier abandonnant la « gothique » a gravé un caractère de transition qui conduira au « romain ».I^nôbocopulculu> nmtü ae côpletüct ad cufcbia3 tn mduftrie m arntate (paguntt) pe/Jobannéfiiftcwé-et J^etrufcbainbcr te gernfbxrpm clericü biocef ctufdej confib matü, Âniiomcarnacôis tmicc-ÀVcccc-brv "Jnvig-tUa a flump cois g-Pofevirgnne mane.37 New Machines and Gadgets -Novel Things for Modern Living- (For further information on these machines and gadgets, one may write to the manufacturers listed at the bottom of next page) SCREW-HOLDING DRIVER for electric and electronic assembly work and maintenance holds a screw in place until the threads take hold.Designed for work in hard-to-get-at places, it works when pressure against the screw expands twin bits, automatically tightening the grip within the screw slot*1*.• QUICK-DRYING PAINT promises fast redecorating of business offices.It is a tough paint based on a vinyl acetate resin latex.Described as relatively odorless and drying overnight, the paints can be 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securely locked.Easily installed, the metal locking device fits any standard size wooden frame window'6).FLUID DISPENSER is semiautomatic and described as eliminating losses, contamination, and guesswork of old-fashioned bottle pouring.The laboratory dispenser can be drop calibrated.A safety lock knob on the steel and aluminum device prevents accidental opening*7*.• HOME OILER is a hydraulic-type device that holds up to four ounces of lubricating oil.Made of a butyrate plastic, the oiler can be aimed and “fired” at hard-to-get-at parts.The oiler's base unscrews to permit filling.It is available in red, yellow or green'8).• ASTRONOMICAL TELESCOPE has a 42mm achromatic objective lens.The 38-inch long telescope features an interchangeable eyepiece holder.It offers 67, 100 and 200 power and also has an attachment clamp said to give solid, vibrationless viewing*9*.• CHECKWEIGHING MACHINE is said to be capable of proving weight accuracies in the range of one part in 5,000 up to one part in 20,000.Automatic transfer mechanisms place a commodity on, and remove it from, the weighing element with a minimum of impact.The machine is available in capacities from one gram to 100 pounds''10'1.IMPORTED TRIPOD designed for the chest, also can be used as a repro stand and a table tripod for any size and weight movie or still camera.Made of aluminum, the tripod has rubber tips which allow it to rest comfortably on the chest of the photographer.It folds up into eight inches and fits into a carrying case*11*.DRAFT SHIELD is a second windshield made for all convertibles.It is designed for installation behind the driver and spans the full width of the car.Made of a flexible, transparent material, the shield can be put in place without tools and taken cloiun and rolled up for storage when not in use'-1-'1.• FOUR-CELL TORCH is said to have a quarter-mile night-time penetration.The six-volt flashlight uses standard D-cell batteries and is housed in an all brass, lightweight seamless barrel.Its light-head is two and one-half inches in diameter.The torch weighs 22 ounces*13*.• DARKROOM OUTFIT is designed for home developing of films and prints.The kit contains a developing tank, a contact printer with built-in safelight and printing light, three plastic trays, a glass-graduate, amber safelight lamp, thermometer, stirring rod, film clips and chemicals'1^.• BARE METAL PRIMER has been developed for use on aluminum boats.The primer produces a thin film on the surface of the metal that is described as chipproof and peelproof.It dries in five minutes, and can also be used on steel, galvanized iron and copper alloys.A gallon will cover about 300 square feet*16*.• DRAFTING TABLE provides working space and storage space.The overall size is 106 inches long and 36 inches deep.There is an 38 adjustable-angle drawing board ; an attached reference table ; a full-size drawer ; a box drawer and two filing cabinet drawers''16'* 1.• WALKING PROSPECTOR for oil and mineral finding can be used to measure the vertical component of the earth’s magnetic field.The 12-pound device is strapped around the chest and walked over the prospecting area.It works like a Geiger or scintillation counter*17'.• METAL COA TING is described as a chemical treatment and organic coating in one application.The paint coating adheres to all ferrous and non-ferrous metals.It dries in five to 10 minutes; is salt spray resistant ; acid and alkali resistant ; and heat and cold resistant'18'.• FLASHER LAMPS have the flasher unit built in, blinking on and off without the need for a separate flasher mechanism.Designed as warning devices for home, highway and industry, the lamps are available in three types : cigarette lighter plug-in ; flashlight battery-operated ; and handlantern battery-operated*191.AIR SAMPLER small enough to be held in the palm of the hand is designed to help in air pollution control.Weighing less than two pounds, the device has a built-in explosion-proof power source that permits air sampling under actual operating conditions.It can be attached to a workman’s clothes'10'.SELF-FEEDING PENCIL automatically feeds lead at the correct writing length to prevent breaking of lead.No hand adjustment during writing is necessary and the pencil is described as ideal for making Carbon copies.The pencils are made with black, gray, red, blue and green barrels with erasers to match*211.ILLUMINATED GLOBE measures 18 inches in diameter and is equipped with a dial to show the time in all parts of the world.The globe is plastic and can be marked with a grease crayon and wiped clean.The lighted globe can be inflated by mouth and deflated for moving or storage'21'.DOOR KNOBS for decorating the home are molded from an acrylic resin.The material can be molded in a wide range of shapes and colors, or even embedded with metallic flakes.The knobs do not tarnish and are non-conductors of electricity*231.• PHONOGRAPH ARM for Hi-Fi enthusiasts is said to rest on a record as lightly as a sheet of tissue paper.The tone arm places only one grain of pressure on a record.Equipped with a 0.7-mil diamond stylus, the arm is designed for use with a standard turntable, but not with a record changer'2 * * 5'".• DRAFTING APPLIQUE made of translucent plastic still adheres to drawing paper after long periods of storage.The material will take pencil, pen or printing and can be used without the application of heat.In unprinted form, the material can be printed by standard offset equipment*251.TRACTOR SEAT has a torsion rubber spring suspension system for taking the vibration and shock away from the driver.The smoothriding seat is said to eliminate the need for farmers to stand, while operating their tractors.It can be bought to replace tractor seats now in use'16'.RADIAN CHAMBER FURNACE using natural gas anneals wire and strip coils faster and cleaner.The furnace is operated 1 by tangentially fired gas burners in the heating chamber combined with high convection atmosphere currents created by the high speed, high temperature alloy fans inside the radiant chamber.Complete protection of the furnace load is achieved by shielding the load inside a radiant retort containing controlled analysis gases.Designed for either single or multiple stacks, the furnace may contain loads from 5 to 25 tons.The heating chamber is as large as 8 ft.wide and 9 ft.in height.1.H.J.J.Co., 268 Marlow Drive, Oakland, Calif.2.A.C.Horn Co., Inc., Horn-Sun Chemical Bldg., Long Island City 1, N.Y.3.Cosom Engineering Corp., 6020 Wayzata Blvd., Minneapolis 16, Minn.4.Miterite, Inc., Campbell, Calif.5.Schil-Hall Tool Mfg.Co., 1621 Milwaukee Ave., Chicago 47, 111.6.Pilgrim Products Co., 10 Clarence St., Worcester 5, Mass.7.Gardner Laboratory, Inc., P.Q.Box 5728, Bethesda 14, Md.8.Plews Oiler, Inc., 701 South 7th St., Minneapolis 15, Minn.9.Edmund Scientific Co., Barrington, N.J.10.Ex-act Weight Scale Co., 944 W.Fifth Ave., Colombus 8, Ohio.11.Voss Photo Corp., 601 W.156th St., New York 32, N.Y.12.Continental Industries, Dept.5, 684 N.Sangamon St., Chicago 22, 111.13.Burgess Battery Co., Freeport, III.14.Ansco, 40 Charles St., Binghamton, N.Y.15.C.A.Woolsey Paint & Color Co., Inc., 205 E.42nd St., New York, N.Y.16.Republic Steel Corp., Berger Div., E.11th St.& Belden Ave., Canton 5, Ohio.17.The Radiac Co., Inc., 489 Fifth Ave., New York 17, N.Y.18.Industrial Finishes Co., Inc., 921 Land Title Bldg., Broad and Ches-nut Sts., Philadelphia 10, Pa.19.General Electric Co., Nela Park, Cleveland 12, Ohio.20.Union Industrial Equipment Corp., 175 Main St., White Plains, N.Y.21.Tru-Tip Writing Instrument Corp., 153-09 10th Ave., Whitestone 57, N.Y.22.C.S.Hammond & Co., Maplewood.N.J.23.Fluoro Plastics, Inc., 4546 Baker St., Philadelphia, Pa.24.Shure Brothers, Inc., 222 Hartrey Ave., Evanston, 111.25.Transparent Products Co., Inc.,' Aplika Dept., 324 E.24th St., New York 10, N.Y.26.Bostrom Manufacturing Co., 133 W.Oregon St., Milwaukee, Wis.27.Canadian General Electric Co.Ltd., 212 King St.W., Toronto.39 obvelles de llQiseignement spécialisé Petit-neveu d’an Prix Nobel, M.Marc Giauque compte 43 ans d’enseignement à l’Ecole Technique de Québec LE mardi 17 décembre 1957, M.Marc Giauque, chef de la section de mécanique d’ajustage à l’Ecole Technique de Québec, s’est prêté de bonne grâce à une entrevue télévisée qui a été présentée par le poste CBFT sous la rubrique Carrefour, dont le réalisateur est M.Jean-Maurice Laporte.On sait que, la veille, avait eu lieu à l’Ecole des Métiers Commerciaux un grand banquet marquant la fondation du Club Quart-de-Siècle au sein du ministère du Bien-Etre social et de la Jeunesse, et que M.Giauque est, de tous les membres du personnel, celui qui compte le plus d’années au service de la Province.Répondant à des questions de M.Paul Dumont-Frenette, M.Giauque a révélé sur sa carrière des détails intéressants et pittoresques.M.Giauque est né au Locle, canton de Neuchâtel, en Suisse.Il appartient à une -famille d’éducateurs : son père était professeur à l’Ecole d’Horlogerie de Locle ; son frère a enseigné le dessin ; sa mère et sa soeur ont également été institutrices.Le frère de son grand-père, M.William Giauque, est présentement attaché à l’Université Berkeley, en Californie, et il a reçu le Prix Nobel en chimie, il y a cinq ou six ans.Arrivé tout d’abord aux Etats-Unis en 1912, M.Giauque y travailla comme mécanicien.L’année suivante, il décidait de s’établir au Canada.Après un stage à Détroit comme outilleur aux usines Cadillac, il entra en cette même qualité au service d’une manufacture de Montréal qui se spécialisait dans la production d’outillage pour la bijouterie.En 1915, il est à Brownsburg, y exerçant le même métier, sauf que cette fois, il s’agissait d’outillage utilisé pour la fabrication des cartouches.C’est peu après qu’il se présenta à l’Ecole Technique de Montréal dans le but de se sou- mettre à une série de tests devant établir son aptitude à l’enseignement.On m’offrit alors un poste dans l’enseignement technique, dit-il, mais je refusai lorsque j’appris le bas niveau des salaires : $900 par année, plus certains cachets pour les cours du soir.J’acceptai lors- M.MARC GIAUQUE, LE “VETERAN" DE NOS PIONNIERS qu’on décida de m’offrir un traitement de faveur : $1,200 annuellement, et j’entrai au service de l’Ecole Technique de Québec, que je n’ai jamais quittée.En 1915, rappelle M.Giauque, le personnel de l’Ecole Technique de Québec se composait de dix professeurs et instructeurs et de quatre ou cinq préposés à l’entretien: aujourd’hui le nombre des employés dépasse la centaine.A cette époque, il y avait moins de cent élèves aux cours du jour, alors qu’on en compte environ 800 aujourd’hui.Une soixantaine d’élèves fréquentaient les cours du soir ; le chiffre est maintenant de près de 900, et il sera porté au millier avec le prochain semestre qui doit marquer l’ouverture de nouveaux cours.M.Giauque est sans contredit un pionnier de renseignement technique dans le Québec.Au nombre de ses anciens élèves, il en est douze qui sont devenus directeurs d’écoles relevant du ministère du Bien-Etre social et de la Jeunesse : MM.Lionel Poulin, Antoine Hallé, Emile Lockwell, J.-F.Thériault, L.-P.Maltais, Marie-Louis Carrier, Georges Moore, Dark Laflamme, Jacques Morin, Albert Landry et Denary Hallé.Il est tout fier du succès de ses élèves et s’enorgueillit de servir aujourd’hui sous l’un d’eux, M.Darie Laflamme, qui dirige l’Ecole Technique de Québec.M.Giauque regrette-t-il de s’être établi au Canada ?C’est le plus beau pays du monde, dit-il, et le Québec est la perle de toutes les provinces.On lui a demandé si, au cours de sa longue carrière, il lui était arrivé même une fois d’anticiper l’essor que l’enseignement technique a connu au cours des récentes années.Jamais, a-t-il répondu, je n’aurais osé rêver d’un tel progrès.Il s’agit là d’une réalisation qui a dépassé les plus grands espoirs.Et sur ce, M.Giauque est retourné à Québec afin de reprendre son poste.L’impression qu’il nous a laissée pourrait faire le sujet d’un article qui sans doute porterait atteinte à sa proverbiale modestie.Lui qui, depuis tellement d’années, s’efforce comme éducateur d’inspirer la discipline à ses élèves, pratique celle-ci dans sa vie quotidienne.Nous nous en sommes rendu compte lorsqu’au lendemain du banquet de fondation du Club Quart-de-Siècle, nous l’avons invité à quitter Montréal une journée plus tard afin de se soumettre à une entrevue à Carrefour.Lui qui venait d’être honoré comme le vétéran de notre personnel a tout de suite répondu : Impossible, mon directeur ne m’a pas autorisé à le faire.Ce respect d’une autorité dévolue à l’un de ses anciens élèves est plus révélateur que ne le serait une longue et élogieuse appréciation.40 Ce montage des fleurs naturelles à ïEcole des Métiers déminins /'AUOI de plus délicat que les fleurs ?Ceci est si vrai que l’on est généralement porté à croire que seules des mains féminines peuvent les manipuler et les présenter en des arrangements artistiques.Pourtant, si, un mercredi soir, vous visitez l’Ecole des Métiers Féminins, située rue Létour-neux, à Montréal, et que la curiosité vous pousse à assister au cours qu’offre cette école sur le montage des fleurs naturelles, vous aurez la surprise de constater qu’il s’y trouve autant d’élèves masculins que féminins, car il ne s’agit pas là d’un métier exclusivement réservé au sexe dit faible.Ce cours, le MME IRENE DENOMMEE, PROFESSEUR AU COURS DE MONTAGE DE FLEURS NATURELLES INITIE UNE ELEVE, MLLE LOUISE CHATEL.A LA CONFECTION D'UN CENTRE DE TABLE.premier du genre offert dans nos écoles, a pour but de répondre aux requêtes pressantes de fleuristes et de commerçants qui ne parvenaient pas à trouver d’ouvriers qualifiés.Aujourd’hui, l’industrie peut bénéficier d’une main-d’œuvre experte, et le commerce, d’un personnel compétent.Ce cours spécial d’apprentissage comporte surtout des séances de travaux pratiques durant lesquelles les élèves apprennent, sous les directives de leur professeur, Madame Irène Dénommée, les méthodes rapides et scientifiques de la confection d’arrangements floraux particuliers comptant parmi les plus usuels, tels que : couronnes et gerbes mortuaires, poteries garnies, centres de table, coloniales et fleurs de corsage, montages de fleurs naturelles et assortiments de fleurs dans les boîtes, bouquets de mariées, etc.Chaque élève possède son propre équipement didactique et peut ainsi se livrer à un travail individuel comprenant une foule de manipulations délicates, et cela, suivant les données et les démonstrations de l’instructrice.Au point de vue horaire, le cours s’établit de la façon suivante : il totalise une série de dix soirées réparties dans les cadres de l’année académique habituelle et chaque séance, d’une durée de deux heures, a lieu une fois la semaine, le mercredi soir.Le recrutement des élèves se fait aussi bien auprès de la gent masculine que chez les dames et jeunes filles.Cette année, par exemple, les inscriptions groupent autant de garçons que de demoiselles sur un nombre de 32.Le cours comprend aussi, ou ire des travaux pratiques qui le caractérisent, un enseignement théorique dans lequel figure une initiation à l’administration d’un commerce de fleurs.Ces notions portent surtout sur les fleurs saisonnières, leur mode de culture et les méthodes de protection et de conservation des plants, les procédés d’achat, et de vente dans l’entreprise florale, l’explication de détails techniques concernant les serres, etc.Le nombre des personnes qui ont suivi ce cours depuis son inauguration est assez imposant.Les élèves y trouvent un avantage attrayant dans le fait que, outre sa courte-durée, il offre à chaque candidat la faculté de se trouver facilement un emploi rénumérateur, dans la plupart des cas, souvent même avant qu’il n’ait complété son apprentissage.Un ancien élève, M.Laurent Lord, détient aujourd’hui le poste de décorateur-fleuriste à Radio-Canacla pour certaines émissions télévisées.46LA DES ELEVES MASCULINS DU JARDIN BOTANIQUE DE MONTREAL SUIVENT ATTENTIVEMENT LES DIRECTIVES DE LEUR PROFESSEUR, MME IRENE DENOMMEE, RELATIVEMENT A CERTAINES MANIPULATIONS DELICATES QU’EXIGE LE MONTAGE DES FLEURS NATURELLES.CETTE PHOTO NOUS PRESENTE UN GROUPE D’ELEVES S’EXERÇANT A DES ARRANGEMENTS FLORAUX PARTICULIERS.41 j ! -M Mi Préposés au ''lounge' Chef des garçons Portiers (uniforme d'été) Garçons du "Beaver Club'' 9Qégor a dessiné les uniformes cjrue portera / de /liôte! d^eine -
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