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Titre :
La nouvelle relève
Éditeur :
  • Montréal :[La nouvelle relève],1941-1948
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
inconnu
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La nouvelle relève, 1942-10, Collections de BAnQ.

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LA NOUVELLE RELÈVE V Directeurs : Robert Charbonneau et Paul Beaulieu GEORGES BERNANOS Le Général de Gaulle ROBERT COFFIN France LUIGI STURZO YVES SIMON PAUL BEAULIEU AUGUSTE VIATTE Chroniques Les événements internationaux Les livres : Notre-Dame des neiges — La pureté dans l'art — Sous les platanes de Cos — Joies et tristesses de la maison — Les guerres modernes et la pensée catholique Octobre ( JL t-o I 25 cents » MONTRÉAL 1942 LA NOUVELLE RELEVE Fond** an 1934 _ Robert Charbonneau Directeurs : paul Beaulieu Rédacteur en chef : Claude Hurtubise Sommaire GEORGES BERNANOS PAUL BEAULIEU .LUIGI STURZO .AUGUSTE VIATTE .ROBERT GOFFIN .AUGUSTO-J.DURELLI Le général de Gaulle 1 Le Brésil, terre d'avenir 4 Pie XII et la Paix 9 Rencontre d'Europe et d'Amérique 21 .France, poème 25 .Libération de la liberté (IV) 39 CHRONIQUES Les événements internationaux YVES R.SIMON : La paix de compromis Les livre» MARCEL RAYMOND: Notre-Dame des Neiges par Gustave Lamarche -GUY SYLVESTRE: La pureté dans l'art par Wallace Fowlie — AUHAï BLAIN : Sous les platanes de Cos par le docteur Antonio Barbeau Joies et tristesses de la maison par Albert Brassard - Le» guerres modernes et la pensés catholique par Luigi Sturzo — MARCEL RAYMOND .La vie merveilleuse de Sarah Bernard par Louis Verneuil L'abonnement à 10 numéros : Canada.$ 2.00: étranger.$2.25.Payable par mandat ou chèque au pair a Montreal, négociable sans frais.60 ouest, rue Saint-Jacques, Montréal.HArbour 3924.Octobre 1942 Vol.Il — Numéro 1 LA NOUVELLE RELÈVE Octobre 1942 Volume II, Numéro 1 NOTE DE LA DIRECTION A la suite de dillicultés techniques, il a été impossible de publier à temps le numéro de septembre.Nous avons été forcés, pour ne pas nuire à la vente dans les librairies, de dater ce numéro du mois d'octobre.Les abonnés recevront les dix numéros auxquels ils ont droit mais dans le 2e volume qui commence avec le présent numéro, il n'y aura pas de livraison marquée septembre 1942.De même dans les 10 numéros du 1er volume, commencé en septembre 1941, il n'y a pas eu de livraison marquées novembre 1S41 et juillet 1942.LE GÉNÉRAL DE GAULLE Quelques lecteurs — et qui m’ont fait l’honneur de m’écrire — se sont plusieurs fois montrés surpris de la discrétion que j’ai cru devoir observer jusqu’ici à l’égard du général de Gaulle.Je puis leur répondre aujourd’hui que mes scrupules ne sont jamais inspirés d’une méfiance personnelle envers le chef incontesté des armées françaises, et il est même parfaitement exact que si j’eusse été autre chose qu’un écrivain, j’aurais agi d’une manière bien différente.Mais je ne suis qu’un écrivain, et j’ai toujours pensé (pie je devais éviter l’apparence de parler au nom d’un groupe, quel qu’il fut, c’est-à-dire en un autre nom que le mien.Mon modeste témoignage risque de perdre ainsi beaucoup de son poids, mais qu’importe, puisque je le veux d’abord libre, dût-il paraître léger.Je ne mets d’ailleurs pas en doute la nécessité des partis, de la discipline des partis, je me félicite seulement d’avoir choisi une profession qui me permet de ne compromettre jamais personne (pie moi, d’être absolument seul à porter la responsabilité de mes erreurs ou de mes fautes.Puis-je ajouter enfin, avec la même franchise, qu’ayant dès le premier jour reconnu et acclamé le soldat maintenant légendaire auquel I.A NOUVKM.K Kl'I.IÏVE ) chaque Français cligne de ce nom a remis son espoir, son honneur cl sa vengeance, le général de Gaulle ne pouvait néanmoins être pour moi que le délégué provisoire de la seule autorité légitime envers laquelle je me sente réellement engagé — non parce que je l'ai plus ou moins librement choisie, selon mes goûts, mais parce qu'elle m’a été donnée par l'histoire de mon pays, qu’elle tire son origine et son principe non de la volonté de telle ou telle génération de Français, mais de la fidélité séculaire d’innombrables générations françaises, qu'elle est sortie, pour ainsi dire, des entrailles de la nation.Je ne me suis jamais caché d’être rovalistc et dans le moment où, par la faute du prétendant, il y a peu de consolation et d'honneur à servir sa cause, je pourrais moins encore songer à la renier.Le dauphin que Jeanne d’Arc entraîna derrière elle, presque malgré lui, sur la route du Sacre, avait aussi de bien mauvaises relations — celle, notamment, d’un autre archevêque.Ce dauphin médiocre n’en est pas moins devenu un grand roi.Je m’excuse de ce trop long préambule, mais je tenais à prouver que je puis parler du général de Gaulle sans parti-pris, avec une entière liberté.Ce qui me reste à dire doit d'ailleurs se dire en peu de mots.Quelles que soient nos prévisions ou nos espérances touchant l'avenir, voilà dix-neuf mois que le général de Gaulle tient l’épée de la France, et nous sommes tous absolument et inébranlablement décidés à ne le laisser humilier par personne.Il y a une conspiration contre le général de Gaulle, et nous la voyons se développer sournoisement dans des milieux très divers mais qui ont tous entre eux ce point commun : le goût malsain, on pourrait dire pathologique, de bafouer l’enthousiasme et la foi, de ridiculiser les pauvres gens assez simples pour croire que le dernier mot n’appartient pas toujours en ce monde aux roublards et aux cyniques.Voici quelques années un jeune Français poète, avant de se pendre, écrivait en hâte, au crayon sur un bout de papier, cette phrase déchirante : “Je ne veux plus vivre dans un monde où tout le monde triche.” On ne saurait aujourd’hui rien dire de plus exact sur le travail secret de corruption, — et aussi de désagrégation, d’émiettement — poursuivi dans tous les secteurs de l'opinion universelle et qui compromet à mesure l’œuvre et la pensée des LE GÉNÉRAL DE GAULLE Churchill et des Roosevelt.Les tricheurs continuent de tricher et ils tricheraient encore même s’ils avaient perdu le goût de tricher parce qu’avant englouti dans la banqueroute nntnichoise tout le profit de leurs tricheries antérieures, ils ne peuvent regagner qu'en trichant ce qu'ils ont perdu.Pour les tricheurs américains enrichis par la vente des fournitures de guerre au Japon contre la Chine, comme pour les tricheurs anglais qui vingt-sept ans plus tôt ravitaillaient l’Allemagne par la Suède et la Norvège, ou spéculent honteusement aujourd’hui sur le caoutchouc avec la complicité de hauts fonctionnaires, il importe que la prochaine paix soit encore une paix de tricheurs.Tous ces gens-là n’ont jamais eu qu’un but — ne rien changer à un monde qui facilite leurs profits — tel est le sens du mot conservateur.Ils souhaitent donc que la paix soit la plus grande déception possible pour les peuples, afin que découragés de tenter à l’avenir quoi que ce soit, ils se disent tristement eux aussi : “A quoi bon ?A quoi bon essayer de jouer dans un monde où tout le monde triche ?.Le général de Gaulle n'a pas triché.11 a pris son risque au moment le plus critique, et il l’a pris tout entier.Alors (pie la défaite de l’Angleterre paraissait certaine, même à beaucoup d’amis de l'Angleterre, il a parié pour la Victoire, et non pas pour le Compromis.Le général de Gaulle a parié pour Churchill contre Chamberlain.Voilà ce que ne lui pardonnent pas les tricheurs.Georges Ber n a nos, Barbacrna — Brésil.(Tous droits réservés). LE BRESIL, TERRE D’AVENIR l'.n écrivant ses pages vibrantes à l’éloge du Brésil \ Stefan Zweig ne se doutait peut-être pas encore qu’il lui préparait un aussi tragique destin.Les accents passionnés qu’il exprime à l’égard de ce peuple de 50,0tX),000 d’habitants qui réussit à vivre en harmonie malgré la diversité des origines raciales, de langues et de croyances, ne permettaient pas de soupçonner une fin aussi désespérée.Le titre de l’ouvrage laissait plutôt prévoir que le célèbre écrivain autrichien avait enfin trouvé une oasis cpti le protégerait contre la cruelle persécution qui s’acharne sur ceux de sa race et lui permettrait de continuer son œuvre littéraire.11 projetait une étude sur Montaigne, ce maître de la raison.Son suicide constitue un grave avertissement à ceux qui mettent à leur programme politique l’antisémitisme.Ce livre est plus qu’un simple exposé; c’est un témoignage d’admiration.Cette formule fait sa force et sa faiblesse : sa force, parce qu’il y transpire un ton amical; sa faiblesse, parce que l’auteur dans son enthousiasme commet des lacunes dangereuses, en minimisant la gravité du problème japonais et l’irrédentisme de la minorité allemande qui, jusqu’à récemment encore, enseignait ses enfants en leur langue maternelle.Les cent premières pages sont les plus captivantes.L’auteur y brosse une esquisse éblouissante du Brésil, histoire pleine de coloris et qui touche à la légende, car tout se construit à une échelle hors de proportion.On assiste à la naissance d’une colonie en 1500.due au hasard capricieux des vents qui auraient poussé vers les terres nouvelles les caravelles portugaises alors en route vers les Indes.Pourtant le commandant de l’expédition, Pedro Alvarez Cabrai, avait eu soin de prendre à bord le pilote de Vasco da Gama.Dès les débuts se pose le problème de peupler cette gigantesque région, alors que le pays fondateur a besoin de tous les bras disponibles pour assurer la protection des nombreux postes parsemés sur trois continents.Les Juifs convertis, craignant le bûcher de l’Inquisi- (1) Le Brésil, terre d’avenir, jiar Stéfan Zweig.Editions de la Maison Française, New-York. LE BRÉSIL, TERRE D’AVENIR 5 tion, sont bien consentants à émigrer, toutefois à ce petit nombre insuffisant de colons volontaires, il faut adjoindre certaines classes de prisonniers.Ensuite c’est la croissance du jeune pays.Une brève lutte s’engage pour la libération du territoire contre une poignée d’explorateurs français cpti avaient opéré un débarquement et construit une fortification, lutte dont le nombre minime de combattants ne traduit pas l’ampleur de l’enjeu : l’unité nationale et religieuse du Brésil.Une ombre tragique obscurcit temporairement le tableau : le royaume du Portugal, sous le coup d'une audacieuse équipée en vue d’anéantir la puissance musulmane, est écrasé par la grandeur de son, rêve et passe avec toutes ses possessions sous le contrôle de la couronne d'Espagne.De nouveau, il faut chasser l’intrus qui cette fois est le ' ' " .Hollandais.De ces luttes, le Brésil prend conscience de son âme nationale et s’achemine vers la brisure complète des liens qui l’unissent à la mère-patrie.Une poussée d’indépendance secoue le joug trop lourd du Portugal, mais l'épopée impériale par son éclat étouffe vite le sentiment de révolte.Les guerres de Napoléon avaient en effet forcé le souverain portugais à chercher refuge dans sa colonie qu‘il n avait certes pas gâtée de privilèges.Malgré les réformes dues au roi Joao VI, les Brésiliens ne le reconnaissent pas pour l’un des leurs et quoique en 1815 l'égalité constitutionnelle leur est accordée, 1 animosité est telle qu il est forcé de choisir entre la couronne du Portugal et celle du Brésil.Son bis en lui succédant n'a rien de plus pressé que de se conformer au sentiment populaire et se fait proclamer empereur du Brésil en 1822.consacrant de fait 1 indépendance du pays.Même après avoir renoncé à la couronne du Portugal, a la mort de son père, il doit à son tour abdiquer en faveur de son fds, un vrai Brésilien.Le dernier empereur, en vet itable humaniste, chercha durant son long règne à améliorer les conditions de vie en favorisant l’instruction, les arts et le commerce.L abolition de I esclavage fut le dernier acte important qu il posa, et cet acte d'humanité causa sa chute.Lui aussi quitta le continent américain qui, comme l’exprime Zweig, n'a pas de place pour les rois.Après quelques années de troubles intérieurs, la nouvelle république passa sous la direction énergique d’tm chef : Getulio Vargas.Il est remarquable de noter combien l'évolution politique du Brésil s est faite d’une façon lente et humaine.Ce fut par degrés 971956 6 LA NOUVELLE RELEVE progressifs, presque sans effusion de sang, que du stage de colonie, il arriva à la forme républicaine en 1889.Même durant les crises les plus aiguës, le Brésilien sut respecter son adversaire, et les souverains destitués purent quitter leur royaume sans être inquiétés et conserver le respect de leurs anciens sujets.Ce sens de l’équilibre est l'une des magnifiques qualités du caractère de ce peuple.Une autre constatation intéressante : ce sont des événements européens qui ont déterminé l’évolution du pays et l’ont américanisé en l'éloignant de la sphère d'influence des vieux pays.Combien stimulante est cette épopée coloniale d’un pays petit en superficie, mais dont l'âme et le courage étaient assez élevés pour imposer le respect et faire reconnaître ses droits par son puissant voisin, l'Espagne.Les expéditions encouragées par le roi du Portugal conduisirent ses sujets jusqu'aux Indes et en Afrique.Cette marche vers les pays neufs était d’une importance telle pour l’économie de la nation que les rapports des navigateurs étaient considérés comme secrets d’Ktat.Conquérir le monde pour le Portugal et la foi chrétienne fut la pensée stimulatrice qui soutint ce peuple dans ses exploits héroïques.Parmi les figures brésiliennes attachantes, deux retiennent particulièrement notre attention parce qu'elles ont été des facteurs décisifs dans l'expansion de la nation.Combien sympathique est le premier gouverneur.Tomé de Souza, qui unifia la colonie naissante et donna un sens à cet effort divisé.Et cette figure énergique, Manuel de Nobrega, chef de la mission des' Jésuites, qui mit une ardeur sans cesse soutenue à lutter contre les injustices commises à l’égard des indigènes que les Pères avaient pris sous leur protection.Zweig porte un témoignage sans réserve sur l’ceuvre civilisatrice accomplie par ces religieux qui, selon lui, ont apporté «la plus grande idée colonisatrice de l’Histoire)).Au lieu d’exploiter le pays pour des intérêts personnels, ils lui apportent l'instruction.lui enseignent les méthodes de culture et lui offrent la foi.Ils ont entrevu l'avenir magnifique de la colonie et travaillent pour le futur.Ce pays neuf leur offre aussi une occasion unique : mettre en réalisation leur conception d’un ordre social, fonder une communauté théocratique où les idées spirituelles auront la primauté sur les intérêts matériels.Aussi s’avancent-ils vers l’intérieur pour échapper au contrôle laïc et favorisent-ils le rapprochement de blancs et des indigènes.Pour eux ces hommes simples LE BRÉSIL, TERRE D’AVENIR 7 ne sont pas des bctcs de somme dont il faut abuser mais des intelligences à développer, des âmes à sauver.Sous l’extérieur rude des indigènes, ils ont reconnu la personne humaine.La formation variée et sérieuse des disciples de saint Ignace leur permet d’intervenir avec compétence dans différents domaines, militaire, politique, social et religieux.Et une tlamnic d’apôtre les soutient dans leurs efforts.Nobrega représente bien ce type de jésuite qui s’identifie à la vie de la nation et mène ardemment le combat, au nom des principes religieux, contre les excès des colons et l’esclavage.Ces missionnaires préfèrent la persécution de leurs concitoyens et même l’expulsion plutôt que de trahir leur idéal.Les autres chapitres traitent de certains aspects de la vie de la nation.Une assez longue étude sur l’économie du Brésil nous présente un pays aux richesses naturelles infinies et aux possibilités industrielles inouïes.L’évolution économique du Brésil est comme dominée par les ressources du sol dont la surproduction donne une orientation insoupçonnée, détermine un déplacement de population vers l’intérieur, suscite la construction de villes et l’organisation de provinces nouvelles.Une demi-douzaine de matières essentielles font la base de l'histoire économique du pays.L’exploitation de la forêt, de l’or, du sucre, du café, du caoutchouc, du tabac et du coton, doit être endiguée, car la nature est trop généreuse et un produit prend facilement la prédominance sur l’autre.Au moment des crises financières un nouveau produit surgit qui sort la nation de l’impasse difficile.Le Brésil tend à devenir un pays qui se-suffit à lui-même en organisant la production de sorte que son économie ne dépende plus uniquement du café ou du tabac.L’histoire économique du Brésil révèle jusqu’à quel point peut être poussée l’exploitation de l'homme par les marchands rapaces et les grands propriétaires, qui n’avaient de cesse que lorsque le maximum de rendement avait été atteint par leurs ouvriers esclaves.Dans un chapitre flou et qui donne l’impression d’une dissertation imposée, Zweig tente de saisir les éléments constitutifs de la culture brésilienne.Il dégage certaines caractéristiques du type physique et intellectuel, notant la constitution physique plutôt faible du Brésilien et faisant ressortir les traits dominants de 8 LA NOUVELLE RELÈVE son caractère : douceur, bienveillance, tolérance, politesse, susceptibilité.Il relève les dispositions aux habitudes de vie agréable et illustre son affirmation par l’attitude des ouvriers qui préfèrent la clémence du climat à l'enrichissement par un travail quotidien.Des manifestations artistiques et littéraires, il est à peine fait mention.Ce n'est que depuis 1800 que le Brésil possède des écoles supérieures, des bibliothèques, des imprimeries.Jusqu’à cette date, le journal et le livre étaient monopole du Portugal.Malgré ces déficiences lamentables, les écrivains et les artistes commencent à produire des œuvres cpti sont brésiliennes et qui, par ce caractère, enrichissent l’humanité.Zweig consacre à la gloire de Rio de Janeiro des pages é-blouissantes.Cette ville tant par sa beauté naturelle (pie par scs constructions n'a rien à envier aux capitales européennes et retient le souvenir ému de tous ceux qui y séjournent quelque temps.L'avenir réservé à cette nation est difficile à saisir.Pays immense dont une partie considérable du territoire est encore inconnue, ressources variées et prcsqu’illimitées, citadelle unie que la langue isole des autres nations d’Amérique du Sud, le Brésil semble être appelé à jouer le rôle de médiateur entre l’Amérique du Nord et du Sud.Il servira de tampon entre la susceptibilité des républiques sud-américaines et de frein à la tentation d’établir un impérialisme américain.Cette position lui assure une influence de première importance dans la réalisation de l’union des Amériques, lit l’on comprend, après la lecture de cet ouvrage, (pie Zweig ait donné au Brésil une adhésion totale, car il y voyait réalisés la fusion des divers groupes humains dans une seule âme aihsi (pie l’ordre de tolérance qui ignore les frontières de couleurs; parce qu’il y trouvait cette façon civilisée de permettre aux autres humains de vivre en égalité, ce qu’il chercha en vain à travers l'Europe en mal de haine.Cette constatation qui le bouleversait d’espérance, revient à plusieurs reprises comme un leit motiv.Nous assistons à une expérience formidable : la formation d'une nouvelle race, qui tend à réfuter la théorie de la race pure.Ce livre est beaucoup plus que le récit merveilleux des fastes d'une nation, c’est l’illustration d'une conception de vie qui témoigne d’une civilisation forte et saine.Le dernier message de Zweig fut une nouvelle affirmation de ses convictions, mais il lui manqua la petite lueur d’espérance, force des persécutés et des exilés.Paul Beaulieu PIE XII ET LA PAIX Ou parle beaucoup de l’ordre nouveau et des buts de paix.Dans un domaine qui revêt un caractère collectif ( " et économique, aussi bien que social) la libre initiative des individus compte pour beaucoup, mais une large part revient aussi à l’interdépendance des événements et à la logique interne de l’histoire.A ce point de vue, ils ont raison ceux qui disent que la paix sera semblable à la guerre, car nous ne devons pas croire qu’elle descendra du ciel toute faite, ne laissant d’autre alternative aux hommes que de l’accepter.De même que pendant la guerre, dans les deux camps, l’influence des intérêts spécifiques, des passions, des idéaux, vrais ou faux, se fait sentir, ainsi, dans la restauration de la paix, les mêmes passions influeront sur la volonté libre — mais pas toujours indépendante — de ceux qui établiront les principes de l’ordre, ou du désordre nouveau, quel qu’il soit.Aussi, Pie XII avait-il bien raison de présenter, à la Noël de 1939, son fameux programme en cinq points (qu’il proclama de nouveau dans son message de Noël de 1941, invitant les belligérants à s’en inspirer pour l’étude, la préparation et l’orientation de la paix et, en même temps, il va sans dire, pour la conduite de la guerre elle-même.Son intervention, certainement la plus autorisée cpii soit au monde, s’inspire des mêmes motifs moraux dont s’inspirerait dans ses suggestions pour la paix tout honnête homme animé d’un sain idéal et de sentiments chrétiens en matière de moralité nationale.C’est pourquoi le Pape fait à bon droit directement appel à l’opinion publique de tous les peuples, afin qu’ils induisent leurs gouvernements à baser le nouvel ordre sur les principes de la loi morale : tout homme sage et honnête, qui désire l’avènement du bien-être et de la paix, doit collaborer à la création de la chaude atmosphère qui favorise la croissance et le développement d’un nouvel ordre supérieur à l’ancien.7109 10 I,A NOUV1CLU-; KKI.KVK Il est intéressant de noter ce que Pie XII a dit à l’occasion de si >n message, en décembre dernier, et de reproduire ses propres paroles : "Un tel ordre nouveau, dont tous les peuples désirent l'avè-nements après les épreuves et les ruines de cette guerre, doit être fondé sur ce roc immuable et indestructible : la loi morale, (pie le Créateur lui-même a indiquée au moyen de l’ordre naturel et (pi’il a gravée en caractères indélébiles dans le cœur des hommes : cette lui morale dont l’observance doit être approuvée et prônée par l’opinion publique de toutes les nations et de tous les Etats avec une telle unanimité de voix et d’énergie que personne ne puisse mettre en doute ou affaiblir sa force obligatoire." Il est évident qu’une telle opinion publique, (que Pic XII veut unanime) doit être formée durant la guerre, afin que, au moment de la conférence de paix, la conviction (pie la loi morale doit être restaurée l'emporte, car la paix ne peut avoir une base plus solide.11 y a beaucoup d’obstacles à la formation d’une telle opinion publique.Parlons des Etats libres et démocratiques.Là, l’opposition viendra, soit cachée et indirecte, soit au grand jour et agressive de la part de trois groupes : de ceux qui, par conviction, 11e croient pas aux lois morales (le positivisme infeste nos écoles depuis un demi-siècle) ; de ceux qui tirent profit de toutes les guerres ; et des nationalistes, aveuglés par la passion.Ceux du premier groupe, bien qu’ils ne croient pas à une loi morale valable également pour tous, admettent, cependant d'une manière ou d’une autre, certains principes qui coïncident avec la justice, la liberté ou un ordre moral.Ils peuvent être inconséquents avec leur propre doctrine, mais, néanmoins, nous pouvons dire que cette heureuse incohérence les rapproche du commun idéal de l'humanité en les éloignant des théories totalitaires basées sur une conception égoïste et désagrégeante de la moralité.Ceux du second groupe sont le cancer de toute société ; on doit les connaître, les dénoncer, les bannir comme vils voleurs, profiteurs et contrebandiers.Surveillons-les dans le domaine international.Mais comme ils sont habiles à se camoufler ! C’est du type Laval (pie je parle, non de l’homme.Enfin, ceux du troisième groupe, les nationalistes, devraient se tenir pour avertis par la Charte de l’Atlantique et la déclara- IM K XII KT LA PAIX 11 tion de Washington.Il est vrai qu'un document signé n’acquiert de valeur que par sa mise en vigueur, mais les hommes qui dirigent la politique mondiale ont certainement le pouvoir de supprimer toute tentative de nationalisme excessif au nom de principes qui om.été énoncés publiquement et qui ont rallié l’assentiment général.Il n’est pas facile de former une opinion publique claire et générale concernant l’application de la loi morale sur le plan international.Il y faudra certainement maintes discussions approfondies, des plans d'envergure, une intense propagande afin de satisfaire les intérêts réels des diverses classes de l’organisme social : par exemple approuvons-nous tous la prohibition du bombardement des populations civiles, là où il n’y a pas d’objectifs militaires : certainement, cette cruauté ne peut avoir d'autre but que de semer la terreur.Même dans les pays démocratiques, il se trouve une importante minorité pour soutenir que nous devons combattre l’ennemi avec ses propres armes.L’opinion publique est à peine préparée à éviter une semblable tentation, car elle confond des moyens techniques ou stratégiques, avec ce qui est simplement une vague de passion ou une brutalité froidement calculée.La loi morale doit dominer l’esprit de vengeance et autres cruels instincts.Les conséquences d'une pareille attitude ne pourront se mesurer pleinement qu’après la guerre, quand on établira les bases du nouvel ordre.Ceci, cependant, ne sera pas possible sans la pacification des esprits.Si les pays démocratiques et leurs alliés, après la victoire, se présentent avec des mains pures des actes de terrorisme commis par l’Axe dans les pays occupés, il leur sera plus facile ou moins embarrassant de s’entendre avec les nations vaincues, une fois les chefs responsables et leurs complices éliminés.Il y aura là un facteur psychologique de la plus haute importance pour l'avenir du monde.11 est toujours sage d’être moral, même en politique; c'est une erreur de ne pas croire que la mésentente et la terreur, tôt ou tard, recevront leur punition méritée.Ceci, cependant, ne se réalisera pas tant'que l’opinion publique ne s'intéressera pas aux problèmes moraux et aux fins pratiques qui déterminent les politiques de guerre et la préparation de la paix.Nous pouvons donc, prendre pour acquis, que la pensée du 12 LA NOUVELLE RELEVE Pape et la nôtre coïncident pleinement, (pie la base de l'ordre nouveau doit être la loi morale et que le moyen le plus efficace (et, ajoutons, le plus démocratique) de parvenir à cette fin est d’éveiller l’intérêt de l'opinion publique de façon aussi générale et aussi énergique que possible.?Le programme en cinq points de Pie XII est généralement connu.11 nous plonge directement au cœur des problèmes qui agiteront le inonde d’après-guerre.La première question qui se pose est la suivante : Les cinq points, ont-ils quelque rapport avec la guerre elle-même et ses buts immédiats ?Si oui, (comme c'est le cas), dans quel sens peuvent-ils influencer le cours et l’orientation de la bataille des alliés ?Analvsons-les brièvement, en nous basant sur le texte de 1941.En premier lieu, le pape demande que, dans le nouvel ordre, les Grandes Puissances respectent “les droits des petits Etats à l'indépendance politique et au développement économique.” C'est, sans aucun doute, le signe qui permettra de distinguer les grandes puissances démocratiques des dictatures.Les premières sont tenues.par leur définition même, de respecter de tels droits.C’est ce qu'ont établi la Charte de l'Atlantique ( 14 août 1941 ), aussi bien que la déclaration de Washington (1er janvier 1942), quand d’abord, la Grande-Bretagne, et les Etats-Unis, puis les autres alliés à leur suite, se sont engagés à ne rechercher aucun avantage territorial ou autre.Ainsi, la présente guerre est également définie du côté démocratique : ni guerre impérialiste pour établir l’hégémonie d une puissance sur une autre, ni guerre d'annexion ou d’écrasement du faible et du petit.Y a-t-il des ombres à notre tableau ?Oui, et elles doivent disparaître.Premièrement, se pose la question hindoue.La déclaration de Londres, en septembre dernier, selon laquelle la Charte de l’Atlantique ne s’appliquerait pas aux Indes, peut être une réserve d’ordre strictement légal, mais n’a certainement pas été inspiré par la sagesse politique ou morale. ri K XII ET I.A PAIX 13 Ici, l’on doit dire à la décharge de l’Angleterre que son gouvernement éclairé a réussi à apporter le bien-être et l’ordre aux Indes avec le minimum de contraintes et le maximum possible d’avantages.Mais l’Angleterre n’a pas été capable de diriger les forces inhérentes à l’Inde vers un système autonome qui, aujourd’hui, est reconnu comme nécessaire et même urgent, aussi bien pour la présente guerre que pour la paix future.Malheureusement, des décisions rapides, prises au dernier moment, ne donnent ordinairement pas satisfaction et se révèlent inefficaces à la longue.Le problème de l’Inde est si étroitement lié à la nouvelle situation en Asie qu’on n’en peut retarder la solution.La faillite de la mission de Sir Stafford Cripps a été pour tous, une déception.Nous espérons que les Britanniques et les Hindous en viendront bientôt à une entente satisfaisante.L’autre point noir est la Russie.Staline a autorisé la signature de la Charte de l'Atlantique et de la déclaration de Washington qui sont basées sur l’idée de liberté, y compris la liberté religieuse.En dépit d’affirmations contraires, il n’y a pas de liberté religieuse en Russie.Sir Stafford Cripps a clairement dit que Moscou ne désire aucune modification au présent statut, n’en voyant pas la nécessité.Néanmoins, nous accepterions de faire confiance à l’avenir et de profiter de toute la bonne volonté et de la coopération des alliés, pour que la liberté, en général, et la liberté religieuse en particulier, ne restent pas une simple clause de la constitution soviétique, mais deviennent une réalité, quand on aura éliminé tous les obstacles qui s’y opposent.La question des pays baltes était une autre ombre au tableau : la Finlande maintenant en guerre du côté de l’Allemagne, la Lettonie, l’Estonie et la Lithuanie sous le joug nazi.Heureusement, le pacte anglo-russe du 26 mai 1942 a réglé l’épineuse question que la Russie a soulevée, en 1939, en violant l’existence nationale et la liberté de la Lettonie, de l’Estonie et de la Lithuanie, en déclarant la guerre à la Finlande.Le pacte anglo-russe, préservant les droits des pays baltes est une nouvelle application du principe « de ne pas rechercher d’agrandissement territorial pour eux-mèmes et de non-intervention dans les affaires internes des autres Etats ».La Pologne aussi a conclu une entente avec la Russie et, si étrange que cela puisse paraître, les troupes polonaises combattent maintenant aux côtés de leur ennemi traditionnel. 14 I.A NOUVKU.E KKI.KVE Pour ce qui concerne les pays maintenant en guerre, qui au cas d’une victoire alliée seraient vaincus, il est nécessaire d’établir une distinction entre les gouvernements et les peuples, parce que les peuples et leurs représentants remplaceront les partisans et les hommes des dictatures.Nous ne pouvons donc approuver des déclarations comme celles de Churchill et de Eden (ce dernier dans un discours radiophonique le à janvier ll,42) quand ils affirment que « ce (pii compte en affaires internationales, ce n'est pas la forme de gouvernement d'une nation.La faute de Hitler, par exemple.n’était pas d’être un nazi chez lui ».Cette vieille histoire, répétée au sujet de Mussolini, nous ramène aux sources même de notre tragique situation présente.Les auteurs du nouveau système de prêt-location se sont montrés beaucoup plus sages et ont agi d’une façon plus sûre à Washington, le 24 février, dans les préparatifs de l’amélioration de l’économie d’après-guerre.Ils ont spécifié que pour cet accord, on «accepterait la participation de tous les autres pays de même sentiment ».Très bien ! Car s’il n’y a pas de « similitude de sentiment », aucune collaboration cordiale n’est possible sur le plan international.11 faudra du temps avant qu’une certaine similitude de sentiments et d’espoirs s’établisse entre les peuples cpti survivront au chaos de la guerre.Mais qui peut croire qu'un nouvel ordre peut être institué en deux ou trois mois, surgissant de la Conférence connue Minerve de la tête de Zens ?Trois étapes au moins seront nécessaires : (1) celle de l'armistice.de la démobilisation, et, pour plusieurs pays, de gouvernements provisoires; (2) celle de la restauration du droit, qui avant la guerre, appartenait historiquement aux vainqueurs, à leurs alliés et à leurs colonies; (3) celle du retour à la liberté intérieure des pays vaincus et de l’établissement de leurs gouvernements légitimes qui participeront à la Conférence, afin de définir leurs droits spécifiques et leurs obligations et de s’entendre sur le plan de l’organisation internationale.?Aujourd’hui, y a-t-il quelqu’un au monde prêt à croire que l’Axe acceptera le premier point des demandes du pape ?Quand des pays libres ont été réduits à la servitude, comme la Tchécoslo- IM K XII ICT I.A PAIX 15 vaquie et l’Autriche, par Hitler; l’Albanie et l’Abyssinie par Mussolini; la Mandchourie et Nanking par les Japonais (pour s’en tenir à ce cjni est arrive avant la guerre), personne n’a le droit de croire que 11 i11er, Mussolini et Tojo font la guerre totale avec l’idée préconçue, de s’asseoir ensuite autour d’un tapis vert et de redonner la liberté et l’indépendance politique aux pays qu'ils ont occupés militairement.Peut-on dire, alors, que le pape, en proposant ce premier point, a parlé en faveur d'une victoire alliée ?11 serait certainement présomptueux de l’affirmer.Pie XII s’adresse à tous, d’un point de vue moral et spiri-rituel, comme un prédicateur dans l’église, qui rappelle à ses fidèles les dix commandements.Parmi ses auditeurs quelques-uns peuvent se repentir de leurs fautes, tandis que d’autres ne se repentent pas.Tout peut arriver ici-bas, même le repentir de Hitler, de Mussolini et de Tojo.Mais du moins, jusqu’ici, rien ne nous autorise à croire à un tel repentir.Le pape le sait très bien, mais peut-il connaître l’avenir ?Son devoir avant tout est d’affirmer les valeurs morales dans les relations internationales à la face de tous, y compris les pays de l’Axe.Le second point : respecter la culture, le langage, la tradition des minorités.Ici, l’Italie doit être blâmée pour son attitude dans le passé, aussi bien que la Pologne et tout autre pays qui a violé les droits élémentaires des minorités.Le conseil du pape convient au général Franco pour le traitement qu’il a fait subir aux Basques et aux Catalans; mais spécialement à Hitler pour ses persécutions contre les Juifs, et en même temps à ses vassaux de Rome et de Vichy, de Budapest et de Bratislava.S’il en fut ainsi dans le passé, s’il en est encore ainsi pendant la guerre, qui croira que l’Axe victorieux ne fera pas pire à l’avenir ?Concernant la chrétienté en général et le catholicisme en particulier, nous savons parfaitement bien quelles sont les intentions de Hitler et des autres chefs nazis qui font évoluer l’Allemagne et l’Europe vers un ordre nouveau.Cependant, s’il existe quelqu'un qui préfère l’expérience présente à toute leçon du passé, et s’il n'est pas convaincu par les nouvelles de guerre, il devait lire Gutt Und Volk — Soldatischcs Bckcnntnis ( Dieu et le peuple 16 I,A NOUVELLE KELEVE — Profession de foi d’un soldat ).Dans ces pages, il ne découvrira pas seulement l’esprit anti-chrétien du nazisme, mais également maints passages se rapportant à l’attitude religieuse et internationale d’une Allemagne nazie victorieuse.Laisscz-m’en citer seulement trois : ( 1 ) « Nous vivons à une époque décisive.Avec la reconnaissance des valeurs de la race et du sang, s’est formée une conception nouvelle de la vie.Elle se manifeste extérieurement par la formation d'un nouveau genre, d'une nouvelle volonté de vie.L’époque du rêve humanitaire international tire à sa fin, ainsi que le rêve de l’humanité chrétienne qui, depuis deux mille ans, agite les hommes sans approcher d’un seul pas vers son but.« La race et le peuple sont devenus des idées sacrées, ils constituent un signe de notre temps et la loi de l’avenir.Ce qui favorise cette loi est bon et doit vivre, ce qui n’est pas reconnu par cette loi est mauvais et doit être changé, bien plus, doit disparaître)).(2) «Chaque époque a sa caractéristique.Deux époques, deux signes se combattent mutuellement aujourd'hui; à savoir, la Croix et l'Epée.L’épée est une arme de combat, la croix est traînée par les peuples résignés.Dans le signe de la croix, ce qui est en cause aujourd’hui, c'est le christianisme et non la chrétienté )).(3) «Quand nous proclamons notre foi en une Allemagne éternelle, nous enterrons une époque de lutte religieuse.Lequel d’entre nous, en effet, ne se déclarera pas pour cette foi ?11 serait criminel et traître, et n’aurait pas de place parmi nous.Quand nous montrons aux Allemands leur pays et leur peuple, on ne peut plus dire des devoirs religieux : « Donnez à César ce qui est à César et à l’Eglise ce qui est à l’Eglise.)) Il n’y a plus qu’un seul commandement — Tout pour l’Allemagne.)) Ce sont là les visées nazies dans la présente guerre, visées (pti sont partagées par la caste militaire, au Japon et par les facistcs, en Italie.Comment peut-on penser qu'après la guerre totale dans laquelle ils se sont engagés, ils deviendront, du jour au lendemain, humanitaires et internationalistes, chrétiens, au point d’admettre des principes tels que les droits des minorités, de les intégrer dans l’ordre nouveau, ou, au moins, de les respecter.Y a-t-il de la place pour les minorités dans les Etats totalitaires et dans les Etats totalitaires victorieux ? PI K XII HT LA PAIX 17 Le troisième point nous amène à considérer les problèmes économiques du monde d’après-guerre.Le pape demande que tous les pays puissent profiter des ressources de la terre, de façon à mettre fin aux monopoles qui ont été créés « par l'égoïsme froidement calculateur)).Il ajoute, cependant, un intéressant passage qui, selon nous, n'a pas été assez fortement souligné par la presse : « A cet égard », dit-il, « c'est pour nous une source de grande consolation de voir admise la nécessité de la participation de tous les hommes aux richesses de la terre, même de la part des nations qui, pour mettre ce principe en pratique, devront donner, et non recevoir».Il semble y avoir là une allusion évidente à la Charte de l’Atlantique qui fut communiquée au pape par Myron Taylor.Nous citons : « Quatrièmement, ils tenteront, tout en respectant leurs obligations existantes, de permettre à tous les Etats, grands ou petits, victorieux ou vaincus, de profiter, à des conditions égales, du commerce et des matières premières du monde, nécessaires à leur prospérité économique.)) La thèse du libéralisme économique avait de graves défauts; le système des monopoles d’Etat a été ruineux : nous devons trouver un moyen terme, à savoir, un partage proportionnel aux besoins de chaque pays et de la coopération internationale.L’accord au sujet du système de prêt-location constitue une bonne base pour l’économie d’après-guerre ; il prouve que les principes énoncés et les programmes tracés pour l’avenir sont plus que de simples flatus vocis.La conférence inter-américaine de Rio-de-Janciro est prometteuse au point de vue économique.Bien que l’économie d’après-guerre ne puisse se construire à priori, quelques jalons peuvent être posés dès maintenant : l’abolition des tarifs prohibitifs, l’élimination des privilèges de classes et fie fortune, la réouverture des débouchés commerciaux, la facilitation des échanges : l’or ne peut rester la propriété d’un groupe; il faudra le remettre en circulation, afin que le monde ne soit pas partagé entre ceux qui meurent de la mort du roi Midas, et ceux qui meurent de la mort du pauvre Lazare, (( désirant se nourrir des miettes qui tombaient de la table du riche», (comme le décrit Saint Luc).D’autre part, une victoire de l’Axe entraînerait la mise en servage ou en esclavage des nations subjuguées, forcées de tra- IS I,A N0UVK1.LK KKUÎVIÏ vaillcr pour les nations dominatrices.Un tel esclavage est déjà en vigueur dans des pays comme la Tchécoslovaquie et la Pologne, et, naturellement, dans les autres pays occupés.Les Allemands ont l’art de préparer des plans et des projets excessivement détaillés, le don d'une imagination technique qui prévoit jusqu’à 5 et 10 ans de distance, exactement le contraire de l'Anglais cpti accomplit (ou non) ce qui peut être fait le jour même ou le lendemain, s’abandonnant pour le reste aux événements et à la chance, à sa propre initiative ou à la Providence.On se propose d'établir un plan économique qui ferait de tous les pavs conquis ou à conquérir, des tributaires d'une Allemagne qui détiendrait les clefs de la production et de la distribution des richesses.Cela n’est pas un système politique, un système de douanes ou un monopole industriel (choses qui nous sont connues), mais une véritable machine économique dont pas une seule roue ne peut être mise en mouvement sans que l’Allemagne ne tourne le commutateur, et détermine son rythme et sa vitesse.C’est le sort qui nous attend si l’Allemagne parvient à établir l'ordre nouveau.Jusqu’ici, nous avons vu les résultats de l’organisation nazie dans le domaine du travail où tout converge vers les Commissaires du Travail (des représentants du parti) qui, selon le principe du « Führertum », décrètent l’embrigadement des travailleurs.Longtemps avant la guerre, ils étaient groupés dans les cadres d'une organisation para-militaire sous l’impressionnant vocable de Front du Travail.La guerre a transformé le travail dans les pays totalitaires en une sorte de servage.L’enrôlement de la main-d’œuvre étrangère, afin de suffire aux besoins intérieurs du marché du travail, a toutes les principales caractéristiques de la régimentation.L'idée de l’esclavage a gagné tellement de terrain sous le régime totalitaire, dans toutes les sphères de l'activité humaine, qu’elle a presque perdu son aspect effrayant dans le domaine économique.La domination militaire des pays asservis, considérée comme une loi imposée à des esclaves, est exactement le contraire de la façon d’agir de l'Angleterre et de la France qui ont cherché à maintenir la discipline coloniale en employant un minimum d’unités militaires, et en accordant, petit à petit aux Dominions, l'égalité politique et l’indépendance économique.Il est évident que, dans un futur ordre nouveau établi par IME XII ET LA PAIN 19 l’Axe, il sera impossible d'appliquer le troisième point du programme du pape, puisque l’esclavage économique ira de pair avec l’esclavage politique.Que dire des points quatre et cinq du programme du pape ?Ils concernent la restriction des armements et une organisation internationale chargée de l’observance et de la modification éventuelle des traités internationaux.L’Axe désire probablement la restriction des armements, mais dans un sens unique : toutes les armes aux pouvoirs de l’Axe, désarmement complet des peuples vaincus et asservis.On ne doit pas croire que Rerlin-Tokyo-Romc répéteraient « l’erreur » de Versailles, accordant ainsi aux vaincus, la possibilité de réarmer secrètement ou même ouvertement; il est également inutile de penser qu’ils promettront un désarmement graduel tel que stipulé dans l’Article YI II de la Convention de la Société des Nations.Tout au contraire.Leur victoire serait la victoire de la force, non du droit; de la puissance, non de la moralité.D’autre part, les puissances alliées sont tentées par l'idée d’une espèce de désarmement unilatéral.Il faut, dès au début, éviter soigneusement toute erreur.La démobilisation des pays conquis et la confiscation de leurs armes pendant la période de l’armistice, sont des mesures militaires d’une indiscutable nécessité.Mais, dans les traités de paix, on doit spécifier, sans hésitation, les périodes pendant lesquelles s’effectuera le transfert progressif des droits des vainqueurs aux fédérations ou ligues, qui devront alors représenter les intérêt collectifs des peuples, non les intérêts particuliers d’un Etat ou d’un petit groupe d’Etats.C’est la seule façon d’imposer une restriction collective des armements, s’il vient à exister de véritables fédérations internationales et une véritable Ligue des nations, munis des pouvoirs nécessaires.Ce n’est pas ici le lieu de discuter ce que sera la nouvelle organisation internationale.Le pape demande des garanties, afin que les traités soient observés et, également, afin qu'ils soient révisés à temps pour éviter un nouveau conflit.On devra créer des organismes juridiques, politiques et militaires sur un plan international.Actuellement, nous sommes toujours dans l’ignorance : ni la Charte de l’Atlantique, ni la Déclaration de Washington ne projettent suffisamment de lumière sur ces questions. 20 LA NOUVELLE RELÈVE Pic XII n'entre pas dans les détails comme le fit Benoît XV dans son message aux chefs d’Etats du 1er août 1917.C'est ici que l’opinion publique doit intervenir, afin que les politiciens, hommes d’Etat, économistes et professeurs des différents pays alliés présentent, non seulement des idées générales, mais des plans complètement au point sur lesquels on attirera l'attention universelle pour stimuler les discussions entre experts et aviver l'intérêt commun.Ceci devrait être entrepris maintenant.durant la guerre, pour éviter le travail fait en hâte, à la dernière minute et les choses improvisées qui ne seraient ni au point, ni utiles.Nous devons savoir qu’à la fin de la guerre, les peuples seront harassés, soupçonneux, impatients; une foule de problèmes impossibles à résoudre se poseront.Le monde va être désorganisé, souffrant et appauvri et les passions feront taire la raison.Pie XII a fait entendre sa voix depuis décembre 1939 pour dire à tous que la paix sera telle que nous l’aurons faite et telle que l’opinion _ ’ ” la réclamera.Son appel en faveur de la loi morale, des valeurs du christianisme et des avantages de la religion est, en même temps, un appel pour la liberté contre ceux qui organisent un système d’esclavage, un appel en faveur de l’ordre de la Loi contre ceux (pii projettent d’établir un ordre (ou un désordre) basé seulement sur la force.Luigi Sturzo.(Traduit pur Gilles Tlêncault) 9116 RENCONTRE D’EUROPE ET D’AMÉRIQUE Je viens de revoir l’Europe.A Mount-Holyoke College, j’ai pris part aux réunions qu’organise M.Gustave Cohen sur le modèle de celles (pic Paul Desjardins tenait naguère à Pon-tigny.J’ai rencontré des fugitifs de toute nationalité.Ils m’ont donné le contact physique avec un monde que j avais quitté dans la tristesse mais non encore dans le martyre.Ils m’ont rendu sensible et poignante cette réalité que les journaux ou même les lettres ne nous traduisent qu’abstraitement.Ils m’ont raconté leurs évasions multiformes et les atrocités de l’envahisseur.Un Luxembourgeois me disait comment tel échevin de ses amis, d’excellente famille catholique, après avoir vu ses deux filles enlevées revenir enceintes et ses deux fils emmenés dans des camps de (( rééducation », s’est jeté à l’eau tandis que sa femme devenait folle.Et j’ai senti monter les haines.Un Viennois parlait froidement d’appliquer à l’Allemagne à son tour l’extermination biologique : il n’a pas éveillé d’échos; mais je n'ai rencontré personne, même parmi les germanophiles d'hier, qui 11e fût en garde contre toute manœuvre visant à ressusciter la thèse des « deux Allemagnes ».Les Juifs ont particulièrement attiré mon attention.Ils étaient assez nombreux, par la force des choses, puisque l’Allemagne les expulse tandis qu’elle retient les non-juifs prisonniers.J’ai surtout perçu la tragédie des Juifs français, assimilés depuis longtemps, incapables de «penser juif», ayant devant les civilisations étrangères comme celle des Etats-Unis des réactions typiquement françaises, et brusquement rejetés dans le pêle-mêle de leurs coreligionnaires sans patrie.Mais ils savent que la persécution leur vient de l’ennemi commun.Et je me disais, en écoutant de beaux poèmes du philosophe Jean Wahl, professeur à la Sorbonne torturé par les nazis, que peut-être ce sceau de la souffrance partagée va tourner à l’inverse des fins poursuivies, LA NOUVELLE RELÈVE qu'il achèvera la fusion s’il en était besoin, tout en démontrant aux Israélites français eux-mêmes qu'ils n’ont pas à chercher au delà des frontières leurs plus profondes affinités.Il est d’ailleurs extrêmement réconfortant de les entendre mettre en évidence le rôle de fraternité avec eux et de résistance au nazisme que jouent les catholiques de France.Un catholique espagnol me le disait aussi : « La résistance a deux pivots : les communistes, cpii recourent au terrorisme; et les catholiques, sur le plan spirituel ».Cet éloge unanime fait disparaître, je crois, un des plus grands dangers de l’après-guerre, celui d'un anti-cléricalisme qu’aurait déchaîné toute équivoque sur les rapports avec l'ennemi.Sans doute il en subsiste d’autres.Voilà deux ans que l'envahisseur occupe Paris et la majeure partie du territoire : c’est une situation à laquelle on ne peut songer sans angoisse; elle ne s’est pas reproduite, si je ne me trompe, pour une si longue durée, depuis la guerre de Cent Ans.Que d’infiltrations et surtout de dissociations possibles, sans compter l'épuisement démographique ! comme la France de demain ressemblera peu à la France heureuse d'hier ! et comme on aimerait voir un second front réussi mettre vite fin au cauchemar ! Il faut constater pourtant que la zone occupée, celle qui souffre le plus, est précisément celle cpii tient le mieux ; il faut se rappeler que la France n'est pas seule en cause, comme aux temps du Prince Noir ou de Bismarck, que tout un continent subit les mêmes contraintes; et malgré l’armistice qui a transformé la police française en auxiliaire involontaire de la Gestapo, malgré certains aigrefins qui en tirent avantage, il est significatif d’apprendre combien de fonctionnaires, du haut en bas de l’échelle, « trichent » avec l’ennemi.il l’est encore plus de voir (pie les réfugiés ne s’y trompent pas une minute et qu’ils se regroupent spontanément sous le signe de notre civilisation.C’est probablement la leçon la plus mémorable de Pontigny.?Cette leçon m'a été encore plus évidente lorsque, de Mount-Ilolvoke, j’ai passé à l’Inter-American Seminar for Social Studies cpii se tenait à Washington sous des auspices catholiques.Après l’Europe je rencontrais l’Amérique.Et j'ai été frappé d’entendre, à la première séance à laquelle j’assistais, les Hispano- UKNCONTKK I) KUKOI'K KT l> A M ICKIQUH 23 Américains, s'adressant aux Anglo-Américains, leur souligner la part prépondérante qu’occupe dans leur culture l'influence française, et qu’elle gardera, disaient-ils, « quel que soit le résultat de la guerre )).Sur ce dernier point je crains qu'ils ne s'illusionnent : cette guerre, perdue, tuerait la France, et son influence deviendrait celle d'une civilisation défunte comme celle de Rome ou d'Athènes.Mais je crois à la victoire.Je crois même qu'elle sera précédée d'un nouvel élan héroïque de nature à faire taire toutes les calomnies.Et ce maintien de notre prestige intellectuel en Amérique latine, par contraste avec son recul enfantin aux Etats-Unis, permet d’immenses espoirs.De telles rencontres m’ont fait aussi mieux comprendre quel pourrait être entre temps le rôle du Canada français.On ignore beaucoup trop, en Amérique latine, l'existence d’un foyer vivant de culture française sur ce continent, avec sa littérature, ses revues, ses Universités; et de son côté, le Canada français se rend-il bien compte du regain de force qu’il pourrait trouver en des relations avec les peuples de langue espagnole ou portugaise ?Catholiques comme lui.modelés comme lui « à la française» dans l'organisation même de leur catholicisme, l’éclipse momentanée de la France leur pose les mêmes problèmes qu'à lui.Il y avait, à l'une des séances précédentes, un Jésuite canadien, le R.P.Richard de Montréal : je crois bien qu'avec l'étranger (pie je suis nous étions seuls à représenter le Canada; il me paraît désirable qu’un plus grand nombre de Canadiens prennent part à de tels débats, pour le plus grand profit de notre culture et de leur propre pays.Ceci accentue un problème que je me pose depuis la guerre.L’heure du Canada français, sur le plan international, a visiblement sonné : le sait-il ?ou bien a-t-elle sonné trop tôt ?Il y a un rôle à jouer, que lui seul peut remplir, comme dépositaire de la culture française; a-t-il dès maintenant une étoffe suffisante pour s’en acquitter ?Il a vécu longtemps replié sur lui-même : les circonstances le lui imposaient, et ce fut probablement une condition de sa survie.Il a noué, ensuite, des contacts de plus en plus suivis avec les autres groupes de langue française, Franco-Américains, Louisianais, Haïtiens, il commence à participer aux réunions consacrées à la propagation du français au dehors.Est-il en mesure de franchir l'étape suivante, celle de l'universalisme, ou sa carence va-t-elle s’ajouter à la carence forcée de la France ? 24 I,A NOUVELLE RELÈVE Depuis un quart de siècle, ses perspectives se sont élargies prodigieusement : un élargissement ultérieur serait-il brusqué ?Cet élargissement suppose un changement de point de vue : il suppose que l’accent soit mis moins sur la _ " ne et plus sur le culturel, moins sur le local et plus sur l'universel; en réalité le politique ni le local n’en souffriraient, un Canada français qui tiendrait sa place en Amérique comme représentant de toute la culture française et catholique serait infiniment mieux placé pour faire valoir ses droits à l’intérieur.Sans doute le petit nombre de ses habitants et la jeunesse relative de sa vie intellectuelle lui rendront-ils le fardeau pesant : mais le nombre ni l’âge n’entrent seuls en cause ; je tiens, par exemple, (pie tel quel et avec ses lacunes l’enseignement canadien offre au développement d’une culture générale une base supérieure à celui des Etats-Unis ; et les savants de France, sur ce continent, sont en ce moment assez nombreux pour que leur présence ou simplement leurs visites ajoutent énormément au potentiel du Canada français.Dans vingt ans, je crois bien qu'au taux de l’évolution actuelle le problème se résoudrait sans difficulté; le malheur, c’est qu’il s'agit d’un problème immédiat : saura-t-on l’envisager assez vite, assez nettement, ou laissera-t-on passer une occasion qui ne se reproduira sans doute plus et faute de laquelle la culture française au Canada risque de s’étioler peu à peu ou tout au moins de rester éternellement menacée ?Auguste Viatte Tous droits réservés.31 FRANCE Immobile j'ai vu passer le temps de la mer et l'eau du ciel J'ai vu défiler la Hollande toute en vertes passementeries; Nuages en franchise de port vers les douanes de la féerie Raccourcis vert-de-gris sous-marins, bleues associations d'archipel ! Je remonte les branchages du Gulf-Stream, ce courant d'air des profondeurs ; Chute des feuilles bientôt les forêts de l'automne seront envolées Verdures qui tiennent au mois d'octobre par toutes les tiges brûlées France je ne tiens plus à toi que par le pétiole de mon cœur ! Je partais je partais tu grandissais aux rêves de ma jeunesse Subitement l'empire de Syagrius tournait en moi comme un rouet Les abeilles d'or de Chilpêric aux ruches souterraines de Tournai Clairières carlovingienncs ourlées de chants de druidesses.Enfance, enfance buissonnière aux pâturages de mon exil Ce 7’illagc aux haleines de bois brûlé dans les gagnages Baisers des mots français aux lèvres des filles d’avril L'ultime douceur angevine au cœur de notre dernier village Les paumes de paysans frottées de canicules sentent le pain noir Doux vents de Gaule parfumés à tes rivières ou à tes campagnes Lointain village brabançon où l'on entend déjà le bruit des chars Qui portent les moissons flamandes au delà de la forêt de Soignes ! Je pars je pars rien qu’un peu d'eau couleur de bise Pourtant tu es encore là pâle connue lorsque tu m’as embrassé Un fieu d'eau, un peu de temps et cela deviendrait toute l’immensité J'ai vu ton mouchoir se faner à la hauteur des maisons grises Si petite tout près des hangars et tu grandissais subitement 26 I,A NOUVI'-U.K UKUCVK Rien qu'un peu d'eau déjà; tu n'existais plus pour les passagers du navire Sa-'aicnt-ils eeux-là qui regardaient le port que tu étais dans mon sang ! Savaient-ils que je t'avais prise avec moi douce passagère invisible ?J'ai vu tes larmes à travers les miennes quand tu dominais ton sanglot J'écris pour user cette tristesse en moi comme une maladie Je me répète à moi-même ces choses que je connaissais trop Tu n'existes plus que pour moi.La mer est couleur d'otarie Les rives du Danemark' plates comme avec un fer à repasser Tu es là.je sais que tu es là dans mon paysage qui danse Rien qu'un peu d'eau et subitement ce pourrait être I éternité Rien qu'un peu de temps et ce pourrait être l'affreuse absence Tu me fais encore signe avec la Trance de ton geste extenue Je sais que ce qui me lie à toi n est grand que dans l éphémère Parfois je pense à la rapidité vertigineuse des heures qui s'en vont .1 ces jours morts qui nous ramènent sans répit -vers la matière Maintenant je pense avec amour à la cicatrice de ton front.Scandinavie le train touche un lac bleu qui s'ouvre comme une paupière Je suis immobile et pourtant je monte vers le cercle polaire Toute la Suède vient à moi avec scs bruyères épiscopales et scs bouleaux lit les pies qui sortent des forêts comme des bouleaux volatiles.Des démarrages de fermes bleues coiffées de chaume fragile Des routes qui enlacent au loin les fumées rousses des hameaux; .¦lux portières du -wagon, défilent les paysages Scandinaves Quand le soir tombe une fumée imperceptible rode au ras des toits Le crépuscule est jaune safran, jaune miel, jaune betterave Tranches napolitaines de ciel vert pernod, bleu mercure ou rose camélia Toutes les teintes de mon imagination avant de les avoir vues Ht pourtant tout cela oui tout cela se passe en dehors de moi ! Des s'il res de chaumières s'enfuient avec des transparences de cornues FRA X CK 27 Et pourtant il nie suffit de fermer les yeux pour vous retrouver France jaune de genêts, jaune d'amour, jaune de blé ! Non pas la succession émouvante de tes règnes et de tes batailles Voici longtemps que Julien l'/lpostat hiverna au cœur de Paris Il y avait encore des vignes et des figuiers dans des manchons de paille Il v avait des œufs couleur de saule et des ailes au fond des nids Histoire de France aux gravures na'ives d’un vieux manuel De quoi ensorceler les soirs mélancoliques de mon vidage : Les guerriers francs levaient leurs boucliers ovales sur les rivages Entrée de Cliilpéric et de1 Galswiute dans Rouen fleuri d'arcs en ciel Futaille des deux reines en délire d'amour, Brunchaut et Frédé-gonde Les nas fainéants sur leurs chars à bœufs dans un paysage de fin du monde Eudes le bon roi eu peau de bête fuyant l'incendie de Bordeaux Charles Martel à Poitiers saignant les hordes mangrabines Charlemagne au bord du IPeser baptisant les Saxons à grandes eaux Sais-je pourquoi tel crépuscule ou bien telle reine m'illumine Les belles files zdolées par les Normands sur leurs dragons de mer .1 la montagne Sainte Geneviève Abélard qui rêve à lléloise Richard Cœur de Lion, à Fontevrault, devant son père qui agonise Louis le Ilutin le roi gourmand mort d'avoir bu trop de zdu Z’crt Toutes les douces royautés et les princesses écloses au pays de France la belle Le duc d'Orléans tué près de la porte Barbette aux ruelles d'une noire nuit Je revois les mains pâles de Charles le Téméraire noyé lu côté de Nancy Et le poignard sanglant de Raz'aiUac après la blessure mortelle.Odeur de France aux laines des troupeaux de Domrémy Odeur de France en cette nuit terrible de la Saint-Barthélemy Odeur de France aux caresses voluptueuses des favorites Odeur de France aux airs de z'iclle pendant l'assassinat de Fualdès Odeur de France quand Marie Lcczinska effeuillait des marguerites 28 1,A NOUVKLLK RI'I.ICVK Odeur de Fronce un peu beaucoup Paris vaut bien une messe ! C'est tout cela dont tu as nourri les baies vives de ma poésie C'est pour tout cela que mon cœur bat de t'appartenir C'est tout cela qui fait la douceur et le charme de ma vie C'est pour tout cela que tes soldats meurent et que j'accepterais de mourir.Toute mon enfance aux refrains bleus de tes légendes ! J'imaginais des panoramas de villes aux phrases du Petit Larousse De vieux dictons d'almanacli m'égaraient au fond de tes landes J'écoutais aux cendres des nuits les aboiements de la Grande Ourse J'étais en costume de premier communiant un soir de mai tiède et triste Un vicaire pCdc égrenait son chapelet noir dans notre corridor En répétant des prières pour mon grand père qui était mort Je regardais au-dessus de la cheminée toutes mes divinités cyclistes Je vous aurai beaucoup aimés coureurs de France aux tendres maillots Je vous découpais tête au guidon dans les pages roses de /' «Anton Vous pédaliez èi perdre haleine aux virages bleus de l'espace François Faber portait les couleurs de ciel sur bicyclette Alcyon I.apize en casquette de jockey souriait en vidant son bidon René Pottier était arrivé seul en haut du Ballon d'Alsace! J'apprenais par cœur les vers de Thcurict et de Chêncdollé Tu l'as cueilli trop tôt dans le rosier sauvage et la Voulzic Donne-lui quand même à boire et l'Epave de François Coppée Pourtant je crois bien que ce n’était pas cela, ma vraie poésie J'attendais le vieux facteur doré sur tranche chaque lundi matin Et les vainqueurs professionnels me chuchotaient un étrange langage Cette douceur d'alcool faite de mots banals, d'embrocation, de démarrage M'enivrait plus que les belles rimes riches des académiciens.J'imaginais les pelotons multicolores de1 Paris-Bruxelles Tous les beaux archanges sportifs un peu tristes un peu voyous Massclis, Dubocq, Petit-Breton, Alavoine et Garigou ! Grands saints populaires au pays des pédales et des asphodèles Et les départs mélancoliques au petit matin des faubourgs Et les "virages au frein le long des gaves des Pyrénées FRANCK 2() Et les maillots des lauréats aux brouhahas des arrivées Et les jeunes châtelaines en canotier qui faisaient des gestes d'amour.Tu te souviens tu te souviens il n'y a pas si longtemps que j'ai vu Paris .Mais j'y avais pensé à tous les soirs fumeux de ma jeunesse ; Des noms de rues fatales avaient allumé en moi d'éclatantes ivresses Une capitale à mon usage personnel bouillonnait au fond de mes nuits J’avais croisé toutes les filles aux lèvres tuberculeuses de la vie de Bohème Bubu de Montparnasse rôdant du côté du boulevard Sébastopol L'ombre de Gérard ballottant au soupirail de la vieille lanterne Bourget débauchant ses héroïnes avec des nobles espagnols Bel-Ami parmi les filles rousses du promenoir des Folies-Bergères Des inconnues ressuscitaient Manon Lescaut en quête d'un enjôleur Je revois la rue Aubry-le-Boucher et le Pont Mirabeau d'Apollinaire Et la petite Jchannc du Transsibérien qui m'avait parlé du Sacré-Cœur.Maintenant j'ai vu Paris j'ai mélangé ses marbres avec mes rêves Les derniers poètes maudits buvaient le vent au passage du Panorama Pansaers sorti de l'an! cacodylate interrogeait ses paumes de fièvre.Sixième étage de Cravan le Boxeur en face de la Closerie des Lilas Les surréalistes distribuaient des pamphlets à l'enterrement d'Anatole France Un lundi, rue Christine, la fille de la concierge fut prise d'un saisissement Un soir au «Bœuf)), Cocteau écoutait le saxophone d’Evancc Tandis que rue des Saules s’en allaient les ombres de Pierre Mac Orlan Vers les petits cafés-liqueurs d’Utrillo aux teintes de plâtre et de poussière 30 I,A NOUVELLE RELÈVE Les graffiti de Rimbaud et de Verlaine à la rue Campagne première La vieille maison lépreuse où fleurirent les chants de Lautréamont.Au Tabarin les Gertrude Hoffman girls d'Eluard et les amazones rousses de la folie Les gargouilles de la Tour Saint-Jacques crochus comme des syphons.Oui tout cela et rien que cela Paris capitale de la poésie.Ces effluves du vent du sud le dimanche après la grand'messe Parapluie rouge comme une auréole sur les joueurs d’accordéon ! Au doux lyrisme populaire des ritournelles et des chansons.Mes rengaines écloses airec le temps de la rosée et de la tendresse Et les filles blondes des fermes qui épelaient la mélancolie de leurs amours Sur des mots faits de pluie et de vent arrivés de là-bas malgré les douanes Sur des mots déjà -vieux qui avaient baisé des lèvres dans les faubourgs Et qui nouaient encore les cœurs de IVallonie à l'heure des feux de fanes Je sais que ceux de mon village imaginent parfois la France à travers tout cela Ils se souviennent de la Bayadèrc, d'Ida la Rouge et de la Grande Mélic Ils ont respiré la brise embaumée qui vient des bords de la Riviera Les ombres lointaines aux corsets de 1900 parfumées au papier d'Arménie Les violettes à deux sous de Julot, les caresses sous les ponts de Paris L'amour est menteur, garde ton cœur, près de la Porte St-Denis ! Et Xini aux yeux bleus qui rapportait le linge blanc de la semaine Odeur d'acétylène et de midinette dans les airs du grand Mayol au toupet roux Cousine cousine, les mains de femmes, il s'appelait Iioudou Ba da bon ! Amour mon amour, tout l'amour de Prance et du monde (î perdre haleine Amour désespéré de celle qui attendait son homme à la porte de la grande maison FRANCE 31 Amour apache, dodo fais vite dodo, tout près d'ta maîtresse Amour tsigane gui vendait les ballons rouges de son sang au square Montliolon Amour canaille, ton cœur battit quand souple comme l'onde, un soir d'ivresse.Tous les fantômes des chansons de Trance habitent une clairière de mon cœur Ma Mimi ma petite Miette, j'entends le rire cascadeur aux lèvres pourpres de Myrella la jolie Mais le plus beau rêve, c'est le rêve d'amour à l'heure où le jour meurt ! J'ai vu le soleil de mon village descendre l'avenue des Champs-Elysées Aux tendres verdures du Brabant, nous écoutions Fragson chanter l'Avril Et les pervenches couleur de ton regard chuchotaient leur tendre babil Je vous aime France des poètes chevelus et des ombres presque oubliées Je -vous aime France de ce mélange inexprimable et puéril.A l'Avenue Montaigne j'ai vécu dans les branches des marronniers en fleurs De l'hôtel des Grands Augustins j'ai vu le crépuscule rougeoyer la Seine Les amazones aux cuisses tièdes trottaient autour du lac Majeur A sa vitrine de la rue Boileau le cordonnier chauffait la pointe de son alêne J’avais retrouvé les ombres de Racine et de Molière au « Mouton Blanc )) Mon pied crissait dans le silence du jardin de la Clinique Des portes matelassées s'ouvraient avec des gémissements mélancoliques Les acacias rendaient la neige de leurs fleurs au soleil du nouveau printemps.Tu te souviens tu me souriais comme si tu n’étais pas trépanée Tu n’avais plus rien à me donner que des paumes comme les feuilles de ton camr Malgré ta tête ouverte, j’étais encore derrière tes paupières fermées I.A NOUVELLE KKLEVE 3-’ Et je regardais du côté de la fenêtre four que tu n'aperçoives pas mes pleurs Comment aligner des rimes riches az’ec de l'amour et de la souffrance.Chaque lundi tu écoutais s'éteindre mon pas dans les graviers Tu fermais les yeux pour suivre mon train jusqu'au bout de la Trance Tu fermais les poings pour refuser le mal derrière ton front supplicié Je t'aime, Suzanne, de cette odeur de printemps au couloir de l'infirmerie Je t'aime.Trance, de tous les cerisiers moutonnant de fleurs et de feuilles Je t'aime, Suzanne, pour cette première promenade maladroite après ta maladie Je t’aime, Trance, d'avoir respiré ta nuit d'une fenêtre noire d'Autcuil.Maintenant tes poètes ont revêtu l'uniforme militaire Ceux que j'aime pourraient me regarder comme si j'étais un inconnu Pourtant nul d'entre tes fils ne t’aimera jamais plus lit je me désole d'être loin; de toi à ne pouvoir rien faire; Je me désole de mon sang inutile qui ne t'appartient pas Je me désole de tous les outrages que tu subiras Je me désole parce que la mort rôde à tes frontières.O France avec les silences momentanés de tes vergers blancs Les ramures hivernales de tes dix-cors dans les forêts de Sologne ! Au crépuscule l'ombre des villages d’Auvergne s'éloigne du couchant France avec tes cheminées d’Alsace coiffées de nids de cigogne; Des souvenirs sensuels de terre et d'eau et de verdure au fond de moi.En automne les nuages de gui dans le ciel vide de tes peupliers.Tu m'as ouvert la tonsure de tes clairières dans les huiliers; Tu es parmi ta -verdure comme un troupeau parmi sa laine volatile Le lait caillé de certains ciels arrêtés au haut des collines du Jura Les longs coquillages des chalands glissent en silence vers la mer Floraison de cibles rouges aux arbres à essence où boivent les automobiles FRANCK 33 La dent carriéc de tes carrières de' granit bien à ciel ouvert ! France, reliée à tes moissons de Bcancc par des caresses végétales Les crépuscules de Provence que' les femmes Irainent à leurs sandales.Parfois il pleut sur les jardins de province et sur les oiseaux d’avril Les sapins des laudes blessés qui suppurent leur nocturne résine.Tous tes champs de lin à la longueur d'onde de mon exil ! 0 Frquçc d'avoir souffert et de souffrir dans la frontière de tes poitrines O France d'être ai'ec vous toute seule de toute éternité 0 France de sentir un sang français battre dans un cœur étranger.Ron K RT Go F FIN Octobre tOSO LIBÉRATION DE LA LIBERTÉ V.— Dynamique de i.a Liberté.17.— « Péché originel» est un mot assez peu heureux (pie les théologiens ont propagé aux sciences philosophiques et sociales.On n’est pas porté naturellement à admettre des péchés (pic l’on n'a pas commis.Pour pécher il faut bien être conscient et responsable.Pt le péché originel nous l’avons même avant de savoir ce qu'est le péché.l.e mot n’est pas heureux, mais la réalité signifiée par le mot existe.Ht si certains personnalistes n’admettent pas le mot, ils admettent bien la réalité.Ils admettent qu'il y a dans la nature humaine de mauvaises tendances, il y a même un (( penchant » vers le bas, une inclination au mal.Le problème humain est de savoir s’opposer aux mauvaises tendances.Il faut, si l’on veut — et sans aucune idée de discuter cette question ici — savoir les (( sublimer ».Il faut en tout cas savoir résister à une tendance vers le bas, et lutter pour une élévation, ("est exactement en quoi consiste la conquête de la liberté.L’homme est personnellement d'autant plus libre qu'il est plus maître de lui-même.L’homme est un faisceau de puissances en train de se réaliser.Les animaux et les plantes aussi ont des puissances qui s’actualisent.Mais pour les animaux et les plantes ces puissances ne peuvent pas ne pas s’actualiser.Ce qu'il y a de caractéristique dans l’homme, c'est son pouvoir de refus ou d'acceptation de sa réalisation en tant qu’honime.Nous pouvons dire qu'il est autonome.La réalisation ou actualisation de l'homme doit être faite par l’homme même.En d’autres mots : l'homme est libre.(11 Les trois premières parties de eet article sont parues dans les Nos S (mai 1942), 9 (juin 1942), et 10 (août 1942) do La Nouvelle Relève.La Libération de la liberté, essai de Augusto-J.llurelli, paraîtra dans quelques jours aux Editions do l’Arbre. UIIICKATION DK I.A I.1ISKKTK 35 La liberté est l’acceptation par l’homnie du développement douloureux de ses puissances implicites.L’esclavage est le refus de l’homme à se réaliser en tant qu'homme.La liberté est l’acceptation du travail nécessaire à l'enrichissement de l’être.L’esclave se donne à l’attrait de la facilité du non-être.Nous retombons donc sur l’explication personnaliste de la réalité humaine.L’homme est un complexe.I! est polarisé intérieurement.Il y a en lui deux courants opposés, vers le haut et vers le bas.La liberté n’est plus conçue alors comme un état mais comme un mouvement.11 y a une dynamique de la liberté et c est précisément le mouvement qui va, dans l’homme, du non-être à I être.Le libre arbitre ou liberté initiale, est l’existence même de la route du mouvement, mais si nous ne nous déplaçons pas sur celle-ci nous ne sommes pas vraiment libres.Toutes les libertés dont on entend parler habituellement, liberté de presse, d’association, de parole, etc., ne sont (pie des cas particuliers du même principe.L’homme a la puissance de s’exprimer par l’écrit et par la parole et cette puissance exercée d'accord avec la raison l'enrichit et le développe; il ne saurait pas être vraiment homme s’il n’actualisait pas cette puissance.Ce qu’on apppelle dans le langage courant liberté de presse et de parole n’est que le principe juridique, ou l’ensemble des lois positives, qui permet à l’homme de se réaliser.La censure de la presse est un obstacle à la réalisation de l'homme.L’homme a le pouvoir d’aimer Dieu, et de l'aimer tel cpi’il lui a été donné de le connaître.Cet amour enrichit l'homme et l’élève.Les lois assurant la liberté religieuse dans l’état actuel de la société, ne font que permettre à l’homme de vivre en homme.F.D.Roosevelt a beaucoup parlé dernièrement de as mettre le nez dans les affaires d'autrui, rappelons-nous en tout cas que la «paix», bien suprême de notre pays, exige que nous restions dans une sage et vigilante neutralité.(Au besoin, ii est bon aussi de faire appel à Saint Thomas d’Aquin).Dans les sciences naturelles on prétend que l’organe qui ne s’exerce pas, s’atrophie.Si on n’exerce pas la liberté on s'habitue bien vite à vivre sans elle.Il faut reconnaître le fait que, pour la grande majorité des habitants des pays dits démocratiques, la suppression des libertés formelles n'introduirait aucun changement dans leur vie.Us vivent dans un pays où on reconnaît la liberté de religion, mais ils n’en professent aucune.Ils ont théoriquement la liberté de la presse, mais ils n’écrivent pas, et dans les journaux ils ne lisent que les gros titres et les pages comiques.Ils ne lisent jamais de revues ou de livres capables d’aiguiser leur esprit critique.Ils sont UHKKATION DK I.A 1.1 ItKKTK 30 citoyens d'un pays où l’on jouit de la liberté politique et de la liberté d’association, mais toute leur participation à la vie politique du pays consiste à voter une fois tous les 3 ou 4 ans (en suivant surtout des considérations d’égoïsme Incal) et à critiquer le parlement et les députés.Si on supprimait la liberté, ces personnes ne s’en apercevraient même pas.Elles diraient comme quelques-uns disent maintenant en France, que le fascisme après tout n'est pas aussi sauvage qu’on le pensait et que les conquérants étrangers sont même très gentils et très généreux.Le singe, dans sa cage, a changé de maître ! Mais il continue à manger toujours derrière ses barreaux.Le changement de maître ne change pas sa vie.11 n’y a pas de liberté si on ne l’exerce pas.Il n’y a pas de véritable liberté sans conquête de la liberté.Le libéralisme a écrit des libertés sur le papier mais il n’a pas su les faire vivre dans les hommes.Une démocratie véritable doit éduquer les hommes à vivre librement leur vie d'hommes.30.— Cette dynamique de la liberté n’est pas seulement une prescription de notre nature cpii a besoin de se développer.Elle est quelque chose de plus : elle est un fait historique qui, autant dans le champ personnel que dans le champ social s’est déjà réalisé.Tous les hommes qui ont subi une conversion dans leur vie, soit qu'elle ait été violente, soit qu'elle ait été lente, témoignent de la plus grande liberté.Cette liberté, ils l’ont acquise en se spiritualisant, en devenant plus maîtres d'eux-mêmes.Au contraire quand 1 homme se laisse entraîner par ses mauvaises tendances et perd la maîtrise de soi-même, il se rend compte, expérimentalement, qu'il devient esclave de ses passions ou de ses vices.Pour ce qui regarde l’expérience de la société, il est un fait que dans les derniers deux mille ans l’humanité a fait des progrès dans le mouvement de la liberté.Aristote, le plus pur représentant de la philosophie grecque, considérait l’esclavage comme très naturel.Aujourd'hui, la seule pensée nous en fait horreur.Tl est vrai que peut-être nous avons d’autres esclavages que les Grecs n'ont pas connus, mais il est certain que nous avons une conscience plus développée, plus parfaite, de la liberté, que celle des Grecs.Dans la dynamique de la liberté la société, ou au -10 1.A NOUVKI.I.K KKUiVE moins ce que la conscience sociale considère comme un minimum de liberté, a fait un pas en avant.Sans retourner jusqu'aux temps antérieurs à 1ère chrétienne, il suffit d’observer la liberté dont jouissaient les mouvements ouvriers, aux Etats-Unis par exemple, avant le New Deal, et celle dont ils jouissent aujourd'hui.Il est évident que l’on a réalisé une conquête et cette conquête est probablement définitive.Mais aucun de ces pas n'a été franchi sans effort, sans sacrifice.Pour l’abolition de l'esclavage juridique, il a fallu lutter et conquérir.Pour développer le mouvement social aux Etats-Unis, comme en France avant la guerre, et dans d'autres pays, il a fallu lutter et conquérir.On n’a pas trouvé ces libertés dans les textes d’histoire ou dans les constitutions.On les a faites.Pour avancer dans la vie de l’esprit, c’est-à-dire pour être libre, l’homme aussi doit lutter et conquérir.La dynamique de la liberté est un mouvement et pour se mouvoir il faut un effort.Le saint a conquis sa liberté.Et la société humaine dans la mesure ou elle avance dans la conscience des libertés nécessaires, a lutté pour ces libertés.Et cette lutte ne saurait jamais finir.Si quelques pas semblent définitivement acquis, comme la suppression de l’esclavage juridique, l'attrait du mal est toujours présent et de nouvelles formes d’esclavage vont se présenter.On a soutenu — et non sans raison — que le régime du salariat est souvent pire que celui de l’esclavage juridique.Les réactionnaires savent en tirer un bon argument pour le retour à l'esclavage.La seule conclusion humaine que l'on lient en tirer est qu’il faut continuer à lutter contre l’esclavage juridique et contre l’esclavage dissimulé du salariat.(â suivre) To:is fl roils îvsorvés.Augusto-J.Durelli LA PAIX DK COMPROMIS Il n’est aucunement probable que les mois d'hiver apportent un temps de répit aux armées des nations en guerre.Le soleil ne se couchait jamais sur l'Kmpire de Charles-Quint, et la saison défavorable à une campagne dans le Nord de la France, en Moscovie ou en Sibérie, peut se montrer favorable à une campagne en Egypte ou aux Indes.F.n fait, tout porte à penser (pie de nouveaux développements militaires sont imminents.Laissons aux experts le soin de spéculer sur leur emplacement, leur volume, leurs chances de succès.Je veux appeler l’attention sur un développement d’une autre nature, non moins certain et non moins imminent, plus gros de possibilités qu'aucune offensive terrestre, navale ou aérienne : nous sommes à la veille d'une grande offensive, politique et surtout morale, en faveur d'une paix de compromis.Pourquoi faut-il que ce soit précisément en ce moment, en cette fin de l’été 1942, que se dessine une telle imposture ?Cette question du moment choisi a une importance capitale.Si nous parvenons à 1 élucider, si nous parvenons à comprendre pourquoi les circonstances présentes sont et serons jugées propices à une entreprise de cette sorte, nous aurons du même coup dévoilé la stratégie psychologique de l’adversaire.Dès lors il appartiendra à notre résolution de rendre l’opération inefficace.Essayons donc de décrire quelques unes des raisons pour lesquelles il est inévitable que nous entendions, aujourd’hui et demain, beaucoup de propos sur la paix de compromis.Que ces propos prennent la forme de déclarations officielles, de démarches diplomatiques, ou conservent celle de rumeurs impersonnelles, cela n'a qu’une importance secondaire.Etant donné que les rumeurs sont souvent plus efficaces que les déclarations franches, il est probable que 1 ennemi s en tiendra à lancer et entretenir des rumeurs, au moins pour quelque temps. l.A NOUVELLE RELEVE Le jour où cet article paraîtra, nous serons peut-etre en mesure d’apprécier la portée des échecs récemment subis par les armées russes.Aujourd’hui, cela n’est pas encore possible.Mais notre incertitude ne concerne que les dimensions de 1 événement.*ue la campagne d’été se termine par une défaite de la Russie, voila qui est maintenant un fait acquis.Quoi qu'il en soit des possibilités en réserve, qu’une contre-offensive russe pendant 1 automne ou l’hiver soit probable ou non, la victoire allemande ne manquera pas d’être exploitée par les propagandistes de l’ennemi et leurs associés.Prenons-y garde ! la défaite des armées russes va donner un souille nouveau à la propagande qui identifie, sans toujours en avoir l’air, la lutte contre le communisme à la cause du nazis- me.Lorsque la Russie fut attacpiée en juin 1941, nous avons connu une attente presqu’aussi atroce que celle qui avait suivi l’écrasement des armées françaises un an plus tôt.Les medians connaisseurs des choses russes prévoyaient un anéantissement rapide de l’armée rouge, ouvrant la voie à une exploitation economique de nature à rendre les Nazis invincibles.En sus du desastre militaire, on prévoyait un désastre moral.Redevenus les ennemis mortels du communisme, les Nazis se feraient aisément pardonner l’innocente ruse de guerre commise par eux en août 1939, lorsqu’ils livrèrent aux Soviets une partie de la Pologne et les Etats Baltes.Le mythe de la croisade anticommuniste, qui avait si efficacement aidé Hitler à conquérir l’Allemagne et quantité d’autres pays, allait-il lui permettre de consolider ses conquêtes et de les étendre aux dimensions du monde ?Or nous n avons lias tardé à remarquer que l’action mondiale en faveur de la croisade anticommuniste sous les auspices de la croix antichretienne n’avait que peu de succès.Le désastre moral escompté par renne-mi ne se produisait pas.Mais aussi bien le désastre militaire ne se produisait pas non plus : l’armée rouge révélait une force insoupçonnée.Je veux suggérer qu’il y avait un lieu entre 1 éthec de la crm sade morale et l’échec (cuisant, bien (pic relatif) de l’entreprise militaire.Il v a des croisés qui s’intéressent fort peu au sort des opprimés, mais volent au secours de la force triomphante, surtout quand il ne leur en coûte rien.C’est surtout à ce genre de volontai- CM KO NI QU ICS 44 res que s’adresse la croisade universelle pour l’Allemagne nazie représentée comme le soldat de Dieu dans la lutte de la civilisation contre la barbarie soviétique.Les courageux croisés qui se sont tenus à peu près tranquilles tant que la résistance, puis la contre-offensive de 1 armée rouge ont étonné le monde, vont s’en donner à cœur joie maintenant (pie 1 armée rouge se trouve, du moins pour un temps, en mauvaise posture.Au cours des semaines et des mois qui viennent, nous entendrons souvent, prononcés sans aucun risque par des personnages irresponsables, les slogans bien connus : que les Nazis sont les adversaires les plus efficaces du communisme; que la démocratie libérale conduit au communisme, et qu’elle s’incarne aujourd’hui dans les nations anglo-saxonnes; que la continuation de la lutte, en aggravant la désorganisation universelle, préparerait les voies a> un retour offensif du communisme; qu’une victoire des Nations Unies, en provoquant l’effondrement des vertueux régimes adossés à l’Allemagne nazie (Slovaquie, Roumanie, Cioatie, Italie, Trance, etc.), compromettrait pour longtemps 1 avènement de l’Ordre Nouveau corporatiste, anti-libéral, hié- rarchique, famialiste et.chrétien.Déjà vieillis, et fort ridicules dès qu on les extrait de leur habituel accompagnement émotionnel et oratoire, ces slogans n’ont pas perdu leur efficacité.Ils pulluleront et seront efficaces toutes les fois que le prestige de la force, a la manière d un vent favorable, se chargera de les disséminer.Ils tiouvcnt un terrain favorable dans toutes les âmes touchées par le pharisaïsme.Et c'est ici que le bât nous blesse : nous voudrions que le pharisaïsme fût une disposition rare, car s’il nous fallait reconnaître que c’est une disposition fort répandue, nous craindrions d’en découvrir quelque trace dans nos propres consciences.Mais quel est l’homme sincère (pii contesterait que le pliai isaïsme soit, comme 1 orgueil dont il procède, comme la luxure et le goût du lucre, une disposition quasi-universelle, avec cette intéiessante particularité (pi elle fleurit de préférence chez les gens qui ont des prétentions, à la culture morale ?Les propagandistes nazis ont un article parfaitement adapté pour chaque catégorie de clients : de la haine crue et du sang pour la pègre, de la haine subtile et de l’orgueil pharisaïque pour les gens à prétentions morales. 44 I.A NOUVELLE RELÈVE Il arrive souvent, dans l’histoire des sociétés, que des événements de direction opposée conspirent à produire le même état d'esprit.Au moment même où l'Allemagne nazie, par ses victoires à l’Est, affirme sa force, une fois de plus, de façon éclatante, ses alliés commencent à douter sérieusement de son aptitude à remporter la victoire finale.Les nouvelles qui nous parviennent de France sont, sous ce rapport, très significatives.Les hommes de Vichy n’ont pas hésité, au lendemain du désastre des armées françaises, à jouer leur sort sur la victoire des Nazis.Ils ne risquaient pas grand’chose.Sensibles aux immenses dangers de la situation présente, sommes-nous capables, aujourd'hui, d’évoquer la situation désespérée de l’été 1940 ?L’Angleterre avait encore une petite armée, mais cette armée n’avait guère d'armements.L'invasion des Iles Britanniques apparaissait alors comme une possibilité imminente : elle devrait marquer le triomphe absolu des Nazis sur l'Europe entière.Les nations du Nouveau Monde, pour défendre tant de points de débarquement dispersés sur leurs côtes immenses, ne disposaient que de flottes insuffisantes et d’armées dérisoires.En misant sur la victoire nazie, les hommes de Vichy jouaient un jeu de tout repos.Aujourd'hui, on doit dire qu’ils jouent plus que jamais le même jeu, puisque leur collaboration avec l’ennemi est plus complète que jamais, et que plus que jamais ils s’incorporent vitalement à l'“Ordre Nouveau” en imitant, sur une échelle tous les jours plus grande, les atrocités dont les Nazis furent les initiateurs.Mais ce n’est plus du même cœur qu’ils jouent leur jeu.La frénésie grandissante de leur activité de traîtres correspond à une inquiétude grandissante.Ils croient sans doute encore à la victoire finale des Nazis, considérée comme l’hypothèse la plus probable.Mais dans cette croyance ils ne se sentent pas soutenus par la conviction _ _ ‘aire.Sous la pression du sentiment populaire, ils voient grandir l’hypothèse contraire, celle de la victoire des Nations Unies, et ils savent fort bien ce que cette hypothèse signifie pour eux : le poteau d'exécution, ou quelque procédure plus expéditive.Alors, dans la crainte (pie la première hypothèse ne soit pas suffisamment assurée, ils en suggèrent une troisième : la paix de compromis.Ce que serait cette paix est fort aisé à concevoir.Après avoir bien mérité de la civilisation occidentale et de la culture classique en repoussant la barbarie moscovite jusqu’à la Volga, l’Aile- 94 CIIK0N1QUKS 45 magne nazie se verrait reconnaître le droit et assigner la fonction d'organiser l'Europe.Aux peuples conquis seraient prodiguées les promesses d’autonomie — une autonomie dont la Slovaquie de Tizo, la Croatie de l’assassin Pavlévitch, la France de Pétain fournissent d'intéressants échantillons.Aux prisonniers de guerre on promettrait le retour au foyer dès que la reconstruction de l'Europe permettrait de se passer de leurs forces-travail.Des Polonais et des Tchèques on ne parlerait guère.Des Juifs on ne parlerait pas du tout.L’Angleterre conserverait son Empire solennellement garanti à la manière dont le furent les nouvelles frontières de la Tchéco-Slovaquie à Munich, et les Etats-Unis se verraient accorder une liberté complète de s’expliquer avec le Japon.Beaucoup de lecteurs seront sans doute tentés de penser (pic je simplifie le tableau à l’excès, et qu’une paix de compromis qui conserverait si exactement l’essentiel de l'horreur actuelle n'aurait aucune chance d'ètrc prise au sérieux par personne.Détrompons-nous : le prestige des mots, aujourd'hui comme au temps de Munich, reste souverain aux yeux d'innombrables naïfs qui ne se sont jamais demandé comment la paix doit être définie.Quelques années d’expériences aveuglantes n’ont pas suffi à faire comprendre à tout le monde qu’un état de choses qui, en raison de certaines formes juridiques, se donne le nom de paix, peut fort bien être aussi meurtrier, nu incomparablement plus meurtrier, qu’un état de choses auquel chacun donne le nom de guerre.Citons quelques exemples, qui devraient être présents à toutes les mémoires.Quand, au printemps 1936, aussitôt après la prise d’Addis Ahhaba, Mussolini déclara que la paix était revenue, il fut pris très au sérieux.Ou se doutait bien cependant (pic quelques exterminations allaient suivre.Nous saurons peut-être un jour quel a été le volume de ces exterminations.Nous ne serons nullement surpris si nous apprenons alors que quelques mois de paix fasciste en Ethiopie ont tué plus d’hommes que la guerre italo-éthio-pienne n’en a tué.Se rappelle-t-on aussi que dans la guerre civile d Espagne la grande majorité des victimes (un million trois cent mille en tout) n’ont pas trouvé la mort sur les champs de bataille, mais à l'arrière, dans de grands massacres de gens désarmés ?On ne se bat plus en Grèce, ou l'on ne s’y bat que sur une très petite echelle : mais des centaines de personnes meurent chaque jour, de 46 I.A NOUVKl.l.K KlîUSVK faim.Les bombes anglaises ont sans doute tué, en Allemagne, quelques milliers de personnes : mais il est généralement admis qu'environ deux cent mille aliénés, incurables, vieillards improductifs, ont été discrètement éliminés de l’existence par les maîtres de l’Allemagne.Exterminations violentes, exterminations lentes, exterminations discrètes continueraient après la signature d’une paix de compromis, et selon toute probabilité ne feraient qu’embellir, puisque l'exterminateur serait le maître incontesté de la situation.Mais on en parlerait moins qu’on ne parle aujourd’hui des batailles et des bombardements.Ainsi quelques millions d’égoïstes à travers le monde pourraient reprendre, au moins pour quelque temps, une vie normale, sans se sentir trop troublés par la lecture de leur journal quotidien.?A vrai dire, il n’est aucunement à craindre que la propagande en faveur d’une paix de compromis réussisse, dans un avenir prochain, à provoquer la rencontre, autour d’un tapis vert, des représentants de l’Axe et des Nations Unies.Ce qui est au contraire possible, et suffisamment redoutable, c’est qu’une telle propagande n’affaiblisse les Nations Unies dans l’effort gigantesque qui reste à fournir pour assurer la victoire.Or, nous en sommes encore au point où tout affaiblissement de notre effort, —-que dis-je ?tout échec dans l’indispensable tâche d’accroître notre effort jusqu’au maximum de ses possibilités quotidiennes, peut rendre la défaite certaine.Voilà ce que les propagandistes de la paix de compromis savent fort bien.Mais il va de soi qu’ils ne le diront pas.Afin d’anéantir les effets de leur propagande, et de réaliser la tension maxima des énergies combattantes, il semble que l’on veuille recourir à la mobilisation des haines.Beaucoup de voix nous recommandent de haïr non seulement le nazisme, le fascisme et leurs variétés japonaises, mais les Nazistes, les Fascistes, les militaristes japonais.On va plus loin : on propose à notre haine le peuple allemand, le peuple japonais.(Le peuple italien est ordinairement épargné par ces appels à la haine : demander pourquoi serait sans doute indiscret.) Le chrétien doit être le premier à haïr l’erreur et le mal.Mais toutes les fois qu’il sera question de haïr des personnes (ces personnes fussent-elles des IfilBBHBBHHnHianHi communistes) il répondra par un refus.N’insistons pas sur ce point, (pii ne saurait donner lieu au moindre désaccord.Reste à savoir si dans un conflit où l'un des adversaires dispose de toutes les ressources psychologiques d’une haine que rien ne tempère, l’homme sans autre haine que celle de l’erreur et du mal doit fatalement, ainsi que tant de gens le pensent, se trouver psychologiquement désarmé.On reconnaît ici un exemple des illusions, soigneusement entretenues par une certaine morale puriste, qui tendent à faire croire aux âmes simples, et surtout a la jeunesse, que les dures exigences de la vie temporelle sont incompatibles avec les demandes élevées de la moralité chrétienne.Le résultat de ces illusions sophistiques ?Sommés de choisir entre les vertus chrétiennes et les devoirs de l’action temporelle, les âmes insuffisamment conscientes de la réalité morale authentique décident ou bien de renoncer aux devoirs temporels les plus difficiles, et 1 on a des objecteurs de conscience, ou bien de jeter par dessus bord les vertus chrétiennes, et avant tout cette charité qui oblige, en temps de guerre comme en temps de paix, à aimer chacun des hommes comme soi-même.Mais cette option sophistique ne paraît inéluctable que par 1 effet de 1 égoïsme.A qui s’adresse la propagande en faveur de la paix de compromis ?Lst-ce à des cœurs débordant de généro-sité ?Quelles seront ses dupes et ses instruments ?Croyez-vous que ce seront les âmes ardentes, dévorées par l’esprit de sacrifice et par la volonté de servir les hommes ?Ces ames-là n’ont pas besoin d être protégées par la haine contre les séductions de l’hypocrisie.Elles sont déjà engagées dans la lutte, avec une ferveur qui ne se détendra pas.Les séductions humanitaires de la paix de compromis n’intéressent que les égoïstes, qui rêvent de reprendre la poursuite tranquille de leur bonheur quotidien — et de leur salut ?— dans un monde où l’iniquité et la souffrance ne seraient plus l'objet de publicités indiscrètes.Que nous parle-t-on de haïr ?Pour enflammer notre résolution, il suffit d’aimer — d aimer ces millions d innocents torturés dont la paix de compromis scellerait à jamais l’épouvantable' destin.Yves-R.Si mox Tous droits réservés. par le R.I1.Gustave NOTRE-DAME DES NEIGES' Lamarche Cola osi à la fois cyclique, loulVu et informe.On ne sait par quel bout le prendre.La dédicace nous apprend que les Sœurs Grises et les Oblats, enfants sublimes, ont planté les pieds de la benoîte vierge (sic) dans les glaces boréales.Elle porte également le nom de l’Abbé (îroulx, de plusieurs communautés religieuses et de maintes personnes, dont G.G.et G.N.Comme on le voit, dès les premières pages, des prodiges nouveaux troublent et embarrassent le lecteur (pii se voit plongé en plein symbolisme et, pour tout dire, en plein mystère.Le premier décor est un glacier avec totem au centre.On pourrait ergoter sur le totem qui n’est nullement lié à la vie religieuse des Esquimaux mais bien à celle des Indiens de la côte du Pacifique, mais tel n’est point notre propos.Habituellement, revenant d’une pièce ou d’un jeu, on dira : il s'agit d’un mari trompé qui tue l’infidèle, ou bien l’auteur nous a montré l’arrivée du printemps sons forme de chœurs dialogués ou que sais-je encore de vingt intrigues différentes.Mais ici, au fur et à mesure qu’on tourne les pages, on sait de moins en moins à quoi s’en tenir ou à qui s’en prendre.Ce n’est pas que l’action manque, au contraire elle grouille littéralement en cris, batailles, craquements de glacier, apparitions, renversements du totem, etc.C’est le jeu qui, au lieu de se serrer, de se coordonner, de se canaliser, se perd dans des marécages d’un incompréhensible symbolisme où l’incohérent le dispute au bouffon.Le texte est bourré d’explications de mise-en-scène.On demande généralement à ces détails indispensables d’être clairs et précis : elle se lève, fait quelques pas, puis s’arrête songeuse.Ou bien, ils décriront une mimique en l’illustrant d’une comparaison familière : elle grimace comme quelqu’un qui vient d’avaler une chenille, etc.Mais voyez ce (pic fait le Père Lamarche : dans l'introduction, le grand chœur revient à l'attitude neutre, pendant (pie le cor introduit le thème de la maison (p.1); ailleurs, deux Esquimaux s’occupent à dépecer un phoque, en silence, pendant que les instruments poursuivent l’air de désolation (p.5); dans une autre scène, subito, grand craquement indéfini du glacier; les INl’ES (l’auteur nous avertit une fois pour toutes au début de prononcer inoués : renseignement loin d’être superflu) s'immobilisent tous ensemble dans un peste de stupeur feinte (p.11); dans la même scène, ils s’exclament dans un éclat de rire général : a-ou, (1) Editions Bernard Vnliquottc, Montréal. Cl I KO N I QU KS 49 a-î, a-ô.o (très prolongé avec niimiqires).Ailleurs, les mêmes s’écrient : «Vive l'Empire», ce qui est inquiétant.Voici une scène touchante : PABIAN, criant vers IM AN K K : Imanek ! IMANEK, s’élançant d’un bond jusqu’à lui : Pabian ! (Ils se serrent l’un contre l’autre comme deux enfants devant la mort).Un peu plus loin, un savant anglais ajuste compas el astrolabes pour constater que le glacier se meut «norlh-south».Le Père Lamarche prévoit le jeu de scène suivant : LE DOUTEUIt, avec an (/este de n’en pins pouvoir pendant k ' ?Æmê vers L’ECONOMIL La VICTOIRE La PROSPERITE \ùf ï .-?r% y*'»; 'v IMS •} v^V» STAN- >.: V.UlÉ IS® ewss llpfes-g?* i-a .?vv.sstssS LA BANQUE D’ÉPARGNE DE LA CITÉ ET DU DISTRICT DE MONTRÉAL Fondée en 1846 Coffrets de sûreté à tous nos bureaux SUCCURSALES DANS TOUTES LES PARTIES DE LA VILLE S333 L’oArbre¦- DEUX URANUS LIVRES ADRESSÉS AUX ANGLAIS MAIS DONT LA I’ORTÉE DÉBORDE LES CADRES D'UNE NATION POUR ATTEINDRE À L'UNIVERSEL GEORGES BERNANOS Lettre aux Anglais Livre unique, inclassable, un acte de foi.Aux dons de l’historien et du romancier, Bernanos joint la clairvoyance du prophète.Prix: $2.00; par la poste: $2.10 ANDRE DAVID Message à de jeunes Anglaises “Vous avez ressuscité les meilleures qualités de Maurice Barres avec scs accents les plus purs, son souffle sacré, son patriotisme, sa poésie et l’espérance.Depuis la guerre, aucun livre ne m’a procuré autant de joie.’’ écrit un critique.Prix: $1.25; par la poste: $1.30 L’Arbre - Les deux premiers volumes de la collection France Forever dirigée par le professeur Henri Laugier Les relations commerciales de la France par JEAN GOTTMANN professeur d The Institute for Advanced Studies, Princeton, U.S.A.et Le problème dn cancer par CHARLES OBERLING de la faculté de médecine de Strasbourg paraîtront sous peu Les ouvrages de cette collection, œuvres de savants français de réputation mondiale trouveront place dans la bibliothèque de tout homme cultivé.Suivront : PROBLÈMES DE MÉDECINE DE GUERRE par le professeur Daniel Cordier de l’Université Cambridge LES CONSTITUTIONS DE L’AMÉRIQUE LATINE par le professeur Boris Mirkine-Guetzevitch de l'Ecole libre des Hautes Etudes
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