Le devoir, 27 janvier 1990, Cahier D
kg gg ©1 g may • le plaisir des ivres Chamniôny [in rira Librairie Champigny 4474, rue St-Denis Montréal (Québec) 844-2587 Montréal, samedi 27 janvier 1990 Défense et illustration des écrivains québécois .-J PHOTO JACQUES GRENIER Lise Gauvin et Gaston Miron : « Nous avons opté pour la diversité.» JEAN ROYER « LA LITTÉRA TU RE québécoise est plus forte qu’il n’y paraît au premier abord.On ne soupçonnait pas l’ampleur qu’elle avait prise depuis les années 1950 », me disent en accord Lise Gauvin et Gaston Miron.Tous les deux viennent de traverser notre littérature des trente dernières années, en tant que maîtres d’oeuvre d’une anthologie qui leur avait été commandée par les éditions Seg-hers en France et qu’ils viennent de lancer à Montréal sous le titre Écrivains contemporains du Québec.« C’est un livre qui s’adresse au grand public.C’est une manière de lire la littérature québécoise en accéléré », ajoute Lise Gauvin.« C’est d’abord un livre de lecture et non pas un manuel », précise Gaston Miron.On sait que Lise Gauvin, professeur à l’Université de Mont- réal, est aussi l’auteur de l’essai-fiction Lettres d’une autre, un livre qui a beaucoup de succès.On connaît aussi Gaston Miron, l’écrivain de L’Homme rapaillé et des lettres à Claude Haeffely publiées sous le titre À bout portant.Leur réputation d’écrivain et de pédagogue n’est plus à faire.Leur anthologie le confirme.Cet ouvrage se révèle comme un véritable guide pratique de la littérature québécoise et de ses auteurs, qu’il met à la portée de tous les publics.Cette anthologie propose une importante introduction à la littérature québécoise, illustrée par des choix de textes de 84 écrivains de toutes générations et tendances et dont les oeuvres ont pris leur essor entre 1950 et 1980.Des notices, qui se présentent comme de véritables petits essais sur les auteurs cités et leur oeuvre, complètent cette invitation à la lecture.Enfin, l’ouvrage comprend en annexe un choix bibliographique des oeuvres des écrivains cités ainsi que des études consacrées à l’ensemble de la littérature québécoise.Les adresses des éditeurs cités et de nos revues littéraires et culturelles donnent aussi à l’anthologie son utilité pour les lecteurs en dehors du Québec.« Notre ouvrage se définit comme un hommage en forme d’exploration, dit Lise Gauvin.Un hommage à la littérature québécoise et à l’ensemble de ses créateurs.» D’autre part, ajoute Gaston Miron, «c’est durant cette période de 1950 à 1980 qu’elle a conquis son autonomie, qu’elle s’est institutionnalisée, qu’elle a clarifié les signes de son identité et qu’elle a formulé sa modernité et son universalité».L’ouvrage de Gauvin et Miron n’est pas tant une anthologie historique de la littérature qu’un portrait vivant de ses diverses tendances, illustrées par 84 écrivains.« Nous avons opté pour la diversité, ce qui nous permettait de choisir des écrivains parmi plusieurs tendances et générations, dit Lise Gauvin.Si nous avions voulu faire une anthologie de la littérature, nous n’aurions choisi que les “grands” écrivains, que les sommets, ajoute Miron.Mais un tel ouvrage n’aurait pas donné une idée de la vie culturelle, institutionnelle et littéraire qu’il y a derrière les oeuvres et les écrivains.Il n’y a pas que de “grands” écrivains, dans une littérature.Il peut y avoir de très bons écrivains dans tous les créneaux.Au Québec, on a eu trop longtemps l’obsession du chef-d’oeuvre.On a été porté à écarter de très bons écrivains parce qu’il n’y avait pas chef-d’oeuvre.» « Notre livre est une invitation à lire des textes variés et à poursuivre par soi-même cet itinéraire », dit Lise Gauvin.« Dans cette diversité, continue Miron, nous avons aussi tenu compte du riche apport des auteurs féminins et des écrivains des communautés culturelles qui écrivent en français.» On peut toujours se poser des questions, cependant, en regardant la liste des auteurs choisis.Pourquoi certaines présences ?Pourquoi certaines absences ?Antonine Maillet fait-elle partie de la littérature québécoise ou son oeuvre n’est-elle pas fondatrice de la littérature acadienne ?Pourquoi le poète Roger Des Roches est-il oublié, lui qui représente presque à lui seul un certain humour en poésie ?Gilbert La Rocque n’a-t-il pas écrit une oeuvre majeure pour être là ?Si les écrivains ayant commencé leur oeuvre après 1980 ne sont pas admis dans l’anthologie, pourquoi avoir fait exception pour Francine Noël (Maryse, 1983) et avoir omis les présences de Monique LaRue, Madeleine Monette, Noël Audet, Robert Baillie, Robert Lalonde, Michaël Delisle, Louise Warren, entre autres ?« Nous sommes très conscients qu’il y a des absents », répondent les anthologistes.Certains choix ont été très douloureux à faire, dit Lise Gauvin.Nous avons même nos chagrins», ajoute Gaston Miron.Car cet ouvrage est une véritable anthologie et non pas un répertoire qui tenterait de réunir tout le monde encore une fois sous la même couverture.Ce choix de 84 écrivains démontre aussi la grande vitalité de la littérature québécoise.Ce qui contredit les allégations de Fernande Saint-Martin (LE DEVOIR, 13 janvier 1990) voulant qu’un dogmatisme nationaliste ait asséché les écrivains québécois et les ait retenus de théoriser et de débattre des questions de littérature.Ces affirmations sont fausses, disent Lise Gauvin et Gaston Miron.« Il est facile de démontrer qu’il n’y a pas eu assèchement, lance Lise Gauvin.La majorité des écrivains présents dans notre anthologie ont continué de produire pendant plusieurs années.On aurait pu parler d’assèchement si cette littérature ne s’était pas renouvelée.» « D’autre part, ajoute Miron, depuis Refus global, ce fut une immense remise en question, non seulement dans les arts plastiques mais aussi dans la littérature.Même autour des éditions de l’Hexagone, d’une certaine façon.Les oeuvres elles-mêmes avaient une force critique.Il n’y a pas eu de manifeste mais les poètes se rencontraient et discutaient fermement.Ils théorisaient dans leurs discussions.Ensuite, il y a eu la grande remise en question de Parti pris.Puis toute la remise en question du langage, à partir de Nicole Bros-sard,de La Barre du jour et des Herbes rouges.» « Il ne faut pas oublier non plus la théorie-fiction des femmes en littérature, ajoute Lise Gauvin.En traversant tous ces livres pour l’anthologie, j'ai été étonnée de voir qu’on rencontrait pour chaque auteur des textes qui constituaient toujours une poétique.Il faut lire beaucoup d’oeuvres pour se rendre compte que chaque auteur sait exactement ce qu’il fait.Je ne crois pas que nous sommes dans une production innocente, inconsciente, un peu sauvage ou complaisante.Il y a toujours quelque part une réflexion sur l’oeuvre produite.Depuis le premier roman signé par Philippe Aubert de Gaspe fils en 1837 et intitulé L'Influence d’un livre, notre histoire littéraire nous fait voir une réflexion continuelle sur l’art du roman et la fonction de l’écriture.» Barbara Chase-Riboud : elle rêve en français, sculpte en italien, écrit en anglais PHOTO JACQUES GRENIER Barbara Chase-Riboud, une grande romantique.ODILE TREMBLAY SES JOURS s’écoulent à l’ombre triple de son palazzo Renaissance romain, de sa maison de Paris, de son loft new-yorkais.Elle rêve en français, travaille le bronze en italien, écrit en anglais.Après avoir été l’épouse de Marc Riboud, un des plus célèbres photographes de l’Hexagone, elle partage aujourd’hui l’existence d’un raffiné collectionneur et marchand d’art italien.Décidément, celle qui m’accueille de son beau regard las dans le hall de l’hôtel Bonaven-ture a tout de la « jet setter».La voyageuse arrive d’ailleurs à l’instant de Virginie où était investi Douglas Wilder, le premier gouverneur noir américain; mon interlocutrice n’eut manqué la cérémonie pour rien au monde.Barbara Chase-Riboud est cette romancière américaine qu’un best-seller historique, La Virginienne, lançait comme une bombe en 79 sur la scène internationale : 1,6 million d’exemplaires vendus, toutes langues et éditions confondues.L’ouvrage fit un malheur.Quelques années plus tard, son second livre, La Grande Sultane, brûlait à son tour l’étal des librairies.Voici l’auteur à succès de retour dans nos parages, pour la sortie du Nègre de l’Amistad, cette fois.Familiers parages : toute petite, Barbara venait ici avec sa mère, une Brathwaite originaire de Montréal.Au fond, ma vis-à-vis est un peu de chez nous.À l’oreille, son français est chantant et cassé à la fois.Belle, élancée, élégante, avec ses longs cheveux et sa peau brune, Barbara Chase-Riboud est de celles que l’âge (le sien demeure nébuleux) n’atteint pas.Une mère noire, un père métissé d’indien, quelques gouttes de sang blanc égarées deux ou trois générations au-dessus; quand on lui cause généalogie, la romancière lève les yeux au ciel.« Trop confus », tranche-t-elle en riant.Mais pour un peu, on la croirait tirée de son propre univers littéraire.Tant elle a le profil de ses héros, tous un peu trop beaux, trop parfaits pour être vrais.Celle qui s’avoue une grande romantique projette comme ses personnages une image de rêve.Une image entretenue dans ses livres par la force descriptive de l’écrivain.Car, si les ouvrages de cette visuelle ne renferment à peu près pas de dialogues, les décors, les costumes, les traits des protagonistes s’impriment indé- lébiles dans l’esprit du lecteur.Ce sont les racines de son propre peuple que cherche à déterrer Barbara Chase-Riboud au fil de son oeuvre.Elle s’avoue fascinée et hantée par ces siècles d’esclavage dont la barbarie a altéré les visages du continent noir et du Nouveau Monde.Plus encore que La Virginienne (qui narrait les amours du père de la déclaration d’indépendance, Thomas Jefferson, avec .son es clave), Le Nègre de l’Amistad est le récit de la tragédie noire.« Tragédie d’une ampleur telle que j’ai refusé d’appuyer, d’en remettre, d’écrire un livre enragé.» Le sujet touche pourtant la romancière en plein coeur : sa propre aïeule n’a pu s’arracher aux griffes de l’esclavage qu’en s’enfuyant au Canada.Le Nègre de l'Amistad relate l’odyssée de Joseph Cinque, guerrier mendé enlevé sur ses terres par des négriers et vendu en 1839 dans un marché cubain.Révolté par son sort, avec quelques compagnons, il se mutine à bord de L’A mistad pour échouer sur les rives de la Nouvelle-Angleterre.C’est le procès de l’esclavage qui attend l’ex-guerrier en Amérique : Joseph Cinque est-il ou non une marchandise ?Là est la question au coeur des plaidoyers.En arrière-plan, John Covey, l’avocat du mutin, la famille Brathwaite : des Noirs affranchis, dont la jolie Vivian qui consume de brûlantes amours avec le plaideur.« Vivian et sa famille sont des personnages fictifs.Mon éditeur me réclamait une intrigue amoureuse, alors voilà .» Mais tout le reste du récit s’abreuve aux eaux mêmes de l’Histoire.Joseph Cinque existait bel et bien.Pour le faire revivre, Barbara Chase-Riboud a, d'ailleurs, épluché une riche documentation : les comptes rendus de ses trois procès et les échos de la presse de l’époque qui déversait son encre sur cette célèbre affaire.Car ce travail commande une minutieuse recherche d’archives.Même si elle fait parfois appel aux services d’une recherchiste, la romancière a besoin d’établir un contact direct avec les documents originaux : lettres, livres, journaux du temps; seuls témoins à conserver encore dans leurs replis l’atmosphère et l’odeur d’un siècle évanoui.Rien ne vouait pourtant Barbara Chase-Riboud à l’écriture.Issue d’une famille aisée de Philadelphie, elle penchait plutôt vers les beaux-arts.Au point de décrocher un diplôme d’architecture à Yale et de se découvrir toute jeune un métier : sculpteur.Métier qu’elle exerce toujours aujourd’hui, l’auteur de La Virginienne est aussi la première femme artiste dont les oeuvres ont été exposées en solo dans un musée américain.C’était à Berkeley en 73.Aux États-Unis, ses Voir page D-5 : Barbara Chase-Riboud Lise Gauvin Gaston Miron WÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊKÊÊÊÊÊKÊÊÊÊKÊÊÊÊtÊM Ecrivains contemporains du Québec par LISE GA UVIN et GASTON MIRON Portrait vivant de la littérature québécoise depuis les années 50 Editions Seghers Wkf&mmfR* ¦NHH D-2 ¦ Le Devoir, samedi 27 janvier 1990 (Ma** v vi F Ë mm le plaisir des ivres Montréal: une ville JEAN ROYER MONTRÉAL est une ville magique, « faite pour les écrivains ».C’est ce qui ressort d’une série de témoignages réunis dans le magazine d’information littéraire II faut lire et signés par des écrivains français, ainsi qu’un écrivain canadien, qui ont visité le Québec ces derniers mois.Sous le titre « Souvenirs du Québec », ces textes traduisent les impressions de visites d’écrivains venus faire la promotion de leurs livres à Montréal et Québec, à l’invitation de leur diffuseur D.M.R., éditeur du magazine publicitaire II faut lire.Ce cahier spécial, publié à Montréal et offert gratuitement en librairie, souligne l’emménagement de D.M.R.et l’ouverture de la librairie Gallimard, récemment, boulevard Saint-Laurent.Ce qui impressionne, dans cette publication, c’est la qualité, la pertinence et la chaleur des témoignages des 17 écrivains.Si trois d’entre eux (Pennac, Soulat, Labro) se contentent d’une gentille carte postale et quatre autres (Alexandre Jardin, Catherine Paysan, Alain Serres et Jeanne Bourin), d’un mot amical, on doit noter que les 10 autres en profitent pour écrire un texte de création ou un essai.Annie Er-naux livre des pages de son journal de voyage.René Depestre et Georges Jean envoient un poème.Roger Grenier, François Weyergans et John Saul écrivent un récit.Le contenu de ces textes est particulièrement fascinant.Bien sûr, on n’évite pas la carte postale ni le pittoresque.Alexandre Jardin écrit : « Parfois, lorsque je suis triste à Paris, je me mets à imiter l’accent du Québec, pour moi seul.» Catherine Paysan fait allusion à l’inévitable été indien.PEF s’identifie à Jack London et dessine un paysage mythique : « le Saint-Laurent vêtu de noir déroulait ses méandres amérindiens ».Surtout, les écrivains français ont fait une visite culturelle qui les a stimulés.Certains d’entre eux évoquent la question de la langue.D’autres se déclarent amoureux de Montréal et définissent notre ville en relation avec leur écriture.Ludovic Janvier a bonne mémoire : « Je porte à mon pullover (lequel s’en va en miettes, à la longue) depuis ces moments-là un petit badge de métal formant le chiffre 101.Vous voyez que je me souviens.» Pour sa part, Georges Jean évoque nos liens linguistiques avec la France : « La vieille si jeune province m’investit et je me dis que dans mon coin/ j’écris pour elle, aussi et je’me sens plus fortement citoyen du monde.» Quant à Lucie Albertini et Guillevic, ils mettent en rapport la vitalité de la langue au Québec et ses effets sur leurs propres écritures : « Pour nous, séjourner au Québec ce fut nous revivifier dans notre langue en nous éveillant autrement à elle.Sensoriellement.Un choc ! Alors, certains mots privilégiés se sont mieux intallés en nous.ILs ont désormais une aura québécoise qui modifie le rapport que nous avons avec eux.[.] espace, territoire l.J fleuve, pays, paysage, Amérique, amitié, affrontement, amour, érable .Oui, nous pourrions écrire poèmes et récits autour de chacun de ces mots, certains sont déjà nés d’ailleurs .» Décidément, Montréal est « une ville faite pour les écrivains », disent-ils, chacun à sa manière.Le poète haïtien René Depestre s’enthousiasme : « Montréal m’apprend le langage de demain/ en avant de sa vie et de ses rêves/je trouve la force d’invention des Canadiens/ je parle en homme qui pèse ses mots,/ la passion de Montréal n’a pas de fin/ pour porter l’espoir jusqu’à l’exubérance.» Roger Grenier nous raconte la ville cosmopolite qu’il a découverte, boulevard Saint-Laurent : «Un kaléidoscope de boutiques de tous les pays, Hongrie, Italie, Scandinavie, Pologne, Liban .Elles renferment des trésors oubliés, dans un invraisemblable bric à brac de bibelots, de produits ménagers, de nourritures, d’épices.Tout cela est à vendre, et pourtant on en a perdu l’usage.À quoi ces objets, ces denrées in- SCANDALE EN SICILE LARA CARDELLA Flammarion GUÉRIN littérature Elle a brisé la loi du silence, en racontant l'obscurantisme, la violence, l'inceste.1M ttS EDITIONS • r lammar ion pour écrivains connus pouvaient-ils servir, jadis, dans le Vieux Monde ?» Puis, l’écrivain parisien retrouve sa mémoire d’éditeur, où s’invente son intimité avec le Québec : « Et puis aussi cette incroyable histoire, nous révèle Roger Grenier.Je reçois récemment chez Gallimard un manuscrit du Québec.Mais l’action de ce roman se passe à Pau, dans le Béarn.Et le héros habite une maison, décrite avec précision et que je reconnais.C’est celle où j’ai passé toute mon enfance ! » Montréal a aussi fait écrire Annie Ernaux, qui nous confie quelques pages émouvantes de son journal du Québec, 1988.Ce sont des pages de romancière qui reconnaît « Québec, maternelle, en-dormeuse » et découvre « le visage lumineux de Montréal» : « L’avouer, la beauté noire et bleue de Montréal, tout en contrastes, m’émeut plus que prévu le premier jour.C’est un lieu “à vif”, c’est-à-dire que s’y exhibent et s’y exacerbent les différences et les conflits (langue, culture, etc), un lieu qui oblige à se demander constamment “qu’est-ce que cela signifie ?” » C’est la même question qu’évoque autrement François Weyergans, flâneur de Montréal et romancier : « Depuis cinq semaines, je marche tous les jours dans les rues de Montréal et ces promenades me donnent des idées à ne plus savoir qu’en faire.[.] Les idées que me donne Montréal, je voudrais qu’elles restent comme elles sont.Quelques-unes sont déjà les meilleures amies de ma mémoire.» L’écrivain torontois John Saul, qui a déjà vécu à Montréal et à Paris, qui a voyagé en Orient, est peut-être celui qui, parmi ces écrivains étrangers convoqués par le magazine II faut lire, possède la plus grande intimité avec Montréal.Il peut donc affirmer cette certitude qu’il a toujours eue que « Montréal est une ville magique », comparativement à d’autres villes d’Europe et d’Amérique : « On ne ressent pas la même chose à Londres ou à Toronto semblables à des mers d’immeubles sans relief.Pas plus à New York où on oublie qu’on est au bord de la mer ou à Paris où l’égocentrisme de l’homme domine les collines.» Pour lui, comme pour la plupart des écrivains français qui témoignent ici, Montréal est « une ville faite pour les écrivains ».Fiction et biographies 1 Les Pérégrines Jeanne Bourin F.Bourin/ Lacombe (U* 2 La Maison Russie John Le Carré Robert Laffont 0) 3 Le Vieux Chagrin Jacques Poulin Actes sud/ Leméac (5) 4 Juillet Marie Laberge Boréal (4) 5 L’Agenda Icare Robert Ludlum Robert Laffont (2) 6 SireGaby du lac Francine Ouellette Quinze (6) 7 Anne au domaine des peupliers Lucy Maud Montgomery Québec/ Amérique (10) 8 Un grand pas pas vers le bon Dieu Jean Vautrin Grasset (3) 9 Le Livre brisé Serge Doubrovsky Grasset (7) 10 La Chair de pierre Jacques Folch-Ribas Robert Laffont (8) Ouvrages généraux 1 Les Vrais Penseurs de notre temps Guy Sorman Fayard (2) 2 Trudeau le Québécois Michel Vastel éd.de l’Homme (1) 3 Guide du vin 90 Michel Phaneuf éd.de l’Homme (4) 4 Le Chemin le moins fréquenté ScottPeck Robert Laffont (5) 5 L’État du monde collectif Boréal (3) Compilation faite à partir des données fournies par les libraires suivants : Montréal : Renaud-Bray, Hermès, Le Parchemin, Champigny, Flammarion, Raf-fin, Demarc; Québec : Pantoute, Garneau, Laliberté; Chicoutimi : Les Bouquinistes: Trois-Rivières: Clément Morin: Ottawa: Trillium: Sherbrooke: Les Bi-blairies G.-G.Caza; Jollette : Villeneuve: Drummondvllle : Librairie française.* Ce chiffre Indique la position de l’ouvrage la semaine précédente Les femmes, ces victimes qu’on défend mal! GRISE EST LA COULEUR DE L’ESPOIR Irina Ratouchinskaïa traduit du russe par Madeleine et Wladimir Berelowitch Paris, Plon, 1989, 400 pages Alice R4RIZEAU Lettres A étrangères DES VISAGES de femmes .Elles ne sont ni laides, ni belles, ni jeunes, ni vieilles, ce qui fait qu’elles peuvent facilement se DANS LES IITYPO LES MEILLEURS BOUQUINS Robert Baillie Des filles de Beauté TYPOia TYPO POCHE PHEXAGON fondre dans la foule sans qu’on les remarque.Elles ne sont pas toujours des militantes et on ne les reconnaît pas dès lors parmi les héros de divers mouvements ! Ce sont les compagnes d’Irina Ratouchinskaïa ! Condamnées à des peines de plusieurs années de détention, pour des crimes tels que la rédaction d’un texte, d’un roman ou d’un poème, qui déplaisent au Pouvoir, ou encore des croyances et des pratiques religieuses, elles vivent d’une grève de la faim à l’autre, isolées dans des territoires éloignés où les visites des délégués des organismes internationaux — Amnesty International ou P.E.N.Club — ne sont jamais possibles.Elles ont moins de chance encore que les hommes de se faire entendre et de faire connaître leur existence.En effet, il faut attendre que des feuilles avec quelques mots, un nom, des détails, des numéros, circulent lentement de la main à la main pendant des mois, des années, pour qu’on réussisse parfois à sauver de la mort une de ces étranges détenues des camps de Mordovie dont on dit d’ailleurs qu’ils ne sont pas les pires.« Selon les statistiques on compte en U.R.S.S.quatre millions et demi de “zeks”.La mortalité chez les prisonniers est de 8 % par an » et Irina Ratouchins-kaia constate sur un ton espiègle qui lui est particulier : « Cela doit faire mille décès par jour, quarante par heure .Combien en mourra-t-il avant que vous ayez terminé ce chapitre ?Faites le calcul vous-même, lecteur, j’ignore à quelle allure vous lisez.» Et voilà une sorte de pacte qui engage la lectrice que je suis à aller jusqu’au bout de ces 400 pages ! Solidatrité féminine et responsabilité humaine obligent ! On n’a pas le droit de s’abstenir de cette lecture à cause de dates surtout ! Car, quand j’ai trouvé sur mon bureau le bouquin intitulé Grise est la couleur de l’espoir, j’ai pensé avec soulagement que, grâce à M.Gorbatchev, il ne devait plus être d’actualité, que tout cela appartenait au passé.Déjà j’étais prête à le déplacer et à l’oublier ce livre, mais je n’ai pas pu résister à la très jeune femme qui sourit sur la photo de la couverture et c’est alors que j’ai remarqué les dates ! Les condamnations sont récentes, autant celles prononcées par les juges de Moscou que par ceux des tribunaux de Lettonie.Du coup on comprend mieux, me semble-t-il, pourquoi même maintenant les Lettons veulent se séparer de l’URSS et pourquoi les comparaisons que certains se plaisent à faire entre les problèmes des républiques soviétiques et les systèmes confédératifs démocratiques, suisse ou canadien, sont à ce point ridicules.Les pays baltes, en outre, ne sont pas des républiques, mais des pays annexés par l’URSS après la Deuxième Guerre mondiale et on se demande pourquoi on ne le précise pas.Dans les brumes de la « transparence » disparaissent ainsi des voix collectives et individuelles dont, entre autres, les cris des femmes qui végètent derrière les barbelés érigés par les organes du nouveau gouvernement.« Opinion mondiale, opinion mondiale, entends-tu maintenant, en 1987, les détenus épuisés faire appel à toi ?Sais-tu quels efforts et quels risques représente le passage d’une déclaration de ce type au-delà des barbelés ?» Irina Ratouchinskaia lance l’appel et, dans l’ensemble, son livre a le mérite d’être beaucoup plus facile à lire que bien d’autres puisqu’elle raconte avec humour sa propre expérience de l’enfer de la délation, de la maladie, de l’injustice la plus abjecte et de l’amitié la plus absolue.Le KGB, dont on dit que c’est « le seul corps policier non corrompu en URSS », joue avec ces malheureuses femmes le jeu du chantage.Les visites sont limitées par jugement à une, ou deux, en cinq ans, mais le KGB a le pouvoir exorbitant de les supprimer à la dernière minute.Les parents, l’ami, qui ont effectué un long voyage pour se rendre jusqu’au camp, peuvent être obligés de rentrer chez eux bredouilles, se faire détenir un mois pour un supplément d’information, etc.Et c’est ainsi que les prisonnières subissent un double arbitraire : législatif et policier.Par ailleurs, les règlements à l’intérieur des camps et des prisons sont absurdes et, en plus, leur application varie selon les décisions des administratrices locales.Il s’agit là pourtant de décisions aussi fondamentales que celles autorisant, par exemple, des vêtements personnels, ou imposant des uniformes.L’administration centrale doit-elle fournir ces uniformes ?L’avis est variable selon les ministres, mais, depuis des années, semble-t-il, en raison des pénuries et des déficits budgétaires, la production des uniformes est en retard.Or, dans le système carcéral soviétique, les peines décidées par les juges et celles imposées ad hoc par le personnel carcéral ont le même poids légal, puisque le système doit s’autofinancer ! Deux ans de détention de plus pour l’absence d’un uniforme sur le dos d’une malheureuse prisonnière politique, c’est une sanction qu’on dit légère comparativement au transfert dans un camp à régime plus sévère d’où on ne revient pas.Ce qui surprend le plus, c’est qu’on constate à la lecture du livre Grise est la couleur de l’espoir, que les changements introduits dans le système de détention soviétique qui datent de l’époque de Nikita Khrouchtchev et de sa politique de coexistence pacifique des années 60, sont toujours ausi mal appliquées.Selon les rapports officiels, les règlements auxquels réfèrent les prisonnières politiques ont été amendés; or il semble pourtant qu’ils sont en vigueur.Nikita Khrouchtchev a fait libérer Soljénitsyne, tandis que M.Gorbatchev est allé plus loin, selon certains, en rendant la liberté à Sakharov et en l’autorisant à se présenter comme député, mais cela n’a pas de signification pour les prisonnières politiques qui continuent à purger de lourdes peines pour quelques poèmes publiés clandestinement .Dans cette optique, les interventions des écrivains occidentaux apparaissent infiniment importantes et celles de certains organismes internationaux, absolument indispensables ! L’année dernière se tenait justement à Montréal le congres du P.E.N.Club où l’on discutait, entre autres, de la possibilité d’admettre l’URSS dans ce genre d’organisme.Or, en terminant le livre d’Irina Ratouchinskaia, Grise est la couleur de l’espoir, on se rend pleinement compte à quel point une pareille politique est prématurée, absurde et, tous comptes faits, dangereuse ! C’est là un des mérites de ce livre et, hélas ! il convient de constater, même à regret, que ce n’est vraiment pas le seul.¦BEÜ MIKHAIL BOULGAKOV DIABLERIE Un recueil de fables où l’humour et le fantastique se déploient dans la tradition de la Russie hallucinée.ÉDITEUR • IMPRIMEUR • LIBRAIRE 4501, rue Drolet, Montreal (Québec) H2T2G2, TP (514) 842-3481 Distributeur exclusif: Québec livres, Tt (514) 327-6900 Le Devoir, samedi 27 janvier 1990 ¦ D-3 • le plaisir des ivres « Cette mort imbécile.» LA PASSION DES MOTS Élaine Audet Montréal, l’Hexagone 149 pages, 1989 a Michel LkURIN w Lettres A québécoises BIEN DAVANTAGE qu’un journal intime, La Passion des mots d’Élaine Audet s’impose comme une féconde réflexion sur les valeurs qui confèrent un sens à la vie des femmes et des hommes qui franchissent le passage de cette fin du 20e siècle.Amorcé à la suite du décès de la mère de sa rédactrice, ce journal s’étale de 1985 à 1988.L’auteur le perçoit comme la voie royale pour accéder au « noyau de l’être», ce moi intime et fuyant qui a trop souvent tendance à se camoufler derrière la convention des apparences.Elle compte y transcrire « des visages et des instants précieux, arrachés au temps, fixés à jamais sur le mur de la mémoire (de même que) les mille et une morts avalées quotidiennement comme des éclats de verre ».Figer l’intemporel, chercher les questions essentielles bien davantage que les réponses qui ne peuvent relever que du temporaire, voilà bien les lignes direc-tices de cette oeuvre.Certes, la vie personnelle d’Élaine Audet n’est pas entièrement gommée.Elle y parle de ses deux filles, de son compagnon d’origine et de culture iraniennes qui partagea 22 ans de sa vie, de ses amies et aussi de ses amours, sur lesquelles elle se fait très pudique.Elle raconte également certains voyages, et se remémore avec joie ses séjours à Paris, ville où « l’oeil retrouve ses droits.Jusqu’à l’ivresse ».Mais là n’est pas le propos premier de son journal, ce qu’elle reconnaît dans une postface, avouant avoir abondamment élagué dans cet aspect — et de nombreux autres — du journal quand vint le moment de la publication.Les rencontres littéraires, picturales et cinématographiques comptent dans de très nombreuses pages.Car la vie ne peut avoir un sens si elle n’est pas éclairée par l’art et la beauté : « Beauté subversive seule capable de transcender la mort et l’apparente dualité de toute chose en révélant la perfection innée qui se perpétue dans la çlus infime parcelle de vie.» Tantôt il s’agira simplement de révocation de quelques noms, tantôt elle étalera la richesse de l’oeuvre d’artistes qu’elle a particulièrement aimée.Elle admire chez eux ce courage qui leur a permis de « lâch(er) la branche des certitudes pour (se) laisser tomber dans cet abîme sans fond où seule la chute est garante de l’envol ».Elle cite surtout de très nombreuses voix féminines qui « (l’)ont aidée dans la recherche de (son) être, trame même de ce journal ».Ce qui amène à parler de son incessant questionnement sur la condition actuelle de la femme.Elle constate combien il est difficile pour une femme de transgresser le conditionnement millénaire du patriarcat.Des preuves ?Adolescente, elle s’est « toujours identifiée aux personnages mâles de la littérature » ; jusqu’à cet aveu désespérément lucide qui lui fait reconnaître que « le refus de la féminitude traverse ces pages ».Loin de brandir le drapeau de la révolte, elle invite plutôt chaque femme à occuper « la place » qui lui revient dans la société et à donner davantage la parole à sa conscience qui « peut seule changer le cours suicidaire de l’histoire ».Ailleurs, le journal se mue en une virulente charge contre notre « société en voie de loboto-misation » qui ne vise qu’un but : l’uniformisation de tous ses membres pour qu’ils en viennent à « oublier le sens du refus ».Les dénonciations se font multiples : la télévision comme véhicule de la culture américaine, la publicité envahissante et son « idéologie hédoniste de la consommation », l’emprise aliénante de l’électronique qui ne laisse guère de place pour la quête de l’intériorité, sans oublier la banalisation quotidienne dont le téléjournal est responsable : « Plus rien ne fait obstacle à l’horreur quotidienne [.] Plus rien n’horri-fie.» Dans un tel contexte où existe une « coïncidence parfaite entre (le) moi défenestré et l’image manipulée de la réalité (.) Un esprit vide dans un corps plein et truffé de gadgets », elle craint que la violence ne devienne « le dernier soubresaut de l’humain.Violence rarement dirigée vers les promoteurs de l’asphyxie généralisée mais vers les femmes, les enfants, les minorités marginalisées.Vers ceux qui revendiquent encore le droit de créer, de crier, de penser ».À noter que ce texte prophétique ne fut pas rédigé en décembre 1989 mais quatre ans plus tôt.La solution proposée : rendre leurs droits à « la pensée et (à) la réflexion autonomes».Retrouver le sens de la solidarité élémentaire gui, pour avoir été perdue, peut être tenue responsable de quantité de suicides, notamment chez les jeunes.Résister collectivement aux charmes sirupeux de la société de consom- mation.Et laisser libre cours à l’imagination et aux passions.En somme, l’essentiel des revendications du Refus globale n 1948.Un dernier thème revient fréquemment : celui de la petitesse de la vie face à l’infinitude de l’univers.Phénomène qui me semble propre à cette fin de millénaire où de plus en plus de gens, après une rupture totale avec l’esprit religieux, ont tendance à y revenir, après l’avoir fait muer, toutefois, en prise de conscience cosmique.Ainsi re-trouve-t-on ici le constant rappel du non-sens de la condition humaine où tout se noue dans « cette mort imbécile, sournoise, qui nous guette au détour de chaque instant, chaque étreinte, chaque mot », en même temps que l’évanescent espoir que « quelque chose d’autre, issue de notre imperfection, est [.] en train de se développer quelque part».Comme si l’énergie délestée par le corps, « cette énergie pensante extraite de nos vies depuis le début de l’humanité », ne pouvait se perdre.Si, à n’en pas douter, certaines affirmations de ce texte pourront paraître hautement discutables pour certains, il me semble, cependant, qu’il faille considérer cette oeuvre dans sa totalité, qui se veut un des plus riches questionnements qu’il soit donné de lire.Qui incite à une constante remise en question.Certes, le style et le ton manquent d’uniformité, la réflexion poétique jouxtant fréquemment la critique sociale, mais ne s’agit-il pas d’une des caractéristiques du journal intime d’exiger un engagement total de l’auteur dans ses différents sujets, ce qui ne peut qu’impliquer une écriture multiforme.Un livre qui dérange et inquiète, une oeuvre qui passionne.DRÔLES DE SECRETS Richard Raymond Guérin littérature 1989, 173 pages D’ABORD surpris par la rare qualité matérielle et esthétique du livre, le lecteur voit grandir son étonnement une fois qu’il l’a ouvert et s’est mis à le feuilleter : il découvre un recueil de 28 nouvelles allant de cinq lignes à 41 pages, chacune disposée à la manière d’une série de poupées gigognes rangées de la plus petite à la plus grande, puis décroissant jusqu’à la dernière, aussi minuscule que la toute première.Vient le moment de la lecture.Et du ravissement.Où les sujets les plus divers sont abordés : remords d’un suicidé raté, chute d’une clé échappée par mégarde, tarentule décrivant un « deux-pattes » québécois sur une plage du Mexique, plan audacieux pour contrer la pollution des automobiles, homosexuel honteux de sa situation, cantatrice se rappelant son glorieux passé.Mais peu importent les thèmes, c’est le traitement que leur fait subir Richard Raymond qui compte.Cultivant sans cesse l’étonnement et le bizarre, cette prose, qui fait s’épouser fantasmes et réalité, se veut constamment corrosive et pro- vocatrice.Ici, pas de place pour les idées reçues, la tranquille sérénité et la certitude.La fureur de vivre se fait un devoir de déraciner tout ce qui pourrait s’apparenter à un encroûtement dans la routine quotidienne.Nul besoin de préciser que les couples bien assortis n’y pullulent Eas.Par contre, la mort n’est jamais ien loin.Mais pas une mort sereine : elle préfère faire appel à des ressources insoupçonnées.Les personnages sont le plus souvent des êtres meurtris et pathétiques dont l’auteur se plaît, non pas a décrire les faits et gestes, mais plutôt à « enrayer le réel », à mettre au jour « la marge de (leur) inconscient».Ajoutons que, pour permettre au lecteur de respirer, l’auteur se sert de différents registres : tantôt cruel, tantôt émouvant, il suscitera ailleurs le rire, à moins qu’il n’ait recours au loufoque lors de certaines parodies ou qu’il ne verse dans le fantastique le plus authentique.Et le style emprunte la même variété, se faisant, un moment, modulé, haletant à un autre, usant même à l’occasion du procédé des leitmotive.Et que dire des images savoureuses.Il sera donné au lecteur de lier connaissance avec « deux petites femmes, ratatinées comme des pommes que la vie aurait oublié de dévorer » ou de rencontrer un homme « aussi pâle et sans vie qu’une morue sur sa couche de glace concassée au marché Bonsecours ».Sans doute un proche parent de ce dernier dont « le corps est l’enceinte où se joue le mal suprême d’être dans ce monde».Sans oublier le vocabulaire d’un luxe inhabituel qui néglige les mots inutiles, incitant par contre les autres à s’appeler, se provoquer, s’accumuler, se bousculer ou se repousser, des mots qui valent bien davantage par leur charge émotive que par leur signifiant, épousant ainsi les contours d’une angoissante réalité particulièrement expressive.Soulignons enfin la présence de termes qu’il n’est pas donné de lire tous les jours : un ciel « labile », des « sistres » scintillant, un « hourvari de hourras », les « runes » du coeur.La première publication d’un écrivain qui semble avoir voulu livrer le meilleur de lui-même.Et a dû dépenser une immense énergie pour peaufiner son oeuvre.Pas surprenant qu’en retour il exige du lecteur une lecture particulièrement attentive, car les plongées de l’auteur se font rarement dans une eau limpide; il préfère celles plus troubles et limoneuses de la véritable création.Evitez la fumée Pour mieux respirer Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS aujourd'hui le 27 jam ier de 14h à 16h HENRI TRANQUILLE 1984 LES GENS DU LIVRE Editions du Méridien Samedi le 3 février de 14h à 16h MARIE LABERGE JUILLET BORÉAL___________ Venez regarder av*° A.pOSTROPHtS le dimanche à 15b et a 20h 23h30 9h année 1 120, av.laurier ouest outremont, montréal tél.: 274-3669 CLAUDE VAUDAUX GUERIN L’ACHEVEMENT lifté ni turc Îtf/ARÏ) WILLIAM BOYD LA CHASSE AU LÉZARD «Sü Avec le talent et l'imagination sans limite qu'on lui connaît, Wiiliam Boyd, dans ce recueil de nouvelles, nous entraîne dans un tourbillon où l'angoisse s'entremêle à l'humour.Par l'auteur des «Nouvelles confessions» EDITIONS DU SEUIL ITALO CALVINO SOUS LE SOLEIL JAGUAR Italo Calvino avait projeté d'écrire une suite de récits sur les sens.n'aura eu le temps d'en écrire que trois.Voici donc l'odeur, le goût et l'ouïe selon Calvino.EDITIONS DU SEUIL «Un univers onirique qui préfère la dense démesure du phantasme aux certitudes de la banale réalité».Michel Laurin ÉDITEUR • IMPRIMEUR • LIBRAIRE 4501, rue Drolet, Montréal (Qué’bee) H2T 2G2, V (514) 842-3481 Distributeur exclusif: Québec livres, TT (514) 327-6900 D-4 B Le Devoir, samedi 27 janvier 1990 «•Ma • le plaisir des ivres Imaginer la politique autrement Dans le creuset LA SOCIÉTÉ DISTINCTE DE L’ÉTAT (Québec-Canada 1930-1980) Anne Legaré et Nicole Mort Montréal, Hurtubise/HMH, 1989 MARC RABOY professeur au département d’information et de communication de l'Université Laval QUELLE QUESTION imposante posent les auteurs de cet ouvrage : la société est-elle distincte de l’État ?En fait, la revue du fédéralisme canadien et des rapports Canada-Québec sert ici de prétexte pour ancrer une étude qui porte sur les rapports entre l’Etat et la société, et sur la nature du pouvoir dans les sociétés contemporaines.Le Québec constitue un laboratoire intéressant pour l’expé- rience que proposent Mmes Legaré et Morf : son caractère de « société distincte » est à la fois inhérente à la société civile et, comme disent les auteurs, « relatif à l’État».Le pouvoir, quant à lui, ne se si-tue pas strictement « dans » l’État, mais notamment dans les rapports sociaux — rapports entre nations, entre groupes sociaux, entre individus.Le capital l’a compris il y a déjà longtemps ; les nouveaux mouvements sociaux l’ont appris dans les 15 dernières années.Les gauches orthodoxes — à l’est comme à l’ouest — commencent à apprendre et finiront par comprendre que « le politique et le pouvoir débordent l’État» (p.44).Pour les êtres politiques — que ce soit des libéraux, des sociaux-démocrates ou des marxistes — « repenser le pouvoir » représente tout un projet.Il s’agit effectivement d’arrêter de concevoir le pouvoir d’État — la conquête du pouvoir, et une fois conquise, sa conservation — comme finalité.L’expérience de tous les partis sociaux-démocrates occidentaux, du Québec jusqu’en Suède, témoigne à l’omniprésence de ce syndrome.Le drame actuel des pays de l’Europe de l’Est le fait d’autant plus.Dans un tel contexte, les rapports Canada/Québec constituent un cas d’espèce : « La décentration du pouvoir d’État se greffe ici à une société segmentée .Au Canada, la question des nations segmente la société .Ainsi la question nationale permet aux rapports sociaux, à caractère national au Québec, de prendre un caractère de force sociale par la cohérence que leur donnent leurs relations aux rapports structurels du pouvoir» (p.77).Les questions qui sont ainsi soulevées sont évidemment d’un intérêt particulier à l’heure où sonne le glas de l’accord du lac Meech.En effet, qu’il y ait accord ou désaccord, la société distincte du Québec existe; c’est-à-dire que sa matérialité ne dépend pas d’une reconnaissance constitutionnelle quelconque, mais plutôt des institutions, formelles et informelles, qui com-osent cette société.Appréhendé ce niveau, l’enjeu principal de l’accord du lac Meech pour l’État canadien est manifestement de savoirvs’il va se rendre plus ou moins légitime dans l’esprit de la société civile québécoise.Enfin, cette constatation nous rappelle que l’élément central de la question nationale reste nécessairement celui de la démocratie politique, et que l’essentiel ne réside pas dans la reformulation des rapports entre États (canadien et québécois), mais plutôt dans les rapports entre l’État (qu’il soit canadien ou québécois) et la société.Selon Mmes Legaré et Morf, « que l’espace québécois se consolide en région ou qu’il s’oriente vers sa constitution en nation, le problème politique fondamental reste entier.C’est au niveau du rapport État/société, et donc au coeur de la question de la démocratie politique et de l’élaboration d’une plus grande autonomie des sujets par rapport à l’État, que doit s’articuler toute analyse et/ou projet politique de la société québécoise » (pp.223-4).Ce qui implique, semble-t-il, la capacité d’imaginer et de pratiquer la politique autrement.L’acteur, sa gouaille, sa guenon, sa gueule MICHEL SIMON roman d’un jouisseur une biographie de Jean-Marc Loubier Paris, éditions Ramsay/ Cinéma, 1989, 452 pages ROBERT LÉVESQUE À 77 ANS, en 1974, Michel Simon tourne un film pour Jérôme Sa-vary.Ce sera son avant-dernier.Il a accepté la proposition, malgré une santé incertaine, puisqu’il n’a qu’un jour de tournage et que « l’action » du film se passe dans un sauna de la rue Saint-Denis, au coeur même de son monde, chez ses péripatéticiennes d’amies.Il est en toge, assis dans un bain de vapeur, lorsqu’au moment de tourner il fait signe à Sa-vary.« J’veux pas tourner », dit-il.Savary, interloqué, lui demande pourquoi.«J’veux d’abord qu’on me taille une pipe! ».Le désir de Michel Simon va devenir un ordre.Savary fait chercher une « fille » rue Saint-Denis, on déploie un paravent.Quelques minutes plus tard, Michel Simon, le sourire retrouvé, apparaît : « Ça y est, on peut y aller les enfants! » Le soir, au restaurant, il dira à Jérôme Savary, qui lui parle cachet, qu’un billet de 1000 francs fera l’affaire.Généreux, le vieux bouc.Michel Simon est un cas à part dans la galerie des acteurs, il a sa niche à lui dans laquelle personne d’autre ne pourrait entrer.Sa vie, comme sa carrière, sont faites d’un mélange de bonté et de vacherie, de courage et de lâcheté, d’excès et de fausse modestie Comédien immense, catégorie monstre sacré, cabotin de génie (ce qui est bien la seule façon acceptable d’être cabotin), celui que Chaplin qualifiait de « plus grand acteur au monde » a joué 50 pièces et tourné 95 films (l’inoubliable Atalante, le sublime Boudusauvé des eaux)au cours d’une vie que personne (ni femmes, ni amis, ni directeurs, ni auteurs, ni banquiers, ni polices) n’a pu vraiment comprendre.Comme un vieil ours imprévisible, Michel Simon a traversé son siècle comme un Céline du spectacle.Michel Simon était insaisissable, sauf en scène par le public, dit-on, lorsqu’il frôlait le génie en trichant sur tout, sur la mise en scène, sur le texte, sur ses partenaires.Il lui arrivait d’entrer au théâtre à 20 h pile et de passer directement en scène ., avant d’aller se maquiller pour le deuxième acte ! J’ai eu le bonheur de le rencontrer, de passer une heure avec lui en mars 1973 lorsqu’il est venu donner un tour de chant au Patriote.Avec un lutrin devant lui, la mine souvent affaissée par les abus, la voix chevrotante, mais une présence « hénaurme », il avait triomphé chaque soir durant deux semaines.Ce tour de chant, en soi, était un accident dans sa carrière, il s’était fait tordre le bras par sa maîtresse d’alors, Jeanne Carré, chanteuse qui glissait ainsi sa première partie avant le numéro du « monstre».Il m’avait reçu, avant le spectacle, dans la petite loge du Patriote.Je le revois encore, en camisole, tout disposé à répondre aux questions (Simon n’avait jamais refusé une interview) et prenant peu à .peu chez moi la mesure de son auditoire.Il me découvrait attentif à tout, bien au fait des grands moments de sa carrière, et il se plut à me considérer bon public.Il me fit le coup de ses tatouages.Michel Simon avait des tatouages sur tout le corps.Des prénoms de femmes, anciennes conquêtes, un voilier sur une épaule, un coeur sur l’autre, une ancre ailleurs.Il était là, debout dans la petite loge, me faisant visiter son musée dermique, les yeux allumés.Mais il n’alla pas jusqu’à me montrer ce tatouage qu’un jour il se fit faire sur le pénis, la primeur de celui-là, disait-il, étant réservée à ces dames.Ce Suisse, à lui seul une négation ambulante de la neutralité suisse, collectionneur d’objets érotiques, amoureux d’une guenon, qui avait un jour chanté une chanson gaillarde dans un dîner officiel pour dénoncer la fermeture des maisons closes, était né à Genève en 1885 et avait eu son premier déclic du spectacle en 1911 en voyant à l’Apollo de Genève Colette à demi-nue dans un I Réginald BOISVERT Poèmes pour un homme juste 1949-1985 H EJ l'Hexagone • Rétrospectives mélodrame au titre de La Chair.Mais la vie et la carrière de Michel Simon sont trop riches pour en faire le tour ici.La plus récente biographie de l’artiste vient de paraître chez Ramsay-/Cinéma.Jean-Marc Loubier, qui semble avoir suivi Simon à la trace, rend compte le plus sérieusement du monde de cette vie débridée, généreuse, souvent acerbe, parfois obscure au détour de l’Occupation lorsque Simon joue (avec Tania Fédor, qui s’exilera au Québec) une pièce d’un pro-nazi notoire au théâtre de Pigalle.Il est mort le 30 mai 1975, et c’est tout juste s’il n’a pas eu droit au sort de ses aïeuls-camarades du temps d’avant Molière.Il a fallu, en effet, une intervention du président Pompidou pour que ses funérailles aient lieu à la Madeleine.Mgr Marty refusait d’accueillir la dépouille de ce « pornocrate et franc-maçon ».K PHOTO ALAIN RENAUD Michel Simon.Journal Debord PANÉGYRIQUE tome premier Guy Debord Paris, éditions Serge Lebovici 94 pages MARCEL FOURNIER FONDATEUR de l’Internationale situa-tionniste et auteur de La Société du spectacle, Guy Debord est bien connu pour son esprit critique et ses déclarations fracassantes.En même temps qu’il amuse par son non-conformisme, il agace, car il a eu raison avant tout le monde : par exemple, en ce qui concerne le caractère totalitaire de la société soviétique ou le potentiel révolutionnaire du mouvement étudiant dans les années 1960.On a tenté de le sortir de la marginalité et de le récupérer : le Centre Pompidou a consacré l’an dernier une exposition à l’impact de l’Internationale situationniste sur les arts.Mais personne ne connaît bien Guy Dehors, qui a cultivé sa marginalité en refusant les interviews et en fuyant les caméras de télévision.De lui-même il dit : « Je me suis fermement tenu, docteur en rien, à l'écart de toute apparence de participation aux milieux qui passaient alors pour intellectuels ou artistiques.» Sorte de vagabond et d’ivrogne — il ne s’en cache pas et écrit de belles pages sur « le vrai goût du passage du temps » — séjournant a Paris, Lisbonne, Venise ou Hambourg et se retrouvant plusieurs fois en prison, Debord a vécu dans la clandestinité, entouré de « rebelles et de pauvres ».Pourquoi aujourd’hui Guy De-bord entreprend-t-il de publier ses Mémoires ?Certes, par mégalomanie, mais aussi pour dire simplement « ce qu’il a aimé ».Son entreprise est littéraire, avec un souci de l’écriture et un grand emploi des citations des auteurs qui l’ont accompagné dans ses voyages et dans ses luttes : Thucydide, Villon, Lautréamont, Tocqueville, von Clausewitz.De-bord ne présente pas sa vie sous forme d’un récit; plutôt à la manière d’un peintre, il y va par touches successives, un peu instinctivement sans plan préétabli.Il n’y a pas de portrait d’ensemble, seulement quelques traits.L’énigme demeure : « Personne ne peut douter que j’ai été un bon professionnel, déclare-t-il.Mais de quoi ?» À un moment où l’idée même de la contestation apparaît contestable et que tous font l’éloge de nos démocraties occidentales, la « négativité » de Debord est saine : elle permet de critiquer la « tendance générale de la domination sociale » dans notre époque et d’identifier « ce qui malgré tout a pu venir la perturber ».Faut-il, comme il le souhaite à la toute fin de son petit livre, « lui pardonner ses fautes » ?Debord demeure un « remarquable exemple de ce dont son époque ne voulait pas » ; il faut le laisser nous faire la morale et perturber notre « repos public ».Fumer, c’est gaspiller Argent et santé ^2 LE DÉFI DE L’IMMIGRATION Jean-Pierre Rogel Institut québécois de recherche sur la culture Québec, 1989 PAUL CAUCHON L’IMMIGRATION au Québec est devenue un « dossier à suivre », sinon un « problème à débattre ».Étonnant paradoxe : le Québec recevait moins d’immigrants dans les années 80 que dans les décennies antérieures, mais l’immigration suscitait plus d’interrogations.Cette situation provient d’une conjonction de facteurs : le type d’immigration a changé (elle est moins « européenne-blanche-ca-tholique » qu’il y a 30 ans), le Québec connaît un très sérieux problème de dénatalité.et l’identité même du Québécois demeure toujours floue.Ce livre tombe donc à point.Le journaliste Jean-Pierre Rogel préparait en janvier 89 une édition de l’émission Première Ligne à Radio-Québec qui portait sur l’immigration (et qui répondait indirectement au ton plus sombre de Disparaître).Il a voulu poursuivre sa recherche.On peut toujours déplorer l’absence de grandes réflexions théoriques ou de parti pris polémique dans son texte, mais M.Rogel a réagi en journaliste, s’en tenant spécifiquement aux faits, soulevant les principales questions plutôt que d’apporter des réponses toutes faites, livrant le tout dans un style simple et clair.Une sorte de petit guide pour grand public, donc, qui rappelle quelques éléments de base.Dont le premier : nous sommes tous des petits-enfants d’immigrants .à l’exception des lecteurs amérindiens ! M.Rogel remarque, bien sûr, que le problème des réfugiés a pris une ampleur nouvelle dans la dernière décennie.Depuis la dernière guerre, les réfugiés rer présentaient 10 % des entrées annuelles au pays.Ils en ont représenté 20 % en 85, et même près du tiers en 88.M.Rogel est d’avis-que cette crise mondiale et lancinante des réfugiés, ces dernières années, illustre aussi « l’improvisation constante et l’ambiguïté qui caractérisent la politique d’immigration au Canada ».Il fait également valoir que « l’immigrant voleur de job » est aussi difficile à établir que la valeur marchande d’un individu.Non seulement l’immigrant produit et consomme comme tout autre Québécois, mais, selon certaines études, « les immigrants créent plus d’emplois qu’ils n’ent prennent à leur arrivée ».Les statistiques démontrent que, sur 10 immigrants au Québec, « sept ont conservé leur langue d’origine, deux parlent anglais et un a choisi le français ».La francisation des immigrants pose donc de façon urgente « le désir de se reproduire en tant que peuple », tout comme la dénatalité.Mais le Québec devient de plus en plus multiethnique et multiracial.« Qu’est ce que ça signifie pour la culture québécoise traditionnelle ?Dans les milieux intellectuels, le débat a jusqu’ici à peine été entamé », s’étonne-t-il.M.Rogel termine son ouvrage par une série de propositions très simples.Entre autres, le fait que les Québécois d’origine ont le droit de souligner les différences entre certains groupes d’immigrants et ce qui fait l’objet d’un consensus social large, et d’exiger le respect de certaines valeurs, mais ils doivent en même temps mettre de côté une certaine «insécurité culturelle», puisque le creuset culturel québécois, dit-il, a « remarquablement fonctionné jusqu’ici».O Yvan LAMONDE Y< 'ASociété LA PRESSE QUEBECOISE DES ORIGINES À NOS JOURS André Beaulieu, Jean Hamelin et collaborateurs Québec, Presses de l’Université Laval 1989, tome VIII (1945-1954) XVIII-368 pages AUCUN quotidien nouveau n’est fondé de 1945 à 1954.Le duplessisme suscite de l’opposition, des Feuilles démocratiques de T.-D.Bouchard à Vrai de Jacques Hébert en passant par Le Clairon, Perspectives sociales, le Haut-Parleur ou Cité libre.À côté des revues savantes qui se multiplient, des journaux « jaunes » paraissent dans les brèches de la moralité publique.LES CLÉS DE L’HISTOIRE CONTEMPORAINE De 1789 à nos jours Max Gallo Paris, Robert Laffont, 1989 « ANNÉE par année, les 200 événements qui ont fait notre temps ».Par l’historien-jour-naliste-politicien, un choix éditorial dans ses connaissances.Des index décuplent les usages de l’ouvrage permettant de constater, par exemple, que le Canada est absent de « cette » histoire.Ne rend ni votre Encyclopedia Universalis ni votre Dictionnaire d'histoire universelle de Mourre périmés.LE QUÉBEC STATISTIQUE Bureau de la statistique du Québec, Québec les Publications du Québec 1989, 1028 pages LE BSQ fête ses 75 ans en superbe forme.Une 59e édition de l'Annuaire remarquable par son contenu et son contenant.Il y a au BSQ une équipe compétente que l’on met enfin en valeur.Outre les données habituelles et de plus nouvelles (sur l’environnement), des études sectorielles : les comptes économiques de 1926 à 1987, la démographie en 1985-86, l’évolution économique depuis la récession de 1982, la pratique des loisirs, un portrait de la situation régio- nale et des relations internationales du Québec.Une étude sur la situation environnementale, l’an prochain ?COMMUNICATION FOR AND AGAINST DEMOCRACY Marc Raboy and Peter Bruck Montréal Black Rose Books 1989, 248 pages QUE DEVIENT la démocratie quand on ne la limite pas à l’exercice électoral dans une société où l’opinion se fabrique dans des médias sur lesquels l’État et le capitalisme ont un contrôle plus ou moins déterminant ?Comment les médias servent-ils la démocratie après et sous Patrick Watson?MM.Raboy et Bruck ont fait appel à des collaborateurs pour scruter les potentialités démocratiques ou répressives des médias en Arménie, en Amérique centrale, aux États-Unis ou au Québec.Référendum, libre-échange, violence : qu’en est-il des médias pour et par le peuple ?DE MACKENZIE KING À PIERRE TRUDEAU Quarante ans de diplomatie canadienne sous la direction de Paul Painchaud Québec, Presses de l'Université Laval, 1989, 748 pages UN OPUS MAGNUM, en français et en anglais, sur les relations internationales du Canada depuis 1945.Des activités internationales des provinces à la francophonie, en passant par les systèmes régionaux (URSS et Europe de l’Est, CÈE) ou les politiques sectorielles (droit de la mer, des réfugiés ou échanges culturels et scientifiques).MONUMENTA NOVAE FRANCIAE IV Les grandes épreuves (1638-1640) Lucien Campeau Montréal, Bellarmin 1989, 808 pages ON CONNAISSAIT les Relations des jésuites.Le père Campeau a entrepris l’édition de tous les écrits des jésuites de la Nouvelle-France.Un véritable monument par l’un des très grands spécialistes de l’époque.En sus, dans ce quatrième tome, une introduction sur la population autochtone de la Nouvelle-France. Le Devoir, samedi 27 janvier 1990 B D-5 • le plaisir des ivres Bernard Grasset: l’évangéliste prophétique de l’édition actuelle BERNARD GRASSET Vie et passions d'un éditeur Jean Cothorel Paris, Grasset 1989, 498 pages Lisette ¦MORIN ?Le feuilleton « JE NE PEUX agir sur le succès que si le livre n’a pas encore paru.Il faut créer l’événement, avant.Après, c’est trop tard ».Ne vous méprenez pas : cette citation n’est pas d’un Jacques Séguéla de la pub littéraire.Ou de l’éditeur — Gallimard — du tout dernier Milan Kundera ( L'Immortalité), ou du plus récent Marguerite Duras (La Pluie d’été, P.O.L.), deux romans qui ne sont pas encore disponibles pour les lecteurs du tout venant mais qui sont déjà largement vantés par les critiques, grâce à une pré-publicité astucieuse.Non ! celui qui se voulait « créateur de l’événement», lançait ainsi, en 1922, Le Baiser au lépreux, de François Mauriac, l’un des quatre M de son écurie, les autres étant Maurois, Montherlant et Morand.Bernard Grasset avait compris, bien avant tout le monde dans le Paris de l’édition littéraire, une règle d’or du métier, la même qui fait encore courir les gens de « sa maison », toujours située au 61, de la rue des Saints-Pères.Et copiée par tous les éditeurs qui veulent réussir en moussant les livres nouveaux avant leur parution.Jean Bothorel, en nous offrant Bernard Grasset.Vie et passions d'un éditeur, nous donne bien plus qu’une excellente biographie : il ressuscite pour tous ceux et celles que passionne « la chose littéraire » — autre expression que l’on doit à Grasset — un demi-siècle de la vie foisonnante des lettres françaises et l’épopée presque incroyable, l’irrésistible ascension d’un outsider de l’édition.Car rien ne semblait destiner à créer cette formidable entreprise un garçon né à Chambéry, en 1881, dans une famille de la bourgeoisie savoyarde.C’est en mars 1907 que Grasset choisit cette carrière qui le fera désigner par le supplément littéraire du New York Times, vingt-deux après, en 1929, comme « le plus grand des éditeurs».Plus étonnant encore, cet homme de petite taille, à la moustache en brosse qui le fera comparer, pour son malheur, à H itler, au temps de l’occupation allemande, fut toute sa vie ce que la psychiatrie appelle de nos jours un cyclothymique.En lisant Bothorel, qui n’a rien négligé de toutes ses phases de dépression, suivies de périodes d’euphorie, on a peine à croire que Bernard Grasset ait réussi autant de coups fumants dans cette jungle, aussi redoutable aux années 30 et 40 qu’en notre fin de siècle.La saga de la publication, en fanfare, de Maria Chapdelaine, en 1921, est, à ce sujet.exemplaire.L’ouvrage avait déjà été publié à Montréal, sans grand succès, et le journal Le Temps avait livré en feuilleton à ses lecteurs le roman de Louis Ilémon.Mais, après « le traitement Grasset », l’Histoire litté- Bernard Grasset, au temps où il publia Évangile de l’édition selon Péguy (1955).raire a retenu l’extraordinaire aventure de l’histoire de Maria de Péribonka.Quand il mourut, en 1955, Grasset avait vendu, toutes rééditions et traductions con-fondues, plus d’un million d’exemplaires de « sa » Maria Chapdelaine.On ne saurait résumer, en quelques paragraphes, la monumentale et passionnante biographie de Jean Bothorel.C’est tout ensemble sérieux, étonnamment documenté, truffé de l’abondante correspondance que Grasset entretint toute sa vie avec ses collaborateurs, étant plus souvent absent que présent rue des Saints-Pères; ses démêlés avec les auteurs de sa maison, ses succès et ses échecs, l’étrange rapport d’amitié qu’il entretint avec Gaston Gallimard, à la fois son concurrent et son émule, sont également minutieusement ra- 4 Barbara Chase-Riboud immenses bronzes lui valaient déjà la notoriété.Barbara Chase-Riboud collectionne les passions, pour la poésie d’abord (elle compose des sonnets), pour les voyages aussi.La nomade a parcouru la Chine (dès 65), la Mongolie, l’Inde, le continent africain sous toutes ses coutures, l’Europe, bien sûr.« Ma vie suivait son cours tranquille, soupire-t-elle comiquement, jusqu’au jour où, à travers une biographie de Thomas Jefferson, j’ai fait la rencontre de Sally Hemmings.» Sally Hemmings, c’est cette esclave de président qui allait devenir l’héroïne de La Virgi-nienne.Fascinée par son destin hors du commun, Barbara Chase-Riboud implorait tous ses amis écrivains d’en raconter le fil.« Écris-la toi-même, cette his-; toire, si elle t’inspire tant », lui soufflèrent-ils.Le sculpteur a I pris la plume.C’était parti.Sa grande crainte : être obli- gée de choisir.Entre deux métiers qu’elle aime.« Hélas ! on ne peut pas tout faire », découvre celle qui s’était voulue superfemme.Après avoir dans un même souffle écrit, sculpté, voyagé, élevé ses deux enfants (des adultes aujourd’hui), Barbara Chase-Riboud sent désormais le besoin de relaxer quelque peu.Ce qui ne l’empêche pas de mener de front atùx chantiers d’écriture — un futur roman sur le rôle des soldats noirs pendant la guerre de Sécession; un autre, plus contemporain, racontant la vie d’une mulâtresse des années 60 au pied du mur de Berlin — ce qui ne l’empêche pas d'astiquer ses bronzes en vue d’ne exposition californienne; ce qui ne l’empêche pas de sillonner sans se poser le triangle d’or de ses domiciles.Avec un « jet lag » à demeure et une bonne étoile pour lui tenir compagnie.« Mon secret : je n’ai jamais douté de moi-même », révèle-t-elle en me tendant pour la dernière fois son sourire insondable.— Odile Tremblay LUC LECOMPTE LA TENTURE NUPTIALE (V recueil «le internes en prose, qui fait alterner le “nous" et le "ils" du couple, raconte le chois millénaire de la tie à deux dans l'instant périssable.l'Hexagone • Poésie LA TENTURE NUPTIALE FTTTÏÏH contés, l’auteur faisant la part des calomnies et des médisances, tâchant d’être juste avec les années noires de l’épuration, qui privèrent Bernard Grasset de sa maison, les procès que lui firent les gens de sa famille et ses proches.Tout ce qui, non seulement scribouillait, mais grouillait et grenouillait dans la marmite du tout Paris littéraire, de 1910 à 1950, traverse le récit de cette vie et de cette réussite.Éternel mal aimé, mais tel le Phénix renaissant de ses cendres — celles des 80 cigarettes que fumait quotidiennement Grasset ! — celui que Bothorel nomme presque constamment, et avec révérence, « l’éditeur », n’abandonna jamais la partie, convaincu qu’il exerçait le plus beau métier du monde.Il faut lire, avec grande attention et une sorte d’émerveillement, le récit de la découverte des Carnets inédits de Montesquieu — inédits parce que connus d’un fort petit nombre de lettrés — et que Bernard Grasset publia en 1941.Il devait lui-même en rédiger la préface, poursuivant ce vieux rêve de l’éditeur-écrivain qui le hanta toute sa vie.Grasset rêvait d’être le Montaigne de son siècle, étant l’admirateur passionné de l’auteur des Essais, dont on retrouva les tomes parmi les rares volumes de la misérable chambre de l’hôtel Monta-lembert où il mourut, dans une horrible solitude, à l’âge de 74 ans, le 20 octobre 1955.Ces Carnets — 1716-1755, de Montesquieu, édités et préfacés par Bernard Grasset, je les ai retrouvés dans une réimpression que Pierre Tisseyre, en 1951, offrait en prime à ses fidèles abonnés du Cercle du livre de France.J’avais même souligné, au crayon gras, à la page 85, cet extrait que je ne résiste pas à la tentation de vous offrir, en guise de conclusion : « Quand on consacre à l’art de critiquer, et que l’on veut diriger le goût ou le jugement du public, il faut examiner si, lorsque le public, après avoir balancé, a une fois décidé, on a été souvent de son avis; car ses jugements scellés par le temps sont presque toujours bons.Ainsi, si l’on n’a que des opinions extraordinaires; s’il ne prononce pas, et que vous prononciez : vous n’êtes pas propre pour la critique.» Ainsi jugeait l’auteur de L’Esprit des lois.Et ainsi devait sans doute l’imiter, dans ses jugements éditoriaux, l’éditeur Bernard Grasset.NOMINATION CHEZ sogides itee Monsieur Anloine Del Busso Monsieur Pierre Lespérance, président et directeur général du groupe Sogides, est heureux d’annoncer la nomination de monsieur Antoine Del Busso au poste d’éditeur du groupe, plus particulièrement aux Éditions de l’Homme, du Jour et des Quinze.Après des études en science politique à l’Université de Montréal, Antoine Del Busso a amorcé une carrière dans l’édition qui lui a permis d’acquérir une très vaste expérience dans le monde du livre.Il a notamment dirigé les éditions du Boréal de 1977 à 1989.Il a également été actif au sein de l’Association des éditeurs, dont il a été vice-président pendant plusieurs années.Les Éditions du Préambule Collection l'Univers des discours Marc Angenot 1889 Un état du discours social I ullitlixn I I lliw rx vies vlix« •• I «• IV.inihuIf 1889 Un état du discours social Marc Angenot I ire (oui ce qui s'est imprime en français au cours d'une année, livres, brochures, journaux, périodiques.Décrire et interpréter le système global des discours qui se diffusent dans un état de société.I année, c'est IXST juste a un siècle de nous le général Boulanger, la clinique de l'hystérie, la Tour l iffel.le centenaire ele la Révolution, le symbolisme, le drame de Meverling.Une élude théorique et historique magistrale par Marc Angenot 1167 pages ISBN 2-89133-104-4 Prix 58 00$ Walter Moser Romantisme et crises de la modernité ***** Mc' cl encyclopédie dans le linur.llon de Nuvali* I Collection L’Univm des discours I.c Préambule Romantisme et crises de la modernité Poésie et cnculopédic dans le BROUN I ON de Novalis Walter Moser l’riuet inachevé pour une encyclopédie, le Brouillon rie Novalis reconduit a ja-mais le fantasme du livre total en une écriture radicalement fragmentaire.I 'encyclopédie romantique qui devait poétiser les sciences est présentée par Waller Moser comme le révélateur d'une première grande crise rie la modernité, préfigurant la nôtre que d'aucuns appellent post-moderne.4X2 pages ISDN MWI1.1-KI.U/Prix 45.00$ Collection L'Univers de» dh«cours Christian Vandendorpe Apprendre à lire des fables l.’nc approche .sémio-cogmtive Apprendre à lire __________des fables_____________ Une approche scmio-cognitive Christian Vandendorpe Issu d'une interrogation sur l'habileté à lire, cet ouvrage réexamine les thèses structuralistes en fonction de leur adéquation descriptive à la fable.S'appuyant sur une analyse serrée du carre sémiotique, l'auteur adapte celui-ci au parcours narratif allégorique et le met en relation avec les structures cognitives d'attente et de compréhension.Ayant mis en évidence une structure de fable tvpique, il expérimente l’intérêt de celle-ci pour développer en classe des comportements vie lecture anlicipative.141 pages ISBN 2-X9I.1.1-106-0/Pnx2X.U0$ Régine Rohm Leromanmémoriel • dliviion | I nivcis tics discours 11 IV.imhulc Le roman niémoriel Régine Robin le livre est une promenade, un itinéraire intellectuel à travers 25 ans de recherche qui nous ont lait passer de la conjoncture heureuse des années soixante au post-modernisme morose actuel.Régine Rohm voyage à travers vies paysages aussi divers que l'Histoire, la linguistique.l'analyse, la traduction, la liction Déambulation, rêverie sur l'identité, sorte d'auto-ficlion.où se coii|ugen( l'Histoire et la biographie 146 pages ISBN 2-X41111(1X 7 Prix 2X1X1$ lo/ol kw.lUlko ( >>1 lev ii»m 1 l Hivers Je* disonirv I e l’rcambitle Le roman québécois de 1960 à 1975 Idéologie et représentation littéraire Jozef Kwaterko Jôsef Kwaterko.qui est professeur à l’U-niversité de ( racovie.témoigne ici d'une connaissance remarquable de la littérature québécoise.Analysant tour à tour l’oeuvre vie (i Beset le.vie II.Aquin, de J (iodbout.de M -( Blais et de J.Fcr-ron.l'auteur parvient a dégager les lignes de tendance de celle littérature en mal de vivre et à la recherche d’une identité.26X pages ' ISBN 2-X9IAA097 X/Prix 2X.IXIS Collection Le Sens L ’attente ClMKfc Bertram) L’attente Claude Bertrand Je te cherche en moi et autour de moi.Mais il me faut surtout le courage de (’attendre.Sans croire que tu as déjà un visage et un nom.172 pages / ISBN: 2-X411 A-105-2 /Prix 20.00 S À paraître prochainement: Collection l’Cniwrs des discours I
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