Le devoir, 10 février 1990, Cahier D
ËË © & kWiB»TÆ • le plaisir des ivres Montréal, samedi 10 février 1990 Nairn Kattan et la conquête de son destin JEAN ROYER Nairn Kattan redécouvre son destin à chaque livre.Mais pour un écrivain, le destin individuel n’a de sens que s’il s’insère dans celui de l’humanité.Ainsi La Fortune du passager, son dernier roman paru chez Hurtubise HMH, raconte la quête et même la conquête de son destin par Ezra Aslan, voyageur de l’Orient et de l’Occident.Ce personnage doit à Nairn Kattan quelques itinéraires, quelques atmosphères de villes du monde, quelques noms de rues mais, pour le reste, il ne s’agit pas d’un roman autobiographique comme l’était Adieu, Baby-lone, par exemple.La Fortune du passager se présente comme un roman d’aventures, une suite d’histoires où des fragments d’existence, un peu à la manière des Mille et Une Nuits, définissant un itinéraire, une identité, une vie.Nairn Katan nous donne, avec La Fortune du passager, un roman qui fourmille d’existence, à la rencontre de l’érotisme et du religieux, et qui nous incite, sur les pas de son personnage, à la poursuite de ce qu’on appelle encore le bonheur.Né à Bagdad, Ezra Aslan est chassé d’Irak comme beaucoup de juifs.C’est pour lui l’occasion de partir à la recherche de sa fortune, que lui a volée un ami.Le voici à Genève, à Paris, à Londres, puis à Toronto, New York et Rio.Il est aussi en quête de l’amour et des cultures du monde.Il s’établira à Tel-Aviv, choisissant finalement ce destin de juif qui a vaincu l’errance.Ce roman généreux de Nairn Kattan traduit en fait la quête d’identité d’un homme qui veut enrichir son destin des cultures du monde.Comme Abraham, le premier « passager » , il est parti de par le monde pour fonder son destin, faire soi-même sa fortune.« Mon roman, dit Nairn Kattan, c’est vraiment une quête à travers l’espace de ce qu’est un in- dividu, dans son rapport à des sociétés et à des cultures.C’est l’itinéraire d’une conscience jetée dans le monde, à l’extérieur de l’individu, et qui retourne à l’être, à la personne.« Une fois qu’Ezra Aslan a fait le tour du monde, qu’il a ouvert l’espace, il arrive à un âge, presque 40 ans, où l’on ne peut plus chercher et où il faut passer a un choix d’action, à une option d’avenir.Alors il revient en Israël.Sa mère est morte.Il est l’orphelin mais aussi le successeur.Il se joint à la prière collective.Ses choix et ses refus l’on conduit à la maîtrise de son destin.Il a aussi découvert, à travers toutes ses rencontres et les amours qui n’ont pas abouti, que l’amour réel ne se fonde pas seulement sur le désir mais aussi sur un choix.» Cette réconciliation de l’espace et du temps, du passé et de l’avenir, tisse tous les livres de Nairn Kattan, que peut résumer le titre de son essai La Mémoire et la Promesse.La mémoire, c’est ce qui ne doit pas disparaître.La promesse, c’est le monde.C’est-à-dire que toute collectivité vit de sa mémoire.Elle peut se recroqueviller sur elle et vivre dans un passé qu’elle va protéger.Ou bien elle peut choisir de protéger ce qui est resté vivant de ce passé et en même temps s’ouvrir au monde.À ce moment là, le monde n’est pas une menace mais un enrichissement de la mémoire.L’échange des cultures se passe dans le respect et la liberté, de soi comme de l’autre.D’autre part, on ne peut pas être anonyme dans sa présence au monde.« Cette réconciliation de soi et du monde, dit Nairn Kattan, est aussi une réconciliation des cultures.On ne peut pas être dans une culture universelle sans être de sa propre culture.Pour être présent au monde, il faut d’abord faire le choix d’être soi-même, de découvrir ce qu’on est et à ce moment-là tout devient possible.LA FORTUNE DU PASSAGER Nairn Kattan Hurtubise HMH coll.« L’Arbre » 1989.344 pages.PHOTO JACQUES GRENIER NaTm Kattan PHOTO JACQUES GRENIER Julie Stanton Julie Stanton: une voix du silence GUY FERLAND Julie Stanton est venue à l’écriture par la révolte.Contre la société, d’abord, qui l’a obligée à se conformer à un moule de mère au foyer soumise à son mari, et contre la loi des hommes, qui l’a séparée momentanément de ses quatre enfants suite à un divorce douloureux.« À 35 ans, seule dans le Quartier latin de Québec et brisée moralement, je suis retournée aux études en communication, expli- ue-t-elle.Mes premiers textes taient au premier niveau, sans véritable distanciation.Mais très vite, la forme poétique s’est imposée.» La révolte a fait place à une sérénité qui transparaît maintenant dans la vision des choses de Julie Stanton et dans son dernier livre, Miljours, publié à l’Hexagone.Depuis cette époque de réveil hors du foyer familial, Julie Stanton vit de sa plume uniquement.Elle a été pigiste pour plusieurs revues et rédactrice de divers organismes.Elle collabore au DEVOIR régulièrement.Elle a récemment été engagée comme rédactrice au ministère des Communications.« Pour la première fois, j’ai un emploi stable qui me libère des soucis d’argent, dit-elle avec soulagement.Je peux me consacrer entièrement à l’écriture dans mes temps libres.» Julie Stanton s’exprime avec douceur et ses propos traduisent des pensées longuement mûries.Son dernier livre, qui est aussi son premier roman, Miljours, est empreint de sentiments amoureux, de tendresse et d’une voix onirique inoubliable.« Le passage de la poésie à la prose s’est fait naturellement, af-firme-t-elle, puisque mes deux derniers recueils, A vouloir vaincre l’absence et La nomade contenaient déjà en germe les éléments d’un bon récit : intrigue intéressante et souffle soutenu.» Ces deux ingrédients indispensables à tout bon roman ont été incorporés à un recueillement continu.« Pour écrire Miljours, j’ai vécu en véritable recluse.En tout, ça m’a pris sept ans pour le rédiger.Les deux dernières années, je me suis isolée à Saint-Jean-Port-Joli.Le plus difficile, ce fut l’organisation du texte.Car au départ, je voulais seulement faire un roman sur le désir et questionner les rapports amoureux entre deux femmes d’âge différent.Dans la lignée de mes deux précédents livres.» Julie Stanton écrit toujours sans plan précis et elle s’inspire de l’association des mots pour composer.« J’écris entourée de recueils de poésie et je m’inspire de tout ce que je vois.» Un jour, elle aperçoit un recueil de poésie d’Anna Akhmatova sur sa table de travail.« J’ai voulu citer un vers et finalement le personnage d’Anna s’est imposé.»> L’histoire, qui se passait au départ en Beauce à l’époque du Refus global entre trois personnages (des tisserands et une libraire), s’est transformée en une relation entre une diva française et deux poètes russes et se déroule un peu partout en Europe sur plusieurs dizaines d’années.De plus, la narratrice est clouée sur un lit d’hôpital, dans le coma, et maintenue en vie artificiellement.Voilà qui laisse peu de place à l’improvisation et à l’action.« Pourtant, je ne connais rien en matière médicale, ni en opéra et j’ai, somme toute, peu voyagé, soutient ironiquement l’auteur.J’ai écrit d’abord d’une coulée et j’ai structuré ensuite.Écrire, c’est faire l’archéologie de son inconscient.En partant de données réelles et de recherches personnelles, je me suis permis quelques libertés avec la vérité des faits, en inventant entre autres une fille à Anna Akhmatova, sans jamais toutefois commettre des incohérences.» Partant de la trame très mince d’une cantatrice dans le coma, Julie Stanton ne voulait dire que l’essentiel, c’est-à-dire l’accès à son moi intérieur d’une personne qui ne vivait que dans le monde de l’apparence, dans le monde de la surconsommation.« Je n’aime pas les romans où il y a trop d’anecdotes.Pour moi, l’important dans un roman, c’est l’écriture et son rapport avec la vie.» Cela confère à Miljours une densité d’écriture telle que pas un mot ne pourrait être retranché.On lit ce roman comme un recueil de poésie et on est frappé par l’impact de l’image.« J’ai procédé un peu par tableaux pour composer mon texte.Par petites touches, je voulais faire voir la réalité cachée derrière les apparences d’une femme qui recherche, sans le savoir, les amours absolus.Et le coma était un procédé idéal pour faire dire à la narratrice son amour d’une façon exaltée.Car ce que cherche Marguerite, par dessus tout, c’est ce qu’on recherche tous : l’exaspération du désir.Comment faire pour que le moment de grâce d’un désir naissant continue éternellement.C’est peut-être impossible puisque lorsque nous parvenons à consommer l’objet du désir, on le tue nécessairement à petit feu.L’état de coma de la narratrice me permettait de maintenir cet état de tension du désir exaspéré.« Parallèlement à cette histoire, poursuit Julie Stanton, je voulais traiter des différentes figures de l’amour.Je désirais également parler de la difficulté pour les hommes de vivre la grossesse de leurs épouses et d’autres thèmes reliés à l’ancestrale question des difficiles rapports entre les femmes et les hommes.» Pendant sept ans, Julie Stanton a vécu quotidiennement avec ses personnages.Pour elle, Marguerite, Anna Akhmatova, Elena, Renato, etc., étaient des êtres de chair et de sang présents partout dans la réalité.« Lorsque j’ai enfin trouvé la fin du récit qui formait une sorte de boucle ouverte avec le début, je me suis sentie dépossédée complètement.Pendant plusieurs jours, j’ai erré sans but, comme sous l’effet d’un deuil.» Sans le savoir, Julie Stanton venait de paraphraser son propre roman et l’état de dépossession de la narratrice qui se disait le double contemporain d’Anna Akhmatova.Peut-être que Julie Stanton est devenue à son tour une sorte de double de Marguerite, la narratrice de son roman ?Louise Simard et Jean-Pierre Wilhelmy DE PÈRE EN FILLE 432 pages — 22,95 $ « Fresque historique impressionnante, ce roman est animé d’un souffle puissant.Impossible de ne pas être captivé par la passion qui habite les personnages, par le déroulement d’une trame qui laisse deviner les grands enjeux du siècle dernier.» Paul-André Comeau, Le Devoir « ün roman historique qui 5e laisse avaler sans efforts, vraiment aucun.» Anne-Marie Voisard, Le Soleil En vente dans toutes les bonnes librairies septeratR A MMNMMMHMMIMMMMMl D-2 ¦ Le Devoir, samedi 10 février 1990 le plaisir ties GUY FERLAND Des prix pour les auteurs d’ici À la suite de l’annonce des mises en nomination des prix du Gouverneur général cette semaine, le directeur de la collection « Lit- térature d'Amérique » chez Québec/Amérique, André Vanasse, émettait des réserves sur la pertinence d’accorder ces prix à des auteurs canadiens qui font paraître leurs livres en France.« André Vanasse procède à un détournement de l’esprit de ces prix qui N aïm Kattan La fortune du passager Nairn Kattan Le roman fascinant d’un homme à la recherche de son destin.344 pages 28,95$ SERRES STATUES Champ* Ffommsnon LEWIS BARRY Jl IFS EN FERRE D’ISLAM HH mmanon GROSSER AFFAIRES EXTERIEURES PAPERT jaillissement: DE L'ESPRIT Ch«mps FUmmwiof» Champ* Mommarion LA PLANCH K GRIMA VIRGIL VIE ET MORT FSYCHANAEVSF Champs Fiænmarion Clwmp* Haut mariât Champs Flammarion Les essais des temps modernes — ~ ~ ~ r—: r~i rr~; r; ITT ?s "*• s î • Fiction et biographies 1 L'Immortalité Milan Kundera Gallimard (-)* 2 Les Pérégrlnes Jeanne Bourin F.Bourin/ Lacombe (D 3 La Maison Russie John Le Carré Robert Laffont (2) 4 Anne au domaine des peupliers Lucy Maud Montgomery Québec/ Amérique (7) 5 L'agenda Icare Robert Ludlum Robert Laffont (5) 6 SlreGaby du lac Francine Ouellette Quinze (6) 7 Le Vieux Chagrin Jacques Poulin Actes Sud/ Leméac (3) 8 L’Oell américain Pierre Morency Boréal (-) 9 Le Livre brisé Serge Doubrovsky Grasset 0) 10 Sous le soleil Jaguar Italo Calvino Seuil (-) Ouvrages généraux 1 Les Vrais Penseurs de notre temps Guy Sorman Fayard d) 2 L’état du monde Collectif Boréal (5) 3 Le Chemin le moins fréquenté ScottPeck Robert Laffont (4) 4 Guide du vin 90 Marc Phaneuf Éd.de l'Homme (3) 5 Le livre des records Guinness En collaboration Québec- Livres (-) Compilation faite à partir des données fournies par les libraires suivante : Montréal : Renaud-Bray, Hermès.Le Parchemin, Champigny, Flammarion, Raf-fin Demarc Québec : Pantoute, Garneau, Laliberté; Chicoutimi : Les Bouquinistes; Trois-Rivières; Clément Morin; Ottawa: Trillium; Sherbrooke: Les Bi-blairies G.-G.Caza; Jollette Villeneuve; Drummondvllle : Librairie française.* Ce chiffre Indique la position de l'ouvrage la semaine précédente sont accordés à des auteurs canadiens et non pas à des éditeurs, rétorque Jacques Godbout, qui s’est senti visé par ces paroles.Cette attitude provient, d’après moi, d’une vision réductrice digne de celle du maire de Sault-Saint-Marie ou de ce qu’il y avait de plus vil dans le nationalisme québécois : ce qui n’est pas marqué du sceau québécois est nécessairement ennemi.Or, je ne veux pas être étiqueté ni baptisé par qui que ce soit.Comme auteur, je veux être libre de proposer mes livres où bon me semble.Et les prix du Gouverneur général ne sont pas des prix attri- Jacques Godbout aR > bués aux meilleurs sonnets de la région une-telle; ce sont des prix nationaux pour les meilleurs textes rédigés par des Canadiens qui n’ont pas à être pénalisés parce que leurs livres sont publiés par un Québécois ou un ‘étrangé’.» Des Salons du livre redécorés L’Association québécoise des Salons du livre (AQSL), le Salon du livre de Montréal fSLM) et le Salon du livre de Quebec (SLQ) ont procédé cette semaine à des nominations.La Corporation de l’AQSL se compose comme suit : président, Gérard Pourcel (directeur général du Salon du livre du Sague-nay/Lac Saint-Jean); vice-président, Roger Dufour (président et directeur général du Salon du livre de L’Outaouais) ; trésorière, Martine Lemieux (directrice générale du Salon du livre de Ri-mouski; secrétaire, Francine Bois (directrice générale du Salon du livre de Montréal); administrateurs, Danielle Bérubé (présidente du Salon du livre de l’Abitibi-Témiscamingue), Jocelyne Fougère (directrice générale du Salon du livre de l’Es-trie), Jean-François Lacroix, (président du Salon du livre de Trois-Rivières) et Sylvie Pelletier (présidente du Salon du livre de la Côte Nord).La Corporation du Salon du livre de Québec a été constituée légalement cette semaine lors de sa première assemblée et on a aussi procédé à l’élection d’un Conseil d’administration de 15 membres.« La semaine prochaine, explique le porte-parole de la Corporation, Denis Lebrun, on va élire un exécutif de cinq membres.En ce qui a trait à la remise des prix littéraires Ro-bert-CUche, Octave-Crémazie et Adrienne-Choquette, les démarches vont bon train.» Pour l’instant, le Conseil d’administration se compose de : Claire Bonen-fant, Jean Payeur, Réal Messier, Huguette Leblanc, Gilles Pelle-rin, Danielle Gagnon, Guy Cloutier, Paul-André Bourque, Daniel Hinse, Anne Guimond, Denis Cauchon, Guy Champagne, Anne Sigier, Christian Laliberté et Denis Lebrun.Le Salon du livre de Montréal a également un nouveau Conseil d’administration et un nouvel exécutif.Ce dernier est présidé par Marcel Couture, président éditeur de la société de la revue Forces et vice-président de l’information et des affaires publiques d’Hydro-Québec.Les autres membres sont : Louis Saint-Arnaud, vice-président (distributeur chez Québec/Livres); Jean-Pierre Gagné, secrétaire (de l’imprimerie Gagné); Thomas Déri, trésorier ; Eric Ghédin et Christian Joli, conseillers (vice-président de Libre Expression et président de Hachette Canada); Francine Bois, directrice générale.Cette dernière nous a fait part de son appréhension et du grand défi que représente pour elle le fait de succéder à Thomas Déri qui occupait cette fonction depuis de nombreuses années.« Mais l’équipe élue cette semaine est dynamique et pleine d’idées nouvelles.Je suis sûre que tout va très bien se dérouler», dit-elle confiante.Prix littéraires Le président de la compagnie Christie Brown et président honoraire des prix du livre M.Christie, Stan Heath, a fait connaître la composition des jurys de langue française et anglaise pour le programme 1989 de ces prix pour la littérature jeunesse.Le jury de langue française sera présidé par Irène Aubrey, chef du service de littérature jeunesse à la Bibliothèque nationale du Canada.Mme Aubrey est également présidente du Comité pour la sélection des meilleurs livres de jeunesse canadiens.Les autres membres du jury francophone sont : Guy Tremblay, artiste de spectacle pour enfants; Marisol Sarrazin, spécialiste de littérature pour la jeunesse et professeur à l’Université du Québec à Montréal; Robert Bigras, illustrateur et directeur artistique adjoint de Châtelaine et Louisette Bergeron, collaboratrice à la revue Des livres et des jeunes et professeur au département de français à l’Université du Québec à Trois-Rivières.Le président du jury de langue anglaise sera John O’Leary, recteur suppléant du Collège Frontière.Les livres admissibles aux prix du livre M.Christie sont ceux qui ont été publiés au cours de l’année 1989, qui sont l’oeuvre d’auteurs et/ou d’illustrateurs canadiens et qui sont destinés aux 12 ans et moins.La valeur totale de ces prix est de 30 000 $.Pour la troisième année consécutive, l’Office franco-québécois pour la jeunesse organise, pour des auteurs français et québécois, un grand concours de nouvelles doté d’un premier prix de 5000 $ et de bourses de voyages pour le Québec et pour la France.Le thème retenu par le jury est en 1990 : L’autre côté du mur.C’est sur ce thème que les candidats auront à composer un texte d’imagination d’un maximum de 20 feuillets de 25 lignes par page.Le jury de cette année est composé de : Alain Gerber, président; Gilles Archambault; Madeleine Gagnon; Michèle Gazier; Pierre Lepape et Pierre Morency.Pour participer à ce concours, il faut être citoyen canadien, résider au Québec ou en France, être âgé de 18 à 35 ans et envoyer à l’OFQJ un manuscrit de 20 feuillets de 25 lignes par page (maximum), dactylographiés, avant le 31 mai à l’adresse suivante : Office franco-québécois pour la jeunesse, Concours de nouvelles, 1214, rue de la Montagne, Montréal, H3G 1Z1.Pour tous renseignements, contacter Thérèse Levasseur ou Madeleine Bourgeois au (514) 873-4255.La société littéraire de Laval ra-pelle que la date limite pour poster des textes (contes, nouvelles, récits ou poèmes) au concours littéraire Laval s’écrit, est le 15 mars 1990.Pour obtenir le détail des règlements et une formule d’inscription, téléphoner au 682-2708 ou au 744-1847.Rencontres littéraires Denise Desautels fera une allocution au cours du séminaire La poésie aujourd’hui qui se déroulera le 13 février de 19 h 30 à 21 h, à la salle 8151 du pavillon Lionel-Groulx, 3150 Jean-Brillant.La poète animante Janou Saint-Denis reçoit, à sa Place aux poètes ce mercredi 14 février à 21 h, Juüe Vincent et Isabelle Vincent qui présenteront une soirée de théâtre et de poésie à la butte Saint-Jacques, 50 rue Saint-Jacques Ouest.JEAN BASILE LES MONGOLS la célèbre triologie en livre de poche • L’histoire tumultueuse et tragique des trois «J»; Jérémie, Jonathan et Judith qui, tour à tour, racontent leur quête de la sainteté où se mêlent amour et création, érotisme et mort.• Grande saga de la jeunesse montréalaise des années soixante, cette oeuvre forte confirme Jean Basile comme l’un des romanciers les plus originaux de la littérature québécoise.224 p.— 7,95$ 276 p.— 7,95$ 216 p.—7,95$ TYPO rocm Jean Basile La jument des Mongols ™9i um I l’HEXAGONE jean Basile Le Grand Khan -I JEANNE BOURIN Jean Basile Les voyages d'Irkoulsk TYPO Un album sur la musique Musique de l’Antiquité, du Moyen âge, de la Renaissance, musique baroque ou classique, musique romantique, contemporaine ou moderne, tous les styles sont à notre portée à la faveur des concerts et des enregistrements.LA MUSIQUE (époques, lieux, styles) Gérard Pernon Éditions Ouest-France 1989, 190 pages.Marie Laurier Jeanne Bourin sera au Québec du 10 au 16 février 1990 Mais que savons-nous au juste de l’évolution de cet art qui inspire tant de poètes, d’artistes et séduit encore plus de mélomanes?L’harmonie des sons nous vient de tous les pays, de tous les lieux, au point que l’on nous apprend que « La musique arabe, essentiellement liée à la poésie, doit peut-être beaucoup a la marche balancée des chameaux » .Les Pérégrine& Roman EDITIONS FRANÇOIS BOURIN ILAC0MBE Elle donnera trois conférences à Montréal Dimanche le 11 février à 14h: Bibliothèque Mercier 8105, rue Hochelaga Mardi le 13 février à 19h30: Bibliothèque La Petite-Patrie 6707, av.de Lorimier Mercredi le 14 février à 19h30: Bibliothèque Côte-des-Neiges 5290, chemin de la Côte-des-Neiges Qu’on pense au chant du muezzin pour appeler à la prière, à la lyre dont jouait Apollon, à la qualité de l’acoustique des théâtres grecs comme celui d’Épidaure où l’on se fait une joie de faire réverbérer une piécette de monnaie, aux multiples instruments à corde, à vent, à percussion et déjà la musique emplit nos têtes d’images et de souvenirs.Le roulement des tambours et des tam-tams africains, le nô japonais désignant une forme de théâtre musical, le chant grégorien, les trouvères et troubadours du moyen-âge, le triomphe du madrigal, les trompettes de Jéricho, la musique de l’Inde, ce « feu qui brûle le coeur et l’âme », la valse viennoise, le singspiel allemand.Et plus près de nous le blues de la Nouvelle-Orléans, le jazz, le synthétiseur de l’ère électronique. Le Devoir, samedi 10 février 1990 ¦ D-3 • le plaisir des ivres Un coup de foudre à propos de l’amour À PROPOS DE L’AMOUR Christiane Teasdale Boréal, Montréal 1990 UN DERNIER CADEAU POUR CORNÉLIA Jean Désy XYZ éditeur Coll.« L’ère nouvelle » Montréal, 1989 O ÿft Michel LkURIN Lettres A québécoises Après avoir boudé la nouvelle littéraire pendant des décennies, les écrivains québécois s’y adonnent présentement d’une manière quasi boulimique.Avec un succès inégal, il faut bien le reconnaître.Voici deux ouvrages consacrés à ce genre littéraire, qui illustrent précisément la différence entre le bon et l’excellent.D’abord, le meilleur — à qui je dois le premier véritable coup de foudre depuis que l’on m’a périlleusement confié la responsabilité de cette chronique.Il s’agit de la première publication de Christiane Teasdale, À propos de l’amour, un recueil de neuf nouvelles, toutes inspirées par l’amour.Pas de lénifiantes histoires d’amour, mais des récits décapants où l’amour, souvent corrosif, joue un rôle capital.Il y a une si grande unité de thème dans ces nouvelles — ce qui est toutefois loin d’exclure la variété de sujets - qu’il est possible de brosser un portrait des personnages types.Réglons au- PHOTO JACQUES GRENIER Christiane Teasdale paravant le sort des couples mariés : l’amour s’est anémié et le mariage va généralement à vau-l’eau.Quant à l’homme, c’est fréquemment un mâle imbu de sa supériorité, même s’il n’est souvent qu’un raté; aussi, question de sauver les apparences, porte-t-il le masque de la vanité, de la prétention et de l’autorité.N’ayant plus d’amour pour sa femme, il a tendance à jeter son dévolu sur sa fille en se l’attachant par des promesses qu’il ne peut tenir; mais c’est peine perdue, un jour ou l’autre, le fil de cet amour se rompra.Pour ce qui est de l’épouse, même si sa présence se veut fort discrète, elle semble plus équilibrée que son mari, plus indépendante également.Bien plus, la structure même de chacune des nouvelles présente de nombreuses analogies : dans plusieurs récits, il y a une situation où sont confrontés un homme et une femme, à laquelle pourront, à l’occasion, venir se Le tragique journal d’une adolescente UNE DOULEUR SINGULIÈRE Johanne Laurier VLB, Outremont 163 pages, 1989, 14,95$ (M.L.) Après deux re-cueils de poésie, Johanne Laurier publie son premier roman, qui relate le tragique destin d’une adolescente.Rédigé sous forme de journal intime, ce récit couvre une période de huit années, de 1980 à 1988.Vivant heureuse au milieu de ses père et mère et d’une soeur aînée, voici qu’un jour, la jeune narratrice voit tout basculer, au point d’en être marquée le reste de son âge : elle fut témoin de l’arrestation de son père — en proie à une crise de folie — par deux policiers qui l’amenèrent dans un institut psychiatrique.Et, pour servir de soupape à son chagrin et tenter d’effacer « l’image de (son père) maltraité comme le dernier des malfai- teurs (qui) demeure imprimée au fer rouge dans (sa) mémoire », elle décide de rédiger un journal où seront consignés tous ses sentiments.Au début, le roman promet beaucoup : le lecteur s’attend à la description des empreintes laissées par la folie sur les membres d’une famille, quand un des siens est victime de cette maladie encore trop souvent considérée comme honteuse malgré l’évolution des mentalités.Il y a la mère qui se dérobe aux questions de ses enfants, les douloureuses visites au père à l’hôpital, puis les réactions multiples de la jeune narratrice : mésentente avec ses amies, comportement agressif, mauvaise humeur constante, désintérêt pour les matières scolaires et pratique de l’école buissonnière.Étrangement, l’attitude de la soeur aînée est tout à fait gommée.Puis, bientôt, on a la bizarre impression que le roman bifurque.Suite au retour du père à la maison, le récit semble adopter un nouveau fil conducteur qui se voudra constant jusqu’à la fin : l’idée — et la présence — de la mort.Fille d’un père suicidaire, la narratrice, assaillie la nuit par des cauchemars portant sur la mort de son père, sera témoin d’un suicide dans le métro.Elle craint également de perdre sa mère, qui souffre d’insuffisance coronarienne.Et il y a ce goût du suicide qui ne la quitte jamais.Comme si ce n’était pas suffisant, elle est marquée par le décès de son cousin leucémique et par celui de son grand-père.Faut-il taire la mort de son chat, qui fut plus éprouvante que les deux précédentes ?Viendra ensuite un accident d’auto qui ravira la vie à son père.Et je me garde bien de dévoiler l’apothéose finale.Ce récit, au ton trop fréquemment revanchard et larmoyant, se veut bien davantage, par l’accumulation de gestes accessoires et quotidiens, témoignage humain que littéraire.On y trouve jusqu’à une pharmacopée de presque tous les médicaments anxiolytiques et une description de leurs effets sur l’organisme.Et quand il se trouve quelques envolées lyriques — « Je marche dans un cauchemar sans issue, dans une longue nuit polaire enveloppée d’un brouillard opaque » —, elles détonnent avec le reste trop à ras le sol.Le lecteur est surtout agacé par l’univers essentiellement égocentrique du personnage central, où le JE devient si envahissant qu’il occupe toute la place.Peut-être cettte surcharge de l’ego est-elle due au « syndrome du premier roman ».Il faut espérer qu’après avoir épuisé les ressources de la première personne, l’auteure parviendra à produire des oeuvres plus singulières.Dans quelques années et quelques romans, sans doute pourra-t-on affirmer qu'Une douleur singulière n’était qu’un roman d’apprentissage.Qu’on me permette enfin de relever une incohérence dans le texte : après avoir affirmé avoir eu 12 ans en décembre 1979 (page 16), la narratrice n’en a que.19 en juin 1988 (page 162).Il faut dire que la psychologie, le vocabulaire et le style n’évoluent que très peu tout au long du récit, ce qui confère moins d’importance à cette erreur.Une bouffée de fraîcheur IL AURA LES YEUX BLEUS POUR L’ÉTERNITÉ Jean-Guy Hamelin Sainte-Foy, Anne Sigier 1989, 142 pages JACQUES GAUTHIER Lors d’une partie de chasse au chevreuil dans la région de la Gatineau, j’avais apporté un petit livre pour meubler mes longues attentes du gibier.À l’affût du chevreuil, caché près d’un buisson, j’ai lu avec plaisir II aura les yeux bleus pour l’éternité, de Mgr Jean-Guy Hamelin, évêque de Rouyn-Noranda.Le chevreuil n’a pas passé, mais Mgr Hamelin est passé, comme une bouffée de fraîcheur, dans ses 56 courts textes empreints de tendresse et d’humour.Ces textes ont alimenté la chronique hebdomadaire du journal de Rouyn, La Frontière.Le titre II aura les yeux bleus pour l’éternité est emprunté au premier billet du livre.L’évêque POUR OBTENIR DES CANDIDATES DE QUALITÉ UTILISEZ LES CARRIÈRES ET PROFESSIONS DU DK VOIR , 842-9645 note lui-même que ce titre fait bien peu épiscopal.De fait, la teneur de ses propos nous change du style alambiqué de certains évêques.Mgr Jean-Guy Hamelin, qu’on pourrait appeler Jean-Guy, est tout entier dans ses textes.On découvre un être sensible, naturel, très près des personnes et des choses.Et, pour faire encore peu épiscopal, Robert Lebel, une autre « Excellence » qui a déjà publié un livre succulent, L’Utile, l’inutile et le nécessaire, nommé récemment président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, y va de sa touche de caricaturiste, illustrant quelques textes de son ami.La manière « Hamelin » s’inspire de la manière « Jésus ».Un peu comme Jésus, Jean-Guy Hamelin parle en paraboles, fait des comparaisons, se sert d’exemples.Il part des faits concrets pour en arriver a proposer avec humour une sagesse de vie, une quête de bonheur.Les réflexions de ce « monseigneur », qui ne dépassent jamais deux pages, sont plus à la mode de l'Evangile qu’à celle de la théologie proprement dite.Et pourtant, que de leçons de théologie pratique contiennent ces tableaux, tout imprégnés de l’actualité et de la culture contemporaine.’¦S'A*- jm •«/«K LoUÀ\ ftdouuAû-OkU édit i c e NELLIGAN, un opéra à la mesure de notre temps! En vente chez votre ami(e) libraire Diffusion Louise Courteau 7433 rue St-Denis Montréal, Qc H2R 2E5 Tel.: (514) 272-1160 Fax: (514) 272-4743 greffer des personnages secondaires.Puis, la nouvelle progresse en faisant alterner, pendant l’action, un dialogue fort restreint entre les protagonistes et le soliloque intérieur d’un des deux principaux personnages, réflexion abondamment nourrie de rêves et de souvenirs, jusqu’à la chute finale.De plus, l’auteure — et c’est sans doute une autre grande force de son oeuvre — se refuse à puiser dans l’exceptionnel : elle décrit simplement des tranches de vie, celles du plus insipide quotidien, qu’elle parvient à rehausser au niveau de l’art.C’est que l’analyse psychologique se veut toujours rigoureuse et fine, appuyée par un souci constant du détail qui confère de la crédibilité au récit.Qu’il s’agisse de jeunes enfants, d’adolescentes, de femmes ayant atteint la maturité ou d’artistes ratés, l’écrivain sait se mettre dans la peau de ses personnages pour traduire les particularités de la blessure qui se terre dans le coeur de chaque humain.Et une maîtrise exceptionnelle de la langue.Des phrases limpides, sans fioriture, où chaque mot compte : « Les années avaient filé, semblant des mois tant elles étaient bien remplies ».La simple description de vêtements peut traduire l’essentiel d’un personnage : « toutes ses robes sont semblables, elles sentent la vieillesse, l’église et la naphtaline».Sans oublier l’humour.Après avoir énuméré les nombreuses qualités d’une femme et terminé en affirmant qu’elle était féministe, la narratrice se hâte d’ajouter, entre parenthèses : « Sur ce dernier point, on pouvait fermer les yeux tant Frédérique avait de vertus pour le compenser ».En somme, un chaleureux recueil où l’intérêt ne se dément jamais.Quant au second livre, un ouvrage de Jean Désy, Un dernier cadeau pour Cornélia, il s’agit non pas d’un véritable recueil, mais plutôt de la juxtaposition de six histoires abracadabrantes : une heure dans la vie d’un pyromane, les sautes d’humeur d’une plante carnivore qui raffole des humains, les méditations d’un cadavre inhumé depuis longtemps, l’adaptation d’une légende diabolique ancienne où, cette fois, c’est le diable qui triomphe, une incarnation du fredonnement de Glenn Gould lorsqu’il joue les Variations Goldberg au piano (pourrait-il s’agir de la première influence directe du disque compact sur la littérature ?) et, enfin, l’histoire d’une veuve qui prend grand plaisir à s’amuser avec des cadeaux de ses amies : différentes parties du corps de son mari qu’elles ont amputé à la morgue.Ces récits baroques, qui accordent une large place au fantasti-ue, visent bien davantage à tonner, à suprrendre le lecteur, qu’à l’émouvoir.Le lecteur est confiné à observer une accumulation de faits et d’événements d’où il se sent exclu.On a affaire ici à une littérature rapidement consommable, qui ne trouble pas, même si elle est souvent brillante.Il demeure que chaque récit présente l’aspect d’une mécanique bien huilée, à la construction grammaticale et syntaxique impeccable.Un corpus qui prouve la force de l’imagination, délirante dans chacun des six textes.Ajoutons enfin une présence constante de l’humour, le plus souvent caustique.Un livre qui ne laissera pas indifférents les amateurs de fantastique.ITALO CALVINO SOUS LE SOLEIL JAGUAR 3 CMVlNO s le soleil JAGUAR Italo Calvino avait projeté d'émre une suite de récits sur les sens.Il n'ouru eu le temps d'en écrire que trois.Void dont l'odeur, le goût et l'ouïe selon Calvino.ÉDITIONS DU SEUIL MICHELINE CAMBRON Une société, un récit Discours culturel au Quebec (18B7I97B) w U) O) a CM T* CM MICHELINE CAMBRON UNE SOCIÉTÉ, UN RÉCIT DISCOURS CULTUREL AU QUÉBEC (1967-1976) • Une société, un récit s’interroge sur le type d'histoire que nous nous racontons et reconstruit avec bonheur tout l’intelligible d'une époque marquée par la volonté des Québécois de se définir comme collectivité.DOMINIQUE GARAND LA GRIFFE DU POLÉMIQUE LES CONFLITS ENTRE RÉOIONALISTES ET EXOTIQUES La griffe du polémique propose une magistrale étude d’une querelle inaugurale qui a favorisé la naissance de l’Institution littéraire québécoise: le conflit qui opposé, entre 1900 et 1920, les régionallstes et les exotiques.«o en «t essais littéraires IHFXAOONE ESSAI lieu dlstlntll l’Hexagone ntlf de l'édition littéraire québécoise DOMINIQUE GARAND La grille du polémique ESSAI ESSAIS UT1ÉRA1RF.S I HEXAGONE D-4 ¦ Le Devoir, samedi 10 février 1990 mm • le plaisir des ivres Pitié pour les femmes LA CHANSON DES GUEUX Naguib Mahfouz Traduction de l’arabe de France Douvier Meyer Éd.: Denoël, 1989, 479 pages Prix Nobel de Littérature Alice R4RIZEAU Lettres A étrangères Parmi les couples qui s’installent, certains décident de meubler leur salon avec des livres.J’insiste sur le terme « meubler » car c’est effectivement de cela qu’il s’agit.On fixe des étagères qui couvrent une partie du mur et on fait apparaître ainsi une atmosphère, de la couleur, une certaine respectabilité intellectuelle et un bon sujet de conversation.En cette fin de notre siècle pressé, blasé et de moins en moins cultivé malgré les ordinateurs, le problème consiste toutefois à choisir les auteurs dignes de figurer en bonne place.Selon les niveaux se pose donc celui des sujets, car il est évident qu’il vaut mieux dans cette optique utiliser les rayons les plus difficiles à atteindre pour les ouvrages les plus pratiques dans le genre Comment perdre 50 kilos sans se priver de nourriture, ou encore Comment éviter la contagion en changeant souvent de bien-aimé.Dernière difficulté, majeure celle-là, comment obtenir l’uniformité des couvertures, quand désormais elles sont si bigarrées et de formats variables à un point tel qu’on ne sait plus comment se débrouiller pour les loger côte-à-côte ?Fort heureusement, certains snobismes facilitent l’existence ! À cet égard, il suffit de citer la collection des prix Nobel de la littérature recouverte d’une sorte de cuir blanc avec des inscriptions en lettres dorées.Collection qui a du succès, semble-t-il, autant dans des milieux de l’Est de Montréal, où l’agressivité des démarcheurs avait fait autrefois des merveilles, que dans des quartiers que les envieux dénigrent.En effet, elle offre toutes les garanties de « respectabilité intellectuelle » et plaît aux maîtresses de maison, étant particulièrement facile, sinon à lire, tout du moins à entretenir.Soulignons que cet état de choses va durer puisque le prestige du prix Nobel demeure intact, ne serait-ce qu’à cause de la qualité du jury et du c«*Hr* JS**— N°218-FÉVRIER 1990 US PREMIERS RIZICULTEURS par Takeru Akazawa LA MALADIE D'ALZHEIMER par Jacques Epelbaum et Yvon Lamour VOYAGE AU CENTRE DE LA GALAXIE par RolfGüsten et Pierre Cox LA LUMIÈRE COMPRIMÉE par Elisabeth Giacobmo, Claude Fabre, Antoine Heidmann et Serge Reynaud JACQUES MONOD ET LA BIOLOGIE MOLÉCULAIRE par Bernardino Fantini LES DEUX LOGIQUES DE L'INNOVATION par Jacques Perriault dossier LES RÉGIONS ONT-ELLÉS UNE POLITIQUE SCIENTIFIQUE?par Madeleine Brocard et Yves-André Rocher ETC.OFFRE SPECIAL D’ABONNEMENT — UN AN: 49,00 $ J* souscris un «bonnement d un sn (11 nos), à LA RECHERCHE, au prix de 49.00 S I Veuillez payer per chèque établi i l'ordre de Diffusion Dimédia Inc.vme_____________________________________________Code Postal________________________ I A retourner sccompagn4 Os votre règlement à Diffusion DlmédU.S3», bout.Lebeeu.Sein»- I Laurent H4N 1t3 .Un délai de B à 12 semaines interviendra entre la data de la demande d'abonnement et la réception du premier numéro L'abonné(e) le aéra pour un an, à | compter du premier numéro reçu .GUERIN littérature Nagulb Mahfouz montant qui est offert aux gagnants.Il est normal, par conséquent, que j’ai été dûment impressionnée en ouvrant le livre de Naguib Mahfouz La chanson des gueux, le Nobel 1988 que ce romancier égyptien, qui a à son actif plus de 37 romans, avait obtenu alors à l’âge de 78 ans.Dans l’ensemble, il s’agit d’une série de contes qui ont pour cadre les ruelles et les tavernes, les tripots et les maisons patriciennes.Le réalisme des lieux et la façon de présenter les personnages qui gravitent autour des descendants de la famille dominante parviennent à créer l’illusion d’une vie authentique.Et c’est ainsi que l’histoire devient moralisatrice avec ce fond philosophique qu’on retient au fil de la lecture.« Si l’amour pouvait perdurer », se demande Naguib Mahfouz, « à quoi bon la fuite des saisons ?» Dans un autre paragraphe, l’auteur offre aux lecteurs occidentaux des définitions intéressantes dont nous n’avons guère l’habitude.« L’attente est un calvaire.Un calvaire où se déchirent les parois de l’âme.Le temps se meurt dans l’attente, assiste consciemment à sa propre mort.Le futur est à quelques pas, clair comme une eau de roche, mais lourd de dénouements contradictoires.Que l’impatient boive à son gré la coupe de l’angoisse.» Nous voilà loin du « Stress sans détresse » en plein chambardement des valeurs ! C’est un roman qu’il faut lire lentement non pas pour son action, mais pour analyser cette morale spécifique dans le cadre de laquelle la femme demeure le danger, la plus grave des tentations, le pire ennemi de l’homme auquel son statut de chef a été conféré dès sa naissance par Dieu.Bref, La chanson des gueux n’est pas un roman dans notre sens occidental de ce terme.C’est l’image d’une société pour laquelle les traditions, les contes, sont d’une importance primordiale.Les changements, l’évolution du monde, ne la touchent pas, ni dans ses relations internes, familiales, ni dans ses rapports quotidiens avec l’autrui.Un homme, un vrai, ne s’attache ni à sa mère, ni à sa femme.Un homme, un vrai, bat sa femme au besoin pour éviter d’être traqué par elle, créature diabolique qui peut toujours devenir pour lui un danger grave et la principale source de son échec dans la communauté.À l’opposé, on pardonne tout à l’homme, l’inceste et la cruauté, la violence, la brutalité et jusqu’au meurtre.À notre époque où les sociologues se réfugient derrière des jargons scientifiques pour ne blesser la sensibilité de personne, il faut peut-être lire l’histoire de Ridwana, de Khidr et du cheikh Sa’id al-Fagih pour comprendre les comportements qu’ils encouragent.La force de Naguib Mahfouz consiste, en somme, à créer des contes pour adultes qui se lisent bien tout en expliquant en même temps à quel point leurs protagonistes sont éloignés, malgré les apparences, des images qu’ils veulent nous présenter pour pénétrer dans notre univers.Non seulement ils sont différents, mais encore les mots qu’ils utilisent ne recouvrent pas les mêmes réalités et dès lors le fait qu’ils parlent français, ou anglais, n’y change rien.Pour conclure, il nous semble important de souligner que certains prix Nobel de la littérature, dont justement La chanson des gueux, demeurent une source d’information intéressante qui permet des analyses de civilisations comparées en ce qui concerne l’attitude à l’égard de la femme, mais pas nécessairement de beaux ou de bons romans dans le véritable sens de ce terme.50 ans de suffrage féminin au Québec 25 AVRIL 1940 Le droit de vote des femmes au Québec : bibliographie sélective M.Vlach, G.Gallichan et L.Tessier Bibliothèque nationale du Québec Montréal 1990, 192 pages L’ÉPOPÉE DU SUFFRAGE FÉMININ AU QUÉBEC, 1920-1940 Maryse Darsigny UQAM Service aux collectivités Montréal 1990, 33 pages n Y '¦ t Yvan LAMONDE ASociété Le mercredi 25 avril prochain nous nous souviendrons avec admiration et joie que le 25 avril 1940 — il y a 50 ans —les femmes obtenaient le droit de vote au Québec après 40 ans de lutte.Aura-t-on connu combat plus révélateur — il s’agit de la moitié de la population ou de l’électorat — du conservatisme social et du faible tonus démocratique de cette société ?Les historiennes Catherine Cleverdon, Michèle Jean, Marie La vigne, Yolande Pinard, Jennifer Stoddart et Susan Trofi-menkoff ont cadastré depuis 25 ans ce territoire de l’histoire des femmes au Québec, en particulier dans Travailleuses et féministes (Boréal, 1983).Associations et ligues féminines, figures de proue (Marie Lacoste Gérin-Lajoie, Idola St-Jean, Thérèse Casgrain) et figures d’opposition (Henri Bourassa, Mgr Pâquet) ont été mises en scènes avec leurs accessoires et leurs répliques et les 33 pages de la bro- chure publiée par le Service aux collectivités de l’UQAM résument ce connu pour celles et ceux qui désirent consacrer quelque attention au sujet.De son côté, la BNQ souligne l’anniversaire en mettant l’accent sur son histoire législative.Jusqu’au jour où (enfin) nous aurons le Journal des débats reconstitué, cette bibliographie sera l’instrument pour faire l’histoire du refus global de Taschereau et des parlementaires face aux suffragettes.L’ouvrage contient les références aux textes et.projets de loi relatifs au droit de vote des femmes au Québec ainsi que les références aux prises de position de 13 quotidiens de Québec et de Montréal au moment des descentes quasi-annuelles des suffragettes à Québec de 1922 à 1940.Cet ouvrage instrumental comprend enfin une liste des études essentielles sur l’histoire du suffrage féminin au Québec.L’ouvrage intéressera certes professeurs, journalistes, recher- chistes et étudiants ; il pourra aussi stimuler une analyse politique plus serrée de la question.Car si on trouve des aperçus sur les raisons du pour et du contre le droit de vote des femmes, manque une étude un peu définitive des discours et des stratégies publiques des tenants et opposants.L’étude des argumentations de l’Église, des partis politiques, de la presse ou de certaines signatures reste à faire, tout en soulignant l’intérêt de l’approche politique de Diane Lamou-reux dans Citoyennes ?Femmes, droit de vote et démocratie (1989).Les matériaux sont là, ne serait-ce que pour expliquer l’évolution de la lutte, celle de God-bout et l’explication un peu courte de son retournement : pour rallier le Cardinal Ville-neuve en 1940, le Premier Ministre lui offrira le retrait du projet de loi en même temps que sa démission et la nomination comme son successeur de T.-D.Bouchard, anti-clérical de la plus belle eau ! L’art de grandir avec les crises AIMER, PERDRE ET GRANDIR L’art de transformer une perte en gain Jean Monbourquette Saint-Jean-sur-Richelieu éd.du Richelieu 1989, 147 pages JACQUES GAUTHIER DISONS d’abord que ce livre de Jean Mon- bourquette, o.m.i., professeur à l’Institut de pastorale de l’université Saint-Paul à Ottawa, est un succès de librairie.Il en est rendu à la dixième édition, soit 50 000 copies imprimées.Il répond donc à un besoin.Ce livre a été écrit il y a déjà a l ame qui s ai sur nous!» Voir «Parfaitement tordant» Journal de Montreal «Serge Grenier possède le talent exceptionnel de la caricature» Le Devoir «Serge Grenier est un service essentiel, une sorte d'antidote au mal de SERGE GRENIER quelques années pour accompagner les personnes souffrantes dans leur cheminement intérieur.Il s’adresse aux personnes qui ont perdu quelque chose ou quelqu’un, dans la mort ou dans la vie.Mais qui ne perd pas dans la vie, si ce n’est ses cheveux ?Ces pertes peuvent être nombreuses : un vol, un congédiement, un idéal, une réputation, un amour romantique, le départ du dernier enfant, la brisure d’une amitié, la santé, un divorce, la mort d’un être cher.À l’aide de courts textes, sous un mode souvent poétique, appuyés par des photos et des dessins évocateurs, l’auteur donne des orientations pratiques pour aider les gens, blessés surtout psychologiquement, à transformer une perte en gain, c’est-à-dire à bien vivre une perte et en sortir grandi.Jean Monbourquette invite tendrement les personnes à exprimer leurs souffrances, à emprunter les chemins de la reconnaissance de la perte jusqu’à l’étape de la guérison et de la croissance.Il leur propose des façons pour « réussir » son deuil afin d’en arriver à prendre possession de son héritage, à pardonner, à faire confiance à nouveau, à se réconcilier avec soi-même, à aimer.Les femmes et l'équité salariale POUVOIR GAGNER VIENT DE PARAITRE ILS FHMMES HT L'ÉQUITÉ SALARIALE.UN POUVOIR A GAONHR C\tCs isslls cl U l'l>lloi| IIC organise par le Y îles femmes a Montréal, en mars |9,X9 sons la cl i reel ion île Marie-C laite I)umas et I lancine Maver 2b‘> pages' — 20.‘>Ss, les éditions du remue-menoge GEORGES THINÈS ' LE QUATUOR SILENCIEUX GEORGES THINES LE QUATUOR SILENCIEUX CiUftlN llTIftAtUtt t AGI O HOMMI Sur un ton léger et profond, un retour vers l’enfance où le réel et le fantastique se mêlent harmonieusement.ÉDITEUR • IMPRIMEUR • LIBRAIRE 4501.rue Drolet, Montréal (Québec) II2T2G2, V (514) 842-3481 Distributeur exclusif: Québec livres, TT (514) 327-G900 Le Devoir, samedi 10 février 1990 ¦ D-5 le plaisir des Pour Kundera, le roman et rien d’autre L’IMMORTALITÉ Milan Kundera Paris, 1990, Gallimard 411 pages Lisette •MORIN A Le feuilleton Dans son recueil L'Art du roman (1986), Milan Kundera reprenait, en septième partie, le discours qu’il avait prononcé, l’année précédente, en recevant le prix Jérusalem 1(J85.« C’est en romancier que je le reçois, avait-il précisé, devant ses hôtes israéliens.Je souligne, romancier, je ne dis pas écrivain ».Cette distinction lui paraît tellement fondamentale que dans la notice biographique qu’il donnait à Jérôme Garcin, pour Le Dictionnaire, écrite à la troisième personne, il le reprend, en guise de conclusion : « Il se considère non pas comme écrivain mais comme romancier : car dans tout ce qu’il fait, la seule chose qui lui importe est le roman, et rien que le roman.» L’immortalité, et tant pis pour les lecteurs qui en douteraient, est donc un roman.Mieux : c’est un roman qui se compose sous nos yeux, de page en page, les personnages paraissant s’inventer pour donner à la fiction romanesque sa vraie réalité d’objet de pure littérature.Du geste charmant, ailé, du salut gracieux d’une dame dans la soixantaine, qui quitte son maître nageur, à la porte d’un club de gymnastique, le narrateur, qui ne cache pas qu’il est Kundera lui-même, invente, presque séance tenante, Agnès, en précisant : « Jamais je n’ai connu de femme portant ce nom ».On verra, de chapitre — le roman en renferme sept, le nombre magique du romancier — que cette Agnès a une soeur, prénommée Laura, un mari, Paul, une fille, Brigitte.Les deux soeurs ne s’aiment guère.Elles se sont même affrontées, à la mort du père, en Suisse.Elles seront néanmoins liées, presque sans désemparer, jusqu’à la mort d’Agnès, sur une route de campagne.Mais pourquoi tenter de résumer ce roman ?Et pourquoi ne pas plutôt louer la magistrale composition de L’immortalité ?Milan Kundera « On compte sur l’immortalité et on oublie de compter avec la mort », observe l'auteur, en retrouvant, avec dates précises et extraits de correspondance, la relation très ambiguë de Bettina Brentano, épouse d’Achim Von Arnim, et de Johann Wolfgang Von Goethe.Et, pour étayer, ou renforcer la notion d’immortalité, Kundera appelle à se rencontrer, par delà la mort, Goethe et Hemingway, non sans avoir cédé à la première de ses digressions, à propos du journaliste que fut aussi Ernest Hemingway.Qui ne Par qui le scandale vint JE VOULAIS DES PANTALONS Lara Cardella Flammarion, Paris, 1989 ALBERT BRIE L’une des recettes éprouvées du succès monstre en littérature, c’est le scandale.Un scandale au levain médiatique.Que les auteurs et scribouil-leurs se le tiennent pour dit : le scandale n’aura qu’un temps.Banalisé, il finira par faire plouf.En attendant, il marche, court, vole, éclate comme la calomnie, grâce au marketing.Lara Cardella et son roman Je voulais des pantalons méritaient mieux que de gagner aussi gros.Car le livre de la jeune Lara (elle a 19 ans) montre de belles qualités d’écrivain.Il est dru, simple, solide, bien enlevé et.court.De plus, il se raconte bien.Annetta, l’héroïne de l’histoire, ne rêve pas, comme les autres adolescentes de son village sicilien, de rencontrer le prince charmant.Son seul idéal est de pouvoir un jour porter des pantalons.Or, le simple aveu de ce désir singulier et, semble-t-il, sans grande portée, prend des allures de révolution dans une région où les femmes sont vouées au silence et aux jupes à plis.Le roman commence sur un ton de candide légèreté et de folle insouciance, prend peu à peu les teintes sombres de l’absurde, lorsque le venin répandu par les langues de vipère atteint les faibles cervelles du village.Alors, l’innocence fait place à l’ironie, puis à la peur.Curieux destin que celui de ce livre.Il pourrait faire l’objet d’un autre roman ou, si l’on préfère, d’un documentaire sur la société recluse et oubliée de Licata, petite ville du sud de la Sicile.L’affaire commence le jour où la Lara Cardella remporte la palme d’un concours littéraire organisé par la revue Cento Cose.Le géant de l’édition italienne, Mon-dadori, publie le manuscrit.Une semaine après la parution de son premier livre, la télévision milanaise invite la jeune lauréate à une émission de grande écoute.La télévision, comme partout ailleurs, pourvoit à l’éducation et à la culture des Licatiens.Ils entendent donc leur petite Lara affirmer que chez elle les hommes qui se rassemblent sur la grande place pour reluquer les filles se comportent « comme sur un marché à bestiaux ».Et d’ajouter que dans son patelin, il est mal vu, parce que trop suggestif, de lécher un cornet de crème glacée en public.C’en est trop.Les bonnes gens suffoquent.Ils lui réservent un baroud d’honneur à son retour dans sa ville natale.On l’accable d’injures, d’insanités et de menaces, si bien que la « putain » est obligée de se cloîtrer.Le maire du patelin demande réparation.La télé lui consent un droit de réponse.C’est l’affrontement.Le premier citoyen de Licata ne fait pas le poids devant la dernière des dernières.Il démissionne peu après « pour des raisons qui n’ont rien à voir avec l’affaire Cardella ».Des journalistes de tous les médias sont venus.Ils ont fait de la belle ouvrage.Six mois après sa parution, le tirage du roman atteignait les 250 000 exemplaires en Italie seulement, sans compter les traductions qui s’ensuivent, bien entendu.Après deux mois de réclusion, la belle Lara a pu enfin sortir dans la rue sans être malmenée.La colère de ses concitoyens et concitoyennes s’est résorbée comme par miracle.Il est facile de le comprendre : la Cardella a mis Licata-l’oubliée « sur la carte».Le succès démesuré de ce bref roman, on le voit, repose sur les événements « clochemerles-ques » qu’a déclenchés la télévision.L’ouvrage n'a pas cette ampleur dans le comique burlesque.C’est un récit grave, palpitant d’innocence enfantine et de violence adulte.L’auteure a situé l’action dans un village imaginaire de la Sicile où sévit, à l’extrême limite du vraisemblable, la terreur du quand-dira-t’on.Lara Cardella fait preuve d’un talent authentique.Elle sait conter une histoire avec une grande économie de mots ; elle sait aussi camper des personnages sans se perdre dans des considérations psychologiques controu-vées.Et quelle perspicacité dans l’analyse du pourquoi et du comment des commérages dans un village supposément endormi ! Ces qualités témoignent déjà de la maturité d'une romancière qui est à son premier essai et dont on peut attendre beaucoup, à condition qu’elle se débarrasse d’un surnom aussi ridicule qu’incon- venant dont la grande presse l’a affublée : « la Salman Rushdie en minijupe ».Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS aujourd’hui, le 10 février de 14h à 16h LISE GAUVIN ET GASTON MIRON ÉCRIVAINS CONTEMPORAINS DU QUÉBEC Éditions Seghers samedi 24 février de 14h à 16h A l’occasion du 20e anniversaire du programme de littérature comparée de l’Université de Montréal Lancement de la collection L’UNIVERS DES DISCOURS Éditions du Préambule seront présents parmi d'autTes MARC ANGENOT WLADIMIR KRYSINSKY WALTER MOSER REGINE ROBIN samedi le 3 mars de 14h à 16h Dr PIERRE MEUNIER La chirurgie à L’Hotel-Dieu de Montréal au XIX siècle O LES PRESSES DE LU L'UNIVERSITE DE MONTREAL Samedi le 10 mars de 14h à 16h PIERRE MORENCY L'oeil américain ___II_BOR£Ak- ;postrophes le dimanche àl5heta20h_ fut pas le plus marquant de ces derniers temps, affirme-t-il.Pas plus qu’Egon Erwin Kisch, ni Orwell, « qui a vécu toute une année avec les traîne-misère de Paris ».Non, la journaliste la plus « marquante », c’est Oriana Fallaci qui publia entre 1969 et 1972, dans le magazine italien Europeo, une série d’entretiens avec les hommes politiques les plus célèbres de son époque.Or l’on sait que « l’homme politique dépend du journaliste.Mais de qui dépendent les journalistes ?De ceux qui les paient.Et ceux qui les paient, ce sont les agences de publicité qui achètent pour leurs annonces des espaces dans les journaux, ou des temps à la radio ».On pourrait donc croire que Milan Kundera, qui vit en France depuis 1978, n’aime pas les journalistes, n’aime même pas vraiment la France, a fait le tour de ses idéologues, et invente un mot pour ceux qui les remplacent : les imagologues.Il ajoute même un onzième commandement à ceux du décalogue, et se moque vertement de ceux qui le gèrent, dans notre société d’images.Mais sommes-nous vraiment dans un ouvrage romanesque ?Lire Kundera depuis Le livre du rire et de l'oubli, c’est déjà en être convaincus, peu importe que se poursuive, dans le plus savant découpage, une histoire comme celle d'Agnès, de Laura, de Bernard Bertrand son mari, auquel on décernera le diplôme « d’âne intégral » ; que, chemin faisant, ou plutôt par chemins détournés on aborde, au moyens d’exemples tout a fait contemporains, les atteintes aux droits l’homme, la notion de modernité absolue, depuis Rimbaud, les victimes de la gloire, la voyance, le désir, souvent contrarié, du suicide ; que le romancier nous entretienne de 1’ homo sentimentalis, du hasard, avant d’arriver au plus éblouissant des chapitres, intitulé Le cadran : on continuera de lire L’immortalité sans aucun problème de compréhension.De la sexagénaire, saluant avec une fraîcheur de jeune fille, au bord de la piscine où l’auteur attend son ami, le professeur Avenarius, jusqu’à la septième et dernière partie, sous-titrée La célébration, qui nous ramène au professeur et au geste d’Agnès, à son désir de s’acheter « un brin de myosotis » qu’elle avait désiré tenir devant ses yeux « comme l’ultime trace, à peine visible, de la beauté », rien ne nous éloignera du morceau romanesque, traité comme une composition musicale, de celles que l’on peut retrouver sous l’étiquette « thème et variations ».Quand Avenarius demande à l’auteur :« Qu’est-ce que tu est en train d’écrire, au juste ?» Ce dernier répond : « Ce n’est pas ra-contable ».— « Dommage, fait l’autre.— « Pourquoi dommage ?, réplique celui qui écrit.ce qui n’est pas racontable.« C’est une chance.De nos jours, on se jette sur tout ce qui a pu être écrit pour le transformer en film, en dramatique de télévision ou en bande dessinée.Puisque’ l’essentiel, dans un roman, est ce4 qu’on ne peut dire que par un roman, dans toute adaptation, ne reste que l’inessentiel ».< (Que penser alors de L’Insou-, tenable légèreté de l’être, que Kundera s’est quand même résigné à ce qu’on en fasse.une adaptation au cinéma ?) i « Le roman, dit encore l’ami dul professeur Avenarius — person-; nage somme toute assez détestable, que Kundera noircit à plaisir — le roman ne doit pas ressembler à une course cycliste," mais à un banquet où l’on passe; quantité de plats ».Il ne faudra donc pas craindre de prendre* place au festin que vous sert le romancier Milan Kundera.De, hors-d’oeuvre au dessert, il y a' toute la gamme, et pour tous les» goûts.Même les lecteurs d’Alexandre Dumas y trouveront leur’ compte, Alexandre Dumas qu’af-, fectionne d’ailleurs Kundera.L’é rudition du cuisinier est indénia-' ble, mais elle ne devrait pas être* trop lourde pour qui a lu, outre! Dumas, Diderot.¦' Et puisque, ainsi que le profes- ; sait Jean Cocteau, « on ne dure-que par la forme », il faut croire en .l’immortalité de ce Pragois! d’origine, français d’adoption; mais citoyen d’un monde où le ro»: man sublime la réalité, dépasse-les petites fictions habituelles.: Une Hiplomatie de l ’espoir Le 14iO
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