Le devoir, 24 février 1990, Cahier D
mm mm wm m m riianipism II Montréal, samedi 24 février 1990 Les îles mystérieuses de Francine D’Amour GUY FERLAND IMAGINEZ des îles paradisiaques où il n’y aurait pratiquement pas de verdure.Des îles du bout du monde, entre le Sud et le Nord, entre la Grande Ourse et la Croix du Sud.Des îles hors du temps, sur lesquelles les espèces perdurent malgré les cataclysmes humains.Ces îles font partie de l’archipel Galapagos et elles sont les figures mythiques du deuxième roman de Francine D’Amour, Les jardins de l’enfer.« Je suis partie de ces îles, pour composer mon roman, parce que je les avais déjà visitées et j’étais tombée en amour avec leur beauté désolée, raconte l’auteur.Elles représentent un lieu magique, unique au monde, que Darwin a exploré et nommé Les jardins de l’enfer, pour en faire ressortir toute la contradiction.Il a déjà dit de ces îles que si on cultivait l’enfer, ça ressemblerait à cet endroit.Aujourd’hui, ces îles, qui abritent la mission scientifique Darwin, sont sous la protection de l’UNESCO.Je ne voulais pas en faire un simple décor, mais un élément essentiel de l’intrigue romanesque.» Le premier personnage qui gravite autour de ce lieu magique a pour nom Gabriel Lan-gevin.« Il fallait trouver un moyen pour faire atterrir quelqu’un à cet endroit, sans qu’il soit un touriste de passage.Quelqu’un qui a coupé les amarres avec sa vie passée.C’est ainsi que Gabriel est né et avec lui son drame.» Car il faut parler de drame, même si, lorsqu’on pose les premiers pas dans Les jardins de l’enfer, toute l’action est déjà passée.Francine D’Amour, comme dans Les dimanches sont mortels, crée d’abord une atmosphère et des personnages denses qui palpitent sous sa plume.Véritable tour de force de son écriture superbe, il n’y a pas de dialogues dans ses deux romans, même si on a toujours l’impression que tous les personnages nous parlent.« J’écris ce qui se passe dans la tête de mes personnages avant tout, avoue l’auteur.Les idées ne me viennent pas par l’action d’abord.Je fais des monologues intérieurs parce que les personnages expriment ainsi plus de choses que ce qu’ils pourraient dire par les dialogues, un peu comme dans la vie.» C’est peut-être ça, la manière Francine D’Amour.Quoi qu’il en soit.Les jardins de l'enfer raconte, à travers la métaphore des îles Galapagos, une relation de dépendance qui s’effiloche entre Gabriel et deux enfants terribles.La référence à Cocteau est explicite et voulue.Comme plusieurs autres, « parce que j’aime les livres qui parlent des livres ».« Gabriel, au début du récit, a quitté son appartement, son emploi et ses deux amis parce qu’il avait peur d’être avalé, explique l’auteur.Son amour envers les deux adolescents, Marianne et Alexis, était absolu.Il tolérait toutes leurs bêtises.Et c’est dans l’éloignement, lorsqu’il pense les abandonner totalement, qu’il s’approche le plus d’eux.» PHOTO JACQUES GRENIER Francine D’Amour D’ailleurs, Francine D’Amour avait pensé intituler son roman L’abandon.« Il y a dans le mot abandon les deux composantes de l’état d’âme de Gabriel : abandonner et s’abandonner.» Ces deux éléments, moteurs du drame, sont illustrés par les deux niveaux du récit.Dans le premier, Gabriel Langevin s’adresse à ceux qu’il a laissé.Cela obligeait l’utilisation du ‘vous’ et du dédoublement dans la narration.Dans le second, le narrateur décrit la vie de Marianne et d’Alexis, en passant par celles de Bemardette et de la chatte Aurore.Il y a là plusieurs contraintes d’écriture que Francine D’Amour affec-tionnne particulièrement.Et comme si ce n’était pas assez, le roman est construit en miroirs.« Tous les épisodes se renvoient les uns aux autres, constate l’auteur.Gabriel devient peu à peu comme les jumeaux, il bouge de moins en moins.La fin de la chatte préfigure la fin de Gabriel, et meme les rochers rappellent les personnages séparés.L’omniprésence de la nourriture, dans toutes les parties du récit, illustre un des thèmes du roman : il y a ceux qui mangent et ceux qui sont bouffés.Et Bernadette est comme le reflet de Gabriel.» L’attrait particulier du roman provient également des personnages mystérieux des deux adolescents indolents.« Ce sont les personnages qui me ressemblent le plus, s’exclame l’auteur avec une moue pudique.Ils sont nonchalants, maladroits et ils aiment se laisser vivre », dit-elle en souriant.« Ils sont tous les deux des déclancheurs dans la vie de personnes blasés du quotidien, poursuit-elle.Ils ne semblent pas avoir de passé ni d’avenir, mais je les trouve touchants et drôles par leur narcissisme et leur désespoir.Dans un sens, ils sont intransigeants parce qu’ils n’acceptent absolument pas de faire des choses insignifiantes.Ils asprirent à de grandes choses, mais ils ne semblent pas pouvoir fournir l’effort nécessaire.Et ce qui séduit chez eux, c’est leur beauté incomparable.» Finalement, la chatte Aurore est celle qui souffre le plus dans toute cette histoire d’amour à plusieurs composantes.« Les passages relatant les pensées de la chatte Aurore ont été les plus faciles à écrire.Peut-être parce que j’ai une chatte Aurore ?C’est en tout cas la grande amoureuse.La seule qui rejette sur elle-même la cause du départ de Gabriel.Elle est, pour moi, la figure mystérieuse qui illustre le mieux la conscience du drame qui s’est déroulé.» Pour amalgamer tous ces éléments dans une trame serrée — personnages et les îles de l’Archipel Galapagos —, Francine D’Amour s’est fié à son écriture.« Ma préoccupation principale demeure toujours récriture.J’ai mis deux ans à composer ce récit, dont une année à temps plein.J’écris d’une façon particulière : je corrige au fur et à mesure.Lorsque je ne suis pas entièrement satisfaite d’une ligne ou d’un paragraphe, je ne peux pas passer à l’autre.Ce qui retarde quelques fois la rédaction, mais je ne connais pas d’autre manière de composer.» De toute façon, ce que tout lecteur retient finalement d’un auteur, c’est son style.Proust, Kafka, Miller, Kundera, etc., en témoignent.Et Francine D’Amour a, indéniablement, un style à elle qui s’affirme dans Les jardins de l’enfer.pérégrine du Moyen MARIE LAURIER Jeanne Bourin Jeanne Bourin n’a pas fini de ratisser le Moyen-age:« J’en ai encore pour une vingtaine d’années », nous dit en entrevue celle qui a inventé le mot « pérégrine » et qu’elle a choisi pour le titre de son dernier roman historique qui raconte les péripéties, ou si l’on préfère pour les besoins de la sémantique, les pérégrinations des premiers croisés de la fin du premier millénaire à la reconquête du tombeau du Christ.Médiéviste de pointe, Jeanne Bourin a connu un succès fulgurant avec ses ouvrages, notamment La Chambre des dames et sa suite, Le Jeu de la tentation (Table ronde) constamment réédités pour atteindre à ce jour un tirage de trois millions d’exemplaires.Sans fausse modestie, elle explique cet engouement soudain pour le Moyen-âge à la façon romanesque dont elle le raconte et surtout à la place qu’elle donne ou redonne aux femmes de cette époque.« J’ai été la première à faire ressortir que pendant les siècles de droit d’origine celtique, les femmes étaient égales aux hommes et qu’elles avaient les mêmes droits qu’eux.» De quoi rendre nostalgique la moins ardente féministe qui doit encore lutter sur tous les fronts pour rétablir l’équilibre des sexes .« En effet, souligne notre interlocutrice, puisque cet âge d’or allait s’estomper brusquement à la Renaissance et les hommes se donner une suprématie et un pouvoir dont ils allaient exclure leurs compagnes en vertu du rétablissement du droit romain, très misogyne.» Aussi Mme Bourin entend-elle s’en tenir aux siècles du Moyen-âge pour en faire ressortir toutes les richesses et les exploits et brosser le portrait de femmes célèbres, dans la foulée des ouvrages romancés qu’elle a signés, entre autres Très sage Héloïse (La Table Ronde) dans lequel elle raconte sa Raison passionnée avec Abélard, et aussi les amours de Ronsard et de Cassan-dre dans Les Amours blessées La Table Ronde).« Je souhaite crire la vie de Yolande d’Aragon et celle de Berthe au Grand pied ».À l’entendre évoquer ces projets, on sent qu’il ne lui reste plus qu’à les réaliser, si ce n’est déjà fait, en puisant dans sa volumineuse documentation.« Je m’intéresse au Moyen-âge depuis déjà trente ans et j’ai évidemment accumulé un matériel de référence impressionnant, en plus de me référer aux extraordinaires ouvrages de mon maître à penser, Régine Pernoud qui a écrit plusieurs livres d’histoire sur cette époque.» Pour son dernier-né, Les Pé-régrines, qui vient de paraître chez son fils éditeur François Bourin, la gestation de l’auteur aura duré trois ans en tout et partout, en comptant ses voyages à Jérusalem et à Istanbul pour vérifier l’authenticité de ses recherches puisées dans le récit de la croisade qui devait mobiliser quelque 600,000 personnes dont le tiers était des femmes.« Ce fut un mouvement d’une extraordinaire spontanéité et qui a mobilisé rapidement tous les Francs, hommes et femmes qui voulaient contribuer â délivrer le tombeau du Christ à Jérusalem que les Turcs avaient confisqué.Les croisés, mus par cet idéal commun allaient éprouver durant cette longue odyssée une exaltation extraodinaire mais également les souffrances de la faim, du froid, de la misère et de la mort.» Pour illustrer cette épopée héroïque et mieux l’incarner, Jeanne Bourin la fait évoluer autour d’une famille d’artisans: la grand-mère, une « maîtresse femme », le père, parcheminier, ses enfants dont trois filles et un fils jumeau de la plus jeune.Tous ces personnages unis par les liens du sang connaîtront des destins différents mais c’est surtout ceux des trois soeurs que Jeanne Bourin met en exergue et avec lesquelles les femmes du 20e siècle peuvent facilement s’identifier.A preuve, les 47 000 lettres reçues à la suite de la Chambre des dames, la plupart écrites par des femmes qui ressentaient les mêmes pulsions que les héroïnes décrites dans les romans de Bourin.Les trois « pérégrines » sont respectivement mystique, sensuelle et rationnelle et elles vivent intensément leur condition féminine à travers le tohu-bohu de la longue marche vers Jérusalem et les multiples manifestations de la civilisation cour- toise.Jeanne Bourin ne cache pas qu’à travers ces personnages, c’est un peu elle-même qu’elle décrit: « Vous savez, on n’écrit par un roman dans l’histoire sans que l’on serve un peu de paravent.Par exemple, Berthe la Hardie, la grand-mère, c’est un peu le portrait de ma propre mère qui était une femme volontaire, décidée, courageuse qui fut infirmière pendant la première guerre mondiale en soignant les typhiques tout en refusant de se faire vacciner.En ce sens, elle était tout à fait une femme du Moyen-âge.» Ce genre du roman dans l’Histoire, expression que Jeanne Bourin préfère à celle du « roman historique » a provoqué déjà la constestation justement d’historiens qui lui reprochaient son manque de rigueur et d’authenticité de faits et de dates, notamment pour son livre intitulé Le Grand feu (Grasset).D’autres, comme Pierre Chaunu, la défendirent contre ses détracteurs que l’écrivaine juge plutôt des « mandarins misogynes».«Tenez, avant de publier Les Pérégrines, mon éditeur l’a donné à lire à un historien qui n’a trouvé aucune inexactitude et qui n’a eu pour toute réaction que de dire: « cette Jeanne Bourin, elle a la manie de coller des femmes partout! » » Cette réaction la fait éclater de rire tant elle démontre le climat qui règne dans le milieu littéraire français qui ne pardonne pas facilement le succès -.surtout à une femme ! Que tous les historiens du monde se le tiennent pour dit: Jeanne Bourin continuera d’écrire, aujourd’hui même puisque ses pérégrines auront une suite.et très bientôt.Et nous retrouverons avec bonheur Brunis-sen, Flaminia et Alaïs, les noms de ses héroïnes et tous les autres personnages qu’elle sait si bien camper.LES PÉRÉGRINES Jeanne Bourin Éditions Lacombe/François Bourin, 470 pages.» t*' Edivtoisd DAvid Bacrî (Eddy Marnay) LAVE-TOI LES MAINS, MON FILS, ET PÈLE-MOI UNE ORANGE.You* aimez sen vhansims, vaux adorerez non livre! • 333 pages.22.95 $ Stankç le» éditions internationales alain stanké Itée, 1212, rue saint-mothieu, morîitréal h3h 2h7 (514) 935-7452 1 t • le plaisir des mes Une belle et amusante histoire de style SERGE TRUFFAUT Daniel Pennac, coquin héritier du René Fallet de La soupe aux choux, du Raymond Queneau de Za-zie dans le métro et du Marcel Aymé de Travelingue, Daniel Pennac, le cisailleur de phrases à la mécanique si bien huilée qu’elles rigolent entre elles, Daniel Pennac, militant défendant à chaque page la veine beaujolais de la littérature par opposition à la veine Perrier, Daniel Pennac, auteur savoureux de Au bonheur des ogres et de Lu fée carabine, récidive.Son dernier, il l’a baptisé La petite marchande de prose.Contrairement aux précédents ouvrages, il n’a pas été édité dans la collection Série noire mais bel et bien dans la collection dite de la NRF.Est-ce un bien ou un mal, toujours est-il que le succès de La fée carabine a favorisé un changement de collection qui s’est accompagné d’une augmentation carabinée du prix.Ceci, remarquez-bien, n’est pas un handicap.On rigole tellement que le jeu littéraire mené par Pennac en vaut la chandelle.Le seul handicap dans ce passage du petit format de la Série noire au gros format bordé des prestigieuses lignes rouges de la NRF, c’est 3u’il est pratiquement impossible e glisser les 368 pages de La petite marchande de prose dans sa poche.Trêve de peccadilles.Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS aujourd'hui 24 février de 14h à 16h À l’occasion du 20e anniversaire du programme de littérature comparée de l’Université de Montréal Lancement de la collection L UNIVERS DES DISCOURS Editions du Préambule seront présents parmi d'autres MARC ANGENOT WLADIMIR KRYSINSKY WALTER MOSER REGINE ROBIN samedi le 3 mars de 14h à 16h Dr PIERRE MEUNIER La chirurgie à L’Hotel-Dieu de Montréal au XIX siècle LES PRESSES DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL Samedi le 10 mars de 14h à 16h PIERRE MORENCY L'oeil américain BORÉAL samedi 17 mars de 14h à 17h Le Diable en Personne ROBERT LALONDE Éditions du Seuil lde9tu23h30| 362 jours parai^- 1120, av.laurier ouest outremont, montréal tél.:274-3669 LISE VAILLANCOURT JOURNAL D UNE OBSÉDÉE LES HERBES ROUGES / RECIT De quoi s’agit-il ou plutôt de qui s’agit-il ?De Benjamin Malaus-sène, le seul personnage qui, dans l’histoire des mots, occupe la délicieuse fonction de bouc émissaire.Cette fois-ci, notre Malaussène ne se fait pas enguirlander, dans le cadre bucolique d’un grand magasin, par les éternels mécontents et râleurs du quotidien.Depuis La fée carabine, Ma-laussène a bénéficié en effet d’une promotion.Il ne fricote plus avec les plébéiens avides de consommation.Désormais, le sentimental Benjamin fréquente les « zauteurs, mossieu ».Il est bouc émissaire pour le bénéfice des Éditions du Tallion.Il est payé pour se faire passer un savon par les écrivains que la Reine Zabo, patronne des éditions en question, juge nuis.En quelques mots, ceux de Malaus-sène, la patronne du Tallion, « c’est le scanner du manuscrit, cette femme-là, il n’y a rien qu’une chose au monde qui la fasse chialer : le martyre du subjonctif de l’imparfait».Tout commence ainsi : « C’est d’abord une phrase qui m’a traversé la tête : ‘La mort est un processus rectiligne’ ».Plus loin, à la page 152, « c’est une balle calibre 22 à forte pénétration » qui lui traverse la tete.Ainsi que l’explique Malaussène, « cette vrille de cuivre dont la pointe luisait sous la lumière des projecteurs a pénétré dans mon crâne, creusant un trou soigneux dans l’os frontal, labourant tous les champs de ma pensée, me projetant en arrière en s’écrasant sur l’os occipital, et j’ai su que c’était fini aussi nettement que l’on sait, selon Bergson, l’instant où ça commence».Il faut dire qu’entre la page 1 et la page 152, Malaussène a accepté de jouer les Emile Ajar de JLB.De se faire passer, aux yeux d’amateurs de romans financiers insipides, pour JLB.Auteur à succès, à très gros succès, J LB a toujours caché son identité.En fait, derrière JLB, qu’édite évidemment la Reine Zabo, se cache un ministre.Le ministre Chabotte.Le précurseur du courant dit du réalisme libéral qui « est l’exact symétrique de feu le réalisme socialiste».Le ministre Chabotte alias JLB, fait l’apologie, par romans interposés, des « boutiquiers du monde ».« Si les aristocrates, les paysans, ont eu droit à leurs héros au cours des âges üttéraires, les comerçants jamais ! Balzac, m’objecterez-vous ?Balzac, c’est l’envers du héros en ce qui concerne le commerce, le virus analytique, déjà ! Je n’analyse pas, moi, monsieur Malaussène, je comptabilise ! Le lecteur que je vise n’est pas celui qui sait lire, mais celui qui sait compter ».Et vlan ! Pennac vient de régler son compte à Paul-Loup Sulitzer, auteur de best-sellers financiers, par JLB alias Chabotte et parfois Malaussène.Mais attention peut-être que Chabotte.On peut pas vendre la mèche.On peut pas.C’est impossible.Ce ne serait pas gentil.Ce ne serait pas « malaus-sien » de vous gâcher le plaisir de la salutaire lecture de ce petit roman malicieux.Reprenons en quelques mots.Un, Benjamin est bouc-émissaire des Éditions du Tallion.Deux, la Reine Zabo, sa patronne, le con-vainct de « jouer » sur toutes les tribunes publiques le rôle de J LB.Trois, Malaussène-J LB reçoit un balle en plein front.Quatre, il ne meurt pas, il demeure dans le coma.Cinq, son état comateux lui permet de penser en silence et d’observer le déroulement d’une enquête aux ressorts ubuesques.Cinq bis, son état comateux lui permet surtout de dialoguer en toute tranquillité d’esprit avec les membres de sa tribu.Car, six, il y a les merveilleux Jeremy et Verdun, Clara et Thérèse, Oncle Van Thian et Ha-douch, et le Mosi, et Julius le chien qui aime le champagne, et le docteur Marty, et.Cette Petite marchande de prose, malgré de multiples et surprenants rebondissements, ce n’est pas une histoire.C’est une galerie de personnages.Une bande de lascars qui culbutent les mots, qui cuisinent les adjectifs, qui racourcissent le profil des verbes.Malaussène et ses amis, on vous l’a dit, font rigoler les phrases.La petite marchande de prose, c’est une belle et amusante histoire de style.Celui de Pennac.Essor de la Lecture en folie FRANÇOISE LAFLEUR C’est dans une chambre à coucher que la Lecture en folie bat son plein.Vêtue d’un pyjama et accompagnée de ses compères, le musicien Mario Audet et le comédien Gille Poitras, la comédienne Andrée Racine met à profit ses années d’expérience en animation pour inviter ses petits amis à se détendre par la lecture avant de sombrer dans les bras de Morphée.d’intéresser les enfants à la lecture et de les stimuler à découvrir les milles et une histoires Notes de musiques, chansons, marionnettes, personnages sortis d’un monde fictif et récits fantaisistes, voilà la magie qui s’installe.Ce sont « les animations du livre Héritage».« Le but du spectacle n’est pas, comme dans l’heure du conte à la bibliothèque, de raconter aux enfants une histoire du début à la fin mais plutôt d’exploiter par le jeu théâtral une partie d’un conte.On laisse le récit en suspens de manière à susciter chez l’enfant le goût d’explorer le livre afin qu’il ait envie de trouver lui-même le fin mot de l’histoire », explique Andrée Racine.Que ce soit dans une salle de classe, dans une bibliothèque ou même devant la presse, les animateurs des éditions Héritage captivent les grands comme les petits.Depuis six ans, les personnages incarnés par les anima- qu’on peut y trouver.Le service d’animation scolaire des Éditions Héritage a procédé depuis quelques années à quelque 1000 présentations devant des enfants.Les nouveautés des différentes collections jeunesse ont été présentées cette semaine.« Notre expérience du milieu nous a montré que la plus grade période de lecture chez les jeunes se situe de février à avril; le marché suit la courbe de lecture du milieu scolaire », a commenté à cette occasion Johanne Phaneuf, directrice commerciale chez Héritage.Fin avril, le ministère des Affaires culturelles organisera « Le festival de la lecture », autre activité qui a pour but d’amener les jeunes à lire davantage.D’ici là, celles des librairies que celles des écoles, pour mieux vendre ses produits : 200 livres jeunesse par année Parmi les nouveautés, Le lutin du téléphone de Marie-Andrée et Daniel Mativat (collection Libellule), Les mémoires d'une bicyclette d’Henriette Major (collection Pour lire avec toi), Le rêve de Jennifer de Veronica Tennant (collection Alouette), Des amies pour la vie, une traduction (collection Praline et Chocolat) et La tour de Londres, une formule où le personnage principal n’est nul autre que le lecteur (collection Choisis ta propre aventure.Par le biais de personnages colorés, les trois animateurs partagent leur amour de la lecture.Dans les écoles, leur réputation n’est plus à faire.Pour inviter ces animateurs, il faut téléphoner à (514) 875-0327.! rin Fi 17uT lu Fiction et biographies 1 L’Immortalité Milan Kundera Gallimard (U* 2 Les Pérégrlnes Jeanne Bourin F.Bourin/ Lacombe (2) 3 La Maison Russie John Le Carré Robert Laffont (3) I 4 Comme un orage en février.Marcelyne Claudais Mortagne (-) 5 La Petite Marchande de prose Daniel Pennac Gallimard (-) 6 Pluie d’été Marguerite Duras P.O.L.(-) 7 L’agenda Icare Robert Ludlum Robert Laffont (5) 8 Le Nègre de l’Amlstrad Barbara Chase-Riboud Albin Michel (-) 9 SlreGaby du lac Francine Ouellette Quinze (6) 10 Sous le soleil jaguar Italo Calvino Seuil (10) Ouvrages généraux 1 Les Vrais Penseurs de notre temps Guy Sorman Fayard (D 2 Le Chemin le moins fréquenté ScottPeck Robert Laffont (2) 3 L’état du monde Collectif Boréal (2) 4 J’ai vaincu la dépression et échappé au suicide Ginette Ravel 7 jours (-) 5 La Fourchette d’or Tome II Soeur Angèle Publicor (-) Compilation faite à partir des données fournies par les libraires suivante : Montréal : Renaud-Bray, Hermès, Le Parchemin, Champigny, Flammarion, Rat-lin Demarc; Québec : Pantoute, Garneau, Laliberté; Chicoutimi : Les Bouquinistes; Trois-Rivières: Clément Morin; Ottawa: Trillium; Sherbrooke: Les Bi-blairies G.-G.Caza; Joliette : Villeneuve; Drummondvllle : Librairie française.• Ce chiffre Indique la position de l'ouvrage la semaine précédente Un Prix made in Canada pour éditeurs canadiens COURRIER Dans la chronique La vie littéraire de Guy Ferland parue le 10 février dernier, M.Jacques Godbout, président des éditions Boréal, mais écrivain au Seuil, s’en prenait à moi en affirmant que mes propos sur le Prix du Gouverneur général étaient issus « d’une vision réductrice digne de celle du maire de Sault-Sainte-Ma-rie ou de ce qu’il y avait de plus vil dans le nationalisme québécois ».M.Jacques Godbout, c’est connu, a toujours affectionné les formules lapidaires.Je le laisse donc braire.Pour ma part, je préfère faire avancer le débat et ce que je dis me semble simple : les finalistes et gagnants du Prix du Gouverneur général devraient être des auteurs canadiens dont le livre a été édité par une maison canadienne.Ce que je propose, c’est ni plus ni moins ce que font les pays non colonisés, entre autres et bien sûr la France.Nommez-moi un seul titre qui ait remporté un prix Concourt sans qu’il ait été édité en France.Si M.Godbout trouve mon attitude « vile », la sienne me laisse pour le moins perplexe.Car, elle laisse entendre que, si on éliminait les auteurs québécois qui ont publié en dehors du Québec (dont lui évidemment), le Prix du Gouverneur général risquerait « d’être attribué aux meilleurs sonnets de la région une-telle ».Si j’étais un auteur de la maison Boréal, j’avoue que je me sentirais pour le moins mal à l’aise.Pour par part, je reste convaincu que la valeur symbolique que représente le Prix du Gouverneur général exige que le livre primé soit entièrement canadien.D’ailleurs, c’est une règle qu’applique le Conseil des Arts du Canada dans tous les autres domaines qui relèvent de sa gérance.Par exemple, pour être admissibles à une bourse,les candidats doivent être « citoyens canadiens » ; de même, pour qu’une maison d’édition puisse recevoir une subvention, elle doit faire la preuve qu’elle est à « 75 % propriété canadienne ».Si on appliquait cette réglementation, on inciterait, j’en suis sûr, les auteurs québécois qui publient en France à opter plutôt pour la coédition (ou l’édition séparée).Cette attitude, tout à fait saine à mes yeux (et que plusieurs ont déjà pratiquée), obligerait les éditeurs français à s’occuper sérieusement de leur propre territoire, contrairement à ce qui se fait actuellement, comme l’a d’ailleurs démontré magistralement Mme Jacqueline Gerols dans son étude intitulée Le Roman québécois en France (Cahiers du Qué-bec/HMH, 1984), où les relevés des ventes révèlent que la quasi totalité des auteurs québécois qui ont publié en exclusivité chez un éditeur français n’ont écoulé de fait que 3 % à 5 % de leurs livres sur le territoire français.En somme, les éditeurs français font de la fausse représentation avec les auteurs québécois : ils se disent français alors qu’ils ne sont que des éditeurs québécois déguisés.Puisque, comme le signale Bernard-Louis Robitaille dans La Presse (90.02.17), « l’édition québécoise a, en France, le statut de n’importe quelle édition étrangère», c’est-à-dire que les ventes y sont « marginales, exceptionnelles et très spécialisées » (ibid), je me demande pourquoi il faudrait que les éditeurs français soient traités comme s’ils étaient des éditeurs canadiens.Et, pour éviter toute vaine dispute, je terminerai en disant que je n’ai aucune objection à ce qu’on crée un nouveau Prix du Gouverneur général qui pourrait s’appeler Rayonnement international.Tous ceux qui ont publié à l’extérieur du pays y seraient admissibles.Cette solution pourrait satisfaire tout le monde, y compris et surtout les éditeurs québécois et canadiens qui travaillent inlassablement — et dans des conditions parfois précaires — à constituer notre patrimoine national.— ANDRÉ VANASSE — -v o sa a LISE VAILLANCOURT ; JOURNAL D’UNE OBSÉDÉE • Lise Vaillancourt invente des histoires qui, « de l’enfance à la maturité, ressembleraient 00 étrangement aux nôtres si nous osions les raconter.ROGER MAGINI UN VOYAGEUR ARCHITECTE f • Roger Magini réinvente pour nous un » personnage hors du commun, l’architecte Vitruve, qui fait le récit de ses voyages vrais et fabuleux.ROGER MAGINI UN VOYAGEUR ARCHITECTE LES HERBES ROUGES / RÉCIT •V .ill H r i i Le Devoir, samedi 24 février 1990 ¦ D-3 le plaisir des Miche à fleur de sentiments et d’émotions TABLEAUX D’AURÉLIE Louise Warren Montréal, 1989, 135 VLB éditeur pages O W Michel LkURIN Lettres A québécoises LE PROPOS de Tableaux d’Aurélie, premier roman de Louise Warren, qui, par ailleurs, a déjà signé quatre recueils de poésie, n’est pas sans rappeler le très beau roman de Madeleine Ouel-lette-Michalska, La Maison Très- tier (Québec / Amérique, 1984) : dans les deux cas, l’héroïne / narratrice poursuit une quête éperdue de son identité dans la recherche d’une femme qui l’a précédée dans le temps.Ici rêves, réalité, souvenirs et fantasmes se fondent sans cesse, ne laissant aucun répit au lecteur.Mais campons d’abord l’univers réel de la narratrice : artiste peintre, Miche, à qui on avait a l’origine donné le nom de Michèle-Aurélie, partage une vie amoureuse satisfaisante avec Laurent.Elle a une soeur, Jeanne, sa confidente et amie.Alors que ces deux femmes sont comme prisonnières « de la maison du père », leurs deux frères ont pu s’en affranchir depuis longtemps : Marcel, qu’on ne voit pratiquement jamais, est routier et Laurent a quitté le pays il y a de très nombreuses années.Puis, l’album de famille présente bientôt des images plus troubles et inquiétantes : si le personnage de la mère est pratiquement gommé, le père semble détenir de nombreuses clés du roman.Son attitude permet, d’ailleurs, à la narratrice toutes les échappées qui forment le tissu de ce récit.Il a sombré dans une démence paranoïde et, se sentant « traqu(é) dans sa mémoire incendiée », il ne cesse de faire appel à des fragments de son passé, laissant Miche silencieuse et révoltée, mais impuissante, devant le spectacle de cette douleur.Fouillons encore davantage l’album toujours plus poussiéreux pour trouver le creuset qui se love au centre du récit.En 1900, un Anglais, John Christopher, après une dizaine d’années d’errance, avait subite- L’idéologie qui s’écrit LE ROMAN QUÉBÉCOIS DE 1960 à 1975 Idéologie et représentation littéraire Josef Kwaterko collection L’Univers du discours Le Préambule, Montréal, 1989 (M.L.) Après huit ans de recherches en littérature québécoise, un professeur de l’Université de Cracovie, Josef Kwaterko, vient de signer une remarquable synthèse sur le roman québécois pendant la période historique de 1960 à 1975.Étude qui entend prouver l’existence de rapports très étroits entre le champ idéologique et le discours littéraire.Et qui présuppose que « toute création artistique est aussi pratique sociale et, partant, production idéologique ».Mieux, le discours littéraire aurait joué, au Québec, le rôle d’élément constitutif de la nouvelle idéologie, au point même de nourrir l’action socio-politique.Les raisons du choix de cette période semblent évidentes : il s’agit d'une époque de transition où le Québec sortait d’une longue torpeur dans laquelle il s’enlisait depuis 1840.Les Québécois ont alors procédé à une rapide désacralisation du nationalisme conservatiste axé sur la survivance pour se tourner vers un néo-nationalisme, beaucoup plus ouvert sur le présent et le devenir.La question de l’identité nationale allait désormais avoir des incidences politiques, sociales, culturelles, linguistiques et économiques.L’ouvrage se divise en deux parties : l’une, synthétique, qui démontre la thèse et l’autre, analytique, qui illustre son application chez certains romanciers.Dans la première, le chercheur décrit la constante adhésion des romans à l’idéologie du néo-na- tionalisme.Ce qui ne se fait évidemment pas de manière monolithique.Alors que certains sont encore aux prises avec les oripeaux du conservatisme qu’ils tentent de détruire, d’autres se tournent résolument vers le Québec en gestation.Mais, dans les deux cas, littérature et idéologie se rejoignent, au point que « la littérature est dorénavant perçue comme une pratique détentrice d’un pouvoir libérateur; elle se pose comme acte créateur d’une mythologie collective, comme parole apte à déclencher une prise de conscience ».Concernant cet engagement, il faut insister sur le role joué par l’École de Parti pris.Ses membres ont sans relâche dénoncé la colonisation qui étouffait le Québec et la servitude du peuple, aliéné, agressé et blessé, jusque dans sa langue.Pour refléter ce « mal vivre » au Québec, les romanciers utilisèrent une langue «cassée», le jouai, symbole d’une culture qui ne peut s’épanouir parce que dominée et oppressée, symbole de la difficulté pour un peuple contraint d’accéder à la parole libératrice.Les romans de cette tendance se feront les promoteurs d’un Québec indépendant, laïc et socialiste.Mais, lorsque certains voudront faire de ce niveau de langue qu’est le jouai un dialecte distinct du français international — la langue du pays du Québec —, ce sera l’occasion de nombreuses dissonances.Apparaîtront alors quantité de romans importants « différents les uns des autres autant du point de vue de l’idéologie qui les travaille que de leur organisation interne, textuelle ».Dorénavant, même si toujours présente, l’idéologie se servira comme paravent de la modernisation du code romanesque et des formes narratives.D’autant plus que si avant 1965 l’écrivain croyait à l’avènement du Pays, il sait maintenant qu’il a été dupe et qu’il est aux prises avec « l’inachèvement historique du Québec ».Et cet écart entre l’univers rêvé et le milieu socio-historique où il vit, où le pays ne peut se percevoir que comme un manque, se retrouvera dans le champ textuel du roman : finis la linéarité temporelle et le décor unidimensionnel.Finie la prétendue objectivité : désormais « l’écrivain choisira d’interpréter (ironiquement, parodiquement, lyriquement, allégoriquement) la carence historique, la sienne propre et celle de son pays ».Le roman, très souvent de structure éclatée, permettra le chevauchement des voix narratives et la duplication des personnages.Il faut surtout dire que toutes ces transformations permirent, enfin, à l’écrivain de trouver sa véritable identité : celle d’un producteur d’art.Un simple mot sur la seconde partie de l’ouvrage : elle analyse le discours et le contenu de six romans rédigés par cinq romanciers québécois : Gérard Bessette, Hubert Aquin, Jacques Godbout, Marie-Claire Blais et Jacques Ferron.Cette partie analytique observe et vérifie comment les données de la partie précédente s’avèrent.Cette étude socio-idéologique du roman québécois après 1960 s’appuie sur de très nombreux travaux critiques québécois.Même si certains aspects sont parfois gommés ou abordés trop succinctement malgré leur importance — le remplacement du NOUS par le Je et le rôle du héros romanesque entre autres —, il demeure que cet ouvrage propose une synthèse éclairante sur une époque de mutation marquante tant aux niveaux historique que littéraire.Nouvelle écriture au féminin PHOTO PIERRE CRÊPO Louise Warren ment cru savoir « où centrer ses espérances » et avait décidé d’épouser Aurélie, une jolie paysanne de Port-aux-Loups.De leur union devait naître un fils, le père de Miche.Puis, quelques années plus tard, le grand-père de la narratrice — tel le Survenant de Germaine Guèvremont — « sentit) venir à lui d’autres rêves » et il partit définitivement, condamnant sa compagne à porter jusqu’à sa mort « une muraille de pierres dans le ventre ».Le roman porte précisément sur les consequences de ces faits lointains sur les deux générations suivantes.La folie du père lui permet de renouer avec son enfance et de reconstituer des bribes de ce passé, mieux de redevenir le jeune fils d’Aurélie et de John Christopher.Expérience vécue douloureusement toutefois, comme une faute à expier.Miche affirmera qu’elle lit « une telle épouvante dans ses yeux qu’un accordéon d’émotions subitement s’est ouvert, distendu ».Aussi, espérant bien futilement guérir cette blessure, ou la nier, dans l’ultime fuite où il s’est ré- fugié, « nuit et jour, il appelle Aurélie ».Témoin bouleversé de cette souffrance, Miche tente de « dénouer la mémoire de l’oubli » grâce à sa peinture où chacune de ses toiles témoigne de la progression de la maladie de son père.Et voici que la peinture donne forme au véritable personnage prétexte du récit, la grand-mère : peignant une « série de visages d’Aurélie », Michel a bientôt « l’impression de marcher dans le tableau en suivant quelqu’un qui ferait de trop grands pas pour (elle) ».C’est dire que sa quête touche à sa fin : la peinture lui permet de « traverser d’autres couches, d’autres épaisseurs (d’elle-)même.C’est là, enfouie dans la croûte des couleurs, que je découvre petit à petit qui je suis ».(Il est difficile de ne pas voir une parenté ici avec le personnage de Blaudelle dans Les Portes tournantes, de Jacques Savoie (Boréal Express, 1984).) Qui elle est ?Dorénavant elle se nommera Aurélie.Pas étonnant alors qu’elle joue le rôle de mère pour son père.Si le scénario de ce premier roman paraît bien mince par moments, au point qu’il semble parfois grandement tarabiscoté, si l’architecture même du texte, sa charpente, manque à l’occasion de solidité, comme s’il y avait des trous dans l’armature, si de nombreux personnages — à commencer par la grand-mère Aurélie qu’on ne connaît que trop peu — auraient gagné à etre plus habilement exploités alors qu’ils font plutôt figure de fantômes, il n’en demeure pas moins que ce texte habité par des « gens dont le destin est marqué par la violence et la tempête du sang » n’est pas sans mérites.Bien au contraire.Un livre à fleur de sentiments et d’émotions, servi par un style idoine.En somme, un auteur qui promet beaucoup.Reste l’épreuve du second roman.DURAS la pluie d'été SIGNATURE PAÏENNE Louise Cotnoir Montréal, éditions du Remue-Ménage coll.« Connivences », 1989 BENOIT PELLETIER LOUISE COTNOIR appartient au courant de la nouvelle écriture au Québec, qui plus est, de la nouvelle écriture au féminin.Ce recueil en est donc un de poèmes en prose où un sujet au féminin tente de prendre forme et de s’affirmer.Cela se fait d’une façon obstinément floue, le texte assemblant des brides de phrases, d’idées, d’images et se jouant des pronoms personnels qui finis- sent par.s’« indéfinir » ! La narratrice désire, ici, cerner l’identité d’une aïeule (ce faisant, cerner la sienne, évidem ment), dont elle ne connaît que la signature : L.Sigman.Elle qualifie cette signature de païenne parce qu’elle est étrangère (d’origine allemande, peut-être juive, dans un Québec xéno-catholique) mais surtout elle est femme, donc, par définition, hors de la norme patriarcale.Tout cela dégage une désagréable sensation de déjà-lu.Le conformisme de l’avant-garde, ça existe.Même la narratrice semble s’ennuyer puisqu’elle est facilement distraite de sa quête par « l’herbe humide qui rafraîchît .», par les « vols incessants des insectes » ou par un « matin facile ».La marche des femmes en littérature, et dans de nombreux autres lieux de la société, est loin d’être achevée.Pourtant, il faut que le discours se renou- velle dans son articulation.Alors, là où ce livre de Louise Cotnoir devient intéressant, c’est dans l’organisation formelle de sa prose qui renoue avec l’organisation strophique des poèmes en vers.Par exemple, dans la partie intitulée « Le cercle de feu », les poèmes commencent par un premier paragraphe assez long, suivi d’un deuxième beaucoup plus court, débutant presque toujours par les mots « Une femme .».Le deuxième paragraphe devient en quelque sorte la résolution du premier, comme en musique on dit qu’un mouvement se résout dans telle progression d’accords.C’est en cela que Louise Cotnoir fait un travail original, du moins inusité, en tous cas stimulant.Ce genre de texte peut agacer; il exige surtout beaucoup de patience et d’attention, avant de s’incliner devant le jugement du lecteur, de la lectrice.Avec la Pluie d’été, Duras n’avait rien écrit, depuis longtemps, d’aussi aigu et dense.ÉDITIONS P.O.L LOGIQUES LOGIDISQUE ?- V ur m\i i’( 64(1 K 84,95$ PLU HU(i() PLUS le dictionnaire et la grammaire par Manseau, Malka, Des Roches, Li/ée, Hélu Vérification orthographique et grammaticale, compatible avec WordPerfect 5.1, WordPerfect 5.0, WordPerfect 4.2, Wordstar 4, Word 5, Écrivain public, Secrétaire personnel.format disquette incluse 34,95$ APPRENDRE LA COMPTAHll HT AVI C BKDIORD ?APPRENDRE LÀ COMPTABILITÉ AVEC BEDFORD par Huguctte Brodeur La comptabilité comme si vous étiez en affaires! 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29, la guerre, les camps de concentration, la révolution cubaine, mai 68, traversent et bouleversent sa vie.Parce qu’il a côtoyé et fréquenté les plus illustres, parce qu’il a tâté de tous les défis de notre ère turbulente, on dirait qu’à lui seul, le parcours du philosophe français est un résumé des espoirs et des contradictions qui ont tissé et déchiré le XXe siècle.À la fois théologien, philosophe et écrivain prolifique, poète à ses heures, membre actif et tête dirigeante du parti communiste français durant 37 ans (tout en demeurant — il faut le faire — un fervent chrétien), aujourd’hui converti à l’Islam, sa trajectoire en dent de scie lui a valu menaces, sarcasmes et quolibets.Mais les chiens aboient, passe la caravane Garaudy.Est-ce l’habitude, acquise comme communiste, d’être critiqué sans cesse qui lui confère sa simplicité à toute épreuve ?De Roger Garaudy émane cette courtoisie qui est la vraie marque des grands esprits.Je le rencontre au Centre Interculturel Monchanin.Il est à Montréal pour 48 heures à peine avec son épouse Salma, une grande et brune palestinienne portant turban.C’est à l'heure pile qu’il s’encadre dans le vestibule, fatigué, coincé entre deux avions, mais dès le départ entièrement présent au jeu des questions-réponses qui ponctue notre entretien.LE DEVOIR est le seul imprimé québécois à qui le philosophe accordera durant son passage éclair une entrevue.Roger Garaudy relève du templier, du moine soldat.Dans sa jeunesse, alors étudiant de philosophie épris de Kierkegaard, il embrassait quasi simultanément la foi chrétienne (pour donner un sens à sa vie) et la cause communiste (pour lutter contre l’aliénation sociale).Rien d’irréconciliable à son avis.« J’y vois là une pure complémentarité entre la fin et les moyens », me dit-il.On lui a reproché un idéalisme, sa quête d’absolu dans ce monde imparfait par nature.Lui s’affiche un héros : Don Quichotte, le pourfendeur de moulins à vent.Quand on le qualifie d’utopiste, il sourit.L’épithète lui sied.« Que serait le monde sans l’utopie ?», demande-t-il.Tout l’itinéraire du philosophe a été marqué par la quête du sens.Pour lui une vie sans but, sans Dieu est impensable.Les joutes oratoires qui l’opposaient à Sartre au début des années 60 sont restées célèbres en France.Croyant contre incroyant.Match nul en quelque sorte.Mais qui peut vraiment fournir une réponse irréfutable à cet éternel débat ?À 77 ans, Roger Garaudy ne se sent pas vieux.Un peu las de vivre peut-être.« Mourir à mon âge ce n’est pas un malheur, m’assure-t-il en se déclarant prêt et même attiré par le grand saut.Dernièrement, il publiait chez Robert Laffont ses mémoires Mon tour du siècle en solitaire.« Ce sera mon dernier livre, affirme le philosophe.Une décision qui sonne irrévocable.Je ne voudrais pas qu’un jour un jeune me dise comme je l’ai fait pour Aragon : tu as écrit un livre de trop.» Après avoir signé 45 ouvrages de toutes catégories : religieux De l'anathème au dialogue, marxistes La liberté, esthétiques L’itinéraire d’Aragon, après avoir interpellé le futur dans Parole d’homme, Appel aux vivants, après avoir publié des poèmes À Contre-Nuit, été traduit en 29 langues (dont l’albanais, le turc, le chinois), Roger Garaudy arrête de dévider son fuseau littéraire.Durant ses 37 années au service du parti communiste français, Roger Garaudy a tout connu : l’expérience de la dépor- PHOTO JACQUES GRENIER Roger Garaudy tation d’abord.En pleine seconde guerre, parce qu’il refusait de prêter allégeance au gouvernement de Vichy, on l’a envoyé croupir trois ans dans un camp de concentration algérien.D’où il est revenu par miracle.Un jour, après que lui et ses amis aient fomenté une révolte, le commandant du camp ordonnait à la garde d’abattre les meneurs.Mais la garde a refusé.L’honneur des guerriers musulmans du Sud leur interdisait de tirer sur des hommes désarmés.« On n’oublie pas ça, avoue-t-il.Nous chantions en croyant aller vers la mort.Quand celle-ci revêt un sens, elle dépasse la peur.» Plus tard son engagement communiste devait lui faire croiser entre autre route celle de Staline, celle de Castro (qui l’a chargé d’organiser l’enseignement de la philosophie dans ses universités), celle de Khrouchtchev ; tandis qu’il se liait d’amitié avec Picasso, Éluard, Aragon.En 70, deux ans après avoir prédit à Georges Marchais qu’il serait « le fossoyeur du Parti communiste français », le philosophe s’est retrouvé banni du PC, un mouvement qu’il n’avait cessé de contester tôt en y adhérant.Sa voie l’appellait ailleurs.Du côté de la Mecque plus précisément.Aujourd’hui Roger Garaudy est musulman.Volte-face ?Même pas.« Je suis venu à l’Islam avec la Bible sous un bras et Le Capital sous l’autre », se plaît à répéter le grand conciliateur.Ni reniement ni rupture avec ses anciennes convictions, mais pied de nez à la culture occidentale, ça oui.À 45 ans, le philosophe avait connu la révélation de la pensée orientale et des rites animistes africains ; écoles où il a appris à contester l’hégémonie culturelle de l’Occident.S’il a embrassé l’Islam pr la suite c’est, explique-t-il, autant pour s’af ficher « contre » le scientisme et la technocratie de sa propre culture que parce que la foi de Mahomet lui apparaissait moins restrictive que le christianisme.Moins restrictive, vraiment ?alors que pour tant d’Occiden-taux Islam rime avec fanatisme et intolérance ?« Un certain Islam » répond-t-il.De son côté il réprouve l’intégrisme et l’application archaïque de la shari’a, (contraires selon lui au véritable esprit coranique).Décidément Roger Garaudy n’abandonne pas son esprit critique là où il dépose son baton de pèlerin.Aucun dogme pur et strict ne saurait être son affaire.Il rêve plutôt d’une société spirituelle abrahamique où dialogueraient juifs, musulmans et chrétiens.Et où Marx serait sans doute invité au banquet.Car même le typhon de démocratisation qui souffle actuellement sur l’Europe de l’Est n’a pu ébranler l’idéal communiste du philosophe.« Ce qui s’effondre aujourd’hui ce n’est pas le marxisme, mais ses perversions les plus monumentales », affirme-t-il.« À travers ces remises en question, le mar xisme est plus vivant que jamais ».L’Histoire en jugera.Nous retournons donc interpeller le présent, le passé aussi.« Ma plus grande fierté, c’est d’avoir le sentiment à 77 ans d’être resté fidèle à mes rêves de 20 ans », me déclare en sortant le vieil humaniste.Des regrets ?« Aucun ».Et je le vois survoler avec une sorte de tendresse toutes les fiévreuses et riches années semées derrière lui.« Malgré toute ses chutes et ses errances, si ma vie était à recommencer, je n’y changerai rien.Pas un seul iota, » précise-t-il avant de repartir compléter son tour du siècle en solitaire.L’histoire de l’Amérique des Amérindiens POUR UNE AUTOHISTOIRE AMÉRINDIENNE Essai sur les fondements d’une morale sociale Georges-E.Sioui Presses de l'Université Laval, Québec 1989, 157 pages MARCEL FOURNIER VOILÀ une première : un Amérindien s’interroge sur l’histoire des autochtones.Membre de la nation des llurons-Wendats de Wendake (Village-des-llurons), Georges E.Sioui s’est, dans le cadre de ses études de doctorat en histoire, familiarisé avec les sciences humaines contemporaines ; il s’en sert pour critiquer la manière dont l’histoire du Nouveau-Monde a été écrite par des non-autochtones et pour définir les élémenLs d’une autohistoire amérindienne, qui soit aussi la base d’une morale sociale.L’histoire officielle, nous le savons, n’a pas donné une image très positive des Amérindiens ; elle a, précise Georges E.Sioui, créé deux mythes : le « mythe de révolution » et le « mythe de la disparition de l’autochtone».Dans les manuels scolaires, les Amérindiens sont présentés comme des « sauvages », ce sont des êtres cruels qui font subir les pires tortures à nos bons mision-naires venus leur apporter la D'après un dessin de Samuel de Champlain Au lac Attigouatan (lac Huron), Champlain et ses compagnons rencontrèrent trois cents Algonquins, qu'ils appelèrenet « che-veux-relevez, pour les avoir tort relevés et agencés, et mieux peignés que nous courtisans ».Bonne Parole.Face à la grande civilisation européenne, la civilisation amérindienne apparaît inférieure, « retardée », elle n’a d’autre choix que de disparaître et de laisser la place au Progrès.Trois siècle plus tard, les Amérindiens ont certes perdu le titre de « peuple fondateur » et sont devenus une minorité, mais ils ne sont pas disparus et ils luttent avec plus de détermination que jamais pour la reconnaissance de leurs droits.À l’aide d’une mé- thode appelée « autohistoire amérindienne », l’auteur entend corriger certaines interprétations historiques, par exemple au sujet de la diminution dramatique de la population amérindienne et la destruction de la Hu-ronie par les Iroquois.L’auteur montre bien que l’« apocalypse américain » s’explique moins par les guerre amérindiennes que par « les maladies épidémiques apportées par les mouveaux venus ».Certes, il y a eu des conflits entre Amérindiens, mais si l’on prend celui quia opposé les II u-rons et les Iroquois, il ne fait, selon Sioui, aucun doute que « ce désordre politique » a pour cause la présence des Européens.Les Amérindiens n’ont jamais cherché la guerre pour la guerre ; ils n’ont fait que se défendre.Ils ont perdu plusieurs batailles, mais ont-ils perdu leur âme face à des conquérants qui ont tenté de les éliminer ou de les assimiler ?Aux Amérindiens, il reste l’identité et la culture et c’est beaucoup ! Par le sous-titre de son ouvrage, tissai sur les fondements d’une morale sociale, Sioui indique clairement le sens de sa démarche qui est d’expliciter « la vision autochtone du Cercle sacré de la vie » : reconnaissance d’un ordre infiniment parfait que l’on nomme Grand Mystère, respect fondamental de la vie et de la complémentarité des êtres, et-c .Les non-autochtones n’ont que rarement compris cette conception du monde commune à toutes les cultures amérindien- nes de l’Amérique.Parmi les Européens, le baron de Lahontan est l’un des seuls qui ait compris ses « frères » amérindiens ; il peut être considéré comme le « découvreur de l’américité ».L’authohistoire devient ici autocélébration, i.e.défense du « génie amérindien ».Georges E.Sioui affirme que « l’Amérique n’a jamais eu et n’aura jamais de culture autre qu’autochtone.L’Amérique blanche a perdu le combat culturel qu’elle a livré contre le peuple amérindien ».Aujourd’hui, le salut de l’Amérique, ce sont les Amérindiens : il faut américaniser (amérindianiser) l’homme blanc et « retransmettre aux autres peuples un mode social basé sur la compréhension du Cercle ».Enfin, à un moment où il est question d’écologie sur toutes les tribunes, il est tentant de faire apparaître les Amérindiens comme les premiers écologistes.Pour sa part, Sioui propose la création d’une nouvelle science, l’amérologie, dont la tâche sera de « livrer au monde et particulièrement au continent qui en est le plus indûment privé, l'essence d’une spiritualité aussi méconnue que riche et salutaire ».Un tel messianisme peut agacer.Il faut plutôt lire ce message comme une invitation à « penser et à se comporter davantage comme des Amérindiens ».L’écologie est plus qu'un ensemble de politiques, c’est un mode de vie et pour reprendre l’expression de Sioui, une morale sociale.Mon frère, mon semblable LE DÉFI DE L’IMMIGRATION Jean-Pierre Rogel Québec, Institut québécois de recherche sur la culture 1989, 122 pages n Yvan LAMONDE 'ASociété L’IQRC a visé juste en publiant coup sur coup deux « diagnostics » : un premier sur la population et la dénatalité par Jacques Henripin et celui-ci sur l’immigration.Natalité et immigration sont, en effet, les deux versants d’un même défi.Si Jean-Pierre Rogel scrute les dimensions démographiques, économiques, linguistiques et culturelles de l’immigration, son ouvrage a d’abord le mérite de rappeler la dimension humanitaire première du phénomène.Il faut, certes, observer qu’à une demande d’immigration s’est substituée une immigration de demande : alors que les ré-fugiés constituaient en moyenne 10 % de l’immigration canadienne entre 1945 et 1980, ce chiffre atteint 20 % en 1985 pour toucher un plafond de 33 % en 1988.La pression internationale, le freinage économique et l’indécision politique expliquent la crise récente de l’immigration personnifiée par les Tamouls, les Turcs et les grévistes de la faim latino-américains.La dimension Nord-Sud de l’immigration récente n’échappe pas à l’auteur; mais on se serait attendu à une évaluation d’une possible sensibilité nouvelle des Québécois face à la liberté, à l’égalité et à la fraternité humaines.La vision de « l’autre » a-t-elle été modifiée par cette immigration sociale ?Judicieusement, M.Rogel rappelle la politique canadienne en matière d’immigration, la création d’un ministère québécois en 1978 et les fameux accords Cullen-Cou-ture suscités par le PQ.Un complément d’évocation de la dimension historique eut été de mise, ne serait-ce que pour documenter les fondements de l’attitude inquiète des Québécois face aux arrivants.Sans faire de l’Histoire et de la mémoire des tribunaux, on peut objectivement argumenter que les politiques britanniques d’assimilation — de Sewell à Durham — et l’indifférence du gouvernement canadien face à une immigration francophone expliquent dans la longue durée une manière de voir l’immigration et les immigrants.Jean-Pierre Rogel souligne le défi de Montréal en matière de population : l’agglomération compte près de la moitié de la population du Québec et la ville même, 60 % de francophones.À Montréal, 19 % de la population francophone du Québec vit avec 75 % de la population allo-phone et plus de 50 % de la population anglophone du Québec.Ces francophones ont une faible fécondité et résident en banlieue.Si, à la CÉCM, la loi 101 a eu des effets positifs — 20 % des allophones à l’école française en 1977, 75 % aujourd’hui — on se retrouve en 1988 avec une école sur cinq dont la majorité des élèves est d’origine ethnique.L’auteur évoque avec raison les risques de privatisation croissante d’un système d’enseignement où l’école publique deviendrait celle des tensions ethniques, de la drogue et de la violence.Du même souffle, M.Rogel rappelle la très grande difficulté de dissocier culture et langue, de ne pas réduire la première à la seconde.Bien sûr, la culture commune est là, avec un système juridique aussi spécifique.L’auteur suggère finement que ce sens latin de la fête dont témoignent les Québécois puisse devenir l’accasion d’une culture de l’échange.Comme un 24 juin allégoriquement inter-culturel.Une centaine de pages à présentation agréable et efficace qui mettent le doigt sur des défis urgents.Un mariage de culture et d’argent ÉCONOMUSÉOLOGIE Comment rentabiliser une entreprise culturelle Cyril Simard Montréal, Centre éducatif et culturel, 1989, 170 pages JEAN SIMARD de l'Université Laval CEUX qui ont assisté en janvier au 10e colloque de la Fondation de l’entrepreneurship ont pu apprendre qu’un musée pouvait se passer de subventions gouvernementales, s’autofinancer et même devenir rentable.Les conditions pour y arriver sont exposées dans le tout nouveau livre de Cyril Simard.Ce n’est pas d’hier que créateurs, producteurs et gestionnaires de la culture veulent convaincre qu’ils ne sont pas des entretenus mais participent activement au PNB et créent des emplois.Cyril Simard, architecte et ethnologue qui s’est surtout fait connaître par ses nombreuses publications sur les métiers d’art, propose maintenant à tous ceux, muséologues, gestionnaires, artisans, agents de tourisme, qui désirent mettre en valeur le patrimoine culturel et qui veulent en vivre, un guide pratique qui leur permette d’autofinancer leur projet.Mot neuf, réalité originale aussi, l’économusée se définit comme « une petite entreprise de type artisanal en exploitation, produisant des objets traditionnels ou contemporains et à connotation culturelle, dotée d’un centre d’animation et d’interprétation de la production, valorisant les qualités environnementales et patrimoniales d’un bâtiment ou d’un site et dont l’objectif fondamental est d’atteindre un autofinancement complet du système».Ce guide pratique s’appuie sur une expérience concrète puisque l’auteur, reprenant l’héritage du papier fait main légué par Mgr Félix-Antoine Savard, mit sur pied le premier économusée, la papeterie Saint-Gilles et le centre Félix-Antoine-Savard à Saint-Joseph-de-la-Rive, qu’il inaugura en 1988 : une entreprise artisanale en difficulté devenue après cinq ans d’efforts une entreprise-musée qui accumule maintenant des rentes.ÉDITEUR • IMPRIMEUR • LIBRAIRE GUERIN littérature JEAN-BAPTISTE MAUROUX LE MIROIR DÈ D’ALEMBERT 4501, rue Drolet.Montréal (Québec) II2T2G2, TT (514) 842-3481 Distributeur exclusif: Québec Hures, TT (514) 327-6900 Une saga pathétique et hautement lucide de l’homme en exil.f f Le Devoir, samedi 24 février 1990 ¦ D-5 le plaisir des De la neige comme fantasme orgiaque L’ORGIE, LA NEIGE Patrick Grainville Paris, le Seuil, 1990, 321 pages Lisette ¦MORIN A Le feuilleton « AH ! que la neige a neigé ! », gémissait dans « le spasme de vivre » notre pauvre Émile Nelligan.Plus cérébral, mais non moins laconique, Paul Valéry, poète plus universellement connu, comparait la neige à un « pur désert tombé des ténèbres sans bruit » et venant « effacer les traits de la terre enchantée».Patrick Grainville, romancier, prix Goncourt 1976 pour Les Flamboyants, connu et même reconnu pour ses fantasmes érotiques, qui atteignirent même la frange de la pornographie dans L'Atelier du peintre (1988), débloque, dans une avalanche de mots, sur la fascination de la neige, Trieste et son poète UMBERTO SABA Franck Venaille Paris, Seghers coll.« Poètes d’aujourd'hui » 1989, 190 pages JEAN ROYER ON NE PENSE pas à Umberto Saba (1883-1957) sans évoquer sa ville natale, Trieste.C’est ce qu’a réussi Franck Venaille, qui a suivi les traces de l’homme et de l’oeuvre dans ce petit essai exemplaire de la collection « Poètes d’aujourd’hui ».Venaille nous redonne l’oeuvre du poète triestin dans le miroir de sa vie.Umberto Saba, grand mélancolique de « la sereine désespérance » et du « coeur mortel », selon les titres de deux de ses recueils, portait en lui les névroses et les contradictions de sa ville.À le suivre dans le quotidien et l’intimité de sa vie, nous découvrons une oeuvre tour à tour lumineuse et douloureuse, tourmentée devant la mort toujours présente.C’est avec une grande pudeur, empreinte de la connaissance de l’homme et de l’oeuvre, que Venaille nous entraîne dans la vie de Saba, au coeur des événements qui l’ont marqué et qui ont inspiré un des plus purs poètes italiens.La vision de Saba est toujours tragique mais ce Can-zoniere, le livre de sa vie dont on nous offre ici un choix de textes nombreux, sait aussi mettre en relief les beautés d’une vie : les ombres de la ville, la grâce d’une femme, le charme d’un adolescent et les oiseaux à la fenêtre de l’instant.On n’oublie pas cette poésie d’une étonnante simplicité et d’une intimité exemplaire avec un destin d’homme.dans sa Normandie natale.Par un hiver sans aucun doute exceptionnel par sa longueur et la quantité de neige accumulée, l’auteur de L’Orgie, la neige retrouve une saison bénie de son adolescence, celle de ses quinze ans, alors que « la neige était là, partout, abondante, infinie », que « son paysage barbare s’étendait dans le ciel gris».Autant que la neige, la chasse est la passion du narrateur.Avec sa chienne Noire, il parcourt la campagne, les bois et les bords de mer, tirant sur les oiseaux, le petit gibier et même sur une laie, longtemps poursuivie sans jamais être abattue, qui deviendra l’aminal mythique de cette histoire.tfy Patrick Grainville Après trente ans, le garçon qui reçu; de son père l’initiation à la chasse, pour tous les deux une Les lettres retrouvées PARIS (AFP) — Chaque fois qu’elle était séparée de Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir écrivait pratiquement tous les jours à son « tout cher petit être », avec qui elle allait former le célèbre couple-phare de l’intelligentsia française.Publiées par Gallimard, 321 lettres inédites — couvrant les périodes allant de 1930 à 1963 — révèlent sans fard l’auteur du Deuxième sexe qui avait juré avec son compagnon de tout se dire, dans une « parfaite translucidité ».En 1983, était publiée sous le titre de Lettres au Castor, la correspondance de Sartre à Simone de Beauvoir.Le « charmant castor » pensait alors que ses lettres à elles étaient perdues.C’est seulement en 1986, l’année de la mort de la philosophe, que Sylvie Le Bon de Beauvoir, sa fille adoptive, tomba sur un gros paquet au fond d’un placard.C’étaient les lettres, la plupart encore soigneusement conservées dans leurs enveloppes adressées à « Monsieur Sartre ».Elles ne furent pas publiées de son vivant, conformément à son désir.Avec cette correspondance écrite principalement pendant la « drôle de guerre » (septembre 1939-mai 1940), Sartre étant mobilisé, on dispose désormais d’une correspondance croisée — entrée en août par dation à la Bibliothèque nationale — entre ces deux personnages.Gallimard publie également le Journal de guerre de la philosophe de septembre 1939 a janvier 1941, constitué par sept carnets, en « complément de la cor- respondance ».Sartre, et Beauvoir qui qualifiait leur relation de « mariage morganatique », avaient fait le pari terrible de la sincérité totale.Ceux qui rencontraient le couple étaient frappés par cette « étrange intimité guindée ».Dans la correspondance,le vouvoiement est de rigueur mais la tendresse est grande entre le père de l’existentialisme et la théoricienne du féminisme.En témoignent les qualificatifs : une variation infinie du « cher petit être », « tout cher petit être », allant même jusqu’à: « Je vous embrasse tout passionnément, tout petit charme, petit tout charme, petit charme tout».En revanche, Beauvoir narre crûment et souvent sèchement, ses occupations amoureuses, ses amants comme Bost, un ancien élève de Sartre, ses liaisons féminines, avec Védrine, Sorokine, Olga dite Kos, ancienne élève du Castor, qu’au besoin ils partageaient, dans un climat digne des Liaisons dangereuses: « Quand je vois tous ces déchets et toutes ces petites personnes aimables et faibles comme Védrine, Kos etc, ça me fait plaisant de penser comme nous sommes solides, vous et moi - je trouve que jusqu’ici c’est un succès pour notre morale et notre manière de vivre».passion grisante f« nous étions tous les deux grands visionnaires de l’animalité »), revit non seulement son enfance mais remonte, par les récits de sa mère et des gens de sa famille, jusqu’à sa conception et à sa naissance.Des pages très douces, très tendres mais également très drôles, comparant l’étreinte qui lui valut la vie à un amour de cinéma, entre Greta Garbo et Gregory Peck.Hors ses quotidiennes sorties pour la chasse, le garçon visite, dans une ferme voisine de la maison paternelle, Yolande, qui est asthmatique, qui le reçoit dans sa chambre où ils se livrent à des jeux amoureux qui ne les mèneront à l’accomplissement que vers la fin du récit.Un pêcheur, sauvage et athlétique, qui lutta tout une nuit contre un congre monstrueux, est l’amant de Solange, la soeur aînée de la maladive Yolande.Ce petit monde, dans lequel le narrateur passe de l’adolescence à l’âge adulte, le vert et dru paradis de ses amours encore imprécises, bien que décrites avec les mots crus qu’utilise le romancier Grainville, sont moins importants et moins crédibles que ses descriptions, variées, sans cesse reprises, de l’hiver neigeux qui fut celui de ses quinze ans.Peu de romanciers québécois, à ma connaissance, ont su parler de l’im- mensité neigeuse, qui devrait pourtant leur être si familière, avec un vocabulaire si riche et si convaincant.Il y a jusqu’aux oies sauvages, s’abattant tout autour du chasseur et de sa chienne, qui ne vont pas sans me rappeler les nôtres qui sont sans doute les mêmes, dans leur migrations annuelle au cap Tourmente ou à Montmagny.Des fort belles pages, nourries sans aucun doute de souvenirs précis, d’un temps béni que regrette l’homme de quarante ans : « Près de trente ans me séparent des dieux et de l’osmose.Je suis sorti du grand hiver comme on sort de l’être, du cercle de l’éternité.J’ai perdu ma couronne d’enneigé ».Devenu professeur, écrivain, critique, l’auteur se dit « mutilé à jamais, coupé du cosmos.Enchaîné à la langue, à ses fantomatiques maillons.Pauvre Cru-soé qui n’a pour ultime recours que de construire un double du vrai monde, dans la solitude et le bannissement, une cabane de papier ».Suit une longue plainte, où enterré sous la masse des volumes à lire, il ne se voit plus autrement que comme « une carapace de bouquins ».Revenu chez ses parents, désormais vieillis, chez son père qu’il entraînera une dernière fois à la chasse, ce narrateur qui a toutes les chances d’être Grain- ville lui-même, reprend son hymne à la forêt, à la mer.Il avoue qu’il ne peut oublier l’orgie de la neige, les oies blanches, « toujours libres là-bas, hors d’atteinte ».« C’est pourquoi, con-fesse-t-il, je me suis goinfré de mots nombreux, riches, nourriciers.Il me les fallait musclés, drus, chatoyants, tramés en ramures denses, étoilées.À satiété j’ai puisé dans le sein du verbe pour combler la fringale première .» Orgiaque, la neige, dans le roman de Patrick Grainville.Mais, pour la retrouver, la décrire, la chanter, la louanger à l’infini, c’est une orgie de mots qu’il nous impose, j’allais même écrire qu’il nous inflige.Ce concert est quelquefois lassant.En tout cas, il lassera peut-être des lecteurs et des lectrices, épuisés par le long hiver, par l’ensevelissement sous la neige, qui se répéteront plutôt le dernier quatrain de Soir d'hiver: Pleurez, oiseaux de février, Au sinistre frisson des choses, Pleurez, oiseaux de février, Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses.Aux branches du genévrier.LE BURLESQUE QUÉBÉCOIS ET AMÉRIC AIN DES LIVRES À DÉCOUVRIR.Chantal HÉBERT Le burlesque québécois et américain Textes inédits Entre 1920 et 1950, le théâtre burlesque a fait rire des milliers de Québécois et Québécoises.Cette étude comparée du burlesque québécois et américain nous renseigne sur la mécanique de ce théâtre, les raisons de sa popularité, les besoins sociaux auxquels il répondait et l'influence qu'il a pu avoir sur les spectateurs et spectatrices.352 pages, 23 S.IPUMI Lucie ROBERT L'institution du littéraire au Québec Qu'est-ce qui fait qu'un texte est littéraire ?Comment, au Québec le littéraire a été institué en tant que valeur esthétique accordée à certains écrits plutôt qu'à d'autres.Comment, aussi, la littérature et la valeur esthétique qui la fonde sont devenues au fil des ans nationales, d'abord canadiennes, puis canadiennes-françaises et québécoises.282 pages, 26 $.i i\sim rioN nu lii n kaiki au (Jl l Bl ( SCIENCES POLITIQUES L’ÉVOLUTION DES POLITIQUES SOCIALES AU QUÉBEC CAPITALISME, SOCIÉTÉ ET CULTURE AU JAPON Bernard Bernier Quelles sont les étapes et les péripéties du développement du Japon de 1868 à 1919 le premier pays non occidental à s'être industrialisé ?ISBN 2-7606-0620-4 - 456 p -30 S L'histoire littéraire Théories et méthodes sous la direction de Clément Moisan Cet ouvrage réunit une vingtaine de textes où les auteurs, tant européens, qu’américains, canadiens et québécois, ont abordé tous les aspects essentiels de l'histoire littéraire d'hier et d'aujourd'hui, afin de trouver les voies à un avenir renouvelé.296 pages, 29 S.ÉVOLUTION DES POLITIQUES SOCIALES AU QUÉBEC 1940 à 1960 Yves Valllancourl Avec l'étude des politiques sociales au Québec, une révision des programmes sociaux tant fédéraux que provinciaux.ISBN 2-7606-0823-9 — 513 p.- 39 $ pH GRANDS SEIGNEURS ET MULTINATIONALES La politique de l'éthanol au Brésil Michel Duquette Comment le Brésil, pays en voie de développement, a tait face au choc pétrolier Un ouvrage qui aborde l'économie brésilienne sous l'angle de sa politique énergétique ISBN 2-7606-0432 2 — 241 p - 24 i LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL LE SYSTÈME POLITIQUE DES ÉTATS-UNIS Edmond Orban Une analyse du système politique américain qui tient compte des mutations récentes et des besoins croissants d'une grande société industrielle.ISBN 2-7606-0786-0 - 344 p - 32 S DIFFUSEUR EXCLUSIF GAÉTAN MORIN ÉDITEUR - C P 180 BOUCHERVILLE QC J4B 5E6 r L BON DE COMMANDE Veuillez m’envoyer le(s) ouvrage(s) suivant(s) : ______ exemplaire(s) LE BURLESQUE QUÉBÉCOIS ET AMÉRICAIN à 23 S chacun.______ exemplaire(s) L’INSTITUTION DU LITTÉRAIRE AU QUÉBEC à 26 S chacun.______ exemplaire(s) L'HISTOIRE LITTÉRAIRE à 29S chacun.1 Date __________________________________ ?Paiement ci-joint (chèque ou mandat) ?MASTER CARD n1 ?VISA n1 — Date d'expiration de ma carte de crédit _ Signature _____________________________ Tél Nom (en majuscules) Adresse______________ : J En vente chez votre libraire ou chez l'éditeur LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ LAVAL Avenue de la médecine, Cité universitaire Sainte-Foy G1K7P4 S 418 656 5106 EDTTEUR • IMPRIMEUR • LIBRAIRE GUERIN littérature SUZANNE PARADIS L’ETE SERA CHAUD 4501.rue Drolet.Montréal (Québec) II2T2G2, W (514) 842-3481 Une écrituTe tout en finesse où le thème de la mort est développé sous le signe du délire intérieur.Distributeur exclusif: Québec livres, TT (514) 327-6900 i D-6 ¦ Le Devoir, samedi 24 février 1990 Un logiciel pas comme les autres PHOTO JACQUES GRENIER Les parents de Prisme, François Raymond et Claude Frascadore.Wii GUY FERLAND « Lise Payette ?Une traditionnaliste volante abaissant les oublis.Simone de Beauvoir ?Une romantique grasse désorganisant les seiches.Robert Bourassa ?Un rationaliste sauté berçant des ombilics.Jacques Parizeau ?Une wal-kyrie technologique ! Les philosophes élèvent les lunes larmoyantes.Je suis une papesse qui v.eillit ! Heidegger ?Un moloch surréaliste questionnant les panthéismes.Qui argumente aime ! Jean-Paul II ?Un langage intensif concecvant des éternels.Je suis un fauviste qui souffre ! Tout athéisme est un cristal.Or la purgation est un athéisme.Donc la purgation est un cristal.Qui veut une terminologie veut un canon.Je suis un éditorialiste qui souffre ! » Celui qui a écrit ces lignes mystérieuses et pleines de sous-entendus se nomme Prisme.Il a pour père et mère deux joyeux lurons en Claude Frascadore et François Raymond.Le premier est compositeur de musique de formation et travaille à son compte en informatique.Le second est professeur de philosophie et termine présentement une thèse de doctorat sur Marcel Duchamp.Prisme n’est pas une personne comme les autres.En fait, il s’agit d’un logiciel doté de la faculté d’écrire à partir de données de base, d’un vocabulaire et du hasard.Toute cette histoire a com- mencé comme dans un conte de fées.Il était une fois un représentant en instrument de cueillette de données qui s’amusait à créer des programmes sur un petit ordinateur portatif « radio-shack TRS-80 ».Un jour, Claude, c’est son nom, parla des possibilités inouies des ordinateurs à son ami François qui travaillait sur le multiple.Par jeu, les deux compères décident de créer des programmes de permutations à partir de structures de phrase déterminées.Entre-temps, Claude fonde sa propre compagnie, Accès-logiciel, qui produit des logiciels en cueillette de données et de contrôle industriel.« Au départ, l’idée était simple, explique le concepteur : un ordinateur peut reproduire presque indéfiniment ce qu’on lui met en mémoire.On a donc mis en programme des structures de phrase du type Sujet-Verbe-Com-, plément.D’un autre côté, il fallait construire un vocabulaire.On a pris les mots de différentes sources en inscrivant, dans chaque cas, le type de mot et son genre (substantif, verbe, adjectif, etc.).À partir de ces deux éléments de base, l’ordinateur réalisait des permutations le nombre de fois qu’on lui demandait.» « Ce premier type de programme quelque peu rudimentaire s’appelait Permute, poursuit François Raymond.On a laissé tomber le nom parce que, en changeant les consonnes de place, on obtenait Merpute, ce qui aurait indubitablement terni notre produit.» Quoi qu’il en soit, en six années de valeureux efforts, Claude Frascadore estime qu’il a mis en travail l’équivalent de 200 000 $ en salaire pour aboutir à son logiciel Prisme, qui sera sur le marché dans le cours de l’année.Le pro- duit a beaucoup changé au fil du temps.Non seulement le logiciel réalise des permutations à l’intérieur de structures de phrases simples, mais il accorde les verbes et les adjectifs avec les mots auxquels ils se rapportent.Prisme peut ainsi produire des phrases a partir d’une idée choisie par l’opérateur ou au hasard.Ces phrases sont de trois types : chaotiques; chaotiques mais devenant sensée si elles sont modifiées; et sensées.Comme les permutations à l’intérieur des structures de phrases sont effectuées mécaniquement, on obtient ainsi soit des cadavres exquis, d’un point de vue littéraire, ou des opérateurs d’esprit (Mind opener), d’un point de vue philosophique.« L’intérêt pour nous de la mise en marché de ce logiciel est de fournir un outil nouveau qui permet à l’utilisateur de comprendre sa langue tout en s’amusant.» Dans le même esprit de recherche sur les rapports entre l’informatique et la langue, deux chercheurs de la région de Québec, Jean-Yves Fréchette et Raymond Hamel, ont créé un logiciel du même type qui est sur le marché.Il s’agit de LogiTexte version 1.0, une conception textuelle assistée par ordinateur, qui a déjà servi au niveau secondaire à l’apprentissage du français.Finalement, on peut dire, comme le souligne François Raymond, que ce type de logiciel défie les lois de notre inconscient en produisant des phrases inimaginables autrement.En effet, l’ordinateur a une attitude nominaliste sur la langue et la création littéraire.GUY FERLAND L’ORTHOGRAPHE EN UN CLIN D’OEIL Jacques Laurin Les Éditions de l'Homme 288 pages « Ce petit manuel n’est ni un dictionnaire ni une grammaire, explique l’auteur.C’est avant tout un aide-mémoire », dans lequel le lecteur VOIT les mots difficiles à orthographier, les genres incertains de certains mots, les pluriels des mots-composés, les mots qui prennent un accent, etc.Les difficultés majeures du français sont ainsi vu en un clin d’oeil, comme le titre l’indique.HISTOIRES ÉTRANGES ET FANTASTIQUES D’AMÉRIQUE LATINE Claude Couffon Métailié 506 pages QU’ONT en commun Miguel Angel Asturias, Jorge Luis Borges, estuaire C P 337, suce.Outremont, Montréal, QC.H2V 4N1 LE POÈME EN REVUE Un escalier, le bout de chaussures noires sur les marches, une lumière directe si on lève la tête, un enfant et à côté, un autre - moi.Ça pourrait s'écrouler, je plourrais ne pas être.Jean-Mare Desgent Une lumière directe lancement no 55 le jeudi 15 mars aux terrasses St-Sulpice 1680, rue St-Denis Montréal.844-9458 à I7h00 Notes de voyage journal, lettres, poèmes d’Allemagne, de France, d’Amérique latine de N.Brossard, M.Ouellette-Michalska, C.Beausoleil, Jean-Paul Daoust et des poèmes de J.M.Desgent, F.Lachaîne, M.Lemaire, J.Ouellet.Y.Lag, H.Blais, Y.Roy.Abonnements pour quatre (4 numéros) ABONNEMENT ÉTliDlANT/ÉCRIVAIN 15.001 ?ABONNEMENT RÉGULIER 18.001 ?ABONNEMENT POUR INSTITUTIONS 30.001D ABONNEMENT DE SOUTIEN 30.001 ?ABONNEMENT À L'ÉTRANGER 35.00$ ?CHAQUE NUMÉRO 6,00$?Nom — Adresse Code - VEUILLEZ M’ABONNER A PARTIR DU NUMÉRO Alejo Caprentier, Juan Carlos Onetti, Adolfo Bioy Casares, Julio Cortazar, Carlos Fuentes, Gabriel Garcia Marquez, Hector Biancotti, Mario Vargas Llosa et Jorge Amado ?Rien, sinon qu’ils sont tous des auteurs latino-américains.De la même façon que le précédent ouvrage, Claude Couffon présente une trentaine d’écrivains latino-américains qui ont marqué, chacun à leur façon, la littérature mondiale.NOTRE CLÉMENCE Hélène Pedneault Les éditions de l'Homme coll.Paroles d'ici 448 pages «J’ai choisi Notre Clémence comme titre parce que je n’ai pas voulu chanter sur elle en solo, dit l’auteur.Alors j’ai écrit un quatuor à cordes (sensibles) : Clémence, la famille et les ami-e-s, les autres (les journalistes) et moi.J’ai donc demandé des textes à des ami-e-s de Clémence, à sa soeur, à des gens qui ont travaillé avec elle ou qui ont été influencés par elle.J’ai écumé la Bibliothèque nationale et les archives de Radio-Canada pour déterrer tous les articles écrits sur elle depuis trente-deux ans.(.) Je vous donne « ma » Clémence, à l’intérieur du « notre » avant le prénom.Je fais partie d’une hLstoire d’amour collective avec une artiste, la seule au Québec à qui on a donné ce « notre » avant le prénom.» PROMENADES AVEC ROBERT WALSER Cari Seelig Rivages 178 pages DANS ces Promenades avec Robert Walser, l’écrivain allemand auteur des Enfants Tanner et du Commis, entre autres, s’est con- ITÂLO CALVIN O HALO iLŸINO pnagax: , En vente chez votre libraire ENTRfTIfN RAY BRADBURY DIFFUSION PROLOGUE fié à son ami Cari Seelig, qui a tenu le journal de leurs échanges entre 1936 et le 25 décembre 1956, date de la mort de Walser, près de la clinique de Herisau en Suisse, où il était entré vingt ans plus tôt.Walser confie à celui qui fera éditer ses oeuvres complètes des propos ironiques sur son oeuvre, sur la culture allemande, la littérature, etc.UNE PETITE LIBERTÉ suivi de Dire oui à Clarice Lispector Triptyque 100 pages APRÈS avoir travaillé dix ans en psychiatrie infantile, Marie-Ange Depierre vient de terminer une thèse de doctorat en littérature comparée et nous offre des petits récits qui s’inscrivent entre murmure et cri.Dans une deuxième partie, le recueil présente des textes inspirés librement de la lecture de Clarice Lispector.FAUST ET ANTIGONE ou Le roman-spectacle Presses de la Renaissance coll.« Les essais » 210 pages DANS LE pays du rêve, où la réalité se confond avec la fiction, Faust et Antigone discutent.Un beau jour, ils conversent sur l’art de raconter, ils débattent, ils s’accordent à penser que seuls les récits, l’imaginaire, donnent un sens aux actes des humains, à leur Histoire, à leurs sciences.La théorie devient roman, l’essai une comédie, la fable un poème tragique.L’HOMME DONT LES DENTS ÉTAIENT TOUTES EXACTEMENT SEMBLABLES Philip K.Dick Terrain vague.Losfeld 386 pages EN RELISANT ses romans restés jusqu’alors inédits, Philip K.Dick écrivait ceci au mois d’août 1981 : « Dans le lot, j’ai découvert un petit bijou : mon dernier roman “non-S.-F.”.Intitulé L ’homme dont les dents étaient toutes exactement semblables, c’est un livre écrit sans effets inutiles, empreint d’une certaine tendresse et pourtant drôle par moments .Cela se lit comme un mélange de Nathaniel West et F.Scott Fitzgerald.» LA CHASSE AU LÉZARD William Boyd Seuil 270 pages L’auteur de Un Anglais sous les tropiques et de Comme neige au soleil (le livre à propos duquel Bernard Pivot avait promis un remboursement à tout lecteur non-satisfait), entre autres, propose à tous ses fidèles lecteurs et aux novice en « Boydomanie » un recueil de nouvelles des plus charmantes.Que ce soit La chasse au lézard ou les angoisses sexuelles d’un collégien, en passant par les obsessions d’un maniaque de piscine à Los Angeles, on retrouve dans toutes les histoires le ton mi-figue mi-raisin caractéristique de Boyd.Et l’inénarrable Morgan Leafly, l’étudiant d’« Alpes-Maritimes ».LE ROMAN QUÉBÉCOIS DE 1944 À 1965 Maurice Arguin L’Hexagone 278 pages Cet essai est le résultat de dix ans de travail.Ce n’est pas qu’une simple rétrospective de la production romanesque québécoise de 1944 à 1965.Il s’agit d’une étude qui met en perspective toute une problématique sociale qu’a vécu le Québec à une période fondammentale de son histoire avec la création romanesque qui était témoin et parfois moteur de ces changements.LES ÉCRIVAINS SONT-ILS BÊTES?Roger Nimier Rivages 200 pages Ce volume rassemble des textes de Rogier Nimier sur la littérature, publiés entre 1947 et 1962 dans différentes revues.« Car l’ennui de me tenir assis devant mes cahiers, cette cruelle épreuve que je m’imposais au milieu des épreuves, m’avait un peu mûri, me donnant parfois de l’orgueil, parfois aussi le goût de la vérité, parfois même l’appétit de me connaître.Cet appétit, pourtant, je ne l’avais jamais eu plus d’une minute à la fois — minutes perdues dans un grand bonheur involontaire : celui de ne pas m’intéresser à moi.» CAROLE FRECHETTE BABY BLUES LES HERBES ROUGES THEATRE CAROLK FRÉCHETTE BABV BLUES THÉÂTRE | • Celte première pièce de C'a- ; role Fréchette, véritable =1 théâtre de l'intime, mani- -l’este a\ec éclat une nouvelle £ sensibilité.LES HERBES ROUGES DOMINIQUE DEMERS MON LIVRE À MOI Texte et illustrations de Charlotte Voake Gallimard Paris, 1989, 45 pages Plus qu’un imagier : un véritable almanach des petits ! Un bouquet de lettres et de chiffres, de couleurs, de rimes et de fleurs; tout à la fois bestiaire, herbier, livre de comptines et abécédaire.Pour apprendre le nom des fruits et des insectes, des véhicules et des formes comme des jours de la semaine.Une mise en page sautillante, des images folles et gaies qui ne perdent rien de leur lisibilité.Un livre à grignoter à deux en prenant plaisir à combler de remarques et d’échanges les silences entre les images et les pages.CHIEN BLEU Texte et illustrations de Nadja L’école des loisirs Paris, 1989 La petite Charlotte se lie d’amitié avec un grand chien bleu que ses parents refusent d’adopter.Un jour, elle se perd dans la forêt où rôde l’Esprit des bois déguisé en panthère noire.Chien bleu l’y rejoint et lutte toute la nuit contre l’Esprit déchaîné.Au petit jour, Charlotte et Chien Bleu rentrent à la maison où il y a désormais une place pour les deux.«Veux-tu rester avec moi pour toujours ?» demande Charlotte.L’immense animal lumineux s’étend tout près d’elle à côté du lit et répond : « Je resterai toujours auprès de toi.» L’envoûtement débute dès les premières images, immenses sur de vastes doubles pages.Des peintures tour à tour tristes, affolantes et terrifiantes cèdent finalement l’espace à des compositions euphorisantes, sereines et rassurantes.On en sort tout chamboulé.Une grande histoire d’amour.LE PRINCE GRENOUILLE Jacob et Wilhelm Grimm Illustré par Binette Schroeder Raconté par Anne-Marie Chapouton Éditions Nord-Sud, Suisse L’histoire d’une princesse si belle que le soleil s’émerveillait chaque fois qu’il éclairait son visage.Une grenouille repêche sa balle d’or dans la fontaine et, pour la récompenser, la princesse doit partager avec elle sa table et son lit.Le soir, dégoûtée et en colère, la princesse jette de toutes ses forces la grenouille contre le mur et c’est un prince aux beaux yeux d’amitié qui retombe à sa place.Selon Bruno Bettelheim, ce conte dit que pour pouvoir aimer il faut être capable d’exprimer des sentiments, même négatifs, et que les premières expériences sexuelles peuvent être repoussantes.Que les enfants en tirent ou non cette signification, ils seront éblouis par les illustrations de Binette Schroeder.Ses peintures disent le désir et l’angoisse, le désenchantement et la férié à partir de contours flous, de couleurs estompées et de riches dégradés où des lambeaux de lumière et de fines pluies d’or percent le brouillard.LA BALEINE AUX YEUX D’OR Texte de Chantal de Marolles Illustré par Bernadette Pons Grasset-Jeunesse, Paris 1989 La merveilleuse histoire de Noll, un petit garçon malheureux qui n’a, pour seul réconfort, que l’amitié d’une baleine aux yeux d’or.Lorsque le roi capture les yeux de son amie qui, désormais, gémit en se cognant aux vagues, Noll accepte de risquer sa vie pour lui rendre son fabuleux trésor.Un conte poétique traversé de lumière où l’on entend les froissements d’eau de mer et le coeur battant d’une baleine.Chantal de Marolles et Bernadette Pons célèbrent l’amitié avec des images et des mots graves et percutants où triomphent le bonheur et la sérénité.SAUVEZ MA BABOUCHE ! Texte de Gilles Gauthier Illustré par Pierre-André Derome La courte échelle Coll.« premier roman » Montréal, 1989, 62 pages Les trois mousquetaires ont perdu leur seul membre à quatre pattes : Babouche, la vieille chienne de Cari.Avec l’aide de leurs parents, Cari et Garry libèrent la pauvre Babouche emprisonnée à la fourrière.Un minuscule roman très bien construit où l’auteur réussit, dans une langue claire et sobre, à aborder des sujets délicats avec beaucoup de justesse et de sensibilité.En cherchant avec lui sa Babouche, Cari apprend le secret de son meilleur ami : comme sa chienne, le père de Gary a déjà vécu derrière les barreaux.Mais surtout, ce précieux petit roman parle de la mort aux enfants.Cari découvre en pleurant « qu’on peut toujours sauver une vieille chienne de la fourrière, mais pas de la vieillesse, ni de la mort.» Les illustrations servent admirablement ce beau texte couronné du prix Alvine-Bélisle 89.CIEL D’AFRIQUE ET PATTES DE GAZELLE Robert Soulières Pierre Tisseyre Coll.« Conquêtes » Montréal, 1989, 256 pages.« En plus de contenir 256 pages, ce roman comprend : une chanson, un film western, une improvisation théâtrale, un passage dont vous êtes le héros, la plus longue énumération de toute la littérature québécoise pour la jeunesse, des illustrations, quelques notes de musique, beaucoup d’aventures et encore plus d’humour, des sourires et des clins d’oeil, etc.» C’est ce que dit le résumé publicitaire au dos du livre et, pour une fois, la publicité ne ment pas.Robert Soulières avait déjà séduit les jeunes lecteurs — et le jury du prix du Conseil des Arts — avec ses impertinences et ses bouffonneries dans Casse-tête chinois.Ici, il ne récidive pas : il empire ! Plus fou, tu meurs.LA VIE EST UNE BANDE DESSINÉE Denis Côté Pierre Tisseyre Coll.« Conquêtes » Montréal, 1989, 209 pages Chacune de ces quatre nouvelles explore un univers étonnant de façon inédite.Un jeune dévoreur de bandes dessinées déniche un exemplaire de Tintin en Bordurie, un magicien est accusé d’utiliser sa magie pour exercer le métier de bandit et une Québécoise d’origine cambodgienne découvre que l’homme de son coeur est peut-être un pirate de l’informatique.Les jeunes lecteurs peuvent aussi se glisser dans le personnage de Luce, une maigrichonne à lunettes, vedette de la nouvelle dont vous êtes l’héroïne.Pour Denis Côté et ses héros, la vie n’est pas un roman mais une bande dessinée : une aventure folle, passionnante, peuplée de personnages plus grands que nature, de hasards foudroyants et de dénouements imprévisibles.Sauvez ma Babouche! lo.couru échtUfc Le Devoir, samedi 24 février 1990 M D-7 • le plaisir des mes De l’humour tchèque à la satire politique LA FAÇADE Libuvse Montikova Traduit de l'allemand par Nicole Casanova Pierre Belfond, 1989, 340 p.R4RIZEAU Lettres ?'• La seule richesse de l’humanité c’est l’art, c’est la musique, mais surtout la peinture et la sculpture.Libuvse Monikova, femme de lettres, transpose et il est très bon son bouquin ! lin scène quatre artistes, ni jeunes, ni séduisants, mais on s’attache à eux dès la première page.Orten, le graveur, Podol, Patera et Maltzahn sont à la fois drôles et pathétiques dans leur effort de sauver la façade du vieux château inutilisable à cause de son chauffage qui ne fonctionne pas, de l’humidité de ses murs et de plusieurs autres inconvénients.L’action qui demeure vivante et crédible avance sur trois plans.Certes, il y a les travaux décrits d’une façon à ce point réaliste qu’on a l’impression presque de sentir la poussière de plâtre qui recouvre les visages de quatre hommes, mais en même temps on vit avec eux au jour le jour et on fait connaissance avec leur entourage.Il y a aussi des scènes fort cocasses où Podol chasse à coups de giclées de mortier un « héros socialiste du travail » qui avec un groupe de sokhoziens visite le château.Il prend ainsi des risques graves, mais le soir même ils boivent ensemble la bière à la taverne et se posent entre Tchèques des questions sur leurs véritables origines et sur les différences qui séparent les natifs de la Bohême et de la Slovaquie.Au même moment dans les cuisines du « Bélier » on prépare le fromage de tête au cumin et Maltzahn pour qui ce plat national est trop gras, demande : « qu’est-ce qui les intéresse, dans la brasserie, ces sockhoziens, le monopole sur la bière ou le berceau de Smetana ?» Les quatre artistes évoquent à travers les événements les grands musiciens et les grands écrivains, tout ce dépôt de la culture tchèque qui malgré les changements politiques demeure l’héritage de ceux qui savent encore regarder, écouter et apprécier, tandis que les autres se fondent dans les masses informes des « hommes creux ».Sans cesse tempéré par la fantaisie, le symbolisme de Libuvse Monikova atteint une dimension universelle.Quand Marie, une femme fort séduisante, une artiste elle aussi, raconte à Orten les découvertes culturelles faites lors de sa mission au Japon, on s’amuse ferme ! Ensemble, ils décident finalement d’envoyer une pétition à la Cinémathèque de l’Institut Cinématographique de Prague pour protester contre le doublage des films qu’il considèrent comme une « malédiction ».Tout cela après une longue discussion sur le cinéma en général et certains films américains en parti- Cité des anges ou Bangkok est un pays LE BOUDDHA DERRIERE LA PALISSADE Cees Nooteboom traduit du néerlandais par Philippe Noble Arles, Actes sud coll.« Terres d’aventure » 1989, 59 pages JACQUES CROUSSET Pour qui fréquente les librairies, un détail frappe : l’abondance des titres publiés par Actes sud.Littérature, théâtre, philo, analyse de texte, tout, en effet, y passe.Et rares sont, dans le tas, les erreurs de parcours.Grâce à Actes sud, on a pu connaître des auteurs, comme Nina Berberova ou Maria Messina, qui autrement seraient restés enfouis dans les limbes.L’année dernière encore, pour ne pas être en reste, on inaugurait, de concert avec une grande agence de voyage parisienne, une nouvelle collection consacrée au voyage : « Terres d'aventure ».Dans cette collection ont déjà défilé de grands noms, grands voyageurs par surcroît devant l’E-ternel, tels Isabelle Eberhardt, Alan Booth, John Steinbeck.Le dernier en date de ces grands nomades s’appelle Cees Nooteboom.Cees Nooteboom est un écrivain néerlandais né en 1933.Auteur de plusieurs romans, dont quelques-uns ont déjà été traduits en français, il est très connu chez lui en Hollande et de plus en plus sa réputation franchit les frontières.Et pour cause : c’est un excellent écrivain qui dépasse, et de loin, les soi-disant génies qui inondent le marché.De Nooteboom, je connais- sais déjà quelques textes, dont Mokuseï! et Le Chant de l’être et du paraître, également publiés chez Actes sud.Mokuseï racontait, un peu à la mode Wim Wenders, une histoire se passant au Japon.Le Chant de l’être et du paraître était une métaphore — très réussie — sur les difficultés de récriture.Avec Le Bouddha derrière la palissade, on franchit une autre étape.Le Bouddha derrière la pahssade est le récit, très court, d’un voyage effectué par Nooteboom en Thaïlande, il y a quelques années.Il met en scène une ville, une seule, Bangkok.Bangkok, comme le dit Nooteboom, est un pays.Un immense pays avec ses cinq millions d’habitants s’empilant en bordure d’une multitude de canaux.Il nous le décrit minutieusement, entre autres ses « deux à trois cent mille femmes travaillent dans ses 97 night-clubs, ses 119 instituts de massage, ses salons de thé, ses 248 bordels interdits mais parfaitement trouvables et ses 394 restaurants-discothèques ».Bangkok en thaï signifie, ironie du sort, Cité des anges ! Mais ce qui plus que tout a attiré Nooteboom à Bangkok, c’est Bouddha.Bouddha qu’il voit à l’oeuvre partout : dans les gestes tout en grâce de danseuses publiques, dans le son d’une musique enchantée s’élevant derrière une palissade, dans le regard moiré de ses interlocuteurs, dans les temples au bord de l'eau qui se refusent à livrer leurs secrets, etc.Avec Nooteboom, qui n’est pas un voyageur comme tout le monde, on pénètre dans un monde isolé, insolite mais, aussi et surtout, rempli de paradoxes.À lire à tout prix.culier, puis français.On comprend que plusieurs impérialismes culturels passent d’abord par les grands et petits écrans ! À la faveur des échanges culturels internationaux, on assiste à la réception donnée par madame la Conseillière qui parle de la « rénovation nationale » et de l’organisation de « l’Exposition du Jubilé pour l’année Smetana ».Les quatre artistes sont délégués au Japon et de là invités en Sibérie où les savants les informent sur les dernières découvertes mathématiques.Comme il s’agit d’artistes la situation se complique d’autant qu’ils avouent en toute sincérité leur manque total d’intérêt pour les sciences.Libuvse Monikova, professeur de littérature comparée à l’Université de Kassel et de Brême en Allemagne de l’Ouest, auteur de plusieurs essais dont celui sur Franz Kafka, son compatriote et peut-être aussi, en matière de l’écriture son maître, a un sens de l’humour qui exige beaucoup de culture.Tout passe dans son roman, de la fraude du plébiscite d’après-guerre jusqu’à l’action des tanks soviétiques à Prague, en 1968, des influences de Maia-kowski jusqu’à la faillite du réalisme socialiste dans le domaine de la peinture et de l’architecture.Des références à certaines expériences significatives, à la fois lugubres et très drôles, telles les folles dépenses faites en pleine crise de famine pour édifier à Moscou une réplique fidèle de la tour Eiffel et un peu plus tard pour construire des habitations à loyers modérés, identiques à celles de la Cité Soleil de Marseille, complètent cette charge contre les prétentions culturelles immuables des Russes.Du « Village à la Potem- kine » jusqu’à la « Cité Soleil », la distance n’est pas si grande finalement ! Vers la fin du roman la situation de quatre artistes risque de tourner au drame quand on fait disparaître leurs passeports.Heureusement Orten parvient à séduire Lena, La Grande Chamane qui organise leur retour par des moyens tout à fait inédits.— « Les hommes sont des belles créatures parfois, constate-t-elle, mais ils sont encore mieux en rennes.Ils sont aussi plus utiles, la plupart du temps.Tu pourras partir demain, je te donnerai deux rennes.Iégor tire bien, Formitch doit encore apprendre.Il n’est chez nous que depuis l’été.Il voulut lui aussi nous recenser, l’imbécile.Tu ne pourra jamais frapper assez for-t.il devrait s’envoler, mais il renâcle, le bureaucrate ! Il n’a jamais travaillé, ne le ménage pas ! » Vengeance de femme, ou cri de coeur contre le poids de la bureaucratie, il faut lire La façade autant pour le plaisir de rire que pour retrouver l’absurde qui dédramatise certaines réalités, tout en leur donnant une dimension universelle.Comme Franz Kafka, Libuvse Monikova écrit en allemand et comme lui elle éclaire son époque, sans aucune complaisance, mais, beaucoup moins étanche son oeuvre s’adresse au départ à un public beaucoup plus large.Et puis juste en ce moment où se termine la visite au Canada de Havel, le grand écrivain tchèque fraichement élu président de son pays, c’est peut-être le moment de lire son roman pour mieux analyser les enjeux qu’affronte ce pays de l’Europe centrale.Villes de rêve LE ROMAN D’OXFORD Javier Marias traduit de l’espagnol par Anne-Marie et Alain Keruzoré Paris, Rivages, 1989, 239 p.RÉJANE BOUGÉ Il y aies voyages immobiles et tous les autres, les vrais, avec décalage horaire, fatigue garantie.Les voyageurs intrépides jumellent les deux.En fait, la pratique est à ce point courante que la compagnie aérienne espagnole Iberia offrait, l’an dernier, des livres à sa clientèle.Ainsi, ses passagers de première classe et classe affaires ont pu lire certains « classiques» parmi lesquels Juan Benet.L’idée fait sourire.La « région » de Benet, là où il file à ras de terre, découverte à plus de 5 000 mètres d’altitude.ou une nouvelle définition de l’esprit sportif ! Pour les lecteurs francophones, pas besoin de se rendre a Barcelone en 92.Confortablement installés dans leur salon, ils peuvent d’ores et déjà se perdre dans la topographie hyperréaliste d’un Benet, dans les contes un peu pervers de Javier Tomeo ou dans la suite des aventures du Pepe Carvalho de Montalban .Avec ou sans Iberia, la littérature espagnole a le vent dans les voiles.N’en déplaise à quiconque, les personnages de Javier Marias préfèrent le train.De là on rêvasse mieux qu'ailleurs en épiant à l’aise ses voisins.En avalant le paysage, on a parfois même l’impression d’avaler quelque chose de plus substantiel.Côte à côte, s’y retrouvent changeurs d’opéra, banquiers, professeurs, le monde que l’on a pu découvrir dans les deux romans traduits jusqu'à ce jour de ce jeune auteur.Il aura fallu ces deux romans pour constater également que le fils de Julian Marias, philosophe célèbre interdit sous le franquisme, écrit sous in- fluence : celle des villes où le train s’arrête.Madrid dans L’Homme sentimental, une ville où « les regards limpides n’existent pas » et où « le rêve est exclu ».Jugement sévère quand on sait que ses récits empruntent les contours flous de ce dernier.Oxford, « conservée dans le sirop », sera tout aussi inhospitalière.Voilà « une des villes au monde où l’on travaille le moins », dixit le jeune professeur de littérature espagnole proposé comme narrateur.Au milieu de tous ceux qui préparent des traductions définitives, il pérore sur un sujet dont il se fiche éperdument.Dans cet univers décoratif, il se paiera même le luxe, à notre plus grand plaisir, d’inventer une étymologie farfelue.Papiro-tazo ?Allez-y voir ! Le séjour à Oxford aura duré un peu plus de deux ans.Le narrateur insiste : il s’agit d’une perturbation.Jeux de regards lors de dîners officiels, mouvements de jupes, chevilles entraperçues dans le train.Autrement.et bien autrement, il y a sa relation passionnée et passionnante avec sa boite à ordures, de même qu’une enquête un peu floue autour de certains auteurs anglais, prétexte pour nous livrer cette notion du complément terrifiant comme procédé littéraire.Le narrateur en parle, plutôt légèrement, l’air de ne pas y toucher.On ne se méprend pas longtemps.Les digressions, qui constituent la chair de ce roman, ne sont jamais fortuites.Rien de vraiment étonnant d’en retrouver autant sous la plume d'un spécialiste de Laurence Sterne qui affirme se sentir un orphelin littéraire dans son pays.Que la vie soit ailleurs, parfois juste à côté, on le savait déjà.Marias le rappelle en écrivant dans la marge des événements.En bout de ligne de ce roman/séjour trafiqué par la mémoire, il y a le landau du fils nouveau-né.C’est avec lui qu’il se retrouve sous le soleil de Madrid.C’est là que le train s’est arrêté.Madrid ?Oxford ?Pas le choix : il faut faire la navette.Javier Marias en a rapporté un journal de bord des plus fascinants.Pas un roman de blanc sur l’Afrique LA PUISSANCE DE L’ANGE Bryce Courtenay Presses de la Renaissance Paris, 1990, 556 pages MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE On a beau dire, des parents, une famille, c’est bien encombrant.A-t-on jamais songé à la liberté inouië d’un enfant de six ans, mis dans un train qui prend deux jours pour le remener du pensionnat à la maison ?Le pensionnat ?Parlons-en.C’est l’antichambre de l’enfer, et certains jours, ça va même un peu au-delà.C’est plein de nazis en culottes courtes qui terrorisent notre héros, le petit Peekay, et s’excitent en entendant les exploits du pantin Hitler qui leur parviennent de la lointaine Europe.Nous sommes en Afrique du Sud où, comme l’auteur le fait remarquer, s’affrontent « deux tribus blanches », les Anglais et les Afrikaners.Un roman de Blancs sur l’Afrique que La Puissance de l’Ange ?Pas tout à fait et que les catégories sont donc une chose ennuyeuse ! Un a connu en littérature de ces petits bonshommes — des vieillards déjà — dotés d’une lucidité effrayante et qui évoluent au milieu d’adultes, parfois féroces, mais bêtes le plus souvent.Giinter Grass donne au petit Oscar une voix stridente qui brise le verre et les nazis — tiens ! encore des nazis ! — applaudissent.Le petit Peekay pour sa part, apprend la boxe et le latin, la botanique et les langues africaines, la philosophie et l’art de passer le tabac en contrebande.Il a pour amis un contrôleur de train, champion d’Afrique du Sud des poids welter ; un vieux professeur tout à la fois allemand, musicien, ivrogne et auteur d’un traité sur les cactus ; une jolie maîtresse d’école érudite qui se peint les ongles en rouge ; et les Noirs, toutes tribus confondues, pour qui il incarne l’esprit de l’Afrique : l’Ange Têtard est son surnom.Pendant presque six cents pages, Peekay connaît toutes sortes d’aventures.Bryce Courtenay est souvent ironique et il n’ennuie jamais.Sous ses dehors d’agréable divertissement, son roman va peut-être plus loin.Cette diversité en effet — influences, amitiés, milieux de vie — finit par donner une formidable leçon de tolérance.Elle renvoie à une vision globale de l’individu que n’aurait pas désavouée la Renaissance dont on s’inspire au demeurant, dans ce pensionnat huppé où Peekay se retrouve un jour.Nous sommes pendant la guerre.Pour le moment, on peut encore tabasser les Noirs sans qu’ils ne songent à protester.Les petites esclaves de la maison dorment au pied de la cheminée et le matin, « les domestiques arrivaient des bidonvilles noirs cachés derrière l’éperon de l’un des contreforts pour préparer le petit déjeuner des Blancs.« Ce petit matin tranquille en Afrique du Sud, est un des derniers.Un jour, terrible transgression, Peekay affronte un Noir à la boxe, dans son village.Un jour, il existe des cours du samedi pour apprendre à lire aux Noirs et c'est Peekay qui les donne.On peut reprocher à Bryce Courtenay le symbolisme un peu trop appuyé de son roman, mais peut-on lui reprocher d’être généreux ?finalistes POUR LE PRIX DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL I: La Rage Louis Hamelin fjf '.ï #v à LOUIS HAMELIN La Rage La critique crie au génie! «Un roman choc d'une rare audace» Le Soleil «Un roman génial» Le Devoir «L’écrivain des années 90» Journal Les Affaires «Unjivre troublant, dérangeant, superbe» Le Quotidien LE DOMAINE DES SANS YEUX JACQUES IAZURE JACQUES LAZURE Le Domaine des Sans Yeux Un récit sobre et dense sur le thème de la dépossession d'une race.Une histoire d'une grande lucidité.COllfCTION LITTÉRATURE JEUNESSE A PARTIR DE 1 4 ANS G DE I *
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