Le devoir, 10 mars 1990, Cahier A
aniouàt.ULÉBEC I RA H EUR /-a gastronomie française de qualité J votre portée 1025, rur laurier DES IDEES, DES EVENEMENTS Le Devoir, samedi 10 mars 1990 ¦ A-9 Respecter le caractère unique de la rue Sherbrooke Comment redévelopper le site de l’église unitarienne du Messie ?JEAN-CLAUDE MARSAN Architecte LES PROMOTEURS et les tenants du projet de redéveloppement du site de l’église unitarienne du Messie (angle des rues Sherbrooke et Simpson) par un complexe de condominiums de 17 étages justifient leur position à partir du fait que l’édifice voisin, le Port Royal, est deux fois plus élevé que la tour proposée.Or cela n’a rien à voir, à mon avis, avec la véritable problématique du redéveloppement de ce terrain.Celle-ci concerne avant tout l’intégration du futur édifice dans ce secteur particulier de la rue Sherbrooke, dont le caractère ne peut être dissocié de celui du Mille Carré et de son évolution.Ce quartier historique a connu trois phases chronologiques de développement.— A partir de 1850 environ, ce territoire accueille des demeures bourgeoises cossues, la plupart unifamiliales, sur des terrains de grandes dimensions.— De 1880 à 1930 environ, le Mille Carré connaît une période d’intense développement marquée par une densification et une diversification des fonctions.Les grands terrains sont morcellés et les résidences mitoyennes à rangée abondent.La rue Sherbrooke devient alors l’épine dorsale du quartier.Elle prend le caractère d’une avenue de prestige avec ses maisons à appartements de haut standing, son hôtel unique (le Ritz Carlton), ses boutiques chic, enfin ses institutions dont le Musée des Beaux-Arts et plusieurs églises.Pour son charme, son prestige et son élégance, la rue Sherbrooke se mérite alors le surnom de 5e Avenue montréalaise.— La troisième phase de développement, qui va de l’après-guerre jusqu’à récemment, est à plusieurs égards désastreuse pour le caractère du Mille Carré.Sous l’action combinée d’une économie fleurissante, d’un engouement pour le développement de caractère moderne et de règlements de zonage permissifs, le secteur est envahi par de hautes tours d’habitation et de bureau qui détruisent irrémédiablement en de nombreux endroits son échelle et son caractère.Une grossière erreur Le caractère qu’il faut protéger et mettre en valeur dans ce secteur de la rue Sherbrooke, c’est celui de la deuxième phase de développement du Mille Carré.En effet, de toute la rue Sherbrooke, c'est son côté nord, entre les rues Guy et de la Montagne, qui présente la plus belle et la plus authentique succession d'édifices capables de témoigner encore du caractère d’une avenue de prestige du début du siècle.Se succèdent ainsi, de l’ouest à l’est, les appartements Linton, (l’église unitarienne du Messie maintenant en ruines), l’église St.Andrew and St.Paul, le Musée des Beaux-Arts, l’église Erskine and American et les appartements Le Château.Lorsque les promoteurs et les tenants de la tour proposée la comparent au Port Royal pour en justifier la hauteur, ils font une grossière erreur.Les édifices de référence doivent être ceux érigés au PHOTO JEAN-CLAUDE MARSAN La succession des édifices de prestige sur la rue Sherbrooke cours de la seconde phase de développement du Mille Carré et non ceux qui, à l’exemple des immeubles du Port Royal (34 étages), du National Trust (15 étages) et du Standard Life (21 étages), appartiennent à la dernière et récente hase et marquent une rupture rutale dans la silhouette et le caractère de la rue Sherbrooke.La hauteur acceptable pour toute construction de ce réaménagement ne doit pas dépasser le plafond de 10 étages, créé par la hauteur moyenne des principaux édifices érigés au début du siècle dans ce secteur de la rue Sherbrooke.Ceux-ci comprennent l’édifice Medical Arts (10 étages), les appartements Linton (9 étages), les clochers des églises Erskine and American et St.Andrews and St.Paul (hauteurs équivalentes à 8-10 étages), les appartements Le Château (11 étages), les appartements Acadie ( 11 étages) et l’hôtel Ritz Carlton (11 étages).Les promoteurs ont raison d’affirmer que la Ville n’a pas l’intention de limiter la hauteur sur ce site à quatre étages.En effet, le règlement de zonage no 7488 qui limite les hauteurs à quatre étages au centre-ville constitue un zonage intérimaire visant à permettre à la Ville de préparer et d’adopter un plan directeur pour l’arrondissement Centre.En pratique, l’administration municipale accepte des dérogations pour les projets qui respectent ses objectifs.Quels sont les objectifs de la Ville pour ce secteur ?On peut pré- sumer, en premier lieu, que c’est le règlement de zonage no 3722 — en vigueur avant l’adoption du règlement no 7428 et visant à favoriser l’intégration du développement dans le Mille Carré — qui reflète le plus fidèlement jusqu’à maintenant ses objectifs.Or, en appliquant sur le terrain en question les articles de ce règlement qui ont trait aux marges de recul latérales et arrière, on constate que seul un édifice moins de 10 étages peut être érigé à cet endroit.En second lieu, on peut présumer que les intentions et politiques annoncées récemment par la Ville dans son plan d’aménagement pour l’arrondissement Centre reflètent également ses objectifs.Or celles-ci visent précisément à confiner au Centre des affaires, dans un périmètre bien défini, le développement en hauteur pour éviter qu’il ne prolifère dans les quartiers périphériques.Selon ce plan, le territoire du Mille Carré, incluant la rue Sherbrooke, doit être désigné site du patrimoine.Reconstruire l’église Si un édifice de moins de 10 étages, d’une architecture signifiante, serait acceptable sur ce terrain, ce n’est pas la seule solution à son redéveloppement.La solution idéale pour la mise en valeur du caractère de la rue Sherbrooke serait la reconstruction de l’église du Messie.Ce nouvel immeuble ne devrait pas être une copie conforme du temple qui a brûlé mais témoigner à sa façon de l’architecture contemporaine.Considérant que le presbytère, le Channing Hall et la Maison unitarienne demeurent toujours et que les besoins de la congrégation sont réduits, cette reconstruction pourrait être, comme l’a proposé M.Jerry Kazenel, de superficie et de volume modestes et dégager sur la rue Sherbrooke une place publique.Une telle solution a été appliquée en 1972 à Boston avec d’excellents résultats dans le cas de la reconstruction de la First and Second Church (angle sud-ouest des rues Berkeley et Malborough à Back Bay).L’architecte Paul Rudolph y a construit une nouvelle chapelle au milieu des ruines consolidées de l’église incendiée, en dégageant à l’extérieur un espace public.Donc, dans ce cas du réaménagement du site de l’église unitarienne du Messie, c'est la protection et mise en valeur de ce que la rue Sherbrooke possède de plus unique qui devraient primer comme critère d’intégration.Dans cette optique, c’est la reconstruction de l’église, selon les besoins de la communauté, qui serait la façon la plus susceptible de contribuer au caractère de ce secteur de la rue.À défaut, une solution mixte intégrant le temple à un complexe de condominiums peut être envisagée mais à condition d’être soumise au règlement de zonage no 3722 de façon à lui donner un volume et une allure qui soient compatibles avec le caractère des lieux et à assurer aux résidants des propriétés riveraines les qualités d’environnement auxquelles ils ont droit.« Moyens de pression » et conflits de travail MARC BRIÈRE Dans un jugement rendu le 7 mars, M.Marc Brière, juge au Tribunal du travail, a rejeté la plainte de congédiement pour activités syndicales d’un technicien-ambulancier congédié à la suite d'une dénonciation l'impliquant dans des actes de vandalisme sur la propriété de son employeur.M.Brière en a profité pour glisser dans son jugement quelques réflexions sur un thème d'une brûlante actualité, à savoir les tactiques déloyales, déployés sous le couvert de « moyens de pression », qui ont empoisonné récemment plusieurs conflits de travail.bec pour désigner des tactiques déloyales, généralement syndicales, mais auxquelles recourt également la partie patronale : manifestations vestimentaires, harcèlement disciplinaire, vandalisme, annonce de fermeture d’entreprise, grèves illégales, refus d’assurer les services essentiels dans un service public, intimidation, menaces, méfaits, voies de fait.De tels affrontements ne sont guère civilisés et l’on se scandalise justement de les voir encore entacher notre paysage social après un demi-siècle d’efforts législatifs et administratifs pour assurer des relations de travail normales, pour encadrer, humaniser, équilibrer le rapport des forces qui s’affrontent.CE CONFLIT de travail [aux Ambulances Robert à Lon-gueuil] a donné lieu à de multiples interventions administratives et judiciaires, des commissaires et du Tribunal du travail, du Conseil des services essentiels, de la Cour supérieure, de la Cour des sessions de la paix.Il a aussi donné lieu à des « moyens de pression », selon l’euphémisme souvent employé au Qué- 11 Je miserais ma réputation sur son , excellente J cuisine.joignez-vous à nous pour DEJEUNER sur feu de bois de mesquite laurier ouest, Mtt PARTAGEZ UNE TENDRE EXPERIENCE! 495*35*85 L'escalade conduit à la violence et à la ruine Patrons et syndicats semblent encore trop souvent oublier que, de provocations en mesures vexatoires, l’escalade conduit inexorablement à la violence et à la ruine, tantôt du syndicat et de ses membres, tantôt de l’entreprise et de ses dirigeants.Le sain affrontement devant engendrer des conditions de travail plus justes et de meilleures relations de travail favorisant, dans une efficace concertation, l’essor d’une entreprise commune pour le plus grand bien des salariés et des patrons, cet affrontement dégénère alors en une guerre à mort où tous les moyens sont bons, de part ou d’autre, dans un déchaînement de barbarie à peine déguisé sous des prétentions cyniques de bon droit.LANCEMENT-DÉBAT pour souligner la parution du dernier numéro de possible Le Québec de Van 2000 Le mardi 13 mars à 19h30 à la Maison de la Culture Mont- Royal 465, rue Mont-Royal Est (métro Mont-Royal) Renseignements: 731 "1749 La présente affaire procède d’un scénario classique et offre le même spectacle désolant et humiliant.Une entreprise, généralement une PME, est dirigée par un patron à la fois autoritaire et paternaliste, qui se considère seul maître à bord, n’avoir de comptes à rendre à personne et pour qui il est impensable de soumettre son pouvoir absolu de gérance à l’autorité d’une convention collective de travail et au contrôle d’un syndicat représentant les salariés de son entreprise.Des salariés, exaspérés et craintifs, tentent de s’organiser en syndicat et posent des gestes malhabiles, qui prennent l’allure de provocations, pour se donner une confiance et un courage collectifs et faire naître une solidarité, toujours fragile.Représailles, mesures disciplinaires, congédiements, intimidation, tentent d’enrayer le mouvement.Débrayages et lock-out illégaux s’ensuivent.Dérapage important : des actes de vandalisme, peut-être mineurs, mais toujours graves, surviennent.Le congédiement massif des salariés, déguisé en fermeture d’entreprise, donne lieu à une première intervention judiciaire enjoignant le patron à mettre fin à son lock-out illégal.Six mois plus tard, il n’y a toujours pas de convention collective de travail.Négocie-t-on de bonne foi ?On ne recourt pas à la possibilité de conciliation et d’arbitrage d’une première convention collective de travail.De nouveaux moyens de pression sont mis en oeuvre : on macule les ambulances, on refuse de les nettoyer.L’employeur réplique par de nouvelles sanctions.Des débrayages illégaux surviennent.Puis encore des congédiements et, finalement, la grève illégale illimitée, jusqu’à ce que mort s’ensuive.Qui a gagné, qui a perdu ?Guerre d’usure, guerre de couple mais sans divorce possible, et pour laquelle les responsabilités sont sans doute également partagées, mais qu’il faudra départager pour rendre justice, si c’est possible.Bien pauvre justice qui tentera de corriger ponctuellement quelque tort, de réparer quelque préjudice, mais impuissante devant l’irréparable ! Car il eût fallu pouvoir intervenir à temps pour concilier les parties avant qu’elles ne deviennent ces ennemis irréconciliables et voués à leur perte respective par la force des choses et leur manque de clairvoyance, pour ne pas dire de vertu.Certes le vandalisme n’est que trop souvent le résultat d’une inacceptable violence psychologique exercée par la partie patronale, mais il n’en demeure pas moins intolérable.La solidarité qui consiste à protéger et abriter des saboteurs, des malfaiteurs, et à couvrir leur activité, est une solidarité criminelle; le syndicat et les syndiqués qui agissent ainsi sont coupables de complicité.Certes la délation a mauvaise odeur mais la dénonciation des criminels est une nécessité et une vertu civique.Le silence des témoins de méfaits, leur refus de témoigner ou leur réticence à dire la vérité, toute la vérité, ne valent guère mieux que les crimes commis par leurs compagnons d’armes sous prétexte de guerre sainte, au nom d’un idéal ainsi dévoyé ou simplement pour favoriser les intérêts d’un groupe de travailleurs.Les syndicats ne doivent plus tolérer dans leur sein, encore moins encourager ou protéger, des membres prêts à tout pour extorquer des dirigeants des entreprises de meilleures conditions de travail.Ils se doivent à eux-mêmes d’abord, à leur entreprise ensuite, et à la société en général de discipliner leurs grèves et autres manifestations pour mieux faire valoir ainsi la justice de leurs réclamations.Si ces considérations ne sont pas esentielles à la solution du présent litige, elles n’y sont pas cependant étrangères : un juge du travail, à mon humble avis, se doit de les faire.Des questions qui s’imposent LIBRE OPINION MAY CUTLER Voici la traduction de l'article signé par la mairesse de Westmount et paru récemment dans le Westmount Examiner ROBERT BOURASSA et ses libéraux préparent-ils un coup d’État ?Qui les a mandatés pour changer le lien qui unit le Québec au Canada ?Cela faisait-il seulement partie de leur plate-forme électorale ?N’était-ce pas justement parce qu’ils étaient contre la position séparatiste du Parti québécois que les citoyens du Québec les ont élus ?Comment se fait-il que les membres de ce Parti libéral parlent maintenant ouvertement de « souveraineté-association », alors qu’ils ne la mentionnèrent nullement en campagne électorale ?Bourassa est-il depuis toujours un séparatiste déguisé qui attend le moment opportun ?Est-il vrai que, depuis 1968, il envisage les « états souverains associés » du Québec et du Canada ; qu’en 1978, il voyait le Québec en « état francophone dans un marché commun canadien » et pensait à des « possibilités d’indépendance culturelles dans un fédéralisme économique », comme le rapporte LE DEVOIR du 24 février 1990 ?A-t-il jamais présenté ses intentions honnêtement et ouvertement à l’électorat durant la campagne ?Suit-il la voie tracée par le Parti québécois, se tenant juste assez loin derrière pour récolter les votes en prétendant offrir un choix différent ?Qui a donné à Bourassa la permission de négocier, avec ou sans l’accord du lac Meech, le retrait du Québec du Canada ?Comment l’entente du lac Meech en est-elle arrivée à vouloir dire que la survie de l’identité francophone du Québec dépendait de son résultat ?En outre, l’adoption à l’unanimité de l’accord du lac Meech changerait-elle l’orientation actuelle de Bourassa, ou s’en servirait-il plutôt pour justifier une exigence et une crise additionnelles ?Le gouvernement canadien est-il une puissance étrangère opprimant et gênant le Québec ?N’est-il pas constitué à tous les échelons — depuis le premier ministre jusqu’aux fonctionnaires, en passant par les députés et la Cour suprême — de citoyens du Québec ?Ces derniers ne représentent-ils pas les intérêts du Québec tout autant que leurs homologues du gouvernement du Québec ?Bourassa entend-il faire du Québec une entité politique séparée malgré le système de contrepoids que le fédéralisme actuel impose, lequel système fait partie intégrante d’une réelle démocratie parce qu’il représente la protection ultime de l’individu ?Tout citoyen du Québec a le droit de poser ces questions et d’exiger des réponses.Les vrais amis REPLIQ.UE ANTOINE ZALOUM L auteur est un Néo-Canadien résidant à Ottawa.Il répond ici à l'article de Jean Êthier-Blais paru dans cette page le 3 mars dernier DEPUIS mon arrivée au Canada et plus particulièrement au Québec, j’ai connu différents accueils : de voleur de jobs à cher ami et pourtant ie suis d'éducation française et je vibre au rythme de la francophonie.J’ai épousé une francophone, mes enfants fréquentent les écoles françaises et je regarde les chaînes françaises, etc.La langue qui donne à manger Permettez-moi d'attirer votre attention sur les commentaires suivants : 1 ) en 1966, à l’ambassade du Canada du Caire, un certain M.Roy (francophone bien entendu) m’avait fait comprendre, que sans ma connaissance de la langue anglaise, il ne pourrait m’accorder le droit de venir m'installer au Canada, car selon lui, je crèverai de faim avec ma connaissance limitée de la langue de Molière et pourtant, cher ami, c’est ma connaissance de cette langue qui me fait vivre depuis plus de 20 ans; je recommande à ceux qui veulent vivre en français, qu’ils choisissent les régions francophones et qu’ils sachent parler le français; 2) je regarde dans mon cercle d’amis d’enfance, tous bilingues ou polyglottes; ceux qui ont travaillé et qui ont fait carrière au Canada anglais conservent et conserveront les langues comnues et apprises et selon leur éducation vivront au rythme «anglophone ou francophone*; 3) les autres Néo-Canadiens qui ont débarqué sur cette terre d’accueil et qui ne connaissaient pas une des langues officielles d’ici, apprendront celle qui leur donnera à manger, ils n’ont pas le choix ; leurs associations seront composées de deux groupes linguistiques d’où la difficulté de prendre partie lors des grands débats nationaux; de plus les francophones hors Québec s’affichent très souvent en anglais, en privé et en raison sociale; nous n’allons pas être, cher ami, plus catholique que le pape; 4) dans la région de la Capitale nationale, le milieu cinématographique, les postes FM ont une programmation a préséance anglaise; 5) je réside depuis quelques années à Ottawa, capitale d’un pays soi-disant bilingue, où l’affichage et le service dans les lieux publics se font généralement en anglais et pourtant les écoles de l’Ontario ont un programme d’immersion française qui a produit toute une génération de jeunes bilingues.De plus, en tant que francophone, je suis considéré par l’ACFO comme citoyen-francophone de seconde zone, j’ai dû faire partie de l’Association multiculturelle francophone de l’Ontario pour revendiquer rien de moins que ma reconnaissance comme francophone à part entière; 6) moi aussi, cher ami, j’ai connu ma part de vexations du genre « we d'nt need you, we are going to ship you to Quebec ou speak white.» tu vois que je souffre comme toi.C’est pas ça l’amitié ?Les minorités finissent par payer « À Rome, je fais comme les Romains », mais au Canada, il est difficile de faire comme les Canadiens pour la simple raison qu’ici les Canadiens se cherchent et se disputent depuis l’aube de la Confédération, en ’passant par Victoria avec M.Bourassa, la nuit des longs couteaux avec M.Lévesque et maintenant avec le lac Meech qui déborde et qui commence à sentir.L’Europe de l’Est a refait son image en six mois, mais nous ici.La politique de compromis basée sur des gains électoraux et de querelles partisanes, crée des situations qui se compliquent à la longue (à la langue ! ).Des signataires d’ententes dont les successeurs ne se considèrent ni solidaires, ni liés.Les Canadiens voyagent à travers le monde et acceptent les langues locales et s’accommodent, mais ici, comment conduire au Québec avec une signalisation en français, comment magasiner au Québec avec l’affichage en français ?Cela devient une affaire d’Êtat, création de comités, crise ministérielle et le gouffre entre les deux peuples s’élargit.Nos psychologues devraient se pencher sur les conséquences néfastes de faire traîner un malaise.Dans une société de consommation où on change ce qu’on veut (maison, auto, meubles, patron, conjoint, etc.) facilement et au rythme de nos humeurs, on devrait changer le statu quo qui traîne ici depuis des siècles.Nous ne voulons pas etre mêlés à ces crises constitutionnelles parce que l’expérience nous a montré que les minorités finissent par payer.L’histoire du vieux monde contient une série d’exemples.Tant et aussi longtemps, cher ami, que les premières personnes concernées n’auront pas réglé leurs litiges, les Néo-Canadiens joueront la prudence, même si au fond ils ont une opinon et des sympathies.Et de grâce n’optez pas pour le pessimisme parce que c’est dans les moments difficiles qu’on découvre ses vrais amis.t f i « I A-10 ¦ Le Devoir, samedi 10 mars 1990 Les manifestations contre la nouvelle taxe prennent de l’ampleur à Londres LONDRES (AFP) — La police a de nouveau procède hier soir à plusieurs arrestations au cours d’une manifestation organisée à Lambeth, au sud de Londres, contre le nouvel impôt local (« poll tax »), qui a dégénéré en fin de soirée, a indiqué la police.Selon les premières informations communiquées par les services d’ambulances, deux policiers auraient été blessés.La manifestation, qui a réuni 2000 personnes selon les organisateurs, 500 selon la police, avait commencé dans une ambiance assez bon enfant, en dépit de slogans toujours aussi hostiles à Margaret Thatcher, dont une effigie a été brûlée.Mais les policiers ont ensuite été la cible de jets de peinture et de bri- ues, tandis qu'une voiture de police, ans laquelle se trouvait une femme, était renversée par la foule.À la suite de ces débordements, les forces de police ont chargé les manifestants.Peu avant 18 h, la manifestation se poursuivait mais était sous contrôle, a précisé la police.Le conseil municipal de Lambeth, à majorité travailliste, avait indiqué vendredi en fin d’après-midi qu'il comptait discuter son budget dans la soiree et se réunir dans les prochains jours afin de fixer le montant de la « poll tax ».L’impôt local dans cette municipalité devrait être un des plus élevés du pays.Le leader de l’opposition travailliste, M.Neil Kinnock, a rejeté vendredi la violence accompagnant ces manifestations, qui se multiplient depuis le début de la semaine.Selon lui, ces débordements offrent une « diversion » au gouvernement.Il a également rejeté l’attitude de certains membres du Parlement, qui appellent au non-paiement de la « poil tax » et « exploitent » la situation désespérée de ceux qui ne peuvent réellement pas la payer.Mme Margaret Thatcher, en visite en Écosse, a également dénoncé la violence des manifestations, qui est le fait, selon elle, d’une poignée d’extrémistes.Elle a également rejeté les rumeurs de tension au sein de son gouvernement, qui ont mis à mal la livre sterling hier sur les marchés financiers.Mme Thatcher a indiqué dans une interview à la BBC qu’elle pensait avoir « le cabinet le plus uni » qu’elle ait eu depuis son accession au pouvoir, il y a plus de dix ans.SUITES DE LA PREMIERE PAGE + Radio-Canada ment durant plus de sept ans ».M.Delaney dirige la télévision française depuis 1986, mais il avait été le premier vice-président de la Société au cours des quatre années précédentes.M.Veilleux a immédiatement nommé un remplaçant intérimaire au démissionnaire en la personne de M.Guy Gougeon qui entrera en fonction le 2 avril prochain.En termes diplomatiques et courtois, M.Veilleux a mis en relief la compétence et les « accomplissements » de M.Delaney, soit « son intérêt soutenu pour le développement et la direction de TV 5, la revitalisation des ventes publicitaires de la télévision française et le leadership dont il a fait preuve dans le contexte des restrictions qui affectent la Société au niveau de ses ressources ».« Je remercie M.Delaney de son engagement profond envers la radiotélévision publique, ajoute le pdg de la Société, et je lui souhaite plein succès dans tout ce qu’il compte entreprendre.» Nul ne connaît pour l’instant les intentions de M.Delaney sur son avenir, mais en faisant part de sa décision hier, il a mentionné qu’il songeait depuis quelque temps à quitter la Société afin de « poursuivre d’autres objectifs d’ordre professionnel et personnel ».Il laisse même entendre que sa décision de quitter R.-C.était prise avant la nomination du successeur de l’ancien président de R.-C., M.Pierre Juneau lequel avait confié à M.Delaney la vice-présidence de la télévision française.Mais à l’arrivée de M.Veilleux ce- Eendant, soit en novembre 1989, M.elaney a tenu à demeurer quelques mois pour assurer une transition moins problématique.« Maintenant que cette phase est terminée, souligne le communiqué, M.Delaney a cru le moment bien choisi pour aller affronter d’autres défis.» Fidèle partisan d’une information francophone intensifiée et continue, farouche défenseur de l’excellence, résigné à considérer la publicité comme un mal nécessaire sans toutefois aller jusqu’à en dépendre servilement, conscient de la mission particulière de Radio-Canada que les chaînes privées devraient être les premières à reconnaître, M.Delaney n’a jamais raté une occasion d’expri- mer ses vues.Il le faisait récemment dans une allocution qu’il livrait devant la Chambre de commerce de la Vallée du Richelieu ( Le Devoir, 22 février, page 7).Il exprimait alors son inquiétude devant la grogne manifestée par les radiodiffuseurs privés à l’endroit de Radio-Canada, en rappelant justement les objectifs précis de notre radio d’État, tout en réclamant une meilleure part pour le réseau francophone, notamment l’équivalent d’une chaîne d’information continue comme celle de Newsworld dont les anglophones bénéficient déjà.M.Guy Gougeon, le remplaçant intérimaire du démissionnaire, est à l’emploi de R.-C.depuis 25 ans.Il est actuellement vice-président à l’Ingénierie et à ce titre fut la cheville ouvrière de la construction et de l’aménagement de la Maison de Radio-Canada à Montréal.4 Meech gouvernement central.Le Conseil serait composé de délégations des provinces, agissant selon les instructions de leur gouvernement respectif et assujetties à des règles précises de fonctionnement.En gros, c’est une espèce d’institution supra-nationale.M.Bourassa y avait fait allusion lors de son témoignage devant la Commission Macdonald, en janvier 1984, trois mois après son retour à la direction des libéraux.Le PLQ recommandait par ailleurs que neuf juges composent le banc régulier de la Cour suprême, dont trois en provenance du Québec, choisis parmi les juges ou les membres du Barreau du Québec.Le document mettait en cause plusieurs pouvoirs unilatéraux d’Ottawa, permettait la délégation de compétences législatives, et le reste.On ne peut tout résumer ici mais, de façon précise, la réforme Ryan visait notamment « à établir un nouveau partage des compétences législatives, de manière à assurer que, tout en faisant partie d’un pays où le pouvoir fédéral sera suffisamment fort pour agir au nom de l'ensemble dans les matières d’intérêt commun, les provinces — et surtout le Québec — seront les premières responsables du développement et de la gestion de leurs ressources humaines et physiques ».Lors de l’élection de 1981, le programme électoral s’inspirait largement du Livre vert.Ainsi, il réaffirmait l’égalité foncière des deux peuples fondateurs et des deux communautés linguistiques.Il estimait aussi que cette dualité foncière se réalisera « par l’octroi au Québec de garanties propres à faciliter la protection et l’affirmation de sa personna- WEEK-END SAMEDI Ciné-jeunes vous présente le film Équipe de rêve, aujourd'hui à 13 h, à l’école Carillon, 1300 rue Laurier à Lon-gueuil et à 13 h 30 à l’école Saint-Jude, 1450 rue Wagram à Longueuil.646-8661.¦ Aujourd’hui de 12 h à 16 h, course d’attelage de chiens au Parc régional de Longueuil, 1895 rue Adoncour à Longueuil.Rens.: 646-8269.¦ Ce soir à 21 h, soirée musicale avec Patricia Lascano, chanteuse et guitariste, au Cafüers, 4837, av.du Parc à Montréal.Rens.: 270-5336.¦ Aujourd’hui de 13 h 30 à 16 h 30, le Rie Humour vous invite à une rencontre ayant pour but d’initier les personnes intéressées par l’humour aux facettes méconnues de l’humour en général, à l'am-phi.2076, Bibliothèque Bronfman, Univ.de Montréal, 3000 rue Jean-Brillant.Entrée libre.¦ Ce soir à 19 h 30, Forum lutte ouvrière vous invite à une conférence sur le défaite du gouvernement sandiniste du Nicaragua, à la Librairie Pathfinder, 6566, boul.St-Laurent à Montréal.Rens.: 273-2503.¦ Sortir de sa culpabilité, une journée avec Léon Robichaud, le 10 mars, au 15 Alexandre à Valleyfield.Aussi, le soir, à partir du 21 mars, il y aura un atelier sur l’affirmation de soi.Rens.: 371-2226 (Louisette).¦ La bibliothèque Yves-Thériault, 670 Place Publique, Ste-Dorothée à Laval invite toute la famille à une exposition de minéraux et de fossiles, aujourd’hui de 10 h à 16 h.Entrée libre.Rens.: 662-4552.lime, Salon Artimon 1,1155 rue Guy à Montréal.Entrée gratuite.Rens.: 737-3062.¦ Aujourd’hui à 11 h, M.Édouard Roy présente une conférence intitulée : L’être humain et l'arbre de vie, à l’UQAM, 400 Ste-Catherine est, Salle A 2885, Rens.: 845-8022.¦ L’Association du personnel domestique, organisme à but non lucratif, invite toutes les domestiques à son café rencontre le 2e dimanche de chaque mois au 5309 rue Brébeuf à Montréal (métro Laurier).Rens.: 525-6859.¦ Aujourd’hui à 13 h, Josef Haydn (Ire partie) par Michel Brunette, à l’auditorium Saint-Albert-le-Grand, 2715, chemin de la Côte-Sainte-Catherine à Montréal.332-4126.Aujourd’hui à 11 h, conférence de Jennifer Jackson (en anglais) intitulée : Toulouse-Lautrec and the Belle Epoque, à l'Auditorium Maxwell Cummings du Musée des beaux-arts de Montréal.285-1600.¦ Dans le cadre de l’exposition nationale de scénographie, il y aura une table ronde sur le thème : Pratiques scéniques et conditions de production, aujourd'hui de 13 h à 16 h, à la Maison de la culture Frontenac, 2550 rue Ontario est à Montréal.987-8443.Ciné-jeunes vous présente le film Equipe de rêve, aujourd’hui à 13 h, à l’école Tournesol, 2515 rue Boulogne à Longueuil et à 13 h 30, à l'école Christ-Roi, 3000 rue Dumont à Longueuil.646-8661.Le Centre communautaire Sarto Desnoyers, 135, chemin Bord du lac à Dorval, présentera Alice au pays des merveilles, aujourd’hui à 10 h 30 et à 13 h 30.Rens.: 633-4000 ou 4170 DIMANCHE Aujourd'hui à 14 h 30, à l’aréna de Pier-refonds, 13 777, boul.Pierrefonds, l’équipe de hockey « Les Bons diables », formée de prêtres et de séminaristes, affrontera l’équipe du personnel du Centre Rose-Virginie Pelletier.Rens.: 861-1661.¦ Aujourd'hui à 14 h, conférence de M.Marc Gambino, consultant en relation d'aide, intitulée : La paix intérieure, c’est possible ici et maintenant, à l’hôtel Mari- Jass inc., organisme à but non lucratif, organise du ski de fond et de raquette, le dimanche 18 mars, au Domaine St-Ber-nard.Rendez-vous au métro Crémazie (nord) à 8 h 30.Rens.: 388-8727, égale ment une marche de santé et d’amitié tous les dimanches avec comme animateur Jean Lamarre.326-3007 après 19 h.¦ Des cours de super work-out, le dimanche matin de 10 h 30 à 12 h, au Centre Im-maculée-Conception, 4264 rue Papineau à Montréal.527-1256.lité distincte».Après sa défaite, après le coup de force constitutionnel de M.Trudeau, M.Ryan ne cessa de redire : Le PLQ continuera de défendre d’abord et avant tout les intérêts et les aspirations du Québec.En ce sens, il s’engageait à oeuvrer pour garantir au Québec un droit de veto en ce qui touche les changements constitutionnels, pour élaborer une formule d’amendement, réviser le partage des pouvoirs, le sénat, et le reste.En août 1982, M.Ryan a dû quitter la direction du PLQ.Mais il continue de jouer un rôle prépondérant quant à l’orientation constitutionnelle du parti et du gouvernement.À preuve, pour ceux qui en doutent, l’intervention majeure du ministre de l’Éducation, le 8 décembre dernier, à Kingston, disant que le lac Meech constitue une réponse qu’attend le Québec depuis 25 ans, et qu’il serait « profondément déplorable que le Canada anglais veuille maintenant se délier unilatéralement et sans raison valable de l’engagement solennellement contracté par le gouvernement fédéral et tous les gouvernements provinciaux ».À preuve, aussi, que M.Bourassa ait désigné M.Ryan, plutôt que le ministre responsable, M.Gil Rémillard, pour faire face aux opposants au lac Meech, sur les deux réseaux de Radio-Canada, ces soirs-ci.D’ailleurs, loin de répudier le Livre beige, les libéraux en reprenaient l’essentiel en septembre 1982, dans Prendre les devants.Le PLQ voulait ainsi donner tout son sens à la réalité fondamentale de la dualité canadienne et moderniser le fédéralisme en conformité avec les intérêts du Québec.L’identité québécoise, pierre d’assise de la dualité, disait-on, dans un fédéralisme à réinventer.Les résolutions évoquaient le Québec comme société distincte, proposaient de tenir compte de la dualité canadienne dans quatre domaines essentiels : formule d’amendement, Cour suprême, sénat, partage des pouvoirs, et promettaient de « récupérer le droit de veto du Québec, outil essentiel pour son plein épanouissement dans la fédération canadienne, qui a été abandonné par le Parti québécois».4 Avril comme Louis Roy, Jean Bazin et Serge Gilles.« Cette fois, c’est la bonne, a déclaré au DEVOIR M.Serge Jovin, représentant du KONAKOM à Montréal.Jamais la pression internationale et l’unanimité dans le pays ne se sont conjuguées de cette manière, avec autant de force ».« Avril est prêt à faire de concessions, à la condition de ne pas précipiter son départ », a cependant déclaré une source gouvernementale officielle, qui a cependant tenu à garder l’anonymat.Selon des informations non confirmées officiellement, une bonne partie de la Garde nationale (1000 hommes dotés des blindés légers et d’artillerie) refuserait d’envisager un départ du pouvoir — même avec des garanties — du général Prosper Avril.Le lynchage, jeudi par des manifestants, à la sortie sud de Port-au-Prince, d’un sergent de l’armée qui passait à motocyclette, a nettement contribué à renforcer cet état d'esprit, selon des sources militaires.À Port-au-Prince hier, les soldats qui avaient fait, la veille, preuve de retenue, ont dispersé avec une grande vigueur une manifestation de 250 étudiants qui réclamaient au centre-ville le départ du chef de l’État.De nombreux coups de matraque ont été donnés alors que des soldats ont également tiré des coups de feu en l’air, certains épaulant cependant leur arme à hauteur d’homme, faisant trois blessés par balle, selon des sources médicales.Ces incidents portent désormais à 15 blessés, dont cinq par balle, et à trois morts, dont un militaire, le bilan des manifestations antigouvernementales depuis 48 heures à Port-au-Prince.Au Cap-Haïtien (deuxième ville d’Haïti, à 260 kilomètres au nord de la capitale), 4000 jeunes environ, ont été dispersés par les militaires à l’issue d’une messe en mémoire d’une écolière de 11 ans tuée lundi à Petit Goâve par un soldat.Les forces de l’ordre ont fait usage de grenades lacrymogènes et tiré de nombreux coups de feu en l’air sans que des victimes soient à déplorer.Une manifestation semblable d’un millier de jeunes s’est également déroulée aux Gonalves (quatrième ville d’Haïti, à 152 kilomètres au nord-ouest de la capitale), mais les forces de l'ordre ne sont pas intervenues.Le général Avril, dont la démission est sans cesse pronostiquée comme « imminente », est resté cloîtré hier dans son palais.Des sources Du veto perdu à l’accord Meech Fonderie forcée de fermer LE MINISTRE québécois de l’Environnement, M.Pierre Paradis, a placé hier en situation de fermeture technique la fonderie Nova, de Saint-Hyacinthe dont il a révoqué hier les certficats d’autorisation, indispensables à la poursuite des opérations.Cette révocation s’explique par le non-respect des conditions contenues dans ces certificats d’autorisation et de plusieurs dispositions de la loi de l’environnement, soulignait hier le communiqué émis par le ministère.Le 29 janvier, Québec annonçait son intention de mettre fin de cette façon aux émanations de cette entreprise, qui dépassent les normes en vigueur, selon le ministère.Les mesures temporaires qui avaient alors été proposées n’ont pas permis de réduire de façon significative les émissions de monoxyde de carbone, ni les poussières de la cheminée.Les mesures proposées n’ont pas permis d’améliorer suffisamment, d’autre part, la gestion des déchets dangereux produits par cette entreprise.Les mesures permanentes ne seraient connues qu’en avril et ne pourraient devenir opérationnelles qu’en août.Devant ces délaisse ministère a décidé de révoquer les permis, une décision que la compagnie peut contester devant la Commission municipale du Québec d’ici 15 jours.officielles ont déclaré que les informations selon lesquelles son épouse, Mary Angel, avait quitté le pays jeudi, étaient inexactes.En dépit des déclarations du gouvernement sur les élections, une partie de la population craint qu’Avril ne tienne pas sa promesse d’organiser un scrutin national qui doit en principe culminer, fin octobre, par la tenue d’une élection présidentielle libre.4 Bourassa secrétaire général associé au déve-loppememt économique, qui lui aussi voit comme réalisable sur le plan économique l’indépendance du Québec.Un désaveu cinglant de son supérieur, le secrétaire général du gouvernement, M.Benoit Morin, ne devait pas tarder.« Les propos tenus par M.Ghislain Fortin ne représentent absolument pas la position du gouvernement du Québec », a ainsi écrit M.Morin dans un communiqué dont les mots ont été soigneusement pesés.Visiblement, on avait été surpris des déclarations de M.Fortin.Faites jeudi à l’université Carleton à Ottawa, ces déclarations ne pouvaient qu’étonner puisqu’elles venaient d’une personne qui a rang de sous-ministre et qui a été conseiller économique du chef du Parti libéral de 1980 à 1985 puis conseiller spécial du ministre des Finances, Gérard-D.Lévesque jusqu’à l’an dernier.Membre actif du camp du NON lors du référendum de 1980, M.Fortin a soutenu devant les étudiants de Carleton que la force de l’économie québécoise et le chaos financier qui règne à Ottawa rendent beaucoup plus viable aujourd’hui l’option indépendantiste qu’elle ne l’était en 1980.L’indépendance du Québec ne se fera pas au lendemain de l’échec de l’accord du lac Meech, croit M.Fortin qui a prédit cependant que l’élection éventuelle de Jean Chrétien à la tête du gouvernement fédéral augmentaient d’autant les chances du Parti québécois d’être élu par la suite.Pour Jacques Parizeau, les conclusions auxquelles en arrivent la firme de courtage et M.Fortin ne peuvent être que favorables au Parti québécois.« Ça se prend bien », lance-t-il ajoutant que « ça vaut mieux que la scarlatine».De telles déclarations viennent démontrer que la faisabilité économique de l'indépendance n’est plus un enjeu, croit le chef péquiste.« Ca change le discours puisqu’il ne s’agit plus de savoir pourquoi faire l’indépendance mais comment », observe-t-il.Il est évident qu’il y a un nouveau contexte qui met le premier ministre dans une position difficile.Il n’a plus d’argument économique à opposer à l’indépendance, a ajouté le chef péquiste, qui ces derniers jours a insisté beaucoup sur le fait que le fédéralisme n’est plus rentable pour le Québec.Depuis trois ans, le Québec est de plus en plus déficitaire face Ottawa, ayant par exemple payé au fédéral 1.3 millard $ de plus qu’il n’en a retiré en 1988.« Cette situation accule M.Bourassa à défendre nos belles montagnes Rocheuses », d’ironiser M.Parizeau non sans rappeler que c’est M.Bourassa qui a lui-même activé le débat sur l’indépendance avec ses récentes déclarations sur la « super-tructure» qui viendrait en cas d’échec du lac Meech.Cela dit, M.Parizeau ne trouve Sas correct cependant que la firme lerrill Lynch se lance ainsi dans des analyses politiques car cette firme détient un mandat de la part du gouvernement québécois à titre de chef syndicataire pour le placement des obligations du Québec.À chacun son rôle.Aux politiciens de faire de la politique et aux financiers de faire de la finance, observe-t-il, en rappelant qu’alors qu’il était ministre des Finances il avait fait ce reproche à la First Boston.Cette banque qui était chef syndicataire du Québec aux États-Unis avait fait une analyse politique sur l’indépendance avant le référendum.M.Parizeau l’avait alors remplacé Gilles Lesage —.de noire bureau de Québec DE RETOUR à la barre libérale, fin 1983, M.Robert Bourassa fait siens les grands objectifs du PLQ et les orientations constitutionnelles, tels que véhiculés sous son successeur et prédécesseur, M.Claude Ryan.De façon plus précise, le chef libéral insiste lourdement sur le veto « perdu », un minimum ab solu à récupérer.« Il y a des domaines où l’affirmation des droits du Québec est indispensable, dit-il, dans un entretien avec LE DEVOIR : la question de l’immigration, celle de la Cour suprême, celle aussi de la reconnaissance formelle, dans le préambule de la constitution (canadienne) du Québec comme société distincte.» « S’il y a un pouvoir qui m’apparaît important sur le plan culturel, disait-il encore en septembre 1984, c’est que le Québec puisse, dans le domaine de l’immigration, avoir le dernier mot.Notre équilibre culturel interne en dépend.Compte tenu du déclin démographique que l’on connaît, il est fondamental pour le Québec de pouvoir décider dans le domaine de l’immigration, en dernier ressort, en collaboration avec Ottawa, comme M.Trudeau l’a déjà offert d’ailleurs.» Sur ce point précis, M.Bourassa va plus loin que M.Ryan, qui se disait satisfait de l’entente Cullen-Cou-ture de 1977.Ainsi, avant même de supplanter le PQ, M.Bourassa avait établi solidement l’amorce des fameuses conditions dites minimales.Les voici résumées à la page 58 du programme politique de 1985, sous le titre Maîtriser l’avenir : «Un préambufe reconnaissant le Québec comme société distincte, un droit constitutionnel relatif à l’immigration, une disposition prévoyant la participation du Québec à la nomination des juges de la Cour suprême, une limite au pouvoir fédéral de dépenser et un droit de veto complet pour le Québec dans la formule d’amendement, tels sont les principaux éléments qui permettraient à un gouvernement libéral d’envisager sérieusement l’adhésion du Québec à l’entente constitutionnelle de 1981.» La suite est plus fraîche à la mémoire.Dès l’hiver 1985-86, des négociations à la fois discrètes et intensives s’engagent entre Québec, Ottawa, et les autres gouvernements.Autre jalon important.À Mont-Gabriel, le 9 mai 1986, le ministre responsable du dossier, M.Gil Rémillard, explicite les par Merrill Lynch qui est la plus importante firme de courtage aux Etats-Unis.Le chef péquiste comprend cependant que les milieux financiers se posent des questions sur le débat politique au Québec.On se pose beaucoup de questions car l’idée de souveraineté que d’aucuns avaient enterrée est réapparue très vite, dit-il.À son avis, il appartient à des firmes neutres de faire l’analyse.De fait plusieurs au Canada anglais se posent ce genre de questions depuis quelques mois et cherchent à y apporter des réponses.Ainsi, on trouve dans le dernier numéro du magazine économique « Vista » un exercice de prospettive qui permet d’établir la position économique qu’occuperaient le Canada et le Québec au lendemain de l’indépendance de celle-ci.Par ailleurs, M.Pierre Laurin, vice-président de Merrill Lynch au Canada, a expliqué hier que le service de recherche de Merrill Lynch aux États-Unis a été amené à analyser l’impact de l’indépendance du Québec sur les cotes de crédits de la province, à la suite de pressions exercées par des investisseurs américains ayant pris connaissance de certains articles de journaux publiés au Canada.« Parce que nous vendons des titres à ces gens-là, nous avons une très grande responsabilité envers eux.Il était donc de notre devoir de leur donner une opinion éclairée là-dessus.Il s’agit de l’opinion de notre service de recherche, pas nécessairement celle de nos courtiers qui vendent des titres », a dit M.Laurin.« Si l’on tient compte de la force économique actuelle de la province, soutient M.Joseph Taylor, l’auteur du document, on pourrait soutenir que la cote d’un Québec souverrain ne serait pas très différente de la cote de crédit actuelle de la province ».Très prudent, M.Laurin y est allé de sa propre analyse en déclarant que- l’incertitude suscitée par l’échec possible de l’accord du lac Meech crée présentement une pression sur les titres québécois, mais que la force de l’économie québécoise est telle que, « peu importe les événements, la cote de crédit du Québec n’en sera pas affecté à moyen ou long terme ».Selon lui, cette force repose avant tout sur la politique fiscale du gouvernement Bourassa et la diversification de l’économie québécoise.« Le déficit du gouvernement est en baisse, tout comme les emprunts de la province, alors que la diversification de l’économie nous place à l’abri d’un grand nombre d’intempéries qui pourraient éventuellement survenir.En fait, avec cette étude, nous ne faisons que réitérer notre confiance envers l’économie et les ti- cinq conditions : reconnaissance préalable et explicite du Québec comme société distincte; pouvoirs accrus en matière d’immigration; limitation du pouvoir fédéral de dépenser; droit de veto; participation du Québec à la nomination des juges de la Cour suprême.Août 1986.Réunis à Edmonton, les premiers ministres des provinces « sont convenus à l’unanimité que leur première priorité en matières constitutionnelles est d’engager immédiatement des discussions fédérales-provin-ciales pour que le Québec puisse accepter de participer pleinement, et à part entière, à la Fédération canadienne, et cela sur la base des cinq propositions mises de l’avant par le Québec.Un consensus s’est aussi dégagé parmi les premiers ministres à l’effet qu’ils seront alors en mesure de poursuivre la révision de la constitution sur des sujets intéressant certaines provinces, qui comprendront notamment la réforme du sénat, les pêches, les droits de propriété, etc.» Au lac Meech, fin avril 1987, le Québec a obtenu satisfaction sur ses cinq points.En quelque sorte, ainsi que l’ancien ministre Marc Lalonde l’a rappelé jeudi soir, dans le débat télévisé par Radio-Canada et CBC, il a eu plus que ce qu’il demandait quant à la société distincte (reconnue comme règle d’interprétation dans le texte même plutôt que dans le seul préambule).Par contre, fruit des négociations et des inévitables compromis, le Québec est resté en deçà du droit de veto que M.Bourassa se faisait fort de récupérer.L’accord reconnaît à toutes les provinces un droit de veto sur certaines modifications constitutionnelles qui, à l’heure actuelle, n’exigent qu’une majorité de sept provinces.Que conclure de ce survol ?Si le Canada anglais rejette le minimum réclamé par le Québec, il ne fera pas l’économie, à plus ou moins long terme, de demandes beaucoup plus exigeantes, au risque d’une rupture.À la fois héritier et prisonnier, M.Bourassa ne pourra, même s’il le voulait, négocier à rabais le lourd cahier des revendications québécoises depuis 30 ans, notablement les siennes propres, pour un nouveau partage des pouvoirs.De gré ou de force.Avec ou sans le préalable du lac Meech.Et l’alternative péquiste, est-il nécessaire d’insister, est encore moins fédérale que celle du premier ministre et de M.Ryan, son maître à penser constitutionnel depuis 20 ans, depuis l’échec de Victoria que M.Trudeau a encore sur le coeur.très du Québec ».LE DEVOIR a tenté hier d’obtenir les commentaires de plusieurs chefs d’entreprises.Des appels ont été logés à la Banque Nationale, chez Imasco, Alcan, IBM .et à la Sun Life, mais sans succès.Dans tous les cas, on nous a laissé savoir qu’aucun commentaire ne serait fait à ce sujet.« Les gens d’affaires n’ont pas l’habitude de faire de grandes déclarations aux médias, parce que lorsqu’ils le font ça leur colle aux fesses.Ils apprennent alors à être plus prudents », lance Ghyslain Dufour, président du Conseil du patronat du Québec.Plus loquace, ce dernier a indiqué hier que l’analyse de Merrill Lynch sur les cotes de crédit du Québec et de l’Hydro-Québec ne signifiait pas grand-chose parce que le gouvernement et la société d’État pourraient toujours s’ajuster aux soubresauts de l’indépendance de la province en haussant les impôts ou les tarifs d’électricité.« On peut toujours s’organiser pour rencontrer une cote de crédit, affirme-t-il.Fit contrairement à ce que peut penser l’analyste de Merrill Lynch, l’indépendance du Québec aurait un impact négatif auprès des investisseurs.La période d’ajustement qui en découlerait pourrait être tel qu’on risque d’en avoir pour des années à réparer les pots cassés.L’instabilité politique, ce n’est jamais payant.» Mais ce qui agace le plus M.Dufour, ce ne sont pas les conclusions de cette analyse.Ni les déclarations de plus en plus nombreuses de gens d’affaires sur le climat politique actuel.Selon lui, il ne fait aucun doute que les récents propos de Michel Gaucher, Serge Saucier ou de Bertin Nadeau ne doivent pas être interprétés comme un flirt avec la souveraineté, « mais comme l’expression d’un fort sentiment nationaliste ».Non, ce qui l’agace royalement par les temps qui courent, ce sont les déclarations de quelques ministres libéraux qui dénotent un certain penchant pour l’autonomie de la province advenant l’échec de Meech.« Le parti libéral du Québec n’a pas été élu pour regarder dans cette direction », fait-il remarquer.De son côté, le ministre des Finances du Canada, M.Michael Wilson, rejette du revers de la main l’analyse de Merrill Lynch, et met en garde le Québec contre un affaiblissement de son économie s’il choisit la souveraineté.M.Wilson convient que l’économie de la province est forte et diversifiée, mais pense que sa croissance est attribuable à son appartenance au Canada.« Merrill Lynch, dit-il, sous-estime l’impact politique qu’aurait l’indépendance sur l’économie québécoise.»
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