Le devoir, 24 mars 1990, Cahier D
ÿÆ p§ ?m® • le plaisir des ivres iJ® ULYSSE LA LIBRAIRIE DU VOYAGE 4176 Saint Denis Metro Mont Royal 843 9447 BEBB Sous-sol f jJÎÏÏI Sainte Catherine IJ-lraJJ angle de la Montaane 560 President Kennedy Metro McGill 289 0993 (X.IIV\ 842 7711 QUIDES DE VOYAGE CARTES ROUTIÈRES CASSETTES VIDÉO ACCESSOIRES 1—" Montréal, samedi 24 mars 1990 Denise Bombardier, romancière de la passion Denise Bombardier PHOTO JACQUES GRENIER JEAN ROYER vec son troisième livre, Denise Bombardier réclame le droit à la fiction.Après un premier récit autobiographique, Une enfance à l’eau bénite, après un essai sur le désarroi contemporain, Le Mal de l’âme, voici qu’elle lançait cette semaine Tremblement de coeur (Seuil), où elle se fait la romancière de la passion.Mais quand une femme écrit un roman, on veut souvent ramener son écriture à de l’autobiographie.Encore plus peut-être si elle est un personnage connu, journaliste à la télévision et prisonnière de sa propre image.Comment alors accéder à la fiction ?« Il est vrai que ce que j’écris casse complètement l’image que des gens peuvent avoir de moi, me dit Denise Bombardier.Il est vrai aussi que l’on veut toujours savoir si ce qu’une femme écrit est autobiographique.Dans mon cas, on le fait avec acharnement et cela m’agace, encore que je le comprenne.Moi qui connais beaucoup d’écrivains, en France en particulier, je sais bien que les écrivains n’écrivent que ce qui les habite et qu’à partir de leur expérience.Cependant, ce qu’on cherche à trouver dans mon roman, c’est une réalité qui soit journalistique.Or, il n’y a rien de tel dans mon roman.Je veux réclamer mon droit d’être écrivain.Dans ce livre, je suis la romancière de la passion.» Tremblement de coeur met en scène un personnage féminin, Françoise, femme d’affaires qui a réussi, femme battante comme on dit en France, superwoman comme on dit aux Etats-Unis.Mais la passion la consume et elle a une aventure étrange avec un homme, baptisé A.(comme anonyme ?).Françoise, si forte, se découvre vulnérable dans cette relation intime qui est aussi une relation de pouvoir.Tremblement de coeur raconte en fait le calvaire d’une passion.Dans ce roman, une femme cherche à se déposséder de la passion pour accéder à l’amour.« Il faut prendre ce titre pour ce qu’il dit, me précise Mme Bombardier.Qu’est-ce qu’un tremblement de terre ?C’est une secousse qui n’épargne rien.» À l’émission Apostrophes, où elle était l’invitée de Bernard Pivot, le 4 mars dernier ( l’émission sera diffusée demain soir à TV5 ), Denise Bombardier a précisé le sujet de son roman.Pourquoi son personnage Françoise se met-elle à vomir après chaque rencontre avec son amant ?« Parce que dans cette passion elle cherche un sens à sa vie et que son amant se contente de la relation sexuelle.Pour Françoise, la sexualité n’est pas une fin.» D’autre part, ajoute Mme Bombardier, le roman met en scène une relation de pouvoir entre les amants.Françoise a le contrôle de la situation et cela l’affole car ce qu’elle voudrait c’est s’abandonner.« C’est ce que le féminisme n’avait pas annoncé, ajoute la romancière: le prix que les femmes allaient payer pour leur égalité sociale.Françoise est souffrante, rongée par l’angoisse et la culpabilité d’abandonner ses enfants pour ses voyages d’affaires et sa passion.Elle est gagnante partout mais dès qu’elle est seule avec elle-même, dès qu’elle est obligée de réfléchir sur ce qu’elle est, elle n’en peut plus.» En effet, le personnage du roman de Mme Bombardier se bat contre la solitude.Elle est constamment en mouvement et ne veut pas entendre le silence du monde en elle.Le seul silence qu’elle affronte est celui de la dépossession.« Françoise est obsédée par la mort, précise la romancière.Au fond, elle n’a pas peur de l’avenir mais du présent.La mort n’est pas dans l’avenir, la mort est dans le fragment de l’instant.« Son ennemi, c’est elle-même et non l’homme avec qui elle veut toujours entrer en rapport.Ce qui lui fait mal au coeur a chaque fois, c’est qu’au bout de la fusion elle espère s’abandonner mais se retrouve devant un vide.Ce n’est pas à cause d’un interdit qu’elle vomit ni parce qu’elle serait en état de péché mortel comme dans un roman de Mauriac.Non, pas du tout ! » Certes, 'ITemblement de coeur ne ressemble pas à une sérénade de Schubert ni à un roman du 19e siècle.On y rencontre une femme bien contemporaine, qui cherche à se sortir de sa passion pour enfin se posséder dans l’amour.« Il y a une distinction à faire entre l’amour et la passion et cela ne se voit qu’avec l’âge.À 30 ans, si on pense que les hommes et les femmes sont égaux, selon les idéologies actuelles, on ne comprendra pas la passion.Car la passion fait éclater toutes les idéologies sur le couple.Je dirais que la passion se passe en dehors Voir page D - 2 : Bombardier Le lie Salon du livre de l’Outaouais s’ouvre à la francophonie internationale MARIE LAURIER DE NOUVEAU la région de l’Outaouais est en effervescence et les 200 bénévoles à l’oeuvre pour la tenue du lie Salon du livre qui se déroulera du 27 mars au 1er avril au Palais des congrès de Hull.Comme chaque année, cette fête du livre prend des proportions toujours plus considérables, sans oublier son petit côté d’inédit et de nouveautés.Ainsi elle s’internationalise en accueillant une délégation de 42 artisans de la littérature française, notamment des écrivains et des éditeurs de la Belgique, de la Suisse et de la Franche-Comté.« Cette idée a germé lors du Sommet socio-économique de l’Outaouais de 1986 et enfin elle se concrétise.Nous espérons ainsi établir un un plateau d’échange culturel et commercial avec ces pays francophones », espère M.Roger Dufour », président du salon, qui compte bien que le Salon recevra encore une fois « ses 40,000 fidèles visiteurs».« Il s’agit d’un public captif peut-être, admet-il, mais c’est certainement une réussite si l’on tient compte d’un bassin de population de moins de 300,000 personnes.» Les organisateurs du Salon ont également prévu des activités particulières pour souligner l’Année internationale de l’alphabé- tisation.Dès la journée d’ouverture le 28 mercredi 28 mars, les activités sont consacrées à ce thème avec la tenue d’un débat portant sur l’adulte en situation d’apprentissage et un jeu-questionnaire pour les jeunes sur les pièges de l’orthographe.La présidence d’honneur a été confiée à l’écrivain et environ-nementaliste Paul Ohl, auteur de romans historiques dont le tout dernier, Drakkar s’intéresse aux Vikings, aventuriers des mers.« Je suis particulièrement fier de l’honneur qui m’échoit, puisque ce salon est le plus sympathique et le plus chaleureux que je connaisse, a-t-il déclaré cette semaine.Depuis que je fréquente ces milieux comme écrivain, je puis vous assurer que votre salon est un des mieux réussis et des plus stimulants », a-t-il ajouté à la grande joie de ses hôtes qui savouraient ces propos avec une grande fierté.À titre de président d’honneur, M.Ohl se fera un devoir d’être présent pendant toute la durée du salon et de se faire « le porte-parole d’une francophonie à la fois forte et fragile », notamment dans cette région frontalière où la langue est plus particulièrement menacée.« Mais la région de l’Outaouais relève le défi de la défense du français de façon éclatante par la tenue de ce salon et tous les artisans du milieu du livre méritent de figurer au palmarès de l’excellence.» M.Ohl sera omniprésent et il entend bien rencontrer « le plus de monde possible ».Il sera secondé dans sa tâche par les présidents de chacune des journées, les auteurs Francine Ouellette (Sire Gaby du Lac), Bertrand Gauthier (Ani Croche), Stéphane-Albert Boulais (Barrueco) et Lucien Francoeur ( Perfecto nuit).Ce dernier donnera le coup d’envoi du Salon le soir du 28 mars en présentant un spectacle de son cru, en plus de participer à la soirée de la poésie le samedi 22 mars.Le thème du salon Lire pour dire, illustré par une affiche réalisée par un jeune ontarien de 20 ans, François Leclerc, s’inscrit dans la double fonction de l’écriture et de la parole, ce dont se réjouissait Jacques Languirand qui sera de la fête et diffusera en direct quelques-unes de ses émissions Par quatre chemins.On notait tout particulièrement que Radio-Canada fera écho au salon dans toutes ses émissions locales et régionales, une participation qui avait douloureusement fait défaut l’année dernière en raison d’un conflit de travail.Tout comme par les années passées, mais de façon intensifiée, on donne une place aux jeunes et de nombreuses activités sont prévues pour eux : des con- cours d’écriture, d’art oratoire, de dictée, des jeux questionnaires, des ateliers de poésie et de théâtre, et pour les 6-12 ans la visite des animateurs de la populaire émission 526-ALLO, Louise Racicot et Michel Mongeau.Plus d’une centaine d’auteurs, d’écrivains, de poètes québécois et étrangers, tous représentants de la grande francophonie littéraire, seront au rendez-vous, soit pour rencontrer les visiteurs, participer à des tables rondes, animer des ateliers ou signer leurs ouvrages.À chaque jour, la Place Yves-Thériault sera le théâtre des échanges culturels entre les invités et les visiteurs, selon une programmation déjà établie de sujets de discussion.Parmi les écrivains étrangers, on mentionne les noms de Katherine Pancol, André Besson, Roland Bouhéret, Marie-France Briselance, Yves Ravey, Jean-François Solnon, Anne Walter, de France, Raoul Veneigem, de Belgique et d’autres du Sénégal et du Maroc.En plus, évidemment, des 42 délégués de Suisse, de Belgique et de la Franche-Comté qui arrivaient à Hull mercredi pour entreprendre leur tournée touristique, d’amitié et d’affaires dans la région.Le Salon du livre de l’Outaouais a été mis sur pied en 1979 par le regretté Jacques Poirier (il est décédé l’année dernière quelques semaines avant la tenue du 10e salon).Le première année, il avait attiré 12,000 visiteurs.D’année en année, cet événement a pris plus d’envergure et accueille cette année 184 stands répartis dans deux immenses aires d’exposition baptisées salles Outaouais et La Strophe et les 40,000 « fidèles visiteurs » venant de Hull, Gatineau et Aylmer et des régions périphériques de l’Ontario, tout ce beau monde dirigé et orienté par les 200 bénévoles portant des foulards de différentes couleurs de façon à les identifier au premier coup d’oeil.i moot»111 c°^oué'DeC Lise Gauvin Gaston Miron $ ¦¦¦BHMHni Ecrivains contemporains du Québec par LISE GAUVIN et GASTON MIRON Portrait vivant de la littérature québécoise depuis les années 50 Editions Seghers ¦¦i + t i D-2 B Le Devoir, samedi 24 mars 1990 Denise Bombardier Tremblement de coeur toman le phi isir des wes V & Un roman de passion et d'émotion Par l’auteur de Une enfance à l'eau bénite», Seuil, 1985.Aussi disponible dans la collection Points.Seuil 4 Bombardier de ces valeurs.Elle est un domaine réservé à qui prend le risque d’y aller.Peu de femmes et d’hommes enjambent le pont.Mais je pense qu’il y a beaucoup plus de femmes que d’hommes qui rêvent de la passion.D’autie part, me dit encore Mme Bombardier, je ne crois pas que l’homme soit incapable de comprendre ce qui anime la femme dans la passion.Relisez L’Amant de Lady Chatterley, de Lawrence, vous verrez que cet homme-là a saisi ce que la femme éprouvait dans la relation passionnelle.« Mais ce que les femmes n’ont pas beaucoup fait en littérature, au fond, c’est de raconter leurs relations amoureuses avec des hommes sans se voir comme victimes elles-mêmes.C’est pourquoi mon héroïne n'est pas une victime.Je crois même que dans Tremblement de coeur ce n’est pas Françoise mais son amant qui est victime de la relation amoureuse.Mon prochain roman va raconter l’histoire d’un homme victime d’une femme.C’est là un thème qui me poursuit.» Certes, le roman de Mme Bombardier met en scène un personnage féminin qui est en train de se libérer de sa passion.On a donc droit à quelques scènes dites érotiques.Mais la romancière a choisi pour ces pages une écriture pudique, économe, plus allusive que descriptive.« L’intensité est trop grande pour se perdre dans la description, dit la romancière.J’ai voulu raconter des relations intimes mais vues par une femme qui n’en met pas plus que l’homme n’en met.Car le mythe c’est que la femme se donne plus que l’homme et ça, je ne le crois pas.» Pour Mme Denise Bombardier, la littérature n’a pas tous les droits et ne doit pas servir d’alibi à tous nos gestes.C’est ce que signifie son attaque, sur le plateau d’Apostrophes, comme on le verra dimanche soir, contre le Journal de Gabriel Matznef.Ce dernier raconte ses séductions et ses ébats sexuels auprès de jeunes garçons et jeunes filles durant une certaine période de sa vie.« Il y a une différence entre la littérature de fiction et un tel Journal, poursuit Mme Bombardier.Je me suis appuyée sur l’éthique et les chartes des droits pour rappeler qu’il y a des ümites a ce que la littérature serve d’alibi.« J’ai cassé la règle du salon littéraire, conclut Mme Bombardier.J’ai risqué mon livre contre le livre d’un autre.Les gens du Seuil étaient nerveux.Mais même si mon livre c’est mes tripes et c’est ma chair, je ne pouvais pas oublier les principes qui m’habitent et laisser passer le livre de Matznef sans rien dire.Je n’aurais pas été capable de revenir ici la tête haute.» GUY FERLAND Les quinze divisés ?Lise Beaudoin, des éditions Quinze, signe un communiqué insolite la semaine dernière.« Le jury du prix Robert-Cliche a adopté cette année une formule inédite pour désigner le lauréat du 12e concours de la relève du roman québécois, dit-elle.Deux manuscrits d’intérêt égal ont suscité son enthousiasme mais les membres du jury ne donnent pas le prix.tout de suite.Ils ont décidé de lancer un défi aux participants et d’aller en ballottage après avoir invité les auteurs à retravailler leur roman selon leurs recommandations et avec l’encadrement de l’éditeur.» En clair, cela veut dire qu’il n’y avait pas de manuscrits assez intéressant pour satisfaire les normes des membres du jury formé de Madeleine Ferron, Gaston L’Heureux et Jean-Marie Poupart.Il ne reste plus aux auteurs qu’à retravailler leur texte pour que l’un ou l’autre puisse remporter le prix Robert-Cliche.On assure, par ailleurs, que le nom du lauréat sera tout de même dévoilé à l’occasion d’un événement spécial qui aura lieu le 24 avril 10% ou Epi « 5219, ch.de la Côte-des-Neiges — 542-1515 prochain à Québec.Le DTV en Afrique Trois pays d’Afrique francophone, le Mali, le Sénégal et la Guinée, ont demandé au Canada, par l’entremise de l’Organisation canadienne pour l’éducation au service du développement, d’examiner les possibilités d’usage du Dictionnaire thématique visuel dans l’enseignement primaire et en alphabétisation des adultes.Les parents, les élèves, les instituteurs, les moniteurs d’alphabétisation et les autorités des ministères de l’Éducation de ces pays procéderont à cet examen mené sous la direction de monsieur Adama Berthé, haut fonctionnaire du ministère de l’Éducation du Mali, maintenant à la retraite.Rencontres littéraires Francine Déry est l’invitée des Lectures Skol demain à 13 h, à la galerie Skol, 4060 boulevard Saint-Laurent, espace 107.Anonyme Sanregret, peintre et poète, est l’invité de la poète animante Janou Saint-Denis à la Place aux poètes de mercredi prochain.La Butte Saint-Jacques, 50 rue Saint-Jacques, 21 h.Fiction et biographies 1 L'Immortalité Milan Kundera Gallimard (1)’ 2 Le pendule de Foucault Umberto Eco Grasset (-) 3 Un noeud dans le coeur Élisa T.JCL (-) 4 La Petite Marchande de prose Daniel Pennac Gallimard (5) 5 Comme un orage en février.Marcelyne Claudais Mortagne (4) 6 La Maison Russie John Le Carré Robert Laffont (3) 7 Le Livre brisé Serge Doubrovsky Grasset (-) 8 Le Nègre de l'Amlstrad Barbara Chase-Ftiboud Albin Michel (8) 9 Comme un voleur dans la nuit John Cornwell Robert Laffont (-) 10 Pluie d'été Marguerite Duras P.O.L.(6) Ouvrages généraux 1 Le Chemin le moins fréquenté ScottPeck Robert Laffont (2) 2 Les Vrais Penseurs de notre temps Guy Sorman Fayard (1) 3 Le Québec, un pays, une culture Françoise Têtu de Labsade Boréal (-) 4 La Fourchette d'or Tome II Soeur Angèle Publicor (5) 5 J’ai vaincu la dépression et échappé au suicide Ginette Ravel 7 jours (4) Compilation faite à partir des données fournies par les libraires suivants : Montréal : Renaud-Bray, Hermès, Le Parchemin, Champigny, Flammarion, Raf-fin, Demarc; Québec : Pantoute, Garneau, Laliberté; Chicoutimi : Les Bouquinistes; Trois-Rivières: Clément Morin; Ottawa: Triliium; Sherbrooke: Les Bi-blairies G.-G.Caza; Joliette : Villeneuve; Drummondvllle : Librairie française.! * Ce chiffre Indique la position de l’ouvrage la semaine précédente Des perles de fonctionnaires à traduire en clair BRUXELLES (AFP) — Le « volapuk intégré », selon la célébré expression du général de Gaulle, a gagné cette semaine ses lettres de noblesse: pour la première fois, des prix ont été décernés aux textes les plus abscons commis par des fonctionnaires de la CEE.Animés d’un louable souci de pré- finition des différentes politiques cision, les Eurocrates jargonnent communautaires, une action plus jusqu’à en devenir parfois incompréhensibles.Pour récompenser les auteurs des plus belles « perles » de P Eurolangage, les organisateurs — deux groupes britanniques de défense des consommateurs — ont choisi de leur offrir un morceau de vitre, afin de les inciter à « la clarté, l’élégance et la transparence ».Parmi les meilleures trouvailles figure ce passage publié l’été dernier par le Journal officiel des Communautés européennes: « Considérant que, indépendamment des moyens qui favorisent l’intégration économique et sociale des groupes de personnes risquant de devenir économiquement et socialement moins favorisées et qui peuvent être mis en oeuvre à l’occasion de la dé- pli spécifique de la Communauté est nécessaire pour la réalisation de l’objectif pré cité ».Traduisez en clair: la CEE veut aider les pauvres.Certains arretés de la Cour de justice européenne laissent également perplexe: « L’interdiction figurant dans l’article 30 du Traité doit être interprétée comme ne s’appliquant pas aux règles nationales interdisant aux commerçants d’ouvrir leurs magasins le dimanche lorsque les effets restrictifs sur le commerce dans la Communauté qui pourraient en résulter ne dépassent pas les effets intrinsèques des règles de ce genre».Traduction: chacun est maître chez soi tant que ça ne gêne pas les autres.LES ÉDITIONS DU VERMILLON OTTAWA ÉCRITURE FRANCO-ONTARIENNE D’AUJOURD’HUI Collectif sous la direction de H.Bouraoui et J.Flamand.Textes de création de trente-deux écrivains franco-ontariens.JONGLE ET RIS! Volume II Trente-huit oeuvres littéraires et graphiques d'élèves d’Ottawa-Carleton.Sous la direction de Jacques Flamand.FONTAINERIES.ET ENCRIERS Quarante-cing textes littéraires créés par des élèves de Fontaines-sur-Saône, France.Sous la direction de Jacques Flamand.AU PARFUM DU SOMMEIL Poèmes de Nancy Vickers-Hussain ______________ Venez rencontrer nos auteurs au stand 92 du Salon du livre de l’Outaouais RENAUD-BRAYE®^ 5199, Côte-des-Neiges — 342-1515 RÊNÂUD-BRAYSESB 5227, Côte-des-Neiges — 342-1515 RENAUD-BRAYEE^ 1005, av.Laurier ouest — 279-6384 LES ÉDITIONS DU LEVAIN vous présentent leurs nouveautés Le nouveau livre de Jacques Gauthier AU COEUR DE LA VIE Méditations sur l'espérance 13.90$ un essai passionnant par Jacques Courtois LES NUITS DE L'ESPRIT les mystiques de tous les temps 11.90$ Venez, nous rencontrer sui Salon du Livre de l'Outaouais.kiosque #1)9 LES ÉDITIONS DU LEVAIN - éditeur- diffuseur 205 ouest rue Laurier, Montréal, Qc.H2T2N9 Tel.: (514)273-6410 ¦ . Le Devoir, samedi 24 mars 1990 B P-3 • le plaisir des ivres L’âge d’écrire un roman de jeunesse L’ANGE EXTERMINÉ Gérald Godin L'Hexagone, Coll.Fictions 1990, 139 pages ‘ 4KL 1 Michel LkURIN ¦' f-T.ii Lettres A québécoises Journaliste à Trois-Rivières avant de devenir collaborateur au Nouveau Journal et à Québec-Presse, membre de l’équipe des fondateurs de la revue de combats que fut Parti Pris, poète depuis toujours, député fougueux et indomptable, néanmoins ministre d’une rare qualité, Gérald Godin vient de signer son premier roman et, qui plus est, un roman de jeunesse.Car ce récit déborde de vitalité : l’imagination de Gérald Godin n’est jamais en panne, qui fait se télescoper gestes et événements multiples, sans nécessairement se soucier de respecter les repères chronologiques, ce qui confère parfois à l’ouvrage un aspect si insolite qu’il risque de dérouter le lecteur non prévenu.Il demeure que le roman est censé se dérouler quelque part entre 1970 et 1976.Le héros de L’Ange exterminé est le journaliste Gerry Gretz qui travaille dans une petite ville de province.Au début du roman, Gretz se rappelle l’époque où il se rendait chez Wolfrid Milton — les personnages tous hautement caricaturés sont en majorité des al-lophones — chercher du tabac pour les « pôloques » de son patron.Depuis, Milton s’est recyclé dans la drogue.Tout un monde gravite autour de ce personnage : entre autres sa mère Dolorosa, la fille de « (l’)inventeur de la papermanne », sa fille Grigri, devenue «pusheuse» ou « pushette », au lecteur de choisir, sans oublier le chien Kirkland, qui ne se prive pas de « baver bien tranquillement sur les torrieux d’éditoriaux » de The Gazette.Bientôt, les événements se précipitent : dans le West Island, une voiture vient d’exploser.Alors que tous croient qu’il s’agit d’un « felquiste qui s’est autope-luredebananisé », un policier découvre que le corps en charpie est celui d’une jeune femme qui devait aller livrer des « sachets de cocaïne à sa clientèle dorée du West Island ».Dans un pas- sage qui frôle le surréalisme, le lecteur apprendra à la fin du récit, en meme temps que Gerrv Gretz qui tripote des « sacs à sandwiches avec fermeture à pression, dits Ziploc » contenant des lambeaux de chair de la victime, de qui il s’agit.Puis viennent s’immiscer dans cette toile de fond, le récit loufoque d’un vol à main armée, le compte rendu d’une réunion du Conseil des ministres, présidée par Lord Qui Pète Et Qui Rote Dans Le Trou d’Eau qui doit trouver des moyens pour contrer la campagne référendaire, le rapport d’une risible séance de la Commission parlementaire chargée d’enquêter sur l’à-propos de la Loi des mesures de guerre et enfin une vaste fresque ubuesque décrivant les funérailles d’un premier ministre qui, s’il correspond aux traits de Maurice Duplessis au début, ressemble bientôt de plus en plus à un autre qui n’a pas encore fini son règne.En somme, une véritable cascade de situations grotesques et délirantes où sont remises en cause quantité de nos institutions.Cette allégorie bouffonne aux multiples référents est servie par un humour qui fourmille de trouvailles : si, comme on vient de le voir, le comique de situation ne manque pas, l’écriture elle-même n’est pas en reste.Les jeux de mots abondent, de même que les cüchés anciens cpie l’auteur a pris soin de rafraîchir.À certains moments, la farce se fait grasse et rabelaisienne alors qu’à d’autres, elle se veut plus fine et satirique.Et le Godin poète affleure fréquemment : jouant avec les differents registres de la langue française, il s’intéresse particulièrement au niveau populaire pour lui rendre ses lettres de noblesse.Enfin, en bon « ratoureux » qui connaît son métier, l’auteur s’attire la complicité du lecteur en lui adressant de fréquents clins d’oeil.Il n’est donc pas question de s’ennuyer avec ce récit et son auteur qui détestent les temps morts.Et il faut noter que, malgré le rappel d’un passé qui doit avoir pour Gérald Godin les teintes du tragique : emprisonnement injustifié, déchéance des espoirs d’un certain mai 1980, délicate opération au cerveau dont il n’est pas totalement guéri — maladie qu’il refile d’ailleurs à un de ses personnages —, jamais l’auteur ne semble se prendre au sérieux, préférant plutôt tirer la langue au passé, faire table rase de ce dernier, afin de laisser plus de place à l’espoir du devenir.Oui, un véritable roman de jeunesse, comme on ne peut en écrire que passé la cinquantaine.Alice au pays des mères qui veillent OSTHER LE CHAT CRIBLÉ D’ÉTOILES France Vézina Québec/Amérique 346 pages GUY FERLAND France Vézina vient d’écrire un récit de révolte et d’amour contenu d’une trempe à part.Par le ton et par la trame du roman, elle parvient à faire sentir la douleur, source de toute création et destruction.Le lecteur en a le souffle coupé, littéralement.La destruction est installée au coeur d’une famille éclatée.La mère, Zoé (vie en grec), quitte précipitamment le foyer familiale pour suivre son frère jumeau qu’elle n’avait pas revu depuis des années.Il s’agit presque, en fait, d’un enlèvement.Elle découvrira, en Gaspésie, qu’elle s’était toujours menti à elle-même et revivra par les souvenirs un drame intense.Son mari, Gilles Vaillancourt, comme son nom l’indique, n’est pas vaillant du tout.Il reste en plan à contempler une reproduction géante de Zoé peinte nue à même un des murs de son ate- France Vézina lier.Il se renferme et tourne sa rage contre lui-même.Le petit Félix, lui, s’ennuie de sa mère; il voudrait absolument qu’elle revienne et il ne comprend pas ce qui lui arrive.Reste Alice.L’adolescente de douze ans qui a camouflé une rancoeur envers sa mère depuis plusieurs années.L’abandon représente pour elle l’occasion idéale d’entreprendre des démarches auprès de son père de qui elle voudrait être aimée d’amour, comme on dit.Par ailleurs, tout un plan du récit raconte une partie de l’enfance des jumeaux.La mère lymphatique s’est laissée mourir VENEZ RENCONTRER NOS AUTEURS AU SALON DU LIVRE DE L’OUTAOUAIS L'IMAGE RÉVOLUTION FRANÇAISE AU QUÉBEC / "VJ l'/S'J MICHEL GRENON (représenté par Pierre Savard) 29 mars 16h00 - 17H00 Nairn Kattan La fortune du passager NAIM KATTAN 29 et 30 mars 19h00 - 21hOO Truc lean parle.IkmtMjdmUtm DONALD JOHNSTON 29 mars 17hOO- 18HOO PATRICK IMBERT OBJECTIVITE IU Pouvoir IH oTàiGE PATRICK IMBERT 31 mars - 1er avril 15HOO - 17H00 Kiosques 115 et 116 Introduction à lo gérontologie JACQUES LAFOREST 31 mars 17h00 - 19H00 éditions hurtubise hmh Itée d’ennui et d’incompréhension en se prenant pour une grande actrice.Elle a fini par se jeter du haut du pont Jacques Cartier.Le père, lui, était toujours absent.Enfin, il y a la constellation du Grand Chat, lieu imaginaire d’origine d’Alice, où se promène le chat Osther constitué de pure énergie.C’est là que la jeune narratrice puise sa force de caractère.L’attrait particulier du récit réside principalement dans la colère tragique d’Alice.Cette dernière ne se soumet pas à la volonté de quiconque et est habitée par un instinct de mort stupéfiant.Elle prend toute la réalité à rebrousse-poil et parvient à con-truire un univers imaginaire complexe d’une solidité à toute épreuve.C’est à ce niveau qu’elle crée avec sa douleur.« Mais moi, Alice Vaillancourt, alias Électre, dans mon dedans, sa bonne étoile, fille du cosmos, je lui apprendrai comment on se débarrasse d’une cruelle moitié.Comment on se complète soi-même.Aussi aveuglé soit-il, je me charge de lui rendre la vue.» Evidemment, comme dans toute bonne tragédie grecque, on sait à l’avance que la fin de l’histoire sera catastrophique.Cela n’empêche pas l’intensité du drame d’atteindre un paroxisme intenable.Le combat entre la vie et la mort est toujours un sujet brûlant.Surtout que le texte est émaillé de propos saugrenus qui retournent souvent comme un gant les vérités reçues.« Les enfants sont toujours les produits d’une carence quelconque.» Famille ?« Ça vient du mot latin fa-miliai, et ça égale exactement ceci : ensemble des escalves de la maison.» « Enceinte : n.f.Ce qui entoure un espace fermé et en interdit l’accès.(.) une femme enceinte, c’est un espace fermé dont l’accès est interdit.» « L’espoir ! C’est ce qu’on a inventé de pire pour faire se tenir debout les morts.» Tous ces propos d’Alice ponctuent un texte où le rythme de récriture prend le lecteur à bras-le-corps.Comme une bombe qui éclate dès le début de l’histoire, la hargne d’Alice éclabousse tout sur son passage et le texte se fragmente en éclats d’obus incandescents qu’on touche avec précaution.France Vézina a déjà publié des recueils de poèmes et des pièces de théâtre.Avec Osther, le chat criblé d’étoiles elle entre par la grande porte dans la demeure fort restreinte des vrais romanciers québécois qui savent raconter une histroire et bousculer nos « forts » intérieurs, tout en accordant une importance pri-moridiale au seul matériau des écrivains : les mots.Ai-je besoin d’ajouter qu’il s’agit d’une réussite ?QUI N’EN VEULENT MARLÈNE CARMEL Enquête sur la non-maternité volontaire au Québec remier livre publié sur le sujet au Québec.Ces femmes qui n en veulent pas est le résultat d’une vaste enquête menée auprès de 400 femmes, à travers le Québec, qui ont fait le choix de ne pas avoir d’enfant.arlène Carmel tente de cerner: qui sont ces femmes, comment s’est prise leur décision, quelles sont les raisons motivant ce choix et est-ce irrévocable?II'1 *¦ ' V, 1, *••!/ ;,/;///»: Cet ouvrage contribuera à élargir le débat social et à amorcer une réflexion sur le droit des femmes de contrôler leur corps, de refuser la maternité et de se définir autrement que comme mères.159 pages 18,95$ j EDITIONS l SAINT-MARTIN 4316 Boul.St-Laurent, Bureau 300 Montréal, Québec H2W1Z3 (514) 845-1695 rancoi Katherine 1 rancoi î courent Züels I jurQntPas V.¦ "ter-s.cs années Bouleversée par la mort de son père, une jeune femme essaie de refaire surface, et de se reprendre en main.Un roman au ton juste et déchirant, parfois drôle, toujours touchant.ParTailleur’du Moi d'ab/ml (Sc'iiil, lui Barbare (Seuil, 1981 ) cm Scarlett, si passible (Seuil, 1985).Invitée spéciale au Salon du Livre de l'Outaouais, Katherine Pancol rencontrera ses lecteurs et lectrices : - le vendredi 30 mars de 19h00 à 20h30 - le samedi 31 mars de 13h00 à 14h00 el de 15h00 à 16h00 Seuil A « D-4 M Le Devoir, samedi 24 mars 1990 ¦ .¦ , : IL.i/ M i .m • te plaisir des ivres Les épîtres de Latouche aux Néo-Québécois LE BAZAR Daniel Latouche Boréal, Montréal 1990 MARCEL FOURNIER Furieux, indigné, profondément ennuyé « d’avoir à entendre, jour après jour, les mêmes clichés et lieux communs sur le Québec d’aujourd’hui et d’hier », Daniel Latouche se tourne vers les Néo-Québécois, les Alberto, Augustin, Trang et Carmelita, pour leur expliquer ce qu’est le « bazar québécois ».Mieux que tout autre, Daniel Latouche, en politologue averti qu’il est, sait que tout a été dit sur le Québec; il est aussi conscient que nous en avons tous marre des étemelles discussions sur l’avenir du Canada, la langue au Québec et les accords du lac Meech.Mais tel un pèlerin, il reprend sa plume, avec l’intention de nous sortir de notre déprime postréférendaire.Ses textes, dont plusieurs prennent la forme de lettres, apparaissent comme des épîtres : l’auteur n’exprime pas seulement sa colère, il veut aussi « convaincre, ou tout au moins donner à certains le goût de discuter à nouveau de la Question du Québec ».De nombreux problèmes sont abordés : la prétendue torpeur intellectuelle du Québec, les Anglais, le pluralisme ethnique, le Canada, la souveraineté, la démographie.Le bazar, c’est tout cela et un peu plus : « du vieux et du neuf, de l’inédit, du refait et du surfait ».Même si ici et là il présente des données statistiques et cite quelques ouvrages sérieux, Daniel Latouche ne veut pas faire un livre universitaire; il veut tout simplement, un peu en prolongement de ses chroniques au DEVOIR mais en prenant distance des événements, « brasser des idées ».Des idées, il en a à revendre et il sait utiliser les titres accrocheurs et les formules : « À force de naviguer à vue entre les retards historiques et jouer à saute-mouton avec les étapes, nous avons fini par détraquer notre horloge collective»; « Le Québec, c’est l’ultime « plaisir du texte »; « C’est l’Amérique qui vous (Néo-Québécois) quebécise de force.» De plus, Daniel Latouche maîtrise une quantité impressionnante d’information; il connaît tout de la politique et des politiciens, sur la scène ou en coulisse.L’on peut seulement regretter qu’il n’ait pas mis suffisamment d’ordre dans son argumentation et qu’il se soit laissé emporter par ses humeurs.Fruit de longues discussions avec des amis et des collègues, son Bazar est une sorte de fourre-tout, avec de nombreuses digressions.Tout y est, des collèges classiques aux relations internationales, en passant par l’accord de libre-échange (et ses supporteurs, les « aléistes » ! ), la Ville de Montréal et Solange Chaput-Rolland.Et en prime, quelques souvenirs personnels : ses études en Colombie-Britannique, son expérience de conseiller politique de René Lévesque dont il brosse un excellent portrait et ses voyages.Le Bazar, c’est aussi et avant tout une nouvelle réalité : celle de la présence dans le Québec d’aujourd’hui et de demain d’une multitude d’ethnies.Il n’est pas certain qu’en s’adressant directement aux Néo-Québécois, Daniel Latouche les rejoigne, car il parle plus souvent de son propre vécu que des expériences qu’ils vivent.Et il avoue lui-même qu’il a choisi de leur parler « sans trop bien les connaître ».Mais la question que son livre soulève est centrale, incontournable : comment assurer l’intégration des groupes ethniques ?Latouche met bien en évidence les dangers de l’actuel multiculturalisme, principalement dans les écoles où s’accroissent les « possibilités de friction entre élèves des deux groupes linguistiques.« Cela s’annonce mal pour la suite », dit-il.Et il ajoute à la fin de son ouvrage : « En se donnant une école multiculturelle, le Québec [.] flirte avec le danger.» Mais faut-il, comme il le souhaite, « revenir à la stratégie de l’homogénéité culturelle qui nous a si bien servi pendant quelques siècles ?» Voilà un pavé dans la mare ! Il n’y a cependant pas de solutions faciles et encore moins au Québec qu’ailleurs : « Puisque le Québec n’est pas une société politiquement et culturellement dominante, il n’a pas les moyens d’une véritable politique d’intégration ».Pour Daniel Latouche, c’est déjà une bonne raison d’être souverainiste, mais ce n’est pas la seule : il y a aussi des arguments d’ordre démographique, économique (nouvelle division internationale du travail), etc.La souveraineté est à portée de la main : nous avons « des bras, des capitaux et de l’ouverture » ; tout ce qui nous manque, c’est « le courage d’entreprendre, un sursaut de passion pour l’inconnu ».C’est beaucoup, mais Latouche ne désespère pas : un jour si « Grosse Province deviendra un Petit Pays ».Sauf qu’en route, il a oublié ses chers Néo-Québécois qui ne veulent peut-être ni d’un petit pays ni d’une « version québécoise de l’acculturation ».Il faut maintenant attendre qu’ils veuillent bien répondre aux lettres qu’on vient de leur écrire.Un pays au service des autres THE DEFENSE OF CANADA Gwynne Dyer et Tina Viljoen McClelland & Stewart Toronto, 1990, 375 pages JOCELYN COULON Les questions de défense n’intéressent guère les Canadiens, et pourtant l’histoire militaire du Canada est une des plus singulières du monde occidentale.Et qui mieux que Gwynne Dyer et sa compagne, Tina Viljoen, pouvaient la raconter, avec finesse, intelligence et lucidité.Historien, journaliste et commentateur de politique internationale, Gwynne Dyer est connu dans le monde entier pour ses articles qui sont publiés dans 250 journaux chaque semaine et pour deux séries télévisées sur la guerre et la défense du Canada qu’il a produit avec Tina Viljoen, une réalisatrice de l’Office national du film du Canada.En retraçant l’histoire militaire canadienne, depuis la conquête anglaise en 1760 jusqu’à l’aube de la Seconde Guerre mondiale, les auteurs exposent méticuleusement comment et pourquoi les Canadiens ont toujours conçu leur politique de défense en fonction de la Grande-Bretagne et non de leurs propres intérêts.Sans tomber dans l’académisme universitaire propre à ce genre de sujet, Dyer et Viljoen nous offre des pages savoureuses sur des Canadiens plus royalistes que les Anglais, trop souvent serviles envers les intérêts de l’empire et inconscients face à la politique des grandes puissances européennes.Les auteurs se demandent pourquoi les Canadiens « agissent comme si nous avions une frontière militaire vitale quelque part dans le centre de l’Europe ?».Et bien tout simplement parce que le Canada, jusqu’en 1939, était une colonie peuplé d’immigrants européens fidèles à leur pays d’origine et incapables de s’identifier à leur nouvelle patrie.La plupart des officiers supérieurs, jusqu’au début des années, 20 étaient des Britanniques qui planifiaient des conflits avec tous les ennemis de l’empire, Américains compris.Cela amena le Canada à fournir des contingents lors de la guerre des Boers, la Première Guerre mondiale et l’intervention occidentale en Russie, au moment même où la Grande-Bretagne se désintéressait totalement du Canada et avouait ne pouvoir rien faire si les États-Unis attaquaient la colonie comme ce fut le cas aux 18e et 19e siècles.Dyer et Viljoen sympathisent avec les Canadiens français qui ont toujours refusé les « guerres anglaises », sans pour autant re- DAV if de ; \gagep< ¦ues” a David Leavitt, un des romanciers américains les plus remarqués de sa génération peint ici avec justesse des situations extrêmes, des personnages blessés, profondément humains; il décrit au passage l'Amérique d'aujourd'hui, ses excès, ses dérives._—^ ¦«—Tl LES ÉDITIONS • Flammarion jeter la défense du Canada si le pays était réellement menacé.Malgré quelques voix discordantes, dont celle de Henri Bou-rassa, qui réclamaient l’indépendance militaire du pays, le Canada fut longtemps un État au service des autres oubliant ses propres intérêts et négligeant ses forces armées.Cette situation n’a pas changé en 1939 au moment où le Canada, en constatant le déclin de la Grande-Bretagne, se tourne vers les États-Unis.Un second tome sera consacré à l’histoire de cette nouvelle dépendance.Pour les auteurs, les alliances n’ont jamais bénéficié à la sécurité du Canada ou au maintient de la paix dans le monde.Elles sont au contraire source de guerres.Si Dyer et Viljoen ont raison de souligner le caractère impérialiste des guerres anglaises et notre aveuglement à y participer, ils ne peuvent inclure la Seconde Guerre mondiale dans leur analyse.Contrairement à ce que les auteurs écrivent en introduction générale pour les deux livres, les Canadiens ne sont pas morts inutilement lors de ce conflit.Cette guerre était différente des autres, tant par ses enjeux que par ses protagonisteset le Canada devait y participer.Bryce Courtenay A PUISSANCE DE L’ANGE ICMUl Presse de II (kmsstace Vous ne sortirez pas in-demme de ce roman qui vous poursuivra longtemps et, lorsqu'un moment de découragement viendra vous habiter, la figure du petit PEEKAY pourrait bien vous visiter et vous apporter la “PUISSANCE DE L’ANGE”.UN ROMAN INOUBLIABLE! En vente partout.Un gars d’en-bas qui parle haut UN PEUPLE DANS LE SIÈCLE Marcel Rioux Montréal, Boréal, 1990 a Yvan LAMONDE L'wtw.’ASociété Rares sont ceux, ces années-ci, qui sont encore capables de s’indigner et de le dire publiquement.Les empêcheurs de tourner en rond sont des enquiquineurs vite éconduits.Marcel Rioux est de ceux qui se scandalisent encore et toujours et qui ne se laissent pas momifier par les honneurs de l’institution.Ce Rioux d’Amqui vient « d’en-bas », de la vallée de la Ma-tapédia et se plaît à penser qu’il y a là une référence géographique, mais surtout une référence sociale.Rous-seauiste à plein, M.Rioux est aussi marxiste critique, tricotant une maille de théorie, deux mailles d’enquête sur le terrain.L’homme a gardé de ses origines et de ses enquêtes ethnologiques un sens de l’humour et du clin d’oeil tout aussi vif que son sens critique; depuis Amqui, il n’a cessé de s’étonner de toutes les pollutions, principalement de la pollution capitaliste, de la pollution de l’exploitation des gens ordinaires.M.Rioux incarne avec quelques autres les forces de gauche au Québec de-puis l’après-guerre.Ce Peuple dans le siècle s’avère celui des « combats perdus ».Amnésie et inculture ont fait échec au projet de ceux qui tentèrent d’identifier un nationalisme de gauche à contenu social, qui tentèrent de conjuger socialisme et indépendance.Double échec selon M.Rioux : la libération nationale n’a pas eu beu et en cette sortie de siècle, le capitalisme triomphe avec le néolibéralisme et l’individualisme.L’auteur explique l’échec de la libération nationale à la fois par le conservatisme social du MSA et du PQ qui attira même le dernier carré des nationalistes de l’Union nationale et à la fois par sa théorie de la double ouverture, c’est-à-dire que l’ouverture vers le Québec et le Canada, vers l’Europe et vers les États-Unis, vers la classe moyenne ont permis de diviser les forces et de trouver dans l’ambivalence une diagonale momentanément salvatrice.Mais c’est plus avec le capitalisme triomphant et la culture de la marchandise oux en découd.Sa question de fond peut se formuler ainsi : comment et à quel prix le Québec assume-t-il de façon accélérée son appartenance au continent nord-américain ?Nous sommes deux ou trois historiens à avoir documenté l’américanisation économique et culturelle hâtive du Québec (début du siècle), à avoir cherché la synonymie entre modernisation et américanisation et à avoir tenté de nommer une améri-canité qui ne soit pas américanisation de part en part.M.Rioux donne du relief à ces questions; pour lui la modernisation du Québec a signifié rétrospectivement son américanisation; l’américanité a dérivé vers l’américanisation.La gauche des années 60 a certes dénoncé l’impérialisme économique yankee, impérialisme réel dans un Québec où l’import-export se fait pour les trois quarts avec les États-Unis.L’impérialisme culturel l’a-t-il tout autant et suffisamment au temps de Berkeley et de Mainmise ?Qui donc au Québec a fait le tour du dumping culturel étatsunien dans les médias et dans la culture urbaine ?Ce face à face de- .meure occulté pour l’essentiel et on en prendra comme indice l’ouvrage récemment paru de Françoise Têtu de Labsade, Le Québec, un pays, une culture.« Culture sinistrée » ?Rioux le pense, lui qui écrit : « Que les Québécois aient voté plus nombreux pour la continen-talisation du Québec et du Canada que les Canadiens eux-mêmes, demeure pour moi le fait le plus extraordinaire, le plus extravagant.» Non seulement rejoint-il ici l’indignation d’un Philip Res-nick, mais surtout Marcel Rioux voit la fin d’une certaine spécificité sociale du Québec, la fin de la recherche d’un modèle autre que le modèle de développement étatsunien, la fin de l’originalité d’un destin.On comprend alors la pertinence d’inclure dans les annexes son texte : « L’émancipation sociale est-elle devenue impossible » ?Ce désenchantement pourrait être bénéfique, ne serait-ce qu’en faisant prendre conscience à une ou deux générations qu’elles gardent un patrimoine social (eh ! oui ! ) et que leur sens de la solidarité ne s’est peut-être pas si émoussé que ça.M.Rioux affirme qu’il « continue, malgré tout, de vouloir espérer ».Ce ne sera donc pas, fort heureusement, le dernier baroud d’honneur de ce « gars d’en-bas ».Marcel Rioux Qui Sali.SOCIÉTÉ CANADIENNL DU CANCER si vous n’en profiterez pas vous même ?CANADIAN CANCER SOCIETY U"' rcv«c est présente 1^ au Salon du livre TTva ï\OUVC"C de l’Outaouais au stand de l’AEPCQ n" 46 ÉDITEUR • IMPRIMEUR • LIBRAIRE GUERIN littérature 4501, rue Drolet, Montréal (Québec) II2T 2G2, TT (514) 842-3481 JEAN-MARIE LUSTIGER LE CHOIX DE DIEU Une méditation du cardinal-archevêque de Paris sur l'Église, la Révélation et la Foi.Distributeur exclusif: Québec livres, TT (514) 327-6900 « l I Le Devoir, samedi 24 mars 1990 ¦ D-5 • le plaisir des mes La grande Marguerite et le petit Alexandre LA PLUIE D’ÉTÉ Marguerite Duras POL, Paris, 1990, 151 pages FANFAN Alexandre Jardin Flammarion, Paris 1990, 233 pages Lisette AIORIN ?Le feuilleton On est pour ou on est contre.Avec Marguerite Duras, pas de ligne médiane où pourraient se tenir quelques lecteurs ordinaires, séduits, en 1984, par L’Amant, grâce à la célébrité du Prix Concourt, mais qui ne seraient pas les inconditionnels qui suivent Duras depuis Les impudents (1943) jusqu’à Emily L., 1987.Dans une catégorie à part sont les admirateurs québécois de la grande Marguerite.Par exemple : leur admiration n’est pas entachée par les déclarations fracassantes de l’écrivain, souvent engagé sur des sentiers tortueux, par ses prises de position sur des sujets controversés, politiques ou sociologiques, voire dans des débats publics sur des causes criminelles.Ils continuent tranquillement à lire l’auteur qui les a une fois pour toutes attachés avec La Musica, Moderato Cantabile, le Ravissement de Loi V.Stein, Aurélia Steiner, pour ne citer que les oeuvres les plus importantes, à leurs yeux.Et aux miens.Ce qui m’a permis de lire, sans aucune appréhension, La pluie d’été et d’y reconnaître la griffe, inimitable, de l’un des personnages les plus originaux de la littérature contemporaine.« Le charme de la littérature de Marguerite Duras, écrivait l’autre semaine Josselin, dans Le Nouvel Obs, réside dans sa négligence étudiée ».Je ne suis pas de cet avis.Nulle négligence, à mon sens, dans le récit de la vie quotidienne d’une famille d’émigrés, échoués à Vitry-sur-Seine, une banlieue assez sordide, d’ailleurs condamnée à disparaître par le boum immobilier.Mais seulement le destin humilié d’une mère, venue d’Europe de l’Est, de la Pologne ou de la Sibérie, d’un père, né dans la vallée du Po, qui se sont unis pour donner le jour à une ribambelle d’enfants mais d’abord au petit Ernesto, un surdoué qui n’a pas eu besoin d’apprendre pour lire, pas besoin de l’école pour affronter la masse des connaissances, bref qui finit dans la peau d’un scientifique.Il faut dire que la famille entière est composée de « grands lecteurs », passionnés par la vie des gens illustres, les biographies leur paraissant entre toutes passionnantes.« Avant ce livre, le père et la mère ne savaient pas à quel point leur existence ressemblait à d’autres existences ».Duras ne serait pas Duras si ces enfants, qu’elle appelle les brothers et les sisters, ne finissaient par nous accrocher le coeur.Dans l’appentis où les relègue, hors les heures des repas, une mère très belle qui « fomentait en elle une oeuvre de chaque jour, d’une importance inexprimable (et) c’était pourquoi elle avait besoin de s’entourer de silence et de paix », ces filles et ces garçons sont à l’écoute d’Er-nesto, qui les entoure et les protège, quand il n’est pas dans les cours de lycées, devant les grandes écoles parisiennes où il s’initie à la connaissance.Un instituteur compréhensif, un journaliste imbécile, une mairie indulgente envers un père de famille qui ne travaille pas, qui vit d’allocations familiales, une mère qui suit son mari dans ses virées de week-end, d’où ils reviennent abrutis par l’alcool : c’est le monde de Vitry, vu et sans doute revu par Marguerite Duras.Qui en a d’abord fait un film, intitulé Les enfants, et qui nous donne aujourd’hui La pluie d’été, plus durassien encore, si possible.Composé pour moitié en dialogues, pour le reste en récit continu, en narration souvent hachée par la chanson de la mère, cette Neva dont elle a oublié les paroles, par les souvenirs du père, cet Emilio Crespi, toujours en exil de son Piémont natal, La pluie d’été nous prend par le coeur autant que par l'esprit.Duras a le don de vous accrocher alors que ses personnages auraient tout pour vous décourager de les suivre : la pauvreté, ici, la marginalité de zonards, vivant de rien, mais riant de tout.Mais avec une intrusion surprenante dans le monde durassien : l’existence ou la non-existence de Dieu, la lecture de la Bible, aussi, le livre des Rois, dans un bouquin à moitié brûlé et que lit, à haute voix, Ernesto, l’enfant qui sait tout sans avoir rien appris.Bref, encore une fois un grand Duras.À la fois semblable et différent des autres, à lire pour se consoler des romans si souvent répétitifs, qui racontent presque toujours la même histoire.• ?• C’est donc la septuagénaire qui innove, et dans le sujet et dans le style.C’est elle le « jeune » écrivain qui ose, qui, dans La pluie d’été, a gardé l’esprit d’enfance qui permet de faire vivre des enfants, avec tous leurs rêves et leurs désirs.Et c’est le romancier de vingt-cinq ans qui se soumet à l’art classique du roman -.littéraire.Fanfan est un récit qui doit beaucoup à Laclos, mais en même temps à La princesse de Clèves.Ce garçon qui veut jouer jusqu’à l’absurde la carte de la chasteté, qui croit renforcer l’amour en ne le faisant pas.Qui adore une jeune fille « bien », qui l’insère dans sa vie rangée, mais qui sera finalement séduit par la fantaisiste, sa « fanfan » bien de son époque, et par sa désinvolture et par son métier.Alexandre Jardin, alias Crusoé KAZLK) ïlilülM ) Dès la première page, on part en vacances en oubliant le reste, pour ne revenir à la réalité qu’à regret avec le mot «fin».(Alice Parizeau/Le Devoir 17.03.90) UN ROMAN ABSOLUMENT CHARMANT! En vente partout.FRANCINE D ’AMOUR Francine D'inour Lee jardins de l'enfer Les Jardins de l’enfer 194 pages — 14.95 $ Un véritable bonheur de lecture! «Un récit vraiment fascinant.» Michel Laurin, Le Devoir «Un style qui atteint souvent à la simple splendeur.» Réginald Martel, La Presse V J J 1 IA PETITE MAISON vlb éditeur DE la grande littérature pour les fins de ce petit roman, a tout mis dans Fanfan.Les prénoms de son grand-père et de son père, la vie sur les chapeaux de roue que mena, pendant sa courte vie, Pascal Jardin, les milieux et les décors du cinématographe; mais en même temps, grâce à la légèreté de son style, ce mélange quand même insolite de belles phrases, souvent aux temps du subjonctif, et d’expressions plutôt vulgaires (pourquoi ces chiottes, à tout propos ?) il ravira les centaines de milliers de lecteurs qui avaient suivi, en 1988, son petit notaire de la Mayenne, son zèbre si émouvant dans son désir de poursuivre au-delà de la tombe la fidélité conjugale.Il fera sûrement mieux la prochaine fois.Si Françoise Verny, qu’il portraiture assez méchamment dans Fanfan, continue de le bien conseiller.AU SALON DU LIVRE DE L'OUTAOUAIS N'oubliez pas de visiter le stand du Boréal #32 à 42 AUTEURS DU BOREAL PRESENTS Marie Laberge qui a publié récemment Juillet Un roman accueilli avec chaleur par la critique et le public! 224 pages-16,95$ Mono Latif Ghattas S'A 4 " % auteur de Les voix du jour et de ' 120 pages-14,95$ et son nouveau livre Le double conte de l'exil 176 pages -16,95$ en librairie début avril LE CHOIX BOREAL LOGIQUES LOG1DISQUE \ ' / ?cZi' ./ /v- ^ çf V -‘îf' v C?IHM l>C MAX 256 K 294,95$ EDUCATION- NUTRITION Fédération des producteurs de lait du Québec Conseil scolaire de l’ilc de Montréal Une vision moderne de la nutrition.Conçu pour les élèves du primaire et pour ceux et celles qui accordent de l’importance à une saine alimentation.MM l’C 256 K 84,95$ AC TION WR H ER L’ÉCRIVAIN PUBLIC L’ECRIVAIN PUBLIC PC par Roger Des Roches .et Francis Malka Beau, bon, pas cher! 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En vente partout cl chez LOGIDISQUE Inc.1225, de Coudé, Montréal QC II.ÎK 2F4 (514)933-2225 FAX: (514)931-2182 ÉDITEUR • IMPRIMEUR • LIBRAIRE GUERIN littérature HMD VLADIMIR DIMITRUEVIC PERSONNE DÉPLACÉE 4501, rue Drolet, Montréal (Québec) H2T2G2, TT (514) 842-3481 Propos et confidences du célèbre éditeur suisse, fondateur de l'Age d'Homme.Distributeur exclusif: Québec livres, TT (514) 327-690 I f \ 4 D-6 B Le Devoir, samedi 24 mars 1990 T • le plaisir des ij ivres Arlène Supin et des jeux GUY FERLAND Arlène Supin est arrivée en coup de vent.Sa chevelure blonde abondante flottant dans les airs, ses yeux bleu-gris perçants, sa bouche parfaite en forme de coeur, ses jambes bien galbées qui n’en finissent plus, son décolleté « grand canyonnesque » dévoilant une poitrine plantureuse et la sveltesse de sa taille faisaient tourner toutes les têtes.C’est son père, spirituel et physique, qui me l’a présentée.La célèbre détective québécoise, pourfendeuse des injustices, sûre d’elle et de son charme, me tend la main d’un air décidé.J’arrête de respirer quelques secondes, le souffle coupé, je tend une menotte moite et j’essaie de me persuader que je n’ai affaire qu’a une latiniste dont le nom de famille est bizarrement un temps de verbe latin.Bien qu’elle ne soit qu’un personnage de roman, sa présence est telle qu’on la croirait en chair et en os.Son père, Jean Daunais, est fière de sa progéniture et décide illico de me raconter son histoire.Arlène Supin est née des nombreuses fréquentations de son père.D’abord, d’une fréquentation assidue des auteurs classiques, des humoristes français (Alphonse Allais, Tristan Bernard, etc.) et des bandes dessinées.« Mon père, se remémore Jean Daunais, m’a légué en héritage une vaste collection de livres d’humour.J’y ai pris goût étant jeune.J’aime les romans drôles dans lesquels l’esprit triomphe du mal.J’ai fait mon cours classique et j’affectionne beaucoup les bandes dessinées, surtout les Tintins.» Ensuite, il y a eu la fréquentation de l’école.Jean Daunais a l’outrecuidance d’affirmer qu’il était très bon en composition.On n’en doute pas en lisant son dernier recueil de nouvelles, Le short en est jeté (VLB éditeur), dans lequel il met en scène sa protégée de toujours.Vint après cela la fréquentation de l’architecture.L’auteur, architecte de formation, voue un grand respect à son art.Le maître constructeur soutient devant l’Éternel qu’un architecte n’est pas seulement un bon dessinateur et concepteur, mais qu’il doit impérativement savoir écrire de façon impeccable.« La concision et la précision sont les éléments essentiels de tout bon devis, affirme-t-il.J’ai déjà vu des devis qui auraient fait rougir certains romanciers.» Et puis, comme les voyages forment la jeunesse, M.Daunais s’est tourné vers elle en devenant agent de voyage et chroniqueur en tourisme.« La piqûre des voyages m’a fait bifurquer de mon droit chemin, dit le poète dans l’âme.J’ai été chroniqueur en tourisme entre 73 et 80 au Dimanche Matin.Aujourd’hui j’en- Université de Montréal Faculté des arts et des sciences Un cours qui s’emporte en vacances Cours autodidactique de français écrit Pour améliorer votre français écrit, un cours comprenant exercices, questions, réponses et explications suffisantes pour travailler seul., même en vacances.Ouvert à tous Date limite d’inscription: le 30 avril 1990 Frais d'inscription: 30S (payables sur réception de la facture seulement) Renseignements: (514) 343-7393 Veuillez m'envoyer votre dépliant Nom/Prénom Adresse Ville Code postal Retourner ce coupon-réponse â CAFÉ Université de Montréal C P 6128, succursale A Montréal (Québec) H3C3J7 Swc*-yktr.-MK- v .zaaS PHOTO JACQUES GRENIER Jean Deaunais, le père d'Arlène Supin.seigne le tourisme et je travaille à l’agence Viavac avec Robert Viau.J’ai aussi écrit le Guide Viacope de l’Europe en auto l’an passé.» Mais avant tout, c’est la fréquentation clandestine de l’écriture qui a été déterminante pour la venue au monde d’Arlène Supin.« J’ai toujours écrit des petites folies, comme j’aime à appeler mes courts textes.Un jour, j’en montre quelques-uns à des amis qui se marrent littéralement.C’était pour moi le bonheur.» Ce bonheur, M.Daunais veut le faire partager à un aréopage plus grand et publie en 1974 un premier recueil intitulé Les 12 coups de mes nuits.Le succès est foudroyant.Le livre se vend à quelque 7000 exemplaires.Arlène Supin, puisqu’il s’agit de ses aventures, est entre toutes les mains.Elle ne s’en plaint pas.Dans son premier ouvrage, M.Daunais la présente comme ceci : « Le cerveau d’Einstein dans un corps de déesse ».D’autres recueils suivent, Le rose et le noir, Le Nippon du soupir et Gorge chaude.Ils sont tous composes par des histoires à caractère plus ou moins policier dans lesquelles prime l’humour, les situations cocasses et les contrepèteries.« Toutes mes histoires sont un peu folles, mais il n’y a jamais d’invraisemblances », se dé- fend l’auteur.Pour trouver ses sujets de nouvelles, Jean Daunais s’inspire la plupart du temps des titres qu’il invente ou des lieux qu’il a visités.« Avant tout, j’essaie de me faire plaisir.Je suis très sévère dans la relecture de mes textes, mais il m’arrive parfois de rire aux éclats.Je suis la plupart du temps surpris par ce que j’écris; ce sont mes personnages qui m’entraînent à leur suite.» Un temps, l’auteur prolifiqi l’a trois r jue voulait écrire jusqu’à trois recueils par année.« Mais aucun éditeur n’osait s’embarquer dans cette aventure, dit-il quelque peu déçu.» Jean Daunais écrit rapidement.On pourrait même dire qu’il compose de façon boulimique.Une fois le titre d’une nouvelle trouvé, ou le lieu de l’histoire choisi, M.Daunais prend deux semaines pour composer son récit.« J’aime la rapidité dans le dénouement des intrigues, le style grand siècle qui contribue à créer des effets comiques par contrastes et l’aspect visuel très typé dans les descriptions de lieux.» Tous ces éléments et bien d’autres se retrouvent dans les aventures d’Arlène Supin.« Ce qui intéresse les lecteurs, semble-t-il, c’est la diversité des attraits du récit.Il y a en pour tous les goûts.Certains aiment les grosses far- ces, d’autres les jeux de mots, d’autres encore sont séduits par les contrepèteries ou les situations absurdes, enfin quelques-uns préfèrent les allusions à la culture classique ou les lieux étrangers.L’aspect bande dessinée accroche aussi les jeunes lecteurs.» Mais ce qui séduit le plus les aficionados d’Arlène Supin, ce sont les personnages qu’elle côtoie de livre en livre.Personne n’est mieux placée qu’elle-même pour en parler.Silencieuse jusque-là, elle devient volubile, voire intarissable, lorsqu’il s’agit d’aborder ses éternels compères.« Il y a Lino Léomme, lieutenant de police de Montréal pas très dégourdi qui se déniaise avec moi.Mon grand ami Hippo-lite Népomucène Xégaz, prix Nobel de chimie ondulatoire, qui court encore la galipette malgré ses 94 ans.Le capitaine Van Kat-parkat, vieux loup de mer amateur des meilleurs nectars.Mon fidèle informateur de la CIA, Bob Slay, de son vrai nom Robert Luge.Et enfin mon serviteur, 1’ inénarrable Simon Moine, obséquieux majordome de son état, mais friand consommateur de grosses dames et mythomane la majorité du temps.Véritable caméléon, il peut emprunter l’identité de n’importe qui dans l’espace de quelques secondes.» On imagine facilement que la majestueuse détective ne s’ennuie jamais avec un tel clan de comparses.Comme son père, elle adore travailler avec ses amis et considère l’amitié comme une des plus belles valeurs humaines.On pourra encore saliver de plaisir en admirant l’irrésistible latiniste aux prises avec les pires criminels dans un prochain recueil de ses aventures qui s’intitule Mignonne, allons voir si la Rolls.Et comme le temps semble passer sur Arlène Supin comme l’eau sur le dos d’un canard, on pourra se délecter longtemps des attraits merveilleux de la jolie blonde.Mon photographe, qui croquait des yeux la détective depuis le début de l’entrevue, ne s’est pas embarrassé de détails lorsqu’il a fui, fier de lui, aux bras gracieux de la délicieuse personne, me laissant gros Jean comme devant.Témoignages troublants sur des abus de confiance J’AI FAIT L’AMOUR AVEC MON THÉRAPEUTE Témoignages sur l’Intimité sexuelle en thérapie Hélène Lapierre Marie Valiquette Éditions Saint-Martin Montréal 1989, 192 pages CHANTAL BEAUREGARD Questionner l’expérience des femmes et des hommes qui ont vécu une intimité sexuelle avec leur thérapeute, c’est briser le silence sur un comportement si bien caché.C’est dénoncer une situation tout à fait inadmissible, qui va à l’encontre des codes de déontologie encadrant la pratique professionnelle du thérapeute de la relation d’aide (psychologue, psychiatre, criminologue, omnipraticien, travailleur social, etc.).La démarche des auteurs, qui réunit recherche scientifique et témoignages recueillis lors de réunions avec des femmes et un homme ayant eu des relations sexuelles avec leur thérapeute, circonscrit toute l’étendue de la problématique.Il faut souligner que la référence exclusive au féminin pour désigner la patiente ou la cliente vient peut-être précisément de la composition de l’échantillonnage.Les témoignages suivis d’observations cüniques sont fort révélateurs de l’abus de confiance dont certaines patientes ont été victimes.Implicitement, ils disent l’importance de bien s’informer avant de s’engager dans une thérapie, entre autres choses, sur le type de thérapie et la formation du thérapeute.Hélène Lapierre et Marie Valiquette démontrent sans ambiguïté qu’entretenir des relations intimes avec son thérapeute va à l’encontre du bien-être de la cliente.Cela risque même de lui laisser de sérieuses séquelles puisque, déjà souffrante et fébrile psychologiquement, elle a McGill Departement de physique Colloque de la Société de physique Pr off.R.J.Birgeneau Massachusetts Institute of Technology Novel Magnetic Phenomena in High-Temperature Superconductors Le vendredi 30 mars 1990, à I6h00 Auditorium David Keys Pavilion Rutherford de physique 3600.rue University Cette conférence est présentée grâce A l appul financier du Beatty Memorial Lectures Committee besoin d’aide professionnelle.La cliente se dévoile et « révèle au thérapeute des choses qu’elle ne révélera peut-être jamais à son partenaire.La cliente parle de ses peurs, de ses faiblesses, de ses pensées les plus honteuses ou terrifiantes tandis que le thérapeute lui sert de miroir et de source de support.Il confronte si nécessaire.Le sens unique du dévoilement en thérapie tranche avec l’égalité et la mutualité requises dans le partage amoureux ».N’étant pas basée sur le partage mutuel, la relation thérapeute-cliente diffère à plusieurs égards de la relation amoureuse.Pourtant, la connaissance de ces distinctions ne garantit pas une conduite responsable, puisque « 15 % des thérapeutes abusent sexuellement de leurs clientèles ».Des témoignages troublants qui secouent l’image du thérapeute tout-puissant.Certaines histoires particulièrement touchantes vous restent longtemps en tête après que vous avez terminé votre lecture.D’une grande utiüté, la quatrième partie donne des conseils pratiques aux victimes.GUY FERLAND HAPPY END Manuel Vazquez Montalban Traduit par Michèle Gazier Éditions Complexe coll.« L'heure furtive » Humphrey Bogart tombe amoureux de Lola Lola dans une Allemagne expressionniste et nazie .Ainsi corn mence ce court récit de l’auteur de Meurtre au comité central.« Non.Elle n’était pas comme Lola.Il lui manquait ce rien de velours dans le re- fard, et même si ses jambes taient tout à fait prêtes à soutenir la comparaison avec celles de Lola, il y avait moins de fatigue dans leur pose, elles gardaient, semblait-il, un petit excédent de vitalité, et leur arabesques sur les planches avaient l’air de s’éteindre trop vite, par pure envie d’en finir avec le spectacle, de rentrer chez soi, de se faire un sandwich, de faire l’amour.» DU NERF Robert Pinget Les Éditions de Minuit Le début de ce texte donne le ton du récit de l’auteur de L’inquisitoire : « Avec cette plume au bout de l’aile ou ce qui en reste.Faire quoi ?Réponse déjà formulée.Par qui ?Monsieur Songe n’ose plus se nommer.Il signe ses lettres d’une croix.Mais ses notes pas besoin.Et la machine remarche.À quand la fin de cette comédie.Mais le monde existe.Le coeur itou.Manoeuvrer en sorte que.» LE RIVAGE DES ADIEUX Catherine Hermary-Vieille Pygmalion/Gérard Watelet Ce roman de la célèbre auteur de Le grand vizir de la nuit raconte rien de moins que la plus grande histoire d’amour de tous les temps, dit le bandeau sur la couverture affriolante.Il s’agit bien sûr de l’histoire d’amour de Tristan et Iseult, légende relatée par les bardes dans les royaumes celtiques et reprise moult fois de diverses façons.L’ALTRUISME ET LA MORALE Francesco Alberoni et Salvatore Veca Ramsay « La morale ayant deux racines, tout système qui tend à l’édifier à partir d’une seule d’entre elles risque de la rendre stérile, disent les auteurs.Ce livre voudrait aider à éviter cet écueil et rappeler à tous que notre vie morale doit puiser sans relâche à sa double origine.C’est pourquoi il est ici question de passion et de raison, et de leur rencontre, difficile mais nécessaire.» LE CYGNE DE PROUST Henri Raczymow Gallimard coll.« L’un et l’autre » « Un livre est un grand cimetière où sur la plupart des tombes on ne peut plus lire les noms effacés », disait Proust.Dans cette optique, Henri Raczymow tente de réinscrire le nom de Charles Haas, l’inspirateur de Swann, à travers une analyse en biais de À la Recherche du temps perdu.LES HOMMES CRUELS NE COURENT PAS LES RUES Katherine Pancol Éditions du Seuil « — Je n’ai jamais aimé que les hommes cruels, m’avait déclaré Louise Brooks.Les hommes gentils, c’est triste, mais on ne les aime pas.On les aime beaucoup mais sans plus.Vous connaissez une femme qui a perdu la tête pour un gentil garçon ?Moi non.Un homme cruel est léger, riche, infiniment mystérieux .Imprévisible.Il vous tient en haleine.Alors au’on finit par en vouloir à un homme à qui on peut toujours faire confiance.» GEORGES SAND, LA LUNE ET LES SABOTS Huguette Bouchardeau Robert Laffont coll.« elle était une fois » « J’ai tenté à ma manière un livre d’aperçus, m’efforçant de découvrir Aurore Dupin, devenue George Sand, en égrenant huit journées de sa vie.Autour de ces huit dates, comme des pierres dans l’eau, j’ai voulu décrire les cercles progressifs qui constituent la trame d’une existence.(.) Elle avait écrit, un jour d’émotion, à Gustave Flaubert : « Il n’est qu’un seul bonheur : aimer les exceptions, donc je vous aime .» Qui n’aurait envie de lui retourner la formule ?» AUTOUR D’ALBERT COHEN Bella Cohen Gallimard « Mon propos sera donc d’offrir, aux lecteurs de ce livre, une information qui s’appuie, non pas sur de simples affirmations, mais, le plus souvent, sur des textes, de leur présenter Albert Cohen et les siens tels qu’ils étaient, et non pas tels que certains les ont dépeints, affirme l’auteur.» DE MONTMARTRE A MONTPARNASSE Georges Charensol Entretiens avec Jérôme Garcin Éditions François Bourin Dans ces entretiens, Georges Charensol raconte ses 70 ans de journalisme qui en font un témoin privilégié du siècle.On voit ainsi défiler, au gré de la conversation, Claude Monet, Vlaminck, Chagall, René Clair, Antonin Artaud, Aragon, Pagnol, Kessel, Montherlant et Cocteau.CONVERSATIONS AVEC ANDRÉ GIDE Claude Mauriac Albin Michel Dans ce journal qui raconte l’amitié entre André Gide et Claude Mauriac entre les années 1937 à 1951, on voit défiler beaucoup de personnalité littéraires : Marcel Jou-handeau, Paul Claudel, Jean Cocteau, Roger Martin du Gard et bien d’autres.Dans cette nouvelle édition, notablement augmentée, s’achève sur un entretien avec André Malraux.PAYSAGE PEINT AVEC DU THÉ Milorad Pavic Belfond Ce livre de l’auteur du Dictionnaire Khazarest conçu sur le modèle des mots croisés et s’adresse à deux types de lecteurs.« Le lecteur décidé à se laisser glisser jusqu’à la mort par la voie la plus courte et sans résister choisira l’ancienne façon de lire, la lecture horizontale (.) Celui qui, au contraire, prendra le risque d’aller à l’encontre du cours du temps optera pour une lecture verticale; elle lui permettra de suivre là destinée des héros.» Une équipe de production et de distribution chevronnée, une entreprise dynamique dont le souci premier est la qualité de l’éducation.Une entreprise qui se veut.Il: RHH.I I ni: VOTRE CRÉATIVITÉ LIDE 4350, avenue de ('Hôtel-de-Ville Montreal (Qut-bcc) H2W 2H5 I ci.: (514) MI-S-WI Fax (514) 843-S2S2 MATÉRIEL PÉDAGOGIQUE POUR LE PRIMAIRE SECONDAIRE COLLÉGIAL UNIVERSITAIRE >sQv'v Guérin, l’éditeur des écoles, rend hommage aux cnseignants(es), aux auleurs(es) et à tous ceux et celles qui collaborent au développement intellectuel de nos élèves.Votre travail rigoureux, honnête et constant assure à notre jeunesse une formation pédagogique adéquate.Guérin vous invite à vous joindre à cet effort collectif qui nous assure une production nationale de qualité.Avec vous Guérin marque le passé, exprime le présent et dresse l'esquisse d’un avenir prometteur.bienvenue 4501.me Drolet Montréal (Québec) H2G 2G2 TU: (514) 842-3481 Fin: (514) 842-4923 I Le Devoir, samedi 24 mars 1990 ¦ D-7 La littérature pour enfants a son enfant terrible DOMINIQUE DEMERS « L’enfant ?Je m’en fous ! Et je suis contre la littérature jeunesse ! » déclare le plus sérieusement du monde Christian Bruel, éditeur du Sourire qui mord et enfant terrible de la littérature jeunesse française.À 42 ans, il est le dernier des Mohicans, un révolutionnaire anachronique, un provocateur sans pitié qui tire à la volée sur tous les tabous et les a priori avec le fol espoir de percer quelques cibles.A l’heure où les créateurs se tassent dans les rangs, où les éditeurs s’évertuent à mettre au monde des best-sellers pour enfants, Christian Bruel et Anne Bozellec, sa camarade de combat, inventent ensemble des livres pour enfants, éclatés et déstabilisateurs, souvent compliqués, parfois inquiétants, toujours riches et envoûtants, dans la lignée des Harlin Quist et François Ruy-Vidal, ces éditeurs de mai 68, l’année où Christian Bruel a eu 20 ans.« Je suis un militant forcené et un ennemi de la littérature pour enfants, dit Christian Bruel.Si on fait des livres pour les enfants, alors il faut en faire pour les handicapés, les tuberculeux, les chiens et les chats.Ce qu’il faut, c’est une littérature tout court dont certains objets rejoignent les enfants.Le jour où les adultes auront compris ça, on aura gagné.Les livres doivent créer leur public et non l’inverse.Il faut avant tout faire des livres qui développent un point de vue original sur le monde.« La littérature pour enfants fait l’économie de tout ce qui est intéressant.La sensualité par exemple.Elle souffre de psittacisme.Vous connaissez ?La maladie du perroquet ! Des auteurs adultes répètent aux enfants tout ce qu’ils vivent.Ça donne des livres où les enfants se font récurer les oreilles en faisant des grimaces.Comme si l’imaginaire enfantin était ümité à ces copies pâlichonnes et complaisantes de la réalité».Christian Bruel a étudié en psychologie et flirté avec la psychanalyse.En 1974, on lui a commandé un article sur la littérature pour enfants.Il est tombé dans ces pages imagées comme Obélix dans sa potion magique : imprégné pour la vie ! Mais contrairement au Gaulois ventru de la bande dessinée, Christian Bruel a crité « Ouach ! » en sortant.« J’y ai découvert des horreurs, dit-il.Une littérature sexiste, conformiste et aseptisée».En 1975, il participe à la naissance du Collectif pour un autre merveilleux.Un groupe de joyeux hurluberlus rêve tout haut à « un livre où le merveilleux n’est pas échappatoire, mais ancré dans le réel, où le fantastique sert de révélateur.Un livre qui ne fait pas l’innocent ».L’année suivante, il publie avec Anne Bozellec, dans la foulée des revendications féministes de l’époque, Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon, un livre phare qui a marqué l’histoire de la littérature jeunesse.Le Théâtre du Gros Mécano de Québec l’a d’ailleurs porté sur scène avec beaucoup de succès.Pourquoi « le sourire qui mord ?» « Parce que les adultes s’affichent avec un sourire béat lorsqu’ils sont devant des enfants, répond l’éditeur.Nous voulions que notre sourire devant les enfants soit de toutes les couleurs.Même mordant.Un sourire qui mord est énigmatique.PHOTO DOMINIQUE DEMERS Christian Bruel Comme la vie, comme nous, comme les enfants».Le sourire qui mord a toujours navigué en eaux agitées.Mais, en 1985, l’eau rentrait à pleine cale et la barque menaçait de sombrer.Pierre Marchand, directeur de Gallimard jeunesse, a offert de rescaper le navire en prenant en charge la distribution et la diffusion des livres de la maison.« Le sourire qui mord ne doit pas disparaître de l’écosystème editorial » affirmait-il lors de la publication des bans, un peu avant la consécration de l’union.Christian Bruel fut touché et jure qu’il n’a pas troqué sa liberté : « Gallimard ne voit jamais nos livres avant qu’ils soient imprimés.Ils ont promis de ne pas se mêler de politique éditoriale et tiennent parole ».Le sourire qui mord n’a peut-être pas le vent dans les voiles mais il garde le cap en pleine tempête.Des 35 titres publiés en près de 15 ans, deux seuls ont trépassé.Tout le reste est vivant, réimprimé dès que les provisions sont écoulées.« Mais nos tirages ont beaucoup baissé, dit Christian Bruel.Il y a dix ans, nous avons tiré 15 000 exemplaires de Lison et l’eau dormante et il s’est épuisé.À l’époque, l’imaginaire était au pouvoir.Nous vivions une période d'hyperconsomma-tion idéologique.Aujourd’hui, le marché du üvre jeunesse, c’est le documentaire.L’imaginaire redevient un luxe ».Au catalogue du Sourire qui mord apparaissent les noms de Nicole Claveloux, Pef, Dominique Marquet-Lausch, Mireille Vautier .Mais surtout, Anne Bozellec et Christian Bruel.Après avoir attaqué les stéréotypes sexistes dans Histoire de Julie, le tandem a décidé de lever le voile sur la sensualité enfantine avec Les chatouilles, les joyeux ébats de deux enfants sous l’édredon.Plus récemment, dans la même collection - « plaisirs » - les deux compères récidivaient avec Ce que mangent les maîtresses, des confidences d’enfants, en mots et en images, où rêves et fantasmes, vérités et menteries, cohabitent gaiement.« Le matin la maîtresse embrasse son papa sur la bouche », chuchote un tout-petit.« Ma maîtresse fait des réunions de parents pour les consoler », explique un autre.« Quand elle est seule ma maîtresse saule sur les tables en poussant des petits cris», confie une fillette.Ces albums nom et blanc, Bruel et Bozellec, les construisent à quatre mains.L’illustratrice plonge dans le texte depuis la naissance du scénario et l’auteur se mêle des images dès les premiers croquis.« Et n’allez pas croire qu’on travaille en parfaite harmonie.Notre dialogue de création est très conflictuel.même qu’on s’engueule », confesse l’auteur, tout sourire.Le résultat ?Un mariage inédit tex-le/images.Point de redondances.L’image commence là où le texte finit et le texte reprend lorsque l’image à nouveau se tait.Au fil des pages, le lecteur, adulte ou enfant, est sollicité.L’album ne dit pas tout.Il suggère un sens mais c’est le lecteur qui fait le boulot.Pas question d’être passif, il faut dégager le sens.À l’ensei- MARC CHAPLEAU GUIDE HACHETTE DES VINS DE FRANCE en collaboration Hachette, Paris 1989 Cinquième édition d’un ouvrage en passe de devenir un classique.Une centaine de pages d’introduction avec des informations sur les vendanges, les vinifications, etc.Quelque 6 000 vins répertoriés, cotés de une à trois étoiles.Pour les « coups de coeur » — et donc les vins particulièrement recommandables —, on a reproduit les étiquettes.D’après son éditeur, le Guide Hachette recense les meilleurs vins français; ce qui est un brin exagéré, puisque, par exemple, les produits de Marcel Guigal, le roi de la Côte Rôtie, n’y figurent pas.Présumons que c’est par choix, et non parce que ses crus ne passent pas.PARIS PAS CHER Édition 1990 Françoise et Bernard Delthil Flammarion, Paris 1989 Mille sept cents adresses pour bien vivre à Paris.Pas vraiment un guide touristique, mais tout de même une mine de renseignements utiles.Besoin d’un hôtel, d’un resto, d’un chapeau, de bouffe bio, de foie gras, d’une chaîne « hi-fi » ou de fringues d’occase ?Et désirez économiser de 5 % à 70 % sur le prix régulier ?Suivez le guide, divisé par catégorie et par arrondissement, et recherchez les dessins de gros orteil.En clair, ce sera « le pied».C’est-à-dire des établissements particulièrement recommandés.LIS CETTE PAGE, S’IL TE PLAIT N.Chesanow et G.L.Esersky CIM/Éditions de l’Homme, Montréal 1989, 205 pages Un livre hilarant ou démoralisant, selon l’humeur du moment.« 142 petits textes à glisser sous l’oreiller de votre homme, quand vous êtes à court de mots.» Ce qui donne, avec certes, un peu d’imagination .: « Chéri, ceci est un ultimatum.Cesse de te moquer de mes bourrelets, sinon j’sais pas ce que je te fais-.Gros ours, va .Je t’aimi bien.Tu me chatouilles.Ar- JOSÉ ACQUELIN LE PIÉTON IMMOBILE José Acquelin tend à trouver
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