Le devoir, 31 mars 1990, Cahier D
ÏLÜ® « D.uÆm • le plaisir des mes o LITTÉRATURES LIVRES D'ART LIVRES DE VOYAGE La librairie v l i M 4 ^3700 ' boul.Saint-Laurent Montréal * DICTIONNAIRES DU MONDE ENTIER LIBRAIRIE 514.499.2012 jeunesse 7 JOURS/SEMAINE DE 9H.À 22H.Le théâtre d’ombres d’Yves Navarre fJgÂJMsdf^ï: PHOTO JACQUES GRENIER Yves Navarre JEAN ROYER ves Navarre, moustache rieuse et geste lent, m’accueille avec son chat Tybalt au regard pointu, inquiet.il me fait visiter sa nouvelle maison montréalaise, étage par étage.Nous montons dans cet appartement en forme de puits de lumière et bordé de tableaux de peintres d’ici: Dorion, Valois, De-mers, Archambault, Hopkins.En haut des escaliers, la récompense : une terrasse pour les audiences, habitée de plantes et de tableaux, mais aussi pour l’écriture, avec son immense secrétaire où trône une sculpture d’Alfred Laliberté, L’orpailleur, figure exemplaire du poète - Baudelaire, René Char ou Gauvreau - qui aura traversé le « fleuve boueux » pour trouver l’or des mots.Yves Navarre, lui, a traversé une ou deux morts avant d’arriver à ce roman qu’il vient de faire paraître chez Leméac: La Terrasse des audiences au mo- ment de l'adieu.Nous sommes là pour parler de ce « texte atlantique », qui relie l’ancien monde de Paris qu’il a quitté au nouveau monde qu’il a choisi, Montréal.« Ce livre n’est pas un règle ment de comptes mais simplement une demande amoureuse, me dit Navarre.À Paris, après le Concourt que j’avais mérité pour Le Jardin d’acclimatation, en 1980, on m’a enterré.Oubli et indifférence devant les romans qui ont suivi.Plus tard, en 1984, un accident cérébral m’a paralysé, on m’a cru atteint d’une maladie à la mode et plus capable de rien.Après cet accident, j’ai tout réappris: à marcher, à parler, à écrire.» Alors un texte s’est mis en branle, d’après le titre d’une musique de Debussy, La Terrasse des audiences au clair de lune.Un journal où l’écrivain notait les foules qui se pressent au départ.Le texte a entraîné l’adieu.Paris n’était plus pour Navarre qu’un exil.Il fallait balayer la terrasse.« Ce roman m’est tombé dessus comme le départ.Il a été le moteur de ma traversée atlantique.» « Je crois que le roman est une forme dévoyée de journal intime », me répète Yves Navarre.Son livre le prouve avec éclat.Notes, fables, contes, romans prennent forme dans ce livre qui réunit des personnages de la république des lettres parisiennes (identifiées sous l'appellation Brave C.ou Divine C.) et de sa famille affective, sans oublier son double, Sébastien K, qui meurt dans ce livre mais renaîtra dans un autre texte sous le nom d’Abel Klein, me confirme Navarre.Dans La Terrasse des audiences au moment de l’adieu, le romancier nous convie à sa traversée atlantique au-dessus de l’anecdote.11 nous fait plutôt assister à son théâtre d’ombres.Ici, Yves Navarre fait de la vie qui parle un récit littéraire, il fait d'un journal intime un véritable roman.Le moment de l’adieu se métamorphose en moment du bonjour, dans ce voyage littéraire qui conduit le romancier à Montréal.« Vous faites le voyage à l’envers », lui avait dit Jean-Louis Roy, le délégué du Québec à Paris.'Aujourd’hui, Navarre admet la complexité de la situation.Pour lui, « Paris est un miroir aux alouettes».Pour certains Québécois qu’il rencontre ici, Paris semble une fin en soi.Pourtant, c’est ahurissant de penser Voir page D - 8 : Navarre L’art de la tendresse de David Leavitt MARIE-CLAIRE GIRARD David Leavitt est un écrivain qui prend l’écriture au sérieux : un créateur ca pable de faire partager la charge émotive contenue dans les événements défilant dans les vies de ses personnages et qui transmet aussi l’intelligence et l’esprit.Avec une candeur de grand garçon il avoue être un peu las de parler de Tendresses partagées ( Flammarion).Paru il y a un an et demi aux Etats-Unis, ce roman fait partie déjà de l’histoire ancienne du jeune écrivain de 28 ans.Dans l’intervalle David Leavitt a écrit un recueil de nouvelles qui est sur le point de paraître à New York chez Viking et il a commencé à réfléchir à son prochain livre.Toujours ravi de se retrouver à Montréal (son frère aîné habite Notre-Dame-de-Grâce et enseigne à l’Université de Montréal) David Leavitt accepte de rabâcher encore sur ce roman dont il se sent maintenant si loin et si détaché.Sur Danny, le personnage principal, avocat homosexuel yuppie qui est, d’après son créateur, trop gentil.Sur April, la soeur aînée, lesbienne féministe de gauche, qui connaît la notoriété en composant et chantant des textes engagés à l’époque de la guerre du Viêt-Nam.Et sur leur mère, Louise, atteinte d’un cancer, et dont l’agonie et la mort cristallisent les émotions de la famille qui l’entoure.Une famille américaine somme toute banale, même si les deux enfants sont homosexuels, mais battant des sentiers inhabituels, désespérément à la recherche d’introuvables modèles et tentant d’établir de nouveaux codes à la mesure des changements qui ont bouleversé leur vie.Tendresses partagées est un roman gentil traversé par une cruauté et une lucidité sans appel, un curieux mélange dont les résultats défient les conventions, laissant des traces tenaces chez les lecteurs, surpris au premier abord, irrémédiablement séduit et enchaîné ensuite.Danny et son amant Walter vivent une vie résolument bourgeoise entre le four micro-ondes, le magnétoscope, l’ordinateur domestique et le chien, dans une maison de banlieue sans histoire.Pour David Leavitt, mettre en scène un tel couple est probablement plus perturbateur pour les bien-pensants que de montrer le monde marginal des bars homosexuels habités par une sexualité frénétique.Walter et Danny sont extrêmement normaux, fidèles l’un à l’autre en dépit des incursions désincarnées que Walter effectue du côté des messageries roses.Toute culture éprouve le besoin d’une marginalité, et les gais ont souvent rempli ce rôle au sein des sociétés occidentales, fournissant les bizarreries, les travestis et les bars louches aux scènes indescriptibles.Leavitt croit finalement que les homosexuels n’aspirent qu’à la normalité et qu’ils sont tout doucement en train de s’y intégrer jusqu’au moment où ils passeront inaperçus.Et c’est ce qu’il s’attarde à montrer dans ses romans.Comme il s’attarde à nous faire découvrir le personnage de Louise, la mère, le coeur du roman autour de qui tout gravite.Louise connaîtra un certain apaisement de ses angoisses à la fin de sa vie alors qu’elle renonce à se battre pour garder d’inavouables secrets.Voulant trouver la paix et la sérénité, elle considère même la conversion au catholicisme, mais la marge d’ombre qui cerne sa vie, de par sa propre volonté, ne peut que la laisser dans l’attente d’une liberté et d’une légèreté qu’elle ne trouvera jamais.La relation entre Louise et ses enfants, et entre ces derniers et leur père, de qui cependant ils se sentent beau- coup plus loin, est un des aspects principaux du roman.Davkl Leavitt a toujours été fasciné par la façon dont évoluent les rapports entre parents et enfants à mesure que les bambins deviennent des adultes.Arrive un moment où les enfants confrontent les parents non plus en qualité de papa et maman, mais comme des êtres humains, avec leurs problèmes et leur vie propre.Un peu surpris, David Leavitt constate gue ses livres se vendent extrêmement bien en Espagne, en Italie, et au Québec, mais qu’ils ne marchent pas tellement bien en France.Est-ce trop « américain » pour les Français que ce roman où on retrouve des allusions à Saturday Night Live ?L’écrivain croit qu’il s’agit plutôt d’une question de mentalité et que le modèle familial espagnol, italien ou québécois correspond davantage à la description de la famille juive américaine que l’on retrouve dans Tendresses partagées.Et puis il y a le chauvinisme des Français qui admettent difficilement qu’un écrivain américain connaisse un succès phénoménal au sein de leur hexagone.À quelques exceptions près bien entendu.David Leavitt ht beaucoup les écrivains de sa génération, ces américains dans la jeune trentaine qui publient des livres à l’écriture qualifiée de minimaüste.Mais il nourrit aussi une passion totale pour les nouvelles d’Elizabeth Bower et pour.Tintin dont il collectionne tout ce qu’il peut trouver.Il parle aussi avec beaucoup d’affection de son chien et de sa curieuse maison de East Hampton, près de New York.Originaire de la côte ouest et provenant d’une famille unie et aimante, David Leavitt poursuit dans ses romans la quête de l’équilibre affectif à travers les vissicitudes d’une certaine marginalité.Cela donne des romans inspirés, qui captent les frémissements de la vie même, dans toute sa cruauté et toute sa splendeur.PHOTO JACQUES GRENIER David Leavitt Jocelyne Boulanger L’inceste dévoilé Histoire vraie d’une enfance violée V 180 pages — 16,95 $ PARCOURS les éditions internationales alain stanké Itée, 1 212, rue saint-mathieu, montréal D-2 M Le Devoir, samedi 31 mars 1990 aaes (av,,( photos) Diffusion Baffin (514) 325-5553 PUBLIE DES PHOTOGRAPHES Les Editions du Préambule L’ATTENTE L existence intime ( lande Bertrand Yves Navarre 1 LA TERRASSE I DES AUDIENCES AU MOMENT DE L'ADIEU 28,50$ "Un livre de lerveur qu'on quitte è regret (.) Et qui hante le lecteur bien longtemps après ta dernière page.(.) La littérature se lait Ici le creuset des plus vives émotions." Michel Laurin, Le Devoir VIRGINIA WOOLF gazinei GINIA F A Al C LEMÉAC û il i I v II r En vente chez votre libraire DIFFUSION PROLOGUE MONIQUE JUTEAU / EN MOINS DE DEUX §) Eva et Lili se racontent au cours d’un long périple à travers une galerie de personnages complètement fous.§ Monique Juteau nous entraîne dans un feu roulant de fantaisies d’une puissante invention verbale.En moins de deux nous convie à une grande foire de l’imaginaire que ne dédaignerait pas un Réjean Ducharme.ROMAN ROMAN petit épicier qui faisait en série des dépôts bancaires douteux, la Canadienne décide de partir à la recherche de ceux qui ont lancé une offre publique d’achat (OPA) contre les forêts de son enfance et la scierie de Missikami qui vient de passer aux mains des « maudits anglais ».Dans son périple, elle rejoindra le « Fou de Bassan », Gantry ou Jonathan pour les intimes, un genre de palmipède humain installé sur une jonque dans les îles du Pacifique.Il s’occupe de biologie marine et se passionne pour la finance, principalement les «junk bonds» qu’il aurait inventé, paraît-il, et avec lesquelles il aurait fait fortune.Il se passionnera également pour la belle Zénaide dont l’intelligence en affaires rejoint presque la sienne.Pour combattre les Fourmis, voire les hommes du Cartel, le Fou de Bassan et la Canadienne ont leur passion amoureuse et surtout beaucoup d’amis (autant que d’ennemis) dans le milieu huppé des affaires à tous les coins du globe, avocats et banquiers compris.Tout comme dans les films à la James Bond, Gantry sauvera cette femelle aux prises avec les méchants hommes du Cartel ! On n’est pas loin du conte de fée.Ni du héros la plupart du temps salvateur des traditionnelles bandes dessinées.Sauf qu’on y apprend les rudiments des dessous de la grande finance, celle qui se joue dans l’ombre défiant lois et gouvernements, les remplaçant au besoin par du chantage, des Vie de la nature morte Monique Juteau En moins de deux Roman • l'Hexagone ( olicelion le Sens Le Préambule 164.ruc'l.ahomé.Lonuueuil Montreal).Québec.J4H 2P6 (514) 651-3646 Fax.65.10378 CARTEL Paul-Loup Sulitzer Édition #1 / Stock Paris, 1990 480 pages FRANÇOISE LAFLEUR Rien n’arrête la « Ma-rabunta », cette marée subite de fourmis qui se déplacent par milliards et massacrent tout sur leur passage.Fourmis voyageuses, fourmis de dépôts bancaires, fourmis combattantes sont toutes, à des degrés divers, dévorées par le démon de la finance.Les plus audacieuses sont possédées par une soif illimitée de pouvoir et guidées par les dieux-dollars.Les « Fourmis » dont il s’agit dans le dernier-né des romans de Sulitzer, Cartel, contribuent à collecter, blanchir et faire fructifier l’argent tiré du trafic international de la drogue.Meurtres, perversité, sadisme, manipulations et folie de psychopathes sont au rendez-vous.PHOTO JACQUES GRENIER Paul-Loup Sulitzer Par le biais des traces de Zénaide Gagnon, la Canadienne francophone originaire de Missikami en Ontario, on survole les continents dans des péripéties aussi rocambolesques que celles de James Bond et de ses maîtresses ! Zénaide travaille comme banquière à Milwaukee dans le Wisconsin.Après avoir repéré un LA NATURE MORTE Pierre Skira Paris, Skira, 1989, 185 pages MARIE LAURIER Voici des fleurs, des fruits, des feuilles et des branches.pourrait dire, à l’instar du poète, l’auteur de cet album d’art intitulé La Nature morte.Et pourtant, Pierre Skira nous prévient dans son introduction : « La nature morte n’existe pas.Ce terme dépréciatif, vindicatif, imposé par les doctes du XVIle siècle en France pour caractériser et hiérarchiser les genres en peinture, révèle une nature autre que morte et une mort fort peu nature.» Foin des catégories pour Skira qui préfère faire ressortir la beauté, « la vie » de tableaux de fleurs, de fruits, de vases, bref d’objets utilitaires au cours des siècles.Cet album traite de la nature morte, puisqu’il faut l’appeler par son nom, datant d’avant Jésus-Christ jusqu’à nos jours.C’est évidemment la galerie des plus grands maîtres — les plus connus et d’autres aussi que KAZU0 ISHIGUR0 Les vestiges du jour Dès la première page, on part en vacances en oubliant le reste, pour ne revenir à la réalité qu’à regret avec le mot «fin».(Alice Parizeau /Le Devoir 17.03.90) UN ROMAN ABSOLUMENT CHARMANT! En vente partout.nous apprenons à connaître — qui défile devant nos yeux, partageant avec l’auteur ce plaisir d’admirer en quelque sorte des oeuvres qu’il compare à des « statues ».Un lisrc dans lequel on retrouve l'Existence intime, mais d'une manière plus dépouillée, plus épurée.C'en est la suite, mais en • même temps tout autre chose: plusieurs rencontres imprévues, îles liaisons ' de toutes sortes'.172 panes / ISBN: 2-K9I.IVI05-2/ Prix: 20.1)0 S D-8 ¦ Le Devoir, samedi 31 mars 1990 La passion à la une LA PASSION DU JEU Livre-théâtre écrit par cinquante-quatre comédiens et comédiennes du Québec sous la direction d’Anne-Marie Alonzo Éditions Trois, Montréal, 1989 Oi Yves DUBÉ À Les carnefs La passion du Jeu, c’est bien la passion pour la Vie, et plus particulièrement pour la vie d’acteur et d’actrice.C’est bien aussi la passion jouée, transposée, métamorphosée pour la survie du Rêve.C’est donc, au-delà des tourments, de l’angoisse, et des mille morts de la vie quotidienne, cette luminosité étrange qui peut, si on la poursuit jusqu’à l’obsession, de-venir éclatement, éblouissement.pour que « la raison raisonnante » se soumette enfin et que permission soit donnée à l’être humain d’acquérir de nouvelles dimensions.La passion du Jeu, c’est la chose la plus sérieuse du monde parce qu’elle accapare à elle seule des possibilités insoupçonnées de ceux-là et de celles-là qui s’y livrent avec une générosité si totale qu’ils risquent de devenir autres et de se sentir à jamais perdus dans des peaux dont ils ne connaissaient ni la couleur ni la texture, dans des corps dont le miroir ne leur reflète les contours réels qu’à travers des personnages interposés.La passion du Jeu, c’est celle d’Anne-Marie Alonzo qui a décidé de mettre en scène un rêve né d’une expérience qu’elle s’est interdit de laisser tomber dans l’oubli.En 1981, le Théâtre Expérimental des femmes monte un spectacle tiré de Veille, une de ses oeuvres.La comédienne Céline Beaudoin s’engage à corps perdu dans cette pièce.Céline Beaudoin mourra, sept ans plus tard, à 35 ans.L’oeuvre devint comme pendue dans le vide et son auteure décida de la poursuivre d’une façon originale et qui permettra qu’on s’en souvienne.Elle entreprendra de monter un livre-spectacle en hommage à la comédienne disparue.Pour ce faire, elle envoya un questionnaire à 230 comédiens et comédiennes sur leur conception du métier.Bille reçut 95 réponses, dont 15 représentaient un refus.Des 80 qui acceptèrent, seulement 54 firent parvenir texte et photo à l’auteur.Il en résultera une imagerie poétique que les fervents du théâtre se plairont à consulter et à conserver religieusement.Les textes recueillis sont de valeur inégale.Mais, quand même, que de réflexions tantôt graves, tantôt amusantes, reflétant toujours une idée de conquête surhumaine et absurde tout à la fois : « à force d’être mille et tous, craindre parfois de n’être personne.», dira Catherine Begin.Les acteurs et les actrices n’ont pas souvent la chance de se transformer en écrivains (et écrivaines — faut-il ajouter.) et pourtant on les retrouve ici penchés sur un devoir difficile à remplir.mais qui exige d’eux et d’elles, encore une fois, l’exemplarité de l’excellence.Cela était de règle pour être fidèles au titre choisi par Anne-Marie Alonzo, car on ne peut prétendre à la passion que si l’on a tout sacrifié à son objet.dans l’amour comme dans la vie -.comme au théâtre ! Cette totalité si envahissante que plus rien d’autre n’est possible, on en trouvera de multiples confirmations dans les témoignages reçus.En voici quelques exemples : « Le théâtre est feu et flamme.Il est un feu qui dévore.Une passion qui brûle et qui calme.Le jeu est combat.La passion, énergie vitale.Après chaque représentation, je meurs.» — Markita Boies « Autrement dit, le théâtre est trop essentiel, magique et précieux pour qu’on y soit à demi-présent, tiède et sans passion.Et surtout sans risque.» — Angèle Coutu « Je monte sur la scène comme on accouche un soir / Toute seule dans le noir pour la première fois./ Je monte sur la scène tout comme un travesti / Je me déguise en femme pour enfanter ma vie./ Comme si j’faisais l’amour.» — Louise Portai « Je me sens un aventurier qui déborde les cadres et les limites que ma courte vie m’impose.» — Hubert Loiselle « Je suis sur scène / J’ai déjà oublié mon bonheur ou ma peine./ Je me fuis et pourtant j’approfondis / Alors encore une fois à demain.» — René-Richard Cyr Toujours cette persistance d’un état de grâce qui prend aux tripes, qui transporte aux nues et qui reste confronté à la brutalité des contingences du temps, de l’espace, de l’économie, du milieu social.Une image, la plus explicite, la plus éclatée de la condition humaine, quoi ! L’ensemble m’a plu.Certaines photos de comédiens et de comédiennes, tout en me rappelant de bons souvenirs, m’ont touché.Et puis, pourquoi ne pas l’avouer tout simplement : cet album (ce non-livre) m’a souvent procuré l’occasion d’entendre des ami(e)s, de les surprendre dans des poses touchantes, voulant me plaire et y réussissant encore une fois.Anne-Marie Alonzo nous permet de sceller une histoire d’amour sur des images dont l’éloquence, bien différente aux sens de chacun d’entre nous, comble des attentes, fait naître des sursauts de passion.N.D.L.R.Le bloc portant la signature d’Yves Dubé qui devait identifier la semaine dernière l’auteur de l’article intitulé Un spasme allumé: Larry Tremblay a été oublié.Nos excuses à l’auteur et aux lecteurs.+ Navarre que Paris n’a jamais salué ce qui se passe de plus extraordinaire à Montréal.Ni La La la Human Steps, ni La Charge de l’orignal épormyable de Claude C.au-vreau, qu’il trouve aussi important que Shakespeare ou Tehé-kov, ni les tableaux de Hopkins ou Valois.« En même temps, dit Navarre, il y a une complexité, une fascination, une manipulation de Paris-la-Suffisante.Et quelques personnes ont assez de panache pour créer là-bas des scandales, les importer ici et les faire tourner, suivez mon regard .c’est PHOTO JACQUES GRENIER Yves Navarre du marketing médiatique sans intérêt», ajoute-t-il, faisant allusion au passage de Denise Bombardier au « toc-show du Pivo-teur ».Non, pour Navarre, Paris c’était l’exil.« J’étais un otage, dans Paris, dit-il.Ici, au Québec, je suis venu chercher une tranqui-lité.Je suis venu rencontrer des individus, entendre des paroles simples de la tranquilité.Cela ne veut pas dire s’installer mais continuer à travailler, c’est-à-dire avoir à recharger mon réservoir des sens».Yves Navarre veut publier d’autres livres chez Leméae, rencontrer des lectrices et des lecteurs, s’entretenir avec son public de « la vocation irremplaçable de l’écriture».«Je crois à la qualité des échanges avec le public lecteur.Renouer le dialogue de la lecture.Que chaque lectrice, chaque lecteur fasse son propre voyage atlantique.On rêve toujours plus ou moins d’être quelqu’un d’autre ou d’être ailleurs.Tout le problème est de savoir si le bel ailleurs est vraiment aussi beau.De savoir aussi si on a la capacité de se transporter.Je parle du transport amoureux et non d’Air Canada ! Je parle de ce qu’on porte en soi: l’espoir de rencontre, de partage, de jubilation.« Tout peut arriver, les médias, la télé, la bd, c’est le texte qui restera le lieu irremplaçable de rencontres amoureuses, et peut-être plus que jamais, ajoute Navarre.Dans mes rencontres avec les étudiants québécois, j’ai vu qu’il y a une ou deux générations qui découvrent dans la rareté du texte quelque chose d’irremplaçable qui est l’identité de l’individu.Ils sont sollicités de toute part par des formes d’agressions médiatiques et finalement ils retrouvent un lieu de parole qui est l’écriture.« La poésie est le lieu de parole suprême.En second lieu vient pour moi la dramaturgie, continue Navarre.Ensuite vient pour moi le roman.Libre à moi de mettre ma poésie en prose dans mes romans ou d’y mettre mon théâtre.Mes romans, c’est le théâtre de ma famille amoureuse et de ma famille tribale.Le tout restant éminemment gascon - comme on dit acadien - et surtout pas parisien.« Paris, c’est une forme de dictée, au contraire, conclut Yves Navarre.Paris dicte.Mais mon livre, ce n’est pas « Paris, France ou Familles, je vous hais ».Ce serait plutôt: « France, je t’aime.Paris, tu ne le mérites pas.Famille, je t’aime ! Je n’ai jamais fait autant de rêves habités par mes parents depuis que je suis ici.Comme si j’avais à leur poser des questionsqui n’appellent pas de réponse.À Paris, on nous a fait croire que la psychanalyse pouvait apporter des réponses.À Paris, on veut tout comprendre.Alors, on célèbre les pitres, ceux qui font d’apparents scandales, tandis que le vrai scandale c’est de ne pas être ce que l’on est et c’est de ne pas pouvoir renaître perpétuellement ce que l’on est.» Oui, écrire, c’est apprendre à devenir ce que l’on est, me dis-je en quittant l’aimable Yves Navarre.Son chat, qui a dormi à nos pieds durant plus d’une heure, nous raccompagne à la porte.Après l’adieu, je me dis encore que ce « voyage à l’envers » d’un Goncourt français ressemble tout de même aux voyages en France d’un Crémazie, d’un Fréchette et, plus récemment, de notre romancière Anne Hébert, pour qui le Québec de 1950 était une terre d’exil et Paris un espoir de liberté.Aujourd’hui, nous enseigne le voyage de Yves Navarre, le « texte atlantique » peut se lire dans les deux sens.Montréal est devenu une capitale littéraire.Défi Mathé m a tiq u e > ¦ La collection de mathématiques au primaire publiée par Mondia Éditeurs Une amusante généalogie des mots GODILLOT, SILHOUETTE & CIE Jacques Cellard Belfond, Paris, 1990, 193 pages MARIE-ÉVA DE VILLERS Dans ce « dédale » de rues, la « nymphette panique ».Le sourire « sardonique » d’un « daltonien » la « galvanisa ».Vêtue d’un « cardigan fuchsia », ses cheveux retenus par un « catogan » orné d’un « strass », elle allait au « musée » consoler le conservateur qui venait d’être « ümogé ».De ces noms communs qui furent jadis des noms propres, Jacques Cellard s’est amusé à raconter l’histoire.L’auteur du Dictionnaire du français non conventionnel (écrit en collaboration avec Alain Rey) a recensé plus de 400 de ces mots qui se sont banalisés au fil des ans : ainsi certaines divinités de la mythologie, des toponymes, des créations théâtrales ou romanesques, des personnages de la Bible, de l’Histoire, des botanistes, des inventeurs, des cuisiniers ont perdu la majuscule initiale de leur nom.Jacques Cellard nous régale de ses réflexions philo-sogiques, un peu voyoutes, truffées de sourires malicieux et de commentaires érudits.Il s’est employé à dessiner les arbres généalogiques de ces mots qu’il a regroupés en thèmes : les dieux et les déesses, les lieux célèbres, les deux Testaments, la légende et l’Histoire, la littérature et la philosophie, à boire et à manger, les fleurs, de pied en cap, machins et machines, les unités de mesure.BJn voici quelques extraits : nymphette, n.f.« B'amilièrement et plaisamment, jeune fille aguichante, voiie provocatrice, qui fait du détournement de majeurs son passe-temps préféré.Divinités subalternes de la mythologie grecque, les nymphes personnifiaient la vitalité et la fraîcheur des forces de la nature.» paniquer, v.tr.et intr.1.Provoquer la panique.2.Être pris de panique.« D’une nymphe mal connue, le bel Hermès eut un fils, Pan, aussi laid que son frère Hermaphrodite était beau.Trapu, velu, hirsute, c’était un horrible mélange d’homme des bois et de bouc, dont il avait les cornes courtes, les pieds fourchus, et la puanteur-.Ses apparitions semaient une terreur panique.» sardonique, adj.« Ne se dit guère que d’un rictus, d’un rire, d’une grimace, à la fois ironique, méchante, et qui donne au visage un aspect cruel.La Sardaigne était en latin « Sardonia », d’où nous est venu par ailleurs « le poisson de Sardaigne », la « sardine ».Le rictus, lui, est né des effets prêtés à une renoncule « sar-donica » (de Sardaigne) dont l’ingestion provoque en effet des « grimaces involontaires ».daltonien, adj.et n.« Le créateur de la théorie atomique, John Dalton, était lui-même affligé du trouble héréditaire de la vue qui empêche de distinguer certaines couleurs.Précisons que John Dalton avait deux soeurs, mais aucun frère, et que les quatre affreux jojos qui ont rendu son nom tristement célèbre à notre époque sont d’odieux usurpateurs.Il fallait le dire.» fuchsia, n.m.« Le nom de cette plante et de la couleur violacée de ses fleurs est un hommage au savant bavarois Léonard Fuchs (1501-1566) qui fut un grand médecin et un précurseur de l’étude scientifique des propriétés pharmaceutiques des plantes.» musée, n.m.« Ce nom vient du latin « museum », « lieu consacré aux muses ».Les Muses de la mythologie grecque vont et viennent entre l’Olympe et la terre, distrayant les dieux et les humains de leurs chants et de leurs danses.» limoger, v.tr.« Relever de ses fonctions un haut fonctionnaire qui déplaît au gouvernement.Celui-ci conserve son traitement, mais il est mis « sur la touche » ou « au placard » (on dirait ici « sur une tablette »).Le général Joffre décida en 1914 de relever de leur commandement une vingtaine de généraux et de les envoyer loin du front à Limoges.Les limougeauds n’ont cessé de protester contre l’injure ainsi faite à leur ville, jusqu’à demander officiellement, en 1975, que ce « limoger » infamant (disaient-ils) fût tout bonnement exclu du dictionnaire.» à l’entrée « Rossini (tournedos-) », je vous signale la recette détaillée d’un tourne dos qui donne vraiment envie d’être invité chez M.Cellard ! Fidèle à lui-même, brillant et sympathique, Jacques Cellard nous communique tout le plaisir qu’il a pris à scruter l’illustre origine de ces mots désormais dépouillés de leur banalité.N DUR : Les lecteurs sont invités à faire part de leurs commentaires, de leurs critiques et de leurs suggestions à l’auteur de cette chronique.La correspondance doit être adressée au Plaisir des mots, aux soins du DEVOIR, 211, rue du Saint-Sacrement, Montréal, H2Y 1X1.IPUMI Savez-vous que l’on enseigne encore.Que la multiplication est une addition répétée?Cette notion empêche les enfants et les adultes de comprendre que : 1/2 x 1/2 = 1/4 -2 x -3 = +6 A x A = A2 La collection Défi Ma thé ma tiq ue modifie cette pratique.Communiquez avec nous pour en savoir plus long.nTTTfTT .J.Tl 1977, boni.Industriel Laval (Québec) H7S 1P6® (514)667-9221 LITTERATURE Alain Grandbois ŒUVRES COMPLETES D'ALAIN GRANDBOIS Trois premiers volumes parus en mars 1990.Poésie I 572 D (2-7606-1509-X] 55 S Poésie II 640 p [2-7606-1510-3] 62 S Rassemblés en deux volumes, 563 poème: dont près de 500 inédits, établis è partir rit milliers de pièces d'archives.V.»' LES PRESSES DE L'UNIVERSITE DE MONTRÉAL Texte intégral d'une série de 102 émissions radiophoniques données de 1952 à 1954 dans lesquelles Alain Grand bois évoque ses nombreux voyages.À parailre Avant le chaos, les voyages de Marco Polo, Né à Québec.Proses diverses Bibliothèque du Nouveau Monde : rnlierhon prestigieuse qui rassemble en édition critique 5?rT”nHnmoniaux de la littérature québécoise et qu, DIFFUSION GAËTAN MORIN ÉDITEUR-CP 100 BOUCHERVILLE IOC) J4B 5E6 — TÉL (5141449-2369
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