Le devoir, 28 avril 1990, Cahier D
ÎUE ® ¥ li mas?& • le plaisir des mes La l i b rai r i e UTTERATURES .T, ' .DICTIONNAIRES LIVRES D'ART boul.Saint-Laurent DU M0NDE iNmR LIVRES DE Montréal LIBRAIRIE voyage .514.499.2012 jeunesse 7 JOURS/SEMAINE DE 9H.À 22H.Montréal, samedi 28 avril 1990 La bibliothèque vivante de Guy Sorman JOCELYN COULON ans la constellation des essayistes français qui déversent chaque année une production littéraire toujours inégale, Guy Sorman fait figure de marginal.à cause de son immense succès.Ses quatre premiers livres se sont vendus a plusieurs millions d’exemplaires à travers le monde et le dernier, Les vrais penseurs de notre temps, s’est maintenu presque trois mois sur la liste des best-sellers au Québec et plus longtemps encore en France.Le bouquin a même été publié simultanément dans plusieurs langues, honneur rare pour un écrivain.Disciple des penseurs ultra-libéraux, mais sachant faire les nuances qui s’imposent pour qu’une société demeure généreuse, Guy Sorman vient de signer un cinquième livre où il renouvelle son plaidoyer pour l’individualisme, la propriété privée et la liberté de pensée.Les vrais penseurs de notre temps est une fascinante galerie de 28 portraits des plus grands savants vivants d’aujourd’hui et un hymne aux valeurs que défend l’auteur.« J’ai privilégié des penseurs qui ne sont pas nécessairement connus du grand public mais dont les travaux ont une très grande influence sur la recherche dans leur domaine ou auprès des élites Guy Sorman politiques, économiques ou culturelles », dit-il lors d’une entrevue.Dans cette « bibliothèque vivante », comme l’auteur appelle son livre, seul l’astrophysicien Cari Sagan est une vedette facilement identifiable.PHOTO JACQUES NADEAU Pendant deux ans, Guy Sorman, économiste et journaliste, a parcouru le monde pour rencontrer ces hommes — il n’y a aucune femme et il s’en explique — qui ont tous en commun d’être des révolutionnaires de l’esprit, « des hommes de rupture qui transgressent les normes antérieures de leur discipline et aussi leurs frontières.Ce sont des constructeurs de système qui s’opposent souvent violemment mais qui font bouger les idées reçues ».S’il n’y a pas de femmes dans l’univers de Sorman, c’est que les plus intéressantes — Simone de Reauvoir, Hannath Arendt et Margaret Mead — sont mortes et que les autres sont confinées dans des disciplines qu’il a exclu de son livre.« Si j’avais parlé de littérature, les femmes seraient certainement majoritaires », dit-il.Il souligne que c’est la définition de son champ d’investigation qui l’a conduit à exclure les femmes.« La pensée, comme je l’ai arbitrairement définie, est une activité intellectuelle d’un genre particulier.Elle exige de se concentrer pendant trente ans sur le même sujet sans être interrompu par des préoccupations domestiques et familiales», écrit-il dans sa préface.L’auteur ne désespère pas puisque les femmes sont de plus en plus actives en physique, en mathématique ou en économie.Le petit dictionnaire biographique de Sorman s’ouvre naturellement par des portraits sur l’origine de l’Univers.On y rencontre Cari Sagan, Ilya Prigogine, René Thom, Stephen Gould, Edward Wilson et James Lovelock, le père de l’écologie, qui rappelle que « les écolojgistes ont le coeur bien placé, mais la tête mal faite.Ils se trompent de combat en s’attaquant aux troubles les plus superficiels de l’environnement ».Mes penseurs, souligne Sorman, n’adhèrent pas toujours aux modes du jour.Suivent ensuite des portraits de savants très connus comme Claude Lévi Strauss, Bruno Bet-telheim, Edward Teller, Friedrich von Hayek, Karl Popper et Octavio Paz.D’autres le sont moins, mais la description qu’en donne Sorman nous incite a dé-crouvrir leurs oeuvres.Prenez le biologiste japonais Motoo Ki-mura, par exemple, qui balance la théorie darwinienne de l’évolution pour proposer la sienne qui repose sur la chance, tout simplement.Ou l’agronome indien M.S.Swaminathan pour qui la carte de la famine coïncide avec celles des idéologies fausses, essentiellement marxistes.Ou encore l’économiste Murray Rothbard, qui qualifie l’État d’association d’individus ayant pour objectif d’exercer le monopole légal de la violence et surtout de l’extorsion de fonds.En lisant ce bouquin on ne peut s’empêcher de sursauter aux propos prémonitoires de certains de ses savants.Ainsi, Bruno Bel-telheim, qui a bouleversé la compréhension des relations entre parents et enfants, lance à l’auteur qu’il ferait mieux de venir le voir tout de suite, car il allait bientôt mourir.Il se suicide un an plus tard.Et Milovan Djilas, l’éternel dissident yougoslave, qui prédit que les régimes communistes, qu’il fut le premier à analyser correctement, seront renversés par une révolution .qui a balayé l’Europe de l’Est l’automne dernier.Enfin, Youri Afa-nassiev, l’intellectuel russe membre du Parti communiste qui déclarait à l’auteur qu’il critiquait par désespoir devant l’immobi- lisme de son parti.Il a claqué la porte il y a deux semaines.Si la plupart des penseurs interroges par notre globe-trotter exposent des idées fort complexes et sérieuses, leurs positions politiques sont souvent très controversés sinon complètement ridicules.Ainsi Cari Sagan qui veut donner le pouvoir aux savants alors que Friedrich von Hayek imagine un système de « Démar-chie » où les électeurs ne pourraient voter qu’une fois dans leur vie.L’historien allemand Ernst Nolte, qui relativise les crimes nazis en les comparant aux crimes bolchéviques alors que le sociologue indien Ashis Nandy accuse le progrès occidental de tous les maux de son pays même si la révolution verte a sauvé l’Inde de la famine.« Un grand penseur ou un grand intellectuel n’est pas nécessairement une lumière en politique.Il exprime même des opinions qui n’ont souvent aucun sens», dit Sorman qui croit cependant qu’elles méritent d’être analysées.Au terme de cette fascinante aventure au coeur de la pensée moderne, Guy Sorman souligne que si la plupart de ces savants adhèrent à ses valeurs libérales, celles-ci sont loin d’avoir triomphé partout.« La résurgence de l’integrisme politique et religieux dans le monde arabe, en Inde et en Russie et le rejet de la démocratie en Chine laissent prévoir des chocs culturels importants avec l’Occident.C’est le défi des prochaines années», conclut-il.LES VRAIS PENSEURS DE NOTRE TEMPS Guy Sorman Fayard, Paris, 1990, 410 pages L’histoire de Lou, comme un polar bien mené FRANÇOISE LAFLEUR ue à travers le regard d’Irène Frain, Y Histoire de Lou nous propulse aux confins du désert, celui de la solitude enfouie au fond de chaque être humain où même une grande amitié n’arrive pas à percer le secret.Une histoire vraie décrite en toute simplicité, mais élaguée par l’auteur pour garder un minimum de fidélité a son style romanesque.Un récit qui se lit d’une traite, tel un polar bien mené.Un style sobre, dépouillé de tout artifice, cru et nu comme là réaüté qui a parfois un sale visage.Pour raconter l’histoire de Lou, qui est celle d’une amitié singulière entre deux êtres, Irène Frain utilise le « je » tout au long dé son récit.Contrairement à l’effet habituel d’une narration à la première personne, le « je » demeure ici si discret qu’il ne sert qu’à projeter Lou au visage du lecteur.Par un jeu d’acrobatie littéraire parfaitement réussi, Irène Frain nous entraîne dans Son aventure avec content de mésaventures.Tout comme elle, on accepte Lou.Avec ses absences et ses silences.On épie Lou.On l’observe.On s’y attache.Sans jamais vraiment la comprendre.Avec l’envie de mieux la connaître.; Tout comme l’auteur, le lecteur saura-t-il jamais qui est Vraiment Lou ?Jeune femme mystérieuse au masque trompe-l’oeil, Lou opte pour le silence tout au long de sa vie, du moins face à son amie Irène.Par pudeur, celle-ci n’extirpera jamais les confidences de Lou.Pourtant, Irène Frain ne cessera de se poser des questions sur la vie intime de cette femme américaine, étrange personnage.Peut-on réellement parler de roman autobiographique ?On plonge plutôt dans un scénario de roman noir, fait divers énigmatique basé sur une histoire véridique.« Je suis passionnée par les êtres en général et j’ai tendance à m’oublier dans la contemplation de quelqu’un pour tenter de le comprendre.Bien sûr, il m’arrive de me raconter oralement mais, dans mes écrits, j’ai une forme de pudeur.L’histoire qui m’était arrivée semblait tellement étrange que je me suis faite en quelque sorte voyeuse de l’histoire de Lou », explique Irène F'rain au cours de l’interview où elle demeure réservée, discrète sur elle-même, secrète.Elle parle davantage de son personnage.Elle s’ouvre lorsqu’on lui parle des rouages de son métier d’écrivain.L’amitié se trame ici sur fond de discrétion faite de tolérance.Au silence de Lou, Irène Frain répond par le silence.N’arrivant jamais a f trouver les bonnes ré- ponses aux questions suscitées par le comportement de Lou, Irène Frain multiplie les hypothèses, suggère des scénarios, laissant libre cours au lecteur de choisir le sien.Irène Frain n’est-elle pas une reine de l’imaginaire ?Tout en nous faisant partager son jeu de romancière de talent, elle se sert du lecteur comme un exutoire à son histoire lourde de faits accablants jamais révélés.Elle transpose le mystère de Lou dans l’imaginaire du lecteur, tel un exercice d’exorcisme.À mesure que l’on avance dans la lecture du récit, Lou nous hante, nous tient en haleine, nous suit et nous poursuit, tout comme ce fantôme échappé du passé d’Irène Frain n’a jamais cessé de la tourmenter.Pourquoi et comment Lou a-t-elle soudainement débarqué dans la vie d’Irène Frain ?Cela fait partie de l’énigme.«Si Dieu existe, il est pour moi romancier », constate Irène Frain en souriant.« Il passe son temps à me pousser.Il m’a poussée la où je devais aller, là ou au départ je n’avais rien à faire et où, finalement, cette histoire est arrivée ».Le jour où Irène Frain a décidé de renouer avec son amie Lou et d’aller la retrouver à Philadelphie, elle était à dix mille lieues de se douter de ce qui l’attendait.« Il a fallu en convenir », dit-ele.« La réalité dépasse parfois l’imagination.La brutalité granitique de cette histoire réelle a été beaucoup plus imaginative que moi, romancière de métier ».Pour Irène Frain, Bretonne passionnée de littérature, ce li- vre est un tournant dans sa carrière.« Il m’a appris la vertu de la simplicité, de l’honnêteté, de la sobriété du style ».Force est de constater à la lecture de l’ouvrage que même le style utilisé colle à la peau de Lou.Pour ceux et celles qui ne connaissent pas encore Irene Frain, son dernier livre leur donnera certes envie d’aller découvrir les précédents, beaucoup plus rocambolesques, l fCtf Irène Frain mais tout aussi talentueux, dont Nabab en 1982 (Prix des maisons de la presse) et Secret de famille en 1989 (Prix RTL Grand Public).PHOTO JACQUES GRENIER le ° DOMINIQUE LAPIERRE ROBERT LAFFONT Plus grands que l'amour m» D-2 ¦ Le Devoir, samedi 28 avril 1990 • le plaisir des mes Les amants de ces dames: les rares bons.et les autres LES AMANTS: LES BONS ET LES AUTRES Shere Hite et Kate Colleran Éditions Acropole, 1990, 250 pages.MARIE LAURIER Shere Hite n’est pas une inconnue sur le continent nord-américain pour avoir signé depuis quinze ans des rapports chocs et controversés sur la sexualité, celle des femmes, des hommes, des couples et des autres.La recette ayant profité à tous égards, notamment aux plans de la notoriété et du portefeuille, voilà que cette historienne de 47 ans récidive et propose un quatrième livre traitant cette fois des amants de ces dames.Et bien entendu de leurs rapports amoureux.Que nous apprend-elle sur les hommes que nous ne sachions déjà?Des petites, moyennes et insignifiantes choses qu’elle présente à l’enseigne du mouvement féministe, lequel à ses yeux n’a pas fait beaucoup de progrès de- Euis vingt ans.À lire les nom-reux témoignages recueillis auprès des femmes sondées, il apparaît que non seulement l’émancipation féminine est une vue de l’esprit mais qu’elle est en ré- gression, en chute libre si j’ose dire.Cela tient sans doute aux personnes choisies pour cette enquête qui racontent unilatéralement leurs aventures, leur mariage raté, leurs liaisons, les détails d’ébats amoureux qu’elles voudraient tendres, virils, romantiques et tutti quanti.Et avec la corrosion du temps, du travail, des doubles et triples tâches qui continuent d’être le fief des super femmes, tout cela finit par tomber dans la plus grande banalité.On croit lire le vade-mecum de midinettes encore à la recherche du prince charmant et l’on soupçonne l’auteur de privilégier ce genre de femmes qui ne semblent pas avoir conscience que nous sommes en 1990.Ce qui plus est à une décennie du 21e siècle.Elles sont pourtant nombreuses celles qui ont vu naître et évoluer la condition féminine, sans toutefois avoir réalisé tout le progrès escompté, je le concède.Utilisant les recettes propres à ce genre de démonstration, à savoir qu’il n’y a pas ou peu de bons amants, Shere Hite « enseigne » à ses lectrices — car on sait que ce sont les femmes qui lisent ce genre de livre — comment conduire une bonne querelle, quelle approche elle devrait avoir pour amadouer ou civiliser les hommes, comment contourner le problème du mariage: au mieux en restant célibataire et pour un peu de tendresse, en devenant lesbienne.Les hommes fidèles, ou cruels selon Katherine Pancol, ne courent pas les rues et voilà que les femmes leur rendent la monnaie de la pièce en ressemblant, copies conformes, à ces messieurs.Aussi éprouve-t-on un malaise constant à parcourir les jérémiades de ces dames qui se plaignent à peu près toutes de ne pas trouver auprès de leur conjoint la sécurité et l’amour qu’elles espéraient.Et l’amant n’est pas mieux que Shere Hite nous pré- sente comme un être égoïste, sauvage, violent, un autre mari quoi! qui ne sait pas lui non plus combler les aspirations amoureuses et romantiques de ces dames.À en croire l’enquêteuse américaine, toutes les femmes ou à tout le moins la plupart d’entre elles sont des mal aimées, des laissées pour compte qui feraient mieux de jeter leur dévolu ailleurs, par exemple dans des amitiés féminines, a défaut de trouver chez le sexe opposé un climat de confiance et de tendresse.L’homme décrit par ces dames n’a rien à peu rien d’intéressant, lui qui n’a pas changé ni évolué au même rythme que les belles indépendantes qui ont trouvé dans le travail, l’argent, l’autonomie une raison d’être et plusieurs motifs de tourner le dos à des maris ou des amants en manque de toutes les qualités dont elles s’enveloppent volontiers.Tout n’est cepdnant pas négatif dans ce livre et il a peut-être l’avantage de mettre en exergue des comportements inacceptables de la part des maris ou des amants, mais l’avalanche des confidences des femmes sur leur vie privée ou amoureuse est un genre qui devient monotone et répétitif à la longue.Car on peut soupçonner que l’exercice de Shere Hite se fonde sur une seule prémisse: que tous les hommes se valent et qu’aucun d’entre eux ne peut assurer ou assumer line liaison continue et convenable avec la femme du Nouvel âge.Tout ce qu’il faut savoir sur le Québec LE QUÉBEC, ÜN PAYS, UNE CULTURE Françoise Têtu de Labsade Boréal, Montréal, 1989 YVES DUBÉ On a fini de se sentir fiers uniquement parce que quelqu’un parle du Québec.Maintenant, on exige que celui qui en parle en révèle des éléments exhaustifs, en donne une idée aussi exacte et précise que possible, en situe le role dans des paramètres aux limites indiscutables.On exige qu’il en parle bien et correctement, quoi ! Celai qui en parle doit ajouter à nos Connaissances s’il veut rehausser nos motifs de fierté, ou bien il a intérêt à se taire.D’ailleurs, nous pouvons remarquer que beaucoup d’écrivains ont compris cette obligation ces dernières années et les livres sur le Québec foisonnent et se complètent les Uns les autres, fournissant la preuve irréfutable que les Québécois n’ont rien à envier aux autres nations cultivées du globe.Ils ont un pays propre et partagent une culture personnelle, unique, dont les qualités font l’admiration de ceux qui en prennent conscience.Françoise Têtu de Labsade, professeure à l’université Laval depuis près d’un quart de siècle, a décidé de faire un bilan de tout ce qu’un honnête homme doit savoir au Québec, sur ce pays et sur sa culture.Ce n’était pas une mince tâche que de tout mettre en une seule publication quand on songe aux multiples incidences historiques, matérielles, économiques, sociales, politiques et culturelles dont on doit tenir compte.Évidemment, sa fréquentation de milliers d’étudiants et l’obligation de répondre à leur questionnement sont des facteurs qui ont dû jouer un rôle considérable dans l’élaboration de son projet.Mais elle n’a pas perdu de vue, pour autant, la curiosité et les besoins de tous ceux qui pouvaient être intéressés par le fruit de ses recherches et qui n’avaient pas nécessairement la chance d’aller l’entendre à l’université : la majorité des lecteurs québécois avides de mieux se connaître eux-mêmes et qui attendent des réponses de tous ceux dont c’est la vocation et la profession de les fournir.Depuis un demi-siècle, les chercheurs se sont multipliés pour retrouver les valeurs passées et présentes de notre culture.Ils en ont choisi des facettes multiples, les ont montées en épingle, et c’est avec plaisir, intérêt et satisfaction que nous avons admiré les résultats de leurs travaux.Marius Barbeau, Carmen Roy, Luc Lacoursière, Robert-Lionel Séguin, Jean-Claude Dupont, Normand La-fleur, Maurice Carrier, Robert Lahaise et tant d’autres ont commencé un inventaire dont les rapports sont consignés et prennent de plus en plus de place dans nos bibliothèques.Le CELAT de l’université Laval, depuis l’impulsion extraordinaire que le professeur Dupont lui a donné à ses débuts, nous fournit annuellement des dizaines de publications savantes qui nous permettent de constater la vitalité de la recherche.Il en va ainsi d’autres équipes de chercheurs, historiens, ethnographes, ethnologues et anthropologues de partout.Malheureusement, la plupart de ces livres ne sont connus que de quelques centaines de spécialistes et d’amateurs — et je note en passant que plusieurs d’entre eux n’ont même pas été acquis par nos bibliothèques scolaires ou publiques (dans lesquelles par contre vous pourriez trouver toutes les vomissures de Mme Françoise Sagan.) Il a donc fallu à l’auteure tenir compte des états de la recherche dans ces différentes sciences et en faire un bilan qui puisse aider tous les intéressés, non seulement à prendre conscience des éléments constitutifs de ce pays et de cette culture, mais surtout à continuer un travail qui risque bien de n’être jamais totalement achevé.Ce double but, je crois bien que Françoise Têtu de Labsade l’atteint amplement.Guidée par une foi positive inébranlable, l’auteure s’est lancée dans une recherche aussi polyvalente qu’utile, et cela grâce a une culture éclairée et totalement dépourvue de cet esprit hautain si haïssable chez certains savants, grâce aussi à une qualité d’écriture remarquable.En effet, le plaisir qu’on trouve à lire ce livre est dû à de nombreuses qualités de style dont les principales sont l’exactitude, la simplicité et la clarté.Est-il nécessaire d’ajouter que cet ouvrage devient un outil de travail aussi utile aux étudiants et aux professeurs qu’aux fervents de notre histoire nationale, aussi irremplaçable sur les tablettes de nos bibliothèques que sur les bureaux des lecteurs qui veulent trouver une réponse rapide à toutes les questions concernant notre patrimoine autant matériel que culturel.Éditions Poulines — Jeunesse UNE RELÈVE DE QUALITÉ LE PASSÉ EN PÉRIL Johann* Massé Pourquoi Marc Greg tient-il à accompagner Yana dans l'Irlande du XIXe siècle et à faire avec elle la traversée de l'Atlantique?L'HÉRITAGE DEQADER Philippa Gauthier Télem hérite d'un anneau magique.Il ne tardera pas à découvrir que de puissants sorciers sont prêts à tout pour s'en emparer.MONSIEUR BIZARRE Franc!ne Pelletier Monsieur Bizarre est un magicien à la retraite.Mais, pour Ra-faôle, le jeune magicien Mathieu est bien plus intrigant.€P EDITIONS PAULINES 3965, boul.Henrl-Bourassa Est Montréal, QC, H1H 1L1 Tél.: (514) 322-7341 Petite collection Les Éditions du Seuil célèbrent cette année les 10 ans de la collection prestigieuse Points romans, une collection de littérature en format de poche.À cette occasion, plusieurs romans importants viennent s’ajouter aux 375 titres déjà existants de la collection.On profite également de cette célébration pour offrir à tout acheteur éventuel de trois volumes dans la collection Points un exemplaire hors commerce de Le Talisman, un texte inédit de Bertrand Visage.Parmi les nouveautés, mentionnons : Replay de Ken Grimwood, La preuve d’Agota Kristof, Tarabas de Joseph Roth, Les pays lointains de Julien Green, Les nouvelle confessionsde William Boyd, Une enfance à l’eau bénitede Denise Bombardier, L’épopée du buveur d’eau de John Irving, La famille de Pascal Duarte de Camilo José Cela et Acid test de Tom Wolf.Les éditeurs québécois continuent de publier également des volumes en format poche.Chez BQ, les nouveautés sont : le Dictionnaire des expressions québécoises, revu et augmenté, par Pierre Desruisseaux, Le survenant de Germaine Guèvremont, Maria Chapdelaine de Louis Hé-mon et Le grand voyage du pays des llurons de Gabriel Sagard.André Brochu Dans les chances de l’air Ce recueil nous révèle une oeuvre de maturité qui place André Brochu parmi nos meilleurs poètes.l’Hexagone * Poésie l'HÊXAGONE • POESIE I VD DI7ÜT n s — 1 ilAl IHaI 1 5i1 § • | : 1 : 5 i LJ ¦" - ' — Fiction et biographies 1 Tremblement de coeur Denise Bombardier Seuil (2)* • 2 Fanfan Alexandre Jardin Flammarion (3) 3 À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie Hervé Guibert Gallimard (-) 4 Le pendule de Foucault Umberto Eco Grasset d) 5 L’Immortalité Milan Kundera Gallimard (4) 6 Les Hommes cruels ne courent pas les mes Katherine Pancol Seuil (-) 7 Les Pérégrlnes Jeanne Bourin F.Bourin (5) 8 L’Univers Gulliver Lili Gulliver VLB (8) 9 La Petite Marchande de prose Daniel Pennac Gallimard (6) ; 10 Par action, par omission P.D.James Fayard (-) Ouvrages généraux t > P - 1 Dans l’oell de l’aigle J.-F.Lisée Québec/Amérique (-),• : 2 Lettres à Sartre Simone de Beauvoir Gallimard (-)¦«1 3 Le Bazar Daniel Latouche Boréal (2) 4 Les Années Trudeau Axworthy-Trudeau Le Jour OP' 5 Journal de guerre André Laurendeau VLB (4)/.: ' » • Compilation faite à partir des données fournies par les libraires suivants : Montréal : Renaud-Bray, Hermès.Le Parchemin, Champigny, Flammarion, Rat.', fin, Demarc, Gallimard; Québec : Pantoute, Garneau, Laliberté; Chicoutimi : Les Bouquinistes; Trois-Rivières ; Clément Morin; Ottawa : Trillium; Sherbrooke : Les Biblairies G.-G.Caza; Jollette : Villeneuve; Drummondvllle : Librairie française.* Ce chiffre Indique la position de l’ouvrage la semaine précédente V 1 r.i I | Marle-Éva de Vlllers GUY FERLAND Les éditions Québec / Amérique honorées La Chambre de commerce du Québec a décerné aux éditions Québec/Amérique le Mercure de l’innovation pour la publication du Multidictionnaire des difficultés de la langue française, de Ma-rie-Éva de Villers, qui a été coé-dité par Larousse en 1989.Par ailleurs on apprend tardivement que l’Exposition internationale du design du livre tenue à Leipzig en 1989 a accordé une mention honorable aux éditions Québec/Amérique, à son directeur artistique, M.Emmanuel Blanc, et à l’imprimerie Gagné pour la qualité de l’ouvrage Paroles de l’art, de M.Normand Biron.Prix littéraires Les Prix M.Christie du livre pour la jeunesse ont été remis hier à Toronto.Ginette Anfousse a remporté la palme pour son récit Rosalie s’en va-t-en guerre publié par la Courte échelle.C’est Phillipe Beha of Montreal pour Mais que font les fées avec toutes ces dents ?qui a remporté le prix dans la catégorie illustration.Les deux Prix sont accompagnés de bourses de 7500$.Les lauréats du Concours de nouvelles Belle-Gueule sont : Marc-André de Bellefeuille pour Sainte Apolline, Louise Dufour pour Comment j’ai vaincu mon alcoolisme, ou comment maîtriser l’art de compter des pipes et Pierre Krach pour Le chien d’Évora.Le jury était composé de Syvlie Arcouette, rédactrice, Sylvie Demers, adjointe à la rédaction au journal le Métropole, Allen Côté et André Lemelin de la revue Stop.Le Conseil des arts apporte deux changements aux prix du Gouverneur général dès cette année.Premièrement, on annoncera les noms des finalistes et les titres de leurs livres à la mi-novembre.Deuxièmement, le Conseil n’achètera plus les livres admissibles, mais demande plutôt aux éditeurs de soumettre les ouvra- Ginette Anfousse ges.Pour les prix de 1990, les livres publiés depuis le 1er décembre 1989 doivent parvenir au Conseil au plus tard le 30 septembre 1990.Rencontres littéraires Monique LaRue est l’invitée des Gens du livre ce mardi, 1er mai, au bistro Chez Babou, 3814, rue Saint-Denis, à 20 h.Monique La-Rue a publié son premier romhn en 1979, La cohorte fictive aux éditions de l’Étincelle (réédité en 1982 aux Herbes Rouges).En 1982, elle publie un deuxième T0-man, Les faux fuyants chez Québec/Amérique.Elle fait paraître en 1989 un troisième roman, Copies conformes, coédité par les éditions Lacombe à Montréal et Denoël à Paris.Enfin, toujours en 1989, elle signe avec Jean-François Chassay un essai, Promenades littéraires dans Montréal, publié par Québec/Amérique.Dans le cadre de la 18e Rencontre québécoise internationale des écrivains, qui se tient jusqu’au 1er mai à Mont-Rolland, une soirée de lecture pubüque aura lieu à Montréal le lundi 30 avril, à la salle Saiqt-Sulpice de la Bibliothèque nationale du Québec, 170Q, rue Saint-Denis.Les écrivains suivant liront des extraits de leur oeuvre au cours de cette soirée animée par Renée Hudon : Ta-har Bekri, Guy Cloutier, Madeleine Gagnon, Louis Gauthier, Gilles Jouanard, Dyane Léger, Valère Novarina, Aysel .OzaKin, Affonso Romano de Santana et Jean Royer.L’entrée est libre.L’infatigable poète animante Ja-nou Saint-Denis sera célébrée mercredi prochain à la Place aux poètes, qui se déroule à la Butte Saint-Jacques, 50, rue Saint-Jacques à compter de 21 h.Le fanzine de bandes dessinées Iceberg renaît de ses cendr'es (façon de parler ! ) et offre à tous de la bière jusqu’à ce que les barils de Belle Gueulle soient vi¦ % \ :! • V 11 i %- .fi SURVEILLEZ BIEN LE GRAND WEEK-END Champiûny pour.LE DEVOIR jeudi 10 mai de 17h à 19h JEAN-FRANÇOIS USÉE Dans l’oeil de l’aigle Boréal vendredi 11 mai de 17h à 19h MARGARET ATWOOD L’oeil du chat ÉDITIONS ROBERT LAFFONT samedi 12 mai de 14h à 16 h EDMOND DAVID BACRI (EDDY MARNAY) Lave-toi les mains, mon fils, et pèle-moi une orange.Stankç samedi 19 mai de 14h à 15h ALEXANDRE JARDIN Fanfan Flammarion vendredi 25 mai de 17h à 19h CHARLOTTE BOISJOU # l’Hexagone APOSTROPHES le dimanche à 15h et à 20b 1120, av.laurier ouest outTemont.montréal tél : 274-3669 Violette, une mécanicienne débrouillarde.Terminons avec le curé, alcoolique de la pire espèce, et son bedeau-fossoyeur, le mystérieux Elphège Laflamme, alchimiste de grande compétence.Certes, ce roman n’est pas sans mérites.Il souligne l'existence de problèmes socio-économiques réels : le chômage et les maux qu’il engendre, le désoeuvrement des jeunes .L’humour y esl aussi présent, qui se ressource cependant plus souvent qu’on le souhaiterait dans la scatologie.On a également droit à différents tableaux du folklore québécois : les moeurs électorales, les défilés de chars allégoriques, au niveau culinaire on traite de la « luxuriante poutine » et de l’alcool frelaté, sans oublier enfin la xénophobie de certains villageois à l’égard des étrangers.Mais, cette suite de scènes cocasses campagnardes est une bouffonnerie puérile qui ne laisse guère de place à l’émotion.Le récit progresse de digression en digression, usant et abusant du procédé de l’exagération, tant au ni- veau des situations que du lai-gage.Ce qui produit des farcqs bien grasses, qui se veulent aguicheuses, mais d’une naïveté souvent déconcertante.Un récit d’apprentissage qu’on lit pour l’oublier aussitôt.Pourtant, avec un matériau de base à peu près •semblable à celui utilisé ici, Georges Cartier avait écrit un mémorable roman, Notre-Dame du Colportage (Guérin littérature, 1987).Ce qui prouve que ce n’est pas tant le sujet qui est en cause que l’organisation du contenu.20% DE TOUTES LES VENTES SERA REMIS AU DEVOIR.DE PLUS, POUR CHAQUE DOLLAR EN COUPONS-RABAIS NON-UTILISE ET DEPOSE DANS LA BOÎTE DES AMIS DU DEVOIR, LA LIBRAIRIE REMETTRA DEUX DOLLARS AU JOURNAL.Le samedi, dès 10h.rencontrez en grand nombre les Amis du Devoir: auteurs, éditeurs, journalistes et lecteurs, dans une grande fête de solidarité.Le dimanche, dès 13h, un encan exceptionnel et amusant de livres dédicacés, de manuscrits d'auteurs célèbres, d'objets et de services divers.LES 5 ET 6 MAI, DE 9h À 21h.Ouvert de 9h à 21 h, tous les jours, même le dimanche.métro Mont-Royal Librairie Champigny inc.4474, rue Saint-Denis Montréal 844-2587 » I D-4 ¦ Le Devoir, samedi 28 avril 1990 i» » (Le temps ne doit pas effacer les crimes contre l’humanité gi ^LE CRIME ET LA MÉMOIRE ^Alfred Grosser ('Flammarion, 1989, 268 pages 2HITLER ET LES JUIFS : genèse d’un génocide j-Seuil, 1989, 204 pages «HISTOIRE CULTURELLE îrDE L’ALLEMAGNE (1919-«1960) ;ipuf, 1989, 365 pages •+___________________________ i HEINZ WEINMANN :;Le livre d’Alfred •^Grosser arrive à point ïnommé.Au moment |;où, à la faveur de la Cerise linguistique en :Ontario, haines et intolérance se déchaî-jjhent contre la mino-•irité française ; 'où les députés du Parti égalité, 'Robert Libmanet Richard Hol-den, parlent d’un « plan d’exter-• mination de la communauté an- glophone au Québec » ; où le Sub-'• urban compare les lois linguisti- ques québécoises aux lois raciales nazies, le temps est venu, non seulement de nous indigner de telles comparaisons, attentatoires à la mémoire des victimes d’exterminations, mais aussi de nous interroger plus profondément sur la comparabilité des crimes collectifs : crimes de guerre génocides.Car le temps n’est pas si loin où Pierre Vade-boncoeur parlait d’un génocide en douce au Québec ! Cette interrogation, Alfred Grosser l’entreprend dans un livre admirable de courage, de lucidité et de pondération : Le crime et la mémoire.Ce professeur à l’Institut des Études politiques de Paris, récipiendaire du Prix de la Paix de l’Union des éditeurs et libraires allemands (1975) est mieux placé que quiconque pour traiter de ce sujet délicat.Juif d’origine allemande, il émigre avec sa famille en France à l’âge de huit ans, en 1933, et devient citoyen français.Parfaitement bilingue, publiant en français et en allemand, il jette tout de suite après la guerre les ponts favorisant le rapprochement des deux peuples déchirés par trois guerres, con- vaincu que la haine et la vengeance ne doivent pas être la réponse obligée à la haine de l’Au-tre.La passion de comprendre, titre d’un des livres de Grosser, pourrait bien être la devise de cet incroyant très écouté dans les milieux chrétiens français.Rien d’étonnant alors que l’Allemagne, depuis le Troisième Reich, soit devenu l’objet de la passion de compréhension d’Alfred Grosser.Dans son dernier livre, il réfléchit sur le génocide, les autres crimes collectifs (massacres, famines provoquées en Irlande et en Ukraine, etc) et les « traces » qu’ils laissent parmi les survivants, autant chez les peuples-victimes que surtout chez les peuples-bourreaux (refoulement, dénégation, « révisions »> historiques) les problèmes éthiques qu’ils posent, culpabilité (collective! deux ou trois générations apres le génocide.S’il rejette d’emblée l’idée de la culpabilité collective, s’il est d’avis que les jeunes Allemands et les jeunes Turcs ne sauraient être coupables d’un crime commis à l’époque de leurs grand-parents ou arrière-grand-parents, il n’en pense pas moins que le temps ne doit pas effacer les crimes, surtout pas ceux contre l’humanité.Le génocide doit rester vivant aussi dans la mémoire des peuples bourreaux, non pour maintenir une auto-accusation obsessionnelle, mais en vue d’une « responsabilité » — plus précisément une «Habilité», une « Haftung», le français ne connaissant pas ces termes —, qui fait que ces peuples d’abord reconnaissent et puis assument devant l’Histoire leurs crimes commis.Voilà la différence « historique » entre l’Allemagne fédérale qui, d’emblée, a reconnu l’holocauste et la RDA qui l’a dénié longtemps, l’assumant, finalement, le 8 février 1990, et, bien sùr, la Turquie reniant obstinément, systématiquement, l’extermination de 1,5 à 2 millions d’Ar-méniens.Au centre du livre, l’idée qui a soulevé déjà tant de passions parmi les victimes de la Shoa : la possibilité de la comparaison des différents génocides, leur histo-ricisation, le danger de leur « banalisation ».Comparaison n’est pas toujours raison, certes, mais elle est absolument nécessaire si on veut dégager la « spécificité » des douze génocides perpétrés seulement dans notre siècle (Amérindiens), enfin celle des autres crimes (guerres de religion, révolutions).Le livre de Philippe Burrin, Hitler et les Juifs, se limite au seul génocide des Juifs par les nazis.Historien, il veut préciser la genèse de l’holocauste pour connaître la responsabilité directe de Hitler dans la « solution finale », non pour disculper son régime ni son entourage, mais pour déterminer exactement le début de l’extermination des Juifs, laissé dans le flou par le livre capital de Raul Hilberg (La destruction des Juifs, Fayard, 1988).Pour Burrin, pas de doute possible, le génocide des Juifs est issu d’abord du cerveau d’un seul homme, Hitler, obsédé, après la défaite de l’Allemagne en 1918, pas ce qu’il appelait les « criminels de novembre » : conspirateurs « judéo-bolchéviques ».Il a juré de venger l’Allemagne de sa défaite en écrasant ses ennemis, ceux de Hitler : Juifs et Bolché-viques.Si l’idée d’une expatria- tion des Juifs à Madagascar, en Pologne et même au Canada fascine les dirigeants nazis, avec la guerre contre l’Union soviétique, en juillet 1941, qui s’embourbe vite et bientôt laisse apparaître le spectre de la défaite, les sentiments de vengeance de Hitler contre les Juifs s’exacerbent.Dès 1935, Hitler affirmait qu’ad-venant une « guerre sur tous les fronts », il était « prêt à toutes les extrémités» concernant les Juifs.Or, avec le rapprochement, dès l’été 1941, entre l’Angleterre et l’Union soviétique, l’entrée en guerre des États-Unis, ces con* ditions d’une guerre sur tous les fronts sont réunies.Acculé lui-même à la situation de novembre 1918, Hitler fait « payer » aux J uifs, ses boucs émissaires universels, l’échec de sa guerre contre la Russie en automne 1941 précipitant la défaite de l’Allemagne.C’est donc en décembre 1941 que les trains commencent à rouler vers Auschwitz, Buchen: wald, Bergen-Belzen.Les cher minées des « usines » à extermination humaine commencent à cracher leurs fumées horribles; m Langages d’enfants Claude Rivière: l’anamnèse d’un itinéraire >APA, MAMAN, ÉCOUTEZ-MOI VRAIMENT Pour comprendre les différents langages de l’enfant •Jacques Salomé Albin Michel, Paris, 1989, 280 p - RENÉE HOUDE professeure au département de Communications de l'UQAM ¦Formateur en communication, conférencier, diplômé en psychiatrie sociale, Jacques Salomé est connu du public pour son ouvrage sur la communication dans le couple et la famille Parle-moi.j’ai des choses à ¦te dire qui fut un best-seller.; Cette fois-ci, il nous propose d’aller au-delà des mythologies J- ou des manies — des parents {:ur la nourriture el le vêtement, a propreté et la découverte du Maisir ; puis, il analyse les multiples langages de l’enfant et nous suggère des clés pour déverrouiller ces codes que sont la gestuelle, le passage à l’acte, les rituels, les somatisations et les symbolisations telles que le jeu, }ç dessin, les actes de filiation.• Pour lui, « L’enfant est en per- Ëétuelle création pour survivre, es relations sont des tentatives ^’inventions pour se relier, exister comme partenaire » et l’adulte a un rôle à jouer : aider Renfant à se dire, « favoriser la mise en mots pour éviter la mise On maux».Écouter, pour lui, ce n’est pas chercher à saisir le pourquoi ou lés causes de ce qu’exprime l'enfant, mais bien à en comprendre le sens, le message, ou la fonction : « Si un enfant fait une otite, fait pipi au lit ou se griffe, je ne vais pas poser la fameuse question « Pourquoi fait-il cela ?» J’invite d’ailleurs les adultes, et surtout les éducateurs, à jeter cette question « pourquoi » à la poubelle.C’est la question la plus piégeante en matière de com-[munication car elle tente de remplacer la compréhension par l’explication.Le système explicatif, qui est le plus fréquemment utilisé, nous fait « trouver » rapidement un élément déclencheur du trouble ou de la somatisation.!Cette « trouvaille » affecte la recherche du sens» .Salomé croit que les somatisations ont intérêt à être entendues dans un registre de compréhension : quel est leur message ?Quelle est leur fonction.Il dit : « Un des malente;nus actuels le plus fréquent, c’est que nous mé- dicalisons à outrance.Nous entendons les maux comme des maladies au lieu de les entendre comme des langages ».IL attribue aux somatisations cinq origines relationneUes : les conflits intrapersonnels, le décalage entre les sentiments fictifs et les sentiments réels, les pertes et les séparations, les situations inachevées et les messages relationnels que nous recevons qui, plus ou moins distordus, deviennent souvent ceux que nous nous donnons: messages de confirmation, de négation, d’interdiction, de déception, de menace, de fidélité ou de réparation.À son avis, pour devenir un partenaire à part entière, il importe de passer du réactionnel au relationnel, ce qu’il propose tant aux individus qu’à des équipes de professionnels, par exemple des éducateurs et éducatrices.Il dénonce le terrorisme relationnel, « l’ensemble des violences faites à autrui au nom de notre amour, de notre intérêt pour lui ou de nos désirs et nos peurs », bref ce genre de phrase ou d’attitudes qui commencent par « Je crois que, pour ton bien », ou encore « C’est parce que je t’aime que je m’inquiète »; il propose de responsabiliser la communication en droite ligne avec le projet de la psychologie gestaltiste de Frederick Pearls.« Contrairement à ce que pensent beaucoup de personnes, les enfants ne manquent pas d’amour, mais souvent l’amour des parents est un amour maladroit, un amour excessif porteur de beaucoup d’angoisses et de doutes.Je vous invite à arrêter de parler sur l’autre et de parler à l’autre (.) ».D’une écriture directe, certains accents étant plus littéraires, sans prétention académique, le texte se lit très facilement.Il abonde en exemples, rapporte des échanges avec le public, et relate quelques contes.pour guérir.Ce qui a comme effet non seulement de nous aider à mieux comprendre la communication chez l’enfant, mais à mieux communiquer.Parions que cela vaut aussi pour la communication entre adultes ! Combien de fois ne cherchons-nous pas à expliquer ou à dire l’autre plutôt que soi-même ?Combien de fois habitons-nous la planète «Taire», pour reprendre l’expression de Françoise Dolto citée par Salomé, et choisissons-nous de nous mettre en boite plutôt que de nous mettre en mots ?En vous suggérant de lire Salomé, c’est plus qu’un projet de lecture auquel je vous invite.LES LITURGIES POLITIQUES Claude Rivière Presses universitaires de France coll.Sociologie d’aujourd’hui Paris, 1989, 246 pages GILBERT TARRAB Claude Rivière est un africaniste fort connu et de réputation internationale.Il a déjà publié, entre autres, L’objet social, Mutations sociales en Guinée et Classes et stratifications sociales en Afrique', ces deux derniers livres furent rédigés quand il était doyen à Cona kry (Guinée), puis au Sénégal et, enfin, à Lomé (Bénin), où il publia Anthologie religieuse des Évésdu Togo.De retour à l’Université de Paris V, il fut directeur du Centre de recherches africaines, de 1983 à 1985.Claude Rivière marie volontiers le stoïcisme, l’épicurisme et le scepticisme.De Georges Balandier, son maître à penser, il doit son analyse dynamique des processus sociaux; et de Sartre, sa critique du pseudo-déterminisme.Il se dit sans mémoire pour tout ce qui relève du quotidien, donc du fait divers et de l’événementiel.Il pratique plutôt une sociologie prospective : en effet, il contribua avec Michel Maffesoli à l’Anthropologie des turbulences, en hommage à G.Balandier.Avec Bourricaud, il publia Le système social, puis L’analyse dynamique en sociologie.Dans son dernier ouvrage, Les Liturgies politiques, il constate à nouveau que la thèse européenne des classes et stratifications sociales est peu opérante en Afrique noire.C’est plutôt d’une sociologie du développement et de la dépendance qu’il faut partir.C’est à partir des structures de la consommation et non de la production qu’il faut saisir l’Afrique.C’est ainsi qu’il y étudie les stratégies d’alliance entre les différentes élites, avec les clivages qu’il y a là-bas entre ruraux et citadins.Les ouvriers n’y sont pas en voie de paupérisation, par rapport aux paysans.Le secteur informel y joue un rôle prépondérant, et ce sont les élites militaires qui prennent le pouvoir, un peu partout en Afrique.L’idée-force qui ressort des Liturgies politiques, c’est la ritualité.C'est-à-dire : le pouvoir qui se donne en spectacle.En fait, un seul chapitre porte sur l’Afrique; le reste concerne l’Europe, l’Asie et les USA.Rivière y procède à une démystification du «sacré » : la ritualisation des com- portements serait aussi nécessaire à l’homme que les croyances.Ce qui importe, c’est l’adhésion du coeur, la fermeté des choix : c’est cela, la liturgie.Quand on touche impunément au rite, on touche aux adhésions, et tout saute.Le sacré n’est connu que par ses manifestations extérieures.Le sacré nous attire parce qu’il est perçu comme supérieur à nous (il a le pouvoir de sanctionner).Or, le pouvoir moderne (la Nation, la Patrie), c’est un peu cela.Le sacré, c’est l’indicible, l’inatteignable, l’invisible institué.D’ailleurs, Claude Rivière compte publier là-dessus un livre, l’an prochain, qui s’intitulera : Le sacré et la modernité', il y mettra en évidence le fait que le champ du sacré dépasse de beaucoup le champ du religieux.Pour l’auteur, ce qui devrait surtout intéresser les psychologues sociaux modernes, c’est le mécanisme émotif sous-tendant toute « adhésion ».Qu’est-ce que le mythe, sinon une sorte d’ico-nograhie ?Théoriser une puissance comme le mythe, c’est toucher nécessairement au sacré.La cérémonie, ce n’est pas un manque : en fait, si l’Islam gagne du terrain aujourd’hui, c’est à cause de la ritualité : rites et symboles, cérémonies et mythologies, sont fabriqués par des hommes pour asseoir leur puissance.En termes plus scientifiques, on dira que, très souvent, le signifiant se crée en même temps que le signifié : U n’y a pas de préséance de l’un sur l’autre.Le propre du politique, c’est de légitimer la gestion des sanctions, des conflits et des guerres.Et le rite est le moyen idéal, parce que théâtral, d’accréditer sa supériorité.Autre question : les liturgies politiques sont-elles un paliatif à la laïcisation ?Non, nous dit l’expérience africaine, les deux donnent un sens à notre être.Il y a aujourd’hui une réorganisation de notre mythologie, dans le sens d’une mythologie des changements.En 1793, on assista au retour à une pureté de type Spartiate.Dans les liturgies politiques modernes, on retrouve les mêmes schémas que l’ancien messianisme.Aujourd’hui, les mythes ont leurs apôtres : militances dure, réformiste, alternative — avec l’harmonie chère aux écologistes.Il faudrait, dans les États modernes, inventer un ministère de la parole, pour dépis- ter les ecclésiastes : le ritualisme sert en effet à canaliser les crises possibles, c’est une manière de gérer les conflits, la mémoire meurtrie, voire la mort.Dans les régimes de pénurie, les liturgies politiques snot encorè plus opérantes que dans les dé-* mocraties.Le rituel est structuré comme une séguence d’actions : structure des roles, affichage des hiérarchies et des priorités, structure des valeurs (industrie lourde, agriculture).C’est aussi une structure des communications, des moyens, des symboles (il n’y a pas de rite possible sans symbolisation et sans mythique).Le rite a aussi des fonctions; parmi lesquelles : légitimisation, hiérarchisation, moralisation (qui est en même temps une ségrégation et une mobilisation, qui est le but final de toute éthique); intégration, théâtralisation, exaltation émotive, etc.En dernière analyse, la symbolique du rite ne serait rien d’autre que la modification du signifié (exemples : le 1er mai en France, fête du travail, la fête du muguet, etc.) : le « travail » du rite consiste à faire communiquer le profane et le sacré, qui devient de plus en plus mobile, lui aussi.Un concept de sociabilité pour historiens et sociologues DE LA SOCIABILITÉ Sous la direction de Roger Levasseur Boréal, Montréal, 1990, 345 p.MARCEL FOURNIER La sociabilité n’est pas seulement le caractère de l’individu sociable ou de celui qui vit en groupe ; c’est aussi pour les historiens et les sociologues un concept qui permet d’analyser les sociétés d’hier et d’aujourd’hui sous un angle particulier : le regard du chercheur se porte comme le note Maurice Aghulon dans l’exposé de clôture, vers les mentalités, la vie quotidienne et la vie sociale organisée en association.Fruit d’un colloque organisé par le Centre de recherche en études québécoises de l’Université du Québec à Trois-Rivières, le livre De la sociabilité donne une très bonne idée des recherchés récentes réalisées tant au Québec qu’en France.Plus d’une vingtaine de contributions sur des sujets très divers : les jeunes, le charivari, les quêteux, la formation des couples, la Société Saint-Jean-Baptiste, etc.À lire : l’excellente étude de Vincent Lemieux sur la vie sociale et politique à 111e d’Orléans.LE QUÉBEC DE DEMAIN ET LES COMMUNAUTÉS CULTURELLES sous la direction de Jacques Langlais, Pierre Laplante et Joseph Lévy Préface de P.-A.Comeau Éditions du Méridien Montréal, 1990, 254 pages Le Québec de demain devra compter sur une présence de Elus en plus grande de néo-Qué-écois pour compenser le déficit de la natalité.Le caractère multiculturel de notre société sera encore plus prononcé, mais s’agira-t-il toujours d’une « société distincte d’expression française » ?Comment élaborer un projet de société qui fasse une place à tous ?Pour répondre à ces questions, Jacques Langlais, Pierre Laplante et Joseph Lévy ont réuni des représentants d’un douzaine de communautés culturelles de Montréal et ils ont organisé au Centre interculturël Monchanin un débat entre uné trentaine de spécialistes et de représentants de communautés culturelles.Leur ouvrage s’inscrit dans une démarche de dialogue : on y trouve en première partie une longue synthèse des divers échanges de vue et en seconde partie, les exposés des pa-nélistes au colloque.Les critiques et les revendications des membres des diverses communautés culturelles — discrimination économique et sociale, contexte linguistique et scolaire difficile, statut politico-économique fragile etc.— mais les auteurs demeurent optimistes : il doit être possible, comme le souhaite Paul-André Comeau, de s’alimenter à la fois du rêve américain et de l’utopie québécoise afin d’iq-venter des modèles d’intégration des arrivants à la société québécoise.I GUERIN I ittcrntim ÉDITEUR • IMPRIMEUR • LIBRAIRE REAL-GABRIEL BUJOLD ALMANACH LITTÉRAIRE GASPÉSIEN 4501, rue Drolet, Montréal (Québec) H2T2C.2, TT (514) 842-3481 Plus d’une vingtaine de voix et d’écritures afin de saluer le pittoresque de l’arrière-pays.Distributeur exclusif: Québec livres, W (514) 327-6900 l ) I Le Devoir, samedi 28 avril 1990 ¦ D-5.• leplaisirdes ivres Petits récits mais grands écrivains L’intelligence, ça s’achète! LA LUCARNE Gisèle Prassinos Flammarion, Paris, 1990 LA BAZARETTE Francine de Martinoir Éditions Payot, Paris, 1989 Lisette MOHW A „e feuilleton La sixième édition du Festival de la nouvelle de Saint-Quentin a-t-elle eu lieu, comme les précédentes depuis 1985, au cours de la dernière quinzaine d’avril ?J’avoue, si loin du pays breton, n’en avoir rien su.Ou bien les échos littéraires des magazines n’en ont pas soufflé mot; ou la nouvelle — c’est de toute évidence le mot qui convient ! — m’aura échappé.Il faudra donc attendre l’ouvrage qui en est l’émanation annuelle — Les meilleures nouvelles de l’année 89— pour connaître les très bons textes qui ont été retenus par l’éditeur : Syros/Alternative et admirer une fois de plus que de grands écrivains ne croient pas déchoir en signant de courts récits au lieu d’accoucher, quelquefois la- borieusement, d’un roman.L’attente me sera facile puisque deux excellents recueils me sont parvenus, en ce printemps froid qui prolonge le plaisir hivernal des grandes lectures.au coin du feu ! En consultant la liste habituelle : « du même auteur »,à la page de garde de La lucarne, de Gisèle Prassinos, l’oeuvre de cette femme de lettres, née en 1920, m’est apparue tout à fait impressionnante.Or, on ne lui accorde guère d’importance, dans les manuels dits de « littérature contemporaine ».Même le Boisdeffre, outre de nous apprendre qu’elle fut découverte par André Breton, qu’elle fut du dernier carré des surréalistes, et qu’elle publia son premier livre à 14 ans (!) ne s’attarde guère à commenter l’oeuvre poétique et romanesque de Gisèle Prassinos.Elle n’a pas davantage « signé » de notice nécrologique dans Le Dictionnaire de Jérôme Garcin.Mais, après tout, quelle importance puisque les 21 nouvelles de son dernier recueil se défendent fort bien toutes seules.Leur qualité est remarquable, leur originalité ne l’est pas moins, et l’on regrette de ne pas vivre plus longtemps Dans ce monde suspendu, qui est le titre du dernier court récit de La lucarne, la première nouvelle ayant donne son nom à tout le recueil.Je défie n’importe quel ami des re, souvent à la presque dé-î, semble la préoccupation ante de Gisèle Prassinos.chats de ne pas s’attendrir sur le sort de David, un « superbe chat rayé gris et noir, avec ventre roux » que sa maîtresse oublie un peu trop vite, alors qu’elle ne s’échappât .bien sur par la lucarne ! Un même souci de mêler une réalité banale, presque triviale, au rêve, souvent à la presque démence, constante La solitude des femmes, célibataires ou veuves, est présente et même obsédante dans les histoires qu’elle a sobrement intitulées L ’homme( Létizia s’en fabrique un, en chiffon, pour accompagner les autres mannequins de « sa fa-mille », Jeanne drague un homme qui en porte un, dans un bistrot, et le soignera jusqu’à sa mort, après quoi elle « emporte le chapeau «chez elle, et le suspend a la patère) :et, le plus émouvant de tous ces récits, Maria (où déjà elle-même âgée, une veuve, avec deux enfants, visite sa mère à l’hospice et lui invente chaque fois des petits faits pour la distraire .jusqu’à ce que la femme de ménage portugaise, cette Maria imaginée, vienne frapper à sa porte.) Quelques-uns de ces contes glissent tout naturellement dans le fantastique.Il y en a même deux, au moins, qui sont proprement hallucinants : ainsi de La réplique où une mère ne voit plus en son fils qu’un enfant-substitut, Les gaietés de l’époque COURTELINE Une biographie Emmanuel Haymann Flammarion collection Grandes Biographies Paris 1990, 277 pages LES GAIETÉS DE L’ESCADRON GF Flammarion, numéro 247 ROBERT LÉVESQUE Le 10 décembre 1896, à la première d’Ubu .Roi d’Alfred Jarry au Théâtre de l’Oeuvre, Georges Courteline est debout sur son strapontin.Le chahut est « hénaurme », à la mesure de l’humour de la pièce, et Courteline est de ceux qui conspuent l’oeuvre de Jarry.Dans la cacophonie, on l’a entendu s’égosiller : « Vous ne voyez pas que l’auteur se fout de vous ?».Il avait tort.Cette « pochade » de Jarry, qui n’avait pas à ses yeux là qualité pour survivre, est encore jouée de nos jours, plus fréquemment que des titres de Courteline.Il y a l’affaire Dreyfus, aussi, qui n’arrange pas le portrait de ALBERT CAMUS magazineJitt&aire l’auteur des Gaietés de l’escadron.En ces années qui vont de 1894 à 1906, où le capitaine Dreyfus est accusé, condamné, gracié puis réhabilité de crime d’espionnage, Courteline, ami des antisémites Daudet (Léon et Alphonse), n’ose pas choisir son camp.Il tergiverse.Il admet que le juif Dreyfus est accusé à tort, mais il ne le clame pas.Il admire le geste de Zola dans L’Aurore (le fameux J’accuse), mais il ne sera jamais « dreyfusard ».Lui qui a si bien débusquer les ridicules de la vie militaire, l’absurde des régiments, il reste à l’écart d’une affaire qui remet en question toute l’armée française, et bouleverse la France elle-même.En effectuant un retour sur la vie de Georges Courteline (1858-1929), comme le permet cette nouvelle biographie, on retient ces rendez-vous manqués avec l’histoire du théâtre et l’histoire tout court, ces absences de flair théâtral et politique.Dans le Paris d’Aristide Bruant et des cafés qui sentent avant de sombrer dans la démence; de La fleur, où l’on apprend qu’une plante exotique, du nom de Méro poupou, « fait venir les enfants » ; et plus inquiétant encore et même plus résolument cruel : La gouvernante, l’histoire d’une enfant-martyre, appelée Marguerite-Rose par son jardinier de père, tyran domestique qui pousse l’amour de la beauté jusqu’à condamner au suicide une enfant handicapée.Toutes ces nouvelles sont d’une écriture précise, d’une puissance d’évocation qui n’exclut évidemment pas un sens très évident de la transfiguration poétique.Gisèle Prassinos, prosatrice fort habile, experte dans l’art de nouer et dénouer une intrigue en quelques pages, n’oublie jamais que le surréalisme fut son berceau.D’un tout autre registre, plus romans brefs et concis que nouvelles véritables, est l’ouvrage que Francine de Martinoir a intitulé La bazarette.Une baza-rette, en Provence nous apprend l’éditeur, c’est une femme qui aime raconter des histoires, en écouter, en inventer.Née à Marseille, où elle a passé son enfance, l’auteur est résolument féministe.Et dans l’art de raconter et dans le choix de ses personnages.La vieille cité des phocéens — ville-femme, que domine Notre-Dame-de-la-Garde — est également très présente dans deux au moins de ces huit l’absinthe, dans ce Paris qui va du Second Empire à la Troisième République, Courteline était un solide pilier de bar.Refusant les mondanités (il ne vit jamais Hugo parce que pour aller voir le maître le protocole exigeait l’habit, qu’il n’a pas), fuyant les théâtres pour jouer aux dés avec les copains, Courteline se foutait assez bien de tout.Le portrait qu’en dresse Emmanuel Haymann est intéressant parce qu’on n’isole pas le sujet dans son oeuvre, on ne fait pas de Courteline le simple auteur de ses vaudevilles que l’on aurait relu, archives des théâtres à la clé.Au contraire, Haymann brosse autant le portrait du Montmartre bohème de ces années-là, de la ville entière où Courteline vivait.Haymann regroupe informations, archives, mémoires, propos et confidences des contemporains de l’auteur de Boubou-roche, Alphonse Allais qui excelle « dans le bel art de charrier le monde », Jules Renard, qui a noté dans son journal les repli- récits.S’il me fallait choisir, cependant, c’est Faustine la nuit que je distinguerais, qui raconte une histoire d’initiation sexuelle, dans un appartement parisien, alors qu’un oncle — vraie figure d’intellectuel égocentrique — s’occupe, comment distraitement, « d’éveiller » sa nièce de dix-sept ans à la vie des sens, une nièce qui pourrait, qui est peut-être sa fille.Sujet qui, sans l’art très subtil de la narratrice — ce récit est à la première personne et se présente à la façon des flashback de cinéma — pourrait être scabreux, et qui se lira pourtant sans déplaisir, sans aucune des restrictions qu'impose d’ordinaire le dépucelage dans un roman réaliste.Comme dans le livre de Gisèle Prassinos, une Clotile traverse aussi le conte intitulé La bazarette, puisque celle qui raconte est AUSSI romancière.Enfin, dernière ou plutôt première séduction de ce recueil de nouvelles : son image-couverture, empruntée à un détail d’un fort célèbre tableau de peintre américain Hooper :Room in Brooklyn, où l’on voit, de dos, une jeune femme à la tête penchée, devant la forêt typique des gratte-ciel new-yorkais.Bonne introduction à ce livre de femme où les femmes ne se montrent pas souvent à visage découvert, préférant l’allusion, la ruse et même la tromperie.ques de ces virées parisiennes, tant d’autres, tout ce monde qui se rencontre dans les beuglants de Montmartre, ou dans le quartier latin qui tenait pour eux entre quatre bars : le Clarisse rue Jacob, Hermance rue Haute-feuille, Van der Straat et son genièvre rue Médicis, chez Zu-kowsky rue Racine, et les palourdes de la mère Popo rue de l’An-cienne-Comédie.Au portrait documenté d’un Courteline qui n’écrit pas plus qu’il ne faut, Emmanuel Haymann rajoute ce plaisir de lecture en parcourant le Paris de la fin du siècle dernier.Les amateurs de théâtre retiendront en particulier ces rappels qui font de Courteline (on l’avait un peu oublié) un auteur venu du théâtre.Son père, Jules Moinaux, est vaudevilliste en vo- fue.Son nom est aujourd’hui clipsé par celui de son fils, mais du vivant des deux c’est le père qui avait de grands succès.Succès immédiats, où Jules Moinaux reprenait sans les distancier des sujets d’actualité qui faisaient Hené Culbtrt FN4émk TmUft Knu« Ithiguro Rétif 4« la BrrtMM Nltalc tor iu« ClM* Michéle Mallw VEUILLEZ AGREER ROHM hi*»* s* *'*'****' vlb édUeur COGNE LA CABOCHE PftrccuTB piégea condition d'wtiatot une tnjuotlo® LES NOUVEAUTÉS VLB Michèle Mailhot VEUILLEZ AGRÉER.Une femme fait le difficile apprentissage de la liberté, après un échec amoureux.Préfacé par André Major.114 pages (collection « Courant ») — 8.95$ Jacques Ferron LES ROSES SAUVAGES « Les textes des Roses sauvages nous convoquent à une autre lecture, celle de la folie », affirme Betty Bednarski, en préface.248 pages (collection « Courant ») — 9,95$ Gabrielle Poulin COGNE LA CABOCHE L’histoire d’une religieuse qui choisit de quitter sa communauté et de revenir au « pays des vivants ».Préfacé par Fernand Dorais.298 pages (collection « Courant ») — 9,95$ Lise Harou PARCOURS PIÉGÉS Dans une prose somptueuse, bucolique, Lise Harou nous livre ici sa vision des rapports humains où î'angoisse le dispute en intensité au rêve amoureux.104 pages — 14,95$ François Camirand René Richard Cyr LA MAGNIFIQUE AVENTURE DE DENIS ST-ONGE Des étudiants du secondaire écrivent une pièce de théâtre pour le spectacle de fin d’année.Une pièce drôle.Cahier pédagogique.Collection «jeune théâtre» 104 pages — 9,95$ Jean-Guy Lacroix LA CONDITION D’ARTISTE: UNE INJUSTICE L’actuelle condition de vie des gens des arts et du spectacle relève de la pauvreté et de i'exploitatlon.Et pourtant, c’est à travers les arts que l'humanité grandit.Un livre d’actualité! 252 pages — 18,95$ Lill Gulliver L’UNIVERS GULLIVER Une jeune Québécoise, fière et aventurière, part à la recherche du meilleur amant au monde.Première escale: Paris.Un roman drôle, osé, un scandale! 172 pages — 14,95$ HUGO PLUS 1 S .IM.O, .,| |, iuMMMHI Bü9 nuxiiDisgui 1 * I IBM PC » 256 K 84,95$ ACTION WRITER L'ÉCRIVAIN PUBLIC des triomphes de rires dans les grandes salles.En réaction contre la carrière du père, Courteline (comme Eugene O’Neill) délaisse d’abord le milieu théâtral dans lequel il est « tombé ».Il s’engage comme gratte-papier.Il fuit le cercle théâtro-familial.Il erre au service militaire, et c’est là qu’il va trouver la matière de sa première oeuvre, un roman, Les gaietés de l’escadron dont la lecture de certaines pages aujourd’hui nous révèlent en Courteline un Kafka du feuilleton populaire.Courteline voulaitd’abord être nouvelliste ou feuilletonniste.André Antoine, le fondateur du Théâtre-Libre, le ramène au théâtre.Ils se rencontrent alors qu’ils ont chacun 32 ans.Cet ancien employé du Gaz-de-France, qui renouvelle alors la représentation théâtrale, lui commande une pièce (ce sera Lidoire) et la fait créer.Courteline a d’abord été un auteur des petites salles de Montmartre, de la rue Blanche au boulevard de Strasbourg.L’ECRIVAIN PUBLIC PC pur Roger Des Roches ei Francis Malka Beau, bon, pas cher! Puissance inégalée, environnement agréable, prix à la portée de toutes les bourses.Le traitement de texte pour PC qui a fait ses preuves.IIIM PC MAX 256 K 294,95$ EDUCATION- NUTRITION EDUCATION- NUTRITION Fédération des producteurs de lait du Québec Conseil scolaire de l'Ile de Montréal Une vision moderne de la nutrition.Conçu pour les élèves du primaire et pour ceux et celles qui accordent de l’importance ù une saine alimentation.IBM PC 320 K KËK.124,95$ SPÉCIAL DE LANCEMENT 64,95$ MEMORPHOSE ntt mtr11 unvun En vente chez votre libraire DIFFUSION PROLOGUE D1CMTÂT TM I mn A mir Chansons pour toutes sortes de monde, de Plume Latraverse KltlN 101 tIN LIdHAIHIl,! Greenpeace: Le pouvoir du citoyen en environnement — guide d’intervention québécois L’incroyable histoire de la lutte que quelques-unes ont menée pour obtenir le droit de vote pour toutes HUXilDISQUE METAMORPHOSE par Gilles Guay el Catherine Le Flaguais Du BIG BANG jusqu’à l’apparition de i’humanité, vivez toutes les aventures de la vie sur Terre! Éducatif et passionnant, le jeu d’aventures de l’année! En vente partout et chez LOGIDISQUK Inc.1225, de ('onde, Montréal Qi' II3K 21:4 (514)933-2225 FAX: (514)93.3-21X2 ÉDITEUR • IMPRIMEUR • LIBRAIRE GUERIN littérature SYLVAIN RIVIÈRE LE BON DIEU EN CULOTT’ DE V’LOURS 4501, rue Drolet, Montréal (Québec) I12T2G2, "B (514) 842-3481 Distributeur exclusif: Québec livres, TT (514) 327-6900 Symphonie des sens et des odeurs de mer où Rivière jongle avec les mots comme un pêcheur avec les tempêtes.I D-6 ¦ Le Devoir, samedi 28 avril 1990 • le plaisir des mes Entre l’idéologie et la science =.yn n-T s LES ROBES BLANCHES Vladimir Doudintsev Traduit du russe par Christophe Glogowski et Antonina Roubichou - Stretz Robert Laffont, 1990 Alice R4RIZEAU Lettres A étrangères Pour évacuer les idéologies des universités nord-américaines on commence à ouvrir une large place à la sexologie.La réduction de l’être humain à un certain niveau de ses impulsions n’est pas seulement l’apanage des Américains comme le démontre entre autres le grand succès du film Le déclin de l’empire américain de Denis Arcand dans plusieurs pays européens, mais correspond à un courant plus général.Les idéologies font peur parce que leurs influences sur les diverses branches de la science, de la biologie à la sociologie et jusqu’à la physique nucléaire, se sont avérées particulièrement nocives dans les états totalitaires, mais dommageables également dans les démocraties libérales.Dans ce sens l’histoire racontée par Vladimir Doudintsev dans son roman qui vient de paraître et qui sera sans doute un grand succès de librairie en Occident, a une portée universelle.Étrange romancier que ce Doudintsev qui ne sait pas très bien parler d’amour, mais qui possède le don de camper des situations et des personnages capables d’illustrer en quelques pages des thèses philosophiques fondamentales.En plus, Vladimir Doudintsev parvient à retenir l’attention de ^importe quel lecteur grâce à un rythme de récit qui s’apparente à celui des meilleurs livres d’aventures.Il y a plusieurs années de cela il lançait le livre intitulé : L’Homme ne vit pas seulement de pain, où il s’attaquait au matérialisme historique de Marx.C’était l’époque du dégel Krouchtchèvien, il a pu publier son roman sans appartenir au groupe de dissidents et sans quitter LURSS, mais il semble bien qu’il ne rédiciva pas depuis, jusqu’à la période actuelle de perestroika.En fait, il faut une politique de transparence pour raconter avec autant de précision les magouilles entre ces messieurs les universitaires qui se volent mutuellement des découvertes, souvent insignifiantes par ailleurs, et qui n’hésitent pas à utiliser les étudiants pour se dé-barasser des collègues trop encombrants.On trouvera dans les pages de ce roman des répliques qui, une fois les noms russes enlevés, ressemblent mot pout mot à celles entendues dans d’autres lieux.Fort heureusement, toutefois, dans nos universités les professeurs ne sont pas jugés pour des travaux contraires aux décisions prises en la matière par un dictateur quelconque.Vladimir Doudintsev fait la preuve d’un chapitre à l’autre que le système d’un parti unique corrompt non seulement l’art, mais également la science et empêche de cette façon toute évolution positive de la collectivité.Brusquement, à travers ses personnages auxquels on s’atta- che, on comprend pourquoi les résultats obtenus grâce à l’ensei- riement universitaire accessible tous sont à ce point décevants.Les groupes discutent et agissent conformément aux idées imposées à l’avance et aux intérêts d’un académicien.Peu importe qu’il porte le nom de Riadno ou de Lyssenko, c’est lui qui doit remporter toutes les distinctions, décorations et félicitations.L’objectif ultime consiste à trouver des variétés nouvelles de semences et de bulbes, dont celle de la pomme de terre, de ne pas les laisser partir à l’étranger et de les préserver de façon à ce qu’elles se multiplient juste sur une ferme d’État dans des limites prévues.Et pour atteindre un tel but chacun est prêt à risquer tout et n’importe quoi, on va jusqu’à commettre un meurtre, les dénonciations pleuvent et même les généraux interviennent directement afin de mieux surveiller les savants pour lesquels ils n’éprouvent aucune admiration.Les intrigues et les intrigants sont fascinants et on ne peut qu’admirer le talent du romancier, doublé de chercheur infatigable.Car Vladimir Doudintsev connaît bien le milieu et on peut même risquer l’hypothèse qu’il a été directement impliqué.Le temps passe, les échecs se multiplient, le ton triomphaliste change et dans tout les domaines on constate la nécessité d’innover, mais le poids des théories liées ave les pricipes marxistes, demeure.Ce sont dons les savants qui cessent d’être adulés, mais dans les universités, dans les salles de cours et dans les laboratoires la « transparence » ne permet pas de retrouver le temps perdu, ni de tracer des voies nouvelles.Enfermé dans ses propres limites, le sytème qui favorise à la fois l’insignifiance et la délation oblige les gens au pouvoir à copier les techniques inventées ou perfectionnées aux États-Unis, au Japon et en Europe.Parallèlement, en Occident, la crise des valeurs remet en cause les idéologies en fonction desquelles on élaborait certaines analyses autant biologiques que sociologiques.Et certains extraits du roman de Vladimir Doudintsev s’appliquent désormais non seulement en URSS mais aussi dans beaucoup d’autres contextes.« Ceux qui se souvenaient de l’académicien Riadno, écrit-il, à cause des déclarations fracassantes qu’il prononçait du haut des chaires des universités et autres tribunes, déchaînant les ovations au cours des années 40; ceux qui se souvenaient de ce brillant orateur passé maître dans l’art d’émailler ses discours peu orthodoxes par d’étonnants tours de passe-passe, comme le coup du mouchoir plein de terre, l’auraient trouvé bien changé au début des années 60.Pas seulement parce qu’il avait beaucoup vieilli et beaucoup blanchi.À present, il ne se précipitait plus dans les salles à la rencontre des étudiants et du grand public c’était devenu dangereux; les gens avaient appris à poser des questions gênantes.» Les robes blanches, c’est la relecture d’une certaine époque qui nous appartient à tous et en même temps un des rares romans qui parvient à démontrer l’importance et les difficultés réelles d’une révolution politique qu’on veut réussir en URSS sans effusion de sang.t L’auteur qui jongle avec trois langages TIRER LA LANGUE Günter Grass traduit de l’allemand par Jean Amsler Seuil, Paris, 1989, 251 p.ODILE TREMBLAY Au Bengale, tirer la langue est signe de honte.Sentiment corrosif s’il en fut, mais qui submergea le grand écrivain allemand Günter Grass lors de son passage sur les bords du Gange.« Car l’Occident gavé a-t-il vraiment autre chose à offrir que sa honte au spectacle de Calcutta ?», demande-t-il en substance.La misère de cette ville, ses slums et ses mouroirs, hors de toute fiction romanesque, ont — Attention! Un rire peut en cacher un autre! Jean Daunais récidive: Arlène Supin est de retour! LE SHORT EN EST JETÉ Ce qu'en pensent les critiques: Il faut être morose fini pour ne pas trouver ça drôle.Réginald Martel, LA PRESSE Un petit livre pétulant de santé et délicieusement vénéneux, qui séduit par sa liberté de ton et son espièglerie dévastatrice.Michel Laurin, LE DEVOIR VLB éditeur.En vente chez tout libraire digne de ce nom ici inspiré à l’auteur du Tambour un ouvrage magnifique, intime et douloureux, Tirer la langue.Tirer la langue relève du livre d’artiste.L’auteur y jongle avec trois langages : celui d’un écrivain, celui d’un peintre, celui d’un poète, comme s’il voulait crier une insoutenable réalité sur tous les tons possibles.« Des montagnes d’ordures infestées d’hommes, de corneilles et de vautours.L’horizon droit devant : un quartier industriel, avec slums au premier plan.Et toujours des vaches couchées en travers de la circulation, posées à côté des dormeurs ou en dégradé comme un paysage de collines.» Günter Grass fait oeuvre de chroniqueur.Il se penche sur l’Inde et la décrit au quotidien, en voyeur, avec tant de minutie qu’il la ressuscite odorante et suffoquante ; s’attardant ici sur le bûcher crématoire, là sur le rick shaw bondissant au milieu de la circulation, plus loin sur ces mouches vert sombre qui officient, telles des prêtresses, le petit déjeuner.À côté de ce témoignage d’é- Accessible PRINCESSE NON IDENTIFIÉE Olivier Germain-Thomas Flammarion NAIM KATTAN Pour Olivier Germain-Thomas, le sacré n’est pas une simple tentation.Déjà dans son précédent roman, L’Amour est assez grand seigneur, le sacré avait pour cadre le Brésil et pour cérémonie la macumba.Venise est le lieu où se déroule l’action de son dernier roman Princesse non identifiée.Il ne Günter Grass Tirer langue crivain, il faut admirer les extraordinaires dessins à l’encre de l’auteur.Près d’une soixantaine d’illustrations pleine pages traduisant mieux que des mots l’ampleur du dénuement indien.Au milieu de nuées de corneilles et de rats, ses croquis perpétuent avec un réalisme, une force et un talent exceptionnels les silhouet- s’agit point d’un simple décor ni d’une scène même si la ville est on ne peut plus théâtrale.Venise est une présence éclatante, visible et en même temps souterraine.L’amour est le moteur et le fil conducteur.Eric est le visiteur.Il cherche.Il est en quête.De quoi ?Il le sait obscurément.Il est à la poursuite de l’amour qui prend figure de Lucia.Elle est l’indigène.Elle incarne sa ville, elle la nie, cherche à en vivre l’histoire en rejetant les succédanés.Elle est accessible et insaisissable.Elle donne rendez-vous sans révéler le lieu.C’est qu’elle cherche elle aussi à déceler, dans l’amour, le divin et, dans la ville, la trace du sacré.tes décharnées et accroupies des presque morts-vivants qui l’entourent.Et pour exprimer ces mêmes terribles visions dans une langue plus épurée encore, Günter Grass rédige un long poème à la gloire et à la honte de cette Inde contemporaine qu’ü a un jour arpentée : « On annonçait Kali Pujah.Je vis Calcutta venir vers nous.Trois mille slums habituellement clos sur eux-mêmes, tapis derrière des murs on refoulés contre l’eau putride des canaux, débordaient, faisaient tache d'huile, avaient pour nouvelle lune la nuit et la déesse à leur côté.(.)» Tirer la langue est un grand et bel ouvrage d’une rare qualité qui se lit, se contemple et se médité.Vendu 79,95 $ en librairie, le volume peut être offert ou conservé à titre d’admirable pièce précieuse.Déjà à son époque, Giordano Bruno a affirmé la rigueur de la quête et la nécessité d’un but, fut-il inatteignable.Chacun à sa manière, par la vertu de l’amour, par la présence de l’histoire et le surgissement d'une ville travestie et enfouie sous ses décors, cherche à toucher par le coeur, le corps et l’esprit, le divin.Leurs voies se croisent, leurs routes les unient et les séparent.Roman dense, foisonnant qui dérange et invite le lecteur à se mettre en route pour trouver cette Venise ensevelie et nécessaire qu’il trouvera finalement, peut-être dans son esprit et dans son coeur.et insaisissable Lucia GUY FERLAND LE BIOLOGIQUE ET LE SOCIAL Nadia Khouri Le Préambule coll.« L’Univers des discours » 322 pages L.e biologique et le social Nadia Khouri < "IV 'tri! I 'Unxcfs '! ~; x ¦' • le plaisir des ivres Du fois gras au foie maigre $ JOSÉE BLANCHETTE LE FOIE GRAS Fabienne Labeyrie Robert Laffont Entièrement consacré au foie gras d’oie et de canard, cru, frais, mi-cuit ou en conserve, ce livre yous prépare à la crise de foie age par page, patiemment, 'ous gaverez-vous de foie gras aux truffes sousles cendres, de lasagne de foie gras de canard àux truffes, de foie gras de canard confit poivre et sel, de pâté de pommes de terre au foie gras ë l’ancienne ou encore de foie gras aux graines de cardamone ?! 61 recettes à l’ancienne èt 21 recettes originales illustrées d’appétissante manière complètent l’inventaire de tout èe qu’il faut savoir du foie gras guand on prétend être gens de goût ou gens de foie.CUISINE ET VINS, L’ACCORD PARFAIT Monique Pivot ët Antoine Zocchetto Éditions Nathan Voici un bouquin des plus intéressants pour qui voudrait se familiariser avec les mariages vins-mets, quoique tous les goûts $oient dans la nature à ce sujet.Plus souples qu’autrefois, les mariages entre les vins et les nourritures dépendent tant de la nature des plats que des moyens dont vous disposez pour le rehausser.Le livre donne plusieurs çxemples de plats classiques et des vins qui leurs conviendraient le mieux.On n’explique malheu- reusement pas les principes sous-jacents aux accords, laissant le lecteur sur son appétit ou sa soif, c’est selon.LE RHUM Guy et Geneviève Jacquemont éditions Nathan LES HAVANES Alain Weill, éditions Nathan Pour vieux routiers seulement ces deux livres de collection ont la saveur des jungles antillaises, des soirées tropicales à deviser au clair de lune, des vapeurs en-nivrantes de l’alcool tiède mêlées à celles, plus âpres, du cigare à l’oeil incandescent.Toute l’histoire du rhum agricole et industriel sans compter la géographie des rhums et les diverses routes empruntées par la boisson des joyeux marins font l’objet d’une étude dans ce livre de «table à café ».GRANDE ET PETITE HISTOIRE DES CUISINIERS DE L’ANTIQUITE À NOS JOURS Maguelonne Toussaint-Samat et Mathias Lair Éditions Robert Laffont Plutôt aride, ce dernier né de la collection Toussaint-Samat retrace l’histoire des cuisiniers les plus illustres qui ont d’une manière ou d’un autre influencé le cours de la gastronomie.On y apprend surtout à travers l’oeuvre de ces grands prêtres des fourneaux les coutumes alimentaires de l’époque tant chez les Grecs et chez les Romains, qu’à la Renais- Y E C C DOMINIQUE DEMERS i»- LE COCHON Jexte de Laurence Pastiaux illustré par Ruth Imhoff Éditions Épigones Paris, 1989 Depuis que le gai savoir a déridé ips documentaires, tout est per-hnis, rires compris.Sur un texte Simple, clair et instructif, la collection « la ferme fantastique » propose des images parfaitement bouffonnes où les mots sont peints au pied de la lettre.Pour enseigner aux enfants que « le porc domestique est de la même famille que le sangüer qui est son Çousin sauvage », l’illustrateur a dessiné un mariage de cochons avec robes longues et smoking, bouquetières, petits pages et nombreux invités, sans oublier les oncles sangliers.(.E PRINCE FERDINAND Texte de Burny Bos Ûlustré par Hans de Beer Éditions Nord-Sud, 1990 Le prince Ferdinand n’a de royal éue ses rêves.Parce que sa mère Fappelle « mon petit prince », il Jure n’être grenouille qu’en apparence et rêve à la belle prin-çesse qui l’attend dans un château tout là-haut dans les montagnes.Pour fuir les railleries de çes camarades, Ferdinand part ?n auto à pédales à la recherche de sa princesse.En route, il perd quelques illusions mais gagne l'amitié d’Henriette, une ravissante cigogne.Un conte initiatique tout à fait charmant sur des images (oujours éloquentes pétries d’humour, de fantaisie et de tendresse.UN APPEL DANS LA NUIT Texte de Jane Yolen Illustré paar John Schoenherr Flammarion Coll.« Père Castor » Pâris, 1989 Line enfant raconte son escapade jiqcturne avec son père, dans le bleu glacial d’une nuit d’hiver, à iarecherche du grand duc.Elle .décrit, dans une langue poétique ¦ét feutrée, le silence complice, l’immobilité imposante, l’espoir [entre les appels, la neige « plus blanche que du lait dans un bol » jet enfin, au coin d’un soupir, l’ombre de l’oiseau magnifique et son •grand cri crevant le ciel dans un [froissement d’ailes.« Quand on ;va à la recherche du grand duc, -on n’a pas besoin de mots, ni de sance ou sous l’Ancien Régime.LES FETES GOURMANDES Elisabeth de Meurville et Michel Creignou éditions Nathan Magnifique ouvrage à offrir à ceux qui possèdent déjà tout si ce n’est Quelques onces de culture supplémentaires pour parfaire leur vernis, ces fêtes gourmandes décollent dans les bulles de champagne et atterrissent dans le chocolat.Entre ces deux continents du repas, le luxe s’étiole de chapitre en chapitre, du foie gras au saumon fumé, du caviar aux homards, des asperges aux truffes, du gibier rare aux fruits exotiques.Les recettes affichent des ingrédients tout aussi inaccessibles que coûteux et chaque thème est rehaussé d’explications indispensables quand il s’agit de briller en société.LES RECETTES DE LA FORME Sarah Brown Éditions Calmann-Lévy Pour se remettre sur le sentier de la forme printanière, ce livre de cuisine végétarienne est des mieux illustrés et mis en pages.Très gais, appétissants, les menus font saliver et réfutent l’idée généralement répandue qu’un repas sans viande n’est pas un repas complet.Tarte saint-germain aux pois cassés, quiche au tofu, pâté d’okara, goulasch de haricots, caviar d’aubergines, tout y est pour composer des menus équilibrés, rempüs de fibres et de vitamines essentielles.chaleur, rien d’autre que d’espoir.C’est ce que dit papa.D’un espoir qui vole sur des ailes silencieuses, dans la lumière toute brillante de la bonne vieille lune ».Ainsi se termine le récit qui sonde des espaces beaucoup plus vastes que cette seule nuit d’hiver.LES LOCOMOTIVES A VAPEUR Texte de Alan Whitehouse Illustré par Bryan Bartie et Bryan Watson Conception et animation de Keith Moseley Éditions Ouest-France Paris, 1989 Engins et wagons surgissent hors des pages en trois dimensions et parfois même leurs roues tournent pour donner vie à ce documentaire en relief sur les locomotives à vapeur, ces fabuleuses créatures qui soufflent, halètent, grondent et hoquettent.Un voyage à travers le temps et autour du monde, de la Locomotion construite en Angleterre en 1825 à la S9 Prussienne née au début de ce siècle en passant par la glorieuse Séminole de l’Union Pacific et l’élégante Caledonian filant la nuit entre Londres et Edimbourg à la fin du dernier siècle.Un luxueux album garni de modèles sculptés en papier pour percer le secret de ces fascinantes machines.OÙ SONT PASSÉS LES DINOSAURES?Sylvie Desrosiers La courte échelle Coll.« roman jeunesse » Montréal, 1990, 91 pages La mode est aux suites.Sylvie Desrosiers livre ici la quatrième aventure de sa série Notdog, réunissant un troupeau d’enfants détectives autour du chien le plus laid en ville.Du Enid Blyton québécois, en plus drôle et en moins bourgeois, où on ne lésine pas sur le vraisemblable : l’enquête ahurissante touche rien de moins qu’un oeuf de dinosaure disparu (l’oeuf, pas le dinosaure).L’écriture souple et vive ne s’entortille jamais dans des longueurs agaçantes : on embarque en troisième vitesse à la première page et pas question de rétrograder avant le point final.LES FLÈCHES DE SILENCE Alain Surget Éditions Gallimard Coll.« folio junior » Paris, 1989, 151 pages Alain Surget entraîne les jeunes lecteurs assoiffés d’aventures et d’exotisme dans un royaume fantastique à la frontière du monde des hommes et des divinités, dans un pays où le soleil meurt tous les jours et les lendemains sont tirés par le char de la lune.Un monde où Teutatès, le grand cornu, veille sur les destinées.Le jeune Rûn, fils de Gor, mène son peuple vers la terre promise où l’on peut espérer le silence des flèches.Un périple où le courage et l’espoir dominent le hurlement des loups et le sifflement des flèches.Le livre a reçu le Grand prix du livre pour la jeunesse.LE CRIME DE L’ENCHANTERESSE Francine Pelletier Éditions Paulines Coll.« jeunesse pop » Montréal, 1989, 114 pages La force de ce roman tient plus à l’imagerie qu’à l’énigme.Ici, la science-fiction assume pleinement son rôle d’inventrice d’univers.Une enfant cantatrice aux pouvoirs d’enchanteresse poursuit sa tournée à bord d’une maison volante sur fond de meurtre et d’oiseaux affolés.Un roman où, comme dans la vraie vie, l’innocence a un goût doux-amer.FLASH SUR UN DESTIN Marie-Andrée Clermont Pierre Tisseyre Coll.« Conquêtes » Montréal, 1990, 283 pages À lire d’abord parce que 28 étudiantes de secondaire V à l’école Antoine-Brossard — celle-là même où on désamorce des bombes — ont signé le texte avec l’aide de l’écrivaine Marie-Andrée Clermont.Non seulement peut-on parler d’un récit bien ficelé dans le sens où ça bouge et ça saute et la tension n’est pas rompue mais voici un roman qui raconte les rêves et les fantasmes, les valeurs et les espoirs des adolescentes d’ici et d’aujourd’hui.À ceux qui se demandent à quoi tout cela peut ressembler, la réponse est claire : un roman Harlequin où, à la manière des livres dont vous êtes le héros, chaque lecteur peut choisir le dénouement qui lui convient.Plus idéaliste, tu meurs ! Un de ces rares romans écrits par des jeunes pour des jeunes qui risque de faire un malheur.— — —.- — — — r T A Fsl:r>.TriïT llllili | i s i §j 1 | S il ! § : V W S S, LS « i » MARC CHAPLEAU AUBERGES ET RELAIS DE CAMPAGNE DU QUÉBEC François Trépanier Éditions du Jour Montréal 1990, 237 pages Sélectionnées par l’auteur — chroniqueur de voyages à La Presse —, une centaine d’auberges disséminées aux quatre coins de la province qui se distinguent par la chaleur de leur accueil, la qualité de leur table et de leur hébergement et/ou la beauté de leur site.Il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses.D’ailleurs, signale l’auteur, « les prix (dans les auberges du Québec) sont en général fort raisonnables ».GUIDE DEBEUR « LES VINS > en collaboration Éditions Thierry Debeur Brossard 1990, 142 pages Dommage.Que voilà un ouvrage bâclé .Bourré de lourdeurs, mal écrit quand le style n’est pas carrément empesé, l’ensemble aurait gagné à être au bas mot deux fois plus ramassé.Pas que les commentaires de l’équipe de cinq dégustateurs ne soient pas fiables; juste que leurs trop peu nombreuses recensions de vins doivent coexister avec des conseils pratiques très discutables et des citations ronflantes du genre : « Le vin, personnage vi- l ).W 11) MAC U l.A\ •Of‘ “ ! vant, accompagne la destinée de l’homme depuis les dieux de l’Olympe, à qui Ganymède.» LE MONTRÉAL DES ENFANTS Christine Durocher Éditions Stanké Montréal, 1989, 312 pages Un « guide pour parents branchés » et un « remède efficace contre l’ennui des enfants et le souci des parents ».Activités culturelles, nature en ville, promenades, garderies et écoles spéciales, camps d’été, jeux et loisirs, excursions; on y retrouve même un topo sur « Frontier Town » pourtant situé dans l’État de New York.Description sommaire de l’activité, adresse, téléphone, heures d’affaires, souvent le prix d’entrée s’il y a lieu, difficile d’en demander plus.Il y a aussi quelques notes plus sérieuses, comme les coordonnées du centre antipoison et de l’Ordre des dentistes.COMMENT FAIRE DE L’ARGENT EN RÉVEILLANT VOTRE SENS DES AFFAIREES Charles-Albert Poissant Éditions Frémontel /Publications Golden Globe Montréal, 1990, 302 pages Hum .Une autre recette du bonheur.Préface du milliardaire Robert Maxwell, présentation dp Pierre Péladeau et biographie, ensuite, de 10 hommes riches : Henry Ford, Ray « Hamburger» Kroc, Jean-Paul Getty, Aristotfe Onassis, Soïchoro « Yamamoto» Honda, John D.Rockfeller, etc.Dixit M.Kroc : « Je crois eïi Dieu, dans la famille et en Mq-Donald, et au bureau cet ordre est renversé.» Onassis et Getty s’entendent quant à eux pour dirp qu’un homme est vraiment riche lorsqu’on ne peut évaluer avec précision sa fortune.Édifiant.COMMENT ÇA MARCHE David Macaulay Larousse Paris 1990, 383 pages Un album très coloré, qui se pro pose d’illustrer avec humour le fonctionnement de nombreux appareils comme les perceuses parcomètres, sous-marins, tondeuses, fusées, scanographes et trompettes.Un livre destiné à toute la famille.Sauf que, à moins d’être personnellement un cas-problème, ce n’est pas toujours évident comment ça marche.'.DES LIVRES À DÉCOUVRIR.John HILLIKER Le ministère des Affaires extérieures du Canada Volume I Les années de formation, 1909-1946 L’histoire officielle du ministère des Affaires extérieures, depuis sa création en 1909 jusqu'au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale.En exposant le développement du ministère et son fonctionnement, cet ouvrage met en lumière le processus d'élaboration des politiques.Tous ceux et celles qui veulent approfondir leurs connaissances en matière de relations internationales et d'administration publique y verront un outil intéressant.502 pages, 19,95$ (Également publié en langue anglaise par Mc-Gill-Queen's University Press).LE MINISTERE DES AFFAIRES EXTERIEURES 1)1 CANADA HIM W" I IKSANMMIH I
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