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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1990-05-19, Collections de BAnQ.

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— & i& ¦ !ÜËϧSS23ffi iffiM Mg| jK| 1 j3MMWg çaise LA LIBRAIRIE DU VOYAGE 4176 Saint-Denis Metro Mont Royal 843 9447 560 President Kennedy Metro McGill 289 0993 GUIDES DE VOYAGE CASSETTES VIDÉO Sous sol Sainte Catherine angle de la Montagne OQIVN 842-7711 CARTES ROUTIÈRES ACCESSOIRES Montréal, samedi 19 mai 1990 MARGARET ATWOOD Le pouvoir ?Connais bien JEAN ROYER « Le pouvoir ?Connais bien », semblent dire les personnages du dernier roman de Margaret Atwood, Oeil-de-chat.L’oeuvre nous fait entrer dans l’univers des fillettes dont les relations entre elles se révèlent cruelles et manipulatrices jusqu’à les perturber dans l’âge adulte.La romancière canadienne était de passage à Montréal, ces jours-ci, afin de faire la promotion de son ouvrage.Margaret Atwood a acquis une certaine reconnaissance internationale avec ses deux récents titres, d’ailleurs traduits en français.La Servante écarlate, qui tient de la science-fiction, à été adapté à l’écran.Oeil-de-Chat, écrit dans la plus pure tradition du roman psychologique et sociologique, vient d’être publié chez Robert Laffont dans une traduction d’Hélène Fi-lion.Quelle est sa conception du roman, après ces deux oeuvres qui l’ont fait connaître à un plus large public ?Margaret Atwood tient à répondre dans un français qui se fait pourtant hésitant et pauvre en vocabulaire.Cela ne donne pas des réponses élaborées mais la rencontre reste agréable.L’entretien littéraire projeté se réduit alors à une simple entrevue de circonstance.« Je n’ai pas de conception du man, dit Margaret Atwood, façon de penser est fran-.Les écrivains de langue sont moins théoriciens les écrivains français.Quand pense à une conception du ro- man, mon cerveau devient absolument vide.» Pour elle, l’idée d’un roman lui vient de l’intérieur, puis se précisent les détails matériels de l’histoire, suivis des images et des voix qu’entend la romancière.L’écrivain est comme le potier qui fait émerger une forme d’une motte de glaise.« Je n’écris pas un roman selon une conception ou une grande planification.Je commence avec quelque chose de très petit et de cela je fais un bâtiment.Parfois, il faut déchirer tout l’édifice et recommencer le travail.De toute façon, ajoute Margaret Atwood, le plus important est de saisir l’attention du lecteur.Il faut le surprendre sans cesse.» Je pousse ma question un peu plus loin.Qu’est-ce qui fait qu’un roman est canadien et différent d’une oeuvre américaine, anglaise ou française, par exemple?« On peut dire que le roman canadien n’appartient pas à une littérature impérialiste, c’est-à-dire à celle d’un grand pays plein de pouvoirs qui se regarde comme le centre du monde.Il n’appartient pas non plus à la littérature d’une société impériale en déclin, comme celle de l’Angleterre.Comme la littérature québécoise, la littérature canadienne-anglaise est une littérature du Nord.Elle se reconnaît des espaces très grands et vides de vies humaines.Dans cette littérature, le désert ou la jungle sont remplacés par l’idée du Nord.C’est-a-dire un lieu où le héros, l’héroïne, vient pour retrouver son âme.Pour nous, c’est le Nord qui nous fait descendre en nous- mêmes.« D’autre part, la littérature canadienne est pleine d’eau.S’il faut choisir un élément pour le Canada, c’est l’eau.Pour les États-Unis, la géographie est beaucoup plus chaude et aride.Enfin, les animaux sont très importants pour les auteurs cana-diens-anglais, comme pour les auteurs québécois.« J’ai fait pour Oxford une anthologie de la poésie canadienne-anglaise.J’y ai mis beaucoup de poèmes et j’ai dit, à la blague: si vous voulez écrire un poème canadien, il vous faut de la neige qui tombe, une grand-mère, mourante si possible, et un cochon tué dans l’étable ! On a écrit une poésie rurale pour une population très urbanisée.» Son roman Oeil-de-chat, Margaret Atwood l’a situé dans ce Toronto qu’elle habite.La ville grise et puritaine des décennies précédentes s’est aujourd’hui enrichie d’une vie plus colorée.Ce qui n’en fait pas une ville moins byzantine où le drame sourd.C’est à Toronto que la narratrice du roman, Elaine, devenue peintre, revient pour une rétrospective de ses oeuvres.Elle retrouve sa ville natale changée mais toujours habitée des cau-chemards de son enfance.Le fantôme de Cordelia, son bourreau de fillette, vient hanter son âge adulte.Ainsi s’ouvre au lecteur un univers où l’on voit que les fillettes, entre 7 et 12 ans et autrement que les garçons, apprennent à jouer du pouvoir de façon malicieuse et manipulatrice.Ce sujet difficile et encore peu exploité en littérature brise le stéréotype qui veut que les petits garçons du même âge sont opprimants et violents dans leur désir de pouvoir, tandis que les jeunes filles sont des modèles parfaits et ont un comportement angélique.« Le stéréotype n’a rien à voir Voir page D - 6 : Atwood PHOTO JACQUES GRENIER Margaret Atwood ’écriture à quatre mains et deux voix GUY FERLAND « Genette, Derrida et Starobinsky parlent d’une chose dont ils n’ont pas idée; la déconstruction, la reconstruction et les autres balivernes n’ont rien à voir avec la littérature.Ils attribuent des choses aux auteurs auxquelles ces derniers n’ont jamais pensé.En fait, le problème littéraire réel, c’est le smoking de Silvera dans L’amant sans domicile fixe.» C’est Carlos Fruttero qui argumente ainsi, tout en explicitant le véritable enjeu de la construction romanesque.Et il connaît bien le sujet puisqu’il est le co-auteur de nombreux romans qui ont obtenu du succès dont La femme du dimanche, Place de Sienne, côté ombre, L’Amant sans domicile fixe, La signification de l’existence, La prédominance du crétin et La couleur du destin que le Seuil vient d’éditer.Tous ces romans sont signés du label Fruttero & Lucentini, ou vice versa, et ont reçu un accueil enthousiaste de la critique et du public.« La seule véritable reconnaissance vient des lecteurs », soutient toutefois l’auteur d’origine italienne qui refuse toute catégorisation.« Franco et moi, nous nous sommes rencontrés à Paris en jouant aux véritables bohèmes, poursuit-il, un brin nostalgique.Nous avons fait mille et un métiers, mais toujours en nous amusant.Notre passion commune demeurait la littérature.On a établi au départ une attitude commune de refus de la solennité littéraire.Tout nous intéressait : Racine, Dante, Shakespeare, mais aussi Batman, Agatha Christie, etc.On n’a jamais eu de préjugé d’aucune sorte devant les objets d’art, même ceux dits mineurs.» Après de nouvelles rencontres en Italie chez un éditeur où les deux compères traduisaient des oeuvres diverses, Fruttero et Lucentini décident d’écrire en commun un premier livre.Ce sera un recueil de poèmes intitulé ironiquement Le plombier ne viendra pas.« Il y avait 14 poèmes de mon cru et 13 sections d’un poème de Franco sur le temps, interrompu évidemment, inachevé pour des raisons évidentes.» Il faut spécifier que Franco Lucentini, « très pointilleux sur les détails et la cohérence du récit », est diplômé en philosophie.« Il est très préoccupé par les problèmes du temps et de la signification de l’existence, explique Fruttero.Il a même fait des expériences avec de vers de terre sur ces sujets.» Par la suite, les preux chevaliers de la littérature dite « classique » se sont lancés dans l’aventure romanesque.« On a passé la vie comme deux riches personnages qui n’ont rien d’autre à faire que lire, aller au cinéma, visiter les musées, assister à des pièces de théâtre, et écrire pour s’amuser.On se relance l’un l’autre constamment en commentant nos lectures et nos sorties.Mais notre principal défi demeure l’écriture.« Lorsqu’on ne sent pas de difficulté dans un projet, on ne s’embarque pas, soutient Fruttero.Ainsi, pour L'amant sans domicile fixe, le problème était de faire un roman sur la ville de Venise qui a été si souvent peinte par les artistes.Comme il nous arrive habituellement, on part d’un lieu pour imaginer une intrigue.Dans ce cas-ci, Venise suggère immanquablement une aventure galante, une histoire d’amour.C’est très cliché, mais justement il fallait passer outre.« Pour écrire une histoire d’amour qui se déroule à Venise, il nous fallait deux personnages.Immédiatement, une grande difficulté se pose.Aujourd’hui il n’y a plus d’interdits, de tabous.Toutes les amours sont possibles.Et comme les ressorts principaux des intrigues amoureuses sont les embûches qui empêchent l’accomplissement de la relation, on se retrouvait devant une impasse.On a cherché pendant un an une solution à ce problème.« On voulait décrire Venise de la manière qu’on l’aborde main- tenant, c’est-à.-dire de façon pauvre comme une cité touristique.Notre héros était donc un minable guide qui, comme Ulysse, était en fait une sorte de roi.On a pris cette idée directement d’Homère.De toute manière, ce type a tout inventé.On est condamné à faire de la littérature de second degré depuis.« Au départ, donc, on avait un débarquement minable de touristes à Venise, une rencontre en avion, une princesse.Moi je voulais que l’héroïne soit une comtesse, mais Franco insistait pour qu’elle soit une princesse parce que cela suggérait une idée de fable.C’est de cette façon que nous travaillons à quatre mains et deux voix : on discute pendant plusieurs mois sur tous les détails, même le titre de l’héroïne.Parce que le son est important.Comme le reste du roman devait être très réaliste, il fallait insinuer subrepticement un côté fabuleux au récit.« Mais qui pouvais être Silvera, le guide, pour rendre la liaison impossible ?Nous aimions ce nom d’origine juive qui suggérait un passé riche.Et tout à coup, on a trouvé cette idée fantastique qu’il devait être absolument le Juif errant et qu’il ne pouvait donc jamais s’arrêter.Le reste de la narration découlait de cette donnée de base.Mais, au cours de l’écriture du récit, on rencon- Volr page D - 6 : Fruttero Carlos Fruttero PHOTO JACQUES GRENIER 'h LAPIERRE ROBERT LAFFONT D-2 ¦ Le Devoir, samedi 19 mai 1990 Daniel Pennac, le jongleur de mots PHOTO JACQUES GRENIER « V \ SERGE TRUFFAUT Il y a plus d’une semaine, le dernier numéro de cette charmante revue baptisée Magazine Littéraire se fit une niche discrète parmi des dizaines de mensuels et d’hebdomadaires.Son sujet ?Albert Camus.Parmi les personnes invitées à commenter les essais et romans d’Albert, dont plusieurs, soit dit en passant, présentent bien des similitudes avec les « romans-durs » de Simenon, on relèvera le nom d’Alain Robbe-Grillet qui, dans l’article qu’on lui avait commandé, épingle en douceur l’utilisation de la « métaphore » .« Le plus visible des conflits internes qui organisent la structure de Un régicide, analyse-t-il, est précisément l’opposition stylistique entre le constat et l’expression, c’est-à-dire entre l’écriture neutre et le recours systématique aux charmes pompeux de la métaphore ».Bigre ! Il y a une semaine précisément, Daniel Pennac, romancier passé maître dans l’art de jongler avec les métaphores et mille-et-un ressorts littéraires, était de passage à Montréal pour faire la promotion de sa dernière invention, la très sympathique Petite marchande de prose.Affable et généreux de son temps, Pennac ne se pose point en défenseur acharné de son oeuvre mais bien en avocat bienveillant de la littérature.C’est ainsi qu’au détour d’une phrase il fait l’éloge de la métaphore qu’il utilise abondamment sans jamais nous agacer.Entre deux bouffées de pipe, il nous confie que, un, « la métaphore est une formidable économie de moyens », que, deux, « la métaphore dynamise le récit », que, trois, c’est « la méta- Daniel Pennac phore qui produit les images mentales », et que, quatre, elle favorise « l’alchimie entre personnages qui se sentent menacés et le style ».Et.Et de toute façon, si vous prenez l’Amérique et tous ses mythes, et en particulier le mythe de la vedette hollywoodienne traversant la vie avec une cigarette dans une main et un dry martini dans l’autre, et que vous vous demandez qui en a fait la meilleure représentation, vous réaliserez, que « personne n’a mieux décrit ce mythe que Raymond Chandler dans une de ses métaphores ».Et qui mieux que Pennac pour circonscrire en une métaphore cette espèce de matamore plein de suffisance qui n’écoute que son propos et jamais celui des autres ?Page 47 : « Il s’amène avec son sujet de conversation, comme on apporte son bifteck ».Et vlan pour la turpitude mentale ! Et qui mieux que Pennac pour écorcher au passage les sangsues journalistiques qui se complaisent dans l’outrance ?Page 87 : « C’est vrai, entre autres conneries, l’inspecteur Bertholet a li- vré le cadavre de Saint-Hiver aux charognards de la gâchette médiatique ».Ce qu’il a de « chouette » avec Pennac, ce qu’il y a de fondamen- GUY FERLAND Prix littéraires L’académie canadienne-fran-çaise a décerné ses prix Victor-Barbeau et Alain-Grandbois, respectivement à Ginette Michaud pour son essai Lire le fragment publié chez HMH et Juan Garcia pour Corps de gloire publié chez L’Hexagone.Les deux lauréats ont reçu des bourses de 5000 $.Les membres des jury qui ont remis ces prix étaient Fernande Saint-Martin, Fernand Dumont et Marcel Trudel pour le premier et Madeleine Ouellette-Mi-chalska, Guy Sylvestre et Jean-Guy Pilon pour le second.Née en 1955, Ginette Michaud est chercheur et professeur au département d’Études françaises à l’Université de Montréal et elle collabore à de nombreuses revues.Son essai porte le sous-titre : Transfert et théorie de la lecture chez Roland Barthes.Juan Garcia est né au Maroc en 1945 et a émigré au Québec en 1957.Ses premiers poèmes ont été publiés dans la revue Liberté.tal chez lui, c’est qu’il est tout simplement amoureux fou de littérature, de l’écriture et de ses mille et un aspects, des possibilités qu’elle propose.Pennac, c’est idiot à dire, n’entretient pas, contrairement à bien des écrivains de relations « schizo-maso ».Il n’est du genre à se lamenter, après coup, sur son sort.Il a une relation d’affection et de sympathie avec elle.Parmi les possibilités qu'elle lui offre, il ne fait pas de choix.Il ne discrimine pas.Il prend tout.Hier c’était Ajar, avant-hier c’était René Fallet, il y a une semaine c’était Raymond Queneau, il y a quinze jours c’était Marcel Aymé et Alexandre Vialatte, aujourd’hui c’est Pennac.C’est Pennac qui nous fait rigoler.C’est lui qui jongle brillamment avec les mots pour les sortir « du cancer qui les guette avec la bestselleromanie qui envahit le monde de l’édition».Biographie Les Presses de l’Université Laval viennent de publier le douzième volume du Dictionnaire biographique du Canada qui traite des années 1891 à 1900.Tous les personnages importants de l’époque y figurent, tels sir Jo-seph-Adophe Chapeleau, Félix-Gabriel Marchand, Honoré Mercier, Elzéar-Alexandre Taschereau, Édouard-Charles Fabre, Antoine Plamondon, Joseph-Guillaume Barthe, Narcisse-Henri-Édouard Faucher, Calixa Lavallée, etc.Au total, 597 biographies sont présentées grâce à la collaboration de quelque 450 historiens.Ivre de livre Une nouvelle bibliothèque vient d’ouvrir ses portes au 1647, rue Saint-Denis.Il s’agit en fait d’un bar dont les murs sont tapissés par des rayons de livres.On peut y deviser librement en commentant l’actualité littéraire ou en flirtant tout simplement, cigarette au bec et un verre à la main.Ill lus [| jamais l'hiver Si vous croyez que l'amour a aussi une mémoire, vous aimerez Plus jamais l’hiver: un roman simple et doux comme les personnages qui l'animent et qui sont nés d'une écriture en duo.LIDEC inc.SPGQ Un livre magique comme le printemps qui éclate.La Société des professeurs de géographie du Québec (section Montréal), en collaboration avec Guérin Éditeur et Lidec inc.vous invite au lancement des ouvrages suivants: • GÉOGRAPHIE DU QUÉBEC ET DU CANADA (G.Joyal, G.Giroux) Lidec inc.• ORGANISATION GÉOGRAPHIQUE DU MONDE CONTEMPORAIN (F.Carrier, M.Hudon) Lidec inc.• DESTINATION: QUÉBEC CANADA (G.Boileau et al) Guérin Éditeur MARDI , LE 29 MAI 1990 à 20 heures AU COLLÈGE NOTRE-DAME 3391, chemin Queen Mary (entrée ouest) S.V.P.réserver avant le 21 mai, en téléphonant à: Louise Desmarais au 649-6817 & Guérin, éditeur ltée Fiction et biographies 1 Guy Latleur, L'ombre et la lumière Georges-Hébert Germain Art Global Libre Expression O)’ 2 A l'ami qui ne m’a pas sauvé la vie Hervé Guibert Gallimard (4) 3 Fantan Alexandre Jardin Flammarion (3) 4 Tremblement de coeur Denise Bombardier Seuil (2) S Le pendule de Foucault Umberto Eco Grasset (5) 6 L’Univers Gulliver Lili Gulliver VLB O) 7 L’Immortalité Milan Kundera Gallimard (6) 8 Les Pérégrines Jeanne Bourin F.Bourin (8) 9 Les lièvres de St-Giron Jean Fontaine Quinze (-) 10 Par action, par omission P D James Fayard (-) Ouvrages généraux 1 Dans l'oeil de l'aigle J.-F.Lisée Boréal d) 2 Le Bazar Daniel Latouche Boréal (3) 3 L’Accord Geroges Mathews Êd du Jour (-) 4 L’orthographe en un clin d’oell Jacques Laurin Êd.de l'homme (-) 5 Menus et recettes du défi alimentaire Louise Lambert-Lagacé Ëd.de l'homme (-) Compilation faite à partir des données fournies par les libraires suivants : Montréal : Renaud-Bray, Hermes.Le Parchemin.Champigny, Flammarion.Rat-fin.Deinarc.Gallimard; Québec : Pantoute, Garneau, Laliberté; Chicoutimi : Les Bouquinistes, Trois-Rivières : Clément Morin; Ottawa : Trillium; Sherbrooke : Les Biblairies G -G Caza; Jollette Villeneuve.Drummondville Librairie française * Ce chiffre Indique la position de l’ouvrage la semaine précédente •I» Un autre coup de coeur signé Dominique Lapierre jj PLUS GRANDS QUE L’AMOUR Dominique Lapierre Robert Laffont, 1990, 442 p.MARIE LAURIER Dominique Lapierre possède le rare talent de traiter de sujets graves sans gravité.Même de démontrer dans ses ouvrages que la plus grande misère humaine, comme la pauvreté en Inde décrite dans La Cité de la joie (Robert Laffont) par exemple recèle une mystique génératrice d’un certain bonheur.Ce véritable tour de force n’a rien de complaisant ni de lénifiant.Cela tient, je crois, à son style, â la ferveur avec laquelle il exerce son métier, en toute subjectivité puisqu’il n’hésite pas à laisser transpirer l’admiration qu’il voue à certaines personnes du calibre de Mère Terésa qu’il connaît bien pour l’avoir vue à l’oeuvre dans les bidonvilles de Calcutta.Cet écrivain journaliste ne juge pas.11 raconte ses coups de coeur pour des situations, des événements, des faits d’actualité qui changent le cours d’une vie ou de vies.Même de la sienne puisqu’il avoue n’être jamais plus le même quand il a terminé un livre, ne faisant pas exception à la vulnérabilité des aléas de l’existence, lui qui vient de triompher d’un cancer.Ce globe trotter parcourt les continents pour se pénétrer de son sujet et rencontrer sur le terrain des gens susceptibles d’é clairer sa lanterne, pour ensuite coiffer son livre d’un titre-choc.Le dernier livre de Lapierre n’échappe pas à cette règle qu’il résume dans quatre petits mots que lui a soufflés un de ses héros avant de mourir du sida: Plus grands que l’amour.Ce qui l’incite à reconstituer l'aventure humaine, médicale et scientifique de ce mal terrifiant.Sans rien inventer sur ce fléau des temps modernes qui a pris le monde par surprise au début des années 1980, bien au contraire, l’auteur a mis trois ans pour recueillir sa documentation, interviewer les chercheurs, les médecins, les sidéens à New York, à San Francisco, à Los Angeles, en Inde, bref les principaux centres ou épicentres où prolifère le sida.Il a non sans mal pénétré dans les laboratoires des hommes de science pour partager avec eux leurs espoirs et leurs désespoirs, leur impuissance aussi de décou vrir enfin le remède efficace sus ceptible de détruire le monstn Il va aussi se porter au chevel des malades et des soignants, devenir le confident des uns et des .autres, établir avec eux une : chaîne d’amitié et de compassion omniprésentes dans son récit Cela donne un livre passiori- ‘ nant, époustouflant de vérité et, d’humanisme qui se parcourt;, comme un polar, même si l’twv sait que tel n’est pas le genre, hé: las, puisque le sida est une réalité, une maladie galopante qui atteint des millions de personne-s.« Entre six et dix millions d’in-dividus se trouvent aujourd’hui g infestés par le rétrovirus du sida,, constate Lapierre en épilogue.:.Nul n’est à l’abri.Les statistiques, sont terrifiantes.(.) Si l’on i\ç • découvre pas très vite un vaccin, ; les experts de l’Organisation mondiale de la santé prévoient que d’ici l’an 2000, environ quinze millions de personnes seront eon taininées.Il y aura alors six mil- ‘ lions de sidéens.» C’est en apprenant que Mère Térésa et quelques-unes de ses disciples dont Soeur Anamia,.elle-même arrachée de la lèpre en Inde, avaient ouvert une'-maison d’accueil en plein Mali-: hattan pour des sidéens abandon: ; nés à leur triste sort que Dominique Lapierre, subjugué dé.constater ce soutien généreux de ; la part de pauvres Asiatiques en I plein Occident opulent, décide de | s’intéresser au mal de cette fin ; de siècle et d’en refaire la gè- ! nèse.Sans omettre les côtés soin ! bres du combat des chercheurs ; et des hommes de science ainé ricains et français qui revendi- ! quent les primeurs des découver- ; tes susceptibles de juguler la ! contagion, non plus que les réactions des victimes accrochées à leurs illusions de guérison.Certains portraits de malades arrachent les larmes, font frémir d’horreur ou provoquent la colère d’un lecteur trop sensible, i cependant qu’aucun d’entre eux ! ne laisse le narrateur indifférent : qui sait quand même étayer son récit d’un humour de bon a Ion Ce livre renseigne certes sur hr sida et ce n’est pas son moindre mérite puisqu’il fait de surcroît réfléchir: « Vous êtes tous plus grands que l’amour », réussit à murmurer Josef Stein à ses antjs venus recueillir son dernier sou.1 pu de sidéen.11 PIERRE Ol I I .1.1 Chutes ' La littérature et ses fins ESSAIS l.l l'I F.RAIKI-S ihexagone ESSAI PIERRE OUELLET #> l’Hexagone lieu distinctil de l'édition littéraire québécoise ESSAI CHUTES, LA LITTÉRATURE ET SES FINS * Par la bouche de sept personnages réunis à huis clos dans la campagne de Charlevoix, Jean-Aubert Loranger, Jacques Brault, Fernand Ouellette, Pierre Vadeboncoeur témoignent des délibérations de notre littérature.% Jamais la littérature québécoise n’aura à ce point lié sa mémoire récente au destin de la littérature occidentale, if Un essai en tous points remarquable par la justesse de sa démonstration. Le Devoir, samedi 19 mai 1990 D-3 L • le plaisir des ivres Un style bourgeonnant, une imagination buissonnante LE BON DIEU EN CULOTT’ DE V’LOURS Sylvain Rivière Guérin littérature, 1990, 294 p.Michel LkURIN Lettres 4 québécoises Depuis 1981, Sylvain Rivière a signé pas moins de 13 ouvrages.L’écrivain à la faconde rabelaisienne récidive ici avec un recueil de 13 récits.Le Bon Dieu en culott’de v’iours, où, tel un magicien qui réussit à renouveler ses tours malgré les limites inhérentes au genre, il parvient toujours à conserver son meilleur atout : le charme.Faisant preuve d’un exceptionnel talent de conteur, l’auteur semble avoir hérité du courant populaire de la littérature orale en même temps qu’il s’inscrit dans la filiation de Louis Fréchette, ou plutôt de ses personnages : Jos Violon certes, mais encore davantage sa riche galerie d’excentriques et fous de village qui habitent Originaux et Détraqués (à ce sujet, quel éditeur acceptera de rééditer en format poche ce dernier ouvrage d’une rare valeur, épuisé depuis longtemps ?).Des êtres à l’imagination buissonnante et à l’opulence verbale.Le lecteur doit donc s’attendre à des récits qui tentent de restituer une dimension fondamentale du conte : son oraüté.En marge de l’académisme et des modes, Sylvain Rivière continue de donner vie à des personnages de sa Gaspésie natale.Des êtres souvent excessifs, remarquablement bien campés.Des femmes et des hommes semblant condamnés au bonheur au début du récit, mais qui dévoilent bientôt leur part de tragédie : Tigris à Bonhomme qui part à la quête du père, Nel a Fipon aux prises avec un vice qui le perdra, Rose qui a vu s’éteindre sa flamme pour Narcisse, Ti-Ours qui découvre qu’il n’a pas le talent qu’il croyait.Mais ce serait méconnaître l’auteur que de croire que ses récits sont noirs; chez lui, le pathétique et le loufoque font bon ménage, le grotesque peut s’épanouir dans l’émotion.Et, on n’a rien dit de Sylvain Rivière tant qu’on n’a pas parlé de son écriture.Où abondent formules vieillottes, périphrases et énumérations.À titre d’exemple, laissons-le simplement décrire « les sens .ces baromètres de la température intérieure, ces cadrans à désirs, ces boussoles à plaisirs, ces sextants de luxure juste bons à se perdre sur des mers de volupté démontée, paillasses molles en lits doubles, de babines cassées en poignets sla-ques.» Un style bourgeonnant d’une espièglerie dévastatrice.Ici, les hommes sont généralement fringants comme des coqs de village et les femmes ont « l’amounettage facile ».C’est dire que la bagatelle n’est pas absente de ces récits, tout au contraire.Par contre, sont moins appréciés les députés dont les mains sont rarement propres, les médecins « à la générosité pilu-lale » et les curés aux « odeurs de sainteté et d’ennuyances ».Avant de terminer, ne manquons pas de souligner un incomparable esprit inventif en ce qui concerne les jurons.Ces derniers sont véritable- ment renouvelés ici en tant que ressource littéraire.Au point qu'ils pourraient en apprendre à certains personnages, pourtant fort savants en la matière, de Victor-Lévy Beauüeu.Des textes imaginatifs donc, dont l’intérêt réside surtout dans une verve jamais en défaut, nourrie du riche terreau gaspé-sien.Des récits aux goûts de varech, d’aventures et de partan-ces.Qu'il faut savourer lentement, une histoire à la fois, pour éviter le danger de la saturation.Des récits, laissant la parole à des êtres de fraîcheur et de candeur, que certains, il faut le reconnaître, se hâteront de considérer comme patoisants et régio-nalistes.Mais d'autres lecteurs seront heureux d’adhérer à cette façon de rêver le réel, de l’enchanter, de le magnifier, tant le conteur se montre fervent.V LES CENDRES BLEUES Jean-Paul Daoust Ecrits des Forges, 68 p.MAIS LA MENACE EST UNE BELLE EXTRAVAGANCE Denise Desautels avec huit photographies d’Ariane Thézé Éditions du Noroît, 109 p.LA VIE DANS LES PLIS Henri Michaux OEUVRE POÉTIQUE Léopold Senghor Seuil JEAN ROYER En poésie, cela se passe désormais du côté du lyrisme et de la poésie personnelle, nouveau terreau de la révole contre un ordre social de plus en plus vidé de son sens.Les nouvelles poésies défendent l’intégrité de la personne et de la planète.Nous lisons des poésies écologistes et amoureuses contre toutes les morts.Ainsi le plus récent numéro (56) de la revue Estuaire, lancé la semaine dernière, affiche comme thème « L’échelle des êtres», d’après le titre d’un poème de Renaud Longchamps.Au sommaire également, des poèmes de Diane Thivierge, Pierre Desruisseaux, Hélène Boisse, Michel Clément et Louise Larose ainsi que des chroniques sur les dernières parutions poétiques et un dossier de Paul Chamberland sur la revue française Mai hors saison.Mentionnons ici que le directeur d’Estuaire annonçait la création d’un nouveau prix de poésie, le « Prix de poésie Terrasses Saint-Sulpice » de la revue Estuaire, accompagné d’une bourse de 2 000 $, commandite du bar de la rue Saint-Denis, Les Terrasses Saint-Sulpice.Le lancement d’Estuaire coïncidait avec celui du recueil de Jean-Paul Daoust, Les Cendres bleues.Un événement aussi inoubliable que ce poème d’amour tragique, « poème policier », définit Daoust qui, lisant pour les invités du lancement les premières lignes de son long poème, a lancé en fait dans la ville une complainte amoureuse qui fera date dans l’histoire de la poésie québécoise.Les Cendres bleues est un poème d’apprentissage.Lisons les premières lignes: « Être un homme blessé/ D’avoir connu le sexe enfant/ Six ans et demi/ Puis la mort trop vite/ Quand le bois brûle penser/ Dans ma bouche agitée/ À l’époque où les doigts des autres enfants apprenaient/ La grammaire les miens épelaient/ Les noms de mes amants surtout un/ Baptisé du péché de la chair avant l’âge/ De raison/ J’ai été un enfant violé/ Dans le plus beau des paysages.» Cette histoire d’amour et de mort se déployé dans un poème narratif de 2 000 vers avec une charge d’émotion contenue et une mise en forme littéraire éblouissante.Les Cendres bleues est une grande réussite dans le genre du récit poétique, dont on trouvait aussi un bel exemple chez France Vézina (Slingshot ou la Petite Gargantua, publié au Noroît).Le poème de Daoust, qui prend son élan dans une histoire d’enfance tragique, nous raconte pourtant la respiration du monde d’aujourd’hui.Le génie de Jean-Paul Daoust, dans Les Cendres bleues, est de faire coïncider les émotions de l’enfant avec le regard de l’adulte qu’il est devenu.Son poème nous fait voir aussi le douloureux apprentissage de la vie dans l’amour même, ou plutôt dans une passion dont la vie contient sa mort.Par son sujet scandaleux, le poème de Daoust défonce des tabous mais surtout emporte le langage au bout du corps, là où la vie devient poésie.Après avoir lu Les Cendres bleues, même madame Denise Bombardier ne pourra plus dire que la littérature a ses limites.Le thème du spectacle de la mort comme apprentissage douloureux de la vie donne son émotion à l’oeuvre de Denise Desautels.Dans son plus récent livre, Mais la menace est une belle extravagance, Desautels a raffiné son écriture mais cette poésie reste plus allusive qu’introspective, comme nous le suggèrent d’ailleurs les magnifiques photographies de Thézé qui accompagnent les poèmes.On commence à entendre, dans ce recueil, le filet d’une voix douloureuse, menacée de mort mais qui affirme le regard des mots.Il faut dire, cependant, que la poésie de Desautels ne s’est pas encore libérée d’une préciosité moderniste et de tics nous donnant l’impression du déjà-lu ou nous livrant des lieux communs, des prosaïsmes et des mimétismes de Duras ou d’autres.Des exemples ?Page 19: « La réserve convient au mystère ».Page 27 : « Le charme discret de la confidence ».Page 29: « T’ai-je dit que cela m’émouvait.L’esquisse est définitive ».Page 35: « Le rythme souffrant du monde en nous ».Ce qui nous touche, d’autre part, dans les meilleures pages de Desautels, c’est cette recher- che des nuances d’un langage qui s’accorde à la douleur.Cette poésie joue à la frontière de la parole et du silence, activant une douleur qui « hésite entre le deuil et l’éternité ».Signalons enfin la parution en livre de poche de deux grandes oeuvres.La vie dans les plis, d’Henri Michaux, publié d’abord en 1947, à lire en parallèle avec le poème de Jean-Paul Daoust: « Cela commença quand j’étais enfant.Il y avait un grand adulte encombrant ».Voilà des poèmes de prose réussis, s’il en est.Puis l’Oeuvre poétique de Senghor, qui se déployé en versets nocturnes et en « élégies majeures ».Cette intégrale de l’oeuvre du poète africain est accompagnée des Dialogues sur la poésie francophone.abzou ŒIL-DE-CHAT PAR MARGARET ATWOOD Jean O’Neil a séduit le public avec Cap-aux-Oies et, plus récemment, avec son merveilleux Promenades et Tombeaux.Il réussit encore une fois à nous envoûter avec Gabzou: le portrait unique, drôle et émouvant d’un coin de pays illuminé par la présence magique d’un enfant.Car Gabzou.c’est l’enfance, son charme, sa franchise.C’est l’histoire de l’attachement d’un grand pour un petit.Et c’est aussi l’ennui qu’on a quand le petit n’est plus là.Un livre illustré par le peintre Gilles Archambault.I !: : I jfl Le livre le plus personnel et le plus achevé .de Margaret Atwood.ROBERT LAFFONT des livres ouverts sur la vie L’intelligence, ça s’achète! 4; HliCiO PLUS n i tuiinisgi i ^ IBM PC 256 K 84,95$ \( I ION \\ Kl I I R I ( KIWIN l'I m l( L’ÉCRIVAIN PUBLIC PC par Roger Des Roches et Francis Malka Beau, bon,pas cher! 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En vente partout et chez LOGIDISQUE Inc.1225, de Comté, Montréal QC II3K 21-4 (514) 933-2225 FAX: (514) 933-2182 Une histoire de mon temps GUY VANDERHAEGHE TRADUIT PAR CHARIOTTI MllANÇON OUlllC/AMlllOUI UNE HISTOIRE DE MON TEMPS GUY VANDERHAEGHE D'UNE ÉCRITURE FRANCHE ET VIVE, CE ROMAN MÊLE AVEC BRIO LA BOUFFONNERIE ET LE TRAGIQUE DE NOTRE ÉPOQUE.325 PAGES/24,95$ Un rêve comme le mien M.T.KELLY OUIIICAMIRIOUI SKn E GOMME LE MIEN M.T.KELLY UN ROMAN RETENTISSANT SUR LA REVANCHE DES AMÉRINDIENS.PRIX DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL 1988 POUR LA VERSION ANGLAISE.217 BAGES / 21,95$ m LEOPARD NOIR JO ANNE WILLIAMS BENNETT UNE INITIATION À LA CULTURE PRIMITIVE AU CŒUR DU CONTINENT NOIR.UNE AVENTURE SAISISSANTEI PRIX SEAL 1986 POUR LA VERSION ANGLAISE 400 PAGES/24,95$ D-4 ¦ Le Devoir, samedi 19 mai 1990 • le plaisir des ivres La loi des jeunes UN CAPRICE DE LA NATURE Nadine Gordimer Traduit de l’anglais par Gabrielle Merchez Albin Michel, 1990, 445 pages R4RIZEAU Lettres ?étrangères La loi des jeunes est parfaitement honnête, absolue, limpide et noble et c’est plus tard seulement que tout se gâte.Des mauvaises pensées, des mauvaises idées, une pincée de l’hypocrisie, l’infidélité, la trahison, tout ces vilains sentiments apparaissent alors comme l’apanage des vieux, des parents qui, forcément, ne parviennent jamais à remplir leurs promesses.Il est amusant de constater à ce propos certaines tendances spécifiques dans la littérature moderne.Dès qu’un romancier, ou une romancière, campent un personnage valable, il faut absolument qu’il puisse se vanter d’avoir eu une enfance difficile, un père ivrogne de préférence à une mère fille publique, ou encore un père volage, inconscient et inexistant.C’est à se demander comment on va traiter à l’avenir de la famille éclatée qui devient déjà une règle plutôt qu’une exception, comme ce fut le cas auparavant.Bref, Nadine Gordimer met en scène llillela, élevée par ses tantes.Et la romancière s’amuse ferme à camper deux images très différentes de familles respectables, celle de la tante Olga et telle de la tante Pauline.Olga, femme à l’aise, soucieuse de convenances s’efforce de donner à ses enfants une très bonne éducation, le sens de la responsabilité des classes dirigeantes et du respect de l’autorité.Sa soeur Pauline est beaucoup moins riche, sa piscine est mal nettoyée, pas de domestiques à l’horizon, mais une atmosphère chaleureuse où les enfants s’expriment et se sentent écoutés.Pauline s’implique et se préoccupe des problèmes sociaux de son pays, tandis que tante Olga se demande s’il ne serait pas sage de partir vivre en Italie.Les deux sont juives, non pratiquantes, tolérantes, cultivées et les deux aiment Hillela comme leur fille.Elle est inscrite par conséquent dans les meilleures écoles, peut suivre des cours de musique, selon son bon plaisir, on l’habille avec soins, on la coiffe, on la dorlote et on se soucie du confort de sa chambre.Mais Hillela devient adolescente et c’est l’heure de la révolte.Rien de plus courant, dira-t-on, pour une fille dont la mère est partie depuis très longtemps et dont le père, un voyageur de commerce, se déplace constamment en compagnie d’une jeune femme qu’il vient tout juste d’épouser ! Certes, mais Hillela vit en Afrique du Sud, dans un univers particulier, où la révolte d’une jeune juive n’est pas dirigée nécessairement contre ses parents.Elle lutte contre la société raciste tout en quittant d’abord l’école comme cela se pratique un peu partout, puis en découvrant les relations sexuelles entre filles et garçons, la pauvreté, la combine et une ascension sociale tout à fait inespérée.Gouvernante dans une famüle de diplomates, Hillela apprend les relations complexes qui se tissent sous ses yeux, se fait des relations, traverse des frontières et la voilà brusquement amoureuse.Il est noir, elle est blanche, il veut transformer le sort de son pays et elle ne peut plus rester neutre face au racisme.Il ne suffit pas d’aimer un noir, de l’épouser et de mettre au monde l’enfant qui est de lui, il faut encore, dans ce pays déchiré par des conflits multiples, se résigner à partager l’existence d’un révolutionnaire.Et c’est le drame.Whaila meurt et Hillela, sa jeune veuve de 25 cinq ans, chargée d’un enfant, décide de continuer sa lutte.Elle « traverse les frontières en direction du nord, se révélant utile dans des contrées encore plus froides, Stockholm, Oslo, Moscou — partout où Whaila était allée, à l’occasion de voyages au cours desquels elle n’avait désormais plus besoin de mandataires ».« Elle finit par connaître à fond les spécifications des fusils et des missiles ainsi que leur capacité relative d’adaptation aux conditions dans lesquelles ils allaient devoir être utilisés.» Le terrorisme est-il en quelque sorte la conséquence de la révolte de certains adolescents qui veulent imposer à tout prix leur façon de dominer le monde de l’avenir ?Hillela ne suivra pas cette voie.Elle saura jouer le jeu des diplomates, conclure des ententes et elle va fonder « le pays de Whaila ».En suivant les traces des hommes blancs, des colonisateurs, elle parviendra à ses fins.Il ne s’agit pas en somme pour elle d’innover, mais de profiter des expériences des autres, de l’enseignement de l’histoire, et d’effacer le passé qui ne pouvait mener qu’à une impasse, selon sa perception des choses comme selon celle de ses tantes.Une sorte de continuité relie ainsi l’évolution de plusieurs pays de l’Est et de l’Ouest, de l’Afrique et de l’Afrique du Sud.Le roman de Nadine Gordimer est documenté et on y trouvera plusieurs renseignements intéressants sur les tractations entre les terroristes, les conflits raciaux entre les noirs, les blancs et les noirs, puis les conflits d’intérêts et les enjeux économiques qui ne cessent d’envenimer les différents locaux qui sont, en principe, de faible importance.Des personnages tels que Mgr Tutu et sa femme Leah bougent et s’imposent parmi les héros imaginaires et on a l’impression par moment que certains chapitres peuvent être compris de diverses façons selon la connaissance qu’on possède de l’époque et de la région où leur action se situe.Mais ce qui retient l’attention dès le début jusqu’à la fin c’est Hillela, ses échecs et ses réussites, ses drames, ses joies et ses amours.Profondément authentique, la jeune fille se transforme en femme qui parvient à comprendre et à assimiler une autre culture que la sienne tout en l’enrichissant par son sens de la justice et son respect de la vie humaine.On présente Nadine Gordimer comme la plus grande romancière sud africaine qui publie beaucoup, mais ce qui nous paraît certain c’est qu’eUe a une maturité et un style qu’on doit découvrir si on veut se faire une opinion sur les rêves et les révoltes de jeunes et des moins jeunes de l’Afrique du Sud qui refusent de capituler en quittant le pays.Pirandello et la modernité LE PARADIGME INQUIET Pirandello et le champ de la modernité Wladimir Krysinski Le Préambule, 1989, 545 p.HEINZ WEINMANN Après un premier livre de grande envergure, Carrefour de signes (1981), lecture sémiologique du roman moderne, Wladimir Krysinski, professeur de littérature comparée à l’Université de Montreal, s’attaque maintenant à Pirandello.L’auteur de Six personnages en quête d’auteur comme révéla-• teur, plus, comme paradigme de la modernité, Paradigme inquiet.Après avoir été « perdu » (Leparadigme perdu, E.Morin), après avoir été le catalyseur des « révolutions scientifiques» (S.Kuhn), voilà le paradigme inquiet.Il y a de quoi, puisqu’il devient, nouvel Atlas, le moteur de tout ce nouveau monde, foisonnant et complexe, né avec la modernité.Krysinski, d’une grande érudition, n’a pas peur de porter à bout de bras ce paradigme hypercom-plexe, polysémique.A l’étroit dans les serres chaudes des littératures nationales, l’auteur respire à son aise dans un champ moderne grand ouvert à perte de vue, allant de Don Quichotte jus- u’à Genet, Gombrovicz et andke.C’est évidemment la nouvelle conception de la littérature comparée, inaugurée avec le structuralisme, jetant aux orties les études d’influence d’oeuvres et d’auteurs, qui permit d’envisager une « interaction » à distance immatérielle, appelée intertexte.Krysinski met largement à profit cette approche « intertextuelle » lancée par Kristeva.Les bornes de l’oeuvre individuelle tombant, il devient possible, une fois dégagées les structures invariantes des oeuvres, de les mettre en série, séries synchroniques, « paradigmatiques », puisque non soumises aux contraintes de la chronologie, de l’avant et de l’a-près, de la cause et de l’effet.Ainsi, le « paradigme » de la modernité devient-il une forme virtuelle, « idéaltypique » (We- Librairie du SERVICE DE DOCUMENTATION PASTORALE GRANDE VENTE PRÉ-INVENTAIRE du 8 au 31 mai 1990 Remises de 20% 25% 30% >ur presque tous les livras — disques — disques compact — cassettes — partitions musicales — cartes souhaits — affiches etc.Une bonne occasion pour découvrir cette prestigieuse librairie religieuse et pour mettre à jour votre bibliothèque.SERVICE DE DOCUMENTATION PASTORALE 312, Sherbrooke est, 122 Rue Barri, Montréal, P.Q.H2X 1E6 Hull, P.Q.J8Y 4H8 (Métro Sherbrooke) -Tél.s (81?) 777-6408 Tél.: (514) 844-1753 Ouvert: 9t>30 à 17h30 du lundi au vendredi; 10b è 16h le samedi ber) qui s’incarne à partir des années 20 dans les nouvelles, les romans et le théâtre de PirandeUo, connaissant un rayonnement fulgurant dans le monde entier — avec des oeuvres comme Feu Mathias Pascal, Un, personne et cent mille, Ce soir on improvise, Henri IV — pour de nouveau se « virtualiser » dans un postpiran-délisme où les ressemblances et les différences structurelles l'emportent sur les influences matérielles.Si les critères de la modernité — perspectivisme, subjectivité, ironie, fragmentation, auto-réflexivité, etc.— restent trop généraux, trop flous pour éclairer de façon significative l’oeuvre pi-randellienne, par contre les dons herméneutiques de l’auteur se manifestent pleinement lorsqu’il cerne les grands thèmes — vite réduits à du « pirandellisme » — du grand auteur italien : l’« humorisme » animé d’un sentiment des contraires; un moi clivé, narcissique qui rencontre dans l’autre un obstacle répulsif ; multipli- cation et relativité des points de vue; le masque des rôles familiaux et sociaux momifiés qui s’oppose à la fluidité de la vie.La modernité pirandellienne ainsi thématisée s’enferme dans des comportements monomaniaques (plaintes, accusations), ne se cristallisant pas esthétiquement, formellement.D’autres dramaturges pousseront jusqu’au bout ce que le théâtre pi-randellien a amorcé : Sartre, Genet, Gombrovicz.Mais, la partie la plus neuve, la plus passionnante du livre se trouve à la fin, lorsque l’auteur, laissant de côté le sabir « savant » — « quête alé-thique », « perspective isotopique du faire proxémique » — qui fait écran plus qu’il n’éclaire, ouvre des perspectives saisissantes sur révolution, la métamorphose du théâtre moderne depuis Büchner en passant par Strindberg, Tchékhov, Pirandello jusqu’au Living Theater.C’est là que le lecteur sent le frémissement de ce « paradigme inquiet » de la modernité.Un pionnier de notre ciel JACQUES DE LESSEPS LA NOBLESSE DU VOL Émile Perio Athanor, Paris, 1990, 222 ANDRÉ GIRARD Cet été, peut-être irez-vous à Gaspé.Vous apercevrez, non loin de la gare du CN, un monument érigé à la mémoire de Jacques de Lesseps.Pionnier du ciel, il réalisa, en 1910, la deuxième traversée de la Manche, sur monoplan Blériot.La même année, le 30 octobre à 15 h 40, au com- mande du Blériot XI-2 bis, il est le premier à survoler la statue de la Liberté.Tout comme U fut le premier, quelques mois avant, à survoler Montréal, prenant son envol au parc d’aviation de Pointe-Claire — un aérodrome de fortune plein de trèfles et de marguerites et bordé d’arbres des deux côtés.Émile Perio lui a consacré une biographie qui, par-delà son attachement à l’homme, fait revivre l’héroïsme des vingt premières années de l’aviation.(Disponible à la librairie Alpha, 109 rue de la Reine, Gaspé.) DOMINIQUE DEMERS LE CHÂTEAU DE LA PEUR Images de J.S.Goodall Editions Galllimard « Ma collection préférée » Paris, 1989 Impossible ici de ne pas plonger dans l’image.Un chevalier souriceau sans peur et sans reproche entraîne sa dame — et tous les petits lecteurs à leur suite — dans une épopée moyenâgeuse balisée d’exploits et de frissons.Les pages coupées à la verticale dynamisent le récit en révélant des portes secrètes, des chauves-souris tapies dans l’ombre et des dragons juste assez terrifiants.Point de mots, beaucoup de mouvement, un récit haletant ponctué de grands coups de théâtre.Le peintre anglais J.S.Goodall a construit ces images délicieusement rétro pour séduire ses propres petits enfants à l’âge où ils ne savaient pas encore lire.AUJOURD’HUI JE RESTE CHEZ MOI Texte de Michel Aubin Illustré par Hélène Desputeaux Editions Casterman Coll.« Je commence à lire » Paris, 1990 Depuis que ses illustrations tonifiantes ont retenu l’attention de plusieurs éditeurs à la Foire internationale du livre pour enfants de Bologne en 1983, Hélène Desputeaux éparpille joyeusement ses dessins à tous vents.Après les éditions du Boréal, Chouette, Héritage, Jocus et Scandinavia, Casterman récolte quelques-uns de ses personnages plantés dans un paysage où les couleurs vibrantes, les formes sautillantes et les cadrages éclatés construisent un royaume fantaisiste assez unique.Dans ce nouveau récit tout en galipettes, un enfant se déclare roi des fainéants et s’invente une journée au gré de ses humeurs.Une journée assez tumultueuse malgré tout.LE PAPA DE DAVID Texte de Robert Munsch Illustré par Michael Martchenko La courte échelle Montréal, 1990 Quel enfant n’a pas rêvé d’un père plus grand que nature, aussi vrai que le vrai mais plus extraordinaire et plus excitant.Le père adoptif de David est tout ça en plus d’être un peu inquiétant.C’est rien de moins qu’un géant qui, pour souper, avale 26 escargots, 3 pieuvres frites et 16 briques au chocolat.Le récit de Munsch permet aux enfants d’apprivoiser ce grand homme pour s’en faire un complice et un protecteur.À l’instar des deux héros, Julie et David, ils émergent grandis par cet immense ami.Les images de M.Martchenko soulignent efficacement l’attrait des contrastes gulliveriens.CONTES ENCHANTÉS Editions Nathan Paris, 1989 Une idée fabuleuse : des contes de tous les pays et de tous les temps sur des images portant la signature des grands illustrateurs de notre époque : Susi Bo-dahl, Josef Palecek, Helme Heine, Lisbeth Zwerger .Des regards tour à tour tendres, romantiques, naïfs, impressionnistes.Des classiques de Grimm et d’Andersen mais aussi des contes plus modernes et espiègles.Une présentation magnifique avec, en prime, une page de présentation pour chacun des huit illustrateurs qui ont collaboré à cette pièce de collection.Un beau recueil de contes à lire ou à ra conter.LES SECRETS Texte de Francine Tougas Photographies de Richard Saint-Pierre et Paul Cadieux Editions Bibi et Geneviève/Libre Expression Montréal, 1990, 23 pages On a beau se méfier des albums rejetons de séries télévisées, la série Bibi et Geneviève mérite un traitement d’exception.D’abord parce que Bibi est un mille-zédien de 12 000 ans venu de la planète X.Y.100 Z, située à 152 années lumières de la Terre.Ensuite, parce que Geneviève, une simple Terrienne superbement interprétée par Sophie Danse-reau, a un charme fou.Il y a bientôt deux ans, les jeunes téléspectateurs sont tombés éperdument amoureux de ce personnage mi-mère, mi-grande soeur et dans les clubs vidéo ils se disputent les enregistrements des émissions.Depuis quelques mois, Bibi et Geneviève existent aussi à Family Channel.Même emprisonné dans les pages d’un album, l’irrésistible tandem réussit à captiver les enfants.Dans Les secrets, Bibi découvre les frontières un peu floues de l’intimité.LES VACANCES DE ROSALIE Ginette Anfousse La courte échelle Coll.« roman jeunesse » Montréal, 1990, 92 pages D’un coup, en vacances, l’inénarrable Rosalie saute de l’enfance à la pré-adolescence.Tout ça parce que Terry Wayne, le fils du gérant d’Ocean View aux yeux « plus bleus que le mer bleue », lui lance un « Hi ! » décontracté.« J’ai sursauté.Je me suis retournée.Mon coeur a bondi dans ma gorge, puis dans mes orteils.Puis dans mes oreilles», nous explique la pauvre Rosaüe dans ce roman presque bilingue.Après une litanie de Honey, Sugar, Sweetheart, Honeybun, Sugarplum, Apple pie et Babie, l'héroïne retombe sur terre où elle avait oublié Pierre-Yves Hamel, son grand Viking québécois, aux yeux moins bleus mais au coeur plus grand.LA DOMPTEUSE DE PERRUCHE Lucie Papineau Editions Boréal Coll.« Boréal Junior » Montréal, 1990, 116 pages Marcelle Nadeau, dix ans, découvre que l’Amour avec un grand A est parfois plus romantique et satisfaisant lorsque désincarné.À partir du moment où Romé( s’appelle bêtement Stéphape, vous invite de l’autre côté du lac à fair du bateau, du saut en hauteur, des plongeons en longueur et du limbo; a tuer des tas de bandits et de vaisseaux spatiaux sur écran vidéo et à manger du steak à moitié cru, le coeur devient indécis.Un roman d’amour marqué au coin de l’amitié d’une soeur, d’un père, d’une chatte et d’une perruche.De quoi vous renflouer quand Roméo fait des siennes.Le texte est bien senti, les illustrations réussies.Ce premier roman a valu à Lucie Papineau le prix de l’ACELF 1990.PRINCESSE Willliam Taylor L’école des loisirs Paris, 1988, 167 pages Rosie Perkins ressemble à cet oppossum tout la fois repoussant et attachant qu’elle a arraché à la mort.Pour l’un comme pour l’autre, survivre représente une occupation à plein temps.Mais là où la petite bête poilue s’abandonne mollement dans les bras de sa mère adoptive, Rosie vogue à la dérive entre une père qui l’aime comme on aime une femme et une mère qui a oublié qu’elle avait une fille.Une histoire dure et saisissante mais précieuse aussi et réconfortante.William Taylor, l’auteur néo-zélandais, tisse un roman d’une grande douceur et brode des images, des atmosphères, des parfums qui portent autant de sens que l’histoire qu’il raconte.Un roman rare et envoûtanL GUERIN littérature CLAUDE JASMIN POUR TOUT VOUS DIRE Le journal de bord d'un passionné, d’un enthousiaste, d’un virulent et d'un emmerdeur sympathique.EDITEUR • IMPRIMEUR • LIBRAIRE 4501, rue Drolet, Montréal (Québec) 112T 2G2, TT (514) 842-3481 Distributeur exclusif: Québec livres, TT (514) 327-6900 Le Devoir, samedi 19 mai 1990 ¦ D-5 * La « divine comtesse » : un auteur classique de la Bibliothèque rose LA CONTESSE DE SÉGUR Yves-Michel Ergal et Marie-Jose Strich Paris, 1990, Perrin, 5 » 8 pages LAUBERGE DE L’ANGE-GARDIEN Comtesse de Ségur Paris, 1990, pour l.a Bibliothèque Lattès 314 pages Lisette AlORIN A Le feuilleton ages — 22,95$ Lise Harou PARCOURS PIÉGÉS Dans une prose somptueuse, bucolique.Lise Harou nous livTe ici sa vision des rapports humains où l’angoisse le dispute en intensité au rêve amoureux.104 pages — 14,95$ Lili Gulliver L’UNIVERS GULLIVER Une jeune Québécoise, fière et aventurière, part à la recherche du meilleur amant au monde.Première escale: Paris.Un roman drôle, osé, un scandale! 172 pages — 14,95$ dangereusement révisionniste.L’originalité de sa thèse consiste à réfuter violemment l’idée reçue selon laquelle tous les chefs-d’oeuvre de la période artésienne auraient jailli d’un esprit malade.Plongeant profondément aux racines hollandaises, l’auteur ranime un Van Gogh jeune à l’humanité tangible et trouble, entouré de personnages oubliés depuis, bien que d’une influence déterminante.Les deux seules photos connues du peintre, qui détestait le procédé, nous le montrent méconnaissable, de même que le cliché d’Eugénie Loyer, ce laideron rachitique, sévère et décharné dont il tomba amoureux, nous jette dans un abîme de perplexité.Les épisodes s’enchaînent sous la loupe de Sweetman avec une cohérence troublante.Sa grille gêne par son implacabilité, comme s’il avait choisi le point de vue avant d’entreprendre la recherche.Trop souvent, trop systématiquement, il s’efforce de ramener Vincent dans le monde normal et, partant, digestible.UNE VIE DE VINCENT VAN GOGH David Sweetman Traduit de l'anglais par Jean Autret Presses de la Renaissance Paris 1990, 468 pages CHRISTIAN MISTRAL 1990 marque le centenaire de la mort de Vincent Van Gogh.Dieu qu’on aime les chiffres ronds ! En conjonction avec la gigantesque rétrospective d’Amsterdam, voici donc Une vie de celui qui obtint depuis la tombe 82,5 ‘millions $ US pour le Portrtait du DrGachet, un tableau peint six semaines avant son suicide, el dont personne ne voulait de èon vivant.Le fatal coup de pistolet qu’à 37 ans il se tira dans la poitrine, au milieu d’un champ blond grouillant de corbeaux, mettait fin à 11 années tout juste de création pic- Autoportrait de Vincent Van Gogh.turale, dont quatre, les dernières, d’une fécondité fulgurante.Le livre de David Sweetman n’a pas plu à tout le monde, tant s’en faut.Mais aussi, quelle audace que d’entreprendre la dissection d’un mythe que le monde entier s’est approprié avec la touchante et fanatique culpabilité de ceux qui arrivent en retard au chevet de l’agonisant.N’a-t-on pas l’impression de tout connaître de Vincent ?Sweetman est un homme de radio et de télévision, diplômé des Beaux-Arts.M’est avis que sa biographie « complète et définitive » s’en ressent plutôt positivement, dans la mesure où il a su insuffler du rythme et un semblant d’existence palpable à une histoire demeurée dangereusement statique.Après tout, Van Gogh n’est-il pas devenu un personnage médiatique à part entière ?Jouant de l’émotion, n’hésitant pas à ménager des surprises, l’auteur nous restitue un artiste écorché si étrangement proche qu’on l’imagine volontiers plus contemporain qu’il ne l’est en réaüté.Ceci posé, rien n’est plus fluide que la vie d’un fou, ce qu’était Vincent selon tous les canons en vigueur à l’époque.Insupportable emmerdeur imbibé d’absinthe, il trouve, grâce aux yeux de Sweetman qui mesure son aliénation à l’aune d’aujourd’hui, ce qui paraît -.j.- » |QQ AIDÏL’ ^cs PeuPles de Dieu et de la forêt, d'André Corten — Les parties intimes de l’homme, du Dr Taguchi OlLN 1 ü 1 LIN L1dKA1i\1L: Avril, ou l’anti-pression, d’Antonio D'Alfonso — Dans le silence de la jungle, de Roger Gaboury GUERIN littérature CLAUDE JASMIN UNE SAISON EN STUDIO et Strich, ne connut ni ne fréquenta la comtesse de Ségur.Lit-on, encore aujourd’hui, La Mare au diable, La Petite Fadctte, François le Champi, romans berrichons de l’auteur bien assagi d'Indiana et de Lélia ?Peut-être, mais certainement moins que Les mémoires d'un âne, Un bon petit diable ou Les Vacances que le cinéma et la télévision ont redécouverts pour la jeunesse, à la suite du beau film que Jean-Claude Brialy a tiré des Malheurs de Sophie.'Tout comme pour les contes de Perrault, sujet d’une brillante étude psychanalytique de Bruno Bettelneim, les romans de la « divine comtesse » ont subi les foudres de la critique.On y voit « la revanche d’une aristocrate russe fourvoyée dans un pays en proie à la révolution industrielle, et qui prône un ordre social figé, très conservateur ».El pourtant — j’ai fait enquête — on réclame toujours, dans les bibliothèques publiques, ces romans où « les héros ont des caractères simplifiés, et évoluent dans un monde où bons et méchants sont immédiatement identifiables et où les pre> miers, tôt ou tard, remportent* sur les seconds».Pas étonnant, dans cette conjoncture, que Lattès ait inclus, dans sa nouvelle et fort attrayante petite collection de classiques (70 titres déjà disponibles), L’Auberge de l'Ange-Gardien et Le Général Dourakine, deux des romans les plus célè- Faire un béni ordinaire d’un maudit manifeste, voilà qui prendra plus d’un livre de cette farine.Retenons l’opposition du biographe à l’idée que Van Gogh est a l’origine de l’art moderne.Se faisant le défenseur des visées de l’artiste, il démontre que ce dernier se voyait partie intégrante de révolution culturelle du XIXe siècle, non pas peintre de la rupture mais héritier de la tradition, voire catalyseur d’une certaine continuité.A cet égard, l’ouvrage de David Sweetman convainc* plus qu’il n’irrite.Il s’en fallait de peu.bres et les plus réussis de la comtesse de Ségur, née Rostopchine.Il est cependant un peu bizarre de les trouver, dans un présentoir, aux côtés du Napoléon, D’Alexandre Dumas, père, et de L'Assommoir, d’Émile Zola.Comme quoi, la notion de « classique » recouvre des réalités littéraires fort différentes, mais que le temps sinon l’immortalité, arrive à concilier.Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS - aujourd’hui 19 mai de 14h à 15h ALEXANDRE JARDIN Fanfan Flammarion vendredi 25 mai de 17h à 19h CHARLOTTE BOISJOLl Jacinthe • l’Hexagone samedi 26 mai de 14h à 16h HÉLÈNE DESPUTEAUX MICHEL AUBIN Aujourd’hui je reste chez moi CASTERMAN 1120.av.laurier ouest outremont, montréal tél.: 274-3669 , ^OSTROPHES ^ ko à I5h et à 20h \e dimanche a —- 9h 23h30 Î62 joursP^rj^fLJj Mil QUI N’EN VEULENT • »t n H i MARLÈNE CARMEL Enquête sur la non-maternité volontaire au Québec remier livre publié sur le sujet au Québec.Ces femmes qui n 'en veulent pas est le résultat d’une vaste enquête menée auprès de 400 femmes, à travers le Québec, qui ont fait le choix de ne pas avoir d’enfant.arlène Carmel tente de cerner: qui sont ces femmes, comment s’est prise leur décision, quelles sont les raisons motivant ce choix et est-ce irrévocable?et ouvrage contribuera à élargir le débat social et à amorcer une réflexion sur le droit des femmes de contrôler leur corps, de refuser la maternité et de se définir autrement que comme mères.159 pages 18,95$ i EDITIONS ! SAINT-MARTIN 4316 Bout St-Laurent, Bureau 300 Montréal, Québec H2W1Z3 (514) 845-1695 L’autopsie d’un animateur?À moins que ce ne soit l’incapacité d’une société & accorder du temps d’antenne & ses intellectuels.ÉDITEUR • IMPRIMEUR • LIBRAIRE 4501, rue Drolet, Montréal (Québec) 112T2G2, TT (514) 842-3481 Distributeur exclusif: Québec livres, TT (514) 327-6900 D-6 ¦ Le Devoir, samedi 19 mai 1990 le plaisir des mes Poésie des viscères et des exaspérations -f- APPROUVE L PARLE J ^MEQ A N ACCORD E CO O I ME TTIM AU fcMisiN plinid?AMENTAL QuaneI F Aine accoreJer ApnÉs ETRE et IL avoir?a TRAri d'UNioN (IaNS ; OuANd METTRE UN imimliii LES FLÈCHES DE L’AUBE Barnard Montouo Humanitas/Nouvelle Optique Montréal, 1990, 101 pages Yves DUBE k Les carnets Les exilés sont sotivent poètes et les poètes, cherchant à se rattacher à l’Unique Patrie, doivent souvent s’enfuir loin, bien loin de leur terre d’attache.Quelques uns d’entre eux connaissent quelquefois cet heureux retour à la terre Natale, d’autres doivent souffrir mille morts, écartelés entre ce Je et cet Autre dont Rimbaud n’a jamais réussi à faire la synthèse.Les poètes sont souvent exilés et ces exilés, dans leur souffrance communicative, émettent des chants d’écorchés vifs qu’on ne saisit bien qu’avec « les yeux du coeur » — comme dit la chanson à la mode.Pour le poète, l’Exil prend toujours une signification quasi mystique puisque les poussées et les bourrasques qui sourdent du plus profond d’eux-mêmes les forcent à des mouvements créateurs et même procréateurs de rêves et d’absolu dont la seule issue finale ne peut être que quelque Eden échappant au commun et qui ne se dévoile qu’à leurs seuls inconditionnels.Ce lieu d’exil et cette condition d’exilé — si totalement assumés par certains poètes du dix-neuvième siècle — se retrouvent à l’époque moderne chez tous ces fabriquants d’images et ces adeptes de .musique qui, confrontés a l’énorme malaise créé par une civilisation de compromis plus ou moins décadents (qui forcent à accepter le « divertissement » comme ultime réponse aux appétits les plus profonds) face à l’irrésistible besoin de laisser, dans la nuit des temps, quelques empreintes ineffaçables, prennent le risque de ne faire entendre leur voix qu’aux seuls réfugiés d’un Désert spirituel et inaliénable.Qu’on les célèbre ou non sur la place publique ne change presque rien à leur véritable détresse créant un vide que l’enchantement éthéré de leurs chants solitaires peut cftmbler à force de patientes attentes, de maturation existentielle, de « naissances » aussi qui ne fleurissent que dans -«- l’acceptation totale d’une souffrance comparable enfin à celle de tous les autres exilés.Mais il y a plus.Il ne suffit pas à l’homme d’etre un exilé, de consentir à son exil, d’en assumer l’aridité inévitable.Il lui faut, pour être consacré poète, un don, une grâce, une inspiration, un souffle des dieux.Bernard Montouo, poète de la République de Côte d’ivoire, vient de publier des poèmes réunis sous le titre : Les flèches de l’aube.Il y exprime notamment son appartenance à une africa-nité trop souvent mal traité et la plupart du temps mal comprise.Il en exalte les ardeurs primitives, les afflictons séculaires : O détresse sans égale pour une terre Ruinée Asséchée Affligée Ponctionnée Profanée Sanglée Désaxée ! » et les émouvantes revendications de ceux que Frantz Fanon nomme « les damnés de la terre » Les titres réunis des deux parties de ce recueil expriment dans une phrase belle et évocatrice tout le propos de l’auteur : S’ouvrent les rides du coeur — et s’ouvre le cercle de révolte.Poésie des viscères et des temps que volontairement tournée vers des lendemains qui devront être meilleurs, et cela à n’importe quel prix ! Poésie des origines du monde, des tourments extraordinaires que font naître les boucheries historiques, mais poésie qui veut voir poindre « les flèches de l’aube».J'incarne le souffle de Lu-bumba J’incarne le souffle de N’Kruma Je suis l’ami d’Aragon L’ami de Neruda Je suis la parole de vérité Le relais de lubmière après les ténèbres.» Poésie dure des vérités trop vraies, des révoltes dont la violence sans cesse renaissante finira bien par faire éclater tant de poudrières dont les mèches ne demandent qu’à allumées.Poésie d’une esthétique morale bien connue, celle de Césaire (dans l’ensemble de son oeuvre et principalement dans Le Cahier du Retour au Pays natal, celle de Damas (dans Blacklabel), celle de U Tan Si (dans Le ventre), celle plus lointaine de Maran (dans sa célèbredescription du nègre Batouala).Et l’espace poétique Pirogue sur la mer des aspirations communes S’empUra de chansons nouvelles Suaves et envoûtantes à l’oreille Comme les cascades romantiques Du lieu ou je suis né Et l’exilé rêvera d’évasion et de retour, de promesses qui font vivre et projettera, grâce à ses qualités de visionnaire, vers des horizons rapprochés — fruits de bienheureux mirages.— l’âme captive en lui de ses ancêtres qui continuent d’avoir soif et faim et de crier liberté ou vengeance ! Rêve et cauchemar dans l’imaginaire d’engagement, tout comme l’intrépide Achille se retirant sous sa tente après qu’on lui eût enlevé Briséis, sa captive.Un autre personnage admirable : le vieux menuisier-ébéniste, au surplus visionnaire, qui emploie son adresse à réparer les jouets des enfants du village, et son astuce à déjouer les Allemands.Ceux-ci lui passent-ils une commande, il s’entaille volontairement la main jusqu’au jour où son subterfuge est découvert.On y fait aussi connaissance avec la ravissante Athéna, sorte de « pasionaria » qui rejoint les partisans du maquis qu’elle commande.Elle est la femme à abattre et n’est pas sans susciter l’inimitié des femmes du village.Encore adolescent, le narrateur s’éprend de cette femme forte d’une beauté rayonnante.Athéna apparaît au tout jeune homme « comme le dernier échantillon d’un monde lointain et oublié.On n’eut pas été surpris d’apprendre qu’elle était tombée la d’une étoile inaccessible».Il est utile de savoir que la guerre emporta 400 000 personnes, la famine 200 000 autres, sur une population de moins de sept millions d’habitants.Après la libération, en 1944, les Britanniques soutinrent le gouvernement provisoire grec contre l’Armée populaire grecque de libération.Quand vint la guerre civile de 1946 à 1949, on dénombra 150 000 morts et 100 000 régugiés à l’étranger.À une époque, Ulysse avait été contraint de rejoindre les rangs de l’armée grecque qui faisait le siège de Troie.Il vivait paisible dans son Ithaque, cultivant son domaine jusqu’au jour où lui arrivèrent les permiers échos des préparatifs de guerre d’Agamemnon, chef suprême des armées grecques.Ulysse ne voulait ni les honneurs ni les splendeurs promis, moins encore le butin et les richesses des Troyens.Il simule la folie, mais Agamemnon perce son subterfuge.Il consentira à mettre à exécution son plan : un cheval de bois.« Las ! où est maintenant ce mépris de fortune ?Où est ce coeur vainqueur de toute adversité ?» À l’autre bout du temps, on retrouve le narrateur.Avec d’autres intellectuels, il publie une revue que les autorités en place n’apprécient guère, tant et si bien qu’un jour sa chambre fait l’objet d’une perquisition.On emporte des écrits et on somme leur auteur de comparaître au bureau du commissaire en chef de la Sûreté.L’auteur de conclure : « Combien Ulysse aurait été stupéfait si on lui avait prédit que des milliers d’années plus tard son stratagème serait jugé comme un “complot antinational”, que ses fidèles et chers compagnons seraient considérés comme des “éléments suspects et révolutionnaires”.» Jusqu’au terme de ce roman à la fois sobre, tendre et fort, la fusion du mythe et du réel, le passage d’une époque à l’autre représentent une invention et une réussite étonnantes.LES ENFANTS D’ULYSSE Aris Fakinos Paris, Seuil, 1989 ALBERT BRIE La Grèce sous l’occupation : les Allemands sont à Mycène, Sparte, Ithaque, Argos; le drapeau à croix gammée flotte sur l’Acropole d’Athènes.La barbarie des temps modernes sème la mort et la destruction dans les cités où jadis a fleuri la plus haute civilisation occidentale.La guerre civile prend le relais de trois ans d’occupation.Peut-on espérer que les Grecs connaissent un jour la paix ?Il y a un fatalisme combattu par cet espoir dans le roman d’Aris Fakinos, Les Enfants d'Ulysse.L’auteur a vécu ses années terribles à l’époque de son enfance et de son adolescence dans son village non loin d’Athènes.Il puise dans les épopées du plus grand et du dernier des aedes grecs, Homère, des épisodes qui recoupent les événements, juxtaposant le mythe et la réaüté ou les fusionnant pour aboutir à une interrogation sur les lendemains incertains.Cette transposition est d’autant plus réussie que le narrateur-enfant vit à la fois le rêve et le cauchemar par l’imaginaire.Cette omniprésence du passé légendaire est rendue possible du fait que les petits Grecs baignent littéralement dans la légende au point de l’actualiser au jour le jour, moins dans leurs jeux que dans leurs occupations sérieuses.Par exemple, en classe, lorsque l’instituteur interroge les écoliers, ceux-ci ont le sentiment d’avoir participé à la guerre de Troie.Rien d’étonnant à cela puisque le narrateur témoigne que leurs parents et grand-parents leur racontaient une multitude d’histoires et de légendes.Selon le dire de Fakinos, « les Anciens ne nous lâchaient pour ainsi dire jamais, ils trouvaient mille façons de s’immiscer dans notre vie, de nous rappeler leur existence ».De nobles figures occupent une place d’honneur dans ce roman.Ainsi, le père du narrateur, un fier honnête homme qui se dresse contre l’embrigadement et que les SS traînent à la Kom-mandantur pour lui infliger la question, dans l’intention de lui arracher des noms de résistants.Quand survient la guerre civile, il désespère.De voir ses compatriotes s’entredéchirer le détermine à renoncer à toute forme Fumer, c’est gaspiller Argent et santé L’attrait du fruit défendu LE COSTUME D’ÈVE Ou comment suivre à la lettre les mots de notre langue venus de la Bible Antoinette Brenet Hatier, Paris, 1989, 126 p.MARIE-ÉVA DE VILLERS~ On cherche un bouc émissaire à qui on pourra jeter la pierre (non pas la pierre angulaire).Il ne suffit pas de se réfugier dans sa tour d’ivoire ou dans son capharnaiim, de pleurer comme une madeleine, de se répandre en jérémiades ou en grincements de dents et d’invoquer le démon de midi ou l’attrait du fruit défendu qui était en ravissant costume d’Ève.Cette perle, vous y teniez plus qu’à la prunelle de vos yeux.Ces expressions imagées — qui ont plus de deux mille ans — illustrent toujours nos propos; elles nous proviennent du plus grand succès de librairie de tous les temps, la Bible.Dans le bel ouvrage qu’elle vient de signer, Antoinette Brenet nous précise que le titre du recueil de textes sacrés est inspiré du nom de la ville phénicienne, Byblos, et « comme notre écriture alphabétique est une invention des Phéniciens, qui nous a été transmise par les Grecs, ceux-ci ont appelé byblos le Livre par excellence.» Le bouc émissaire Le pauvre animal qui se trouve, souvent à tort, chargé de tout ce qu’il arrive de fâcheux, c’est le bouc émissaire au sort si peu enviable.Dans Le Costume d’Ève, on nous apprend que l’expression est tirée du Lévitique.Aaron, frère de Moïse a reçu une instruction de Yahvé : il devra prendre deux boucs dont le premier sera sacrifié.Puis « Aaron appuiera ses deux mains sur la tête du bouc vivant et il fera sur lui confession de toutes les fautes des fils d’Israël et de tous leurs forfaits.» La pierre angulaire La base, le fondement d’un édifice se dit au figuré de la pierre d’angle qui soutient l’édifice.« Jésus est souvent comparé à la pierre d’angle, parce qu’il soutient l’Église.» La tour d’ivoire Cette métaphore provient du Cantique des Cantiques alors que le fiancé célèbre les charmes de la fiancée : « Ton cou est comme une tour d’ivoire.» Antoinette Brenet nous précise que plus tard, l’expression fut appliquée à la Vierge Marie.«La tour d’ivoire devint le symbole de l’idéal de pureté le plus exigeant.» Elle a cependant perdu ce sens mélioratif.« C’est au XIXe siècle, précise l’auteur, que Sainte-Beuve, le premier mit à la mode l’expression s’enfermer dans une tour d’ivoire, c’est-à-dire dans un superbe isolement, loin des médiocrités de la vie, en refusant de s’en gager ou de se compromettre.» Le capharnaüm Capharnaüm est une ville de Judée où Jésus prêchait.Le prédicateur divin avait un tel succès qu’on ne pouvait même plus approcher des portes de la ville.Un paralytique, qui espérait être guéri, et qui était porté par quatre hommes, ne put entrer.L’Évangéliste Marc raconte : « Et comme ils ne pouvaient le lui présenter à cause de la foule, ils découvrirent le toit, là où il était, et, après avoir déblayé, ils firent descendre le grabat où le paralytique était couché.» (Marc, 11,4) Et Antoinette Brenet conclut : « Le malade fut guéri, mais ce que retint de l’histoire un peuple malicieux, ce fut l’épouvantable confusion qui devait régner dans celte maison remplie de trop de monde et livrée au désordre.» Très joliment illustré par Stanislas Bouvier, Le Costume d’Ève explique l’origine de plus de cent expressions de notre langue venues de la Bible.Tissées de sages enseignements de l’Ancien ou du Nouveau Testament, ces métaphores, qui ont traversé les millénaires sont des jeux de mots qu’Antoinette Brenet nous redonne le plaisir de découvrir.NULR : Les lecteurs sont incites ù faire part de leurs commentaires, de leurs critiques et de leurs suggestions à l'auteur de cette chronique.Iai correspondance tloit être adressée au Plaisir des mots, aux Hoinn du DEVOIR, 21 1, rue du Saint-Sacrement, Montréal, II2Y 1X1.+ Fruttero tre indubitablement des difficultés qui deviennent les sources de plusieurs artifices romanesques.« Ainsi, poursuit Fruttero avec verve, il fallait à un moment rendre crédible l’existence de Sil-vera.Car celui-ci aurait pu n’être que le fruit de l’imagination délirante de la princesse et des auteurs.Le lecteur commence, à un moment donnné, à douter de la véracité de ce qui lui est rapporté et il se demande si les auteurs n’utiliseront pas le subterfuge classique du retournement du rêve.« C’est pourquoi il fallait que Silvera soit vu et qu’il parle à d’autres personnages.D’où l’idée d’un dîner galant à Venise avec ses coutumes, ses traditions et son code secret au cours duquel Silvera révélerait sa véritable identité par détournements.Car il était impensable que Silvera dise à la princesse, mine de rien, qu’il est le Juif errant en buvant une bière, par exemple.Tout, dans ce dîner, a été pensé en détail et cela nous a pris des mois de recherches seulement pour connaître la livrée des serveurs, les ustensiles utilisés, le smoking que pouvait porter Silvera sans paraître ridicule tout en dévoilant une partie de son mystère, etc.» Tout ce travail de recherche et d’écriture qui s’écoule sur plusieurs années doit finalement disparaître complètement dans la trame narrative.« Le maximum de l’art romanesque consiste à camoufler le travail ardu de la composition et donner l’impression au lecteur que tout coule de source, conclut Fruttero.Nous avons comme esthétique absolue qu’il ne faut pas savoir qui est l’auteur d’aucun de nos livres.Seul le plaisir de la lecture compte finalement.» C’est sûrement pour cette raison que Carlos Fruttero a dédicacé mon exemplaire de La couleur du destin en signant son nom et en imitant la signature de Lu-centini.« De toute manière, Franco avoue que j’imite mieux son écriture que lui-même.» + Atwood avec la vérité, dit la romancière.Le désir de pouvoir se manifeste aussi chez les fillettes.Freud nous l’a fait oublier, en insistant sur les premières années de l’enfant, de 0 à 6 ans, qui seraient les plus importantes avec celles du développement sexuel de la jeune fille oui, à partir de 12 ans se prépare à devenir une femme pour l’homme.Mais cette période qui va de 7 à 12 ans, quand les petits garçons jouent entre eux et les petites filles entre elles, Freud ne la considérait pas importante ! Au contraire, si vous en parlez aux vrais personnages, vous trouvez autre chose.» Certaines féministes ont critiqué ce roman démontrant l’apprentissage du pouvoir chez les filles.« Parmi les idéologues, note Margaret Atwood, la fiction n’est pas toujours admise.Ils ont leur version de la vie et la fiction, elle, est contradictoire et ambiguë.En fiction, il n’y a pas de noir ou de blanc absolu.La fiction est grise et nuancée.La fiction ne pose pas la vérité mais pose des questions fondues dans les contradictions de notre humanité.»
de

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