Le devoir, 6 octobre 1990, Cahier D
EJE ïD@W(ô®g ÏLI ®ÎF /®H1 D.ÏLÜ! B Æ@M i\»r S» lVw.« ¦è*l .Vv t» r» v» A» %.»%«•.I ET APPROUVÉ Montréal, samedi 6 octobre 1990 ALICE PARIZEAU Du militantisme à l’écriture ROBERT BAILLIE Le feu sous toutes ses formes Jean Basile LICE PARIZEAU vient de mourir.Je ne peux pas, en si peu de temps, rendre justice à une oeuvre de cette importance II s'agit d'une bonne douzaine de livres qui sont parus sur presque trois dé cennies et dont certains sont consi dérables.Du moins, je peux en faire un bilan provisoire.Pour moi, Alice Parizeau a véri tablement commencé son oeuvre avec Les Militants en 1974 bien qu'elle était déjà connue pour des récits de voyages et trois romans.On parla beaucoup de ce roman Ça ne m’impressionna pas du tout 11 faut dire que Les Militants ét ait dans la meilleure moralité péquiste de l'époque.C’est l’histoire d'une bonne militante du Québec qui s'affronte à un vilain arriviste d’Ottawa Le style en est plat.Le sujet manque de hau teur.Ma gêne était d’autant plus grande qu’Alice Parizeau, comme chacun le savait, était la femme de Jacques Parizeau, une vedette du Parti libéral qui était devenu un ora cle péquiste.Elle n’était pas la seule artiste à se compromettre dans ce genre d'affaire mi-artistique mi-politique.J’eus souhaité un peu plus de nuances et de discrétion dans la pro pagande.A le relire, je n’ai pas changé d’a vis sur ce roman.Sauf que mainte nant, je vois bien que ce livre était nécessaire à l'évolution littéraire d'Alice Parizeau, comme l'étaient ses récits de voyages en Pologne C’est qu’elle se demandait, en les écrivant, comment harmoniser tou tes les contradictions de sa person nalité riche et complexe, dans un en semble cohérent.En bref, comment faire d'une vie des romans.Au fond, on s’aperçoit que les grands thèmes qui ont nourri les li vres d’Alice Parizeau n'ont jamais changé.Ils se sont épanouis et raffi nés.Ce sont, d'abord, la liberté et la justice sociale comme concepts et le besoin qu’ont les êtres humains de se dépasser et de s’aimer.Puis, il y a l’enfance malheureuse à laquelle Alice Parizeau n’a jamais cessé de s’intéresser.Les décors principaux de ses livres reflètent exactement ce qu'elle a connu.Il y a la Pologne où elle est née à un des pires moments de son histoire, la France où Alice Parizeau a été élevée et à qui elle a gardé toute son affection, et le Qué bec, enfin, auquel elle a voué un amour inconditionnel et actif Alice Parizeau était une nationa liste québécoise.Elle n'en était pas moins une patriote polonaise dans la grande tradition des intellectuels de ce pays tourmenté Ces deux pat no tismes se sont nourris l'un de l'autre Personne ne s’étonna qu’Alice Pa rtzeau ait été bouleversée par Soli darité qui devint, pour quelques an nées, le point de mire de tous ceux qui souhaitaient que la Pologne, an nexée par Staline, retrouvât sa li berté et son identité culturelle.L'a vènement extraordinaire et le suc cès de Solidarité ont été comme une illumination dans l’âme d’Alice Pa rizeau Elle sut qu'il était temps de régler son compte avec le passé et quand le passé a son compte, le pré sent (qui est un printemps) [nuit s’é panouir.C’est la métaphore du lilas qui refleurit.Je crois qu’elle trouvait aussi une analogie politique entre l'avènement de la liberté en Pologne par le miracle accompli par Solidarité, et la démarche du Québec vers une indépendance à faire sous la bannière du PQ.On retrouve justement tout ce qui a marqué et bouleversé Alice Pari zeau dans ses célèbres et magnifi ques romans polonais : Les l.ilns fleurissent à Varsovie et La charge des sangliers qui sont, au fond, Phis toire de la Pologne asservie par les Soviétiques, de 194ft à 1982 Puis sont venus, dans la même veine, Ils se sont connus à Lwow, L'amour de Jeanne et Na ta et le professeur Ce dernier üvre, le plus romantique d'Alice Parizeau, porte en filigrane comme une prémonition de la maladie qui allait l’emporter.On voit tout ce qui a été réglé el assimilé par Alice Parizeau dans Côte des Neiges — antérieur à lisse sont connus a Lwow — quand on le compare aux Militants.Là, l’indépendance du Québec n'est plus une question de principe où s’affrontent les bons et les méchants.Un peuple, malgré les à-coups, marche dans le sens de son histoire.Dans ce roman, selon Alice Parizeau, le Québec doit remonter, justement, une côte des neiges symbolique, pour accomplir son destin.Ici, l’auteure prend ses personnages au moment tragique où la grande crise, qui secoue le monde, fait entrer le Québec qui s’urbanise PHOTO JACQUES GRENIEH Robert Baillie signe son cinquième roman, La Nuit de la Saint-Basile.Jean Royer i je n’Eciuvais pa^ il n'arriverait jamais rien », confie dans son journal Monsieur Cilles, le narrateur de La Nuit de la Saint Basile, le cinquième roman de Robert Baillie (l'Hexagone) En écho à son personnage, le ro mander me répond « l’écriture, c’est toute ma vie, maintenant Je n'ai plus le choix, il peut y avoir un passage vers autre chose, mais corn ment pourrais je vivre sans la litté rature ?Le roman m’aura permis justement de faire comme Monsieur Gilles : de me dépouiller d’un certain superflu, même d’une certaine luxu nance de l’écriture, d’un baroque qui me vient d'Aquin et de Ducharme, pour arriver peut être à quelque chose d’épuré » Baillie est né à la littérature avec La Couvade (1980), qui est une façon de respirer avec les autres Dans Des l-illes de beauté (1982), il partait h la recherche d’une • Mère litté raire », Laure Conan.Suivront trois romans portés par la force des éléments Les Voyants (1986) pour s’approprier le ventre de la terre; Soir de danse ù Varennes (1988), où l’eau du fleuve charrie les alluvions Voir page D-4 : Baillie PHOTO JACOUl SOW NIER Alice Parizeau : comment faire d'une vie des romans.dans le précarité moderne C'est là, dans cette misère, surtout en ville mais dans les campagnes aussi qui servirent — disons le d’exutoire au grondement urbain de la misère, que les héros d'Alice Parizeau s'affrontent, l’un riche et l’autre pauvre.Puis, voici la guerre et la conscrip tion Les Canadiens français Baver sent l’Atlantique tandis que, financée )ar les services spéciaux de Staline, 'internationale communiste accen tue son action au Canada II y a dans ce livre mille portraits et mille cho ses qui sont vécues et racontées avec intelligence et fougue On a beau coup parlé, en littérature, de l'éixipée québécoise Tout le monde s'y est mis.Ce livre en fait partie Quand on me demande lequel des livres d’Alice Parizeau je préfère, j'hésite toujours entre Ils se sont connus;) Lwow (qui est l'histoire de la diaspora polonaise) et Côte des Neiges Alors, lisons les deux.Hli/./anlsur le Québec marque un retour au sujet québécois Alice Pa rizeau y raconte l'aventure des « hy droquébécois » selon un slogan de l’é poque.Ce roman, qui a eu beaucoup de succès, ne me niait qu'à moitié car l’hydroélectricité ne me pas sionne pas, non plus que les Voir page D-5 Parlzoau ALBERTO MORAVIA Une oeuvre marquante du 20e siècle Sergio Maria Gilardlno A; LBERTO MORAVIA, né à Rome le 28 novembre 1907 'et mort dans cette même ville le 25 septembre dernier, appartenait à cette extraordinaire génération d’écrivains italiens nés au tout début du siècle et qui ont vécu le désarroi du premier conflit mondial, puis la montée au pouvoir du fascisme, ensuite les bouleversements profonds de la Deuxième Guerre mondiale et enfin la saison pétillante et contradictoire du néo-réalisme.Il est né quelques mois avant Elio Vittorini et Cesare Pavese, les deux autres protagonistes majeurs de l'odyssée littéraire italienne, celle qui devait porter le néoréalisme italien sur la scène internationale.Quand on parle de Moravia, on parle bien trop souvent de son tout premier roman, Gli indifferenti (Les indifférents).N’ayant pu terminer ses études secondaires à cause de la tuberculose qui l'avait presque tué, Alberto dut se faire admettre à la clinique Codivilla à Cortina d’Ampezzo et garder son lit la plupart du temps.Au début de l’année suivante, en 1925, il regagne tant bien que mal sa santé et commence à rédiger son premier roman.Il a 18 ans.Il n’a pas eu le temps de se faire une culture et, pendant ses longues journées de maladie, il a lu avidement Crime et châtiment et L'idiot de Dostoïevski, ainsi qu’ Une saison en enfer de Rimbaud.Son roman ne paraîtra qu’en 1929 chez l’éditeur Alpes di Milan.Tous les thèmes de l’univers romanesque de Moravia, tout comme les caractéristiques saillantes de son style (ambiances théâtrales, peu de personnages, dialogues très serrés, langage « parlé », etc.), y sont déjà présents.L’étalage impitoyable de la corruption de la classe bourgeoise romaine fâche le régime fasciste et lance Moravia d’emblée dans le select club des intellectuels anti-fascistes et novateurs de la technique romanesque.Il a écrit 51 ou 52 livres au cours de sa longue carrière, mais aucun d’eux (sauf, bien entendu, ceux qui renferment ses articles pour les journaux et ses mémoi- res de voyage) ne s’éloigne guère désormais de ce canevas obsédant, de ce style tranchant et même saccadé, de ce besoin maudit de remettre sur la scène le personnage de la mère, pour le désacraliser sans pitié, sans relâche.C’est le cas de Agostino, le livre qui a marqué son retour définitif sur la scène littéraire.On y retrouve le conflit dur et écorchant de ce personnage adolescent avec sa mère, qu’il « découvre » comme femme, comme pute, comme désir et répulsion charnelle.Les jeux sont faits.Là où l’intrigue semble s'agrandir et s’évader des cloisons étanches de ses «intérieurs» de théâtre comme dans les romans La ro-mana ( La belle Romaine, publiée en 1947), Il conformists (Le conformiste, publié en 1951), La cio-ciara (publié en 1957), la présence obsédante de la mère n’est que momentanément transposée sur des personnages féminins bien trop transparents : prostituées, lesbiennes, violées, variantes éternelles d’un conflit interne qui ne s’apaisera jamais.D’ailleurs, Moravia lui-même l’a proclamé au cours d’une conférence télévisée ( Un homme, une ville), qu’il était inadmissible qu’on puisse qualifier d’anormal l’inceste.Et, au cours de l’entrevue à VExpresso, il l’a très bien dit : le drame des personnages du 19e siècle était leur conflit avec la société, le drame de ceux du 20e est le conflit avec soi-même.C’est son cas à lui aussi.Umberto Saba, une des voix les plus belles et les plus harmonieuses de la poésie italienne rie la même époque, ne s’est pas fait pousser dans le désarroi par les romans de Moravia, qui de plus en plus remportaient des succès retentissants, multipliés par les scandales, les interdictions et les tabous sexuels attisés.« Moravia, écrit-il, n’est qu’un gamin qui un beau jour, par hasard, a collé son oeil au trou de la serrure et a vu son père faire l’amour à sa mère.Il a évidemment cru qu’ils étaient en train de se faire du mal.Eh bien, si jamais cela nous est arrivé, nous l’avons bien vite oublié.Lui, au contraire, y est resté figé pour de bon.» Voir p«g« D-5 : Moravia Luc Mercure Entre l’aleph et l’oméga ou Lédifiante odyssée d'un Juif errant Récit • l'Hexdgone Luc Mercure signe une vie romancée de l’apôtre Jean, d’une grande richesse symbolique sur les paradoxes du christianisme naissant qui, deux millénaires plus tard, ont encore leurs racines dans l’imaginaire québécois Puissant roman d’aventures d’un réalisme magique, cette saga, à qui la valeureuse Freydis Karl-sevni, capitaine de l’équipage Viking donne son nom, nous entraîne à l’assaut des rives du Labrador.récit {# l’Hexagone roman lieu distinctif de l'édition littéraire québécoise Jean Désy La saga de Freydis Karlsevni Roman D-2 ¦ Le Devoir, samedi 6 octobre 1990 L * !c plaisir des ivres Sur les deux oreilles r Robert LÉVESQUE Le ?Bloc-notes Bernard Rapp Ouy Ferland Le magazine Caractères Succède à Apostrophes PUISQUE c’est la seule émission de télévision consacrée exclusivement & ta littérature, soulignons la première diffusion du magazine :¦Caractères, animé par Bernard .Hàpp, dimanche soir à 20 h, au réseau TV5.Évidemment, il n’est pas question pour l'animateur d’imiter le déjà légendaire Bernard Pivot, qui contrôlait en maître les discussions du plateau d’Apostrophes.Pour commencer l’année en beauté, Bernard Happ reçoit de jeunes écrivains qui en sont à leur premier roman, Les invités sont : Philippe Blasband, De cendres et de fumées (Gallimard) ; Kits Hilaire, Berlin, dernière (Flammarion); Jean Rouaud, Les chants d'honneur (Éd.de Minuit) ; Amitav Ghosh, Les feux du Bengale (Seuil), Émile Papiernik présente le livre Naître (Hachette) de Lennart Nilsson.Les ondes littéraires A L’ÉMISSION Double Kxpresso, le samedi à 14 h 04, à la radio AM de Radio-Canada, Christiane Charette et Minou Petrowski proposent des entrevues, des critiques, des commentaires et des nouvelles dans les domaines de la littérature et du cinéma.Festival International de poésie MARIE-CLAIRE Girard anime une émission spéciale de trois heures, en direct du Centre culturel de Trois-Rivières, dans le cadre du 6e Festival international de la poésie, au réseau FM de Radio-Canada, ce soir de 20 h à 23 h.Une trentaine de poètes se relayeront pendant cette Grande soirée de la poésie.Le Festival se termine demain.Littératures actuelles AU MENU de Littératures actuelles, demain au réseau FM de Radio-Canada à 14 h 30, Jacques Brault propose un portrait de Jean Giono, Stéphane Lépine présente l'Orient dans diverses revues, Jean François Chassay et Réjane Bougé analysent ; le roman-essai (Mandoza.Barnes et West) Dans la deuxième partie du programme, Jean Larose s'entretient avec Gaston Miron.Gaston Mlron honoré L’ACADÉMIE canadienne-française a annoncé qu’elle décernerait sa médaille pour l’année 1990 au poète Gaston Miron.L’institution reconnail ainsi « son action incessante et toujours désintéressée en faveur de la littérature québécoise, son nationalisme ardent ainsi que son oeuvre majeure et exemplaire de poète » La médaille sera remise à Gaston Miron à l’issue du Colloque des écrivains, le samedi 3 novembre, à l’auberge du Mont-Gabriel.Des livres-cassettes pour les aveugles LA MAGNÉTOTHÉQUE a présenté sa production d’automne de livres populaires enregistrés sur cassettes pour rendre les oeuvres imprimées accessibles aux aveugles.Voici quelques-uns des titres proposés : Clic, fîlie et l)e quoi t'ennuies-tu Evelyne ?, de Gabriel Roy, lus par Madeleine Poulin (Éditions Boréal); Buy l.afleur, l'ombre et la lumière, de Georges Hébert Germain, lu par Cari Béchard (coédition Art Global p! labre Expression); L'ange exterminé, de Gérald Godin, lu par Robert Lavoie (L’Hexagone); Le gamin, de Claude Jasmin, lu par Robert Lavoie (L’Hexagone); Les dimanches sont mortels, de Francine D’Amour, lu par Catherine Bégin (Guérin).La Magnétothèque enregistre en moyenne 400 nouveaux livres par année, ce qui représente quelque 13 200 heures d'enregistrement assurées par les bénévoles.Pour tous renseignements, contactez José Maloau : (614 ) 524-6831 ou 1-800-361-0635.Place aux poètes C’EST le début de la saison pour la Place aux poètes.Ces soirées de lect ures de poésie se dérouleront au bar le Plaisir (+167 A, rue Saint-Denis), tous les mercredis à 21 h.Pour la première célébration, c’est la poète animante Janou Saint-Denis qui prend la vedette en lisant des extraits de La roue du feu secret (Leméac), llold-up mental (Guérin) et Mémoire innée ( Écrits des Forges) sur une musique de Evan Green.PARIS — Cette année-là, 1935, « du réarmement de l’Allemagne on se moquait comme de sa première chemise ».Frédéric Vitoux écrit cela aujourd’hui dans la première page d’un roman de grande subtilité qui tient le pari de cerner, à travers quatre personnages secondaires, le poulx d’une île, 111e Saint-Louis, d’un temps, i’entrealeux guerres, d’une époque où Ray Ventura était encore plus connu qu'Hitler, et particulièrement de cette année-là qu’il dit « bénie » parce que ni d’avant ni d’après guerre, tout simplement une année heureuse.En existe-t-il ?De ces années ici et là dans le siècle, « volées » un temps au drame comme des baisers de Trenet ?Des années de bonheur entrées par contrebande dans l’histoire ?Dans Sérénissime, un des romans discrets les plus accomplis de la rentrée 90, Frédéric Vitoux en dessine une de mai 1935 à mai 1936, du triomphe de Topaze aux Variétés au triomphe du Front populaire, de la première traction avant de Citroen aux premiers congés payés.Vitoux esquisse à fins traits un monde qui n’a ni peur ni reve.Mais sans le savoir ce monde-là est sur le point de basculer, Mussolini va envahir l’Éthiopie, on vote en douce des lois raciales à Nuremberg, Louis-Ferdinand Céline écrit Mort à crédit, Lorca vit ses dernières années avant la fusillade, et, après avoir digéré ses rillettes et sa blanquette la France, du moins le petit peuple de 111e Saint-Louis, va dormir sur ses deux oreilles.Le roman (en est-ce un ?) de Vitoux est d’une délicatesse inouïe, d’une intelligence aiguë, d’une observation totale.Son pari de peindre une année « heureuse » dans un monde dont les secousses du changement étaient trop profondes et sourdes pour ébranler les certitudes relève d’une grande architecture journalistique littéraire.Frederic Vitoux Sérénissime fout est vrai, ou vérifiable, dans Sérénissime où l'expérience est amusante de le lire in situ, sous les paulownias du square Barye, dans la rue Pouüetier, le long des quais, et d’aller presque cogner aux portes des quatre personnages, cet imprimeur du 9 quai d’Anjou, cette libraire du 20 rue des Deux Ponts, ce vieux célibataire aisé du 23 quai de Bourbon ou ce jeune étudiant de l’École du Louvre du 22 quai de Béthune.Ont-ils vécu ?Ont-ils été ainsi amoureux de leur île et mélancoliques dans leur état ?Vitoux, qui a pris le réel jusqu’au « long couloir où l'on accédait par deux marches de pierre », jusqu’au « grand tilleul de l'hôtel Lambert », et qui l'a recouvert d’une couche d’existence avec ce que l’on sait de 1935, sans tomber dans la tnchene historique ni les justifications d’attitudes a posteriori, a tout simplement donné vie à une année banale, une année, comme ses personnages, de second plan.La magie naît.Le passé de 111e Saint-Louis revit.Les quatre rêveurs, qui s’amusent à lancer l’idée d’une indépendance de lUe, qui publieront un journal le temps de quatre numéros, qui mèneront dans l’humour qui se sous-estime des projets fous de requête à la Société des Nations, d'installation de la République sérénissime de 111e Saint-Louis, n’en auront été que des habitants humbles, piétons insulaires, qui n’auraient jamais osé frapper aux portes des plus célèbres, comme Léon Blum du 25 quai de Bourbon, Helena Rubinstein qui fait construire un immeuble quai de Béthune, la princesse Bibesco qui pleure depuis 13 ans la mort de Proust au 45 quai de Bourbon.Village sans poste, sans banque, 111e Saint-Louis en 1935 allait voir passer sur son flanc, pont de Sully, marchant vers Bastille, les manifestants de 1935 qui criaient « Blum au pouvoir !» ; et surtout, plongée plus tard dans la tourmente comme le continent, 111e de la Cité, Paris, la France et toute l’Europe, 111e Saint-Louis aura son fer au coeur lorsque 40 enfants juifs de la rue des Deux Ponts seront déportés vers Drancy, puis Auschwitz.Mais en 1935, dans 111e, on ne s’inouiète pas encore, on est toujours dans la société de Balzac qui y avait dépeint les débuts dans le commerce de César Birotteau.Du réarmement de l'Allemagne on se moquait comme de sa première chemise.On ne savait pas encore qu’on allait manquer de chemises.Aujourd'hui en 1990,55 ans plus tard, sommes-nous dans un après ou un avant guerre ?L’année est-elle volee au drame ?Notre tranquillité est-elle entrée par contrebande ?Le Koweit de Saddam Hussein est-il l’Éthiopie de Mussolini ?Se soucie-t-on de la nouvelle Allemagne ?Dort-on sur nos deux oreüles ?Sérénissime, Frédéric Vitoux, Seuil, 1W0.Vive les « parasites essentiels » LETTRES QUÉBÉCOISES Revue de l'actualité littéraire, Numéro 59, automne 1990.SPIRALE Arts, lettres, spectacles et sciences humaines, « Centième numéro, Le Québec en prospective », Octobre 1990.MOEBIUS Écritures/Littérature, « Le désert », Numéro 45, été 1990.LURELU Littérature québécoise pour la jeunesse, Vol.13, no 2, Automne 1990.ÉCRITS DES FORGES POÉSIE 90.1, ST- THOMAS CP.335, TROIS-RIVIÈRES (QUÉBEC) G9A 5G4 NOUVEAUTÉS ALARIE DONALD et PO/.U.R BERNARD ALARM DONALD ALBERT MICHEL BLOU1N LOUISE llOISSf HÉl I NI BREMOND JACQUES CHA I II ION PIERRE CHARRON F RANÇOIS CHIASSON HEKMENECill.DF.i-l FEDERICO GARCIA LORCA CLOU TIER Cf.CIl I COLLECTIF COLLECTIF DAOUST JEAN-PAUL DOBZYNSK.I CHARLES F F- R LINGH EHT 1 AW R E NC I HARVEY PAU! INF JUTEAU MONIQUE JOUFFROY Al.AIN LANGEVIN GILBERT LÉGER PIERROT MURRAY SIMONE G.PETITS JEAN-PIERRE ROUSSEAU PAUL SAINT-DENIS JANOU ST-YVES DENUIS TRANSTROMER TOMAS VAN 1ER DENIS BEAUCHAMPS LOUISE CORNELLIER LOUIS GUIMOND DANIEL LEDUC ANDRÉ MONETTE HÉLÈNE Au cru du vent 6,00$ (coédition Musée d'art de Jolictte) 1 .1 terre comme un dessin inachevé 6.00$ t ! 11e photo 4 côté du banc de neige 6,00$ Des mois pour réver (Anlhologie) 7,95$ (eoédilion Éditions Pierre Tisseyre) Je n'écris plus 6,00$ Guillaume des Ors 12,00$ (coédition Le Dé Bleu) 1 e violon soleil 10,00$ l a beauté des visages.10,00$ (GRAND PRIX DE POÉSIE FONDATION DES FORGES 1990) l èvres urbaines No 19 6,00$ Lampée 10,00$ Des Forges # 29 6,00$ Poésie 89 12,00$ (coédition Collège de Joliette) Les cendres bleues 10,00$ l es heures de Moscou 12,00$ (coédition Europe/Poésie) Amant des gares 12,00$ Montréal français (Lèvres urbaines No 16) 6,00$ Trop plein d'angles 6,00$ Éros déraciné 12,00$ (coédition Le Castor Astral) Haut risque 10,00$ ! es chants de la soif 10,00$ À tir d'elles 6,00$ La fête des bannières emplumées 6,00$ Micro-textes 6,00$ (PRIX OCTAVE-CRÊMAZIE 1990) Mémoire innée 10,00$ Tranches de ciel 10.00 $ Balliqucs et autres poèmes 12,00$ (coédition Le Castor Astral) Les stars du rodéo 10.00$ IEUNE POÉSIE Objet 5,00$ (PRIX JOVETTE-BERNIER 1989) Neurones fragmentés 6,00$ Ne jamais rien dire 5,00$ Une barque sur la lune 5,00$ Lettres insolites 6,00$ BEAUSOLEIL CLAUDE BROSSARD NICOLE KURAPEL ALBERTO MIRON GASTON PRÉFONTAINE YVES LA POÉSIE CASSETTE Ville concrète (coédition Artalect) Amantes (coédition Artalect) Confidenclal / Urgent La marche à l’amour (coédition Artalect) Le désert maintenant LES REVUES composent un laboratoire des idées et des formes, une véritable mine à explorer pour mieux saisir l'évolution de la vie créatrice, celle qui n’a rien à voir avec la vie de consommation.On y retrouve le produit culturel à l’état brut.On y retrouve aussi le profit net de la critique.Le magazine Lettres Québécoises poursuit le travail admirable d’Adrien Thério sous la direction d’André Vanasse, qui vient d'acquérir cette publication avec Gaëtan Lévesque de XYZ.On en a « moder nisé » la mise en pages et renouvelé en partie l’équipe de rédaction.Pour lancer son numéro d’automne, Lettres Québécoises cherche à provoquer une polémique autour de la personne et du récent livre de Mme Denise Bombardier.Mais on voit mal comment faire lever la discussion à partir de l’ambiguïté où André Vanasse l’a placée.En couverture du numéro, une photo sépia de l’auteure accompagnée d’un extrait de son entrevue à Lettres Québécoises : « Nos critiques littéraires ?Des images de pères impuissants ! » Dans une critique voisine de l’interview avec Mme Bombardier, Jacques Pelletier parle du roman Un tremblement de coeur comme d’un événement d’abord médiatique et reproche aux éditions du Seuil et à l’au-teure une mise en marché démagogique (on se souvient de l'esclandre de Mme Bombardier à l’émission Apostrophes, le printemps dernier) pour imposer un livre de moindre qualité littéraire.Bon.Mais que fait aujourd'hui Lettres québécoises en donnant sa cou verture à l’auteure d’un livre que son critique juge médiocre ?La démagogie n’est pas moins défendable parce qu’elle se situe du côté des censeurs.En fait, on se demande pourquoi Lettres Québécoises joue en page couverture une figure médiatique plutôt qu’une figure véritablement littéraire, comme le faisait d’ailleurs Adrien Thério.Quant à Mme Bombardier, qui qualifie nos critiques de « pères impuissants », elle ne fait qu'ajouter une connotation féministe à la plus vieille accusation contre la critique, que des écrivains ont souvent traitée d’« eunuque ».Par ailleurs, quand notre romancière affirme dans son interview que « la vraie critique, c’est celle qui vient directement de là-bas », elle exprime un mépris envers ses collègues journalistes d’« ici ».Bien sûr, l’accusation est grossière et ressemble plus à un règlement de comptes qu’à une sérieuse remise en question du travail de « nos » critiques.Mais la critique de « là-bas » est-ee celle qui, au magazine Le Point, encense le livre de Mme Bombardier, qui collabore à ce magazine comme journaliste et y trouve de ses amis à la droite de la société française ?La critique québécoise n'est pas une « vraie » critique, dit la romancière ?J’aurais préféré qu’elle fit allusion à ce que me disait le romancier et critique Wilfrid Lemoine, en prenant sa retraite comme journaliste en 1986, pour définir avec un humour certain le rôle des critiques : « Nous sommes des parasites essentiels ! » J’ajouterais, pour paraphraser en souriant un ancien journaliste catholique : Que Mme Bombardier se le tienne pour dit ! Dans l’ensemble, ce numéro de Lettres Québécoises est certes d’une qualité améliorée.D’abondantes recensions et critiques dans plusieurs domaines nous donnent un véritable panorama de la production québécoise, contrairement à ce qui se passe du côté des médias électroni- ques (entendez radio AM et télévi sion).Le magazine Spirale fête son centième numéro par une sorte de prospective de la vie culturelle et littéraire au Québec.On y lit des textes passionnants.Le magazine tient une place unique dans notre paysage culturel, construisant les ponts entre le Québec et le monde, entre les sciences humaines et la littérature, entre la réflexion et la création, et tenant compte des courants d’idées qui circulent du côté des philosophies, des esthétiques et des idéologies.Une rumeur veut depuis longtemps que la rédaction de Spirale délaisse le livre québécois pour s’intéresser un peu trop à la production « étrangère ».L’index des cent nu méros publiés depuis sa fondation démontre bien le contraire.Il me semble important de le souligner.Si l’on regarde le nombre de sujets québécois traités dans la rubrique littérature, comparativement aux sujets étrangers, les livres québécois l’emportent par une centaine de titres.Si l’on fait le compte des sujets traités dans diverses autres rubriques (dossiers, entretiens, essais), on voit que les équipes de Spirale ont traité à peu près également de livres et d’auteurs québécois que de sujets étrangers.Dans le domaine des essais, Spirale a parlé de 200 titres québécois et d’environ 300 titres publiés ailleurs.Ce bilan comptable vient renforcer l’idée que la présence de Spirale est essentielle à l’ouverture du Québec au monde des idées.Signalons enfin deux autres publications du côté de la littérature.Moebius a réuni, sous la direction d'Hélène Rioux, un excellent numéro sur le thème du désert.Quant à Lu-relu, revue consacrée exclusivement à la littérature québécoise pour la jeunesse, elle propose un dossier bien documenté intitulé « Drogue et roman jeunesse ».On y trouve aussi un entrevue avec Mme May Cutler, éditrice de Toundra, ainsi qu’une rencontre avec l'illustratrice Claude Castilloux.De plus, un article de Jasmine Dubé sur le théâtre de jeunesse, ainsi que de nombreuses recensions complètent ce riche sommaire de Lurelu pour l'automne.Service 9645 fre*1* L’hiv^ Enfin, une voix feminine qui raconte sur un ton totalement nouveau le grand vertige de la solitude Lise Tremblay, L'hiver de pluie, 114 p„ 14,95 $ Un roman aussi déroutant qu un écrit anonyme jete dans la boite aux lettres de votre imaginaire DISTRIBUTION SOCADIS (514)331 3300 Le Devoir, samedi 6 octobre 1990 H D-3 GÉRALD TOUGAS ET ROBERT BAILL1E De la Sainte-Luce à la Saint-Basile Jean BASILE Lettres AQU( : ' J E voulais parler d Écrire de la fiction au Québec de Noel Audet.Je l’ai lu et je n’en parlerai pas.Sous un ton papelard, ce livre est un ramassis oiseux de tout ce qu'il ne faut pas sa voir.Je me fiche du Matou et desti rages.La fiction (quel terme ! ) s'é cnt au Québec comme ailleurs.La littérature est pour moi une forme d'art, l’expression d'une personnalité dans un style et pas le résultat de recettes orthopédiques.Voyons plutôt deux romans, Gé-rald Tougas, qui est franco-albertain mais qui habite à Montréal, est revenu aux sources de sa jeunesse avec un roman étrange, le second qu’il publie dans sa belle et longue carrière de professeur et d'essayiste : La Mauvaise foi Un bon point, il se moque de lui même et de ses théories de savant qu'il dénonce comme des errements de jeunesse.Parmi les pays francophones, a-t-il écrit, seul le Québec possède les at tributs de la souveraineté littéraire Cela prouve, une fois de plus, que la vérité se trouve dans les romans, non dans les essais.De même, U qualifie lui même son livre de Madame Bovary des Plaines.IA, il a tort.En fait de bovarysme, La Mauvaise foi est l’histoire d'une jeune femme.Irène, qui tente de se libérer d'un joug social et familial accablant Très belle, envoûtante même et d'une sensualité débordante, elle finira noyée (suicide ?meurtre ?) comme une banale héroïne d’Anne Hébert Nous sommes en Alberta dans les années cinquante.Gérald Tougas.qui connaît la musique rurale des Canadiens français de l'ouest, a de quoi dire et ne s'en prive pas.L'étrange, c’est que l'histoire des amours d’Irène soit racontée par son propre frère, maintenant un homme vieillissant.Oedipe aidant, il tente de reconstituer la vie sexuelle de sa soeur, dans le train qui le ramène de Montréal à son village natal de Sainte-Luce, tout en contemplant les courbes voluptueuses d'une voyageuse1 d'ailleurs odieuse.Mais il y a plus étrange encore Sous l’apparat d’un roman très cons truit, à la mode des années cm qualité, on découvre que lîérald Tou gas est un grand romantique 11 est dans la veine de Tourguéniev, quand il parle des plaines de son enfance On pense irrésistiblement à Emily Bronte métissée de T H Lawrence, quand il évoque son héroïne, vibrante de désir pour une brute écossaise, parmi les brumes qui montent et les chevaux qui sentent bon.À quarante ans, on regarde pour la première fois en arrière Si on ne le fait pas tout seul, la vie nous y invite par quelque surprise dont elle a le s»1 cret Gilles, le personnage principal de La Suit de la Saint Basile, le non veau roman de Robert Baillie, Tap prend fl ses dépens.11 est marié, pèiv de famille, professeur, propriétaire et.généralement, BCBG typique des années quatre vingt.Sa femme meurt dans un incendie qui ruine sa maison et ses livres.Son fils, qui a vingt ans, prend sa part d’héritage et part en France pour finir ses études.Gilles reste seul, dans une maison mobile avec, comme souvenir des temps heureux, sa BMW devant la porte Comble de malchance, il ha bite Saint Basile (d'où le litre) quand je ne sais plus quelle dioxyde empoi sonnait l’air.On comprend qu’il se sente abandonné et qu’il fasse de l’in somme Durant quoi, il tient son jour nul Dans la solitude, on a le temps de voir ce qu’on ne voyait pas En effet, Chantemé, 1er prix du concours XYZ Voici le texte gagnant du 1er prix du concours XYZ de la nouvelle Le 2e prix a été remis à Lori Saint Martin pour sa nouvelle Pleine lune et abricots et le 3e prix est allé à Germaine Dionne pour Le clou.Flora Balzano C’EST difficile de s’endormir attachée.On ne peut pas sucer son pouce, on ne peut pas se gratter, on ne peut pas manger ses crottes de nez, on ne peut pas mettre ses mains entre ses cuisses et se bercer, on ne peut pas se tourner sur le ventre et cacher sa tête dans ses bras.On (Huit seulement rester là, les yeux ouverts ou fermés sur le noir, à avoir peur de s’endormir et de rêver qu’on est enfin assise sur le bol froid des toilettes, à avoir peur de ne plus jamais réussir à s’endormir et de mourir trop fatiguée.Et puis on finit par s’endormir quand même, sans pouvoir profiter du voyage.Le matin, je suis toujours la première réveillée.Si je n’ai pas pissé, en attendant que ma mère vienne me détacher, je m’amuse à un jeu que j’ai inventé et qui s’appelle : Dredémolor.Je dis, mais pas fort, pas pour qu’elle m’entende vraiment, juste pour jouer, « Pêchetoimamandé ».On croit que ça n’a aucun sens.Ou « Mandépêchetoima ».On croit que ça n’a aucun sens non plus, mais c’est un language secret.Pour comprendre, il faut répéter le mot très vite et plusieurs fois de suite.La deu xième fois déjà on entend tout autre chose, et c’est cette autre chose qui prend toute la place jusqu’à ce qu’on s’essouffle.Ça marche avec n’im porte quel mot.Chantemé.Je l’attends.Pourtant quand elle arrive finalement, elle me fait tou jours sursauter.Elle dit, Toi, tu n’as pas la conscience tranquille.Mais elle se trompe; je n’ai pas pissé et elle est bien attrapée.Elle se penche sur moi, elle tâte mes fesses, elle tâte mon ventre, ma chemise, mon drap, elle dit, c’est tout sec, ça.Alors elle sourit avec ses dents du bonheur, ses dents écartées, et elle me détache.D’abord les pieds, ensuite les mains et même si je suis tout à fait capable d’enjamber toute seule la barrière de mon lit, elle me prend dans ses bras pour me descendre, Ooooh, qu’il est lourd le gros bébé, tu as bien dormi ?Elle m’embrasse en faisant claquer le baiser sur ma joue.Ah, là tu es bonne à embrasser, pas toute pissée dégueulasse, hein ?Là tu sens bon, ça fait plaisir au moins, non ?C’est pas mieux comme ça ?Dis-mois, c’est pas mieux que de me faire crier comme une folle ?— Si.— Si qui ?Si quoi ?— Si maman, c’est mieux.— Bien sûr que c’est mieux.Allez, serre ta maman fort comme tu l’aimes.Je mets mes bras autour de sa taille.— C’est tout ?Ah, bon, là c’est fort.Oui ma chérie, oui.Oh qu'elle l’aime fort sa maman, oui.Attention tu me fais mal.Bon, c’est assez, tu me fais mal.Arrête.Arrête.C’est assez je te dis, arrête.Tu arrêtes ?Mais arrête putain de merde, comment faut-il te parler pour que tu comprennes ?J’arrête.—Décidément, on ne peut pas être gentille avec toi.Allez, va, va vite.Je cours aux cabinets où je pisse longtemps parce que la pisse c’est comme la peine, plus on la retient plus il y en a.Ensuite je me déchire un morceau de papier.S’il y a une image dessus je la regarde, sinon je le froisse et tout de suite, je le jette dans la poubelle et, au lieu de m’essuyer, je me secoue.Après je grimpe sur le bol pour tirer la ficelle de la chasse.Des fois il reste une petite goutte, toute chaude, qui coule le long de ma ïambe, tandis que je rejoins ma mère à la cuisine, mais ça ne fait rien parce que je ne porte plus de culotte que je risquerais de salir, et que ce n’est qu’au réveil qu’elle me vérifie de sa main froide.— Tu t’es bien essuyée, ma poupée ?— Je réponds, Oui maman.Elle est contente, elle dit, C’est bien, tu es une grande fille.Mais en vérité, je suis une belle menteuse.Je m’assieds à table où elle me sert deux tranches de pain trempées dans l’huile et saupoudrées de sel.C’est bon.Ça dégouline sur mon menton.Fendant que je mange, je regarde ma mère.Assise près de l’évier, le moulin à café serre entre ses cuisses, elle moud le café et tourne, tourne la manivelle, très vite, comme un ma- DANS LES IITYPO LES MEILLEURS BOUQUINS Jacques Ferron Les confitures de coings Jacques Ferron LES CONFITURES DE COINGS récits, 208 p.- 7.9SS «.un des plus beau livre qui s'est écrit chez nous» Victor-Lévy Beaulieu, Québec-Presse TYPOIfl POCHE ¦¦ l’HEXAGON nège qui sentirait bon mais qui grin cerait.Four qu’elles tiennent remontées, elle a accroché les manches de sa robe de chambre aux épaules avec deux épingles à linge Ça lui fait comme deux petites ailes de bois.Mais d’habitude les ailes c’est en plume et c’est pour ça qu’elle ne s’en vole jamais.Ou bien alors ce sont des ailes d’ange qu’on ne jieul pas sa voir en quoi c’est fait.Du doigt, j’étale les gouttes d’huile qui tombent sur la toile cirée.Je trace un coeur de trêve autour d’un carreau blanc.Autour d’un carreau rouge je trace un coeur de sang.Un chiffon atteint sur la table — Tu as fini de téter ce pain et de me faire toutes ces saloperies ?J’avale, je me grouille pour e( facer les coeurs, bien comme il faut, qu’il n’en reste rien, qu’ils passent tous dans le chiffon comme un truc de prestidigitateur et zou, ni vu ni connu je t’embrouille.Sauf qu’il n’y a même pas une chance sur mille milliards qu’en se couaiit le chiffon on fasse apparaître une colombe ou un petit lapin.Un ca fard, ikhit-être, quand je |xise le chif fou sur l’évier.Ensuite nia mère me frotte la fi gure et les mains avec un gant de toi lotte Elle dit, allez, ouste, débar rasse moi le plancher Mais ne va Voir page D-6 : Chantemé "LE VRAI ROMAN D'OCTOBRE JEAN ROYER, Le Devoir msni Gilles voit un jeune homme qui a été un ami de son (ils c’ est le Dragon, beau garçon dont les boucles blondes s’enroulent comme des flammes sur un front bas Verlaine aurait su quoi en faire.Gilles est désarçonné Non, il ne s’agit pas d’une a\ enture sexu elle C’est la rencontre de l’homme civilisé et du jeune dieu sauvage En fin, pas si jeune dieu que ça l.e lira gon est vaguement pyromane, fu gueur, voleur, drogué et membre d’une bande de voyous dont le moyen de locomotion est une Trans Am On voit le genre Toujours est il que le narrateur, après de longues nuits d’insomme et, pour nous, de nom breuses pages déliera ce noeud La scène se joue dans un lieu soin bre.plein d’excréments, parmi des chaînes qu’on dessoude enfui Robert Faillie est un romancier doué et sérieux quoique relative ment indifférent au beau style puis qu’il croit que le mot • dégueulasse » existe et que, pour lui, rutiler veut dire briller II aurait pu traiter ce su jet, plutôt court, pour ce qu’il est une aventure psychologique intime et un peu scabreuse, dans le goût de François Mauriac.On nu sait quel dragon l’a poussé à grossir indéfi minent son sujet en y rajoutant tou tes sortes d'inventions rocamboles quos, discursives, descriptives et mo ralisatnces de jhmi d’intérêt.Une des plus inconvenantes est la suivante pour se venge1!' du Dragon, un benêt prétend lui inoculer le virus du sida avec une seringue infectée, si bien que le pauvre jeune homme ne pourra pas jouer les toréadors avec une certaine Carmen parce qu’il ne veut pas l’infecter à son tour Méri niée*, oui écrivait court, ne se serait pas gêné * Ecrire de la fiction au Québec, Noel Audet, essai, 200 pages, éditions Quéliec/Amérique, Montréal, 1990 * La Mauv aise foi, Gérald Tougas,' roman, 270 pages, éditions Québec/Amérique, Montréal, 1990 * La Nuit de la Saint Basile, Robot I Faillie, roman, ,V24 pages, éditions de l'Hexagone, Montreal 1990 Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS Aujourd'hui 6 octobre de 14h à I6h ROBERT BAILLIE La nuit de la Saint-Basile • l’Hexagone Vendredi 12 octobre de I7h à 19h ANTONINE MAILLET L’OURSÏADE ______LKN1ÉAC_______ Vendredi 19 octobre de 18h i 20h MONIQUE DEGRAMONT le maître de jeu PIERRE TISSEVRE Samedi 20 octobre de I4h à 16h ANNE-MARIE ALONZO L'Immobile • l’Hexagone Jeudi 25 oc tobre de I8h à 20h GASTON LAURION MARCELLE FERRON la* c rocodile amoureux EKJMANITAS _______ Vendredi 26 octobre de 18h à 20h EMMANUEL AQUIN 1120, av.laurier ouest outremont, montréai tél : 274-3669 Incarnations Boréal anne* 362 j ouïsP^ LOGIQUES LA VIE MODERNE 168 p.rallur* spirals 14,95$ MS-l)()$i| SIMPLIFIE ^ MS-DOS 3.3 ET 4.01 SIMPLIFIÉ par Sylvie Roy «Le guide de l’essentiel!» - Yves Leclerc, Im Presse Le best-seller de l’informatique.Bientôt 40 000 exemplaires! 128 p.reliure eplrele 18,95$ WORDPERFECT 5.1 SIMPLIFIE par Patrick cl Didier Mondes Le guide d'apprentissuge qui deviendra votre reliure spirale Pour comprendre WordPerfect 5.0 et 5.1.APPRENDRE LA COMPTABILITÉ AVEC BEDFORD Tome 2 par Hugucitc Brodeur teur et qui veulent en savoir plus: budgets, projets, commissions, inventaires, etc.OTUS 1-2-3 tIMPLE & RAPIDE iar Marie-Claude LcBlanc Qui a peur de Lotus 1-2*3?Une méthode pédagogique qui vous permet de maîtriser rapidement Lotus 1-2-3.En vente partout et chez L(K«IDISQUK Inc.1225, de Condé, Montréal QC II3K 2H4 (514)933-2225 FAX: (514)933-2182 Femmes de parole Un ouvrage essentiel qui fait la lumière sur le rôle méconnu joué par les membres des Cercles de fermières dans la société québécoise.En reconstituant le cheminement d'une des plus importantes associations féminines du Québec, Yolande Cohen propose des pages étonnantes sur l'histoire des femmes et sur la vie politique québécoise.le jour, éditeur Yolande Cohen 19,95$ i.iiixmim Di s< i:i;< lis | i» 11 iimiFhi s nr (,i(T:ni:c utij-mi l D-4 ¦ Le Devoir, samedi 6 octobre 1990 le plaisir des Hip, hip, hip, yuppie ! L'ÉCRAN DU BONHEUR Jacques Godbout, Boréal, « Papiers collés », 199 pages Robert Saletti S’IL N'A guère de réponses préci ses, l’intellectuel doit au moins fournir les questions.Dans le meil leur des cas, il questionne ces questions, de manière à empêcher la société de trop tourner en rond.L’intellectuel doit être avant tout uri intelligent avocat du diable.Au Québec, où le divorce des élites et de la population s’est appuyé sur une tradition bien ancree de dé magogie anti intellectuelle (sou vent entretenue par les élites elles-mêmes, pensons à Trudeau), on a beaucoup parlé de désenchantement postréférendaire.La pensée serait devenue un pensum.:.Or, Jacques Godbout persiste à réfléchir et continue de signer une oeuvre qui interroge notre identité nationale en même temps que nos comportements sociaux et nos activités de consommateur.De plus en plus, en fait, pour l’auteur de Salut Galarneau !, la question du Québec se pose en termes univer salistes, alors que Le Murmure marchand (titre d’un essai pré cèdent de (îodbout) étend son em pire et conditionne inévitablement nos réflexes nationalistes.L'écran du bonheur poursuit une réflexion dont la persistance et la cohérence sont peut-être les traits décisifs.Les roles de poète (peu connu), de romancier, d'essayiste, de cinéaste etd’éditoria liste que (Iodbout joue tour à tour, et très souvent concurremment, masquent simplement une même volonté : celle de traquer, avec des outils différents, les travers de notre société (québécoise, nord américaine, occidentale).Je le dis d’emblée, toutefois : en tant qu’assemblage de conférences, d’articles el d’éditoriaux prononcés ou écrits au cours des cinq dernières années, l/Écran du bon heur souffre d'une facture qui rappelle ce que Godbout se [liait jus tement à dénoncer : • une culture du factice et du transitoire ».En ce sens, sa lecture, pour agréable et stimulante qu’elle puisse être sur certains plans, la plume alerte et vive de l’auteur ne manquant jamais une occasion de se moquer des cocasseries du consumérisme ambiant, m’a laissé sur mon ap pétit.Les idées sont certes généreu ses et humanistes, qui dénoncent un phénomène sans cautionner son envers, la censure par exem pie par rapport à la pornographie, ou une certaine utilisatio drogue plutôt que la drogue en gé néral, ou le manque d’instrumenLs PHOTO DIMEDIA Jacques Godbout culturels, ou l’incurie d’un gouvernement.Mais, la démonstration se réduit trop souvent, me semble-t-il, à une sorte de caricature.L’écran du bonheur est une suite de flashes éditoriaux, d’instantanés, qui soulèvent des questions, bien sûr, mais sans vraiment toucher à leurs présupposés.Si l'on admet sans peine que la nature même de ces textes les assujettit à des contingences propres à l’actualité, à une rhétorique quelquefois sommaire, il n’en de meure pas moins que certaines af firmations courtisent dangereu sement le cliché.Sans être insen sible à l'ironie et au ton polémique de Godbout quand il explique, par exemple, la Révolution tranquille par la mise en marché de la pilule, ou la sensibilité québécoise par un mélange télévisuel de spectacles américains (à la The Trice is Bight) et d’érotisme français (à la Sexy Tolies), j’adhère beaucoup moins facilement aux généralisa lions qui servent de raccourcis à la démonstration et laissent peu de place à l’équivoque.Peut-on être complètement d'accord avec des énoncés comme : « Nous sommes passés d’une civilisation de l’oeil a celle de l’oreille et le téléviseur n’est qu'un haut-parleur »; « Le vidéo-clip est un langage primaire, au niveau des sons et des paroles »; « La vidéo a remplacé le film »; ou « Nous nageons dans la confusion intellectuelle la plus totale » ?Il est vrai que la cote du scepticisme n’a jamais égalé celle de l’assu rance à la bourse des idées.À la limite, on peut se demander si le procédé qui consiste à constamment créer des oppositions de type binaire — par exemple Etats- Unis/France pour expliquer Vhomo quebecensis, Hollywood -/ New York pour distinguer le spectacle et l’information, presse électronique / presse écrite pour circonscrire l'éphémère et l’historique — n'est pas lui-même un effet (réfractée) de l’idéologie technocratique dans laquelle nous baignons.Il est curieux de noter que ces oppositions délimitent souvent, par ailleurs, une perspective irivolutive.Notre société « in-volue »; c’est ce qu’on me permettra d’appeler, dans les circonstances, le syndrome du « chasseur de yuppie » On sait que, depuis quelques années et tout récemment encore, les jeunes essayistes ont pris l’habitude de pourfendre la génération des babyboomers dont le yuj> pie représenterait la quintessence.Aujourd’hui âgés de 25 à 40 ans, « enfants qui n’ont pas eux-mêmes d’enfants, sauf pour les consommer », riches d’un MOI qui souffre d'éléphanliasis, ces yuppies seraient partout, monopoliseraient la richesse collective et, ayant troqué le pot pour la coke et la commune pour le loft, auraient trahi tous leurs idéaux.Étaient-ils assez romantiques (ou naïfs, ou cyniques) ces jeunes soixante-huitards qui, comme dans cette scène du film Le Bal d’Kttore Scola, fumaient solidairement leur joint en écoutant Mi chelle ?Voilà qui explique, en dé finitive, le délabrement général (jui nous entoure.Mais au fond, on comprend bien pourquoi les chasseurs de yuppies se multiplient.C’est que, comme pour tout mythe qui se respecte, la valeur du gibier est d’autant plus grande que le gibier est rare.Je me souviens d’ailleurs d’un sondage (’HOP réalisé en 1987 qui démontrait que les yuppies ne constituaient que 0,5 % de la poplation canadienne et 1 % de la population québécoise.Et le chroniqueur de publicité-marketing du journal La Tresse de conclure que, tout compte fait, les yuppies étaient, du point de vue sociologique, davantage un mythe qu’une réalité, un mythe que les publicitaires et les commerçants ont tout intérêt à maintenir, question de perpétuer un modèle précis de consommation.La chasse au yuppie est commode en cela au moins qu'elle permet de faire maison nette et de préparer le terrain pour les nou veaux prophètes.Dans un de ses textes, Godbout s’en prend à la vogue actuelle de l’humour qui secoue, pour ainsi dire, le Québec, et s'avance à dire que son fondement folklorique l’empêchera de durer.Je n’en suis pas si sûr.Et si Ding et Dong et Rock et belles oreilles étaient au moins aussi drôles que Cré Basile et les Cyniques ?LES MALADIES MENTALES COMPRENDRE cest FONDAMENTAL TO Pour de plus amples informations sur les Il vrf LE DEVOIR Les soldats IL N'Y A PLUS DE HÉROS Richard A.Gabriel, traduit par Jérôme Bodin, Éditions Albin Michel, Paris, 1990, 220 pages Jocelyn Coulon LORSQUE vous voyez, quotidien nement, des photos et des images de soldats souriants, détendus, déterminés et qui semblent prêts à se lancer contre les forces de Saddam Hussein dans le Golfe persique ou contre des barricades dressées par des autochtones révoltés au Canada, ne tombez pas dans le piège trop fa file de croire que la guerre peut être exaltante et que ses acteurs en sortent couverts de gloire et d’héroïsme.Non.Quelle que soit son intensité, la guerre moderne est une activité destructrice à tout égard et les premiers intéressés, les soldats, n’en sont plus les héros, s’ils le furent jamais.Richard A.Gabriel, spécialiste américain des questions de défense, examine dans ce livre sur la folie et la psychiatrie dans la guerre moderne, un aspect bien particulier du problème : les effets directs de la guerre sur l’équilibre mental des soldats.Le bilan n’est guère glorieux.Ce bouquin,publié en anglais en 1987, est d'une brûlante actualité.L’auteur souligne que les conflits modernes, comme celui qui pourrait éclaté dans le Golfe, seront des centaines de fois plus destructeurs et plus meurtriers que la Seconde Guerre mondiale et que les premières victimes en seront les soldats et cela en plus grand nombre que pendant n’importe quelles guerres de l’histoire.Grâce à de nombreux exemples historiques et à sa connaissance de la psychiatrie en milieu militaire, Gabriel décrit comment les soldats, malgré une sélection et un entrainement de plus en plus sophistiqués, s’effondrent psychologiquement lorsqu’ils sont en situation de combat et même avant un combat et que cela n’a rien à voir avec la lâcheté.« L’histoire démontre qu’en dépit du meilleur entraînement, d’une bonne cohésion des unités, de la va- ne sont plus des héros i leur et de la compétence technique de leurs chefs, les soldats engagés dans la bataille succombent aux divers traumatismes et tensions découlant d’un environnement effroyablement destructeur», écnt-iL Ainsi, des soldats s’automutilent, deviennent sourds ou muets sans pour autant avoir des lésions physiologiques, cherchent des excuses pour être exemptés ou retirés du champ de bataille, développent des maladies somatiques, etc.À cause de ces effondrements psychiques, les armées modernes sont de plus en plus vulnérables.En 1867, lors d’affrontements avec les Indiens, plus du quart de l’armée américaine stationnée sur la frontière ouest déserta malgré les punitions très sévères.Durant la Seconde Guerre mondiale, 37,5 % des soldats américains impliqués dans des com-baLs en Europe subirent des déficiences neuropsychiatriques.Au cours de la guerre israélo-arabe de 1973, le tiers des pertes totales israéliennes ont eu, avant tout, des causes psychiatriques.Pour Gabriel les futurs conflits se- ront encore plus dévastateurs à cause des armes nouvelles, du combat de nuit et de l’impossibilité de se reposer à l’arrière du champ de bataille comme cela était possible auparavant, car cet arrière n'existe déjà plus, les armes nouvelles pouvant maintenant frapper n’importe où.» Le maténau humain de la guerre n’a pas changé; il n'est pas près de le faire, éent-ü.Ce qui a chanté, c'est la nature, le rythme et le niveau de mortalité dans la guerre.Jadis, les armements étaient adaptés à la capacité humaine à les servir.Aujourd’hui, c’est la capacité humaine qui doit être remodelée pour utiliser les armements.» Cette terrible transformation pousse maintenant les gouvernements à financer des travaux sur des substances chimiques qui permettront • d'annihiler la peur du combattant en contrôlant artificiellement son cerveau ».Gabriel lance un cri d'alarme pour que l'on trouve d’autres moyens de résoudre les conflits entre nations.Sinon, le soldat-chimique fera franchir à l’être humain « une nouvelle et terrifiance limite; celle-ci dépassée, il aura définitivement changé de nature et perdu son âme ».Le livre de Gabriel s’adresse avant tout aux Américains qui n’ont jamais connu une « expérience authentique et sanglante de la guerre ».Il souligne que ceux-ci ont trop tendance à voir la guerre comme une compétition technologique et un affrontement peuplée de héros indes tructibles.De plus, ils ont une vision naïve du combat et de son coût humain, vision entretenue par des médias puissants.« En effet, pour une grande majorité d’entre eux, les images de la télévision et du cinéma constituent désormais leur seule expérience de la guerre.» Mais au moment où l’armée canadienne n’a jamais été aussi active, ce livre bouleversant ne manquera pas d’intéresser n’importe quel citoyen surtout ceux qui réclament un peu rapidement l’intervention des militaires pour régler certains problèmes.+ Bailiie de la mémoire; enfin La Nuit de la Saint-Basile, écrit sous le signe du feu.Dans ce roman où le feu éclaire un monde baroque, Monsieur Gilles court à la catastrophe en notant dans son journal des événements qui relieront son univers aux cataclysmes du monde.Apparaissent alors autour de lui des personnages qui auraient pu habiter le film de Jean-Claude Lau-zon, Un zoo la nuit : le Frère Georges et le Dragon, les Chevaliers de McMasterville, mais aussi des fantômes qui hantent sa mémoire : celui de sa femme Monique, disparue dans l’incendie de leur maison, et la présence amnésique mais combien inventive de Lumina, sa grand-mère qui ne le reconnaît pas car elle croit l'avoir vu mourir ! Ces personnages mis en place, alors commence la danse du feu qui, comme le disait Bachelard, « couve dans une âme plus sûrement que sous la cendre ».La Nuit de la Saint-Basile n’est pas un roman écologique, mais psychologique et à portée sociale.La catastrophe de Saint-Ba-sile-le-Grand n’est qu’un prétexte pour la « dépollution » de l’univers de Monsieur Gilles, chez qui l’isolement If I'M ANITAS nouvelle optique SYLVAIN RIVIÈRE Sylvain RIVIÈRE L'ŒIF A DELA JAI NES ft «ri ' t L’ŒUF A DEUX (AUNES Théâtre Préface de Calixte Dugua\ Delire verbal, sagesse, rêves fous, âmes décal-vàtrées, tendresse et enervenient - les quatre personnages de L'œuf à deux jaunes attisent le feu qui couve à Ion- cendres des facilites quotidiennes.8b pages 12,95 5 Commandes téléphonique** acceptées 73'-1332 du deuil provoque une totale remise en question de ses valeurs.Au centre de ce roman, le feu sous toutes ses formes, de l’oeil à la foudre : feu destructeur ou feu purificateur, feu des métaphores, feu de l’eau-de-vie, feu du rituel et de la fête ou feu idéalisé jusqu’à la lumière.Feu aussi des textes d’Hubert Aquin (Neigenoire) et de Paul-Marie La-pointe ( Le Vierge incendié) qui accompagnent la traversée de Monsieur Gilles.Comme dans la plupart des romans de Bailiie, la quête de Monsieur Gilles (ainsi nommé par admiration pour le Journal d’André Gide, qui s’était laissé appeler « Monsieur Gilles » par les paysans de sa commune) concerne les parts du féminin et du masculin qu’on porte en soi.« Dans cette situation de veuvage et dans cet encerclement où il vit avec des êtres comme le couple Frère Georges-le Dragon, il est confronté à cet univers homosexuel, précise le romancier.Dans d’autres de mes romans, les femmes prennent toute la place.Ici, j’ai voulu aller plus loin dans mon questionnement sur les relations des hommes entre eux.Dans mon précédent roman, j’avais fait mourir mon Savaria, le motard, un peu trop vite.Le joersonnage revient dans La Nuit delà Saint-Basile sous les traits du Dragon : mauvais garçon, grand séducteur, un peu répugnant mais ayant un côté attachant.Fît j’ai essayé de voir jusqu’où Monsieur Gilles pouvait aller dans sa relation avec le Dragon.» Quand Monsieur Gilles choisit de tourner le dos au Dragon, il a refusé de faire brûler un livre, Le Vierge incendié.Cette fois, le Dragon n’aura pas gagné.Mais la « naissance » de Monsieur Gilles aura été difficile, comme toutes les « naissances » qui jalonnent les romans de Bailiie.« Mes livres se terminent toujours sur une ouverture, mais les personnages ont franchi une sorte de passage difficile.Il faut mériter pour arriver à la création, pour arriver à se créer soi-même.Monsieur Gilles, c’est quelqu’un qui se dépouille, qui descend socialement de son sommet Trinité pour arriver tout seul dans sa maison, avec toute la promiscuité d’un milieu qui n’est pas le sien et l’homosexualité qui vient le confronter dans ses valeurs.Sa femme morte, il croit pouvoir accéder à une certaine forme de liberté, mais il en est empêché par toutes sortes d’obstacles.Sans être un surhomme ni un héros, Monsieur Gilles parviendra à traverser toutes ces étapes et même à sortir de l’antre du Dragon.Chacun des deux aura conquis sa propre liberté.« C’est peut-être un peu ce qui se passe dans l’écriture, ajoute le romancier.Il existe une sorte de passage d’un livre à l’autre, qui n’est jamais facile et toujours problématique.Ce n’est pas tant la grossesse que l’accouchement qui fait mal, qui apparaît à chaque fois comme un • ¦ ¦ ultime Moi qiu «uis un ’Mon- rition, je me rends compte que je sms aux prises avec des éléments incroyables, qui m’ont porté jusque-là.Je suis pris avec le poids des mots et je me demande par quelle porte je vais m’en sortir.» Robert Bailiie fait écrire à Monsieur Gilles dans son journal: « (Le feu), j’en ferais ma poésie, si j’étais un poète » Ce roman de Bailiie est particulièrement habité par la poésie PHOTO JACQUES GRENIER Robert Bailiie — celle de Lapointe et d’Aquin mais aussi celle d’un personnage, Monsieur Gilles, qui cherche son noyau d’être.« Cela doit faire partie des grandes nécessités, me confie Bailiie.Pour moi, le passage de la poésie au roman s’est fait de façon un peu ma-gique et mystérieuse.J’ai évoqué des poètes dans mes précédents romans.C’est sûr que la flamme inhabitable de la poésie est dans La Nuit.C’est peut-être vers la poésie que Monsieur Gilles se dirige.La poésie est l’essentiel de toute écriture.Un roman qui ne touche ni de près ni de loin à cette flamme de la poésie ne m'intéresse pas.« Quand je cite les poètes, c’est aussi pour montrer au monde que même le travail d'un romancier accessible et populaire repose sur toute une tradition littéraire.J'ai lu ma littérature nationale et je sais qu’il y a avant moi des gens, d’Octave Cré-mazie et Laure Conan jusqu’à aujourd’hui, sur lesquels je me repose et grâce à qui je peux arriver à écrire ce que j’écris.« Le grand drame de Crémazie et des autres pionniers, c’est qu’ils ne pouvaient se fonder sur rien.Nous, nous n'avons plus besoin de fonder cette littérature, mais nous sommes là pour l’assumer et la brandir et dire : üsez-la, lisez-nous.Moi, je suis content des réussites populaires de notre littérature depuis les années 1980.Par ailleurs, j’ai toujours été frappé par un écrivain comme Michel Tournier, dont l’écriture romanesque va rejoindre un vaste public ru étudiée ts collèges .qu'eüe louche aux mythes.« Pour ma part, j’inscris dans mes romans des mythes et des symboles que j’ai pris chez les poètes et dont je leur suis redevable.Le mythe et le symbole, c'est ce qui fait toute la force d’une littérature.La présence de la poésie dans le roman, c’est la présence du mythe qui nourrit la prose, qui fait que tout en étant accessible à un large public le romancier rejoint l'universel.» OO L * le plaisir des ivres Le carnaval des animaux selon Bayon H Lisette MORIN LES ANIMALS Bayon, Grasset, 1990, 353 pages FAUT-IL être né à Séguéla, en Côte d'ivoire (dont n'est sans doute pas issu Séguéla, Jacques, roi de la pub et de la « Force tranquille ») pour être un zoophobe si convaincu ?Et pour pratiquer, à l'égard des bêtes, une curiosité doublée d'une telle cruauté ?Ce bes tiaire est, dans sa précision anatomique, son étonnante exactitude de vocabulaire, la plus fascinante description d’animaux, et même d’animalcules, qu’il m’ait été donné de lire de longtemps.Il ne faut pas s’attendre, néanmoins, à quelque mouture d’un culte franciscain de nos frères inférieurs.Ni même, en dépit de quelques fables rassurantes et poétiques, à l’anthropomorphisme d’un Jean de La Fontaine.Avec Bayon, « il n’y a pas de pitié qui tienne, les bêtes ont toujours le dernier mot ».Il faut donc s’en défendre.Rêvant un jour qu’il était victime des « animais », l’enfant que fut, et que demeure pour notre plus grande joie de lectrice, l’auteur de cet assez ef frayant manuel de zoologie, se représentait dans cette lubie fébrile.« C’était là un des plus sûrs ingré- dients du plaisir de nuire qu’offrait la démolition d'animaux — une vengeance individuelle et juste des intéressés.» La vie de l’enfant Bayon se vivait donc dans deux mondes différents.« Il m’apparut que chez nous, en France, en Europe, explique-t-il, les animaux étaient dehors (boeufs, chevaux, dindons) et que chez moi, en Afrique Occidentale Française, les bêtes étaient dedans : amibes, oeufs d'insectes, pa rasites équatoriaux, piqûres, morsures, contaminations insidieuses et fièvres de brousse.Je n’en con çus aucun sentiment », conclut-il laconiquement .On ne sait vraiment pas ce qu'est un enlacement de meduse si l’on n’a pas lu la description, à faire frémir, qu’en fait Bayon.Une expérience indubitablement vécue, avec sa suite de misères physiques, pendant des mois.De meme, sans crainte de nous écoeurer, mais avec les mots les plus justes, cet expert zoologue torturera, en Afrique comme dans le bourg des Pyrénées où il vit en vacances, toutes sortes de bestioles, sans éliminer les animaux domestiques.Les chats, les chatons, les chiens, les lapins, les canards y connaissent les pires outrages.( Madame Bardot est priée de s’abstenir : la lecture de Les Animais contient tout ce qu’il faut pour la révulser).Les morceaux de bravoure sont nombreux dans ce roman « natu rel » — comme on parle des Histoires naturelles, de Jules Renard.Il y a « le formidable événement » de PHOTO ARCHIVES Bayon la baleine échouée sur la plage.C'est presque insoutenable, mais extraordinaire de réalisme.Les noirs « rameutés des quatre coins du pays » se ruèrent sur le cétacé.« montés nus sur la fantastique charogne, à se disputer hache à la main, au milieu d’un tourbillon de mouches et oiseaux caquetants et puanteur inouïe, qui étourdissait dans un rayon de deux kilomètres, à s’arracher les meilleurs morceaux de cette montagne de gau grène ».Il y en a pour trois pages, de cette encre.fétide ! Bayon, qui eut une enfance ca tholique, baptisé, confirmé, deux fois communiant, se confesse de temps à autre.• J’avais, écrit-il, page 126, une conscience on ne peut plus aigue, donc, du mal, littéra foment que je faisais aux bêtes » Mais « mentir; tricher; songer in dolemment à des viols (de fil les).tout cela me semblait à la limite indigne d'aveu, en regard du grouillement de mauvaises pen sées, gravement, incurablement, sournoisement crapuleuses, qu’ex citait en moi l'idée de nies forfaits animistes.Tout m'était rien, les bë tes étaient tout» 11 arrive que des souvenirs très simples, communs aux enfants de France et de Séguéla comme aux enfants du Québec, feront rêver les lecteurs d'ici l'épisode du papier tue-mouche avec • les cartouches rouges ou vertes », ce papier col lant • où venaient se sacrifier en rangs serrés zonzonnants, armada infecte mais propitiatoire de guer hères nocturnes, à longueur d'été, les mouches Comme autant de tê tes jivaros minuscules accrochées à leurs scalps de pattes » 1 a mise à mort du cochon est aussi vivante — si l’on peut dire 1 — que dans le film de Pierre Perreault, tourné à Pile aux Poudres Moins réussi, il me semble, l'a vant dernier chapitre intitulé « Rut » Bayon m'y paraît sacrifier aux déviances sexuelles — tou jours, bien entendu, entre humains et animaux, qui n’ajoutent vrai ment rien à son roman, sinon le faire accéder ( ?) aux critères de la littérature actuelle, ou plus exactement aux modes qui regis sent l’institution littéraire pan sienne.Dommage ! Car la qualité de la langue, l'extrême agilité de ce romancier qui réussit à • s’autobio graphier » tout en se montrant, à maintes reprises, un émule 20e siè clede l'entomologiste Henri Fabre, lui mériteraient une place au pal marès de novembre.4 Parizeau aventures politico-financières qui ne manquent pas quand on exproprie des industriels.Mais, ne l’oublions pas, la nationalisation de l’électricité et la construction des grands barrages ont une valeur de symbole dans le monde d'Alice Parizeau.C’est le «je sais faire québécois».Il ne faut pas chercher dans les livres d’Alice Parizeau un style relevé et des expérience de langue.Romancière de faction et qui aime la fresque enlevée, elle est alerte dans le style directe.Elle n’a jamais aimé les expériences de langage populiste.Pour elle, le français qui était, somme toute, sa deuxième langue, était sacrée.Il reste son message car cette romancière, qui a atteint un grand public, avait quelque chose à dire.Elle a défendu avec tout son charme et ses crocs les opprimés, les démunis, les floués.Personnellement, elle a su fondre dans l’harmonie toutes les afflictions que l’histoire lui avait affligées dans son enfance pour devenir ce qu’elle souhaitait être : une écrivaine enracinée dans une histoire.Elle s’était occupée de l’enfance délinquante.Sur ce sujet, nous nous étions heurtés car mes positions sur la drogue étaient différentes des siennes.Je trouvais qu’elle voyait les choses ou de trop bas ou de trop haut.Elle trouvait que j’étais fou.Elle était aussi journaliste car elle tenait à rendre hommage à ses collègues québécois à qui, généreusement, elle souhaitait ses tirages.Plus tard, après le succès international de ses livres, elle s’intéressa aux écrivains de son pays natal quand, libérés du joug soviétique, ils purent de nouveau écrire en paix (et le ventre creux).Nos amicaux, mais trop rares lecteurs savent qu’Alice Parizeau a signé de nombreuses chroniques dans ces pages, sur ce sujet.La romancière Andrée Maillet, qui était une de ses grandes amies des derniers temps, m’a rapporté, dans des larmes, quelques-unes des dernières réflexions d’Alice Parizeau.Je vais mourir étouffée, lui disait-elle, et je regrette de ne pas avoir été la grande écrivaine que je voulais être.Le public lui a donné tord car ses romans ont eu de nombreux lecteurs enthousiastes et émus.Elle en aura beaucoup d’autres.La critique lui donne tord aussi car un tempéra- + Moravia Parmi les qualités les plus remar quables de ses oeuvres, on peut énu mérer l'innovation profonde de sa structure romanesque par rapport aux exigences fort contemporaines de ses personnages.Son italien aussi emboîte le pas à ses nouveautés, au cours des années 50 et 60, quand on a misé bien gros en Italie sur la création d’un langage littéraire abordable à tous.L’autre caractéristique de son art est, par contre, celle qui a donné lieu aux malentendus les plus spectaculaires, et c’est précisément la fonc tion de critique sociale qu'on a cru pouvoir attribuer à ses romans, lié las, Moravia était un écrivain bien plus instinctif que rationnel, et même si au fil des années on l'a reçu parmi les grands penseurs politiques (il devint aussi sénateur auprès du parlement européen), son écriture romanesque reste neanmoins pré dominée par les impulsions de ses entrailles.Il nous le dit lui-même, en appelant un de ces essais les plus révélants Engagement contrecoeur II nie avoir jamais pris au sérieux Freud ou Marx, et surtout il nie avoir songé à une critique sociale en écri vant son premier roman ou ceux qui l’ont suivi.Il n’admet avoir intellectualisé que ses rapports avec les femmes, choses dont il était fort fâ ché, puisque cela, de son propre aveu, lui avait fait rater bien des chances.Il y a enfin « l'intrigue avec sexe », composante rituelle de toutes ses oeuvres.Eh oui, c’est bien pour cela qu’on le lisait, qu'on le représentait, qu’on le discutait.L’Italie n’a pas eu au cours du dernier siècle des ro manciers comme les frères Concourt, ou Zola, ou Flaubert.Même les libertins les plus outrés du 18e siècle, tels que Casanova, ont choisi le français pour s'exprimer Le sexe en littérature, juste avant l’événement du petit écran, tout-puissant, était nouveau, choquant, ravissant, bou- DANS LES IITYPO LES MEILLEURS BOUQUINS r Paul-Emile Borduas Refus global et autres écrits fi TYPO «»**•» PHOTO ARCHIVES Alice Parizeau, photographiée II y a plusieurs années.ment d’écrivain comme le sien fait marque dans la littérature.Et puis, quand un écrivain meurt, ses livres se libèrent et respirent d’une autre façon.On pourra maintenant comprendre et dire sans être indiscret les détours d'une oeuvre si vivante quand on la lit qu’on ne voit plus qu’elle est complexe.C’est une piètre consolation mais c'en est une.Le dernier texte, encore inédit, qu’a écrit Alice Parizeau est une préface pour Le Doux Mal d’Andrée Maillet (à paraître dans Typo).Elle y écrit : « Pour vivre elle a besoin de créer, pour comprendre elle a besoin de raconter dans une trame romanesque son propre milieu et son propre pays».Alice Parizeau parle d’Andrée Maillet, oui, mais elle parle d'elle aussi car c’est exactement ce qu’elle a fait.NDLR — Les romans d’Alice Parizeau cités dans cet article sont publiés aux éditions Pierre Tisseyre et aux éditions Québec/Amérique.Je remercie Alain Honc, directeur des éditions de l'Hexagone, de m’avoir communiqué le texte inédit d’Alice Parizeau.NOUVEAUTÉ LF.PARF1 M 1)1 I \ IKK LIT R Des millions de femmes sont violées par des hommes depuis des millénaires.Puis quatorze femmes sont exécutées à Polytechnique au bout du fusil et du sexe mâle En vente chez votre libraire ou AUX ÉDITIONS DE LA PAIX 125 LuMter, St-Alphon» d# Grenby JOE 2A0 DENIS VANIER LES STARS DU RODÉO « Les installations délinquantes de Denis Vanier.» Daniel Carrière — Le Devoir POEMES en vente chez votre libraire ÉCRITS DES FORGES ’ "w; J ,1 ; ^ / / H n «y r* * v : 1 * Paul-Émile Borduas REFUS GLOBAL ET AUTRES ÉCRITS Essais.320 p.„— 8.95 $ Mditre-livrr qui a présidé à la formation du Quétx>( contemporain TYPO II POCHE ¦¦ l’HEXAGON Le Devoir, samedi 6 octobre 1990 ¦ D-S.Alain Bosquet en terrain libre LA MEMOIRE OU L'OUBLI Alain Bosquet, Grasset & Fasquelle 1990 Jean Royer ALAIN BOSQl' K.l’vit au centre de la république des lettres françaises depuis 30 ou 10 ans Poète, roman cier, essayiste, mais aussi critique publiant à gauche et à droite, cet ac leur jouit du privilège d'être en même temps le témoin de la vie lit téraire contemporaine La Mémoire ou /'(>ubli est un livre qui réunit toutes ces facettes de l’homme de lettres Présenté comme galerie de souvenirs et de portraits d'écrivains, l'ouvrage est aussi coin posé d'autoportraits à l'acide de no tre auteur.J'ai toujours connu Alain Bosquet comme une sorte d’aristocrate des lettres, se tenant en marge des opi nions courantes, ne se fiant qu'à son regard et à sa lecture des oeuvres, à ses amitiés aussi, avec cette « désinvolture (iiui) est, dit-il, la politesse des désespérés » On retrouve ici un Bosquet cynique à souhait, refusant de se faire juge au milieu d'une galerie d'écri vains où il ne manque pourtant pas de se placer au premier plan Mais quel écrivain français contemporain est allé aussi loin que Bosquet dans le regard de soi, sans complaisance m pitié, jusque dans le détail quotidien ?Dans le Journal de Mathieu (îaley, l'amertume était évidente.Chez Bosquet, le témoin reste attentif sans diminuer les acteurs choisis Ainsi Bos quel, qui a le plus fait pour faire con naître Saint John Perse en France, nous trace un portrait qui fait la part de la figure légendaire et de la personne réelle du poète.Loin de ramener tout A son profit, Bosquet se met en jeu de façon absolument souveraine, dans ce livre D'autre part, le pessimisme de la vérité concerne ici, non seulement la condition d'écrivain mais encore la condition humaine.Certes, l'auteur ne manque pas de chercher à déplaire aux uns — ce qui fera le plaisir des autres Mais quelle joie pour le lecteur de se retrouver avec Alain Bosquet en terrain libre, PHOTO JACOUE S R OBI RI Alain Bosquet emporté par le si vie éblouissant de l'écrivain.Le livre propose quelques pages d'un • Registre » compile au fil des rencontres et des lettres d'écrivains reçues depuis 35 ans (plus de 1000, dit l'auteur).A cela s'ajoutent, à toutes les 20 pages du livre, des portraits sans date d'écrivains qui ont manpié Bosquet d’une façon ou d’une autre, dans l'amitié, l’amusement ou l'ail miration Aragon, Saint-John Perse, Breton, Michaux, Paulhan, Thomas Mann et quelques autres L'ensemble est un délicieux cock tail sur glace, au goûl acide et qui nourrit un sourire cynique Lisez pai exemple cet autoportrait du can didat fl l’Académie qui fut débouté dans ses prétentions « Une crise de confiance en moi même m'a poussé, au printemps dernier, à me présen ter in extremis à l’Académie.Je suis à cet égard un vrai métèque les; honneurs, sans que je les cherche, ne me déshonorent nas Ce Jeu-là est-il si différent de la roulette, du poker ou du turf ?.l’étais en manque de sa lamalccs et de pirouettes : entre II las et fraises, pourquoi ne pas en faire son ordinaire, sans tomber dans1 le piège que je me tendais à moi même ?» leversant.Et surtout, il ne faut nas l’oublier, les Italiens en avaient fort besoin après autant de siècles de di sette.Dans les livres de Moravia, ils ont donc bien trouvé ce qu'ils cherchaient, et même davantage, Mais, c'est justement là le malentendu Moravia était peut être dé traqué, mais il était honnête : honnête comme écrivain, bien entendu Dans sa vie, un chaos — telle qu'il l'a définie lui même — il n’a discerné qu’une ligne droite celle de son oeu vie littéraire, ("est là qu’il faut cher cher sa logique, sa droiture, voire sa moralité, oui, sa moralité profonde Puisqu’il essayait, justement, de dé passer le gouffre en le représentant, ni plus ni moins comme l’ont fait les auteurs d'oeuvres infernales, de la 1 Divine comédie au Faust On l'a donc lu en lui attribuant des buts de mai chandise littéraire, dont il n'étalt pas capable ou coupable, puisqu’il était .hanté par un tout autre souci.Je le ; plaeerais par contre à côté de Pu vese pour ce qui en ait de l’honnêteté ' littéraire, et si le premier s'est sur cidé et l'autre a attendu patiemment la mort, c'est que Moravia, jusqu'à la dernière minute, a oublié la mort, mil ne pensant qu’à la mère, la seule image qui ait vraiment rempli so* esprit et son écriture.NDLR — Serpio (liliirtllno est pro fesse unie littérature italienne h fa Faculté (l'étuilcs italiennes de t'tlnl versité McGill Evitez la fumée Pour mieux respirer GF-Flammarion les œuvres-clés d'hier et d'aujourd'hui GF Flammarion une démarche éditoriale de qualité • Plus de 500 litres sélectionnés parmi les grandes œuvres de la littérature française et étrangère.• Chaque édition est accompagnée d'un appareil de texte rigoureusement établi par les meilleurs spécialistes (introduction, chronologie, bibliographie).• Une présentation élégante et raffinée.éi iH P-6 B Le Devoir, samedi 6 octobre 1990 le plaisir des Le jugement dernier et l’anatomie d’un film Ü—-JL PHOTO ARCHIVES Dizzy Gillespie TRUFO A MISTO « CHARLIE PARKER conclut son éblouissante démonstration de bebop sur un riff virtuose, qu’il acheva a brûle-pourpoint Après une telle mu sique, le silence parut d’une proton deur et d'une qualité particulière, qui affectèrent jusqu’aux poissons rou ges dans leur univers circulaire : Ils cessèrent de tourner en rond Cette brève mais percutante dé finition de l’effet produit par les fado-do de Charlie Bird Parker sur d’aimables poissons est la propriété de Russell il Greenan.Kite est si tuée sur une page au chiffre impair.Il s'agit donc d’une page de droite.La 215e d’un roman où il est justement question de droite et de gau che.De bruits impérialistes et de tuteurs révolutionnaires.Pour ce ro fnan, Greenan a choisi un titre fort approprié : lai nuit du jugement der nier.Il s’achève à la 316e page.Une page de gauche.L’éditeur ?Sombre crapule Originaire de New York mais vi vant à Rome, Greenan ne précise pas à quel solo de Bird il fait allusion.Mais tout consommateur averti de la chose vous dira que puisqu’il est question d’un extrait qui se termine « à brûle pourpoint », donc en queue de poisson, il s’agit obligatoirement de la pièce intitulée.Mohawk.Lo gique.Pour s’en assurer, il suffit d’é couler ce Mohawk enregistré pour Verve le 6 juin 1950 à New York en compagnie de Thelonious Monk, Gurley Russell, Buddy Rich et.Di/./.y Gillespie.La première fois que Dizzy a en tendu Bird, il y a fort longtemps de cela, l’effet fut le suivant : « Quand il a commencé à jouer, mon corps s’est mis à trembler et mes jambes se sont transformées en choucroute.» Ce souvenir que conte Gillespie est à la page 55 d'un album magnifique — Dizzy Atmosphere.Conversations avec Dizzy Gillespie — que lui a consacré Actes Sud et l/Institut national de l'audiovisuel.Sur la page 54, il y a une photo hypnotisante de Dizzy signée par Guy Le Guerrec.Depuis des années et des années, ce breton suit comme un indien les musiciens de jazz.Il les suit à la trace pour imprimer des traces en noir et blanc.Le Guerrec ne fait pas dans la couleur.Pourtant, ses photos de Dizzy, Max Roach, liai Singer, Mi les Davis, Stan Getz et quelques autres membres de la confrérie bebop sont relevées.Le Guerrec a le sens du relief.C’est beaucoup.En vérité, cet album n’en est pas un.(’’est très sérieux.Ce qu’on nous présente comme un livre de 108 pa ges est en fait la traduction d’un film documentaire réalisé, en l’espace de trois jours, par Frank Cassenti.La photo, on le répète, a été signée par Le Guerrec avec, ici et là, de superbes portraits effectués par Bertrand Desprez.Les dialogues avec Dizzy, Max Roach, Hal Singer et Maurice Cullaz.ont été menés par Laurent Clarke et Frank Verdun.Au début de cet album, une biogra phie succinic souligne qu’à deux reprises au cours de sa longue aven I ure terrestre John Birks Gillespie, né le 21 octobre 1917 en Caroline du Sud, s'est présenté à la présidence des.États-Unis d’Amérique.À la page 64, ce doux dingue sou ligne à cet égard, « on avait organisé une fête dans un parc de Chicago, ré puté pour ses meetings politiques.Il y avait mon nom partout, sur des autocollants, des badges, des ceintures, des ballons, partout.Dizzy For President.("était vraiment drôle ! Tout le monde s’est bien amusé.» À l'exception de Vincent Bellamy, Freddie Duro, Stephanie Williams, Mae Meyer, ou Florence Hoskins.Ces cinq « troublions » à la fibre anarchisante ou écolo se sont tous rencontrés justement à Chicago lors de la convention démocrate de 1968 qui, on l’a peut-être oublié, s’est terminée en queue de poisson.Dans le roman de Greenan, et vingt années après 1968, nos cinq lascars se retrouvent à Boston.Vincent est colporteur.Il vend des bijoux.Il n’est plus un enfant de Bakounine.Il est un enfant de Montaigne.Vincent est un humaniste.La théorie du grand soir, grâce à ses lectures de Shakespeare, Conrad, Zola et d’un certain bouquin de H.G.Wells intitulé Fssai sur l'histoire, il l’a bazardée en cours de route.Sur sa gauche, se trouve Freddie Duro.Un dur de dur.Un bonhomme qui, en cours de route, est passé du statut de manifestant à celui de nihiliste.Duro, il fait dans l’absolu.Entre la convention démocrate et l’enlèvement de Jeremy Koy, un riche assureur bostonais, il a appris le maniement des armes et des ruses terroristes dans les camps libyens.Il est un desperado de l’internationale anarchiste.Il veut tout faire sauter à l’exception des réverbères qu'il souhaite sauvegarder pour mieux pendre les « exploiteurs ».Pour son en- treprise, il compte sur le fanatisme de Mae Meyer.Une Calamity Jane des temps modernes.L’humanisme de Bellamy, même si celui-ci va participer au kidnap ping de l’assureur, va se confronter à l’obsession révolutionnaire de Duro.Mais également, voire surtout, à l’élitisme de Richard Pearlmother.Celui-ci est un latiniste prônant rien de moins que le retour à l’esclavagisme.Dans le Boston « underground » Pearlmother organise la décadence comme Caligula en son temps le faisait.Autrement dit, pour ses séances nocturnes qui régalent le « grattin » bostonais, il emploie tout simplement des humains qu'il a réduit à.l’esclavage.De la confrontation idéologique et de l’affrontement physique qui en découlera, Bellamy va triompher avec tous les honneurs.Greenan, auteur âgé de 65 ans qui émaillé son texte de citations latines et de références à Bob Dylan ou Eric Clapton, a fait de Bellamy un héros très 19e.Son entreprise romanesque est une réussite totale.Bellamy ou plutôt Greenan est l'idéaliste « Gillespien » du « polar > moderne.Son roman est aussi humain et suave que le solo de Dizzy sur Now’s The Time.+ Chantemé lias trop loin que j’entende les bêtises que tu fais Si j’ai pissé, je suis glacée.Ses savates claquent sur ses talons nus.À chaque pas qui la rapproche de moi, mes oreilles bourdonnent un peu plus, ma tête élargit puis rapetisse, élargit, rapetisse, va donne envie de vomir mais tout ce qui sort de ma gorge ce sont des petits cris de chien.Elle ne me détache pas.Elle reni fie, elle dit, Tu pues.Elle me crache à la figure, elle me frappe en criant, Saleté, salope, pourriture.Je pleure, Chut maman, chut maman.Elle re monte ma chemise sur mon visage, elle appuie fort de sa main dure, elle dit.Tu la fermes ta sale gueule ou je t’étouffe ?Je me tais.J’attends qu’elle ait fini.Ce n’est pas fini.Je ne vois pas ce qu’elle fait mais je devine.Je l’entends farfouiller dans la cuisine.J’essaie de coller mes jambes l'une contre l’autre mais je n’y arrive pas; je tire mais je n'y arrive pas.Soudain elle écarte ma fente et la remplit de piment broyé.Ça brûle comme le sirocco qui hurle dans le ciel rouge.Plus tard elle me détache.J’ai du mal à m'agenouiller.Je demande Pardon maman, pardon petit Jésus.J’ai du mal à marcher, j’ai du mal à m’asseoir.Elle dit, Bouffe, saleté.J’ai du mal à avaler.Deux tranches de pain trempées dans la morve et saupoudrées de honte.Je mange tout, jusqu'à la dernière miette, je ne dis rien, je ne regarde nulle part, je m’en fous.Dehors aussi c'est la guerre.Tout le monde se fait tuer.Ils explosent, pouf, leurs corps tout démantibulés par les grenades.Moi ça prend plus de temps, c’est tout.Après, ils ont la paix.Ils montent au ciel, sans leurs corps toufus, où il n’ont plus jamais mal, plus jamais envie de pisser.Ou bien ils se font couper la tête, couic, et ça revient au même.Ou bien ils se font attraper, ils se font déshabiller, ils se font pendre par les pieds, dans la rue.tout nus, et c’est la dernière fois qu’ils ont peur.On les voit qui traînent presque sur le trottoir, avec leurs doigts en moins parce qu’on a pris leurs bagues, ou plus de mains du tout parce qu'on a pris leurs montres.À l’envers, ils ont des yeux blancs fixés sur les crachats, et le ventre ouvert, les entrailles qui sortent et les mouches qui entrent.Pour leur fermer la gueule définitivement, on a enfoncé leur zizi et leurs eouilles dedans.Tout saignants.C'est comme ça.On a tous un ennemi.Des fois c’est le même pour tout le monde, c’est le chef du pays.Des fois on-en a un bien à soi, c’est le chef de famille.LORSQUE LES MATHÉMATIQUES SONT UNE JUNGLE.nombres ;alcu\ sut i» ATH Les enfants peuvent réussir> c’est mathématique! 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Comme dit Bourgault.Quand je passe rue Viger est devant l’Union Française (majuscules ?) je tourne la tête vers le fleuve.J’ai un peu de honte.Non pour la France, aussi belle que le Québec, aussi variée, complexe et féconde, mais pour Paris qui ne « vote pas » les crédits nécessaires à la pure et simple réhabilitation d’un des plus beaux immeubles de Montréal.Un minimum de respect, messieurs les fonctionnaires de la francophonie.L’immeuble de la rue Viger est, en l’état actuel, ressemble à un réfectoire de couvent désaffecté.Ce devrait être un beau lieu de rencontres et non plus, à l’abandon, un symbole de « mésentente cordiale ».L’entente doit régner.Ce lieu restauré aurait de l’emploi, de l’exploit.Qui décide quoi ?Et quand ?Cela urge.L’automne vire à l’hiver.Le vent mordille déjà comme un chaton, le soleil bascule, faut-il tondre la pelouse du petit jardin avant les grands froids, la main gauche tremble avec sa cigarette, la main droite hésite avec le stylo, il y aura toujours assez d’amis pour l’entendement, l’esquisse est plus belle que l’oeuvre achevée.L’humain aura toujours le mot naissant.Montreal Photographies de Michael Drummond Présentation de Michel Tremblay MONTREAL ASraphmue MK IIA!I ITRUMMONL) MH.HH IKIXtKI ,-Vr Deux talents exceptionnels se sont réunis pour ce portrait inédit de Montréal Tout ce qui fait cette ville vibrante 14g pages et chaleureuse est là.-¦ Sous xos veux.39.95$ En vente che: votre libraire Éditions Hurtubise HMH 7360.boulevard Newman LaSalle (Québec) Tél.: (SU) 364-0323 hurtubise hmh mmmmtammmmmmmmmismmmmm 4
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