Le devoir, 20 octobre 1990, Cahier D
ILS ES ÎLE E> f à • le plaisir des ivres /(¦ plaisir Montréal, samedi 20 octobre 1990 NATHALIE PETROWSKI Les ongles de la tigresse Odile Tremblay ELLE ÉTAIT quelque peu nerveuse ce matin-là.À quelques heures du lancement de son livre, juste avant que ne retentissent le premier haro ou le premier hourra des lecteurs et de la critique, Nathalie Pe-trowvski, dite la tigresse, ne portait pas au sol.D'éner vement, de hâte aussi.Il faut dire que le roman en question est devenu mythique à force d’être attendu par les amis, par les ennemis, par les lecteurs.Ses trois années passées à écrire II restera toujours le Nebraska ont nourri le suspense.La jour naliste choc serait-elle devenue un écrivain ?Tous supputent et s’interrogenL Mais loin de ces clameurs, Nathalie Petrowski se dit bien consciente de üvrer un tout premier roman avec ses points forts, ses faiblesses, ses limites.Il faut dire qu'à force de critiquer les autres, elle s’est blindée contre la critique, sauf contre la sienne, la moins complaisante peut-etre.« Si je dois passer au cash, allons-y », dit-elle.Au cours d’une tumultueuse carrière journalistique, son style percutant pour ne pas dire féroce ou dévasta teur a fait grincer les dents et couler les larmes des vedettes.Nathalie, c’est la dent dure du DEVOIR depuis 1976, l’ex-petite jeune qui a mis la musique populaire à la une des pages culturelles, qui a brassé la cage des artistes et un peu du Québec, qui a espéré à vingt ans changer le monde et le journalisme par ricochet, qui s’est faite haïr, ou admirer au passage.C’est aussi une chrom queuse cinéma, spectacles, et une des comparses de la Bande des six.Pourtant au fil des ans, la tigresse s’est adoucie, humanisée, on l'a vue montrer patte blanche et épargner magnanimement une victime ou deux.• Mes griffes sont devenues des ongles », précise-t-elle.Un des secrets de cette métamorphose de fauve en humaine : la rédaction du roman qui sort tout chaud aujourd’hui.Ce travail l’aurait humanisée, aidée à sortir d’elle-même, à observer, à découvrir les autres également.« Pour écrire, il faut que tu sois présente à tout.Or, j'étais plutôt d’un genre absent ».Elle rit avant de conclure, moqueuse : « Ce livre a apporté un sens à ma vie » II restera toujours le Nebraska est une brique de 325 pages explorant la vie trépidante d’Alice, une baby boomer en quête d'elle-même et de l’amour.Coincée entre un chum au passé insaisissable, sa propre enfance chaotique, les malheurs amoureux des copines et de vagues désirs de création, l'héroïne rebondit comme une balle de billard à la surface des événements.« Alice, c'est quel qu’un de déconnectée, qui vit à côté de ses pompes et cherche désespérément on ne sait quoi, tranche Nathalie Elle ressemble à ce qu'on est tous un peu dans la société moderne ».Le livre se veut un roman drôle, flirtant avec l’ironie, courtisant l'autodénsion, évitant les eccueils et les profondeurs du drame, surtout.Autobiographique, Il restera toujours le Nebraska ?* Oui et non Je me suis inspirée de ma vie, de mon en fance, de mes rapports avec mes parents, puis j'ai trans posé, imaginé, travesti les faits.Pour faire de la bonne fiction, tu dois faire du mauvais journalisme ».Sa crampe d’écriture ne date pas d’hier.À dix ans.cette première en composition noircissait les pages d’une histoire de princesse et de donjon, à 16, elle osait quel ques poèmes tourmentés, avant de verser à 21 ans dans le journalisme, un peu par hasard, alors que le cinéma l'attirait bien davantage.Mais elle avait du style, un beat, « J’écris de façon sonore.C’est cette musique qui me plaît », avoue-t-elle Pourtant, c'est bien connu, le journalisme est un pou le fast food de l'écriture.Sitôt lu, sitôt oublié.« Un métier ingrat, tout en surface et pas toujours très humain », tranche-t-elle.« Mais dans un journal, on a un sujet à traiter, un cadre, alors que l’écriture de fiction nous entraîne devant rien, devant un mur.C’est flou, c’est épeurant » Tellement épeurant que Nathalie a quelque peu paniqué devant sa page blanche.Elle qui produisait à une vitesse folle, s’est retrouvée seule au studio du Québec à New York, avec sa bourse du ministère des affaires cul turelles, la paix, un téléphone muet et.une écriture en panne.« J’étais paralysée par mon esprit critique, ren voyée à moi-même, à mon sentiment d’incompétence.Un mauvais quart d'heure», résume-t-elle.Trois années et quatre versions plus tard, il lui semble qu'elle pourrait polir son texte dix fois encore, en faire autre chose tout à fait.« Mais ce que j’ai appris en cours de route servira à mon prochain roman », décide-t-elle.Car la carrière littéraire de Nathalie Petrowski ne s’arrête pas ici.Son deuxième roman aura sans doute pour cadre un milieu journalistique à la Allô Police.Dans un genre mi-suspense, nu psycho, elle veut le creuser da vantager, fouiller le décor comme les personnages en ap privoisant lentement le tout nouveau métier qu’elle re vendique : celui d’écrivain.PHOTO JACQUES GRENU H Nathalie Petrowvskl a lancé cette semaine son premier roman, Il restera toujours le Nebraska.OCTAVIO PAZ À l’écoute de la rumeur des mots PHOTO AP Octavio Paz vient de recevoir le prix Nobel de littérature.Jean Royer OCTAVIO PAZ, qui vient de recevoir le prix Nobel de littérature, est a la fois le plus mexicain et le plus universel des poètes contemporains.S’U n’est pas le poète le plus populaire de sa littérature (ce serait plutôt Jaime Sabines), il reste le plus connu en dehors du Mexique, grace principalement à sa carrière diplomatique et à ses amitiés avec les surréalistes français ( Péret, Breton et Michaux, surtout).Il incarne la figure de l’humaniste ouvert à toutes les formes de culture et d’expression : mexicaines, européennes et orientales.Comme intellectuel il articule sa réflexion sur la littérature à celle sur les cultures.Et pour lui « la vision de la poésie est celle de la convergence de tous les points ».Paz a aussi épousé l'éthique (mais non l’esthétique) des surréalistes en soutenant que la poésie est un acte d’insurrection et de révolte permanente, dans sa quête ontologique et métaphysique.Né à Mexico en 1914, Paz est devenu un des intellectuels les plus influents de l’Amérique latine en même temps qu’un poète considérable.Dès 1931, il fondait sa première revue, Barandal, et quarante ans plus tard, il fondera la revue Plu rai supplément du quotidien Excelsior.À cause d'une mésentente avec le journal, il quittera Plural pour fonder Vuelta, qui aura autant d’influence sur la vie intellectuelle mexicaine.Sur le plan politique, l’homme se retrouve en Espagne avec les écrivains républicains contre le fascisme, en 1937.« L'Espagne m'aura appris le sens du mot fraternité », dira-il.Puis, après avoir vécu aux États-Unis (1943-1945), il embrasse la carrière diplomatique et fréquente les surréalistes à Paris (1946-1951).Aujourd’hui Paz se présente comme un « gauchiste désillusionné ».Il a démissionné de la diplomatie en 1968, au moment des massacres des étudiants de Mexico.Il avait été en poste au Japon et en Inde, se familiarisant avec ces cultures orientales.Ainsi faut-il parler de « la planète Paz », dit le poete et critique Claude Beausoleil dans son Anthologie de la poésie mexicaine (1) « cette oeuvre singulière est la synthèse person nelle des mythes mexicains des on gines, de la lecture de la poésie amé ricaine (T.S.Eliot surtout) et de l’ap^ port des données du surréalisme français ».Il y a dans la poésie de Paz, ajoute Beausoleil, « une écoute de la rumeur des mots qui fait osmose avec celle du monde ».Paz, en effet, poursuit une oeuvre d'essayiste et de poète qui tient compte des réalités individuelles et historiques.Pour lui, « la langue est la seule patrie du poète ».De là, pen sée et poésie se croisent et s’alimen tent jKiur nous donner une oeuvre de poète et d’essayiste attentif au monde d’aujourd’hui dans ses • points de convergence».L’essayiste a d’abord inventorié la réalité mexicaine, dans ses identités diverses, avec Le Labyrinthe de la solitude (1950).Puis il a abordé lar gement la question de la poésie dès 1956 dans L'Arc et la Lyre, suivi de Le Singe grammairien, La Fleur saxifrage et, plus récemment, Points de convergences.De ce dernier essai, à partir d'une réflexion sur la poésie actuelle, il examine la conception du temps dans la civilisation occidentale, note Nairn Kattan (2), qui ajoute que pour Paz « les États-Unis et l’Amérique latine incarnent deux versions différentes et peut-être irréconciliables de la civilisation occidentale».La poésie d’Octavio Paz est constituée de trois grands cycles qu’on re trouve dans six recueils traduits et publiés chez Gallimard.Liberté de parole réunit les trois premiers re cueils du poète, épousant l’esthétique symboliste avant de subir l’influence surréaliste.Mais déjà s’amorce, note Claude Roy dans sa préface, la ques tion qui ne cessera de s’élever dans les oeuvres à venir du poète : « Où trouver l'homme, celui qui donne vie aux pierres des morts, celui qui fait parler les pierres et les morts ?» Dans les poèmes réunis sous le ti tre Versant Est puis l)’un mot à l'uu Ire, écrits à la suite d’un long corn pagnonnage avec l’Orient, Paz pose la question métaphysique et s'inter roge sur le temps.« Il n’y a rien en moi sauf une grande blessure », écrit le poète solitaire, dont le destin reste exemplaire d’un engagement envers le monde et le langage.- J’aspire à l’être, l’être qui change, non au salut du moi », a l il déjà écrit dans l.'An et la Lyre Puis dans les poèmes réunis sous le titre D'un mol é nétration d'un foyer québécois sur six; 1,5 million de livres vendus chaque année, 1,3 mil lion de catalogues distribués par année; 26 millions $ de chiffres d’affaires en 1989, 10 % du chiffre d'affaires du marché de l'édition Québécois; 11(1 employés salaries, etc.Qui a dit que le marché du II vie était restreint ?Le1 président de ce club, Mi chel l.ahaye, n'hésite pas à parler do véritable phénomène de société.• Qu’on ait atteint autant de membres signifie que notre présence correspond à un besoin, ce n'est pas seu lenient le résultat d'un bon marketing » D'autant plus nue Québec Loisirs s'adresse (l'a txird, selon les du es mêmes de M l.ahaye, à un publie de » non liseurs ».< ' 1.e e 1 e r c I n la Mtliant parmi d'autres, en présentant son histoire et ses influences I n présentant les relations entre la langue et la psychologie, le droit, la sociologie et l’ethnologie.I n la questionnant.le roman québécois, Monique La for tu ne iMiigue et société’.Jaeques Leclerc La communication orale efficace.Michel Frankland rm Distribution en librairie 539, boni.Lebeau.Ville Saint-Laurent.Qe H4N 1S2 Tel.: (514) 336-3941 1977, boul.Industriel, Lavai (Québec) H7S 1P6 — TéL: (514) 667-9221 - 1-800-361-9264 LISE LAÇASSE La littérature au féminin ?» Lise Laçasse Odile Tremblay LE PHÉNOMÈNE tient de la lapalissade et du casse-tête pour distributeurs : il y a des livres qui plaisent aux hommes et des livres qui plaisent aux femmes.À mi-chemin se dresse parfois une sorte de barrière invisible où les deux sexes se cognent le nez.Par leur langage, par leur thème, par leur symbolique, certains ouvrages rejoignent les unes plutôt que les uns.La corde au ventre, entre autres.Ce roman signé Lise Laçasse raconte des peurs de femmes, des aspirations de femmes.Comme un leitmotiv s’écoule, de page en page, un flux menstruel qui tue.« Je crois qu’il y a trop de sang pour les hommes », confie la romancière en avouant une peur : celle de voir son livre (auquel la moitié virile de l'humanité risque de n’y pas comprendre grand chose) éreinté par la presse.Lise Laçasse, vous connaissez ?Non ?Eh bien, voici la preuve que le métier d’auteur est bien ingrat et que les meilleures plumes peuvent rester au Québec bêtement vouées A l'ombre, comme ça, pour rien.Et pourtant.les deux livres précédents de l’écrivain ont été bel et bien primés, couronnés : par le prix Benson & Hedges en 1977 pour le recueil de nouvelles Au défaut de la cuirasse, par le prix Alfred-Desrochers en 1981 pour le roman La facilité du jour.Ajoutez A cela que ces ouvrages se sont vus A leur heure littéralement portés aux nues par la critique dans une vapeur d’encens et de dithyrambe.Joignez-y le style net et ciselé d'un auteur qui polit chaque texte comme une gemme.Est-ce assez pour se construire un nom, une carrière ?Point du tout, apparemment.« Si vous découvrez le secret du succès, faites-moi signe », me dit Lise Laçasse en riant.Ce qui frappe en elle ce sont ses cheveux très noirs, ses yeux très pétillants et puis la ferveur de son discours.Lise Laçasse parle de La corde au ventre comme d’un bébé qu’elle a mis au monde.11 faut dire que la gestation fut longue.Sept années écoulées de neuf A cinq A écrire un roman qui a réclame d’elle toute sa substance.Cinq versions plus tard, ça y est.« 11 fallait que je fasse tout un cheminement en moi pour permettre A mon personnage de faire le sien », confie-t-elle.La corde au ventre est un récit de fin du monde.Par son thème, il rappelle La servante écarlate de Margaret Atwood (que Lise Laçasse n’a pas lu).Ici, après un cataclysme, toute la population américaine se voit décimée.Seul subsiste un village portuaire où les femmes en âge d’enfanter meurent soit en couches soit au bout de leur sang menstruel.Mais une petite fille, Solange, élevée recluse A l'abri de l’air vicié, échappe au fléau.Et elle grandit.devient pubère.En son utérus se love l’unique espoir de la race.Combien dérisoires se révèlent alors toutes ses tentatives de se rebeller contre un incontournable destin de génitrice ! .< Ce roman est une quête de liberté, explique Lise Laçasse : une liberté que des obstacles physique, psychologique, viennent brimer de toute part.La peur de Solange, c’est d’avoir été mise au monde dans le seul but d’enfanter ».Cette peur, Lise Laçasse connaît bien.Dans le Lachine des années 40 qui l'a vu naître, on n’apprenait aux femmes qu’à devenir mères.« As-tu besoin d’aller à l'école pour laver des couches ?» lui demanda un jour son propre père.« Dans ce roman, le choix du thème s’est tout bonnement imposé à moi », dira l'écrivain.Mais longtemps le personnage de Solange glissa entre les mains de Lise Laçasse, se refusa.it à prendre voix et corps, sans doute parce qu’il réveillait pêle-mêle trop d'émotions chez la romancière.Un peu comme Solange, Lise Laçasse fut en son temps une enfant surprotégée maintenue en serre chaude à l'abri des blessures, des maladies, de la vie aussi.Aujourd’hui, elle jubile de voir son roman dûment relié, imprimé; c’est d’avoir investi tellement d’elle-même dans son oeuvre-maîtresse.« L’essentiel de ce que je suis, de ce que j'ai à dire tient dans les pages de ce livre-là ».Pour Lise Laçasse, l’écriture fut une vocation issue on ne sait d’où.Rien dans le milieu ouvrier de son enfance ne la prédestinait à une vie de plume.Mais à 14 ans, elle écrivait déjà des poèmes, à 15, elle trimait pour payer ses cours du soir, en 66, son premier roman.Comme la lumière se rendit en finale pour l’obtention du prix du Cercle du livre de France, mais ne fut jamais pu blié pour autant.Par la suite, elle enseigna le français plusieurs années avant de tâter de l’écriture dramatique pour la radio, la télé; avant aussi que son recueil de nouvelles Au défaut de la cuirasse ne la révèle en 77 au monde littéraire.Depuis quelques années, la romancière vit à Paris (son mari y travaille).Au début, elle devait se pincer pour le croire : « Aye ! la petite fille qu’on laissait pas descendre du perron, rendue à Paris ».Mais oui ! Elle s’y sent d’ailleurs particulièrement prolifique.Dans la foulée de La corde au ventre.Lise Laçasse a composé 14 nouvelles : des histoires d’amour qui paraîtront l'an prochain sous le titre Instants de vérité.Et voici qu'elle travaille à un prochain roman Souvenirs côté velours, en y conciliant la mémoire de son passé et celle de ses rêves.Plus tard ?Eh bien, elle rédigera d’autres récits encore.Il y va de sa survie.« Si je n’écrivais pas, je crois que je tomberais malade », me confie-t-elle en guise d’adieu.Salon du livre ancien Antiquarian book fair Samedi et dimanche les 27 et 28 octobre de 12h à 18h HÔTEL MARITIME 1155 rue Guy (Coin René-Levesque) Admission 3$ la journée, 58 les deux jou VESTIAIRE OBLIGATOIRE GRATUIT Parrainé par la Confrérie de la librairie ancienne du Québec Le Devoir samedi 20 octobre 1990 ¦ D-5 L ivres Comment guérir une peine d’amour MORIN RIRE ET PLEURER François Weyergans Grasset, Paris, 1990, 193 pages « L'ÉTÉ venait à peine de commencer.C’est le pire moment de l'année pour être malheureux ».Michel Zednik, biologiste, la quarantaine à peine entamée, rentre de Baltimore, pour trouver.la maison vide.Sa femme l’a quitté en emmenant sa fille Zoé Pourquoi ?Sophie semblait pourtant heureuse avec lui, et sa lettre d'adieu — baptisée très vite « La sonate des Adieux », ne l'éclaire pas vraiment sur les motifs de ce départ : * Quand il repensait à la manière dont Sophie était partie, il était plein d'admiration pour elle.Klle avait vidé les lieux dans tous les sens du terme ! » François Weyergans, dans ce dernier roman — est-ce le sixième ou le septième ?— justifie pleinement le titre de son avant-dernier livre, qu'il avait intitulé Je suis écrivain Car il faut l’être, et fort habile, pour raconter un chagnn d'amour, l’affaire la plus banale qui soit, en mettant d’emblée le lecteur de son côté.Bien mieux, en parvenant à émouvoir la lectrice, qui ne se range pas dans le camp de celle qui s’en est allée.En emportant même les meubles, ce qui ajoute un élément plu tôt comique à un roman qui, comme les precé-denLs de Weyergans, navigue entre la tristesse et l’humour.L’humour, dès les premières pages, où, « veuf et inconsolé », Michel Zednik est rempli de compassion pour un chien perdu, qu’il baptise Dersou Ou-zala, réminiscence cinématographique, et qu’il nourrit de biftecks juteux.Ne croyez surtout pas que ce molosse, toujours affamé, deviendra l’un des personnages de Rire et pleurer.Coutumier de ces hors-d’oeuvre, l’auteur nous en avait préparé quelques-uns dans Je suis écrivain, dans le chassé-croisé entre Éric Wein et Marc Strauss, ce personnage double qui multipliait les aventures langagières dans ce qu’il appelait * un zigzag du temps », parodiant Hegel et Bergson.Il ne faut pas chercher dans Rire et pleurer de PHOTO ARCHIVES François Weyergans références métaphysiques.Ce Michel, tout biolo giste qu’il soit, est un homme tout à fait ordinaire, et son chagrin, quand il l'exprime, ressemble à un chagrin, lui aussi, hélas ' très ordinaire.Ce oui est, à mon sens, extraordinaire, c’est la manière, le style, l'aisance pour tout dire avec laquelle Weyergans nous met, une fois de plus, dans le coup Qu’il se cloître dans son appartement vide, — Sophie a emporté jusqu'au lit ' —, qu'il accepte d'honorer un engagement professionnel, à Barcelone, qu'il s’embarque pour la plus inattendue des croisières, le héros reste le plus ordinaire des amoureux déçus.Le romancier lui donne tout le temps qu'il faut pour guérir, sans révolte, de sa peine d'amour.Voyez le, par exemple, trouver, dans un vieil immeuble de la rambla Santa Monica, l'hôtel qui s’accorde à son humeur : >< Dans cet hôtel, on dormait en solo C'était un hôtel peut hommes que leurs femmes ont plaques 11 n'a\ ail d'ailleurs rencontré que des hommes seuls dai s les couloirs Sa chambre était plutôt sombre, mais lui aussi • Quand il rencontrera l'rsule.Michel redeuen dra ce qu'il était sans doute auparavant un homme sensible au charme d'une belle et leune femme Avec elle, il naviguera, cette fois au sens propre, jusqu'en Créée C'est le temps pour I ran çois Wevergans de retrouver ses préoccupations de lettré.Entre la Calabre et la Sicile, il ohse: \c un pylône à bandes orange qui soutien: „• , ,o , électrique » Voilà Charybde dit Miche; Scylla, ce sont les gazoducs sous marins de, l i suie.(.)« 11 est remarquable ».dit Miclu tout content de se servir du mot « remarquable »elon l'usage maritime qui ne lui donne aucun sens Lui datif » Observation supplémentaire, qui nous rn mène à l'essentiel, Michel n’étant pas encore i au solé « Quand Sophie lui parlerait de sa lettre, il répondrait « C'est une lettre remarquable » Mais c'est plus que temps d'évoquer l 'rsule, le plus joli personnage de roman qu'ait inventé, cet automne, tristement peuplé de monstres et d'anor maux, un romancier plus féru d'imaginaire heu reux que d'inspiration cauchemardesque Cette belle, tour à tour mystérieuse ou claire comme l'eau de roche, cette nautonière (ce féminin existe t il ") mène la barre a\ ec compétence et distraira, avant de l'en guérir tout à fait, son compagnon de rencontre de son chagrin d'amour Avant de disparaître à son tour, de s'év anouir, lais saut Michel Zednik, qu’elle appelait Zed, céder à une fringale touristique, où les • cartes postales » habituelles, au pays des grands mythes, sont égayées par l’humour d’un voyageur qui aperçoit .les Thermopyles en écoutant Michael Jackson ».grâce au conducteur du car.« Qu’en aurait pensé M Miron, son professeur de grec qui lui avait fait traduire les plaintes d'Antigone " • Et que penseront de ce roman les tâcherons professionnels, attelés depuis le mois d'août aux travaux d'Hercule — c’est plus que jamais l'heure d'utiliser cette métaphore —, â ce vaste pensum des écritures de candidats aux prix ?Nous l ap prendrons dans un mois.Du côté de chez James MÉMOIRES D'UN JEUNE GARÇON Henry James Traduit de l'anglais par Christine Bouvard Rivages Étrangtr Paris, 1990, 33ü pages Christian Mistral PROUST à New York, voilà qui est de nature à faire rêver, les fibres vibrent juste à l’idée, et c’est bien sûr hors de question, à moins que, sauf si.Oui, pas de doute, avec la publication en français de A small boy and Others d’Henry James, on en vient aussi près qu’il est possible, et permis, de l’imaginer.Cruellement abandonnée aux tréfonds obscurs de la caducité par une époque plus sensuelle et syncopée que celle qu’elle décrivit pourtant avec génie, la mémoire essoufflée d’Henry James a été sauvée de la noyade par Leon Edel qui lui a consacré sa vie et une monumentale biographie disponible en français aux Editions du Seuil.Pivot en faisait état avec regret et révérence avant de passer la main.On avait l’envie soudaine, irraisonnée, de mieux connaître cet inconnu célèbre.C’est désormais possible avec ce livre.On a prêté à James « une extraordinaire capacité à ressentir et exprimer les plus impalpables nuances des sensations et des émotions (.) avec une subtilité que seul Proust égalera.» Nulle part cet énoncé ne se vérifie mieux que dans ces souvenirs d’enfance.Né en 1843 dans une grande famille du nord de l'État de New York, James faisait partie du Ship Set de l'époque.Éduqué en Europe, ce continent a fortement marqué son oeuvre.Il fut l’ami des écrivains français majeurs de ce temps, sur lesquels il écrivit de remarquables essais.Mais, on a surtout retenu ses romans et nouvelles, sa correspondance et son Journal, le tout formant un corpus littéraire considérable.Cependant, il est resté relativement ignoré de son vivant, éclipsé par la gloire de son frère William, philosophe du pragmatisme et l'un des fondateurs de la psychologie moderne.C’est justement ce frère adoré qui, disparaissant en 1910, suscite chez Henry l’urgence de remonter aux sources de sa propre destinée.Lui si austère dans sa vie d'homme, célibataire secret dont la vie ( très ) privée appelle à toutes les spéculations, le voici vieux, lâchant du lest et jetant un regard lucide et tendre sur ses 15 premières années, dans le New York de 1850 ou le Paris du Second Empire.Le livre paraît en 1913, l'année même où Proust publie Du côté de chez Swann à compte d'auteur.Ici, James ébauche une théorie de la mémoire dont je dirais qu’elle annonce, bien qu’à forte distance, celle de Kerouac.Ses réminiscences auraient pu s’intituler Visions de William.Les goûts, les odeurs d’autrefois resurgissent avec un luxe étourdissant, le passé est un réseau de détails savoureux qui s'organisent et ”-:- PHOTO ROGER VIOILET LA POESIE DE L’HEXAGONE Collectif ¦ «a Depuis sa fondation en 1952, „ les éditions de l'Hexagone ont $2 fait connaître et reconnaître m mondialement la poésie du Qué ^ bec.Dix-neuf écrivain(e)s et ® critiques font un survol de son N rôle et de ses poètes.“J • l’Hexagone/ESSAIS i \ roi su ni i m \ uio.M Henry James prennent enfin un sens lumineux de clarté maintenant qu’il se fait tard.Impossible de résumer ici ce tré sor d’épisodes marqués d’anciens parfums, où chaque scène est métaphore de la vie à venir.Selon James, « se tourner vers le passé, c’est en fait rencontrer l’apparition et trouver dans son visage spectral le regard silencieux d’un appel.Écriture somptueuse au profit d’une sensibilité qui se déshabille au soir de la vie En définitive, Henry James cherche et trouve l’enfant qu’il n’est plus, puis, fidèle en cela au précepte qui guida toute son existence, le transforme .-,\v» Y Venez rencontrer -r* -il Paul Auster auteur de «Moon Palace» publié aux Éditions Actes Sud le samedi 20 octobre de 13 h 30 à 15 h y—ri i a .URAimt • T lammarion 371, avenue Laurier Ouest 277-9912 Les Éditions du Préambule Directives aux auteurs pour la confection d’un manuscrit Directives aux auteurs pour la confection d'un manuscrit SUIVIES D’UN GLOSSAIRE Benoît Patar Le but de ce» ouvrage est de donner aux auteurs, aux hommes de science, aux chercheurs, un outil qui leur permette de se débrouiller dans la jungle parfois inextricable de l’analyse et de l’ecriture.Instrument de consultation, il pourra également être lu avec profit par ceux qui s’intéressent à la composition typographique, à la rédaction de textes.publicitaires, aux techniques de communication.en vente chez votre libraire ISBN 2-89133-110-9— 168 pages — 22,00 $ Le Préambule Longwawil (Québec) J4H 2*6 — TéLs (514) 651-3646 Fax.: (514) 651-0375 La rentrée vlb Antonio ’J1 Al Antonio D’Alfonso AVRIL ou L’ANTI-PASSION Les réflexions d’un Néo Québécois sur la langue, I amitié, I amour, la famille I Jn roman dépaysant, d’une rare tendresse « Antonio I)’Alfonso vient de (aire une enflée re marquable dans le monde des lettres, puisque ce li vre est son premier roman.Vraiment, un petit chef d’oeuvre Jean Basile, Loi\>voh Francine Noël Babel, prise deux ou Noue avone tous découvert 1’Amérique Francine Noël BABEL, PRISE DEUX ou NOUS AVONS TOUS DÉCOUVERT L’AMÉRIQUE Un roman stimulant qui nous plonge à nouveau dans l univers si original de Francine Noël, avec ses personnages attachants, ses êtres à rni-chernin entre la caricature et la réalité la plus loufoque, ses situations parfois dramatiques, parfois cocaces.Uri roman d une grande lucidité face aux événements sociaux qui nous questionnent jour après jour.(En librairie dès le 23 octobre!) vlb éditeur deYa gfl&nde littérature D-6 ¦ Le Devoir, samedi 20 octobre 1990 le plaisir des Dans les cases de l’intime LES BEDES le portrait Baudoin Éditions Futuropolis 1990 Collection 30 x 40 Pierre Lefebvre RAREMENT ai-je lu une bande dessinée aussi déconcertante que ce Portrait d’Edmond Baudoin, publié chez Futuropolis dans leur fort Indie collection 30 X 40 (ainsi nommée car les albums y font 30cm par 40 cm).Baudoin donne carrément l’impression d’inventer la bande dessinée, ou du moins de réellement la réinventer; de hisser, de pousser ce médium là où il n’a jamais su ou oser aller.Ainsi, contrairement à tant d’album centrés d’abord et uni quement autour d'un héros, ou d’un anti héros c’est selon, celui-ci est élaboré sur un thème, celui du processus créatif et de ses rapports avec la vie que des personnages, bien sûr, viennent servir mais n’éclipsent jamais.Il est pratiquement impossible de se référer à quoi que ce soit (hormis, bien sûr, les autres albums de Baudoin lui-même) lors de cette lecture, et ce tant aux points de vue graphique et mise en page que thématique et narratif Même Druillet, dont l'éclatement des bandes a fait délirer toute une génération dans les années 70, ne nous est ici d’aucun secours.ermis Tins tarnation de la lilierlé économique et commerciale et envoyé à l'étranger des centaines de mil tiers d'ctudiaiils Toutefois, ils se sont bien gardés d'ouvrir le sys tème politique Voilà une contra diction qui mènera à Tiananmen l ue décennie de bouleverse ments économiques a provoqué l'explosion de la corruption el de l'inflation, l'enrichissement de nombreux pavsans mais l'appau crissement des intellectuels et fonctionnaires, ceux là mêmes qui ont envahi les rues de Pékin pour dénoncer le régime Résultat, la (ronde des citadins contre les non veaux riches et les profiteurs.D'ailleurs, Peyrefitte souligne bien le double langage des etu diants de Tienanmen Pour les té lèvisions occidentales, des bande roles en anglais couvertes de slo gans attirants v ive la liberté et la démocratie Pour le peuple chi nois, des banderoles plus prosaî ques on dénonce la corrupt ion et la hausse des prix « Les étudiants ne demandent nullement qu'on change le système, ni qu’on arrête la libéralisation des échanges (qui suscite cependant la corruption), écrit Peyrefitte Ils se placent à l'intérieur du régime Ils chantent sans arrêt l'Internationale » Par il faut bien le savoir, ces étudiants sont les enfants de la nomcnkla turn La Chine s'éveillera l elle ja mais à la liberté et à la démon a lie à l'occidentale ?Peyrefitte de meure sceptique Deng Xiaoping a repris en main le pays, se mo quant de l'opinion internationale et comptant toujours sui l'appui massif d'un milliard de paysans Comparant les événements d'Eu rope de l'Est à ceux de Chine, Tau leur écrit » On a peine à croire aux chances immédiates d'une contagion de la hlm té à partir de l'Europe orientale Non pas que, métaphysiquement, les Chinois soient moins dignes que les Polo nais ou les Hongrois de connaître la démon allé Mais, pragmatique ment, elle ne parait pas encore à leur portée, de longtemps.» Pour plusieurs, ce livre écrit par un homme de pouvoir fera grincer des dénis Pour d'autres, il confirmera que la démocratie oc cidontalo n’est sans doute pas ex (xirtahle partout En fout cas, il ne laisseï a personne indifférent à la tragédie chinoise ItTMDUMO»* 1991 __ 4 F# - » w ,tomoNSOU*oi*M L'ETAT DU MONDE 1991 Annuaire économique et géopolitique mondial L'analyse des événements qui ont marqué l'année.Une approche géopolitique par continents et grandes régions.Une réflexion sur les grandes questions stratégiques a l'échelle mondiale.LE DOSSIER DE L'ANNÉE: LES PAYS DE L'EST Emile Martel La théorie des trois ponts l’Hexagone ÉMILE MARTEL S LA THÉORIE DES TROIS PONTS « Chaque nuit d’automne, un homme se retire en lui-même pour se préparer mentalement à l’hiver.• a ^ co 1 Un récit d’une grande force d’évocation qui s’adresse N à ceux que la nuit n’effraie pas.DIANE-JOCELYNE CÔTÉ CHAMEAU ET CIE I -p • Dans une grande maison de Québec transformée en pla-teau de tournage, les faits et gestes d’une famille élargie.^ yi • Un récit filmique dans lequel on assiste en voyeur aux £} chambardements de leur vie affective.** D-8 ¦ Le Devoir, samedi 20 octobre 1990 Deux théologiens sermonnent le crime PHOTO CHÊNE €¦* mm Wm TRUFO ?MISTO JORGK-LUIS BORGES, amateur fin et érudit de la « chose » policière avait un jour observé » Chesterton dit qu’on n’a jamais écrit d’histoires policières supérieures à celles de Poe, mais Chesterton — je trouve — est supérieur à Poe ».Un tantinet provocatrice, et somme toute pertinente, cette remarque fut consignée dans un article écrit en 1978 et paru sous le titre de Le conte policier.En guise de justi fication à son propos, Borges souli gnait son attachement aux fictions qui empruntent les voies du fantastique plutôt que celles qui suivent, sans jamais se dérober, les voies disciplinées de la logique.Dans son article, maître Borges souligne, non sans avoir confié au préalable que Poe a composé « des histoires de raisonnement, comme les cinq histoires policières », que « Chesterton a fait quelques chose de différent, il a écrit des histoires qui sont, en même temps, des histoires fantastiques et qui, à la fin, ont une solution policière».Il en est notamment ainsi dans Le livre riuiiulit, première d’une série de huit nouvelles éditées récemment par 10/1H dans la série Grands détec fives sous le titre de Le scandale du Père Brown.Ce livre maudit, lorsqu’on l’ouvre, a la belle singularité de ranger dans la catégorie des « dis parus » le curieux qui ne peut s’em pêcher de jeter un coup d’oeil à l’in térieur Autrement dit, ce livre animé d’un caractère agressif, mais tout en pudeur, « punit » le péché de curiosité pour ne pas dire de luxure.Bon, d’accord.Il y a un « truc » Il y a un subterfuge.Mais on ne vendra pas la mèche.Remarquez que la mèche est tout à fait secondaire.Ce qu’il y a d’important, c’est le péché.Ce qui est important, c’est que Brown est un curé.Kt qui s'y connaît mieux en matière de péchés qu’un bon curé doublé par-dessus le inar-i ché de qualités qu’un détective nor malement forme envierait ?Sur la question, ce merveilleux écrivain qu’était C.iltiert Keith ('lies terton, né en 1874 à Londres et dé cédé au même endroit en 19,16, en connaissait un rayon.Pourquoi, demanderez-vous ?Mais Sainte Vierge, savez-vous que Chesterton est un converti.Un de ceux qui embrasse un jour telle religion pour embrasser telle autre.Pour nous, les athées et les matérialistes, les affreux « jojos » de l'approche comptable, suivre les enquêtes d’un curé c’est, il faut bien l’ad mettre, du pain béni.Comme le si gnalait un jour le sympathique Léo Malet, aller ego de Nestor Burma, « pour le soufre, rien de tel que les écrivains ‘cathos’» Dans le cas de Chesterton, il est important de souligner que lorsqu’il dessina le profil psychologique du Gilbert Keith Chesterton Père Brown il fit une copie carbone du Père O’Connor.Un curé de campagne que Chesterton rencontra pour la première fois en 1904 et qui devait le convertir à la religion catholique quelques années plus tard.Alors, comment il fonctionne le Père Brown ?Il ne cherche ni les empreintes ni les compositions chi iniques.Il s’appuie sur sa science métaphysique.Tenez, dans la nouvelle intitulée L'homme éclair, Brown s’exclame : « Dès que j'ai eu mis le pied dans cette buvette ou ce bar désert, j’ai senti que c’était ce videqui était suspect ».Le VI 1)K accédant au rang de suspect, il faut admettre que c’est splendide.C’est tout Chesterton.Avec Chesterton, Harry Kernel-man a un énorme point commun.Son détective en effet est un religieux.11 est rabbin.Il s’appelle David Small.Il a beaucoup d’humour.Il est plein d'humanité.Il est passionnant.La plus récente des enquêtes qu’il a menées à terme, et que 10/18 publie dans la même série que celles du Père Brown, soit Grands détectives, s’intitule Samedi le rabbin se met à table.Voilà, le soir du Kippour, Isaac Hirsh, un mathématicien de la communauté juive de Barnard’s Crossing, est retrouvé mort dans son automobile.Malgré l’opposition de certains membres de cette communauté, Isaac est enterré dans le cimetière juif de Barnard's Crossing.Pour une histoire de place au cime- tière, Small découvre que Hirsh a en fait été assassiné.Avec l’aide de son ami l’inspecteur llanigan, il va dé couvrir ce qu’il fallait découvrir.Alors, comment il fonctionne le rabbin Small ?En appliquant certains des principes et méthodes inscrits dans le Talmud.Tenez, voici comment llanigan s'adresse à lui à la page 190 : « Vous allez encore nous sortir un de vos raisonnements à la manière talmudique, Monsieur le Rabbin ?Comment appelez-vous cela déjà ?Un pii.».Réponse du Rabbin : « Un pilpul.Pourquoi pas, si cela peut nous aider à découvrir la vérité » Kt maintenant, voici la meilleure.Voici la grande différence entre Brown et Small.C’est le rabbin qui parle : « Contrairement à ce qui se passe chez vous autres chrétiens, l’éthique a le pas sur la foi, ce qui nous empêche de nous sentir coupables ».C’est tout Kemelman.C’est à lire, ne serait-ce que pour apprécier la maîtrise avec laquelle cet écrivain américain, dont l’éditeur, hélas, ne nous dit pas grand chose, nous entraîne dans une histoire toute aussi passionnante que son personnage central.Le scandale du père Brown, Chesterton, collection 10/18, éditions Christian Bourgois, 1990.Samedi le rabbin se met à table, Harry Kemelman, collection 10/18, éditions Christian Bourgois, 1990.TRIPTYQUE P.5670, SUCC.C, MONTRÉAL (QUÉBEC) H2X 3N4 TÉL: (514) 524-5900 ou 525-5957 S.(K)$ N ” 45 LE DÉSERT Moebius Le désert Préparée par Hélène Rioux collaborateurs François Piazza Pierre Des Ruisseaux D.Kimm François Charron et plusieurs autres Roman Récits « Francine Campeau Les Étemelles Fictives JACQ t S SAISI 'Il KHI SÉQUENCES ?sn *75 / U H A I ROIS II Jacques Saint-Pierre Séquences Trois jours on novembre’ 134 p.— 14,95 Poésie Hélène Boissé et autres infidélités Prix Gaston Gouin 72 p.— 12.95$ des femmes de la Bible 116 p.— 14,95$ En vente chez votre libraire Yves NAVARRE ?vie jme Carnet 5 BRAVES distributeurs de pamphlets, qui laissent leurs documentations en travers de la boite à lettres, l’hiver s’en vient si vite, on descend le matin, la maison est glaciale, les calorifères sont brûlants, l’ordinateur des factures d’Hudro-Québec frétille de joie.On a beau mettre une pancarte, S VP pas de circulaires, merci, mais plus on agit, plus on en reçoit.Avec la pancarte, c'est un jeu, une provocation.Dans ma nouvelle maison, je n’ai donc rien placardé.Si j’avais eu à mettre quelque chose c’eut été une formule du genre dans cette maison, Yves vit les plus beaux jours de sa vie.Mais ça c’est pour après le jour du grand sommeil.Résultat, avec le froid qui épingle, atchoum, je n'aurai plus qu’a faire des coupes franches dans mes achats de cigarettes (la cigarette dans la main gauche, le stylo dans la main droite) pour payer les factures d’électricite.Les distributeurs de pamphlets devraient être intéressés aux bénéfices d’Hydro-Québec.Et les dames d’Üutremont qui ont des doubles portes d’entrée, « un sas » disent-elles fièrement, de rire dans leurs gorges profondes, les pieds calés dans leurs mules de taffetas mauve.C'est pas mon genre, les mules, quand bien même ce le fut, pour rire, quand je jouais à Édouard, voir plus loin.Une semaine Westmount, la suivante Outremont.Moi j’ai choisi le quartier des « bons garçons », le Village et ses visages.L’hiver serait plus doux à aborder si les distributeurs de pamphlets, au lieu de travailler à la sauvette, allaient jusqu’au bout de leurs gestes et faisaient tomber leurs messages bariolés à l’intérieur, poum, de la lecture pour minet sémor et minou junior.Édouard, joué par l'inquiétant et fastueux Jean-Louis Millette, fait partie des dieux de Michel Tremblay.C’est, ce soir, l’ultime représentation de La Maison suspendue, une pièce généreuse, plus forte que les rumeurs, puisqu’elle fit salles combles de spectratrices et spectateurs comblés.Pourquoi la mauvaise humeur critique ?Le vif talent de Michel Tremblay ferait-il peur, lui, dont le substitut dans la pièce avoue c’est ça que j'ai trouvé : la dérision pour avoir le respect du monde ?Voici Michel Tremblay moins cinglant que dans ses pièces des 20 dernières années, et la critique boude.Alors qu’il est aussi fin que cinglant pour parler de la réconciliation, du ciel, de l’eau, d’un balcon, d'une maison, de générations qui se cognent.Beau monologue de la fin quand la mère va se baigner dans le lac.Un jour, on reverra cette pièce avec dévotion et encore plus de bonheur.Quelle chance également d’être mis en scène par André Brassard, toujours en quête des vrais gestes et des justes regards.Édouard traverse mes rêves en pyjama rose.Je l’ai vu.J’y ai cru.La réconciliation est-elle devenue une offense au public ?Derrière le turban de l'impératrice Grimaldi, la généreuse, le bon coeur ça se perd, j’ai entrevu Léo Ferré chanter ses plus belles chansons pendant cent cinquantes minutes « non arrêt », merci, j’ai la phobie des jaseuses et jaseurs de l’entr’acte.Ferré, c’est un temps à venir encore.Toutes les folies de ses chansons-fleuves ont été dépassées par les outrances de cette fin de siècle et il s’obstine.Il gueule.Ça parle.Même et toujours de Franco et Allende, non ! il dit non ! Ça fait du bon que quelqu'un le dise ainsi avec des mots de silex et d’étoiles pour la romance : dans Avec le temps, j’attends toujours le moment où les parents disent ne rentre pas tard, surtout n'attrape pas froid.On me l’a dit si souvent.Me revient alors en mémoire cette séquence de Salo de PasoLim où la mère, dans la cour d’une ferme, suit son fils emmené par les fascistes, pour lui donner un cache-col.On vit toujours avec ses parents, même et surtout quand ils sont morts, plus personne devant, au suivant.Le troubadour est passé.Il a donné l’alerte et crié l'amour.Il devrait y avoir pour lui un Nobel de la chanson.Il devrait aussi y avoir un Québec souverain pour que Miron reçoive son Nobel, pleinement.Lire Miron (à voix haute) et ne pas se contenter d’en parler.Salut Gaston, frère de nous tous.Le lyrisme passera.Revenons à la salle Wilfrid-Pelletier (c’est moins pire au Port- Royal, au Maisonneuve et au Café de la place) et, qu’il y ait ou non le turban de l’impératrice Grimaldi, quand on a payé sa place au parterre, question de ferveur : pour un ballet, on ne voit que les bras; pour un opéra la scène est coupée en deux par le voisin de devant; pour un concert avec soliste il faut faire la Tour de Pise.Fuyez les rangs F à V qui, en plus, sont dans le creux.On devrait condamner les architectes du lieu à assister à plusieurs spectacles d’affilée : ils deviendraient pognés.Dommage.La salle a de l'allure.Où l’on s'amuse en créant ?A l’Espace libre, 1945 Fullum, 20h 30 jusqu’au 27 octobre.Le Nouveau Théâtre Expérimental y donne La voix d'Orphée de (et avec) son deus ex machina Jean-Pierre Ronfard.Ronfard, c'est la mythologie dans toutes ses évidences, ses impertinences et son savoir-bouger, savoir-penser, savoir-rire.Expérimental, avec lui, ne flirte pas avec laboratoire, cénacle ou bocal mais avec Gavroche ou Ubu.Voici donc une étude théâtrale sur la voix qui, pour commencer dans un didactisme de bon aloi, ah ah!, tourne court et verse dans une évocation vertigineuse (émouvante parfois) de la vie d’Orphée; quatre remarquables jeunes solistes, Louise Bouchard, François Langlois, O’neil Langlois, Francine Poitras, chantant a cappella, voix dangereusement nues, sans support orchestral ou simplement musical, voix qui vont, viennent, s'éloignent, donnant à cette caserne de pompiers réhabilitée une profondeur d’enfer véritable.On en sort ragaillardi, gratifié.Rien de distingué dans cela.On a écouté le chant des muses devenir musique et les premiers mots jamais chantés, âme, amour.Et combien les silences diffèrent.Allez-y, comme j’y suis allé, le coeur en bandoulière.Le roman de Michael Delisle, Drame privé, publié aux Herbes rouges, vient de sortir à Paris- qui-sait- aussi-découvrir, aux éditions P.O.L.(Paul Otchakovbsky-Laurens, le Lindon des années 90).Ça fait rudement plaisir.C’est un texte carré, précis, poignant, un modèle de « nouveau romanesque ».Saluons l’événement qui mérite hautement un second détour.Aux dernières nouvelles Michèle Richard fait le tour du Maroc à dos de chameau.Elle aura des bleus au retour.Titre : Mes bleus.Y.N.Décès d’Irina Odoevtseva poétesse russe d’avant 1917 MOSCOU (AFP) — La poétesse russe Irina Odoevtseva, qui appartenait au mouvement littéraire ac-méiste, très actif juste avant la révolution de 1917, vient de mourir à Léningrad, où elle s’était réinstallée récemment après 65 années passées en exil, a indiqué jeudi l’agence TASS.Irina Odoevtseva était âgée de 89 ans.Elle était très proche pendant sa jeunesse de grands noms de la littérature russe comme Nikolai Goumi-hev, Ossip Mandelstamm, Anna Akhmatova ou Marina Tsvetaeva.Ses premiers poèmes avaient été publiés en 1922.Elle émigra en France avec son mari la même année.Elle revint à Léningrad en 1987 où elle rédigea ses mémoires.CD ko ¦ i PU tfs nmm: i aNaDa » PII IPM l ANADA Participez avec nous dès maintenant Communiquez avec voire association locale Collection Brèches NOUVEAUTES >ï JACQUES PIERRE MIRCEA ELIADE f LE JOUR BT LA HUIT m fj Rrirhïs Mircea RICHARD GERVAIS Eliade, DIALECTIQUE ET _ le jour , et la nuit \ Entre la littérature \ Vi et la science li .- «e Jacques Pierre Collection Brèches ymmmm 376 pages 29,50$ ta Dialectique et totalitarisme Richard Gervais Collection Brèches 232 pages 22,50$ En vente chez votre libraire Me : 4 -« ë L’auteur s'interroge sur la validité de la pensée marxienne telle que connue et acceptée aujourd'hui.Éditions Hurtubise HMH 7360.boulevard Newman.LaSalle (Québec) Tel.: 1514) 36-1-0323 Voici un ouv rage qui propose une svnthèse de l'oeuvre scientifique ei littéraire de Mirera Lliade.IS1 hurtubise hmh 'ne pnnd 'ne princl “ .’OUPIN LE DEUIL D’UNE PRINCESSE récits et propos TEXTES QUI ONT TRAVERSÉ LE TEMPS AVEC BONHEUR 128 pages Editions Pierre Tisseyre 14,95$
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