Le devoir, 24 novembre 1990, Cahier D
Mh m il des le plaisii m s i CtkiiniN&ny 4474.rue Sl-lVnu ^ Montré*) M4-2.M7 jusqu'à 21 heures Mus ka juin LU ET APPROUVÉ^ Montréal, samedi 24 novembre 1990 GARY / AJAR Guy Ferland T E EST UN AUTRE», di // I sait Rimbaud.Quand l’« au-V tre „ devient trop présent, quand son succès dépasse celui du « Je », vient un moment où « il » finit par étouffer ce « Je » qui l'a pourtant mis au monde.Romain Gary, Émile Ajar.Deux noms, un même écrivain et deux écritures différentes.Une même fin tragique.Le mardi 2 décembre 1980, l’écrivain introduit dans sa bouche le canon d’un revolver Smith & Wesson, calibre 38, et appuie sur la détente.Scandale dans le milieu littéraire qui en annonçait un bien plus terrible.Pourtant, Gary semblait un homme comblé.Séducteur, il était un écrivain reconnu, ses livres se vendaient bien, il avait obtenu le Concourt, deux fois plutôt qu’une, mais ça on ne le savait pas encore.Ambassadeur, il avait voyagé, s’était installé à Los Angeles, avait connu la gloire, Hollywood.11 avait été aviateur décoré de médailles et de la croix de la Liberté, il était gaulliste et fier de l'être.Il s’était lié, en 1960, à l’actrice d’À bout de souffle de Godard, Jean Seberg.Tout lui réussissait.On l’enviait.Ses romans, du Grand vestiaire jusqu’aux Cerrs volants témoignaient d’une maîtrise littéraire.C’est pour trouver la continuité qui lie l’oeuvre de Gary aux romans d’A-jar que Jean-Marie Catonné entreprend de relire tous les livres de ces « deux » auteurs inclassables dans son magnifique essai intitulé Romain Gary/Emile Ajar dans la collection « Les dossiers Belfond ».D’abord Romain Gary ne s’appelait pas ainsi.Il est né à Moscou le 8 mai 1914, de père inconnu.Sa mère, actrice, travaillait sous le nom de Nina Borisovskaia et lui donne le nom de Roman Kacew.L’origine de l’écrivain demeure obscure.Lui-même brouillait les pistes en se disant demi-juiff 7) d’origine mongole.Il aimait rappeler que son géniteur était le grand acteur russe du cinéma muet, Ivan Mosjoukine, qui lui ressemblait.« L'oeuvre de Gary est marquée d’un humanisme idéaliste presque désuet s’il n’était également de nouveau à l’honneur », écrit Jean-Marie Catonné.Avec la complémentarité que Gary ne « croit pas en un progrès radical de l’homme.» Ce qui teinte d’un peu de pessimisme le propos de ses romans.Le premier récit.Education eu- ropéenne, écrit en partie pendant la guerre alors que l’aviateur bombardait les territoires occupés, retentit d’un cri d’alarme et met déjà l’accent sur la croyance irrationnelle en un monde meilleur possible auquel il faut rêver.« Il y a des moments dans l’histoire, des moments comme celui que nous vivons, où tout ce qui empêche l’homme de désespérer, tout ce qui lui permet de croire et de continuer à vivre, a besoin d’une cachette, d’un refuge.» Catonné signale avec justesse qu’on trouve là une description qui anticipe sur le fameux trou juif de La vie devant soi de madame Rosa.Les racines du ciel, prix Concourt porté à l’écran par John H uston, respire la même atmosphère.Il faut défendre les éléphants, surtout parce La règle du je qu'ils ne sont utiles à rien, contre le plat progrès économique.Gary soutient la beauté du rêve qui résiste contre la chiennerie de la vie.« Les gens se sentent drôlement seuls, ils ont besoin de compagnie, ils ont besoin de quelque chose de plus grand, de plus costaud, sur quoi s’appuyer, qui puisse vraiment tenir le coup.Les chiens ne suffisent plus, les hommes ont besoin des éléphants.Alors je ne veux pas qu'on y touche », proclame Morel, lin voit se profiler le python de Gros-Calin, indique Jean-Marie Cantonné.L’année 1960 marque une coupure.Il rencontre Jeaji Seberg, abondonne sa carrière diplomatique et suit la star.Il s’essaie dans le cinéma, le théâtre, sans succès, et son oeuvre romanesque rompt avec ses romans précédents avec la préparation de deux sommes La comédie américaine et frère Océan.Il emprunte en 1961 un second pseudonyme en publiant L'homme à la colombe de Fosco Sinibaldi.La biographie de Dominique Bona, Romain Gary (Mercurede France) est essentielle pour comprendre ces années tumultueuses.La relation Gary-Seberg se dégrade.La culpabilité.Gary n’en veut pas.La parution de Chien blanc en 1970 illustre le divorce.Seberg s’était engagée à défendre la cause des noirs, elle avait intégré les rangs des Blacks panthers et se faisait surveiller par la CIA.Gary réagit brutalement.« Il est difficile d’aimer une femme que l’on ne peut ni aider, ni changer, ni quitter.» Le drame se profile.Les relations homme-.femme est le thème de Les enchanteurs où Gary fait dire au narrateur ce qui s’appliquerait à lui : « Elles possèdent toutes le plus heureux des pouvoirs : celui de vous rendre la seule femme que vous ayez aimée.» L’apothéose de la carrière de Gary est annonciatrice de sa fin.« De 1974 à 1979, de La nuit sera calme aux Clowns lyriques, Gary publie 11 ouvrages dont cinq sous pseudonymes », rappelle Catonné.L’essayiste soutient qu’il n’y a pas de clé pour comprendre l'énigme de la naissance d’Ajar, sauf peut-être « par lassitude d’une image qui collait à sa peau, tentation d'un nouveau départ » pour Gary.« On peut même se demander si Ajar n’a pas cherché à tuer Gary.Rarement un homme a mis autant d’obstination à nier être ‘soi-même’.» Dans La nuit sera calme, Gary Voir page D-4 : Gary CLAUDE DUNETON '"V A la cueillette des mots comme des champignons Marie-Éva de Villers 5 EST comme la cueil // I lette des champi-'' gnons : il faut aller là où personne n’est passé », explique Claude Duneton, ce délicieux jardinier du langage.Pour rassembler son Bouquet des expressions imagées qui vient de pa-raitre au Seuil, il a patiemment exploré les écrits peu connus des cinq derniers siècles afin d’enrichir et de préciser le vaste patrimoine de nos locutions figurées.Le linguiste partage avec Montaigne le goût de la langue de tous les jours et cite celui-ci : « Le parler que j’ayme, c’est un parler simple et naïf, tel sur le papier qu’à la bouche; un parler succulent et nerveux, court et serré, non tant délicat et peigné comme véhément et brusque.» « Avant d’entreprendre ces recherches, j’avais du mal à retenir une date, nous confie l’auteur de La Puce ù l'oreille, mais aujourd’hui, j’ai une excellente mémoire : c’est la mémoire du plaisir.» Le plaisir, par exemple, de pouvoir modifier la datation d’une locution grâce à la découverte d’une attestation plus an- cienne de cette expression dans un texte.« Et lorsque cette joie m’est donnée, je peux littéralement sauter au plafond », raconte-t-il en riant.On peut le prendre de haut s’il n’est pas à prendre avec des pincettes, le prendre à la gorge, le prendre à toutes mains, le prendre au mot, le prendre d’assaut et, si l’on n’y prend garde, on prendra la mouche, la porte ou le pli.S’il prend les choses à coeur, ce n’est pas à la blague.On peut prendre les devants, la parole, pied ou ombrage; on peut prendre sur soi, prendre tournure ou, plus agréablement, prendre son pied, à moins de s’y prendre comme un pied.A titre d’exemple, c’était un petit échantillon-collage de locutions comportant le verbe prendre.Le linguiste a recensé les multiples expressions formées avec ce verbe; celles-ci remplissent une pleine page de l’index détaillé qui figure à la fin de l’ouvrage.Plutôt que de recourir à l’habituel classement alphabétique, l’auteur a préféré établir et enrichir au gré de ses dépouillements une structure de domaines d’emploi qui lui permet de classer les expressions imagées selon de grands thèmes parfois anti-Volr page D-4 : Duneton PHOTO JACQUES GRENIER Claude Duneton PHOTO AP Alexandre Soljénitsyne Le silence rompu de Soljénitsyne COMMENT RÉAMÉNAGER NOTRE RUSSIE?Réflexions dans la mesure de mes forces Alexandre Soljénitsyne, Paris, Fayard 1990.» François Brousseau S 9 ARRACHANT à un long silence, le grand écrivain russe en exil, patriarche grincheux reclus dans sa forêt du Vermont, a finalement jeté son pavé dans la mare de l’URSS déliquescente.Coup d’épée dans l’eau ou solide coup de barre pour navire à la dérive ?En tout cas, l’intérêt pour ses « thèses d’avril » à lui (soixante-treize ans après celles de Lénine ! ) semble plus fort à l’Ouest — où on en a fait grand cas ces dernières semaines — que dans une Russie désormais empêtrée dans la lutte pour sa survie quotidienne.Une Russie effrayée par ce qui s’annonce aujourd’hui comme son plus dur hiver depuis celui de Stalingrad, en 1943.On attendait depuis quelque temps déjà que « le vieux » donne de la voix pour commenter les années Gorbatchev, pour réagir à l’effondrement inespéré, inattendu et météorique du totalitarisme soviétique.Totalitarisme sur l’ampleur duquel il avait d’ailleurs le premier — et dans quel superbe isolement — levé le voile, avec son fameux Archipel du Goulag de 1973.Le résultat, dix-sept ans plus lard : un « énoncé de programme » d’une centaine de pages, ou affleure sans cesse le pessimisme de l’écrivain, son accablement devant sept décennies de « destruction sauvage », physique et morale, et un vieux conservatisme paysan dont la sagesse seule, pense-t-il, pourrait encore sauver la Russie.Car le salut est rien moins que certain, laisse clairement entendre le romancier, historien et essayiste, qui écrit même à l’occasion qu’il est « déjà trop tard » pour sauver la Russie, se contredisant quelques pages plus loin dans un sursaut d’espoir.Ce salut passe sans aucun doute par une braderie de l’empire, et un retour à la (sainte 7) Russie.« Il faut choisir clair et net entre l'Empire, qui est avant tout notre propre perte, et le salul spirituel et corporel de notre peuple », écrit-il sans ambages, i avant d’y aller d'une liste des peuples et des républiques auxquels il faut rendre la liberté.Il plaide toutefois contre toute précipitation en la matière et apparaît, ce faisant — à l’instar de Gorbatchev, curieux compagnon d’analyse ! —, en retard sur une réalité vertigineuse qui se déroule, en toute indépendance des avis moscovites, à une vitesse dix fois supérieure à celle qu'il préconise.Mais les Ukrainiens et les Biélorusses, eux, se demanderont peut-être pourquoi Soljénitsyne les exclut d’office de tout processus de séparation.Ils ne seront peut-être pas convaincus par son plaidoyer en faveur d’une communauté culturelle et politique biélo-ukralno-russe, qui serait Voir page D-6 : Silence Roman Gilbert Choquette One affaire de v< • l'Hexagone GILBERT CHOQUETTE UNE AFFAIRE DE VOL Pour satisfaire son ambition artistique, un peintre commet un acte irréparable.Sous des allures d’enquête policière et judiciaire, un roman singulier d’une grande indépendance littéraire.* Une affaire de vol: des personnages au destin tragique » Lucie Côté, La Presse roman • P Hexagone roman lieu distinctif de l’édition littéraire québécoise D-2 M Le Devoir, samedi 24 novembre 1990 le plaisir des Une crudité suivie d’un jour ! Robert LÉVESQUE Le ?Bloc-notes UNE CRUDITÉ suivie d’un jour ! Monsieur Gérard était ennuyé ce midi-là.Il passa la commande à la cuisinière d’une voix presque éteinte, une voix sans joie, ni presse, ni stress; tout le contraire de l’habitude dans ce « bouchon » de la rue Casimir-De-lavigne.Il me ramena mon assiette de crudités, en m’apprenant comme une nouvelle d’enterrement qu’il n'avait plus de bouteilles de Badoit.Le chou rouge et le radis beurre mangés, le plat du jour atterrissant brutalement sur mon exemplaire du Monde, que voyais-je ?Monsieur Gérard, le sourire frais, apportait une bouteille de Badoit à deux clients qui semblaient chez eux autant que la patère que le père de monsieur Gérard avait sans doute acheté entre les deux guerres.vers 1906.Je devais me rendre à l’évidence.Dans ce restaurant où de 13 à 15 heures le monde s’appelle rognons et tarte Tatin, moi, touriste ?mutant ?je n'étais qu’un représentant de la race la plus honnie de Paris, le mangeur solitaire.On occupe une place mais on en bloque une ! On aurait pu être une crudité, un pâté, un jour et un jarret ! On n’est qu’une crudité suivie d'un jour ! Dans les yeux du patron, qui ne me le pardonnait pas, je n’étais somme toute qu’une addi- ( tion perdue.PARISIENS i—TP>\ , Alain Schifres, dans Les Parisiens, vient de m’apprendre le nom de tels importuns : j’étais un « poireau» Les patrons des restaurants parisiens ont plus de respect pour les chiens, dit-on.?Publié chez JC Lattès, sous le titre généalogique Les Parisiens comme on dit les éléphants ou les tortues de mer, ce brûlot socio-humoristique sur les moeurs des Parisiens est, c’est l’éditeur qui le dit et il a raison (une fois n’est pas coutume), l’ouvrage « le plus drôle depuis Les carnets du major Thomson ».On le dévore à raison d'un éclat de rire par page.Il y en a 377.D’entrée de jeu, c’est le cas de le dire, Schifres écrit : « Paris est une entrecôte ».Vu d’en haut, la Ville lumière est en effet une tranche de boeuf dont le sang serait remplacé par les suies, avec des zincs de bistrots comme rainures.Une ville « avec des théâtres fin XIXe, des arbres malades, des enclos pour chiens infestés d’enfants, des plaques aux gardiens de la paix tombés en 1944 », une ville où « il suffit de six ans pour fabriquer un vrai Parisien et de six heures de route jjout le transformer en retraité qui veut vivre au pays », mais une ville où, tous le jurent, on ne saurait vivre ailleurs.Il vous explique, Schifres, l’inexplicable : c’est-à-dire Paris, ses habitants, allongés sur la table de dissection, le faubourien, le faubourgeois, le parigot, le Nouveau Parisien, l’habitué (ah ! celui là, on rêverait d’en être, mais c’est long.), le people, le notable, et autres espèces particulières comme le parent d’élève, le Fils de (ou la Fille de), le tripier qui disparaît, ceux qui « montent une boîte », ceux qui « sont sur un coup de fric », le Montmartrois, le Germa-nopratin, et, comme un doge, le maire de Paris, Chirac, « enfanté dans le Ve arrondissement mais cantonal jusqu’aux naseaux ».Un livre fou, qui bat le meilleur Daninos, qui définit l’indéfinissable, qui dessine l’inattrapable et va dans tous les coins.De la mauvaise humeur des Parisiens qui est une attraction, dont les touristes reviennent bourrés d’anecdotes.De la querelle gratuite dont il cite un exemple délirant qui commence par une cliente qui demande Travaux d’aiguille à une marchande de journaux et qui se termine par un « Paris est très nerveux ces temps-ci ».De cette élite qui tient à ses « deux petites pla- HHTRIPTYQUEBM P.5670, SUCC.C.MONTRÉAL (QUÉBEC) H2X 3N4 TÉL.: (514) 524-5900 ou 525-5957 Essai LA TURLUTE AMOUREUSE Jacques Julien La Turlute amoureuse (érotisme et chanson traditionnelle) 180 p.— 15.95$ Essai RAFCOURS ROBERT GIROUX Robert Giroux Parcours de l’imprimé à l’oralité 4% p.— 29,95$ Maic-Andit Fare ECLIPSES Poésie Joël Des Rosiers Tribu 112 p.— 12,95$ Finaliste aux Prix Littéraires 1990 du Gouverneur général Récits Marc-André Paré Éclipses 100 p.— 14,95$ En vente chez votre libraire J- M 903, ST-THOMAS C.P.335, TROIS-RIVIÈRES (QUÉBEC) G9A 5G4 MÉCRITS DES / FORGES NOUVEAUTÉS 'Utile ALARIE DONALD et Au cru du vent 6,00$ POZIER BERNARD (coédition Musée d’art de Joliette) ALARIE DONALD La terre comme un dessin inachevé 6,00$ ALBERT MICHEL Une photo à côté du banc de neige 6,00$ BLOUIN LOUISE Des mots pour rêver (Anthologie) 7,95 $ (coédition Éditions Pierre Tisseyrc) BOISSÉ HÉLÈNE Je n’écris plus 6,00$ BREMOND JAC QUES Guillaume des Ors 12,00$ (coédition Le Dé Bleu) CHATIL.LON PIERRE Le violon soleil 10,00$ CHARRON FRANÇOIS La beauté des visages.10,00$ (GRAND PRIX DE POÉSIE FONDATION DES FORGES 1990) CHIASSON HERMENEGII.DE et FEDERICO GARCIA LORCA Lèvres urbaines No 19 6,00$ CLOUTIER CÉCILE Lampée 10,00$ COLLECTIF Des Forg ;s # 29 6,00$ COLLECTIF Poésie 89 12,00 $ (coédition Collège de Joliette) DAOUST JEAN-PAUL Les cendres bleues 10,00 $ DOBZYNSKI CHARLES Les heures de Moscou 12,00$ (coédition Europe/Poésie) FERLINGHETTI LAWRENCE Amant des gares 12.00 $ HARVEY PAULINE Montréal français (Lèvres urbaines No 16) 6,00$ JUTF.AU MONIQUE Trop plein d’angles 6,00$ JOUFFROY ALAIN Éros déraciné 12.00$ (coédition Le Castor Astral) LANGEVIN GILBERT Haut risque 10,00$ LÉGER PIERROT Les chants de la soif 10.00$ MURRAY SIMONE G.A tir d’elles 6,00$ PETITS JEAN-PIERRE La fête des bannières emplumées 6,00$ ROUSSEAU PAUL Micro-textes 6,00 $ (PRIX OCTAVE-CRÉMAZIE 1990) SAINT-DENIS JANOU Mémoire innée 10,00 $ ST-YVES DENUIS Tranches de ciel 10,00$ TRANSTROMER TOMAS Bahiqucs et autres poèmes 12,00$ (coédition Le Castor Astral) VANIER DENIS Les stars du rodéo 10,00$ LA JEUNE POÉSIE BEAUCHAMPS LOUISE Ob|e< 5,00$ (PRIX JOVETTE-BERNIER 1989) CORNELLIER LOUIS Neurones fragmentés 6,00$ GUIMOND DANIEL Ne jamais rien dire 5,00$ LEDUC ANDRÉ Une barque sur la lune 5,00$ MONETTE HÉLÈNE Lettres Insolites 6,00$ LA POESIE CASSETTE BEAUSOLEIL CLAUDE Ville concrète 10,00$ (coédition Artalect) BROSSARD NICOLE Amantes 10,00$ (coédition Artalect) KURAPELALBERTO Confidencial / Urgent 10,00$ MIRON GASTON La marche à l’amour 15,00$ (coédition Artalect) PRÉFONTA1NE YVES Le désert maintenant 10,00$ ces près de la caisse, une table avec vue sur Jean-Édern, une banquette, un sourire, un supplément d’os à moelle ».Impossible de faire le tour d’un tel livre.Mélange d’esprit (du Guitry d’aujourd’hui, du Tristan Bernard de demain), de causticité (Jean D’Or-messon : « Ce n’est pas lui qui va aux chiottes, ce sont les chiottes qui vont à lui »), de malice (Chirac : « Il porte des chaussettes transparentes.Comment lui faire confiance pour l’urbanisme ?»), et de clairvoyance décapante lorsque de la gauche au pouvoir il dit : « Ils pouvaient enfin vivre à leur idée, sans avoir à penser à tous les jours à leurs idées.Ils avaient mis celles-ci au pouvoir comme on met ses enfants en pension ; sans trop savoir si c’était pour s’en débarasser ou pour assurer leur avenir ».Alain Schifres passe Paris à la moulinette.Ce livre inénarrable n’est ni un mode d’emploi, ni un pamphlet, mais quelque chose entre les deux où l’intelligence triomphe.Vous y verrez que lorsqu’une serveuse, dans un restaurant, vous donnera du « Monsieur » suivi de votre prénom et qu’elle vous dissuadera de prendre le sauté qui est recommandé au menu, en vous proposant un onglet, vous serez plus qu'un habitué, vous serez un adopté.Le sauté avait trois jours.Mais pour en arriver là, il faut de la patience, il faut avoir eu des offres de rillettes sur votre blanc, si, si, c’est mon épouse qui les a de sa soeur; bref il faut faire son temps pour être Parisien, ce centre du monde (pour ceux qui l’habitent), ce terminus où même « un raté qui s’y installe est en quelque sorte arrivé A ?Les Parisiens, Alain Schifres, JC Lattès, Paris 1990.VITRINE DU LIVRE Guy Ferland L’ANNEAU DU NIBELUNG Richard Wagner, Traduit et adapté par Jean Marcel, VLB éditeur, 270 pages.IL EST RARE qu’on trouve un drame de Richard Wagner traduit et adapté pour une représentation théâtrale sans musique par un écrivain québécois et édité ici.C’est pourtant ce que l’auteur du « Triptyque du temps perdu » a entrepris en travaillant ce texte que Theodor Adorno considérait comme une sorte de « phénoménologie de l’esprit conçue comme destin ».TRANSITS Bertrand Bergeron, L’instant même, 130 pages.CE RECUEIL de nouvelles, de l’auteur de Parcours improbables et Maisons pour touristes, pour lequel il avait reçu le prix Adrienne-Cho-quette, baigne dans une atmosphère d’anticipation, ce qui est particulier au Québec.Voici en entier la plus courte des nouvelles, La chute : « Sans songer, il s’avança.Mais un peu trop, imprudemment.Car au moment où il bascula — surpris, les traits crispés —, tout indiquait qu’il s’attendait, en plus de la douleur, à quelque chose de rassurant : un plancher, le bas de l’escalier, le gazon .Mais non.» FACE AUX TÉNÈBRES William Styron, Gallimard, Du monde entier, 126 pages.LE SOUS-TITRE de cet ouvrage est révélateur de son contenu : « chroni-uc d’une folie ».Philippe Sollers crit de ce récit : « Enfer, comme celui de Dante, douleur sans issue ue celle de l’auto-destruction, état e transe incommunicable que ne soupçonne pas les autres, pas même les psychiatres.Pourtant, la guérison est possible, on peut en tirer une connaissance nouvelle.Avec précision et courage, le grand romancier qu’est William Styron plaide ici à la fois pour une meilleure compréhension de notre prochain abîmé dans l’horreur et contre le goût du néant qui nous guette tous.» LES PETITES MARCHANDES DE PLAISIR Jacques Cellard, Balland, 330 pages.CETTE SUITE de l’autobiographie de Lucienne, péripatéticienne de son métier, reprend en 1890 lorsqu’elle est devenue Lulu pour ses amies et Lulu-bath-au-pieu pour les intimes.Elle s’affaire au couvent des Odalisques, maison de société du quartier de l’Opéra où on trouve les petites marchandes de plaisir : Irma-les-bé-guins, La Normande, Mélie-va-des-trois, Cléo, Fanny, Julia-comme-son-doigt et quelques autres qui donnent corps aux fantaisies d’un régiment d’amateurs : M.Pantalon, le Duc d’Aumale, M.Godart, le Berger fidèle, M.Sucre d’Orge, M.Gymnastique, etc.Un petit lexique argot-français des mots et expressions agrémente le tout.LES HÉRITIERS EN MUTATION Marcel Blanc, Seuil, 266 pages.LE SOUS-TITRE en clin d’oeil, « L’é volution en mutation, décrit bien l’objet de l’analyse : l’histoire du darwinisme et de ses avatars modernes, le néo-darwinisme et l’ultra-darwi-nisme.L’auteur brosse un portrait des débats actuels sur sa révision qui soulève actuellement les passions dans la communauté scientifique.Marcel Blanc montre en outre que les prétentions de la sociobiologie ne sont en rien fondées scientifiquement et que le phénomène humain n’est explicable qu’en fonction d’une révision du darwinisme telle que proposée par S.J.Gould.L’AUTRE PANDORE Hans-Jürgen Greif, Leméac, 194 pages.« CE SOIR-LÀ, Colette reçoit son cercle d’amis, des hommes qui aiment bien manger et adorent s’en tendre parler.Au désert, tous racontent des histoires réelles qui dépassent l’imaginaire, des histoires sorties de la boite des aventures de cha cun et chacune, aux rebondissements souvent tragiques : 'Ici, tous se paie par la mort.’ » L'auteur est né en Allemagne et vit depuis 20 ans à Québec.JE FUME ET ALORS Jean-Jacques Brochier, Les belles lettres, coll.« Iconoclates », 158 pages.CE VOLUME inaugure cette collection de pamphlets qui « lance un défi au consensus des bien-pensants et aux modes intellectuelles moutonnières.Hors des catégorties de la droite et de la gouche, au-delà de la politique, les pavés que la collection ‘Iconoclastes’ jettent dans la mare des idées reçues ne repectent que l’individu libre.» Pour vous donner une idée du ton de cette collection, voici un extrait : « L’interdiction de fumer dans certains avions, et pourquoi pas, bientôt, dans les trains, ou dans la rue, est plus qu’une plaisanterie de mauvais goût : une atteinte caractérisée à notre liberté.Et le symptôme d’un phénomène plus grave encore : la condamnation, sous prétexte de santé, ou d'économie, de tous les plaisrs de la vie.Allons-nous, après des libérations difficilement conquises, retomber dans le carcan d’un moralisme écoeurant ?La défense du principe de plaisir est un impératif catégorique.» m DES NOUVEAUTÉS À DES PRIX IRRÉSISTIBLES.Prix ord.19,95$ STEINBERG Le démantèlement d'un empire familial Peter Hadekel - Ann Gibbon Notre prix 14,95* lüe Parchemins STATION MfTtO, 10BWQAM, MOMTüfAi, H21 2CV - (SU) 845-5243 - UMARK AGtfff Prix mtt vigueur lutqu’ou ImrMnmbr» 1990 .FÉLICITATIONS AUX FINALISTES! Les Editions Paulines félicitent Johanne Massé et Philippe Gauthier, auteurs de LE PASSÉ EN PÉRIL et L'HÉRITAGE DE QADER, d'être parmi les finalistes des Prix littéraires 1990 du Gouverneur général annoncés par le Conseil des Arts du Canada.Johanne Massé Johanne Massé œuvre dans le domaine de l’enseignement et de la traduction.Elle s'intéresse à la littérature, à l'histoire et à l'informatique.Le Passé en péril est son troisième roman paru aux Éditions Paulines.Philippe Gauthier, étudiant en sciences politiques, écrit depuis 1983 dans des magazines amateurs de science-fiction.Il a publié quelques nouvelles.L'Héritage de Qader est son premier roman pour les jeunes.Philippe Gauthier Johanne Mwi* Le Passé en péril 120 pages * 7,95$ Coll.Jeunesse-Pop Un beau périple dans le monde de la science-fiction.Histoire passée et temps futur se rencontrent et s’animent à travers des atmosphères évocatrices et des personnages habilement caractérisés.Un roman savamment construit.Une fresque fantastique qui évoque à merveille les temps légendaires et le monde de la magie.PHILIPPE GAUTHIER L'Héritage de Qader * ¦T" .11 Hj: ' ;ï: 128 pages * 7,95$ Coll.Jeunesse-Pop En vente chez votre libraire habituel ÉDITIONS PAULINES Téléphone: (514) 322-7341 Télécopieur: (514) 322-4281 ( Le Devoir, samedi 24 novembre 1990 M D-3 • le plaisir des mes Michèle Mailhot et Anne Dandurand Désillusions et dévergondages Jean BASILE Lettres a québécoises MICHÈLE MAILHOT n’est pas une écrivaine sans expérience puisque Le passé composé est son neuvième roman.Son oeuvre, respectée, n’a jamais atteint le grand public.C’est qu’elle a toujours aimé les teintes sombres, l’automne, avec une propension à faire de l’humour sur le dos de ses personnages, autant de choses qui ne poussent pas le tirage.De plus, l’univers de Michèle Mailhot est aussi réservé qu’étrange.C’est honnête, triste et pessimiste avec, soudain, une jeune femme qui pouffe de rire comme autrefois durant le salut, dans un couvent.Judith, l’héroïne du Passé composé, est tout à fait comme ça.Née dans les années trente, elle est certainement passée par l’école des bonnes soeurs qui ont fait d’elle une mécréante tout en lui apprenant le dévouement.Après une longue carrière comme lectrice et correctrice chez un éditeur, à se dévouer justement pour les auteurs, elle prend sa retraite et décide d’écrire un livre, son livre à elle.Alors, vite, chez Pilon pour y acheter des cahiers qui ont des couvertures en couleur.Le rouge servira à écrire le roman, le bleu sera le journal du roman et J udith écrira dans le vert les petites poésies qui lui pas- sent par la tête.La voilà installée devant sa table de travail.« Le parfum du tabac mêlé à celui du café, mon vieux stylo, la feuille blanche, tout cela crée une ambiance exquise.», s’écrie-t-elle.On se doute que la pauvre femme ira de désillusion en désillusion car la feuille de papier « que sa blancheur défend » et un vieux stylo n’ont rien à voir avec la littérature.C’est dire que le cahier rouge ne se remplit pas vite, à l’inverse du cahier bleu qui, lui, se couvre de lignes serrées, jusqu’au jour où Judith s’apercevra que ce qu’elle écrit « n’est pas de la création mais un simple dialogue avec moi-même ».Au premier chef, on serait justifié de croire que Michèle Mailhot a voulu tracer, dans son roman, le portrait d’une Québécoise progressiste mais de bon ton, à une époque où on écoutait « Ferré, Sauvage et Aragon », vers 1965.Il y a de ça en effet bien que Le Passé composé soit surtout une méditation sur l’écriture.Hélas, on ne peut guère la prendre au sérieux car Judith a une conception bien romantique de la littérature.Pour écrire, selon elle, il faut souffrir parce que la littérature est essentiellement une régression, c’est-à-dire une remontée dans la conscience des conflits profonds du passé.Dans le cas de Judith, c’est le conflit avec le père qui se confond avec l’amant (un certain Charles) alors que le désir rôde sous les traits du jeune Peter.En bref, « écrire avec ses tripes, son sang, son âme.Écrire pour ne pas mourir et mourir d’écrire : que cela me parait admirable », dit J udith dans son cahier bleu.Avec une philosophie pareille, on se doute bien qu’elle n’ira pas loin.Qui voudrait mourir pour un livre 7 En tous cas pas les éditeurs, ce que Judith sait très bien pour les avoir connus de près.C’est pourquoi une bonne partie du Passé composé est une satire, d’ailleurs très bienveillante et très superficielle, du milieu de l’édition montréalais à travers une maison fictive, les Éditions du Midi.La romancière s’amuse aussi à brosser le portrait d’un écrivain-type, M.M., laquelle s’insurge contre « l’industrie culturelle » et croit, selon les lois de l’amalgame dont les écrivains québécois sont si friands pour se donner du courage peut-être,que» Proust, Nelliganet Woolf » sont sur le même plan.Tout ça n’est pas très convaincant.Alors, que devient la pauvre Judith, quand elle ne trouvera plus la littérature exquise ?C’est bien simple.Après une petite crise de désillusion romanesque, elle prendra un travail à mi-temps dans une association d’écrivains.Elle achètera un cahier jaune sur lequel elle notera « les faits et gestes des écrivains que je rencontrerai ».Elle deviendra mé morialiste, croit-elle.Pour narrer cette histoire un peu mince, on dirait même pour l’étoffer, Michèle Mailhot a choisi une forme compliquée et assez complaisante.Son livre est fait des quatre cahiers de J udith jetés en vrac, si bien qu’on finit par avoir l’impression de ne lire que des brouillons, même si ce sont de faux brouillons.Ou bien, ce sont Michèle Mailhot Le Passé composé Roman Boréal des coquetteries littéraires compli quées dont on ne voit pas la nécessité dans un ouvrage réaliste.Par exemple, M M.est parfois un homme, parfois une femme.Qu’est-ce que ça ajoute ?Ennui, dilettantisme, nostalgie.Fait-on de la littérature avec ça ?Bien sûr, à condition de ne pas se prendre au sérieux ni de faire trop long car « parler nuit et ennui.» n’est pas poli.Michèle Mailhot a trop forcé sur l’introspection, sur la note grave.Au fond, Judith n’est qu’une brave femme au charme suranné qui reste sur la crête des événements.Elle n’a pas les épaules pour 190 pa ges, même en gnis caractères.ANNE DANDURAND, qui a écrit surtout des nouvelles, en vient à son premier gros livre avec Un coeur qui craque.C’est naturellement un jour nal, autrement dit une sorte de co lique verbale sur Macintosh, un instrument qui permet cependant de corriger et de couper avec facilité.La narratrice est écrivaine (et co médienne), semble-t-il.Elle est ano rexique, insomniaque, asthmatique grave, handicapé physique, tatouée, etc.Pourquoi son coeur craque-t-il ?Parce qu’elle veut aimer et veut qu’on l'aime mais elle ne sait pas comment s'y prendre.Elle fait partie des femmes qui aiment trop.C’est pourquoi « son chien est mort » avant même que ça commence.Tout y passe des manies contemporaines : les écrivains italo-québé cois, les phrases en allemand, la pollution à Saint-Basile, le Bien-être, l’écrivain haïtien qui sait tout, un lexique pour les Français, un séparatisme négligent, l’Africain qui bande bien et qui botte « comme un marteau-pilon », les références sans fondement aux grandes oeuvres d’art, des poinLs de vue sur la politique internationale et j’en passe.Rien de personnel, rien de beau.Quand on ferme le livre, on a l’impression qu’on vient de fouiller dans le sac de la balayeuse d’Air Québec.On se demande comment Anne Dandurand qui a une langue souple et riche d’évidence, qui a des formules heureuses, qui a publié de bons textes courts comme Voila c'est moi : c'est rien j’angoisse (éditions Des rétrospectives ou des tombeaux ?POÈMES 1960-1972 Gemma Tremblay, L’Hexagone, coll.Rétrospectives, 266 pages POÈMES POUR UN HOMME JUSTE 1949-1985 Réginald Boisvert, L’Hexagone, coll.Rétrospectives, 81 pages.EN VALLÉES CLOSES Poèmes, 1951-1986 Pierre Trottier, L'Hexagone, coll.Rétrospectives, 335 pages.LES CYCLES DU SCORPION Poèmes et proses, 1960-1987 Jacques Renaud, L'Hexagone, coll.Rétrospectives, 395 pages.PROPOSITIONS Textes, 1976-1979 Jean-Yves Collette, Éditions du Noroît, 174 pages.Jean Royer L’UTILITÉ d’une « rétrospective» est de réunir en un seul volume une oeuvre majeure à laquelle peuvent s’ajouter des inédits.Ainsi un poète prend sa place dans l’histoire littéraire.Les Éditions de l’Hexagone ont bien joué leur rôle en créant la collection « Rétrospectives » où l’on retrouve aujourd’hui plusieurs poètes __ DANS LES IITYPO LES MEILLEURS BOUQUINS André Roy Ançl ,'accélér /.«»¦_it intensité L’ACCÉLÉRATEUR D’INTENSITÉ poésie, 144 p.— 6,95 $ .une langue sobre.touchante, une expérience inoubliable.Gilles Toupln TYPOÏl POCHE ¦¦ LES HERBES ROÜGES PHOTO ARCHIVES Réginald Boisvert majeurs : Grandbois, llénault, Gi-guère, Lapointe, Pilon, Brossard.Certains autres poètes se retrouvent aussi dans la collection de poche « Typo » avec un ensemble de leur oeuvre, comme Paul Chamberland.Chez des éditeurs comme Fides, Les Écrits des Forges et Le Noroît, les rétrospectives sont aussi celles de poètes majeurs tels Rina Lasnier, Saint-Denys-Garneau et Jacques Brault.Mais faut-il éditer les oeuvres complètes de tous les poètes, morts ou vifs ?La question se pose avec certaines parutions récentes.Quand un poète de 44 ans réunit ses moindres textes accompagnés de notes explicatives — et pourquoi pas l’heure et le jour de leur parution ?—, cela ressemble plus à un tombeau qu’à une rétrospective.C’est ce qu’a fait Jean Yves Collette au Noroît.Propositions est le troisième d’une série projetée de six livres réunissant cette oeuvre qui, on le lit, est surtout portée par une quincaillerie moderniste déjà passée de mode.Quand on fait une rétrospective I d’une oeuvre mineure, quoiqu’inté- 1120.ave.laurier ouest outremont, montréal tel.274-3669 Aujourd’hui 24 novembre de 11H30 à 13h BIBÎ et GENEVIÈVE LIBRE EXPRESSION Samedi 1er décembre de 14h à 16h FRANÇOIS GRAVEL BONHEUR FOU ZAMBONI W Boréal Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS ressante sur le plan historique, ne serait-il pas préférable d’opérer un choix des meilleurs poèmes ?C’est ce qu’on aurait dû faire à l’Hexagone, il me semble, en ce qui concerne l’oeuvre de Gemma Tremblay (1924-1974).Cette poésie aux allures baroques, à l’imagerie débordante, est toute empreinte de références religieuses et de passion pour le pays natal.Mais le principal intérêt de cette oeuvre est de nous proposer tout un réseau de métaphores qui semblent vouloir dévoiler un tragique au féminin du corps.Quant à l’oeuvre de Réginald Boisvert, elle est plutôt mince pour accéder à la collection « Rétrospectives ».Ce recueil de 80 pages, dont la moitié réunit des inédits, nous restitue le ton des humanistes des an- nées 1960 : coupables de sensualité, pleins de « frayeurs » et de gravité devant le désir charnel.Mais Boisvert finira par parler de « noire âme sensuelle ».L’oeuvre de Pierre Trottier jus-î tifie sa présence dans la collection « Rétrospectives » par sa singularité thématique, mais certainement pas par sa modernité et son ouverture j aux préoccupations actuelles.Cette oeuvre d’avant le féminisme s’attache aux principaux mythes des origines et de l’amour où les figures de la femme ne sont que figures à posséder ou à mémoriser.D’autre part, malgré le sérieux de sa réflexion philosophique et son érudition, la poésie de Trottier cultive la beauté surran-née.Cette oeuvre qui s’alourdit dans la parabole et l’allégorie, abuse de préciosité et de romantisme.Enfin — et c’est le bouquet! — la rétrospective de Jacques Renaud nous en fait voir de toutes les couleurs! Les narcisses s’imposent au nez du lecteur.Cette poésie faussement mystique, démagogiquement ésotérique et finalement populiste n’ajoute rien à l’histoire de notre poésie, sinon des paraphrases sur des tons connus.Et que dire de l’encensoir qui clôt le livre : cette « lettre à l’éditeur » et cette postface où le poète cite toutes les critiques qui lui furent favorables, et cette notice biographique qui renchérit sur la personne du poète ?Ici, Jacques Renaud rejoint, d’une certaine manière, le narcissisme de Jean Yves Collette et la poésie cesse avec eux de réinventer le langage.Pierre GODIN La Poudrière linguistique 382 pages - 29,95$ PJMBE TAXER LES LIVRES, C'EST IMPOSER L'IGNORANCE.L’auteur trace brillamment le portrait d’une époque déterminante dans l’histoire du Québec, celle de l’implantation des premières lois touchant la langue, car les questions qui se sont alors posées restent plus actuelles que jamais après un quart de siècle.La Poudrière linguistique constitue le quatrième tome de l’hisoire de la Révolution tranquille.Triptyque), peut se laisser aller à de tels dévergondages.U* Passé composé, Michèle Mailhot, 190 pages, éditions Boréal, Montréal 1990.Un coeur qui craque, Anne Dandu rand, journal imaginaire, 140 pages, éditions VLB, Montréal 1990 LOGIDISQUE l’éditeur de lu technologie 1225, Je Condo, Monltvul QC II1K 214 (514)0.1.1 2225 l*AX: (514) 911 2IS2 OFFREZ HUGO À VOTRE MICRO! IIIM l’C 640 K 84,95$ • M4t kl • Ht» KM MO* Mfll • 111(1 HUGO PLUS le dictionnaire et la grammaire < tl\ll*\l 11(1 I Winill'tilitI.Il W.i hlogidisque HUGO PLUS le dictionnaire et lu grammaire par Manseau, Malka, Des Roches, Li/ée, Hélu «Hubert Manseau, Roger Des Roches, Francis Malka, Robert Lizée et Marc-André Hétu méritent de rester dans l’histoire de l'informatique comme les premiers qui ont osé, concrètement, s’attaquer a la correction grammaticale d’un texte.» SCIENCE & VIE MICRO «HUGO PLUS nous arrive tout droit du pays des puristes de la langue française.HUGO PLUS va plus loin que tous les autres programmes.» LE POINT Vérification orthographique cl grammaticale, compatible: WordPerfect 4.2,5.0 et 5.1, Wordstar 4, Word 4.0 et 5.0, l’Écrivain public, le Secrétaire personnel et ASCII.IIIM PO .1X4 K 695$ GRAMMAIRIEN H LOGIDISQUE LE GRAMMAIRIEN Grammaire électronique par M.Simard cl J.R.MacHan «LE GRAMMAIRIEN est un logiciel extrêmement ambitieux.«Pour toutes les difficultés de la grammaire, le logiciel opère de la même manière: à partir d’un problème grammatical concret, LE GRAMMAIRIEN pose une série de questions.À condition d’y répondre correctement par oui ou non, on obtient la règle correspondante.«Une grammaire électronique qui reste constamment à la disposition de celui qui est en train de créer un texte.C’est simple et pratique.» SCIENCE & VIE MICRO Grammaire électronique résidente compatible: WordPerfect, Microsoft Word, Samna Word, Wordstar, PC-Write, Text Mate, Visio3, Visio4, l’Écrivain public, le Secrétaire personnel, Éditexte.r En vente pari et chez LOG1DISC Tous nos produits sonl en licences pour l’é D-4 M Le Devoir, samedi 24 novembre 1990 • le plaisir des mes MICHÈLE MAILHOT La femme qui plantait des arbres Jean Royer POU R Michèle Mailhot, « une journée sans écrire est une journée perdue ».Écrire est un acte vitaL D’ailleurs, son tout premier roman, il y a vingt-cinq ans, avait pour titre : Dis-moi que je vis.Aujourd’hui, dans Le Passé composé (Boréal), la romancière nous raconte la lutte pour écrire qu’entreprend Judith, la narratrice de ce chemin difficile.« J’ai toujours le vertige quand je me demande d’où vient l’écriture et où ira la phrase, me confie Michèle Mailhot.Quand on commence un livre, on n’en sait pas la fin.C’est vertigineux de voir comment la matière s’organise malgré soi.Avant d’écrire un livre, on craint de ne pas pouvoir l’étoffer.Pourtant, quand on s’embarque dans récriture, le livre peut s’écrire jusqu’au bout ».Trois grands thèmes recouvrent l’oeuvre de Michèle Mailhot depuis 1965 : le corps, l’amour et la solitude.Ses romans composent l’histoire d’une femme déçue par l’amoureux velléitaire (Le Fou de la reine), mutilée de son sens de la vie à retrouver en soi, qui regarde avec l’ironie qu’il faut la vie ratée à deux ( Veuillez agréer) et qui, comme une Alice au pays des horreurs, apprend à explorer dans sa solitude son « étrange paysage intérieur » ( La Mort de l’araignée).Ces romans des années 1960 et 1970, on les retrouve aujourd’hui dans la collection de poche « Courants » chez VLB Éditeur.Au cours des années 1980, Michèle Mailhot a fait paraître deux tomes d’un journal émouvant : La Vie arrachée (1985) et Notes de parcours (1986), aux Éditions La Presse.Là aussi, nous lisons que l’acte littéraire est un acte de vivre.Avec une sobriété où l’humour remplace le pathos, Michèle Mailhot nous propose une réflexion sur la souffrance et la mort, sur la maternité et le goût de l'écriture.Ce sont des souvenirs de l’âme qui ne manquent pas non plus de lyrisme pour évoquer la puissance de la vie dans l’amour et l’écriture.« Désormais, écrit-elle, je veux croire que c’est la route elle-même et non la fin qui est un accomplissement ».Et ailleurs : « L’admirable vitalité de mon corps m’a sauvée (.) C’est lui qui a été ma foi, mon espérance et mon amour.C’est lui le saint des saints ».Dans le roman qui vient de paraître, Le Passé composé, la narratrice Judith refait la traversée des thèmes de la romancière — le corps, l’amour, la solitude — mais, cette fois, le personnage clé, c’est l’écriture elle-même, qui recouvre la vie comme le miroir d’un étrange paysage.Judith rencontre l’écriture, c’est sa conscience de vivre.Elle qui a vécu et travaillé dans une maison d’édition dont elle a une mémoire ironique, elle doit apprivoiser les mécanismes, les nécessités et les difficultés de récriture pour traverser finalement sa propre vie.Dans son « cahier bleu », Judith note son cheminement et ses difficultés.Dans son « cahier rouge », voici que la fiction s’empare du personnage de Pauline rencontrant Charles jusqu’à l’amour et jusqu’à ce que l’écriture emporte la vie même de la romancière.Le Passé composé n’est pas seulement une histoire d’amour et d’écriture.C’est aussi le regard passionné de Michèle Mailhot sur une vie de femme.Ce roman, écrit avec un humour et une finesse admirables, m’apparaît comme l'épure d’une oeuvre qui, depuis vingt-cinq ans, cultive la lucidité et la révolte.Le Passé composé s’impose comme le roman de la liberté individuelle et du besoin d’écrire.Plutôt que d’aller vous payer un atelier d’écriture, faites-vous cadeau de ce livre qui vous apprendra tout ce qu’il faut faire pour être libre d’écrire.Il vous restera, après la lecture du roman de Michèle Mailhot, à trouver au fond de vous votre propre talent et à pratiquer votre liberté personnelle.« Je ne crois pas qu’il y ait de plus beau geste que celui d’écrire — même si cela paraît dépassé, dit Michèle Mailhot.Le livre est aussi l’objet le plus intime qu’on puisse partager avec quelqu’un d’autre : le lecteur.On peut coucher avec le livre et se lever avec lui.On peut le garder dans sa poche et l’emmener partout avec soi.Le livre reste un objet intime et personnel à une époque où tout le monde regarde la télévision.« D’autre part, poursuit la romancière, on croit qu’écrire est devenu plus facile parce qu’il se publie beaucoup de livres.Mais non, chaque livre demande le même effort pour chaque auteur.La difficulté d’écrire reste totale.Elle devient même plus exigeante, avec la concurrence de la télévision ».En fait, apprend Judith, la narratrice du Passé composé, la page blanche, ce miroir de l’écrivain, n’est pas de fréquentation facile.S’y regarder et même observer les autres dans l’écriture est un apprentissage de lucidité qu’on peut être tenté de fuir.« Mais on n’échappe pas à sa propre conscience, note Mme Mailhot.1 C’est le devoir de l’écrivain d’avoir une conscience de ce qui se passe autour de lui.L’écrivain n’a pas le droit d’aller dans les modes et de se laisser porter par les courants.C’est une conscience qui doit réagir.Il faut quelqu’un quelque part qui dise quelque chose de vrai, qui combatte les clichés.Qu’est-ce que la conscience ?C’est d’être alerté par ce qui nous entoure, pour en saisir la fausseté et la vérité.Etre conscient, c’est s’arrêter à chaque seconde et c’est épuisant.« Écrire, c’est voir plus clair plus loin afin de dépasser les apparences.Et si je n’écrivais pas, je mourrais.Quand j’écris, je tiens la mort loin de moi.Je suis dans un désarroi profond si je n’écris pas.Je ne ressens pas une culpabilité moralisante ou de source religieuse, mais plutôt le devoir d’être présente au monde.Puis, quand j’écris m’arrive la grande joie de comprendre des choses».On écrit aussi contre sa vie, contre celle qu’on peut nous avoir imposée.On écrit, comme Judith, pour le passé à recomposer.On écrit par révolte.» Je suis devenue une rebelle et une anarchiste dans tout, me confie Michèle Mailhot.Je pense que j’ai voulu écrire pour protester et dénoncer avant tout.C’est mon côté moraliste.J’écris parce que l’hypocrisie me devient insupportable, parce qu’un état social me révulse.C’est sûr qu’il y a en moi une apôtre du contraire ».Dans son premier livre, Dis-moi que je vis, comme dans son plus récent roman, Le Passé composé, Michèle Mailhot a toujours cherché à réinventer l’amour contre l’ennui, la peur, le mensonge, le désespoir et la solitude.Ainsi s’accomplit le destin littéraire de J udith, celle qui découvre enfin son « étrange paysage intérieur ».PHOTO JACQUES GRENIER Michèle Mailhot La romancière Michèle Mailhot est aussi, il faut le savoir, une passionnée des maisons à refaire.« Je suis toujours désolée des maisons qui s’écroulent dans des paysages abandonnés.Toutes les maisons que j’ai refaites, j’en ai toujours amélioré aussi l’environnement.La femme qui plantait des arbres, c’est moi.J’en ai planté plus de trois mille.J’ai la passion des maisons et de l’enracinement.Si j’avais écrit autant de livres que j’ai réaménagé de lieux, j’aurais une oeuvre immense.On dirait qu’il faut qu’autour de moi tout soit sans cesse restauré et devienne beau ».T 4 Duneton nomiques : amour et haine, confiance et méfiance, courage et peur, gaieté et tristesse, bonheur et malheur.Sous le thème des durées, cohabitent, entre autres, toujours et jamais, durable ou provisoire, nouveau ou ancien, vitesse ou lenteur.L’index détaillé des expressions ne compte pas moins de 400 pages et facilite grandement le repérage de l’expression recherchée.Cet amoureux fervent et naïf des mots a cueilli dans quantité de textes obscurs des locutions figées qui n’avaient pas encore été recensées.Il mentionne par exemple, une pièce anonyme de 1624, intitulée Les Ramoneurs, dont les dialogues lui ont fourni de nouveaux mots colorés, des estuaire Le poème en revue No.57 le plus près possible estuaire le plu\ près possible Des poèmes de FRANÇOIS CHARRON LOUISE DESJARDINS ANNIE MOLIN VASSEUR PIERRE MONETFE ANDRÉ ROY Abonnement pour quatre (4) numéros Abonnement étudiant/écrivain 18 SG Abonnement régulier 20 S ?Abonnement pour institutions 30 S G Abonnement à l’étranger 35 S G Abonnement régulier pour 2 ans (pnt spécial pour huit (8) numéros, au Canada seulement) 35 S D Abonnement régulier pour trois ans Ipm spécial pour douze |I2| numéros, au C anada seulement 50 $ G On peut aussi se procurer la plupart des cinquante (50) premier numéros d'estuaire 5 S G Nom.Adresse.Code.-.Veuillez m’abonner à partir du numéro.informations inédites sur les manières de dire des bonnes gens du XVIIe siècle.Claude Duneton a dépouillé méticuleusement les Curiositez françoi-ses d’Antoine Oudin (1640), le premier dictionnaire connu consacré aux locutions populaires de la langue française de la première moitié du XVIIe siècle.Il a ratissé aussi le Dictionnaire universel d’Antoine Fure-tière dont on célèbre cette année le tricentenaire.Selon le linguiste, cet ouvrage décrit merveilleusement « l’idiome familier des classes moyennes à la fin du XVIIe siècle, incluant les locutions familières, tournures et façons de parler populaires ».Il a fréquenté notamment le Dictionnaire de Trévoux dont la dernière édition publiée en 1771 comporte huit gros volumes qui font état de révolution de la langue pendant les deux premiers tiers du XVIIIe siècle.Dans la même veine, il a relevé dans le Dictionnaire de la langue verte — jardinage oblige — d’Alfred Delvau (1867) de très nombreuses expressions populaires au XIXe siècle.Passionné des dictionnaires, Claude Duneton vénère les grands collectionneurs de mots, les Antoine Furetière, Émile Littré, Pierre Larousse, Alain Rey dont les oeuvres sont des amis fidèles desquels il ne veut jamais s'éloigner bien longtemps.Comme il habite tantôt une maison de campagne de son Limou- j sin natal, tantôt son appartement parisien, Claude Duneton possède son Grand Robert des champs et son Grand Robert de ville.« Je reste à Paris » : l’auteur passionnant et sympathique emploie volontiers le verbe rester au sens de « habiter ».Pourtant cet emploi, cou- ÉTATS-UNIS 1960-1990 30 ANS DE LITTÉRATURE JoFin UUom V Bin °' l.Ootloro.Poul Ami 1* at PyotAo’ lora W«1 :erne En vente chez votre libraire DIFFUSION PROLOGUE magazine littéraire rant au Québec, est signalé comme un régionalisme d’Afrique dans le Petit Larousse et il est étiqueté comme régional ou rural dans le Robert.Claude Duneton s’insurge contre les mentions très arbitraires, à son avis, des archaïsmes ou des régionalismes qui sont attribuées parfois à certains mots dans les grands dictionnaires.« Si ma fille de 3 ans dit : « je reste dans cette maison » ou « je me suis cogné la tête » se demande le linguiste, parle-t-elle une langue archaïque ou régionale ?Qui peut se permettre de décréter cela ?» Même si Claude Duneton estime que la deuxième édition du Grand Robert de la langue française « représente la forme actuellement la plus achevée de la description du français moderne et contemporain », il rebaptise l’ouvrage en plaisantant Le Grand Robert de la bourgeoisie parisienne ! Le linguiste estime que les lexicographes doivent être très prudents et circonspects lorsqu’ils décrivent un usage et tentent de le cataloguer.Il s’interroge encore : comment peut-on juger du niveau familier, populaire d’une expression, d’un mot ?Ces choix lui paraissent bien subjectifs.Pour sa part, il a renoncé à cataloguer une expression comme vulgaire, familière ou littéraire, d’autant plus que les emplois de celle-ci ont nécessaiement évolué au fil des ans et qu’une locution, vulgaire ou populaire à l’origine, a pu passer peu à peu dans l’usage courant.L’auteur de Parler croquant regrette une lacune d’importance dans son imposant recueil de près de 1400 pages : il n’a pu recenser les expressions québécoises.Pour l’instant, du moins.« Étant donné le rôle actif que joue aujourd’hui la littérature française d’Amérique du Nord, il est bien évident que les éléments distinctifs du parler québécois auraient dû prendre place dans un ouvrage comme celui-ci.» Le grand projet de Claude Duneton serait de publier en l’an 2000 un fabuleux bouquet qui comprendrait aussi nos expressions imagées.Pour y parvenir, il souhaiterait vivement passer plusieurs mois au Québec pour être à même de colliger des locutions imagées qui sont strictement d’ici.Le linguiste déplore que la littérature, le cinéma québécois, ne soient pas suffisamment diffusés en France, non pas seulement pour les créateurs du Québec, mais surtout pour les Français, affirme-t-il, dans leur plus grand intérêt.Claude Duneton se dit émerveillé par nos efforts, par la détermination qui anime les Québécois; il regrette le fatalisme, l’inertie de ses compatriotes et souligne que le français pourrait disparaître beaucoup plus rapidement qu’on ne l’imagine.« Au cours d’un demi-siècle seulement, souligne le linguiste, j’ai vu mourir une langue, l’occitan qui a maintenant atteint un point de non-retour, qui est désormais une langue morte.Si le français survit, ce sera à cause de sa littérature », affirme-t-il.Claude Duneton estime que les auteurs jouent donc un rôle absolument capital pour la survie de notre langue et pour l’expression de notre identité.Le Bouquet des expressions imagées a exigé douze années de recherche au cours desquelles Claude Du neton et son adjointe, Sylvie Claval, ont constitué un fichier, aujourd’hui informatisé, dont la mise en forme a nécessité quatre ans de travail.Cette magnifique anthologie des expressions imagées du XVe au XXe siècle, cette histoire colorée du français recense 400 ans d’imagination collective des Français, ainsi que nous le précise la jaquette du bel ouvrage.Claude Duneton, cet attachant jardinier, simple et naïf comme le parler qu’il affectionne, rêve déjà au florilège des expressions imagées qu’il souhaite nous offrir à l’aube du siècle prochain.Et nous aussi.LE SPÉCIALISTE DE LA LITTÉRATURE MUSICALE LIBRAIRIE MUSICALE AMADEUS Biographies des grands compositeurs Encyclopédies musicales • Dictionnaires de la musique Études • Recherches • Essais • Beaux livres cadeaux CLASSIQUE - JAZZ - POPULAIRE - CHANT CHORAL LIBRAIRIE AMADEUS-ÉDITIONS A COEUR JOIE CANADA INC.8154 RUE ST-DENIS, MONTRÉAL, H2P2G6 (514) 387-6651 ©JARRY + Gary exprime l’étroitesse du moi de l’écrivain : « Mon je ne me suffit pas comme vie, et c’est ce qui fait de moi un romancier, j’écris des romans pour aller chez les autres.Si mon je m’est souvent insupportable, ce n’est pas à cause de mes limitation et infirmités personnelles, mais à cause de celle du je humain en général.On est toujours piégé dans un je».Pour échapper à ce piège du « je », cette règle du jeu, Gary publie Les têtes de Stéphanie sous le pseudonyme de Shatan Bogat.« Je l’ai fait parce que j’éprouve parfois le besoin de changer d’identité, de me séparer un peu de moi-même, l’espace d’un livre.» Et il poursuit le jeu avec plus de réussite, ce qui va refermer le piège sur lui-même, en envoyant, par l’entremise d’un ami établi au Brésil, un manuscrit d’un homme amoureux d’un python : Gros-Câlin d’Émile Ajar.Raymond Queneau a raison de se méfier de ce texte qui sent le canular et le refile au Mercure de France, filiale de Gallimard.Automne 1974, le livre paraît et c’est le succès immédiat.L’auteur ?Un écrivain inconnu qui aurait fréquenté Camus, médecin pied-noir ayant fui en Amérque du Sud pour des histoires d’avortements.Personne n’y croit.On soupçonne Queneau, Aragon et même Michel Cournot, directeur littéraire du Mercure.Pendant un an, personne ne pense à Gary .Mais le vrai scandale n’est pas encore arrivé.Au printemps 1975, Gary déride de donner corps a Émile Ajar.Son « neveu » Paul Pavlowitch (petit cousin en fait) est l’« heureux » élu.Il a 33 ans et est d’une nature trouble.C’est là que la blague déraille et devient hallucinante.Paul téléphone au Mercure pour le second manuscrit, mais les éditeurs exigent une rencontre.Elle aura lieu à Genève et le jeune auteur s’entoure de précautions.Il est brusque et bizarre dans son comportement.Sans l’accord de Gary, Paul accepte I M P R I M E D COMMUNICATION Réalise la mise en page et l’impression — De roman, poésie, thèse — Ouvrage générale - Manuel pour corporation - Et pour professionnel Confiez-nous vos travaux en toute confiance pour une estimation gratuite.• Travail de qualité • Prix très concurrentiel • Cueillette et livraison QUANTITE 100 ET PLUS!!! Tél: 276-8779 un rendez-vous secret avec la journaliste Yvonne Baby qui publie dans Le Monde le récit de sa rencontre avec le mystérieux écrivain.Rien ne va plus.Le deuxième manuscrit fait forte impression, mais Paul multiplie les bourdes en envoyant, sans l’avis de Gary, une photo floue de lui au Mercure.Ajar, comme le dit Jean-Marie Catonné, s’empare de Paul.La vie devant soi parait avec une curieuse notice biographique, et rapidement on sait que le roman va remporter le Goncourt.Gary, via Ajar, proteste et affirme qu’il refuse le prix à l’avance.L'académie maintient sa décision.Le piège se ferme.Après d’innombrables recherches, on découvre qu’Ajar est en fait Paul Pavlowitch.De là, il n’y a qu’un pas à franchir pour atteindre l’« oncle » de l’écrivain, Romain Gary.Celui-ci se défend d’être le véritable auteur caché derrière le pseudonyme d’Ajar et même d’avoir exercer quelque influence que ce soit sur son neveu.Il ira loin en affirmant à France-soir : « J’avais aimé Gros-Câlin, mais je n’ai pas encore lu La vie devant soi.» En parlant de son neveu, il pousse la comédie à son extrême : « il était atteint d’une sorte d’éternelle errance (.) Un jour, j’ai appris par un de ses familiers qu’il travaillait à un roman.(.) Bien sûr dans le Goncourt, on trouvera un petite influence de mes propres écrits, par-ci par-là (.).Paul a lu mes écrits, c’est évident».Dès lors, Gary sent la soupe chaude.Pour accréditer l’existence autonome d’Ajar, il s’immolera en publiant Pseudo sous le nom d’Ajar.Cette charge délirante contre l’oncle Tonton Macoute d’Ajar est d’une virulence incroyable.Personne ne pouvait croire que c’était Gary qui la dirigeait.« Tonton Macoute est un salaud ».« Vicelard comme pas un ».Les coups bas pleuvent.« Il avait toujours su tirer de la souffrance et de l’horreur un joli capital littéraire.» On ne peut pas se tirer indemne de pareil dénigrement de soi-même.Mais du coup, tout le monde a cru en l’existence d’Émile Ajar.Un auteur était né, un autre ridiculisé presque à mort.L’angoisse du roi Salomon, un roman sur le temps, clot le cycle des romans d’Émile Ajar.Gary continue pourtant de publier sous son nom.Son dernier roman, Les cerfs-volants, affirme la puissance de l’imagination face à la réalité.Le 30 août 1979, après avoir vu le film Clair de femme adapté du roman de Gary, Jean Seberg disparait et on la retrouve morte quelque temps après.Le 2 décembre 1980, c’est au tour de Gary d’avoir rendez-vous avec la mort.Mais c’était encore un tour de passe-passe puisqu’il renaît de ses cendres en dévoilant dans Vie et mort d’Êmile Ajar quelle était la véritable identité de cet auteur inclassable.(.HKISTTANOI TOUR in O) I d
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