Le devoir, 5 décembre 1990, Cahier A
Vol.LXXXI — No 283 ?Nuageux.Neige en matinée Max.: -5.Détail page B-7.Montréal, mercredi 5 décembre 1 990 idées pour vos cadeaux de Noël pratiques et agréables.3525.chemin Queen Mary Tél 739-4451 /2141 Le magasin dû phin-alr h pki* *pécisll*é de Montréal 60 CENTS Côte-Nord Gaspesie Nouveau Brunswick 60 cents Toronto 80 cents société Les Haïtiens ou la passion du vote À onze jours des élections, les Haïtiens semblent décidés à voter en masse.Ils ne croient pas que la violence, cette fois, viendra perturber ce désir.François Brousseau a enquêté à Port-au-Prince, et rencontré le directeur du Conseil électoral provisoire, Jean-Robert Sabalat (ci-dessus).Page B-1 Roch Côté, péter la balloune des bonnes causes Le manifeste d'un salaud fait causer dans les chaumières.Son auteur, le journaliste Roch Côté, s’êst donné comme mission de « péter la grosse balloune de toutes les bonnes causes : féministes, écologiques, anti-tabagistes, etc.Nathalie Petrowski l'a rencontré et écrit qu'il y a un Roch Côté dans chaque homme Page B-1 SOMMAIRE Éditorial Il y a un trou béant dans l'énoncé de politique sur l'immigration, celui d’une intervention concrète, ciblée, concertée, dans la région montréalaise.Un éditorial de Lise Bissonnette.Page A-8 L’Irak autorise le départ de milliers de Soviétiques L'Irak, poursuivant ses efforts pour diviser la coalition dressée contre lui, autorise le départ de 3300 Soviétiques, tandis les Douze de la CÉE décident du principe d'une rencontreavec le ministre irakien des Affaires étrangères Tarek Aziz.Page A-7 Des libéraux souverainistes qui s’affichent Dans le comté du ministre Raymond Savoie, des libéraux virent souverainistes et n'hésitent pas à le montrer clairement en s'alignant à la table de la Commission Bélanger-Campeau, aux côtés de leur adversaire péquiste des dernières élections, le maire de Val d'Or André Pelletier Page A-3 Offre de trêve pour sauver les Grands Ballets Le syndicat des techniciens de la Place des Arts offrira aujourd'hui de suspendre ses moyens de pression contre la direction de la PdA pendant la durée des représentations de Casse-Noisette à la salle Wilfrid-Pelletier ».Cette offre pourrait permettre d'éviter l’annulation de la saison 1991 des Grands Ballets canadiens, et par le fait même assurer la survie de la compagnie Page A-3 Québec prendra en main l’immigration même sans nouvel accord avec Ottawa Gilles Lesage de notre bureau de Québei' M KM K SANS nouvel accord avec Ottawa, le Québec est déterminé à tout mettre en oeuvre pour assumer la maîtrise d’oeuvre de son immigration et assurer la pérennité du fait français.Tel est l’un des points saillants que la ministre des Communautés cultu relies et de l’Immigration a fait ressortir hier, à l’occasion de la présen talion, à l’Assemblée nationale, d’un énoncé de politique gouvernementale.Le premier du genre depuis que le Québec se préoccupe d’immigration et d'intégration, soit depuis 1968, cet énoncé, intitulé Au Québec, pour bâtir ensemble, fera l’objet d’une consultation générale et d’auditions publiques à compter du 19 février prochain.On y traitera aussi des niveaux d'immigration souhaités pour les prochaines années.Ce n’est que par la suite que l’ambitieux énoncé sera transformé en plan d'action concret et accompagné de mesures budgétaires.Pour l’heure, sans l’apport d’Ottawa, la vice-présidente du Conseil du Trésor évalue ses projets à quelque 30 millions $ d’argent neuf, répartis sur trois ans.Mme Monique Gagnon-Tremblay espère que le projet d’entente Canada-Québec (inclus dans l'accord avorté du lac Meech et repris sous forme d’entente administrative qu’Ottawa tarde à signer) sera complété avant la fin de l’année.Mais le Québec ne se sent pas paralysé parce qu’Ottawa n’est pas prêt, dit elle en conférence de presse.Depuis l’entente Cullen-Couture de 1978, il exerce certains pouvoirs, qu’il veut élargir pour rapatrier la maîtrise d’oeuvre du recrutement et de la sé-Voir page A-4 : Immigration Autres informations sur l’immigration, en page A-2 ira; PHOTO JACQUES NADEAU Un jardin de Chine au coeur de Montréal M Le Wei Zhong, architecte de Shanghai et concepteur du Jardin de Chine, que l'on pourra contempler au Jardin botanique de Montréal dès juin, pose devant le travail accompli par son équipe Le • Jardin du lac du rêve » (Meng Hu Yuan), est l'un des fruits de l'entente Shanghai-Montréal conclue lors de la visite du maire Jean Doré en Chine en 1987 Inspiré de la tradition de la dynastie chinoise Ming (1200-1600), le jardin chinois de Montréal comptera plusieurs bâtiments ainsi que des étangs propres à la contemplation.Le tout aura été accompli au coût de 4 millions de dollars répartis équitablement entre les deux villes.Les contribuables montréalais subiront Rvan défend des hausses de taxes moyennes de 6,5 % le tederal,sme %J s d'après la Presse Canadienne Laurent Soumis LKS CONTRIBUABLKS résidentiels de Montréal connaîtront l’an prochain la plus forte hausse de leur compte de taxes depuis l’élection du maire Doré il y a quatre ans.La présidente du comité exécutif de Montréal, Mme Léa Cousineau, a déposé, hier au conseil municipal, un budget inflationniste de 7,4 % qui comporte une augmentation des dépenses d’environ 120 millions $ portant le budget de fonctionnement de la Ville à 1,72 milliard $ en 1991.Les contribuables du secteur résidentiel verront leur compte de taxes progresser en moyenne de 6,5 %, tandis que ceux du secteur commercial et industriel connaîtront une hausse plus faible de 5,8%.Le taux de la taxe foncière générale augmentera de 1 % passant de 2,07 $ à 2,09 $ du 100 $ d’évaluation Mais l’effet conjugué de la hausse de la valeur de l’évaluation fera grim- per le compte de la plupart des résidants de 5,7 %, une hausse légèrement inférieure au taux d’inflation anticipé (5,8%) établi à partir des prévisions des grandes institutions fi-nacières.Ainsi, une maison unifamiliale, dont l’évaluation passe de 105 200 $ à 110 300 $ en 1991, verra son compte grimper de 126 $ (5,8 %) l’an pro chain passant de 2213 $ à 2339 $.Globalement, plus de 57 % des contribuables verront leur compte augmenter à un rythme inférieur à celui de l’inflation.Cependant, les plus touchés seront les 7000 contribuables qui bénéfi ciaient de la mesure de plafonnement du compte de taxes levée par le gouvernement québécois.Après trois ans de répit, ces contribuables retourneront à la réalité du marché immobilier et encaisseront une hausse de plus de 15 % Ainsi, le compte de taxes d’une maison unifamiliale qui s’élevait cette année à 2808 $ grimpera à 3862 $, soit un bond de 1054 $ (,'17,5 %).Le taux de taxes locatives demeurera inchangé, ce qui donnera un certain répit au secteur commercial et industriel durement louché par la récession.Le taux de la taxe d’eau et des services sera maintenu à 7,5 %; la taxe d’affaires diminuera légèrement de 12% à 11,95 %.De façon générale, les entreprises verront leur compte de taxes locatives augmenter de 5%.Un peu moins de 19 % d'entre elles bénéficieront d’une diminution; la moitié connaîtront une hausse inférieure à celle de l’inflation anticipée.Toutes ces taxes ajoutées à la taxe olympique assureront une entrée de 1,3 milliard $ au Trésor montréalais.Une surveillance accrue et l’allégement des procédures en Cour municipale devraient en outre amener des revenus supplémentaires en contraventions de 4,8 millions.La Ville percevra 160 millions $ en droits et amendes.La tarification des services, qui rapportera 63 millions $, tiendra dé sormais compte de la taxe fédérale sur les produiLs et services (TPS) et de la taxe de vente québécoise modifiée.Les tarifs seront ainsi majorés de 5% à 13% Montréal estime que la récession lui vaudra un manque à gagner de 20 millions $ cette année*.Québec et Ottawa verseront 127 millions $ sous forme de compensations, soit 50 % à 80 % des sommes dues en fonction de la valeur de leurs immeubles, privant Montréal de 65 millions $ Trois facteurs expliquent près de la moitié de l’augmentation de 120 millions $ des dépenses.L’introduction des nouvelles TPS coûtera près de 3,7 millions dès l’an prochain.La hausse de 14 % des charges sociales reliée à la révision des régimes Voir page A-4 : Taxes Autres informations sur le budget Doré, en page A-3 Le BAPE demande à Soligaz de reprendre son étude d’impacts Le litige agricole paralyse le GATT Michel Van de Walle de la Presse Canadiene BRUXKLLKS — Les négociations à la réunion ministérielle du GATT se trouvaient dans un cul-de-sac, hier soir à Bruxelles, en raison du blocage qui persiste dans le dossier agricole.« La conférence est dans une sérieuse impasse », constatait en soirée le ministre uruguayen Hector Gros-Kspiell, qui agit comme président de la réunion ministérielle.Il entendait procéder à d’« intenses consultations» afin de trouver une issue.Kn fait, tous les regards sont maintenant tournés vers la Communauté européenne que plusieurs pays, dont au premier chef les États-Unis, accusent de manquer de flexibilité.Un mince espoir subsiste dans la réunion que tiendra aujourd’hui la Commission européenne à Bruxelles.Un haut fonctionnaire britannique indiquait en soirée que la commission pourrait revenir aujourd’hui avec Voir page A-4 : GATT Louis-Gilles Francoeur LE BUREAU d'audiences publiques sur l’environnement (BAPE) a stoppé la semaine dernière l’examen du projet Soligaz en raison de « lacunes » si importantes dans l’étude d'impacts que les commissaires se disent «incapables» de terminer leur travail dans l’état actuel du dossier.Mais au lieu de conclure au rejet du projet, lancé par le premier ministre, M.Robert Bourassa, au début de la dernière campagne électorale, les commissaires ont demandé jeudi dernier au ministre de l’Environnement, M.Pierre Paradis, de pro longer de quatre mois leur mandat « afin de permettre au promoteur de compléter son étude d’impacts » conformément aux exigences de la loi et des règles de l’art.Et pour leur permettre aussi, disent-ils, de terminer leur « analyse » du dossier, révèle la lettre du 29 novembre, obtenue par LE DEVOIR.C’est la première fois depuis la création du BAPE en 1987 qu’une commission propose au ministre d'accorder un délai à un promoteur pour lui permettre de compléter, voire bonifier, son dossier en lui iden tifiant précisément les faiblesses décelées par les commissaires dans son projet.La lettre adressée à M.Paradis est signée par le président par interim du BAPE, M.Michel Dorais, et les commissaires Johanne Gélinas, .Jean-Pierre Bourassa et Robert Wright.Ces derniers ont tenu deux consultations au cours des dernières semaines, une pour permettre au public de s’informer sur le projet, et l’autre pour recueillir les mémoires.Les commissaires devaient en principe remettre leur rapport d’ici trois semaines.LE DEVOIR a appris de sources sûres qu’ils auraient recommandé à Québec le rejet du projet Soligaz dans l’état actuel du dossier, d’où la stratégie de rescapage proposée au ministre.Le consortium Soligaz, formé notamment de Pétromont et du Gaz Métropolitain, veut construire deux cavernes souterraines à Varennes pour y entreposer des millions de litres de gaz naturel dont il veut extraire divers produits pétrochimiques.Un quai pour les super-gaziers sous pressions devait en principe être construit dans les herbiers de Varennes à quelques dizaines de mètres du chenal maritime où passent 10000 navires par année.À ce projet d’une centaine de millions de dollars devait s’en ajouter un autre de même importance, soit une usine pétrochimique proprement dite dont la construction est désormais rendue problématique par la surproduction des méga-usines de l’Ouest canadien.Malgré les incertitudes qui entourent le dossier et l’évaluation négative qu’ont fait depuis un an le ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche ainsi que diverses directions du ministère de l’Environnement, il a reçu l’appui massif des forces éco-nomiques de la région de Montréal j qui y voient la renaissance de la pétrochimie québécoise.La lettre des quatre commissaires propose à toutes fins utiles de terminer à huis clos cette audience car si le promoteur acceptait de refaire l’essentiel de son étude d’impacLs, les commissaires affirment pouvoir « en faire l’analyse » et conclure.Ils ne mentionnent nulle part la nécessité de soumettre au public les véritables coordonnées de ce projet sans lesquelles ils se disent « dans l’impossibilité » de conclure.Les données réclamées par les commissaires portent sur des points aussi fondamentaux que la localisation du projet et du quai en fonction de critères environnementaux et la justification même du projet, c’est-à dire son « caractère inévitable» qui n’a pas été démontré, selon les 1 commissaires.Ces derniers indiquent aussi au ministre Paradis que Soligaz devra absolument combler les « lacunes • décelées dans l’analyse des risques ! de son projet.Les principaux volets ! Voir page A-4 : BAPE QUÉBEC — Le ministre Claude Ryan juge essentiel de retenir « un lien canadien institutionnel et significatif » dans la solution que l’on proposera pour un nouveau Québec à l’issue de la réflexion en cours sur l’avenir politique et constitutionnel du Québec.Répondant aux questions d’un groupe de journalistes hier à l’Assemblée nationale, le ministre des Affaires municipales et de la Sécurité publique n'a en effet pas caché sa faveur pour le maintien d’un lien i fédéral avec le Canada, le fédéra- 1 lisme canadien lui semblant toujours un bon système.Interrogé sur sa faible participation à la Commission Bélanger-Campeau aux travaux de laquelle il n’a pas l’intention de participer d’ici la fin de décembre, le ministre a fait part pour une rare fois de l’état de sa réflexion personnelle sur l’avenir du Québec.Ainsi, M.Ryan s’est lancé ouvertement dans une défense du système fédéral qui, d’après lui, garantit le plus la préservation des droits et libertés.« Je n’ai jamais caché mes opinions là-dessus et je crois toujours que le régime fédéral, de par sa nature, favorise davantage la protec-tion des droits et des libertés».« Oui, mais quand on regarde ce (jui s’est passé dans des régimes fédéraux comme en Union soviétique où les libertés individuelles ont été bafouées.?», a objecté un journaliste.« Attention, on a bien vu après coup que l’Union soviétique ne constituait pas un système fédéraliste au sens où on l’entend ici.Un véritable régime fédéraliste, c’est celui que l’on connaît ici », a rétorqué M.Ryan.Le ministre qui ne cache pas avoir toujours été fier jusqu’à maintenant d’être canadien — il l’avait dit la semaine dernière devant un auditoire du comté de Montréal-Lafontaine — a alors poursuivi en disant qu’à son avis toute solution qui pourra être retenue pour l’avenir devra maintenir un « lien canadien institutionnel et significatif ».« Il faudra que cette solution politique soit acceptable pour tous les secteurs de la population », a dit encore le ministre Ryan qui semble par ailleurs avoir des doutes quant à l’utilité des travaux de la Commission Bélanger-Campeau dont il est pourtant un des membres.Sans vouloir discréditer le processus de consultations populaires de cette Commission, il n’en pense pas moins en effet qu’il y a trop de mémoires (environ 500), trop de répétitions quant aux idées défendues, « que l’on connaît d’avance », et pas suffisamment de temps (moins de deux mois) pour entendre les gens et les organismes sur « une question Voir page A-4 : Ryan Québec: dix ans de crise constitutionnelle Autopsie du LacMeech La souveraineté est-elle inévitable Dossier constitué par Roch Denis Pierre Fournier 16,95 $ 22,95 $ Pourquoi la souveraineté s’impose-t-elle comme seule solution pour sortir le Québec de l’impasse ?Voici deux livres essentiels pour comprendre les débats de la Commission Bélanger-Campeau et pour saisir les enjeux liés à l’avenir du Québec.DomI"* Roch vlb éditeur LA PETITE MAISON DE LA GRANDE LITTÉRATURE A-2 ¦ Le Devoir, mercredi 5 décembre 1990 Mulroney ouvre la porte à un processus portant sur le « fond » d’une réforme constitutionnelle Des réactions positives au virage face à l’immigration Josée Boileau de notre bureau d’Ottawa LE PREMIER MINISTRE Brian Mulroney a laissé la porte ouverte hier à un autre processus de réforme constitutionnelle, distinct de l’actuelle Commission Spicer sur l’avenir du Canada et du nouveau comité parlementaire qui doit corriger le processus d’amendement basé sur l’unanimité des provinces.Répondant à une question posée hier aux Communes par le député li béral André Ouellet, qui pressait le premier ministre de créer un comité parlementaire qui aborderait « le coeur du problème constitutionnel », soit la répartition des pouvoirs entre le fédéral et les provinces, M.M ul roney a affirmé partager le point de vue de son collègue.« Effectivement, a-t-il poursuivi, la répartition des tâches est une question nouvelle des plus importantes.Il y a deux problèmes, le problème de fond et le problème de procédure.Nous avons choisi d’aborder la procédure d’abord et avant tout.Mais en temps opportun et assez rapidement, le Parlement canadien sera saisi d’une question beaucoup plus importante ».À sa sortie de la Chambre des communes, M.Mulroney s'est rapidement esquivé sans préciser si ce « temps opportun » réferait à la création d’un nouveau comité parlementaire ou s’il s’agira plutôt d’un bilan à tirer à l’issue des Commissions Spicer et Bélanger-Campeau.André Ouellet, lui, se réjouissait : « Je suis très content que le premier ministre reconnaisse que le comité sur la formule d’amendement ne sera pas suffisant.Il m’a d’ailleurs donné raison à cet égard en disant que plus tard un autre comité ou d’autres personnes étudieraient cette question.Peu importe comment il procédera, pour moi l’aveu qu'il a fait est très éloquent.D’ailleurs, la Commission Spicer non plus ne suffira pas.M.Mulroney nous dit plutôt qu’il faudra que le Parlement étudie la question».Pour le moment, il faut encore que le comité spécial des Communes et du Sénat annoncé dimanche par M.Mulroney se mette en marche.Hier soir, le leader du gouvernement en Chambre, M.Harvie Andre, a rencontré ses homologues du NPD et du Parti libéral ainsi que les whips des trois partis pour mettre au point le fonctionnement et le mandat précis de ce tout nouveau comité conjoint, pour lequel « il y a plus ou moins de Bouchard informe Michel Rocard du cheminement de la Commission B-C Sylviane Tramier Collaboration spéciale PARIS — Le chef du Bloc québécois, Lucien Bouchard, a rendu une courte visite au premier ministre français Michel Rocard pour le tenir au courant des travaux de la Commission Bélanger-Campeau et l'informer des éléments de consensus qui, selon M.Bouchard, commencent à s’en dégager.« J’ai dit au premier ministre Rocard que si jamais quelqu'un s’é-tait imaginé qu’il pouvait contrôler la Commission et l'utiliser pour mettre un frein à ce qui se passe au Québec, cette personne-là s’était trompée», a précisé M.Bouchard.L’ancien ministre fédéral a également expliqué à son interlocuteur français pourquoi il considère que la souveraineté du Québec est inéluctable : « Il y a de plus en plus de gens au Québec qui pensent, et c’est aussi mon cas que, quoi qu’il arrive, il faudra passer par la souveraineté, a-t-il dit.Pour créer un véritable rapport de force, pour qu’on cesse de rire de nous à Ottawa et ailleurs lorsqu’on veut des changements, surtout des changements importants comme ceux qu’on a à l’esprit ».M.Bouchard qui participe à Lyon à un colloque intitule Knvironnemenl et Médias, organisé par l’organisme Entretien Jacques-Cartier, avait souhaité rencontrer le premier ministre français.La visite, effectuée à titre privé à l’Hôtel Matignon, siège du gouvernement et résidence du premier ministre, a duré une demi-heure.Faisant un bref compte rendu aux journalistes de l’entretien avec le premier ministre français, M.Bouchard a dit avoir fait part de son point de vue, selon lequel la Commission Bélanger-Campeau faisait en quelque sorte la promotion de la souveraineté : « Cette Commission, a-t-il dit, est en train de contribuer à l’intensification de la préoccupation politique du Québec.Et, quand on se promène dans les régions, on sème la souveraineté partout ».Le leader du Bloc québécois a estimé que des points d’accord commençaient à se dégager des travaux de la Commission Bélanger-Campeau, notamment qu’il faudrait avoir une consultation populaire une fois que la Commission aura remis son rapport : « Le gouvernement ne pourra pas recevoir le rapport de la Commission, adopter une position constitutionnelle et prétendre la défendre à Ottawa sans l’asseoir au préalable sur un mandat populaire.Il faudra un référendum ou une élection.M.Bou-rassa choisira la meilleure voie».Quant à la proposition fédérale de renégocier une nouvelle formule d’amendement de la Constitution, M.Bouchard estime qu’elle est dépassée : « M.Bourassa s’est engagé a ne plus négocier qu’un à un avec le fédéral.Or, la formule d’amendement de notre Constitution exige l’unanimité des provinces.Donc, M.Bourassa s’est déjà mis au ban de la Constitution.Il a déjà introduit une impossibilité dans le cadre du droit.On est déjà hors Constitution.On est rendu dans le cadre du droit international d’accession à la souveraineté ».Interrogé sur la façon dont le premier ministre français considère le nationalisme québécois, M.Bouchard a estimé que M.Rocard, « tout en maintenant une attitude de non-ingérence, est intéressé par la situation du Québec et manifeste une compréhension intime des affaires du Québec».L’alcool traité comme les cigarettes ?TORONTO (PC) — Le ministre des Consommateurs de l’Ontario, M.Peter Kor-mos, « ne prévoit pas de difficultés pour mettre en vigueur » l’une des recommandations du jury du coroner qui a fait enquête sur la mort du jeune Jimmy Whiffen, mort « empoisonné » à l’âge de 15 ans, après avoir absorbé l'équivalent d’une bouteille d'alcool.Les jurés ont recommandé que toutes les bouteilles d’alcool portent une étiquette prévenant le consommateur que le contenu « peut être dangereux pour la santé», comme c’est actuellement le cas pour les cigarettes.100 A*N«S 100 BONNES RAISONS LES BESOINS SONT IMMENSES AIDE AUX: •sans-abri •dépressifs •malades mentaux •adultes déficients •handicapés •itinérants •sans emploi •personnes non-employables •fugueurs •mal-aimés •indésirables •alcooliques •drogués •mourants ASSISTANCE: Formulaires pour: •certificats de naissance •carte d’assurance-maladie •N.A.S.•bien-être social •vétérans •pension de vieillesse •rentes gouvernementales •aide sociale •adresse postale SERVICES: •consultation professionnelle •thérapie individuelle •thérapie de groupe •ordonnances •aide médicale •alcooliques anonymes/AA •réinsertion sociale •emploi permanent •équipement do travail •formation sur le tas •endossement de cheque •ouverture de compte bancaire •logement •nourriture •repas spéciaux •accueil •lits propres •vêtements •douches •rasoirs •lindane •kwidella •transport aux cliniques •billets de métro •billets autobus •billets de train LOISIRS: •télévision/ vidéo •soirées bingo •tournois de cartes •spectacles de variétés •camps d’été •et plusieurs autres.Aidez-nous à poursuivre notre oeuvre humanitaire.Contribuez à notre campagne de financement en immobilisations de 4,000,000$ Envoyez votre chèque dès aujourd'hui à: La Mission Old Brewery C.P.1445, Place D’Armes, Montréal, Québec H2Y 3K8 Tél.: (514) 866-6591 UN REÇU VOUS SERA ENVOYÉ POUR DÉDUCTION D’IMPÔT No.Enr.00489.’M-01 -08 précédent », comme on l’expliquait au bureau de M.Andre.Mais au terme de plus d’une heure de discussions, aucune entente n'a pu intervenir entre les trois partis qui vont donc reprendre le débat au sein de leur caucus respectif ce matin.Pour sa part le sénateur conservateur et ministre d’État aux Relations fédérales-provinciales, Lowell Murray, indiquait hier que le processus d’amendement constitutionnel proposé par M.Mulroney n’impliquait pas un retour aux négociations à 11.Il répondait ainsi aux objections formulées la veille par le ministre Gil Rémillard qui refuse d’être à nouveau pris en otage par les autres provinces.« Nous ne sommes pas obligés de tenir une conférence fédérale-pro-vinciale à 11, a expliqué M.Murray.Le processus envisagé commence par une résolution adoptée par une assemblée législative, point.Ensuite, les 11 législatures n’ont plus qu'à l’adopter à leur tour.Rien ne dit qu’il doit y avoir une conférence ou un comité de négociations.Ici, le mandat du comité est très clair : se pencher sur le processus d’amendement dans son ensemble et explorer de nouvelles idées à ce sujet, comme un référendum ».Le fonctionnement et la composition du comité conjoint, disait dimanche M.Mulroney, doivent être connus avant l’ajournement du temps des Fêtes.Aux Communes hier, le premier ministre maintenait qu’il entendait toujours procéder rapidement.Caroline Montpetlt L’ÉNONÇÉ de la nouvelle politique québécoise en matière d’immigration marque un tournant « histori-ue » dans l’histoire du Québec, en tablissant une orientation claire quant à son avenir avec les communautés culturelles.C’est ainsi que réagissaient hier le directeur du Centre de recherche-action sur les relations raciales, M.Fo Niem, et le président du Conseil du patronat, M.Ghislain Dufour, à la nouvelle politique d’imigration rendue publique hier par Monique Gagnon-Tremblay.« Cette politique est intéressante parce qu’elle souscrit au caractère francophone du Québec tout en reconnaissant la réalité multi-ethnique et multiraciale de la société québécoise.Ces deux réalités ne sont pas incompatibles, contrairement à ce que bien des gens pensent, a commenté M.Fo Niem.Le centre de recherche-action sur les relations raciales a par ailleurs noté le manque de précisions quant au soutien des petites et moyennes entreprises ethniques.De son côté, le président du Conseil du patronat du Québec, M.Ghislain Dufour, a salué les efforts du gouvernement du Québec à mettre sur pied une véritable stratégie de mise en valeur de la population active, en favorisant notamment la venue d’immigrants indépendants, et en s’appliquant à les intégrer à la culture québécoise.M.Dufour a souligné que l’effort prévu au niveau de l’encadrement en matière d’accueil et du soutien à l’insertion socio-économique des nouveaux arrivants était indispensable.Le comité exécutif de la Communauté urbaine de Montréal s’est dit également très satisfait des mesures annoncées par la ministre, qui « vont dans le sens de celles suggérées à la ministre en septembre dernier », a dit l'attachée de presse du président de la CUM, M.Michel Hamelin.D’autre part, la Ligue des droits et libertés du Québec s’est réjouie des nouvelles mesures visant à faire baisser de dix à trois ans la période de parrainage prévue pour les immigrants.En septembre dernier, la Ligue des droits et libertés avait par ailleurs suggéré au gouvernement du Québec de renforcer les structures d’accueil francophones plutôt que de cibler l’immigration dans des bassins identifiés.Du côté d’Ottawa, on s’exprimait avec réserve sur la politique mise de l’avant « Nous comprenons que le Québec ait des priorités particulières quant à l’intégration des immigrants, a commenté Mme Rita Mez-zanotte, attachée de presse de la ministre fédérale de l’Emploi et de l’Immigration, Barbara McDougall.« Nous n’avons pas d’objection, dans la mesure où elles ne vont pas à l’encontre des politiques globales fédérales en la matière».Paradis menace Shell de la loi pollueur-payeur Louis-Gilles Francoeur LE MINISTRE de l’Environnement, M.Pierre Paradis, a menacé hier d’utiliser les pouvoirs que lui confère depuis juin la loi 65 pour faire appliquer le principe du pollueur-payeur à la compagnie Shell Canada si elle refuse de restaurer la sablière Thouin, de l’Assomption.Le ministre répondait au critique de l’opposition en matière d’environnement, M.Denis Lazure, qui, s’appuyant sur un article du DEVOIR, voulait savoir pourquoi le ministère attendait depuis cinq mois pour passer à l’action alors qu’il avait depuis juin le pouvoir de forcer Shell à récupérer les boues de raffinage enfouies à cet endroit à la fin des années 60.« Nous sommes intervenus dans le cas de mines Duparquet en Abitibi.Nous sommes intervenus dans le cas de la Balmet, à Saint-Jean-sur-Ri-chelieu, et nous entendons nous servir également de cette loi si les négociations avec Shell n’aboutissent pas rapidement », a affirmé M.Paradis.Ce dernier a repris à son compte le rapport de l’enquêteur Gille Masse, qui évaluait dans son rapport, libéré par la Commission d’accès, à 87 % la proportion des hydrocarbures de la sablière qui proviendraient des installations de Shell Canada.En août et en septembre 1987, a poursuivi le ministre de l’Environnement, Shell a effecctué des travaux de caractérisation effectués dans la sablière.Mais le ministère, a dit M.Paradis, n’est « pas satisfait » de cette évaluation et a demandé qu’on la refasse.« La loi 65, a-t-il reconnu, nous donne les pouvoirs légaux d’obliger la compagnie à effectuer une caractérisation (de la sablière).Nous n’avions pas de loi 65 avant le mois de juin de cette année.Nous avons quand même réussi à convaincre la compagnie à procéder à une carac- térisation exhaustive et c’est par négociation que nous l’avons obtenue à l’époque ».« Au moment où nous nous parlons, a ajouté M.Paradis, il n’est plus question de caractérisation.Nous avons les données.Il est question de décontamination.(.) Il n'est pas question que la compagnie négocie lentement.Si les négociations n’aboutissent pas, le ministère de l’Environnement va faire ce qu’il a fait dans le cas Duparquet, ce qu’il a fait dans le cas de Shell et il le fera dans le cas de Balmet, et il ne fera pas ce que le Parti québécois a fait pendant tout le temps qu’il a été au pouvoir, cacher des rapports, fermer les yeux et laisser les sites contaminés».Cette réponse acide devait soulever un autre débat, lancé cette fois par le leader parlementaire de Top-position, M.Guy Chevrette, qui a mis M.Paradis au défi de prouver son accusation, allant même jusqu’à mettre son siège en jeu.Le ministre s’en est tiré en invoquant le refus opposé par son prédécesseur péquiste, M.Adrien Ouellette, de publier la liste des sites contaminés du Québec.Le ton avait grimpé de quelques crans quelques minutes plus tôt alors que M.Lazure demandait à M.Paradis où étaient passées les déclarations du rapport de la police verte sur l'évaluation des contaminants, passages biffés par un cadre du ministère.L’évaluation des quantités dressée par les enquêteurs a aussi disparu.M.Lazure n'a pas été plus chanceux en voulant savoir pourquoi le ministère avait donné accès à Shell au rapport de ses enquêteurs pendant que le contentieux du ministère étudiait la possibilité de poursuivre.M.Paradis a nié qu’on puisse reprocher une telle gaffe à son cabinet, ce « qui, en ce qui concerne celui qui vous parle, est complètement injustifié, pour ne pas dire déplacé ».C’est à l’époque de M.Clifford Lincoln que les avocats de Shell Canada ont pu avoir accès à l’enquête de la police verte.PHOTO CP Après les discours et les hommages, le juge en chef Lamer a délaissé son ton officiel pour se tourner vers sa collègue et lui appliquer un beau gros bec d'adieu sur la joue.Bertha Wilson quitte sur un concert d’éloges OTTAWA (PC) — Ministres et membres éminents de la profession juridique ont profité d’une cérémonie organisée à la Cour suprême du Canada pour marquer la retraite du juge Wilson pour rappeler ses jugements marquants et faire ressortir son humanisme.Ils ont tous indiqué que le nom du juge Wilson demeurera indissociablement lié à la Charte.Mme Bertha Wilson n’a pas fait mentir cette réputation.Elle a profité de l'occasion, hier, pour réaffirmer sa foi en la Charte canadienne des droits et libertés.« Je suis une partisane enthousiaste de la Charte, a-t-elle déclaré.Notre Charte est et doit continuer à être une force vitale qui façonne la vie des Canadiens ».Le juge Bertha Wilson a été la première femme nommée à la Cour d'appel de l’Ontario, puis à la Cour supreme du Canada.Le juge en chef Antonio Lamer a affirmé qu’elle servirait d’exemple aux jeunes avocats, aux étudiantes et à ceux et celles qui commençaient leur carrière de droit à un âge plus avancé.Le juge Wilson avait en effet débuté ses études de droit après son mariage, après avoir quitté son Ecosse natale pour suivre son mari au Canada.Exposition tl’ltivcr D’ANTIQUITÉS tic Montréal 6-9 décembre 1990 1*1 «icc Bonavonhirc, Montreal Plus de I ?s principaux antiquaires (I Amérique du Nord ollrenl une sélection des plus diverse antiquités jamais montrées au ( ‘anada HEURES D'OUVERTURE: It lit II fl ill .'icmhic iiii ::ii V cndicdi 7 deiembu llh 22U Samedi S dcccmhic Mil ”li 1 hmaik lit 9 di t cmhi c Mil 1 Nli \ a oiiicieiiement moiivée par son désir de préparer son doctorat en zoologie.L’Irak autorise le départ de tous les Soviétiques Un représentant de la Communauté économique européenne rencontrera Tarek Aziz d'après AFP et Reuter L’IRAK, poursuivant ses efforts pour diviser la coalition dressée contre lui, va autoriser le départ de tous les experts soviétiques, tandis que se multiplient les initiatives diplomatiques afin de mettre à profit le délai de grâce avant l’expiration, le 15 janvier, de l'ultimatum fixé à Bagdad par le Conseil de sécurité.Les Douze de la CEE ont décidé hier à Bruxelles du principe d’une rencontre du chef de la diplomatie italienne Gianni de Michelis, dont le pays préside la CEE, avec le ministre irakien des Affaires étrangères Tarek Aziz.Cette rencontre, a indiqué le chef de la diplomatie française Roland Dumas, aurait lieu à Rome, après la visite que le président George Bush a invité M.Aziz à effectuer à Washington.À Bagdad, un porte-parole du Con seil de commandement de la révolution a annoncé que tous les experts soviétiques résidant en Irak pour raient quitter ce pays à partir d’au jourd’hui.Moscou n’avait toutefois pas eu confirmation hier soir de la décision irakienne de laisser partir ses quelque 3300 ressortissants encore en Irak.Le porte-parole irakien a affirmé ue Bagdad a pris cette mesure afin e « preserver ses relations amicales avec l’URSS - bien que l’URSS ait voté la résolution 678 autorisant le recours à la force contre l'Irak — et pour dissocier cette question de toutes les tractations menées malheureusement par certains dirigeants en URSS».Cette dernière formule vise le chef de la diplomatie soviétique Edouard Chevardnadze.Il avait souligné récemment qu’une menace contre la sécurité des ressortissants soviétiques en Irak était la seule chose qui pourrait amener Moscou à participer à des opérations militaires dans le Golfe, déclaration jugée provocante par les autorités irakiennes.Bagdad a ainsi pris soin de supprimer la seule raison qui aurait pu amener le Kremlin, encore marqué par l’expérience afghane, à envoyer des troupes dans le Golfe.L’Irak a toutefois souligné que Moscou serait tenu responsable des ruptures de contrats entraînées par le départ des Soviétiques.Alors que Washington confirmait que les rencontres américano-irakiennes proposées par le président George Bush se dérouleraient sur une base purement bilatérale, c’est-à-dire sans la présence de représentants d'autres pays, le roi Hussein de Jordanie s’est rendu à Bagdad pour tenter de susciter un dialogue entre l’Irak, l’Arabie Saoudite et le Koweit.Le souverain hachémite est accompagné de son premier ministre et de deux dirigeants yéménites.Un haut responsable jordanien a sou ligné qu’un « dialogue entre les parties directement concernées par la crise du Golfe, notamment l'Irak, l’Arabie Saoudite et le Koweit, doit être entamé au plus tôt, dans l'intérêt de la Nation arabe ».Au Caire, la Syrie, l’Égypte et l’Arabie Saoudite ont estimé hier que la résolution 678 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui autorise le recours à la force pour évincer les forces de Bagdad du Koweit, contribuerait à un re glement de la crise du Golfe.Dans un communiqué publié après deux jours d’entretiens sur le Golfe au Caire, les ministres des Affaires étrangères des trois pays imputent la crise à l’intransigeance irakienne et engagent de nouveau Bagdad à évacuer le Koweit.« Les ministres ont relevé que la résolution 678 du 29 novembre revê- tait une grande importance dans la recherche d'un règlement complet de la crise du Golfe », dit le communiqué.« Ils conviennent que cette résolution a été publiée à cause du refus persistant du gouvernement irakien d’appliquer des résolutions internationales légitimes, endossées par le sommet arabe extraordinaire, l’Organisation de la Conférence islamique et le Conseil de sécurité de l’ONU.» Le président sénégalais Abdou Diouf en visite privée à Paris, s’est déclaré lundi « prêt à participer à l'action diplomatique actuellement engagée dans le Golfe pour amener le président irakien Saddam Hussein à respecter les résolutions des Nations unies ».M.Diouf et plusieurs de ses pairs africains dont le Malien Moussa Traoré et le Nigérian Ibrahim Ba-bangida ont pensé entreprendre une mission de médiation auprès de Saddam Hussein pour l'amener à retirer ses troupes du Koweit mais celte iniative ne s’est pas encore matérialisée.Enfin, le président américain George Bush, en visite eu Uruguay, a maintenu hier une position de fer- meté face à l’Irak, affirmant qu’il n’était pas question de négocier le retrait irakien du Koweit et que tous les moyens seraient employés pour faire plier Bagdad.« J e ne suis pas d'humeur à négocier », a déclaré M.Bush lors d’une conférence de presse à Montevideo, deuxième étape d'une tournée de six jours dans cinq pays d’Amérique du Sud.Les États-Unis ont proposé à l’Irak d'envoyer son ministre des Affaires étrangères Tarek Aziz la semaine prochaine à Washington et de recevoir le secrétaire d'État James Baker à Bagdad avant le 15 janvier, date limite fixée par l'ONU pour un retrait du Koweit, pour discuter de tous les aspects de la crise du Golfe et faire comprendre à ce pays qu'il doit obéir aux résolutions des Nations unies.M.Bush a affirmé que M.Baker ne tenterait pas de faire savoir à l’Irak que les États-Unis étaient intérêssés à une solution à la question palestinienne, ce que Bagdad voudrait discuter avec les États-Unis.« Il n'y aura aucun lien que ce soit » entre cette question et la crise du Golfe, a-t-il dit.Le Parlement renforce les pouvoirs de Gorbatchev MOSCOU (Reuter) — Le Parlement soviétique a donné hier son feu vert à Mikhaïl Gorbatchev pour entreprendre immédiatement une réforme du pouvoir exécutif censée permettre de surmonter la crise économique et politique du pays. une écrasante majorité, les députés ont approuvé dans son principe un projet de loi amendant la constitution et faisant passer le gouvernement sous le contrôle direct du président.Le projet doit encore être adopté par le Congrès des députés du peuple, législature suprême de l’U RSS appelée à se réunir prochainement, mais les députés ont autorisé Mikhaïl Gorbatchev — qui soulignait la nécessité d’une action urgente — à se mettre à l’oeuvre immédiatement.« Pendant que nous sommes assis à discuter ici, la situation hors de ces murs s’aggrave de jour en jour (.) Il faut me permettre d’agir », avait dit le chef du Kremlin.Trois commissions vont être char gées de mettre au point le détail des amendements avant la réunion du Congrès.De nouveaux organes, dont un service d’inspection de l’État, auront pour tâche de vérifier la bonne application des lois.Les députés libéraux, qui redoutent de voir Gorbatchev concentrer trop de pouvoirs entre ses mains, ont jugé trop vague la formulation des amendements.Le chef de l’État souhaite prendre le contrôle du gouvernement et agir avec le concours du nouveau Conseil de la Fédération, qui regroupe les dirigeants des quinze républiques de l’U RSS.Le Conseil prendra des décisions à la majorité des deux tiers, qui s'imposeront au président.Mikhaïl Gorbatchev mettra également sur pied un Conseil de sécurité chargé de veiUer au respect des mesures de sécurité décrétées pour l’ensemble du pays.Par ailleurs, il ne juge pas souhaitable de déterminer l’étendue exacte des pouvoirs des ministres avant la signature d’un nouveau traité de l’Union redéfinissant les relations entre le Kremlin et les républiques.Le président soviétique a également informé le Soviet suprême qu’il entendait renforcer le role de l’armée et des organes judiciaires en Union soviétique.« Des mesures sont actuellement mises au point pour stabiliser la situation dans les forces armées et les organes judiciaires, en élargissant leur role et en augmentant leurs responsabilités », a-t-il dit.Les radicaux de la scène politiaue soviétique accusent de leur côté le maître du Kremlin de faire machine arrière sur différentes réformes, cédant ainsi aux fortes pressions des dogmatiques et de l'armée.L'hebdomadaire gouvernemental Pravitelslvenni Vestnik rapportait hier que le premier ministre Nikolai Rijkov s’est livré la semaine dernière à un plaidoyer en faveur du complexe militaro-industriel, lors d’une visite dans la République autonome des Mariis où sont situés nombre d’usines d’armement.« Le complexe militaro-industriel du pays a été créé au cours des décennies par le travail et l’habileté du peuple tout entier ; il emploie les meilleurs ouvriers et ingénieurs, dLs-pose du matériel le plus moderne et d’une technologie avancée », a-t-il dit aux employés d’une usine.« J’entends des voix favorables à un démantèlement du complexe, mais je m’y oppose catégoriquement et tant que je travaille et que je vivrai, je ne le permettrai pas », a-t-il ajouté.Face à l’étendue de la crise économique où est plongé le pays, le chef du Kremlin a également annoncé hier que des milliards de dollars seraient affectés l’an prochain à l’importation de produits alimentaires.L’armée libanaise affermit son emprise sur le grand Beyrouth BEYROUTH (AFP) - L’armée libanaise a affermi hier son emprise sur Beyrouth et ses environs, dont elle a fini de prendre le contrôle lundi, sur fond de polémique quant à la réalité du retrait des armes de certaines milices.Dans les 350 kilomètres carrés du grand Beyrouth, les soldats libanais ont poursuivi leur installation et érigé des barrages sur les principales routes de cette zone, a-t-on constaté.L’armée libanaise, épaulée par des unités syriennes, a pour consigne de contrôler tous les véhicules, de con fisquer toutes les armes et d'interpeller leurs propriétaires, ont in diqué à l’AFP des officiers sur le terrain.Le déploiement de la troupe s’est déroulé sans incident depuis le début de l’opération « Grand Beyrouth » lundi en début d’après midi, a affirmé le commandement de l’armée libanaise.Toutefois, la polémique sur la réalité du retrait de toutes les armes de cette nouvelle « aire de légalité » a été relancée hier par le chef de la milice chrétienne des Forces libanaises (FL), M.Samir Geagea.Dans des déclarations à la presse, M.Geagea a affirmé que « la quantité d'armes retirée (par les autres milices) est petite par rapport au volume des forces qui se trouvent dans Beyrouth et ses banlieues ».Il a en revanche insisté sur le sérieux du retrait des FL du secteur d’Achrafiyé, le coeur du Beyrouth chrétien.Les trois autres principales formations armées — les milices chiites d’Amal (pro-syrien) et du Hezbollah (pro iranien), et le Parti socialiste progressiste du chef druze Walid Joumblatt — affirment avoir retiré toutes leurs armes du grand Beyrouth depuis plusieurs jours.Elles ont réfuté hier les accusations du chef des FL.Le ministre de la Défense, M.Albert Mansour, a répondu à M.Geagea en affirmant que les autres milices s’étaient déjà retirées une première fois de Beyrouth lorsque l’ar- mée syrienne y est entrée en 1987, et que l’armée procédera à des fouilles et les armes trouvées seront saisies.« Nous savons tout à propos des armes », a affirmé un officier qui vient de prendre le contrôle d’un quartier d’Achrafiyé, « mais nous n’avons pas encore d’instructions ».De même, un officier posté dans le village druze de Ain Anoub, a indiqué : « Nous nous bornons pour l’instant à contrôler les ports d’armes.Nous ne voulons pas apparaître comme des agresseurs aux yeux des populations.Nous ne sommes pas une armée d’occupation ».Le déploiement de l’armée libanaise a egalement permis le début des travaux de déblaiement des rues donnant sur la ligne de démarcation, obstruées depuis 15 ans pour certaines par des remblais de terre, des containeurs et des carcasses de voitures.« Cela prendra du temps car il y a beaucoup de mines et nous manquons de bulldozers », a affirmé un officier à Aehrafiyé.Kohl et ses partenaires négocient BONN (Reuter) — Les partenaires de la coalition au pouvoir à Bonn ont engagé hier d’âpres discussions sur la composition d’un nouveau gouvernement, en raison des exigences des libéraux du FDP qui ont enregistré une poussée aux élections de dimanche.Les dirigeants des trous composantes de l’actuelle coalition, les Chré tiens-démocrates (CDU), l’Union so-ciale-chrétienne (CSU) et le FDP ont entamé ce qui pourrait devenir des semaines de pourparlers sur les orientations et l'attribution des portefeuilles.D’entrée, le président des libéraux, Otto Lambsdorff, a adopté un ton pugnace et fixé certaines conditions.Il a lié le soutien du FDP à une nouvelle coalition à d’importantes baisses d’impôts pour les investisseurs dans l’ex-RDA, mesure à laquelle s’oppose le chancelier Helmut Kohl et le dirigeant de la CSU, le ministre des Finances Théo Waigel.• Plus les partenaires de la coalition coopèrent entre eux, plus vite nous parviendrons à un résultat positif », a déclaré Otto Lambsdorff à une radio allemande.Après avoir eu un entretien avec Helmut Kohl, Théo Waigel a conseillé à Otto Lambsdorff de ne pas poser de conditions.Les libéraux, longtemps la plus petite composante de la coalition derrière la CSU, en sont désormais la deuxième force grâce aux 11 % de voix obtenus lors des législatives de dimanche, dus notamment à la popularité du ministre des Affaires étrangères, llans-Dietrich Genscher.À gauche, les sociaux-démocrates (SPD) s’enfoncent dans la crise.Oskar Lafontaine, leur figure de proue défaite dimanche avec seulement 33,5 %, plus bas score du parti depuis 1957, a refusé de se porter candidat à la présidence du parti.Âgé de 47 ans, Oskar Lafontaine a stupéfait les dirigeants du parti en annonçant lundi soir qu’il retournait dans son Land d’origine, la Sarre, dont il est ministre-président.L’actuel président du SPD, Hans-Jochen VogeL avait plaidé en faveur d’une candidature Lafontaine.Il a dit regretter sa décision et annoncé que, personnellement, il ne se représenterait pas lors de l’élection du prochain président, en mai 1991.Aucun autre candidat ne se dégage.Selon ses amis, Oskar Lafontaine serait encore traumatisé par la tentative d’attentat dont il a été victime en avril dernier de la part d'une déséquilibrée.Certains déclarent qu’il ne veut pas renoncer à diriger la Sarre et ne veut pas sacrifier sa vie privée pour vivre en permanence sous les feux de l’actualité à Bonn.Quelque 190 000 Bangladeshis ont manifesté hier dans les rues de Dhaka pour demander la démission immédiate du président llossain Mohammad Ershad.PHOTO AP Ershad démissionne d'après AFP et Reuter I) il AK A (AFP) — Le président du Bangladesh, Hussain Mohammad Ershad, a décidé de démissionner immédiatement, a annoncé hier la radio-télévision nationale.Cette démission intervient alors que plus de 100 personnes ont été tuées depuis le début du mouvement antigouvernemental le 10 octobre, selon l’opposition.Les autorités font état pour leur part de six morts.M.Ershad a invité les partis d’opposition à désigner un vice-président « afin de faire ratifier par le Parlement la nomination de ce nouveau vice-président, en accord avec la Constitution », a ajouté la télévision.Ce point faisait partie de la plateforme commune des partis d’opposition.Le Bangladesh était paralysé hier par une grève générale nationale déclenchée par l’opposition, pour réclamer des elections libres et le départ de M.Ershad, arrivé au pouvoir à la faveur d'un coup d’État en 1982.Des dizaines de milliers de personnes manifestaient à travers le pays et les communications aériennes, ferroviaires et routières étaient très perturbées, tandis que les magasins, banques et administrations gouvernementales restaient fermés, notamment à Dacca et dans le grand port de Chittagong.Dix-neuf députés du parti Jatiya (JP, au pouvoir), dont trois anciens ministres, ont annoncé leur démission, de même qu’une centaine de fonctionnaires civils, et notamment l’ensemble des professeurs des six universités du pays, qui ont affirmé ne pas vouloir servir sous Ershad.L'armée et la police, qui avaient ouvert le feu à plusieurs reprises contre des manifestants ces derniers jours, ne sont pas intervenues lors des manifestations.Le président Ershad avait annoncé lundi qu'il quitterait le pouvoir quinze jours avant des élections nationales, prévues l’an prochain, affirmant accéder ainsiaux revendications de l’opposition.Hier matin, cent mille Bangladeshis ont manifesté dans les rues de Dhaka pour demander la démission immédiate du président Hossain Mohammad Ershad, ont rapporté des témoins.« Nous sommes au bord de la vic- toire.Le compte à rebours a commencé pour le dictateur haï », scandaient les manifestants.Les trois principales alliances d’opposition avaient auparavant repoussé les propositions avancées lundi par le président du Bangladesh pour tenter de mettre fin aux affrontements entre forces de l’ordre et manifestants.^ A-8 ¦ Le Devoir, mercredi 5 décembre 1990 ÉDITORIAL La première politique d’immigration IL N’EXCITERA peut-être pas les foules autant que le rapport de la Commission Bélanger-Campeau, mais l’énoncé de politique que vient de rendre public la ministre de l’Immigration du Québec touche, lui aussi, au coeur de l’avenir.Il est vital qu’il fasse l’objet du plus large débat, d’ici aux réunions de la commission parlementaire qui l’étudiera au printemps.La plus grande qualité de cet énoncé, c’est d’abord d’exister.L’immigration a fait couler beaucoup d’encre, et souvent la plus noire, au Québec, mais on se rend compte avec quelque stupeur que l’Etat n’avait jamais fait le point, établi de grandes orientations, proposé de plan d’action.Il faut en savoir gré à madame Monique Gagnon-Tremblay, la titulaire de ce lourd ministère, qui semble enfin vouloir commencer à bouger.Ce document, il ne porte en pratique que sur l’immigration selon les voies traditionnelles.Il expédie en trois pages, et littéralement chez le voisin fédéral, la question de l’accueil des réfugiés.C’eut été le moment, pourtant, d’amener les Québécois à faire clairement la distinction entre immigrants et réfugiés, et à débattre du devoir humanitaire du Québec à l’égard des populations déplacées qui croupissent dans des camps, un peu partout sur la planète, et qu’on accueille au compte-gouttes.Rien ne sert de flirter avec le souverainisme sj on est incapable de mener cette discussion, dilemme moral majeur de tous les États.On a préféré insister plutôt sur un problème bien différent, celui des « revendicateurs du statut de réfugié », dont le droit au refuge n’est évidemment pas établi, et dont le traitement des demandes relève d’Ottawa.C’est un chapitre à reprendre, et nul doute que les réactions de l’opinion obligeront Québec à se commettre.En traitant strictement d’immigration, l’énoncé de politique évite les pires écueils, l’angélisme des uns, et la paranoïa des autres.Quand le Québec accueille des immigrants, il ne le fait pas uniquement pour la beauté du geste.Il le fait pour tenter d’échapper au déclin démographique, et pour son développement économique.Dès lors il n’y a pas de scandale à « choisir » parmi les innombrables requérants, et à privilégier des individus qui répondent à certains critères, dont celui de la connaissance du français (le tiers des nouveaux arrivants parlent français, on veut augmenter la proportion à 40 %).Si le critère linguistique ne choque personne, il n'en va pas de même de celui des « valeurs », un volcan.D’un côté on trouve les Pallascio de ce monde, qui ne voudraient dans leur voisinage que des « judéo-chrétiens » certifiés, et dont l’analyse simpliste de la compatibilité des groupes est la pente la plus glissante vers l’antichambre du racisme.De l’autre on trouve des relativistes qui prêchent l’acceptation globale, et qui iraient jusqu’à fermer les yeux sur des pratiques d’assassinat rituel si elles étaient normales dans la « culture d’apport».D’esprit notarial, la ministre propose plutôt un « contrat moral » simple, qui évitera toute distinction entre les « souches » d’immigration mais n’en demeurera pas moins exigeant.L’immigrant et la société d’accueil doivent partager des valeurs communes, aisément identifiables : l’attachement à la démocratie, le respect des lois et institutions québécoises et de la Charte des droits.Plus proche de l’analyse américaine que de Forte en principes, la politique d’immigration devra atterrir à Montréal l’analyse européenne, on fait ici le pari qu’une intégration harmonieuse dépend moins de la provenance de l’immigrant que de sa situation dans la société d’accueil : emploi, connaissance de la langue, participation.Voilà bien toute la difficulté.Les principes étant établis, et capables de rallier largement, le Québec a-t-il les moyens de sa politique ?L’énoncé étale pas moins de soixante-et-onze mesures pour favoriser l’intégration, toutes plus vertueuses les unes que les autres.Iæs plus concrètes touchent l’apprentissage du français où l’on annonce quelques ressources supplémentaires.Mais on sait que l’intervenant majeur dans ce dossier, c’est Ottawa, qui défraie la formation à plein temps mais y consacre des sommes tout à fait insuffisantes, tandis que les listes d’attente s’allongent.La ministre rage, avec raison, contre le gouvernement fédéral qui craint tant l’ire canadienne d’après-Meech qu’il bloque la signature, pourtant acquise en juin, d’une entente qui donnerait au Québec la maîtrise d’oeuvre de tous ces programmes, avec compensation financière.Mais ce ne serait qu’un transfert de ressources.Le Québec, lui, n’a que 30 millions $ d’argent « neuf » pour avancer sur tous les fronts, y compris celui, coûteux et essentiel, d’ajouter des ressources professorales dans les écoles à forte concentration ethnique.Bref, qu’il s’agisse de l’emploi, de l’embauche dans la fonction publique, du problème crucial du logement, des programmes de sensibilisation de l’opinion ou d’amélioration des relations interculturelles, les moyens paraissent presque ridicules en regard des défis, même si l’inspiration qui parcourt le document est résolument généreuse.On partage, bien sûr, l’impatience de la ministre à l’égard d’Ottawa, qui se conduit dans ce dossier de façon répugnante.Non seulement on n’a aucune raison de refuser au Québec ce que Meech lui accordait sans réserve, mais si le fédéralisme est incapable de reconnaître au Québec un rôle moteur sur une question où son destin démographique et économique « distinct » est en jeu aussi bien débarquer illico.On se demande où les députés conservateurs à Ottawa ont l’honneur, sinon la tête, dans cette affaire qui commence à sentir le chantage pur et simple.La clarification des rôles est essentielle pour mener à bien la réforme; mais le Québec aurait tout avantage à les clarifier aussi sur son territoire.Car il se passe, dans ce document, quelque chose d’étrange.On insiste beaucoup, ici et là et constamment, sur la nécessité de « régionaliser » l’immigration.Incitatifs pour immigrants investisseurs, appel à la terre pour cer-, tains, structures d’accueil, etc.Il faut que les régions aient leur part du développement économique que génère l’immigration, doit-on comprendre, et que la concentration des nouveaux venus à Montréal ne coupe pas le Québec en deux.C’est joli sur papier, mais parfaitement utopique.L’immigration, c’est dans la grande ville que ça se passe, ici comme ailleurs.Et le vis-à-vis principal de Québec dans cette affaire, c’est Montréal, et non pas de vagues partenaires « du monde municipal » comme on le dit en conclusion du document.Il y a, dans cet énoncé, un trou béant, celui d’une intervention concrète, ciblée, concertée, dans la région montréalaise où la population francophone la plus pauvre, la plus sous-scolarisée, est au front de la tache la plus massive de l’intégration des nouveaux venus, et notamment de l’immigration elle aussi la plus pauvre, celle qui n’arrive pas via le programme des investisseurs mais parla réunification des familles.Cette urgence, cette situation explosive, on ne la sent pas dans le document d’un ministère qui, à la différence du gouvernement, réside pourtant entier à Montréal.L’énoncé, à la fin, devient irTéel.Le plan d’action devra toucher terre, et durement, dans nie.LISE BISSONNETTE LETTRES AU DEVOIR Le carrosse d'or POU RQUOI faut-il que la voiture du représentant de la Reine au Québec soit plus remarquable que les autres limousines dans le stationnement du parlement ?Serait-ce que le carrosse de M.Martial Asselin devrait éblouir tous les favoris de la cour du Québec ?Êtes-vous donc, monsieur Asselin, un sultan, un monarque, un empereur ou un pharaon ?En ces temps de récession où tous nous devons pratiquer le dépouillement pour acquitter nos dettes, nous trouvons votre insistance à rouler dans une Chrysler Impériale plutôt scandaleuse.Nos moeurs politiques au Québec sont avant-gardistes en Amérique du Nord.Nous sommes fiers de l’héritage de René Lévesque, lequel souhaitait l’exemple des représentants du pouvoir jusque dans l’utilisation de limousines peu coûteuses.Pourquoi venir briser nos modestes coutumes ?Dommage que les responsables du ministère des Approvisionnements et Services aient courbé l’échine devant vos exigences ! Rlta Dargy Montréal, 27 novembre 1990 Fumisterie électorale à la CECM UNE FUMISTERIE les élections pour le choix des commissaires à la CECM, en ce dimanche 18 novembre 1990.J’étais représentant à une table de votation dans le quartier Ode Me Michel Pallascio.Je voyais avec étonnement deux jeunes faire entrer des personnes pour voter, sans qu’elles soient inscrites.Cela a tellement surpris les personnes chargées officiellement de la votation à cette table, qu'elles ont exprimé des objections, mais sans succès.Ces deux jeunes ne connaissaient pas les gens qu'ils avaient interpellés et pourtant ils témoignaient à leur sujet.Un des votants non inscrits, ne sachant pas où mettre son x, est sorti un peu de l’isoloir et a demandé au représentant du MEMO assis à côté de moi pour qui il devait voter.Sous forme d'interrogation, il ajouta : Pour Peres ?Cinquante-huit personnes sur 161 ont voté sans être inscrites.Je me dis : pourquoi dépenser tellement d’argent pour l’inscription si celle-ci n’est pas nécessaire, si n’importe quelle personne peut voter après avoir prêté serment qu’elle s’appelle un tel ou une telle et qu’elle n’a pas voté ailleurs.La secrétaire a été obligée plus d’une fois de dire à la personne qui s’avançait pour vo ter : attendez.Elle n’avait pas le temps d'écrire tout ce qui concernait les votants nons inscrits.Elle nous disait : « Je dois être payée temps double, vu que je fais du recensement ! » À l’heure du départ, le gardien préposé aux élections a dit à un petit groupe de per sonnes qui commentaient les événements de la journée : « Ce ne sont pas des élections, ça.».Il avait l’ire dans la voix.Je rapporte des faits sans nommer les personnes concernées, car je n’ai pas pris contact avec elles pour leur demander la permission de publier leurs noms, mais la vérification est bien facile à faire.Rolland Durocher I.aprairie, 26 novembre 1990 La minorité de personne IL FAUDRAIT pourtant y voir clair.D’une part, M.Jeffrey Simpson écrit « ce que Ton | appelle erronément le Canada anglais » et, d’autre part, la directrice du DEVOIR dit que dans un discours précédent il aurait mentionné que « le Canada de langue anglaise perdrait des raisons de protéger sa minorité de langue française».Il y a autant de citoyens d'origine britannique que française au Canada et il est aussi ridicule de dire que l’un est la minorité de l’autre.On ne dit pas « sa » minorité plus que « ses » autochtones.Le Canada est une terre d’immigrants, de groupes ethniques, qui représentent 42,2% de la population canadienne et en Ontario ça se chiffre dans les 65 %.La « société distincte », tous les francophones de souche en font partie et les juristes qui connaissent l'Acte de Québec de 1774 le confirmeront.Nous ne sommes pas une « minorité » à titre de peuple fondateur et encore moins la « minorité » de quiconque.Micheline Goulet Ottawa, 26 novembre 1990 Constitution et lutte contre la pauvreté ON A DÉPLORÉ que des groupes se présen- j tent à la Commission sur l’avenir constitutionnel du Québec sans prendre position sur la souveraineté ou sur le fédéralisme.Pour- LE DEVOIR Fondé par Henri Bourassa le 10 janvier 1910 Directrice USE BISSONNETTE Rédacteur en chef et direxteur de l'information Bernard Descoleaux Direxteur délégué a I administration André Leclerc Rédacteurs en chef adjoints Jean Francoeur, Albert Juneau, Michel I .efèvre Dirrxieurs adjoints de I information Pierre Cayouette, Jacques Chabot, Guy Deshaies FAIS CE QUE DOIS tant, la Commission n’avait pas comme mission première d'être un référendum, ce à quoi on semble vouloir la réduire maintenant.M.Bourassa nous la présentait plutôt, et je cite, comme une « réflexion sur l’avenir du Québec ».À moins que Ton veuille réduire la question constitutionnelle à un problème de monnaie, nous croyons, au contraire, que tous les groupes qui ont quelque chose à dire sur l’organisation du Québec de demain auraient dû se présenter devant la Commission pour s’exprimer.Devant cette vision extrêmement réductrice, il n’est pas inutile de rappeler que la constitution d’un pays c’est « l’ensemble des lois fondamentales qui établissent la forme d’un gouvernement, règlent les rapports entre gouvernants et gouvernés et déterminent l’organisation des pouvoirs publics» (Larousse).Dans ce sens, les propos tenus par la Fédération des AC EF étaient tout à fait dans Tordre.Étant un des seuls groupes communautaires retenus pour témoigner, nous devions minimalement rappeler à la Commission que l’organisation de l’État québécois devait être pensé en fonction des problèmes sociaux.Que la lutte contre la pauvreté demeure, pour les années à venir, Tune des priorités essentielles pour l’État et la société en général.Que cet objectif serait mieux servi par un rapatriement des pouvoirs à Québec mais aussi, par une plus grande décentralisation vers les régions.Voilà qui est net et nous persistons à croire que ces propos devaient être tenus devant la Commission.Nous avons fait notre devoir et nul ne saurait nous le reprocher.Monique Émond Montréal, 26 novembre 1990 Pour échapper aux pièges C’EST avec un très grand intérêt que j’ai lu l’éditorial de Mme Lise Bissonnette, « Pour un futur en commun » (dans LE DEVOIR du 26 novembre 1990).Cet article a été accueilli avec enthousiasme à la Fédération.Rarement a-t-on traité la délicate question des relations entre le Québec et la francophonie hors Québec avec autant de discernement.Les francophones hors Québec sont plus que jamais déterminés à prendre en main leur avenir.Nous croyons également qu'il est encore possible de trouver, de concert avec les Québécois, le fil d’Ariane qui nous permettra d’échapper une fois pour toutes aux pièges politiques qui sapent nos relations.Quant à la nature de ces pièges, vos propos sont éclairés et sans detour.Nous souhaitons vivement que la Commission sur l’avenir politique et constitutionnel du Québec saura aborder la question avec autant d’entendement.Aurèle Thériault Fédération des francophones hors Québec 26 novembre 1990 LE MONDE Ariane Émond FAir du ûi£Nj Dt Parler de Je im ps êmTèmps - m : ‘«M Poly : là où le bât blesse POLY.Quatre lettres qui glacent le sang, en cette veille de l’anniversaire d’une tuerie qui n’aurait jamais dû se produire.Une cicatrice avec laquelle nous vivons désormais, qui nous rappelle que nous étions des milliers en larmes devant nos téléviseurs ce mercredi-là.Le massacre de 14 étudiantes en génie, identifiées (à tort) au féminisme et assassinées pour cette seule raison, a été une gifle terrible.Aux féministes, bien sûr, puisque première cible du tueur.Aux femmes en général, puisque la plupart, professionnelles ou non, se sont identifiées, dans la peur, aux victimes.Mais aussi aux Québécois en général, forcés d’admettre que notre belle société évoluée, progressiste, pré-souverainiste^ ! ), avait enfanté un monstre.Cas isolé ou symbole de haine et de violence extrême, Marc Lépine était un pur produit du Québec, de son système d’éducation, de sa culture, de ses médias.De certaines valeurs moins reluisantes ?Depuis quelques jours, c’est ce Québec-là qui a mal au coeur.Depuis que les médias se sont mis à rappeler les faits et les mots du meurtrier, à publier les témoignages de survivantes et de parents orphelins, les commentaires des psychologues, des policiers et des vendeurs d’armes.Depuis que les médias jouent surtout Poly-le-fait-divers, sans se farcir d’analyse beaucoup plus profonde, tout en.se méfiant de la « surenchère » et du « charriage » féministes.Qui récupère quoi ?Mais, ce qui étonne encore plus que cette apparente contradiction, c’est la différence marquée, déjà visible il y a un an, entre l’approche des médias anglophones et francophones.Pour les uns, le point de vue des femmes et des féministes est crédible, légitime et mérite d’être entendu.Pour les autres, pas vraiment ou le moins possible.Pour les uns, le féminisme est un mouvement social et démocratique capital du XXe siècle.Pour les autres, le féminisme se rédut à une idéologie portée par des groupes de pression manipulateurs, au discours souvent doctrinaire, suspect, voire terroriste.JE SIMPLIFIE ?Bien sûr.Mais, [jour parodier l’auteur tant célébré d’un récent manifeste, il faut parfois avoir le courage.de tourner les coins ronds.En général, les médias anglophones me semblent admettre plus facilement les points de I vue minoritaires, allant à contre-courant de Tordre établi.Les Noirs, les Juifs, les immigrants, les écologistes.et les femmes y voient leur opinion, ou leur analyse, mieux respectées.Comment ont-ils traité l’anniversaire du Montréal Massacre ?Sans complaisance mais avec émotion.Deux exemples.L’émission Man alive, au réseau anglais de Radio-Canada, traitait efficacement du sexisme ordinaire avec lequel toutes les femmes vivent, jeunes et vieilles, et tirait les leçons de Poly.\ai tout sur fond de témoignages : une survivante (merveilleuse Sylvie Gagnon), des jeunes étudiantes, des journalistes.The Gazette de samedi n’y consacrait que deux articles, mais surprenants.Le premier racontait comment un professeur de Poly (Danielle Leblanc, 31 ans), guère plus féministe que ses étudiantes, une winner jamais discriminée, avait pris soudainement conscience, le 6 décembre 1989, de la difficulté, encore, d’être une femme.Ix* second posait la vraie question : qu’avons-nous appris, collectivement, de cette tragédie ?En quoi Poly nous a-t-il tous changés, femmes et hommes, et de Nathalie Provost ingénieur de 24 ans qui a tenté d’amadouer Lépine, à Quinn, l’ingénieur lorontois de 50 ans, en passant par les groupes d’hommes contre la violence qui se multiplient d’un bout à l’autre du Canada ?Le même samedi, La Ivresse en faisait Plus, décrivait avec sensibilité la douleur des parents Leclair, fouillait pour la xième fois sur le psychisme de Marc Lépine, s’interrogeait sur la sécurité des campus, et cherchait l’interprétation de auelques Québécois connus, un an apres.En gros, bien des choses sur Poly, peu de choses sur les répercussions sociales de Poly.LE DEVOIR, lui, se taisait pudiquement.Ni éditorial ni papier de fond, juste une allusion dans Le plaisir des livres, qui m’a coupé le souffle, à ce « malheureux fait divers abusivement haussé à la dimension d’un drame collectif ».En attendant mieux, sans doute.Depuis deux semaines déjà, dans la presse francophone, on sent un malaise, un agacement à creuser, à traiter de la violence faite aux femmes, à voir dans Poly un événement révélateur de quoi que ce soit.On souligne, dix fois plutôt qu’une, que les étudiantes de Poly tiennent à se démarquer des féministes, on insinue que le féminisme est un mouvement dépassé, qui n’a plus sa raison d’être.ON RÈGLE ses comptes, en fait, au féminisme québécois.On cite des féministes avec parcimonie mais, parallèlement, on tend le crachoir à un journaliste dont le plus beau fleuron jusque-là avait été de sonner l’alarme sur le « problème » des Juifs hassidim d’Outremont.Dans sa facile dénonciation des « excès du féminisme », on voit du courage, le triomphe de l’indépendance d’esprit sur le totalitarisme de la libre pensée sur la « cabele des bigotes ».On salue le franc-tireur Roch Côté, alors qu’il rallume de solides résistances et de vieilles rancoeurs.Et, qu’on ne me serve pas que seul le discours caricatural à souhait de quelques radicales est visé ! Le sous-texte de son manifeste, comme on dit au théâtre, est une campagne de discrédit du mouvement des femmes comme on en avait pas vu depuis belle lurette.Avions-nous besoin d’un pareil pamphlet revanchard à la veille de Poly, d’une pareille banalisation de la violence faite aux femmes ?N’avons-nous pas plutôt besoin de se serrer les coudes, hommes et femmes, contre la violence, plutôt que de clamer bien haut : Je n’ai rien à voir là-dedans, je me sens pas coupable, je ne suis pas violent, donc ça ne me regarde pas.C’est ce qui me désole le plus, à la veille de ce triste anniversaire.Au delà des critiques nécessaires et justes, est-ce le temps de réduire à une caricature un mouvement qui, au-delà de ses quelques excès de langage, a redonné à des milliers de femmes une dignité encore fragile ?Et ça, on l’oublie trop.Demain, beaucoup d’hommes et de femmes seront partagés.Se terrer chez soi ?Chercher à se faire réconforter, bercer, cajoler par des bras amis ?Ou descendre ensemble, par milliers, allumer une petite flamme dans la nuit, en signe de souvenir et de vigilance ?Toutes et tous auront envie qu’on leur promette « plus jamais ».Et d’y croire.
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