Le devoir, 8 décembre 1990, Cahier D
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et du mythe que tout cela s’exprime.On s’étonnera peut-être qu’un ouvrage aussi imposant que Visions de Cody — le roman fait 550 pages, accompagné d’une préface d’Allen Ginsberg et d’une postface d’Yves Bum — n’ait pas été traduit plus tôt en français.On s’en étonne moins après la lecture, puisqu’il s’agit sans doute du livre le plus risqué, le moins facile d’accès de Kerouac.Démesuré, non sans longueurs par moments, il se révèle pourtant essentiel pour quiconque s’intéresse à l’auteur.Cette oeuvre brouillée, malaisée, excessive, joue sans conteste un rôle central dans l’univers du romancier.On peut lire ce roman comme le sous-texte de Sur la route.À la linéarité de ce célèbre roman, où les déplacements sauvages à travers les États-U nis se multipliaient, répondant à une éternelle soif de mouvements, Visions of Cody répond par un éclatement, comme si chacun de ses fragments correspondaient à un tesson d’un miroir fracassé offrant un reflet parcellaire, morcelé du continent.Écrit à la même époque que Sur la route, en 1951 et 1952, Visions de Cody reprend les mêmes thèmes et s’appuie surtout sur le même personnage, Cody Pomeray, alias Dean Mo-riarty dans Sur la route, alias Neal Cassady, grand ami de Kerouac et seul centre de gravité d’un roman qui repose sur le foisonnement, la plurivocité, le débordement.« L’écriture spontanée » de Kerouac, son dessein de produire des textes proches de l’improvisation musicale sont un des lieux communs du commentaire critique (et en partie une légende : Kerouac’s Crooked Road de Tim Hunt, ouvrage fort bien documenté, démontre clairement que les textes sont beaucoup moins improvisés que son auteur voudrait le faire croire).Ceci dit, quitte à rappeler des évidences, il faut insister encore ici sur l’importance du jazz dans la composition des üvres de Kerouac, d’autant plus qu’il s’impose dans Visions de Cody.La figure essentielle de Lester Young, dont la musique, « surgissement d’exaltation souterraine [.] ressemble à la vibration de l’Amérique tout entière », traverse tout le roman.De grandes envolées lyriques transforment les saxophonistes en personnages shakespeariens, bla-kéens.Mais c’est l’écriture même de Kerouac qui repose sur le jazz.De longs dialogues, recopiés d’un enregistrement sur magnetophone, cherchent à retrouver le rythme et le sens de l’oralité sur la page, de donner l’illusion de l’improvisation.Si le voyage est au coeur des textes de Kerouac, il apparaît d’abord comme une métaphore du langage, puisque celui-ci est aussi un moyen de bouger et de se déplacer.D’où ces propos hachurés, ces délires de langage qui conduisent parfois le lecteur dans un univers onirique.Les nombreuses allusions à Marcel Proust ne sont pas gratuites.Nous sommes dans le monde de la mémoire, du souvenir et c’est par le refus d’un langage conventionnel que le narrateur parvient à se remémorer (certains passages en jouai permettent d’ailleurs de « revoir » avec plus d’acuité les scènes marquantes de l’enfance, dans la petite ville habitée par des Franco-Américains).Visions de Cody est d’abord un hymne à Neal Cassady, idéalisé et transformé en personnage hautement romanesque.Si Cassady, le Cody du roman, apparaît aussi extraordinaire, c’est qu’il incarne l’Amérique pour le narrateur.« L’Amérique, c’est ce qui a marqué l’âme de Cody Pomeray de soucis et de stigmates.» Si « toute sa personne incarne une institution », c’est parce qu’il est le motif romanesque qui permet d’exprimer l’Amérique et de repartir à sa conquête.Il incarne un certain rêve américain : pas celui d’Henry Ford mais celui du cow-boy, du vagabond, figure emblématique de la liberté grâce à qui « la vie est si complexe et gigantesque », celui grâce à qui il est possible de parler aussi bien de San Francisco que de New York, de jazz que de drogue, de baseball que d’un vieux snack-bar graisseux.À la lumière de ce que l’on sait de la vie de Kerouac, on ne s’étonne pas, en lisant ce roman, qu’il ait été a la ‘d.foidMU topjhnsvil fcfHWl \ \ ,t Sprint A PÎtï* 01 a'ÿWjfiifS ’ p Itplyt^Ao City PtA MÇTun.gj / ,1 MkComb ¦mopolis P(0ttiev GWfpoj, CnlL-hJrlfaln -ti.tie lew /ber* Marth G \ 0 i / .«ni*»* ';w6pSi .* f.’iî ' v>®
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