Le devoir, 22 janvier 1991, Cahier B
Michel Venne de notre bureau de Québec LE QUÉBEC n’a pas les moyens de laisser impunément s’étaler des banlieues toujours plus étendues.Le gouvernement doit avoir le courage d'en freiner la croissance et de dire non à de nouveaux développements socialement trop coûteux a une époque où la population ne se renouvelle plus.Le conseil est exprimé en forme d’appel urgent par le maire de Québec, M.Jean-Paul L’Allier, au cours d’une entrevue qu'il accordait au DKVOIR, il y a une dizaine de jours, à son bureau situé au coeur du Vieux Québec.Tout au long de cet entretien, ponctué par le tintement des cloches de la grande horloge de l’hôtel de ville sous une reproduction d’une toile du peintre Jean-Paul Lemieux, M.L’Allier s’en est pris sans détour aux privilèges dont jouissent selon lui les banlieusards de plus en plus nombreux.Il en accuse quelques-uns, fortunés, vivant « dans des maisons somp-tueuses» en périphérie où ils ne paient presque pas de taxes, de profiter, un peu comme des « parasites », de tous les services offerts par les villes centrales mais sans payer leur part des charges.L’ancien ministre des Communications et des Affaires culturelles sous Robert Bourassa entre 1970 et 1976, dénonce ces « paradis fiscaux » que.sont devenues des villes dortoirs comme Westmount et Sillery.Enclavées dans le territoire de la métropole pour une et dans celui de la capitale pour l'autre, ces villes ne partagent pas tous les coûts reliés aux avantages que confère la proximité.Les taux de taxe y sont outrageusement b,:s.« Sillery n’a aucune infrastructure culturelle d’importance à supporter, s’insurge le maire de Québec.Mais tout le monde qui vit à Sillery profite du Vieux Québec, et du Vieux Port, et de tous les services qu’offre la ville de Québec sans payer un sou pour ça».Le politicien de 52 ans, né à Hudson dans la région de Mirabel en 1938 (son père était boulanger) en appelle à une action énergique du gouvernement qui « ne fait pas sa job » en ce moment.D’une part, il lui demande de définir une espèce de schéma d'aménagement de la province, d’édicter des règles et des balises pour circonscrire l’étalement urbain.D’autre part, il revendique une véritable réforme de la fiscalité « Dans une société qui sèche sur place parce qu’elle ne se renouvelle pas, s’équiper pour la croissance, c’est s’équiper pour la déchéance.» municipale qui assurerait un partage plus équitable des charges entre les contribuables des différentes villes d’une même région.Il songe à des formules de péréquation régionale et tente depuis quelques semaines d’inciter ses collègues maires de la région à réfléchir à des regroupements de ressources, voire à des fusions entre municipalités s’il le faut.À son avis, les propositions avancées par le ministre Claude Ryan peu avant Noël, lorsque celui-ci a annoncé un transfert de dépenses de 500 millions $ par an aux municipalités, ne sont pas de nature à lancer un débat utile sur ces questions.« Tout ce qu’a fait M.Ryan, c’est la job de bras de ses fonctionnaires, dit-il, pour régler un problème de caisse.C'est assez décevant de la part de quelqu’un qui a toujours fait sa marque par des réflexions en profondeur ».M.L’Allier avait rompu politiquement avec M.Ryan lorsque ce der- nier était chef du Parti libéral peu avant le référendum de 1980.Il était en désaccord avec la position constitutionnelle élaborée dans le Livre beige et s’était joint au camp du « oui ».Comme ministre de l’Enseignement supérieur, M.Ryan avait bloqué in extremis la canadidature de M.L’Allier à la direction de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) en 1987.Ce dernier n’avait guère prisé, interprétant à mots couverts cette gifle comme une revanche.Aujourd'hui, les deux hommes sont à nouveaux condamnés à s’affronter.La réforme de la fiscalité réclamée par M.L’Allier devrait aussi mettre fin à ce qu’il appelle le « cannibalisme intermunicipal » qui force les villes à se concurrencer les unes les autres.Les villes qui sont à la recherche de revenus additionnels doivent constamment se battre, au détriment parfois de toute logique sur d’autres plans, par exemple pour le respect de l’environnement, afin d'attirer sur leur territoire de nouvelles entreprises et les revenus en taxes qui les accompagnent.« C’est destructif, avance le maire de Québec.Il faut faire en sorte que la fiscalité nous encourage à intégrer nos ressources et nos efforts afin que soient mieux partagés les bénéfices et les charges ».S’il faut en venir à des fusions, comme semble le suggérer le ministre des Affaires municipales dans un document publié en décembre, d'accord.Mais cela ne doit pas être l’objectif.« Je crois en des entités politiques restreintes pour s’occuper des affaires locales », dit-il.M.L’Allier invite à toutes fins utiles le gouvernement à revoir en profondeur la manière de voir le développement urbain au Québec, à faire des choix.« C’est son travail de nous dire qu’il devrait y avoir quatre ou cinq zones urbaines, avec des fonctions complémentaires, de fixer des balises aux municipalités et des rè-Voir page B-2 : L’Ailler Saddam force les Alliés à rajuster leur stratégie Contrairement à ce qu’on prévoyait, l’Irak économise ses forces et fait le gros dos sous les coups Jacques Isnard Des soldats américains préparent un tank M1AI pour le combat dans le désert d’Arabie Saoudite.PARIS — Les États-Unis et leurs alliés en Arabie Saoudite se sont installés, pour quelques semaines encore, dans une guerre d’« attrition », comme disent les spécialistes, du potentiel militaro-industriel de l’Irak.Ils cherchent, avant toute opération à terre contre le Koweit, à user — par la poursuite de leurs raids aériens — la machine de guerre irakienne, qui a partiellement survécu aux premiers assauts de la coalition.Certains experts, trop vite persuadés que la technologie ferait la différence, avaient imaginé un conflit de 36 heures, pour les plus optimistes d’entre eux.Il leur faut aujourd’hui revoir leurs pronostics.En particulier, il leur faut se demander pourquoi les États-Unis ajustent maintenant leur stratégie.La raison principale en est que M.Saddam Hussein a choisi une autre politique que prévue : il économise ses forces et fait apparemment le gros dos sous les coups qu’on lui destinait du ciel et qui ne sont pas encore décisifs.PHOTO CLÉMENT ALLARD « L’État n’a pas de cerveau », laisse tomber Jean-Paul L’Allier.Il entend ainsi mieux porter, ensuite, la guerre au Koweit, là où son armée a davantage la pratique des affrontements au sol.Au départ, les Américains, qui conduisent les forces années de la coalition, ont conçu — contre des cibles gouvernementales et militaires censées être le centre nerveux du commandement irakien — des raids rapides, sélectifs, par surprise, mais pas moins intenses pour autant.Durant les 14 premières heures de la « Tempête du désert », par exem pie, on a compté jusqu’à plus de 1000 « sorties » d’avions et, pendant les deux premiers jours, on a recensé, depuis les navires américains, le lancement de 196 missiles de croisière.Division du travail Ces deux seuls chiffres donnent une idée du volume de « quincaillerie », comme disent les militaires, déversée sur les postes de commandement et de transmissions à Bagdad même, sur les centres de détection aérienne, les pistes d’avions et les sites de missiles sol-air ou sol-sol Voir page B-2 : Stratégie de notre bureau de Québec QUELQUES SEMAINES après l’élection-surprise de Jean-Paul L’Allier à la mairie de Québec, le 5 novembre 1989, des commentateurs décrivaient ainsi ses ambitions : préserver à Québec son caractère de gros village convivial, écrivait l’un; faire de cette ville une vraie capitale prestigieuse, écrivait l'autre.« Une grande capitale n’est pas nécessairement une grosse capitale.Alors les deux ne sont pas incompatibles », affirme d’emblée le principal intéressé, en entrevue.Québec peut très bien concilier son caractère convivial, villageois presque, avec son rôle de capitale nationale, assure le nouveau maire.Une capitale francophone, qui a un avenir international, une capitale avant tout culturelle, où les citoyens vivent confortablement, se voisinent, dans des quartiers où l’on trouve commerce sur rue et verdure, à une échelle humaine.Une capitale doit être un lieu d’attraction et de ressourcement, dit-il, avant d’être un lieu politique et administratif.II faut qu’elle soit un lieu de passage enrichissant.On doit y multiplier des équipements à vocation nationale, d’où viennent « l’exemple culturel », comme c’est le cas du Musée de la civilisation, dont le succès depuis deux ans est indéniable.Québec sera ici ce que Liège est à la francophonie belge, prédit par ailleurs M.L'allier.De toutes les villes québécoises, c’est encore celle qui a le plus de chances dans 50 ans d’avoir un visage français, alors que Montréal a déjà une vocation multiculturelle, rappelle le maire.Ce qui lui confère pour l’avenir un rôle particulier.Porté au pouvoir avec 16 des 21 conseillers de la ville par 13 000 voix de majorité et 58 % des suffrages, M.L’Allier promettait avec le Rassemblement populaire le « vrai changement », après un quart de siècle de l’administration du Progrès civique, dirigé successivement par MM.Gilles Lamontagne et Jean Pelletier.La rupture entre les deux régimes, dans cette ville de 160 000 habitants dont la base industrielle est étroite, tient davantage dans l’attitude face au développement.« J’ai une approche plus culturelle qu’économique, dit M.L’Allier.La ville n’est pas qu’un lieu de développement economique pour moi.Dans la logique économique, on accepte tout parce que c’est payant.Moi je dis non.La ville a une valeur en soi, et le développement doit porter sur l’accroissement de ce qu'elle a de mieux ».L’ancienne manière n’a pas marché, dit-il.« On a construit des autoroutes pour attirer des gens et des entreprises dans les années 1970.La visite n’est pas venue.L’autoroute est encore la, qui a coupé la ville en deux, l’a asséchée.Des milliers de personnes ont été massacrées pour ça ».M.L’Allier reconnaît que la première année de son mandat lui a servi surtout à installer son équipe, amorcer des études et mettre à jour l’exercice de la démocratie, par la consultation publique et des périodes de question réservées à la population au conseil municipal.Il promet que « la deuxième année sera celle de la récolte des fruits semés».Mais lance avec réalisme que « les attentes sont nombreuses et les ressources limitées » et rappelait à ses partisans, au printemps, qu'un programme politique « ce n’est pas une religion ».Sans doute la nouvelle administration pourra imprimer sa marque de manière concrète par la réalisation d’un vaste projet de revitalisation du Voir page B-2 : Capitale CAHIER SPÉCIAL CHOIX DE CARRIÈRE AU COLLÉGIAL Une vue d’ensemble des techniques offertes et des endroits où les retrouver: Biologie, agro-alimentaire, physique, sciences humaines et sociales, administration, arts, communications graphiques.UN OUTIL DE RÉFLEXION INDISPENSABLE À L’HEURE DU CHOIX DE SON AVENIR.PARUTION LE 15 FÉVRIER DANS LE DEVOIR Réservation publicitaire: 842-9645 Date de tombée: 7 février CAHIER Le Devoir, mardi 22 janvier 1991 Le zoo de l’absence La Ménagerie de verre, oeuvre douce, cruelle et vraie de Tennessee Williams, a souvent été montée au Québec.Le spectacle que présente actuellement le Théâtre Populaire du Québec (ci-contre), mis en scène par René-Richard Cyr, fait de cette tragédie en mineur un chef-d’oeuvre de délicatesse et d’émotion.Page B-3 Saddam a gagné la guerre En attaquant Israël, le président irakien restera pour les masses de nombreux pays arabes, quelle soit l'issue du conflit, à la hauteur de son titre de Saladin, ce pieux chevalier du Moyen-Âge qui résista aux Croisés et qui est depuis un héros mythique de l’islam.Il n’est pas le despote décrié en Occident, mais le libérateur Page B-8 La culture et F indépendance L’UNION des artistes sera en congrès au cours du week-end pour discuter de culture dans un Québec souverain.« Nous sont-| mes à un tournant et il est bon de se réunir », a dit le président de l’Union, M.Serge Turgeon, en soulignant que 90 % des membres de l’Union favorisent l’indépendance du Québec.Page B-3 | La saison prochaine, pour le I TNM, sera celle du 40e anniver-j saire.La plus prestigieuse compagnie de théâtre du Québec, son directeur artistique Olivier Rei-chenbach (ci-contre) Ta dit récemment, n’aura pas un budget spécial pour la circonstance.Mais on semble avoir mis le paquet sur le choix des pièces.Page B-3 Devenir grande capitale, demeurer gros village Michel Venne Chefs-d’oeuvre pour un quarantième Sus aux privilèges des banlieues Jean-Paul L’Allier exhorte Québec à freiner au plus tôt l’étalement urbain t B-2 ÊÊ Le Devoir, mardi 22 janvier 1991 4 Capitale quartier Saint-Roch, dans la Basse-Ville, qui vient d’être soumis à la consultation.Il s’agit d’un projet de ISO millions $ qui consiste à redonner * vie, par du logement et du commerce, à ce quartier pauvre, partiellement détruit et vidé de sa population pour donner libre cours aux projets ambitieux de promoteurs à qui les administrations précédentes avaient laissé le champ libre.La transformation prendrait 20 ans.Pour l’heure, les nouvelles priorités du RP se sont traduites de la manière la plus concrète dans le programme triennal d’immobilisations où un peu plus d’un million et demi sont prévus pour les pistes cyclables, la forêt urbaine et les coopératives d’habitation.La nouvelle administration a réussi par ailleurs à maintenir la hausse du compte de taxes en deçà de l'inflation (4,4 % au dernier budget), mais a dû sacrifier 68 postes de la fonction publique locale.On a prévu en revanche un demi-million pour l’équité salariale.Le budget de Québec est de 285 millions $.Pour le moment, M.L’Allier a réussi a concilier le réalisme qu’on lui reconnaît avec l’idéalisme du parti qui l’a mis au pouvoir sans faire grincer des dents trop de militants de la première heure.Un incident, en mai, lui a fait perdre l’appui ponctuellement de cinq de ses conseillers, lorsqu’il a personnellement approuvé la construction d’un nouvel hôtel près de la Colline parlementaire sur le site d’un centre communautaire.La paix semble être depuis revenue.Un éditorialiste du Soleil, dans un bilan après six mois laissait toutefois entendre que les militants du RP, s’ils savaient poser correctement les problèmes, oubliaient parfois la dure réalité et qu’à cet égard, ils doivent en grande partie au réalisme de M.L'Allier la victoire qu’ils ont connue.C’est cela, écrivait-il, qui confère à l’ancien ministre son vrai pouvoir.4 L’Ailier gles pour lui-même », dit-il.L’étale-! ment urbain est devenu trop coû- • teux.Chaque fois qu'on construit une ’ école dans une banlieue, on en ferme une au centre-ville.Chaque fois qu'on permet un développement hors des communautés urbaines, on doit ensuite bâtir une autoroute et des infrastructures pendant que celles des vieux quartiers tombent en désué-¦ tude.« Les vieux quartiers ont pourri dans nos villes parce qu'on a développé la périphérie sans réfléchir, dit-il.Dans une société en crois- ) sance, ça se défend.Mais dans une | société qui sèche sur place, parce qu'elle ne se renouvelle pas, si tu t’équipes pour la croissance, tu t'équipes pour la déchéance».Mais le maire est pessimiste.« Je pense que l'État est sans cerveau ».laisse-t-il tomber au beau milieu de l’entretien, visant nommément les politiciens.Le maire de Québec, qui possède une magnifique résidence sur l'ile d’Orléans, s’en prend au fait que l’entreprise privée soit devenue • depuis 15 ans « le Vatican » des philosophies gouvernementales et sa religion.la croissance.« Arrive une industrie polluante, si elle rapporte au Trésor de la province, on se met à quatre pattes, on lui donne de l’électricité et on l'installe chez nous comme on aurait fait au 19e siècle ».À certains moments, il faut freiner la croissance pour favoriser uh développement harmonieux, pense M.L'Allier.Les gens qui suivent des régimes en savent quelque chose.« 11 faut considérer le Québec, et à travers ça nos villes, comme des domaines à développer.Sur un domaine, ! t'installes pas 14 toilettes dehors sim-; plement parce qu'un gars t'as fait un bon prix sur les chiottes.Ici, on est à genoux devant les industries à saloperies ».Le maire de Québec pense enfin que le Québec aurait tout à gagner à décentraliser les pouvoirs vers les villes.Selon lui, les gouvernements • centraux ont démontré leur incompétence à régler des problèmes qui sont de plus en plus des problèmes urbains comme la pauvreté, la délinquance, le chômage.Les villes pourraient devenir les maîtres d’oeuvre, veiller à l'atterrissage, comme il dit, des politiques sociales nationales.Mais il ne croit pas dans les discours du gouvernement sur la décentralisation.« J'ai été ministre trop longtemps pour y croire.Ce sont des discours de délestage ».M L’Allier fait brièvement allusion aux communes en France qui constituent la base de l’organisation sociale, et d'où émergea la Révolution de 1789, rappelle-t-il. de R Cooney el T.Hilton, m.en s.Monique Duceppe, du 8 janv.au 9 lév., mar.aü ven.20h, sam.16h.30 et 21h.THEATRE DE OUAT’SOUS: 100 est ava des Pins, Montréal— » Hosanna » de Michel Tremblay, m.en s.Lorraine Pinlal, du 21 |anv.au 16 lév., mar.au sam.à20h„dim.à15h.THÉÂTRE ST-DENIS: 4664St-Denis, Montréal (844-1793)— Le Théâtre du Rideau Verl présente • Le pain dur » de Paul Claudel, m.en s.Michèle Magny, du 22 janv.au 16 fév., mar.au ven.à20h„ sam.16h.et 21h., dim.à 15h.THEATRE ST-DENIS: 4664St-Denis, Monlréal (849-4213) (288-2525)— Comédie musicale Les Misérables, de Alain Boublil et Claude-Michel SchSn-berg, m.en s.Fernand Rainville, du 17 janv.au 14 avril, mer.jeu.sam.dim.20h., matinée sam.1 Ah., angl mer ven.20h„ dim.14h UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL: 200 Vincent d'Indy, Montréal— Salle B 484: Atelier d'accompa-gnement, classe de Lorraine Prieur, oeuvres de Franck, Fauré el Mozart, le 22 ianv.à 20h.UNIVERSITÉ DU QUÉBEC A MONTRÉAL: Salle Alfred-Laliberté.405 est Ste-Calherine, Montréal (987-3456)— Fortier Dansa Création présenle • Les males heures » danse solo de Paul-André Fortier, du 22 au 26 janv.à 20h.LE GRAND THÉÂTRE DE QUÉBEC: Salle Oc-lave-Crémazie, Québec (418-643-8131)— Le Théâtre du Trident présente ¦ On ne badine pas avec l'amour » de Allred de Musset, m.en s.Albert Miliaire, du 15 janv.au 9 lév., mar.au sam.à 20h.THÉÂTRE DE LA BORDÉE: 1143 St-Jean, Québec (418-694-9631)— » Junk » de André Morency, m.en s.GUI Champagne, du 15 janv.au 9 lév., mar, au sam à 20h 30 THÉÂTRE DE L’iLE: 1 rue Wellington, Hull (819-595-7455)— • La Coupe Stainless » du 16 janv.au 9 mars La télévision du mardi soir en un clin d’oeil 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 23h30 OOhOO CBFT (R.C.) Montreal 17h30 / Ce soir LaCourg en direct Super sans plomb g Cormoran g Metropolis Le Tétéjoumal g Le Poim/météo/sport L’heure G Cinéma rox WCAX(CBS) x-^7 Burlington News News g The Golden Girls Rescue 911 g Lonesome Dove (2e/4) g News The Arsenio Hall Show WPTZ(NBC) Plattsburgh News News g Jeopardy 1 A Current Affair Matlock g In the heat ofthe night g Law t Order g News The Tonight Show CBMT(CBC) VJ Montréal Newswatch The g Raccoons Lenny g The Fifth Estate g Market Place Man g Alive The National g The Journal News Newhartg Kate & g Aille ŒJÏÏT’ Le TVA ?Montréal Charivari Chop-Suey Chambres en ville g La vie des gens.Le match de la vie : L'éducation parallèle AdLib Le TVA g réseau 23h50/Mongrain de sel CFCF(CTV) 09 Montreal Puise r i-i-i 1 tmenammem Tonight Fighting Back! The Story behind g the story Lonesome Dove (2e/4) g News g News The Arsenio Hall Show «SSL Des chiffres et des lettres Quand c'est bon.Le journal de m3 Envoyé spécial Tous à la une 22h15/Faut pas rêver Carabine (23h10) Le journal de TF1 Œ2>S&°J Passe- Partout Tétéservice Lumières Rideau : Ingmar Bergman, Latema Mag ica C} Rideau : Un voyage Andalou : Le flamenco.Le Super Clap Commission sur l'avenir politique et const.Les animaux et leurs mystères ftp" Musique vidéo Fax: L’Intoplus Flashback En ligne : Gowan Rock en bulle TransH : Geneviève, de Paris à Monlréal /ôôl WVNY(ABC) Burlington News g AH ' Perfect Strangers Who's the Boss?g Family g Matters Roseanne Coach g Thirtysomefhiog g News g Nightline Love Connection SS SS 19h /Muchwest Fax Rapdty Vidéodips Spotlight/ RfckyVan.Test Pattern zoo) VERMONT ^ ETV(PBS) The MacNeü-Lehrer Newshoor The Nightly Business.Crossroads Nova g Making Sense of the Sixties g Dominoes Cinéma /ÔE) 4-SAISONS Montréal La roue chanceuse Zizanie Ordnacoeur S.O.S.consommation Les routes du Paradis Cinéma : Staying Alive—Am.S3 Avec John Travolta et Cynthia Rhodes Le Grand Journal g Sports Plus Qulncy (STjWCFE (PBS) 3-2-1 ?Contact The Nightly Business.The MacNeü-Lehrer Newshour Nora g Making Sense of the Sixties Q Bradshaw on g Homecoming Cinéma t 4 Le Devoir, mardi 22 janvier 1991 B B-5 La guerre du Golfe Des joyaux de technologie diabolique Détection, brouillage et téléguidage des missiles ne donnent qu’un avantage provisoire sur l’adversaire Jean-François Augereau et Jean-Paul Dufour l.e Monde SI LKS CAMÉRAS des journalistes ne sont pas admises à filmer les morts et les blessés de la guerre du C'.olfe, le Pentagone a été moins sourcilleux quand il s’est agi de fournir aux télévisions du monde entier des images qui illustrent la puissance de l’arsenal américain.Tournées par un bombardier en mission au-dessus de Bagdad, elles montrent la précision diabolique d’une bombe guidée par laser qui pénètre dans un immeuble par le sommet de la cage d’ascenseur comme une clé rentre dans une serrure ! Ce film était évidemment destiné à souligner l’avantage technologique, réel, des forces alliées sur celles de l’Irak.Pourtant, si des progrès très importants ont été réalisés dans ce domaine ces dix dernières années, le conflit du Golfe ne marque nullement la naissance de la « guerre électronique » : les premières bombes de ce type ont été utilisées au Vietnam, et l’efficacité de systèmes d’armes pilotés par radar et alimentés par les données des satellites et des avions de reconnaissance a pu être vérifiée lors de la guerre des Malouines et de la bataille de la Bekaa, au Liban, au printemps 1982.Le brouillage L’art du brouillage ne date pas d’aujourd’hui.Mais, jamais encore il n’avait été pratiqué sur une aussi large échelle et avec une telle efficacité.En quelques heures, l’armée irakienne s’est retrouvée sourde, aveugle, muette et paralysée momentanément dans son action.Certes, les méthodes employées sont le fruit de la technologie la plus avancée.Mais il serait faux de dire que les militaires, ou même les civils, se sont privés de telles techniques au cours des années passées.Trois exemples.Pendant la Deuxième Guerre mondiale, le professeur Yves Rocard, père de l’actuel premier ministre français, avait développé un dispositif radio qui permettait de brouiller les ordres donnés à certaines bombes allemandes anti-navire.Plus près de nous, des émetteurs « pirates » de radio ont été brouillés, soit parce qu’ils n’avaient pas été agréés, soit parce qu’ils gênaient les émissions des chaînes nationales.Dernier exemple enfin, celui du Sheffield, bâtiment de guerre britannique qui fut frappé de plein fouet par un Exocet argentin parce que son radar de détection ne fonctionnait pas à ce moment-là.De temps en temps, en effet, cette installation vitale devait être, dit-on, débranchée parce que la puissance de son émission brouillait malencontreusement les communications par satellite entre le navire et son quartier général ! La suite est hélas trop PHOTOS AP Le missile Tomahawk (photos ci-dessus, au départ d’un navire américain et faisant exploser un bâtiment) est d’une précision meurtrière bien connue.L’Exocet fit des ravages.C’est dire l’importance de la maîtrise des techniques de brouillage, mais aussi des contre-mesures qui y sont associées.Il ne fait aucun doute que ces techniques ont été dans le Golfe déterminantes pour le lancement de la première vague d’assaut.De là à penser que leur simple mise en oeuvre suffit à gagner la gilerre, il y a un pas qu’il faut se garder de franchir, même s’il est clair qu’un quartier général sans moyens de transmission ou avec des liaisons fortement perturbées et de systèmes radar quasi aveugles a du mal à répliquer.En fait, ce que les armées de la coalition ont fait est le résultat d’un travail de longue haleine.Car, pour brouiller efficacement les installations ennemies, il faut connaître à l’avance leurs caractéristiques de fonctionnement, les identifier formellement en tant que matériel existant sur le marché et enfin les localiser.C’est ainsi qu’avant le conflit, les Français comme les Américains ont déployé des avions spécialisés dans l’interception et l’analyse des communications et des signaux électro-magnétiques des systèmes d’armes irakiens.« Accrocher » les radars ennemis Ainsi, pour bien connaître les radars irakiens, les forces de la coalition ont dû faire décoller quelques appareils.Ceux-ci ont dû être aussitôt « accrochés » par ces installations, tandis que, plus loin, le long des frontières, les avions spécialisés des armées de l’air américaine et française ( DC-8 Sarigue et Transal Gabriel) recueillaient leurs signaux, enregistraient leurs fréquences de fonctionnement, la longueur de leurs impulsions, leurs modes de répéti- tion, etc.« À ce stade, il ne reste plus, confie un spécialiste, qu’à feuilleterlc catalogue des radars en vente dans le monde pour identifier le matériel utilisé et à localiser l’installation avec une précision d’environ un kilomètre pour une distance de 100 kilomètres.» Cette marge d’erreur est bien sûr trop grande pour mener une attaque en règle des installations ennemies.Aussi faut-il comparer ces informations avec celles, plus précises, recueillies par les satellites et les avions de reconnaissance afin de situer leur emplacement exact.C’est à n’en pas douter ce que les forces armées de la coalition ont fait dans la mesure où « il suffit pratiquement d’un vol de quelques heures à un avion spécialisé pour « ramasser » la cartographie radar de tout un pays ».Une fois ce travail accompli, en partie en temps réel avec le Transal Gabriel, et en temps différé avec le DC-8 Sarigue, dont les données sont traitées au sol, il ne reste plus qu’à préparer les missions opérationnelles des patrouilles.Missions de destruction par des missiles antiradar calés sur la ou les fréquences de fonctionnement des installations à éliminer.Missions d’aveuglement ou de brouillage enfin, pour toutes celles qui ne l’ont pas été.Tromper l’adversaire Cette technique du brouillage, vieille comme le monde, consiste tout simplement « à parler » plus fort que l’autre sur la même gamme de fréquences.Dans le domaine radar comme dans celui des télécommunications.C’est ainsi que les militaires pratiquent ce qu’ils appellent le brouillage de barrage et le brouillage d’autoprotection.Le premier, qui ne fait pas dans la dentelle, consiste à émettre sur la même fréquence que l’ennemi grâce à des moyens terrestres ou aéroportés, mais dans une gamme de puissance considérablement supérieure.Les installations adverses sont alors saturées et incapables de voir autre chose qu’un puissant écho dans la direction de la source d’émission, ce qui permet à d’autres avions de passer inaperçus.Seule parade : changer de fréquence pour tromper l’adversaire.Mais celui-ci peut à son tour détecter cette opération et brouiller la nouvelle émission.Et ainsi de suite, la victoire revenant à celui qui s’adapte le mieux à cette joute de magiciens.Le second, plus subtil, assure la protection des avions contre la détection par les radars et les missiles ennemis.Dès que l’impulsion du système d’armes de l’adversaire frappe l’appareil, un dispositif embarque la détecte et fabrique un écho sensiblement identique à celui que renvoie naturellement l’avion.Puis, il en génère un deuxième, plus puissant mais décalé dans le temps, et ainsi de suite.De telle sorte que le radar ennemi, abusé, voit finalement l’avion là où il n’est pas; ce qui empêche les missiles et les batteries antiaériennes de tirer dans le mille.Cette technique est d’autant plus efficace qu’elle s’accompagne souvent, comme le faisaient les gros porteurs soviétiques au départ de Kaboul, du largage de leurres spécialisés pour les égarer davantage.De remarquables bricoleurs Tout cela n’est pas à la portée du premier venu.Et si les Occidentaux sont incontestablement loin devant en ce qui concerne les systèmes d’écoute et de recueil des fréquences des émissions électro magnétiques des noeuds de communications et des systèmes d’armes, il serait naïf de penser que les Irakiens sont totalement démunis dans le domaine du brouillage.Ce manque de réaction est aussi dû à la redoutable efficacité des aimes nouvelles américaines.Au Vietnam, les premières bombes guidées atteignaient leur cible avec une précision de 30 mètres.U ne sur deux arrivait au but.Aujourd’hui, les films de démonstration des constructeurs montrent un missile de croisière qui pénètre dans un hangar par la porte, avant d’exploser ! Ces engins — des Tomahawks — ont été employés pour les premiers bombardements sur Bagdad.L’un d’eux a explosé à l’intérieur de l’immeuble du ministère de la Défense, après y être entré probablement par une fenêtre.Le coup était tellement précis que « les vitres des autres bâtiments du quartier n’ont même pas été brisées », raconte le correspondant de l’AFP.Les Tomahawks, qui ont un rayon d’action de l’ordre de 2000 kilomètres, ont été tirés depuis des croiseurs, des destroyers ou des sous-marins de l’US Army patrouillant en Méditerranée, en mèr Rouge ou dans le golfe Persique.A 900 kilomètres / heure, ils volent vers leur cible à très basse altitude (de 50 à 100 mètres), guidés par une centrale à inertie analogue à celle des fusées.Constamment, leur altimètre radar compare le relief du terrain avec une carte enregistrée dans l’ordinateur de bord.Ils sont ainsi capables, par exemple, de faire un détour pour éviter une batterie antimissiles dont l’emplacement est connu.En fin de parcours, ils reconnaissent leur objectif grâce à un système optique de reconnaissance d’image.On imagine la somme de données nécessaire qu’il faut « injecter » dans un tel engin : cartes ultra-précises relevées par les satellites-espions ou les avions de reconnaissance, renseignements sur les caractéristiques de l’objectif recueillis par des gens sur le terrain, etc.Il n’en va pas de même pour les autres missiles et les bombes guidées.Li tilisées à plus courte distance de l’objectif, ces armes mettent en oeuvre des dispositifs moins sosphisti-qués, mais tout aussi efficaces, qui vont de la détection radar et infrarouge à l’utilisation de faisceaux laser.Ces « systèmes auto-directifs » qui permettent de modifier la trajectoire des bombes planantes et des missiles sont varies.Ainsi, un petit radar embarqué peut reconnaître la cible dont la « signature radar » lui a été désignée auparavant.Un autre type de capteur permet aux missiles antiradar de remonter le faisceau du radar à détruire.Les missiles antiaériens, comme les fameux Sam-7 soviétiques, ou les Stinger américains, sont, pour leur part, autodirigés par des senseurs à infrarouge sensibles à la chaleur.Ils « accrochent » les sorties des réacteurs des avions.Autre système enfin, la désignation des cibles par des lasers.Dans ce cas, c’est la tache lumineuse du laser sur l’objectif qui guide le missile, ("est ce qui aurait été utilisé lors des raids israéliens sur le réacteur nucléaire irakien Osi-rak, en 1981, mais avec la présence d'un complice à terre pour éclairer la cible, ou contre le quartier général de l’OLP à Tunis.Des sommes astronomiques Tout ce beau matériel coûte évidemment très cher : 1 million de dollars pièce, par exemple, pour les missiles de croisière des Américains.qui en possèdent 3000 ! Une course sans fin à la technologie.Un escalade qui engloutit des sommes considérables, car chaque parade génère aussitôt sa contre-mesure.C’est ainsi, par exemple, que les radars et les systèmes de télécommunications modernes doivent changer de fréquence de manière aléatoire plusieurs centaines de fois par seconde |xiur tenter d’échapper au brouillage, et compliquer la tâche des missiles.C’est ainsi aussi qu’aucune attaque aérienne ne peut plus être menée sans le lâcher d’un grand nombre de leurres de plus en plus sophistiqués.L’US Air farde ne vient-elle pas de lancer un appel d’offres pour un leurre « polymorphe » capable d’imiter un avion sur toutes les ondes : radio, laser, infrarouge et ultraviolet ! Mais ce nouveau matériel sera à son tour dépassé.Car l’avantage que procure l’avance technologique n’est jamais définitivement acquis.Les bombes-laser utilisées dès 1972 au Vietnam n’ont nullement empêché les Américains de s’embourber dans une « sale guerre ».Et aujourd’hui ?La guerre des fils d’Abraham ‘‘âMËaSkiti (-JAI VIA DOLOROSA Ü2casta mpm » *¦ L i *- -***• Saddam Hussein cherche à présenter faussement le conflit actuel comme une guerre de religion Henri Tineq l.e Monde LA G U E R R E DU GOLF E donne le vertige et réveille chez certains le souvenir des pires affrontements de l’Histoire entre cultures, civilisations et religions.Mais à la présenter comme un choc entre l’Occident judéo-chrétien et l'Orient islamique, on est sûr de faire le jeu de Saddam Hussein.La tentation est grande, en effet, d’y voir une guerre de religion, .la-mais sans doute, dans les grandes crises ou conflits du 20e siècle, on n’avait autant invoqué le nom de Dieu.Saddam Hussein en fait l’arbitre d’un conflit planétaire entre les croyants et les infidèles.Des pacifistes le prennent à témoin pour juger de l'immoralité d’un tel engagement militaire.Derrière le président irakien, Saladin des temps modernes, des musulmans partent à la guerre avec le nom de Dieu sur leur bannière.Les autres, à Paris, Washington ou Tel-Aviv, veillent et le prient pour qu'il leur épargne le pire.Ne se croirait-on pas revenus à la nuit des temps ?Berceau des trois grandes religions monothéistes, l’Orient est, une fois de plus, labouré par les armes, les larmes et le sang.Leurs livres sacrés — la Bible, les Évangiles, le Coran — sont parmi les plus beaux de l’histoire de l’humanité, mais les héritiers d'Abraham se trouvent à nouveau aux prises, dans une guerre qui est la négation même des valeurs — l’amour d’un Dieu uni que, le respect de la création et de la vie, la tolérance et la fraternité — qu’ils ont apportées au monde et qui ont fondé les plus grandes civilisations.Le lourd souvenir du passé On dira que cette guerre dure depuis deux mille ans.Ce n’est pas tout a fait vrai.Jusqu’aux croisades et à l’expansionnisme islamique, en Espagne ou en Turquie, l’Islam, le christianisme et le judaïsme avaient plus ou moins vécu en paix.Les premiers siècles de l’Islam, du 7e au 13e, avaient été brillants, favorisant l’éclosion d’artistes, de philosophes et de mystiques.Des noms aussi prestigieux que Maimonide, Averroès, PHOTO LE DEVOIR Jérusalem, au confluent des grandes religions.Ibn Arabi et des lieux comme Cor doue ou l’Andalousie ont symbolisé cet âge d'or de la tolérance religieuse.Dans le sud de l’Espagne, les inscriptions funéraires n’étaient-elles pas à la fois en arabe, en hébreu et en latin ?Mais les siècles qui ont suivi ont été le plus souvent des siècles d’ignorance, d’obscurantisme et de persécutions, avec en toile de fond le souvenir tenance — fil tragique de l'His- toire — des croisades et de l’Empire ottoman réglant le sort des chrétiens jusqu'aux Balkans.L’époque moderne aurait pu devenir un temps d’apaisement et de réconciliation, avec le retour sur sa terre du peuple d’Israël, la montée des élites issues de l’indépendance des pays arabes, l’expansion du modèle occidental de laïcité et de développement, les pro grès du dialogue oecuménique entre les grandes religions, surtout après Affiche trilingue sur le Chemin de Croix, le concile Vatican II.Un « combustible fécond » C’est l'inverse qui s’est produit, avec l’exacerbation, jusqu’au niveau religieux, des situations d’impasse économique, politique et idéologique que connaissent presque tous les pays du Proche-Orient.L’épuisement historique des modèles de sociétés laïques (sioniste, socialiste et PHOTO LE DEVOIR marxiste), les déséqulibres économiques issus du grand choc pétrolier de 1973, la légitimation religieuse, voire dogmatique, des phénomènes de prise de pouvoir (la révolution islamique en Iran, l’occupation des territoires occupés en Israël, non négociables parce que « sacrés ») ont abouti, au milieu des années 70, à un rejet radical du modèle de société « occidentale corrompue » et à une réaffirmation des orthodoxies reli- gieuses comme compensations de toutes ces frustrations.C’est cette convergence que souligne Gilles Ke-pel dans un livre récent au titre révélateur : La Revanche de Dieu.Une récupération de l’Islam, aussi grossière que celle d’un Saddam Hussein aujourd’hui, était inimaginable il y a encore 20 ans, dans les grandes périodes de fièvre nationaliste arabe.Le nom d'Allah était resté étranger, sauf exceptions, à la montée du nassérisme, aux premières révoltes palestiniennes, à la guerre d’indépendance algérienne, au jeu des partis, le Baas plus qu’aucun autre, qui a conduit Saddam Hussein au faite du pouvoir.Mais aujourd’hui, malgré la résistance de « laïques » isoles, intellectuels ou non, tenus au secret dans leurs pays ou ignorés de l'Occident, la religion est devenue la principale idéologie mobilisatrice dans une société arabe frustrée, au point de faire de l’Islam ce que Hassan II du Maroc, commandeur des croyants, a un jour qualifié de « combustible fécond ».L’histoire des guerres de religions, depuis deux millénaires, est largement liée à l’existence de ce que Hans Küng, le théologicien catholique dissident, a appelé un jour des « points non négociables » : pour les juifs, la Terre de Dieu (Israël) ; pour les chrétiens, le Fils de Dieu (Jésus-Christ); pour les musulmans, le Livre de Dieu (le Coran), considéré comme l’ouvrage sacré par excellence car il récapitule et englobe toutes les autres traditions monothéistes.Mais faire de l’actuelle guerre du Golfe un nouvel épisode de cet affrontement religieux millénaire, ce serait tomber dans le piège tendu par Saddam Hussein, qui cherche à donner une légitimité et un habillage religieux à une grossière opération d'annexion territoriale.Nul doute que dans les régimes politiques fragiles du monde arabe, devant le vide des valeurs séculières et des références idéologiques, le raïs irakien ne trouve un écho favorable.Mais les communautés musulmanes de tradition modérée, comme celle qui vit en France, n’ignorent pas que l’Islam est d’abord une religion de tolérance et de paix.I « I B-6 ¦ Le Devoir, mardi 22 janvier 1991 La guerre du Golfe : %] ¦«, ¦
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