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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1991-02-16, Collections de BAnQ.

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le plaisir des 1120, av.laurier ouest; outremont, montréal • 274-3669 Montréal, samedi 16 février 1991 ARTHUR RIMBAUD IL EST NÉ à Charleville en 1854, dans la campagne violette des Ardennes, et U est mort 37 ans plus tard, une jambe amputée et le coeur ailleurs, dans une chambre d’hôpital de Marseille.où par la fenêtre il sentait encore l’appel des parfums d’Orient.En 1891.Il y a cent ans cette année.À travers le siècle de guerres, d’images animées, et de voyage dans l’espace qui a suivi sa mort, le nom de ce poète est demeuré à lui seul un éclat de poésie : Arthur Rimbaud.Son oeuvre d’illuminations, qu’il abandonna, « pour partir vers des Égyptes» comme disait Verlaine, est demeurée intacte, entière, séduisante et déroutante.Moderne déjà, moderne encore.Mais comment dans le monde, aujourd’hui, à la fin du 20e siècle,envisage-t-on Rimbaud ?On ne le « célébrera » certes pas comme on célèbre Mozart.et la musique gaie, parfois, fait de l’ombre sur la poésie illuminée.Célébrer Rimbaud, ce serait quoi ?Le relire, assurément.Chaque jour, au courrier, j’attend une lettre de Tadjoura, me donnant de meilleures nouvelles, écrit Yves Navarre dans ce spécial- Rimbaud que nous vous présentons.À chacun son Rimbaud, nous dit Lucien Franeoeur le rockeur-poète.Comment peut-on comprendre sa «popularité», se demande Jean Larose pour qui Rimbaud est d’une complexité unique.Il ne faut pas oublier le « crapuleux » Rimbaud, avance Jean Basile.Toujours au centre des enjeux de la pensée, ce Rimbaud, affirme Paul Chamberland en entrevue.Vous vous souvenez ?C’est Marc Carneau, cosmonaute canadien revenant de quelques rotations autour de la Terre, qui avait dit tout bonnement que « ce ne sont pas les spécialistes de mathématique pure et de la poésie de Rimbaud qui remettront notre pays à flot ».Est-il seul à penser cela ?Y a-t-il une part de l’année 1991, plongée depuis un mois dans une nouvelle guerre coupable qui pose le monde au bord d’un éclatement d’incompréhension entre l’Occident (qu’il avait fui.) et le monde arabe (où il fuyait encore.), qui pourrait être une part Rimbaud ?Au Plaisir des livres, aujourd’hui, la place est à Rimbaud, le poète de Charleville, le voyageur d’Arabie.— Robert Lévesque Ailleurs, vers l’intérieur Lucien Franeoeur J 5 AIMERAIS écrire sur Rim baud des pages de vérité, lui rendre ce qu’il m’a fait comprendre sur l’essentiel de la poésie, de la dérive et du désordre, de la plus pure vérité dans une âme et un corps.Chacun son Rimbaud.Pour certains, il ne s’agirait que d’une oeuvre d’enfance, inachevée, infantiliste même.Je pense que Rimbaud est le plus grand poète que la terre ait connu.Je pense qu’il transcende tous les temps et toutes les époques.Contrairement à ses contemporains, Rimbaud traverse le siècle.Il se souvient du futur dirait Cocteau.Alors que Baudelaire traîne encore dans l’Art poétique, Rimbaud est en rupture de ban au sein de la littérature française.Rimbaud c’est plus loin.Ailleurs.Vers l’intérieur.J’aime retrouver dans toute sa correspondance de « commerçant » des passages d’illuminations véritables.« J’irais probablement à Zanzibar, où il y a à faire.Ici aussi, d'ailleurs, il y a beaucoup à faire.Plusieurs sociétés commerciales vont s’établir sur la côte d’Abyssinie.La maison a aussi des caravanes dans l’Afrique; et il est encore possible que je parte par là, où je m’ennuierais moins qu’à Aden, qui est, tout le monde le reconnaît, le lieu le plus ennuyeux au monde, après toutefois celui que vous habitez».(Rimbaud, Correspondance, La Pléiade).À chacun son Rimbaud.À chacun son poète.Catholique ou rêveur, maraudeur, bohème, prophète comme Gibran, mais surtout visionnaire.Rimbaud se souvient toujours du futur.Il me paraît inutile de répéter que les Illuminations sont un chef-d’oeuvre d’humanité, voire d’humanisme véritable.Au-delà de toutes les épreuves, de tous les déboires de l’espèce et de la pensée, Rimbaud s’insurge et transgresse.« Je reviens de l’intérieur », dit-il dans une lettre.Il apparaîtra peut-être superfétatoire de le prétexter à toute littérature.C’est pourtant ce que pensait Henry Miller lorsqu’il écrivait dans Le temps des assassins : « Mais il y a un autre aspect de l’excessive condition terrestre de Rimbaud.Son désir de posséder La vérité dans son corps et dans son âme est une aspiration vers ce paradis inférieur que Blake nommait Beulah.Il représente l’état de grâce dans lequel se trouve l’homme parfaitement conscient qui, acceptant son enfer sans réserve, découvre un paradis qu’il a vraiment créé.C’est la résurrection dans la chair».Je pense que c’est ce que comprit Miller lorsqu’il découvrit Big Sur.C’est le Rimbaud des Illuminations qu’il faut retenir comme le Rimbaud illuminé, visionnaire.« Je m’en allais les poings dans mes poches crevées .» Enfin ! un poète universel.Celui qui traversera tous les siècles.Comme les grands prophètes depuis toujours.À chacun son trajet Rimbaud.Le mien se situe entre Jim Morrison et Denis Vanier : « .car le souffle des villes est apte aux sanglots des oiseaux éclatés ».Mes amis avaient chacun leur Rimbaud.Celui de Louis Geoffroy était du côté de l'Empire State Coca Blues pendant que Patrick Straram écrivait : « (.,)de Doors en quête avec exactement le bruit, les accords, le rythme et les mots qu’il faut d’une strange night of stone.» Et le génial Emmanuel Cocke avait le sien, comme un secret bien gardé.Et les jésuites de Liberté le leur.Et Hobo-Québec le sien.Et même celui de Félix Leclerc, pieds nus dans l’aube.Je pense évidemment à celui de Ferré et à tant d’autres encore, des plus acceptables aux moins fré- Voir page D-2 : Ailleurs -r Av |V,«4 »*» â |W| 'jWâ' •|M» l-'VrT'v’ tr- f.mm '|V- j ¦V.-20-.• ?< Un loup dans le ventre Jean Basile RIMBAUD a été l’écrivain le plus influent des temps modernes, avec Baudelaire, mais on ne peut pas parler de l’influence de Rimbaud en le dissociant de Verlaine.En effet, tous les écrivains qui se croient Verlaine cherchent un Rimbaud et tous les soi-disant Rimbaud sont à la quête d’un Verlaine.Mais il y a influence et influence.En réalité, Rimbaud n’a pas laissé de descendants.Tous ceux qui s’en réclament sont des épigones de Verlaine qui se battent pour s’approprier « l’enfant unique ».Quand on cite les héritiers de Rimbaud, on trouve toujours Claudel, Saint-John Perse, RenéCharetau-tres écrivains de cet acabit dont, ici, un bon nombre de poètes de l’Hexagone.Ce sont des poètes importants mais je ne crois pas qu’il faille laisser Rimbaud entre ces mains-là, pas plus qu’il ne faut l’abandonner a la majorité savante qui récupère lout sans jamais rien payer de sa personne.C’est pourquoi il est toujours bon d’insister sur ce qu’Arthur Rimbaud avait d’odieux, de « crapuleux » pour utiliser une expression heureuse de Paul Léautaud.Pour moi, la véritable famille de Rimbaud est ailleurs et ce ne sont pas des poètes, car on cherche désormais vainement les poètes mauvais garçons, à cause des bourses.Ce sont tous des écrivains qui ont vécu une aventure marginale, homosexuelle ou hétérosexuelle, dont le style est un éblouissement et qui, en général, onl préféré la beauté des choses et le désir à la littérature, surtout la leur.Il y a Colette qui a été danseuse nue, Cocteau et son opium et surtout Jean Genêt, le plus grand de tous quand il évoque, dans ses quatre grands romans, l’enfance et la jeunesse récalcitrantes et surdouées sexuellement.À cause de la propension au voyage, il y a aussi les auteurs coloniaux français comme Loti ou Sé-galen et même Pierre Benoit dont L'Atlantideesi un petit « opéra mièvre » sur fond de drogue et de désert.Il m’a toujours semblé que Rimbaud n’était pas tout à fait français, ce qui s’explique peut-être par la géopolitique des Ardennes qui sont entre les brumes flamandes et la rudesse germanique.Aussi, je mets très bien dans la lignée des Rimbaud, d’avant et d’après lui, les écrivains de l’aventure et de la sexualité anglo-saxons comme 1).II.Laurence, Laurence d’Arabie,.Melville, Whitman, Miller, Prokosli, toute la génération heal, toute la génération hippy même si Rimbaud avait les cheveux courts quand il est arrivé à Paris.C’est l’univers de la mélancolie et de la solitude, avec les élans du coeur et le goût du haut risque propres à la jeunesse.Le véritable poète saturnien, pris en lui-même et sans autre outil de communication que .son intérieure passion, c’est Rim- ; baud, pas Verlaine.On est bien loin du temps où Paul Léautaud pouvait rire, dans son journal, de Paterne Berrichon « toujours empêtré de son bégaiement et que je couvre de brocards pour sa transformation de Rimbaud en petit ange chrétien » (19 janvier 1933).De fait, « comme un musulman, je sais que ce qui arrive arrive, et c’est tout » écrivait le poète lui-même aux siens, ce qui clôt le dossier de la conversion.Quant à l’orthodoxie sexuelle de Rimbaud à laquelle tenaient tant les surréalistes, on n’en parle même plus depuis que la critique scientifique a montré que les rapports de Rimbaud et de Verlaine étaient homosexuels.Pourtant, on ne dit pas tout parce qu’on ne trouve pas ça poétique.Même Antoine Blondin.si fin et si humain, n’a jamais pu trouver que cette jolie formule pour évo-Voir page D-2 : Un loup Yves NAVARRE ?La vie dans l'âme Carnet 22 RIMBAUD.Deux fois je citerai René Char.Une première, pour le respect de l'étrangeté légitime de certaines amours, court poème écrit à Rodez en 1955, dédié à Michel Foucault et son ami d’alors, compagnons pathétiques, qui murmure/ à peine, aile/, la lampe éteinte, et rende/ les bijoux, un mystère nouveau chante dans vos os, développe/ votre étrangeté légitime, une seconde pour l’hommage de celui, grand, qui a persisté, tu as bien fait Arthur de quitter le boulevard des paresseux et les estaminets des pisse-lyres.Rimbaud m’échappe.Je ne l’ai ja- mais lu deux fois de la même manière.Il me parle dans tous les sens, sensualité, sans jamais m’imposer une lecture, sans jamais chercher à se justifier.Il est pur et rude, il sent marcher sur lui d’atroces solitudes, il n’a rien à démontrer.Il est brutalement celui qui ne copie pas, qui ne se soumet pas aux vogues, celui qui n’inhibe pas ses penchants et pratiques sans pour cela les exhiber.Il est mon « je », pleinement « je », jamais le même, dans ma vie, depuis bientôt cinquante ans et il a eu le cran de quitter les boulevards et les estaminets, les paresseux et les pisse-lyres, fourvoyé par un Verlaine qui (déposition du 18 juillet 1873) ne s’arrêtait à aucun projet.Chaque jour, au courrier, j’attends une lettre de Tadjoura me donnant de meilleures nouvelles.Y aurait-il masochisme à vénérer la plénitude du « je » rimbaldien, joyau dont jamais aucune relecture n’achèvera le travail d’extraction de la gangue.Certes gangue il y a, mais elle n’est pas là pour travestir, elle sertit le dire rimbaldien et captive la lectrice ou le lecteur en quete d’âme, ô saisons, ô châteaux! Quelle âme est sans défauts ?J'ai fait la magique étude du bonheur qu’aucun n'élude.Je me suis souvent demandé s’il y avait autant de vrais lecteurs de Rimbaud que de lecteurs de Proust.Aussi me suis-je bien gardé de dire que, depuis toujours, j’étais, je fus, je suis un récidiviste de cette oeuvre qui nargue les paresseux, pisse-lyres & Co, et qu’il demeure pour moi le modèle parfait du poète en sa vérité, véracité, voracité, tout ce que je n’ai pas su ou pu accomplir dans l’étroitesse de mes errances scribouillar-des.On ne peut parler de Rimbaud qu’en parlant de soi.Les multiples essais rhétoriques me laissent pantois.La lecture d’Arthur, le compagnon, l’ami de tant de « je », nom breux, me ramène à la constatation que je fus toujours un immigrant non vraiment reçu, tant à Paris qu’en Provence et même ici, toujours et partout.Je cite, si j’avais des antécédents à un point quelconque de l’histoire de France! Mais non, rien.C’est dans Une saison en enfer sous le titre Mauvais sang.Voilà pour me parler.Voilà pour contribuer à cet hommage, et ce dossier.Qu’est devenu le mauvais sang ’! Notre actuelle saison en enfer ?Facile, dira le pisse-lyre de service.Et comme, pour ces lignes, je me faisais un sang d’encre, j’ai écrit, sur une carte représentant la célèbre photo de Rimbaud par Carjat, à un ami qui partage la même hantise et la meme franchise rimbaldiennes que moi.Voici sa réponse.Cher Yves, je reçois ta carte du 31 janvier 91 postée à Montréal.Merci.Tu m’écris au verso de la photographie de Carjat (ah! le rêve aux chastes bleuilés) : « Une image, un souvenir, une pensée fervente, pour ne pas nous tenir en souci ».Mais le souci résiste à propos de Rimbaud — parce que les assis ou les accroupis de l’Académie française, au terme d’un « centenaire » de la Saison en enfer, à l’Abbaye de Royaumont en 1971, remercient pour ce « bel hommage rendu à Claudel » (sic), — parce qu’alors un intervenant naïf et sincère s’y fait prendre pour un « psychanalyste » abscon par la Société des Amis de Rimbaud, — parce qu’il existe une Société des Amis de Rimbaud, — parce que, de l’iconoclaste suffisant, au grand prêtre de la pensée trafiquée, chacun, à son tour, toujours et partout, prétend détenir l’ultime formule qui libère les secrets d’un texte qui n’en a pas, — parce que les idéologues de tous bords, se prenant pour le « sup » d'Un Coeur sous une soutane, croient avoir confessé Rimbaud à la caserne de Babylone comme à l’hôpital de la Conception, pavillon des malades payants, ceux qui payent les techniciens de la bonne mort, — parce que des « Lettres perdues » le sont au moment où une vierge folle et un epoux infernal inaugurent leur chemin de croix (lettre de Rimbaud à j Verlaine) — à moins qu’elle ne réapparaissent (lâchetés en retard) à | quelques ventes aux enchères juteuses! Mais aussi, cher Yves, parce | qu’Arthur Rimbaud ose dire, — que 1 dire précède penser comme voir précède sa voir, — que dire, dit ce que ça dit, littéralement et dans tous les sens, — qu’écrire, ce n’est pas avoir des étals d’âme mais visiter les choses pour les rendre évidentes dans leur nudité et éclatantes dans leur silence ; puis, parmi elles, ouvrir des voies de communication : cordes, routes, parapets, jetées, terrasses, iwnls.— que le seul projet est ici et maintenant.— que la vraie vie est présente.— que la poésie jamais ne va quelque part.— que seules les conclusions sont absentes et qu’écrire, en somme, est une formidable machine destinée à rendre exemplaire, mais non scandaleux, le fait de se taire.Toutes ces raisons, Yves, expliqueront-elles pourquoi Rimbaud est pour moi devenu une « erreur » té-rébrante et vitale à la fois ?Mais pour revenir à la légende de la photographie, « libre soit cette infortune » et toi, comme moi, tenons le pas gagné, littéralement et dans tous les sens, bien sûr.Je t’embrasse, Jean- Voir page D-2 : Carnet l.L CORAH L jri) Le Coran, dans une présentation et une traduction de André Chouraqui Jules Béliveau, La Presse 49,50$ Florence Assouline, l’Événement du Jeudi ROBERT LAFFONT D-2 ¦ Le Devoir, samedi 16 février 1991 • le plaisir des mes Le Cuif errant PHOTO ARCHIVES Rimbaud dessiné par son ami Delahaye en 1871.Robert LÉVESQUE Le ?Bloc-notes LONGTEMPS, dans les collèges, ou les causeries, ou les salons, le Rimbaud se portait mal.C’était l’usage, chez les vieux schnoques, de parler de celui qui devint roi d’une peuplade sauvage, de celui qui apres avoir écrit de jolies choses était devenu marchand d’esclaves, celui qui trafiquait allez savoir quoi chez les Arabes, celui qui, dit-on, aurait tué un ouvrier dans un chantier de Chypre.Arthur Rimbaud a toujours eu les torts de celui qui a fui.On n’aime pas celui qui fuit, celui qui se sauve, l’inconnu qui devient tout de suite louche.Comment comprendre qu’un poète devienne un fantassin en uniforme de serge bleue, capote grise, képi passementé d’orange.Était-ce vraiment lui, Arthur Rimbaud, sur ce vapeur des Messageries néerlandaises qui se présentait au péage de Suez devant le phare de Port-Saïd ?Un écrivain dans un détachement de l’Armée des Indes qui va rétablir l’ordre colonial dans d’anciens sultanats ?Oui c’était lui, mais il attend son heure pour quitter le navire, pour « déserter » avec les trois cents florins de la prime.Il va errer dans Ale-xandrie, on va le rencontrer à Djedda, il va se faire venir un costume, un spencer noir taillé à Char-levïlle et dont sa mère paye la facture, il va attendre des années une boite de bouquins de toutes sortes, atlas, précis, dictionnaires, il va échouer dans des ventes de vieux fusils pour le roi Ménélik, et il écrira d’Aden le 22 septembre 1880, à son frère Frédéric : « Bien faire mon adresse, parce qu’il y a ici un Rimbaud agent des Messageries maritimes ».Fuites, villes, hôtels, attentes, « je passe la nuit et le jour à réfléchir à des moyens de communication» écrit-il a sa soeur Isabelle depuis l’hôpital de Marseille où il est revenu, amputé, dans le supplice d’avant la mort en juillet 1891.Obsession de l’errance jusqu’au bout.Rimbaud était un Cuif par sa mère, et comme l’un de ses oncles maternels qu’on surnommait l’Africain, il respire Tailleurs, c’est le fils Cuif qu’il est, qu’il reste, il n’a pas connu son père : c’est le Cuif errant.?Depuis 1984, comme un guide dans la brousse, quelqu’un est essentiel dans la connaissance de la Rimbal-die.Alain Borer.Il avait 35 ans lorsqu’il a fait paraitre un des essais les plus remarquables qui soit, Rimbaud en Abyssinie.97 ans après l’arrivée de Rimbaud à Harar, dans ce que Ton appelait alors l’Abyssinie, Alain Borer, en 1980, arrive lui aussi à Harar .dans le sud-est de l’Éthiopie.Il a l’âge de Rimbaud, 27 ans.Il fait le pari de suivre le trajet Rimbaud, sillonner le pays, pousser vers l’Égypte où dit-on il y a sur un bloc de pierre du temple de Louqsor une inscription : RIMBAUD; il va enquêter en quelque sorte sur les traces du Français, du marchand.Est-ce un récit de voyage, un rapport d’enquête, un essai littéraire, la mise en application d’un amour rim-baldien, c’est tout cela et plus.On ne peut plus s’intéresser à Rimbaud sans avoir lu Borer.Les lettres, les documents, les souvenirs, les fausses « maisons Rimbaud », la Rimbaldie mythique, touristique, inconnue, Borer les parcourt toutes, écrit, ima- gine, aime, note, mais toujours ses avançées, impressions, remarques, avec la beauté des obsessions littéraires et la précision d’une culture complètement assumée, tombent dans un texte aussi fascinant que son projet.Borer vient de publier un « ajout » à son Rimbaud en Abyssinie.C’est Rimbaud en Arabie, 82 pages.Comme s’il revenait sur le métier, Alain Borer repart derrière les basques de Rimbaud, qui « avait le teint sombre d’un Kabyle » et qui déjà sur la route d’Attigny, dans la campagne violette des Ardennes, disait à son ami Delahaye, le quittant : « La fièvre !.La fièvre me talonne ! Il me faut le climat chaud du Levant ».De-layahe ne le reverra plus.« Il ne fit plus rien que de voyager terriblement et de mourir très jeune », a dit Verlaine.Borer montre un Rimbaud qui, désespérément, « cherche ce lieu perdu, dont il s’éloigne à mesure qu’il fuit vers lui ».Rarement a-t-on lu, ou plutôt entendu une voix, qui parle, comme Borer de Rimbaud, de la route, la déroute ; de cette carte du monde formidablement lacunaire pour chacun à cette époque, où Ton allait vers des parties d’Afrique non encore décrites, où Rimbaud, « jeune Français aux traits tendus, à la barbe blond-fauve, vêtu d’un costume neuf déjà fripé », « jeune, sale et seul », dont l’allure intriguait les émirs, « impulsif et d’une violence profonde », qui maria une Abyssine qui fumait la cigarette, et qui parlait des nuits entières de ces pays qu’il cherchait, qu’il avait aperçu dans La Nouvelle Géographie universelle d’Élisée Reclus,un savant qui avait étudié la planète à cent mètres près sans sortir de chez lui, ces pays où Rimbaud s’était en allé.Rimbaud en Abyssinie, Alain Borer, essai/Seuil, 1984.Rimbaud d’Arabie, Supplément au voyage, Alain Borer, essai, Seuil, 1991.4 Ailleurs quentables .Et je relis toujours Rimbaud, de long et en large, en écoutant les Doors, Eric Burdon, les Rolling Stones, Billy Idol, Prince, Steve Earl, le chant grégorien, Brian Eno, Bob Marley, du country, du classique, toujours en direction de cette Millénaire strange night of stûne.Frapper comme Blake aux portes de la perception : « Knocking on Heaven’s doors.» Une p’tite vie rqok’n’roll à côté du juke-box à lire et J estuaire estuaire « »• n>H la rumeur des lieux oo»% e «l’Oman Des poèmes de: CLAUDE BEAUSOLEIL NICOLE HROSSARi).PAUL CHAMBERLAND, JEAN-PAUL DAOUST, CAROLE DAVID, DENISE OESAUTELS, LOUISE DU PRÉ, BERNARD POZIER.JEAN ROYER, ÉUISETUtCOTTE,VsDRÉ ROY;_______ Abonnement pour quatre (4) numéros Abonnement ctudiant/écrivain 18 SG Abonnement régulier 20 S ?Abonnement pour institutions 30 S ?Abonnement a l'étranger 35 S ?Abonnement régulier pour 2 ans -(pm spécial pour huit (8) numéros, au Canada | seulement) 35 S ?! Abonnement régulier pour trois ans • (jmx spécial pour douze 112) numéros, au Canada | seulement) 50 S ?, On peui aussi se procurer la plupart des cinquante »(}0i premiers numéros d'estuaire 5SO >Nlom.Adresse.Code.i ’Veuillez m'abonner à partir 3>(Ju numéro.a estuaire: c.P.337, suce.| Outremonl, Montréal H2V4N1 relire Rimbaud.« Nous sommes dans nos étuves printanières; les peaux ruissellent, les estomacs s’aigrissent, les cervelles se troublent, les affaires sont infectes, les nouvelles sont mauvaises».(Rimbaud, Correspondance, La Pléiade).Rimbaud cherchait l’Est de l’existence, comme tous les illuminés en proie à la fin en soi.Vers l’Orient, à l’ouest de la mémoire.Comme le chantait si bien Jim Morrison : « The West is the best, get here and we’ll do the rest.» Car en Amérique on le sait, Deleuze nous Ta confirmé, l’Est est à l’Ouest.Il faut entrer dans l’oeuvre de Rimbaud comme on peut, n’importe comment.À la manière du voyant aux semelles de vent, entreprendre chacun pour soi son long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens.À chacun son Rimbaud, pour une vérité universelle qui transcende l’Homme.Et la vision rimbaldienne dans le viseur.+ Un loup quer son impuissance à décrire la passion mutuelle des deux poètes.« C’est vouloir mettre un coup de foudre dans une éprouvette », ecrivit-il dans un article célèbre.Lepelletier, Renard, Porché, Gourmond, tout le monde a voulu faire croire que Rimbaud était une courtisane qui avait perverti un homme marie.Il s’agissait, bien entendu, d’une conspiration bien pensante pour sauver la réputation de Verlaine car aimer un jeune homme comme on aime une femme, c’est encore aimer une femme et demeurer, en quelque sorte, dans la normalité.De fait, si on doit trouver une femme dans cette affaire, c’était Verlaine.D’ailleurs, ce dernier ne le cache nullement puisqu’il signe, parmi d’autres, une lettre grossière à Rimbaud : « ton old cunt ever open ou opened».Pour moi, face à un Verlaine mou et mesquin, un Verlaine troué, toute la passion virile vient de Rimbaud qui est toujours terrible- ment actif et fatigant comme un jeune coq.« J’ai de mes ancêtres gaulois.» Pour en savoir plus sur cette intéressante question, il ne faut pas se laisser impressionner par la glose.Je recommande de lire Les Illuminations et Une Saison en enfer non seulement pour ce qu’elles sont, de merveilleuses réussites plastiques (Aube, par exemple) qui ont ouvert la voie a toutes la littérature contemporaine, mais aussi pour ce qu’elles disent.Il y a là de véritables confidences sur la nature de la lubricité sentimentale qui anima les deux poètes.Tout est si simple.Délire I est un portrait de Rimbaud par lui-même, en Époux infernal, tel que le voulait l’imagination vive de Verlaine qui se rassasiait déjà, comme homme, de son épouse, « la perruche intrépide », selon Porché.Génie est une décla-rationd’amourdu jeune hommeau seul être qu’il ait sans doute aimé et non pas une vague méditation métaphysique.En ce qui concerne l’amour fou de Rimbaud pour Verlaine et l’ambiguïté sexuelle de ce dernier, je relève aussi cette phrase étrange dans le Rapport sur l'Ogadine que Rimbaud écrivit en 1883, plus de dix ans après que Verlaine l’eut abandonné : « Les autruches sauvages sont nombreuses.Le chasseur, couvert d’une dépouille d’autruche femelle, perce de flèches le mâle qui approche » écrivit-il.C’est, mutans mutantis, la description exacte de sa liaison avec Verlaine.On y devine très bien comment Verlaine déguisé en femelle a séduit le jeune mâle des Ardennes et Ta percé de flèches.Il y a quelque chose de terrible à penser que le seul amour de Rimbaud ait été pour une autruche comme Verlaine mais, soyons franc, que d’admirables cris ça a donné.« 1,'enfant prodigue avec des gestes de satyre.» C’est par de tels vers que Verlaine répond et il appellait ça Sagesse, ce qui ne l’empêche aucunement d’avoir écrit quelques-uns des plus beaux poèmes de langue française, comme Rimbaud lui-même n’en a pas écrit.Rimbaud fait partie des grands sadiques de la littérature.Il écrit Volume 38, février 1991, N°2 entrevue avec ARLETTE COUSTURE CREDO, 132 Victoria, Greenfield Park, Québec J4V 1L8 Tél.: (514) 466-7733 comme un maître autoritaire et exigeant.On doit lire la correspondance de Rimbaud qui est l’admirable confirmation de son oeuvre créatrice.Pour revenir à la férocité de Rimbaud, je recommande le compte rendu qu’il fait de la mort violente d’un de ses compagnons, le plaidoyer pro domo qu’il improvise quand on l’accuse d’avoir souffleter un domestique, sans oublier ses demandes de pièges à loups, justement.Le début de la dernière lettre de Rimbaud, alors mourant, est un joli reflet de son tempérament carnivore : « un lot : une dent seule; un lot : deux dents; un lit : trois dents; un lot : quatre dents; un lot : deux dents ».« Alors, naturellement, je l’ai suivi.», disait Paul Verlaine qui aimait les verges et dont la gueule, pourtant, n’était pas rien puisque, selon Jules Renard, elle était « habitée de sangliers ».Drôles de gueules, drôle de couple! .rai réservé pour la fin le commentaire un peu désabusé d’un compagnon de Rimbaud, Alfred Bardey.Voici ce qu’il lui écrivit au 24 juillet 1883 : « Vous êtes un peu bizarre ».Quant à moi, la plus belle image que j’ai de Rimbaud, je la dois à Mallarmé.« Un garçon qui grandit a un loup dans le ventre ».nota-t-il dans ses Thèmes anglais.4 Carnet Luc.Merci ami.Faut-il dire que le pas gagné qu’il faut tenir signifie aussi ce qui n’est pas gagné et reste à conquérir, une perpétuité.Qui cache les lettres de Rimbaud à Verlaine ?Elles nous manquent.On ne se remettra jamais de cet amour flétri ou amputé, Arthur eût su choisir, lui, le mot juste.Tout comme tu utilises l’adjectif térébrant (douleur qui donne l'impression qu’une pointe s’enfonce dans la partie douloureuse).Nous n’en finirons jamais avec le secret de cet adolescent que nous n’avons pas eu l’occasion, ou le courage, d’être.Hommage il y a, dans une actualité de guerre.Il faut tenir à ce dire-là, à cette mémoire à venir.De la vocation irremplaçable des mots et de leur ouvrage offensif, il faut tenir, brandir le langage à une apogée et s’obstiner à lire, relire, sans vouloir forçément comprendre, mais en épris, nommé, désigné.La poésie gagne alors sur tous les fronts.Comme l’écrivait Apollinaire (du Front, justement) je donne à mon espoir mon coeur en ex-voto.Rimbaud encore, ô cette chaude matinée de février.Le Sud inopportun vint relever mes souvenirs d'indigents absurdes, notre jeune misère.Rimbaud est avec nous ce matin.Y.N.CELEBRITES CANADIENNES N LIDEC LIDEC inc.4350, avenue de l'Hôtel-de-Ville Montréal (Quebec) H2W 2H5 Telephone: (514)843-5991 Télécopieur: (514) 843-5252 MARGUERITE D'YOUVILLE Le 9 décembre 1990, le Pape Jean Paul II procède à la canonisation de la Bienheureuse Marguerite d'Youville.PHOTO ARCHIVÉS Rimbaud tel que peint par Fantin-Latour.À l’horizon Rimbaud Jean Larose PAUVRE RIMBAUD! sa popularité m’étonne toujours.Je n’arrive pas à me convaincre que les milliers de gens qui ont acheté ses oeuvres, lisent vraiment ces textes si difficiles, si déroutants, si obscurs .Sans doute, on peut le lire sans le lire.Ses obscurités, on peut les renvoyer au soi-disant « mystère » de la poésie et du rêve ; ses simplicités, il est facile de ne pas remarquer à quel point ce sont des simplicités tordues; sa violence et sa fantasmagorie modernes, il est en quelque sorte naturel de ne pas apercevoir que leur dérèglement procède plus du raisonnement que du délire.Et puis, « Rimbaud est un mythe », et son « destin », sa jeunesse, offrent à l’imagination moderne une des grandes figures épiques de sa gé-niaüté.Mais alors, invoquer la valeur mythique pour expliquer sa popularité, cela doit poser effectivement la question de sa lecture, dans un effort pour comprendre de quoi est fait l’écran de rêve qui transfigure ce texte, le féérise, le fantasmagorise, l’offrant toujours d’avance à ses lecteurs comme une sorte de machine à rêve, une attraction de foire métaphysique, pleine de promesses et lourde de révélations.Étrangement, le texte de Rimbaud tient toujours ses promesses et révèle tous les secrets qu’on veut.Depuis l'horizon où il nous appa-rait, et cet horizon n’est pas derrière, mais toujours, et pour longtemps encore, devant nous, Rimbaud continue d’exercer sur nous un effet de fascination magnétique, et de nous plonger dans une sorte de rêve hypnotique au sujet des temps modernes.Ce rêve moderne, impossible à éviter, que le lecteur soit naïf ou savant, ce rêve moderne qu’il ne serait de toutes façons pas souhaitable de ne pas faire, donne la condition de base, l'esprit et le génie pour lire Rimbaud.On ne peut lire Rimbaud qu'en moderne — ce qui veut dire, aussi, qu'on ne sait pas très bien ce que cela signifie, lire Rimbaud.Succomber entièrement à la fascination plonge le lecteur dans un rêve profond, dans un bercement cé-nesthésique moderne, plus près du sommeil que de la veille.Dans cette catégorie des lecteurs magnétisés par le rêve moderne de Rimbaud, on peut ranger ses imitateurs, ceux qui confondent alchimie du verbe et désordre verbeux.Rimbaud, par son exemple enivrant, tend un piège à la modernité, peut-être le plus trompeur et le plus efficace.Cela relève de ce risque dont parle Jacques Derrida; il dit : « un risque proprement moderne », le risque de tout texte moderne de ne pas avoir de sens, le risque de confondre le dérèglement du sens avec l’absence de sens.Pour le meilleur et pour le pire, Rimbaud est un des pôles magnétiques de la poésie moderne — et même, à travers les surréalistes, de toute culture et de toute imagerie modernes.Ses textes ont servi de modèles à toutes sortes de modes et de mimétismes, et pour l’instant, nous n’arrivons pas encore à distinguer, parmi la masse contagieuse de ses imitateurs, ce qui est authenti- que.Quand je dis « authentique », cela pose un problème de définition.Rimbaud a déréglé les sens.Alors, comment adapter un tel modèle, comment suivre un tel exemple ?Un désordre, un renversement, un crime même peuvent être exemplaires.Mais un déréglement ?La confusion spéciale du modèle Rimbaud dans notre culture, le malentendu particulier du mythe de Rimbaud, tient à la contradiction dans les termes que représente son « dérèglement raisonné de tous les sens ».Cette formule paradoxale pose de manière parfaite le problème esthétique de la génialité moderne.En effet, puisque pour nous, modernes, toute imitation d’une forme ou d’un modèle pour eux-mêmes, puisque toute affiliation auprès d’une école prescrivant au créateur des règles extérieures à lui-même, puisque toute règle sont désormais perçues comme des abus de Suvoir, qui aliènent la liberté créa-ce, seule est encore admise et reconnue par nous comme authentique, l’imitation de la force formatrice elle-même, imitation qui n’est fias une imitation, puisque cette orce formatrice, aucune forme n'en peut fixer le terme.De là à prétendre qu’aucun raisonnement ne doit brider la force créatrice, de là à clamer que la déraison, la divagation et le délire doivent fournir l'inspiration à toute création moderne, c’est Un pas, vous le savez, que bien des imitateurs éblouis de Rimbaud ont franchi allègrement; et il en vient toujours.« Ce n’est pas cela », lance dédaigneusement Rimbaud dans les Lettres du Voyant.Rimbaud offre en effet l’exemple, qui ne peut servir d’exemple, d\me force formatrice aux rises avec la forme — ce pourrait tre une définition de l’enfer — en un combat qui jette des cris, des éclairs, tout en court-circuits, dévoilements brutaux, naïvetés étranges, le tout lié, et, surtout, mû — par un jeu d’attentions affectueuses, de délicatesses barbares, de sauts ou de glissements du sens.Le poète échevelé, ce magnifique combattant spirituel, inspire un désir irrésistible de faire comme lui; il donne envie de se dire à soi-même, comme le personnage de Baudelaire, Samuel Cramer : « Ceci est assez beau pour être de moi, c’est donc de moi ».Or, pour la même raison qu’il suscite ces adhésions, ces identifications, ces appropriations tapageuses, Rimbaud est mal lu; la terrible crise de coeur, qui est une crise de monde, qui travaille cette poésie, est méconnue.Et je dirai ceci, qui sera, apparemment, terriblement pas moderne, pas rimbaldien, que ce qui rend Rimbaud inimitable, c'est son authenticité.Je crois qu’il faut en effet parler d’authenticité et de fidélité à propos de cette oeuvre — non seulement à cause de l’extraordinaire constance de ses thèmes et de son lexique —, mais surtout parce que c’est d’elle-même qu’elle dérègle les sens.Le combat spirituel, c’est à elle-même qu’elle le livre.Si cette oeuvre peut servir de modèle, c’est donc de fidélité; et cette fidélité dans le rapport divisé à soi-même, constitue aussi une lutte contre le rêve qui hypnotise tant de lecteurs.Biographies pouvant être utilisées comme matériel complémentaire en sciences humaines au secondaire MARGUERITE D’YOUVII.I.L MARGUERITE BOURGLOYS CATHERINE DE SAINT AUGUSTIN JEANNE MANCE JEANNE LEBER MARIE DE L’INCARNATION ISBN 2 7608 7038 3 ISBN 2 7608 7024 3 ISBN 2 7608 7026 X ISBN 2 7608 7022 7 ISBN 2-7608 7323 f> ISBN 2-7608 7025 1 Le Devoir, samedi 16 février 1991 ¦ D-3 • le plaisir des  X Paul Chamberland et Rimbaud «Écrire dans les ruines.» Jean Royer PHOTO JACQUES GRENIER Paul Chamberland .ÊTRE un chercheur, dans l’obscur et le noueux », écrit Paul Chamberland dans un de ses derniers livres.S’il est un écrivain « spécialiste de Rimbaud », qui pratique le questionnement du poète mort il y a cent ans, c’est bien Paul Chamberland.On l’a vu réagir quand le cosmonaute québécois Marc Carneau, lors des États généraux de l’Éducation en avril 1986, s’en est pris à ceux-là même qui l’ont propulsé dans l’espace, « les spécialistes des mathématiques pures ou de la poésie de Rimbaud ».« Leur travail, a dit le cosmonaute, même s’il contribue à notre enrichissement culturel, ne remettra pas notre pays à flot.Même si l'homme ne vit pas seulement de pain, il peut vivre de pain beaucoup plus longtemps qu’il peut vivre de culture ».À quoi le poète Chamberland a répondu : « Quand je vois qu’un cosmonaute crache sur Rimbaud, je me dis que nous voilà rendus bien bas pour ne même plus connaître quelles seraient les sources de l’invention technologique.C’est pourquoi il faut de nouveau réensourcer l’art dans sa nécessité ».Aujourd’hui, Chamberland poursuit le travail de Rimbaud : « un devoir à chercher et la réalité rugueuse à étreindre ».Rimbaud lui a ouvert les chemins du verbe, de la révolte et Michel Deguy «Pour un testament renouvelé» Jean Royer LE TEXTE de Michel Deguy ne parle pas de Rimbaud, ont dit, outrés, certains auditeurs de la conférence inaugurale de « La constellation Rimbaud » présentée le 29 janvier dernier à TUniversité de Montréal.Retenu à Paris par la maladie, Michel Deguy a fait lire par le professeur Michel Pierssens son texte intitulé « La croyance suspendue ».Ce texte « difficile » pouvait pourtant se comprendre par ceux et celles qui fréquentent les livres de Michel De- guy- Poète et poéticien, Deguy nous donne une oeuvre où se reconnaît « la poursuite de la poésie tout entière », selon le titre d’un essai que lui a consacré Max Loreau (Gallimard, 1980).Y convergent la pratique de la poésie et la méditation philosophique et critique.Animateur de la revue Poésie et directeur de la collection « L’Extrême contemporain », chez Belin, ainsi qe membre du groupe « L’Hexameron », Deguy a publié ses livres chez Gallimard puis , au Seuil.Mentionnons : Fragment du cadastre (1960), son premier livre de poèmes, et Gj'sanfs(1985), ainsi que son traité de poétique La poésie n'est ' pas seule (Seuil, 1988).On retrouvera l’ensemble de ses Poèmes dans la collection de poche Poésie/Gallimard.Dans Tombeau de Du Bellay, il écrit : « poète est le nom de celui qui croit à un monde qui ne sera plus sans cette croyance ».Puis les derniers vers de Gisants : « La poésie est alchimie de verbe si la croyance/ (.)/ Joue le poème figuratif/ Pour un testament renouvelé ».Ailleurs, dans La poésie n’est pas seule, le poéticien méditera sur « Kafka et la figure », « l’être-comme », « la fin de la poésie » et la promesse de bonheur du livre.« La terre promise par le livre, et prêt à s’offrir distinctement du livre, écrit Deguy, serait le lieu où ressortir transformé par l’oeuvre, par l’art.Lui, le lieu terrestre, le meme, nul autre, mais changé en lui.Nous, le même, mais transformés en habitants de ce monde où vivre.» La conférence de l’Université de Montréal sur « la croyance suspendue », reprendra les mêmes motifs et quelques autres en relation avec la « voyance » du poète et de l’artiste.Il s’agit pour lui de « viser la perfection de l'incroyance », comme l’a suggéré Nietzsche, mais pas dans l’oubli des grands schèmes de figuration, de révélation de l’existence, de tout le figuratif que les mythologies religieuses recueillent, gardent en mémoire.« L’art, dit Michel Deguy, cette impasse de secours, cette issue sans issue, a une fin qui est de (re)faire de la révélation avec de la profanation.Ce qui est incroyable n’est pas moins ineffaçable.Il s’agit d’ineffacer activement, positivement, en oeuvres, l’incroyable retenu par coeur, maintenu dans le comme-si profane».En somme, le « croire poétique » fait face au néant.« C’est du risque de l’anéantissement de la vie que jaillit l’affirmation injustifiée de sa valeur infinie ».« On ne peut se passer d’Eden », selon Mallarmé.Choisissons la « parole poétique », s’il s’agit de continuer à demeurer terrestre, suggère Holderlin.Il faudrait ici mettre en cause d’autres balises de la méditation de Michel Deguy : la fin de la fable et le fonds culturel, le rapport de la religion à la croyance, le divin comme généalogique et récitable, le récit des pertes de foi et les illuminations à rebours (rimbaldiennes), jusqu’à la mise en abîme du texte qui « ouvre passage au monde-où-vivre ».Autant de notions que le poéticien fait jouer « en étoile » pour faire voir le lien entre poésie et croyance.Qui disait que Michel Deguy n’avait pas parle de Rimbaud ?Sa méditation reste en écho, justement, du « silence » du poète des Illuminations.« Il serait bon de repasser au ralenti le récit des pertes de foi, disait Deguy, les illuminations à rebours, à l’envers, et ainsi entendre peut-être les illuminations rimbaldiennes ».MARK TWAIN N° 44, LE MYSTÉRIEUX ÉTRANGER TWAIN j NJO 4-1.1 i.TRA>Si.1 Qualifié d’ésotérique et d’initiatique, ce dernier roman de Mark Twain — publié ici pour la première fois en langue française dans sa version intégrale — raconte l’aventure d’un personnage des plus mystérieux, N ° 44.Magie, télépathie, télékinésie, clones et voyages dans le temps sont autant de thèmes abordés dans ce récit fabuleux cjui se situe dans 1 Autriche du Moyen-Âge.244 pages 22,95 $ ÉDITIONS DU ROSEAU 6521.rue Louis-Hémon.Montreal.Québec H2G 2LI de la « voyance ».L’oeuvre de Rimbaud, dit-il, restera toujours pour lui au centre des enjeux poétiques, littéraires, de pensée ou de l’existence même, tant au niveau individuel que sur le plan de la civilisation.Au-delà du « silence » de Rimbaud, Chamberland définit un axe qui réunit Holderlin (début du 19e siècle) puis Paul Celan (qui se suicide en 1961) et qui amène le questionnement de Rimbaud jusqu’à nous.« Ce qui est en cause pour moi dans l’oeuvre de Rimbaud, c’est l’idée même de la modernité et tout ce que cela implique.Le mouvement européen des Lumières, au 18e siècle, veut éclairer l’esprit humain et le sortir des superstitions.Ce mouvement contient l’idée de Progrès et d'une connaissance esentiellement scientifique.Ces deux idées vont traverser le 19e siècle et nous atteindre jusqu’en plein 20e siècle pour aboutir à un vaste effondrement, à une remise en question.C’est ce que je lis en raccourci chez Rimbaud».Pour Chamberland, en effet, si le jeune Rimbaud partage la foi moderne, il la conteste fondamentalement ensuite dans Une saison en enfer.Dans « L’impossible », il écrit : « Pourquoi un monde moderne si de pareils poisons s’inventent.» Bien d’autres extraits pourraient démontrer, dit Chamberland, une certaine contestation par Rimbaud de la vision techno-scientifique et du progrès compris par le projet moderne de franchir les limites.Le poète de la « voyance » pose ainsi le problème d'une nouvelle connaissance.Pour sa part, Holderlin parle, à un moment donné, de « l’infidélité divine », c’est-à-dire de la double infidélité de l’homme et du divin par rapport à l’autre.Il y a donc une position, inconfortable, difficile à tenir, qui est aussi étrangère à la position religieuse et dogmatique qu’à la position athée et techno-scientifique.C’est cette question que voit rebondir Chamberland chez Rimbaud : parvenir à une connaissance, à une pensée et à une façon d’être qui n’est pas essentiellement dominée par les idées modernes de progrès et de techno-sciences.Rimbaud dit : « Il faut être résolument moderne », mais c’est pour en finir avec la modernité.Il nous faut donc arriver à une nouvelle connaissance transfor mante, qui n’est pas de l’ordre de la subjectivité individuelle et privée, mais qui a tout à voir avec le devenir de l’être et de l’humain.De son côté, le poète allemand Paul Celan parle, dans son poème « Tünbingen Janvier», de Patriarches qui devraient babiller et même bégayer s’ils venaient aujourd’hui.Ces Patriarches sont les figures des trois religions du Livre : judaïsme, chistianisme et islamisme.« Ainsi, note Chmborland, quand je vois Rimbaud écrire « Je n'ai plus de mots, j'enterre les morts dans mon ventre », quand on voit l’effondrement de Holderlin (on pourrait parler aussi de Nietzsche), quand on voit Artaud qui se bat pour refaire l’anatomie de l’homme, on voit bien que l’enjeu, ce n’est pas ce que la modernité nous donne.Elle est nécessaire comme le devenir même du temps, mais il nous faut aller au-delà.L’échec de la modernité, entrevu par Rimbaud, nous y sommes.11 nous emportera vers un nouvel âge.Pour l’instant, nous voyons que la techno-science veut éliminer le sujet, évacuer l’homme de lui-même.« On le voit avec la guerre du Golfe persique et ce qui se passe dans nos sociétés actuellement, dit Chamberland : tout ce qui n’est pas de l’ordre de la gestion, de la prévi sion, du calcul, de la mise en forme technique, est éliminé.Par contre, tout ce qui est rapacité, convoitise, mensonge, fraude, concurrence, tire très bien parti, pour le moment, de cette mise en place.On n’est pas tant devant des dominants que des parasites qui, tirant profit de leur position dans ce technocosme, le siphonnent et considèrent connue totalement nulle et non avenue la part d’humanité qui échappe à cette logique ».« Alors que des millions de gens meurent et qu’il y a de plus en plus de pauvres dans nos sociétés, on n’en tient pas compte sauf dans des situations très critiques ou d’explosions de violence.Le ministre Bourbeau, des Affaires sociales, en tant qu’homme public, est l’exemple parfait d’un pur parasite de ce technocosme.On pourrait aussi parler de Bush qui veut faire ‘une guerre propre’ et qui pense que l’assimilation technique est la seule réalité».L’homme, nous a pourtant appris Rimbaud, n’a pas à dominer et comprendre tout.« Je considère que ce qui est le plus précieux dans l’être humain est préservé dans la mesure où l’on ne Dlace Das l’homme au cen- tre ou au sommet de l’univers», ajoute Chamberland.Tour lui, « les élites politiques, économiques vont être complètement emportées par les processus qu'ils déclenchent comme des apprentis-sorciers».D’autre part, il existe un réseau de compagnons chercheurs qui par leurs travaux et leurs expériences passent à travers cet âge où régnent les purs critères techno-scientifiques évacuant les enjeux de ce qui nourrit la culture, la poésie, l'art.« La culture est en train d’être liquidée, elle est devenue un simulacre dans l'espace public.Comme pour le reste, on va finir par mesurer la qualité des oeuvres par des sondages! » Que reste-t-il à faire aux poètes actuellement ?« Écrire dans les nu nés, écrire dans l'état d'urgence.Comme ce serait écrire à Beyrouth ou Bagdad.Comme si on disposait' d’une trousse de premiers soins », répond Chamberland.Se rappeler de ces mots d’une lettre de Paul Celan : .< Seules des mains vraies écrivent de vrais poèmes.Je ne vois aucune dit férence entre serrement de mains et un poème ».« C’est la leçon que j'ai retenue de la lecture des lettres de Rimbaud par Gilles Marcotte, dans son livre La Prose de liimbaud, souligne Chamberland.En poésie, j'écris ce que j’appelle des Géogrammes, des textes où s’élimine tout un fatras « poétique » pour atteindre la littéralité, dans le côté le plus « prose » ej le moins enchanteur.Pour qu’on ne perde pas de vue dans quel monde on est, à travers la société du spectacle qui nous en met plein la vue! « Car on est dans un monde où ce qui prévaut comme mots et comme images, dans la publicité, par exemple, c’est l’exhibition des organes d’un corps qu’on veut sécuriser.C’est, au nom du progrès, l’obcénité totale.Dù tout ce qui importe c’est le gavage des organes du corps humain.Où le papier de toilette, l’après-rasage, etc.sont les grands eh-jeux de la civilisation pour laquelle on est prêt à aller massacrer des peuples entiers.Comme le disait Rimbaud, « l’heure nouvelle est au moins très-sévère ».11 y a encore de la place pour dénoncer et faire entrevoir autre chose.La poésie en est à l’entrevoyance et elle doit tenir le coup dans l'infidélité divine (Hôlder-lin), dans le désert qui croît (Nietzsche).Un grand roman historique dans la veine de Michener et de Clavell." Georges-Hébert Germain, La bande des six U \ "Une longue saga qui peut se lire comme on regarde un thriller." Clément Trudel.Le Devoir "On perd en le lisant la notion du temps captivés que nous sommes par le couple Maro et Vartan, aussi remarquable que la belle Émilie des Filles de Caleb avec son cher Ovila." Anne-Marie Voisard, Le Soleil "Ça se lit comme une saga et tout en s’instruisant sur ce qui s’est passé à cette époque, on lit un roman passionnant." Carmen Montessuit, Le Journal de Montréal IihrcM\Bq)irssion jr.xwm.roMrwj.Mi MÉTIERS AMBULANTS D’AUTREFOIS JEANNE POMERLEAU I METIERS AMBULANTS D’AUTREFOIS GUERIN littérature '.I T.N L’âge d’or de l’artisanat présentée à la mémoire collective des québécois.ÉDITEUR • IMPRIMEUR • LIBRAIRE 4501, rue Drolet, Montréal (Québec) H2T2G2, TT (514) 842-3481 Distributeur exclusif: ADP TT 523-1182 D-4 ¦ Le Devoir, samedi 16 février 1991 le plaisir des UNE ANNÉE ALLEMANDE Chroniques berlinoises 1989-1990 Cees Nooteboom traduit du néerlandais par Philippe Noble Actes Sud, 274 pages Le romancier hollandais Cees Nooteboom ( Le Chant de l'être et du paraître, Actes Sud 1988) s’est installé à Berlin en février 1989, aux premières loges lorsque Gorbatchev donne à ker l’ultime accolade i à l’effondrement du régime communiste est-allemand.Il s’est mêlé à la foule qui marche vers le Mur, il a en fait réalisé un long reportage d’un an (en quinze chroniques) sur les derniers pas du communisme et les premiers pas de la réunification allemande.SOLEIMAN FAYYAD CLAMEURS ROMAN CLAMEURS Soleiman Fayyad Traduction de l’arabe par France Douvier Meyer Roman, 130 pages Denoël NÉ EN 1929, Soleiman Fayyad fait partie de la génération d’écrivaisn égyptiens qui ont donné naissance à une forme nouvelle de littérature arabe, dans le fond comme dans la forme.Dans Clameurs, son premier roman paru en 1961, Fayyad traite du heurt des civilisations dans un village traditionnel du delta du Nil.Sans condamner ni les traditions de la campagne égyptienne, ni les moeurs européennes, Fayyad montre deux univers qui se heurtent.LETTRES AU SURHOMME LE MIROIR DE SALOMÉ Andrée Maillet L’Hexagone, 232 pages et 244 pages.ANDRÉE MAILLET, qui vient de recevoir le prix David 1990, avait entrepris dans les années 40 un grand roman épistolaire, roman qu’elle a réécrit dans les années 70.L’Hexagone publie à nouveau Lettres au Surhomme et Le Miroir de Salomé, les deux premiers volets de ce tryptique où une jeune femme, Salomé Cama-raire, lutte pour sa liberté et son égalité devant la domination intellectuelle et économique des hommes.Le troisième volet, Les Princes de sang, paraîtra dans quelques mois.DELACROIX ou le combat solitaire René Huyghe collection Ils étaient une fois Robert Laffont, 276 pages.PEINTRFI orientaliste, romantique, révolutionnaire, ami de George Sand, Chopin, Musset, et Baudelaire, l’image de Delacroix parait fixée.Pourtant, à travers son portrait, René Huyghe revèle une personnalité plus vaste et plus complexe encore.Le défenseur de la liberté, le dandy, l'annonciateur de l’art moderne.Huyghe se passionne pour Eugène Delacroix.Il en trace le combat solitaire.DERNIER ACCROCHAGE Diane-Monique Daviau collection L’Ére nouvelle XYZ Nos lecteurs connaissent Diane-Monique Daviau qui publie ici des recensions sur les littératures germaniques.Elle a publié chez XYZ ce re-ceuil de nouvelles où l’on s’arrache aux bonheurs, aux malheurs, où l’on défait des liens, où l’on en noue d’autres.Dans chacune des nouvelles, il y a la dernière chance, le grand pas à faire, la dernière heure.PAROLES D’INDIENNES Le livre de mes grands-mères Beverly Hungry Wolf Traduit de l’anglais par Claude Gilbert Plon, 207 pages.NÉE dans la réserve des Indiens Blood, en Colombie britannique, Beverly Hungry Wolf a connu la vie d’une jeune Indienne Blackfoot élevée dans la langue et les coutumes de sa tribu.Aujourd’hui, inquiète de voir disparaitre les traditions de son peuple, elle réunit toutes les informations qui permettent d’en conserver la mémoire.Histoires de sa mère, de sa grand-mère, d’autres femmes de la tribu qui, selon la coutume, sont aussi ses grands-mères.Une contribution importante à la connaissance des Indiens d’Amérique du Nord.AVA GARDNER Mémoires Traduit par Françoise Cartano Presses de la Renaissance Elle est morte l’an dernier, elle ne disparaitra pas de nos mémoires.De ses mémoires qu’elle venait d’achever, elle disait : « Si je ne donne pas moi-même la version de l’histoire, cela risque d’être trop tard, et après viendront les biographes autodecla-rés qui ne feront qu’ajouter aux inexactitudes, aux mensonges abyssaux existant à mon sujet ».Alors,'lisons les mémoires de La comtesse aux pieds nus, la sublime Ava.ffclUtSVlIK* COCAÏNE KIDS Terry Williams collection Au Vif du sujet Gallimard Un ethnologue chez les dealers adolescents.Terry Williams a passé cinq ans à observer, fréquenter cette société complexe, ses institutions et ses lois, sa morale, son jargon, sa détresse et ses plaisirs.Un regard méticuleux, presque clinique, sur l’univers des kids de New York.Pierre-A.Larocque et Gilles Léveillée Deux voyages aux paysages hantés.Jean BASILE Lettres a québécoises CETTE SEMAINE, des textes très contrastés.Le premier est urbain et fait partie de la littérature radicale gay-pop, comme on n’en écrit plus.Le second est rural, sensible et un peu bien pensant.Tous les deux traitent de la mort.PIERRE-A.LAROCQUE a fermé son parapluie voilà quelques années.Il avait fondé (avec Jacques Crête) le théâtre de l’Eskabel qui a fait date, puis il a animé Opéra-fête.C’est aussi un écrivain à qui on doit de nombreux textes.On publie maintenant ses oeuvres posthumes dont le présent livre, Le Désir du cinéma, fait partie.Il s’agit d’un recueil de six textes qui, tous, explorent le monde du désir et, notamment, du désir sexuel fantasmé.Est-ce de la littérature érotique ?En général oui, mais pas dans le sens vulgaire du terme.C’est aussi un monde très visuel et en quelque sorte compensatoire, car on devine très bien que l’auteur aurait souhaité transformer ses proses en véritables images, d’où le titre général du livre.Tout ces textes sont, au vrai, des scénarios, ce qui ne veut pas dire que c’est de la mauvaise littérature.11 s’agit, somme toute, d’un art mixte.Le plus typique est Boite noire, une méditation sur Hubert Aquin ou, vraiment, on pourrait remplacer chaque ligne par une séquence cinématographique.Il faut donc beaucoup d’imagination pour récréer le monde de Pierre-A.Larocque, bien que la plupart de textes de ce recueil ne sont pas aussi elliptiques que celui-là.Compte tenu des circonstances, l’un d'eux est étonnant.C’est Obscurs objets de désir qui est une variation sur la guerre et, plus précisément sur les « soldats solitaires » qui se PIERRE-A.LAROCQUE LE DÉSIR DU CINEMA LES HERBES ROUGES / FICTION dissimulent « dans la Black Magic Forest ».Peut-être ce texte a-t-il été inspiré à Pierre-A.Larocque par le Vietnam (ou les films sur le Vietnam) mais on ne peut pas s’empêcher de penser à l’Irak.Il va de soi que les soldats, ici présents, ne sont pas des patriotes qui marchent au pas.Ce sont des fétiches de la virilité, des idoles dont le seul rôle est de tuer et de féconder.Au fond, c’est une métaphore de la vie masculine qui, dans ce texte vraiment très beau, s’exprime par la bouche d’un vieillard socratique et voyeur sur les bords.« Je me réfugié dans les ténèbres de ce lieu où je vis et peux les apercevoir sans qu’ils me voient.Déjà vieillard, adolescent, guettant des heures durant, entreprenant ma vocation de veilleur», écrit-il.C’est très sado masochiste et très pathétique.Mais ce n’est pas exactement reposant car la mort, que l’écrivain assimile au « moisi », attend derrière les tentures.L’univers artistique de Pierre-A.Larocque est très particulier, comme on voit.L’écrivain le décrit lui-même comme « un lupanar cé- Les Paysages : hantés GILLES LÉVEILLÉE < mit a lèbre par ses jeux textuels vers et prose.Il précise même que ces textes « sont des histoires insensées ».Avec ses vieilles dames excitées par les muscles et la sueur, ses motels borgnes, ses néons bleus, ses jeunes hommes en slip, on est dans le monde pop américain dont Pierre-A.Larocque est un enfant, en compagnie d’artistes comme Burroughs, Mapplethorpe, Diane Michals, Warhol.Il est typique des mouvements radicaux gay-pop des années 70, une très grande famille artistique comme on le verra, passé le conformisme ambiant.GILLES LÉVEILLÉE sait que la perte d’un être aimé n’est pas seulement douloureuse mais culpabilisante.A-t-on assez aimé, assez aidé, se demande-t-on ?Alors, de la culpabilité naît l’angoisse qui provoque des émotions inédites et des images.Pour ce jeune écrivain, voilà ce que sont Les Paysage hantés, son premier livre consistant car il a déjà publié des nouvelles.Le narrateur est un homme jeune qui invoque le souvenir d’une femme âgé et malade.Bien que cela ne soit pas dit, on comprend tout de suite qu’il s’agit de la mère du narrateur', : atteinte d’un cancer.L’auteur évty que le corps physique de cette femme qu’il aime.Il y découvre les marques d’une vie difficile : la lourdeur, les mains dures, la bouche qui se déforme, les signes enfin de tous ceux qui ont été pauvres et qui ont eu une vie difficile.Puis, il se revpit petit enfant quand il croyait, naturel1 lement, que la femme aimée ne mourrait jamais.Enfin, ce sont les ravages de la maladie, le cycle dès rechutes et des rémissions.« Un soir, tu es parfaitement calme et apaisée, tu es assise dans ton lit, tu dis qpe vas mourir et que tu n’en fais pas un drame ».Effectivement, tout est fini.C’est une leçon de stoïcisme placée sous les auspices de Marguerite .Yourcenar, citée au début du livre.,, On voit que la trame de ce récit est très simple.Le décor ne l’est pas moins.C’est celui du bas du fleuve avec ses anses et son sable.Ou alors il s’agit d’un maison qui sent l'oignon, la pomme et la citrouille.D’un côté, il y a la nature minérale et la mer qui sont éternelles.De l’autre, il y a les fruits de la vie qui pourrissent.Gilles Léveillée a pour lui une langue sensible et il soigne beaucoup son style.On sent qu’il a voulu traiter gravement un sujet grave, effectivement, mais, comme chacun sait, les bons sentiments ne font pas forcément de la bonne littérature.Le traitement manque de relief comme si la vérité mauvaise, qui existe, n’était pas dite à part quelques peurs conventionnelles.Les Paysages hantés de Gilles Léveillée ne le sont guère si on entend par « hanté » quelque chose de spectral et de calamiteux.Quand on écrit, il faut se compromettre et aller du côté des fantômes.Les Paysages hantés, Gilles Léveillée, récit, 124 pages, Québec-Amérique, Montréal, 1991.Le Désir du cinéma.Pierre-A.Larocque, 160 pages, les Herbes rouges, Montréal, 1991.Jean Royer Pour la Maison des Écrivains L’Union des écrivains (UNÉQ) sollicite l’appui du public en faveur de sa « Maison des écrivains », en lui proposant lundi soir une soirée-bénéfice avec la projection au cinéma Impérial, en première nord-américaine, du film de Claude Berri d’après le roman de Marcel Aymé, Uranus.Ce visionnement sera suivi d’un bal musette à l’Union française.Le président du comité d’honneur de la Maison des écrivains, le romancier Yves Beauchemin rappelle que cette soirée-bénéfice viendra en aide à ceux et celles « qui ont joué un grand rôle dans la précision du destin du Québec, qui se précise de plus en plus ».L’UNÉQ a acquis le 3492 rue Laval, près du Carré Saint-Louis, ancienne résidence du cinéaste Claude Jutra, en vue d’en faire son centre administratif ainsi qu’un lieu de rencontre et d’animation pour les écrivains.Lancements, lectures, conférences, accueil des écrivains étrangers sont les principales activités prévues dans ce lieu qui renfermera aussi un centre d’information et une PHOTO JACQUES GRENIER Yves Beauchemin bibliothèque.« Ce projet fait partie de l’idée même qui a présidé à la création de l’U N ÉQ, rappelle Beau-chemin.Il permettra aux écrivains une nouvelle solidarité ainsi qu’une visibilité souhaitable ».Succès de l’équipe d’André Vanasse Le magazine Lettres québécoises a doublé son chiffre de ventes, le roman de Christian Mistral en est au 4 500e exemplaire et on procédera à un troisième tirage.Ces succès sont ceux d’André Vanasse, de Gaétan Lévesque et de leur équipe, qui conduisent désormais les rennes de XYZ Éditeur et de la revue fondée par Adrien Thério.En fait, les ventes en kiosque de Lettres québécoises sont passées de 700 à 1 500 exemplaires.Quant au roman de Mistral, Vautour, qui en sera à sa troisième impression, il pousse l’éditeur à prévoir un premier tirage de 5 000 exemplaires pour le roman de Louis Hamelin qui sort en librairie cette semaine.André Vanasse prévoit aussi, chez XYZ, alimenter la collection « Novella» par des récits ou de courts romans de 125 pages.OUI à l’indépendance Une consultation auprès des membres de l’Union des écrivains québécois (UNEQ) sur l’avenir du Québec a eu pour résultat un vote de 89 % en faveur de l’indépendance.Le président de l’UNEQ, Bruno Roy, réaffirme ce « Oui » dans un manifeste qui se réfère aux textes fondateurs de notre littérature et à des écrivains contemporains, dont Jean-Guy Pilon, Michèle Lalonde, Marco Mi-cone, Anne Hébert et Gaston Miron.« Nous écrivons pour assumer les conséquences de notre situation en Amérique.Nous écrivons afin de consolider les conditions d’existence d’une littérature nationale », conclut Bruno Roy.Prix de l’Académie Les auteurs ou leurs éditeurs ont jusqu’au 28 février prochain pour soumettre en quatre exemplaires les recueils de poèmes au jury du prix Alain-Grandbois et les essais à celui du prix Victor-Barbeau.Les ouvrages doivent être parus entre le 1er janvier et le 31 décembre 1991.Les prix au montant de 5 000 $ chacun se-.ront remis en mai 1991.Secrétariat des prix : 5724, chemin de la Côte Saint-Antoine, Montréal 114A 1R9.Steiner à Caractères À ne pas manquer, en reprise di-.manche après-midi à 14 h 45, l’émission Caractères consacrée à Georges Steiner, qui vient de publier chez Gallimard Présences réelles.L’essayiste propose un retour au texte et une relativisation du commentaire, pour mieux profiter de l’héritage de la pensée et de l’art de l’Occident.Bernard Rapp est formidable dans cette rencontre avec Steiner.Par ailleurs, rémission de 20 h 30, dimanche, propose un « Psy-show » sur la psychanalyse.MM*» i En vente dans les bonnes librairies Pour vous abonner, un simple coup de téléphone suffira: 274-5468 P] PRIÉ U Canari;) LIBERTÉ De la dispute L’AMOUR ET LA JUSTICE COMME COMPÉTENCES Luc Boltanski Trois essais de sociologie de l’action Paris, Éditions Métailié, 1990.Marcel Fournier PAR SES TITRES et têtes de chapitre (« Ce dont les gens sont capables », « Agapè »), par ses références SADE ÉCRIVAIN En vente chez votre libraire DIFFUSION PROLOGUE * Waller Beniamin Ttioma» Bernhard j René Char from0'* Mauriac Alexandre Rojeva Maurice Ciofrtor IKK HIER José Cabanis raire rv i éclectiques (Aristote, Durkheim, Marx, Saint François) et par son objet d’étude, le dernier livre de Luc Boltanski dérange.Que se passe-t-il du côté de la sociologie en France ?Préoccupés par les grandes questions d’ordre et de changement social, les sociologues français se sont principalement intéressés à l’étude des groupes, des classes et des institutions.La tradition française est macro-sociologique, c’est celle de l’analyse des conflits et des mouvements sociaux.Lorsque Raymond Aron parle de « Guerre et paix », il pense aux relations entre les collectivités nationales, non aux interactions entre les individus.Luc Boltanski connaît bien cette tradition : collaborateur de Pierre Bourdieu, il a réalisé au début des années 1980 une excellente étude de la formation d’un groupe social, Les cadres (Éditions de Minuit, 1982).Déjà aux réflexions historiques ou macro-politiques sur les classes moyennes, il ajoutait des observations au sujet de l’image que les cadres ont d’eux-mêmes et de leur appartenance sociale.Sa volonté de dépasser la vieille opposition entre l’action individuelle et l’action collective est encore plus manifeste lorsqu’il aborde au milieu des années 1980 l’étude d'une forme de protestation, la dénonciation publique, et qu’il publie en collaboration avec L.Thévenot, Les économies de la grandeur ( PU F, 1989).Ce qui intéresse Boltanski, ce ne sont pas seulement les « grandes affaires », mais aussi et surtout les disputes, c’est-à-dire la multitude d’accusations d’iniquité qui marquent no tre vie de tous les jours : comment réagissons-nous lorsque nous avons l’impression d’être traités d’une ma- nière injuste ?Tout en étudiant diverses situations concrètes — des règles de politesse à table au règlement d’un différend dans une entreprise en passant par les querelles de ménage —, Boltanski élabore un cadre d’analyse qui vise à établir le genre d’opérations et de jugements auxquels se livrent les acteurs lorsqu’ils se sont impliqués dans des disputes : s’en remettre au destin (et à Dieu), défendre l’honneur et affirmer le statut social des personnes, rappeler ses droits et invoquer le bien commun, etc.Il n’y a peut-être pas de justice immanente mais ce dont les gens sont capables, c’est d’avoir un sens critique et de formuler des jugements.Dans la société, nous sommes partie et.juge.Dans la vie, tout n’est pas que confrontations et négociations.Aussi brefs et rares soient-ils, il y a des mo mentsde paix, des situations d’« a-gapè » où la relation est basée sur la réciprocité, le don, bref l’amour.Des moments d’extase ou de béatitude ! S’agit-il là d’un idéal ou d’une utopie ?Luc Boltanski préfère parler de l’« agapè » comme d’un modèle pratique pour mieux analyser le passage d’un état à un autre, toute la question étant de savoir comment on entre et comment on bascule hors de l’amour.La force de l’ouvrage de Luc Boltanski est de développer une nou velle perspective sociologique tout en nous invitant à réfléchir sur des questions auxquelles nous sommes tous confrontés quotidiennement.Il n’est pas possible de comprendre la violence dans nos sociétés si l’on ne sait pas comment les gens eux-mêmes s’engagent dans de telles situa tions, alors même qu’ils ont soif d’a mour et de justice. Le Devoir, samedi 16 février 1991 ¦ D-5 • le plaisir des ivres Dans la rue de F Antienne-Comédie.Lisette ÆORIN ?e feu leton HISTOIRE D’EURYDICE PENDANT LA REMONTÉE Michèle Sarde, Paris, 1991, Le Seuil, 325 pages.LE TITRE est séduisant.Celui du premier chapitre ne l'est pas moins : De l’Ancienne Comédie aux Boutiques Obscures.On lit de confiance.Cet homme qui rencontre une femme, rue de l’Ancienne-Comédie, est plein de mystères.Seule la femme qui accepte de le suivre, de prendre avec lui le premier avion en partance pour Rome, peut les démêler bien qu’elle ait, depuis plus de vingt ans, résolu de les chasser de sa mémoire.Telle Eurydice, donc — et les références au mythe seront constantes, récurrentes, du premier au dernier chapitre — elle entreprend, à contre-coeur, de remonter le temps.Elle le fera en trois jours, en d’incessantes promenades dans la Ville Éternelle, un cadre sans pareil pour ce genre d’incursions dans le passé.Ce qu’a voulu Éric Tosca, l’homme de 40 ans qui fut son fiancé et qu’elle a quitté sans explication.Cette Sophie ne consent à se sou- venir, et à se raconter, que poussée dans les rues, les places, les sites historiques.Déjà, on pouvait soupçonner que logeant, avec son compagnon, dans une aile désaffectée de la Villa Médicis, l’histoire retrouvée de leurs amours anciennes ne pouvait être que difficile à dire, à exprimer sur le mode actuel.D’autant que, très tôt, on apprend que Sophie et Éric se sont rencontres dans la cathédrale de Chartres, au cours d’un de ces pèlerinages du mois de mai qui attirèrent, aux années cinquante et soixante, des milliers de jeunes cathoüques, sur les traces de Péguy et de ses poétiques et inoubliables prières.( Des Québécois et des Québécoises se reconnaîtront dans ces pèlerins, pas toujours fervents, mais envoûtés par la sublime beauté de la cathédrale beauceronne.) Jeunes gens, Tosca et Sophie furent croyants et bourgeois.Leur avenir paraissait tout tracé, dans le droit fil de l’époque que d’après la Seconde Guerre mondiale.Or, rien ne fut simple ni si convenable.L’ayant donc perdue, ce garçon ne devait jamais accepter que Sophie ne lui revienne un jour.Sa quête, patiente, obstinée, devait donc etre recompensée si tant est que le secret qu’elle finira par lui révéler s’apparente à une récompense.Michèle Sarde sait raconter.Elle est érudite, convaincue qu’elle peut nous passionner par le destin tra- Michèle Sarde gique de cette Sophie, qui fut une enfant juive, prénommée Sarah, échappée par miracle au génocide grâce aux locataires d’un appartement situé au-desus de celui que durent abandonner, en catastrophe, sa mère, sa soeur et son frère.Éric Tosca l’avait connue belle et blonde, mais c’était « un bel hier décoloré » comme elle le lui avoue — l’auteur en fait une tête de chapitre, autre référence à le vierge, le vivace et le bi'l aujourd'hui de Mallarmé.La jeunesse enfuie, elle est redevenue brune, aux cheveux courts, et ce qu’elle raconte plonge Tosca dans la stupéfaction et dans le mutisme.Toutes les années difficiles, de l’une comme de l’autre, composent donc une histoire individuelle greffée sur l’autre, la grande Histoire.Passent en filigrane la guerre d'Algérie, les règlements de comptes de l’après guerre de 39-45, pendant que les ex-fiancés parcourent inlassablement la ville de Rome.Michèle Sarde est sans doute douée pour le mystère et même pour le polar.Car le suspense est assez réussi qui nous contraint, bien que le récit soit souvent répétitif, à lire jusqu’au dernier épisode, au « finale », Histoire d'Eurydice pendant sa remontée.Mais siiffit-il d'être forte en mythologie, à bien connaître les oeuvres musicales, inspirées par Orphée et Eurydice, de Monteverdi à Gluck, pour en tirer un roman réussi ?Le doute est permis, d’autant que, à bien des égards, cet ouvrage intelligent, raffiné, m'est apparu comme le travail laborieux d'une thésarde.Pour les paysages romains, fort bien décrits, pour les rappels musicaux (autre motif de « reconnaissance » pour les lecteurs et lectrices d’ici : Tosca, qui voulut devenir ténor, admirait notre Léopold Simo-neau),pour la description du milieu assez étouffant où grandissent les personnages, ce roman possède sans doute suffisamment de qualités pour qu’on reconnaisse un certain talent à son auteur.Mais pas suffisamment de souffle pour le qualifier, contrairement au mythe qui l’a inspiré, d’immortel.Dos à dos Dérèglement de la machine LOGIQUES LA VIE MODERNE 288 p.24,95$ l Ksmmnovsih CRISTAL 24,95$ 19,95$ MR ET MRS BRIDGE Evan S.Connel traduit de l’américain par Philippe Safavi et Clément Leclerc Paris, Flammarion, 1990, 413 p.Odile Tremblay CETTE ANNÉE, à travers la caméra du cinéaste James Ivory, Mr et Mrs Bridge s’animaient sous les traits de Paul Newman et de sa femme.Le film a même rasé d’un cheveu les grands prix du festival de Venise.Mais bien avant de se mouvoir sur la pellicule, ces personnages étaient nés de la plume d’Evan S.Connel.En 1959, celui-ci écrivit Mrs Bridge et dix ans plus tard, en portrait croisé, Mr Bridge.Dans le sillage du film à succès, voici les deux romans réunis sous une même couverture.Aux États-Unis, Evan S.Connel possède ses inconditionnels.Il plait surtout au happy /ewqui goûte son ironie fine et ses dons de psycholo- ue.Mais si, au long de sa carrière, onnel a produit quelques oeuvres très sophistiquées, de la prose poétique aussi, Mr Bridge et Mrs Bridge comptent parmi ses romans les plus populaires et accessibles.Rien de plus charmant et grinçant à la fois que ces bulles de vie quotidienne qui éclatent en phrases courtes de page en page.Ici, pas de texte suivi mais des petites vignettes qui captent mieux qu’une longue prose les différentes facettes du couple d’Américains moyens que l'auteur vient peindre par touches pointillistes.Nous sommes dans le Kansas City des années 30.À travers ses rapports avec ses trois enfants, les domestiques, son épouse, renaît le personnage de Mr Bridge.Il se croit sans faille; il est d’un puritanisme excécrable et ses préjugés racistes (dont il ignore l’existence) le rendent quelque peu monstrueux.Bourreau de travail arrimé à sa firme sélecte d’avocats, dépourvu de fantaisie, encadré par des principes de vie rigides qui le coupe de ses désirs, le personnage peut parfois être touchant de candeur et de générosité inattendues; Evan S.Connel réussit le tout à force de provoquer à l’endroit de son héros notre sympathie, puis notre pitié, puis notre condamnation.Même procédé tout en vignettes dans Mrs Bridge.Et, chez le lecteur, mêmes sentiments mêlés pour une personne dont il perçoit tour à tour la fragilité, la cruauté, l’étroitesse d’esprit.Elle est oisive et romantique, d’une naïveté quasi pathétique.La dame s’ennuie et rêve.Incapable de communiquer profondément avec des enfants qu’elle ne comprend guère, loin d’un mari aux côtés de qui elle mène une existence parallèle, ses jours sans surprise s’entrelardent de petites sorties, de petites joies, de tristesses confuses.On s’amuse aux malentendus dont sont parsemés ces rapports entre époux.Leurs solitudes sont placés dos à dos.Alors qu’à la veille de la seconde guerre mondiale, à travers Mr et Mrs Bridge se réveille l’Amérique des années 30, tissée de rêves et d’intolérance, antisémite comme une bonne partie de l’Occident.Vraiment, ces instantanés sont d’un comique irrésistible.Et d’un pathétique parfois .On dirait que Evan S.Connell s’est amusé à introduire une caméra vidéo dans la maison d'un couple médiocre pour filmer au hasard leurs joutes, leurs dérives, leurs envies.Chronique juteuse, portraits cruels, satire sociale; ces deux romans dénotent chez leur auteur une rare finesse d’observation.Mr et Mrs Bridge grincent aujourd’hui autant qu’hier.Des perles d’ironie ! L’UNÉQ reconnue (PC) — L’Union des écrivains québécois (UNÉQ1 vient d’obtenir la reconnaissance légale dans le champ de la littérature.La Commission de reconnaissance des associations d’artistes a conclu à sa représentativité, analogue à celle de l’Union des artistes en arts d’interprétation.L’UNÉQ pourra maintenant négocier des ententes collectives avec les diffuseurs, au premier chef les éditeurs, déclarait cette semaine Hélène Messier, avocate du syndicat professionnel.Règle générale, les éditeurs acceptent volontiers de se baser sur le contrat type prévu par l’UNÉQ.Avec la reconnaissance légale, le recours à ce contrat devient obligatoire pour un éditeur qui souhaite publier un auteur.D’ici quelques semaines, l’UNÉQ entamera des discussions avec l’Association des éditeurs canadiens, la plus importante de l’industrie, ainsi que la Société des éditeurs de manuels scolaires, l’Association québécoise des presses universitaires et l’Association des éditeurs de pério- diques culturels.Les diffuseurs utilisant des oeuvres littéraires, privés ou publics comme Radio-Canada, doivent tous également tenir compte de l'UNÉQ.La aussi la bonne volonté prévaut, convient Mme Messier, mais il n’y a rien de formel.La décision d’accorder la reconnaissance a été rendue par les commissaires Nicole Picard, Francine Côté et Denis Hardy.Des avis d'objection avaient été soumis par le Centre québécois du Pen Club, la Société des écrivains canadiens de langue française et la Société des auteurs et compositeurs dramatiques mais ils ont tous retiré leur intervention avant l’audience du 5 février, les trois organismes se satisfaisant de précisions des technicalités de la loi.En décembre, la Corporation des métiers d’art du Québec avait obtenu la reconnaissance dans son champ d’activité.La loi du statut professionnel des artistes accorde la reconnaissance pour trois ans dans un champ donné, après quoi la représentativité est vérifiée et peut être reconduite.JAMAIS TROP TARD Stephen Dixon Paris, Balland 1990, 283 pages.Jean-François Chassay AU MILIEU d’un film qu’elle trouve trop brutal, Donna quitte Art et lui annonce qu'elle retourne à l’appartement.Malgré ses réticences — après tout, New York est une ville bien violente et on ne sait jamais ce qui peut arriver à une femme qui se promène seule, tard le soir —, Art la laisse partir, à regret.À son retour, il découvre l’appartement vide.Après plusieurs heures, pris de panique, il téléphone à la police, puis à ses amis, aux amants de Donna — elle n’en manque pas —, sans parvenir à retrouver sa trace.Malgré sa conviction personnelle, il ne réussit pas à persuader tout le monde qu’elle a réellement disparu.Après tout, leur couple s’en allait à vau-l’eau depuis plusieurs mois.Qui sait si elle ne l’a pas simplement quitté par écoeurement ?Sa vie sexuelle, sa vie professionnelle — sa carrière de mannequin l’accapare beaucoup — tendaient à l’éloigner de Art et suggèrent qu’elle ne croyait plus à la viabilité ae ce couple.Ét si c’était lui qui l’avait fait disparaître ?Art Alimin a mis le doigt dans un engrenage qui est peut-être en train de le détruire.L’originalité du roman de Dixon tient au fait qu’il traduit la violence new-yorkaise uniquement à travers le discours des personnages.Ce roman presque uniquement dialogué est marqué par une épouvantable agressivité qui ne repose pas seulement sur la violence des propos mais sur la volonté systématique de tout dire, de manière totalement obsessionnelle.Chaque personnage qui prend la parole veut imposer ce qu’il a à dire, comme si les occasions étaient trop rares de prouver son existence.La ville est violente non pas à cause de sa brutalité, mais parce qu'elle étouffe l’individualité de chacun, écrase toute singularité.Le moindre fait divers devient l’occasion d’imposer sa propre voix, sa triste quotidienneté.L’emballement du discours, par ses excès, transforme la banalité de l’existence en une incroyable fiction.En lisant Jamais trop tard, on songe à Andy Warhol qui disait que dans notre univers médiatique, chacun peut être célèbre pendant quinze minutes au cours de sa vie.La violence que Donna voit sur l’écran de cinéma et qu’elle refuse au début du roman devient une métaphore de toute cette fiction : les images qu’on renvoie de New York sont inévitables, omniprésentes et chacun tente d’y répondre à sa façon.Ironiquement, c’est dans la fuite et le silence que Donna parvient le plus à faire parler d'elle.Disparue, elle devient un phénomène médiatique à part entière, pur signifiant que chacun s’échange en brodant sur celui-ci sa propre vie.Cette matière romanesque, Stephen Dixon la contrôle malheureusement mal en la contrôlant trop.STEPHEN DIXON TROP TARI) BALLAND BERLIN- BANGKOK kiSÊÊi- LOGIQUES I II I IliNs 344 p.24,95$ 24,95$ VIVRE EJN BEAUTE LOGIQUES I II I IONS C.I.N.Q.LOOIOUES I K I Miss 228 p.18,95$ L’écriture, vive et syncopée, provoque un emballement qui devient rapidement artificiel parce que systématique.Art Alimin, personnage pitoyable, déboussolé et rapidement dépassé par les événements, ne convainc pas.On ne croit pas à cet individu hystérique, toujours branché sur la même tension, qui semble guidé uniquement par ses pulsions, plus masochiste que désespéré.Ce qui aurait pu être une formidable mécanique langagière évoquant la puissance tyrannique et fascinante de New York sombre dans une lassante répétition.Venez rencontrer CLAUDE BERRI collectionneur et cinéaste, réalisateur du film «Uranus» et LEO CASTELLI fondateur et directeur de la Léo Castelli Gallery, New York pour souligneo' '.parution du livre «Claude Berri rencontre Léo Castelli» le mardi 19 février de llh30 à13h30 ¦fil LA LIBRAIRIE • rlammanon 371, avenue Laurier Ouest 277-9912 U»| iwMfctrtf GÉLULES UTOPIQUES EH3 El ?El El El El SH S LOQIQUE9 FICTION» 214 p.19,95$ looiques FICTION» 24,95$ H SM DÉRIVES 5 214 p.18,95$ LOOIOUES FICTION» I225, «li* Coudé, Montréal (J( ' 11AK 2lv1 (514) D U 2225 I AX: (5 l/l) U U 2IK2 Lus Dili ions I.( )( ilQI î I• S sont agréées i l subventionnées par II* ministère des All.iin*s culturelles du (Juélx'c.1 p “rampa&e V‘ OKA DERNIER ALIBI DU CANADA ANGLAIS de Robin Philpot passionnés.L’auteur a tout scruté, compilé, analysé, vérifié et comparé ce qui s’est dit à propos de la crise d’Oka 1990: non, le Québec n’est pas un «Alabama du Nord» comme la presse anglophone a voulu le faire croire! 176 pages — 16,95 $ vlb éditeur DELA grande LITTÉRATURE D-6 ¦ Le Devoir, samedi 16 février 1991 le plaisir des ivres Ortographe: enterrement de première classe Marie-Éva De Villers LA DERNIÈRE volte-face des Académiciens vient de renvoyer aux calendes grecques les rectifications orthographiques auxquelles le premier ministre de France tenait tant.Il est vrai que l’Histoire ne fait que se répéter : depuis près d’un siècle, toutes les tentatives de simplifier l’écriture du français ont échoué.Michel Rocard, ou un autre téméraire, devra remettre cet ouvrage à nouveau sur le métier.Des siècles, voire des millénaires, peuvent s’écouler avant qu’une réforme n’aboutisse : le grec moderne n’abandonna qu’en 1986 un système d’accentuation archaïque hérité du grec ancien ! D’autres pays ont été plus expéditifs : l’Italie a simplifié son orthographe aux XVIe et XVIIe siècles.En collaboration avec les hispanophones d’Amérique du Sud, l’Espagne a fait de même.L’Allemagne, qui avait largement simplifié l'orthographe de l’allemand au début du siècle, travaille à de nouveaux aménagements de son code depuis 1980.Des modifications orthographiques sont également à l’étude pour le hollandais, le portugais et le russe.En fait, la plupart des langues européennes ont fait l’objet de réformes orthographiques.Jusqu’au XIXe siècle, la façon d’écrire un mot pouvait varier et les poètes, les écrivains choisissaient dans quelle orthographe ils préféraient être publies.Par exemple, Ronsard fit connaître, par ses écrits, de nouvelles graphies simplifiées qui finirent par s’imposer.Grâce à Corneille, nous disposons aujourd’hui du j et du v (autrefois transcrits comme en latin par i et u) et c’est à Voltaire que nous devons de lire français plutôt que françois, je connais et non plus je connois parce que celui qui avait écrit dans son Dictionnaire philosophique : « L’écriture est la peinture de la voix : plus elle est ressemblante, meilleure elle est » voulait rapprocher l’écriture de la prononciation.C’est vers 1830 que l’orthographe française s’est figée dans la forme que nous lui connaissons aujourd’hui.En 1836, la sixième édition du Dictionnaire de l’Académie fixa la norme retenue par l’enseignement.Avec l’instauration de l’instruction publique obligatoire en 1880, l’ensemble de la population française apprit à lire et à écrire.À partir de ce moment, l’orthographe devint une véritable institution, quasiment un culte dont les premiers prêtres furent les instituteurs.Cent dix ans plus tard, il est intéressant de noter que ce sont surtout les enseignants qui souhaitent une simplification de l’orthographe, au Québec comme en France.La levée de boucliers des écrivains français a finalement eu raison des pauvres Académiciens qui, en donnant leur adhésion au projet le printemps dernier, se sont retrouvés coincés entre l’arbre et l’écorce.Par ricochet, ont également été forcés de capituler les politiciens qui avaient cru, bien naïvement, réussir là où Littré, Ferdinand Brunot et Anatole France avaient échoué il y a un peu moins d’un siècle.Chez nous aussi, les « touche pas à mon orthographe » ont fait valoir leur point de vue et de vibrants plaidoyers ont été entendus.Pour Michel Tremblay, le français est « une langue qui est magnifique dans sa complexité ».Pas question d’avoir des roses sans épines, des médailles sans revers.« Les difficultés du français sont une partie de la fascination qu’exerce notre langue.C’est en partie ce qui fait le plaisir d’écrire.Il faut craindre que le laxisme s’installe si on tente de simplifier l’orthographe française » affirmait Lise Bisson-nette l’automne dernier.Lysiane Gagnon a plaidé la cause du nénuphar et Jacques Foleh-Ribas a protesté en affirmant que la langue n’était pas une maladie transmise historiquement.Mais on a noté aussi que de nombreux écrivains se montraient plutôt favorables à une simplification de l’orthographe : Arlette Cousture, Francine Noël, Jean-Guy Pilon, Claude Jasmin, Gérard Bessette notamment.Pour sa part, Yves Beau-chemin écrivait : « Une réforme modérée de l’orthographe, si elle ne modifie pas le paysage de notre langue, si elle ne lui enlève ni son élégance ni sa précision, m’apparaît comme une mesure souhaitable et intelligente, car elle facilitera l’apprentissage du français pour les francophones et les non-francophones et augmentera peut-être sa compétitivité par rapport à l’anglais».Les enseignants souhaitaient généralement une simplification, une systématisation de l’écriture : « Oui, je suis pour les rectifications proposées par M.Rocard, parce que je suis pour toute mesure améliorant la cohérence du code orthographique » proclamait Michel Thérien, président de l’Association québécoise des professeures et professeurs de fran-I çais.Dans l’ensemble, les terminologues, les traducteurs, ceux que l’on nomme maintenant les langagiers, étaient plutôt favorables à la réforme préconisée : « Très réticente à la réforme de l’orthographe au départ, j’envisage maintenant d’un bon oeil les rectifications qui amèneraient une véritable simplification de l’orthographe comme la généralisation des traits d’union dans l’écriture des nombres, la généralisation du tréma sur la voyelle prononcée et la suppression des anomalies » répondait Nycole Bélanger, directrice des Services linguistiques du Canadien National.Pour certains même, le projet n’allait pas assez loin : « La reforme proposée est timide et même décevante — exemple, l’accord du participe passé.Il ne s’agit pas de réclamer, pour le français, une graphie entièrement phonétique comme elle existe depuis longtemps en serbo-croate ou en espagnol, ou encore une simplification a outrance de l’orthographe grammaticale.Cependant, il faut poursuivre l’opération en profondeur et ne plus la diluer dans le temps » soulignait Nada Kerpan, directrice de la terminologie aux Services linguistiques de Bell Canada.Jean-Claude Rondeau, le nouveau président de l’Office de la langue française, écrivait il y a quelques mois : « Je suis en principe favorable à la simplification de l’orthographe.Cette évolution de notre langue s’inscrit dans un mouvement commencé au milieu du Moyen Âge et qui devrait se poursuivre.Je souhaite toutefois que les rectifications à retenir tendent à faire disparaître les nombreuses exceptions encore présentes dans le document de juin 1990 ».Même le président du jury québécois des championnats d’orthographe souscrivait au projet : « Après plus de cent ans d’hésitation, il est temps que la langue française apporte à son orthographe des rectifications.La réforme proposée est réaliste et prudente.Cette simplification rend en apparence une certaine logique à une orthographe trop souvent capricieuse.Enlever un accent circonflexe à un mot n’enlève rien ni à sa beauté ni à sa clarté ».Bernard Dupriez, le concepteur du Cours autodidactique de français écrit — mieux connu sous l’acronyme de CAFÉ — et professeur à l’Université de Montréal, approuvait également les rectifications proposées : « Le grand progrès qu’apporte une réforme, si minime soit-elle, c’est de fournir une lueur d’espoir au milieu du pédantisme fixiste, ou au contraire du laisser-aller.Les quelques points de la réforme actuelle semblent aller dans la bonne direction ».Pous sa part, le linguiste Jean-Claude Corbeil, auteur du Dictionnaire thématique visuel s'inquiétait : « Je crains surtout que ce tapage autour de l’orthographe ne fasse oublier des choses beaucoup plus déterminantes pour l’avenir du français, comme sa place dans l’Europe de 1992 face à l’anglais, son usage en micro-informatique ou son rayonnement comme langue scientifique.La langue française est moderne par le contenu qu’elle véhicule et non par sa forme.Avec ou sans réforme, le problème de l’orthographe demeure entier.Il faudra l’apprendre, par répétition et réflexion».Parce qu’elle se limitait à l’orthographe d’usage, la chirurgie de Rocard était insuffisante et superficielle; en effet, les aménagements proposés ne simplifiaient pas véritablement récriture du français, ne s’attaquaient pas véritablement à la racine du problème.Ce sont les règles grrammaticales complexes — les accords du participe passé notamment — qui requièrent de longues heures d’aprentissage et qui nous compliquent vraiment la vie et l’écriture.Toutes les statistiques soulignent qu’en français, la plupart des fautes d’orthographe ne sont pas lexicales, mais bien grammaticales ou syntaxiques.Si l’on vise la maîtrise de l’orthographe grammaticale, il faut revenir tout simplement à l’enseignement du Bon Usage de G revisse et à l’analyse logique.Comment un élève parviendra-t-il à écrire correctement s’il ne peut distinguer un nom d’un verbe ou d’un adjectif ?En tout premier lieu, il importe de revaloriser l’orthographe correcte, d’exiger la même rigueur pour l’écriture du français que pour les équations de la physique ou des mathématiques.Il faut surtout adopter de nouvelles stratégies d’enseignement et consacrer temps et énergie aux apprentissages fondamentaux de la langue.Il faut souscrire à des rectifications cohérentes qui simplifient vraiment récriture du français.Les propositions de Michel Rocard étaient insatisfaisantes : elles modifiaient entre 4000 et 7000 mots (ce qui n’est pas rien), mais ne réglaient pas les véritables problèmes.Ni fleurs ni couronnes.I de l’amour et de la lecture Dominique Demers IL Y A 50 ans, Franceline, une jeune fille de bonne famille, tombait gentiment amoureuse d’« un grand jeune homme blond à la figure ouverte et joviale ».Elle avait 22 ans et son prétendant, un homme « sensé », était un ami d’enfance, de bonne souche lui aussi.« Voulez-vous me donner votre vie pour que je travaille à la rendre heureuse ?» s’enquérait-il respectueusement à la fin du roman.Ils échangeaient ensuite un chaste baiser et Franceline soupirait : « Je suis heureuse ».Franceline fait partie des best-sellers de la littérature jeunesse québécoise de la première moitié du siècle.Depuis, cette littérature a connu des heures de gloire comme de misère.Les années 80 furent parmi les plus fastes : le roman pour adolescents a connu une formidable explosion.Et l’amour est resté au rendez-vous.Aujourd’hui, on s’aime à pleines pages et sans retenue dans les romans poche.Garçons et filles ont le coeur en guimauve et tombent tour à tour en pâmoison, car les affres du sentiment amoureux sont désormais unisexes.Quant aux mots pour dire la passion, ils sont directement issus de la rhétorique adolescente.C’est drôle, excessif et audacieux.Les tabous ont foutu le camp : on parle de condoms, de mamelons, de masturbation et d’éjaculation.Mais, qu’on ne s’y trompe : derrière les mots un peu crus, l’amour est aussi romantique qu’hier.Il y a cinq ans, François Gougeon, un héros meme pas beau, ébranlait le petit monde de la littérature pour adolescents en aimant aussi follement qu’impudiquement la belle Anik Vincent, véritable prima donna de la polyvalente.Le dernier des raisins, un roman de Raymond Plante, s’est hissé en première place au palmarès du Club de la livromanie de Communication-Jeunesse.Les jeunes lecteurs se sont vite identifiés au personnage à l’air un peu raisin.Pourquoi ?Peut-être parce que François Gougeon leur ressemblait plus que les beaux superhéros sans eurs et sans reproches de nom-reux romans en série.Et qu’Anik, la plus belle fille de la poly, était belle comme un trophée avec des jambes à rendre fou, un sourire de fabricants de dentifrice et « des yeux bleus grands comme des piscines, maquillés comme pour un party ».En plus, le héros du Dernier des raisins avait autant de front que de passion.À la fin du roman, il osait effleurer les petits seins qui le hantaient depuis si longtemps.La glace était brisée, le mot d’ordre lancé.Fous de joie, les héros de romans jeunesse québécois décident de rattraper le temps perdu en se grignotant à qui mieux mieux.Les passions deviennent vite aussi intenses qu’éphémères.De formidables Marie-Francine Hébert Je t’aime, je te hais.le.courre f.ctelUL 3 m feux de paille ! Anik Vincent envoie bientôt promener son pauvre dernier raisin désolé (voir Des hot dogs sous le soleil) pendant que Cassiopée ( Cassiopée ou l'été polonais), une héroïne d’aussi bonne famille que notre Franceline d’il y a 50 ans, perd la tête pour un beau Polonais new-yorkais.Le couple adolescent doit patienter jusqu’à L'été des baleines, la suite du premier roman, pour faire l’amour Un outil de travail indispensable pour trouver le mot juste, abréviation précise, le signe de ponctuation, l’accord particulier.le/Français -X.DCA T 1L> POUR L’ESSENTIEL Théorie et exercices conçus par André Brousseau, Nicole Garet, Lionel Jean, Jacques Leclerc Un document indispensable à l’intention de ceux et celles qui, quotidiennement, doivent rédiger; correspondance, communiqués, travaux scolaires, comptes rendus, critiques.Le fronçais pour l’essentiel comprend: un manuel: 18,(XJ $ un cahier d’exercices: 12,(X) $ un corrigé: 25,(XJ $ En vente chez votre libraire •Un ouvrage conçu à partir d’une grille de correction qui permet à l’utilisateur d’évaluer ses forces et ses faiblesses.Une référence théorique complète, enrichie de nombreux exemples, divisée en quatre grandes sections: Le module orthographe Ixt module grammaire \m module phrase Le module texte
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