Le devoir, 18 février 1991, lundi 18 février 1991
Volume LXXXII — No 40 ?Généralement ensoleillé Max.: -3.Détail page 9 Montréal, lundi 18 février 1991 Tmontu sscenis 65* • TPS + TVQ Collège di Bols-dt-Boulogni Internationale FilmFest jplete Berlin Mur blanc Les Québécois prêts à donner une dernière chance au Canada Robert Lévesque envoyé spécial BERLIN — Le Tiergurten est tout blanc; hier, des familles y faisaient du ski de fond non loin de la porte de Brandebourg qui, elle, sans son quatuor de cavaliers du kaiser Guillaume, est bien triste.En la traversant, en passant comme un badaud sous ses arches, on se frappe le nez sur un mur peut-être invisible, psychologique, mais un mur.Il y a un côté qui s’appelait l’Ouest, il y a un côte qui s’appelait l’Est, il y a eu une réunification le 3 octobre dernier, mais traverser la porte de Brandebourg, c’est toujours franchir une frontière.Seule différence : plus de papiers à présenter, plus de monnaie à changer.Mais on n’y peut rien, il y a un côté.et un autre.La Berlinale 91 qui s’ouvrait ce week-end avait jeté l’historique particularité de devenir le premier festival du film de Berlin, du grand Berlin de la Kurfursten damm à l’Alexander Platz.Créé en 1951, six ans après la seconde guerre mondiale, pour proposer « une vitrine du monde libre » en plein coeur de l’enclave qu’était alors Berlin-Ouest dans les frontières de l’État est-allemand, la Berlinale devient cette année une affaire allemande, la première édition (en fait la 41e) dans l’Allemagne unifiée.Mais voilà que cette Berlinale historique se fait voler la vedette par la Guerre du Golfe Persique.A la Berlinale, depuis trois jours, on a l’étrange et embêtante impression de danser sous l'occupation, de faire un métier bien futile en s’intéressant à un panoramique superbe de station balnéaire dans un film de Neil .Jordan, à un regard de Paule del Sol dans un film chilien, alors que la guerre claque.Voir page 4: Mur SOMMAIRE Éditorial Dans le conflit Canada-Québec, l'indécision a un prix social autant qu’économique.En éditorial, Lise Bissonnette analyse la corrosion qui refait surface dans les rapports entre les groupes anglophones et francophones.Les stéréotypes s'accentuent en se renouvelant, écrit-elle en mettant au jour les caractérisations aujourd'hui en vogue à propos du Québec.Page 12 Le Koweit se reconstruit déjà Fort de sa puissance financière, le Koweit prépare déjà l’après-guerre depuis Londres où ses institutions financières sont très actives.Page 5 LE SILENCIEUX Les Aphorismes de Maxime LA PENSÉE du jour : « Les gens ne sont pas heureux parce que ce n’est pas à la mode.» J’aime bien quand tout le monde parle en même temps : les bêtises s’entendent moins.Absurdité que la liberté ! Pour la conquérir, il faut mourir pour elle.Pourquoi le travail est-il payé avec de l'argent ?Parce qu’il ne vaut pas plus.Les confidences publiques sont moins des confessions que des publicités.Si à l’oeuvre on connaît l’artisan, que penser de Dieu qui a fait l’homme ?Nous avons le passé que nous méritons.ALBERT BRIE Pierre O’Neill MAJORITAIREMENT favorables à l’indépendance politique, les Québécois sont néanmoins disposés à donner une dernière chance à des négociations constitutionnelles avec le Canada anglais.Les résultats d’un sondage MULTI-RÉSO-LE DEVOIR indiquent par ailleurs que cette apparente ouverture d’esprit des Québécois, que cette disposition à la réconciliation porte une forte dose de scepticisme.Car s’ils se disent prêts à poursuivre le dialogue avec l’autre solitude, ils doutent fortement qu’une reprise des négociations puisse éventuellement déboucher sur une nouvelle entente.Pourtant, au cours de l’enquête d’opinion publique, réalisée du 1er au 11 février auprès de 1003 Québécois, les sondeurs ont eu recours à un vocabulaire qui visait précisément à éliminer toute ambiguité sur l’état d’esprit des gens rejoints à leur domicile.« Êtes-vous favorable au fait que le Québec devienne un pays indépendant »?Cette question a reçu une réponse positive de plus de la moitié(54 %) des personnes interrogées.Lin sondage Multi-Réso—Le Devoir Par souci d’exactitude, pour vérifier le sentiment recueilli en première instance, les sondeurs sont revenus à la charge avec une deuxième question sur le même thème: « Êtes-vous favorable ou défavorable à la souveraineté-association, qui ferait du Québec un pays indépendant, associé économiquement au reste du Canada »?Ils ont alors pu constater une augmentation à 57.5 % du pour- centage des répondants désireux de voir le Québec devenir maître de son destin.Par délà cette certitude bien établie, les sondeurs ont découvert que l’attitude des Québécois est en proie à l’incohérence et que leurs velléités indépendantistes portent sur une projection à long terme de leur avenir politique.De fait, ils sont encore plus nombreux à vouloir tenter tout ce qui est possible pour garder le Québec au sein de la fédération canadienne.« Êtes-vous prêt à donner une dernière chance à des négociations constitutionnelles entre le Québec et le reste du Canada »?A cette question, 60.2% ont répondu oui.Réalisé dans les jours qui ont suivi la publication du rapport Allaire, ce sondage tend à outre à démontrer que si les Québécois penchent davantage pour la réconciliation que pour l'indépendance, ils sont peut-être restés marqués par l’échec de Meech et qu’ils entretiennent bien peu d’espoir d’en venir à une entente avec le Canada anglais.On leur a demandé s’ils croyaient que ces négociations constitutionnelles avaient des chances de réussir.Question à laquelle 37.5% ont répondu « peu » et 25.5 % « pas du tout », établissant ainsi à 63.1 % le Voir page 4: Les Québécois L’attaque au sol n’est plus qu’une question d’heures Rencontre in extremis à Moscou d'après M'I’ cl lieuter À LA veille de l’ultime tentative soviétique pour amener Bagdad à se rendre à la raison, les Alliés ont concentré leurs pressions sur l’Irak hier, en le plaçant devant une alternative : ou il entame sans délai une évacuation massive du Koweit, ou l’offensive terrestre va commencer dans quelques heures.Alors que le chef de la diplomatie irakienne Tarek Aziz est arrivé hier soir à Moscou pour des entretiens avec les leaders soviétiques, le secrétaire d’État américain James Ba- ker a affirmé que « les négociations sont dépassées depuis longtemps ».De passage à Téhéran, M.Aziza déclaré, selon l’agence iranienne IRNA, que « si les États-Unis rejetaient l’offre » irakienne d’un retrait conditionnel, Bagdad « n’aurait plus d’autre choix que de continuer son combat ».Le président George Bush a affirmé que les Alliés mettraient très très bientôt un terme à l’occupation irakienne du Koweit.« J’espère que nous pourrons mettre fin très, très bientôt aux souffran-Voir page 4 : L’attaque Mulroney dit non à l’élection référendaire que réclame Chrétien Chantal Hébert de notre bureau d'Ottawa LE PREMIER ministre Brian Mulroney a écarté du revers de la main hier l’hypothèse d’une élection référendaire comme prélude au réaménagement constitutionnel qu’il entrevoit.« Mon mandat est déjà assez fort », a rétorqué le chef conservateur en réponse à Jean Chrétien qui réclame que des élections générales précèdent la renégociation de la Constitution et un éventuel référendum au Québec.Affirmant que Brian Mulroney n’a pas la crédibilité voulue pour restructurer la fédération canadienne, le chef libéral estime essentiel que les Canadiens aillent aux urnes avant qu’Ottawa ne s’attelle à la tâche.« Je l’invite à se regarder dans le miroir et à faire ce qu’il a à faire », lance Jean Chrétien au sujet du premier ministre.< se libérerait de sa dépendance à l’égard des secours étrangers et parviendrait à l’autosuf-fisance alimentaire en un an ou deux ».Accusant les organisations humanitaires de « diffamer » le pays » CMMISNAM VINCI N r L- .— —J 7 05 9 15 UN FILM COUP DI POINO UNI naiON QUI VA droit au coiur UN MUS! POUR US U ANS CT PUIS.u MCAVmiEUStMENT INTERPRtTt PAR UNE EORMIDADLE BANDE DE JEUNES ACTEURS LA PAROLE A UNE JEUNESSE SACRIFIÉE JCKAHM Ot mOwtSlM /alXJ;otKBv siimoj—N 12 55 lÉRn.TlVuj’g-li 305515 ."J" "J 1 ?5-9 35 La faculté de musique de l’Universitc McGill présente un CONCERT BÉNÉFICE au profit du Lands de bourses de la faculté L’Orchestre symphonique et le Choeur de McGill I wan Edwards, chef Bernard Turqcon, baryton oeuvres de Vaughan Williams Ilona nobis parent Five Mystical Souqs TlosCtwipi () Clap Tour Hands I,c vendredi 1" mars 1991 a 2()h()() Kglise Saint-Jean Baptiste (rue Rachel cuire Drnlel et I loin Julien) Billets: 18$ ( 12$ pour étudiants et aînés) Un vente _ c la Salle Pollack, 555, rue Shcrbrt)oke ouest, et a l’entrée, le soir du et meert Renseignements: 398-4547 C00B CULTURE ET SOCIETE Montréal, lundi 18 février 1991 MUSIQUE /chronique Martin Ostertag Erno vSebestvén Andre Laplante Radu Lu pu L’UdM lance sa propre étiquette de musique Marie Laurier LA FACULTÉ de musique de l’Université de Montréal a lancé cette semaine quatre titres d’une nouvelle collection d’enregistrement de musique en disque compact et en cassette sous étiquette UMMUS (UdM/Musique).Dirigée par le claveciniste Réjean Poirier, la collection comprend trois séries: Actuelles qui comporte des oeuvres actuelles de toute esthétique, du jazz à la musique électroacoustique ; Traditions dont l’objectif est de conserver les musiques de la tradition orale et Classiques qui fait place à nos meilleurs interprètes dans des répertoires accessibles à un large public.Les quatre premiers titres témoignent de cette triple sérigraphie : dans la série Actuelles, deux disques dont l’un intitulé Halogènes est consacré à quatre esthétiques de la composition électroacoustique et l’autre, le tout premier enregistrement du Nouvel Ensemble Moderne (NKM) qui interprète sous la direction de Lorraine Vaillancourt des pages du répertoire du XXe siècle, soit Musique et chants inuit où Ramon Pellinski a rassemblé les genres musicaux préférés des Inuit, enfin ( 'laveeins, un survol du répertoire de davenin ce la fin de la Renaissance à la fin du Baroque, des oeuvres jouées par Réjean Poirier sur six instruments de styles différents, avec autant de tempéraments appropriés.( )n prévoit publier cinq titres par année dans cette collection UMMUS.Un catalogue est en préparation qui annonce déjà une quarantaine de titres au programme.La distribution au Canada de la nouvelle collection a été confiée à la firme Scandinavian Record Import de Toronto.Les Productions UMMUS ont vu le jour en 1989 à l'initiative de la Faculté de musique de l’UdM désireux de diffuser les recherches en création, interprétation et ethnomusicologie du milieu musical montréalais.Trio André Laplante.LK TRIO André Laplante formédu pianiste du même nom, d'Erno Sebestyén au violon et de Martin Ostertag au violoncelle est l’invité ce soir de Pro Musica à son concert saisonnier au Théâtre Maisonneuve.Les trois musiciens joueront des oeuvres de Mozart, Debussy et Schubert.Le Trio Laplante a été créé au Centre d’art d’Orford en 1988, fruit d’une « merveilleuse chimie » qui animait les trois solistes.Lauréat du concours Tchaikovsky à Moscou, le pianiste André Laplante est né à Rimouski et à 15 ans il faisait ses débuts avec l’OSM.Violon solo du Deutsche Oper Berlin depuis 1971 et de plusieurs autrs ensembles, Sebestyén est premier prix de plusieurs concours internationaux, il fait partie d’un quatuor el d’un trio qui portent son nom.Quant à Ostertag, il est violoncelle solo de l’Orchestre symphonique de la radio de Baden et il donne des concerts comme soliste et chambriste.Concerts OSM.CHARLES DUTOIT sera au pupitre pour les deux oncerts gala de l’OSM demain et mercredi avec le pianiste Radu Lupu, le soprano Marie-Danielle Parent, le ténor Stanford Olsen et la basse Jan Opalach.Du côté de l’OSQ.L’ORCHESTRE symphonique de Québec précise que le mandat accordé par les musiciens de l’exécutif de leur syndicat permet de déclencher trois jours de débrayage lau moment où il le jugera opportun, mais uniquement à compter du 7 mars 1991.D’ici là, tous les concerts auront lieu comme prévu, soit ceux des 19,26 et 17 février et celui du 5 mars.Sibélius avec Angèle Dubeau.LA VIOLONISTE Angèle Dubeau et l’Orchestre Métroplitain sous la direction d’Agnès Grossmann présenteront une soirée consacrée au compositeur finlandais Jean Siébliuex le lundi 25 février à 20 h au Théâtre Maisonneuve.Au programme: le concerto en ré mineur, op.47 et la célèbre Symphonie en ré mineur op.43.Récital-midi.LA CATHÉDRALE Christ Church (rue Sainte-Catherine, angle Université) présente six récitals-midi durant le Carême, le premier ce mercredi 20 février avec l’organiste Wihelmina Tiemersma.Les autres récitals ont lieu les 27 février, 6,13,20 et 27 mars.Entrée libre à midi trente ou offrande volontaire.La trilogie Tauromaquia Création et mise en scène de Philippe Soldevilla, décor, costumes et régie de Lucie Larose, avec Sylvie Boudard.Marie Brassard, Gérald Gagnon, Danielle Nolet.Marc Vallée et Rosa Zacharie A la Salle Fred-Barry par le Théâtre Sortie de Secours |usqu'au 9 mars Alain l’ontaut IL Y A dans celte entreprise théâtrale qui s’appelle Tauromaquia, à la Salle Fred-Barry, à lit fois quelque chose de beau et quelque chose d’inabout i.Ce qu'on en retient après coup, au-delà de la symbolique en (ombrante, un peu trop lourde, du sang et de la mort, c'est la façon qu’elle a, très ingénieuse, de coudre librement ensemble des épisodes vifs, drôles et quotidiens dans une mise en scène mobile et bien scandée qui fait d’ailleurs beaucoup songer, au moins par les procédés et du taureau l'esthétique, à l.a Trilogie du dragon.C’est ce qui marche le mieux, assurément, dans le déroulement scénique de cette sorte de trilogie du taurau, ou du toréro, où l'on entend aussi nous imposer un parallèle implacable entre le destin, moyen, du jeune Pierre Estevez, Québécois d'origine espagnole, hémophile par hérédité, prisonnier, en grandissant dans l’Espagne de sa grand-mère, d’une peur de la sexualité, du plaisir confondu avec la mort, ei du destin magnifié de cet officiant du rituel sauvage, lumineux et sanglant, qu’est la course de taureau.Tous les sujets sont défendables et celui-ci, consacrant à une mythologie un peu forte un traitement textuel un peu faible, est donc d'abord bien illustrée par cette succession tressautante d’épisodes colorés qui nous mènent du Québec urbain à l’autobus des routes d’Espagne, de la grand mère, évoquant l’âme de la corrida ou celle du grand père, passée dans les asperges, aux moulins n « v La liberté d’une statue d’Olivier Asselin v est jugé le meilleur long métrage québécois ‘ Nathalie Petrowski LA RUMEUR courait déjà depuis un certain temps, elle fut confirmée samedi soir alors que le cinéaste Jacques Leduc flanqué de Réjean Houle de la Brasserie Molson, proclamait dans l’échoc caverneux du hall de l’ancien palais de justice, La liberté d'une statue, gagnant du meilleur long métrage québécois de l’année et récipiendaire du Prix L.E.Ouimet-Molson.Les applaudissements fusèrent de partout tandis qu’Olivier Asselin, jeune cinéaste de 32 ans qui gagne sa vie en enseignant l’histoire de l'art à l’Université d’Ottawa, allait cueillir le fruit de sa victoire, à savoir un chèque de 5000$.Selon plusieurs sources, le vote des membres de l’association des critiques, ne fut pas immédiatement unanime et un débat eut lieu samedi matin, opposant fort probablement le film d’Olivier Asselin à Une histoire inventée d’André Forcier.Le fait que André Forcier ait déjà remporte le prix LE.Ouimet-Molson il y a deux ans avec Kalamazoo, a probablement fait pencher la balance en faveur de Asselin, sans compter que cette neuvième édition des Rendez-Vous était placée sous le signe de la relève avec une douzaine de premiers longs métrages fiction.L’Association des critiques aurait PHOTO JACQUES GRENIER IV- » Francine Laurendeau Francine Laurendeau honorée LA CRITIQUE de cinéma Francine Laurendeau, collaboratrice au Devoir depuis douze ans, a remporté samedi soir le prix des Rendez-vous pour le meilleur texte critique sur un film québécois.Le texte gagnant portait sur le film Le royaume ou l'asile des frères Gagné et avait été publié dans le Devoir, le 3 mars 1990.De l'avis même de l’auteur, le texte gagnant n’était pas particuüèrement flatteur mais plutôt ironique, un indicateur que les organisateurs des Rendez-vous qui remettent le prix chaque année, s’ouvrent tranquillement aux vertus d’une critique non complaisante.Le texte de Francine Laurendeau figurait parmi une liste de neuf autres finalistes.Le jury a décidé d’accorder le prix à la critique du DEVOIR «pour l’ouverture d’esprit dont témoigne son texte; pour son style très personnel et son approche accessible; pour son ton direct frais et engageant; enfin par-delà ce texte, pour son intérêt soutenu pour le cinéma québécois et ses artisans.» Francine Laurendeau a remercié le jury en révélant qu’elle était d’autant plus heureuse que c’était la première fois de sa vie qu’elle gagnait un prix.Pour sa peine, elle gagne une oeuvre d'art d'une valeur de mille dollars de l’artiste québécois de son choix ainsi qu'un voyage tout frais payés au premier Festival du film québécois qui se tiendra l’automne prochain à Blois en France, une petite ville française dont le principal atout est d’avoir pour maire, nul autre que le Ministre de la Culture Jack Lang.classiques de don Quichotte, de l’inénarrable Laurence, du Lycée français, à la pathétique Judith (une magnifique Marie Brassard) d’Ilolo-pherne et de Pedro.Pour évoquer gentiment, spontanément, aimablement (cerceaux roses, rendez vous, salles de classe) le mouvement quotidien et pittoresque de la vie, cette conception scénique, visuellement intéressante, est efficace et souvent d’une belle qualité d’émotion.Malheureusement, la comparaison symbolique alourdit le propos et l’obscurcit bien plus encore.Flirtant parfois avec une apologie un peu morbide de la mort (« Viva la muerle ! », disait aussi cet officier franquiste dénoncé par Miguel de Unamuno), posant naïvement, pour asseoir le mythe, qu'il y a deux voies pour parvenir à Dieu : la messe (le sacrifice divin) et la corrida, « Tauromaquia » laisse un peu se dissoudre ses qualités de naturel et de tendresse dans ce magma philosophique, dans ces sables mouvants et livresques au sein de quoi on ne distingue plus très bien, au long de ces trois longues parties, de quelle na- été mal vue de ne pas encourager l’avènement de cette nouvelle génération de cinéastes.De la même manière, l’association s’est presque vue dans l’obligation de récompenser les femmes cinéastes, qui recalées à l'examen du long métrage fiction, ont investi cette année, les courts et moyens métrages.Catherine Matin, a gagné le Prix du meilleur moyen métrage avec Nuits d’Afrique, un film qu’elle a mis cinq ans à écrire, à réaliser et à produire envers et contre les institutions et qui fut sauvé in extremis par l’aide artisanale de l’ONF.Johanne Piègent pour sa part a remporté le Prix du meilleur court métrage avec On a marché sur la lune, d’après un scénario de l'écrivain Josée Fréchette.Le film a été réalisé dans le cadre du programme 16-26 lancé par Radio-Québec, l’année dernière.Par ailleurs, le jeune cinéaste Yves Lafontaine qui signait J'entends le noir, a remporté la bourse Claude Jutra, décernée au meilleur jeune espoir chez les réalisateurs de courts et moyens métrages.Dans cette pluie de prix visant à encourager la relève, l'association des critiques a fait une seule conces- sion aux aînés en accordant le Prix d’interprération Guy L’Écuyer, à la comédienne Andrée Lachapelle pour son rôle dans Comme un voleur de Michel Langlois, un film oui a pris l’affiche ce week-end.Andrée Lachapelle qui interprète le rôle d’une femme terrassée par une crise cardiaque et qui va vivre ses derniers moments auprès de ses deux fils, a volé la vedette aux six jeunes comédiens explosifs qui composent la distribution de l.ove-moi de Marcel Si mard et qui comme le soulignait Luce Guilbault, marque l’avènement d’une nouvelle génération d’acteurs de cinéma.Puisque les Rendez-vous se sont ouverts cette année à la production» video, un prix du meilleur video(à ne pas confondre avec le video-clip)-a» été décerné à Charles Guilbert, Serge Murphy et Michel Grou pour Sois sage ô nia douleur.Finalement^ comme un plateau de cinéma ne saurait être complet sans un photographe de plateau qui croque sur le vif les meilleurs moments d'un tournage, le prix de la photographie de plateau a été accordé à Bertrand1 Carrière pour une photo tirée du film Cargo.Comme quoi, un film peut être raté et ses photos de plateau complètement réussies.Une scène de La liberté d'une statue.1990 n’a pas grand cru au livré un très & • • t cinéma québécois Nathalie Petrowski L’ANNÉE 90 n’aura pas été particulièrement faste pour le cinéma québécois, tout le monde en convient.L’arrivée massive de jeunes cinéastes, encouragés par les institutions à faire des Jean-Claude Lauzon d’eux-mêmes, n’a apporté aucun résultat concluant et s’est plus souvent qu'au-trement soldé sur un échec.Le cinéma québécois traverse actuellement une période de transition dont on ne connaît pas encore le destin ni l’aboutissement.C’est précisément ce que nous ont rappelé samedi après-midi quatre témoins étrangers, invités par les Rendez-vous à faire la radiographie rituelle du cru cinématographique de l’année.Réunissant le professeur Heinz Weinmann, Peter Harcourt, un canadien anglais, grand exégète du cinéma de Jean-Pierre Lefebvre, Juliette Frey, cinéaste suisse et un prof d’études québécoises de la Norvège, le panel avait beaucoup à dire sinon sur révolution du cinéma québécois au moins sur l’impasse qu'il traverse et qui apparaissait on ne peut plus clairement dans les 127 films présentés la semaine dernière.Premier constat: le cinéma québécois est en retard sur la société qu’il décrit.Si l’indépendance doit se faire, ce sera d’abord dans la rue et les bureaux de scrutin, pas au cinéma.C’est Heinz Weinmann, le spécialiste des psychanalyses collectives qui l'affirme en reprenant un thème qui lui est cher, à savoir l’orphelin abandonné par les deux mères patries, orphelin qui depuis Aurore l’enfant martyr jusqu’aux délinquants de Love-moi revient comme un lancinant leitmotiv dans bon nombre de films québécois.Le professeur apporte toutefois une nuance entre l’orphelin pré et post-referen-daire, en comparant Love-moi de Marcel Simard à L'Age de la machine, réalisé en 78 par Gilles Carie.Avant le référendum, affirme Weinmann, l’orphelin assume pleinement son destin.Même menotté, il est libre.Après le référendum, l’orphelin regresse jusqu’à se donner la mort.Dans cette régression, les femmes reprennent le pouvoir abandonné par les hommes, qui castrés, confondus et impuissants, n’ont plus qu’à s’effacer.C’est du reste ce qu’ils font dans plus d’un film cette année.Peter Harcourt voit les choses autrement ne serait-ce parce qu’il suit le cinéma depuis vingt ans, qu’il a été témoin de ses heures de gloire, de sa quête d’identité, de son refus des conventions et de sa résistance au ture est l’oeuvre qu’on nous présente.S’agit-il de l’écho d’un grand rite mi-barbare mi-solaire ou d’une petite fable entre gentillesse et absurde, d’une tranche de vie émouvante quand elle est authentique et simple ou d'un récital Cervantes-Vega-Lorca, d'un cours sur Picasso ou d'une explication psychiatrique mêlant amour et mort dans les mêmes délices et la même terreur superstitieuse ! On s'y perd un peu el la fin ne rachète rien, venant plaquer une couronne rituelle en sanglante sur la petite vie sympathique d’un petit gars fort peu prédisposé à endosser l'habit de lumière du fameux mythe.Mais, on peut laisser de côté les morts glorifiés et encornés, la véronique et l’estocade, la boucherie sacralisée, laisser là ces « arènes sanglantes » et mal intégrées, et ne se souvenir que de la qualité d’humanité et de vérité spontanées qui marque si souvent l’âme singulière et l'itinéraire attachant de Pierre, de ses amies, de ses proches, de son petit univers.Ici, la vie n’a pas besoin de tant de théories sur le rite, ses fondements et ses instruments, pour être vraie et pour couler de source.moule de la standardisation amené par la télévision.Or 20 ans plus tard, constate le professeur, la spécificité du cinéma québécois s’est érodée à mesure que la famille s’élargissait et se diversifiait.« Le problème c'est la confusion des genres entre le cinéma et la télévision.Je n'ai rien contre la télé et j’adore Les filles de ( 'aleb qui m’apparait beaucoup plus comme de la télé d’auteur que les courts métrages de la série des 16-26 que j’ai trouvé décevants.Pourquoi toujours cette musique atroce, ces histoires qui ne mènent à rien, pourquoi surtout ne pas faire quelque chose de plus québécois ?», demande Har court.Pour le professeur norvégien qui a découvert le cinéma québécois pendant les années 60-70, le problème du cinéma d’aujourd’hui et plus particulièrement du documentaire, c’est qu’il n’est plus animé par un souffle de liberté et que la spontanéité en a été évacué.« On ne prend plus le risque d’une mise en scène libre.Tous les documentaires sont archi-scéna-risés, conçus et formatés pour la télé.» Ce à quoi Sylvain l’Espérance, un intervenant dans la salle, répondit : « Quand la télé s’implique dans la production du cinéma, on arrive inévitablement à un produit nivellé.C’est le cas des 16-26.Or ce qu’on oublie c’est qu’il y a au moins 50 courts métrages qui ont été tournés cette année en dehors du programme des 16-26.Si la télé avait été vraiment ouverte au court métrage, elle les au- rait diffusés.A la place, elle a choisi de produire 16 courts métrages.C’était une façon de s'en laver les mains » A cela Heinz Weinmann rétorque que les 16-26 ont au moins permis à de jeunes cinéastes de faire leurs armes et de ne pas gaspiller des millions comme ce fut le cas pour Cargoet Moody Beach, également des premières oeuvres mais beaucoup plus dispendieuses.Pour la cinéaste suisse Juliette Frey, le résultat des 16-26 est en en général triste et peu convaincant.« Un cinéaste c’est quelqu’un derrière la caméra qui ose quelque chose, dit-elle en déplorant l’absence de spécificité cinématographique des documentaires comme des courts-métrages produits pour et par la télé.» La télé une fois de plus est apparue comme le gros méchant loup, prêt à manger le cinéma, sa victime préférée.La télé n’est du reste pas fcj seule coupable.Selon les invité étrangers, la proximité du cinéma américain n’est pas la meilleure des influences.De l'avis de tous, les liai* sons dangereuses que le cinéma quéJ bécois entretient avec ces deux spec! très, a de quoi faire réfléchir Le pro.blême n’est pas nouveau sauf qu^ d’année en année, non seulement rie se règle-t-il pas, mais il semble empirer au fur et à mesure que les corn* battants tombent au front et cèdent à la tentation télévisuelle.Le débat reste entier.Il faudra le poursuivre avant qu'il ne soit trop tard.I Décès du sculpteur Arno Breker ¦ «i *1 d’artistes tels que Jean Cocteau, Maurice Vlaminck et surtout Ari$ tide Maillol, qui voyait en lui « le Michel Ange allemand ».Ses détra
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