Le devoir, 21 février 1991, Cahier B
Le Devoir, jeudi 21 février 1991 COURTEMANCHE SUPPLÉMENTAIRES DU 30 AVRIL AU 5 MAI THEATRE MAISONNEUVE BILLETS PDA TICKETRON 842-2112 288-2525 Maladie mentale, illusion fatale En 1970, il ne fallait pas dire qu’on était lesbienne et féministe.Elle Ta dit.En 1991, on ne dit pas qu’on a été traitée par un psychiatre, internée.Elle, elle en parle.Kate Millett (ci-contre) n’a pas changé.Elle raconte aujourd’hui ses pérégrinations psychiatriques, dans une diatribe passionnée dont elle livre l’essentiel à Josée Boileau.Page B-6 Design 1935-1965 : ce qui fut moderne Nous avons tort, explique notre chroniqueur d’arts visuels Jean Dumont, d’oublier trop souvent notre Musée des arts décoratifs.À partir du 26 février, en effet, il faudra se déplacer jusqu'à New York pour admirer Design 1935-1965 : ce qui fut moderne, une exposition qui ne reviendra à Montréal qu’à la fin de 92.Page B-J L'avenir de l'ordre mondial Le directeur de l’Institut pour la paix et la sécurité internationales, M.Bernard Wood, souligne que la conduite de la guerre dans le Golfe ne relève pas de l’ONU en tant que telle, mais que cette guerre avait l’autorisation légale.Il affirme également que le moment est venu d'établir le Comité d'état-major de l’ONU.Page B-8 Les 10 ans du Moulin à musique Hélène da Sylva célébrera ce soir le dixième anniversaire du Moulin à musique, un organisme institué pour faire connaître la musique aux jeunes, mais aussi à leurs parents.Un violon sur l'épaule, la septième production de la compagnie, sera présentée dans les écoles, les maisons de la culture et les parc, à l’été.Page B-3 Les cruelles limites de la francisation À quoi sert aux immigrants de parler français s’ils n’ont ni pouvoir ni emploi ?Chez plusieurs communautés ethniques le chômage est plus élevé que dans l’ensemble de la population, et lorsqu’on trouv e un emploi celui-ci est sous-payé.Plusieurs immigrants, qui apprennent le français dans les (OIT, s’étonnent d’aboutir dans des milieux de travail essentiellement anglophones à Montréal.HHHI PHOTO JACQUfS NADEAU Paul Cauchon A'' QUOI ça sert d’offrir des cours de français pendant six mois dans un COFI à un immigrant s’il ne trouve jamais d’emploi en français?Pourquoi alors le principal outil d’intégration serait la francisation ?» Keder llyppolite martèle les mots en frappant de la main sur la table.Autour de lui, tout le monde approuve.L’argument laisse planer un léger doute autour des beaux discours sur la francisation des immigrants et permet d’entrevoir ses limites parfois cruelles au quotiden.Les cinq personnes réunies en cet après-midi d’hiver discutent de « l’Ê-noncé de politique en matière d’immigration et d’intégration » publié en décembre dernier par le gouvernement québécois sous le titre de Au Québec, pour bâtir ensemble, et à propos duquel vient de s’ouvrir à Québec une commission parlementaire.Tous les cinq assument un certain leadership dans leurs communautés respectives.Keder llyppolite, très actif dans la communauté haïtienne, dirige le Service d’aide aux néo-québécois et immigrants.Pascual Delgado, lui, s’occupe du Service des droits des minorités ethniques au YMCA Montréal.Jorge Guerra préside l’Association latino-américaine Côte-des-Neiges.Osé Do-mond s’occupe du tout nouveau Mouvement antiraciste.Et Fatima Houda-Pépin préside le Centre maghrébin de recherche et d'information.Tous les cinq réfléchissent à voix haute à l’intégration des immigrants, à la place du français au Québec, à l’identité québécoise.Us ont beaucoup à dire.La francisation, qui leur tient tout de même à coeur, semble dépassée par d’autres questions, comme l’emploi et le pouvoir.« Je me demande souvent si les gens veulent l’intégration, lance Osé Domond.L’intégration ne peut pas être à sens unique : " Voila je vous apprend le français, et vous êtes maintenant intégré.” Parlant français, est-ce que je me considère comme Québécois ?Tout dépend de ce que je pense, mais tout dépend aussi de ce que les Québécois me renvoient, de la vision qu’ils ont de moi.Je me sentirai complètement Québécois lorsque je me sentirai totalement accepté à part entière comme faisant partie de ce qu’on appelle les Québécois.Mais ça ne peut pas marcher tant qu’on me demandera d'où je viens et depuis combien de temps je suis ici.» Plusieurs Québécois associent automatiquement intégration des immigrants et francisation.La réalité semble plus complexe.« Beaucoup, sinon la majorité des immigrants, comprennent l’importance de la francisation, mais de notre point de vue ça ne règle pas tous les problèmes, ajoute Fatima Houda-Pépin.Parce que les milieux de travail n’ont pas encore pris conscience du rôle social que les institutions devraient jouer pour rendre le français attrayant aux immigrants.» « Si les jeunes immigrants parlent anglais dans les écoles, cela révèle non pas une opposition au français, mais la constatation que le milieu de travail est d’abord anglophone.» Fatima Houda-Pépin déplore que les organismes des communautés ethniques soient quasiment les seuls à tenir un seul discours.« On va vraiment avancer quand des hommes et des femmes d’affaires pure laine vont se lever et prôner l’intégration.Si c’est seulement nous qui le faisons, nous passons pour des chialeurs.Non seulement Robert Bousassa devrait considérer l’inté- gration comme aussi prioritaire que la Constitution ou l’électricité, mais le gouvernement a absolument besoin de partenaires.Lavalin, SNC, la Chambre de commerce doivent promouvoir l’intégration.Tout comme les syndicats, qui se sont souvent avérés être une barrière structurelle pour l’embauche des minorités.» « Il faut cesser de croire que les immigrants arrivent ici avec un préjugé défavorable contre le français, conclut-elle.Il faut arrêter de les culpabiliser parce que le français se porte mal.Le français se porte mal parce qu’il s’enseigne mal, y compris chez les jeunes Québécois de souche.Il s'enseigne mal parce qu’il n’y a pas suffisamment de ressources, parce que la pédagogie fout le camp, parce que l’enseignement des langues se porte mal partout.» Mais les difficultés à se trouver un emploi ne sont-elles pas les mêmes pour tout le monde ?Jorge Guerra réplique que le taux de disponiblité de la main-d’oeuvre immigrante à Montréal est bien au-delà du nombre réel d’immigrants qui occupent un emploi.Pascual Delgado ajoute que le taux de chômage chez les immigrants est toujours plus élevé que dans l’ensemble de la population, et que pour certains groupes (Haïtiens, Noirs anglophones) il est plus du double.« C’est simple : les programmes d’égalité en emploi ne fonctionnent pas, parce que les gens qui les appliquent n’y croient pas », lance Keder llyppolite.En fait, non seulement les membres des communautés culturelles s'interrogent sur leur place dans la société québécoise, mais ils remettent en question le rôle même du ministère avec lequel ils traitent.« Comment un ministère des Communautés culturelles et de l’Immigration peut-il s'occuper de toutes les questions relatives à l’intégration ?lance Osé Domond.Pour vraiment promouvoir l’intégration c’est le gouvernement comme corps entier qui devrait s’engager dans la démarche, avec tous les ministères.» Voir page B-2 : Francisation PHOTO JACQUES NADEAU Deux révolutionnaires tranquilles de l’enseignement collégial: Mme Cécile d'Amours, professeure de mathématique au cégep Ahuntsic, et M.Paul In cliauspé, directeur général du même établissement.La révolution feutrée des cégeps Après 16 ans de palabres, la réforme de l’enseignement est sérieusement lancée Jean-Pierre Proulx PERSONNE ne l’a trompetté, mais la réforme de l'enseignement collégial est sérieusement lancée.Le plus extraordinaire, c’est que les deux éléments essentiels de cette réforme, la « formation fondamentale » et « l’approche-programme », sont repris d’un document vieux de près de 16 ans: le « Rapport Nadeau », du nom de M.Jean-Guy Nadeau, président du comité qui Ta préparé.Intitulé: « Le collège, rapport sur l'état et les besoins de l'enseignement collégial », le document a été adopté par le Conseil supérieur de l’éducation en juillet 1975, puis ta-bletté.On heurtait les pouvoirs établis.La réforme en cours pourrait aussi mettre un terme au débat amorcé peu de temps après la création des cégeps sur la spécificité de cet ordre d’enseignement.Il y deux à peine, la Fédération des cégeps écrivait n’avoir pas encore « de vision claire des objectifs de formation au collégial, tout au moins quant au secteur général » ! Deux concepts clés sont donc au coeur du mouvement amorcé : « formation fondamentale » et « approche-programme .Depuis cinq ans, la « formation fondamentale » a donné lieu à un déferlement de colloques, de journées d’études et de dossiers dans les collèges et les universités, explique M.Jacques Laliberté, de la faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Sherbrooke et spécialiste de la question.Le Conseil supérieur de l’éducation, le Conseil des universités et celui des collèges en ont fait aussi un thème privilégié.Le Centre d'animation, de développement et de re- cherche en éducation (CADRE) que dirige M.Paul-Émile Gingras et qui, incidemment, a rédigé le rapport Nadeau, a aussi préparé un dossier de recherche internationale très élaboré sur la question.La publication, en 1984, de l'Édition commentée du règlement sur le régime pédagogique du collégial a ressuscité le concept de « formation fondamentale ».Celle-ci, y écrit-on, constitue le « principe intégrateur des composantes des programmes d’études ».La définition proposée a fini par faire l’unanimité.Elle comprend deux dimensions: ¦ En extension, la formation fondamentale veut contribuer au développement « intégral » de la personne et donc permettre l’acquisition des connaissances, mais aussi lappren-tissage d’habiletés diverses, de même que Tappropration de valeurs.¦ En profondeur, et c’est surtout là qu’elle permet de distinguer Tordre collégial, « elle vise à faire acquérir les assises, les concepts et les principes de base des disciplines et des savoir-faire qui figurent au programme de l’étudiant quelle que soit son orientation ».Le directeur du cégep Ahuntsic, M.Paul Inchauspé, un des leaders intellectuels de la réforme en cours, explique: « Les professeurs font de la formation fondamentale quand ils vont à l’essentiel de leur discipline et quand ils tiennent à faire des liens entre les éléments; quand ils s’intéressent aux méthodes et non à des trucs; quand ils réussissent à ce que leurs élèves changent de niveau dans la façon de passer, par exemple, de la mémorisation à la compréhension ; quand ils dégagent les notions fondamentales à maîtriser; quand au-delà des disciplines et des techniques, ils amènent les étudiants à maîtriser des aptitudes plus géné-Volr page B-2 : Cégeps CAHIER SPÉCIAL Série Services aux entreprises, cahier no.1: COMMUNICATIONS «LES COMMUNICATIONS EN PÉRIODE DE TURBULENCE» COMMUNICATIONS: Pourquoi et comment réviser ses stratégies et tactiques de communication en ces temps de récession économique et de crise internationale.Rédigé par une équipe de spécialistes du monde des affaires et des communications, ce premier numéro de la série Services aux entreprises 1991 est à ne pas manquer.PARUTION LE 1er MARS DANS LE DEVOIR Réservation publicitaire: 812-9645 Date de tombée: 21 février I B-2 ¦ Le Devoir, jeudi 21 février 1991 La quête de l’identité plurielle Paul Cauchon r~ ^ r~ CINEMA L’ombre de Raoul W allenberg sur Berlin É PHOTO JACQUES NADEAU Pour les immigrants, l’intégration doit nécessairement commencer par l’élargissement du concept d’identité québécoise.Robert Lévesque Collaboration spéciale BERLIN — Raoul Wallenberg est-il vivant ?Le secrétaire de l'ambas sade suédoise à Budapest en 1944 et 1945, qui sauva de la mort des centaines de Juifs, des milliers peut-être, avant de disparaître pour toujours, aurait aujourd’hui 78 ans.Deux films projetés au festival de Berlin, un de Stockholm et un de Kiev, posent la question, en établissent l'hypothèse.L’ombre de Raoul Wallenberg passe sur Berlin.Officiellement, Raoul Wallenberg est mort d’un infractus le 17 juillet 1947 dans la prison de Lubianka à Moscou.Il avait été fait prisonnier par les services secrets soviétiques dès la libération de Budapest.Plus personne, jamais, ne revit sa trace.Tandis que l’Union soviétique maintenait sa version officielle de l’in-fractus en 47, les parents de Wallenberg, des proches, puis des organismes juifs ont toujours soutenu, témoins à l’appui, que « l’un des grands humanistes du 20e siècle » avait été vu, après 1947, soit dans un camp soviétique soit dans une prison.La perestroika de Gorbatchev n’a pas apporté de réponse au mystère Wallenberg.Mais elle permet, cette perestroika, qu'un jeune cinéaste de 30 ans, Alexander Rodnjanski, réalise un documentaire sur la question et parte à la recherche des traces de Wallenberg.Ce document de 70 minutes, présenté dans la section Panorama, constitue la première tentative soviétique d’expliquer l’affaire Wallenberg.Titré La mission de Raoul Wallenberg, il étonnera les plus sceptiques envers les changements en Union soviétique.L’autre film sur Wallenberg est une grosse co-production suédo-hon-groise signée par un ancien assistant d'Ingmar Bergman, Kjell Grede.God Afton, Herr Wallenberg est inscrit au nom de la Suède dans la compétition de la Berlinale.Avec une solide districution, où l’on reconnaît Erland .Josephson et quelques autres comédiens de Bergman, ce film reconstitue les quelques jours où Wallenberg a mené une négociation dramatique entre 20 Juifs, réfugiés dans un immeuble, et un membre du parti fasciste hongrois chargé de les surveiller avant leur déportation.Le film, presqu’entièrement tourné dans une pénombre bleutée, aux couleurs de l’anxiété et de la mort qui rôde, possède une force d’envoûtement certaine.S’il ne s’agit pas d'un grand film, on trouve tout de même dans Bonsoir, M.Wallenberg une dramatisation impressionnante, due surtout au jeu des acteurs comme Stellan Skarsgard qui joue Wallenberg, et Katharina Thalbach, qui joue Marja la Juive discrète et terriblement obstinée à la fois.Une interprétation que le jury devrait remarquer.Mis à part Le petit criminel de Doillon et The Miracle de l’Irlandais Neil Jordan (mes favoris), il n’y a pas de découvertes imnpressionnan-tes dans la compétition berlinoise cette année.On est à mi-parcours du festival (6 jours sur 12) et l’on cherche encore les films-passions, les films-merveilles, les films-souvenirs.Internationale ^ FilmFesL» Z m Berlin bref les bons films, ceux qui resteront — comme le Doillon.Ce n’est pas l’Union soviétique, très timide à Berlin cette année avec un total de cinq films toutes-sections, qui donnera du fil à retordre au jury.L’entrée soviétique dans la course aux Ours, Satana de Viktor Aristow, est quelque chose d’assez prétentieux, à mi-chemin entre un thriller américain et un fil d’atmosphère belge.Le film est en partie sauvé par ce jeune acteur que l'on avait découvert à Berlin l’an dernier dans Karaul ( La brigade), Sergei Kuprijanov, un acteur tout à fait étonnant qui compose, avec un visage d’ange, un personnage de tueur froid qui assassine une petite fille avant d’exiger une rançon à la mère qui fut auparavant sa maîtresse.Le scénario est intéressant, mais là où il aurait fallu de la subtilité, de la délicatesse barbare, Aristow installe une mise en scène lourde, sur-jouée (sauf Kuprijanov, dont j’ai rarement vu un telle finesse à tirer son épingle du jeu), dans un film qui maîtrise mal son genre.Mais le pire est venu des hauteurs de la Suisse dans cette compétition.Le film de Markus Imhoof a pour titre Der Berg, ou La montagne.Un gardien de station météorologique sur la plus haute pointe de Suisse est ramené en bas, fou.On ouvre un concours pour le remplaçant, mais on exige un homme marié.Notre héros, Manser, va se marier en vitesse pour voler le poste à un Autrichien, un étranger, Kreuzpointer.Le couple monte, avec ses poules et ses complexes.Et le méchant Kreuzpointer va se pointer aussi.On assistera, dans la cabane au-dessus de la Suisse, à un trio infernal.Drôle à raconter, pénible à voir.Je ne vous ai pas encore parlé d’U-ranus, le film de Claude Berri qui ouvrait la berlinale le 15 février et qui est dans la compétition.Le roman de Marcel Aymé devait être une bombe dans la France de 1948 lorsqu’il a été publié.Au cinéma, 43 ans plus tard, la bombe est vide et Berri a tenté avec plus ou moins de bonheur de tracer une chronique villageoise des vengeances et autres hypocrisies de l’ordinaire d’un après-guerre.Le film, hélas, manque de force.Il aurait fallu un Malle, un Truffaut, pour faire tenir la sauce.Berri avait des acteurs fabuleux, et il leur a demandé de faire les acteurs fabuleux.Ça sent un peut trop le fabuleux, justement.Il me revient une phrase que Richard Anconina (remarquable dans le flic du Petit criminel) a prononcé il y a deux jours en conférence de presse à Berlin.Il a dit qu’il s’était rendu compte, en travaillant avec le jeune Gérald Thomassin, que « pour jouer la comédie il faut surtout oublier qu’on sait la jouer ».L’équipe d’Uranus ne l’a pas oublié, et ça surjoue, ça sur-joue, sauf peut-être Ga-labru, étonnamment, le plus cabotin du groupe la plupart du temps, qui, là, est d’une intériorité remarquable qui rappelle sa performance inoubliable du Juge et l'assassin.« L’INTÉGRATION doit commencer par l'élargissement du concept d’identité québécoise.Il faut apprendre à reconnaître la pluralité de la francophonie.On est francophone d’Haïti, du Maghreb, et la notion d’identité doit s’ouvrir pour intégrer cette diversité.» Fatima llouda-Pépin a longuement réfléchi au concept d’identité.Mais elle doute que la société actuelle soit prête à concevoir son identité comme étant « plurielle », tout comme les quatre autres « leaders » de goupes ethnoculturels montréalais rencontrés en table-ronde par le DEVOIR.Pour en arriver à cette discussion il a fallu passer par .Les filles de Caleb.Car au-delà de ses mérites esthétiques, bien des Québécois de « vieille souche » reconnaissent dans cette série un patrimoine commun.Et l'identité ne doit-elle pas se fonder sur un certain nombre de valeurs reconnues comme communes ?« Nous venons d’origines différentes, nous avons nos cultures, elles sont confrontées ici à la culture dominante, et nous devenons ce que moi je nomme un produit de synthèse, répond d'abord Fatima Houda-Pépin.Nous gardons nos valeurs, mais nous prenons aussi des valeurs, des habitudes de la société d’accueil.Notre présence change la société québécoise, mais nous changeons nous aussi.» « Nous avons d’abord nos propres cultures privées.Puis nous faisons face à la culture dominante des Québécois de vieille souche.Quand je regardais Le temps d’une paix, j’y voyais une très précieuse source d’information sur le Québec d'antan.Mais il existe aussi une culture publique qui peut être différente.Aux Filles de Caleb, on peut opposer Dallas.Dallas n’est pas un produit québécois, mais tout le monde l’a regardé.N’importe qui en fait peut regarder Dallas, ça ne représente pas les valeurs du Lac Saint-Jean ou de l’Abiti-bi, ce sont des valeurs d’ensemble de la société américaine.» « Le fait qu’on appartienne à une culture privée donnée ne nous empêche pas de traverser d’autres cultures, de les apprécier, de les partager, continue l elle.La réalité plurielle dans une société, c’est de partager avec les autres, tout en ayant sa propre spécificité.Ce n’est pas contradictoire, c’est complémen- + Cégeps raies comme l’analyse, la cohérence, le jugement; quand ils font appel aux valeurs ».La discussion a duré quatre ans et n’est pas terminée.Mais en octobre 1988, la revue Pédagogie collégiale1 a sifflé la fin de la récréation; « L’abondance du discours, a écrit l'éditorialiste, n’a pas trouvé, jusqu’à ce jour, sa contrepartie dans l’action.Nous croyons qu’il est temps de passer à l’action ».Madame Cécile D’Amour, professeur de mathématiques au collège Ahuntsic, a fait le saut.Elle s’est mise, dit-elle, à réfléchir patiem ment à ce qui constitue les « concepts piliers » de sa discipline, ceux qui sont utilisés dans d’autres disciplines des autres programmes et même ceux qui ont « une portée plus large sur le plan philosophique ou culturel ».L’« approche-programme » consti- taire.Ce que nous avons tous en commun, c’est le désir de vivre dans une société de droit, c’est notre ap-pérciation de la démocratie, de la liberté, c’est une certaine idée de coexistence harmonieuse.» Toutefois, Pascual Delgado ajoute qu’« il existe des valeurs qui sont de nouveaux acquis pour nous depuis que nous sommes ici.Par exemple, le fait de vivre dans une société où les relations se passent généralement dans la non-violence.Dans la plupart des pays du tiers monde, la violence se vit malheureusement à tous les jours, elle fait partie de la culture.Pour moi, comme pour beaucoup de Latinos ou de citoyens d’autres groupes ethniques, le référendum de 1980 a été un choc : on pouvait traverser un tel processus, sans assister à des éclats sanglants dans la rue.» « Autre exemple : l'égalité de la femme, qui ne se vit pas au Québec comme dans la reste du continent, ajoute-t-il.Même au Canada anglais, on ne retrouve pas une telle attitude de fierté chez la femme.Ce sont des valeurs que nous apprenons.» « Mais il faut aussi identifier les valeurs qui nous ramèneraient trop en arrière, qui nous parleraient d'une société qui n’existe plus vraiment », conclut-il dans une allusion aux Filles de Caleb.tue le second volet de la réforme.Plutôt que de se définir par ses activités, surtout les cours, la formation par programme, expliquait le rapport Nadeau, comprend des « objectifs » qui répondent à des « besoins » des étudiants, des « étapes à franchir » pour les atteindre que sont les activités et notamment des cours, les « ressources humaines et matérielles », puis les mécanismes d’évaluation.Or de toutes les critiques qu’on a faites aux collèges depuis 20 ans, c’est précisément de n'avoir pas eu d’objectifs propres.En sciences humaines, par exemple, on a une banque de 300 cours sans lien entre eux.C’est l'approche « cafétéria ».En sciences pures, les universités ont opéré un véritable hold-up sur les collèges : onze des douze cours de la concentration sont dictés par les universités.Les cégeps ont pu concrètement s'exercer à l’approche-programme « Lorsqu’on tente de définir l’identité québécoise, on se réfère toujours à la question linguistique, continue Jorge Guerra.Parce que c’est la question commune sur laquelle tout le monde s’entend.Mais je ne pense pas que ce soit le noyau de l’identité.Ce n’est que la coquille, et on dirait qu’on ne veut pas vraiment aller au-delà.L’identité québécoise, ce n’est pas la même chose pour un Gaspé-sien, un Montréalais ou un Beauceron.Qu’est ce qui vous définit vous-autres, on aimerait vous entendre là-dessus ! Au Québec, on a trop tendance à se définir par le passé.Mais on ne peut pas revenir en arrière.» « L’identité est un concept qui évolue, ajoute Fatima.Les Québécois se sont définis par la langue et la religion.Ensuite, la langue est devenue le facteur majeur de cristallisation.Mais comme les Québécois ont créé leur identité autour de la langue, ils transposent ; tous les groupes devraient se définir par la langue.On se retrouve alors avec des contradictions.Ainsi, moi je suis considérée comme allophone, parce qu’au départ je ne suis pas une Canadienne française catholique.El pourtant je suis francophone.» « Si on pousse cette logique, les Français de France sont des allopho-nes au Québec », remarque Osé Do-mond.au moment de la réforme du programme des sciences humaines qui doit entrer en vigueur en septembre prochain après neuf ans de palabres.Si le Conseil du Trésor daigne bien accorder les 7 milüons nécessaires.Au collège Bois-de-Boulogne, explique le directeur des services pédagogiques, M.André C’ampagna, l’approche-programme a donné lieu à la définition d’objectifs précis.Ainsi, parmi les 1(1 objectifs généraux qui touchent le développement « cognitif » des étudiants en sciences humaines, on vise certes à ce qu'ils « connaissent les principaux faits des disciplines du programme », mais aussi qu’ils s’habilitent par exemple « à utiliser une argumentation rationnelle pour soutenir un point de vue ».Évidemment, on se préoccupe partout de cette habilité de base non encore maîtrisée à l’entrée au collège, ni même à l’université —40% ont échoué leur test l’an passé— qu’est la maîtrise de la langue maternelle.Dans ce même collège, les profes-seurs de philosophie ont déjà réformé leur programme de manière à ce qu’en accédant au contenu, les étudiants développent aussi les principales habilités du « discours argumentatif ».Mais on vise aussi des objectifs « affectifs », tant personnels que sociaux, comme la capacité « d’établir ses priorités par rapport à sa vie », ou « prendre conscience du relativisme des valeurs».Par ailleurs, la réforme ne s’applique pas qu’au secteur général.À Saint Jérôme, les professeurs en technique informatique se sont empressés, explique Guy Migneron, de valoriser les cours obligatoires en français et en philosophie en les situant bien dans la formation d’informaticiens.« Bref, dit-il, si on ne con-I sacre pas de temps et d’énergie à la formation fondamentale, on ne peut j former de bons techniciens».La réforme exigera un déplacement des centres du pouvoir.Le rapport Nadeau préconisait la création de « modules », comme à l’Université du Québec, qui devaient être responsables de la gestion des programmes.C’est là où la projet a culbuté ; le pouvoir pédagogique appartenait aux départements disciplinaires contrôlés par les syndicats.Ils n'ont pas voulu le lâcher.A Bois-de-Boulogne, la direction des services pédagogiques a proposé en septembre dernier la formation de « tables de concertation » comme
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